Lettre aux citoyens de couleur et nègres libres de Saint-Domingue et des autres isles françoises de l'Amérique

MISSING IMAGE

Material Information

Title:
Lettre aux citoyens de couleur et nègres libres de Saint-Domingue et des autres isles françoises de l'Amérique
Physical Description:
1 online resource (15 p.) : ;
Language:
French
Creator:
Grégoire, Henri, 1750-1831
Publisher:
De l'imprimerie du Patriote françois ...
Place of Publication:
Paris?
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Racially mixed people -- Legal status, laws, etc -- Early works to 1800 -- Haiti   ( lcsh )
Métis -- Statut juridique -- Ouvrages avant 1800 -- Haïti   ( ram )
Politics and government -- Early works to 1800 -- Haiti -- 1791-1804   ( lcsh )
History -- Early works to 1800 -- Haiti -- Revolution, 1791-1804   ( lcsh )
Colonies -- Early works to 1800 -- France   ( lcsh )
Politics and government -- Early works to 1800 -- France -- 1789-1799   ( lcsh )
Politique et gouvernement -- Ouvrages avant 1800 -- Haïti -- 1791-1804   ( ram )
Ouvrages avant 1800 -- Haïti -- 1791-1804 (Révolution)   ( ram )
Colonies -- Ouvrages avant 1800 -- France   ( ram )
Politique et gouvernement -- Ouvrages avant 1800 -- France -- 1789-1799   ( ram )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

Bibliography:
Includes bibliographical references.
General Note:
Title from PDF caption (LLMC Digital, viewed on Aug. 26, 2011)
General Note:
Dated at end: Paris, ce 8 juin 1791.
General Note:
Publisher's name from colophon.
Statement of Responsibility:
par M. Grégoire.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 747978011
ocn747978011
System ID:
AA00008579:00001

Full Text

























This copy of a rare volume in its collections,
digitized on-site under the
LLMC Extern-Scanner Program,
is made available courtesy of the

UNIVERSITY OF FLORIDA LIBRARY




. .- -r-e. -j^ -.d
~I''~r~y I 1.- ,~-r~II CI-,-


.7
/s


4 A.


LET TRE

AUX CITOYENS DE COULEUR

ET N RS R 1 R ES

DE S AI NT DT M I N U E*

ET DES AIUTI ES ISL-ES FRANCOISES
DE L'AMERIQUE.,

Par M. GO o i r E, D6put l'a semble
National, Ev~que du D6parteenjnt de
Loir et Cher


SMIS
.. .. ... .
Voi s atiez homnies, vous dtes citoYens
et r6int4gr6s dans la plnitiide de vos droits,
vous participerez d6sormais la souverainetd
du people. Le d6cret que assemblee natio-
nale vient de rendre A votee 6gard, sur cet
objet, n'est point une grace car une grace
est un privilege, un\prividge est une int-
justice; et ces mots ne doitenr plus souiller
le code des Frangois. En vous assurant I'exer-.
cice des droits politiques, nous avons acquittd
A


MQ '-" I I II II '--1 "?1 **







:(2)
ine dette; y manquer e&t 4td un crime de
notre part bt une tache A la constitution.
Les 1gislateurs d'une nation libre pouvoient*
ils fire moms pour vous que nos ancient
despotes?
I1 y a plus d'an si6cle que Louis XIV avoit
solemnellement reconnu et proclan6 vos
droits; mais ce patrimoine sacre- avoit 4t4
envalti par l'orgueil et la cupidity qui, .gra.-
duellement, agravoient votre joug et empoi-
sonnoient votre existence. La resurrection de
l'empire franqois ouvrit vos coeurs A l'esp6-
rance, et ce rayon consolateur adoucit la-
mertume de vos maux. A peine les soupqon-
noit-on en Europe; les colons blancs, .qui
siMgeoient parmi nous, se plaignoient trbs-
vivement de la tyrannie ministdrielle; mais
ils n'avoient garde de parler de la leur. JSa-
mais ils n'articuloient les plaintes des mal-
heureux sang-mel6s, qui toutefois sont leurs
enfans; et cest nous qui A deux mille lieues
de distance, avons 6t6 contraints de d6fendre
les enfans contre le mepris 'acharnement,
centre. Ia cruaut6 de leurs peres. Mais ;vai-
nerxent on a entere 4d'touffer, vos reclama-
tions ; vos soupirs, malgr6 '4tendue des mers
quii nous sdparent, vos maux ont retenti dans






Sle coeur des Francois d'Europe, car ceux-ct
Sont un coeur.
Dieu, dans sa tendresse, embrasse tous les
hommes; son'amour n'admet de difference
que celle qui rdsulte de 1'Ftendue de leurs
vertus -la loi qui doit &tre une imanaiion de
S1'ternelle justice, pourroit elle consacrer
une prddilection coupable, et la patrie, qui
Ssurveille tous les membres de la grande fa-
mille, pour roit-elle dtre la mnre des luns la
marAtre des autres? ;
Non, messieurs, vous ie pouviez dchap-.
Sper It la sollicitude de l'assemblde national.
SEn deroulant kux yeux de I'univers ]a grande
charter de':la nature elle y a retrouvd vos
titres : on avoit tent deles faire disparoltre;
Sheureusement les caracteres en 6toient inef-
fatables, come l'empreinte sacrde de la
divinity gray6e sur vos fronts..
DdjA le 28 mars 179gb6 dans son instruc-
tion pour les colonies, l'assemblhe national
avoit compris sous une denomination com-
mune et les blancs et les sangs-mdles. Vos en-
nemis ont voulu fair mentor le paperr, en
impiinarit le contraire'; niais il est incon-.
testable que quand alors je demandai que
iiominativement vous y fussiez comprises ,
A 2








ut fo (d .deputtpS f1* lontplusieatra p.lan-i
teurs s'empresserent de crier que i'article
vois eveloppoit da s sa generalitd; etM. Bar-
'txve hiig.rme qui me I'avoit dit, cddant a
Imss inte'pellations imltiplides, yient enfin
tois-je pas reason de craindre qu'nne inter-
pr6tatioi perverse nre travestit nos ddcrets ?
Des vexations nouvelles, A votre tgard, et
vos maux portes leur comble1 n'ont quo
trop justifit nies apprehensions. Les lettres
que j'ai revues de. ous a ce sujet ont fart
couler nres larmes. Lt postritd S'6tonnera,
sindignera peut-etre que pendant cinq jours
cons6cutifs on aitd6battu voire cause, don't
la jubtiice est portee i t'vidence JIelas! quand
'hiunianit6 est reduid e A letter centre la va-
nitr et le prejug6, son trioniphe est une pd-
nible conqukte !
Depuis longvtemps 14 socikte des amis des
noirs s'occupbit des moyens d'adoucir votre
sort et celui des esclaves; il est difficile, im-
possible peit-etre ,-de fire impun6ment le
Lien, et. son zele respectable lui a'merit
bien des outrages, Des. homes vils se ca-
choieit sous 1'anonymic,, pour lancer sur
ell 1tear venin ; et dans d'im pudens libelles








ils ne cessolent de reppetr des objec:ioms a
Sides calomnies cent fois plvriQses, Que de
fois. les perveiss, its nous ont ac-cuss- d'3tre
v endus aux Anglois soudoy6s conlti'e InFran-
ce, p*r les Anglois de vous avoir adress-
des Btrtres iincendiaires et envoy des4irmf es!
Vousle advez nes amis, combien elles sonit
laches et atroces'; ces impostures, n ous qi
vous avons pr~cchit sans cesse 'attachenment
A la mre-patrie, la resignation, a patience,
en attendant le r6veil delay justice. iien.n'a
pn attiedir note' zele ni celui de vos freres
sang-minls qui sont A Paris. M. Raimond ,
Ssur tOutI, s'est vond d'urie naniere ]l roqiie
a votre &Fense. Avec quel transport vous
eussiez vu'c, citoyen di.tiingii A la barre
de l'assernihee national, doet ilmritte d'etre
. 3nembre ,' presenter Ie tbleau dechirant de
vos nialli urs, et rclame er giquernentvos
droits I Si l'assenmblde les eit sacrifits eHie
eCut f4tri sa gloire. Le devoir lti commandoit
de dccr-ter, avec justice, de s'e-xpliquLer avec
clart ", de f.Sire executer avec fermetd, ellO
1'a fait ;- et si ( ce qu Dieu ne plaise) qu.el"
que eveenien t caclie dans Ic seiti de 'avenir,
ftous arrachoit nos colonies ne vauidroit-it
!1 I Ol i 1o c 0








p Tr i'eux avoir une perte a d6plorer i qu'une
injustice a nous reprocher.
Citoyens, relevez vos fronts humilis-; A la
dignity d'hommes associez le courage, la
fierte d'uln people libre : le 15 mai, jour oi
vous avez reconquis vos droits; doit 6tre A
jamais memorable pour vous et vos enfans.
Cette, poqueI rdveillera pdriodiquement en
:vous les sentimens de la gratitude envers l'Etre
supreme, et puissent alors vos access frapper
la votte des Cieux vers lesquels s'6leveront
Svos mains reconnoissantes i -1
Enfin vous avez une patrie, desormais vous
ne verrez au-dessus de vous que: a loi; i'a-
vantage de concourir A sa creation vous as-
surera le droit imprescriptible de tous les
peoples celui de n'obdir-qu'"vous-mdmes.
Vous avez ine patrie, et sans doute elle
ne sera plus ine terre d'exil, dans laquelle
vousl ne rencontriez que des mnatres et des
conmpagnons de malheur ; ceux-li distri-
buantt, ceux-ci recueillnnt le m6pris et les
outrages. Les sanglots de votre douleur 6toient
punis come des cris de rebellion; places
entire les poignards et. la mort, ces contries
malheureuses furent souvent imbibces de vos







(7)
larmes, quelquefois teintes de vote sang.
oVus avez une patrie et sans doute le bon-
heurluira sur leslieux qui vous ont vu naltre;
alors vous goAterez en paix les fruits des
champs que vous aurez cultives sans trouble;
alors sera cornbl6 'intervalle qui, plagant A.
grande distance les uns des nutresls es nfans
d'nn mine pIre, touffoit la voix de la na-
ture et brisoit les liens de la fraternity; alors
Jes chastes douceurs de l'union conjugale
remplaceront les sales explosions de la d&-
bauche .qui insultoit la n ajest' des
nc10eurs1 .
SEt par quel strange renversement de rai-
son &toit-il honteux A un blanc d'dpouser une
femme de couleur, tandis quiil nu'toit pas
ddshonorant de vivre avec elle dans un liber-
tinage grossier? Plus 'liomme est dcnu6 de
vertus, plus ii cherche A s'entourer de dis-
tinctions frivoles; et quele absurdity, de vou-
loir fonder un mdrite sur les nuances de la
peau surt les teintes plus ou moins rembr i-
nies du visage L'homme qui pense rougit
quelquefois d'4tre home, quand il voit ses
semblables aveugles par un tel delire; mais
comme malheureusementl'orgueil est la pas-
A4







(8)
sion la plus tenace, le regne du prdjug4 s,
prolonge; car hommee semble ne devbir at-
teindre la vArit4 qu'aprc s avoir -pui&6 tdute4
les chances do l'erreur, .
II n existed point dans nos colonies orien-
tales ce pi-jugd centre sequel elles one rd-
clanam par rorgane de MM. Monneron. Rien
le plus tou chant que 1'edllge des gens de cou.
leur, tel que Pont consigned les habitats de
cete parties du monde dans leurs instructions
pour leurs d'putes a l'assemblde national.
L'acadmnie des sciences de Paris s'honore de
computer au nombre de ses correspondans un
mulAtre de l'lle de France; parmi house n
rigr estimin est admiiiistrateur du district de
Saint-lypolite, dans le department (du Gard.
Nous ne croyons pas qne la diffrencede li
peau puisse 6tablir des droits diffirens entire
los membres de la socidtd politique; aussi
vons nie trouverez pas ces orgueilleuses peti-
tesses dans nos braves gardens nationals, qui
veulent aller enAnimrique assurer l'elecution
de nos decrets. Pdnetrds des sentiments liouai
bles qn'a manifests la ville de Bordeaixils
vouls diront avec elle, qu le e deret relatif
aux gels de couletu r6dig' spus ls auspices







.de la prudence et de IA sagesse. (i) est tnlt
homage A la raison et A lai justice (2); que
les d6putes des coloniesont calomnid vos ins
mentions eta celle du commerce (3). Elle est
bien rangeg, la conduit de ce mnandataires
sollicitant ardemment AVersailles leur admis-
sion dans 1'assembl4e jurant avec nous, att
jeu de paume, de ne pas nous quitter que
quand la constitution seroit achevde, et nous
didlarant ensuite, apres le d6cret di 15 mai
dernier, qu'ils ne peuvent plus singer parmi
nous. Cette dsertion est un abandon des prin-
cipes et une bric.he 'la religion du sermient
Ddja les colons blancs qui sontdignesd'&tre
Francois, sempressent d'abjurer des pr6ven-
tions ridicules, pour ne voir en ous que deg
frzres et des amis. Avec quelle douce 0motion
nous citons ceS paroles des citoyens actifs de
Jacinel : ccNous vouant A suivre sans restric-
Stion les decrets de' assemblee national
P sur notre constitution prdsente et Aenir,

.(t V. lettre du directoire du Jdparcemtc dc l i CGiron
jux assembl:c; colopiilesl.- '
( ) V. adrcsse du diretr-irq du department de la Gi-
ronde aux citoyens et gardes nari'nale du 4dparfenient
() V. lepre du directoire, t. '


4








r et nOus conformer A ceux qui pourroipent en
~. changer ]a substance :.. (1) Les citoyens
du Port-au-Prince disent' assemblele na-
tionale les mimues choses en d'autres terines
v. Daignez, messieurs, recevoir le serment
- que la municipality prete entire vos mains,
> au nom de la commune du Port-au-Prince
5 de respecter et executer ponctuellement
5) tous vos decretsi, et de ne jamais s'en dcar-
t, ler, sous quelque pr6texte que ce puisse
e etre (2) m.
,Ainsi la philosophie agrandit son horizon
dans le Nouveau-Monde, et bient6t d'absur-
des -prejugds n'auront plus pour sectateurs
que quclques tyrans subalternes qui vouti
droient perpetuer en Amerique le r6gne du
despotisme dcrasd en France, Et qu'eussent-
,ls dit si les gens de couleur avoient tent6
d'awraclher aux blancs la jouissance des avai-
tages politiques? Aec quelle force ils eussent
rvcliami centre cette vexation Ils ecument
de rage de voir qu'on vous ait rdv616 at ren-
du vos droits. Par respoir de consoler leur

(I) Extrait des registres des deliberations de la munici-
palitd de Jacmd, o1 nars 1791. .
F. ( ) Adi sse de, la minicipalite du Port-au-Prince 'a ia-
st'mb!et nationa'e, rpae 9.








( II )
orgueil irrit4, peut-etre ils, s'-puiseront en
efforts pour faire 6chouer le succ&.s de nos
d6crets; ils tenteront une secousse qui, ar-
rachant les colorites. I la mere-patrie, leur
facility les inoyens d'echapper h leurs crean-
ciers. Ils n'ont cess6 de semer la terreqr ,de
dire quun acte de justice a votre regard ebran-
leroit Sanit-Domi~innue. Dans cette assertion.
nous n'avons vu que mensonge; nous aimons
A croire qu'au contraire le d6cret va serrer
les nceuds qui vous unissent Ah a metropole.
Le patriotism dclairant votre intedrt et vos
affections, c'est encore vers la mitropole que
vous dirligerez vos operations commercials
et les tributs mutucls de l'indistrie &tabliront
entire la France et ses colonies un change
.constant de fortune et de snliimens frater-
.nels. Si vous dtiea infidles : la France, vous
series les plus vils et les plus m6chais des
homines, Non, gendreux citoyens vous ne
serez point traitres. A la patrie; c~l te idte
seule vous penetre d'horreur; ral]ids avec
tous les bons Francois sous les drapeaux de
la liberty vous ddfendrez notre sublime
constitution. Un jour des deputis de couleur
franchiront I'Ocdan pour venir ,idger dans








la ditte nnat'ioale, et jiurer avec nous de vivre
et de mourir sous nos lois. Un jour 1 soleil
n'eclairera parmivous que des honIinieslibres;
les rayons de I'astre qui repand la lumiere ne
tombleront plus siur des fers et des esclaves.
L'assembldenationale n'a point enrcorei associd
ces deruiers vote sort, parce queles droits
des citoyens, concidds brusquement A ceux
qui n'en co nioissent pas les devoirs, seroient
peut-dtre pour cux uii present funeste; mais
a'oubliez pas que, come vous, its naissent
et demeurent libres et egaux. II est dans la
march i ,rrtsistible 'des evinemnns, dans la
progression des lumi6res que totis les peuples
dceposscdls du domain de la liberty rdcupe-
rent etifin cette propridte inamnissible.
On voiis reproche, plus qu'aux blancs de
la duretd elVvers les nAgres ; mais,hOlas! on a
rdpandu tant d'impostur.s contre vous, ql.e,
prudemment nous devois Mlever des doutes
sur cet e accusation : si cependant elle 6toit
fondde, agissez de mani6re qu'au' lu'6t une
nt11e1dsanCe devilenne ine calominie.
Vos oppresseurs ont souveUr repousse loin
des esclaves lPs lum':res du christianisme,
parce que la religion de la douce ir, de 0!'4






('1)
galit4 de la liblrte ne: donvfenoit point A
la firopite de cess honines de sang. Quevotre
conduite contraste eiiliireniint avec la leur.
CkarieM est le cri de 1'ev;mile, vos pa:teuIrs
leferont retentir au milieu de vous; qOtvre.
vos cocurs a cette morale divine don't ils sont
les organs. Nous avons allig4 vas pines,
allgez celle de ces mnalheurenses victimec
de l'avarice qui arrosent vos chiamps de leurs
sueurs et souivent de leurs larmes; que l'exis-
tence ne soit plus pour les esclaves un sup-
plice; par vbs. bienfaits 4leur guard, expiez
les crimes de 1'Europe. En les amenamnt pro-
gressivement A la liberty, ,vous accomplirez,
un devoir, vous vous prdparerez des souve-
.nirs consolateurs y ous honorerez I'huma-
nitd, vous assurerez la prospriftd des colo-
nies. Telle sera votre conduite envers vos
freres les negres :imais que devez-vous fire
A 1'.gaird de vos peres lesbl ,i cs? Sans doute
il vous sera pernis de verser des pleurs sur
les cendres de Ferrand -de Baudi're, de cet
inifortun4 Od 1egalement assassin, et pin-
rant sur la roue, pour avoir voulu 6tre libre;
mais perisse celui d'entre vous qui oseroi't
concevoir. contre vos persdcuteurs des pro-






( 14)
jets de vengeance. D'ailleurs, ne sont-ils pas
livrds A leurs remords et converts d'un kter.
nel opprobre ? L'ex6cration contemporaine
ne d6vancera-t-elle pas A leur regard lex6-
cration de la postirit6 ? Ensevelissez dans
un oubli profornd tous les ressentimens de la
line goutez le plaisir ddlicieux de fire du
bien A vos oppresseurs, et m6me reprimez
les planss trop marques d'une joie lui, en rap-
pelant leurs torts aiguiseroit centre eux la
pointe du repentir.
'Religicusement soumis aux lois, inspirez-
en l'amour A vos enfans; qu'une education
soignre dOveloppant leurs facultis miorales,
prepare a la g4nAration qui vous succ6dera
des citoyens vertueux, des homnies publics,
de.s defenseurs de la patrie.
Comme leurs coeurs seront dmus, quand
les conduisant sur vos rivage's vous diri-
gerez leurs regards versIiFranceen leur'
disant : Par-dela ces parages est la mere-
patrie: c'est de li que sont arrives chez
nous la liberty, la justice et le bonheur; 1A
son t nos concitoyens nos frres et nos
arnis; nous leur avons jur6 une amiti6 kter-
nelle. Hlritiers do nos sentimens, de ieos af-








( 15 )
factions, que vos coeurs et vos bouches r6-
p6tent nos sermens; vivez pour les aimer,
et s'il le faut, mourez pour les defendre.

Signed G RtGOIRE.


Paris, ce jui n 179i.






o< -


De r'Imprimerie du PATRIOT FRAN(OIS,
place du Th6atre Italien.