Les griots

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Material Information

Title:
Les griots la revue scientifique et littéraire d'Haïti
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Denis, Lorimer
Publisher:
s.n.
Place of Publication:
Port-au-Prince
Creation Date:
April 1939
Publication Date:
Frequency:
quarterly
regular

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
serial   ( sobekcm )
periodical   ( marcgt )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1. année, no 1 (juil.-août-sept. 1938)-2. année, no 2 et 3 (oct.-nov.-déc. 1939/jan.-févr.-mars 1940).
Numbering Peculiarities:
1. année, no 1-2. année, no 2 et 3 also called vol. 1-v. 2 et 3.
General Note:
Title from caption.
General Note:
Editor: Lorimer Denis.
General Note:
Master negative held by the Center for Research Libraries.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 30497284
lccn - sn 94021825
ocm30497284
System ID:
AA00007290:00010


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Full Text

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\I:a1ti1?11I?\'1tiIi,Eit+Isis: $ .nnJinnnir:g0.R0Iar;e..'rl.nuDirecteur: CARL BROUARDRdacteurs en Chef:LORIMER DENIS et Dr. FRANCOIS DUVALIERSecrtaire Gnral: CLEMENT MAGLOIRE FILSAdministrateur: FRANCK DURANT111.MAI J111%It11..\1'1'i:il'.I!raIrv. It :'nr. 'N\IJ'I'erindeituriinscieuretmajoie;et Ponteras-or,itate.LES GRIOTSCC1lSc'ie'nt, ique et L.ittt'?Y1irc'Citett tiParaissant tous les trois moisPORT-AU-PRINCE(HAITI)Les textes non dactylographis ne sont pas reus.Un texte dactylographi ne devra pas dpasserquinze pages du volume.

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rnSOMMAIRE1.----DECLARATION No. 4:PagrsQue sont les Griots par Carl Brouard.................................... 4652.--DOCTRINE :Pour un Humanisme totalitaireL'homme de Couleur par Lorimer Denis et I)r. Fr. Duvalier.. 4683.--C:ULTUR')LOGIE :Psychologie Ethnique et Historique par Lorimer DenisetDr. Fr. Duvalier ........................................................................ 4734.---FOLK-LORI; :Contes et Lgendes par Carl Brouard...................................... 503Dernires Prires par Hector Denis........................................ 5076.PROl1LI;MES D'ETHNOLOGIE:Les Composantes Ethniques de l'Ethnie hatienne par KlberGeorges-Jacob .......................................................................... 510O.-SOCIOLOGIE RELIGIEUSE:Les Mystres (le Pthro par Athanase...................................... 5217.-POESIES :Le 'f'aut-tant Ant*ois,;F .............Afrique................................. 6par ('arlIlrouard.................... 530La Croix des : Jartyrs .............Le ('antique de Boul.ntan........JLe Tambour dans la Nuit par Dominique Ilippolyte................5..31 1Ariel Enchain par J. B. Romain ............................................ 533Gurdt" par Emile Rounter........................................................ 534Tambour Racial par Maurice A. Cassus................................ 534lleureuse et Nue ........................................1Pome, .......................................................ll,ar Gaston C'riel. 536Coucher mir l'Onde avec la 1;entnte........ rrPaix ..........................................................JI'oues par Milu Rigaud ..........................................................5.188, -I ES GRANDES FIGURES DA. LA SCIENCE CONTEM-PORAINE:Lucien Lvy-Ilrhl et Charles I3londel par Louis Mars............ 5419, -131I1LIOGRAPIhIE:L'Enseignenment en Hati (Maurice Dartigue)par KlberGeorges-Jacob ..........................................................................548Milo Rigaud. pote du terroir par Cl. Magloirefils ................550Melle F. IIartmann (N.D.L.R.) ................................................55410.----URI3ANISIMIE:La Reconstruction de la CitUn Aspect du Problme par l'Ing. L. Dalencour........................55611.-CIIRONIQUE MUSICALE:Musique Vaudouesquc par ConstantinDumerv........................559

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1VSOMMAIREJ'apas12.-CONTES I)I:SGRIOTS:805rraziluspar FranckLegendre ..............13. --St)jOLo(;IEJVRII)I( 1. i::I:tat AncienHistoire Politique et ('ousttutiounelle par II. Terlonge........5741i.-POLITIQUE 1NTIRNATIONALI::i)Ev \I.L ATION:Dvaluation de la Livre Sterling ouIlistuire d'une Opi+ratio,,Russie par Franck Durant............585ELOGIIi:..................uur I:crirr le Crole parChristian P,cauliru.............9NombresIparl htmcIThodoraIlolly................................5917.-TI CIiNOLOGII::tin Message Original auxHommesde 1An6938 par Andr602Lion........................................................................................18.-VIECOMMUNALE-beau..GO Mon beau Port-au-Princepar........................19: Table (les Auteurs etdes Principales Matires pourl'Anne1938-1939 (La Rdaction).....................................................615AVIS IMPORTANTDes difficults d'ordre technique ont infinimentretard la parutiondu 4me numro des Griots. Ce handicap nousoblige d runir en u1iseul volume les Nos. d'Avril-Mai-Juin et dejuillet-Aot-Septembre.Donc, avec le prsent numro la Revue entre dans sadeuxime anne.(N.1).L.R)1

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LAS GLA REVUE SCIENTIFIQUE ETLITTERAIRE D'HAITIDECLARATION No. 4QUE SONT LES GRIOTS?Dans la vieille Hellade, aprs que dans lemgaron, les guer-riers se fussent rassasis de viandes succulentes eteussent vidsd'innombrables cratres, l'ade adoss 'un pilier,prludait sursa cithare.Il chantait Ulysse perdu surr la mer retentissante, enproie la fureur de Posidon, Hector au casqueondoyant, sa di-vine pouse. les Argonautes dsols errant surles flots bleus etles sirnes mlodieuses.Sa belle voix vibrait longtemps encore auxoreilles des con-ducteurs de peuples, aprs qu'elle s'tait tue, etla rverie adou-cissait leurs regards farouches. Plus tard,des rhapsodes les rem-placrent qui, semblables aux artistesmodernes, interprtaientles aeuvres des autres.Bien des sicles aprs, dans la France mdivale,les trouvresfurent les ades du nord et les troubadours ceuxd midi. 'Cefurent, dit Paul Landormy, des potesqui, depuis le milieu duXIIesiclejusqu' la fin du XIIIe,crivirent, soit en langued'ol, (franais) soit en langue d'oc(provenal) des pices lyri-ques destines trechantes. Le plus souvent ils furent com-positeurs en mme temps que potes.Nobles ou bourgeois, ilss'inspirrent surtout de la chansonpopulaire. Purement mlo-distes, ils sont les lointains anctresde nos Monsigny, de nosGrtry, de nos Boeldieu. Quelques unsd'entre eux chantaienteux-mmesleursposies, niais la plupart 'laissaient l'excutionde leurs couvres aux jongleurs.Sa vile sur tu dos, sa besace auct, le jongleur allait de chteau enchteau, de fte en fte, cher.chant les heureux qui ontla bourse ouverte.Il faisait d'abordentendre une ritournelle sur sa vile (anctredes violes et du vio-

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4661.Es GRIOTSIon), puis il chantait en s'accompagnantde quelques notes te-nues, et chaque strophe de sonchant tait prcda d'une nou-velle ritournelle.Citons parmi Ls trouvres: Thibaut IV de Champagnequiaima la reine Blanche (.comme lys et dont les pomes sont d-licats et spirituels, le chtelain de Coucy, Blondel, l'ami lgenclaire de Richard Coeur de Lion, Qunes de Btbune, anctre deSuIly qui composait <,des chansons lgres entendre pour Ma.rie de France, Raoul de Soissons, le tendre Gace Brul,.le ducdeBrabant, Colin Muset, spirituel et charmant, le vigoureux Ru-tebeuf.Mentionnons parmi les troubadours: Jofroy Rudel, princede Blaye, dont Rostand a dramatis les romanesques amours, lebelliqueux Bertrand de Born, Bernard de Ventadour qui finit savie dans un monastre, aprs avoir bu jusqu' la lie la coupe duplaisir, etc. cAvec le temps se fit une ventilation parmi les jon-gleurs,dit Fu,nck-Brcntano: les uns devinrent des potes -trouvres et troubadours --qui composaient leurs Douvres et neles disaient qu'en bonne compagnie; les autres rcitaient ou chan-taient avec accompagnement de musique, vielle, rote ou psalt-rion, les compositions des trouvres; enfin une troisime classecomprit les saltimbanques, faiseurs de pirouettes, joueurs de ma-rionnettes et montreurs d'animaux savants.Eh! bien, les griots ne sont pas autre chose. Tout comme liestrouvres et troubadours, ils se divisent en trois classes: les potesles rcitants et les bouffons. Ces derniers ne sont pas seulementdes baladins, nais de redoutables sorciers. Le grand ,journalismeamricain Seabrook leur a consacr des page. troublantes,Ilsforment une caste part, tantt mprise, tantt redoute, Com-me tous les inspirs, ils chantent l'amour, les combats meurtriers,la lueur rouge des incendies.De nombreux griots accompagnaient les troupes de Samory,d'El H adj Oniar, de Bhanzin, etc.. S'accompagnant de leursguitares primitives, ils chantaient les exploits de ces guerriers, lamoisson de ttes nombreuses comme des pis de mas, le crpite-ment des fusillades, les bien-aimes, au teint bronz ou noir, v-tues de cotonnades bleues, s'en allant puiser de l'eau aux rivireschantantes.et4

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LES GRIOTS cironauurgi,wu.i.;iumuo;uuu;u,aauI467Nous autres griots hatiens, devons chanter la splendeur denospaysages,la douceur des aubesd'Avril,bourdonnantes d'a-beilles et qui ont l'odeurvanilledes knpiers en fleurs, la beau-t de nos femmes, les exploits de nos anctres, tudier passionn-ment notre folklore et nous souvenir que changer de religionest s'aventurer dans un dsert inconnu; que devancer son destinest s'exposerperdkc le gnie de sa race et sestraditions.Le sagen'en change pas; il se contente de lescomprendretoutes, en s'le-vant l'intelligence de leur diversit, de les dpasser toutes, encontemplant leurs secrte et prennellle unit.Cari BROUARD10

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468f p GRIOTSDoctrine.POUR UN HUMANISMETOTALITAIREAux Drs. Maurr1R1fANDetj3. RI(`()1'L'HOMME DE COULEURC'eat sous ce titresuggestif que la CollectionPrsences,. placesous la direction de M.Daniel-Rops,vient de Prsenterle der-nier en date deses cahiers.Il n'est nullementdans nos dmarchesd'entreprendre, dansle cadre de cetarticle,une tude analytiquede cet ouvrage lourdde substance etauquel ont collaborles personnalitsles plusminentes appartenant des peupleset des races diffrents.Notre but est d'endgager l'espriten fonction dece grand' cou-rant de la pensecontemporaine:l'Humanisme.Mais qu'est-ce doncque l'humanisme?Vritable gageuren'est-il pas vrai,que de vouloir leramener quelque formuled'cole? Chaquepoquese cre un humanis.me sa mesure et chaquepeuple,au cours de cettemme poque,y imprime sa tonalitethnique. Ainsi,il y a 1" humanismecom-muniste, l'humanismehitlrien,l'humanismescientifique, l'hu-manisme catholique.Ce n'est pas lemoment de faire l'historiquede ce mouvementd'ide, d'tablirsa filiationavec.l'humanismegrco-romain,deprciser ses affinitsavec le spiritualismeetl'idalisme,de mon-trer enfin sa divergeancesubtile avec leclacissismeautant direavec leCatholicisme.Vritablegageure,s'il en est, tantdonnla complexit duconcept.Mais n'ya-t-il pas,toutefois,possi-bilit de trouverun meso termine?Et ne s'ytrouve-t-ilpas danscette dfinition deRichardDupierreux,susceptible d'emporterl'unanimitpresque des adhsions:La Dcouvertede l'hommepar l'homme?Dcouverte del'hommepar l'hommeprovoquepar le dog-matisme et l'autoritarismede l'orthodoxiecatholique. L'huma-nisme l'encontrede l'Egliseet de toute scolastiquedu moyen.ge affirmait ladignit de lapersonne humaine,sa grandeur ori-r

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L E SG R 1'j'rurmaunm,iumiimururnrommmmnumk469Kginclle, ses possibilits de perfection. Le suprme effort consis-tera la pntrer pour la saisir dans son complexus, la cultiverpour en dgager la vrit ternelle.Par quel processus peut-ilatteindre cet idal?L'humanisme prendra son point d'appui dans les dmarchesde la conscience humaine pour, de l, s'lever l'universel. Laraison--synthse de l'exprience de l'Espce -reprsentera leprincipe d'ordre par excellence qui a conditionn son volutiondans le temps. Ds lors, la raison prendra figure de valeur uni-verselle et souveraine. En littrature, son influence s'affirmeradans le clacissisme, dans la philosophie elle dominera dans lecartsianisme.Mais ce grand courant de la Pense moderne, enrichi de l'ap-port incessant des sicles, explosera dans la Rvolution franaise.N'i'9t` te pas que celle-ci consacre le triomphe fulgurant des ten-dancer individualistes de la Renaissance?L'individualisme demeurera, en effet,le trait caractristiquede l'humanisme de cette poque.Parvenu peine sonapoge,que 89 aux prises avec la ra-lit accuse l'insuffisance de ses dogmes essentiels.Mais l'Histoire est en marche.-Voici que le gnie de Christophe Colomb rvle l'Occidentmerveill tout un compartiment du globe, riche en expriencesculturelle ethumaine.Voici que quelques sicles plus tard u,n Livingston, un MungoPark, avides d'apostolat scientifique, paieront de lauir existencela dcouverte de l'Africa Portentosa.Les perspectives s'ouvrent. L'horizon de la connaisance s'-largit.Aux personnalits prises d'idal, la vocation de pionnier.Le Pre J. F. A. Lafiteau, missionnaire auCanada, malgrson exprience tendue de l'homme(puisqu'il est humanisted'envergure) oristiter -'gf"
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tExgte averti, il relvera dansla diversit des rites locauxdes points de suture avec lesplus vieilles religions dumonde. (l )Et quelle raison allgue pourexpliquer de telles ressemblan-ccs sinon lacommunaut de la structure originelle etfondamen-tale de l'homme'Mais ces dcouvertes apporteront encorele plus formel dmen-ti au concept humaniste de laculture, classique. L'Homo Sa-piens tous les stades de sonvolution n'est nullement guid parla raison universelle. Le sentimentlui a toujours disput l'em-pire de la conscience humaine. Del, la diversit des comporte-ments. Et de l encore,la pluralit des psychologies (celle del'homme, de la femme, de l'enfant, duprimitif, des peuples).Puisque les peuples accusent des traditions,des coutumes, desconcepts dissemblables. Puisqueleurs mentalits s'avrent dif-frentes, leurs cultures prsenteront par contrele double carac-tre d'autonomie et d'originalit. Et du coup, lavieille notionde civilisation en honneur dans l'antiquitgrco-romaine setrouvera dpasse.Jamais, il ne sera question pour les espritssagaces d'UneCivilisation Unique, opposable la barbarie et la sauvagerie des populations attardes. Enfin, grce la varitet la multiplicit de ces donnes, desdisciplines nouvelles nai-tront: la sociologie, l'anthropologie, l'ethnologie, l'ethnogra-p"ie, etc., et leurs contributions respectives largiront l'horizonde l'humanisme.Condensons et rsumons:L'humanisme classique partait de l'homme, en temps qu'in-dividu pour s'lever la grandet: de l'humain, L'humanismemoderne essaiera d'embrass4r celui-ci dans la totalit de ses ma-nifestations en l'intgrant dans son milieu physique et humain:l'un est d'ordre individuel, l'autre puise sa marque spcifiquedans son caractre social (2) .L'humanisme moderne tout en(1) I n ce qui concerne spcialement celle (science) desmo.urs et coutumesuniserselles, ses dbuts se marquent chez nous (en France) ds le commence-ment du XVIIIe sicle avec L,afiteau, qui compara les mneurs des Indiens am-ricains avec celles des Grecs et des Romains;... (Arnold Van Genncp-Le Fol-klore en France '.n Revue de Paris No. du 1er Juillet 1939 page 196).(2) Le communisme se rclame lui aussi, de l'humanisme totalitaire, Hu-manisme qui ne s'vade pas du cadre de l'individu et qui entend plutt la r-eunciliation de l'esprit et de la mature, de la pense es de la nature, du tra-'a'sllcur intellectuel et du travailleur manuel et exalter l'tre humain dans latotalit de son exercice. (Julien Benda in Humanisme et communisme).

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LES GRIOTS471proclamant l'unit foncire de la nature humaine n'en reconnaitpas moins les particularismes originels. Ds lors, par quel pa-radoxe dconcertant, ses protagonistes nieraient les facteursdesgrgation dont: la race, le milieu et l'histoire. C'estquedanscette doctrine universaliste(celle de l'Eglise Catholique)on necherche dtruire,dit S. E. le Cardinal Verdier,ce qui fait lala diffrence des races et despeuples. (1)C'est ici pour nous le moment d'expo {uer la raison quinousa ports placer cet article sous notre rubriqueDoctrine.Nousl'avons pressentie, la question: quels rapports peut-il existeren-tre le concept humaniste et le mouvement spirituelde l'Ecoledes Griots.Rpondons tout de suite que la position de ce Groupese situe dans le courant de l'humanisme scientifique,.Puisquela suprkme ambition de ses tenans est de parvenir embrasser.j'l'Homme Hatiendans l'intgralit de ses aspects, dans sonpr-sent et dans son pass, dans les divers milieux historiques o ila volu afin de poser les bases d'une science del'Homme Ha-tien.Nous ne manquerons pas de proclamer hautement ici quetous ceux l qui aspirent confrer une culture unilatrale cepeuple et qui qualifient debarbaries et de superstitionsles valeursde sa spiritualit ou bien deretour en arriretoutes tentatives deles valoriser ou de les socialiser, tous ceux-l, disons-nous, vo-luent en marge de l'humanisme vrai. D'ailleurs, ils ne sauraientlgitimement se recommander d'aucun couranit de la pense hu-maine. Ils demeurent en dehors de l'occidentalisme qui n'a faitque les effleurer(2) sans pouvoir s'intgrer dans la tradition deleur race.Maintenant, arrivons au coeur de notre sujet. L'humanismemoderne, avons-nous dit, a pour objet l'homme total. De cetteconception nouvelle, plus large, universelle se recommande laCollection Prsencesdirige avec tant de comptence par l'cri-vain Daniel-Rops. N'est-ce pas qu'ellese propose, cette Collec-tion, dans un esprit d'humanisme vritable, de saisir l'homme(1) En Hati. les directeurs spirituels du peuple hatien (entendez le clergfranais) font fi de pareils principes,(2) Nous accordons peu de valeur, nous autres de la Nouvelle Gnration.aux articles de commande de quelques crivains d'outre-mer sur la valeur relleou fausse de quelques moitrinaires hatiens qui ont toujours fait montre de laplus complte carence ds qu'il s'agit pour eux d'aborder les problmes vitauxdu pays.d

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472mn mou i iuc ao i uouiL l' S G R I O T ST Stout entier la fois parcequien luiparticipe au rel, l'cono-mique,au social, la vie del'intelligence et de la sensibilit, etpar ce qui, travers toutes sesncessits, par del toutes diff-rences ralise une valeurspirituelle? N'est-ce pas cetteunion (duspirituel et du charnel) cettefusion (luimarquela position duspiritualisme face cos deux adversaires: l'idalisme etle mat-rialisme? N'est-ce pasenfin,cetteconceptionmme de l'homme-chair prissable et esprit destin l'homme-quianime lescahiers de Prsences?Eh bien! c'est sous l'empire de cet humanisme vrai queM.Daniel-Rops vient de lancer son nouvel ouvrage:l'Homme deCouleur.I1 entend treindre l'homme de couleur dans sa con-naissance totale.Il entend aussi dans son lan d'humaine fra-tennit (rappelons que M. Rops est franais et quede tells senti-ments demeurent conformes eu gnie de sa race), il entend, di-sons-nous, poser le problme de cette humanit nouvelle devant1'a conscience des Colonisateurs, l'lever en dignit afn d'c htersa participation la vie internationale.Puisque M. GeorgesHardy, s'il faut en croire Henri Benrci dj dmontr que les ca-ractres et les rsultatsd'unphnomne (le phnomne colonial)qui a compliquetenrichi singulirementla vieinternationaleet la vie intrieure des nations et qui, par lasymbiose des co-loniisset descolonisateurs,par la panmixcie d'lments eth-niques,par lemimtismedeshabitudes etdesusages,chez lesuns, par les effortsducatifs,chez les autres, cre une humanitnouvelle: recrueol'individualisme se dveloppe etobouillon-nentdesaspirations confuses.Voil tant de problmes urgents que soulve ce livre et aux-quels des crivains de races et de formations diffrentes se sontefTorc s d'apporter une soitution. (I )Lorimer DENIS et Dr. FranoisDUVALIERillembres dr lu .S eird'Ilistoire et de G.,,graphie d'Ilatiii!crnhres de l'institut International d'Anthropologie de ParisNfembresde laSocit d'ethnographiede Parist(1) Y ont collabor notamment un congnreM. Lopold SedarSenghor,agrg del'Universit de Pariset deuxcompatriotes:notre cher Matre le sa-vant sociologue et historienDr.Price-Mars. ancien Ministred'Ilati Pariset M.JacquesRoumain, un membre minent de la Nouvelle Gnration.

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i1LES GRIOTSw;a,u:rmCulturologiePSYCHOLOGIE ETHNIQUEET HISTORIQUE,473I.-L'Histoire de la Civilisation Africaine.II.-Lacontribution des Ngrodes la Civilisationdel'Humanit.III.-Le Vaudou.rA. S. Ex. C. MAYARDMinistre d'Hati CaracasINTRODUCTIONLe But de la Prsente NotePour l'intelligente comprhension dece travail certaines expli-cations s'imposent.a) D'abord nous avons utilis le titre mme de l'ouvrage deFrobnius dont la substance forme la matire decette note.Ilne saurait tre ici question de le rsumer encore moins de le syn-thtiser. En interprtant la pense du savant allemand,nousvoulllons prsenter une vue d'ensemble sur l'homme primitifenfonction de la culture hatienne, demeure encoreau stade pri-maire infrieur. (1) Et ceci est d'une importance vitale. Puisqueles conducteurs de peuples doivent se pntrer de cette vrit scien-tifique: toujours conformer toutes les organisations ou activitspolitico-sociales l'volution stadiale du groupement qu'ilsontmission de diriger.b) Comme la religion de la grande masse du pays (levau-dou) a constamment t un objet de honte au point de donnernaissance un complexe d'infriorit particulirement chezl'homme de l'lite, (2) nous avons saisi cette occasion pour si.tuer avec Frobnius l'conomie de cette religion, son moment,te(1) Lorimer Denis et Dr. Franois Duvalier in La Mentalit hatienne est-elle africaine ou yallolatine.Dr. Louis Mars in La Mentalit hatienne et la Psychi,itric.(2) Citons en manire d'exemple le cas de cet avocat fru de droit inter-national qui croit encore comme aux poques mdivales dans la toute-puis-sance on la vertu des r.ombis, des ouangas, des kaplatas, des rnakandas, etc..Et ce miane avocat, par contre, avec mpris et ddain, baptisera de retuur l'Afrique toute investigation scrupuleuse sur les origines du peuple hatien.r

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474eumuninumimumunniiinmmucwomruomrrncrnuumoomu:mniaitmiinrunumrr,i.eimmL pSG I2 I O T Sdans le courant de la civilisationhumaine. Chemin faisant, ilnous a t donn de constaterl'apport du Ngrode la civilisa-tion. Car le Ngrode est l'ascendantdu groupe noir auquel nousappartenons.c) Nous nous sommes volontairementattards dans la Pr-histoire pour mieux nous connatre nous-mmesdans le pass etsaisir en mme temps notre structure mentale, notremoi fonda-mental, toutes dmarches devant nous conduire l'laborationd'une philosophie de l'Homme hatien. En ce sens,Kmal Ata-turk en jetant des coups de sonde dans la prhistoirede son peu-ple pour le promouvoir suivant l'axe de sondestin s'est rvl nous le plus illustre Homme d'Etat de l'poque contempo-raine. (1)d) Enfin, la pense de Frobnius tant essentiellementmta-physique, nous avons cru bon d'utiliser de nombreuses notes ex-plicatives au bas des pages.e)Cette note est la suite logique de notre expos de doctrinepubli dans le Sme volume desGriots.PREAMBULE1.-Thorie Historico-culturelle. Il.-Vision en profondeur.III.-Le Paadeuma. IV.-Les civilisations dans Ihurs manifes-vations primitives. V.-Faits puiss dians lie milieu social ha-tien. VI.-L'art. VII. Conclusion.I.-Thorie Historico-culturelle.-L'Homme de science de l'poque contemporaine est sollicitpar l'unit de la civilisation humaine. Cette notion d'une iden-tit foncire toutes les cultures qui se sont dveloppes sur laplante est un produit d'investigations sculaires. Mais cette d-(1) Quel est le chef d'I?tat, charg de l'ierasante besogne de crer de toutespices un pays. de lui assurer l'avenirun avenir glorieux.--qui trouveraitencore le temps, en dehors des fabuleux soucis de son apostolat politique, der .., s orcuper des problmes scientifiques et de sfnoertjrecrttn 'letrtti sous -hx "forme d'une conversation mondaine, o la seule courtoisie fait tous les frais,mais avec le srieux que cet homme exceptionnel apportait toute chose?J'aurais pu rappeler ici comment s'est opre la transformation de l'alpha-lier arabe en alphabet turc, volution sociale si grande qu'en Europe on l'ima-glua impossible,Il l'a voulue de toute sa volont, parce qu'il y voyait Vins-principal de la rnovation dfinitive de la Turquie. Nous avons eula bonne fortune, ma femme et moi, de suivre, presque heure aprs heure, dansnrY1'

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LES GRIOTS475couverte n'a pas t sans susciter de l'tonnement mme chez lessavants qui, tout en dirigeant leurs recherches d'aprs des m-thodes objectives etsvres,ne s'attendaient pas pourtant unetelle conclusion.Maintenant deux conceptionsde l'Histoirese confrontent, par-tant deux techniques de recherchess'opposent.L'une remontant la plus haute antiquit se singularise par le morcellement del'immense domaine de la Connaissance en de multiples sectionso chaque groupe de sciences vient puiserla matirede son objet.Ainsi l'idal pour chacun d'eux rsidait dans l'observation, laclassification et la systmatisation des faits. Dmarches minetn-ment rationnelles qui ne tarderaient pas s'exagrer:la recherchedu faitlev Pa hauteur d'un dogme fait oublier l'Ide et la su-perspcialisation finit par tarir les sources vives de la forte cra-trice.L'autretechnique de cration rcente essaie de saisir tra-vers la multiplicit desfaits,la transmutation des phnomnes,la ralit intrieure etpermanente.Corollaire d'une vision enprofondeur du monde etde l'humanit,c'est cette technique querevient la tche de jeter-sur le plan essentiel-des coups desonde.J1II.-Vision en Profondeur.-Voil le nouveau concept que dans l'ordre des investigationsethnologiques M. Frobnius propose lia sagacitdes chercheurscontemporains. Mais cette surestimation de l'unitformelle, ca-ractrise par la mentalit dite factuelle, drive duprestige de lamthodologie des sciences naturelles dont les conqutesvraimentextraordinaires en ces derniers sicles ont rvolutionnl'cono-mie mondiale. Ds lors, tous les ordresde la connaissance de-vaient se recommander de leurs disciplines.A l'instar de la phy-sique et de la chimie les sciences duNoos, sous l'empire de la m-thode empirique, sacrifient l'observation externe, l'accumula-les villages de l'Anatolie centrale etoccidentale( Diarbkir j'ai appris leslettres latines un jeune jardinier) cetterforme qui a si profondcment trans-form l'existence de la nation. Sur laplacepublique de Sivas. Ataturk avaitfait apporter un tableau noir etapprenait, lui-mme, aux habitants, le nou-vel alphabet.(Eugne Pittard -Quelques souvenirspersonnels sur Ataturk)inJournal deGenve. No. 14, Nov. 1938.Le jour o en Hati l'on apportera, l'instar de ce Fondateur d'Empire,une solution intgrale auproblme du crole la tche deviendra peuttre plusfacile quantl'orientationdonnernotre commiunaut.

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476ri i gaiuiI.I?S CIR1OT'Stion des faits,l'apprhension du principeinterneetcrateur.Toutefois, il faut excepter la science des civilisations.De cra-tion rcente, non encore entamepar la systmatisation ou-trance, elle seule prsente une substance susceptible dese prteraux pntrations de la visionen profondeur.Maintenant, quelle est l'conomie dece systme de connais-sance?III.-Le Pa'r'deuma,---La thorie du fondateur de la Morphologieder Kultur reposesur deuxides fondamentales:l'ide de l'Ltre et du Jeu. Cettedernire revt un caractre si importantqu'il importe que nousnous arrtions tout d'abord.Jeu est ici synonyme de Vie,envisage surtoutsous l'aspectde son dynamismecrateur.A l'origine de toute existencesetrouve lejeu.De mme qu'une formulecourante en ses multiplesvariantes affirme:Au commencement tait lemouvement,Au commencement tait la force,Au commencement tait l'action,(1)de mme l'on peut formulercette proposition: Au conlmence-ment tait le Jeu.Jeu, avons-nousdit,est synonymedeVie. Entendez laviequi, mue par son impulsionpropre, s'pand, se multiplie,se con-dence pour engendrerces myriades et myriades d'trespeuplantl'espaceenvironnant.C'est la force gnratricequi a prsid l'laboration de notre universsensible.Mais paissiedans l'a matireet l'a.rchitectonie des tresorga-niss, cette puissance vitale,sous la forme del'nergie,ne per-siste pas moins dans leurstructuireprofonde, L'HomoSapiens'g?l+t X e u t u r a,33.4 -rwft-ti*Pirt Tactivit spntanede1) Pour hichte. l'Absoluest un acte.type de l'nte allemande,atout dit: Au commencement taitl'actionv Andr (.:itvrilton Les idesal-lemandes pendant la querre.(J)Ainsi que tous les phimcrmincsde la nature.les pbinomaes de lavienous apparaissent comme des mdtamorphosesenergtiqucs dontle mcanismede la transmission nous chappe.En somme, matire et energirne seraient qu'une memeralit sous des for.,mes diffrentes tendant ainsi raliserla synthse vers l'unitdans l'interpr.tation des phnomi"ncs. (Dr. Joseph'l'tau in Espritdlydiral, No. 30.Mars0V0

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T.JSSGR101'Sci.u11 UueuIuP:uII IIII I:IAI(1911!IIUtlIIIiItIIIIIlI111I1II11I477l'entant pour l'extrioriser. ( 1 1 En cITLt. le jeu de l'eraf(rl relire-sente la source fondamentale qui jaillit des nappes souterrainesles plus sacres et d'o procdent toute civilisation, toute grandeforce cratrice. Car dans ce jeuse rvle la facult d'abandonnerson me en toute ralit un monde second, un inonde des ap-paritions, dans lequel le petit hommeou l'homme se laisse cap-tiver par tin phnomne qui demeure en dehors deses relationsnaturelles et de leurs causes se comprenant d'elles. mmes. Et celaavec une profondeur proportionnelle d son propre changementde conception (t dans la mesure o il acquiert deux formes de vie,telle de l'antre et celle du jeu. (2)Donc le fait de jouer son rle se retrouve la source de toutecivilisation.Et ce rle que doitjouerl'individu, le peuple, l'humanit fixe sontempsou son lieu est celuiqui estcrit pour lui, indi-vidu ou communaut.Dtachons de cette citation ce passage important: Le jeu d'oprocdent toute civilisation, toute force cratrice.(1) Il semble donc ne pas y avoir d'interruptionentre ce (lui parait la ma-tire et les manifestations de l'esprit, mais exister unesuiteinterrompue dephnomnes de plus en plus conscients en continuel progrsRNatura non facitsaltuni.Toutce qui est, sous quelque forme que ce soit,renferme en soi leprincipe de vie, variableici dans sonvolution, icidans sonintensit. l danssa forme oudans sontendue,Principe de vie cach (l nos sens nais non notre conscienceet qui se rvle nous parles formesqu'il revt etdont la sen-sitilit. est lepremier d,'s cara,tres.Des formesnouvelles ontsuccd des formes nouvelles;le pass nousmontre les tapesparcourues.Toutvolue en continuelprogrs, depuis ce quenos sens nousfont appeler la matire, jusqu' ce quenotre conscience nousfait concevoir:l'espritet la pende. Nous paraissons n'trequ' une tape dansl'immensevolutionde l'umecrs,volution qui semble diriger vers la con-naissancede cettepuissanceagissantedont tout ce qui est, si petit soit-il. renferme en soi uneparcelle.(Dr. Joseph 'I tau. loto citato).On parlealors.nomme Sehc.ppzahauerd'unnty't riel:,v.,uh')^l'muvre dans l'univers, et qui, dans les socits humaines, suscite dis formesde plus en plus hautes d'organisation et de cultureOn l'appelle force en travail (Wirkende Kraft). esprit crateur. toujours en voie de devenir (W'ier-dender. Scaffender(leist), ultimeralit du monde, qui n'en est qve la ma-nifestation; -flamme imprissable o toute vie s'allume pour la propager enconsumant sa propre mature (Andr ('hevrillun in Les /diesAllemandes pen-dantlu guerre,---Revue des Deux Mondes. No. 15. Mai 1934).(2) Les fonctionsde jeu.--L'activitde jeu ne seramne ni auxtechniquesni lapense.Talle n'a pas assezretenu l'attentiondes psychologueset des so-ciologues.Elle est une des formes lesplus fcondes des conduites.Les civilisations lui doivent leursphysionomies les plus sduisanteset originales.LaCivilisation-FlixSartiaux, ChapitreI, pige 29.

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478.^uiarriu:,uiiwunaummt rwa.aomu'un1' B S G R 1 0 T SCe qui revient dire que la culture elle aussi est un produit dela vie: celle-ci lui confre le sens de son orientation. Mais com-ment les hommes (individu ou groupement) parviendront-ils le dtecter?Par le processus de l'motion.Parvenus ce point de notre expos, nous allons essayer derpondre l'interrogation du dbut: Quelle est l'conomie dela mthode de connaissance prconise par le savant de Munich?>La philosophie traditionnaliste, comme on le sait, a toujoursconfr deux ordres de facults dites de conservation et de cr-ation le privilge des fonctions exprimentales.(Citons pourplus de prcision la perception qui, reprsente par lesorganessensoriels, se trouve en tte de la hirarchie,) Maisne s'exerantque sur le concret ou le sensible, la connaissance qu'elles dispen-sent demeure toute superficielle. Le domaine donc de res facul-ts est celui des faits ou du phnomnal.A cet organisme, se situant sur le plan du cognitif, Frobniusoppose le sentiment en son mode d'expression: l'motion. Et ill'appelle le padcuma. Le padeuma, autre facult qui permet, lui,au sujet observateur et pensant d'entrer en communicationdi-recte avec le sujet observ. Par ce processus le moi nesedistin-gue pas du non-tnoi: la fusion est complte,Il s'vid"ree que dans ce systme la connaissanceest immdiateet que son organe le padcuma s'exerce sur un plan suprieur,celui del'absoluou de laralit pure.Cependant cette capacit padeumatique comportedes moda-lits.Bien entendu, sous ce rapport l'hommedemeure l'tre lemieux partag. N'empche que cepouvoir de la rception de laralitsoit chez lui fonction du tempramentou du degr de civi-lisation. Ln ce sens Bergson considre les potescomme tant desprivilgis de la nature.Ajoutons: l'enfant et les primitifs,Arrtons-nous un moment ces derniers (puisqu'ilsnous in-t,rsseni"ici de faon particulire)pour constater quant leurmode de perception la concordance desconclusions de Frobniuset de Lvy-Bruhl. Mr. Brunschvicg, de l'I7stitut,dans ses com-mentaires sur la mentalit primitive affirmece qui suit: Par leurvision mystique des choses on dirait qu'ils(les non-civiliss)vont au del de ce que l'intelligence ordinairepeut atteindre,

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LESGRIOTSiOu encore:rrmi oi.inrn mm inmeunwnuwunmmuumuoinn479Les primitifsnous apparaissent au-dessousdu seuil de lacausalitparce que dans leuresprit,suivant laformule classiquede Hune,n'importe quoipeuts'associer n'importequoi. Eten mmetemps, il sembleraqu'ils aillent plusloin que nous,puisqu'ils se transportentdans l'intimit dschoses comme si lesecret des forces productricesleur tait immdiatementaccessi-ble,(1)Ceci sepassede commentaires.Maintenantrevenons au padeumaou puissance de sentiment.Le sentiment, affirmeFrobnius,dans son jaillissementmo-tionnel reprsentaitla facultprpondrrante dansles temps ori-ginels.Mais alors quelle formede l'a,4tvit (ou sivous aimezmieux)du jeu prdominait?Ce ne peut treque l'art.Facteur primordialdela connaissance, forcecratrice parex-cellence, l'art permet l'homme mr, l'aide de sessens, decrerdes ouvrespar dell'ouvrede Dieu. Etce que nous appe-lons civilisation, c'estcet ordre sacr de phnomnesrvl l'homme selonl'essencediverse des tempset des espaces --et quilui permet de raliserici une forme decommunaut et d'tat, lun pome, l encore une conceptiondu monde.Enfin terminonsce paragraphepar une recommandationauxethnologues:Cesderniers,pour pntrerles culturesprimitivesdans leur vritessentielle,commencerontpar sedbarrasser deleur mentalitde civiliss afin dese reprsenterla vie telle qu'ellese jouait ces poques immmoriales.Et c'estconformment cette mthode que l'auteur del'His-toire de la Civilisation Africaineva essayerde saisir la spiritua-lit del'humanitson enfance.IV,--I.es civilisations dans leursmanifestations primitives.---Nous sommes au commencementdes ges.Jet dans l'universaux dploiements majestueuxet immenses,l'homtne prouva le sentiment deson infinie petitesse. Deux mo-..(1)11 existe donc, dansla vie psychiquede l'enfant. une rct;ion ignore;mais, tille la profondeurde l'ocan, c'est une rgion pleinede lumire et devie.C'est cette lumire (lui, ainsi qu'un phare.estd,5tineclairer des voiesencore bien loignes de la lumire de laconscien.e: cettergion.bien diffrente de ceque l'on connat,est comparableau subconscientde la psychologiede l'adulte. (Mme Maria Montessori inL'Enfant pre de !'hmmcJ,

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... nxu ,n,xra,mwunaunu.w ,nawmmamaaua,un;uunnnwxwuxnunmt L E S GRIOTS480tions le partageaient: l'admirationet la peur.Toutefois, il sesentit en correspondance sympathiqueavec le cosmos, La subs-tance dont il est ptri s'identifiait avec la ralitpure.C'est aussi l'ge de l'indiffrenciation.Tout phnomne naturel d'allure trangeet inexplique setrouvait divinis. 11 t Et l'me elle mme tait ce peint tonton.due avec la matire rue l'uneou l'autre pouvaient indiffremments'influencer,Si telle tait la consubstantiation, l'oncomprend aisment quel'impulsion cratrice de l'homme devaitle porter jouer la vieuniverselle. Les cultures primitives despopulations de l'Afriqueen fournissent d'amples illustrations. C'est ainsique les pays se-ront diviss en quatre provinces suivant lesquatre points cardi-naux, Le souverain, chef suprme de la communaut-etinfail-lible par essence--choisirapour sige de son gouvernementuneville munie de quatre portes. Desimples concidences, dira-t-on.Mais c'est tout le protocole dela vie royale qui pouse lerythmede notre systme sidral.Voici la nouvelle lune: le roi,qui auparavant demeuraitinvi-sible pour ses sujets,commence se faire voir. Les relationssedveloppent mesureque l'astre crot et deviendront plustroitesavec la pleine lune.Elles diminueront nouveau mesure quece dernier dcline. Et quand Ipeu disparatradu ciel, le monar-que, reprenant son tat primitif, redeviendrainvisible.Et il semble (mme)que depuis des temps trsanciensla viede la premire femmese soit rgle sur le cours dela plante Ve'-nus.Maintenant un trait particulirementmouvant,Ds quenous dit Frobn[us deux astres (soientla lune et Vnus)enbraleniten conjonction, ce phnomne inluctablementprovoquait dans( 1) A l'origine dusentimentreligieux, P e.exemple, on trouveun tatd'me,confus quela pense n'dairc peint,o laratiti divineest sentie plu.quelqueque reprsente, vil l'en ipruuveque quelque Choseest viterou faire,quelque chose napcerrr, craindreet adorer.Ce sentimentvcu tend ase traduireen reprsrntatons qui expliquentpourainsi dire l'homme sapropre anse.Ainsi se forment les diversesnr,ti(nsqu'ilncese faiticultes qui le dominent et le dpamsentou de 1apuissafinunedesnciehoetses cctcr-,nelle de l'Univers, d'eu procdent,avec les mytheset les dogmessaeoneopfion des dieux titi de Dieu.---AndrJoussain:les Sehtlmeglset1,'11telligence.

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0aLCS Cilf)TS rumr181la tribu un vnement extraordinaire.Lc roi tait mis mort, Cesacrifice symbolisait la transitionde deux poques (Remarquezque cet holocauste s'accompagnede manifestations de psychosecollective). A quelque temps de l, unsouverain nouvellementlu-et cette fois dans l'enthousiasmepopulaire-gravit les mar-ches du trne.Et le draine cosmique est jou.Aprs avoir jou l'ordrecosmique, l'humanit primitivesai-sira laralit de la plante.L'essence de la plante, laquelleleshommes se consacrententirement,les meut.Elle devient leursymboleetparvoied'analogie, leur devenir etleurdprir de-vient l'imacte de la vie de laplante.V.----Faitspuiss dans leMilieuSocial Hatien.-Enfin le primitif jouera lerle de l'animal.Qu'il nous soit permis de rapporterdans cet ordre d"ides etaussi pour les clairer d'unjour nouveau, certainsfaits recueillisdans notre milieusocial.Observateurs d'une formedie culturesitue par les auteurs austade primaire-infrieur (cellede la gran-de masse du pays), nousemes en maintes foisl'occasion d'assis-ter dies manifestationsdites supra-normales.Ce spec'..ae n'est-il pasmouvant? Un jeune homme enins-tance de ;possession,jouant le rle de lacouleuvre, s'y substituaitau point deramper un quart d'heured'horloge tout en mimant,et de surprenantefaon, la souplessedu reptile. Une mambpossdte de l'Espritdnomm Grand-Bois sesauvait du templeo elle officiait pouraller grimper avecl'agilit d'un singe sure lepremier arbre quis'offrait elle, La mambvoulut mme y s-journer: dansl'espoir peut-tre devivre plus intimementl'es-sence du vgtal.Le culte de d'ignameconsacr sur la terred'Afrique se perptuedans nos traditionspopulaires.Le primitifhatien, lui aussi,jouera son proprejeu. N'ytrouverons-nouspas unexempledanscet adepte deZaca(dieupaysan) qui, dansl'tat second,mimait avec une parfaitevrai-semblance le comportementdu campagnard dechez nous. Demme la religionde notre menupeuple abonde entmoignagesdu sentimentde la ralit cosmique.Disons mieux: les observa-

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482'''rommme,amnuwwinnrnue! E SC, R 1 0 T Steurs du vaudou retrouvent la base de sa cosmogonie lesgrandsprincipes qui gouvernent l'ordre universel.( 1)V I.-L'art.-Avec ce chapitre nous abordons le thmecentral del'Histoirede laCivilisationAfricaine:l'art. Et il nous amne dfinir lacivilisation.La civilisationest unesynthse: elle peuttreassimile unequation susceptible de se dcomposer en sesmultiplesfacteurs,ou pour serrer de plus prsla pense de l'auteur, une entit vi-vante capable de sesgrgeren ses organes respectifs. Etils sont:l'tat, la famille, la littrature, l'art, etc., etc.Seul ce derniernous intresse ici.Si l'on se rappelle qu'aux premiersgestoutes les manifesta-tions humaines demeuraient dans l'indiffrenciation,l'on com-prendra que l'art devait se confondre avec la rcpigion,l'histoire,voire polariser tout le jeu d'o a jailli la civilisation.L'on coin-prendra en outre pourquoi dans cette Histoirede laCivilisationAfricaineles technologies des populations primitives de l'Afriquereprsentent la matire essentielle.Mais propos de civilisation, relevons quelques considrationsmises par l'auteur en vue des conclusions venir,La terre,crit-il, dellimite dans l'espace forme un tout ferm et homogne enses relationsancienneset modernes avec l'homme.Communs toutesles poquessontl'air et la terre,communel'exprience deschangementsininterr'nzpus.Et plus loin: La civilisaiionelle-mme estun touthomo-gne qui depuis l'origine n'a jamais, dans aucun de ses lmentsconstitutifs,perdu sesliens human,s,mme lorsqu'elle a sembls'isoler, elle n'a jamais perducontactavec desconstitutions hu-maines continues.Donc, la civilisation perptue concepts, coutumes, traditionsde l'humanit, depuis la prhistoire jusque dans des temps moder-nes. Faut-il voir dans ce brassage millnaire de ces lments cul-turels et multiformes le principe de son unit fondamentale?E(1) Lon Iirunschwicg in Nouvelle Etude surl'AmePrimitive. Revue desDeux Mondes, ler Juillet 1432.Dr. Arthur 1lolly (alias Athanasc) voir Les Griots, Nos. I. 11 et III.

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LES GRIOTS unummimmunn;nniiniaenmcI'l} un iiii,r483wRevenons l'art.L'art,avons-nous dit, fut la force cratrice des cultures primi-tives.Et lafacult,lepadeuma,qui leconditionnait,engen-drait son tour l'ide. Disons de faon plusexplicite:que l'mo-tion mettait l'homme en communication directeavec l'essencemme deschoses,ralisant par ainsi un vritable phnomne d'en-dosmosequi,se traduisant par l'image sur le plan du cognitif,reprsente ce que Frobnius dnomme le phnomne de l'expres-sion.L'homme, ajoute-t-il,jouait le rle de l'a plante avec unetelle intensit que l'essence d-' celle-ci devenait le phnomnena-turel de si proprecivilisation.De l sortira l'Agriculture.Ensuite l'homme s'abandonnait la ralit de l'animalaupoint que celui-ci s'imposait sa conception du inonde et lui enfournissait les lments de sonexpression.De l natra d'levagedes bestiaux.Enfin l'homme en arrivejouer le rle de notre systme pla-ntaire, en modelant sa vie sur le rythme sidral. De cette actionnatra l'astronomie.Toutcela,expliqueFrobnius,constitue l'expression de l'-motion provoque par la ralit cosmique. Mais l'motion re-froidie, il essaiera d'organiser sa vie sur le modle de la nature,D'o:L'tat, laroyaut,le sacerdoce.Conclusion.-Maintenant, rsumons et concluons avec l'auteur que pourl'humanit la nature environnante avec sa succession de phno-mnes est devenue le principe de la naissance de la civilisation, cefut d'abord l'essence de la plante, puis celle de l'animal, puis celledu cosmos toil.C'estainsi que les principes padeumatiques ontconstitu les vritables sources de tout art... L'art lui-mme jail-lit dans le jeu de la ralit et dans l'motion sous l'impulsion desprincipes; cette puret s'vanouit quand la tension se perd; uti-lis, l'art devient industrie.Voil la lumire de quelsprincipes,de quelle vision de l'artnous allons avec Frobnius tudier la spiritualit des civilisationsteintes.

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484ri,rrnrui un.umiimnmuusmmmuuunnnnunuucuiruumuuun.nmmmuuuuuunL E SG R 10 T SPREMIERE PARTIECHAPITRE III.---La Prhistoire. II.-Les civilisationsde l'ge de pierre.III,---Le groupe noir depar son ascendant le Ngrodea con-tribu la formation des civilisationsprhistoriques.Aprs avoir tudi la mentalitde l'homme primitif,nous al-lons quant prsent, sousl'angle du padeuma,nous efforcerd'en analyser les produits:les civilisations des premiersges. Ala vrit, cette dcouverte d'unespiritualit laboreau cours d'unpass, lointain demeureune conqute toute rcente.Elle ne dateque de la premire moiti du dix-neuvimesicle,Depuis queBoucher de Perthes exhumades alluvions de la Sommeles pre-mires harches diluviennes>,depuis aussi les travauxde Psest-wich, d'Evans, et les fouiillesfructueuses des abbs Breuil,Bouys-sonie, Bardon et ducomte Bgouen, (1)Dans la prhistoire, liascience de l'activit humainedans lescommencements,se tr avait constitue.Frobnius dansson ouvrage en adoptera les grandesdivisionsclassiques. Mais les exigencesde son travail l'attacherontparti-culirement l'ge de pierrequ'il rsumera ainsi:L'poque recule de lapierrecomprend: Cheilen, Acheulen,Moustrien; en Afrique:Atrien et la dernirepriode intergla-ciaire jusqu'au milieude la dernire re glaciaire.L'poquemoyennede la pierrecomprend; Aurignacien,So-lutren, Magdalen,et se termine par le Campignien;en Afrique:Capsien du milieu de ladernire re glaciairejusqu' la fonte desglaces,L'poque avance de lapierre:du Campignien,en passant parle Nolitique, jusqu'aucommencement de l'poquedu mtal.Chllen, Achrulen, Aurignacien,autant de stades de dve-loppemient baptises dunom des stations quien ont livr des ves-tiges,Ils s'chelonnenttout au long d'e l'reglaciaire: pendantles priodes diluviennes,force fut faite l'homme dese creuser(1) A. Bros in Prhistoire,Ttlmlolie etReligionPrimitive.La Prhistoire (Leon d'ouverturedu c,)urs de l'abb Breuil.Revuemensuelle des cours et c(infrences.30 Duc, 1929)

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1LES G R 1 O T s !unnawtwu;u 1,nui11,.1 uunioiw,r m1.1'isaL-11 ei r"485grottes et cavernes pours'abriter.Artiste, il en orna les panneauxrocheux de peintures et degravures:imagerie extriorisant uneactivit cratricede grand style.Et de quel intrt n'est-elle paspour les chercheurscontemporains? Artistique,mais aussi moral.Puisqu'elle perptue le mode de sentir et d'e penser de d'hommedes .premiers ges.C'estainsi que l'tude du plus ancien art de l'image, de satechnique,de sonsymbolisme,reprsente la matire de ce chapi-tre de l'Histoire de la Civilisation Africaine. Et siMr.Frobniusconsidre particulirement l'poque moyenne de la pierre, c'estparce qu'elle a vu natre toute la bele floraison d'images ru-pestres.Maintenant s'offre un autre aspect duproblme:quelles r-gions du globe dont 'les fouilles archologiques ont rvl cesprcieux monuments de la prhistoire? Groupes en provinces,elles peuvent se rpartir comme suit: (1)1.-La province franco-cantabrique.IL-La provincede lest ded'Espagne.Europe1.-La province du nord-ouest de l'Afrique cen-traie (Atlas Saharien).Il.-La province du Sahara central (Fezzan)III.-La province du Nord de l'Afrique (d-Afriquesertde Lybieet Nubie).IV.-La provincede d'Afrique du Sud (Rho-dsie).V.-LesEtats Sud-Africains.VI.-LaProvince de Palestine.AsieCes capitales de l'activit humaine au palolithiqueconsti-tuent ce qu'en science ethnologique l'on est convenud'appelerdes foyers culturels dont l'ensemble reprsente uncycle culturel.Cependant nous n'allons pas avec l'auteur entamerl'tude,dans leurs provincesrespectives,des diffrents styles d'images.Incontinent,nous abordons le chapitresuivant qui traite desDouvres d'art de l'poque moyennede l'ge depierre,de l'Afriquek,(1) Nous n'avons pas reproduit letableau tel que l'auteur l'a prsent.If

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486nruurruueannsmu,uuminiunnnununummuumrnnuuuroia!maumuurnmimmuciimun LESr R 10 T Sdu nord-ouest, de l'Europe :,,ccidentaleen comparaison avec lacivilisation ethnographiat;e du Soudan.Maintenant quelles races ont contribu difierce faisceau decultures de l'ge de pierre?Bien qu'il n'en soitpas question dans l'Histoire de la Civili-sation Africaine, mais conformment nos directives, nous cro-yons devoir rappeler que troistypeshumains y ont concourru:le Ngrode de Grimaldi, l'Ethiopien de Combe-Capellle,le Blancdie Gro-Magnon.. (2)Ds bars,il nous est loisible de noter qu'aupai'eolithique, legroupe noir, dans son ascendant le Ngrode,se trouvait au m-me stade d'volution que les races contemporaines.CHAPITRE IIII.-La civilisation du Lion. II,-Lacourbe mtaphysique.III.-Magie. IV.-L'Hatien interrogerason pass prhistoriquepour saisir le sens de son orientation.L'on se rappelle la trajectoirequ'avait suivie le dveloppementde la connaissance dans les commencementsde l'humanit.L'animal d'abordmeutl'homme,il en joue l'essence.C'estensuite les moments du vgtal,de l'univers sidral,Enfin, ce-lui-ci jouera son propre destinpour s'acheminer par ainsivers lesentiment de l'unit.Mais au stade primaire decette volution, il apparaitque l'in-trt attach une varit zoologiquequelconque prtrcdaitde sonimportance dans 1.a vie primitive.Voici l'homme saisipar la ralit de l'animal (supposonslelion des Mahalbis dont ilva tre question). Le padeumaai-dant, sa vie participera de l'essencede la vie mme del'animal.Mais la prsence du flinreprsente unemenace pour le primi-tif.L'abattage de tel autrequadrupde devientindispensable lia conservation deson existence.Il lui faut alorsle dominer.Pensez-vous qu'ilrecourra seulement auxmoyens immdiats?Nullement.Il essaiera pluttsa puissance propreet occulte surcelle du zoos.(2) Abb Breuil---loto citato.

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fLES GRIOTS487D'o la magie.Cela l'amnera aussi en vivrela vie, jeu qui s'extrioriseradans les mythes. (1) Del, la mythologie des tempsarchaques.D'autre part, le lion (ou toute autrevarit zoologique) pren-dra une importance majeuredans la vie de la collectivit.Vousle retrouverez au centre de toutesses manifestations:sociales, re-ligieuses, artistiques.Puisque l'animal domine ce point lescultures moyennes de l'gede pierre, les ethnologuesn'hsiterontpoint en faire un principe declassification. C'est ainsi que nousaurons les civilisationsdites du lion, de l'ours,du taureau, etc..Mais l'intrt de cesconsidrations sont d'un autreordre: ellesnous ont permisde saisir sur le vif lemcanisme de la mentalitdes races du palolithique.Nous allons en rsumerbrivementles principalesmodalits.1) Celle-ci attribuait tout ce qui est uneidentit de nature,laquelle consistait en uneforce invisible, animatricede touteexistence visible. Qu'onl'appelle me, dynamismevital, esprit,c'est tout comme,(I). eprimitif croit au dynamisme des choses etdans les centra inques on lui apprendmatriser, asservir cette puissanceocculte(A. Vergiat.Les Rites Secrets desPrimitifs de I'(.)ubanaui).Dans un article crit pourScience, aprs avoir tudiles diffrentesimages de Bisons. duTue d'Audoubert,l'minent prhistorien ComteBgouen conclut ainsi:chiais les uns et les autres(il s'agit ici deflins)ont ditservir des crmoniesmagiquesisd'cuvotemem.profes-uns,sursndstiquescarlessont cribls de trous, Ilarges ettout surl'ourson,sontsous-stalagmite2>,ce qui authentifieleur anciennet(ComteBegouen:Le Modelage del'argile aux temps prhistoriques,Science,30 Oct. 1()3b.L'intrttrs neuf des inscriptionsainsi recueilliespar MM.Rodd etMonod, est donc de nousapporter indirectementla preuve analogique videntedu caractremagique.---Justement prcvu parcertainssavants.--d'un grandnombre de dessins rupestresclyUieo-Ucrbbuttudidesquantaptsent :beau'coup de cesdessins,sinontous.avaientLLettrestAlger in Incriipticros tifindah anci nnesrenevliesparuTh.lMonoddesSahara occidentalin Publications duComit d'P:tudes Historiques etScienti-fiques de l'Afriqueoccidentalefranaise. Srie A.No. 7.1Q 18magie quelquesEn toutcas,on a pu noterdans l'espritgnraltendances qui, aprsavoirvolues,Sc retrouverontplus tard dans l'espritunesrlellrelitscisontposibleualeseautresique(p:ntuitionsde ldedeecauseset4l'ideaqu'ilestesl'homme deromierer l'ordre des choses en agissantd'aprs les liaisons qu'ellesontlhommetion de l'cxpeimentation et du pouvoir quelasur(Abel Rey in Leons dePhilosophie).science petitelles(Prcrll'rea

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488arnaunn;iinor,uumiin,iuinunueuowmi,,auaia i,wiauiiiI.E SC. R19 T Sf2)Celle-ci dans l'apprhension de la connaissance s'adressaitplutt au sentiment qu' la raison.3) Procdant par comparaison, mtaphores, s'vertuant dansle rapport des phnomnes saisir surtout les ressemblances, ilapparat que le mode de connaissance tait d"essence analogique.4) De l, ces deux lois gouvernant leur mentalit: la loi desimilitude et la loi du dynamisme.5) De l encore, le caractre essentiellement mystique et ma-gique de la Civilisation du palolithique.Cependant, une fois joue la ralit de l'animal, de la plante,l'ordre cosmique, l'motion refroidie, l'homme de la prhistoirepassera du sacr sur le plan profane. La pense raisonnante sesubstituant, au padeuma, s'ouvrira l're de la grande utilisation:La technique de l'animal engendrera l'levage.La technique de la plante, l'agriculture,Le sentiment de la ralit cosmique, l'astronomie. (1)Pareillement, la spiritualit de l'humanit son aurore dgn-rera au cours des ges pour se prostituer dans le matrialismemoderne,Voil dcrites les phases de ce que Frobnius, danssa dialec-tique, dnomme la courbe mtaphysique de la connaissance.Empressons-nous de rappeler que cette volutionne suivit pastoujours cette direction idale,De mme des modalits de la pense prlogique persisteaufond de la mentalit moderne et semble caractrisertoute unefamille d'esprits, de mme sur plus d'un point de la plantesetrouvent actuellement des races humaines se complaire dans lacandeur primitive de l'humanit prhistorique.Bien plus, degraves penseurs des mtropoles de la science contemporaine,aprsavoir jet des coups de sonde dans un pass multimillnaireet(1) VoirPrant.bule. Chapitre premier.1.'hamme primitifadploytouslesattributsdel'humanit,Ilainaugur toutes les conduites qui sont les fondements des grandes civilisations.Il a esquiss tous les gestes qui se sont fixs dans la tradition:usage du feu,maniement des avines. des outils. modelage. de l'argile,tissage, ptrissage dugrain, semailles, cultures, domestication des animaux, constructiond'abris etde dfenses.Il a cr le langa'e, l'a spiritualis en parole intrieure,en croyan-ces.11 a institu les uerrcc, les chano.s et Ics jeux. ctsmpos lesparuree et Irsouvrages d. l'art.Il a difi la famille. le Clan, la village, organis1.1 vie pastorale et sdentaire. Ses crations tint multipli la puissance humaine.I.e pre%sent, dans toutes ses formes. est dbiteur du plus lointain pass. 'La Civili-sation. Flix Sartiaux).

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unnN nnnnnBlpfilwww,iIOnnunllnnunmuornnhl,wftL I i SG R I O TS489ortr dans les stratifications de l'me humaine, semblent pro-poser, au civilis de ce sicle fru de positivisme, certaines mani-festations de la conscience du primitif comme l'idal auquel ildoit r4venir s'il ne veut dsapprendre le sens des ralits primor-diales.Ne vous semble-t-il pas paradoxal d'admettre que les hommesdu Magdalnien, du Moustrien, se trouvaient porteurs d'une spi-ritualit plus intense, plus authentique que celle de leurs descen-dants de notre millsime, crateurs pourtant de civilisations su-blimes?Alors, c'est Frobnius lui-mme qui exhortera son peuple sedbarrasser d'une mentalit d'emprunt pour se replier sur lui-mme afin de saisir au contact de sa ralit intime le but de samission dans l'Histoire.Maintenant quelle puissance en ce monde peut nous empcher,si notre tour voulant tre nous-mmes, de faire valoir aux yeuxdu peuple hatien la grandeur de son pass ethnique et la poten-tialit spirituelle de ses traditions? Pass ethnique, traditions spi-rituelles, seuls susceptibles de nous rvler notre psychisme pro-fond et le sens de notre orientation dans le concert des peuples.CHAPITRE IVI.-Civilisation ethnographique du Soudan, IL.-Les Mahal-bis. III.-Crmonied'initiation. IV.-Lephiomne d'aban-don et la crisevaudouesque. V.-Le Vaudouperptue des for-mes anciennes dites prhistoriques.Au tours des chapitresprcdents,nous avons considr l'ima-gerie rupestre en tant que mode d'expression des civilisations dupalolithique.Nous avons aussi expliqu comment les popula-tions de cette poque condamnesse rfugier dans des abrissouterrains en ont orn les panneaux de gravures et de peintures.Nous avons, en outre, mentionn les domaines privilgis de cetartancien:provinces franco-cantabrique(Europe),du Saharacentral(Afrique),etc.,Pour l'instant nous allons in+teerogerLa Civilisation des blahalbis.Audemeurant,l'on doit tablir certaines distinctions de toutpremier ordre.Il s'agitdu Nord-Ouest de l'Afriqueen tant que

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iamrueil iin1!1"imew L E sGRIOTSprovinceculturelle.Celle-ci peutse subdiviser en quatregrandeszones nettementdlimites:la zone de l'AfriqueSyrtique s'ten.dant de Tunis Tripoli,le dsertsaharien,la longue bandeduSoudan,de l'ouest l'est,enfin la cte Atlantiqueou la zone gui.nenne en borduredulittoral.Les deux premiresreprsententles foyers de lacivilisation hamiteberbre et les deuxautres: lacivilisation ethiopienne-ngre.Remarquezque la culture thiopienneest ici apparie celledu ngre. Enattendant quenous yrevenions,relevons cetautrepoint devue: Ladiffrence qui sparela culture hamitiquedel'thiopienne n'estpas fondamentalecomme pourrait le fairesup-poser la divergence deleurs types somatiques.Pour peuque l'onpntre plusavant dans leurs couchesprofondes,l'on estsuscep.tible dedcouvrirplus d'unrapport essentiel.Ceciseulement dansl'ordre de la profondeur,Car la surfacechacun peutreconnatre chez lesKabyles de lazne ctireuneagriculture trspousse, chez lesnomades du Saharaun sens guer-rier,unorgueil de caste,une fiert d'leveurs,chez les Soudanaisla glorificationde l'.Ltai, des liensde parentempreints deten-dresse, une vivereligiosit et l'usagede la pioche dansl'agricul-ture; enfin chez leshabitants de lacte occidentalede l'Atlanti-que un intense sacralismesocial,Mais ce n'estpas ces manifestationsquotidiennes,superfi-cielles, que l'ondoit s'adressersi l'on veutexpliquer le prsentpar lepass.L'ethnologueinterrogera deprfrence lestraditionslgendaires,les coutumesarchaquesque la mmoirepopulaireperptue jusquede nos jours.Revenons maintenantau sujet principalde ce paragraphe:lacivilisation desMahalbis.Qui sont-ils doncces Mahalbis?Une race del'Afrique dontl'Habitat s'tenddu Nigerau lacTchad.Leur vrainom estMagoussaoua.Mahalbi,qui veutdirechasseur,fut confr ces populationspar les Haoussa.Cetteappellation,eneffet,tmoigne deleur grandehabilet danslapoursuite desfauves.Vritablesnomades,ils se dplacentpar pe-tits paquetsd'une extrmit l'autre deleurhabitat.Ces chas-seurs expertsse reconnaissent ce signe qu'ilssont toujours mu-nis de l'archamitique corde en charpe.94

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r.-LES GRIOTSi!atuu^,dui!!i!!r!_!!,n!r!nu.491Les Haoussa prtendent, en outre, que lesMahalbis pour vain-cre, les fauves disposent d'unepuissance magique peu commune.Nous allons nous en rendre compte par ladescription du rited'initiation des adolescents l'poque de leurpubert.Il s'agit d'intgrer ces derniers dans lavie active de la com-munaut. Comme toute crmonie d'initiation,elle comporteune prparation rigoureuse: auparavantles nophytes ne doiventpas se commettre avec les femmesni chasser les btes de proie.Les voil introduits dans le maquis de labrousse. La crmo-nie se droule imposante: rsonancemagntique du tambour quisurexcite les nerfs.L'assistance est au comble de l'exaltation,C'est l'extase: un lopard (ou une cratureressemblant un lo-pard) apparat. Son aspect terrifiantplonge les garons dans unefrayeur mortelle.Elle s'lance vers eux et les blesse,particuli-rement au sexe, de telle sortequ'ils en portent la trace pour tou-jours. Des journes d'orgie suivent. C'estl'poque laquelle onprpare certaines cornes de buffle qui, en tantqu'instruments desorcellerie, gardent une certaine importance pourles chasseursjusqu' leur mort. On emplit ces cornesdu sang des animauxchasss; les femmes nedoivent jamais les toucher sans quoi, lesanimaux dangereux et froces setransformeraient en femmes trsbelles, et le chasseur sans mfiancequi s'abandonnerait elles se-rait en butte la vengeancedry sang. Les jeunes gens doiventquitter le lieu sacr de labro,.ase en marchant sur les talons, cars'ils s'en allaient la far;rhabituelle, la crature sauvage delabrousse reconnatrait les tracesde leurs orteils et les suivrait.Cette crmonie accomplie,les nophytes sont d'emble chas-seurs.Si nous nous sommes complu dcrire ce rituel d'initiation,c'est cause qu'il prsente plusd'un lment de comparaison avecles Crmonies du Vaudou.Observez le choix du lieu, l'usagedu tambour, l'atmosphred'exal!tation.Mais le trait qui surtout retient notreattention est la phase del'extase: un lopard ou une personneressemblant un lopardapparat... Voil matrialis lephnomne de l'abandon, tel qu'ilest dcrit au livrepremier de l'Histoire de laCivilisation Afri-caine. Vraiment dans cettecrmonie d'initiation nous voyonsl'homme jouer le rle del'animal, en mimant ses faits et gestes,

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492m,mn,,,LESGRIOTSen reproduisant tout son comportement. Une condition toutefoisse rivle indispensable: l'extase mystique.Par ailleurs, nous croyons y voir aussi les manifestations deceque chez nous les observateurs de la religion du menu peuple d-crivent sous le nom de crisedepossession. Avec cette diffrenceque Damballah ou la couleuvre de nos mystiques hatiens est chezles Mahalbis reprsent par le lopard. N'empche qu'en Afriquecomme an Hati, l'individualit du crieur soit envahie par unepersonnalit trangir'. (1 )Au moment ou il s'rtait agi d.' ai idrerlescultures de l'A-frique du Nord, l'on .gaie rn soin d'y relever l'influence prdo-minante du flin.Voici ilu,._rt.,nnitati.,n magico religieusenous renseigne sur le..,iiutentent d 9aha-Ibis ,il'gard dulopard.Il est aussi d'essence magique.Mais le mythe du lion mus s.nihle avoir embrassune red"expansion beaucoup plus tendueque celui du lopard. Enfont preuve les monuments prhistoriques de Mcne,de By-sance, de l'Asie occidentale. Et qui ne connat le fameux Lionde Juda, emblme de la puissance imprialeen Abyssinie? AuDahomey, la statue du lion quigardait l'entre du palais de B-hanzin m'blida, conserve jusqu'icisa physionomie altire et im-posante, Cependant ce motif mythologique subirades modifi-cations au cours des ges. L'aigle tiendracompagnie avec le lionet celui-ci disparatra compltement dansle motif oiseau-serpent.Dans ce mme ordre d'ides,ne serait-il pas intressant d'entre-prendre une tude des ponymesdes nations du globe et des ef-figies qui dcorent leurs pavillons?N'est-ce pas qu'ils traduisentleur dynamisme telque celui-ci a jailli de la ralit profonde del'anctre et telqu'il a tmodela par ces dterminantes qui s'ap-pellent l'histoire, la gographie,la self-domestication?Toujours est-ilque nous ne terminerons pasce chapitre sansessayer de dgager l'enseignementcontenu dans le dveloppementhistorique du mythedu lion,Il ressort que la civilisation depuisle Palolithique voluevers l'unit. Et de nos jourspour la sai-sir dans l'une quelconquede ses modalits, il convient dene pasperdre de vuece principe primordial.(1) Dr. J. C.lh,rsainvi1 inVud,,u et Nvro.e.

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LES G1210'TS493Si d'une part des formes de cultures archaques persistent dansce cycle dit europen-amricain et que des chercheurs contempo-rains s'estiment trop heureux de les dcouvrir afin d'en saisir lasignification, de quelle richesse n'est pas pour l'ethnologue ha-tien la culture de la grande masse du pays perptuant, elle, desformes vivantes de vie ancienne.Si, d'autre part, des nations r-putes volues malgr leur rationalisme usent des modes d'ex-pression (symbolisme du lion, de l'aigle) caractristiques de lamentalit primitive, qu'importe nous que le vaudouisant ha-tien, continuant sur la terre quisquenne le sacralisme africain,incarne dans la couleuvre des principes hautement mtaphysiques?Doit-on y voir une dchance? Nullement.La vritable dchance consisterait rejeter en bloc la spiri-tualit des ascendants, loin de la faire concourir la crationd'unn, originalit de bon aloi. (Perinde ituri in aciem et majoreset posteros cogitate).DEUXIIME PARTIECHAPITRE V1I.-La civilisations equatoria'le de l'poque avance de l'ge depierre. II.-Deux conceptions du monde. III.-Le jeu de la vo-lont et le jeu de l'abandon. IV.-Paralllisme entre les croyan-ces africaines et les croyances hatiennes. V. Deux conceptionsdu monde divisant l'humanit en deux grands groupes: l'hyper-borten et l'thiopien. VI.-Le Vaudou serait-il un produit de lacivilisa ion quatoriale? -Conclusion.Ds le premier chapitre, nous avons mentionn que trois typeshumains avaient concouru la formation des cultures de l'po-que moyenne de l'ge de pierre: l'thiopien de Combe-Capelle,le blanc de Gro-Magnan, le Ngrode de Grimaldi.Et nousavons aussi conclu que le groupe noir dans son ascendant le n-grode se trouvait au mme stade d'volution que les autres racesen question. Ne voil-t-il pas que les recherches ethnologiquesau cours de ces dernires annes viennent de rvler l'existenced'une civilisation dnomme quatoriale, autonome, indpendan-te, A l'instar de la civilisation des images rupestres et de celle

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494mmiunnunnmuunuunnnmonu7mmnwuununnnnnnnuiunininnmriirmmminumou.mer,iLES GRIOT sdite archologique de l'Asie occidentale, elle s'est dveloppe aupalolithique et plus particulirement l'poque avance de l'gede pierre.Qnel'le tendue gographique embrassait cette culture appelequatoriale?Elle est reste reconnaissable sur trois territoires: 1) avant touten Mlansie, et en Nouvelle-Guine, avec une zone circulaire odemeurent des restes dcomposes (au Sud-Est de l'Asie et en In-donsie), et des infiltrations aujourd'hui si tnues qu'ona peine les distinguer en Polynsie et en Nouvelle-Hollande; 2) dansles domaines de rayonnementdubassin du Pacifique septentrio-nal et surtout au Nord-Ouest de l'Amrique, o l'on trouve lelong de la cte et dans les rgions proches de la cte desvestigestrs bien conservs; 3) dans un pais sdiment de l'Afriqueoc-cidentale, etc..L'Afrique occidentalene reprsente-t-elle pas l'habitato s'estdveloppe la spiritualit thiopienne-ngre?Mais nous avons aussi notque cette civilisation. quatorialetait indpendante et autonome. Sans doutede nombreux l-ments culturels lui sont venusd'Asie,mais elle les a assimils.Quant aux rapports de ses diffrentes formes,si elles prsententdes analogies essentielles, la divergencedes milieux physiques neleur a pas moins marqu deson estampille.Maintenant demandons-nous:quelles formes d'art caract-risent cette civilisation de l'poqueavance de l'ge de pierre?La sculpture et l'architecture.Yorouba, Shango, Sngalen ont vraiment livrs de merveil-leux spcimens,Aprs avoir brivementnot ces manifestations dans l'ordreartistique, nous envisageronsla spiritualit de cette culture quant sa conception du mondeet de l'humanit.Nous mentionner)nsque Frobnius n'a abordce sujet, seule-ment aprs avoir approfondi lescivilisations des images rupestreset archologiques de l'Asieoccidentale. L'tude de leurscoutu-mes, arts et religions, luien ayant rvl les principes et lescon-cepts fondamentaux,en manire de conclusion, il lesopposera enun paralllisme riche desens et de perspectives.

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LESC, Rl O T Suuwmnnumiaunuuummnunrinuuuaiuanur,nwnniuuumnnnmmuuun uumun.cu'495Deux conceptions du monde.Reprenons ici la discrimination qu' la suitede l'auteur nousavons tabli quand il s'tait agi de la civilisation des Mahalbis.Nous tions amens partager le Nord-Ouestde l'Afrique en cesdiffrentes zones culturelles: celle d'unepart de l'Afrique Syr-tique et duSahara,celle d'autre part du Soudan et de la cte At-lantique. L'Afrique du Nord, domaine de la civilisationhamite-berbre: l'Afrique occidentale, territoire de la civilisationthio-pienne-ngre.Deux civilisations, deux conceptions du monde.Celle-ci propre aux peuples du Nordest dnommeHyperbo-renne, cefflie-l,caractristique de cet ensemble de populations,s'chelonnant du Soudan l'Afrique du Nord,est appele qua-toriale.Et pour les dfinir nous ne pouvons faire mieuxque de laisserla parole l'auteur.La conception hyperborenne part d'un sentiment origineldumoi, L'homme agissant et le monde qui l'entoureconstituentune dualit accentue. L'homme se comporte l'gard du mondeenagissant. Il est sujet, le monde environnantest objet.Ainsids l'origine le principe de dsagrgation, del'emploides forcesphysiques et magiques constitue une donne.Maisdans cetteconception nordique, la sparation de l'meet du corps est exprime avec une clart fondamentale. On brlepar exemple lecadavre pour que l'me demeure libre et puisse s'en chapper.C'est pourquoi, clans cettecivilisationseulement l'me peut pas-ser par plusieurs corps, et l'homme peut utiliser des forces isolesqu'ilressentcomme telles.Si lechamane frappe son tambour,surle devant duquel est reprsente l'image du monde,il subjugueetasservit grce cette fixation allgorique tous les esprits.ceux dela nier, de Ici terre, des monts. des plantes. Le principededi-vide et impe:raest tout fait naturel ce style bas sur lacons-cience desoi-mme et surl'objectivation du monde. On utiliseles espritsdumondeenvironnant,considrs d'aprs le principede la sparation comme indpendants. Desmorts manent lesspectres, et de la nature les esprits dont l'homme sait faire desauxiliaires.Ainsi,selon cette conception,les choses de la ralitdeviennent dmons et forces magiques.Lesforcesmagiques con-

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49 6r aii; crnu u u,, .inr uni,nirui nuiwun i iiu:mnuuumnnwnuwnnL E SG R 10T Sfrent des pouvoirs surnaturels. Le magicien en employant en-core des formes plus primitives et enaccentuant sa volont d'a-daptation acquiert unepuissancetonnante: il devient capable detransformerautrui.La transformation d'un homme en chienoula transformation du monde, les transformations rciproques dedeux initis quiprennentles formes les plus tonnantes, de telsmotifsne se rencontrentque dans cettecivilisation.Pourrsu-mer,en se trouve enprsence d'un jeude la volont trs dter-min.Quel est le contenu de l'autre vision du monde?La parole ici encore est laisse l'auteur.La conception du monde qui domine surtout dans les contresquatoriales part d'une vue *atalitaire, et par consquent d'uneconception d'abandon. Pour elle, il n'y a point au fond de spa-ration entre lecorpset l'me. Ellesaitnaturellementqu'uncorpsmortsedcompose, mais ce fait n'impliquepointla sparationde l'me ducorps. Aucontraire: du crne qui demeure aprs ladcomposition une nouvellevie (une vie,non pasune survie del'me) peut jaillir. Ce retour de lavie estsymbolis par la ger-mination de la graine. Le dclin du corps humainest li au chan-gement de la lune. Selon cette symbolique, l'adolescent qu'on ini-tieest dvor et ressucit, afin que sa vie se renouvelle,processustrs simple de l'image du changement de lanature. C'est pour-quoi unetransformation indiscernabledans l'volutionde la na-ture ne saurait apparatre dans tes ides sur le destin. Lesenti-mentdominant est l'accordavec tousles vnementsessentielsdela nature. Les faitssontsubordonns la ralit.La conceptionde lanature qui en rsulte estun jeu de labandbn biendtermin.*Reprenons et commentons. L'essentielde ces deux reprsen-tations du monde rsume et condensetoutes les ides dveloppesau cours de ce travaifl.a) Au premier plan se place l'ide de l'Etreet duJeu.b) L'homme primitif entreraen rapport avec le monde ext-rieur par le processus de l'motionoupadeuma,IlM

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L E SC R! O T SMmuuumirinruuam:muuriumicwmmmmumuumuuminnmmuomnmmmmnunuumiiinnx497c) Grce cette facult, le sujet pensant et observateur parti-cipe mme de l'essence de l'objet observ: de l le caractre im-mdiat de ce mode de connaissance.d) De cette faon, il jouera la ralit de la plante, de l'animal,de l'univers pour jouer enfin la sienne propre.e) La connaissance devenant action, (1) le phnomne de l'a-bandon atteindra sa phase ultime dans la reprsentation intgraledu monde extrieur.f) L'branlement motionnel apais, l'art gnr, le primitifpassera un nouveau stade de son volution, enorganisant savie collective sur le modle de la nature.C'est ainsi que nous aurons les civilisations de l'ge de pierregroupes en deux catgories, caractrises par le jeu de la volontet celui de l'abandon.Maintenant tout le problme va se concentrer autour de cesdeux phnomnes.Le jeu de la volont.-L'Hyperboren affirme sa personnalit et l'oppose la natureenvironnante. Tout comme l'Ethiopien, il croit l'existenced'in principe occulte et animateur de toutes choses. Mais la di-vergence apparatra sur le plan de l'action:P'Hyperboren, lui,au contraire de l'Ethiopien, pense que leprincipe qui l'anime (ouforce interne) est susceptible d'agir sur le dynamisme universel.Donc la volont de domination caractrise sa mentalit. Et lamagie plus que la mysticit le sollicitera.Le jeu de l'abandon.-La conception de l'abandonimplique,elle aussi, la commu-naut de substance entre l'homme et la nature environnante.Consubstantialit qui le rend apte, de par l'branlementde l'mo-tion, participer la ralit ducosmos.A l'encontre de l'Hyper-boren, l'Ethiopien,loin de s'opposer aux forces naturelles, cher-che s'y confondre dans un abandontotal.Plus donc que l'Hy-(1) La connaissanceserait-il, au stade primitifde lacivilisation, un pro-duit de ce que Flix Sartiaux dnommel'intelligencemotrice?Ilsembleprobable, dit-i1, que la pense de l'Homo Sapiens primitiftait encore lie l'activitmotrice.A

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498LES GRIOTSperboren, il semble aspirerentrer en communionavec l'ordreternel du mondeet participer sentimentalement la vie uni-verselle.Ds lors la mysticit plusque la magie influencerases activits.Mysticit qui l'inclineraencore prter une me touteschoseset croire que la sienne, aprsla dsagrgation ducorps, perp-tuera sur un autre plan, lesattributs de sa vie antrieure.De l, son manismeou le culte des anctres.Voil rendues plus explicitesces deux conceptions du monde,lesquelles voluent travers les ges pour atteindredans la pensemoderne leur pointculminant.Mais laissons lces considrations et htons-nousde formu-ler la question quis'impose: Nousautres hatiens, descendantsdirects des congolais,des soudanais, desguinens, quellepeutbien tre notre ractiondevant l'inconnude ce monde?L'on se rappellequ'au moment oil tait questiondu mondeextrieur en tantque ralit joue,nous avions pos desconclu-sions auxquellestaientramenes certainesmanifestations denosmystiques hatiens,Plus tard, ladescription de lacrmoniede pubert,nous avons renforcnos points de vue,en comparantl'extase du soudanais la crise depossession desmystiques dechez nous. Etnous avons enfin concluque dans les deuxcas ils'agissait d'un vritablephnomne d'abandon,(1)Donc le mysticismede l'hatien, l'instarde celui de l'Afri-cain, impliqueune mme conceptiondu mondeet de l'humanit.De mme l'Africainvit profondmentl'essence ducosmos etla reproduit danstoutes les dmarchesde sa vie collective,de m-me le comportementdu mystiquehatiense conforme au rythmede l'univers sidral,(2) Que l'onse rappelle lesrobes-vauxde(1) Reprenonsle motde religiosit.Cr que le Ngre apporte,c'est la fa-cult de percevoirle surnaturel dansle naturel, lesens du transcendantet l'a-bandon actif qui l'accompagne,l'abandon d'amour.C'est un lmentaussi vi-vace de sa personnalitethnique quel'animisme,(Lopold SdarSenghor:Pour unl'homme deCouleur),(2) Et le Ngre,se sentantl'unisson del'univers, rvthancson travail parle chant etle tam-tam. Travailngre, rythmengre, joie ngrequise librepar le travailet selibre dutravail,(Lopold SdarSenghor:Pour un Hu-manisme; ('Hommede Couleur),1

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vJLES (;RIt>T,t499nos paysans cotnposs de sept couleurs reprsentant les sept pla-ntes. Les thoriciens du vaudou ne pr,trndent-ils pas que P-thro, Damballah, seraient les incarnations de Saturne et de laLune? Mais le graphique du cercle dans la symbolique de ce cultecomme dans celle de toutes religions de l'antiquit reprsente l'as-tre royal.De mme qu'en Afrique
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yrtLES G R 1I'SAngole perptuent la mmoire d'anctres jadis trs puissants. EnHati comme en Afrique, les uns (Pthro, Damballah) sont desvodoumcosmogoniques; les autres (Ferraille, Roi-Angoie ), desvodoumancestraux.Mais avant de clore ce chapitre essayons de dgager la transcen-dance de ces deux conceptions du monde et de l'humanit.Elles ont volu, avons-nous dit, au cours des ges pour attein-dre dans la pense moderne deshauteurssublimes.Interrogez les penseurs de ce sicle quant leurs attitudes l'gard de la matire, de la vie, de l'me, vous les trouverez par-tags en deux tendances: le spiritualisme et le positivisme.Les spiritualistes, dont l'idalisme natif se rapproche de l'E-thiopien, dclarent que la matire est avant touttendance, vir-tualit,ou force: tous caractres qui ne sont compatibles qu'avecune existence proprement spirituelle.Les positivistes, chez qui la volont de domination de l'Hy-perboren s'est permute enmentalit factuelle,affirment l'im-puissance des facults humaines l'gard de l'absolu. Uneseuledmarche demeure possible: dgager les lois qui rgissent les ph-nomnes aux fins de dominer la matire,Mme comportement devant le problme de la vie:d'aucunsveulent la considrer en surface, d'autresen profondeur, Ceux-ci, des vitalistes, ceux-l des mcanistes. Et l'accordne s'est pasnon plus ralis quant la conception de l'me: puisque les ph-nomnistes s'opposent aux spiritualistes.Si ces deux reprsentations traditionnellesdu monde et de l'hu-manit se retrouvent l'essence des tempramentsindividuels, ex-pression surtout de la conscience profondedes peuples, elles de-vaient permettre-suivant la prdominancede l'une ou de l'au-tre-de les catgoriser en deux groupes principaux:l'Hyperborenet l'Ethiopien, entendez le caucasode et le ngrode.Si la conception de celui-lest positiviste et matrialiste, lamentalit de celui-ci est plutt d'essencemtaphysique etmys-tique.CONCLUSIONa) Maintenant quelles conclusionspratiques comportentcesconsidrations spculatives?C'est que le vaudou, la lumire detelles donnes,ne paratnullement un produit de la magieou de la superstition grossire.

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JLES GRIOTS501Elabor sur la terred'Afriquedont il reflte l'angoissant mys-tre, oeuvre d'une spiritualit remontant un passlgendaire, ilne demeure pas moins l'expressiontranscendante de la conscienced'unerace devant les enigmes de cemonde.Le vaudouest essentiellementcosmogonique,philosophiqueet spiritualiste.Cosmogonique,puisqu'il demande la nature environnantedes symboles pour matrialiser le jeu desforcescosmiques. Etla science n'volue-t-elle pas vers uneconception chaque jourplus accentue de l'universalit de la force?Philosophique,puisque le vaudou comporte uneconception dplavie,de la matire et de l'me.Spiritualiste, puisqu'il proclame la surviede l'me, en divi-nisant l'esprit des anctres.Et si aux dires des sociologues le peuplehatien est de consti-tution motivet Dr. Price :Mars) (1 1si repli surson psychismesa vie quotidiennebaigne dans lasubconscience,c'est qu'il estprofondment asservi au dterminismede la race. (2)Alorsque ne puise-t-il pasdans ses attributs les lments cons-titutifs d'uneoriginalit?Nous le savons: le symbolisme archa-que et apparemmentgrossier du culte vaudou n'est pasfait pourplaire nos intellectuelspris d'occidentalisme.Mais la spiritua-lit qui s'en dgage: le panthismecosmique, la vnration an-cestrale, tant d'idalismetranscendantal se devrait concourir lacration d'une pense spcifiquementhatienne et au raffermisse-ment de l'me nationale.a:b) De l'ensemble desconsidrations mises au cours de ce tra-vail, il nous est permis dedgager que le vaudou, en perptuant(1)S'il est tmraire d'annoncer enquelques lignes les principes que nousavions tabli ailleurs sur lecaractre colt tif de n tre peuple. il estfacilementvritable pourtant (lue sonmotivit estla marque sp'cihque de sa distinction. (Le Centre. ter Oct.1932)I)r. PRICIi MARS(2)Sensibilit m,OtiveL'motion est ngre, comme la raisonhellne. Eauque rident tous lessouffles? (Aine de plein air;, battuedes vents et d'o lelruit souvent tombe ,.ccmaturit? oui. en un sens.Le Ngre aujourd'huiest plus riche de dons qued'o:uvres. Mais l'arbre plonge sesracines loin dans!a terre. le fleuve coule profond,charriant des paillettes prcieuses.(LopoldSdar Senghor: Pour un Uunrnnisme;t'Nomn2c do Couleur).

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5021.1'S C,RIOTSjusqu' nous des formes archaques des cultures prhistoriques,en prsentant des rapports gntiques, s'il faut encroire ses tho-riciens, avec les plus vieilles religions de l'humanit, tmoignehautement que laCivilisationestun tout homognequi, depuisl'origine, n'a jamais, dansaucundeseslments constitutifs, per-duses liens humains.Et mme lorsqu'elle a sembl s'isoler, ellen'a jamais perdu contact avec desinstitutionshumaines con-tinues.Lorimer DENIS et Dr. Franois DUVALIERMembres de la Socit d'Histoire et de Gographie d'IIa tiMembres de l'Institut International d'Anthropologie de ParisMembres de la Socit d'Ethnographie de Parisil0

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LES GR1OTSFolklore.CONTES ETLEGENDES503LE ROMAN DE BOUQUIET DE MALICECHAPITRE VUn midi, Bouqui surpritMalice qui mangeait debon apptitun rosbif auxpimentsdoux. Celui-ci, gnreux,lui en fit unepart que Bouquidvora belles dents.Malice,Malice mon cher, o prenez-vousces viandes gras-ses et succulentes?-C'est le cadeau d'uncompre.-Menteur,je ne vous connaispoint defilleul.Allons ca-chottier, dites, je seraidiscret.Malice fit deux outrois mensonges dontBouqui ne fut pasdupe.Ilinsista:Et si je vous contaisl'histoire de CompreMacaque et de CompreChien?Allez-y.Tope-l. Cric.-Crac.Hem!Pour aller ungrand bal, CompreChien et Com-pre Macaque, de toustemps ennemis,confirent au mmetail-leur la confectionde leursjaquettes.Un jour que celui-citaitl'essayage,il vit de loin venir sonadversaire.D'un bond, il seblottit derrire lecomptoir. CompreChien entra,tout pimpant,tout guilleret.Iluml hum, dit-il,je flaire je ne saisquelle odeurdeMacaque.C'est bienpossible,il sort d'ici l'instant,rponditletailleur.Satisfait, CompreChien se retira etMacaque putsortir de sacachette,Dans une seconderencontre,celui-ci quifaillit tre trangl nedut son salut qu'la fuite, Jurantde sevenger,il alla consulter unbkor redoutable.Ah! sivous pouviez meprocurer uneparcelle d'excrment dechien, n'importelequel, je lesexterminerais tous, dit lehoungan...Vraiment,i1 n'en resterait pas unseul sur le globe?Pas unseul.

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5041.FS (,R1OTS--Bien, veuillez patienter quelques jours.Compre Macaque se posta dans une venelle dserte., derrireun buisson de belles-mexicaines.Passrent plusieurs chiensqu'il trouva trop costauds, trop redoutables. Tout--coup surgitun tout petit chien de Ptance. Ah! celui-l, je m'en vais le fairechier, murmura-t-il, et il bondit comme un tigre, La lutte futbeaucoup plus chaude qu'il ne s'y attendait.Enfin, aprs uneheure de combat acharn, se baissant, il ramassa un bout d'ex-crment et s'enfuit toutes jambes. Arriv chez le bkor hale-tant, mais gonfl d'une joie immense, il lui tenditson prcieuxbutin. O. K. dit le houngan. Mais tes-vous bien srquecela vient d'un chien? Pensez que, si cela provenait de vous,tous les macaques expireraient. --Attendez, attendez, je ne suispas tout fait certain, de n'avoir pas senti suer mon cul, au plusfort de la lutte.---Puisque vous avez tenu votre promesse, dit Malice, je tien-drai la mienne. Ces viandes proviennent des bozufs du roi. De-main, au petit jour, je vous y accompagnerai.La nuit s'tait faite.Bouqui bientt impatient, allumaungrand boucan.--Malice, Malice, c'est lemoment. Regarde l-bas les rou-geurs de l'aube.--Farceur, va teindre cet incendie,Bouqui se coucha, maisne tarda point se rveiller et se per-chant sur un arbre, il imita le chantdu coq.-Malice, voici que les coqs annoncent le jour, Partons.Allez vous coucher, Bouqui.Mais celui-ci ne pouvait dormir,Ii imagina peu aprs, d'imi-ter les sabots des nes et des mulets quitransportent les paysannesau march.--Ah! c'est pour de bon, Malice. Lescampagnards vont aumarch.--Doutez-nie ila paix, Bouqui.Enfin quatre heures sonnrent,Malice muni d'un halefretson compagnon d'un gros sac, partirent.Aprs avoir doucementenjamb la clture du pr, chacunse glissa dans le cul d'unevache, comme glisse une seringueentre les fesses d'un enfantma -lade.Malice et vite fini d'enleverle peu de viande qu'il luifallait.

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1. lt ti'r; k l)1',r)Allons Bouqui, le soLil ouvre tout grand ses yux, finis-sons en. Les bouviers du roi vont venir.Mais Bouqui faisait la sourde oreille, et Malice impatient s'enalla.Cependant les bouviers arrivaient, juste au moment onotre hros se ,lissait dehors, Surpris, effrays, ceux-ci se mirent fuir, lorsque l'un d'eux se retournant, reconnut Bouqui. Il!Ii! amis, dit-il, ce n'est que Bouqui.Cassons-lui la gueule.Aprs l'avoir rou, les bouviers jugrent bon de lui griller lesfesses. (e qu'ils firent incontinent, en le forant s'asseoir surun boucan. L'Oncle qui poussait des cris pouvantables, se d-battit si bien qu'il finit par s'chapper des mains de ses bourreauxet se rfugia dans une fort profonde. Tandis qu'il blait commeun veau, un diable, perch au fate d'un avocatier, laissa tomberun fruit vert, juste sur ses plaies.Bouqui bondit en hurlant:Dieu me hait, oh! comme il me hait Le malin qui se tordaitde rire, lui lana alors un avocat mr qui s'crabouilla dans lesblessures. Bouqui se dbarbouilla, l'aide de ses doigts qu'illchait, s'criant tout rjoui: Dieu m'aime, oh! comme il m'ai-me. De ce jour, on le surnomma Bouqui au cul brl.Iqgurit assez vite heureusement.CHAPITRE VIUn jour, causant avec la fiance deBouqui,Malice se vantade chevaucher l'Oncle comme une vulgaire rosse,C'est impos-sible, rpondit celle-ci indigne.----Impossible,je vous jure de le faire caracoler devant votrebalcon, pas plus tard que cette semaine.Allez, vous plaisantezMalice.Lesurlendemain,bavardant avecBouqui,notre finaud laissaentendre qu'il tait invitun bal chez le roi, qui serait prcdd'un granddner, A ce mot,Bouqui voquant des victuaillesgargantuesques,ouvrit immensment sesyeux,ronds comm., desyeux de chouette.O Malice, Malicemonfrre,amenez-moi.C'est impossible, Bouqui.Voyons, vous n'tes pas invit.I;h! bien arrangez-vous.A vous, tout est possible Malice.-Impossible... A moins que... moins que. Mais vous n'ac-cepteriez pas.--Allez toujours.

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506LES GRIOTSVoil. Vous me serviriez de monture. Arriv l, vous au-rez vitede vous dharnacher et de pntrer dans la salle,comme un invit. Bouqui refusa avec indignation, mais lorsqu'ilpensa aux plats succulents qui allaient lui chapper, il accepta.A demain donc, dit Malice.-A demain.Deux jours apr-s, l'Oncle s'amena de bonne heur;.Aprsavoir caus un moirent. Malice lui mit la selle sur le dos. Bou-qui gmit. A vous enttndr:, dit ,Malice, on dirait quevous portezla cathdrale de Port-au-Prince. Pour les oeillres, Bouquiseplaignit de ne pas voir..Qu' cela ne tienne, vous irez toutdroit devant vous. -Mais pour lemors ce fut toute une af-faire.Il se plaignit qu'on lui cassa les dents, auxquelles, il tenaitplus que la prunelle de ses yeux, Enfin Malice s'lanantsur laselle, peronna.Tel un fauve, son coursier bondit.Ah! non, pour a, non, il n'avait pas t question d'pe-ron.-Vous plaisantez mon cher. A-ton jamais vu de cavaliersansperons?-Ne le faites plus unie seconde fois,ou je ne marche plus.Cependant il se dcidait trotter,d'une assez fire allure. H-las! il ne e4rda pas se fatiguer, Unvigoureux coup de cravachele rveilla de son assoupissement, LeRossinante improvis grenaun rosaire de borborygmes.-Non, non, non Malice, il n'taitpas question de fouet.Imbcile, il n'y a pas de cavaliersans cravache.Le pauvre homme suaitgrossesgouttesetfaiblissaitde plus en plus, Soudain, illeva la tte et vit le balcono safiance prenait le frais.Alors l'nergie lui revint.Furieux dutour que lui jouait Malice, ilse mit caracoler, ruer, bondir,pirouetter, en vain. Son cavalierne bougeait pas plus qu'uncra-paud sur sa crapaude. Toutson mange n'eut pas d'autrersultatque d'attirer l'aitentien de sa fiance,Quelques vigoureuxcoupsd'peron le rendirent souplecomme un gant, et c'estd'une allurevertigineuse qu'il passa devantsa promise vanouie.( suivre)CARIBROUARD

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I FS Cr:rr)I'SFolklore.DERNIERES PRIERES507La danse tait dans toute sa chaleur sous une tonnelle garniede grappes humaines. On en avait s'touffer de Florida.> etde Patchouli. Les cavaliers taient pour le moins d'une toilettesurfile de rouge sur du bleu, ou de jaune sur du noir, vice versa.Les dames portaient leur caraco d'Oxford, ou leur cotte de Bra-bant plisse autour de leurs fortes hanches sur une chemise bleueou grise dessinant l'envie un monticule de chair de m?.ngo ve-lout et arrondie de cieux yeux noirs de cayemite. D'autres, fol-tres et pimpantes, avaient une robe d'indienne, le front encadrd'un tignon de gingas dont le bout du neeu.d coulant jouait mol-lement au vent. Un second mouchoir de couleur, pli en deux,s'en,roul,ant tout le long ducol,finissaiten. deuxpointes attachesl'une sur l'autre l'estomac.Le chic despieds variaiten propor-tion ides moyenspersonnels,niais le maroquin cass sous lestalons brillait en partie.Les cavaliers aux dames fleurissaient donc leur d' jouaa (1)d'un entrain qui dut rjouir mme les Saints et les Morts, patronspuissants de cette fterurale. Letambour-nagot dcor de ru-bans s'agitant dans l'air comme autant de couleuvres, grondaitdans le calme de la nuit, et donnait lasocit,qui s'extasiaitaussi dans un vibrant battement de mains, la cadence des chantsmacabres. Led'g'nitor-c'est le tambourineur, --P-la poitrinedbraille, la tte allant etvenant,tantt surles paules,tantten arrire du cou, s'excitait de plus en plus.De son front dgout-tait une sueur pre que les adeptes en rond tanchaient, d'obliga-tion,de leurs mouchoirsmulticolores,aprs avoir salu le tam-bour en des gnuflexions dsopilantes.A de courtsintervalles on saluait aussi Le'ttba: c'est--dire,l'on versait du tafia sur le tambour en rpandant un peu parDanse lgante et gracieusepasse dans le Nord du Pays l'tat dedanse nationale.

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508S c,`R1c>T.Sterre, et l'on en donnait boire au cf'v'rrit r. qui s'entrouvaitnaturellement de toute force et de tout oulir pour la dure duplaisir grotesque...La crmoniese corse mesure que les cerveaux s'enflamment,d'un mli-mlo de boissons, de mets hachs Fumants dans descours et distribus gogo. Dfense de md. r la nourriture mys-trieuse, oubien la foudre duhe>unrfciclatera impitoyable surla tte des ttus!Le mas grill assorti de bonbons alimentaires entre en reliefet est, chose importante, jet aux quatr: coins cardinaux avec desabracadabras dits tout bas par le papa-prtre invoquant, cetteheure-l, ses Zanges,-esprits malins du vaudoux,Surprise bouffonne et navrante! une vieille, squelette spulcral face humaine, fit son tour dans l'assemble une bruyante en-tre au sondulambi,dutambour-natgot battantl'au-champ etaccompagn d'un cata infernal que faisaient les boites de savonvides sur Lesquelless'acharnaientdeuxhouncisavec des bagaetttLsde goyavier.Silence!Silence!...La Matresse des papas va commencer leservice.Elle se laisse parer de ses insignes de dignitaire: son mtre dernadmas; gis croles; ses banderoles de rouge croises sur le bustedu corps; ses bagues en cuivre enchasses de pierres grossires etde couleurs varies.Vite, s'installe devant elle une table drape de cramoisirougeet portant: 3 pierres tonnerre de diffrentes dimensions; un pe-titmiroir; une tte de mort surmonte de 7 bougies allumes;une cruche d'eau; une bouteille de rhum, une de tafia, une de l-queur rose, et sa clochette enrubanne.Elle donne le mot de passe au Papa qui lui tireune rvrence,et elle dit d'une voix qui ricane:-Papa Legba, Papa les Saints! je vous invoque!Puis elle fit une libat' in de droite et de gauche,en agitant ner-veusement sa clochette.Et l'assistance se tordant d'une fivre de grimacessimiesques,part en chceur avec letambour-ncrgot.Suggestion de l'esprit par l'ide! deux, trois,quatre servantsbondissent de leur sige, roulent dans la poussireet se redressentt

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LES GRIOTS509ples et dfigurs: ilssont I,anIJs! ils saluent de tous lescts pardes poignesde mainsuperposesen croix, et tannent sur un airlent et saccad, comme s'ilstaient pris d'un violent hoquet:Nousvoici! nous sommes contents!...Bonjour, Papa! bon.jour Matresse! Ilonneur la maison!...La vieille sorcire ordonnede suite qu'on amne sa table lavictime qui doit tre immoleen remerciements aux dieux.... Le temps s'coule en entrechats et contorsionsde dnseursmrites, saturs d'alcoolet repus de nourritures de touteunean,nie de rudes labeurs, de privationset d'conomies austres.,.Tout coup des bravosretentissent,letambour,les lambis etles clochettes annoncent l'arrive..,non, devinez?,,,Le papas'avance de la tableavec une soumission d'ange im-bcile, sort du tiroir uncouteau dont la lame tincelle de blan-cheur, et le remet la Manman, aprsl'avoir salue par troisfois.Elle le prend, le tourne et le retourne dansses mains calleuses,en observe le manche, et prononce le mot sacramentel:-Par les Saints! Par les Morts et les Marassas!Pour la grceet la vie ternelle des mes trpasses! Pour les grandespersonneset les petits enfants qui vivent et qui sont morts, jevous deman-de, Grand Dieu-Protecteur, le salut de tous!Elle brandit son arme avec une dextrit quidfie son grandge, et la laisse tomber d'un coup mortelsur 'lo crne d'un bouchabill d'un long manteau de cramoisi pareil relui de la tableautel. La btes'abat dans son sang, aux acclamationsde la fouleenthousiasme.Puis, sur un signe de commandement de la vieille fequi pa-raissait joyeuse de son office, chacun des associs fit derle le tourde la bte morte, en jetant dessus un peu de mas grill. Etl'oncontinua jusqu'au jour prendre ses bats,hHector DENIS

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510IiS GRIOTSProblmes d'Ethnologie.LES COMPOSANTES ETHNIQUESDE L'ETHNIE HAITIENNEAux Drs.PRIC',3IARSet J. C. DORSAINVILIl importe ici de fixer nos origines diverses, de souligner lesc: Trents apports qui ont contribu notre formation pour,ensuite, dans une seconde note, prciser la position de notre grou-pement dans le Monde Amricain. Ainsi du reste qu'on le de-vine, la question relve de l'ethnologie, de la linguistique, del'ethnographie et de l'anthropogographie.Il s'agit plutt de savoir si nous devons les touffer, si nouspouvons les touffer, s'il dpend de nous de les touffer.Telle P^rforme topique dans laquelle deux de nos ethno-logues I}u"`:'problme de nos hrdits africaines.Illest un fait acquis que la communaut ngre d'Hati, aupoint de vue dmographique, est surtout tributaire de l'aire afri-caine. Il est encore admis que le mtissage des peuples habitart levaste conti lent noir avait commenc bien avant la conqute destribus africaines par les euro-s.Rappelons tout d'abord tir nos anctres africains avaientatteint dans leur pays d'origine un stade de civilisation fortavan-c.Avec l'apport alpe-armnien augroupe dj amalgamd'Hati, le plus intressant et le plus troublant desproblmes setrouverapos la sagacit de nos chercheurs. D'o le jugementsvre des crivains trangers contestantaux mtis hatiens toutepossibilit de s'lever dans l'chellle des valeurs humaines.D'a-prs donc ces auteurs, la psychologie et l'histoiresemblent sansimportance dans l'explication ducomportement d'un groupeethnique dtermin, le facteur tempsne devoir pas tre pris enconsidrati<-n quand on tudie l'tat de civilisationd'un peupleen formation. L'erreur de beaucoup d'entreeux consistera sebaser uniquement sur des manifestationscontemporaines sanstenir compte des antcdents historiquesdes gniteurs, du lenttravail de coalescence s'a,:complissant dansle nouveau groupe-ment.

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LES GRIOTS .511Que dire de certains compatriotesrompus aux pratiques colo-niales, persistant croireque tout ce qui vient d'Afrique estncessairement mauvais?A bien approfondir l'histoiredes civilisations nCgro airicaines avant la traite, rapprocher ces civilisations de celles denos masses paysannes formant approximativementlestroisquarts de notre population,on avouera que nos anctres africainssont dignes de considration.Il n'est mme pas tmraire d'a-vancer que nos masses ruralesne sont pas plus values quecelles d'avant 1804, alorsque des millions d'Africains, grceaux impulsions donnes par les civilisateurs europens,se sonthausss dans l'chelle des valeursau point qu'il ne serait pas hu-milliant de demander leurs leaders dsmatres de relle com-ptence pour un grand nombre d'lmentsde notre bourgeoisie.Pour bien tudier la collectivit hatienne, il convientde tenircompte de tous ses facteurs raciologiques.Il importe aussi d'exa-miner l'action ethnognique de ces facteurs dansnos diverses d-marches. MM. Denis et Duvalier vontnous aider srierleproblme.Dans une de leurs savantes communicationstant la Socitd'Histoire et de Gographie d'Hatiqu'l'Institut Internationald'Anthropologie de Paris,ils ont dfini le peuple hatien: uneethnie culture mixte: europenne et africaine, mais dont lamen-tailit est caractrise par la prdominance de cette dernire. Dfi-nition claire et explicative, ce nous semble, quoique d'alluresyn-thtique. Et pour scientifique qu'elle soit, elle trahitpar contredes tendances, des aspirations contradictoires.C'est cette insta-bilit constate dans notre socit qui portera quelques-uns denos sociologues se pencher sur le cas hatien, interroger l'eth-nologie, remonter dans l'histoire dies origines de notre peuple,pour ensuite tirer des conclusions provisoires ou dfinitives, sui-vant la prcarit ou la pertinence de leurs moyens. Tche ardue,en vrit, vu la carence des documents historiques et le peu d'es-time u'ys+ pot::; ci iis notre milieu aux tudes et rocher hes an-thrcpc-etihat -soc iologiques.N'est-ce pas que nous formons un vritable amalgame de racesde par le contact des diffrents lments ethniques qui ont vcusur notre terre pour enfin aboutir ces types htrognes del'hatien contemporain. Ce phnomne de coalescence, avons-

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512nous dit, ralis dansle ten11 s et l'espace cnappe l'observateurqui n'a pour s'clairer quel'histoire de notre formation,Maiscette histoire elle-mme nousfait dfa.at, nous laisse prcaquedesempars en face de l'imagination e,;de l'esprit arbitraire deshommes.Le problme dont nous nous efforonsde rechercherla solu-tion est des plus difficiles, des pluscomplexes, vu les Hrditsles plus lointaines et Ics plus disparatesemmagasines dans notresubconscient. A propos de ces hrdits, ilimporte de considrerune proposition de. M.Lorimer Denis quant notre filiationavec les aborignes d'Hati.La question a t pose depuis long-temps et les arguments prsentsde part et d'autre sont tellementpressants dans leur impatience (le s'imposer,qu'il serait bon dela !reconsidrer, puisque personne n'a ':ncorr. laprtention de l'a-voir rsolue dfinitivement.M. Denis, dans son livreLes Tendances d'une Gnration (1)avait-il tort d'avances que l'indien a concouru l'laboration,de la mentalit hatienne? L'minent Dr. Price-Mars a fait cedernier le procs de son affirmation dans la prface mme de!,'ouvrage. Que Mr. Denis nie pardonne, crit-il, j'ai du mal m'expliquer l'hrdit psychologique de l'indien dans l'hatiencontemporain.Cette phrasesousla plume du Dr. Price-Marsrevt une allure dubitative que nous comprenons fort bien. Ledoute scientifique. Esprit mthodique, non dogmatique, il n'en-tend rien proposer qui ne soit scientifiquement dmontr. Entout cas, continue le savant matre, il serait pour le moins impru-dent derduire(c'est nous qui sou:iignons)le compos Hatien l'apport de trois facteurs gnriques. La solution du problmeeut t top simple. Peut-tre n'y aurait-il point de problme dutout.Si un ethnologue de la valeur du Dr, Mars ait pu s'exprimerainsi, quoi de plus naturel qu'il s'lve un doute dans notre es,prit, tOn se rappc.lera que Indien, espagnol, franais, anglais,ngres d'Afrique ont vcu sur notre sol un moment de ladtare).(1) Livre ecrits'n coliaburatiunavs tes icriv.r,ns",stucFat+chs mmeFranois Duvalier.

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1. Es r;ltl()1s513Cependant, une question se pose l'attention de nos cher-cheurs.Les aborignes avant leur extermination Hispaniolapar les espagnols y avaient-ils laiss, issudes :ments ethniquesen prsence, un produit de mtissage'Si oui, qu'est-il devenu?S'est-il noy dans la grande masse des esclaves noirs et aventuriersfranais, au point qu'il serait anti-scientifique d'en tenir compte:'A ce propos, il est bon de souligner une tude critique de notreConfrre Ren Victor, tude publie dans Hati-Journal, aumoisd'octobre 1934: L'lment indiena-t-il concouru l'laborationde la mentalithatienne?Voici, la suite de Madiou, ce que nous dit M.Victor: Dsles premiers retours de Colomb en Espagne, lescastillans laisssdans le fort de la Nativit martyrisaient lesaborignes.Aprsl'enlvement de Caonabo, ses sujets pressurs s'armrent etvin-rent camper dans la Plaine de laVga Ral. Frapps de t,rreur la vue des armements espagnols, ils prirentmassacrs au nom-bre de 100.000.Aprs cette victoire, Colomb asservit toutel'Ile. Les indiens de structure frle, agonisrent parmilliers dansles profondeurs des mines.En 1502, Ovando massacra la plusgrande partie de la populationde FIyguy.Il fit surprendre etgorger les habitants du Zaraguaqui, conduits par leur Cacique,la divine Anacaona, offraient unspectacle indien en son honneur,en signe de vassalit.Dans la suite, Esquilbel acheva dedtruirele Quartier de I-iyguey. En1507, donc en moins de 16 ans, lapopulation d'Iiispagnola se rduisit 60.000 aborignes. Ceux-ci continurent succomber sousle poids de la servitude.Ils nepossdaient pas l'endurance du ngre.Albuquerque procde undernier dmembrement des indiensqui restaient et les vendit parlots comme du btail. Cesinfortuns dissmins sur les habita-tions et livrs de nouvelles tortures,prirent presque tous. LasCasas nous a laiss une descriptionmouvante des derniers restesd'une belle race se tordant sousles lanires du matre espagno.Puis, 111. Victor ai(,ute: Cercit historique prouve doncqu'ily a tu tout simplement uneextermination gnrale des peauxcuivres.Du fait qu'il y a eu exterminationgnrale des aborignes,s'ensuitil que le mtissage (indiens etespagnols1 ne ft pasralis? M. Victor rpond:Leur croisement avec lesespal,nulsest hypothtique,Encore l'expression d'un doute.

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CiR IoTSIl ressort des citationsque nous venOns de fairenue leindienstaient presque-tousgorgs etque l'extermination futralisedans toute l'Ile,Notre thse n'tantpas prouver qu'il n'ya pas eu extermina-nition,ant ('uelle tendplutt conte.,terla vracit decette v;rsi,)n d-ne faon sp,tmaticluetout croisement d'indienset d'es-nousinclineLa logique du raisonn,mentet des faitsnousnene pas accueillircette donne qui,malgr toutela dialectiquede ses partisans,n'arrive pas nous donner satis-faction.Considronsun moment kiispagnolaau lendemain dumas-sacre qui futconsomm danstoute"l'poqueQuel peuplehabitait 'poque lapartie de l'Est'On ne pourrapas nous rpondrequ'elle taitpeuple uniquementd'espagnols, puisqu'ilest admisque le dominicaindescend de l'indienet de l'espagnol.Notonsque si le phnomned'absorptionou de fusion,en-core si l'on aimemieux, l'ethnomorphosede'l'Estla populationdes'tait ralisecomme dans la Rpubliquehatienne (dver-sement massif, lavenue des franais,des noirs africainsdanstoute l'Ile)nos mmes bistorie'nsauraient mconnule facteurindien dansla formationdu groupenaturel vvant actuellementdans la Rpubliquedominicaine.A la vrit l'tudede notre pass,dies diverspeuples quisesont surcd, surcette terre n'a jamaist entreprisesrieusement.A part ses impressionspersonnelles,s=Sion pour telou ta4$ inclinationsou sa rpul-1 hros del'Indpendance,ou tel Systme degouvernement, lhistoire hatiennese ramenait un duel d'opi-nions dont]'enjeu taitfort souventune atteinte l'honneur, la dignitdes partenaires,Attitudevraitmoigne dela primitivitdes escrimeurs,ment troublantequifaut, 011 essaiede sedgager desAujottrd'huitant s'ende raison,pour s'leververs plusvers l'ultimesommet de laprobit scientifique.Envisager lapossibilitde l'apportindien dansnot-titution bio-psychiquenemes de l'poquerecule,pouvait Solliciterl'attentiondrees homcons-caps dans leurtentativedA rssonos t,thnologuessont-ils handi-logique,r toute notrehistoire bio-Maisne pourrait-on, dfautde l'histoire,problmeen faisantune tudeutionner lecomparativede notregroupement

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LESGRIOTS515et de nos voisins de l'Est? Ce seraiten vrit compliquer le pro-blme, tant donn le nant denos ressources sous les rapportsd'anthropomtrie et desrologie.Nous ne pouvons non plusnous servir quant prsent, vu l'tat des sciencesen Hati, desrcentes conclusions de l'anthroposociologie,dues aux recherchesde M. Ren Martial tablissant le rapportque soutiennent lesractions sro-sanguinesavec l'indicecphalique:(Le Parall-lisme cphalo-hmatique etsesconsquences au point de vue dela dfinition de la race) (1)Une tille acquisition pourraitnous servir dans l'examen durapport cphalo-hmatique chez les populations dominicainesethatiennes,d'autant qu'elle adonn,aux dires des anthropolo-gues, des rsultats satisfaisants, concluants la suite des obser-vations recueillies par le Dr. N. Kossovichsur le rapport cphalo-hmatique chez deux populations diffrenteset indice cpha-lique tout aussidissemblable:les armniens et les marocains, (2)D'autrepart,Les trs curieuses expriences faites,dit M.Boule cit par Edouard Le Roi dans son livre Les Origines Hu-maines et l'Evolution de l'Intelligence --dans ces derniresan-nes, d'aprs lia mthode des srumsprcipitants,par d,, nom-breux physiologistes ont permiv de prciser d'une faon aussimerveilleuse qu'lgante les degrs dz consanguinit des diversprimates.Ce n'est pas par fantaisie que nous sommes am-zn parlerdes indiens. S'agissant de la question complexe de notre mtis-sage,ilfallait en fairemention,mme si l'on devait prter leflanc la raillerie du grospublic.Il nou;. a toujours paru trangeque les indiens avant leur extermination, vivant cte cte avecles eespagnols, n'aient pas laiss dedescendants,se noyant dans lagrande misse des noirsdvcr^s St.-Domin ue.En matire derecherche,mieux vaut toutefois soulever un point sans imro:tan-ce, selon les uns, que depasser soussi1ence un fait constituant un.,apprciable contribution l'histoire et l'ethnologie.Pour revenir l'lment noir dont l'influence est prdominantedans toutes nosdmarches,disons la suitel i Dr.J.C. Dot-(1) Lorimer Denis et Dr. Franois Duvalier in Les Annales de Mdecinehatienne. mai-,juin 1937.(2)Cit par Ren Martialet rapport par Denis-Duvalier ---hxo -citato.

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516LES G 210TSsainvil, que nous sommes unramassis de cent tribus africainesqui, toutes ont laiss, dans la grande massepopulaire (hatienne)des traces indlbiles de leur proprehrdit physiologique, psy-chologique ou morale. Et n'y a-t-il paslieu de s'tonner quedes intellectuels hatiens dans l'tudedes dominantes de notrevolution historique aient compltementnglig l'Afrique.Maintenant en pou de mots nous pouvonsmentionner les l-ments europens ayant vcu pendant un tempsplus ou moinslong dans l'Ile d'Hati.L'occupation de l'Ile par les espagnols remonte comme onlesait, au 6 dcembre 1492, date de sa dcouverte parChristopheColomb. Les espagnols y vivaient avec les indiens et,probable.ment, les mtis issus des deux peuples enprsence. Bien que parprfrence ces espagnols se cantonnassent surtoutdans la partieorientale de 1'Ile, bon nombre d'historiens veulent que lesindiensde la partie occidentale aient t radicalement extermins.D'ol'origine, ainsi qu'il est dit plus haut, de cette contestationdenotre filiation avec la race autochtone. Cependantil en restaitassez, paAat-il,(de survivants) dans la partie orientale pourformer avec les espagnols un produit de mtissage mtin de sangnoir. Qu'on ait t trop systmatique dans la solution du pro-blme de notre filiation au groupement indien, le dernier motrestera aux chercheurs, quand on aurafait des acquisitions nou-velles, nous l'avons signal dj, dans le domeine de la srologieraciologique.Il est inutile de nous attarder dmontrer que nous sommesen rapport de consanguinit avec les espagnols qui ont vcuplusd'un sicle dans 1'Ile, ne pouvant le faire positivement. Cepen-dant on soulignera que Quisqueya fut un vritable creuset d'hu-manits, et qu' aucun moment de l'histoire, il n'y eut disconti-nuit dans le brassage des peuples Hispagnola.On fait remonter 1630 l'arrive des franais St.-Domingue.Ils s'tablissaient d'abord dans l'Ile de La Tortue. Dans la suite,ils lyntrrent dans l'a partie est de St.-Domingue. lit ds lors, cefut une lutte interminable entre Espagnols et Franais pour sapostssion. C'est au Trait de Ryswich do 1797 que les dr:)its dela cr,uronnw de France turent reconnus sur la parti,_ occidentale clel'Ile de St. In:ningue. Ici encore noue faisons remarquer qu'iln'est p. s nccssare de nous appesertir longuement, inutilement

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LESGRIOTS rur517sur ce facteur ethniqw de l'ha'it*-en.C: qu'il convient de retenir,c'est que personne n'a jamais p:ns, n':r les apports ,;matigUe.culturel et linguistique du franais dans notre formath>n, toutcomme il est inconcevable d'admettr,, tluele peup,'..: hatien fornneune communaut de culture franaiise.Nous soulignons aussi l'occupation par les anglais dequelques-unes de nos villes de l'Ouest, duNord-Ouest et du Sud. Maisnous voudrions savoir dans quelle mesura. cespopulations ontsubi l'action ethnognique des anglo-saxons?...Puisque nous interrogeons le peuple hatien enfonction deson mtissage, ilest logique d'envisager toutes lesdonnes duproblme.Cti qui revient le considrer sous le rapportde lalinguistique.Il s'est labor, en effet, un nouveau parler Saint-Domingue.Et ce sujet, nous sommes heureux d'avoir puconsulter un denos minents compatriotes,M. Jules Faine (Philologie Crole,tude historique et tymologique sur la languecrole d'Hati).Nous partageons sans rserve l'opinionde M. Faine savoirque notre vraie langue,maternelle est le crole. Ce parler original,si riche et si harmonieux, a aussi son titrede noblesse. Noua l'ap-pelons patois. C'est avec infinimentde plaisir que nous relevonssous la plume du savantphilologue cette vrit contre l'noncde laquelle il est vain de protester:Sur le sol hatien, c'est le rouifranais quirsonne. Ainsi,de tous les pays hors de France,Hati est l'unique qui ait pourlangue officiellelefranais; l'Hatien adore le parler, etle parleavec puret, unelgance qui frise la coqueterie.Mais parallle-ment au franais, existe uneautre langue, la vraie langueduPays, usite, celle-ci dans toutesles couches sociales, parle partrois millions et demi d'Hatiens:c'est le crole.D'aprs M. Faine, notrecrole est form du dialecte normanddes seizime et dix-septimesicles mtin des patois d'autresrgions de France: Picardie,Anjou, Poitou, lie de France, etc.A cette langue nouvelle,il faut ajouter les apports del'indiencarabe, de l'anglais, del'espagnol et de l'africain. Endfinitive,le crole hatien, suivantla dfinition de M. Faine, est unelangueneo-romanc, issuede la langue d'oil, en passant parles anciensdialectes normand, picard,angevin, poitevin,et compose enoutre des motsemprunts l'anglais et l'espagnol, et, dans une

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518LES(i!{lU 'Sfaible mesure, l'indien carabe et des idiomes africains. Pourplus amples renseignements, nous renvoyons le lecteur l'ouvragesi fouill et combien attachant de M. Faine: PhilologieCrole.Tenant compte de la formation ethnique du peuple hatien,l'tonnement est lgitime que l'influence des langues africainesnesoit pas prpondrante dans la morphologie du crole.M. Faineexplique aisment ce phnomnepar le fait de l'introduction unpeu tardive de l'lment noir St.-Domingue,par la diversitdes dialectes qu'il y apporta.Les noirs africains transplants dansun monde tout autre,dont ils furent forcs de subir l'ambiance,ne pouvaient d'aucunefaon, adapter leur vocabulaire des objetsnouveaux, n'ayantpour la plupart aucune analogie avec ceux qui leurtaient fami-liers dans l'ancienne patrie.Il ressort de la dfinition de notre croleque les langues afri-caines ne forment pas le soubassementdu parler hatien. Enmature de philologie, nos connaissancessont trop prcaires poursuivre M. Faine dans ses recherches.Quoiqu'il en soit denotreignorance, nous formulonsnos rserves quant la contexture etla syntaxe du crole qui paraissent n'avoirrien de commun avecle franais.(Le point de vr,:e cultur-71 denotre mtissage a t pas nousmentionn dans une denos publications antrieures.)Si,mmairement, il est vrai,nous avons inter:"ctICs peuples quifit ctACCnru OU p.Uventconcouru la ;or'uation dura-meau hatien. i\ les suivre dans la plus reculedes ges, on n0 sau-rait ;1-11->1,1 'e qu'ils s,,nt frapo,'sd'infriorit eorl*,nita'e. bienquel'

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    LES CiR10TS519o cette interdpendance ne nuit pas au maintiende l'originalitde chaque peuple,L'exemple du peuple japonais est difiant.Tout en s'appropriant la civilisation occidentale.dansses manifes-tations m.a,trielles, il conserve intact son patrimoinespirituel, cesdmarches particulires rsultant de sapersonnalit. Si religion,selon nous, rit le cde en rien auchristianisme pour lequel nousprofessons le plus grand respect, tant commele Shintosme, leBoudhisme, l'Animisme Africain,l'Islamisme... une des plushautes et des plus belles manifestationshumaines, Toutes cescroyances, nous voudrionsles runir en faisceau, parce quemespar un mme mobilede bonheur humain, pour mieuxexalter cequ'elles contiennent d'amour etd'abngation dans leur essence.Il est bon de rpter qu'une religion est unecroyance, qu'elle vo-lue en fonction du milieu, entroit rapport avec sa civilisation.Si l'on veut bien nous accorderl'expression, une croyance est untat d'esprit, un tat d'me, ou encoreune cration continue,r-pondant au besoin propre del'individu ou du groupement qui1acre, La religion d'unpeuple n'est pas de gnrationspontane.Elle nat avec lui, l'accompagnedans ses malhours et dans sesgloires. Cela ne dit pasqu'un peuple ne puisse adopter tunereli-gion autre que eclilequ'il aurait cre s'il taitlaiss libre lui-mcme, Sans qu'ilsoit ncessaire de nousenfoncer dans l'histoire,citons le cas hatienqui demeure une illustration.A l'es rit d-gag de tirer la conclusionqu'il juge utile des vnementsqui ontoblig notre peuple emprunter une religiondont il ignore tctalement le processusd'volution au cours des ges,la belPe philo-sophie.Fous avens ditqu'il est dcclanch contreles ngres une cam-pagne de dnigrement,et qu'il nous faut yrpondre par la vitalitde nos forcesspirituelles. On ne doit pascacher qui ce travailde redressement estdifficile, vu qu'on a combattre plus d'unsicle d'erreursaccumules. Notre peuple adsappris tre lui-mcme. Il a hontede ses origines soudanaiseset guinennes... deson passlointain. A part leshros de l'indpendance, poussant l'extrme 1:'nite notrecomplexe d'infrioritraciale, dans lesmanuels de lecturedestins nos enfants. nousaimons mieuxfaire figurer les reprsentantsdu type caucasique.L'ducation deces enfants sefaisant dans unetrs large mesure parl'image(thorie des ides-forces)inconsciemment ils tiennentl'en.-

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    520LES GRIOTSdroit de leur race des propos pour lesquels ils n'ont aucune res-ponsabilit...Un comportement encore trs difficile combattre cst l'atti-tude de faux clercs de notre lite intellectuelle, le mensonge socia-lis, cette insistance peindre le peuple hatien autre qu'il n'esten ralit. A l'instar de notre minent matre, Dr. J. C. Dor-sainvil, nos conclusions seront toujours prises en fonction de lagrande majorit du pays.D'aucuns nous font grief de nous trop enfoncer dans la bio-logie quand nous parlons de sociologie. Nous leur rpondons,aprs Nankins, que La seule vraie sociologie est donc synth-tique: elle tiendra compte des dcouvertes des raciologues, desgographes et des culturologues.C'est pourquoi, dclare lesociologue amricain, je pense, bien que les caractristiques gn-rales de la culture d'un individu soient drives du milieu psycho-social o il est n, nanmoins le degr qu'il atteint dans lama-trise de ce milieu, la nature diffrentielle deses ractions cemilieu, le degr dont il variera par rapportau type moyen, ainsique les contributions individuelles, tout cela dpend bien plusde sa constitution neurologique et desa somme d'nergie phy-sique et psychique que des occasions Ixlusou moins favorablesqui se prsentent lui, etce, mme dans une socit modrmentdmocratique. Toutce que le ni'bre puisera dans la cultureambiante, ajoute le mme aute'insi que toutes les contribu-tions qu'il y apportera, sera .par liesaspects d'e sa nature,..Pour illustrer d'un exeiple la penseforte et profonde dusavant amricain, nous citons les ngres des Etats-Uniset duBrsil qui, bien qu'voluant respectivementavec d'autres lmentsethniques dans un mme milieu social,colorent leurs productionsde leur manire propre de sentiret de crer...En rsum, ce sont toutesnos particularits ethniquespeu ouprou fusionnes dans le creuset de St.-Dominguequi doiventconfrer une physionomie nouvelleau peuple d'Hati.(Extrait de l'Ethnie Hatienne)KLEBER GEORGES-JACOB

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    LESGRIOTS521Sociologie Religie,se.LES MYSTERES DE PETHR-VOUDO-(Premire Partie)PROLOGUEChristianisme: Spirito-Psychisme:C'est l'Esprit qui vivifie; la chairne sert derien.Les Parolesque je vous dis sont Esprit et Vie.Jean VI-63.Petto: Animailisme:Tu esheureux,SimonPierre,fils deJonah;car ce n'est pas lachair et le sang qui t'ont rvl cela, mais l'Esprit demon Prequi est auxCieux.Matt.XVI-17.Judasme: Anti-Animalisme:Maisquandil a pluDieu qui m'avait choisi ds ma nais-sance, et qui m'a appel par sa grce, de me faire connatre sonFils, afin que je l'annonasse parmi les Gentils, je le fis aussitt,sans consulter la chair et le Sang.St. Paul aux Galates I-11.Le c-ch-Ba : Hlio-Illuminisme:Je suis venu au Monde, moi qui suis la Lumire.Jean XII-4, 6.Car Dieu,qui a dit que la Lumire sortit des tnbres, a r-pandu sa Lumire dans nos cours afin que nous clairons leshommes.2 Cor.: IV-6.Vous tesdes enfants de lumire et du jour; nous ne sommespoint enfants de la nuit ni des tnbres.1 Thessalon V-5.