Les griots

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Material Information

Title:
Les griots la revue scientifique et littéraire d'Haïti
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Denis, Lorimer
Publisher:
s.n.
Place of Publication:
Port-au-Prince
Creation Date:
October 1938
Publication Date:
Frequency:
quarterly
regular

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
serial   ( sobekcm )
periodical   ( marcgt )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1. année, no 1 (juil.-août-sept. 1938)-2. année, no 2 et 3 (oct.-nov.-déc. 1939/jan.-févr.-mars 1940).
Numbering Peculiarities:
1. année, no 1-2. année, no 2 et 3 also called vol. 1-v. 2 et 3.
General Note:
Title from caption.
General Note:
Editor: Lorimer Denis.
General Note:
Master negative held by the Center for Research Libraries.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 30497284
lccn - sn 94021825
ocm30497284
System ID:
AA00007290:00006


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Full Text

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268ES GRIOTStaire obligatoire, rpugnance attribue leur conception puritaineessentiellement pacifiste, Sir Thomas Inskip, ministre de la Co-ordination des Dfenses dans le Cabinet Britannique, a imaginde suppler la pnurie talcs effectifs par la qualit du personnelet des armements et, pour parer l'ventualit combien malheu-reuse d'un blocus des ctes du pays qui ne se suffit pas pour tousses besoins essentiels que deux jours sur sept dans une semainedes quantits considrables de matires premires alimentaires etindustrielles ont t stockes l'abri des destructions ariennesen vue de protger la Nation.Les dfenses ctires de la Grande Bretagne ont t singuli-rement modifies et adaptes aux progrs nouveaux de la strat-gie moderne. Et rcemment un important accord avec le Gou-vernement de Dublin (L'Eire ou l'Irlande du Sud) vient derenforcer ses assurances de cet autre ct vital de ses frontires.Mais le point faible, le point le plus vulnrabie de l'AngleterreMtropolitaine (et coloniale) est encore l'Aviation.Devance dans ce domaine par l'Allemagne Hitlrienne dontla Devise semble tre: Toujours plus Haut nonobstant les gi-gantesques efforts dploys et qui tmoignent manifestement desa volont de vivre, elle ne peut encore rattrapper sa trs puis-saute rivale dont l'effectif de l'arme arienne a t estim deuxcent mille hommes,(l'Illustration, No. du 21 Mai 1938),c'est--dire suprieur ceux de l'Angleterre et de la France runis.Le dtachement de la Belgique de l'axe Paris-Londres est venuencore singulirement aggraver sa situation. Aussi, elle ne cessede redoubler de zle et d'ardeur pour essayer de doubler, de tri-pler le volume de la production de ses usines aronautiques qui,malgr tout, n'arriveraient pas atteindre le potentiel de pro-duction des usines de M. Hitler (ce dernier y ayant instaur unvritable rgime de guerre) et, devant l'inanit de toutes ces ner-gies dpenss, elle s est adresse ses cousins d'outre-atlantique,aux Etats-Unis d'Am rique, et aussi au Canada, Membre commeelle de la Communaut Britannique British Commmnwealth.Voil donc l'Angleterre de nos jours engage dans lacourseaux armements la plus gigantesque de l'Histoire.La Grande Bretagne est malheureusement oblige de rarmeret elle concentrera tous ses efforts avec les vastes ressources quepossde une Nation qui n'a jamais t vaincue a dclarau Mois

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LEStilt()de Mars 1 936 Sir Thomas Inskip. Ministre de la Coordinationdes Dfenses Nationales, la Chambre des Communes.Ses hsitations se jeter dans la mle universelle lui font pr-sentement mesurer toute l'tendue d'une politique incohrente.Menace dans ses parties les plus vives, le danger seul a pu latirer-comme toujours-de son trop profond sommeil. L'AI-bion, la terrible Albion de l'Histoire se rveille.Mieux. Elleentend se rajeunir pour s'adapter aux conditions nouvelles dumonde.Considrant donc, une fois de plus, avec ce sens du ralismequi la caractrise, toute la vulnrabilit de son Immense Empire,c'est l'quilibre des forces (cet autre point de ses traditionsessentielles qui l'a si magnifiquement servie dans le pass) qu'ellefait nouveau appel. Et comme, dans cette opposition de blocsqui divisent prsentement le monde, l'quilibre semble s'trerompu l'avantage des puissances adverses, elle s'est rsolumentjete dans l'autre plateau de la balance, non sans renoncer sonmsplendid isolation sculaire, avec tout ce qui lui reste encoredu poids de sa majestueuse puissance pour essayer de le rtablir.Et elle s'est rapproche-comme en 1914---elle n'a pas le choix,de sa traditionnelle rivale la France, en attendant que le Tempsseul lui permette de restaurer un jour (le 31 Dcembre 1941,peut-tre) sa splendeur et sa puissance historiques.Franck DURANTBII31K)(,RAI'Ir`1l.COURRIPR d.s laats ()niez1aFrance en M' !:terran.e Orientale. N.. du14 Avril 1937.DES13t)TS (Jean); I.a Crise Anglaise, iila '1,.l+uneds Nations. Nos,D.ccmhre 1937 Ivncr 19 8.I)I( ,Fit)NNAiRL 1.NCYCI.t)lr1l)It)..'l'1+ni en t'n*. 1 ihrairic lia.chctte.I)I:NNY t I u,tell) :1 'Anti'i'luc co+nqui.n I .in'l,'tcrtc.I)'ORMI-Sht)N t\Vla.limirl:t'nlr`ren.cssur 1`Angi.tcrre. !'Italie,l'Al-1em.+stne, l l.nssieet 1.1Irame, in t`onlirencia1i1 1.101iGe. rgesI icldingl .Italy'% ,,ver estimatcd Power. in xHarperNn. Avril 1938.

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mmo OMM NiP t.M2701.ES c;RIOTS1ABRELUCE (Alfred): l a crise desAlliances (1919-19221.GAILLARD (Gaston) :Pril jaune ou pril Blanc, ditionsAlbert, 77Boulevard St,Germain,Paris.LA BRUYERE (Ren):Comment val'Empire.le duel entre l'avion et lenavire.Revue des DeuxMondes,15 Mars et 15 Novembre 1937.LACHIN(Mauticel: Japon 1934, LibrairieGallimard.LE DOCUMENT;No, Juin1938.en vente i la LibrairieNouvelle.L'ILLUSTRATION:No. du 21Mai 1938.1v1,AUROIS (Andr) :Et nue pense l'Angleterre-Marianne 22 Septembre1937.LesAnglais---LibrairieFlammarion.REGARDS SUR LE MONDE:No. Janvier 1938.REVUE CARTELES:REVUE FORLIGN AFFAIRS;Octobre 1934,REVUES. Litterary Digest. 'rime.Le lecteurnous excusera de ne pasavoir donn sur le sujettoute la bibliographie qu'ilrequire.Des notes explicatives se-ront publies dans leprochain Numro de la Revue.1

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1 1?sIi1'TScontes.ET POURTANT L..271La voix, essouffle et comme rouille, se percevait grand'peine:-Ah! mon cher, disait Jacques Uelherme son ami, RogerLeclerc, j'ai honte, sincrement honte... de t'accaparer si goste-me=.at... A ma consolation, tu sacrifies tesplaisirs... ton travail...Une rponse d'amical reproche l'arrta:-Serait-ce, vieux, une diplomatique mise la porte?Le malade protesta d'un indolent signe de tte etd'un tristesourire de contentement.-Tu sais bien, continua Leclerc, que mon plus grandplaisirest de tenir compagnie ta solitude...Ce que tu appelles pompeu-sement sacrifice n'est qu'un bonheurpour moi... C'est plutt moi, reconnaissant, te remercier de n'ouvrir ta portequ' moiseul, l'exclusion de tes plus prochesamis, tes compagnons lesplus chers, tes relations littraires... C'est moi me sentir ho-nor de cette prfrence et m'en rendredigne... Quant montravail-si jamais rver, mditer, sesouvenir, redresser la ve enpense pouvait constituer un travail-opourrais-je mieux lerussir qu' ton ombre?Un sourire, encore plus navr,rcompensa l'ami privilgi deces paroles aimables `etaffectueuses. Le malade, oppress, encoresous le coup de sacrise cardiaque, s'tendit, les yeux ferms, sursa chaise-longue. Son compagnon respecta sasouffrance, l'ob-servant la drobe, l'esprit visiblementlancine d'angoissantespenses...Le soir... un ferique soird'amant ou d'artiste, dgageant foison l'ivresse de la posie, lefrisson de la vie.Peut-tre, enl'honneur de son chantre le plusfidle et le plus mouvant, lecoquet jardinet s'taitattif de ses plus resplendissants atours:

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2LES riRlc>7'Ssa robe clair-de-lune. entrelacedes fines broderies, des festonslgants des roses somptueuses. des orchides, des violettes, desjasmins, des tulipes, des graniums, des belles-de-nuit... de tousles membres, obscurs ou clatants, de notre flore horticole, allis leurs cousins renomms d'tmutre-mcr que le raffinement d'unesthte cultivait dlicatement pour son seul agrment, autour desa magnifique retraite de pote.Et, pour faire fte l'amant passionn de la nature, tous leshtes du jardin, ceux du terroir aussi bien que les transplants,s'unissaient cordialement pour lui distiller le parfum suave quiflattait ses sens. Et, pour bercer sa douleur, le silence, intervallesrguliers, soupirait l'trange musique des insectes invisibles, lar-gie parfois de l'cho mlancolique d'un lointain violon...Jacques Delherme, l'artiste raffin des Angoisses Eternelles,le peintre color et somptueux des Paysages de Rve, l'analystesubtil et cruel des Griffes de la Vie luttait pas pas contre unemaladie de cueur qui semblait dcide l'emporter. Le mal, sour-noisement, gagnait du terrain, Dj sa belle verdeur, ses l-gances de sexagnaire taient fltries en quelques jours-tel unsolide difice calcin par un incendie subit Le dandy ne pouvaitse rsigner ce ravage de sa beaut physique. Le mondain, le dostourn sun pass de plaisir, se rfugiait dans la misanthropie.Par une de ces fantaisies inexplicables de malade, aux grandescuises, il refusait toute visite, n'exceptant de ce rigoureux ostra-cisttte que son cadet de vingt ans, Roger Leclerc, celui avec qui,apparemment, il offrait le moins d'affinits.Il se savaitfrappmort.Parfois --quand la maladie luilaissa quelque rpit-il s'agrippa un chimrique espoir. Maisil tait trop lucide pour se faire illusion sur l'issue fatale. Depuisquelque temps, les progrs de la maladie taient foudroyants;les crises devenaient plusfrquentes. La Mortprenait plaisir,de temps autre, en grimaant et ricanant, projeter son ombremacabre sur sa victime.L'tre, frmissant de jeunesse dont lavivacit d'esprit et le superbe rayonnement physique faisaientson orgueil et l'admiration de tous ses amis et l'tonnement detoutes ses connaissances, chang en vieillard cacochyme etccr-pit, se lamentait en secret sur son existence gche, ses talentsinemploys, son nergie dpense en vain-regrettant ses dbutsblouissants d'homme de lettres, l'aeuvre bauche que sa vie agi-

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L1-.tr,t: 1ra.tee ne lui laissa pas le temps de mettre surpied, selon son idald artiste.Aujourd'hui, il voudrait accomplir, au prixde sondernier souffle, cc qu'il avait nglig defaire en quarante ans...La crise tait sa fin. La respiration dumalade devenait plusharmonieuse, presque normale. L'air purdu soir lui avait osten-siblement fait du bien. Il ouvrit degrands yeux et adressa sonami un sourire qui affectait la gaiet:-Ah! je me sens mieux... je sis guri,fit-il.Merci, monami!... Tu es hroque dans ton rle degarde-malade bnvole...Ce soir, ta garnison prend fin... Cen'est pas encore pour cettefois... Sans toi, comment pourrais-jesupporter cette fin de vieuxclibataire, livre des soins mercenaires, sansdvouement... Oh!ne proteste pas!...Je m'en suis tir encore une fois...Mais, cha-que attaque, je sens queje perds du terrain... La finapproche...-Mais d'o te viennent ces idesnoires? N'est-ce pas toi quime rappelles toujours, nies heures de dcouragement.le mot c-lbre de Goethe: cLa Mort n'ad'emprise que sur ceux qui n'ontplus le courage de vivre...-Merci!... Mais, aujourd'hui oudemain... il faudra bien envenir l... A mon ge, on ne recommencepas la vie et j'ai cons.cience d'avoir gch monrle.Si, du moins, mon expriencepouvait profiter aux autres... tous mes amis... tous ceux quije porte quelque intrt...Et dire que nous avons commenc parnous entredchirer!...-Laisse donc ces souvenirsde folie...-Au contraire, il est douxde les rappeler... La guerre desgrands fauves n'est jamaismesquine: elle finit, toujours, par uneou deux belles morts, la face du ciel, ou par unenoble rcon-ciliation et une loyaleamiti,.. J'ai aim en toi tesgriffes puis-santes...-Que tu m'appris aiguiser...Rire et sourire...La voix tait presquenaturelle, et les forces revenues.Il putmme se soulever un peu.L'accent tait trangementsolennel,l.eclerc l'coutait avecla pit qui accueille lesdernires parolesd'un mourant:--Mon ami, mets-toi ton oeuvre, sanste soucier de l'opiniondes autres. Le temps estprcieux; garde-toi de le gaspiller.C'estd'abord toi que tu dois penser,quoi que tu fasses, c'est toi

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seul que ru dois faire plaisir: poursuis la perfection; ne soisja-mais satisfait de ce que tu auras fix sur le papier... Ecris sur leparchemin de ton ceeur, avec l'encre de ton sang. Sois sincre et net'affuble jamais de masque... Je te parle en frre... J'ai trop souf-fert d'avoir t inconnu ou mconnu par ma faute. On prouved'abord un certain orgueil de sa solitude; on montre des griffes,sans ncessit, par volupt, par sadisme et untre artificiel, peu peu, finit par se substituer son vrai moi... Pour tous, jesuis un tre sans coeur, un mauvais coucheur, incapabled'aimer,incapable de dsirer le bien,.. Et pourtant!,.. Qui s'est jamaisdonn la peine d'analyser mon caractre, de rechercher la causede ce singulier tat d'me? Il est vrai que je me suis toujours re-pli sur moi-mme, l'approche d'un indiffrent... Moi-mme, la fin, je me suis laiss prendre ce jeu...La servante lui apporta sa potion. Il l'avala, hroque...-Voil toute la vie: des drogues qu'on absorbe, sans con-fiance, par faiblesse. Heureux les chnes de ton espce qui dfientlatempte!... Heureuxceux qui n'ont pas eu se frayer leurchemin, coups de poing, coups de dents, coups de pieds,rsigns tuer, pour ne pas tre mangs!... Lorsque la victoire,prostitue honte, s'agenouilleaux piedsdu dieu, il est toujourstrop puis, trop endurci, trop aigri, perclus de rhumatismes etde rancocur, pour jouir de ses faveurs... A quoi -tient, parfois, ladestine d'un mortel? A un vnement dont on n'est pas matre:u,i geste qu'on croirait sans porte; un mot de bravade, lancpour lagalerie; un sourire nigmatique; la sympathie d'unefemme: la haine irraisonne d'un puissant du jour; la mauvaisehumeur d'un crancier, d'un trafiquant, d'une humble lessiveuse--de tous ces tres qui font partie de notrevie, dontla destines'enroule sur la ntre--commc les rouages compliqus d'une d-licate machine,.. Ma lessiveuse, moi, a chang le cours de ma vie:faute de deux gourdes, je suis devenu le malheureux que tu asbien voulu aimer et plaindre!...--Paspossible! fit l.eclerc, intress.-C'est peine croyable et pourtant c'est cela!...Aprsune lgrepause,d'une voix amre:-La vie ironiques'est plu comblerl'homme mr: sansscrupules, j'ai voulu avoir ma part du festin... ma part et celle desautres... J'ai manipul des monceaux d'or,.. Pour satisfaire mes

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LITS G I JJ I S275fantaisies, j'ai bris des coeurs.Mais je n'ai jamais rencontrl'ombre du bonheur: j'ai toujours mpris l'argent-rien qu'ausouvenir de nies dbuts de jeune homme pauvre, sans protecteur,suspendu dans le vide, sans esprance, dvor d'ambitions, bouil-lonnant d'nergie,Cette fortune que j'ai ralise, au prix deslarmes et du sang des autres, je la donnerais volontiers pour re-devenir l'adolescent de vingt ans, promenant sur la vie ses puresillusions. Je l'changerais contre les deux gourdes qui devaientdcider du bonheur de mes vingt ans!...Vingt ans! L'ge des espoirsfous,des illusions bienfaisantes,des nobles penses! En un pays normal, le jeune hommede ta-lent et d'nergie se laisse emporter sur les ailes puissantesdu Rve.En notre singulierpays,c'est l'ge dudso.uvrement,de la chasse la patate quotidienne, ramasse dans la boue, deshumiliationsdont l'me garde jamais la douloureuseempreinte- moinsd'tre 1 n fils papa, ou une crapule en herbequi accepte, l'a-vance toutes les compromissions...Depuis deux ans, je luttais dsesprment contreles duretsquotidiennes de la vie. Je me destinais la mdecine,convaincuque mes gots artistiquesseraient, plus tard, pour moi, un s-rieux handicap-en un milieu o lacarrire littraire et artis-tique ne peut constituer qu'un agrable passe-temps..Mais com-ment suivre les cours Port-au-Prince? Toutes les dmarches enma faveur tentes par ungrand ami qui s'intressait mes ambi-tions, connurent un triste avortement.Je vcus de la vie du jeunehomme hors-classe: par nonducation, nies tudes, 'les talentsqu'on tait bien oblig de nie reconnatre,j'appartenais ce qu'onest convenu d'appelerl'lite et qui est, chez nous. un monstre...inconnu du reste de l'humanit.Par nia fortune, je faisais car-rment partie de la plbe.Trop fier,pour accepter la livred'unpetit employ de magasin ou un tatsubalternederond-de-cuir,je rsolus de percer tous prix.Puisque les lettres attirent l'at-tention sur un jeune homme, jepubliai avec fivre vers, nouvelles,tudes critiques et historiques. Leslouanges me vinrent de quel-ques connaisseurs,aussi de puissantes hostilits: j'ai voulu tresincre, j'ai voulu dire la vrit et mon artfut rebelle servir lesmatres de l'heure. Une modestecommission de professeur mefut refuse...

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276TESGRIOTSC'est au plus fort de ma dtresse que je ralisai le tour de forcede conqurir la sueur d'un de mes camarades de classe. Simple jeude ma part'. Un dfi me fut jet que je relevai firement. Je fusvainqueur.Victoire d'amt,ur-propre o le coeur n'avait pas saplace!... Tu connais ces aventures auxquelles on se laisse pren-dre, on ne sait comment. Le vainqueur, son insu lentement,est conquis par sa victime. Ce fut mon sort.Un beau jour, je me rveillai amoureux fou de celle qui nedevait tre entre mes mains qu'un jouet, un instrument de ven-geance, la victime expiatoire des crimes de sa famille, de sa classe,de sa caste. Un charme indfinissable se dgageait, irrsistible,de toute sa personne: sa joliesse harmonieuse, sa rare intelligence,sa dlicate sensibilit, sa fiert, sa noblesse d'me, sa bont.., toutesces qualits que l'homme recherche chez la compagne de sa vie,comme malgr moi, me pntrrent et finirent par jeter le vain-queur aux pieds de celle dont il se vantait d'tre le matre. Es-clave heureux de ses chaines, j'aimai mon amie-avec la passionque je mets en toutes choses. En dehors d'elle, rien n'existaitpour moi...Elle m'aimait et je l'aimais.Que m'importait mon avenirincertain? Que m'importait ma misre quotidienne? Si jamaisje fus pote, je crois bien que c'est cette poque o je tirai demon coeur mes vers les plus sincres, les plus frais, les plus mou-vants. Mme aujourd'hui, je me sens incapable de relire ces pa-ges brlantes de passion---qui doivent disparatre avec moi etqu'elle fut seule connatre.Hlas! la vie ne se nourrit pas de rves. Les fianailles idalesne se rencontrent que dans les livres. Quel devait tre l'piloguede notre belle aventure d'amour? Celle qu'en mon coeur jenom-mai nia fiance dploya des qualits de bon sens, d'propos, definesse, de dlicatesse qu' travers le temps je ne peux m'empcherd'admirer. Elle s'ingnia m'aplanir les difficults, touten melaissant l'illusion de croire que je domptais la vie parmes seulesforces, tour en laissant intacte nia rserve inpuisable d'orgueil.L'atavisme de sa famille de fonctionnaires, les leons apprisesenson milieu l'avaient dots d'une exprience prcoce dontjedevaisnie souvenir et tirer parti-plus tard, au cours de nia carrire.A quoi sert le talent, s'il n'est pas tay par une large indpen-dance? A quoi sert de se dresser immuable et rigidestatue, sur

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fson piu'estald'orgueil? L'orgueil, aulieu d'tr. une qualit,n'est-il pas un manquede bon sens, le fait d'un esprit born-lorsqu'on n'est pasencore solidement en selle,menant la fortune, sa guise, de ses poignets nerveux?D'utiles concessionsne sont-elles pas indispensables, pour obtenirl'allianced: la Fortune?En cc paysexceptionnel, n'est-ce pas un suicidede vouloir vivreau reboursde sesconcitoyens?Un seul gaged'amour taitrclam demoi: plus (le souplesse,un flchissementde mon orgueil.Pourle reste, elle s'en chargeait.Niais hlas!est-il si facilede se refaire?...lin ces tempsheureux, une jeune fille de la grande bourgeoisie,c'est -dire de la classe des grands fonctionnaires,tait incom-plte sansun sjour au moinsde sixmois en 'France.Etre pa-risirnne: voil l'idal! Qui n'a pas voyagne sait pas dcem-nient se tenir dansun salon... Le pre de famille quine se d-pouille pas de son dernierimmeuble pourparfaire l'ducation enFrance de son enfant est un mauvais pre!Cette profession defoid'une mre de famille tait celle de tous lesgrands fonction'Haires.Ah! cette folleconception de lavie!Elle est la base detoutes les concessions, de toutesles dilapidations de la caisse pu-blique, de tousles bouleversements politiques qui ont entrain cemalheureuxpaysdans l'abme! Si encorec'tait pourapprendrequelque chose!... Simplement poursatisfaire une purilevanit!...Selon cettearistocratique tradition, mon amiedevait parache-ver son ducation dans ungrand pensionnatparisien... Avantsondpart, elle mit tout en oeuvrepour me trouverune situationdignede mes mrites. Notredernire rencontre, tu la devines ai-sment: pleurs, sermentsde fidlitternelle...Comdiesincre,vieille comme le monde etqui finira avec lui!... Et je m'engageai l'accompagner bord:le canot officieltait la disposition detous ses amis. Commentrefuser?...Un souriresarcastique complta la pense inexprime du nar-rateur.Puis la voix reprit, pluspre, plus amre:C'tait letemps duluxe vestimentaireenrag... Lessolennelles redingotes,les jaquettes pittoresquessemblaient l'afft dela plus futileoccasiond'offrir l'admiration et auxmoqueriesdesbadauds leursailes immenses et lugubres.Le caso taitla tenue de tous lesjours et touthomme quise respectait talait sur sonbalcon cha-que semaine pour les passer ausoleil les nuances varies des com-

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^''hL E S S GRIOTSpletsnouveaux,venus de Paris... Spectacleridicule qui excitaitla jalousie de ceux quidrivaillaient avec leurs vestes brodes etleurs culottes festonnespar le temps!...Ironie dusort!... Etrede l'Elite etne paspouvoir respecterla simple convenance vesti-mentaire!... Se cacher dansson petitcoin,faute de vtement, fautede souliers?...Jeblmis,en rentrant la maison:mon vtementle plus fraisou plutt lemoinsdfraichiet mon casole plus correcttaienten pension chez ma lessiveuse...Si, par uncaprice!...Tu com-prends cedrame... Elle eut cecaprice. Je n'ai jamais su demander.Et j'ai toujourssu considrer comme une insultela piti qu'onm'octrc'ie...Lelendemain... Prostr dansma souffrance... Brisdansmon cur...J'ai froidement tu le rveur en moi.J'ai, enune nuit, amass toute l'aigreur, toute la rancoeur, la haine, lemprisqui devait exploser, plus tardavectant defracas...Fou dehonte,de rage, jerdai autour des Remparts...Le canot,impatient, lentement, fila, puissous la pousse des bras vigou-reux des matelots, emmena celle que j'aimai etque je reconnus,abimede douleur,blesse dans son orgueil de jeunefille... Ah!que lavoixde la sirne est triste ceux quirestent et qui saventque leur bonheur, leur espoir, leur vie, tout s'anantitavec lepaquebotqui s'en va...Courant perdrehaleine, je volaiau Fort-Picolet. Le bateau, cet endroit, passe si prs, qu'on peutreconnatre les passagers,leur faire signe et leur parler...Une heure plustard, je la vis,penche... Elle tait tente dese jeter la mer, devait-elle confesserplus tard...Tu connaismonhistoire,monami. L'hommeque je devait.traner quarante ans venait de natre, dansune catastrophe. Dansl'intervalle, nia lessiveuse-encoreune ironie de la vie!-prisede pitiou de remords,m'envoyamon linge et mon completJelui retournai l'un et l'autre,en attendant que je fusse en mesurede lui payerson travail,..Elle, elle me retourna mes humblessouvenirs-sans un motde colre sans un mot deregret. Je necrus pas devoir non plusprofiterdes faveurs gagnes au prix desoninfluence... Mais lesgriffesm'taient pousses, si lecoeur tait mort...Et pourtant,je n'ai jamaiscess de l'aimer,je l'aimeraijusqu' ma mort-mettant mon orgueil ne jamais l'avouer...

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Jacques Delherme, le cruel, l'insensible, pleurait. Son compa-gnon n'osa troubler son motion.C'est lui-mme qui achevason rcit:---Je comprends, reprit-il ironique, que tu veuilles,connatrela suite de ce roman, que tu brles de le Lonnatre,sansoser niele demander,.. Elle revint. Elle se maria. Nos deuxvies suivirentleur chemin diamtralement oppos.Un soir, pourtant, la vienous niit, en face... Un soirde bal,.. Un p-que-nique, la cam-pagne, chez des amis communs...Un de mes amis, directeur d'unede nos revues phmres, venait de m'arracher des pagesdoulou-reuses... qu'elle seule pouvaitcomprendre. Celle qui, jusqu' cejour, n'vitait ou me traitait en tranger, sinon enennemi peinedigne de mpris, me rechercha, dans le petitccin o j'observaisles comdies du bal.-Puisque Mahomet s'obstine... fit-elle, enjoue.,,-C'est la montagne accomplir l'impossiblemiracle, ache-vai-je presque naturellement...--J'ai compris... Je vous pardonne tout le mal que vous m'a-vez fait. Pourquoi ne m'avoir pas toutavou? Ah! votre orgueilsansnom, maladif!... Comme je vousai ha pendant dix ans!-Comme vous m'avez aim?-Qui sait?... Mais vous, vous n'avez pas su aimer,puisquel'orgueil, chez vous a t plus fort que l'amour...L'vocation du pass, insensiblement, nousrapprocha, Le tu-toiement, notre insu, tordit le cou auprotocole. Une de sespetites filles arriva ce moment:-Va saluer Monsieur, un vieil ami, mon plusvieil ami... monseul ami-fit-elle tout bas, pourelle-mme.La fillette s'excuta, tonne,sanscomprendre... Ce baiser toutchaud, elle le recueillit, avec passion...Nos serments de fidlitternelle n'taient pas un mensonge!...IIDeux mois, plus tard, Jacques Delherme passa,dans une crise.D'logieux articles furent consacrs sammoire: il cote si peude louer un mort! Mais un articlepntrant et subtil chanta lecceur de Delhermeinconnu alors que tous ne trouvaient qu'exalter ses talents de pote. Cettesimple note? Et pourtant...signe de Roger l,eclair fit sensation-tout enprovoquant le sou-

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280n mnw1.RSGR10TSrire des gravescritiques.Jacques Dellierme estmort de coeuracheva l'article: c'est un symbole. Nul n'aeu plus de cour quecetinconnu,cemconnu. Maisil fut trop hautain, trop aris-trocratique pour rechercher l'approbationdrindiffrents et lesapplaudissements de la fouleversatile.Le secret de sa vie, il l'aemport dans l'autre monde... Etpourtant!...Le lendemain, un billet de femmeremercia l'auteur desongeste pieuxd'amiti:Permettezuneinconnue,Monsieur, uneamie de Jacques Delherme devous remercier et de vous fliciterde votre magnifique article, inspirpar l'amiti... Et pourtant!...et pourtant, malgr tous les pontifesignares et pourtant c'estvous qui avez raison... Leceeur est souvent plus clairvoyantquel'esprit, que tous les raisonnements...Et pourtant!... Etpour-tant...J. B. CINEAS

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LE,5 t;121t1"7'.S281Ps r1ziiri<' ,SoriakDlire mystique thme vaudouiqueMme Brune 1'. ge de 38 ans, originaire de Petit-Gove, estentre hleudct le 26 Septembre 1935.Antcdents I rdtaires.-s l.lle ne peut nous fournir aucunrenseignement sur son pre et sa mre. Elle a trois frres dontelle n'a eu galement aucune nouvelle.Antr'rdents personnels.---Aucun renseignement; elle prtendavoir eu un enfant. Nous n'avons pu avoir aucun dtail nonplus. Elle a eu une pousse de polyarthrite probablement syphi-litique.Nous l'avons examine pour la premire foisla datedu 20 Dcembre 1935 et nous lui avons relev un dlire mysti-que thme vaudouique. En effet, Mme Brune P... prsente deshallucinations visuelles, un dlire mystique thme vaudouiqueet des rves mystiques comme chez les primitifs. Ces lmentspathlogiques se trouvent englobs dans le thme religieux syn-crtiste catholico-vaudouique qui traduit en Hati la foi desmasses rurales et celle d'un grand nombre de gens des villes.Mme Brune P... ne probablement vers 1898, se prsente nous l'airassur.Nous en sommesson dixime interrogatoire:elle nous prend pour son mari et un serviteur des saints et desanges. C'est une femme de taille moyenne. Elle est inculte. Ellen'a aucun souci de la propret. Elle nous salue rvrencieusementen espagnol Salud, parce qu'elle a vcu quelque temps dans laRpublique Dominicaine (Barahona). Nous n'avons pu pr-ciser vers quel ge elle a d se rendre dans cette usine sucrirede l'Est.En Hati les analphabets ne connaissent pas leur ge, ignorententirement cette division du temps qui s'appelle l'anne. Untout jeune gosse se dit tre g de 60 ans. Un vieillard octog-naire accuse deux ans, Ce que nous savons de Mme Brune P...c'est qu'avant d'aller JBarahona, elle a longtemps vcu auxCayes-du-Fond. Devenue folle Barahona, elle a t expdiede force la Prison de Port-au-Prince o elle a vcu trois ans.

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2921 1c ( R1()TElle est au campement d'alins dePont Iieudet depuis le 26Septembre 1935.Jlallucinatiuns visuelles.--Mme Brune P...recevait souvent lavisite de Cran'Aliaurdce Ilivuey auPnitencier National dePort-au-Prince.Crmonieuse, aimable. Gran'Altagrace la sa-luait de ces mots. Bonjour, je viens vousvoir. Et d'ajouter,elle sontour: sSi Gran vous trouve bien,elle vous en remercie:si elle vous trouve mal, elle vous en remercie toutaussi bien!Elle m'explique que c'est la faon mme de se prsenter deCran!Et de me dcrire le physique deGran'Gran',c'est un invisible!c'.,st un Saint. Gran' est habille d'une robe de Siam, coiffed'un mouchoir blanc et porte de jolies pantoufles brodes. Gran'est une multresse aux cheveux trs longs, dj grisonnants.Au cours de ses visites elle s'asseye familirement tout prsd'elle sur le banc ou bien au pas de la porte et se met pleurerou rire et chanter. Elle lui reproche souvent d'avoir perdul'enfant.11 nous semble qu'elle a eu un enfant qu'elle n'a puretrouver depuis qu'elle est devenue folle. Gran' sait lui botterle derrire pour la punir de n'tre pas alle l'Eglise catholique.Elle reste parfois six jours la prison. Elle a vu en deux ou troisfois Papa St-Joseph qui travaillait au bois: De couleur noire,St-Joseph a un port noble, altier, un crne sem par ci par l dequelques cheveux blancs: il est habill d'une chemise noire etblanche.Il fume sa pipe et scie lebois,active ses aides.Croyances vaudouiques.-Elle nous explique que le Chef detous lesAn,eset de tous lesSaintset de tous les Lois, c'estpapabon Dieu.Perch trs haut dans le ciel,il ne s'occupe pa dutout de ce qui se passe sur la terre. Papa bon Dieu, c'est Papabon Dieu, responsable de tous les guds, de tous les loas, detous les anges, de tous les saints; c'est le SaintduCiel, et de laterre.La Mre s'appellehfaman-papalion -Dieuqui s'entendbien avec PapatBonDieu. Elleest sontourSainte-duCiel.Il nous semble qu'elle la confond avecMamanAliayrce.D'ailleurs la confusion s'accroit d'une faon considrable quandil lui faut continuer dnombrer l'Olympe vaudouesque. Elley trouve trois sacurs Gran': Adam et ]:ve, la Vierge de Mont-Carmel et la Vierge des Carmes. Adam et Evec'est un seul etmme Saint qui exige des cierges et non de vulgaires chandellessur son autel.

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,II.SCi 1t!z1I S'stLa Vierge de Mont-Carmel, c'est une autre. la Vierge desCarmes, une autre encore.Il existe encoreCiran' Celito, I:rzulieaux yeux rouges, la femme de `Ti.JeanPiedS(he.I.e Saint, c'est un invisible: le Lo c'est un vent; il soufflecomme le vent. Le Saint ne mange pas de poule: lel.o est gour-mand et mange de tout. Le Saint ne se fait reconnatre aucunsigne. il peut tre l er, votre compagnie, marcher vos cts,rien ne dcelera ua prsence: leLoaest bruyant, ildansedansvotre ttefil vous possde). Saints et Loas, ce sont les mystres.LesMystresviennent d'Afrique comme nous.Ils nous as-sistent dans nos mauvais moments. Si l'on tombe malade onn'a qu' les invoquer.Il y a lemanger-lo donner et ensuitedes piqres prendre.C'est leGrand-Matrequi vous envoiele Mdecin qui vous prescrit trois piqres, (trois sortes depi-qres) pour neuf dollars.Il y a deux catgories deMystres.Les Mystresdouceset lesMystres Ptro.Les Mystres Ptro,ce sont des Mystres quiprennent possession brutalement del'individu. Les Mystresdouces mritent leur nom, aussi ces derniers il faut despoulets,de la banane, du riz, des haricots bien prpars; aux autres:dusang vif. sang de coqrouge et sangde coqnoir.Rves mystiques.--Notre malade ne sert que lesMystresdoucestandis que sa mre, elle, servait lesMystresPtro. Unjour qu'elle donnait un manger aux premiers, elle at punie parles seconds qui se sont plaints d'tre tropabandonns.Voicicomment. Un soir, elle dormaitprofondment quand elle vit enrve Gran' Clibo en colre qui lui pinales seins.Elle memontre en effet des tcheshyperchromiques qu'elle porte au ni-veau des deux seins. Souventc'est en rve qu'elle reoit les ordrespralables pour prparer le manger-lo. LeMystreespagnol.Ste Seminaille vient lui en dire ladate exacte et lui recommandeexpressment de n'en rien faire tout le tempsqu'elle ne lui faitpas signe.Une ft'is.la viurt d'un calbrtt, comme elle devait offrirun sacrifice Gran'Aitarracz parez qu'el?c ,tait malade, elle viten rve Grand Matre titi:rcacil sous le nus, prcd d'un corpssans tte et d'unemultitude de bougies: Grand Matre dposa unemain sur sa tte et s'en alla, elle futgurie. Le lendemain, son

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284I',> (,Izlt)TSrveil, elle fit une qute d'argent chez les voisins et offrit del'huile douce sa matresse.C'est dans un rve qu'elle connut le Ciel.Voyage au ciel.--Le dpart se fit dans une cage en fer tirepar une chane (un ascenseur), J'y rencontrai rldelmi qui avaitvol des hardes la prison, et Damballah Ouedo qui m'avaitemmene dans son habitation dnomme Lan Jarre,Quelendroit effrayant! J'ai eu peur.J'ai vu une grosse machinerouge et une autre noire. Comme elle tenait changer de mari.elle consulta Damballah ce propos. C'est son retour du cielqu'elle a eu son enfant.Il y avait aussi beaucoup degens qui yallaient en train.Elle n'a pu nous faire aucune descriptionde Grand Matre.Elle nous a dit que ce jour-l, GrandMatre tait habill enmilitaire. Le Paradis reprsenteautre chose ses yeux. Le Pa-radis est sous l'eau.Vision du Paradis. Elle l'avu.C'est leGrand Matre qui l'y avait expressmentenvoye. Derrire unemontagne toute blanchese dresbait un autel tout blanc entourd'amies, Le saint tabernacle parde toile colette flottait surl'eau. Le paradis est gardpar un saint: saint voyageur, saintespagnol, saint bahini, saint obahoulomba. Regardez la civirelregardez-en le fond, voici l'autel,voici les saints, les anges quiconversent entre eux. Levez la tteun peu, voici la maison duGrand Matre sur la butte,Mme Brune P...nous montre de multiples cicatrices de la peauqu'elle considrecomme autant de manifestations de la mchan-cet des los. Ellenous dit: Et los yo quimb'm l,yo mordmoins l, les los m'onttenue l: elles m'ont mordue l. Enralit, il s'agit de squellede syphilides ulcreusescomme le si-gnale le Dr. Valm, levnrlogiste de l'HpitalGnral Ha-tien. Voici lanote qu'il a bien voulunous remettre ce propos,Examen de Mr, Valrrld,L'exploration dutgument externea montr chez la malade demultiples cicatrices dissminessurles membres. Pas delsion lmentaire primitiveen volution.En ralit aucune lsionsusceptible de fairepenser une derma-tose quelconque. Rien signalerau niveau des muqueuses, despoils et des ongles.Pas de dermograhhsme.On observe seulementdes cicatricesqui datent de plusieursannes. Ces cicatricesont succd a des

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L1:S GRIOTS285syphilides ulcreuses qui avaient revvtu la cuisse droiteuneallure serpigineuse.Elles sont lisses, planes, dpigmentes aucentre et hyperpigmentes la priphrie.Examen physique. Tous les organes fonctionnent bien.Examen neurologique.Rflexe pattllairrachillenexagrababinsky: ngatifolcranienfpppennein: ngatifstylo radialExamen de laboratoire,Sang: KahnMalaria ncg.G. Rouges: 3.750.000G. Blanc: S. 300Hmogldhine: (0,rPoly: 67r/rhympha: 31';G. morio: 2;fEn rsum, il s'agit d'une mystique pathologique qui em-prunte les matriaux de son dlire aux croyances vaudouiques.Nous avons relev dans ses antcdents une pousse de polyar-thrite d'origine probablement syphilitique. Elle porte sur la peaudes syphilides ulcreuses.il serait intressant de discuter la part de la syphilis dansl'closion d'un tel dlire.Il nous manque certains lments d'ap-prciation en ce moment. Nous avons voulu simplement attirerl'attention sur le contenu nouveau d'un thme dlirant class de-puis longtemps dans la nosologie psychitrique.Dr. LOUIS MARSMdecin aliniste attach d l .'bile de 13eudetPralessrur de Psgihidtrie la Facult de MdecineMembre de la Socit MdicuPs/chalogique de Paris

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T rommie5Oeirdc'.LE PROBLEMECoNOMIQUE HAITIENPOUR UNE POLITIQUED'ORGANISATION RATIONNELLDDE L'ECONOMIENATIONALE)(suite )l.-Modernisation de t'Ir. ir:stiia A ari o1ehatienne.---I; a-griculture hatienne qui vit dans uneroutine indigne d'un payscivilis, doit rationaliser ses mthodesde culture. son mode d'ex-ploitation et ses buts d'exploitation.a.-.Rationalisationdes mthodes deculture.-Nous p.nsonsque la Science Agronomiquedoit intervenir pour imposer laroutine sculaire des directives rationnelles.conformes aux der-nires donnes scientifiques remploi des engrais,assolement ouculture alterne, etc.). Nous ne sommes pas unspcialiste en lamatire. mais il semble bien qu'ici aussi, commedu reste, danstoutes les autres branches d'activitsintellectuelles ou plus oumoins intellectualises, une dmarche plus autonomede la pen-se indigne est recommander fortement, L'agronomehatienest peut-tre encore trop l'hommedes livres europens et am-ricains: il lui faudrait se dgager de leur emprise et oublierlesleons des maitres trangers, prcisment l u ces leons per-dent de leur valeur scientifique, parce que se rapportant des ma-tires d'origine tropicale, qui n'ont pu tre observes quede loin,indirectement. Nous croyons que dans ce sens, peut se constituerune section tropicale autonome de la ScienceAgronomique.A l'appui de cette thse d'autonomie scientifique, nous citonsun fait trs grave, qui, s'il, se maintenait et se gnralisait, pour-rait avoir les consquences les plus dsastreuses,Nos fermesccoles n'ont pas toujours eu la main heureuse.Dans le but louable de briser avec les routines sculaires, ellesont cart certains procds empiriques. sans les avoir peut-tresoumis un contrle scientifique srieux. qui en et tabli la v-ritable valeur.(:.;'est ainsi que dans le Sud. la ferme-ntr?dlc decaf des Fonds des Ngres est ,:elbre. Justement ou non.Il serpte qu'tablie depuis des temps, coup de dpenses somptuai-

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I.X:SilI'If t.1%287tee, elle a dcin-t les rsultats les pluspitres. En tout cas, lesplants de caf tic sont pas plus hauts que a et ont un aspectlraiichcment raxkugris. l le paysan narquois a souri sous cape.lit '.c'te sacre Science autour de laquelle l'Homme desVilles faittarit tir tapage a dis perdre auprs delui beaucoup de son pres-tigeNousne voulons pas exagrerl'importanced'un fait peut-tre isol. Quoi qu'il en soit, nos agronomes nepeuvent que ga-gner serrer de plus prs laralit tropicale. La tche n'est,d'ailleurs. pas nouvelle puisqu'elle a tentreprise par le colo-nisateur moderne en Afrique et icichez nous, dans le pass, parles savants du roi de France.b.-Rationalisation du mode d'exploitation.-Nous venonsde toucher en quelques mots au problmede la rationalisationde nos mthodes de culture. Un autreproblme tout aussi lin-portant est celui de larationalisation du mode d'exploitation.Vous connaissez la tendance modernede l'Agi.culture chan-ger sa base techniqued'exploitation, c'est--dire voluer dela petite entreprise individualistetraditionnelle vers la formevolue de grandes entreprisesconcentres. Concentration moinsavance que pour l'Insdustrie mais avanantincontestablement,sur un rythmefatal, comme tout mouvementhistorique nces-saire. En Russie Sovitique,la chose s'tale au grand jour, laralisation en est poursuivie d'unefaon systmatique. Dans lesautres pays, auxEtats-Unis, en France, elle empruntedes voiesdtournes, par exemple, celledu contrle financier, qui imposeles disciplines des grandesbanques par le moyen desconditionsauxquelles les prts sontconsentis. Les journaux vous ont assezparl des manifestations dumonde agricole amricain grevd'hy-pothques. pourqu'il soitbesoin d'insister.(La (in au prochain numro)

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288LFS e; R10TSNECROLOGIE, NOTESET INFORMATIONSNotre revue vient de perdre, au mois d'Octobre dernier, uncollaborateur de la premire heure: Monsieur Horace Paulus-Sannon.Il fut une minente personnalit et occupa les postes les plusimportants dans les affaires du Pays. Ancien Parlementaire, An-cien Plnipotentiaire l'tranger, Ancien Secrtaire d'Etat auxRelations Extrieures,il s'acquitta de ces diffrentes fonctionsavec prestige et dignit. Monjeur H. P. Sannon ne fut pas seule-ment un homme d'Etat. Ecrivain de renom, historien impartial,il a laiss des aeuvres fortes, indicatrices d'une intelligence lucide,d'un esprit infiniment perspicace. Qu'il s'agisse de ses ouvragesd'histoire ou de ses articles de revue o il campe, avec sa foi ar-dente de patriote intgral, les hommes prominents de son pays,un Antnor Firmin, par exemple, il faisait montre d'une con-naissance profonde tant de ses contemporains que des hros illus-tres de notre Histoire.Ecoutez-le expliquer le sens profond et la haute valeur duca-tive de l'enseignement de l'histoire en tant que facteur de l'vo-lution politico.sociale d'un peuple:Aux heures de grande crise, tous les peuplesse sont d'instinctreports en arrire pour chercher dans leur histoire des leons depatriotisme collectif, de nouvelles rgles de conduite, soitpourpouvoir mieux dfendre leur existence menace, soitpour se re-lever plus rapidement de leurs chutes. Ainsi fut oprau com-mencement du sicle dernier, par un groupe d'historiens, depo-tes, de philosophes et de politiques, le miracle de la renaissanceallemande aprs lins. Et plus prs de nous, aprs ledsastre deSedan l'enseignement des Boutniy et des Funck-Brentano,les sa-vants travaux d'histoire des Sorel, des Vandal, des Lavisseet deleurs mules, contriburent de mme ramener la penseet lapolitique franaises, qui s'en taient cartes, dansles traditionsqui avaient fait la grandeur de la France dans le pass,et quidevaient lui assurer de nouveau, par un rapide relvement,sa l-gitime influence dans les affaires du monde.

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LES t,1,1()ttanC'est que l'Histoire a ceci de particulier qu'elle n'est pas, com-nie les autres productions littraires, une pure ouvre d'art desti-ne, en agissant sur notre sensibilit morale, provoquer en nousde passagres jouissances intellectuelles. Elle vise plus haut et plusloin. Si elle nous apparait, elle aussi, comme une ouvre d'artd'une beaut plus svre, mouvante comme la tragdie, sa valeurducative est incomparablement plus puissante que celle de toutesles autres, et son influence, plus dcisive sar la formation et l'o-rientation permanente du caractre national des individus.L'histoire de chaque peuple est la source unique d'o dcou.lent et o se renouvellent, selon les circonstances, ses lgitimes etindestructibles aspirations nationales.Elle est la vritable ins-piratrice de sa politique. Partant de cette vrit, notre Associa-tion s'est donn pour tche d'encourager l'tude et l'enseignementde notre histoire encore trop peu connue, de runir les documentspars ici et l'tranger, et de prparer ainsi, les matriaux nces-saires la continuation des travaux des Madou, des Ardouin etdes Saint-Remy.(11. P. Sannon-Discours inaugural prononc en qualit dePrsident de la Socit d'Histoire et de Gographie d'Hati lasance du 23 mars 1924 in Revue de la Socit d'Histoire et deGographie d'Hati. Vol. 1. mai 1935).D'minents collgues prirent la parole sur sa tombe, entr'autrenotre Cher Matre et prestigieux Collaborateur, le DocteurPriceMars, Prsident de la Socit d'Histoire et de Gographied'Hati.Les Griots,profondment atteints par ce deuil, s'inclinent de-vant la dpouille de l'illustre Disparu etenvoient sa famillel'expression mue de leurs condolances.Au Service de la Jeunesse.-Nous avons reu la dernire publication deMonsieur AlfredViau et nous l'en remercions vivement. A enjuger seulementpar le titre:Napolon. Toussaint Louverture et le Destin,l'onse rend aisment comptede l'intrt du sujet. Nous aurions con-seill aux professeurs d'histoire de noslyces et collges d'en d-tacher les passages les plus suggestifs pour les commenteren classe.Activits du Comit de Puriculture.-Cette anne encore, l'Exposition deBbs organise par le co-mit de Puriculture a eu le plusgrand succs.

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;9t)I ES {;RJO7'Lorsque l'on considre l'attention spciale tmoigneun peupartout dans le mon..u); Oeuvres de Protection de la Maternitet de l'Enfance, l'on ne peut qu'adresser des flicitationsaux dis-tingues Damesdu Comitde Puriculture et notre minentCollaborateurle Docteur MauriceArmand,Ancien Interne desHpitauxde Paris,Le Docteur Armand estunprogressiste.C'estlui qui a or-ganis sur des bases rationnelles la Maternit de l'HpitalG-nral.Confrences Scolaires.Depuis quelque temps, on a institu des cours-confrencesdansnos collges de jeunes-filles. C'est l une louable initiative la-quelle nous sommes heureux de rendre hommage. Malheureuse-ment la plupart des confrenciers, loin de faire de substantiellesleons ces demoiselles, aiment mieuxexercer leur talent d'ora-teur en abordant des questions qu'ils ignorent totalement.Sous prtexte de disserter sur la Raceet la Culture, ils livrentun corps corps homrique avec les notions de nation, de linguis-tique, de folklore, d'ethnologie, de srologie,d'anthropo-gogra-phie, etc., etc..Et comme conclusion de toutce magma, ils prconisent le re-tour unilatral Maman la France.Nous laissons au lecteur le soin dequalifier la grande origi-nalit de cette technique qui relve pluttde la dmagogie scien-tifique.Par contre, notre minente collaboratrice,Madame ThodoraHolly a prononc le 22 novembre dernier l'Institution Mme.Yves Bloncourt une savante confrencesur le symbolisme desNombres. Nous regrettons que l'impressionde ce travail qui r-clame trop d'exigences techniquesne nous permette quant pr-sent de le publier.DANS LES SOCIETES SAVANTES.i-iaitime Assemble Gnrale de l'InstitutInternational d'An-thropologie,-Le XVIIImeCongrs International d'Anthropologieet d'Ar-chologie prhistoriques aura lieu du18 au 25 Septembre 1939

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yLES Chlt)T,k?n1 Istambul (Turquie')SOUS le haut patronage du Prsident de laRpublique,C:e Congrs est plac en outre sous la prsidencede M. Saffet-Arikan, Ministre de l'Instruction Publique.Le rle crasant de Secrtaire Gnralsera tenu par le Profes-seur Muzaffer Goker, Doyen de la Facult d'Histoire, de Langueset de Gographie d'Ankara, Secrtaire Gnral de laSocitd'histoire Turque.*La dure de chaque communication est fixe vingt minutesau maximum. Le texte imprim ne devra pas dpasser huit pagesdu volume (Format du Congrs de Porto, de Paris, de Bruxel-les), illustrations et tableaux de chiffres compris. Les manuscritsseront dposs sur le bureau la fin des sances, accompagns d'unrsum. Les langues admises pour les rapports officielset lescommunications sont: le turc, le franais, l'allemand et l'anglais,Congrs Pan-Americain des Maires.---Ce Congrsa eu lieu le mois dernier laHavane. Notre paysa t brillamment reprsentpar Mr. Raphal Brouard, Chefde l'Edilit de Port-au-Prince. Ensa qualitde Doyen des Mai-res il a eu l'insigne honneur de prononcer le discoursd'ouverturequi aretenu d'une faon particulire l'attention des Congres-sistes.C'est pournous l'occasion de prsenter notregrand Ami etEminent Collaborateurnos plus vives flicitations.A PROPOS DE NOTRE FACULTE DE MEDEC!NE.Le rle du Doyen.-A l'heure o l'on a cru bon de faire de notre vieille Ecole deMdecine une Facult et dernuer automatiquement son Directeuren Doyen, il convientde renseigner notre milieu sur le rle exactde ce gravepersonnageclans lesCentres Universitairesd'outre-mer. Voici l'opinion du Dr. Agricola (In Information Mdicale1er Aot 1938-billeNord-France) donne en manire de con-sultation un confrre de Paris.Il parait que le rledu Doyenconsiste surtout prsider lesConseils de Facult o les professeurs discutentde questions va-ries sur lesquelles ils sontde temps en temps appels voter.C'est, enpetit, ce que l'onvoit la Chambre des Dputs, mais

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292I.rS C RIOTSavec davantage le calme, car, si des passions existent, elles se dis-simulent sous des formes courtoises. Quant croire que dans cesrunions, il soit beaucoup question de la coordination des ensei-gnements, ce serait aller un peu loin. Chaque professeur tablitson programme comme il l'entend, fait son cours selon ses ideset ne se laisse jamais interroger l-dessus par aucun de ses Coll-gues, pas mme par le Doyen. En tout cas, l'exemple de la leonsur le Streptocoque entendue deux fois, presque le mme jour,dans deux amphithtres diffrents, n'a rien de surprenant et merappelle que dans ma jeunesse, j'ai entendu parler de l'Inspec-teur Gnral des Facults de Mdecine (Il en existait alors) quitant venu visiter une Facult de Province, y entendit le mmejour trois leons sur la fivre typhode. Les choses sont donc lesmmes aujourd'hui qu' la fin du sicle dernier, et quant sefigurer qu'un Doyen de Facult oserait demander un Professeurde commencer son Service de Clinique chaque jour, la mmeheure, et de bonne heure, il faudrait tre pour cela bien naf.C'est, qu'en effet, un Doyen n'a aucune autorit sur ses Collgues,attendu qu'il est lu par eux et que son lection est renouvelabletous les trois ans. De ce fait, il est dans la mme situation quetout lu du suffrage universel, qui est l'humble serviteur de seslecteurs et, surtout, de ses militants. Il est donc probable qu'auConseil de la Facult, on discute beaucoup de questions adminis-tratives, mais pas trop de questions d'enseignement car on ris-querait de se heurter la personnalit d'un Collgue. C'est pourcette raison que chaque professeur fait ce qu'il veut, en touteindpendance, et sans se soucier le moins du monde de ce que faitle voisin. S'il en tait autrement, tout irait put tre mieux mais,aprs tout, je n'en sais rien.Je me suis laiss dire que, dans des temps lointains, bien quesous la Rpublique, le Doyen, au lieu d'tre lu par ses Collgues,tait nomm directement par le Ministre dont il tait l'agentd'excution et qu'il dirigeait sa Facult peu prs commeunPrfet dirige son Dpartement. Il pouvait alors donner des or-dres qui devaient tre couts.Je me garderai bien de proposer le retour une semblable fa-on de faire car je mriterais, tout de suite, d'tre appel Fascisteet, comme je ne crois pas l'tre, attendu que je ne sais pas exac-tement en quoi cela consiste, je prfre me taire.$

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tt;G R 1 tEn rsum,mon cher Confrre, en rponse votre question;Quel est le rle du Doyendans une Facult de Mdecine?,jevous dirai que son rleme parait surtout reprsentatif, dcoratif,honorifique.Nous ne savonssur quelle base on a organis l'enseignement notre Ex-Ecole de Mdecineplace dsormaissous le giron duDpartement de l'InstructionPublique et dont lenombre desannes d'tudes vient d'treaugment d'un PCB.Nanmoins,nous suggerons deux ides M. le Doyen:1--La cration d'une Chairede Pathologie Exotique,Vivant sous lestropiques,nous aimerions voir crer la Fa-cult une chaire de PathologieExotique.N'est-ce pas unecarence qui menace de tropdurer.Et c'estpour nous l'occasion de rendre hommageaux travaux d'Audainet de son Ecole (voir CattsPressoir-LaMdecine en Hati)-Nobletradition que notre minentconcitoyen et ami,le Dr. F-lix Coicou, ancien lveet collaborateur duMatre,essaie demaintenir dans Les Annalesde Mdecine Hatienneet dans sesdiverses communicationsaux Socitssavantes. (Voir LorimerDenis etDr.FranoisDuvalier-La CultureHatienne in Lejournal des Nationsoul'Amrique Latine-1936).2l'organisation rationnelle ducours de Dontologie.Il nous est revenuque cette chaire vient d'tre supprime.Lafaon dont ce cours a t fait denotre temps tait une relle honte.Il s'agiraitdoncd'organiser ce courssur des bases plus srieu-ses. Sasuppression, l'heure qu'ilest,constitue une trsgraveerreur,eu gardla formation morale des GnrationsMdicales venir. D'autant que dansnotre milieu mdical l'on fait tablerase des principes lmentaires de courtoisieet de biensance; dansce milieumdical,les confrres ignorentce qu'on appelle la so-lidarithumaine.Impossible de noter dans lapratique journa-lire un certain esprit d'entr'aideet de comprhension entre pro-fesseurs et anciens lves devenusmdecins.N'est-ce pas doulou-reux de constater le peu de considration accorde laDontolo-gie dans unpays o lesmembres du corps mdicalont un com-portement identique celuides fauves de la Grandebrousse?...QI

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2Q4t()TSBULLETIN DU SERVICED ICrGI NEl T' D"ASSIS"I `A'CI; PUBLIQUE.Nous avons reu avec plaisir le numro de juin de ce prio-dique publi sous la direction de notre minent collaborateur, leDr. Ruix Lon. Ce numro est l'un des plus intressants et desplus importants de l'anne.Ilest entirement consacr auxtravaux de Psychiatrie de notre brillant collaborateur et excel-lent ami, le Dr. Louis Mars, mdecin aliniste attach l`Asilede l3eudet.Figure au sommaire la trs belle thsesurLa Mentalit haitien-ne et la Psychitrie dont la premire partie a t4 publie ici m-me.-Les autrespoints traitentdeL'Ambkalence Sociale, duScoutismeetTroublesduCaractre et deLa Paralysie Gnrale.Nous prsentons nos compliments la Directionde la Revueet notre cher collaborateur.L'ENSEIGNEMENT DE LA DEONTOLOGIE-SON BUTQuel doit tre le fondement de l'enseignement dontologique?D'abord etavant tout la notion de service de l'homme total, dela personne. La notion de service de l'homme entraine toutes lesrgles pratiques de la dontologie, les prceptes de comptenceprofessionnelle, de dignit, tir dvouement, de patience, de loyau-t, le respect des consciences, l'assistance gratuite des pauvres, lagarde du secret. Elle permet de prciser les circonstances dans les-quelles sont lgitimes les interventions chirurgicales, de trancherles cas de conscience les plus gravesde la pratiqueobsttricale,de donner les conseils les plus dlicatstouchantau mariage et a procration. Cette notion permet mme de rgler les rapportsdes mdecinsentre eux: l'objet principal de ces rapports de con-fraternit, dans la diversit des circonstanceso plusieurs mde-cins peuvent avoir se rencontrer auprs d'un malade, doit treen effet, de crer une atmosphre cordialeentre les membres d'uneprofession qui n'admetpas de concurrence caractre commer-ciale, (1) donc de maintenir leprestige du corps mdical et, parvoie de consquence, d'entretenirla confiance des malades en leursmdecins respectifs, enfinde rendrepossible une collaboration( 1) C,s: r: vs ,1sti'1111'.t1On..

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ESGRIOTS-`9295fructueuse entre mdecins traitants, consultants, spcialistes, chi-rurgiens, collaboration dont le client est le premier tirer bnfice.Dr. Pierre MERLE(La formation Morale et Sociale du Mdecin in Esprit MdicalNo. du 13 Mai 1938.)Le traitement Moderne du Paludisme et le Retour au traitementrapide la Quinine.Recommand par la Commission du Paludisme do la Socit desNations-1938.CinchonaInstuut, Amsterdam, (Holland)nous a fait le plai-sir de nous adresser son dernier fascicule sur le traitement modernedupaludisme; Aprs avoirsignal les dangers de l'emploi desproduits synthtiques(atbrine, plasmochine)Cinchona Ins-tuut prconise le retour au traitement exclusif par la quinine etcela pour des raisons:conomiques: le malade ne prend que quelques grammes de qui-nine par cure, et en valuant le nombre de cures deux par mala-de, cause desrcidives,on ne dpasse toujours pas une quantitrestreinte du mdicament.pratiques: le malade n'a plus besoin de continuer les prises dequinine quelques semaines aprs sa gurison clinique, et la dosetotale qu'il en prend est si peuleve,que les symptmes secon-daires dsagrables sont pratiquement exclus.La meilleure forme de traitement: celui-ci s'effectue l'aide d'unmdicamentinoffensif,qui ne donnera lieu aucun accident,mme entre les mains du public.La mise au point du problme thrapeutique est taye sur uneabondante bibliographie comprenant prs de 87 auteurs de r-putationmondiale.Nous en recommandons la lecture nos con-frreset prsentons nos remerciements CinchonaInstuutd'Amsterdam.LES ANNALES DE MEDECINE HAITIENNENous avons reu avec non moins de plaisir le No. de juillet-aot 1938 des Annales de Mdecine Hatienne de notrecher amiet minentcollaborateur,le Dr. Flix Coicou.

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296orirwLESGRIOTSA propos d'un essai de traitement de la lpre par le Bleu deMthylne le Dr. F. Coicou dclare: Nous ne pouvons conclureni dans le sens d'une inefficacit de ce traitement par le Bleu deMthylne, ni dans celui d'une efficacit rapide ou lente. Lenombre' des malades en observation n'a pas suffi pour nous per-mettre d'mettre une opinion...On y lira aussi avec intrt un article da Mdecine Sociale denotre collaborateur le Dr. A. Mathurin-La Dontologie est unevaine formule.Il faut avouer, continue le distingu praticien,que sous l'angle professionnel nos mdecins n'ont jamais t unis,s'oubliant l'un vis--vis de l'autre, se chamaillant, se dnigrantmme aux yeux de leurs clients. Un antagonisme inexplicableles divise, c'est la lutte.C'est sans aucune gne qu'ils s'attaquent, sans aucun respectdu profane qui observe, ni de la profession leve qu'ils prati-quent, ni mme de soi...La Lanterne.-Une lettre de Louis Mercier.--Nous avons lu avec infiniment de plaisir dans leNo. du 3 D-cembre 1938 de la Lanterne une trs belle lettre de M. LouisMercier,Nous sommes d'autant plus heureux que les ides mi-ses par l'articlier ont toujours constitu la base de notre doctrine.Nous sommes encore trs heureux de voir ces concepts affir-ms et dfendus par les Elites du pays.Lorimer DENIS etDr.FranoisDUVALIER1iy