Les griots

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Material Information

Title:
Les griots la revue scientifique et littéraire d'Haïti
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Denis, Lorimer
Publisher:
s.n.
Place of Publication:
Port-au-Prince
Creation Date:
October 1938
Publication Date:
Frequency:
quarterly
regular

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
serial   ( sobekcm )
periodical   ( marcgt )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1. année, no 1 (juil.-août-sept. 1938)-2. année, no 2 et 3 (oct.-nov.-déc. 1939/jan.-févr.-mars 1940).
Numbering Peculiarities:
1. année, no 1-2. année, no 2 et 3 also called vol. 1-v. 2 et 3.
General Note:
Title from caption.
General Note:
Editor: Lorimer Denis.
General Note:
Master negative held by the Center for Research Libraries.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 30497284
lccn - sn 94021825
ocm30497284
System ID:
AA00007290:00005


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Full Text

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pf-v y4 The Center for Research Libraries scans to provide digital deliver y of its holdings. In some cases problems with the quality of th e original document or microfilm reproduction may result in a lower quality scan, but it will be legible. In some cases pages may be damaged or missing. Files include OCR (machin e searchable text) when the quality of the scan and the language or format of the text allows. If preferred, you may request a loan by contacting Center for Research Libraries through your Interlibrary Loan Office. Rights and usage Materials digitized by the Center for Resear ch Libraries are intended for the personal educational and research use of students, scholars, and other researchers of the CRL member community. Copyrighted images and texts are not to be re produced, displayed, distributed, broadcast, or dow nloaded for other purposes w ithout the expressed, written permission of the copyright owner. Center for Research Libraries Scan Date: January 21, 2009 Identifier:s-g-000003-n2-f2

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208j1S G,R1OTSNous avons dj vu qu'il ne pouvaittre une arte de poisson,les pisquettes qui ressemblent auxsardines, sauf qu'elles sontplus petites, n'ayant pas d'ossature dangereuse.Cependant, d'a-prs les informations que nous avonsrecueillies, ces petits ppi-sonssont quelquefois pchs et prpars avecles pierres rugueusescontenues dans le sable marin et desrivires, ou tout autre corpsde volume insignifiant mais dont lesasprits peuvent blessern'importe quelle muqueuse.Que notre paysan n'ait pu nous direla nature de ce corpstranger qu'il avait senti dans sa bouche,il n'y a tien d'tonnant.D'abord ayant mang avec beaucoup d'apptit etgoulment, iln'a pas d vouloir perdre une seulebouche de son repas et n'apas cherch savoir ce quec'tait, ensuite, d'aprs Michel Gau-golphe, professeur agrg la Facult de Mdecinede Lyon et a-teur du Trait des maladies de l'oesophage,dans le nouveau Trai-t de pathologie chirurgicale, publi sous la directionde Le Dentuet Pierre Delbet:Il est souvent impossible de savoir du patientnon seulementla forme, les dimensions, mais mme la nature du corpstran-ger Dans le mme ouvrage i1 rapporte le casde maladesalinsqui avaient aval des fragments d'os, de boutons, etc... De l'und'eux il dit: nous avons t frapps de l'extrme insensibilitd'un alin qui avait aval un caillou d'un assez gros volume.Sans la gneabsolue de toute alimentation solide ou liquide,ajoute-t-il, on ne se serait pas dout de cet accident.Nous ne prtendons nullement ranger le ca-, de notre maladeau nombre de ces derniers. Du reste, durant son. sjour l'H-pital Gnralnousn'avons relev chez lui aucun signed'alinatibn mentale. Cependant si, mme un individu ayant l'int-grit de ses facults ou mieux une intelligence cultive, la natured'un corps tranger oesophagien peut chapper, n'est-il pas facilede comprendre que notre malade n'ait pu nous renseigner sur lescaractres de celui qui avait caus sa mort, lui qui n'tait qu'unsimple paysan intelligence inculte, s'occupait plutt de tra-vaux matriels et n'tait pas tourment par le besoin d'analyser?Et, sans vouloir.3t. retrancher derrirecette mentalit fruste,pour trouver une explication facile au contraste qu'on a observentre l'allure bnigne de son cesophagopathie, la gravit du syn-

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LLS G,RIOTS "209drome hs,morragique final et des ulcrations releves l'autop-sie, n'est-de pas aussi ce facteur qu'il faut penser pour, compren.dre en par\`ie que de pareilles ulcrations aient pu se produire etprogresserIraduellement sous la double influence de l'infectionet du 4:trauinatisme alimentaire rpt, jusqu' laperforation,sans provoquer aucun moment de spasme, cecorollaire cons-tant des lsions les plus bnignes comme des plus gravesde l'oe-sophage, et par consquent sans rgurgitation. On tonnait eneffet les rapports troits qui existent entre les conditionsindivi-duelles et les troubles digestifs et quelle valeur onattribue en pa-thologie digestive aux ractions personnelles du malade, l'tatde sa nutrition, au fonctionnement du systmenerveux viscral, l'tat du systme nerveux central, en un mot, saconstitutionneuro-vgtative ou neuro-psychique. Or celle-ci qui varied'unsujet un autre, dpend de tout un concours decirconstances oud'influences, comme par exemple le genre devie, le degr d'ins-truction et d'ducation, le genre de travailintellectuel ou mat-riel auquel on est habitu, les intoxications dont on,t victime,le climat sous lequel on vit. Supposons que notre ,'ode se futtrouv dans un centre plus civilis, qu'il futinstruit, duqu, quesa vie fut remplied'motions ou d'vnements propres branlerson appareil nerveux,nul doute que son systme vago-sympa-thique ne s'en fut ressenti. Nous l'aurions vualors proccup deson tat, demandantconstamment des renseignements sur soncas, consultant plusieursmdecins la fois, en proie aux spasmeseesophagiens. Mais heureusement pourlui, son ignorance, sa viesimple et paisible, le peu dedveloppement de son self-controll'ont prserv des affres de lavagotomie et de la sympathicotonieet n'ont pas t propres crer chez lui cet tat de nvropathieo se rencontrent entr'autrescaractres, la prdisposition l'an-goisse et cette aptitude spasmognequi peut se manifester mmeen l'absence de toutelsion organique sous la forme d'cusopha-gisme et qui, plus forteraison, est trs marque dans les lsionscesophagiennes, quelle qu'en soit la nature.A ce propos nous pouvons avancer, sanssortir du cadre decette tude, que les troublesdus au dsquilibre vago-sympatiqueou la constitutionnvropathique qui interviennent comme fac-teurs secondairesd'aggravation dans les affections pulmonaires,

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210,'I'1 1:S CiR10TSeardio-vasculares, particulirement dans les affections digestiveset qu'on rencontre si frquemment dans. les centres plus civiliss,surtout chez les intellrctuels, chez ceux qui mnent une existencefivreuse et trpidante ou qui ont gard des vnements auxquelsils ont t mls, la guerre par exemple, un temprament anxieux,ces troubles ne se manifestent qu'exceptionnellement dans le mon-de de nos paysans ou dans le peuple, et rarement mme chez leshatiens plus cultivs, parce que toutes les conditions ncessaires leur production n'existent p;is dans notre pays, (1) Sans doutey a-t-il, comme le pensent les',Docteurs P. et L. Mars et le Doc-teur Dorsainvil, des psychonvroses voluant sous des formesspciales troitement lies aux croyances superstitieuses du peuplehatien. Peut-tre certaines manifestations nvropathiques s'ob-servent-elles plutt la campagne, quand nos paysans consultentces gurisseurs mystrieux connus sous le nom de Hougan, de Di-vinor ou de l3ocor?Il ne nous appartient pas de discuter, encore moins de contesterde pareils faits. Mais dans le domaine de la clinique mdicale laquelle nous avons dj consacr 6 annes de notre existence,nous avons rarement vu des campagnards hatiens devenus n-vropathessoit par suite d'une affectioncardiaque ou pulmonaire,soit par suite d'une affection digestive. Nous n'avons gure ren-contr non plus de ces psychopathes, malades imaginaires, chezqui l'instabilit est la note dominante et qui passent leur vie assigerles cabinets de mdecins. Quant aux troubles psychi-ques relevant d'une mningite ou d'une syphilis nerveuse, d'unramollissement ou d'une hmorragie crbrale, du paludisme oud'une typhode o nous trouvons parfois du dlire sans carac-tres prcis, ils s'expliquent pat le substratum anatomique quileur a donn naissance, ce ne sont pas eux que nous ,envisageons,Les observations cliniques abondent out nous pourrions prsentertels et tels ulcreux ou cancreux de l'estomac ou du duodnum,(1) Dans le service de Chirurgie de l'hpital Gnral de Port-au-Prince,nous avonsobserv denombreuxpaysans hatiens,victimes de blessures gravesou oprs d'affectionabdominale,qui n'taient pas effrays outre mesure deleur tat et ne prsentaient aucune instabilit vago-sympathique, neuro-psy-chique, pas mme de la tacycardie motive.Peut-tre faut-il invoquer cette constitution spciale desnoirshatiens pourexpliquer leur endurance aux travaux les plus pnibles et le courage avec lequel,jadis, au temps des colons, nos aneetres les esclaves africains, subissaient lesplus sanglantes tortures.

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I, F,r, ix r cQ '7 sllttels tuberculeux pulmonaires qui n'ont jamaiseu de troubles dups,rchisme, n'ont jamais eu le systme nerveux viscralet ses di-vers lments sympathique et para-sympathique dsordonnsou-tre mesure.Dans l'ordre des cardiopathies, les aortites,les coronaritesoblitrantes ou non, spcifiques ou athromateuses qu'ilest sisduisant de placer la base de l'angine de poitrinesont extrme-ment frquentes et se retrouvent dans la plupart des autopsiespra-tiques l'Hpital Gnral Hatien. Cependant pourquoicetteangor Pectoris vraie, cette engine d'effort ne s'est-elle jamais d-clenche chez nos paysans, nos portefaix qui, touten tant at-teints des lsions vasculaires favorables son apparition, travail-lent durement, et chez qui se rencontre par consquent l'lmentconsidr juste titre comme la cause occasionnelle de la crise:l'effort.Il ne faut pas chercher trs loin. C'est lue chezces sortesde cardiopathes, l'tat du terrain auquel Vital ,Lassagne fait jouerun si grand rle, ce terrain nerveux qui cre, nous l'avons djdit, la prdisposition l'angoisse, la tendance aux spasmes, demme que l'hyperrflectivit neuro-vasculaire ou neuro-myocar-dique ne se prte pas l'closion de l'angine de poitrine.Il s'agit l de tout un gr?)upement de faits d'observation cli-nique qu'il ne m'a pas sembl fastidieux de signaler et dont ilconvient de poursuivre l'tude afin d'arriver des conclusionsplus prcises et dfinitives.On pourrait peut-tre croire que l'absence des troubles nvro-pathiques dans les diffrents cas prcits constitue pour le paysanhatien un privilge. Cela n'est pas tout fait dnu de vrit.Nous pouvons mme ajouter,que son ignorance et l'absence chezlui du don de s'analyser le mettent l'abri (les souffrances mo-rales qui, chez le civilis, chez, l'homme apte comprendre, vien-nent assombrir le pronostic de sa maladie.Mais par contre que de mfaits ne cause pas cette mentalitfruste) D'une faon gnrale le paysan hatien, l'homme du peu-ple ne se hte jamais de consulter le mdecin.Il s'attarde chezle Hougan qui sait gagner sa confiance en exploitant ses croyancessuperstitieuses, et quand enfin il se dcide se faire hospitaliser,sa maladie est trop avance pour qu'on puisse le gurir, voiremme lui faire bnficier d'une survie, car ou bien c'est un canc-reux dont l'organisme est dj envahi par les mtastases, un ni-

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212sreux de l'estomac ou du duodnum qui souffre depuis 10 15ans et chez olui l'intervention chirurgicale est quasi impossibleou inefficace cause des multiples adhrvnces ou de la cancrisa-tion, un tuberculeux la priode cavitaire et cachectique ou bienenfin il s'agit d'un sujet porteur d'aortite avec dilatation, d'an-vrisme ou de toute autre lsion cardio-artrielleou rnale en plei-ne asystolie dont il ne sortira que pour y retomber sous peu causede son indigence qui ne lui permet pas de se reposeret de sonindocilit suivre toute mdication et toute dicte, Quandparhasard le malade nous est amen temps, il ya presque toujoursdes parents se croyantsans nuldoute aviss, pour venir nousl'enlever, parce que, prtendent-ils, la maladieen question estune maladie <,surnaturelle qui dpasse coup sr notre comp-tence et la science mdicale, mais qui est certainement de celle denosconcurrents, les Bocors l':afl't.Que de mningitiques,d'encphalitiques ou de paralytiques gnraux,que de paludensen sub-conma ou en coman'avons-nous pas tobligs de laisserpartir ainsi malgr nous, car les maladies surnaturelles,ce sontpour ces pauvres d'esprit celles qui s'accompagnent de troublespsychiques, psycho-moteurs ou mentaux, moinsque ce ne soittoute autre affection volution chronique qui demandeun trai-tement trslong, trop long au sensdes paysans, et mme assez,souvent de ceuxqui se targuentde tout comprendreet qui croientpourtant de bonne foi que toutes les maladies doivent tre guriesdu jour au lendzmain.Si les diffrents facteurs numrsau dbut de ce travail sontresponsables de tant de dommages, ils constituentencore, nousl'avons dj dit, de vritables obstaclescontre lesquels peuventse heurterles tudiants ou lesjeunes mdecins appels faireleurspremires armes dans la clinique mdicale.Nous avons expos longuementet en dtail le cas d'un (le nosm,ilades chez qui la croyanceaux empoisonnements allait avoirdes consquencesd'ordre judiciaire. Ona dpenser, en lisant no-tre observation,aux complications mdico-lgalesque cet espritde perscution naturelau paysanhatienou l'homme du peupleet leurs croyancessuperstitieusespeuvententraner,Sans plus nous y attarder,revenons notre point de dpart,c'est-Fdire l'interrogatoire cliniqueet voyonsquelsaractresparticuliers lui imprime la mentalitdu peuple hatien.

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Pourcommencer,cequestionnaire,aije besoin de le dire, doitse taire dans le patois populaire d'l lati: le crole.Orqu'il s'a-gisse de mdecins hatiens ou de mdecins trangers habitant lepays de longue date, le langage de ]'pomme du peuple et surtoutdu rural est quelquefois difficile comprendre,et petit prter vies erreursd'interprtations.Certaines explications ilest vraipittoresques,ne semblent traduire dsl'abordaucun trouble con-nu de la pathologie, et mme quand on y esthabitu,ce n'estqu'aprs rflexion et ]'examen complet qu'on pourra dvoiler lapense du malade.Voici, par exemple un paysan qui nous consulte, parce qu'ilprtend avoir aval une bte qui a lu domicile dans son esto-mac, y a pondu des ocufs et dont il sent les petits circuler danssoncorps,dans sesveines.Disons-le une fois pour toutes onpeut se tromperfacilement,si l'on se contente de classer parmiles psychopathes les paysans qui dpeignent ainsi leurs malaises.Le plus souvent ils portent une lsion organique qu'ils croienttre un animal leur dvorant lesentrailles,le cerveau ou les reins.Une femme se plaint d'avoir une couleuvre dans sa poitrine, Enralit elle veut dsigner des douleurs rtrosternales relevant d'uneaortite syphilitique qu'on n'aurait jamais diagnostique si, laprenant uniquement pour une hallucine, une hystrique, on nel'avait pas ausculte attentivement etradiographie,Un jeunehomme accuse un insecte de lui marcher en sautant autour ducoeurt dfaut d'unepricardite,il fait plutt des palpitationsd'origine aortique,Mais que voulait dire notre paysan chez qui l'observationjournalire ne nous a pourtant rvl aucun trouble mental'Cette bte logeant dans son estomac tait-elle un ascaris' Nousavons rejet cette premire hypothse, car le malade n'en avaitjamais expuls ni par l'anus, ni par la bouche, et de plus l'exa-nien des matires fcales tait ngatif pour parasites intestinaux.Voulait-il dsigner unedouleur,une crampe, une sensation depesanteur et les petits qui circulaient dans sesmembres,taient-ils desfourmillements?Toul;es les questions qu'on lui posait pouravoir des explications plus claires aboutissaientla rptition dela mme phrase ou d'autres lui ressemblant peu de chose prs.En fin decompte,nous avons tiquet son cas d'artriosclroseen nous basant sur les signes physiques constats, et en assimilant

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la bte 1 astflgttcdes palpitations et ses petits auxcrampes desmembtr", sulpsiwurs et infrieurs,et de la cryesthsie. Cela ar-rive ci'.ullu, ass! souvent quefaute de pouvoir obtenir des ren-seil;nementr (h. malades qui n'ont nile don ni le choix des expres-sitius. on se voit forc delaisser l'interrogatoire pours'en tenirau seul examenphysique. Nous y reviendronsplus loin. Pourle moment cequ'il importe d'tablir, c'est qu'il semblenaturelque chez des hommesrests incultes, vivant dansla compagniedes animaux et pour quicertains d'entre ces derniers sontl'cibjetde vznration ou de crainte,--Ilcouleuvre par exemple,qu'ilsrefusent de tuer,----il semblenaturel que chez des campagnards,pour qui enfin, mmel'ide de Deu est personnifiepar certainsanimaux, que les sensationsdouloureuses prennent aussifigurede btes et qu'ils croient lesavoir dans leur corps. D'ailleursn'ya-t-il pas dansles classesrurales ou populaires une croyancede-puis longtemps accrdite savoir qu'on peut faire avaler dans ungrog celui qu'on veutrendre malade ou empoisonner, unecouleuvre, un mabouya ou toutautre reptile, et ne raconte-t-onpas parfois que tellefemme, victime d'un pareil attentat aaccou-ch un beau jour de l'animalqu'elle avait ingr son insu?Histoires puriles, me direz-vous!Cependant il n'en est: pas moinsvrai qu'elles rsultent decroyances profondes et qu'il n'est pasfacile de distinguer parmi cesmalades porteurs d'affection orga-nique symbolise par eux sousforme de bte, les cnestopathesdeceux qui ne souffrentd'aucune maladie mentale.Une autre particularit c'est ruecertains mots sont dvis deleur sens primitif et gnralementadmis. Par exemple, pourn'envisager que les plus usuels:Touss veut dire toux, maisdans le peuple il fait penser latuberculose.Mou ne touss quivaut tuberculeux,de telle sorte que de-mander un malade s'il tousse,c'est lui demander s'il fait delaphtisie.Vent a comme sens primitif graz,borborygmes, mais le pay-san l'emploi dans le sens de coliques,de point de ct dans l'ex-pression Vent quimb'm l'an vente, sousct poitrine moin.L.estomac ne dsigne pas toujoursl'estomac mais plutt lecour ou les poumons.Veine, c'est pour eux un musclequelconque, un tendon ouun nerf.

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LES C,RIt1TS'215Foulage acomme sens courantentorse,contusion; mais assezsouvent dans le langage rural ou populaire ilsignifie douleurpigastrique dans l'expression roulade lestomaque.Foulagel'an poitrine veut dire plutt point de ctou douleur thoraciqueprcordiale.I3isquct tomb, Lait pass, voilencore deux expressionscroles couramment employes par nos maladeset dont le sens nemanque pas d'tre complexe.La premiresemble signifier toutedviation de l'appendice Xiphode,causant de l'pigastralgie, toutefracture dusternum. Maisn'englobe-t-on pas aussi sous cettednomination tous syndromes caractriss soitpar des vomisse.nments incessants, quelle qu'en soit la cause, soit par un tat in-fectieux accompagn ou non de vomissements, de prostration,d'amaigrissement,de gne ou de douleur l'estomac.La deu-xime s'applique en gnral toutes les complications dupost-partunm, fivre puerprale, paludisme avec cachexie, mais elle estspcialement synonyme d'une tuberculose qui volue aprs l'ac-couchement ou de toute dermatose faisant son apparition pendantl'allaitement. etc...Rhume piti milest employ dans la rgion des Platons, D-partement du Sud comme l'quivalent de Rhume des Foins.Dans ce chapitre de terminologie crole, on n'a jamais finid'apprendre. Tout rcemment n'ai-je pas not le mot Cazalemploypar un malade porteur d'une lymphadnie. D'aprs lesexplications qu'il m'a fournies, ce mot dsigne toute dermatosecaractrise par des ruptions prurigineuses et papulo-vsiculeuses,Bref, en accumulant ainsi plusieurs termes croles avec la si-gnification que les campagnards leur donnent, on pourrait rigertout un vocabulaire smiologique local qui ne serait pas dnu detout intrt,Plus redoutables sont les cueils suscits par d'autres facteursdj mentionns: l'ignorance, l'impuissance analyser leursma-laises, l'habitude de consulter les divinors et une conceptionbizarre de certaines maladies.En gnralle paysan hatien n'a pas la notion du temps. Parconsquent il ignore son ge et mme parfois celui de ses enfants.Mais cela n'est rien, car on sait que les malades n'ont pas toujoursl'ge de leurs artres, ni de leur habitus et l'on peut toujours trou-ver des points de repre dans l'histoire d'Hati, par exemple, de-

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1,16'smander au patient sous quel prsident il est n, ou s'il ne peut ledire, insister pour savoir quel est le premier chef d'tat qu'il aconnu, s'il se souvient de la petite vrole qui eut lieu sous la pr-sidcnce de Salomon, ou de la guerre des cacos sous le rgne deSil-cil un mot de tout vnement auquel il a t ml, lui ouses parents et qui s'est grav dans la mmoire de tous les hatiens.Ce moyenrussit presque toujours.L o l'ignorance de cette notion peut causer des erreurs, c'estdans la dtermination de la dure des maladies, lment impor-tant dont dpendent dans une certaine mesure le diagnostic oule pronostic. Les semaines, lesnnois, les innes sont pareils pourquelques uns, Consquence: dans quelques cas de tumeurs, d'af-fection pulmonaire ou autre, le mdecin peut hsiter se pronon-cer et il lui faut confronter scrupuleusement les signes subjectifset objectifs pour se faire une opinion, ou bien attendre les exa-mens de laboratoire ou d'histo-pathologie,Les antcdents hrditaires etcollatrauxsont presque tou-joursnuls, les descendantsne s'inquitant pas des taresfamilialesou dsertant le toit paternel ds l'adolescence pour aller gagnerailleurs une pnible existence. A ce sujet, disons en passant qu'ilest dans les murs des familles paysannes de vivre disperses dansles diffrents coins de la rpublique et qu'il est rare de rencontrerdes malades venant directement de la campagne natale, d'o l'im-possibilit de renseigner sur les ascendants, A cela, joignez leurcarence intellectuelle et l'on comprendra que les descriptions qu'ilsessayent parfois de faire des maladies dont ils ont t tmoins nepermettent pas de porter un bon diagnostic rtrospectif, et quel'tiologie resteparfois imprcise.La tuberculose, mme quand il s'agit d'un malade appartenant l'lite hatienne, est garde la plupart du temps sous le sceaudusecret, par prjug,peut-tre cause de la crainte exagrequ'inspire la contagion ou parce qu'elle passe aux yeux dequelques uns pour une maladie honteuse,Il faudra une certaineadresse pour arriver savoir qu'un membre ou deux de la familleont succomb une Maladie touss. On garde galement soussilence le mal cadi ou l'pilepsie, que l'on considre tort coin-nie une maladie contagieuse, le facteur de contamination tant,selon le prjug populaire, l'cume sanguinolente qui sort de labouche pendant la crise.

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2t7Par contre, avec plusou moins d'insistance i;t force deques-tions, presque toujourson finit par obtenir les antcdentspersonnels, La syphilis que, parait-il,ailleurs on a honte de signaler,le pian, sont avoussans hsitation. Mme certains malades ta-blissent parfois entre le chancre,l'adnite sypl;!ilitique qu'ilsap-pellent abcs-glande-rentrou abcs-r-ibi, et les autresma-nifestationsqu'ilsprsentent, un rapport decause effet.Mais cesrapprochements, s'ils sort des manifestationsde laraison dont le propre chez l'enfantcomme chez l'adulte, chez leprimitif comme chez le civilis,est de rechercherla raison deschoses, les causes neproviennent que de la transformationin-conscientechez ces tres frustesd'unecontiguit subjectiveou dela successionde deux phnomnes enune liaison objective et n-cessaire.Ils ne sont qu'autant d'applicationsdes sophismes bienconnus: Post hoc, ergo propter hoc;cum uno ergo cum omnibus.S'il se trouve que la cause incrimineest la vrae, ce n'est que purhasard, car onsait que lespaysans invoquent assez souvent l'origine de leurs maladiesun traumatisme lointain ou tout autreaccident avec lesquelsellesn'ont logiquement, scientifiquementaucun rapport. (l)On arrive facilement connatre leshabitudes, le genre de vie,les intoxications dont ilsont t victinmes,D'ailleurs ces intoxi-cations nesont pas nombreuses, c'est, 95sur 100, l'alcoolismeet ses diverses modalits cliniques, depuis la simpleivresse jus-qu'aux rpercussioi s nerveuses, cardio-vasculaireset surtout h-patiques. En effet, ds le jeune ge,le paysan hatien est initiau clairin, au rhumsec et ces macrs ouessencesqu'ils dsi-gnent sous le nom de tremps l'anisou ;;`!l'absinthe etc.., carl'alcool est considrcomme un stimulant du travail et commeun aliment, Le tabagisme existe aussi, maie il n'estpas frquentde mme que le saturnisme. Quantaux intoxications lentes quidonnent l'illusion des paradis artificiels,telles que la niorphino-manie, la cocanomanie, etc..., inutile dedirequ'on ne les ren-rontre jamais chez nos unalphabets,car elles supposent un cer-tain raffinement de la civilisation.(1 )tsar exemn!, tin in ila,lr ;lui a taus ks sgnes d'vunn vrisnteaortiqueace'ireo' 'ICI gonfles svpltiliti +uis qu'il pi+rte sir la ngiuii thoraciqueantsrieuteet suie rieurr de prcwogiwe 10,1 'rr,ouli!cs,l'n ralitd la syphilis est la causede son .aenion .7ertique, moisa 'atc notre malade. icsgonfles viennent plutt d'un entpoisonncnient dont l'anivrisrncne serait qu'une eonsqucnce,

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218enunulri,nnmmm mit m.umunaa iouunoionemrr'J. lisGRIOTSIl fautaussi noterl'intoxicationpar l'essencede noyau qu'in-grent si souvent les hatiens voulantattenter leurvie, qu'onpourrait dnommer cette essencenotre poisonnational.Y a-t-il des intoxications provenantde l'usage des plantes duterroir, et certainesfeuillesont-elles la vertude provoquer un tatde mort apparente dont les victimesne peuventsortir qu'au grdes Hougans, mais en gardant jamaisde cette intoxication cettatd'hbtude, cette passivit caractristiquesde nos prtenduszombis? Il est certainque, comme partout ailleurs, nous devonspossderdans notre flore tropicalesi riche, desplantes vnneuses.Mais aucune recherche n'a tfaite jusqu'ici d'une faon scien-tifiquepour permettrcd'en connatre les alcalodeset d'en prciser lesproprits.Quant auxhistoiresdezombis, elles constituent jusqu'l'heu-re actuellepour nos vieux parentscomme des contes des mille etune nuits qui, les soirs, auprs de la lampe,troublentde frayeurl'me de nos enfants. Maisaucun savant n'a euencore l'ide d'enpercer le mystre. (l )Venons-enmaintenant aux commmoratifs.On auraittendance croire que lepaysan, l'hommedu peuple,tant rputspourleur simplicit, il est pluttfacile de tirer d'euxtous les renseignements donton abesoin. Notre exprienceper-sonnellenous a prouvle contraire.Dj, dans la recherchedesantcdents, nousavons montrcommenton estparfoisembarrass. Dans l'enqutesur le modede dbut, l'volution desmaladies,l'espritcritique, la sagacit, lapatience du cliniciensont toujoursl'preuve, car,outre que lelangagedu paysanne manquepas d'tre parfois quivoqueetincomprhensible,on se trouvetrs souventen prsence de ma-ladesqui, sans prsenteraucuntroublepsychique, aucune apha.sic, parle peu ou pas dutout. Le mdecintant pour luicomme ledivinor, il se figuresans doutequ'il doitpouvoir, l'instar decedernier, connatreson nia] sans s'tre livr aucune investigation,(1) Le Dr. l nuis Mar';a d.i rapport l'observation cliniquedu 7omdes GonavesD'aprs sesC(tl s'agit d'un alinauthentique. (VoiWr1lati"Journal talute 1937).Il a gaIen)citttt)nChr aia question dans la 2me partiede sa confrenceRl,a mentalithatienne et la psy hiatrie;>publie pour lalre fois dans le No.de Juin 1938 du Bulletin duService d'hygine et d'Assistancepublique.

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LITS GIt107',S219Il faut tout lui demander,C'est une manire desphynx qui nelche son secret qu'auprix d'un examen minutieuxet long.Rencontre-t-onun paysan bien dispos raconter l'histoire desa maladie,s'exprime mal danssa propre langue maternelle,ses mots sonv,hsitants, doubleou triple sens.Il tale des ma-laises sans inip-)rtanceet laisse dans l'ombre les plusconcluants.Il dpeint ses troubles d'unefaon telle que parfoison se demandes'il ne serait pas capablede lancer un dfiaux plus grands matresde la clinique, et si la smiologien'est pas remanier.La premire partie de l'interrogatoirequi consiste laisser laparole au malade, la partieobjective, est donc nullele plus sou-vent. Nanmoins,ce serait une faute de s'y soustraired'une fa-on systmatique, car les mthodesclassiques ont fait leurspreu-ves et restent toujours les meilleures.11 est par consquenttrssage de les essayerd'abord,avant de conclure leur inefficienceet d'y renoncer.Mais dans l'examen denos malades intellectuellement incultes,le clinicien, 90 foissur100,fera mieux, s'il neveut perdre untempsprcieux,de commencer d'enibieson examen par une s-rie de questionsappropries,inspires ds la prisede contact parune courte observation gnrale du patie,1t.S'agit-il, par exempled'un sujet prsentant de l'dmeaux membresinfrieurs,proc-dez du coup l'examen fonctionnelde l'appareil urinaire, cardio-vasculaire, puis des autres appareils,et ensuite la recherche dessignesphysiques.Dans les cas oaucun symptme n'attire l'at-tention, la tche est pluscomplique. Cependant,on peut s'entirer de la mmefaon,en cherchant connatre le fonctionne-ment de chaque appareil,Veut-on procderl'interrogatoire de l'entouragedes rnalades,les difficults sont lesmmes,On n'obtiendra aucune prcision.Bien que la mthodeque nous proposons se recommandecom-me celle qui nous semble convenirle mieux la mentalit de lamajorit de noscampagnards,on ne peut dire pourtant qu'ellesoit toujours infaillible: certainsmalades rpondent affirmati-vement ou ngativement toutes lesquestionsposes,ou biens'y drobent systmatiquementpour parler de choses qui n'ontaucune relation avec leurmaladie.Ils nient aujourd'huicc qu'ilsont avouhier.Enfin aux mmes questionsposesdiffrentsmoments par diffrents mdecins, ils fontdes rponses diffrentes,

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ivllet+tte que les premiers qui les ont interrogssont quelque-'tlrtjtus.De plus, un autreinconvnient,c'est que, si 1'onily lprtndgarde, on court le risque de dirigerles investigationsdans mi stils dterminconformment ses premires impressionset l'observation clinique que l'on dressepche par manque d'ob-jectivit,Quoi qu'il en soit decc questionnaire, un double travail d'in-terprtation s'imposeau clinicien.D'abord, il doit s'vertuermentalement trouver clansle voca-bulaire mdicalou smiologique les quivalents decertains mots,de certaines expressions crolesdont seul le peuple descampagneset des banlieues ont lesecret.Ensuite, dansune deuxime tape purementmdicale, en consi-drant cet ensemble dematriaux si disparateset si pniblementamasss, il distinguera,comme il est recommand classiquementde le faire, les troublesessentiels des troublessecondaires, et cher-chera les rattacher immdiatement leurs vritablescauses.Pour en arriver ce rsultat, une certaine exprienceclinique,un certain commerce despaysans sontindispensables. Cependant,il ne faut pas oublierque malgr tout, dansun grand nombre decas, surtout ceux relevantde laneurologie,on est oblig (nosanalphabetsne pouvant analyser leurssensations et les traduire,(1) de renoncer tout interrogatoirepour se contenter de l'exa-men physique qui,quand il est fait d'unefaon mthodiqueetcomplte, peut fournirquelques lmentsde diagnostic.Tel est, dansses grandes lignes, l'aspectque nie semble revtirla clinique mdicaleen fonction de lamentalit denos masses ru-rales.Certes, en dpitde cette mentalitprimitive il n'estpas excep-tionnel derencontrer despaysans capables d'exposerleurs ma-laises, aussi bienque n'importe quelsmalades appartenant l'liteintellectuelle,Ausurplus,certaines difficultsde nos examenscliniquessont les mmesque celles sur lesquellesnos matrestrangers attirent1 attentiondans tous lesouvrages de smiologie.t 1) Dans la cliniqueden affections digestives,l'interrogatoireest aussi p-nible et laborieux,sinon davantage,car il s'agit icide. vrifier des sensationsdont l'analysene dccle pas tnujours---.ntu1echez les maladesintelligents etinstruits-
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LESGRIOJ S221Mais,nous tant assumpour tche deprojeter de la lumiresur les cueils surgissant exclusivementen H-ladti clansle domainede la mdecine gnrale du faitdu niveaumentald'une catgoriede compatriotes,nous avons laiss volontairement dansl'ombretoutes les analogies qui apparentent l'interrogatoireclinique denos analphabets celui des malades civiliss.Si les quelques jeunes mdecinset les tudiants 1.1 formationde quinous avons apport et apportonsencore notre modestecontribution,pouvaient tirer quelque profitde la lecture de cetravail,l'un des buts que nous poursuivonsdans l'enseignementde la clinique smiologique seraitpleinementatteint,nous leuraurions appris modifier les mthodesclassiques, de faon pou-voir les adapter aux exigences localeset obtenir de n'importequels malades le maximum d'informationsncessaires au diagnos-tic et au pronostic.Peut-tre, les cliniciens de l'avenirne se heurteront-ils pas auxmmes obstacles rencontrspar lesans,car, de plus en plusl'instruction,le progrs est diffuspar des coles rurales dans lesrgions les plus recules d'Hati,et il faut esprer qu'un tempsviendra o il n'y aurasur ce territoire qu'uneinfimeminoritd'illettrs.Dr. MORICIt-IALI.rissistani au Service do M decine GnraleAnn`en Professeur de 5"mivly ic l'Ecvlcde Aldecine.Professeur de f atholvgic M(clicale la Facultde Mdecine.

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Le Mercure deFrance et les GriotsNousdevonsri l'exttivrterrbliiteanrede l'Argus de la Presse (37,Rue Bergre Parisr' e id'avoir pris connais,anced'unenote-cri-tique de W. C:h. H. llirsih, parue dans leNo. du 1er Octobre1938duMercure de France.Noussommes tris /perreux di,la haute considrationtmoi-gne l'endroit des Griots par l'une desplus clbres Revues deFrance. Naturellement,nous nous expliquonsl'tonnement et lariartion de M. Hirschdevant l'affirmation d'unIdalracialetnationalchez un petit peuple ngre.Ainsi, quand notre Direc-teur M. Carl Iirouard parlede miracle ngre l'instar du mi-racleblanc ralispar lavieille I/ellade, nouscomprenons quel'gosme de race chez le critique soit froiss.D'autant qu'il ap-partient it un peuple colonies ngres surtout etqui, en tua cer-tain sens, nedoit sa domination dunelemandeque parson in-fluence spirituelle,Cependant devantla cabale ourdie dans certains milieuxhatienspar des types. professionnels du dnigreraientsystma-tique, nous avonsdcid de reproduire, in extenso, la note cri-tique en question:LES RE.VU1 S.Les Griots; LeMouvement intellectuel en Hati;retour auxsplendeurs abolies descivilisationssoudanaises;de l'opportu-nit de crer unnouvelalphabet.---LesGriots, tel est le titre de la revue scientifiqueet littraired'Hati dont le Ni).1a paru Port -atr-Prince, date' de juillet septembre 19108. Ses fondateurs, MM. Cari I3rouard, LorimerDenis, CI. Magloire fils et le Dr. Franois Duvalier, signent uneDclaration qui est pour eux tin engagement solennel de res-pecter ce principe: I"sn tout, l'Art doit toujours s'allier la Mo-rale. (L'auteur de cette formule timore serait feu M. Jules Cla-retie rpondant une enqute littraire) .Ces messieurs font en-suite appel la collaboration ale tous pour chanter le pays ha-tien. Ils veulent de plus assurer la prenniti de l'intgration dansla littrature nationale du mouvement (lui est le leur et con-

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tribuerI'laboration d'une pensespciliquemcnt hatienne.Ils se proposentencore un rapproche'ment intellectuelavec l'Ami"rique latine, le renforcementde l'unit de l'ethniehatienne, lagarde d'un souvenir Cternelet crtux, disent,ils, notre minentMcne: le maire Raphal Brouard.A'c>il un faisceau debonnesintentions.Au verso de la pag: ouelles sontimprimes,111, C ,irl Brouardexprime la doctrine de lanouvellecole.La voici danssa lettremme. C:'est un documentcurieux plus d'untitre,surtout au-jourd'hui queMM.Ilitler et Mussolinicamouflent leurs cxp.clients politiuesldqsousesehors de doctrines:'8 juillet 1915, L'Amricainfoulait notre sol, 1llas!ce ta -tait pas seulementsur cette terre conquise lu pointede leursbaonnettes que leurs lourdesbottes marchaient maisaussi surnos c(.Vurs.Bien qu'alors en pantalonscourts, nous comprimesque nous tions (a ctnc+raiion de l'Humanitet la mlancolie di-lata nos yeux.? jAlors naquirent la Troueet la Revue Indigne, Revue lndi-geste, disait-on, de cette dernire publicationqui, dans l'ordrelittraire, comme le Petit Impartialdlaaav l'ordre politique, n'taitqu'une violente ractioncontre la trop servile imitation blanche.Nous remmes en honneur fassetoc et l'uora. Nos regardsnos-talgiques se dirictrent vers l'rlfriqueedouloureuse et maternelle.Les splendeurs abolies des civilisationssou(lunaiscs rirent saignernos Murs. Virilement et glorieusement. purilementaussi peut-tre, nous jurmes de faire pournotre patrie le miracle ngre,comme la vieille Hellade fut le miracle blanc'.Aux splendeurs orientales de l'antiquueS'aba, nous rvions demler la raison latine, et que dece mlange conforme au gnie denotre race naqut une civilisation intgralementhatienne. Maiscette civilisation originale, o donc pouvions-nousla puiser, sice n'est dans le peuple?Aussi nos maes inquites s'intressrentpassionnment au folk-lore. A ce moment, tout un mondeagonisa en nous. Nostecc,aveugles et stupfaits s'ouvrirent dansce tnbreux cachot, onos fronts bossus ne purent trouver d'ouvertureet o nos bc-tons rsonnrent luqubrenient sur les dallssonores de la solitude,Comme Ca'the mourant demenduit dela lumire, avantquese ferment nos paupires douloureuses, nous voulonsvoir ptain-tire l'aurore.

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224l.l.'SGRIOTSEn atcendantcetteaurore, M, Cari l3rouardchante les petitsplaisirs de la vie hatienne:PC)EMEA Mina. petite femme-fruit, aux joues couleur de pche,vientt'tendre (sic) (1) pris de moi sur lanatte. Le vent berce lesfougres, au bord de l'eau, lutine les abeilles bourdonnantes,dis-perse le parfum pntrant des goyaves, sur le sol crases. Nullieu n'est plus propice la sieste.M. Jh. Baptiste Romain ddie Ala mmoire de Paul Ud.Gaspard, une posie: Le Griot o ilmontre un got indubi-table pour la rhtorique:Adieu, puisque la joie apparente du CourPrparait ton essor versun meilleur espace;Puisque la gat dont tu lista cuirasseNe servit qu' cacher ton mpris,ta rancourlLe mal est seul puissant, quimne la bataille.A. son triomphe sr, pourquoidonc assister?...Mieux vaut mourir alors, drapdans la fiertTu laissas les chacals ds`vorerles entrailles,Ton cour ne pouvaittre en son isolementQue l'cho des malheur, confis ta lyre,E't ta vie, pote!un douloureux martyreDans ce vrai Saharad'impossibles tourments,Ta barque, maintenant,tient l'Ile nostalgiqueD'o longtemps l'existenceamre t'exila.Tu peux avec Diaquoi,les dieux et les loas,Danser la bacharaclans les brousses d'Afrique...M. ou Mme Theodora1lolly, de la SocitHatienne desLettres et des Arts,est l'auteur d'une propositionaudacieuse,en imitation d'un fait qu'iltient d'une lecturedes Harvard Afri-can Studios de 1917:(1)11 s'agitici d'ttne imite typographique.(N. D. L. R.)

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il Il S GR1() l'.ti225D'aprsle journal prcit, il semblequ'il ya un sicle, unetribu noire habitant la rgion du Grand Cap Mount dans l'ouest-Afrique, a effectuune ralisationqui bouleverse toutes les tho-ries concernantl'ori=gine et le dveloppement de l'art d'crire.En effet,vers l'an1833 re peuple T'ay-jusque-l totalementillettr--conut l'ide de reproduire sa langue en caractres crits.L'origine de cette inspiration est d'une simplicit impressionnan-te.L'initiateur du mouvement, un jeune d'environ Vingt-cinqans. fit un rve dans lequel il lui futordonn deprocder sans re-tard l'invention de caractres propres fixer les sonsdudialectelocal. L'inspir communiqua le songe quelques amis qui s'en-rlrent de suite comme collaborateurs.Ecoutez maintenant quels furent les rsultats. Avant un an cegroupe avait produit un alphabet syllabique entirementoriginal.Au boutd'un an on changeait deslettres. Aubout de deux anson composait des livres. Au bout dequinze ans toute la popu-lation mle adulte de la mtropole (13andahoro) savait lire etcrire et chaque province avait son petit cercle de lettrs pouvantdchiffrer les livres du pays.Ce sontl des rsultats pratiques,videmment,Maintenant, laquestionqui sepose notre esprit est celle-ci: savoir si, avec un alphabetcrexprs pour le dialecte hatien,nous ne parviendrons pas enrayerl'analphabtisme de nos mas-ses qui persiste encore aprs cent-trente-quatre ansd'indpen-dance?Qu'en pensent nos spcialistes en philologie?Oui,qu'en pensent le s' philologues--et, en particulier, ceuxdu IIIeReich? Aux chercheurs ventuels,nous indiquons labi-bliographiequi accompagnela noticede M. ou Mme TheodoraI-Iolly:F, iV. Migeon:7'he SyllahicWriting of theVai people-(Journal African Society Vol 4 No. 33 LondonOct. 1909 p.46-58).Momolu Massaquoi.The Vai people andtheirSyllabic \Vrit-ing-(Journal of African Society Vol10 No. -10 London July1911 p. 459-466).M, Delafosse: Les Vai, leur langue,1 er systme d'criture(1,'Anthropologie Vol. 10 Paris 1899 p.294-314).E. E.ForbesJournal Royal Society Vol. 20 London 1850, p.-8j-101.

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f.1 .Sf,R1U'l'S226Prol)lnres l'ordre du. jour.NOTES SUR LA CULTURELe problme de notre culture est l'ordre du jour.Il retientl'attention des crivains hatiens et trangers.Il est vrai que lescrivains de laRevueIndigne s'en taient proccups,et la ma-tire concrtedans I'Oeuvre desGriots.( 1)Au seuil de ces notes, et pour la comprhension nime de laquestion il est bon de s'entendre sule terme.Nous savons gr au Docteur Louis Mars d'avoir rappel auxintellectuelshatiens la conception anglo-saxonne de la culturesl'ensemble des croyances, des moeurs, des coutumeset des atti-tudes mentales d'une communaut donne. Au bnfice de cettedfinition on devrait admettre l'existence d'une culture propre-ment hatienne. Mais il semble qu'on n'est pas tout fait d'ac-cord sur la dfinition, par l'imprcision petit tre qu'elle renferme.Un grand nombre de nos crivains ont une conception troptroite de la culture. D'aprs certains d'entre eux, elle serait l'ap-titude disserter sur les diverses branches de la connaissance.Ceux-l, citipressons-nous de le dite, n'ont pasle sensdu probl-me.Aussi,leursoeuvres ne sont-elles qu'un amas d'ruditionquand elles ne sont pas un tissu de vagues rminiscences.Dans ce dbat intressant au plus haut point, nous retenonsl'opinion de Langston lH.ughes, pote ngre amricain,S'agis-sant de notre culture il crira; Elle non pins n'estpas hatienne, l'exception de ce qui a trait aux rites,aux tambours et au chantdes classes les plus basses.Pour m'en convaincre, continuel'auteur, il m'a suffi de feuilleter, moiqui suis pote, une antho-logie potique hatienne, ( 2)Il l'vidente que l.anston Hughes---sitoutefois ill'a biencompris..,.-.i mal pos le problmeou plutt confond la culturehatienne et la littrature hatiennequi est un aspect, (et clans sa( 1)tI )z+ticIP. I)uv. ti'r. sN. I1hiannt.,in *I rs t.nklanccs d'une G n-ritinn.1 /, 1-I(2) I3a 7i-1 wnpi*diti,n I1 C)tuebre 191);,

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227plus haute manifestation) de la premire. La confusion est con-tenue dans la proposition contestante part les rites, les tam-bours et les chants--l'indignt de notre culture.Toutefoisnous souscrivons la pense de l'excellent pote ngre amricain savoir que notre posie d'une faon gnrale n'est pas propcc-ment locale. Et pour mieux prciser, nous ajoutons que notrelittrature en tant qu'extriorisation d'une manire d'tre, d'untat social dtermin, n'est pas l'expression de notre culture. Uncela nous croyons tomber d'accord avec les crivains de la RevueIndigneet duGroupedes Griots.A la vrit, la question semble avoir fait la matire deAinsiParla l'Onclesous la dnomination de Folklore, si l'ondoit ad-mettre comme dfinition de la culture: l'ensembledes croyances,des coutumes et des attitudes mentales d'une communaut donne.Voici l'opinion de William J. Thoms rapporte par le Doc-teur Price-Mars. (1)On peut dire que le folklore englobe toute la culturedupeuple qui n'a pas t employe dans la religion officielle oudansl'histoire (le la civilisation par d'tranges et grossires coutumes,de superstitieuses associations avec les animaux,les fleurs,les oi-seaux, les arbres,les objetslocaux, et avec les vnements de lavie humaine: il comprend la croyance la sorcellerie, auxfes etaux esprits, les ballades etles dires proverbiaux qui s'attachent des localits partiCttirwt ,les noms populaires des collines, desruisseaux, des cavera,(lts tumulus, des champs, des arbres, etc...et de tous les incidentsan.alogtles.Folklore, dit le Comte dePuyinaigre, comprenddansses huit lettres les posiespopulaires,les traditions, les contes, ls lgendes,les croyances, les supersti-tions, les usages, les devinettes,les proverbes, enfin tout ce quiconcerne les nations, leur pass.leur vie, leurs opinions.Si nous rapprochons les termes contenusdans la dfinition dela Culture cle ceux proposs pourexpliquer le Folklore, il parait quelques exceptions prsqu'on est en prsence 'd'une seule etmme chose. et que par consquent,Culture et Folklore seraientsynonymes, bien queWilliam J. Thoms souligne que le Folk-lore embrasse toute la culturedu peuple voluant en dehors de lareligion officielle et de l'histoirede la civilisation...(1) Ainsi l'arI,l'()nc!e.1Q28-

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228Nous avouons que toutes ces prcautions prises pour ne pasconfondre Folklore et Culture ne font que compliquer le pro-bl;:me. Cependant, il ressort que d'aprs tout ce qui vient d'tredit ce serait l'oralit des croyances, des coutumes. des attitudesmentales d'un peuple dans son facis seuhment primitif, qui ca-ractriserait le folklore. Dans ce cas nous serions en dsaccordavec l'Ecole Franaise d'Anthropologie quant sa conception dela mthode cycloculturelle pour expliquer le dveloppement oudterminer le degr actuel d'une civilisation du point de vue sur-tout aninologique et sociologique. ( l) De ce qui prcde il seradifficile de dfinir la satisfaction de tous une culture proprementhatienne, si ds l'abord on n'arrive pas la convergence de juge-ments thortiques, en d'autres termes si, l'accord mental nepeut se raliser quant lu concept.Pour vitertoutediscussion d'cole, tout point de vue doctri-nal surce derniernouschangeons les donnes du problme dansl'espoir de les rendre moins incomprhensibles, sinon plus ac-cessibles l'intelligence.Notrecomportement, nos crations, sont-ilsl'expression na-turelle de notre aine, denostendances, de nos inclinations? Cequi revient noter les faits ethnographiques, telsqu'ils se lais-sent dtecter dans notre communaut. Nous envisageons la ques-tion sous trois aspects diffrents: 1.-Spirituel ou animologique;2.-Sociologique; 3.-Ergologique.i.-Nous savons que du point de vue desa formation eth-nique le peuple hatien est tributaire de divers courants raciaux.Et rien qu' considrer chacun deses facteurs ethniques on s'ex-plique le caractre disparate de notre communaut. Lespeupleshabitant l'Afrique sous le rapport des croyances n'ontpas le m-me comportement religieux bien que l'animisme soit le fondscommun des civilisations ngro-africaines. Imports Saint Do-mingue les noirs africains subiront la volontde leurs matres.Le christianisme, la plus haute manifestationdans l'ordre spiri-tuel de la culture occidentalode,sera impos ces noirs, encorefigs dans laganguede leur culture primitive, paleoet neo ma-triarcale.Fout comportement religieux dungre sera refoulpour ne se manifester ouvertement qu' la veille desguerres de(1) George Montandon. Trait d'tnoiugic,

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1Nl'indpendance. Entre temps le fond religieux africain aura reuune couche d'lments trangers fournis par le christianisme ro-main pour former, dit le Docteur Price Mars, un vritable syn-chrtisme religieux. Mais considrer le problme en profondeur,et en prenant ses conclusions en fonction des masses hatiennes,il s'vidente que celles ci sont lgrement teintes de christianisme.Ce qui a fait dire au Docteur J. C. Dorsainvil que ce peuple de-meure mentalit vaudouique, qu'il est enperptuelle gestationde loa.t)onc sous le rapport confessionnel les masses hatiennes nesautaient tre foncirement romaines, encore moinsdpendantesdes religions rformes. Leur fond religieux rappellecelui descommunauts africaines.On ne doit pas tre trop systmatique lorsqu'on considrelesproductions hatiennes au point de vue musical.1l est n en Hatiune musique qui n'est ni tout fait africaine, ni europenne.Telles par exemple nos mringues, noschansons populaires. (1)A la vrit, toutes ces chansonstrahissent l'me de nos an-ctres, quoiqu'en pensent certainshatiens victimes de ce qu'ilest convenu d'appeler le bovarysmecollectif. (2)A ct de cette musique que nous venonsde signaler, il fautaussi mentionner la production denos grands artistes rompusaux interprtations les plusdifficiles de la musique occidentale.Leurs productions, part un oudeux de ces talentueux nmusi-ciens, n'ont rien pouvant traduirel'me musicale ngre.Pour ce -qui a trait aux autresmanifestations de l'esprit: leslettres, les sciences, la peinture etla sculpture-bien que ces deuxdernires formes de l'art soient peurpandues ou peu dveloppeschez nous-nous sommestributaires de la culture occidentale,cycle suprieur ou moderne(3),C'est dans cet ordre d'ides quenotre pense rencontrecelle de Langston 1Flughes savoir queninotre littrature ni notremusique (sous son aspect le pluslev)ni notre peinture et notre sculpture nesont l'expression de l'nehatienne.1-Tant au point de vues(lcial prupiement dit qu'au pointde vue des pratiques sociales ilsertit os de prtendre que nous1) Ren Vh oi.1. es tshans,na de nwvr plaine' 't tictitis Mornes.(2) Dr.Priceh'lars inl'vla,e .''n'i I'a 1alOt le(3) L. Denis et P. DnvaIicr.1 *Culture Ihitienne in Journal des Na-tions-1936.

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1.t -nKx ieiL,?'rnrca:-tO tttr:r .c :.c:a-Ctquen,-,Dt1 ary.t. et :K ri..f!ft.:KL:i.tia ..:7 !3r:A '::etlirr L%':1.;yi !va-. nvt lat:X}H. Se:: at:aci: C, !Lt :/r.1 ;:a.t: ttn -T.atr:arUaK1: a; :Y:-i iJC-'--vi si:Yrf tnesrt 1u a'.;t::S:v er Gt ;U.:.rtr :is,e hab:[auorleny .rrrtt.'.LSmrt,r,r'coaa:dta..::cs hu;:a :xrpx-s t C(df notcollitfuC::J:ts:aba: ex-;R.a4r/r r=. :, h:aChtturcpo).jt. CL[urtsurfinLCUSn avens;..! W}}p)r.,T.r .;rOnntf{pour'11>18iPrononce-N:;s n x-rr.t ;,.:r r,a.,:; h.7nr,us le huttesev;::ndrques:Cs vis:.st.r, .....u'a.retparrip.P. en Cc:yn, ,1r.,loin destaL,. .r .,.,.r-e,}/)hLtJsr-r,r.t,t!1t jh`1P.`ns ^.C.'.nti+1'+anna rwa,n[:.:;. madi-I.. ,,.}.,.r..RCtpt,ont faits denos timboursdautre petits tnstrumcntsde pIs!s:r.rr.IS:r,, 'r..I. r.,..' u,,r,Hair,.nnt The,de pant-.:'.'dt ,,.g tI .V ir,iiy.., .H+rrtrtnthno!-.v

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LES GRIOTS;-,:"P',231de danses fabriqus dans nos plaines et dansnos mornes, nouspouvonsdire que sousle rapportde l'ergologie, de la technologie,nousappartenons au cycleeuropode, culture suprme.Endfinitive,en observantles faits ethnographiques, il est r-vl quetant au point de vue animologique et sociologique qu'aupointde vueergologique,l'Ethniehatienne est tributaire, selonles conclusions de nos collgues Denis et Duvalier, de deuxcou-rants culturels: culture suprme reprsente par la branche euro-pode, culturemoyennereprsente par la branche soudanodejointe aurameauculturelprcoce, cyclespalo et no matriarcal(culture des deux classes).A proprementparler, il ne seforme pasencore en Hati de m-tissage culturel.Nous avonsplutt un amalgame de cultures, vuque l'observateur attentif peut dceler, ce qui revient au cycle ne-grode et au cycle europode.Klber GEORGES-JACOB(Extrait de L'Ethnie hatienne)

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r)232Folklore,LES GRIOTSNOTES SUR LE FOLKLORETous, dans notre prime jeunesse, nous avons fait du folkloresans nous en douter la faon du bourgeois de Molire qui fai-sait bien de la prose sans le savoir, Qui, parmi nous, enremon-tant le cours de sa vie, en remuant la cendre des souvenirs d'en-fance, ne se souvient en effet, tic ces longues soires o groupsautour d'une table avec d'autres enfants, souventes fois, assis sousla galerie de la maison familiale ou la belle toile, suspendusaux lvres du conteur, on l'coutait avec anxit, d'autres foisriant aux clats, nous dbiter les interminableset dsopilanteshistoires tantt tragiques, tantt comiques de l'Oncle Bouquiet de son .insparable et rus neveu Ti Malice,Vous dire la richesse de notre folkloreest tout fait inutile.Si vous considrez le nombre des devinettes, descontes ou rcitefabuleux, des chansons, dont notre enfancea t berce, si vousconsidrez, les usages, les coutumes, les lgendes,les observanceset les proscriptions, les crmonies, les mceurs, et si enfinvous te-nez compte de route cette multitude de croyances, de pratiquespu-rement hatiennes dont les originesse perdent dans la nuit destemps, vous n'hsiteriez pas conclureavec nous que le Folklorehatien est d'une diversit et d'une richesse incomparables.Mais en somme qu'est-ce que le Folklore?Quel en est son do-maine? Quelles sont les mthodesque la sciencr met la dispo-sition des chercheurs pour aborderune pareille tude? A quelsigne reconnait-on un Folkloriste? 1-"tenezpatience, toutes cesquestions seront largement envisages iciet nous nous vertuerons les rendre la porte de tout le monde,car c'est sous la formede causeries familires que nous entreprenonsce travail. Une propagande en faveur de l'tude du Folklore,et du folklore hatientout particulirement s'impose, vu d'unepart la richesse de lamatire et vu d'autre part, les surprises qu'unetude de ce genrerserve tous ceux qui veulent se faireun nom dans les LettresHatiennes, C'est une mine inpuisable la porte de la jeune g-i,{

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LUS CiRIOTSnration littraire qui n'entendpas se jeter dans les chemins troplongtemps et tropsouvent battus.Ils sont innombrables noscontes et nos lgendes, Existe-t-ilnous dit le Dr. Mars un peuplequi en air une plus riche moissonque le ntre? 'En connaissez-vous, nous dit-il, dont l'imagination ait inventeplus de dr-leries, de bonhomie, de maliceet de sensualit dans ses contes etdans ses lgendes? Il ne fautpas que se perdent tant de richesseset devant qu'il soit drop tard, faisons la plus amplemoisson pos-sible dans ce champencore vierge qui s'offre nos patientes in-vestigationsL'tude du folklore constitueune branche des connaissanceshumaines trs approfondie dans l'Ancienet dans le NouveauMonde, Beaucoup de savants de tous les pointsdu globe se sontillustrs dans ces tudes et ont acquis l'heure actuelle unerenom-me internationale.Je ne vois pas pourquoi chez nous, cettetude serait dlaisse, voire mprisable?Est-ce parce que nous ne connaissons pas du tout la vie denospaysans cause du foss qui existe entre la niasse et l'lite? Noussemblons afficher en effet, une ignorance complte de la vierus-tique de nos pauvres paysans, vie pourtant si, riche d'enseigne-nments et si digne d'intrt. De loin en loin, les ncessits de lapolitique nous portent nous prsenter l'homme descampagnesdans le but non-dissimul de lui arracher, en exploitantsa bonnefoi, le bulletin de vote qu'on croit payer suffisamment cher d'unepoigne de main, d'un sourire de commande, et d'une blague dequelques minutes.Et pourtant, c'est dans cette vie rurale que se retrouve pres-qu'intact tout ce fond ancestral qui tend disparatre mesureque l'on s'avance vers les villes. D'o la ncessit pour celui quiveut entreprendre des tudes srieuses sur le Folklore de brisercette barrire sociale plus que sculaire qui oppose les gens de laCampagne ceux de la ville. Que de faits n'arracherions-nouspas ainsi aux paysans sournois, malins, souponneux. l'excset dont la dfiance instinctive -notre endroit est pour le moinsjustifie.C'est qu'il y a un art spcial de frquenter le paysan et cet artnul ne peut l'acqurir sans une sympathie naturelle, spontanepour tout ce qui constitue sa misrable vie sur laquelle nous necesserons jamais de nous apitoyer.

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i R il () 7 1)Le Folkloriste, en effet, doit avoir un caractre particulier,un ensemble de qualits naturelles qui doivent favoriser ses in-vestigations.Il doit possder nous dit Mr. Anold Van Gennep,illustre folkloriste franais bien connu pour avoir explor seule-ment la Savoie pendant plus devingt-cinqans, le folkloriste doitpossder dit-il une sympathie directe, immdiate, pour la vieproprement populaire,sasimplicit,sanavet,sa rusticit, aussicertes, sa grossiretmme si l'onveut,mais qui estla ranonde sa ruissance vitale.Il lui faut combattre systmatiquementcette dfiancehrdi-tairedu paysan l'gard des citadins, dfiance imputable noslourdes fautes de psychologie accumules dans le passen l'car-tant compltementde nos relations.Folklore, comme vous devezle savoirn'est pas un mot fran-ais.Ildrive de l'anglais.Etymologiquement, ilvient deFolks, folk quisignifiegens, personnes, peuple; et de clore quisignifie: science, tude, savoir, connaissance.,C'est end'autrestermes the love of the folk le savoir du peuple, ou sivous aimezmieux, cette branchedes connaissances humaines quia pour butd'tudier le peuple au point de vue desestraditions et de ses usa-ges. Ce n'est qu'en 1846 que William Thoms composace motpour le substituer celui de Popular antiquities les antiquitspopulaires, titresd'un ouvragede Brandt qui rapportait lescro-yances et les coutumes du paysan anglais.Cette expression neconvenait pas nous dit Mr. Anold Van Gennep,car elle ne per-mettait pas d'embrasser compltement l'objetde cettescience nonplus de donner des mots drivs. Tandisque le terme folkloredonne comme drivs:Folklorique, qui serapporte au folklore,Ex: Des tudes folkloriques, des recherchesfolkloriques. Le ter-nie permet de former d'autres drivs: Folkloristequi s'occupede folklore, Ix: drs crivains folkloriste,,un savant folklo-riste. ( l)Les franais et les italiens avaientauparavant une expressionsujette aux mmes critiquesque celle de Brandt. C'est celle deTradition populaire Bien qu'inadquate,cette expression n'avait pas t ddlignc par des folkloristesde renom, tmoin PaulSbillot en France avec sarevue intitule: Revue des Traditions(1) VolhJ'riliwmant,adv.rb.folkl,xisrr.f,nclaricm<.folklorisant.--

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LES235populaires, Pitr en Italie avec celle d'Archive des Traditions.populaires, et Hoffmann 1{ayser en Suisse avec ses Archives Suis-ses des Traditions populaires, Plus tard une nouvelle expressionse prsenta avec, parait-il, une meilleure fortune, c'est celle deTraditionnisme donnant comme driv traditionniste Mal-heureusement, ce terme menaait de faire double emploi.11 pou-vait dans le domaine social, avoir le sens d'tude des meeurs etcoutumes traditionnelles et dans le domaine politique, celui detendance conservatrice qui appartient au parti politique hostileaux innovations apportant un changement dans l'ordre des chosec tablies.En Italie, Pitr avait form le mot Tradizionista ayant lemme sens que folkloriste. Dans la suite, il l'avait remplac parcelui de Dmopsychologie venant de logos: science, psuk:me, et de demos; peuple; en d'autres ternes: la science de l'medu peuple. Il fut rejet peu de temps aprs cause de sort manqued'lgance. Et cela se comprend. (2) Devant tant de difficultset la possibilit d'erreurs d'interprtation de ces termes qu'il fal.lait tout prix viter, le terme folklore a fini par primer. Il s'estimpos presqu'universellement. A l'heure actuelle il est partoutadopt, sauf en Allemagne et en Autriche. Le terme est consacrdfinitivement d'abord par Paul Sbillot, en France, avec son li-vre intitul Le Folklore de France et par Raphal Corso enItalie avec son livre ayant pour titre Folklore.Ce terme est tout fait rcent, datant seulement du XIX sicle.Mais l'tude des faits qu'il embrasse remonte bien au del decette poque.Les Antiquits Grecques, non plus les romaines n'ont connuces sortes d'tudes, Cependant pour cequ'il s'agit de la Grce,un nom mrite quand mme notrebienveillante attention, c'estcelui de Pausarinias l'infatigable. Pausannias, savant gographeet historiai-,. grec qui vivait au Ile sicle avant notre re, nous alaiss un ouvrage d'une importance considrable; Prigsis.C'est prtend-t=u-1, la meilleure source o les archologues ont(2)Titi pspagne on avait propos le terme a5rbcr Populars. Un ItalienStnnislas Prato avait su i},r et solotyten. En France onavait adopt suc-ccsdventent ti,1) krnc,psy.h loi,ies e,lnUtropupsyeholo}irK:4Kythot+,raphr;;.13n-lin Gaston Paris en 1877, proposa Je terme Oui-Direqu'il avait trouv dansles ouvres du Grand 1. bclais.Mais le driv tOui,liriste blessait les lois de1'harmonie.

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236le suprme bonheur de puiser pour retrouver les traces des mo-numents anciens.Il entreprit de voyager par toute la Grce afinde visiter tous les temples grecs et de prendre en mme temps desnotes sur chaque endroit visit, compilant sans discussion aucunetout ce que les habitants de la rgion lui racontaient. Un dernierouvrage qu'il a laiss: Description de la Grce constitue d'aprecertains savants une vritable enqute de folklore. Son travailest meilleur, sur ce point que celui d'Hrodote qui avait frquentparticulirement les milieux aristocratiques. Tandis que le fol-klore, comme vous le savez bien, prend sa source dans le peupletant par sa dfinition l'tude mme du peuplezDans les Antiquits Romaines, on rrouve bien Virgile avec sesGeorgiques et ses Bucoliques o les activits paysannes sont mises contribution, Mais s'agit-il rellement l d'tudescaractrefolklorique?Il nous faut arriver jusqu'au dbut duXVIIe siclepour quecette science soit quasi-constitue avec des crivains peu connusde nos jours: Thomas Brawn en Angleterre et Jn. BaptisteThiers enFrance.Le premier avec un ouvrage paru en 1546intitul: Enquiries into vulgar and common errors Recherchessur les erreurs vulgaires et communes et le second avec son traitdes Superstitions datant de 1667. Ces ouvrages ont servi debase aux recherches folkloriques en Angleterre et en France leurspaysrespectifs.C'est pourquoi voyons-nous paratre en 1697 un ouvrage caractre vraiment folklorique intitul: Histoire ou contes dutemps pass de Perrault qui est un recueil de contes populairesfranais.Dans ce mme ordre d'ide, citons leCabinetdes festravail considrable en plus de trentevolumes.Ces contes ,joui-rent d'une grande vogue au XVIIIe sicle.Mais, malheureuse-ment, ils ne sauraient tre classs sans parti pris parmi les tudesde folklore tant donn que ce sont des contesfabriqusde toutespices.Dans le Magasin des Enfants de Mme Leprine de Be`o vont,on trouve rarement des contes vraiment populaires recueillis parcette Dame de la bouche de ses servantes.Parmi les pionniers qui ont apport une part de contributionapprciable l'avancement de la science folklorique, deuxnomsmritent une mention spciale. C'est celui des Frres Grimmen

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ALES GRIOTS217Allemagne etdeWalter-Scott en Angleterre.Une particularitqui mrite la peine que nous la souligions ici, c'est que les frresGrimm crivaient les contes tels qu'on les leur avait raconts. Ilsn'ont pas cherch donner une allure littraire aux rcits qu'ilsont eu recueillir, ils les ont publis,ditMr.Van Gennep, avectoutes leurs particularits phontiques et grammaticales; quandon leur a rcit des contes en patois, ils ontcritce patois exacte-ment tel qu'ils l'entendaient. (1) Ils ne se doutaient nullementde l'importance que devait revtir dans la suite cette faon deprocdertout--fait originale.En agissantainsi,ils venaient defonder leur insu la dialectologie germanique.A notrepoint de vue, un travail pareil celui des FrresGrimm devraittre tent chez nous car nous arrivons assez dif-ficilement couler nos contes croles dans le moule de la languefranaise. Le croleest si riche, si expressif qu'il convient beau-coup mieux nos contes dont lavaleurest rehaussepar le pit-toresque des expressions du terroir dont les quivalents sontin-trouvables dans la langue franaise. Un conte crole racont enfranaisperd plus dela moiti de sa valeur, Le conteur dissimuleson embarras assez difficilement, en dpit des efforts visibles d-ploys en vue de rendre son rcit attrayant.Commentremplaceren effet, les expressions, les traits d'esprit,lesrticences, les ponc-tuations et mille et une nuances qui constituent le gnie de notrepatois crole.D'autrepart, nos contes sont le plus souvent entrecoups demlopes, de ces chansons plaintives, qui expriment l'me d'unpeuple qui a longtemps et profondment souffert et dont la trans-cription n'est pas des plus faciles. Le patois crole qu'on se plait ddaigner,serait pourtantemploy bon escient un signe deprogrs pour la masse. Et, nous sommes entirement d'accord,sur ce point,avec Mr, Frdric Doret,directeur de la Petite Revuequi a toujoursprconis l'emploi (lu crole commepoint de d-part del'enseignementdu franais, afin que l'cole primaire ha-tienne nesoit plusun entrainement au psittacisme, un outrageau bon sens, mais donne unenseignement concret, substantiel, etplus profitable la clientlepopulaire pourlaquelle elle a tcre, (2)(1) In LePolklorc---Arnold Van Gennep.(2) In Ainsi Parla l'Oncle-P. Ivlars.

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I'SDans certaines provinces de France (dans les Vosges, parexemple) n'y a-t-il pas, nous dit Mr. Duracin Vaval des th-tres populaires en plein air, o l'on joue des pices en patois,avec des paysans pour acrcurs? Le pote Le Goffic, aid d'AnatoleLe l3raz a entrepris quelque chose de semblable Ploujean (ctesdu Nord) o il fit donner une tragdie bretonne, crite en breton,et dont les acteurs furent les cultivateurs mmes de l'endroit.C'est l'aide de son dialecte maternel qu'on peut veiller en no-tre grande masse rurale le got du beau. Du crole, notre peupleen comprend toutes les finesses, toutes les nuances.Nos crivains en cultivant le crole, ont tout gagner et rienperdre, dit Mr. Vaval, (l) Assurment Mistral, quand il com-1,osait Mireille, cet ternel chef-d'oeuvre, n'avait pas de vises bienhautes. A peine pensait-il bercer les heures d'ennuis de quel-ques humbles villageois de la Provence, Et voil que le livre s'enva et qu'avec lui, c'tait l'me mme de la Provence qui s'en allaitpar toute la terre, franchissant le seuil des coles et des Acadmies,propageant le nom et la gloire du pote et conqurant la petitepatrie l'estime de toutes les nations... Les cas plutt isols ou lesthmes folkloriques ont connu l'honneur de la plume des cri-vains, mis de ct, il faut arriver jusqu'au XIX sicle pour assis-ter au vritable lan enregistr vers cette tude des activits pure-ment populaires.Plusieurs causes expliquent cette fortune inattendue et cetteorientation naturelle des esprits vers l'tude du folklore.C'est1,-,au point de vue ducationnel: l'extension de l'enseignementprimaire mettant troitement en contact l'liteccela masse et2,-au point de vue politique: l'tablissement dil suffrage uni-versel uhligeant les hommes de la haute socit frquenterper-sonnellement les lecteurs des campagnes dans le but d'assurer lesuccs de leur candidature, Ce n'est rellement qu' partir decettepoque que causer avec des paysans, s'intresser sympathique-ment leurs besoins, leurs manires de juger et de sentira donccess d'tre une drogation de celle de la bonne compagnie.(2)A l'heure actuelle, les tudes folkloriques connaissentun progrsinespr, vu la lenteur que cette science avait mise se constituer(1) Duracin Vivat in l.ittrautre hatienne ou l'Aine Noire,(2) In le I ollcloreA. Van Gennep.

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LES CRlr)239dfinitivement. Partoutces tudes sont entreprises d'unefaonsrieuse. Beaucoup desavants ont acquis une rputationmon-diale pour avoir abordces tudes. Les progrs enregistrssontconsidrables aux Etats-Unis,en France, en Italie,en l~spagne,en Belgique, en Hollandeet particulirement en Finlandeo setrouve l'organisme folkloriquecentralisateur, Une bibliographieconsidrable existesur cette matire et permet de savoirl'intrtsalis cesse croissant qu'on porteactuellement ces tudes dupeuple.Chez nous, comme ailleurs,ces mmes ttonnements ont tenregistrs dans l'orientationdes esprits vers le folklore.Lestudes caractre folkloriquen'avaient gure tentnos hommesde lettres,Il ne pouvait en tre autrementdans un pays o laniasse paysanne et toutes ses activitsconstituent quelque chosede mprisable. Les prjugsde toutes sortes ont longtempscons-titu dans notre milieuun handicap srieux la frquentationdes populations rurales. Dansla bouche d'un citadin, lesexpres-sions gens de la plaine,zgens du dehors, habitants,ne cons-tituent-eltles pasune injure assez grave? Parcourez toute l'his-toire de la Littrature Hatiennede ses origines ce jour,vousverrez qu'ils ne sont pas nombreux ceux-lqui ont eu l'ide debroder quelques thmes caractre folklorique.Et pourtant quede richesse, que d'lments d'une infinievarit pour laboreruneouvre folklorique d'une certaine envergure.Il nous faut des in-novations pour imposer norrj littratureaux peuples d'outre-nier. Car, en somme, rpter les mmes thmes, broderles mmeshistoires o l'amour et ses chagrins, la jalousieetc., constituentle fond du sujet laissent compltement indiffrentsnos devancierschez qui les grands matres de la penseont surabondammentdissert sur ces matires.Malgr qu'il en ait, quelques amateurs de loinen loin au coursde plus d'un sicle de littrature ont consacr dansleurs aeuvrespar pur dilettantisme quelques pages caractre folklorique puis-qu'il est question de danses champtres, decroyances populaires,de crmonies vodouesques etc., qui entrent biendans le cadre dela vie rurale.Nous nous rservons une tude spcialesur les crivains fol-kloristes et les Lettres Hatiennes dans laquellenous analyseronstout au long quelques ouvres des crivains hatiens qui n'ontpas

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240E 'S GR10?7'Sddaign de faire ample moisson des choses de chez nous. Ce-pendant il est opportun, ici, de dire quelques mots sur le partique nos crivains ont su tirer des thmes du folklore hatien,1n parcourant la littrature hatienne, nous trouvons dansl'teuvre de Coriolan Ardouin de l'cole romantique (n en 1812)nous trouvons la relation d'une partie de plaisir intitule UnBarbaco fte champtre bien connue dans nos campagnes.Dans l'oeuvre de Charles Sguy Villevaleix de l'cole romanti-que comme Coriolan (n en 1.835) nous trouvons Le FiguierMaudit cet arbre autour duquel la lgende a brod tant d'his-toires.Arrivons i O.swald. Ce serait dommage que notre barde natio-nal et m pris notre folklore, lui qui aimait tant les choses dechez nota. Il sut imprimer un rel cachet d'originalit la jeuneLittrature. Le souffle national le fconda, lesmuses hatiennesl'inspirrent.Ses vers ont le parfum de nos arbres, le bleu denotre ciel, le chant de nos oiseaux. Rien s'cria La Selve, n'estplus profondment empreint du gnie hatien qu'Idalinacettebrune fille des grves artibonitiennes (1),I1 est aussi de l'coleromantique (n en 1840) deux ans avant le formidable tremble.ment de terre qui devait rduire notre ville du Capen un mon-ceau de dcombres.Lisez Turgeau, lisez le Vaudou et vousverrez quel heureuxparti les potes peuvent tirer de notre folklore.Alcibiade-Fleury-Battier de la mme cole qu'Oswald(n en1841) nous a laiss Sous les bambouset le Bamboula descrip-tion d'une danse locale connue pourson allure mouvemente,Georges Sylvain, n en 1866, romantique luiaussi, a transposen patois et en vers croles les fables de La Fontaine, Le Dr.Mars dclare qu'il a laiss dans son Cric,Crac le tmoignage dela plus formidable gageure laquelleun homme, de talent se soitlivr. Dans le langage qu'il fait tenir ses personnages: btes etgens ont l'intonation, la mimique des gens de cheznous, Ce-pendant, un-reproche doit tre adress Georges Sylvain, c'estqu'il n'a fait que modeler sa pensesur celle de La Fontaine.Voyez-vous, dit le Dr. Mars, quelle magnifiquecration origi-nale et abouti Georges Sylvain s'il avaitoubli La Fontaine(1) DcnisDuvalier bonhomme in 1-es tendances d'uneGnration,

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LESGRIOTS241pour ne puiser ses sujets entirement que dans les lgendes,et lescontes d'Hati. N'est-il pas regrettableque nous ayons perdu laplus belle occasion d'avoir un chef d'ceuvre de littraturefol-klorique.Arrivons maintenant Burr-Raynaud toujours dela mmecole romantique.11 aime butiner sur les lgendes locales.Son pome sur la matresse de l'eau estune pure manation duterroir.Il en est de mme de la Fleur de Bambou. Le potea suavec infiniment de grce utiliser nos lgendes locales,Duracin Vaval de l'cole symboliste, lui, crivain de vieilleroche, auteur des Stances Hatiennes et dece livre qui manquaitdepuis longtemps notre bibliothque hatienne et qu'on devraitvulgariser dans nos Ecoles, nous voulons parler dece documentqui vient d'enrichir notre patrimoine Littraire Histoire dela Littrature Hatienne ou l'Aine noire. M. Vaval n'a pasddaign notre folklore.Il dit lui-mme: s'il va complaisammentbutiner sur les blanches floraisons des lgendes locales, c'est quedes monceaux d'or s'y cachent et qu'il fait bon d'allier la ma-tire du vers pour le rendre ductile et plus soluble dans l'air.C'est pour rester en harmonie avec sa pense qu'il a crit ses po-mes Le Congo, La lgende du Chasseur, dans lesquels les cro-yances naves de notre masse populaire sont largement et heureu-sement exploites.Parmi lesprosateurs, en lre.ligne,des romanciers et des con-teurs, if fautciter IgnaceNau, nen 1836,Il sut mettre enscne avec un art qui lui est particulier Nos campagnards avecleur foi nave dans les rites de la sorcellerie africaine.Il nous alaiss Un pisode sous la rvolution, Isalina, Le Lambi, oles lments de notre folklore sont miscontribution.Avec les crivains de l'Ecole raliste: Frdric Marcelin, Fer-nand Hibbert, Justin Lhrisson nousassistons un vritableprogrs du folklore hatien.Ils ont eu le constant souci de cher-cher dans notre milieu leur source d'inspiration.N'est-ce pas,dit le Dr. Mars que Snat, Chichi, Epaminondas Labasterre,Ff candidat, Elizer Pitite Caille, Boute Ngue, sont des typesde chez nous? Ils ont su pntrer le secret des ressorts qui fontmouvoir tous les paladins du vice, de la dbauche et du men-songe qui pullulent dans notre Communaut,Il continue tou-jours: c'est cette inflexible volont de tirer parti de la matire

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P2't21.ES CRJOTShatienne pour l'dification de l'ouvre d'art qui leur donne laplace privilgie qu'ils occupent dans les lettres hatiennes.Hannibal Price, ,,ocioiogue et crivain politique n'a pas ddai-gn non plus de telles recherches. Dans son ouvrage De la R-habilitation de la Race Noire, il consacre un chapitre spcial oil passe en revue ni>s superstitions africaines, nos croyances, nosdanses populaires. Avec quelle abondance de dtails et avec quelesprit nous dcrit-il. un houmfort dans lequel il a pu pntrer unjour inopinment, ,accompagn d'un ami, stupfait devant l'ta-lage du hougan au cours d'une promenade dans les environs dePort-au-Prince. Tous ces crivains que nous venons de passeren revue, ayant promis au dbut de revenir sur cet intressantchapitre de la Littrature hatienne, tous ces crivains disons-nous, ont entrepris ;ces tentatives en dilettantes comme pour variertout simplement le thme de leurs sujets. Aucun travail de lon-gue haleine n'a jamais t entrepris sur le folklore.Il a fallu at-tendre notre Littrature contemporaine avec la venue du Livre duDr. Mar; Ainsi Parla l'Oncle pour trouver une ouvre vrai-ment originale, traitant d'une faon spciale de notre folklore.Disons-le bien haut, ce livre documentaire a marqu une datedans l'histoire de notre Littrature hatienne. Le livre dont nousparlons a t publi en 1928 et a connu ds sa publication unsuccs considrable auquel l'auteur ne s'attendait nullement.Ildit lui-mme dans la prface Combien notre entreprise est tm-raire d'tudier la valeur du folklore hatien devant le public ha-tien,public amateur de frivolits et de bagatelles. Et pourtantcet ouvrage a fait sa fortune littraire, C'est ainsi qu'un auteurpeut se tromper sur la relle valeur de son travail, Grce ce li-vre, le Dr. Mars a fait Ecole et a conquis une place prpondrantedans les lettres hatiennes. Toute une pliade de jeunes littra-teurs se sont groups autour de lui et l'appelle leur Matre.Ila prfac les ouvres de nombre d'crivains de la gnration. Citons: Le Drame de la Terre de Jn, Baptiste Cinas, prfaceduDr. 'Mars, les Tendances d'une gnration par L. Denis,F. Du-valier, A. Bonhomme: prface du Dr. Mars, La Montagneen-sorcelle par Jacques Roumain: Prface du Dr. Mars.D'autrescomme Mr. Emilt; Paultre dans sa monographie intitule Essaisur Mr. Price Mars vont jusqu' lui consacrer en manire d'ad-mirltion la primeur de leurs travaux littraires. LouisDiaquoi,

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L 1S.:rC,ItIC)]`s243et Paul Gaspard, tous deuxenlevs trs jeunesaux Lettres ha-tiennes n'ont-ilspas essay, dans des articles derevue, de releveraux yeux du public hatien l'influencedu Dr. Mars sur la jeu-nesse actuelle.C'est lui, en effet, quia suscit cet lan spontan quenousconstatons l'heure actuellevers la haute culture.Que de jeunes potes,que de romanciers de talent, ontconnule succs parce que leurso=uvres sont ptries de cette riche matirefolklorique, parce que leursouvres fourmillent de ces touchantespripties de la "lragi-comdie dontest tisse la vie hatienne(1)parce qu'enfin leurs romans font dfiler devantnous cette huma-nit dconcertante o la vanitcollective et individuelle, l'hypo-crisie sociale, la btise solennelle,livreur les plus farouchesassaute la simplicit ducour, au dvouement tranquille, la vraie cul-ture de l'intelligence et du sens morfil. (2)Le Dr. Mars nous ditque son livre constitue un essai pourintgrer la pense populaire hatiennedans la discipline de l'eth-nograph e traditionnelle.Il a surtout voulu faire de l'ethnogra-phie compare, Deux mthodes s'offraient lui, dit-il, ou bientablir la longue liste denos lgendes, observances, coutumes,enleur consacrant une description dtailleou bien choisir parmices faits, tels d'entre eux qui nous paraissent avoirun caractrede symbole ou de types et rechercheren quoi ils nous sont pro-pres, par quoi ils sont dissemblables ou analogues ceux qui ontt recueillis en d'autres socits moins civilisesou plus raffinesque la ntre.., c'est cette dernire mthode d'ethnographiecom-pare que nous avons adopte.)l'l parat que le Dr. Mars a abord le ctle plus difficile de laquestion. Ainsi Parla ]'Oncle, dit M. DuracinVaval, quoiquebien document,laissepourtant dans l'ombre certains points,C'est ce qui lui a valu les justes critiquesde M. Arnold VanGennep trs vers en matire de folklore, Le livrede M. P. Mars,dclare-t-il, n'est pas proprement parlerun trait didactique,mais une srie de tableaux pris sur le vif,avec textes indignes,descriptions trs prcises et qui seraientune excellente contribu-tion la connaissance de ces ngres trs mtisssprovenant de(1)13. Mars in Ainsi Parla l'Oncle.(2) P. Mars loto cit.

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244IWgsC,RIOTStoutes sortesde tribus du golfe de Guine (et de son Hinter-land) qui, par adaptation ont constitu Hati une forme desocit part...si l'auteurn'avait cru bon de vouloir faire lacomparaison et donner des explications. Si un jour, une nouvelledition est ncessaire, qu'il. donne ses documents bruts, et mette part la partie explicative. Car, qui veut comparer doit avoirde la littrature sur l'Afriqueune connaissancevrainictit tppro-fondie. Les monographies de Thomas, de Trmart,e,'nlil.ltlryTalbot, de Dennett que j'ai analyses dans le Mercure Noir les tri-bus guinennes,celles dedivers savants allemands sur le C;at11`roun, de nombreux mmoires de l'Afrique-Society, lui auraientfourni des bases meilleures que les ouvrages franais qu'il cite. (1)Malgr qu'il en ait, son livre n'en demeurepas moins l'un desplus savantsqui puisse faire honneur notre Bibliothque ha-tienne, Il ne faudrait pas non plus oublier de dire quelques motsdu Dr, J. C. Dorsainvil, Mdecin de carrire, doubl d'un sociolo-gue averti, n'a-t-il pas tudi d'une faon approfondie le vaudousur l'origine et la nature duquel lesdiscussions sont toujours ou-vertes? Son ouvrage Vodou et nvrose paru en 1931 est unedes plus savantes contributions l'tude de nos origines ethniqueset une tude clinique approfondie du Vodou. Je crois avoir ou-bli de vous dire quel heureux parti Antoine Innocent a tir duVodou dansson romanintitul Mimola.Parmi les crivains de la gnration qui s'vertuent rveillerle got du folkloreenl'insra;nt dans leurs ouvres, citons cri toutler. lieu M. Jn. Baptiste Cinas.Il est l'ordre du jour des romanciers dontnous avons parlplus haut quant au partiqu'ils ont su tirerde notre folklore.Dans son roman paru en 1933.Le Drame de la Terre le ro-mancier a trouv le secretd'utiliseravec un talent ingal et unehabilet surprenante les plus belles tranches du folklore hatien.Dans ce roman que tout hatien de cour devrait lire pour sefaire une ide de la misre de nos campagnes et pour toucher dudoigt lacausede la stagnation du paysan hatien, les mceurs pay-sannes, les crmonies religieuses, les croyances populaires,les ac-tivits champtres sont mises contribution pour nous donnerune couvre vivante qui respire l'odeur de notre terroir, Tous les(1)1), Vava1-nLa I,iu, raturel laitienue.

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LES ring-CTS24 5personnages qu'il a camps: Conel Dubrus, dit Fr Dubr,lepauvre Viejo,dit Jouq Bout, Major Ti-Nonme, Ma-pou Laloi etc., sont bien des types de cheznous. C'est pour avoirsu comprendre que l'acuvre d'art doit reflter le milieuque sonlivre s'impose notre admiration, Qu'onnous excuse cette brveapprciation de l'eeuvre devant revenir prochainementsur laquestion.Comment pour terminer tairai-je lenom de M. Jacques Rou-main, Dans son roman La Montagne ensolcellecomme M,Jn. Baptiste Cinas, il met en vidence la puissance denos croyan.ces populaires et leurs consquences dsastreuses chez lanassepaysanne, dont la mysticit profonde l'empche de trouver laraison des vnements les plus simples.N'oublions pas non plus de citer lesnoms de Mr. DominiqueHi,ppolyte, auteur du volume de posie, Laroute ensoleille,de Mr, Andr Clhevallier, avec Mon Petit kodaket celui deLouis Hall, avec: A l'ombre du Mapou.J'ai certainement omis des noms. Qu'on veuille bienme l'ex-cuser. Les eeuvres de nos crivains sont si rares, voire mme introuvables, qu'on ne saurait tenir rigueur d'une omissiontou-jours regrettable.Nous voici arriv enfin, au terme du travail quenous avionsassum. Vous m'excuserez d'avoir lass trop longtemps votrepatience. Comme vous l'avez constat,nous n'avons fait quel'historique du folklore et nous avons pass en revue sommaire-ment les crivains hatiens, dont l'tude du peuple a exerc unecertaine influence sur leurs ouvres nous promettant de revenirplus largement sur la question. Je crois qu'il y a l, matire suffi-sante pour une nouvelle tude sur les crivains folkloristes et leslettres hatiennes. Dans cette tude une analyse plus approfondiesera faite des ouvres caractre folklorique dissmines dansnotrelittrature.Dr. C. ANDREY

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La illusique.Les Airs de cheznousPour le Dr. F. DuvalierLes airs de notre terroir ont un sens original. Ils meuvent ettraduisent par consquent un tat d'me nettement dfini.Il yen a qui passionnent et intressent jusqu' l'tonnement.Et,comme la musique est un langage pour le cceur, ces airs une foislancs, ils gagnent vite la faveur populaire.Les Indiens, premiers habitants de notre Ile, aimaient avecchaleur la danse et le chant. Les traces de leur culture ont rvlque dans toutes les manifestations de leur vie quotidienne, iisvouaient un culte naturel et la danse et au chant. Ceci ne doitpoint tonner. Tous les peuples primitifs ont obi ce capricede leur poque.Les Hbreux, les Hindous, les Assyriens, lesEgyptiensetc., avaient fait du chant un paradis d'intimit.Les grecs, par exemple, chantaient pour faire la moisson,pourbroyer l'orge, craser le bl avec le cylindre bras, pour fouler lesgrappes de raisin, filer la laine, pour tisser.Il y avait chez eux,l'air du cordonnier, l'air du teinturier, du baigneur, duporteurd'eau, l'air du berger.On conoit bien cette passion des Aborignes pour le chantetla danse qui dominaient tous les aspects de leurs sentiments.Quelles furentleurs danses de prdilection?Le djoubaet la chica.Qu'on ne se mprenne point? Le djouba et la Chica n'ontau.cun lien de parent ni avec notre mringue proprement dite niavec les dlassements appuys par nos Ass&eors.Ils ont pluttun sens espagnol, se rapprochant intimement de la tumba, Puis.que avec l'arrive de Colomb, la domination espagnole absorbadans la suite tout l'lment indien. Elle le dtruisit mme.A monhumble avis, le populo n'a conserv qu'un peu prsde tradition indienne: Les Guds, En effet;en dissquant bienleurs bats annuels le jour de la fte desmorts, on arrive con-clure qu'une certaine physionomie domine les cadences, la mono-

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.. ,._.. LES GRIOTS24 7tonie et les modulations qui retiennent l'at!entiondu musicien,et rappellent le souvenir de l'poque o le Cacique,entour desbutios commandait et prsidait les crmonies.C'est pourquoi,pour bien saisir les airs si charmants de notre terroir,avec leursattraits naturels, il importe d'aller lasource mme et d'tudierscrupuleusement les poques.Car, crit Ludovic Lamothe,cequi constitue le folklore d'un pays, c'est l'ensembledes coutumes,des traditions, des lgendes, des proverbes,des tableaux et m-me des poteries originales qui viennent du peuple, sansaucuneprparation ni cole.C'est un avis que nous partageons entirement.Par consquent, s'agissant denos airs, ce qu'il importe demaintenir, c'est le rythme, c'est--dire, lesens, le ct typique,purement hatien avec toute sa force de tradition. Dans lecascontraire, toute intervention de forme trangre notre tat d'es-prit, nos mours,, nos coutumes, dtruit le beau musicalde cesairs et engloutit tout naturellement leur originalitpropre.Cette dernire tendance s'affirme de plus en plus cheznous de-puis quelque temps: Nos belles mlodies, si vives, siprenanteset qui parlent notre me hatienne sont aux prises avecune in-diffrence bien apparente depuis que le d' jazz a pris positiondansnotre milieu. On dirait mme que notre meringue est du vieuxjeu et que ses jours sont compts. ErreurlLa musique d'un peuple, c'est sa foi,sa vie, c'est en un mot,l'image clatante de sa beaut visible.Tant que cette musique demeure foule, elle parleau coeur etsoutient l'esprit de race, Dans le cas contraire, elle devientpau-vre, perd sa sensibilit et n'exerce plus cet empire qui rvle laforce du gnie.ConstantinDiJ!MERVE

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LESG R 1 o TSPIzilosvlrlrie (les 1liornbras.Le Zro, Nombre Sphinx1-e chiffre qu'on nomme Zro n'estpas un nombre comme lesautres, mais tinmystre.Il est remarquer que les signes de 1 9, considrs comme termes denumration,expriment une quan-tit concrte: tandis que le zro,lui,ne reprsente que la nga-tion totalede quantit,lin consquence les mathmatiquesen-seignent qu'il est le symbole du nant.Seul, il se laisse prendreen effet pour le symbole du nant;niais suivez-le de prs et vousverrez que sous son air effac iljoue un rle plutt omnipotent; si bienque les mathmatiqueik,nepeuvent aucunement s'enpasser.C'est lui que les nombres ontrecours dans les impasses desmathmatiques.Il jouit en outre decette proprit remarquable que, plac ladroite ou la gauched'unnombre,il rend ce nombre dix fois plus fortou plus faible.Le zro est le sphinx desm athmatiques,EhbienIce chiffre nigmatique c'est la gomtrie quiva nousen livrer le secret,Si confdrntatioti elliptique indiqueque le zro est une figurersultant de l'involution de deuxsphres etparticipant,parcon-squent,des ,proprits aile l'uneet de l'autre en vertu du principede dualit et de rciprocit lequel estcomparable la loi di, l'h-rdittranspose sur le plan gomtrique,Vestibule situ la jonctionde deuxmondes,le zro sert defrontire naturelle entre la Gomtrieet les Nombres. Et c'estparce qu'il tient de l'ternit qui vivifieet du Temps qui dsa-grge, que les nombres trouventen lui un accroissementou unediminution devaleur.,selon qu'ils confrontentson seuil terneloit temporelInpuisable parcs qu'il tientde l'infini; incommensurablepar-ce qu'antrieur auxnotires,comment pourrait-il avoirun nomsynonyme de valorisation fixe dansla nomenclature des signesservantexprimer des quantits invariables.Enconclusion,c'est pcher contre lavrit scientifiqueque deplacer le zro ensuite le9.Sa place logiqueest avant les nombres.Madame ThodoraHOLLYde laS.H.L.A.(Extrait de La Philosophiedes Nombres,ouvrage indit),

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fPolitique Internationale.-Essai sur l'Angleterre 1938"'(Suite et fin)N. B.-Cette tude a t crite du 15 Juin au 15 Juillet. Lesvnements subsquents en ont donc t carts.A Matre Andr Tel! FranoisTmoignage de ma plus profondereconnaissance.--II-Avant d'aborder l'tude des conditions stratgiques de l'Im-mense Empire Britannique, nous attirons l'attention du lecteursur ce fait capital: En stratgie militaire, comme en stratgie na-vale, une arme ou une marine ne vaut pas seulement par la quan-tit et la qualit des armes, des munitions et des effectifs de toutessortes ou, plus prcisment pour la marine, par la quantit et laqualit des cuirasss, des units de surface ou auxiliaires etc., maisencore et surtout par la scurit que l'une ou l'autre peut avoir surtel terrain d'oprations tout moment donn.La scurit pour l'une consiste en le nombre et la qualit desfortifications et autres ouvrages plus ou moins importants dressspour des oprations offensives ou dfensives ou des deux et pourl'autre en le nombre (et la qualit bien entendu) de bases na-vales, de points d'appui, de points de concentration etc., [car lesnoms sont innombrables en matire navale comme en matire mi-litaire) mis la disposition de la marine en vue de ses mano:uvresagressives ou dfensives.Je vais illustrer de deux exemples:Personne, de nos jours, ne peut rvoquer en doute la formi-dable puissance militaire de l'Allemagne en 1914, formidablepuissance militaire qui a pu tenir," le monde entier pour ainsi dire(1) Voit le No. 1Vol, 2. Juill.-AoutSept. 1938.

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en r'he pend r t ctnfly, r te et un rr,,rs de guerre. Eh bien' Sup.: >:arre minore de t 4! errrcgne ll,tlrier,re quatref,r,to' s lpufois suprreure, pat exemple, celle de 1`Alerrajnr du kaiser,avant le 7 Mars 1i36, c'e,t-dire avant la rar*t lttarisatinn delaPh-nome par le Chancelier Ilitler, elle aurait pu 'tee vaincue parla f: rance seule.'celle-ci, appuye sur sa formidable Ligne Ua-rlirota, qui lui o&surercrt la scurit l'arrire, aurait pu transpor-ter ses tr<,upes sur l'autre rive du Rhin et anantir unit par unittout l'effectif de l'arme allemande sur les cinquante kilomtreslibrement ouverts l'action de son arme, et ce, en dpit des en-gins les plus modernes et les plus terrifiants fgaz, tanks, charsd'assaut, artilleries lourde et lgre, aviation, etc.,) que l'armeallemande et pu lui opposerVoildonc lesraisonsqui m'ont port affirmer, tout au d-but de cette tude, que la remilitarisation de la Rhnanie est sansconteste la plus importante ralisation du Chancelier-PrsidentMonsieur Adolf Ilitter.C'estelle qui, changeant la face del'Eu-rope, va permettre l'Allemagne de rcuprer d'ici quelques an-nes sa place de premire puissance militaire de l'Europe et de ra-liser peut-tre les vises inscrites dans Hein Kampf dont l'An-chluss n'est qu'une tape,Secundo. Au trait de Washington de 1922 le Nippon n'ob-tint pour sa marinequ'uneproportion de 3-5 par rapportauxmarines amricaine et britannique, ce qui constituaun dsavan-tage,sansdoute, mais ce dsavantage fut largementcompensquand, conformment au principe:'Pas de dsarmementsans s-curit,il obtintaussides Etats-Unis d'Amrique l'engagementformel de ne pas fortifier les Philippines,les Des Aloutiennes, leslies Wahe, Midway, Guam et autreset de l'Angleterre celui de nepas forti>ter sa possession de l-Ionq-Kong dont l'importancestra-tgique n'chappe l'esprit le moins averti,Et le Nippon put ain-si d'aprs Maurice Lachin, dansson ouvrage Japon 1934, usantde .sa thorie de la rsistance offensivedvelopper sa marinejusqu' la limite maximum permisepar les traits (Washington1922 et Londres 1930), multiplier loisir ses bases et ses pointsd'appui, en d'autres termes, transformerle Pacifique Extrme.Oriental, des lies Kouriles (au Nippon)au dtroit de Fou-Kienentre file Formose etla ChineMridionale,en un immense lacnippon inaccessible auxdeuxpluspuissantesmarines du monde

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LCS GRIOTS(amricaine et britannique) au point d'avoir pu, en 1931, d-fier l'Oncle Sam en jetant au panier le chiffon de papier du trai-t des Neuf Puissances de 1922, renversant ainsi le principe deIci Porte-Ouverte si cher aux dirigeants de Washington, dfieraussi la Socit des Nations, l'Instrument de domination de l'Em-pire Britannique d'aprs MonsieurGastonGaillard, dans sonouvrage (Pril Jaune ou Pril Blanc) comme` nous l'avons ditci-dessus, dfier en un mot le monde entier en arrachant la Mand-chourie et le Jhol la Chine.D'autre part, la scurit assure par l'tablissement de solidesfortifications terrestres ou maritimes, une arme ou une flottepeut, avec des effectifs relativement insignifiants, tenir en checdes force,; peut-tre triples, quadruples, quintuples etc. C'est ain-si que depuis la remilitarisation de la Rhnanie, l'Allemagne peut,avec des 4orces relativement peu importantes d'un million et de-mi trois millions d'hommes, tenir en chec toute l'arme fran-aise renforce si possible des armes anglaise, belge, et autres etensuite reporter tout le gros de ses forces vers les territoires del'Est qu'elle guigne avec tant de convoitise. Une flotte britanni-que peu importante, renforce seulement du Rodnelf, ou du Nel-son cantonne Singaportr `gut tenir en chec toute la flotte nip-pone si jamais elle poussai,.rtemerite jusqu' aller forcer ce bas-tion majestueux de l'Empire Britannique dans cette partie duContinent. Le peu de garantie seul offerte par les bases et pointsd'appui de l'Angleterre dans la Mditerrane explique le dpla-cement de la Home Fleet en 1935 dans cette mer lors de la ten-sion italo-britannique.Diffremment, renforce seulement dequelques units importantes comme le Rodney, le Nelson, leWarspite, la flotte Mditerranenne eut pu asseoir solidrnent laconfiance des dirigeants britanniques cette poque.Possesseur de plus du quart du globe (36 millions de kilo-mtres carrs, d'aprs la Revue Regards sur le Monde, Num-ro de Janvier 1938) et des plus grandes ressources de la Pla-nte (32 matires premires essentielles sur 33, d'aprs le Jour-nal Marianne du moisi ie Fvrier de cette anne), avec des ter-ritoires parpills sur toute l'tendue de l'univers, une marinequasi-di.:rrode,une, aviation relativement insignifiante et unearme mtropolitaine et aolonialc relativement nulle au point devue de l'effectif (moins de 1 million et demi d'hommes contre

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252LES GRIOTSneuf la France, sept l'Italie, quatre etdemi dj une Alle-magne en pleine renaissancemilitaire, six et demi ou huit auNippon,treize l'U. R. S.S.),l'Angleterre voitnon sans degrandes apprhensions sa situation prementconvoite par degrandes puissancesqui, dessein, s'intitulent tats proltaires etqui ont mari leur flamme (l'axe Rome-Berlin-Tokio) pour es-sayerde lui ravirun jour la suprmatie dans le monde, chacunedu moins dans sa sphre d'action qu'elle largira loisir, tantl'apptitest insatiable.Ces puissances sont (tout le monde lesait) :1.-l'Italie Moderne, l'Italie Mussolinienne qui prtendlui arracher un jour la suprmatiede laMditerrane, secondetape(aprs la conqute de l'Ethopie) vers la reconstitution del'Ancien EmpireRomain de la Mditerrane, Mer si chre aucour de tous les fascistes marenostrum.2.--l'Allemaeie,la terrible Germanie de toujours, qui depuis le trait de Franc-fort (1871), depuisle Kaiser plusexactement, rve de lui dis-puter un jour l'hgmonie des mers etdu Monde. Versaillescertes l'a contrainte penser pendant prs de trois lustres que cetardent dsir n'tait qu'un violent et dangereux cauchemar, maisle GrandHitler, le bel Adolf comme l'appellent les(resAryen-nes, est-qrecommence lui montrer le plus beau cheminqui conduit la domination universelle:le Pan-Germanismeintgral(la suprmatiedu Continentpar la reconstitution duSaintEmpire. Germanique: pousse incessante versl'Est Drangnach Ostenjusqu'Bagdad, de nos joursjusqu' l'Ukraine dontl'Anchlussn'est qu'une tape) en attendant de pouvoir sortirde ses immenses chantiers navalsune Armadaultra-moderne ca-pabled'affronteren toute circonstance les superbes cuirasss deBritannia, enfin en troisime lieu le grandEmpire Mikadonal,l'Empire du SoleilLevant,leNippon, puisqu'il faut l'appelerpar son nom,qui, appelbrutalement aux douceursde la civi-lisation occidentalepar le Commodore Amricain Matthew Per-ry le 8 Juillet 1853, n'a cessde crotreau grand ahuri de sesparrains occidentauxjusqu' pouvoirprtendre de nos jours laparit navalequi seulepeutlui garantir la possession exclusivede ce vaste rservoir de matires premires et de richesses de toutessortes que constituela Chine,le pidestal de sa suprmatie futuredans le monde.

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LES GRIOTS25 3Les Hommes d'Etat Britanniques, dont lesens exact des si-tuations n'chappe jamais l'esprit sagace, ont vite fait de ra-liser le nouvel ordre de choses. Et c'est dans le cadrede leurs tra-ditions ternelles, comme le remarque fort justementMonsieurAndr MVIaurois, qu'ils se sont renfermspour tenter d'apporterune solution efficace leurssituations prsentes, si brlantes, sicuisantes.Jetant un grand et minutieux coup d'ailsur la carte et con-sidrant leur Immense Empire ilsne tardrent pas comprendrequ'une mission herculenne s'imposait dsormais leurmarinedont les navires sont pour la plupart,affectsd'un gros coeffi-cient d'ge, et, tant donn les progrs de la Sciencearonauti-que, destudessrieuses, minutieuses, approfondies s'avraientncessairesen vue d'un dveloppement mthodique de leur Avia-tion militaire et navale et de la protection deleursctes, de leursnavires et de leurs multiples basesaro-navales dissmines dansles quatre coins du monde,Cinq fronts essentiels,en effet, sollicitentl'action de la marinebritannique: l,-le, front mtropolitain, 2.-le front amricain,3,-le front extrme-oriental, 4,-le front de l'Antlantique-Sudjusqu'au del du Cap de Bonne-Esprance (Canal Mozambique,Ocan Indien etc.,) 5.-le front mditerranen.1,-Quant au front mtropolitain, l'unanimitdes lecteurssait qu'il est gard par la 1-tome Fl.eet composedes units les plusimportantes et les plus modernes de la marine britannique. Lesbasesprincipales sont: Devonport, Chatham, Plymouth et Ports-mouth. Elles serontagrandies et modernises selon lesplans del'Amiraut. Elles seront aussi pourvues de bases ariennes sou-terraines et de batteries ctires et ariennestrs puissantes.2.-Le front amricain sembletre le moinsen pril l'heureactuelle. Aussi n'a-t-il pas fait l'objet d'un souci particulier dela part de l'Amiraut Britanniqueet cela estsi vrai qu'en 1935,lors de la tension italo-britannique en Mditerranne, le Gou-vernement de Londres dpcha, part la Home-Fleet, cinqdesplus importantes units qui protgeaient ce frotlt,entr'autresl'Ajax dont la rapidit n'chappe personne. Pour mmoireseulement, je dirai qu'il est dfendu par une importante base na-vale tablie dans l'une des Bermudes et une srie de points d'ap-pui puissamment protgs, chelonns dans cet arclii,la par-

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254GRIOT Stic septentrionale tant laisse ia vigilance de la flotte cana-dienne qui garde les deux ctes(Atlantique et Pacifique) de ceDominion et la partie mridionale la base des Iles Fakland,trs clbres par la victoire remportependant la Grande Guerrepar la flotte britannique surl'escadre de l'amiral allemand VonSpee, victoire qi effaa glorieusementk tche de Coroncl. En-fin, pour finit, je dirai (lue les basesdes lies Bermudes et des IlesFaldand sont rudement convoites la premire parl'AmirautAmricaine qui voudrait' la transformer en unbastion invul-nrable devant constituer le plus important centrede scurit desEtats-Unis d'Amrique dans le Bassin des Carabes etla secondepar l'Amiraut Argentine quidsirerait en faire son principaltablissement aro-naval dons le Sud-AtlantiqueAmricain.3.-Le front oriental a fait aussi l'objet d'un, examen appro-fondi. de la part de l'Amiraut Britannique. Aprs la confrencede Washington de 1921-1922 qui limita 3.5 laproportiondes wcapital-skips ou nav;res,4e ligne nippons par rapport auxsimilairesl'Angleterre dans le but de garantir lascurit nippone, s'tait engage ne pas fortifier Hong-Konget considra longtemps Siztgapour comme le point terminus deson Empire.Mais,depuis'la dnonciation des traits de limita-tion quantitative et quaiittive -des armements navals de Was-hington (1922) et de Londres (1930), par le Nippon en 1934et leur expiration normale 'le 31 Dc. 1936, l'Angleterre ayant,depuis le ter Janv. 1937, repris toute sa libert d'action a dcid,devant le dveloppement considrable de la marine nippone et lamenace conjugue des trois puissances anti-moscoutaires (l'AxeRome-Berlin-Tokio), de faire nouveau de Hong-Kong, cetteimportante possession de la Chine Mridionale, une positionpratiquement inexpugnable en la dotant de batteries ctires desix dix-huit pouces susceptibles de tenir sui respect n'importequel navire existant actuellement dans le monde, Car on saitque le calibre maximum des canons a t limit seize pouces ouquatre-cent-sixmillimtres par les traits navals de Washington(1922) et de Londres (1930) pour les capital-ships dont letonnage maximum a t limit trente cinq mille tonnes. LaGrande-Bretagne a dcid aussi de doter Hong-Kong d'une forcenavale militaire et arienne suffisantii pour contenir et mme an-nihiler toute attaque d'o qu'elle vienne.1-iong-Kong, suivant

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LES GRIOTSles plans del'Amiraut,doit constituer le plus srieux handicapcontre toute agression de la marine nippone contre Sirgapourdestine, elle, garder l'entre de l'Ocan Indien par le dtroitde Malacca. Hong-Kong doitaussi protger les immenses in-trts britanniquesdansla Chine Mridionalecontre les visesimprialistes des sujetsdu Mikado.Car on sait que l'AmirautNipponea tzran..formlI Pacifique Extrme-Orientaldepuis lesIlesKouriles (Nippon):non fortifies jusqu'aul er Janv. 1937en vertu du trait de Washington, le dtroit de la Prouse, la Merdu Japon,-la Mer de ChineSeptentrionale et Mridionale jus-qu'au dtroit de Fou-Kien entre l'Ile Formose(Nippon) nonfortifie galement jusqu' la mme date en vertu du mme traitet la ChineMridionalecri unimmenselac nippon rendu inac-cessible toutes marines ennemies grce l'extension donne auprincipe de la rsistance offensive, d'aprs Maurice Lachin(Japon 1934). En vue donc de cette double action, le Parle-ment Britannique a allou n crditde Huit Millions de LivresSterling pour les travauxqui, entreprisvers le milieu de l'annedernire, prendront fin vers.le 31Dc. de l'anne prochaine.Singapour, ai-je dj dit,-est `destin garderl'entrede l'OcanIndien par le chemindu Dtroitde Malacca, c'est--dire la routela plus directe et aussila plus courtequi conduise'-;deIII-'mpiredu Soleil Levant (leNippon),du Cleste Empire (la Chine), de,l'Indo-ChineFranaise,des Ils Philippines etc., au plus riche,u plusimportant,au principal tablissement colonial dielaGrande-Bretagne, j'ai nomm I'Empire des Indes. A ce colossaleffet, prs de quinze millions & Livres Sterling ont taccordspar le Parlement Britanniquedans le but de la dormir de nombreu-ses batteries de dix-huit pouces,la plus longueporteconnue =l'heure actuelle dans le monde, devant briser l'lanaudacieuxde tous les navires existant jusqu'ici dont lessix plus importantsne ser`.'us que de pices de seize pouces et aussi du plus gi-gan'.te qu'y' du monde. Singapour doitaussi protger indirectei :..V'ustralie et la NouvelleZlande. A causecl cela,ce dernierpominioncontribue aussi au financement de cette gi-gantesque entreprise. CommeI-long-Kong, elle possde gale-ment une force militairearienne et navale dont la valeur a trudement prouve au cours des manceuvresinauguratives quiont eulieu au dbut de cetteanne.Une base d'hydraviation w"i

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2GVinnu_mLESGRIOTSl'preuve des attaquesarienneset navales sera place l'entrede chacune de ces deux fortifications.Elle pourra contenir soi-xante-quinze hydravions gants destins l'clairage, c'est--dire, suivre les mouvements de l'ennemi, rgler et dirigerle tir des batteries ctires et des navires contre lescibles enne-mies, (Les hydravions-gants remplacent de nos joursles na-vires-claireurs quid'ailleursn'ont pas t supprims). Enfin,de nombreuses mines flottantes ou stationnaires dfendrontl'occasionl'entre de ces ba es l'ennemi; Bien que Singapourne soit pas encore entiremeigt termine (elle nele sera probable-ment que vers le 31 Dc. de l'anne prochaine, commeHong-Kong dureste) elle estdj \apte remplir efficacement sa mis-sion et pour le moment, dansa les conditions actuelles galement,seulle percement de l'Isthme c e Kra, collantle royaumede Siam la presqu'le de Malacca,pourrait permettre nu Nippon de me-nacer efficacement l'Inde en contournant l'obstacle de Singapour.C'est d'ailleurs le projet du Gouvernement de Tokio et de l'A-miraut Nippone qui s'entendront pralablement avec le Gou-vernement de Bangkok (Royaume de Siam) gnralement con-sidr comme un alli de l'Empire du Mikado. Pour contrecarrerles desseinsde l'Amiraut Britannique Hong-Kong, l'AmirautNippone vient de faire occuper l'Ile Amoy situe en face du futurmajestueux bastion britannique et de faire commencer immdia-tement les travaux de fortification et envisage aussi, l'occupationde l'Ile Hai-Nan (interdite par un trait sign vers 1894) quiisolera dfinitivement Singapour de Hong-Kong et mme desbases franaises de Sagon et de Cam-Rang en Indo-Chine etmettra ce pays porte de canon des navires nippons. D'o l'oc-cupation prventive des 11es Paracelse effectue rcemment parla France, Cet ordre de chosesque j'expose prsentement con-'tinuera exister jusqu'au 31 Dc. 1943,car on sait quel'Ami-raut Nippone vient d'ordonner la miseen chantier de trois na-vires de quarante-cinq milles tonnes destins surclasserles typesde trente-cinq mille tonnes, soit letonnage maximum des tapi-tal-ships prvu par le dernier trait de limitation qualitative desarmements navals de Londres de 1936, trait sign par les troispuissances: la Grande-Bretagne,les Etats-Unis d'Ar. tique etla France et auquel l'Empire Nippona refus de prendrepart,devant l'attitude intransigeante des dlgations amricaine et bri-

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L E$ G R I 1 SR--257tannique faire droit ses desiderata relatifs la paritnavaleavec ces pays. Comme le calibre maximumprvu cette conf-rence a t rduit de seize quatorze poucesou trois-cent-cin-qunte-sixmillimtres, mon humbleavis,j'estime (car je mepermets ici d'exprimer une opiniontoute personnelle) que,con-trairement toutes lesrumeurs qui ont cours, les cuirasss nip-pons de quarante-cinq mille tonnes actuellementen constructionseront arms de canons de vingtpouces aumoins. Toutd'abordils dplaceront un tonnage dequarante-cinq mille tonnes (d'a-prs l'opinion des Amirauts amricaineet britannique) et letonnage maximum prvu aux confrences deWashington de1922 et de Londres de 1930, maintenud'ailleurs par le derniertrait de Londres de 1936, etcomme le calibre maximum decesnavires tait fix seizepouces ou quatre-cent-six millimtres,je suppose, nonobstant toutemon ignorance technique, que lecalibre d'un navire de dix ?milletonnes de plus peut tre aismentport vingt pouces sans causeraucun inconvnient. Enfin, por-ter seize pouces seulement, suivant les rumeurs,le calibre de cesfuturs mastodontes de quarante-cinq milletonnes serait, en der-nire analyse, un jeu d'enfant. En effet,le but de l'AmirautNippone est de dtruire un jour les basesde Singapour et deHong-Kong pourvues, comme nous l'avonsdj dit, de batteriesctires de dix-huit pouces: Nous feronsde Hong-Kong et deSingapour ce que nous avons fait de Port-Arthuren 1905, adclar rcemment un Amiralnippon.Avec une porte si faibleon se demande vraiment ce que pourront ces futurs cuirassscon-tre ces Gibtaltars de l'Extrme-Orient. Et d'ailleursune plusforte cuirasue(rsistance) donne aux Rodneyet Nelson parexemple, avec un accroissement de leur vitesseet une extension de'leur rayon d'action ne suffiraient-ellespas leur faire reprendrel'avantage eux ravi par les futurs cuirasssnippons de quarantecinq mille tonnes arms comme eux de batteriesde seize pouces.En dehors de Hong-Kong et de Singapour l'Angleterre,a jalon-n la route ;des Indes de stations ara-navales plusou moins im-portantes (Malacca,Ca.'lcutta,'Colombo:Capitale de l'Ile Ceylan, etc.,) et a tabli aussi des mines dans le but dctarderou decontrecarrer,tont--fait l'action d'un ennemi ventuel s(.rle plusimportant territoire de son Immense Empire.Car, d'aprs Mon-sieur Grard Bouteileau, LeDocumentnumro du mois deii

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p258t,t':4 GRIOTSMai 193e, l'Amiraut Britanniquedevant le pril nouveauquereprsente la voie arienne pour la marine,a adopt le principede la multiplicit des bases navales en mettantcet axiome: plusles bases sont nombreuses moins la !lotteest vulnrable. LesMers du Sud (conduisant en Asutralie,en Nouvelle Zlande etc),sont laisses la vigilance de la marine Australiennequi, depuisla Confrence Impriale de 1896, constitueavec la marine ca-nadienne une auxiliaire de la marinebritannique. Ses bases principales sont Sidney et Port-Darwin,Pour ce qui est de son ef-ficience, je rappelleau lecteur que ce fut un bateau australienLe Sidney qui dtruisitpendant la Grande Guerre le Corsaireallemand Eiriden qui s'taitcouvert de gloire dans l'OcanIndien.4.-Mais le front quia fait l'objet des plus grandescontro-verses, qui a divis en deux camps lesexperts de l'Amiraut Bri-tannique, est le front mditerranen.Un groupe (eton l'aappel le groupe du Capou l'cole du Cap) prconisait l'aban-don total, dfinitif de laroute mditerranenne, c'est--diredela plus courte qui conduiseaux Indes, et de reprendre laroutede Vasco de Gaina, laroute du Cap: Bien qu'elle retardededeux mille milles le trajet dela Mtropole nos principales pos-sessions des Indes, de l'Australieet de l'Gttcme-Crierat, elleestpourtant la plus sre.La Mditerraneest indfendable di-saient-ils, encas de guerre, aucun convoi si puissantqu'il soit nepourra garantir la scurit dece chemin pour les bateauxmar-chands. D'autre part, quoi bon consentirde grosses dpensespour une dfense chimrique? Gibraltarest l'autre extrmitoc-cidentale. Malte est isoleet la.;nierci tant desbases navales quedes puissantes escadres ariennesde Spezia, de Brindiisiet de Mes-sine et sa situation s'estencore aggrave depuisque l'Italie, notreadversaire ventuel,a dcid de fortifier l'lede Pantelleria desti-ne l'isoler de Bizerte,possession denotre allie ventuelle, laFrance, en Tunisie. L'Italiepratiquement possdela suprmatiede cette mer, surtout clanssa partie orientale.Elle peut donc,grce ses units lgresultra-rapides, sa flotte sous-marine laplus importante du monde, ses bases extrmementnombreuses,et surtout ses arodromesdissminssur tout le parcours decete Mer la fois vasteet troite, transformerla Mditerraneen un gigantesque lac romain inaccessible toute marine ennemie,

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LES CtR10I'S259si puissante soit-elle. Mieux vaut donc adopter la vieille routedu Cap qui fit jadis le bonheur de l'Humanit. Elle sera prot-ge par une base formidable, nouvelle Singapour, situe dans labaie de Williamston Simonds Town, Colonie du Cap (UnionSud-Africaine) avec laquelle nous nous entendrons au pralable,et une infinit de points d'appui placs tout le long du Sud-At-lantique Africain jusqu' notre importante colonie des Indes, etainsi notre scurit sera assure, notre prestige sauvegard.Je m'empresse de faire remarquer qu'un accord est intervenu cet effet entrelesgrnvernements de Pretoria(Union Sud-Afri-cain) et de Londres. Le premier a accept l'tablissement de labase SimondsTown,nanmoins qu'elle soit place sous soncommandement, ce que le second s'est empress d'accepter pourdonner pleine et entire satisfaction son Dominion.S.--L'lrcole NVMiterranenne, aucontraire, ou l?cole duCaire prconise le maintien de la domination britannique danscette Mer (la Mditerrane) en vue non pas de la navigationcommerciale (ce qui serait rellement chimrique car l'troit pas-sage entre la Sicile et la Tunisie sera impraticable cri cas de guerrevu l'action extrmement redoutable des avions et des sous-marinsitaliens) mais de la protection et de la dfense des immenses int-rts britanniques dans le Proche et Moyen-Orient (Palestine,Irak ou Msopotamie, Transjordanie, Iran ou la Perse, Afga-nistan, etc.,) et en Egypte, la charnire de l'Empire Britannique.Les bases italiennessontcertes extrmement nombreuses,ce sont,pour les numrer, Spezia, Naples, Tarente,Brindisi en Italieproprement dite,Messine,Palerme et SyracuseenSicile, Madda-lena et Cagliari en Sardaigne (Mditerrane Occidentale),To-brulr^et Benghasien Cyrenaique,Tripoli enBarbarie, unebasetablie dans file de Rhodes, une autre Leroedansl'unedes Do-decanese, et enfin tout rcemment,enMditerrane Occidentale,l'Ile de Pantelleria,destine isolerBizerte,une basede notreventuelle allie la France, en Tunisie, de notre Malte, mais pasau point depouvoirtransformer la Mditerrane, dans sa par-tie Orientale surtout, en un lac romain, en une marenostrum,comme ils disent gnralement. Nosbases principales (Gibral-tar, Malte, Suez,Aden)seront donc modernises etpourvuesd'arodromessouterrainsetaussid'hydravions-gants destins l'clairage, les bases secondaires seront cres Haiffa (Palestine),

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s, Alexandrie et $ollum (gypte), 4 Famagoustedans l'Ile deChypre, file Perim prs du dtroit de Bab-El-Mandeb pourfaire pendant l'le de Doumeira dans la Mer Rouge,cde l'Italie par la France le 7 Janv. 1935, enfin la Sude dansl'Ilede Crte ou, suivant l'invitation du gouvernement Grec, nousferons aussi construire un point d'appui important. Toutesceshases serviront aux oprations des btiments de surface lgers etdes sous-marins. Tandis que des tudes seront faites Ahaba,('1 ransjordanie) dans la Mer Rouge, nous tablirons des aro-,dromes souterrains .hava, Maan et Amman en Transjordanie, Iginaia, Mossoul et Galba en Msopotamie ou Irak, Gaza,Ramleh et Jericho en Palestine ers vue de la protection et de ladfense de nos immensesintrtsdans le Proche et le Moyen-Orient et aussi de garantir ('intgrit de nos Indes, car nous sa-vons tous que le territoire de notre Empire des Indes si convoitcommunique par le 13elouchistan au territoire de l'Iran ou de sonancien nom la Perse dont le chemin de fer moderne, le eTran-siranien, rendra l'accs trs facile).Mais le plus important projet britannique pour la dfensede ses intrts dans le Proche et le Moyen-Orient est,, d'aprsMonsieur Gaston Gaillard dans son livre Pril Jaune ou PrilBlanc, "un immense Canal qui, parti de Haiffa, aboutira Aka-ba (Mer Rouge) cent cinquante kilomtres de laVille et duCanal deSuez. Les abordsde ce nouveau canal seront jalonnsd'arodromes et aussi de pices importantes (18 pouces). Ceprojet n'a pas encore reu un commencement d'excution, sansdoutecause des difficults de toutes sortes que l'Angleterre con-fronte en Palestine e dans toutes ces rgions de la part des Mu-sulmans. L'important cependant tait de s'entendreavec l'Egyp-te,Leshommes d'tat Britanniques rc.transigeants dans lepass, devant le danger italien s'y prtrent de bonne grce, et,au mois de janvier de l'anne1936, unaccord intervenait entreles gouvernemr;nts de Londres et du Caire, aprs des mois de la-borieuses ngociations. Par cet accord, l'Angleterre, reconnaissaitla pleineet entire indpendance de l'Egypte et lui promettaitd'user de toute son influence en vue de son admission la Socitdes Nations (,'ce qui n'a pas encore eu lieu) et de la suppressiondesCapitulations,tribunaux mixtes tablis en, despays peu vo.lus (Chine, 'gypte,autrefoisla Turquie,le Nippon aussi, jus-

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Q T SLES G R I O T Sque vers 1890 etc.,).Ce dernier pointa t ralis laConfrencede Montreux. De son ct,l'Egypte reconnaissait la pleine etentire souverainet de l'Angleterre surle Soudan. L'intransi-geance Egyptienne ce dcrniepoint constituaitjusque-l leprincipal obstacle la conclusiond'un accord). Cependantilimporte de signaler quel'indpendance de l'Egyptc lui at ac-corde sous la rserve que ledernier soldat britannique nequit-tera le sol du paysdes Antiques Pharaonsque lorsque l'Egyptese sera donn unearme et une aviation modernes,instruites etentraines par des officiersbritanniques, et se sera dote deroutesstratgiques modernes destines autransport rapide des troupesanglodgyptiennes et aussi desgarnisons hindoues vers lafron-tire gypto-lybienne, oudepuis 1935, lors de la tensionitalo-britannique et de laconcentration massive des troupesitaliennes"en Lybie,l'Angleterre avait dressd'importants ouvrages defor-tifications dont l'amlioration sepoursuit encore, et au Soudano se trouvent investisles plus importantscapitaux anglais enl=gypte (trois centsmillions de livres sterling) pourfinancer lesvastes plantations de coton,arroses par les eaux duNil Bleu,l'une des sept bouchesdu plus long fleuve dumonde (le Nil)6500 kilomtres) quiprend sa source prs duLac Tsana, dansle plateauthiopien. Ce quifaisait dire assez spirituellementun journal franais en1935, au cours de latension italo-britan-nique propos del'Etbiopie: Mais laSocit des Nations nesignifierait-elle pas aujourd'huipour le Gouvernementde Lon-dresles bouchesdu Nil.,11 convient de remarquerque l'arme gyptienne seraune ar-m c essentiellementdfensive, ce qui estbanni de la conceptionrn itaireactuelle. La "frontiregypto-lybienne couvre uneten-due de quatre centtrente kilomxttresles routes a construire pat'le gouvernementgyptien ne doiventtre que e deux cent qua-rante kilomtres,soit une immensetendue de terre dsertique:L'Oais de Siwa decent-quatre-vingt dixkilomtres ouverte la libre actionde 1'arme italiennequi, grce la commoditqu'elle ne manqueracertainement pasde s'y crer (prolongationde l'autostrade de laLybie, dification deforteresessetc.,) pourrade faon adquatelivrer assaut auxfortifications britanniques etpeut-tre les emporter.D'autre, part,l'arme Egyptienne ne secomposait que devingt mille hommesau 31 Dc. 1936, au31

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2621.ES G121UTSDc. 1937, elle ne comptera que soixante-dix mille,soit uneaugmentation (considrable) de cinquante mille hommeset au31 Dc. de cette anne de cent cinquante millehommes et n'at-teindra le chiffre de trois cent millequo vers la fin de l'anneprochaine ou le milieu de l'anne 1940,ce, d'aprs le plan anglo-gyptien d'accroissement progressif de l'effectifde l'arme gyp-tienne, plan susceptible d'un plus grand dveloppementselon lesressources et les possibilits de l'ligyptc. Et quandon considrequ'avant le dernier accord italo-britanniquedu 14 Avril 1938,l'Italie entretenait aux frontires gyptiennesde la Lybie quatre-vingt-cinq mille hommes etque, vu la proximit du territoire,l'Italie peut en cas d'urgence dverseren Lybie en un temps mi-nimum six cent mille hommesprts entrer en actionon peut sefaire une ide de l'effectif relativementinsignifiant de l'armegyptienne. (Le chiffre de l'armeitalienne en Lybie soumisd'ailleurs une rduction progressiveen vertu du dernier sus-dit accord avec l'Angleterreest tir de la Revue Franaise (l'Il-lustration du 21 Mai 1938). Quant la qualit de l'armegyptienne, un minent journalistefranais affirme dans Can-dide que cette arme,au dire des officiers gyptiens eux-mmes,ne pourrait contenir l'arme italienneque durant trois heures aumaximum vu l'tat du matrielmis sa disposition aprsle d-part d'une partie de l'arme britanniqueen 1937 (comme l'A-mricain avait fait cheznous en 1934) et d'ailleursen pleineamlioration. Pour ce quia trait au Soudan, l'Angleterrecomptebeaucoup sur les quelquesdizaines de milliers desoldats qu'elley a placs et une population indignenon initie l'art militaire,le tout opposeraux cent mille askaris (troupesindignes del'Erythre et de la SomalieItalienne) etaux deux cent millesoldats italiens quise trouvent encoreen Ethiopie.Il est vraiqu'il y aura bientt lesroutes de l'Egypte qui luipermettront detransporter en un temps-recorddes renforts importantset, encas d'alerte, sa flotte peutencore, bien qu'imparfaitement,em-bouteiller la flotte italiennedans la I12r Rougeet le Canal deSuez, ce qui mettra l'Italieen un singulier tat d'infriorit.L'effectif de l'arme de l'airgyptienne mriteaussi d'tre si-gnal. Compos d'une vingtained'appareils au 31Dc. 1936,il a t port cent au 31 Dc. 1937et,ra peu prs deuxcents au 31 Dc, de cette anneet ainsi de suite jusqu'former

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LES GRIOTSvers la fin de 1940, milieu de, 1941un effectifde sixcents ap-pareils debombardement, de reconnaissanceet de chasse. Etquand on serappelleque pendant la campagne thiopienne l'Ita-lie avait plusde trois centsappp 'reils en Erythreet en SomalieItalienne et qu' l'heureactuellelle dploie un gros effortpourtransformerles plateaux thiopiens ende nombreuxarodromes,souterrainspour laplupart, capables de receler plus de sixcentsappareils prts entrer en action aupremiersignal et quipt'tr-ront, avec une chargeutiled'une deux tonnes, chacun d'eux,faire le trajet des principales villes gyptienneset de la Mer Rou-ge (Kartoum:450kilomtres, Berber:350kilomtres,Fachoda:150 kilomtres, Bab-El-Mandeb: 150 kilomtres)en moinsd'uneheure.Enfin, la modernisation de Gibraltarne sera ter-mine quele 31Dc. de cette anne, celle deMalte le 31 Dc. del'anne prochaine, celle de Suezet d'Aden la mme date. Lafortification de Haifa(Palestine) ne sera termineque le 31 Dc.1939, cellede Famagouste(Ile de Chypre)interrompue depuisle,-,dernieraccordanglo-italien du16 Avril 1936ne le serait qu'la mme date galement, la Sude dansl'ile de Crte vers le 30Juin de l'anneprochaine,Sollum et Alexandriesont dj ter-mines.'Ce sont surtoutdes arodromes destins protger lesimmenses rservoirs d'essencetablis par l'Angleterredans l'E-gypte Septentrionale. Les arodromessouterrainsdu Proche etdu Moyen-Orientne serontachevsque vers le31 Dc. 1941ou le 30 Juin 1940.Malte, de nos jours isole de l3izertepar l'Ile de Pantelleria,l'Heliaoland de la Mditerrane,le Proche et le Moyen-Orient,l'gypte voil l'heureactuellele talon d'Achille de l'EmpireBritanniquedans laMditerrane. La guerre moderne, encoreune fois pour merpter, n'est pas seulement une affaire d'ar-mements et de munitions,elle n'est pas seulement une questionde cuirasss,de dreadnoughts ou desous-marins,elle est encoreetsurtout une question descurit.C'est cette scuritqu'il n'apas encore totalement et dont il ne pourras'assurer qued'ici au31 Dc. 1939 lorsquetoutes sesbasesseront termines, d'ici au31 Dc. 1941 lorsquele dernier navire sera sorti de ses immenseschantiers navals cesjours-ci en pleine activit et mme d'ici au31 Dc. 1943, lorsque toutesses dfensesserontcoordonnes,pourront prsenter plus decohsion, c'est tout cela quiexplique

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264viguluil!-LAS GRIOTSson extrmeprudence vis--vis deMonsieur Benito Mussolinidont la position a t encoreconsidrablement renforce parl'AxeRome-Berlin en Europe, l'AxeRome-Berlin-Tokio da.;s le mon-de, la reconnaissancede principe de l'EmpireItalien de l'Ethio-pie, la tentative jusqu'iciinfructueuse de briser l'AxeRome-Ber-lin et toute cette situationsubsiste malgr la parfaite ententedel'Angleterre et son troitealli7nce dfensive, mme avecla France'(L'Axe Paris-Londres),Une autre controverse nonmoins vive s ,tait aussi leveentrele Dpartement del'Aronautique Nationale(la Royal AirForce) et l'AmirautBritannique.. Bien qu'elleft riioins im-portante,que la premireelle passionna tellementl'opinion pu-blique que je rt'en voudraisde ne pas la signaler.Considrant les ralisationsmerveilleuses accomplies pendantces temps derniers par la sciencearonautique moderne, les expertsde la Royal Air Forcemilitaire et navale osrent prconiserl'aban-don" de la traditionnelle politiquemaritime de l'Angleterre etla concentration dsormaisde tous les efforts en vue dedoterl'Empire d'une puissance arienneinsurpassable capable l'a-venir de porter la rflexion toutadversaire ventuel.A quai bon,disaient-ils,continuer dveloppernotre marinequi, grce nos Rodneyet Nelson, ces derniers-nsde nos chan-tiersnavilset de ceux detouslesautrespays dumonde, occupeencore le premier rangdansl'univers. En 1935,si nous n'avonspas-'osaffronter la jeune Italie,ce ne futcertainementpas rat: cde notre marine mais bien causede notre crasante faiblesse a-rienne, Quant la marine de ce pays, peine le tiers de la ntreau pointde vuequantitatif,menace cette poque d'embouteil-lace aux deuxissues vitalesde la Mditerrane, nos Rodney etNelson auraientsuffi plonger au fond de cetteMditerrane,si chre l'Italie fascistemarenostrum, ses plus rapides et sesplusmodernesunits, sijamais elleportait la tmrit jusqu'vouloirles forcer,Seule donc,encore une fois, saformidableArmadaarienne nousa ports rflchir.Car, dans la guerremoderne,unpays n'est assur de lavictoire finale sur son adversaire ou sesadversairespossiblesqu'autantqu'il possdelasupr-matie sur lestroisplans militaire, terrestre, arien,naval. Nousl'emportions $Ur le dernier, nous avonsencorledessous sur lesdeux premiers. D'autre part,il est peu pratique et mme criminel(--f

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!I...._.:... 1.1 265d'exiger du contribuable britanniquetant de douloureux sacrificespour la construction de nouveaux navires,alors que nous savonstous qu'ils seront les cibles destorpilles arienne;,.Cette cons-truction s'avre d'autant plus'ixrtileque l'Allemagne,par exem-ple, qui le 18 Juin1935 s'estenyage ;ne possder que 35% dumontant global denotre marine (proportion qu'ellene pourraatteindre que le ler Janv. 1942) a considrablementaugmentsa puissance arienne au point de pouvoirclipser mme la tapa-geuse Russie, dont la force relle est problmatique,et constituepour nous la plus grande menace de notre histoire,ce, nonobstantnotre crasante supriorit navale. Revisonsdonc notre politiquepasse, revisons notre traditionnelle politiquemaritime sous l'em-pire des cuisantes et brutales ncessitsactuelles. Appliquons d-sormais notre aviation cette formule lisabethainequi nous apermis, pendant des sicles, de ;rgenterle monde par une supr-matie inconteste sir l'Ocan: Twoo PowersStandard et m-me Three et mme Four et mme davantage,car notre Im-merrse Empire fait actuellement l'objet des plus pres convoitisessur toute l'tendue de la plante que nous occupons si majestueu-sement. Dotons notre Marine d'importantes escadres protectri-ces.Faisons d'elle ce que l'Amiraut Amricaineest parvenue r; faire de la sienne la seule marine du monde qui soit peu prs in-vulnrable aux attaques ariennes. Faisons mmeplus et mieuxet en mme temps. protgeons, prservonsnos villes, la Ciry ofLondon principalement, de la destruction des puissantesescadresariebnes de l'Allemagne, I'e' nervi r_uchablede demain, qui lesmenace. Et nous aurons bien mrit de la Patrie.Inutile de dire conune cette opinion rvolutionnairescandalisala Presse et le pub%` anglais tout entiers. Quoi donc?renoncer notre traditionnel Empire sur les Ocans?renoncer notre l-gendaire puissance maritime, notre orgueil, notre seule raisonde!givre? renoncer notre Rule Britannia? abdiquertoute cettepuissance devant cette arme arienne qu'on nous dit si redouta-ble? Quelle aberration!Soutenus donc par une opinion traditionnaliste, les Expertsde l'Amiraut, aprs avoir rendu hommage aux sentimentspa-triotiques des adversaires et leurs avis passionns mais inspirsd'un si bon naturel, rpliqurent:1

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o26Gniimamuu;ii iii.fia^nmr,iimiuiaeii iin uni uorurrm"i1, E S G Rl O T SNous nepouvons pas, endpit des merveilles ralises par lascience aronautique moderne,renoncer notre traditionnelle po-litique dela suprmatie des Ocans.Nouslapossdons au-jourd'hui certes, mais devant cemondeen,perptuelle volution,nous finironspar la perdre bienttsi nousadoptonsles vues demessieurs tes Experts du Dpartementde l'Aronautique. Toutd'abord, abandonner notrescurit l'aviation enrenonant la construction de nouveauxnavires,reviendrait, en stratgie mi-litaire terrestrc, renoncer laconstructiondes forteresses, laformation et l'quipement desarmes,:la formation des ca.dres pourne s'enremettre qu'l'Aviation, agressiveetdfensive,seulesmatressesdsormais de la scurit des peuples. Unepareilleabsurditdispensede touterfutation.D'autre part,si l'aviation'ellesoulve tant d'apprhensionspour l'Amiraut, c'est parce quest nouvelle, elle est unmoyen d'agression moderne, elle cons-titue pour ainsi dire une armed'aprs guerre, Ces possibilitsn'ont pas encore t totalementtudies et limites par la sciencedfensive navale. Chaque jour amne desprogrs qui droutentles calculs les plus minutieux. Lemme problme se prsentapournous,au cours de la Grande-Guerre,quand les sous-marinsallemands, sans piti, causaient d'affreux ravages notre marinemilitaire et marchande, celle de nos allis et mme celle desNeutres. Menace de blocus, sur le point devoir le peuple anglaisrduit la famine, nonobstant nos superbescuirasss, la terreurde Von Tirpitz, l'Amiraut se mit l'tude etorganisa une d-fense qui s'avra efficace, car dans les dernires annesde la guerre,les dsastres des sous-marins furent considrablementrduits, et,de nosjours,par les progrs gigantesquesraliss dans la cons-truction des navires tant militaires que marchands, on peut pres-que penser que le danger sous-marinn'est plus qu'un mauvaissouvenir. Eh bien, mme sort attend l'avion, le terrible avion siredout aujourd'hui. Instruits par une exprience qui s'annoncepnible et presss par (i plus brlantes ncessits nous organise-rons contre lui, comme pendant la GrandeGuerre contre le sous-marin, une dfense qui se rvlera tout aussi efficace,Et djn'est-on pas presque en mesure d'affirmer que le danger de l'a-vion contre lecuirass,par exemple, est problmatique, Par lesadquatesprotectionsorganises(double,tripleblind,batterie antiarienne, filets tendus par les deux avions d'tude et4Yr

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LES GR I O TSde secours placs dans tout navire de trente-cinq mille tonnesmoderne, etc., etc.,) jointes aussi aux difficults propres l'aronef (charge utile limite: une ou deux tonnes au mttximum,difficult de prcision du tir, vices de la visibilit haute altio'rude, etc.,) on est port croire le danger presque conjurpourcette classe de navires, la principale, n'est-ce pas. Le cuirassedonc, grce aux mesures de protection anti-arienne active et pa,i-sive, son paisse cuirasse qui constitue le degr de rsistance detout navire contre les torpilles ennemies et aussi aux mesures deprotection anti-sous-marines, est encore le roi des Ocans, Desmesures de prcaution tout aussi adquates inspires de l'exprien-ce, produites par la ncessit, seront prises pour assurer aux autresclasses de navires une invulnrabilit relative tout aussi efficace.Enfin, l'avion, moyen idal d'agression, de dfense et de recon-naissance, n'est pas un lment de conqute. Il est .avant tout nearme de destruction, comme l'artillerie d'ailleurs.fil est dont es-sentiellement une arme de reprsailles et de riposte. Et dP ,rimequ'en stratgie, militaire terrestre l'infanterie seule conquierif, demme en stratgie navale l'infanterie marine seule peut rslsercette mission dlicate: l'occupation des territoires ennemis,Qu'onne vienne nous objecter l'occupation par parachutes.Le moyenest trop grossier, trop enfantin pour tre considr ici. La martreseule donc peut remplir.ces missions multi-sculaires: convoyerla marine marchande, assurer la libert des communications, pro.tger le territoire national et les, possessions lointaines, transpor-tee des troupes, occuper les territoires ennemis etc.L'avion, com-me l'artillerie et la cavalerie enmatire de stratgie terrestre, doittre un moyen de coopratiotet non un instrument d'actionpropre, ce qui est d'ailleurs impossible.Comme on le voit bien, ces thses apparemment antagonistesn'taientnullement inconciliables au fond. Aussi, conscients deleurs lourdes responsabilits les Hommes d'Etat l3ritalnniqucs lesadoptrent toutes et se firent octroyer par le Parlement lesfabu-leux crdits ncessaires la ralisation de ces gigantesf,,,ies uvauxdestins leur assurer une fois de plus lasuprmatie univelt;clle,Enfin, un sbuci particulier fut apportl'arme.Nlul!c aupoint de vue de l'effectif, comme nousl'avons dj dit, compara.tivement aux autres grandes puissancesdu monde, tant donnla rpugnance naturelle des Anglo-saxonspour'le service mili-rt