Les griots

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Material Information

Title:
Les griots la revue scientifique et littéraire d'Haïti
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Denis, Lorimer
Publisher:
s.n.
Place of Publication:
Port-au-Prince
Creation Date:
October 1939
Publication Date:
Frequency:
quarterly
regular

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
serial   ( sobekcm )
periodical   ( marcgt )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1. année, no 1 (juil.-août-sept. 1938)-2. année, no 2 et 3 (oct.-nov.-déc. 1939/jan.-févr.-mars 1940).
Numbering Peculiarities:
1. année, no 1-2. année, no 2 et 3 also called vol. 1-v. 2 et 3.
General Note:
Title from caption.
General Note:
Editor: Lorimer Denis.
General Note:
Master negative held by the Center for Research Libraries.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 30497284
lccn - sn 94021825
ocm30497284
System ID:
AA00007290:00014


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Full Text

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6 74LESGRIOTSsignataires dont le plus grand nombre &ait de siinpl'es eonsuls1?n dr0.it international strict, ceu:-ci n'avaient point qualit ilcontptenec d'y figuier. Mais; nous tions un petit pays, et faible,et peu sage, qui n'imposait point. Tous ces gens-la estimaientqu'ils pouvaient impunment le prendre de haut avec notre gou-vernetueint. D'autint plus haut, gie quelqes-uns,,commera tuset petits banquiers de la place de Port-au-Prince, d'avoir baill;des fonds l'insurrection, souhaitaient, pour raliser les grosbnfices qu'ils escotitpttiient, la chute de Sal{tnrott et faisaienttant pour la provt quer(U. Ayant contre :ni le Corps diplo-matique et consulaire (ce dernier constituait presque toutlehaut commerce); ayant contre lui les meneurs de L'opinion pu-blique toujours tourne contre le pouvoir; ayant combattreune rvolte urin. jusque-l irrductible et qui menaait de fairetache d'huile, le Prsident Salomon se croierait perdu s'ilnes'assurait la protection der-tats-nis,ta seule grande puis-sance qui maintenait encore de bons rapports avec son gouver-nement. En dpit (lit refus d'il `y avait mi mois, il se dcida briguer leur alliance sur la base de la cession du MleSaint:Nicolas. L'heure passait. Les insurgs venaient de faire l'ac-l'avantage sur le gouvernement. Leur intention tait de renou-quisition d'un vapeur le Eider, ce qui leur donnait nettementveler le coup d'audace de Brice cin en dbarquant Port-au-Prince mme, Il a fallu l'nergique attitude du ministre amri-cain qui en imposa tout le Corps diplomatique t consulairepour empcher que ceclbarquement eut lieu,Prenant occasion de et.,incident, M,,Callisthttines Pouehnrd,secrtaire d'Etat des relations extrieures,renoua les pattu parlerstendant l'intervention des Etats-Unis,l.e 17 oetuhre, il atdres-saitcette note Mr. l.attgston:Monsieur le Ministre,La prserva dans tiok eaux territoriales complique, ainsique vous Jefaites remarquer, la question de l'Eider. Toutefois,les ministres et constilstrangers ont donn ,.1nos demandes un commencement de sanction ens'engageant etiipcher que te navire pntredans la rade de fort-au-Prince pour y oprer tut dbarquement.C'est un acte sur lequel vous(1)Il avait fallu lotit le crdit de Mr, Fouettardpour tirer quelquesmilliers de gourdes de la caisse de quelques commerantsde la place,

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L E.6 GR f Q Tammnmuirinn,mumnougni u nIIII. on rnmmmunnnmuaninnnunnuunummuuntunm67 .5ihuvez vous annuver.ouata l'intt,rventiondesEtats-Unis dansdans nos affaires intrieures, elle constituerait un premier pas accomplidans la neutralisation que nous avons; sollicite. La partialit videntede l'Angleterre ne nous permet pas de douter d'une complicitde sa partdans 'l'insurrection prpare sur son territoire laquelle ses agents necessent. de prterle concoursle plus vident. Cetteimmixtiondguisecache desarrire-penses que vous avez plusd'une fois signales. Ellessont contraires aux principes de la doctrine de Monro et, ds lors, lesEtats-Unis comme nous-mmesne sont-ilspas autoriss prendre lesprcautions propres 1 djouer l'avnement au pouvoir d'un parti dvou l'intrt anglais. Je laisse votre exprience des hommes et des choses(lel inrique du Nord le soin de faire prvaloir ces arguments,Agrez,,etc..,(Sign): Le secrtaire d'Etat provisoire des RelationsExtrieures.Cette lettrefut le pointde dpart deconversations entre notreChancellerie et la Lgationamricaine,Elles aboutirent ulnaccordde principe, touchant la communication d'un nouveauprojet d'accord avec Waslibigtgn.Et ce fut en conformit decette entente que le Prsidenttdonon jeune serendit en per-sonne, l'htel de la lgation des J`tulttlpluis et laissa entretesmains de M. Langstone, l'issue (fuit vtretien auquelassistaitle commandant du navire (le guerre tUiificiainleSt,'ataa'a, cedocument qu'il rdigeatac sa mailsLibertalalltIrrtnernitIltntbllque d'l1ttUtlTPort-au-Prince,le ll Novembre.188-11, titi8O suc. tte l'Indpendance,SALOMONPrsidentd'llaitlPar lefait (le l'ouverturedu Csutttlde Ptulanta, la ptesq t'ile du ?tleet sa baie (luipeut recevoir plus (le cinq centsinvites acquirent uneimportancecapitale. Eneffet, le Mle et sa baie, dans tictrajet d'Europeau Pacifique,sont les r.oints les plus fuel les, et pourainsi dire naturelspour le ravitaillement(les navires;aussi ces pointsfout-ils la convoitisede l'Angleterreet luiont-ils tpromis par ceux qui sont aujourd'hui enarmes contre le gouvelt(enlent; et c'est cu(lui explique le concours et lesencouragementsque ie insurgs onttrouvset trouvent aux Iles Turques, bagne, Kingston etSaint-l'homas,en dpit des rclamations etdesobservations faites par les agentsde motigouvernement auprs des auto-rits et agents britanniques dans cesdiffrents endroits.

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(tnnnie il e't de i'fttrt d'flaiti de se rapprocherle plus possible desa sruraafne la Rpubliquedes Itats-Unis d'Amrique, le Gouverne-ment flaitien propose au cabinet de Washingtonde lui faire la cessionde la baieet dunepartiede la pointe du ld6ie SaintNicolas, la chargepar le Gouvernement des Etats-Unis tto.de garantir l'autonomie et l'indpendance de la Rpublique d'Hai2o,de compter nu gouvernementhaitienune somme de... qui servirat teindre la dette publique de l'Etat d'llati i,to,tic fournir au gouvernementdansle dlaide... deux corvettes deguerre ut deux chaloupescanonnirresarmes;pour le rcgicnrentdes tluestionsdiplomatiqueset internationales qui peu-40,de lui prter ses bons offices et s'il en estrequis,de s'interposerA dfaut de la presqu'ile et de la baie du Mle, des conditionsoour-putssaulcesetraudgres.vent Sc t>rescnicr dansles rapports de la Rpubliqued"Hati avec lespropositions pourront tre dbattuesentrelesdetlxauvernements.raient erre passes pont la cession de Pile de la Tortue. Les prsentesniant de Washington envoie un commissaire Port-au-Prince oour traiteranrenaces ou nlcXliliees aprs examen, et il est dsirerque le gouverne.livre t la pnbblicit( qu'aprs que les partiesseront tombes d'accordposition restent sccrte entre les deuxgouvernements et qu'elle ne seraa'vcc je gouvernement n.uttcn,Il est bien entendu que la prsente pro-et qu il sigma alors de soumettre le contrat la sanctiondes deux Par-Note prsente au Cabinet de Washington.(Sign) SALOMON1,'olfre de cession test maintenantquelque chose de prcis et(I CXphette, autl ""litifipar la signature duO,ef de t'T'.ttLtntrine pour iiiiettx dcider \\rashington revenir de sn uitti-tune, le prrulet lait tessortrr en un contrat prambulel'avlnta et t,t positunll du Mole St. Nicolaspar rapport aucanal de Pa-naula, et les visestlsrlaises sur elle, encouragesar les in-uprs'es, J?n bref, ctait bel et bien l'tablissementd'u.t1 protectorat'que cntitpnrtaitteplan.JJ.ati jouiraitl'ombre tlr,rttlu deautoillliteet pax intrieutxti,,re e eretrre maisce serait certaine->-M. ,Salomony, pensait-il? au prix d'unesouvriteneaii.mnute cou ttulltnrittfie.hld,rosscl:titniie 11atr :es agissements'lliut y(ISIl ptnssant.d1vc)ttfi ;turions C onnti trente=deux.ans plus tt l'exridpencee191 S,

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1J J11I I"rdM1 t IT1i,,:dG..11f PU11XJ18Le Dpartement d'tat tint ferme dans la voie qu'il avaitprise.Il dclina avec la mme politesse les nouvelles proposi-tions de Salomon. Mais, cette fois, ce ne fut peut-tre pas sansune pointe de regret. La Maison Blanche avait t consulte.Et il semble que seule la crainte d'une dsapprobation du Congrso taient encore en majorit les partisans de la politique tra-ditionnelle de non-intervention, arrta le gouvernement fdralet l'empcha de donner une suite l'affaire.Le regret du secrtaire d'Etat transparait travers cette r-ponse qu'il fit au Charg d'Affaires Langstone:Dpartement d'EtatWashington Ire 1884John Mercer Langstone.Monsieur,J'ai reu votre lettre spciale et confidentielle du 9 Novembre derniernie communiquant la proposition qui vous a t faite par le prsidentSalomon pour la cessionaux tats-Unis de la presqu'ile et de la baie duTlgle ou mnte de toute l'ile de la Tortue, en retour de certaines garantiesspcifies et du paiement d'une somme d'argent 1-la ti par les Etats-Unis.Un rapport confidentiel a t aussi reu ce sujet du commandantP. N. Cooper, commandant du navire de guerre des Etats-Unis eSwautraaqui tait prsent l'entrevue entre le prsident et vous au moment ol'offre fut faite.Le caractre flatteur de cette offre rvlantcomme ille fait tout lafois la confiance dans ce gouvernement et la conviction de l'unit de but(purpose) et d'intrt (lui lie i`laiti au septime des Rpubliques du con-tinent amricain, suffirait lui seul pour lui mriterla...plus srieuse=-attention, sans parler (les motifs de bnfice matrielpour le peuple etpour le gouvernement des tats-Unis qui ont puse prsenter1 notre conj.sidration. J'ai en consquence soumis la proposition au Prsident quilui a donn sa soigneuse attention et qui a consult son cabinet sur laquestion considre.Le rsultat de ce long examen a t dfavorabletla proposition. Laconviction a t qu'une politique fixe, datant de l'origine de notre gou-vernentent constitutionnel, rend inopportunetoute tentatived'agrandis-sement territorial qui exigerait pour sa dfense des forces navales exc-dant celles ntainten'utt prvues pourles besoinsnationaux; et commesimples dpts de charbon (coaling stations) de telles acquisitions impliqueraient (les responsabilits, au del de leur utilit.Les Etats-Unisn'ont jamais pens qu'il tait ncessaire leurexistencenationale de

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(r678nuruo+uini n ui,iitmi u yni u,,murniiua iiuniimart,,uoe iii ,,mur u auwunL E S G R I O T Smaintenir ales forteresses imprenables le long des grandes routes coinmercialcs (lu moud;. L'chec de l'affaire de Santana et de l'achatc12.Si. '.I;hotitas est sans doute dfi de pareilles considrations qui prvalentd'un changement dans les vues du Corps lgislatif pouvant autoriser leprsident it mettre sur le tapis de nouveaux projets de mme nature,Dans une entrevue confident elle avec le prsident Salomon, vous luiferez verbalement part de ces vues.]:il rponse au mmoire qu'il vous avait donn, vous pouvez lui re-mettre par crit un court mmoire ou tout en appreian,t pleinement l'a-initi et la confiance qui ont dict l'offre vous direz que des considrationsde tradition nationale empchent qu'elles tee soient favorablementen cou-sidration par le prsident.Je suis, etc.;..au Congrs.Durant les annes qui se sont coules depuis, il n'y a eu aucune preuve(Sign) Frcd, T. Freling huysen.Encore une fois, nous l'avions oh g belle. La doctrinedeMonro nous sauva du protectoratque souhaitait notre gouver-nement.'l', 'attitude absolument correcte de WWishillgtonnous fit-e:lefaire au moins un retoursur nous-ntnmes et reconnatre notrefourvoiement? Pas le moins du inonde, La 1 publicjuerevenuet la paix par l'crasement de l'insurrection, le Prsident Salo-mon poursuivit toujours son plan de la mettre sous la Protectiond'une grande intissance.C'est que sa victoire avait t ruineuseet sanglante. Les r-claniations diplomatiquespour dommages de la guerre civile setotalisaientit(les millions(le gourdes, Comme d'insatial);esvampires s'acharnant sur uncorps exsangue, une nue de mt-(lues, gibier de potence, chappe (les Antillesvoisines, ou (lespays ci 'Europe, se prsentait comme les victimesde l'incendieou du pilage, harcelant le gouvernementet trouvant moyen, demche avec leurs ministresou leurs consuls, (le se faire payerd'imposantes indemnits. Sans force,sans crdit, la Rpubliquesubissait chaque ?jour leurs insultes,La morgue des agents di-ptotnatiques et mme des consuls calicot,auxquels les vne-ntents avaient donn une importanteobsolte, dpassait toutemesure. Quand ils prsentaientune demande dtindemnit, ilsentendaient difficilement qu'ellesfussent rduites. On avu, ences temps-l, cette chose inouie ; N, l3urdel, ministre(le France,

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LE SG Rf ClT Saun,u,w,r,,n,mi r u ,i umunmriert:mnirn UIaao.url.Tu u ..J679intervenir salis vergogne dans les affaires du gouvernettietit, pourlui imposer, comme membre d'une commission mixte charge destatuer sur les rclamations franaises, un de ses ressortissants,M. Charles d'Aubigny, qui tait lui-mme titi rclamant, Commebien l'on pense, M. tl'Aubigtty rte s'est hoinl fait faute de,s'ad-juger la rondelettre somme de onze mille dollars.De surcrot, l'Etat hatien taitencoreen difficult a'ecc laCour deSt. Jamesqui,en rJlcnient de la rclatnation(l'une 'dameMaunder,conspirait une mainmise sur l'le de la Tortue, Lesreprsentations de Wasliin,ton seules firent abandonner son plan"au gouvernement britannique.(1)C'est-en ces jours d'preuves pour l'orgueil national, que lePrsident Salomon, profondment mortifi et dcourag, se seraitcriDcidment, les petites nations n'ont pas leur raisond't,re... et que M. Callisthnes Fouchard crivit cette lettre M. Preston:Port-au-Prince, le 7 Fvrier 1884.Je vous ai rpondu hier au sujet de l'affaire de ta Tortue, Le paystraverse une vritable crise o si nous n'y prenons garde son indpendancesombrera sousun rgime pireque celui descapitulations, et o les pointsstratgiquesles plusimportants' la Tortue, le Mle, la Gonfive serontaux mains des trangers avecnosdouanes.Il sera bon d'opposer lesrivalits aux rivalits et aprs nous tre servi (les lstats-Unis pour re-pousser l'Angleterre, d'attirersur cesdangers l'attention de la France,notre allie naturelle, afin d'obtenirson concoursmoral et financier l'aide d'ttn traitde commercedont nous vous enverrons les bases, sicette ouverture est agre.En cas de refus ou d'indiffrence de sa part,nous nous rabattonssur lesEtats-Unis. ,Dans les conditions o noussommes placs, avec ls apptits peine dguiss qui nous guettent ets'agitent autour de nous, la ncessit d'un mariage d`amour ou de raisons'impose forcment 1 notre politique.Agrez, etc...Le secrtaire d'Etat provisoire des Relations Extrieures:(Sign)C. Fouehard.(1)` Cette dame Maunder tait une lHaiticnnc tic naissante, Elle taitla petite fille de joute Lachenais, tant ne dumariage de Fine Larac ettic .I', Faubert. Les reprsentationsont tfaites, ;1 dire vrai, en 1887,sous le secrtariat de 11 f; l3ayard.Voir Memorandum of The Monroc,Doctrine, by 12eubcn Clark,anne 1887.

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680It ps,¢m llanmunimui,rnimiiniam attriannuluH III in u 1111 Jruumuntm1 1, E S G R 1 0 T SNous ne saurions dire avec beaucoup de prcision les suitesqu'ont eues ces pressantes instructions du chef (le notre Chan-cellerie.Cependant, deux faits demeurent;'10.C'est d'abord que, en pensant la France comme une,allie naturelle, M. Fouehard se trompait singulirement. A peuprs la date o la note tait rdige,-soit qu'il ft de ceuxfjquinourrissaientencore contre Hati la rancccur ridicule (le 1803et qu'il crt possible une revanche 'quatre-vingts ans d'inter-valle; soit qu'il et plutt le dessein de donner un nouveau lustre son gouvernement qui tait en passe de conqurir le Tonkin,-le chef dela diplomatie franaise, M. Jules Ferry, mrissaitcontrenous le projet d'une interventioncollective desPuissanceset conjurait notre perte. Le 5 Fvrier, exactement deux joursavant la rdaction de sa lettre Preston, voici ce que M. Ferryprescrivait M. Burdel, sonreprsentant Port-au-Prince,aprsqu'il lui eut demand de se montrer inflexible dansle rglementdes indemnitsrclames par les ressortissantsde sa lgation:Vousne''lpanquerezpasd'ailleursde nie tenirau courant (lu rsultatde vosdmjirches, et, demonct,si une intervention collective taitreconnuenj!ressaire,pour hter la liquidationpromise,je n'hsiterais pas ngoci"--l une entente avec les diverses puissances intresses sur lesdspositionlsprendre(!),2o.C qu'ensuite les Etats-Unis avaient l'cuil sur' nous,S'ils avaient rerusvpar deux fois la situation privilgie quenousleur avions offerte, ils n'entendaient point qu'une autre puissancel'occupt. Lacombinaison du Mariaged'amourtait peineconue et bauche que M. Langstoneen avertissaitle Dparte-ment d'Etat, Etcelui-ci ne sefit point faute de reprsenter M. Jutes Ferry que toute acquisition du territoirehatien par laFrance serait considrecomme une atteintegrave la doctrinedeMonroet, par consquent,une causede conflit avec les Etats-tJnis(1).En appliquant la doctrine de Monro contre lui-mme,ou enl'invoquantcontrela France ou l'Angleterre, Washingtonem-1(1) Passage cit par L. J. Janvier dans Les Affaires d'Hatip. 120.(1) Voir:Memorandum of the Monroe Doctrine parJ, Reuban Clark,page 1,52.

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ummnatauumnuuannnimanuumtuuntuuuum,mnmtummnmtaum!arvmnru nno irartLESGRIOTS681pcha que llaiti, qui le souhaitait pourtant, passt sous uu protec-torat et cdt une portion de son territoire.Oui, tes annes 1883-1884 demeurent parmi les plus sombresde notre histoire. En un dehainement jusque-l inoui des pas-sions partisanes qui tonne encore aujourd'hui notre raison, lesesprits obnubils se montraient prts sacrifier de mesquinsintrcts transitoires l'avenir national.Mais la suite fcheuse de cettellolitique qui faisait bon 'march(le cet avenir en recherchant la protection d'une grande puissance,a t, quant`au.c Etats-Unis, d'avoir rallum ses vieillesconvoi-tises de 1856; et quant Hati d'y avoir cr la psychose de laquestion du Mle.Dans leur croyanceque la possessionde la presqu'ile devaitfatalement lui chapper cause du percement du canal de Panania, beaucoup de gens pensaient que l'Etat Hatien se montre-rait intelligent en signant avec les Etats-Unis ou la France untrait de cession ou' de bail, avec la contre-partie d'une forteindemnit qui nous permettrait de donner desassisessolides notreconomie.PLACID DAVIDMembre de'aaSocit d'histoireet de Gographied'Haiti.(La finau prochain numro)`'r

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dlni!!IWgIpIIIpWq pppjp Fi ruG,... in'oi1: nd l,1. E,.S /Z 1 ('`l' tiDt11-11SII_I11 a'AI t.IPm V;DAMBALA OUEDOetLA SIRENEUn nionicnt... arrte, souple et fluideSirne. Unbaiser, un`aetti baiser (le tes lvtet;roses commele corail dormant au fonddes eauxmarines.Que tries mains pressenttes lgersdoigts enfe de volutes, qu'ellesglissent sur ta souple queue diapred'or, d'agathe et de nacre, qu'ellesf robent en pente douce surta chevelure, verte ebintn e lesalga. Reviens, oh !reviens, lan-goureuse Sirne. Net'loigne pas. Hlas1tu fuis, tacroupe re-curbe laisse titi blanc sillon. Dj tu t'enfonces et tabelle ellevelure s'unit au glauque ocan.Maintenanten!aiteavec Agouey tu illumines tes palais (le latuer,Cari,BIWUA.RDDIALOGUE DES, DIEUX0nDambala Oudole ciel ple. Une brise furtive agite la chevelure des laliiistes,et l'charpe mauve dtt crpuscules'attarde encore sur les mornes.I ,e disque ensanglantdu soleil est tombdans lia nitr. Desvolutes auxnikancesbleu, gris perleet rose cuivrcourent -surf.e soitaux, sandales d'bnedescendra bientt.Aydti: Oudoi>apiers.lins frissonnenttrt4 la tonnelle. De joyeux buveurs aftals sur les bancsottcotichit,t terre chantent et font deset les tanibouriersm1'-pt'dr'ntleurstambours,Les guirlandes (leSans doute, les houncis auxbeaux madras s'apprtent danserlibations.Danibbala OudoNuit aux 1,ieds rapides, bte-toi de reni!piartr, le Soir, car iltue tarde d'tre la danse.CI,

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/11, C SG R 1 0 T S.unlluiplqunuuunuuoiliaiunoonmtlnmamriminnauluoiihumuuinmmamlmuinaiunaiaomi683Ayda OudoPatience, mon poux) ]dj les veilleuses d'argent du ciels'allumont une utte et la lune solitaire monte l'escalier bleufirmament,Dambala Oudo1)6j ares narines respirent 'l'odeur des foulards et de la Ka-langa; dj la brise nocturne m'apport8 le son des tambours.33ien-aime, il est l'lieurg de se rendre 1a banliboula.Ayda OudoC) t;mott poux, ctilevnns-tloussur cerayon de lune.Cari ]3R0'UARDUN MENSAJ, AL MUNDO AMERICANO(1)Por e1 Dr. GeradoHouguet Munoz(De la Habana, Cuba)Especialpara LES*GRIOTS, dePort-au-Prince.Abraliain Lincol,.Holn,Ure rstico,,nacido en In selvanorteameriann;listo y.noblo com',o unra ardilla; formidable,coiuo las Cataratadel Nigaro,del IguarodelTequendania4;Espiritu de nino, c\hrazonde cro,su caracter fupresto para las grandes acciones;y, rompiendo losnildes de viejas virtudes,impusoseal medio,yi Io aciamaron los hombres.1)I)rlns notre :lllibitiolr(le cou tri huer a rsSCrrer les liens ilitellec-tuels entre lespeuple., du Continent etIlaiti, nous publions avec unilaisir infini ce beau pGCnrc de notre ntiitellt collaborateurle Dr. Muiro'zadressen manire (leMessage,nu inondeamricain. Nous n'avons pascru utile d'en donnerla traduction franaiseclans la craintede trahir Ilpense (lu potecubain. (N.D.L.R.)

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SL:'ninez desva.d.a,Io lietaron a aman los grandes horizoictes,paisajes m isticos de ensuerto .austral,i-uente inagotable de inznorta les acciones;y suektasisprofunda,era notorio,(rente a la Naturaleza, o a la orilla del mas.FI amazona y et Misisipi y et Plats,y el, Aconcagua y et Orizaba..Una corriente cristalina,o las ruinas de Tiahuanaco o de tramai,recuerdos tristes de pasadas vids;una lagrima de mujer, o uns sonrisa,una,,accion noble,.., enternecia su aimay abriaso ante et ainor,+como uns florL..Presto al peligro, para un alma salvar, inocente;La agudeza de su espiritu, alerta y perspicaz,i,hiriente'y v u-14 surcos abria en las concienciascon la intangible decision, fatal...de un golpe de hachadado con las mayor expericncial-Poseia la calma cerebral,precur.c;ora de los ;grandes cataclismos,y ascendio, pacienti, y sosegado el(`paso y la intencion cabal,en medio de borrascas y tormentas,hasta la colins, derecho a su nmortal destzno 1...... Y, cozuo un George Washington liberto a Amerca,el,1pliberto la'Iar na negra,coniplementando lu gra.n taresque la Pro"yidencia ihzpuso a,Lo hirio al terminar,'el rayo;n 10 alto de la cunlbre la robustan tiene otro final!Hermanos de America, miremosglorioso,de nuestra Historia,que hay un caudal precioso

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L E S GRIOTSimuunumaomcwnuuommumiemmmnwuuuuumuouuuunnuuuaviuunnnumrmiinnm585de esta savia heroica:MaFti, Simon Bolivar, Juarez y Maceo,y otros muchos mas;Todos con f, lucharon y muriorun,porque en et grau destino de AMERLCAcreycron.De America, que tione todas las ratas,y todas las bellezas,y todaslas riquezas,y las mayores esperanzas 1...... Y tan escasos de mente somos,que en America, la Espars:.ia del Mundo, no advirtamosde nuestro pecho en lo profundo,et signoque et corazon enciende en gozo 1...Para darnos con fe a la labor fecundade continuar de nuestros Inmortalesla Obra magna y profundal...Levantenet animo les apocados!Aviven et seso les entendidos!Mujeres yNinos,Nombres y Ancianos,nos depara n todosun grau futuroet Destino.Tvzbajemo., luchemos, amemos... Noscamosengreidosl...LA DEMOCRACIA QUE DEPENDIERA JUAREZ,EL GRAN AMIGO DE ABRAHAM LINCOLNI...La ambicion y et egoismo,ei afan de poderio y quitarles las tierras a los indios,en America hizo presa,de Napoleon III.Sangraba Mejico, y gemiabajo et yugo del Imperio,la mas noble raza autoctona de America.Maximiliano no obstnnte cr bueno, y tambien loera JuareziDos pequenas diferencias, empero, de origen y de criterio,politico,a estos Nombres seperaban en hondo o infranquoable abismo!De noble cuna et austriaco profesaba la autocracia;mientras Juarez et azteca, indio de piel cobriza,tenia fe ciega y rotunda, y per elle dabase prisa,

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GAGnuwiaummummmnnnunaiuuiirauuuumwiinnunmrmuummuunuu,,,;mmnunomuuarmLES G R 10'7 Sen los.sagradosprincipios de la Democracia.Y aunque los dos cran Buenos,de todo corazon....y en grau estimatuvieronsiempsle et Honor,sus respectivesdestinos los pusieronfrente a frente en et dolory en et amordel Pueblo 1Juguetes de turbins manejosaeuropeosfueron Maximiliano I y su,mujorl...Enganados vinieron...Enganados reinaron en tierras aztecas,y cuando despertarondel sueno aquel,ella volviose loca yetperdio la vida,con et Poderl...En et Destine de Mejico,Maximiliano y su mujerno sabianlo quo se traianl...Es la verdad; mientras Juarez,como en et NorteAbraham Lincoln,con paso firme etpueblo a la victoria conducia1...Leccion imporecedora, demoral cristiana,que la Historiagrabo en oroen sus paginas,pore quo laHumanidad ha olvidado, parece, un pocoLo quo nos llena deasombro,y de Europa quepersiste en su afan imperialista,sc+hro todo L.LIlR ttutl, Igualdad,Iraternldad.Talus son les postulados de laDemocracia,que on Anterioapersiguese;la
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LES GRIOTSa1i111E,P1687Nuestros Pueblos aborrecen osa falsa aristocraciade la sangre.Del talento solo admiten lo que es justo y razonable...Por esto en paz vivimos y no olvidamos a loshombres comojuarez t...HERMANO, EL HOMBRE $A TROCADO SU CAMINOInvita a la meditacion,la soledad;enfrascase la monte en las estrellas,y et lodazaldel mundo ysu maldad,desvanecese al punto,ante aquellas mas puras vislonesde esta humanidad iEl lujo, las pasiones,la cruel perversidad,azotan a capricho,sin pizea de piedad,las. mettes trasnochadasde la pobre humanidad!A donde va et hombre,La fe perdida, et alma rota,su corazon transido de dolor?De la vida, et vendaval le azota,y no oncuentra sosiego onet amor!Gime ante et destino la humanidad dosorientada;et futurosiniestro,signe do lostiempos,acorrala su aima dosatada;buscando et olvido en pasatiempos,que suele entorpecer aun nias quenada,la, humanidad trots, mas que ambula,y concluira por hacer suvida nuls!Un alto on et camino,hormano,vonid a este lugar do reina la verdad,y dadme la mnano.Estrechemos nuostros lazos de amistad,pensemos en et bien,

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Es GRIOTSy en fratornidad,gocomos de los altos ejemplos de la vida;que es todo justicia y humildadla bondady la belleza de Don Pepe de la Luz y Caballero,que croyo en la Humanidad!Su vida, su pasion, su filosofica doctrinamoral,es fuento dulce y peregrinaque abrevia nuestro mal!...Hermano,et hombre lias troccdo su camino,perso no est malo;despejemos et velo de su sino;la labor es ardua y dura,pero es deberconquistar nuestra ventura!Invita a la meditacion,la soledad,pensemos pues,en et bien, la belleza y la verdad 1Posie.NIGRAau Dr. MAURICE ETHEARTLa fille noire est habille la moderne.Dans son visage ouvert, elle n'a rien deterne.Ses yeux sont deux clous d'or dansun beau ciel de nuit.Et sa jeunesse en fait un admirable fruitPrt se dtacher d'une pliante branche.La fille noire a ri de sa denture blancheEt puis, m'a dit: Je sors d'un jolirameau noir;Mon pre semblait n des tnbres du Soir,Ma mre avait la forme lgante d'uneurne,Et son front, la beaut de la vote nocturne.

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LIESGR)OTStIls venaient du paysdu Mage Balthazar.Pour moi seule, ilss'taient rencontrs,par hasard.Ils m'ont donncette couleurprise l'ErbeEt lgu mongrand corpsharmonieux d'phbe.Ma dmarche ondoyanteest la dansed'un dieuQui savait traverser -sans se brler -le feu.je suis noire et monme et mon coourde ngressePossdent les vertusdes filles de laGrce.L'Afrique a dpos sesmystres en moi.Certains jours j'enprouve unindicible moi.je suis noire...Or, depuis testroublantes paroles,En moi, naissentdes fleurs ets'ouvrent des corolles,Si bien que l'treintrieur est unjardinAussi grand,aussi frais, aussibeau que l'Eden:Jardin mystrieuxrempli de rosesfrachesO, dans les hautspalmiers pointant auciel leurs flches,S'battent desoiseaux innombrables,charmants,Au plumagepareil celuides flammants,Et ce royaljardin qu'un belastre coloreA le rayonnementd'une splendideaurore.Pote bien-aim,respire, si tu veux,Le parfumenivrant qu'exhalentmes cheveux,L'arome exquisdes fleurs enl'aine panouies;Tu seraspntr de grcesin.ouies;Et si tu lesreois avecdvotion,Tu bnficierasd'une douceonction.est la cageMets ton frontsur mon coeur.Ma poitrineD'o s'lventdes voix coi ri radas scunnbocage .Roucoulementspassionns,y,Tout ungrnement detrilles et de sons,Plaintes d'amour,soupirs, assoupissementscalmes,Gazouillement lgerdu zphyr dansles palmes,Divine mlopeau plus lointaind'un bourg;Le rythmedo mon courest celuidd'unta hbourBerce-toi desrefrains dumagnifiqueIls tetransporteront loindu cachotterrestre.

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690:cruimiiouununiuaumm.rimommuunuuuuouwmit.,uo uoinrmtininLES GRIOTSPuisqu'aussi bien c'est toi, toi qui m'as faite ainsi,Je ne veux sur ton front l'ombre d'aucun souci...Aitl je sais que mon temps est born dans l'espace,Que ma vie est l'clair blouissant qui passe!Pote bien-aim, puisque l'instant prsentEst un bienfait des Immortels, jouissons-en!Voici ma main, ma main loyale dans la tienne,Je veux que le jardin tout entier t'appartienne.Moissonne pleinement les roses de mon ceeur.Je chanterai pour toi, comme pour un vainqueur,Chants royaux, lois d'amour, chansons mystrieusesQue tu pourras cueillir sur mes lvres rieuses...Et ceux qui te verront resplendissant et beau,Le front illumin de l'clat d'un flambeau,Ne se douteront point, cause de ta gloire,Que ton inspiratrice est une Muse noire.Avril 1938Dominique HIPPOLYTE(1)POEMES DE GUERREGuerre...mille mots d'amour et d'espoirGuerre...Pauvres fusils ceeuren cornets de papiermauveGuerre... alerte... boue etsangdans les yeux pourris, moisisd'attente,de peines, de veilles:Notas sontnles heureuxde rendreicitutho111111agTepublic notreami 1)en1ini(ltle Iiippolytedont labelle carrire de dramaturge vientd cUr couronnepar un grand succs. Sa pice L1:TORREN criteavec l'aide avise de notre minentcollaborateur Placid Davida t pri-me au deruicr concoursthiltrll organispar le Dpartement ale llns-tructlon Publique envue de la ronlnlntoraticnt de la hctedu I)rape;ul.M. 1)onlinique I:lippolytegtti est sans conteste le plusfcond et le Plushaitien des crivains desa gnration a toujours comprisque notre litt-rature devait tre l'expressionde l'me nationale (L. 1).et F. I).).1

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L E S GRIOTSrar ui, ,u;nu n nirruo nu irriunnoni mu o.um;,mi:i.u!nn,in69 1Guerre tous les azimutsdu japon en Sude,des nerfs et des coeursde l'acier et du feude la bte l'hommeGuerre frmissante dans l'odeur fcaleet le frisson d'automne amerGuerre au ciel: de ferGuerre aux fils du soleilet aux enfants du NordGuerre de boue:la terre crie ses blessureset s'panche sur ses petits.Ciel pralinet terre de chocolatfondent la fort de pistacheque savourent mes yeux.L n'est point l'enfance,hlas!Mais matin de Novembreptisserietrop froidepleine de bombes duresPice monte pniblrsans rose et sans bleumitrailleuse terriblequ'effraie le rve heureux.Miettes du passMontagnes douces et finesqui glissez dans le couren nuages veloutasO tes-vous mon coeur!Dans les saxos si tendres.La boue est tes piedspauvre tte trop folle

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1692ar;iiari umuuunioumnmanuniunuuniuumutinnnumuninuunu nuunuy,now aumni( E S GR I O l 5qui chante dans les herbesla captivante note:L o l'on tait serr,o la joie buvait le champagneo Eros et Orphedansaient une Sylphide.Dans l'odeur sombre des coupsmonte le chantdes souvenirs aims!Prenant le bras que chacun laissel-bas je cours dans la joieau milieu des monstres detristesse.Nuit calme sur l'ensemble du front;longs doigts gels aux crtesdes toilesrubans glacs des routes d'argent,tranquillit du cieldans les yeux de la paix,espoirs des clairs de lune auCasino lointain.Gaston CRIEL (1)La nappe du Seigneurimmense et toilerange ses gteaux d'ordans un rayon de lune.Le tot,st de minuitflambe dans l'air carrrigide et nucomme wi rve de dieu.1) Notre minent collaborateur M. Gaston Criel actuellement auxarmes a bien voulu continuer sa collaboration t notre revue.Noussommes trs sensibles ce tmoignage desympathie attentive (lelapart d'uti crivain que l'on considre juste titre commel'tut desprincipaux niainteneuis de la haute culture et des saines traditionsspi-rituelles dans la rgion du Nord de la France.Nos lecteurs liront avec plaisir ces beaux pomes de guerre inditsqu'il a d entre deux alertes crire l'intention spciale desGriots. (L. D. et F. D.)1

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G S G R 10 TSuuiimimmmwtunnomwmi:mnrnuuummmnumiumnunnuWnnm;inuounm-rrcroumuFSonne le tocsinl'arbre de Nolcouvert des bombes des obus et des ballesdes airains, des canons, des mitraillesque le Pre Fouettarden nous lanant ricaneah l la belle fte des grands enfantsTout est joie dans la ttela grande ttedu pote!Hardi le feucrache la joieTant pis ma bellesi le pote a froid!Gaston CRIELLE SHINE(Croquis)Par beau temps ou mauvais,Press comme jamais,Le shine ensifflant passe,Revient, court la chasse.Au travailqu'il embrasse,Nul effortne le lasso,Se disant que l'argent,GrandSeigneur, rend puissant.Ds le coquioco (l )Du cop chantant bien haut,Il commencela tche,Toujours dispos,point lache.1) Onomatope croie: Altration de coquerico.

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69,4uolunnuuntuumouuuoaauunmmnniunuuouuunuuuunouuonnuwmuumuu,umm11"LES GRIOT SSa bote en bandoulire,Puis sa brosse grossire,Le voici vite au trot,Blme, ssouffl bientt.Souvent sur le trottoir,Tel un sbire, le soir,Il crie avec courageAux passants: Min cirage.(2)Sous ses pieds s'ouvre une aile,Ou c'est l'oiseau fidle,Qui vole de son mieux,Partout, sur tous les lieux.Et, dans ses vols constants,Sa veste, ample souvent,Gonfle, flotte: Plip-Plape(3)Au grand air qui le frappe.L'appel la clochetteSe fait sans tiquette,Quand n'clate le chantD'un tap-tap agaant.(4)Vient aussi, grave et sale,Un chiffon qui s'tale,S'allongeant tout du long,Comme un accordon.Gloire lui, ce machin,Dont l'usage certainDonne aux pauvres chaussuresUn brillant hors mesure.02) Le franais: Voici.3) Onomatope crole, Ou CI' franais: rapidit.-t) Onomatope crole qui veut dire frappementou coup,

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Les souliers en (brisure,(D'autres, intacts d'usure,Sont tousau mme prix,, ..If I IIIIIIIIIiIJI'IIIIf':e.. c ,. o:'dFrais etfaux frais compris.Le brave chevalierAttend gros du mtier:Du bon vin, bonne table,Surtout un sort plus stable.,.HectorDIALOGUE DE MES LAMPESDENISI...Dans un choeur impossible et dans la monotonie sans issuedes jours.IICertaines choses sont d'une simplicit nue. (Un verre d'eaupure un homme qui fait 40 degrs de fivre).IIILes contrastes lui donnaient le sentiment de la libert. (On nese hte pas, de vivre).IVPoigne de main d'un homme qui ne seraitpas un hommed'affaires, mais un noctambule blme, aux yeux calmes. (Ilsemble qu'aux mes bien nes les ftes, les spectacles, les sym-phonies rapprochent et font mieux sentir l'infortune de nosproches et de nosamis.--La Bruyre).Ternie croleexprimant un mauvais ta.

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0lQTsVCalme. 0 chant du pril!VIFraternelet videen ce dsastre de mes lampes!Cl.-MAGLOIRE-FILSLES FILS DE MENELICKHommage }AILE SALASSIEIls dorment l,sous la thorie desblanches pierres,et leur sommeillourd,a parfois,quelque chose des lthargiesdernires.'t' *Ils dorment l,braves tombs dansla mlemeurtrire:devant l'hroque Addis-Abebadevenu unmonceau de poussire.**Ils dorment l,sous l'mil dvorantdes mercenaires,et le sommeil inconsolau walhalardite leurs visionsmillnaires.Ils dorment l,dans l'attentedes aubes claires.Un jour, ilssurgiront desnuits du Saharaen la splendeur d'uneEthiopie de lumire.J. B. ROMAIN(Les Griotset l'Afrique)

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LESGRIOTSCritique Littraire.697Gaston Criel, Pote de p'Ifle de FranceAMOURS-RTINCRLLRSil est des moments o, l'esurit, lass l'tin lyrisme tropexpansif,aspire une posie d'allure d'autant moiras confessionnelle queplus intrieure et p:us suggestive,l;t alors on imagine l'en-chantement de retrouver sur la vieille tabled'tude, entre milleautres, les rcents volumes duchantre de xl'Ilc-de-France:Gaston Criel.Amours et Rtincellos dfinir-4ent bienle genre (le ce brillantcoiIaborateur des GRIOTS.Aucun rigoureux forniulisnie.Certes, no digon pas que la posiejaillit sluititanii1ent ales pro-l'inipu:-fondeurs tltt suliconseient. Que latechnique rsulte (lesion imprime par le mouvementvarb du coeur et (le la pense.Ainsi, tn dehors (le tout cadre rigide et sousl'influx (le l'motionqui baigne de lmire, (le couleur, ou(le ferveur spciale chacunetles uroiubraliles fantasmagoriesde la vie intrieure le potese doit (le faire (lel'aille tour l'aille. On aborde audomainetdionsede vraie tradition syniboli8te.Cehaut destin(le la pol'aboutissement ultime estl'intensification(lenospossibilitsinfinies d'intriorisation, GastonCriel l'a rv et ralis.Amours incarne cette conceptiongrandiose. Message po-tique bienvieux quantan thme et pourtantnouveau en jugerpar l'originalitdu vigoureux talent quil'adresse,la sensibilitnerveuse, moderne, etpuissammentcommunicative (le l'auteur.Une srie (lecourts ponie,voired'impressions quintessenciesqu'un magicien: da verbecondenseen formules clatantes.Unesuite (le notationsd'tats d'me commestnograpliis leurdegr. d'intensithautementinipressive. On y dmleraitvolon-tiersl'influencelointainc_d'T clgard Po ou d'i euryileine pourqui la brivet dein(Ure unecondition primordialede l'art sug-gestif si le frontispice mmede l'ouvrage ne portaitl'pigraphe(le Valry, le chorgeincontest (lu symbolismeactuel1 Les

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698LES(GRIOTSCivilisations (lui se rail ii('nt, (Ciit il,('11 ,ttrivtiit(t (lt+ fi'miespotiques brves. Elles ut appris glu'. h'. ting%limes se luisentet se rsolvent spontannient en IL tir'.f iilgitneni: lrs plus pr-cieux.Entre ces notatitns, aucutu attaehe MI aiviunu'nt,l'ertant,elles sont relies i:ar un fil rilndnrti ti!' tpuaratu-e i`(ruvre travers l'nlietteln,nt, l'unit exaet+tci t, fundluneittale, On en-tend la mystrieuse logique intc'rivurt du pite. Logiquequi sedve:oppe la conscience exlaresrive paroi nu tissu d ioextri-cahies incohrences, Car tour tour, l'v'. iiiir t'1le dseslitiir, lajoie, le doute, la dsillusion minent le elueur.Il domine parfoisune note dans cet hymne ardent: qui s'chvv&:e atixfrontiresmmes du songe et(le la ralit: l'picurisme.Dgustons les hormones de l'amour charnelDigrons la voluptlsn chyle passionnel.L'inquitude se traduit en des vers de sonorits euphoniquesd'une tendresse, d'une musicalit rare et dont la rsonance seprolonge bien aprs en nos ccrttr4. Le navire qui vogue verrat-il cc soirLa mouette chrie du cocurembrasO doux ocan ta limpide clartN'est-elle que mirage?Rythmique sre, n'est-ce pas?Merveilleuse adaptation(lel'agencement formel aux variations infinies de l'trange orchestreintrieur.Cependant, clans l'ordre dit e(vur aussi, la vrit est nue. hante,Goethe, Baudelaire, Verlaine, on s'en souvient, se sont garsen dfinitive, la rcelierclle perdue d'on ne sait quel mythe defemme. Telaut,'c mourut'ittralenient d'une Marcelle ita-lienne. Cette marche, l'toile du coeur, vraisemblablement..,(le l'imagination dont Sthe'idal fait le priucilie essentiel de l'a-matir, cette volution invincible vers l'idalisme sentimentalsemble une loi, inluctable, ternelle,Criel n'y c+haplx-ra pas. Ne rive-t-il pas quelquefois d'unefemme idale en qui tout soit dictante et telle qu'il ne puisserien prfrer dans son tout harmonieux.Plante de mon haleineSouffle de mes.penses douces, prfrer quelques picesDe votre symphonie,

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ES GRIOTS699(qu' cette vci ution qui s'effectue (Mils le fond tuante' cot're'.ponde une autre parallle dans le secs d'une forme plus concise,plu; ferme: c'est et (lue dmontre l'analyse des Etincelles>,.Au vrai dj avec Amours 'a tendance sic rcjo;lulre par delle sens propre des mots un sens...cach, est assccaractrise.Telle notation n'y est qu'l>;u che.'l'elle autre franchementinintelligible tout le ntoin.<-pour pats d't.;Mais dans tincelles elle se sublimise. Est-ce dilettantisme,jeu d'artiste, de virtuose? Test-ce maturit d'esprit,ddaigneused'un vhicule commun trop pdestre, qui fait situerl'expressiondans une atmosphre (le vocabulaire, spciale? On nesait. Peuttre conviendrait-il de retenir les diversmotifs dans cette atti-tude. Nanmoins, l'enqute ouverte, il n'y a paslungtemp., pa"Lucien Paul ]'hantas sur les possibilits(l'une technique com-mune qui runirait lespotes contemporains, renferme d'utilesindications. On n'y observe que seulle fait de l'individualisation outrance dit sentiment potique adcid que tout pote doitse forger (le toutes pices sonlangage personnel.Ce narcissisme expliquerait alors qu'sI?tincelles>carline uncertain hermtisme, port plus d'unefois tin degr lev (l'af-firntation. Oriel y redit l'vangileMallarmen,ou les nigmatiquesstrophes (lu Cimetire Martin. Nombre(le passages des picesintitules Pure et Dlire tendent renouveler ce v u d'artsotrique dont le rsultat'.c plus clair consiste accorder au-dience quelques rares initis quandl'interdit n'est point birniel.Mais n'importe 1 la posie reste bien tutch,ttnp c',os, une nlgihre.La I>osie est diviratinn l1).N'importe puisciu'il s'avre in-contestable cille les huit pomesqui forment la solide' armaturedut recueil se recommandent pardes beauts inaprciables, desqualits positives grce quoi tme ceuvre se projette lumineuse-ment sur l'cranst,prieur (le la postrit. Autrementde quelprix seraient l'originalit deconception dans Colre, la plni-tude (le la pense dans Natureenfin la technique toute person-nelle du vers qui donne aupome Pure l'impression d'une com-position musicale: Tant lesouci s'y rvle marqu (le faire jaillir1) Jean Dissord clansNouvelles Littraires,

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700uinu,uunwnnumiuumiiiiIES GRIOTSdans une essenceet consubstantiellcment le verbe et la pens&,La pice liminaireJeunesseest une vocationLa vieille de jeunesseEpoque abolie oc Montant au port du riveOn aa Le phare lointainDans la main proche,Cette sensibilit dont l'absencefait qu'ITugo refuse tout gnie,semble le don immortel(lut.les dieux ont dparti (
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LES GRIOTSProblmes l'Ordre du Tour.Position de la Femme Hatiennedans le Mouvement Fministe701En Mai dernier, fut tenu Port-au-Prince, le 2nie. Congrs(les Avocats d'Hati. Y furent, cette occasion, discutes diversesquestions juridiques et surtout sociales dont la plus importantefut sans conteste LA CAPACITE DE LA FEMME.Ce problme, par son caractre d'actualit et par les consid-rations de tous ordres qu'il incite, a singulirement retenti l'at-tention et ncessit des changes (le vue exprims dans d'intres-santes propositions. Ce qui a valu nos meilleurs crivains derivaliser d'logtien(e, et peut-tre (le justice.Certains, inrinohilistes dans leur conception et farouches te-liants d'un ordre social tout l'avantage de l'homme omnipotenty veulent son maintien avec toutes ses injustices millnaires etses rigueurs inoues.D'autres, tout en reconnaissant la ncessit d'une rformelgislative parait' la rforme Sociale en cours opinent pourson retardemient.Enfin le groupe des Avancs, d'o se trouvent les femmes,rclame grands cris la modification immdiate et sials condi-tion des textes lgislatifs marqus de tout le poids de l'gosmemasculin, et ina(l"'quats partant aux nouvelles donnes sociales,lieItienncs.'fous ces sentiments, intresss ou louables, tiennent nanmoinspour vrit vidente et constante la notion sculaire de l'Inca-pacit de la lemmeLa constance de cette rgle despotique, dans le temps et dansl'espace, ne doit en aucune faon nous mouvoir au point dengliger de lui exiger la somme de justice que nous somdnes endroit (l'y trouver. Incapable, on le dit, on l'admet (le la fetnme-tant en matire politique go'cn matire civile mais icipluslchement.

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702Gn[Or$Nous faisons le procs de cette INCAPACITE.].'INCAI'ACITE CIVILE ET POLITIQUE DE LA I'I'1IMIsQuel est le fondement de cette irrationnelle donne? Vient-ellede la Nature? Ou n'est-elle au contraire qu'un produit grossier(les traditions du pass lointain qui tenait en stricte sujtion lafemme marie ou non, au bnfice exclusif de l'homme matrielle-ment puissant?LA NA'l UR. -_.1 consulter la Nature dans sa libre expres-Sion, l'on constate que l'homme diapose d'une force physique plusgrande que la femme mais qu'en retour Pauvre de continuithumaine est confie plus spcialement celle-ci,Telles sont les seules donnes matriellesque la Nature nousfournisse librement, indpendamment detoute diffrenciation demorphologie anatomique.Que la Nature, dans son auvre de perptuation humaine,re-tienne le rle principal la fenlme,est-ce une juste raison dela bannir sans rmission de tous les ordres d'activit?Que le travail d'levage la sollicite plus activementque l'honi-me, est-ce pareillement le motif premptoire, suffisantquiladnie de tout droit, mme (le celui(le se choisir n'importe quelleprofession pour S'assurer, hors detoute aide trangre, ses l-mentaires besoin,? Les impratifs dela Nature n'autorisent etne suffisent pas engendrer cette situation d'infrioritqui estsculairentent faite L la femme.Rien, dans la Nature,ne com-mande un tel traitement, lescauses en sont donc ailleurs.LA SOCIETE.---'faut tat socialpostule son organisationet son volution un ensemly'.e decoutumes, de conventionsajustes il ses exigences de vie.Mais tandis qu'il poursuitun rythme de progression, variantses formes et ses ralits primitives, les conventionsqui y corres-pondaient restent pourtant immuables.\u rang de ces conventionssociales basiques,ils'y relvecelle-Jt: La femme au foyeret sans droit, l'homme prpondrantet entirement libre.Cette singulire division dutravail qui, somme toute, n'estqu'un systme conomique,sur un plan restreint, seconserve denos jours encore, maisau dtriment de la femme. Aussitrouve-t-elle sa formulation !gale dansle principe (le l'incapacit civileet politique,0

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LE'S GRIOTS703l.es partisans farouches d+ l'ordre +ri:.l asservissantla femmes'en tiennent aveuglmentaux seulsfaitsqui illustrent leurthse, l'exclusion d'autre groupe (le faits toutaussi apprciablesmais ngligs dliI ro eut. 11s scuublhntuvi'ull,ir oublier que lesfaits ue sont jamaisimnnuables, etdans l'espace et dans le temps.et que tout systme (lem urs, (le conventionsdesquels ils d-rivent engendre des sries de faits quis'opposent et s'entrecho-quent.C'est ce choc de faitsopposs, de faits contraires quirend difficile toute nonciation de Loivraiment gnrale.D'ailleurs sous quel angle de visionles faits sont-ils consi-drs ?Sont-ils apprcis en conformit (lucadre de leur volution ?o sont-ils 1>iciiarbitratucmentpris comme descauses oumieux comme des illustrationsloquentesdu complexe d'inca-pacit?Nous leur disons que les faitsqu'ils invoquent maladroitementne sont autre chose quedes effets drivant d'un ordre socialquia fini par tredfectueux. Et l'incapacitcivile et politique,aspect moderne de cecomplexe d'inaptitude, un produithitito-rique, unersultante (le causesnaturelles et sociales conjugues.Il est malaispeut-trede saisir bienloin dans le pass cescauses diverses dontseuls les effets apparemment constantsparce que constantesles causes-nousparviennent. Nanmoinsil nous estfait le devoir d'interrogerl'histoire etles faits poury tirer certainesexplications.I: ETt1'l' SOCIAL DELA FEM ,'1E A TRAVERSL'IIIS-TO RE.--Sans uou, fairel'cho de traditioncommunment ac-cepte qui veut, qu'audbut de l'humanit,la fen' ne, contraire-ment tout principebiologique, se soitmystrieusement tirede l'homme, et sansvouloir donner crance auxexagrationsde toutes sortes decertains thologiens quis'en sont alls jus-qu' se demander si lafemme possdait une me, nousvoulonsnous en teniraux seuls faits historiques.Aussi la situation socialede la femmesera-t-elle examine,dans les civilisationsdisparues, spcialementchez les juifs, lesGrecs, les Romains quiont directement ounon marqu de leurinfluence le dveloppementgnral (le la civilisationoccidentale.Chez les juifs, peuplepolygame, lafemmen'tait gure appr-cie.Elle tait considre commeinfrieure l'homme, sinon

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704.Es GRJO /'Sconnue VSr':ve de ce dernier, ainsi qu'en tmoignent certainspassages de la Bible.La mission de la femme juive, toute animale, ne se bornaitqu' perptuer la race: ce qui explique la singulire coutume duLvirat et la rpucliation clc' la tenui,r t;1,,.lnalogue est la situation domestique de la femme, chez lesgrecs et chez les juifs.C'est pourtant la civilisation grecquequ'on s'en prend dans ce dbat, parce que nous ayant fourni (letoutes pices les lments des moeurs modernes.La femme grecque tait sans merci relgue l'intrieur duGygnce, voue tout entire sa progniture,sans se soucierd'autres occupations plus releves: Tmoin les parolesemportesde Tlmaque Pnlope. Dfense lui tait mme faitede semettre la table de son ml--i avec quelque aini invit (le celui-ci,Elle ne pouvait recevoir queses proches parents au foyer, et nele laissait-elle que dans certainscas. La f(nunc grecque, nous ditIsmile Cltenon, tait regardecomme incapable de tous les actes(le la vie civile. Elle tait soumise (lece chef une tutelle per-ptuelle: elle avait pour tuteur d'abordsou pre, puis son mari,ou bien l'hritier lgitime ou testamentaire deson pre ou de sonmari. Elle n'tait mmepas consulte pour son mariage; quel-quefois la loi elle-mme lui imposaitson mari :celle qui n'avaitpas de frres ou dont le pre mort n'avaitpas laiss d'enfantsmles, Elle tait considrecomme faisant partie (le la sticces-sian et attribue avec elleau plus proche parent qui la rclamait.Bref, la femme ne jouait dansla vie (les Grecs, qu'un rleparement passif, Les institutions familialesl'avaient entirementasservie, mme l'poque oil y a eu affaiblissementde touteorganisation (le la famille. C'estla remarque mme de Paua Gide.cependant il est important(le retenir la conditian privilgie(le l'htuire gr,3cque.aI tait qualifie ainsi, lafemme qui s'a(le l'esclavage ciomestigtte,nous explique Anquetil,sortait du gynce pour s'adonner l'tude de la philosophieott(le la littrature,A cause (le cela, ellea tenu une place noi-ille dansla viegrecque et joue Athi'nesun grand rle, L'histoire (le la Grcea retenu let"'non' avec une certaine fiert. ASPASIE, C )IRINE,II,I?1PIL1S, SA,PHO s'imposent la postrit autrementquepar leurs hautes qualits intel?ectuelleset constituent sinon les

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705pionniers invalontires Huais lesreprsentantsModles du ferainisme social.Mais si nousp;usons Ronte,nous voyonsque gnralementla conditiondomestique del'pouse romain:;tait autre,Lepeulule romain,par sa ruptt'reave,' toute traditiondnurstiqueorientaleou grecque, doittre considr bon droitconnuel'initiatetu dumouvement d'mancipatiotlde la femme.La jeune fillert,unaine recevaitla mme duhc,mutes. Aussile titrecation que lesde Citoyenqui sert denos jours si-capacit politiquedes personnes,appartenait-i,!,sansdistinction desexe, Le jurtous ceux qui jouissaientdu droit de cit.sconsu:tetaaiusl:arles: uveuttdesC'!7'f)1'I:NNIsS}.t03IAINIS,Mais plus tard,la ncessitmatrielle d'empchertoute traits-Mission d'hritagede la part de lafemme, du faitde ,la Manus,dtermine les Romains(le la dcadence, priver la Romainedela libre dispositir).lde ses biensen la sotunettant la tutelleperptuelle(lesAgnats, Enceci,distinguel'influencegrecque,,Quels que soientlesotifs qui ont dcidles pe:uaples a`RTntiqI3uesti maintenir lafemmemdansun tat d'infrioritA1lTIONS FAMILIALESd'aprs ENGELS,MOTIMIQUES dontle rsultatest la division dutravail ncessiterles exigencesde la solidaritconjugale, d'aprsEIL}'s DUR-KEIM, MOTIFRELIGIEUX dont,selon la Sociologiecon-temporaine, l'institutionqu'il a creest l'EXOGAMIE(LACLEMA,NN),ces motifs sociauxou historiques sontde nos joursinexistantsou profondment altrs.Les tempscontemporain,,neres.,cmblentplus aux tempspasss.Telles convcntiomsociales, admisesautrefois sontart jourd'huifrocement stupides,grossirementdmodes. Au4sine faut-ilgure s'entetet. Amaintenir dansle prsent lesconditions usesdu pass.Les consquencesdplorables d'unordre irrationnelcontinuentde brimer la femme,de desservirses intrts suprieurs:sa vie,sa libert, la libre recherchede son bonhetur.Que la femme,par son nergie,ses vertus socialeset ses qua-lits nesexerce en ralitune certaine influencedans tours les

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--,.. 706E,S CiRI() [sd"tuaine,, en droit sa partieipatinn luia toujours t refuse,C"est clone taconqute deleursdroits les plussacrsque les lrataillun.s fminins s'en vont, demandantavec force lamort d'un ordre social unique.Ati regard des principes decet ordre convenu, la femme s'esttrouve assimile aux dments,aux vagabonds, aux individussans moralit, aux banqueroutiers, tousceux qui ont subi cer-taines condamnations.Pis (le tout cela, des Associations,des Socits sont eupos-session lgale de tous les droits,cependant que la femme, trerel et concret, libreet responsable, se trouve prive (lecettecapacit juridique accorde lgalement des abstractions, quoi-qu'en veuillent des lois imparfaites.I.es rgles d'tutc justicenaturelle commandent de mettrelafemme en possession deses droits absolus, intangibles et im-prescritibles et (le dlivrerses activits de toutes les entravesinjustes et inutiles..L'Aspect Hatien du Problme.-Le problme moderne dela Capacit civile et politiquesepose ici avec des donnes spcifiquementhatiennes, Elle4 !onthistoriques. Elles sont sociales.Nos guerres clbres d'indpendanceont vu ardente la ft'nuntehatienne. Tandisque la population niasculhu'guerroyait avectiticourage sauvage poursecrer dan lesang,lit]PiluleIllatienlle, la fe,inncassurait de son Ct'lt hmarche de tout cequi n'tait pas nii:itaire. Ellemaintenait l'ordre sociali4lit vritprofondment houkv'r,soignat luset les malades, en-terrait les morts.Elle tait admirabled'nergie, civique,])esfois, des femmes (lotit,SANITE 13Ef,AI R, MARTEJEANNE,symbole vivant 'Inn I'hroslnefaniuiii, fi 1i d"nt leslignes armespour partager lentdestin. Aussiait le:tidcmai,i de notre Ind-pendance, nous tait-iloffert la belle occasiond'accomplirunacte (le justice (,il accordant lesmmes droits et attentions tousles lments pour hterl'cvuvre (le constructionqui s'imposait la conscience nationaled'alors. Noussavons ce qui en aeu,Tout fut nglig. Pour ragir,l'on nous (Iota ridiculementdeprincipes, d'institutions laborsailleurs par (les sicles(le ci-

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LES GRIOTS707vi:isatiun. A l'exemple de nos modles, un rgime dprimant (lesa condition fut,)rhitrairemcut impur lafemme de cheznous. Elle fut abandonne elle-mme, prive des bienfaits del'instruction et (le l'(.lucation. Pouvait-elle rcrier contre le sortque lui faisait la loi et les pouvoirs publics? Ee pouvait-elle, leprestige des coutumes de l'poque lui imposait silence? Cettesituation injustifie faite l'hatienne, l'aurore de notre ind-pendance, a conditionn singulirement l'avancement social, in-tellectuel, politique de l'homme hatien dont il trouve aujourd'huitut excellent argument pour dbouter les prtentions de la femmehatienne. Si les raisons historiques hatiennes, malheureusementincomprises, n'ont put jouer en leur temps, elles peuvent encoreservir fortifier, d'une manire thorique, la thse fministe.Outre les raisons historiques, y contribuent actuellement desraisons sociales (lotit la principale se situe dans le plan cono-mique.Qui n'observe la dvaveur dont le mariage est l'objet, de nosjours, dans notre milieu social, par suite de notre profond d-sarroi conomique. Quelle destine est rserve la jeune fillehatienne pour laquelle le mariage est la seule carrire? Elleparait voue au clibat forc. Et sous prtexte d'incomptence,d'inhabilit, doit-elle, la vie durant, rester la charge des pre etmre et dfaut (le parents.Perspective dconcertante, s'il en est l.Je veux passer sous silence le martyre lgalis (lotit, par d-faut d'dtucation (les conjoints, souffre surtout la femme dans lesliens (lit mariage.1^!le est souvent plaindre.l'a fennte iltttienne---comme toute femme moderne d'ailleurs-participe vet])lits encore de nos jours l'activit cono-mique. 1?Ile dborde nos cadres .administratifs. Elle est bureau-crate. E e est ruauuurante. Elle se livre jusqu'aux professionsexclusivement r:,erv(.s l'effort masculin : 'Pharmacie, Art Den-taire, 1)ruit et mme Mdecine. Il n'est pas rare de voir l'pousehatienne entretenir le mnage du fruit de ses efforts personnels.Et puis, les ides nouvelles qui agitent notre monde fmininapportent invisiblement de nouvelles donnes notre quationsociale.Jisscra-tout inrLant,e note Ii*gisIation? Qu'on le veuille ()ilnon nus uy(eeurs avances ont dj fait le procs de notresystmentil-huit-cent-vin;t cinquime, eu ce qui concerne la femme.

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708i iu u unuuam u nuuuum;mnunnunnio nuu mwiio ii,LES GRIOT$CONCLUSIONSi des circonstances spciales ont merveilleusement favorisl'volution de la femme hatienne, la loi, expression synthtique(lu milieu social, a pour devoir de confirmer ces si beai'x rsul-tats. Fixer un statut lgal l'hatienne est clone un devoir pos la conscience du lgislateur hatien.Ce statut se limitera provisoirement la capacit juridique.Pour les droits (le citoyer. nous ne les lui contesterons pas.Le acitoyennat l'est pas un droit naturel, encore moins l'attributd'un sexe. C'est une fonction sociale dont l'exercice doit tresoumis des conditions relles de capacit, de moralit. Je n'aijamais dout des vastes possibilits intellectuelles et morales dela femme. Mais la reconnaissance du titre (le citoyen l'lIatiennedans les conditions d'inorganisation et d'inducation, o se trouvele pays, ne manquerait pas (le compliquer singulirement le malhatien. Une rvolution de cette envergure ne se ralise pas sansbouleversement et surtout sans prparation. C'est pour nous l'oc-casion (le dire en passant que le Fminisme ue (tait pas tre un r-pertoire de dolances, de rclamations vagues. Il doit se donneren son principe un sens constructif. Se vouer aux oeuvres so-ciales, juguler l'ana'phabi^tsttte et les ,tisprrstitions absurdes quitouffent la nasse, lui inculquer des notions de bien-tre indi-viduel et collectif: pourrait tre un beau programme.Que cette politique d'ducation soit hardiment entreprise pourmnager cette rvolution socialesi attendue chez nous.Quecette condition seialise et le titre de citoyen sera accord l-galenent la femme hatie'iue devenue plus apte remplirsesdevoirs. Une atmosphre d'mulation se crrait au grand biendu pays? I)u coup le problme fministe cesserait (lese poseric.Maurice V. LUI3INLicenci en Droit-Avocat

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LESGRIOTS'l".,twContes et Lgendes.LE ROMAN DE BOUQUI ET DE MALICECHAPITRE VIICependant une dveine carabine s'acharnaitsur Malice. L'argent pour moi, ne s'est pas content (le grimper sur les arbres,disait-il, mais s'est foutu dans lamer.Ses plus roublardes com-binaisons rataient 'nitlanquablement,et lorsqu'il rentrait la ttebasse, la poche vide et l'air tout penaud, sa femme, ses enfantsaffams lui faisaient des scnes pouvantables. Dsespr, il r-solut (le se pendre Muni d'une corde, il allait excuter son des-sein, lorsqu'il rencontra un matelot sur les quais, quilui dit con-naitre un pays, o il suffisait, pour ainsi dire, de se baisser pourramasser (le l'or, comme descailloux.A cette nouvelle inatten-due, notre homme se mit danser de joie. Une sourischappedes griffes d'unchat,ne serait pas plus heureuse. Aprs destractations, la vrit fortdifficiles,Malice vendit le peu qui luirestait, c'est--dire deux misrables carreaux de terre, semunitde quelques provisions et partit dare dare avec toute safamille.Des jours et desnuits,ilsmarchrent,escaladant de hautesmontagnes, traversant (les rivires encrue,longeant des vallesprofondes, en proiela faim, ausoleil, la fatigue.,Mais voici qu'un matin,l'heure o le soleil pompella rose,derrire un rideau (le palmistes, une villetincelante surgit al'horizon,dont les dmes (le cristal brillaient de toutesles cou-leurs del'arc-en-ciel. Malice, trs dbrouillard,loua une petitemaison, ce jour mme, puis ayanttt du terrain, s'improvisahoungan, C'esttinmtier,(lisait-il, qui n'est pas bien malin etqui rapporte toujours, les hommes tant partout(les sots. L'exo-tisme plaisanttoujoursnotrt.homme devient en peu (le tempsfort la mode. Les plus hautes dames leconsultaient. Aussien six mois, amassa-t-il unepetite fortune.Un jour, il fut invit .dire les derniresprires pour titi niortqui laissaitd'immensesbirrs,Xkilgr ses grands avantages,Malice avait le plutvif dsir (le rentrer dans sonpays. Cetteat;,1,n

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710LCS GRIOTSoccasion lui parut propice.Il dit fi sa famille: Mes amas, j'enai assez de ce pays. Ce soir, tandis que je dirai les derniresprires l'tage, vous, dbrouillez-vous pour tout enlever. Nelaissez pas un poil sur le mt:clouclou.Glaires, bril aient les toiles, lorsque Malice, sa femme et sesenfants se rendirent clans la maison dit dfunt. Gravement, ilmonta l'escalier, aprs avoir pri sa famille (le l'attendre. Desenfants, entours (lu parents nombreux et fortuns, taient autourd'un petit autel fleuri, o se consumaient (les cierges.Maliceleva ses yeux au ciel, toussa, se frotta onctueuseum'ent les mains,et tout en passant son sac, ntonna d'une voix dolente:Chaque grand moune c dix mille Boudes..l't les assistants (le rpondre:Oui c vrit,Oui c vrit,Oui c vritSeigneur.En un clin d'ail, la valise (lu prtre savane s'emplit.Il ntar-utotait (les prires, lorsqu'il fut pris d'une transe bizarre, durantlaquelle il s'cria;t : M-es amis, nies amis, voici que le mort veutnie parler; vite, vite, voi9ez-vous le visage. I?mus, effrays. lesassistants s'empressrent d; rafler tout ce qu'il y avait d'toffeclans la maison. Mme, l'un d'eux, tout tremblant, se boucha lesyeux avec un soutien-gorge, ce qui manqua faire pouffer (le rirele malicieux bitlco:, qui pendant ce temps enlevait tout ce qu'ilpouvait cnl-evcr.Alors le plus doucement possible, vitant lemoindre craquement, il descendit l'escalier, rejoignit sa famillecharge (le butin e-t prit: la fuite vers un petit bois (le bayahondes,O l'attendaient de, mules tontes prtes.Cependant tut quart d'heure s'tait pass et les malheureuxpa-rents suaientt grosses gouttes sous leurs draps.Oa: tait euplein mois de juillet. La de!:(ie heure se passa. Rien. Enfin l'und'eux toussa, puis un autre plus audacieux, (lit d'une voie faible;l're Malice, que (lit le mort? Pas (le rponse. Iaouttgan Ma-lice, que (lit le mort? Pas (le rponse. Taureau \Ialce, qu'a(lit le dfaut ? Par (le rponse, Alors il soulevatin petit coinde la chemise qui lui cachait le visage, qu'il rabaissa vivement.(uo'qucs minutes a'c-otllrent,Il souleva un peu plus. Dans le

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LES GRIOTS711silence auguste, la cluuttbre lui sembla t peuvide.1?u13n.aprs avoir rpt plusieurs fois ce mange, il souleva tout faitle voile, hurlant. Au vc>ileur, l'assassin,Ce fut une dgringolade perdue clans l'escalier.Mais hlas! Malice tait loin.,, bien loin.C] lA PITRE VIIIHors d'atteinte, ]3ouqui et sa troupe ine se pressrent pas trop,Ps s'attardrent Clans les bourgs, musrent dans les marchs,rirent la sieste dans les val'uns ombreux, aux hords (les eauxcourantes. Un soir, dans une clairire baigne tic lune, Maliceaprs avoir copieisenient soup, s'tendit (le tout son long etnue main la tempe, commenaCric-Crac-Il y avait autrefois ton homme si pauvre, si pauvre, qu'ilnourrissait peint' sa famille avec des peat x (le patates rannas-ses titi peu partout. Un aprs-midi, rentrant plus las que d'ha-bitude il (lit: nous amis, je ne peux vous laisser ainsi mourir defailli.Rsignez-vous mendier pendant quelques jours. Pourmoi je m'en vais, lt grce (le ])leu, la rcelerehe d'un travail,Toute la nuit, sa femme et ses enfants touffrent leurs larmes.A, l'aube, muni d'uti halefor contenant deux bananes, il partitaprs des adieux dchirants. Tout le jour, il marcha, suant grosses gouttes, pauvre loqueteux rong (le chagrins et brinmba-lant comme un ivrogne, Le soir tombait, lorsqu'il rencontra unvieillard assis sur une pierre et qui semblait accabl (le fatigue,]mu de piti la vue d'un plus pauvre que lui, notre hommefouillant dans sa rncoute, lui tendit une banane.Tenez mon pre, c'est tout ce que je possde.-Merci, merci mon enfant. O allez-vous?-A la recherche d'un travail, pour nourrir ma famille quimeurt cle faine,len mon enfant. Gardez mes conseils: que votre boucleSoit omette sur ce que verront vos yeux. Prfrez la vieille routetiti chemin neuf, surtout rflchissez sept fois avant de commettretin crime, Allez mon fils, et que Dieu vous bnisse, ajouta-t-il,en dispttraisstuit enuune tin clair, dans un parfum de nard et

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ILS GRIOTSd'encens. Or, c'tait N. S. jsus Christ, qui en cetemps-l mar-chait sur les chemins de la terre, punissant les mchants, rcom-pensant les barns.Notre Seigneur se signa et plein d'motion continuason che-min. ])es jours et des nuits il marcha et finit par arriver aupalaisd'un roi, o il reut la plus large hospitalit. On le fit asseoirdans une salle somptueuse et lorsque sonna midi, des serviteursl'amenrent la table du monarque. Quel ne fut pas son tonne-ment de voir dans l'assiette de la reine, seulement unepice devingt dollars? Les yeux carquills de surprise, il allait inter-roger, lorsqu'il remarqua le silence des convives, sesouvint desconseils du vieillard et se tut. Bien lui en prit, car le souverainqui punissait ainsi l'infidlit de sa femme, massacrait tous lesindiscrets, Le ventre bien plein, il s'en allait, lorsqu'en traversantle parc, il rencontra la reine, les deux pieds enchans. Plein depiti, il se dirigeait vers elle, mais se souvenant encore du pre-iamier conseil du vieux, il se dtourna et continuait sa route, lors-qu'il fut rappel par un courtisan. Le roi lui fit don (le la moitide sa fortune, puii cieux ananas creux, pleins de pices d'or. Aucomble de la joie il reprit sa route. Un jour, traversant une fort,il arriva- un carrefour, o deux routes bifurquaient, dont l'unesemblait nouvellement fraye. Il s'engagea dans le chemin vieux.Cette fois encore, il fut sauv par son obissance, car (les voleurss'taient embusqus dans le sentier nouvellement taill. Enfinaprs bien des jours, il arriva un soir non loin de son ajoupa.Son cur semblait vouloir s'chapper (le ses lvres et il se htait,soulevant avec peine ses pieds meurtris, quand ii vit un hommeembrasser sa fen'nue. La rage dans l'me, il cassa une branched'arbre et s'lana vers l'inconnu... qui n'tait autre que son fils.Des jours heureux et paisibles prolongrent ses jours au seinde sa famille.Les enfants dormaient profondment lorsque le conteur se tut.Cari BROUAI1D( suivre)

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Sociologie Religieuse.MYSTERE DE PETYtO(2me Partie)AVANT-PROPOSLorsqu'il s'agit (l'tude sotrique, qu'on pourrait dfinir as-trognosie, il ne faut pas trop se fier ni aux vocables vulgairesni aux dfinitions contenue., dans les lexiqu(s ordinaires.Certains de ces vocables vulgaires ne comportent, en effet,aucun signe rgulier d'ordre astronomique. En pareil cas,lerapport sotrique doit-tre cherch dans le rcit, ou dans lescouleurs symboliques,Il convient en outre de se rappeler que la science sotriquene fait opposition aucune autre doctrineCette science se con-tente de constaterle fait matriel, etpar ainsi, elle ne possdequ'une seule Autorit quis'affirme par l'vidence incontestablede sa base.En effet, l'initi sotriste s'appuie sur l'Autorit de la Cra-tionUniverselle, l'Oeuvre de l'Esprit Crateur.Cetie Bible-lne contientque dos chosesnaturelles issues de l'Architecte dal'Univers, lesquelles, ,par cela mme, diffrent de l'autre systma-tiquement crite par des hommes et tendancieusement rapporteait Crateur.D'accord avec cette circonstance, nous voyons certains cher-cheurs volus, ayant trouv de nouvelles donnes, rclamer,avec raison, une rvision de leur Bible. Tout cela tant vrifi,ilfaut qu'il existeentre ce,;deux systmes (lesdivergencesirrductibles.Avant donc d'rntamer l'expos des Mystres de Pthro, aupoint de vue sotrique,il nous faut tout d'abord poser sonFondementastronomique. C'estsur ce seul Fondementque nousallons btir nos interprtations.Sans tenir compte des autres spculations qui ont, cependant,elles aussi, leur valeur propre et indniable, nous dclarons quechacun doit maintenir sa position, les efforts tendus vers laVrit.

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S.714LEGS GRIOTSC et avertissement estncessaire, parceque lesMystres quiconcernent l'Occidentalisnleoffrent des subtilitsparfois inex-tricable,, ces mystrestant bass, en grandepartie, sur le Dog-nlatisilleintellectuel, lequel s'arrogele droit d'outrepasserlesrestrictions des phnomnesnaturelsimposs par l'Astrognosieon le NaturalismeUniversel.C'estici la Robe visibledes Causessecondesqui, elles-mmes,remontent la CuisePremire,l'a Cause Premire, c'estl'Esprit U.T11iveiei.La Cause Seconde, c'estl'.Ame Universelle,Le Message lJnieersel,c'.'st l i Lumire.La Cration Universelle,t'est l'Univers Visiblequi est l'ana-logie inverse de l'Universspirituel et mora'.Le NaturalismeEsotrique, l'Univers Visible,c'est, certaine-nient, les choses qui viennent(le l'Esprit Crateur (lu Ciel etdela Terre. Elles sont difiableset difies.Le dogmatismeintellectuel, (le mme que lesdcisions (le con-ciles, sont videmment leschoses qui viennent (les hommes:Retire-toi, Satan! dit le Messie Pierre; car tu ne comprendspoint les choses qui sont deDieu, mais seulementcelles qui sontdes hommes(Marc: 8.33).La divergence qui rsulte entre cesdeux fondements doit dis-paratre un jour grce aux progrsde la Science Naturelle d'unepart; et, ensuite, par lesextrienccs contrles dans la Sphrede la Foi.Il n'y a donc pas lieu de mettre(le l'acrimonie dansces voies humainesde bonne foi la recherche de lavrit appe-le nous prouver d'o nous sortons,o nous sommes et onous allons.L'intolrance est un dfaut d'ducation, preuveirrfutabled'une insuffisance (le connaissance,d'instruction.Panthons Esotriques. ChristianismeOriental.Pethroisme Occidental.(Thse-Antithse)La question d'OrientalismeVersus Occidentalismeest basesur le principe dethse et d'antithse, cherchant un rapport(leconciliation, cil vue de raliser l'Egluilibrc-Synthse.Pour mieux saisir le Pcthroisnled'ordre antithse, il est utilede faire une digression afin (lemieux fixer le Principe qui cons-

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LES C RI/"S715titue sa Thse. Or, nous avonsainsi deuxpanthons parcourirdans cette tude sotrique.Panthon Esotrique. ChristianismeOriental.(Thse)Le Christianisme Oriental des Magesest fond sur la difica-tion (le notre systmeSolio-plantaire encadr du FirmamentZodiacal.L'Astre Auroral est le CentreUniversel (le feu et (le lumire.Cet Astre-Etoile t'st dsigne par larade zlialdaique ZIZ, ce quisignifie Majest, Splendeur, Trne deGloire.L'attribut spcial (lu Soleil, c'est laLoi Fondamentale, d'odcoulent toutes les autres loissecondaires de l'Univers cr.Le terme Loi, au singulier, est synonyme(le Soleil: l'Aine l'ri-mordiale UniverselleLes Plantes:Les plantes, mondes errants, sontconsidres comme tant lesmanifestationsdes espritsengendrspar l'EspritCrateur Uni-versel.Ces esprits-plantaires sontceux-l qui inspirentles prophteset parlent par leur voix.Ainsi, en sotrisme,prophteest synonymed'Esprit-plan-taire. C'est dans ces termes decorrespondances sotriques queparle le Messie Chrtien:Ne pensez point, dit-il, que jesuis venu abolir la Loi (Soleil)ou les prophtes(plantes); niais pour les aecaniplir.(Matt.5.17)Firmament Zodiacal:Ce qui est en puissance dansle Soleil (f-oi) s'panouit commelois secondairesdans le Zodiaque.Ces constellations fixesveillent l'ide de ce qui estarrt-les lois.Ces douze Lignes duFirmament sont personnifis par lesdouzeaptres. l)-tus le terme panthistique,ils en sontles demi-dieux.Dans l':Ancien-Testament ce sontles douze enfants de Jacub,les douze tribus l'Isral, :chdouze trnes d'Isral(Gense 49).

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7161uu_ i i r ,i n u uni iumunuuumruuu minu mmi runi rnmi, u r i i mr1 1 11 jtLES G R I O T SDonc, le Soleil est le Trne;et les maisons Zodiacales, lestrnes. Lorsque le Filssera assis sur ;e Trne de sa Gloire(ZIZ), vous aussi,serez assis sur les douze trnes (Zodiaque),jugeant les douze tribus d'Israa.(Matt. 19.28)Les Disciples: Dieux-prophtes.L'Esprit Infinioccupe l'Espace Infini: l'Air, le Vent (1Rois19.12).Les attributs synthtissen l'Esprit Infini sont manifests s-parnment dans les mondesplantaires.Les forces cosmiques dessept plantes sont personnifiesparles disciples groupsen Socit compose de sept membrescha-cune.I1 y avait dix socits(le sept membres;ce qui porte lenombre (les disciples soixante-dix.Le Seigneur tablitencoreSoixante-dix disciples (Luc10). On donne ces disciples-pla-ntaires l'attribut de dieux-prophtes,ou Vice-Versa, prophtes-dieux.Sont appels dieuxceux-l qui la Parolede Dieu(Esprit Crateur) tait adresse;c'est--dire, les prophtes(Jean10.34)Donc le Christianisme sotriquenous permet de nous servir(le l'expression (le Pythagore; Dieu les dieux et les demi-dieuxLe premier verset de la Gensedoit tre traduit ainsi:Dieu cra les dieux des cieuxet les demi-dieux (le la Terre.Il existe titi polythismedans la Bible;car Mose a crit baraaie lohinu>, ce qui est traduit: Ilcra les dieux.La conclusion de toute cela,c'est qu'il se trouveconfirme ladclaration que le ChristianismeOriental est cette ReligionUni-verselle qui difie l'UniversSolio-plantaire encadrdu Firma-ment Zodiacal.Cette religion chrtiennen'est (loue pas basesur la Foi, mais sur les connaissancesscientifiques qui consti-tuent l'Astronomie et l'Astrologie,fondement (le l'Esotrismescientifique et de l'Occultismescientifique. Malheur vous, doc-teurs (le la Loi, parceque ayant pris la clde la connaissance,vous n'y tes point entrs vous-mmeset vous avez encoreem-pch d'y entrer r.eux quivoulaient le faire. (Luc11.52)Toutes lesfois que nousrencontrons l'expressionbibliqueRoyaume des Cieux, ils't'.git (lu systmeSolio-plantaire,en-cadr titi Zodiaque, CeRoyunic Universeltant reconnu, quidonc en est l'acteur principal?

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PL,ES GRIOTS717C'est Celui qui est le Prophte (les prophtes, de la race deDavid, c'est4i-dire le Christ.Qui est le Christ? Quell_ force cosmique plantaire personni-fie-t-il ?Le Soleil, la Loi Universele, est personnifi par David, le roi(le Juda. Il affirme lui-mme que le Soleil est incarn dans sonorganisme. Mon Dieu, dit-il, j'ai pris plaisir faire ta volont,et ta Loi (le Soleil) est en-dedans de mes entrailles.L'alliance de David avec le So:(il nous est connue du fait quece prophte, comme certains Africains d'antan dans les Antilles,en Hati aussi, portaient, boucles, en l'honneur de Dame-Soleil.Si les yeux sont rgis par la Lune, les oreilles sont attribues auSoleil. C'est ce titre que l'nesse est consacre au Soleil, Cetanimal n'est-il pas toute oreille,Le privilge d'avoir les oreilles perces est conditionn par ladcision de ne jamais accepter les rites sacrificielles. A l'poquede mon enfance, ds qu'un pratiquant des mystres, le Nago, seconvertissait au Romanisme, on lui exigeait la remise du drapeau(le la Socit. Cette socit Africaine appartient une secte men-tionne par le prophte Esa;e:Protes l'oreille la Loi de notre d:rtt.a,Qu'ai-je faire, ditl'lternel, de la multitude de vos sacrifices! (Esae 1: 11-19).David, un Nago dira: Tu ne prends plaisir ni au sacrifice, ni l'Offrande: Tu m'as perc les oreilles. Tu ne demandes pointd'holocauste, ni de sacrifice pour le pch Psaume 40-7).S'il est donc vrai que leChrist est fils de David, il s'ensuitque le Christ est fila du Snlcil, c'est--dire. Mercure, le Messagerde Dieu-So'cil. (Mata.: 12-42).L'animal consacr au Sole 1, c'est l'nesse noire, cause de sesoreilles hors de roll ,rt on avec sa stature.Ils amenrent: on poulain. 1'c+non.Voici, ton Roi qui vient toi m ntt sur un n(in 'Xlatt.:21,5).L'nesse tant le Soleil, Mercure fils (lit Soleil, est !'non.11 serait naturel crue le Fils de 1)av+d, tout comme son pre,porte lui aussi, des anneaux l'oreille, en vertu (le l'alliance con-tracte pas son pre avec le Soleil.Esae, confirmant k rle de l'ne-christique parle en ces ter-nies: L'ne cornait la crche de son Matre. (1 :3).

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718u m wiu,i um nm un 111111!II unioimm minminunntnunnmiimuuumuimmumunuu aL G s G R I a T sQue rclament ces astres comme gaged'alliance?Le Soleil, une finesse; Mercure,unfanon; Vnus, une ColombeIl n'existe rien en Orient qui rclameni chair, ni sang.Le Messie-d'Orient n'est pointSacrificateur en dpit destextes vangliques affirmantle contraire.La racine hbraque (lui ,ymbolisel'Orient, est AOUR, dontles lettres-signes plus on moinstransposes et interchanges, setrouvent dans les trots: Orient,Oreilles,Anesse, Aile.Le Christianisme vrai est Oriental:Nous avons vuson toile enOrient. (Matt, : 2:2).Qui est le Christ? La rponseest ferme: Il est la personni-fication(leMercure, le plus petit Satellite du Soleil.C'est ceplus-petit qui est leplusgrand dans le Royaume (les Cieux:ayant fait venirunenfant, le mit au milieu d'eux. (Matt.: 18:2).Ceci est retenir parce que c'est l'oppos de Jupiter qui estlaplus grosse plantede notre Systme plantaire. Dans cet attri-but, le lrom du Christ est Tho-Bat,le plus petit, mais le plusfort.Revenons au Soleil: La force cosmique qui mane du Soleil,c'estla chaleur deVie etlitlumire. L'Enfant (lu Soleil, hriteces deuxforces cosmiques:Je suis la Vie,le pain de VieJe suisla Lumire duMonde.Ainsi donc, quand l'Esotristc parle du Chritianisme, il s'agitstrictement de la dification(lu Soleil, Astre Auroral,Source detoute vie et de Lumire originellement intrinsque.. A ce pointde vueastrologique,il n'existe pas de ChristianismeOccidental, parce queni la Vie, ni la Lumirene prennent, clansles astres situs et difis en Occident, leur origine primitive etintrinsque. La mssion(lu Christ auxbrebis gares d'Isral,c'tait. (le les porter comprendre cette vrit astrologique. Is-ral refusa.Que faut-il entendre par Orientalisme?Les Astres qui reprsententl'Orientalisme sont ceux-l quiconstituentl'avant-garde duSoleil-Levant: Ventrs-Ilercure,Donc la Tri-Unit Chrtienne est reprsente par les Astres-dontil-Mercure-Versasace attributs respectifs sont la Vie, laLumire, l'Esprit.

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LES C;RICJ'l'b719La Luntire-Noire pour le Soleil; lajaune pour Mercure; laVerte pour Vernis, Nous parlons de LumireNoire.Il existe une lumire noire qui cache la face(lu Soleil quandcelui-ci est vu dans certaines condition visuelle,Que faut-il entendre par Occidentalisme?Les astres difis en Occident sontceux qui forment l'arrire-garde du Soleil-Couchant: Mars, Jupiter Saturne,Donc la Trinit (qu'il ne fautpas confondre avec Tri-Unit)rclame le rouge pour la sacrificature de Mars; le Bleusacerdotalpour Jupiter; le Blanc pour Saturne. Ces couleurs appartiennent Jsus, le vrai Sacrificateur !vitigtte. Jsus n'estpas le Christ;il est prophte du mme Ordre que Jean-Baptiste,Saturne domine les os; Jupiter, le systme crcbroo-molleux;Mars, la musculature. Or, ici, tout rclame l'organisme Animal,Chair et Sang.Rsum Gnral :L'Orientalisme ZZ-Gloire-Thse,L'ternel Dieu a parl: il a appel la Terre du Soleil-Levantau Soleil-Couchant. (Psaume 50).Z!on (Z) parfait en Beaut Resplendi.Zion-Mercure; Beaut-Vnus; Splendeur-Soleil.Devant Lui est un Feu dvorant (Soleil).Je ne prendrai point de taureau dans ta maison, ni de bouedans tes bergeri'Car tous les animaux des forts sont moi,btes des montagnes par milliers, Mangerai-je la chair des fortstaureaux; boirai-je le sang des boucs?L'Orientalisme difie les trois principes in-corporels: Esprit-Vie-Lumire qui n'ont aucun rapport avec l'animalit.C'est ici le seul vrai Christianisme.ATHANASE

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720Critique d'Art.Peinture et PeintresPruviens(l)1.---La peinture dans laColonie.---.?uand les conquistadoresenvahirent la capitale de l'empire (lesIncas, ils y trouvrent une,importante production artistique.La richesse du territoireim-mense de '1'ahuanti'suyo,(2) dont personnene connaissait na-turellement la merveilleusehistoire,a. bloui lesenvahisseurs.Si la grande culture Inca, connue cette poque, suffisait elleseule pour provoquer untonntnuut, anjaurd'hui grce auxin-vestigations (les archologues on ala preuve certaine que cetteculture d'avant la conqute avaitatteint un dveloppement ex-traordinaire dans les arts plastiques.L'poque antrieure de six sicles auxIncas, de mme queles tapes culturelles qui ont suivi nonencore situes chrono-logiquement, nous offre les preuves d'undveloppement artis-tique vraiment me--veilleux, dont ` .tuileexige titi cadre autre quecelui qui nous est ici rserv.Pour le prsent expos, w-us laisserons dect les poques an-trieures la Colonisation cspagno'r, etrelativement l'poqueColoniale elle-nt nie nous retiendrons la constanced'un fait quidans la suite trouvera sa justification: les espagnolsapportrentdans 'e sang leur puissance picturale historique, et cesang afcond la terre amricaine, dj prdispose par sestraditionsautochtones la fusion ale virtualits artistiques qui devaientfleurir dans les :tapes futures et qui seront signales dansleprsent expos.Notes.--1) Cette page est une traduction d'une tude de MonsieurTIUSICAi 13SCarlos Raygada intitule: LAS ARTS PLASTICAS YEN IsL PERU et publie dans la Revue Pruvienne aTURISMO auNovembre 1938.2) Ou nomme ainsi la valle qui coi,tiont la ville de Cuzco, capitale(lel'empire des Incas.L'histoire rapporte que dans cette valle plu-sieurs tribus chues s'taient tablies: les Antasayacc, les alcahniras, lesIIuayllas et les Sahuasilay. Sur ces tribus,-il y a deux mille ans selfles tirs, au douzime sicle de notre re selon les autres, Ies Incasplus agurris affermirent leur domination. Manco Capac leur chef l-gendais. aura choisi l'emplacement de Cuzco et trac fes limites de laville.

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1, I? ,SC; 1t 1 0 l5721Pour cotiipensr son rle dominateur ingrat, la Conquteap-porta ses lments de culture qui aussitt favorisaient le d-veloppement d'un syncrtisme artistique d'oest rsulte unenouvelle manire d'expression.Le Virreinato(3) maintenant tabli,et l'poque du syncr-tisme artistique passe,-poque durant laquelle les produitscramiques, les tissus, les costumes, la musique, la danseetc.attestaient comment l'inca j'alliait, en superpositions tranges,avec l'espagnol-une cole picturale qui prendcorps CuzcoQuito et Lima commence voluer, Le mtisa dj incorporles procds occidentaux.sa capacit artistique hrditaire.Ainsi s'opre la fusion (le deux antcdents puissants qui arrivent cristalliser une forme d'expression caractristique satisfaisantpleinement les besoins de la vie sociale de la Colonie. Bienquela Peinture Coloniale se soit dveloppesousla forte influence(le l'ambiance, toutes les fois que par ses tendances elle taitsollicite de reprsenter la vie locale et le pittoresquepropre auprocessus de formation et (le dveloppement social (le ces poquesoiel'oie se modelait sur titi p lys nouveau,-ellene fut jamaisplw'uvicnne clans le vrai sens; elle fut un art tranger, postiche,impos; c'tait la peinture europenne, la culture occidentale (luiremplissait aussi le rle de conqurante, imprsant tanttsonobjet tantt ses sujets, principalement (le caractre religieux.Les temples tic Cuzco, de Linia et des autres villes du Proupossdent aujourd'hui d'intressants modles de cette doubleconqute qui au cours (lessiclesfinit par s'tablir dfinitive-ment: les expressions vritablement pruviennes sont tires de lareligion Catholique et de l'art Europen.Une tude approfondie (lela question omis pernuttrait deciter des noms, de montrer (les diffrences de style dans la pro-duction coloniale, mais cela ncessiterait une place qu'une revuene petit pas nous offrir,Il nous est seulement possible, d'attirerl'atf'rt tioi, sur un nota d'importance qui tablit le contact entre1r''4sns.gnc avait divis ses colonies t,'Anirique en Grandes Province5 appeles aVirreinatosy. Au dbut-il n'y en eut que dieux, tablies sur les ruines !les deux grandes civilisations nzlque et inca,-plus tard les convenances internationales et les ncessits du commerceen firent augmenter le nombre. Il y etit aussi les tAudincins qui furentplutt (les circonscriptions judiciaires.

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___ _________---722I,ES GRIOTSla Colonie et la Rpublique : celui de Jose Gil, remarquable por-traitiste appel le mulatre Gil qui fut le dernier reprsentant d-tach de l'Ecolc de Quito, (t tut des premiers rompre avec lapratique de l'anonymat dans la production artistique trs gn-ralise jusqu' la fin du dix-huitime sicle.Jos Gil fut trsestim Lima o il a peint d'excellents portraits: plus tard ila rsid au Chili, l ils'est rendu galement clbre au com-mencement du dix-neuvimzz, sicle. Avec Gil finit l'poque Co-loniale et commence un changement notable dans la peinturepruvienne.Le 19me Sicle.-La Republique veut s'exprimer autrement.La leon de la Crltinie bien apprise, nous voulons peindre l'Europenne. Au dbut de la nouve'le vie artistique, nos nmeilleurs peintres vont en Iurolte pour mieux se rendre matre desprocds classiques. Le 19me, sicle produit ses hommes etgrave leurs nones dans l'histoire de l'Art national.Deux figuresprincipale; occupentl'attention de cesicle:Ignacio Merino et Francisco Laso. Merino naquit Puira dans1c Nord du Prou en 1817 et mourut Paris en 1876. Disciplede I)elaroche et de Monvoisin, et lev une poque ont le Ro-mantisme s'orientait vers les reprsentations historiques, il s'af-filiait cette tendance, mais son imagination, adonne aux vo-cations chevaleresques du Vieux monde, l'loigna des iutres-sautes scnes de l'Histoire de son Pays. Il ne fut attir ni parl'histoire de l'Empire des Incas, ni par celle de la Colonie.Ilfut un peintre dfinitivement conquis par l'Europe, en cela ilfut aussi conquistador. Matre clans les grandes compositionsavec une science absolue du dessin et de robustes qualits decoloriste, Merino eut tan gal penchant pour le dcoratif. Lerouge de Merino se rendit fameux et se retrouve dans la plu-part (le ses tableaux qui rvlent une matrise impeccable etprcise,Son tableau dramatique La Vengeance (le Cornaro,brl dans l'incendie du Palais (lu Gouvernementen 1921, celainon moins impressionnant La main de Charles V, la Ventedes titres, Le moine peintre, Apparition de l'Archange Ra-phal Tobie, Un braver., Mfoines chantant et beaucoupd'autres compositions qu'on conserve dans la Pinacotwc,, Xleriutnet dans 1cs collections prives sont incontestablement des t-moins d'une position culminante dans le domaine (le la Peinture,

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_II'JIIIIIIIIii'Lilill"I''.723O T SFranciscoLaso, non seulementpeintre, nais aussilittrateur,fut picturalement parlantplus pruvien que sonmatre Mrino.Il naquit a 1aitnaen 1823, et mourutdans la SierraCentral en1869. Pendant ;onsjour t Paris, ilfut le disciple deCharlesGlayre, Excellentprotraitistc, dont l'ncuvrefit sensation clansune magnifiqueexposition ralise dansla BibliothqueEntrenous ;son ouvrcelit plus remarquableincoutestablennent illu-ruine par les traits(lu gnie, fut lapathtique concept-tudeson SainteRose de Limaqu'on conserve dansla Pinacoteca1M1llnicipale.Ils'intressait tbcaucrdupaux thmesindignes,mais son espritromantique les traitait avecune distinction quele fin pinceaustylisait sans arriver la profondeurvoulue dansles caractristiquesraciales et expressives(les indiens. Lasofutun artisted'une intelligenceexquise et d'unesensibilit raffine.Corme crivain,il s'est diit1gu par une inclinationmarquepour une thique(le grande elvation,LuisMontero: LuisMontero fut aussi tinartiste remarquable,contemporain(leM.erino(tde Laso (1826-1868),pruviencomme 1\Ierino etaussi soit disciple.Son oeuvre la plusconnueest le tableauakunrailies deAtahtualpa(-1) de grandesdimen-sions, peint vit Europeet qui renditMontero clbredans les di-vers pays paron il a pass pourrentrer au Prou.L'vocationpuissante d'un momentdramatique (le laConqute a impressionndiverses gnrationspins par le cotdramatique du sujet et saralisation que pair sonmrite artistique:tic beaucoup suprieuret presqueinconnu est un titipeint avec uneexquise tonalitpropre aux grandsnnittrc,A la fin (lu19me siclesurgirent d'autresartistes reuutr-quables qui pourtre contenrp,ralns(les prcdents,n'en boutpas moinsdiffrent, par leurorientation, leur mentalitet leurcaractre. Les plu;(ltachs (les prcdentssont: Daniellier-nan(lez et CarlosliarcaflorDaniel1ernandez: (18561932)fut envoy en Europetrisjeune. Sur lesconseils (le soitcompatriote Merino,il alla Roincet entra l'Acadmie. Av int,iia eu pourmaitre LonardBarbieri et LorenzoValle.I'i. n'avait pas encoretrente ans quandest le dernierdes Incastrangl en 1533, surl'ordre11htahuipade Pizarre, aprsqu'il eut pay sa ranon.

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724I./:.S GRIOTSil retourna Paris et lia amiti avec Fortuny et s'affilia l'colede ce dernier. Phis tard sa propre personnalit dfinie, son nomparvint la renomme clans let; capitales europennes, il obtintdes diplmes et des mdailles et so r clbre tableau La pares-seuse eut un second prix au Salon de Paris en 1399 et la m-daille d'orl'exposition de l't{'!).Peintre de genre, portraitistemondain, paysagiste fini, peintre (l'Histoire, le matre a connula clbrit trs jeune et quelques-uns (les ses tableaux. figurentaux Muses (le Munich et d'autres villes. La critique europennel'a reconnu comme tin grand peintre du nu. En 1918, le Gou-vernement du Prou l'invita retourner Lima aprs une ab-sence de quarante cinq ans, fonda notre Ecolc des Beaux Artsqu'Ilernandez dirigea avec titi succs croissant jusqu' sa mort.A Soixante dix ans, Ilernandez peignit son Francisco Pizarreet obtint le Grand Prix (le Peinture l'Exposition 1 bero Am-ricaine (le Sville, Six mois avant sa mort: le matre peignaitencore avec une vigueur juvnile et tait encore capable de sur-prendre par les trouvailles deson pinceau souple et savant.Carlos Barcaflor: Contemporain de Hernandez, litses pre-mires tudes Santiago de Chili. En 1890, leGouvernement (leCacers l'envoya s( perfectionneren Europe, ont vite son nomacquit du prestige que les annes ontaccru, jusqu' devenir celuid'une minente personnalit dansle domaine du portrait artis-tique. Aux Etats-Unis o ils'tait tabli depuis que le renditclbre le magnifique portrait(lu multimillionnaire Morgan,liarcafior est trs estimet on le tient comme ayant dans songenre le plus (le valeur. Cependant les gnrationsactuelles duProu ne le connaissent pas,parce qu'il a rsid l'tranger titidemi sicle,Ses portraits,c caractrisent par la sobrit ditprocd et la structure solideet accusent toujours une pntranteohserv i:on, C'est le plaisir(le l'artiste de dessiner les mains deses personnages, modelesavec tune maestria incomparable. Lenom (le I3areafior a djun rang dans l'art Europen, et on lerecunnait par son lectioncomme memlrr'e de l'Tnstitut (le Froncepour occuper !a place de Maccari,,Barreda: A ct desremarquables figures qui prcdent, ondoit considrer celled'Enrique lomingo Barreaa,n lima en187(), et leven Eurupr oit Il vit ;l,-pu'..;enr r+)n vingt ans, Bar-roda est incontestablementun maitre (lu paysage, les exposi-

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IOTSnp uutions Paris, Londreset d'autrescapitales europenneslui as-signi:rent un rang bienmarqu parmi les principauxartistesdu genre. Le gouvernementfranais l'a consacr il y aquelquesannes en faisantl'acquisition de ses oeuvres pourle 1luse duarines exde mLuxembourg. I3arrcdaqui peignit ici beaucoupcellentes et des vuesdes environs deLima, possdeune techniquetrs largeet sa peinture a uncachet (le distinctionartistique quicoule naturellement-cequi est une consquencede sa maitrisedu mtier, Soncoloris est sobre et sonermptemcti nergique,Ses titbettr defleurs prouvent aussi sagrande habilet et su.1 m got.AUTRES PEINTRESDU 19e. SIECLEJusqu'ici nous avonsprsent les figuresremarquables de lapeinture republicaineantrieure la formationde l'actuelle icc>lepruvienne. Mais entreles annes qui vontde Mrino l3arreda,on dtacheaussi d'autres artistesdignes de figurerdans un ex-pos gnral de laPeinture au Prou,bien qu'ils soientinfrieurs ceux dj tudis.L nous avons,disperss dans les collec-tions prives,les oeuvres de ce grouped'hommes courageuxetdignLs de louange,les uns pourl'excellence d'unetechnique bienacquise, les autres pourles qualitsspirituelles que leursoeuvresrefltent, d'autresenfin pour l'efficacit(le leur actionbienfai-saute sur laculture (le leur poque.Partant du dbutclu sicledernier, nous avons,sans possibilit(le prciser lesdates, lesnoms (jeFrancisco Masias, Jt,an(le 1)ios Ingtut7a,Toribio Cal-met, hedcricoTorrico, Carlos Jin,ene7,Alberto Lynch,Fcdericodel Campa,Abelardo Alvare7a deron, luis Astete yCoucha,Juan i.cpiani,Iierminio Arias (leSous et ToflctC'stillu, Beau-tta-coup d'entre euxc,ut tudi enEurope et ontconquislest,,tuastiens distingues,gnome parexemple Del Campo, 1canaux vnitiens,Lyfl tt, portraitiste(les dames aristocratiquesLcpiani vocateurdespaysages denotrehistoire, Alvarez Calderon, portraitisteaussi; Castillo, dontune bonne partdes cxu-vres a poursujet la viecoloniale, fut unpionier de l'art picturalpruvienet commecritique d'art, il exeratune influence mar-que sur l'ducationsociale. Avec ce nomnous fermonsje cyclereprsentatif du 19e.sicle qui nous laisseseulement deuxsurvi-vants, l1eureusenrenttrs remarquables:J3arcaflor, rsidant aux

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726LES GRIOTSlstats-Unis et 13arcdat1,,n dres. Ce sont deux personnalitsabsolumenttrangre. leu: pays, mais non sans affinits pournotre culture, au.5,i l'uvre qu'ils ont ralise projette son clatsur le Prou qui peut s'norgueillir de les compter parmisesartistes.Panclio Fierro:Avant de finir avec le 19e, sicle,nous de-vonconsacrer uu paragrald e spcial um' ligure d'exceptionqui n'a rien de commun avec les matres grands'kt petits djcits. Pancho 1"ierro, le multre aquarellistesans hrdit fa-miliale, n en 1803 et morten 1879, dont la plus copieuse produc-tion d'estampes, de caricatures (lepersonnages (le son temps etsurtout la varitinfinie destypes populairesqu'il acroqusdans ses dessins originaux, lui assignaun rle significatif dansl'art pruvien du sicle dernier. Vrai psychologue,observateurexact et analyste aigu (lu ridicule spontancomme tout ce quiest naturel et lgitime en art, ses aquarelles qu'ilProduisait pourun prix infinie sont aujourd'hui en possession de Collectionneurset valus(les prix qui tonneraient le multrebiahmien. Quel-ques-unes de ces estampes sont au Muse(le la Rpublique etdans les trs richescollections (le lafamille Palma, (le]',osLavalle, de Nicolas Dora Cebrianet d'autres fan-ailles de Lima.LA FIN AU PROCHAIN NUMRO

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Conte des Griots.LA LEGENDE DU MAPOU(1)-je suis le pr mier et le prince des arbres(le la fort, vousdis-je. je suis aussi le roi desfantmes(lui rgnent, la nuit, surle grand chemin,pour semontrer aux yeux des voyageurs pu-sillauimes.-Dans mon seinhabitentles princes(le l'enfer, et le premierd'entre eux, Lucifer. Mon cu ur estun immense etmerveilleuxpalais, que,seuls, visitent les braves d'entreles braves,Hommespoltrons, qui circulez, la nuit, sousl'ombre derates nombreuses etpuissantes ramures, signez-vous,(le peur(lue celles-ci lie sechangent l'instant, en autantde tantaculesimplacables qui vous enlaceront pourvous broyerl l'assezvite,et sansretourner la tte l-Faibles femmes, prenez garde (lelever les yeux vers le c-leste royaume o j'tendsmes larges bras feuillus. Nemritez pasma colre; car,si jc vous embrassais, vousdisparatriez toutjamais, absorbes dans'mes entraillesmystrieuses 1htez-vous, tous, de laisserlacontre, o mme de loin,ma haute etabondante chevelure sefait voir,et rcitez les pa-rolescabalistiques des oraisons que vousportez votre cou,dans le petit sac de cuirfauve, dorpar la crisseet la sueur.Baisez aussi votrescapulaire, vos croix et mdaillons,remerciezquelqu'aautre divinit (lesortir d'ici sains et saufs 1-Mais (le moi, souvenez-vous,toujours; ainsi que (le l'effroijet dans votre me, puis(luevotre coeur a battu sivite et si fort 1Redites souvent et tous,votre frayeur immense,afin (lue (lepar le pays, lacrainte de mon nom soitpartout.-O sont doncles bravesqui descendent de leurlit, mi-nuit. Ceux-l(lui n'ont paspeur de s'entretenir, avecles fan-tmes die satan, pourprendre connaisa:u e de sonmessage, surle grand cheminnoir et solitaire. Vous,hommes (lignes de ce1) ceira )entendra nuX)lnn pentandrum our iodendronOricnuile.(Identification(lu Service 'l'ccitni(lue).

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7281, ES G R 1 0 7'$iml, (lui pouvez regarder enface, Lucifer, le fort (Ventrelesforts, venez moi I,ucifc2'habite mon cteur, o je l'hbergeSes appartements sont plus beaux queceux des princesde la terre car il est le plus beaud'entre tous les princes. Sesl.ouvoirs plus tendus que ceux des plusgrands empereurs, carc'est lui, Lucifer, (lui les fait etles dfait. Ses faveurs sont pluslarges, car sa gnrosit estincommensurable. Et son orgueilpour immense et juste qu'il est.s'acconlode volontiers (lu moindresacrifice: rien que le cabritconsacr, l'enfant la manicle, lecochon sans poil. Et pour un peude sang innocent, que uercolterez-vous de grces, et defortune!-Venez donc, braves de la terre?-Arms de votre long sabre, ou seulement de votrepoignardeffil, aprs que vous aurez prononc les motssacrs que vousont lgus vos pres, n'hsitez point pourfrapper l, droit aucocur du Mapou. Et Mapou, le gigantesque,s'ouvrira pour vousrecevoir,lit alors, vous verrez la magnificence que petitrclerce coeur de gant. Et ce grandbonheur; vous causerez avec lesdignitaires de Lucifer, vous leur exprimerez vos dsirs, et,si vousavez du cran, vous verrez Lucifer, lui-mmela plus puissantecrature qui habit les cieux et la terre.Il vous apparatra dansun nuage (le feu 't aux clatsdu tonnerre. Celui qui a le grandcourage d'assister ce spectacle magnifique auramrit, toutesa vie, (le la protection et des dons deSatan.-N'hsitez pas! Ce soirni nl', minuit,venez au I'en-dez-vous sublime, comme jadis, vos anctres 1 Comme eux, vousserez forts, riches et puissants, (le par tout le pays. Les hommesfaibles marcheront vos pieds et s'honoreront d'tre vos es-claves! Les plus Il)C'lles femmes vous feront la cour, et vous lescontenterez la fois, en amour et en richesses. Les belles assas-sines siffleront vos oreilles indiffrentes, et glisseront sur votretunique. Le poignard du bandit, la Inacllette de l'assaillant, enheurtant votre torse invulnrable, plus rsistant qu'un bouclierd'acier, se torderont et se briseront, Le verre empoisonn cla-tera en morceaux, entre vos doigts avertis.Venez! Venez 1ce soir, minuit, mon rendez-vous su-blime! Venez donc, braves de la terre, tout cela vous cherra enpartage, et mille autres choses encore!

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1 ES GRIOTS729Ainsi dit le Mapou, le soir, lorsque le vent glisseentre seslongues branches qui se parlent. A cettecure aussi, les fan-tmes dansent leur ronde macabre, sous l'gide deson largefeuillage, entre les ombres indcises qui voltent d'unrameau l'autre.Ainsi (lisent par toute la route, dans le proche voisinage dece temple deSatan, sesfidlesministres, lesfantmesquicourent le grand chemin, qui s'esquivent l'approche de l'homme,et se confondent avec l'ombre des grands arbres, dans le halonystrieux de la nuit qui enveloppe la nature.Ainsi disenttous les animaux que rencontre le voyageurapeur: le chien qui jappe; le chat, aux yeux phosphorescent!+,qui traverse en vitesse; l'ne pave qui repose genoux au mi-lieu (le la route; et surtout, l'oiseau qui crie tristentnt, ou quilance aux passants, son mlancoliqueavertissement ;mmel'homme, son senblable... vu de loin !-Minuit !---Minuit! rpte le nophyte.En ce temps-l, les grands chemins taient moins frquentsque de nos jours. Non entretenus, la moindre averse y faisaitcouler un large ruisseau, puis croupir, une mare profonde. Jus-qu' l't prochain, la mare tait le casse-cou des montures et descavaliers. Plus heureux, les pitons, prenaient un sentier, qui travers les places, les conduisait, par del la zone impraticable.Au gr des Saisons, on i'vait donc la bonne et la mauvaiseroute. Le vent d'nord, le soleil ardent d't furent l'poque,nos premiers et nos meilleurs ingnieurs des routes.Lorsque la nuit tombait sur ces lagunes infranchissables donttaient semes nos grandes voies de communication, et que lesapaches, le btoi ou la miachette la main, se rpandaient dansla campagne terrifie, les fuuti:otes, les loups-garous, et toute lagent satanique sortaient ga.lenient pour guetter le passant ngli-geant qui s'est laiss surprenilre par la nuit,

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. .w---LES C, k]UTSLes loups-garous, enbandes joyeuses, aveclumires et tam-bours, dansaientjusqu'au petitmatin; les'oteurs, bnficiantde la confusion, gardaientles carrefours.l'es mauvaisnu,unes mtamorphoss enpourceaux, ennes -bien tristegot, tout de mmeIou en volaille-cc (luitait peut-tre, meilleurchoix, fors le coupde fusil du chasseurattard, vaquaient leurs mystres(tis,luiliques, Les Voleurs, enprofitaient pour enleverles animaux deboucherie.Et Saintoinier, quiavait plus d'un tourdans son sac, colt-naissait bien les avantagesde la lgende, Lesboeufs qu'il venaitde voler aux pturagesvoisins, il les conduisait avecune paire (leflambeaux aux cornes, etchabraques d'tut drap blanc.Mystreredoutable! Le passants'loigne de peur devoir et d'tre vu,(le peur d'interrompreun tel office l'adresse des puissancesinfernales, ce qui, srement,apporte malheur, aucurieux entt.,Saitntoinier, aujourd'hui,devenu vieux, abrutipar les longuesdtentions, ruin parl'alcool, ne vole plus...Il exige la contribu-don aux autres voleurs,d'o son nouveau nom.Contribution.Lorsque vers lestrois heures du matin,le sommeil le pluslourdoppresse les paupiresdes propritairesendormis, les voleursvont la besogne.Contribution, ci-devantSaintoinier, occupeses postes etrclame sa part auxfaquins qui professentgale-ment l'art, o l'hommeingambe, il avait excell,jadis. La part(lu matre s-art, commeil y a les actions dufondateur!(3ranjean, qui ne secachait jamais d'tre un suppt(le Satan,sentant venir le termede sa vie, selon son pactescell de sonsang, voulut prsenterson fils, le jeune('yrius au Mapott.(quand il aura t rendrele dernier soupir aux pieds c1c,I atcifer,pour lui faire lasuprme offrande, d'un restede vie passe toute son service, et pour saplus grande gloire, sur la terre,Graujean aurait dsir lairser saplace, un homme tout (le bon,dignede lui, (lui marcherait sur sesbrises, et ne ngligerait point leculte de Lucifer et lesvisites au Mapou.Cet homme sera son fils.

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r.uouwiin,un:.nu;n am:uveL E S GRIOTS731Et que ne raconte-un pa.;en effet, sur Granjean !Granjen,le gros ngre! Son invulnrabilit n'est plusen doute.Il avaiteu prendre part on ne sait plus combien de batailles san-glantes, sans jamais eesuyer la moindre gratignure. Non plusson ubiquit.. a tt fait de prendre les ailes d'un oiseau, pourvoyager, quand ii est trs press; et quand ill'est moins, sonmulet harnach, le prcde, sans cavalier mont... Tout autreanimal peut d'ailleurs lui servir de monture, mme le trop lentpourceau aux pieds duquel, sans cloute, il attache des ailes. Sontrsor, au lieu de s'puiser avec les dpenses, se renouvelle,sans cesse, sans aucun apport.Ses maitresses? naturellement,elles ne se. comptent plus. Ses grandes bamboches annuehsontfastueuses. Craint et chri en ville, comme la campagne, Sou-vent consult pour toute sortes de secours.Tels sont quelques-uns (les avantages iniinenses que (;ranjeantire de son pacte avec Lucifer. Ce pacte, le plus clair (le sonhritage-pourtant considrable-disait-il son fils ce soir-l.-1.t ceci est apprendre par cour, Cyrius.Des paroles intraduisibles clans aucune langue humaine, nullepart crites, qui sont les mots de passe, par quoi vous correspon-dez avec les puissances invisibles.-A genoux, avant (le frapper le Mapou, de votre sabre, vousredirez ces parole,. Vous ferez ensuite exactement, tout ce quevous nie verrez faire,C'est ainsi donc, que munis de certaines provisions et cl'tm ba-gageadquats,nos hommes cheminaient pieds, destinationdu vtapou,qui,avec ses longues branches embrasse l'autre borddu grand chemin, l'heure o les fantmes gambadent et oles bandits vont faire leurs coups.Mais le lendemain,leur lit n'tait point dfait. Depuis, jamaisou a eu des nouvelles.FranckLEGF.NI)Ri't(Extrait de: Les Voix (le la Terre.)

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732'.ii"I IIi VIII IIII IIUi'ill"li'll lIIIII'lil:l'.lil'.I JIII IIi,:ll',III!IIIIIIIIIIIlil^;il:il!.iJ E S GRIOTSSociologiejuridique.Historique Politiqueet ConstitutionnelleETAT NOUVEAUSur :a terre de Saint-l)otningue,vinrent chouer, autrefois,des aventuriers franais etang:ais. ils se proposaient cl'usttrper, leur tour, sur lesEspag.urls, des terres que ceux-ciavaienteulc,cs aux IniLns. Sans doute,l'histoire raconte leurs ex-ploits, et de mme qu'elle exaltele cour,ige (le ces conqurants,(le m.me, aussi, elle s'ingnie suivre et parcourir le processusqui les conduisit de la vienomade l'tat stable de l'habitant.Ce qui ressort avec moins declart de ces recherches historiques,ce sont, peut-tre, les moeursdisparates de ce monde trangequitablit les premires coutumes dela cte. A quelles difficults nedurent pas se heurter les premiers gouverneurspour faire rgner,sur cette terre nouvellel'ordre et la paix, La vie de nature etl'absence de frein taient la rgle,Ils venaient chercher St.-Domingue la libert et l'Indpendance quin'existaient plus dansla Mtropole, depuique les Lgistesavaient confisqu, au profitdu Roi, les droits du Seigneur (le laFodalit.Moeurs tranges que celles (le la Socitcrole: C'est cetteimpatience (le la tgle et (le l'autorit cetteinquitude (lu joug(Pierre de Vaissire, Moeurs Coloniales) cedsir (le libert ab-solue et illimite, ns (le l'ordre mme quirenaissait sur le Con-tinent. Libert de tout genre, Libert politique, car ceshommesdclaraient volontiers qu'ils ne devaient obissancequ' I)ici',aprs qui la terre o ils viv:'icnt n'avait d'autres matresqu'eux-mmes, pour l'avoir conquise au pril deleur vie, sur une nationqui l'avait usurpe, elle-mme, sur les Indiens: Libert+oeiale,car entre eux, tous les rangs sonitconfondus st ce point; que desgentilshommes comme d'Ogeron, et DuRattsset ont nieii 1.t viede boucaniers, Libert religieuse, car si, engnral, ila se rlisai.e?ttcatholiques, la Religion conservait, sur eux, fort peu de sesdroits,et ils croyaient faire beaucoup, que (len'avoir pas oubli Dieu

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LES G R I O T Sr,-733de leurs pres, Libert lgale,car(le lois, ils n'en connaissaientpoint.Etranges, en vrit, lesmoeurs decette populationqui consi-drait le payement de l'impt, commeun dongratuit,en raisonde la conqute que leurs pres ont faite de l'Ile,avecleurs propresarmes.On le voit, ce dt treune triche difficile quede gouverner unesocit si dispartepar la quantit et, surtout, par la qualit degens qui vinrent, au coursdri):lges, sefixerSaint-Domingue.,Dira-t-on,cependant, que rien ne subsista deces antcdentsdplorables, la proclamation de l'Indpendance?Ce sont, par-tout, (les gouvernements s'insurgeant contre la rgleet croyant la libert illimite del'individu, On poussa si loin, danscettevoie, que les meneurs prfrrentsouvent tomberdans l'ornired'une rvolution sanglante, plutt(lue de se courber devant largle, devant la 1,41, qui est, danstoute So it organise, l'ar-bitre suprme et le suprme espoir. A4a place, s'installrent lecaprice et le bonLa chose tait d'autant plus aise,quedans l'ancienne colonie, la Lgislation,sur l'esclavage, n'avaitpu, avec raison, tre fixe.Dans l'esclavage, disait-on, tout estquestion de fait, et partant, (le caprice.Cherchez, s'il vous convient, d'autres causes la contradictionexistant entre n:)s constitutions et lapolitique.Pournotrepart, celtes-ci paraissent amplement expliquernos ntsa-ventures (le l'poque pique. Fausse conception des droits. Etqu'est-ce que notre droit? O s'arrte-t-il?Toutes questionsqui ne furent point poses par la conscience collective (letoutun peuple (lui avait cependant, conquis lessiens, les armes it lamain.Le droit?Ce n'est pas l'galit niveleuse,nil'galitsons un nlnite, Co dur rgime que l'on venait de vivre. Ce n'estpoint davantage, cette trompeuse apparence:.due le Csarisme apu laliset, le droit, c'est al'l:galit dans la Libert.Cette conception n'tait, certainement, pas celle du Fondateur,ce briseur de fers qui, pour avoirvcu sous lergime colonial,ane pouvait imaginer le droit sous un angle diffrent.Cela n'excusepoint, assurinrtit, le danger quefaisait courir la jeune Nation, l'lite de l'poque,ne sachantpas obir, et nerespectant point l'autorit issue (le la i,ibe't mme et de l'Ega-l i t.