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This volume was donated to LLMC to enrich its on-line offerings and for purposes of long-term preservation by University of Florida Library --- I --- - 11, ,t '' * E TR AI T DU RAPPOR T Adressd au Directoire excutif par c citoyen TOUSSAINT LOUVERTURE, gtndral en chefdes Forces de Ia Ridpzi tiquefriangaise 4 Sait -Domingue. PREMIERE CONFERENCE. Entre le commissaire SONTHONAX et Ie giniral TO ISSAINT LOUVER- TURE, relative au dessein du premier de ddclarer t a Colonic de Saint-Do. mingue inddpendante de la France, e$ d'Xiorger tous les Europens. ,, i 2 r. g(.'+;, :.+e...- *r . VER la fin du mois de Frimaire ou a commencement de Niv6se dernierr mutant rendu au Cap, je me prisentai come de cou- tume chez le commissaire Sonthonar; celui- ci, aprbs les compliment d'usage, fit retire tout le monde,de son cabinet, et lorsque j't fus rest seul avec ilui, Southonax me fit le*. propositions suivantes. Pour p.r eater Pet eatretiee & mes eoacQi A toyens avec plus de precision et d'ordre, et afin de ne ren omeltrede tout ce qui fut dit, j'ai adopt la forme d'un Dialogue, parce que les questions qui me furent faites s'etant pro- fondiment gravees dans ma m6moire,j"espere, suivant cette inmet1 e ne rien oublier, et rendre pour ansi dire mon gouvernement et mes concitoyens presents a cette conference. Je me suis attache a transmettre f mon gou- vernement et i mes concitoyens, non-seule- ment le sens des propositions qui me furent frites, mais les iemes expressions ,les mees paroles et Ienchainement dans lequel les questions etles reponses furent faites. Le conmnissaire SONTHONAX. Avez-vou4 confiance en moi: m'aime-vous! Le general TOUSSAINT. Oui, commissaire, j'ai confiance envous, je vous anie et je vous respect. Le commissaire SONTHONAX. Si vous m'faimez, si vous vous aimez vous- mrnume et vos freres, ii y a un moyen bien -imple d'assurer votre existence. Le general TOUSSAINT. Quel moyen Le comnmissaire SONTHONAX. C~est celui de nous declarer independans de la France. Qu'en pensez-vous I Voila mon projet. Le general TOUSSAINT. (Etonnm et emnbarrass6 ). G'est bien fort... inals donnez-moi quelque temps pour rkflC chir, avantde vous rpondre. :I 'i !It i i Ii 3i I j i : i i I i:j ;i : i i i I i i I i (3) Le commnssaire SONTHONAX. C'est bon, c'est bona suis sur que vous~ le trouverez boib je connaisvosprincipes; " sais comnbien vous etes attache' a liberty' (nous etions assis ; it me dit appochez-vous un peu, je )ie vous intends pas blen aoppro- chez-vous un, peu). Etes-vous sAr de tous vos officers et de tons vos soldats; vous sont-ils bien attaches I Ls general ToussAINT. J'en suis bien sir, ils mu'aiment tons. Le commissaire SONTOrNAi C'est bon. Cette conversation fut interrompue pour parler d'autres affaires, apres quoi nous ndous quittAmes; je saluai le commtissaire, et je me rendis chez mi i pour m6diter sur le project qu'il venait de me proposer. Sonthonax invitea a diner,je lui promise de dtier avec Iui; im en- voy tunaide de camp long-temips avant l'hetire du diner, pour me rendre, aupres de lui; je le trouvai dans son cabinet, seul; ilme fit appro- cher tres-pres de lui, me pritaffectueusement la main et recomimenca la conversationn* Le commissaire SONTHONAX. Soyez persnade mon ami, que je vous aime. infimment, que ie vous regarded conmne e sauveur de la Colonie. Dites-moi lI franche- ment ce que vous pensez. Le general ToussAINT. Commussatre, expIiquez-vous auparavant, pensez-vous que la France veuille revenir sur lalibert6 Aveivous des craintes h cet gard A (4) Le eommissaire SONTHONAX, Non pas peut-etre a present mais )e sais comment ls colons sont a remuer en France. Savea-vous que c'est moi seul quiaicombattu les colons en France; que sans moi vous etiez perdus ? Vous devez avoir la plus entire confiance en miol: Quand je vous dis quelque chose, ii faut me crolre; je sis vrai; je vous diral toujours la verite. Le g n6ral ToUSSAINT. Commissaire, dites-moi si vous avei reiq quelques nouvelles sur ce qui se passe en France si vous avez des craintes sur notre liberty. Ce que vous me laissez entendren'est pas assez clair. Le commissaire SOONTHONAX 11 ny a rien ,si ce nest que les colons tra- vaillent toujours contre votre liberty, et pour iviter tout danger ,ilfaut nous rendre ind6pen- dans, vous n'aurez alors plus rien a craindre. Le general TOuSSAINT. La France n'a-t-elle pas d6crct6 la liberty gbndrale ? Est-ce qu'elle pout revenir sur ses d6crets? La constitution ne nous assure-t-elle pas nos droits I Le commissaire SONTHONAX. La France les a bien d6crtfs mais les colons sontU8, et je vous dis que vous n'aurez plus rien i craindre quand nous serons indo- pendans. Le general TOUSsAINT. Comnmissaire, e crols que ce nest pas possible. (5) Le commissaire SoNTHOW AX. V ous no voulez pas? .. Ce n'est pas pour moi queje parole, c'est pour vous meme c est pour les noirs. Le g6nral TOUSSAINT. Comment voulez-vous que moi, chefnolr, qui ai reeu des bienfaits de la France, qui y a des enfans qmi sont elevy par la Republique, mio qui ai ete nomm6, par le director, general.de brigade, et confirmed par li dans le grade de general de division, j'aille trahir mon gouverneinent ! Le commissaire SONTHOiNAX. C'est moiqui suis le fondateur de la liberty; cest moi qui suis le seul soutien des noirs; cest moi qui lesaidifendus centre les colons; vous devez vous en rapporter k moi, Sans moi la liberty nauroit pas 6t6 proclamne; je suis votre veritable, votre seul ami, vous devez m'en croire. Le general TouSSAINT. I1 y a done quelque chose que vous ne me- dites pas ; si on menace notre liberty aver- tissez-moi. Alors, peut-,tre, je changerai d'opiion; mais vous ne me dites rien, Le commissaire SONTHONAX. T6t ou tard les colons vont vous fire succomber. Le g!n&ral TOUSSAINT. J'aimerais mieux voir plut6t qu'eutewLdre, mais ce sont des suppositions que vous faites; malgr6 les colons, la Rtpublique a d3er't" la liberty, et puis elle n s'effiraie ea, d ( 6) bruit. Ne vous rappelez-vous pas de ce que je vous r ponds a votre arrive e, lorsque vous Ine demandates pourquoi je ne m etals pas rendu i vous dans le temps que je commen- cais a coinbattre pour ma liberte; jevous r6- pondis alorsique je n'avais pas de confiance en vous, parce que le ne vous connoissais pas. Le commissaire SoNTHONAX. II fallait dans le temps que je prisse des precautions pour arriver k. libertt,parce que sans cela on ni'aurait 6gorg6. Le ge6nral TOUSSAINT. Si en arrivant ici vous aviez proclame la liberty generate, nous nous sermons rbunis a vous; mas rappelez-vous que vous avez jure au contraire, en face de rEtre Supreme, Vesclavage eternel; et que d'aprbs cela nous nxe pouvions avoir confiance en vous. Le commissaire SONTHONAX * Mais, vous r'avez maintenant ? Le general TOUSSAINT- OuiC, commissaire, mais i faut vous bien conduire. Le commisgsare SONTJIONAX. Je vous promets que cela ira bien tant que nous serons d'accord. Nous devons etre les chefs supr6mes de la Colonie. Le general TOUSSAiNT. Que voulez-vous dire Le commissaire SolTrrnOnAX. C'est-a-dire, que nous serons les matres; vous aurez toute la force armee, et moi je serai votre conseil je.vous dirigerai. (7) Le g&ndral TouSSA JT. Commissaire, ne parlons plus d'indkpen. dance ce mot 1a me fait fremir sortant do votre bouche: vous qui etes le representant de la France charge de la confiance de la JRipublique, don't vous devez soutenir les interkts. D'ailleurs, comment voulez-vous que nous puimsons nous soutemr ? Le commissaire SOxTHOwAX. Nous soutenir.... La France n'a point de marine, vouwvoyez qu'elle ne vous envoie rien; elle sera oblige de fire come 1'An- gleterre envers les Etats-Unis. La France et toutes les nations seront fort heureuses do pouvoir venir faire le commerce a Saint- Domingue, et le pays deviendra plus florissant, Le general Touss~iwT. Commissaire, je ne travaille pas pouri mes int6r6ts; e veux que nous soyons tous libres, la France Pa voulu aussi, ainsi nous devons y etre attaches. Le commissaire SSOTHOAbX,. Mais votre liberty est bien plus assure par l'indpendance, alors elle nle dbpendra plus de personnel. Vous serez maltre. Le general ToussAuIr., Est-il possible, coimnissaire, qu'un homnme come vous, rempli d'esprit, puisse parler come vous le faites ? Ne'voyez-vous pas que toutes les puissances de 1'Europe veulent 1'es- clavage ? La France seule veut la liberty. Si nous avio s le malheur de nous reudre ind6. pendans, la France ne dirait peut-etre rien pour le nmomet; mais voici ce qui arriverait (8) dans la suite. La France ferait la paix avec toutes les puissances, et se dirait: Les co- lons ont eu raison d'assurer que les nosir n'- talent pas dignes de jouir de la liberty et des bienfaits de la France, et la France, d'accord avec toutes les puissances qui ne veulent pas la liberte, se lierait elles pour se venger, et nous serious perdus. Le comm issaire SONTHONAX. Nous nous battrons contr'eux, si nous sommes bien unis,on ne pourra jamais nous vatncre. Le general ToussAIrT. Au contraire, omnmissaire, vous series le premier a nous quitter. La France viendrait ensuite bloquer tous nos ports, de concert avec les autres puissances; il n'entrerait aucune provision ni aucune merchandise dans la Colonie, et nous mourrions de faim et de misere. Nous pourrions bien dans nos mon- tagnes avoir des vivres; mais quelle existence aurions-nous Nous serious come les btes des fortts; et d'ailleurs c'est une trahison qui ime donnerait des records qui me feroient mourir de chagrin.- Le commissaire SoarTHorx. Je ne vous quitterai amiais, J mangerai des racines dans vos montagnes avec vous, je nmorrai avec vous, je vous aime trap. Je suis philantirope. Le general ToussAI~r. Commissaire, je ne crois rien de tout cela; d'ailleurs cola ne vous fait pas honneur. Vous etei envoy pour conserve la liberty et la ColoniC (9) Colonies & la France et non pas pour trahir votre pays: si vous saviez comblen cette con- versation me fait de la pine, vous IVauriez fire depuis long-temps 1 Que ce soit fiun n parlons plus de cela je vous en prie. Le coniunssaire SONTHONAx. Etes-vous fache centre moi, general ? Le general TOUSSAINT. Non, mais cela me fait de la peine. Le cominissaire SONTHMONAX. Eh I bien je ne vous en parlerai plus. Dans ce moment je sorts de chez Ihi. Quoique le commissaire Sonthonax nd'eAt promise de ne me plus parler d'indep.endance, A renouvelait ses propositions routes les fois que j'allais le voir. Je t6moignai souvent deo l'humeur a cet regard, mais toujours il cher- chait a fire tomber la conversation sur ce chapitre, et pendant plus de vingt visits quo je lui fis, ii revint toujours a la charge. Je ie puis mettre sous les yeux du gouver- nement un.grand nombre de details qui peu- vent m'4tre 6chapp6s ; mais a Dpremiere ea- trevue, qui fut en mnme-tempsla plus longue et la plus animu e, content les memes questions qui me turent faites divers intervalles et les r6ponses a ces mImnes questions. Le citoyen Sonthonax me rep6tant presque toujours ses idWes prereres, jelui repondais toujours qu'il m'avoit promise, jure de ne m'eu plus parler. Depuis le commencement de nivose jusqu' I'fpoque oui je fus nommi general en chef, je n'etais venu au Cap que trois ou quatre fois; mon sejour y 6tait trek-court. Jt'atis mYo ( o) ; 91 quarter general des Gonaives; j'avois &t employ ~ diverse expEditions. Le citoyen Sonthonax me fit offrir plusieurs fois legrade de general en chef; je lui repondis que je ne mn'ea soucris pas, qwe j'itals content de celut que j'avais. Le citovenSonthonax me fit crire par le g.nmral Agt, que la commission voulait ni'vlever a ces functions et que Sonthonax lui avoit dit que la chose publique rIexigeait. Je ri'poudis que puisque lrinteret public me lTordonnait accepterais, et que je me rena deals au Clp ile putt possible. En etffe, je vins au Cap vers le to dumois de Floral draernier. A mon arrive trouva les conmnissaires Raymond et Sonthoi'x di- Viss. Le secritaire'g6nfral, Pascal, venait de donner sa de&mssion; ,, e parlai au commns- saire Sontlhonax du mal que pouvait produirc cette desunion. Voici la conversation que nous euimes a ee suj' t. S Le general TOUSSAINT. J'ai appris dans le publicque vous etiez mal avcc vo lre coll gue; cela peut produire le plus mauvais efet, nmemeparniules ilitMires. Le commiussaire SONTHONAX. Non. Ce n'est rien, tmoi je ne suis pas f6ch6 conlre lui. Vous a-til dit quelque chose ! Le general ToussAINT. Non. Mas j'ai entendu dire dans la villa que vous voiiliez Pembarquer. Le cominissaire SONTHONAX - Ce 'est pas vrai, je aii pas parl de cela. % 9 i n r (t y ) Ie gtn&ral TouSSAINT. Vous m'en aviez parl6 plusieurs fois a moio Le commissaire SONTHONAX. Oui, je vous ai dit cela, mais i y a dtji quelque temps. Lui en avez-vous parle I SLe general TOUSSAiNT. Non. Le commissaire SONTHONAX. Surement c'est lui qui vous en a parl', ot bien vous qui lii en avez dit quelque chose. Le general TotSSAINT. Je viens de vous dire que je ne lu en at la- mais parle, ce nest pas nmo qui chercherai ja- mais a mettre la division parmi les autorites. Le comlnissaire SONTHONAX. C'est bien. Je vous crois assez prudent pour cela. Le general TOUSSAINT. Conmmnssaire, il faut que vous soyez d'ac- cord avec votre collgue et que les citoyens ignorent a-l msintelligence qui a pu exister entire vous. Le commissaire SONTRONAX. C'est fini. Pascal avoit donn6 sa demission, Raimond I'avait accepted et voili pourquoi je l'avais accepted aussi. Pascal reprendra ses functions et tout sera fini. C-est Raimnond qui vous en a parl6 ? Le g6nhral ToVSSAINT. Non, car J gnoraisquele secretaire general eitt donned sa deumi ion. Bz ILe commissaire SoNTHONAx. Cest une affaire terminee. Dans ce moment nous nous quittames. Je revins chez lut le meme jour i six heures du soir, En entrant chez lui le commissaire Son- thonax vint a lioi, les bras tendus en: me disant, mon ann, je suis content; vous avez tout arrange. Le commissaire Raimond est venu me voir, il ne uma rien temoigne de ce qui s'etoit pass, et m'a dit que Pascal allait reprendre ses functions. Le general TOUSSAINT. Je suis bien content que le cominlnssaire Raimond soit d'accord avec vous, cela me fait bien du plaisir, et, d'apris cela je partirai content: Le commissaire SONTHONAX. Savez-vous que votre lettre de service et votre brevet de general en chef sout fits, Je vais vous les fire voir. Le general TOUSSAINT. Je vous remercie vous me les donnerez remain. Le cominissaire SONTHONAx. Ah mon ami vous serez le sauveur de la Colonie. Je sus trop content de vous voir arrive a ce poste; il y a long-temps que je cherchais avousy clever. Le gtncral TOUssAINT . Commissaire, hien oblige. Quand j'ai ac- cept6 cette place honorable, ca .t6i pour le bien. ( t3 ) Le comnunssare SoNTHoNAX. J'en suis bien persuade1 ( alors me pressant entire ses bras et lm'embrassant); e'est dans ce moment ,u ma-t-i dit que nous pouvous executer tout ce que je vous ai propose, vous en conviendrez. Vous m'etes affectionne je vous suls tout devou ; c'est le moment de nous rendre les nmatres de la Culonie ( apres un molnent de silence ). Savez-vous ce que nous allows fire d'abord les noirs sont touqours mluiets sur leur liberty ; il y a ici des colons blancs qui leur sont suspects i faut les egorger tous; tout est dispose, vous n'avez qu'*a tre d'accord avec moi. Le gynral TOUSSAINT, Comment voulez-vous 6gorger tous les blancs netes-vous pas blane vous mnime i Le coinnissaire SONTHONAX. Ou. Ce n'est pas tous, ce ne sont que les ennenmis de la liberty. Le general TOUSSAINT- (Avec une impatience qu'il ne pouvolt plus dissimuler ). Passons h d'autres chose, nous parlerons.de cela remain. Le commissaire SONTHONAX, C'est bon, cela suffit. Alors Sonthonax voulut ramener la con- versation sur les .rvnemens du Sud; conume je craignais que cette affaire ne l fit revenir aux propositions horrible qui venoient de m'Itre faites, je prutextai un m:al de tete, et je m'en fus.- w (14) Le lendemain martin je fus chezle commis, saire, pour de- lh me rendre i la parade avec la commission. Aprs la parade,je donna des ordres de fire seller mes chevaux sans qu'l en sat rien. Sonthonax in'ayant ramen6 chez lu me conduisit dans son cabinet, oU apres m'avoir fat beaucoup de felicitations, it me fit asseoir t. co6t de lui. Le commissaire SONTHONAX. Parlonis d'affaire. Le general ToussAINT. De quelle affaire i Le commissaire SoNTioNAX. De celle que nous avons entamie hier au soir. Je seni le plaugrand contentement je suis enchant6 de vous voir le chef de la force armie de la Colonie; nous sommes a mime de fire tout ce que nous voudrons; vousavez de influence sur tous les habitans; ii faut absolument que nous executions notre proet, c'est le moment le plus heureux; jamais cir- constance ne fut plus favorable, et personnel nest plus propre a agir que vous avec moi. Le general ToussirrT. C'est-a-dire; commiissaire, que vous vou- lez me perdre.... Egorger les blancs I nous rendre ind6pendans !1 Vous mu avie promise wependaut que vous ne me parierie* plus de ces projects ? Le commissaire SoMTHnoAX. Oai, mais vous voyezque e'est absolument indispensable. Le general TouSSkrHT. Vous vous plaigniez del'affaire des Cayes, et cest ce menme project que vous voulez executer. Le commissaire SONTHONAX. Non. C'est pour les chasser; nous ne les %gorgerons pas. Le general ToussAdmr. Aujourd'hui vous dites qu'il fautleschasser, mais hier et tout-i-lheure vous ine disiez qu'il fallait les 6gorger; nais s'il y avoit un blanc d'assassin ici, c'est moi qui en serais responsible. (AvcCimpatience) Je 'en vais, conmmissaire. Je pris mon chapeau et je sor- tais Sonthonax court apres moi; ii m'attei- gmt au moment ou j ouvrais la porte et m'engagea a revenir, Je retournai dans son cabinet, en lii disant, comnissaire je ssu tres-fAch6 centre vous. Le commissaire SoxiTHoriAXr. Eh bien! si vous Otes fAch6, ne parlonsplus de rien. Le gtn6ral ToussirST. .Dje vous m'aviez donn6 votre parole d'honneur- de n'en plus parier, et toujours vous me tracassez, vous me persdcutez. A present je suis fWch6 tr6s-fAch6. SLe conunissaire SoiqTaoAX* C'est fini. Je croyais que vous vous series reuni a mtoi; mais puisque vous le prenez l j it a vous pa ~wra plus de rieai ai i r jj 1 I !jl i I; ii if ii! I: ri ii I! 'I i ; I ii 'ji I i i j! II ~iB i i i i IIi i 1,ii 0 igl promettez-vous de n'en rien dire i personnel Le general ToussAtI. e vous I avais souvent promts; mais pour cette fois je ne puis vous rien pro!nettre. Le comuissaire SONTHONAX. Je vous jure, je vAus protest que je ne vous en parlerai plus. Proiiettez-nmoi de ne rien dire. Le. g, nral TOUSSAINT, Non, ear d'pres la promesse que vous w avieZ fatte; et a laquelle vous avez toujours manque, on ne peut plus coinpter sur voire parole. Mon desscin, en sortant, 6toit d'aller assembler mes ofliciers et leur fire con- nattre vos projects, afin que si je venais a mourir, on se tint en garden centre vous, et que ma mnemoire ne fit pas deshonoree. Le comialmssaire SONTHONAX. Je vous done ma parole d'honneur; je vous protest, je vous jure de nte plus vous on parler; mais promeltez-,moi de garder le secret. Ce n'estpas uneaffaire que vos officers doivent savoir ; donnez- moi votre parole d'honneur, je vous en prie, que vous nfen parlerez a personnel. i Le general TOUSSAIIT.* ( Avec humeur ). Eh bien je vous done ma parole. Adieu. Je sorts brusquement, et je montal a cheval pour me rendre aux Gomuves. CONFERENCE. -. .,- zUiiin~2r7~ CON'F E RE C E Dit premier Fructidor. DAxs la matinee du premier Frucfidor, le comniiissaire Raimond et le se~tr~taire general de la commission Pascal Ctant venus ime voir de tres-bon imatin je m'expliquai avec eux sur la nccessite de fire partir Sonthonak pour la France; le commnissaire Raimond,quL avait tented plusieurs fois de me detourner de ce project, en me faisant entrevoir des nalheurs lors de son execution, me press de ne Iui rien catcher relativement ce queq j'avais a repro- cter a Sonthonax. Lie par le serpent que j' a. vals fait de metaire, je ui dis neannmois qu'un plus long sejour du commissaire Sonthonax dans la Colonie amenerait inuvitabldment des crimes, et peut-etre laferait perdre la France. Puisque tell est votre opinion, me repondit le cmenmissaireRaimond, avons une confu- rence avec Sonthona ; vous le demasquerez en ma presence; vous lui direz qu'il faut qu'il parte, les motifs de votre resolution; et apres vous avoir entendu, d'apres ce que je sais moi-mnme, nous Ie met trons sans doUte dans 'impossibilile de rculer; je ne vous ideman- derai plus votre secret, puisque vous croyea ne pouvoir pas le reveler ; nmais, ignertl, agissons avec tant de sagesse et de prudentce, qu'on ne puisse nous reprocher une goutte de sang verse. J'accedai t la proposition da comr- iissaire R,'timondl; engageai le secretaire g6. peral a etre teniur a cette coiffrence, et C 0 f -GL*i mIWOWM =- blent6tapresje me rendis chezlecomnnssaire Sonthonax pour la lui reprocher. En arrivant chez le comunissaire Sontlhonax, je luifispartde la cause dena visit; je lui dis qu'il atalt necessaire que nous cussions une expication entire lu, le conunissaire Rai ond, le secretaire general Pascal et nioi; i ne vou- lut aumais y consentir, quellesque fussent rues ILestances; i me repondit que e pouvais n 'ouvrir a lui seul, et quc la presence des citovens Rainond et Pascal etait iutie. C'est dans cc moinent qu'eut lieu la conver- satlon suivante. Le contilssaire SONTHONAX. Que vous ai -e fait Avez vous a vous plaiudre de inoi , Le gen~nral TOUSSAINT. Conmissaire, je n'ai pas a me plaindre de vous personnellemnent, mais ce que j'ai vous reprocher regarded la Republique. Le columissaire SONTHONAX. Expliquez-am oce que vous avez k me re- procher. Le general TOUSSAINT. Connussaire vous etes la prennere autorite de la Colbnie, et vous ne remplissez pas votre devoir; an lieu de chercher i tout concilier, vous chercthez a jeter le trouble par-tout; vous vez des esplons et des agens de tout cote pour vous fire des partisans, et je sais pourquol. Vous en avez envoy aupres de moi pour soutever mon arine ; vousavez cherch6 Sirriter lcsnoirs contre es blancs, les rouges C ( 19 ) et contrelesnoirs. Le troubles'etait tellement introduit dans mon armie que depuis quel- ques jours j'ai et oblige de mettre 67 ofticiers aux arrets, et je sais que ce sont des houses envoyjes par vous qui ont occasion' tout ce desordre. Le coniinissatre SQONTHONAX. Ce n'est pas vrai. Vous savez bien que tout le monde a ses ennenis c'est plutut par des ennemis de la liberty que par moi que ce mal s est opere. Le general TOUSSAINT. Si ce n'etait pas vous, citoyen comnumssaire, vous n'auriezpas laisse manquer la troupe de tout; vous etes charge'de la guerre, et depuis quelque temps, i semble que vousousvus ef- fbrciez d'emipecher que lrarinee des Gonaies ne receive les secoursdont elle a besoin; cela fait crier, et jai ete oblige a des actes de se- verite pour mamtenir la discipline : sans cela mon armee serait entierement debandye. Le comimssaire SONTHONAX. Eh bien I je vous donnerai tout ce que vous ,voudrez pour vous contenter, car je voi que vous 6tes bien outre contre la commission. Le general TOUSSAINT. Ce n'est pas centre la commission; c est contre vous seul. Votis savez que jevous 'cri- Vis, ii ya quelque tempps, pour vous parlet des besoins de mon arm e; je vous priai de laisser prendre, par 1'ad uinistration des Go- naires, les cars des quarters de la Marme- lade et de Plaisaice; vous me r pondites C Z d'haord que cela ne se pouvat pas,que e Cavpa-t des heoillsdq ce CTer il pour iannee prochane. Je vouS crlviS pour vous averiir une Aeconde fLis 4ue mon cirme manquait de tout, et que les environs des Gonai'es etant le thi.tItre de la guerre, 11 ctait indispensable de vcnir a son secours; vous me repondites que vous me douneriez les cafEs de la Mar- inelade, et dans ee moment la livraison "en 6tait deji falte au Cap. Apres avoir voulu fire manquer mon armtie de tout, apris avoir cherche6 ladtsorganiser, vons I'avez accusee, vous favez insultee, vous avez dit que les troupes que je coummandais 6taient des bandes de brigands, chez lesquels on ne pouvait Otablir ni discipline ~i subordination, Le colnnissaire SONTHONAX. Non, cela nest pas vrai. Le general TOUSSAINT. Vous ravez dit, car ces propose m'ont &t6 tapportes, et j'en suis s8r. Le comnmissaire SONTHONAX. Je ne me rappelle pas qui a pu me dire cela; 'ai bien pu fire quelques reflexionis a cet 6gard, mais on les a envenimees. I' Le general TOUSSAINT. C'est Mentor qui vous 'a dit, et vousy avez applaud; e'est lui que vous avez envoye par- tout, comme espion pour semer la division et preparer des souleveiens. Le coummissaire SONTHONAX. Je e l'ai pas eInvoy dans le desscin que ( ) voun me prI(ez. Mentor es une jeune t1te,urt peu chaude; mais c'esl un nol1i qui parle bleu, qut a des dispositiols et qmu n et pas c '- pable de cela. Le g(n .ral TOUSSAINT. Vous pouvez etre assure que pour sa s au- vaise condulte, je valts lefatre arrt tr. Le coinuis'saire STHONNAX. Vous ne pouvez pas larrter ; parce que e'est violer Ies lois. Le gnbral TOUSSAINT. Pourquoi ? Le conunissaire SONTHONAX. Parce qu'il est repr6sentant du people; c'est mon col lgue; il est ici come moi; d'ailleurs c'est un noir., Le ge'lral TovssAINT. Je ne le regarded pas come repr6sentant du people; i est adjudant general place a la- quelle vous 'Pave nonmme depuis vos elections, et qu'il a accepted; et dans ce moment-ci il a manque, non-seulement at son chef, mais a toute 1'armiee en meprisant ses f'Ires et en les insultant, et puis i vient jusques cllez moi fire des emotions et echauffer le people. Le couinussaire SONTHONAX. Et quand Le general TOUSSAINT. C'est .a vou qu'on l'a rapport; vout dcvez le savor. Le commissaire SONTHONAX.~ Ne croyez pas cela. Ne voyez -vous pa comment je me suis comport e, comlnej'aime les noirs 1 J'ai envoy aupres de vous et a Leogane trois deputies, et c'etaient des noirs Mentor Aniecy et Gratia Lafortune. Le general TOUSSAINT. Gracia Lafortune et Annecy sont de bonnes gens don't vous vous Rtes servt pour cacher les projects don't vous aviez charge Mentor. Le commissaire SONTHONAX. Point du tout, je vous protest que j'aime beaucoup les noirs; c'est oeux que je dois 1'eistence; c'est eux qui m'ont sauve lI vie. Le g6n6ral TOUSSAINT. Vous venez de ne dire que ce sont les noirs qui vous out sauvela vie; ne n avez-vous pas dit un jour que e'&tait Lapointe ? Le commissaire SONTHONAX, C'estvrai, mais avant d'aller h Saint-Mare, c'etaiett les noirs qui m'avalent sauve la vie ici, et ensuite Lapointe m'escorta avec une piece de canon. Je lui dois mon existence, quoiqu'il soit un scelerat. Le general ToussAINTr Connmissaire, cen est pas tout cela; je vats vous dire une vtrit6, faites bien attention, je lie vou parole pas en -France, mais c est ici. Lorsqueles micht ns, soit homines de couleur, soit blanks scit noirs, veulent fire des sot- tises, ils seservent des noirs, etill es mettent S( 23 ) I en avant. VoilA pourquoi vous avez clhois Gracia Lafortune et Annecy k la suite de Mentor; iais e'tait Mentor seul qui avait vote secret et les deux autres n'taient lk qu pour lui servir de cortege etjeterdelapoudre aux yeux des noirs. Le comnmssalre SONTHONAX. Pulsque vous croyez que Mentor etait un i mauvais sujet, pourquoi ne n avez vous pas pr6venu la premiere fois que je vous rai en- I voy6 ? Nest-ce pas vous qui mavez crlt d'envoyer Mentor a Leogane. Le general ToUSSANT. Oui: Laplume et Lespinasse,son secr&taire, imavaient 6crit quelapr6sence de Mentor se- rait neessaire a L6ogane pour parler aux ulti- vateurs et les exhorter a il paix. Jevous ai faith passer copie de leur lettre, et ~ous ai crit en mrueme-temps; mais je ne vous avais pas dit d. Shlui adjoindre Gracia Lafortune et Anecy. Le commissaire SONTHONAX. Paisque vous n'etiez pas content, pourquoi ne m'avez-vous pas ecrit? I Le g6n6ral ToUsSAnTr. Commtssaire, j etais pret a le firee, lors- I, que vous m avez ,crit vous-meme de donner J des instructions particulieres a Mentor. Vous devez savoir que je n I'ai pas voulu. J vous I at rdpondu que lui ayant donna des instruc- tions vous-inine, je me garderais bien d'e donner d'autres, Je voulus connaitre ces ins | 4tructions, Mentor me les communique :apres I i avoir bien r6i chie, j'y etrevi de mau- ^ " va;s desseins; elle, t"ient sign"es sculemein (d vous et la signature ce votre colligue ny ; &tit pas; vousdtonui ,dans ces instructions, a Mentor, Ies aemiiespouvoirs que vousaviez dans le Nord, tandis qun'i u alt convenu q u'il Ie devait allet Jans I'Ouest, que pt ur inviter les anirs ala pail, et pour tout paciler. Le cornmissaire SoNTHONAX. Est-ce qutI je n'ai pas dit k Mentor de vous consul er, de n gir 1que d'apres vos conseils ? Et la lettre quilt etait charge de .ous remretitr doe ima part en est une preuve. Le genxtral ToussArMr. Eh blen! 'e est par les contradictions entire la conversation de Mentor, votre lettreet vos instructions, que 'ai reconnu quo vous vou- llez me tromper. Vous lui donniez les plus gt'lids pouvoirs dins la parties du Sud; et vos ine me consultiez que parce que vous iei t-ez que je pourrais vous servir ou con- trarier vos projects. Le comtiIiissaire SOrtTHoNAX. Ce West pias vrai; vous me jugez mal. Le gnU ral ToUSSATNT. C'estvrai vous avie"z donned a Mentoroordre de fire mnettre rIcinbargo en arrivant aux Gomnires. Mentor a rested trois ou quatrejours aux Gounaves pour atteindre votre response, sur le refuse que fai fai it de lii donner des instructions par crit; je lui ai donned ce- pendant des consels; mais je me suis garden de liu donner mna signature, parce que je craiguMais dapres le mauvais oesseins que Sj'entrevo. ois 'eutrevoyals, que vous ne voulussie. vous servir de mon noimetE de oIo cone d'ue instrument a vos projects et a opprner le s les citoycns paisibles. Le comnlissaire SONTHOIA.X. Vous avez maljuge Mentor; que ce soit fini. D'ulteurs Mentor na pas rCussi i 'est uune affhre terminee, nen parlons plus. Je ne sais pas si ce qu'on m'a dit est vrat; mais on m 'a assure qu'il y a des personnel qui viennent du Sud aux Gonaives pour fire fermeter les esprits. Le g6n6ral ToussAmNT, IIy a des personnel du Sud qui arrivent aux Gonaives, pour de 1a aller au Cap oi ailleurs : cest leur chemnin; mais qu'elles y viennent pour trotubler I'ordre, soyez tra-. quille, en r6ponds. Le conunissaire SorTHoirAx# Eh bien que ce soit fini, je suis content. Par-tout oui eat Toussaint Louverture, la commission peut se reposer sur iUi. Le g6n6ral ToUSSAtlrT. Commissaire,puisque vous parlez des aft Sfaires du Sud, quoiqu'assur6 quedans ce pays." la, come par-tout ailleurs, il y a de mau- vaises gens, les malheurs du Sud ne seraicnt pas arrives si vous ne les aviez pas voulus. Le commissaire SONTHONAX. Pourquoi? Le general TOUssaaT, Avant les eveaettena talbeureux du Sud; D% ( 26) an moment du depart de Desfourneaux, je vous al prevenu qu'ii tait dangereux de ly envoyer. Je l'avais rencontre a la Coupe-h-Pintades, allant dans le Sud; je lui avals dit a lai-meme ccque je pensais desa inissionetevousecrivis de Plisance ansi qu'au general Laveaux pour vous fire connamtre ce que je craignais.- Le rommissaire SONTHONAX. SLe geral Laveaux lne mnen a pas donna C onnailsance. Le general ToUSSAINT, r C'et faux. Le general Laveaux est un brave lhomllne, tii vous en a donn6 connaissance, etpuis jarVis crita lacomnission. D'ailleurs dans beaucoup de conference que j'ai eues avec vous, ne vous at-je pas price de proposer ua arr6t6 a counimsion, en vertu duquel Je serais charge de concilier les babitans du Sud. Je vous a dit plus, it ne fmut pasregarder I'affuire de quelques homnies, mais bien I'af- faire ginerale.Vous mavez demtande mon avis; e vous ai dit que pour ramener l'ordre dans cette partiele,iie fllait pas persister a envoyer des agents dtsignus par vous; car e'est votro niom seul qu'on ne peut pas y entendre pro- noncer, et si on contmuait k y fire passer des honines qucon vous croit devours, tout est perdu; non-seulement vous porterez Ie trou- ble imais vous les pousserez aud6sespoir, et ils pr6frerout, d'apres c'e qie je connaLs de leurs intentions a voter regard, de so livrer tax anglais qu'a se reunr a vous. Le comnmissaire SONTHONAX. Eh bien! taut nieux i je le desire, car la France ceafntiira alors que ce son des st "1 rats; mais les noirs ne consentiront jamais a cela. SLe general TOUsSAINT, Conunissaire, rappelcz-vous que la France dira toujours que c'est vous qui avez perdu cc pays : car, 'est vous qui avez envoy le Borgne, Rey et Desfourneaux. Ce pays-li etait tranquille auparavant votre arrive; et c'est par vous que tous les rialheui's sont survenus. Le commissaire SONTHONAX. La France est instruite de tout ce qui s est passe, mais il me semble qn'on a cherche - vous donner de terrible prevention sur mon compete. i Le general ToussAtNr. :Ce ne sont pas des pr6ventions qu'on m'a donn6es, ce sont des observations que j'ai faites sur votre caractere et sur vos projects. II h'a pas tenu a vous que le quarter des Gonalves n'ait .prouv6 lees mmens nalheurs que le Sud; et sans doute s'il y ftit survenu des troubles vous me les auriez attribucs, Le commissaire SoNTHONAX. Je veux vous prouver que vous 6tie tromp, et que ce sontmes ennemis qui vous ontirrit6 contre moi. Je vais donner des. ordres P'or- donnateur de vous faire delivrer tout ce que vous deniandcrez; les cafes de la Marmelade' et peut-6tre deux cent milliers qui doivent 4tre Plaisance seront mis a votre disposition. Le general TOUssAINT. Coamlissaire, ous crojez en chaeant dt ''-D z conversatpon me tromiper; vous venez me promettre encore les cafs de la Marmelade, mals je vous ai dIj dit qu ces cafes ny Ctaient plus; quant a ceuxde Paalnce, vous deviez savoir encore nmieux qu'ils sont au Cap, puisque vous avez ecrit vous-nimene au commandant de Plaisance, le citoyen Jean- Pierre, quevous lli donneriez de votre poche 25 portugaises pour fairetransporter les cafi.s au Cap; et je sais de plus que vous 6tiez si press que ces memes cafms ont t6 vendus 19 sous, tandis que le prix duicours etait de 25 sons. Le comnissaire SONTHONAX. Mon collDgue a signed avec moi : c'etait pour payer la troupe. Le general TOUSSAmNT. Moi, je sais que c'est vous qui iavez propose. Leo commissaire SONTHONAX. (Embarrass6.) Out.... c'est moi. Le general To ssAINT. Pourquoi payez-vous nieux la troupe qui est au Cap que celle qui est aux frontieres et qui couvre le Cap ? II n'y a qu'une Corn- mission, il n y a qu'uue Republique : et quand on fait souffrir une partie des troupes et qu'on distribue in'galement les revenues publies, ceest le tmoyen de career des parties et d'occasionner des troubles. Le cotmnnssaire SONTHONAX. C'est fini Eh ben je vais vous fire donner cent portugaises par i'ordonnateur: vous les enporterez aux Goralives. (29) Le g...& nral ToussSAINrT Comnuiiss~ire, non 1 Domicz ordres Yordonnateur pour qu'il les verse lIii-mu'm i I*adlninistralioi des Gonalvet. Le comnissaire SONTHONAX. Cela suffit. Maittenant vous n'avez plus rien centre moi. Le general TousSAINT. Cotmnissaire je vous ai dtt que je ne mn plaignais pas de ce que vous m'aviez fait i xlno personnellement, mais que javais beau- coup a me plaindre de vous a I guard de la chose pubiique; vous avez voulu bowleverser la Colonie. Le commissaire SONTHONAX. Ce n'est pas moi; ii y, a des personnel qui ne haTssent beaucoup, parce que le sis philantrope, parce que je suis le fondateur de la hibert6; mais- ce nest pas moi ce sont eux qui sont cause do tout ce que vous me , reprochez. Le g&niral ToUsgAINT. Je sais que c'est vous. Je me rappelle des propositions qtid vous niavez faites sur 1i'nde- pendaace; je me rappelle les propositions que vous m'avez faites plusieurs fois d'emP barquer le commissaire Raimond, don't on peut admirer la moderation et la patience. Cependant je vous avoue que j'ai beaucoup plus de confianceen luiqu'envous:je sais que vous Cetes plus fin, plus adroit que lui; mais votre colligue mnrite la confiance do lalCo- lonie. Le commissaire SONTHONAX. Pourquoi ? ( So te general ToussAIrNr Paree que c'est un home respectable qu me veut que 'ordre, la paix et le ratablisse- anent des cultures, qui ne done que de bons examples, parce que e'est un bon pere do anmil!e. Le comniossaire SONTHONAX. Eh mol I N'ai-je pas madaine Villevaley i Est-ce que e no regarded pas ses enfans comma les niens; A Le general TOUSSAINT. Ce n'est pas du tout la mime, chose; c'es ine feuille de paper qu'on dichire et qu'on jette. Le commissaire SOThION.AX . Allons, que tout soit fini je vais vous ,donner tout ee que vous voudrez, et que ce Soit tout arrange. Allons, j'espere que vous no meon voulez plus. Le general ToussAINT. Ce n'est pas pour moi, je vous le rpte , et tou saavez blen pourquoi je ne suis pas content. Dans ce moment on fit demander le com- Inissaire, la conversation se ternnma la, et nousnous separames; mais je ne pus obtenir la conference demanded entire lui Sonthonax" le commissaire Raimond, le citoyea Pascal et moi. ' i1! !U CO NF E ENCE Qui a eu lieu le a Fructidor an cinq a Cap-Francais, dans la Maison des ci-devaut Religieuses , Entr'e le citoyen SONTHONAX, coin- missaire du Gouvernementfi'ancais et le citoyel TOUSSAINT LOUVERTURE, geinral cn chef de VArnmde de Saint. Domingue. E 2 Fructidor le citoyen Sonthonar m'ayant envoy deinander par son aide do camp a quelle here je pourrats le recevoir; e lui fis r6pondre quil pouvait venir i ,cinq heures du soir. En effet, le citoyen Sonthonax vint cette heure la; je le recus dans moncabinet, et ds. que nous fumes seuls, nous eutuies la couver- sation suivante: Le conmissaire SONTHONAX. Je viens aupres de vous pour savoir a quoi im'en tenir une bonne fois; il faut que vous m'ouvriez votre coeur, et me disiez absolu ment ce que vous pensez. Le general TOusSATNT. Comnmssaire; je n'ai plus rien a vous dire; je ne suis pas d'hunleur a parler aujourd'uiS et je me suis l dej expliqu avec vous. Le commissaire SONTHONAX. Je vou e prie; vous 6tes ua holount homme, parlez-inoi franchement : je veux savor ce que vous pensez, et que tout soit lni aujourd'hui. DevlVlez- mol enlliremcint voire cceur. Le general TovssAINT" Je nl4tais ps d's uhieur a vous parler: vous my foi'rccz je vals mexplquer : mais vouS me pernmcttrez de vous dire la verite, et lavirite toute entire. Le conmmisairc SONTHONAX. Oui. Le general TOUssAINT. Commissaire, j'ai exdiamine vs demarches depuls que vous ites revenue dns la Colonie: jia observe tous vos pas, et j'ai vu que vous vous 6tiez tr'es-mal comport t', surtout pour lek interets de la Repbuiique qui vous ont et6 coufies: que vous 6tes un1 hoinue perfide. Le comulssaire SONTHONAX. Contnient Vous me regarded come Un home faux? Quelle idcie ave vous doi" de rmoi Le general To'ssAmT. Puisque vous avez voulu que je vous dise la vbrte, je ne vous la Xa chertal p. Non- seulenient faux inais doublement faux. Le commissaire FONTHONAX. Quelle faussele avez-vous me reprocher? Le g'inMiral ToUSSAimT. En ine faisa it cette question vous devez rougir et tremnbler. Si c'tait devat des hotummes qui ne vous comnnaUiri.ent pas vous pourriez encore temoiga-er cctte assurance, mais devaut ml0b coiieLt .oez-voU01 ? LI ( 33 ) Le comnissaire SONTHONAX. Comment! Comment I Dites-moi let causes. Le general ToussAIaT. Prenmierement, ne m'avez -vous ps palu- sieurs fois propose6 de rendre cette Colonle indpendante de la France Le commissaire SONTHONAX. J'en conviendrai avec vous, mais ia'e dies rien a personue. Le general ToUSSAINr. Vous n'avez pas besoin de me dire n'en dites rien a personne; nous ne sommes ,ic que deux; vous avez voulu que je rous disa la vetit6, je vous dis la v6rite. Reponde si je means ou si je dis vrai. Le commissaire SONTHOriAX. J'en conviens. Le g6nfral ToussAirrT. Combien de fois ne m'avez-vous pas pro pos6 de rendre cette Colonie indpendante ! Le commissaire SoxTHrOnAX. Je yous ai dit cela trois ou quatre fois. Le general TpUSSArINT. Cela nest pas vrai, vou me Pave propose & trois ou quatre voyages que jai fits au Cap; dmas dans un seul voyage vous m'ex avez parAl neuf dix fois et toujours quand j'ai t6 dans vote cabinet, vous etes revenue & la charge. UL commissaire SONTHoNAX. Je suis v6ridique ,j'en suis convenu*, ( 34 ) i Le genral ToussAINT, Dites-moi maintenant quelle r~ponse jc vous ai fate. Le conminssaire SONTHONAX. Cc n'est pas la peine de revenir sur un pareil chapitre. Je conviens qne vous m avez dit que la chose etait impossible; nous ne soumnes pas ici pour platier, mais pour nous arranger, Le general TOUSSAINT. Exlphquez-moi quel etait votre dessen, quand vous avez eu ce projet-l4, S Le commissaire SONTHONAX. Je n'avais pas de mauvaises intentions, c'est pour vouw-menie, c'est pour vos intbrets et pour celui de vos freres. Ce nest pas pour moi, mon pere est riche en France, je n'ai besoin de rien, mais c'6tait pour votre bien; je suis attach aux noirs. Le general TOUSSAINT. Vous ne m'avez jamais vu venir au Cap avec deux cent quarante dragons, sans comp- ter !4e ofiRciers, Demandez a. votre collguue Raimond, si je n'avais pas autant respect votre caractere de d6legue de la France si voUS ne series pas deja embarqub. 'ai rflbchi sur tous les projects don't vous nmavez parl6 , le vous ai sooigeusement observe, et j'ai vu que vous ne tendiez qu'a perdre la Colonie, qu'a la bouleverser et a la ravager. Le commnisraire SONTHONAXt Dog1ez-m'en des preuves ? Le general ToussAimT. '_Vous venez de convenir avec Imo de totts les faits, de toutes les propositions que vous m'aviez fates sur 1'independance. Le conitnssaire SONTHONAX. Yen suis convenu inais je n'ai rien fait autre chose. Le general TOUSSAINT. Vous avez sourdement donn6 conseil a des noirs, a des homes de couleur d'gorger Ies blancs pour assurer la liberte6 disiez- vous. Le commissaire SONTHONAX. Ce nest pas vrai, je n'ai pas donned des ordres pareils. Le general ToussAIXT. lappelez-vous que lorsque vous m'avez pro- pos6 l'indpendanee, vous m'avez dit, a moi personnellement, qu'il fallait, pour assurer la liberty, egorger les, grands planteurs; et ees m6mes propose, vous les avez tenus a d'autres noirs qui me les ont rapportes. Le commissaire SONTHONAX., 11 y a long-temps; mnais ce project n'a pas 6t6 execute. Le general TOrSSAINr. Je vais vous repondre come les cr6oles disent; les cr6oles dissent : 4 Yon cocion qui V deld mang6 poule, vous borgn6 yonyeux li, vous borgnel'autreyeuxli, qa pas emp&ch6 Sii quand li pass c6t6 poule, li va cherchi Sinang6 ii toujours 3. Le commissaire SONTHONAXO Que veut dire cela! ( 36 ) Le *general ToUSSAINT. Ces-a-dre que les meichans sont incorrigi- bles.L'autre fois que vous etes venu ici, vous avez dit aux hlGnles de couleur d'egorger tous les blans, aux nouveaux libres d'gorger tous les anciens libres; voili ce qui a produit la guerre civil, et ce qui a fait que le ter- ritoire francais a e't livre aux anglais et aux espagnols, et puis vous etes part, et vous nous avez laiss6 des troubles. Le comniissaire SONTHONAX. Comment pouvez-vous avoir une ai mau- vaise opinion de moi Le general TOUSSAINT. C'est un fait vrai, tout le monde le sait. Le commissaire SONTHONAX. Mais vous, g&naral, n'avez-vouspas vu dans mes d6bats comment j'ai defendu les hommes de couleur, quoiqu'ils soient des sc6i1rats. Le general TOUSSAINT. f y en a de bons et de meehans, cnomme dans touteslescouleurs, et vous avez d'autant plus de tort de les designer tous come des sceltrats, que 'est parmi les plus se6l6rats des honumes de couleur, des noirs et des blanes, que vous avez choii vos homes de confiance et vosespions. Le commissaire SorNTHrolAX. General, non... Tout ceci ne vient que des mauvaises impressions qu'on vous a donnees centre mnoi. Le general ToussAITr. Commissaire, cette conversation ne finirait ( -37 ) plus, et pour la terminer je vous antonce qu'il faut que vous parties en France. Le commissaire SONTHONAX. Non, gtn6ral, je vous demand excuse, oublions le passe. Le general TOUSSAINT. Commissaire,vous etes trop connule salt de la Colonie exige que vous parties pour la France: ii faut absolument que vous parties ; sa sArete en depend. Le comnuissaire SONTHONAX. Oublions tout cela, que toutsoit fini; je vous promets que je vous donnerai. tout ce que jo possWde, tout ce que vous voudrez. Le general TOUSSAINT. Je ne veu- rien; le n'ai besoin d d'or m d'argent, ni de rien du tout :I i faut que tous parties; le salt de la Colonie 1'exige. Le commissaire SONTHONAX. Cependant tout est ici tranquiUle qu'aves vous a craiadre ? Le general ToussAIrm. Point du tout. Vous feignez d'ignorer ceque je sales. Si a ville est tranquille e'est bien contre votre vteu; c'est q ue i'i. envoy6 des personnels preacher le talme; mais il faut.que vous parties; (avee chaleur) I'ai parl6 au commissaire Raimond, pour luidite qtuil faut que vous parties il a iherch6 'I me modrer, en me faisant entrevoir des consequences f~cheuses cause de votre earactbre et des troubles qui pourraient survenir. Eh bien je trends sur moi I'eve1ement; je rendrai (38 ) compe ddema eonduite aiu directoire ex&cutif; mais ii fut que vous parties. Le commnissaire SOzrTHONAX. C'est-a-dire done que vous etes bien deid6 ime fire partir. Le geni~ral TOUSSAINT Ouli, trks-dI.cid. Le coU nistlsaire .SO'THONAX. Comment, mon cher g n.'ral, pouvez-vous traiter avec taut de durete le fondateur de la lberte? N'est-ce pas moqui l'ai proclamte dans cette Colonie N'est-ce pas moi qui at fait votre bonheur ? Nest-ce pas moi qui ai defendu votre cause ? N'est-ce pas moi" qui voUS ai nommei general en chef? Le general TouSSAINT. Vous savez bien que vous m'aviez plusieurs fois fait proposer ce grade, et que je vous at toujours repondu que je ne m'en souciais pas. Si vous ne tn'avez nomm6 general en chef que pour commuettre des crimes je ne veux plus l'*tre. Ce nest pas moi qui suis offense; ce sont les interets de la France qui sont menaces; et avec on sans le grade de gearal en chef, je n'ai jamais eu d'autres intentions que de maintenir et d'assurer la liberty de mes fires, et de conserver cette Colonie a, a France; pourvu que ce but soit rempli, je me spucie fort peu de grade. Le coinmissaire SBOTHONAX. Vous le meritez; vous avez de la capacity: sans vous nous n'aurions pas trouve ici un pouce de terre I "la France i notre arriv6ie ( 39) ) Voila ce qui m'avait engage a vous fire des propositions. Le general TOUSSAINT. II n'est plus question de tout cela, il faut que vous parties. Par respect pour la parole d'honneur que je vous aidonnee, je n ai votlu rien dire au comnnlssaire Raimond des propo- sitions que vous m'avez faites; inats si vous me force de lui enparler, il sera aussi empress que moi de vous faire einbarquer. Je ne desire pas, si cela est necessaire quon sache que o'est moi quivous force apartir, parce qu'6tant moa chlef, je ne veur pas rendre public un acte d'insubordination qui pourrait avoir des suites funestes. Allez remnpir la place de repr6- sentant du people (quoique vous n'ayez- 6t6 nominee que par une intrigue); inais partez; vous savez combiencela est neeessaire. Partez, et personnen'enconnaltra le motif Je neveux pas vous perdre, mais e veux que vous parties. Le commisnaire SONTHONAX. Puisque vous 6tes d&cid6 et qu'il est impos- sible de s'arranger avec vous, je partirai; mats ii faudra me donner des lettres de flicitation, et j'irai en France come represeitant du people. Le general ToUssAUrT. Je vous donnerai tout ce que vous vout drez; car je regarded votre depart come absolument necessaire au salut de la Colonie. Partez, ne cherchez pas a occasionner un bouleversement. Partez vlte, que 1'ordre no soit pas trouble, et je vous promets que jamais personnel ne saura rin de ce qui s'est pass& entire noub. Mais s'it survient le moindre d<- sordre et qiue vous inetiez de la mnauvaisefoi a remplir ta promesse que venez de me fare, je devoile tout, et je vous embarque de force. Le conullssaire SONTHONAX* C'est entendu, eest fini. Je vous promets que le ne dira rl n a personnel, mime a inon college; n: ds promettez-mot aussi de ne lui en rien dire. Le gLna"ral TOUSSAINT. Je vous le promets, I condition que vous ne me tromperez pas. Le commissaire SorTHaoAX. Je partirai, ge6n6ral. Aprbs ces derniires paroles, Sonthonar me souhaita le bon soir et aous nous sir paranes. Pour extrait conform M la minute di Rapport adressd au Directoire exdcutifde France, le 8 Fructidor Fan cinq. de la Ripublique frangaise ,une et indivisile. Le general en chef de, Saint-Doingue. Sign, TOUSSAINT LOUVERTURE, AuCap-Francais, ciez P. Roux, Ipripmeur de la Commission. |
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