Les griots

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Material Information

Title:
Les griots la revue scientifique et littéraire d'Haïti
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Denis, Lorimer
Publisher:
s.n.
Place of Publication:
Port-au-Prince
Creation Date:
October 1938
Publication Date:
Frequency:
quarterly
regular

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
serial   ( sobekcm )
periodical   ( marcgt )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1. année, no 1 (juil.-août-sept. 1938)-2. année, no 2 et 3 (oct.-nov.-déc. 1939/jan.-févr.-mars 1940).
Numbering Peculiarities:
1. année, no 1-2. année, no 2 et 3 also called vol. 1-v. 2 et 3.
General Note:
Title from caption.
General Note:
Editor: Lorimer Denis.
General Note:
Master negative held by the Center for Research Libraries.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 30497284
lccn - sn 94021825
ocm30497284
System ID:
AA00007290:00004


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Full Text

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-l:IATT 1ra_ 2ntiel dele DC tripedes Griots. ..Loetmcr Denis etD FrannifL]uvatteri,-1CT1INE-,i1,"Art eService du PeupleCarl BrouardITT _!THNOGRAP>H1E:Une Crmonie du Culte Pthro..Azora .Sultane.,Bouge ,Carl lirouardSagesse.AfriqueO toiPascal Andr CassuseLe Lambi ..FabryClaudflLes Misricordes. .. ,, .is.,Ci. MagloireiLes Transplants ... ,,,.nJ. B. RomaLe Griot.,..,Aristide de SalieHymne Ccilia ................V>. -POESIE:I.otimer Denis etDr. Franois DuvalierIV,_PSYCHOGENIEtRponse 1 une.. .-,D r .,.,Dr. J. C. Dorsainvil,,V L_CRiT'QUE LITTERAIREtLa Nouvelle Ecolc etl'Ided'une EthiqueHatienne .. ......... .. ..S. Wcsner ApollonVll.-SOCIOLOGIE JURIDIQUE:Institutions et Lois Hatiennes.... _..H. TcrlongcVIIL_NOUVELLES:Cl, Magloirc filsVeille Ngre............ 'Morisseau-LeroyDialogues Nocturnes ............ ,IX-PAGEHAITIENNE:-Orrlix CoicouPtit Couloute (type de cheznous) .X.-SOCIOLOGIE RELIGIEUSE:De la Religion base sur lesconnaissancesAthanaseScientifiques .... ... ..,..XL_MEDECINE SOCIALE:La Clinique Mdicale et laMentalit desDr Morice HallMasses Rurales d'Hati.,., ....XII.-LEMERCURE DE FRANCE ET LESLD. et F, D.GRIOTS ............... ,..XIII,_PROBLEMES A L'ORDRE DUJOUR-Notes sur la Culture......... ..

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Xri/,TOLK-LORS:Notes sur le folk-lre. ,, .... ... .li,,4i-LA MUSIQUE;,EDumervaLes Airsde cheznous, .. .... .......Constantin.. PHILOSOPHIE DES NOM?BREStVI,Le zro, nombre Sphinx.......... ..Mme,Thodora-POLITIQUE INTERNATIONALE:VII,Essai sur l'Angleterre 1938.... ,,, ..Franck Durant---CONTESXVlll.Et pourtant..J, i3, Cincas-PSYCHIATRIE' SOCIALE;XIX.Dlire Mystique Thme Vaudouique,--!)r. LouisXX,---ECONOMIECIAI,E*Pour une Politique Rationnellede notre'D,Economic Nationale ... ... Dr, tienneNOTES ET INFORMAXXL-NCROLOGIE+,TIONS.,.,,;orimcr Denis et.,..............Dr,Franois DuvalierPROCHAINEMENTP ARAITRONT:1.->Un important article de Doctrine et la premire partie du Roman deBouqui de notre Directeur, M. Cari Arouard.2--Un extrait d'un roman paysan de Ption Savain fils;,-Une Etude Historique de Fernand Madiou.

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LAREVUE SC;IfNTICIQUU UTLITTRAIRE D'HAITIL'Essentiel de la Doctrinedes GriotsL'tude de nos origines africaines infiniment complexes (eugard aux nombreux mtissages oprs aucoursde la dure su rla terre mme d' Ifrique)nousa amens la dtectiondes l-ments quiontconcouru notre forrnarion.-Transplantsurle sol de Saint-Domingue,l'lmentngrode a subi un nouveaumtissage avec la grand'rgce europode dans sa varit alpe-arm-nienne pour donner naissance ce produit humain communmentappel les sang-mls.Etsur leplan culturel cecontactdesdeuxcivilisations a dtermin un vritable phnomne deconcentra-tion.Les mille et une tribusvenuesd'Afrique ontfusionn`leurscultes respectifs arrivant par ainsi un syncrtisme religieux: leVaudou. Mais dans _le domainelinguistiqueil fallait que lesmultiples dialectessuivissentle mmeprocessusjusqu' l'labo.ration d'un patois: le crole. La mme diagnose s'applique aussibien aux mo:urstouten faisant nosrserves sur le climat moral,caractristique de tout miliu colonial.Donc;Traditions, moeurs,religion, se sontmodifies, conformment ce processus .d'adaptation pour raliser ce que l'cole franaised'anthropologie avec George Mantandon appelle un mtissageculturel.Voici:rsums dans une brve synthse les premiers moments de laculture hatienne,..

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Vintl'Indpendance, L'litehatiennerejette le facteur pet.,-mordial au bnfice exclusif d'' l'appoint gallo-latin.Cette de.,marche purement spirituelle se (percute sur le plan politico-so-cial, D'o cette rupture aveclagrandeentit basique del'ethnieha'itiennc,--D'o encore ledsquilibremoral, aboutissant lo-gique de l'Occupation amricaine:Les attitudesdevant cettecarence nationale.Sousl'empire de ces circonstances, ils'esteffectutoutun mou-vement ractionnaire,Dansles lettres qui prsentementnous in-tressent, il fallut attendre jusqu'en 1926 avecla Revue indigneet en 1928avecAinsi parla L'Oncle pournoterla cristallisationde cetteractionsur le plan spirituel. (1)L'Actiondu Groupedes Griots.-Sous l'influence decctu'double dmarche, naquit le Groupe desGriots.Quelssont les pointsessentielsde sadoctrine?Puisque un dogme d'infriorit raciale s'attache l'une descomposantesethniques de l'hatien,nous avons interrog l'his-toire, l'anthropologie, l'ethnographie pour poser les donnes duproblme sur desbases scientifiques. Et tout entenant compteaussi de l'influence alpe-armnienne. L'tude historique du mi-lieu colonial nous a permis de suivre l'volution de l'lment afri-clin dans son nouveau milieu humain et physique.L'hatien qui y est n du mtissage dont nous avons parl plushaut a contract les tares ressortissant de la psychologie sociale(1)Il conviendrait de mentionner d'abord une srie de confrences faitesentre dcembre1906 et novembre 1917 par le Dr,Pricc-Mars etd'c il devaittirer la matire de son mouvant ouvrage La Vocation de t'Plite.Il convien-drait de mentionner en second lieu la Fondation en dcembre 1923 de laSocit d'Histoire es de Go9raphic d'ilati dont le but ai formul en termesclairs par le Prsident d'alors, notre minent et regrett collaborateur Il. P.Sannon.-Dans son discours inaugural du 23 mars 1924, il disait notamment:ar''rapps comme vous tous. du dsarroi. de L'anarcliie morale oit se dbat pniblentent le pays et qui a provoqu le choc inattendu de l'intervention trongre, quelques hommes d'tude sinon de grand savoir ont pens qu'il fallait,tenter quelque chose, tin dehors des pouvoirs publics, pour conjurer une crisedont la gravit s'accentue chaque jour, et q,i en se prolongeant menace de rui-ner les fondements mmes de notre nationalit.

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153C'est ici le rlecapital des ducateursqui esde modifier notrementalit.Puisque d'autre parttoutnotre effort de l'Indpendance ce `\jour econsistdans le*'efoulement systmatiquede nos hrditsafricaines tantdans l'ordre littraire que polittco-social,notreaction devraitnnousmaener p demander la valorisationde ce fac-teurraciologique,Pusiyue, enautre, l'histoireet la sociologie enseignentque legnie d'un peupleest fonction de la stabilisationde ses compo-santes ethniques, laquellestabilisation commandesa# rayonne-ment dans tous les domainesde l'activit (agricultureindustrie,Art), nous avonstoujoursprconis l'harmonfsion des deuxtendances profondeset directrices de l'me ha'itienneComment y parvenir?.CVous savonscertes que l'quilibrebiologique est l'ouvredutemps. Nous savoii'ns paral(etrs quune mystique peut, dansunecertaine tmesre,y suppler. C'est pourquoil'axe de notre actiona t constamment orient(tans le sens d'unedtection mthodi-que des lments bio-psychologiquesde l'homme ha tienafin d'entirer la matire d'unedoctrine nationalie qu, par anticipation surle processus biologique,hterait la fusionindispepsable ppanouissement du gnie hatttn dans tousles ordres de l'activithumaine.A la lumire deces donnes, le problmehatien nous paraitavant tout un problmeculturel. Et sa solutionne peur rsiderque dans une rformientgrale de la mentalithditienns. (1)1.otimr DENISet Dr. Franois DUVALI?Rcnatcr lehatienenousavonslccimcme dans cett4lxevuescrdiffrenturctessrubriques rtpondant aux di<'erses 'manifestationsde !'esprit.--!Mentalits e ntend ici dumode de penser et d'agir d'unpeuple,

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Viobr,; n p n,Doctrine..ES GRIOTSL'Artau Servicedu PeupleLorsque nous nous serons tous endormis sous la pierre dutombeau, j'imagine qu'un critique qui voudra caractriser d'untrait, les tendances du mouvement littraire qui naquitvers 1925et se prolonge, plus vivant que jamais, jusqu' nos jours, n'aurabesoin que des mots: sociale et raciale, Pas un de nous, je crois,ne fait de l'art pour l'art. On pourrait mme dire que nous fai-sons de la prdication. Et c'est ce qui donne ce mouvement sonunit profonde, malgr la diffrence des esprits. Ce point devuea tmis en pleine lumire par Duvelier, Lorimer Deniset Bon-homme. Cependant, mon sens, l'Artau service du peuple n'apas encore t srieusement envisag, bien que chez nous,le seulArt possible, viable, soit issu de lui. Mais ilne sait pas lire, merpondez-vous? Personne ne l'ignore,mon ami. Mais il faudrabien qu'il le cache un jour, et alors quel imprissablehonneur cesera pournous, d'avoir chantses joies et sessouffrances,car c'estdans l'me d'un peuple que rside lepermanent. Hors de l, touts'crit sur de l'eau, tout est chimreet vent qui souffle dans ledsert. Et d'ailleurs, il m'est arriv de lireparfois des pomes un auditoire d'illettrs. L'effet en tait saisissant.Certes, ils necomprenaient pas grand'chose, mais ilsen percevaient la beautessentielle. Le lecteur pourra s'en convaincrefacilement, Qu'onchoisisse pour cela, certaines posiestrs simples et trs musicalesde Verlaine. Toute meest accessible l'ide du beau, danslesens platonicien du mot. Ce n'estpas l une affaire d'intelli.gence, mais d'intuition.I.e paysan le plus ignorantsent quelhontor est plus artisteque tel autre, que telle honsi chantemieux que telle autre, de mme qu'ilobira docilement une dic-tature qui travaille dans l'ordre, le vraiet le bien, parce quecesont l des ides innes. L'on trouverasans doute que j'insistesingulirement sur la dictature.C'est que je crois fermementqu'un peuple n'arrive que lentement,tape par tape,au libra-lisme. Autrement, il pitinesur plate, Le libralisme de Ption

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nLES GRIOTS155sombra dans le despotisme. On ne viole pas impunment les loisde la nature. Pour apprendre l'alphabet, il faut d'abord connatrela lettre: A! Mais cela n'a aucun rapport avec le dbut? Pardon.L'enseignement ne sera largement rpandu, qu' cette seule con-dition. Et puis mes regards venus de notre plus lointain pass,c'est--dire de notre chemin de continuit,(seule la traditionrend un peuple fort) se tournent vers l'avenir. Crons donc, pourque plus tard vienne le perfcctionnement, En dfinitive, et mal-gr les pdants qui, tout propos, et hors de propos, invoquentle matbrialismc dialectique, les valeurs de l'esprit ont la dure.Et c'est par elles, qu'on s'lve la Beaut Suprme. Le droitchemin de l'amour, qu'on y marche de soi-mme ou qu'on y soitguid par un autre, c'est de commencer par les beauts d'ici bas,et de M'lever la beaut suprme en passant successivement, pourainsi dire, par tous les degrs de l'chelle, dit IDiotime de Man-tine.Carl BROUARU

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.,11'S t,R1( )'l'SEthnographie.Une Crmonie duCulte Pthro t"A RenChalmersLa crmonie comprend deuxparties. La premire constitueen quelque sorte laphase de prparation au grand manger ouService familial.Phase premire.--Les articlessacrssont: mas grill, roroli, selde cuisine, sou-fre canon, poudre canon. indigo, encens,pelotte de ficelle,bougies, rhum.Ces articles reposent mme le parquet.La Mamb assiste d'une hounsi, se vt, avant touteoprationd'un caraco rouge. Elle prend du rhum et enremplit un verre,allume ensuite une bougie qu'elle introduitde temps en tempsdans la bouche pour l'teindre. Dans les intervalles,elle avalede larges razades de rhum. Ces manges se rptent pendant toutela dure de l'office divin.Les dimensionsde chacun des appartements de la maison sontprises dans le sens c;.' la longueuret de la largeur. La ficelle em-ploye cette fin estensuitedivise en trois portions. Chaqueportion reoit autant de nceuds qu'il y a de membres prsentsdans lafamille.Le mais grill fut rig en petits lots ad-ditionns de roroli et de sel de cuisine correspondant exactementau nombre des membres de la famille. Une croix est dessinel'aide de l'indigo au pied de tous les assistants. Puis chacun d'eux(1)1,e Pthr' est une Divinit du Panthon Vaudouesque. Le Vaudouest la religion de la grande :nasse du peuple hatien. Dans sonessence, le Vau-dou demeure un culte familial.Les Divinits sont importes d'Afrique ou decration indigne. Les croyances dans cette religion primitive veulent que lesfamilles sacrifient telle puque de l'anne en l'honneur de leurs dieux-lares.Faute de quai, les iuvit bls, attirent sur elles les maldictions de l'au-del.C'est ainsi que nous avons eu la bonne fortune d'assister dans les environs deCarrefour-Feuille t7aubourx de Port-au Prince) une crmonie organise envue d'apaiser la coutre du Tout Puissant Pthro.Nous regrettons infiniment de n'avoir pas pens nous munir d'un appa-reil de photographia pour fixer les principales phascs du sacrifice,t

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Lrs c;nlnrsn,i+-M-MraC.MhWUU rWMUrn,.r,Mdi,NgpMMtI:MANMAMAI1 17va alternativement procder au mlangedes pyramides de masgrills en un tout homogne.Maintenant, une invocation Pthro.Suit la crmonie dubain, lequel est une macrationdes feuilles suivantes: basilique,jockey-club, ti-baume, letout parfum. Aprs le bain, la maiJ-bo fait sauter la poudre tirer,brle ensuite de l'assafcetidaavecdu soufre canon et tendsur le parquet les trois portions de fi-celle sus-mentionnesque chaque membre de la famille devraen-jamber en deux fois.Alors, elle runit tous lrs objetsqui ont servi la crmonieen un paquet et, dans un mutisme complet, s'enva reculonsjusqu'au portail de l'enclos. Elleavait eu soin de recommander quelqu'un de lancer aprs elleun sceau d'eau.Deuxime phase.---C'est ici le manger ou le Serviceen l'honneur de Pthro.Articles du marger. l'animal dontune partie des organes in-ternes et externes devra faire les frais de lanourriture est un co-chon noir. Les organes spcialementrecommands sont: pieds,oreilles, bouche, nez, foie, queue, boudins(1) intestins. Commevivres alimentaires: banane, patate, petitspois, pois et riz, rorol.Des pai,nsi des couis neufs et une serviettefaite en toile de calicotou de siant, La boisson est reprsente par deux bouteillesde kola,du clairin, du rhum. Des cigares.La nourriture doit tre servie dans desassiettes de porcelaine.Deux rcipients renferment l'un ducaf amer, l'autre du cafsucr. Ajoutez cela du caf pulvris. Lescuillers en bois et enfer flambant neuf sont enhonneur. Notons,pourfinir, la pr-sence de sept mches et du mas grill,Formule de cuisson.1,-Les diffrents organes du cochon noirsus-mentionns sontcuits avec du petit pois,2.-Bananes et patates vont part,3,-Cuisson du pois et riz,4.-Les patates sont haches et cuites,d'autres conservescrues.il en est de mme pour le rorol,(1)C'est du sang coagul de l'animal, Le boudinest trs en honneur dansles bourgs et campagnes du pays, et se prparecomme les tritures.

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1K8LES GRIOTSLes cours sont destins recevoir, les unsune partie des ali-ments cuits,les autres, lesaliments demeurs crus.**Tout tant prt, voici l'ordre dans lequel va tre dispos lemenu sacr:Devant une porte, faisant face au Nord, la serviette blancheest tendue mme le sol. Des rcipients contenant du caf ameret sucr y reposent avoisinant avec une assiette blanche o br-lent sept petites mches, offrande des sept membres de la famille.S'y trouvent aussi deux plats, l'un rempli de pois et riz, de pa-tates, de bananes, de pain bch, de mas grills, et l'autre de pe-tits pois et des diffrentes parties du cochon noir. A chaque ex-trmit de la serviette, sont placs deux bouteilles de kola, En-fin, deux soucoupes: l'une de cendre et l'autre de caf pulvris.La crmonie commence.La prtresse ou Mamb se vt d'un caraco rouge. Elle chante,entonne un hymne vaudouesque: puis avec de la cendre, elle des-sine une grande circonfrence et sept petites autour de la premire,au centre de laquelle, du reste, elle figure trois petits cercles. Entrois fois, elle remplit les sept petites circonfrences depatateshches, de mas grills, de roroli, de sel de cuisine. En fontau-tant les sept membres de la famille. Ceux-ci sont ensuite invits adresser l'esprit une prire du culte catholique romain: NotrePre.Le plat de petits pois et de viande de cochonest rparti respec-tivemnent dans trois assiettes blanches. Le couicontenant la ba-nane bche est augment de pois et riz, de petits pois. Puis,enun geste rituel la mambo le soulve, le balance en trois fois. Ges-tes qui sont 1t' ;pts par chacun des membres de la famille,Deuxbougies sont partages en sept partieset leur furent remises. Elleprend ensuite une bougie blanche qu'elle diviseen deux parties,lesquelles sont fixes aux bords externes ducoui.Elle chante et distribue des poignes de mainaux assistants quivont l'un aprs l'autre enjamber le coui de nourriture,Maintenant l'heure est solennelle. LaMamb entonne deshymnes vaudouesques, fait des libationsavec du kola, asperge la

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nourriture d'eau bnite. Pthro va la possder. Les chants sonttristes et poignants.Soudain, une dtonation. L'assiette bougies se fendille. C'estl'esprit qui manifeste sa joie. La mamb recueillel'assiette, labrise en marchant dessus. Une croix de fer exhibeest aussi as-perge d'eau bnite---cC gardecaille ou. (1)La croix en main, l'Esprit chante. C'est la partie potique dela crmonie, caz la; Mamb improvise une chanson en l'honneurde chaque assistan4.L'Officeest son point culminant. C'est le Tout PuissantPthro qui arrivas: Frappez, frappez, Rl, Rad, C papa qui lotila ville. ((2)Comme David devantl'Archerune ganse du ventre d'unesubtilit indescriptible est excute devant le cotai l'intrieur du-quel chaque membre de la faille dpose du sel de cuisine et duroroli afin d'erre en instance de rderuptin. Et dors, des vaaeuxsont adresss au dieu lare: prires, Oraison dominicale, Symboledes aptres.La Masnb prend le rcipient contenant le manger, l'enveloppedans une feuille de bananier, arrive au milieu d'une porte, l'ydpose et chaque assistant vient l'enjamber.Chants: Salvot Mater...Puis, suivie de toute la maisonne elle va placer le coui dansun trou creus sous un arllrc, et chaque membre de la famille ydverse en trois fois de l'ear bnite et une poigne de terre. Letout est ensuite recouvert der terre. La Mamb aprs s'y tre rou-le en plusieurs fois s'en vas enfouir la croix de fer devant le por-tail de l'enclos,A minuit, elle donne le signal de clture en ayant soin d'em-porter soirsses bras lesustensiles sacrs, cependant que quelqu'unde l'assistancelance aprs elle un sceau d'eau.LoritnerDENIS et Dr. Franois DUVAI.IERMcmbtes de la Sorct' d'histoire et de Gographie d'IlaitiMembresdel'Institut International d'Anthropologie de ParisMembres de la Soricted'i2thnogr')phiede Paris1(1) C'est le gardien de votre maison,(2) Frappez, frappez, criez. iriez.C'est papa qui revient de la ville.

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160Psychognie.LES GRIOTSRponse uneEnquteCette tude est une rponse unquestionnaire adress par le Dr.A. Holly aux intellectuelsdu pays:Mon cher Confrre,Je ne crois pas qu'il soit possiblede rpondre d'une faon trspositive votre intressantequestion ou du moins je n'ai paspersonnollementune bien grande confiancedans les formules g:-nrales de la psychologie ditesociale. Une chose reste, sans doute,au dessus de toutediscussion. c'est que, comme espce, le typehu-main ralise un ensemble detraits gnraux qui se retrouventchez tous les individus del'espce et dans cette uniformit psy-chique, il n'y a place que pour desdiffrences de degr et nullepart pour une diffrence denature.-I1 est intressant de suivre travers les ges, comment en facede la nature, les primitifs detoutes les races ont ragi de la mmefaon, ont ralis les mmescroyances, ont difiles mmes organismes sociaux des pointstrs opposs de la plante.De cette constatation il dcoule forcment mieconclusion, c'estque ces primitifs, en dpit dela diversit des lieux, des climats,des temps, ont eu pour s'insrer ainsi dans lanature un mmeinstrument psychique leur usage. Au demeurant, ce que nousdnommons la race n'est qu'un produit de lagographie et del'histoire et l'volution du type humain dans le temps s'acclreou retarde si ses conditions msologiques sontbonnes ou mauvai-ses.Il est trs probable qu' l'origine l'espce humaine tait re-prsente par des types de races moins spcifis que de nos jours,que le ngre par exemple descendd'un prototype moins ngreque lui. Dans ces conditions l'espcehumaine, comme d'ailleurstoutes les autres espces vivantes, est terriblementdomine parl'influence du milieu et l'apparente fixit des tres n'est qu'uneillusion de la brivet de l'exprience individuelle.

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LES cxlr, /sltVous ne vous tonnerez pas, mon cher confrre, de me voirsoutenir un tel point de vue si vous savez dj que dans l'ordrebiologique je suis un volutionniste convaincu, aveccetterservedans la pense que cette volution rend encore plus indispensablel'action d'une Intelligence cratrice dans la nature. Je me rallieaux ides des no-volutionnistes tels que l3room, Scouts, Spee-man, Haldane etc., qui ne croient point que l'volution en tantque moyen d'explication des phnomnesbiologiques soit ex-clusive d'une action spirituelle dans le munde. Je ne limite pasla cration la physico-chimie.Pour moi donc, mon cher confrre, la diffrence entre les hon-nies vient d'une diffrence de culturecre par les diffrences demilieu. J'entends d'ailleurs le mot culture dans un sens trs lar-ge. Elle est mon gr une comprhensionplus ou moins tenduede la nature facilitant une adaptation de plus en pluscomplexede la vie humaine aux conditions extrieures de l'existence.Jen'invoque pas ici l'intelligence mais un phnomne bi-social, carje ne crois pas qu'il a fallu moins d'intelligence l'homme pourraliser les premires civilisations de l'histoire que pour inventerles merveilles de l'heure. La seule diffrence est quel'intelligencede l'homme du moment s'exerce sur une massed'informationsque les sicles ont accumule, que lemilieu social a triture etrduite souvent en formules lapidaires qui facilitent tonnammentson ducation. Et l encore, comptezdonc les humains chez les-quels ces formules ducatives ne se ramnent pas un purpsitta-cisme o la pense est positivement absente.De ces observations je dgagerai deux conclusions pourrpon-dre directement votre importante question.La premire. c'est que la race noire par une sortede fatalithistorique et gographique n'a rencontr originellement sur cetteplante nulle part un milieu qui aurait pului permettre de d-velopper une forte individualit psychologique.La seconde con-clusion, c'est que le noir conquis lacivilisation occidentale re-prsente un type que rien ne distingued'une manire absolue dela moyenne gnrale des autres races.Ses dfauts sont ceux detout lment jeune gagn une civilisation dont il ne possde pastoute; les virtualits.Il faudrait, mon cher confrre, pourjustifier ma premire con-clusion presqu'un volume. L'Afrique, leprincipal berceau de la

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Irace. n'a pas t pourl'homme noir une terrematernelle.Per-scrnnc n'a prouvni tabli le fait avec plusde prciw n et en deplus magnifiques tableaux queWeulerse dans son remarquableouvrage: L'AFRIQUENO1Rl:. Sans doute, descivilisationsoriginales et puissantes ontpris naissance en c riqueitc'lre, maisun facteur essentiel,le temps, leur a tou, arsmanqu pour pro-duire leur oeuvre dediscipline sur l'individuhumain.Il faut,eneffet, des millnaires pour qu'il sefonde dans un milieu donnune relle disciplinementale. un comportementpsychologiquedistinctif d'une socit. Or lescivilisations africaines ont tropsouvent t l'ouvre d'unhomme ou tout au plus d'unedynastieet quand l'homme ou ladynastie disparait, ces socitssont re-tournes l'anarchie sanglante ou ontt pitines par la con-qute. Vous me direz, sans doute, qued'autres continents quel'Afrique ont connu les mmes misres.Certes, oui, mais aucund'eux n'a offert autant d'obstacles un dveloppement naturelde l'homme. Cette vieille terre del'Afrique noire quatoriale ettropicale, la structure brutale, sans nuances,o les massifs mon-tagneux bordent lesctes comme d'infranchissables barrires,oles fleuves au lieu d'tre desvoies de pntration sont dcoupsdans leur lit par des chutes prodigieuses,o la brousse immense,,aux horizons illimitsfaisant suite au dsert aboutit la fortinextricable, o la faune des infiniment petits,des insectes, desreptiles de toutes sortes est encore plusdangereuse que les grandsfauves qui peuplent ses forts,ne seretrouve sur aucun autre pointde la plante pas mme sur le continent qui serapproche le plusde l'Afrique, le continent amricain du sud. Cetteinfluence d-primante de la gographie sur la race est encore marque parladiffrence d'volution de l'Afrique mditerranenne et del'Afri-que noire. La terre desPharaons, n'a-telle pas t le berceau de laplus antique civilisation sur laquelle nous possdons desdonnescertaines.Je ne prtends pas cependant, les caractres spcifiques mispart, que l'honune noir soit tout simplement une rptitiongaleou affaiblie de l'hommeblanc. Dans la limite des diffrences in-dividuelles ou de groupes il n'y a jamais do parit absolue entreles individus compars ou les socits tudies.Dans tout groupement faonn par les sicles il sc constitueune certaine entente gnrale leschoses du bon sens et de la rai-

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LI'S [t1ti'tftson pratique, ce qui est proprement une mentalit. Le reste estde l'idologie, domaine des condu'.ions d'attente, domaine o ily a autant de place pour la vrit que pour l'erreur. Dans la mesure o la maigre documentation dont on tlitipose permet certainesaffirmations il semble tabli quo dans les civilisations noires forures hors de tout contact immdiat avec la civilisation occidentalel'homme de la race a marqu surtout une tendance cultiver lesarts o le sentiment et l'imagination prdominent. J'invoquerai,, n passant. l'appui de cette thse la fameusecivilisation des Yo-rouba qui, ds le 12e sicle florissait dj en Afrique quatoriale.L'Europe demeura longtemps sceptique en face par exemple desbronzes du Benin qu'elle voulut attribuer une vague influencede l'art gyptien sur la rgion. Posie, musique, sculpture et unecertaine tendance objectiver des conceptions mtaphysiques re-ligieuses en des crmonies compliques et apparemment absurdes,tels me semble les formes d'activit psychique auxquelles arrivefacilement l'homme noir livr lui'mme.Il est donc plus sentimental qu'intellectualiste.Je fais, mon cher confrre, toutes mes rserves sur la menta-lit de l'homme noir form sous les catgories de la civilisationoccidentale. Jusqu'ici, l o il m'a t donn de l'observer, il m'afourni l'impression d'un dsax, d'un type qui communment aune sainte horreur de sa race.C'est un spectacle rjouissant Jeconstater l'effort de ces gens pour masquer ou attnuerartifi-ciellement en eux les attributs distinctifs de la race. De par lemonde les dpenses ncessites par cet effort se chiffrent des mil-lions de dollars.Je ne veux pas trop parler de complexe d'infriorit subi ouimpos. niais ce sentiment n'est que trop dcelable l'analyse.Je n'oublierai jamais une conversation que j'ai eue Washing-ton avec quelques retraits de l'administrationfdrale de notre...(comment dirai je).., qui n'taient pas des blancs. Rien n'avaitplus le pouvoir d'horripiler cos braves hommes que l'pithte dengre ou de noir.lis rptaient avec une excitation comiquequ'ils taient des hommes de couleur, nais pas dos ngres.Onavait beau leur rffiondre que scientifiquement ce vocabled'hommede couleur n'avait aucune signification, qu'avec nos senstelsqu'ils sont donns, la couleur blanche est tout aussibien unecouleur que les couleurs noire, jaune ou verte etqu'enfin d.

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eresfae 'a LAiru a i des a:'ret tnetstt fi :_arra::.rc .x !i.ci,J ett an pauvre tntvtn G< 'aL.':t tlCl .'....e twl!er--of te .r. n peint r:et e parte qi.Cr r/. r5-1:1 -;:u q: il s zufrd?.e dt :a ttte de :a dril l cet a xa des t. r zne-b:-raetctncte.:u.gran 4e ta race et qa i: et:stt :ar.s :t r:t3 duprga:u:,as fnn:'rsemezt mtra qai p. nrnat n uet r..de ;oo-rru. av.,c ie regre et des net;raqu:par'a naan;t y_r :-szscacran* de lire peau s e:artett ab,o trr,r' de ces per: a-.-etV,us c-,r.prenez. mwn cher eonfrert;ut s:::rp:a;at mesester oeueears en tact d un groupe de M:: ,-1:s sousctrta:nsrapp'r; In plu: beauxb,rrnes deI hum::ti. rues -.;.n ;cm-nt du Jait. l leur di-:eralent tcute beaut pare qu s n ;n: pasla peau blanche. la face 'irge aplatie et bestta:e duo esquimau.Jendrtncorechezit n:,lr imbu de;rc:::ut.cr x:.r:a e :cmarque le solydartt avec ses congreres :: ;onsqucra.:.:: ab-sence de :a conscience sociale dans in groupements no:n de ;csteformuwn.Ce groupementsont perdula fxc:de ;ahs:an stparticulier su clan afr.carn.Danscescond:trcns. las idantpeoclamit par ies uns et les autres n'estqu unefor-u:c inulkc-tud!e ou de doctrine qui dans la vieprat:quc estici!., dtre uneiditfurceOue!qun mouvementsde foule n:n6rncntpas cetteamstatat:on. La solidarit n est pas unesimp:e t:.^,dar.:c de :apsycho!r,gie de la multitude. C estun ;rat dme stable. maisriche de p',trntialitou il entreautantdaAecnc.nque d intel:i-Vence.Vous mexcus.rez, moi cherconfrert.davoir rhum. un peulonguement. il est vrai. quelquesunesdes ides quej'ai develop-pies dans un ouvrage encoreinditEssai sur la format:on erh-nrque et mentale du peuple hurlerDans tous les cas. je seraishrurrux si ce rsum peut lit de quc!quutilit 1 inquac quedepuis des annesvous poursuivezavecautant de comp.:cncc quede tnacit sur notre intressantmilieu socialr.e,rdulement vtre.Dr1. C. DORSMN\'ItMrmbr. de la .iuurrr JYiuruurri Jr 6, oJraphic J Rani,,M,M. Je 1"fnartu lntrrnati.,nd!J. tnrhrup.d,ee de Parie

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YLES GRIOTS165POESII1`.SPOEMESAZORACouche-toi,molle Azora.La natte sera douce ton corps nuet brun comme unenuit oscintillent les toiles de tes yeux.Vois, le temps est bleu comme l'oiseau du conte; les arbres bruis-sentdoucement. Les monbins embaument.Couche-toi,Azora. Le murmure dela rivirete bercera,etmes baisers t'endormiront.**SULTANAfSultanu, bijou noir, ton svelte corps est un roseau que le ventbalance.Ton rire insouciant est un gai friselis d'eau, une source frache,bruissant sur mon me triste.Sultana, petite lieur du bton port-au-princien, laisse-moi d-poser de nombreux baisers sur tes longs yeux noirs,tes yeux quifont s'envoler mes chimres, comme des papillons noirs.**BOUGECe bouge. (tait-ce clans un rve?)Des prostitues mlancoliques dansaient la mringue, songeant un passlointain...lointain. etleursmules claquaient sur leparquetus.1

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1G6Lt 5`C,Rtt)l'SMlancoliques. elles tournaient... tournaientcommedansunrve,auxsons d'un orchestretrange: guitare, grage, triangle,tambour.Accoud au cr,;mptoir crasseux, un ivrogne braillait une chan.son obscne.Ce bouge. (tait-ce dans un rve?)SAGESSEO Carl, disent-ils, tu gaspilles ta jeunesse.Les jours,commel'eau fuient et ne reviennent plus. L'heure asonn o tu doisprendre la vie au srieux. Pense,ah!pense tonavenir!Tes che-veux blanchissent maintenant.-Hommes peu sages, le prsent seul existe, car le pass estdans la mmoire, et l'avenir c'est letombeau.Ni prsent, ni pas-s, ni futur: l'ternit du nant.*AFRIQUETes enfants perdus t'envoient le salut, maternelle Afrique.Des Antilles aux Bermudes, et des Bermudes aux Etats-Unis, ilssoupirent aprs toi.Ils songent aux baobabs, aux gommiersbleus pleins du vol des toucans. Dans la nuit de leur rve, Tom-bouctou est un onyx mystrieux, un diamant noir, Abomey. OGaoLes guerriers du Bornou sont partis pour le pays des cho-ses mortes. L'Empire du Manding est tomb comme une feuillesche.Et partout la misre, la douleur, la mort. Dans quel lieu n'-grnent-ils pas l'interminable rosaire de leurs misres?Les fils paieront la faute des pres jusqu' la quatrime gn-ration, as-tu dit Seigneur. Cependant, la maldiction des fils deChani dure encore!Jusques quand, Eternel?Consolation des affligs, lixir des souffrants,source des as-soiffs, sommeil des dormants, n)gstrieux tambour ngre, berceles chamites nostalgiques, endors leurs s nzPlrances immmoriales.Carl BROUARD

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LES GRIOTS167O TOI40O toi,qui meurtris ton amour,ne porte pas ta douleurdans tes yeux commedes points d'or. L'oiseau blessse cache pour mourirme dit Khagg4tm. Maisenferme-toi dans tasrnit douloureuse etcoute monter le chantdu soir.Pascal AndrCASSEUS*LE LAMBIA Lon LafeauJe me sens l'me de l'africain hirsutelorsque la nuit moiteretient son souffleet, soudain, se voile l'effleurement des vols lourdsessaims par un nostalgique larribi.Et des larmes, sur ma face glissent,des larmes qui ne laissent nulle trace.O cor tropical,lambi d'Afriquequi chante et ritou pleure et sanglotepourquoi ce soir,pourquoime parles-tuaussi lugubrement?

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l6$s,x,;,.1 F; (;RIOTSCar ton hurlement,--ternel,-s'arrte en,un hoquet,puis s'lve et s'exalteet roule et gronde en monme dilatecomme la note grave et tristequi seule, fait vibrerles tombeaux.La nuit moite sent, en elle, bruirele murmure fatigu des cases de boue,des cases qui dorment debout dans labrousse,tandis qu'assourdi,l'cho fait pleuvoir sur les feuilles frmissantesla lointaine colre des fauves affams.La nuit moite sent, en elle, hoqueterle sanglot des cases agenouilles,des cases cheveles, hurlantsous la sifflante morsure de pourpres serpents.La nuit moite sent, en elle, gmirla membrure croquante et sombre du ngrier,du ngrier qui, sur la mer lasse,berce l'infortune d'une race.La nuit moite sent, en elle, se tresserles souffles qui pleurent la fort familire.O n'a jamais claquer le fouet.dansait, ignorant. libre et nu!Et je ne sais pourquoi,je voudrais tre cc soirl'anctre hirsute,qui. jadis, dans le mystre de la brousse,Claude FABRY (1)(l) Claude l'abrv est l'un des plus authentiques et des plus prestigieuxreprsentants du (itnupc drs (iii,-14 P.. r
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LE.S c,itJV7'S169LES MISER IC ORDESIL'homme a perdu les talons quisoulagentEt ne se soucie point des hymnesqui surnagent.IlDonateur 'important, conducteur decourages,Mon double renat et sangloteau flanc des ges.IIILe doute t'accompagne, 6 triste dfenseur.Plerin, offre tes flancsaux dons du Seigneur.Cl. MACLOIRE fils**LES TRANSPLANTESA Me Joubert DougIls chantaient, perdus, sous la vaste tonnelleDresse en tante parmi l'illumination des bougies.Leurs yeux hagards, baigns de vives lueursPlongeaient clans l'infini trange du mystre.Ils chantaient... devant eux le dcor magique du hounfortDerrire et ct, la foute, la foule plus denseQue le. ombres d'alentour qui s'tendaie t, immenses.En eux, l'essaim tourbillonnant des lointains souvenirs.Ils chantaient ce soir l.Les refrains alternaient.Appel irrsistible o frmissaient les initis!Incantations pleines de ferveur mystique!Invocations des terribles congos ou des dahomens plus doux,Les transes enfivraient. Mais quelques-uns songeaientEt tristement... qu'il existe l-bas par del les OcansAux frontires des mondes un Ultirta ThuleObjet ternel de leurs rvesinconsols.

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_______ 17t)Ils sonr:caient... et dans leurs chimriques remcmbrancesPassait la folle thorie des choses ensev lies.Ces choses troublantes q dansaient, cc,.ortes nostalgiques,Papillons rosesou jaunes ou noirs filsde la pensce.Leur pays tait beau. Leur soleil implacablement chaud.Le solinclmentpar endroit. Pourtantla brousseCroissait abondante et sauvage sous leurs pasOn dirait la libert dans leur me,Maintenant qu'enchains, le battement frntiquede l'AsstorQui persistedansla nuit prolonge leurs regretsEt tandis que d'autres chantaient aux accords des benzas,Eux, ils songeaient lugubrement l'Afrique perdue(Les Griots et l'Afrique)J. B. ROMAIN**LE GRIOTCette nuit-l, j'eus unsonge:une femme, la chevelure pa-nouie,le visage brillant tel Ipeu la lune, d'un geste hraldique,me dsignait l'Orient.Je regardai:Une maisonnette, commeon n'en voit pointau pays hatien,dessinait travers les broussailles des arabesques bizarres.--Lve-toi,et faisunplerinage vers ce lieusaint.Il tait le septime jour, et de grandmatin,jepris monbtonet sortis.Je marchai, je marchai encore...A sa forme aile de pagode orientale, je reconnus la maison-nette de mon rve.Je frappai la porte. Une femme belle comme l'taient lesfilles de Schba m'accueillit.--Une divinit me recommanda de visiter la retraitefleurie dugrand prtre des Griots.Ces paroles peine prononces, elle disparut.Elle revint etj'tais agr.Jefoulaile seuil du Temple sacr,

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t.FSci t2tlrr'171Revtu d'un camail gctpticn,mollementtendusurunenattede jonc, l'ombre d'un bananier,le grand prtre mditait.Il me salua ainsi:Mes portes sontouvertesnuit et jour afin de te laisserentrer, Sabe. lits bien aim desLoas.I! m'entretenait de Haffizet de Khaygm et me contait lessplendeurs de Tombouctou le Iv'gstrieux.Puis,gmissantsurle destin de sa Patrie, il rappelale psaume du Prophte:Les filsde ceux qui t'ont humilie viendrontcourbsvers toi;ceux qui tempriserontbaiseront les traces detes pieds et t'ap-pelleront cit de Dieu. Suinte Patriedes Anctres,tu suceras lelait des nations, tu t'allaiteras lamamelle des rois, on n'enten-dra point parler d'iniquitssur la terre, ni de dsastre dans lesfrontires; la paixrgnera surtes mu.s,'la gloire sigera tesportes.>.Lors,la nuitimmense descendaitsurGuanaba, et lger telleune colombe je me htai vers les couches de Sumna.Aristide de SABEHYMNE A CECILIAPour Mesmin GabrielCcilia, servante prfre des loas,qu'Agou,un jour, entraina au fond des eauxo rgne, souveraine, Matresse la Sirne;Ccilia, fille bien-aime des loas,que Damballa, dieu tout-puissant en la Guine lointaine,un soir de sacrifice prs des sources sacres,dis-nous unpou lesecret de ton regardsi plein du mystre de nos bois,si triste des souffrances d'un pass de dtresse,et :,i tendre de toute la tendressede nos croles lascives.C.'i!i a. fille bien ctirno closloas,r-ruuAut, 1> u les, trotde ta beautJfl'f i,fro cete,curucte.Aristide de SALE

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17.Crilique I,illdrnir'.(,I:101INLa nouvelle Ecole et l'Ided'une Ethique hatienne1'e moment est venu de nous dgager de l'in-fluence d'autrui pour cultiver et dvelopper notremoi,Une littrature vraiment nationale avant 1915... l'avons-noustout--fait? La question a t dj assez dbattue. En attendantque, notre tour, nous la considrions plus en profondeur, di-sons, en passant, que jusque l nous comptons de talentueux cri-vains, des potes de 1a Colline inspire. En gnraldes fer-vents de la pense franaise. Et alors, l'aeuvre littrairene laissed'tre un calque bien ou mal russi. Peu documentaireou pasdu tout, convient-elle pour assurer l'autonomie notre patrio-moine intellectuel? Partant notre prestigeaux yeux avides d'ori-ginalit et d'art du critique tranger?Dlicates questions.Htons-nous de dire tout de suite. Plusde controverses entregnrations. C'est d'ailleurs entreprise prime,futile aussi. Ce-pendant depuis quelque temps,une tendance heureuse, selonnous s'est impose l'attention. Refaire notre physionomie,ouplutt accuser notre vrai facis.Respirer l'atmosphre relle denotre milieu.Vivre une existence plus franche,moins con-trefaite.Conformer nos dmarcheset nos manifestations aufonds vritable de notre moi hrditaire.Sans ngliger, bienen-tendu, les travsftirnmtions apportespar les lments nouveaux,rester toujours conformes nos ataves. Crer, ainsi,une esthti-que. Voil un bilan assez charg que confrontetout reprsentantconsciencieux de 1, jeune pense hatienne.Rel problme quidt tre attaqu dt front et de diffrentesfaons la fois. Sitantest que nous prenions un plaisir ml de honte,il est vrai, rap-

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r.rs t,lUi)I't^3peler cette observation trop malheureusement juste. hlas'.... deMr. O. Mtynier les hatiens ont une tendance certaine prendrepour de la culture et de la civilisation des copits grossiresdesmeeurs publiques et prives des europens. Sous ce dguisement,ils ont conserv en ralit la plupart des instincts des hommesprimitifs dont ils descendent. Ils ont voulu adapter leur men-talit, leurs traditions, leurs instincts diffrents de ceux deseuropens, des institutions faites par ces derniers pour leur usage.Ridiculedans son accoutrement fait pour une autrerate,fack',li-sation hatienne n'est qu'une reprsentation simiesque de la n-tres.Est-il vrai que nous ayons en tous points commenc oprerce changement considrplus haut,en raison des intrts rels denotre groupement humain? Ne nous aventurons pas.Et, pourviter tout malentendu, ramenons notre brve enqute auxseulspoints de vue littraire etscientifique.Et. l encorenous n'au-rons nullement la prtention d'trecomplet. D'abord cela dpas-serait l'ambition de notre essai, de plus, il s'en faudraitde beau-coup.On dira que les potes ont su caresser la:Muse crole, parfois.Ignace Nau a retenu le coloris de nos crpuscules pourservir d'ap-parat sa maladie romantique.Il est aussi vrai que MassillonCoicou, avant lui Arsne Chevey, CharlesVillevaleix, sympa-thisrent avec notre nature, nereculrent mme pas devant kculte des anctres, ni Oswald Durand,devant l'accortise de nosdouces payses. Antenor Firmin soutint avec brio le concept del'ligalit des Races Humaines. C'estentendu. Non point, cer-tes, que les deux tendances ne sefussent opposes ds le seuil m-me du cycle de nosspculations intellectuelles. Mais le ct trou-blant de la question est que l'inspiration proprementhatienne,que l'uvre d'esprit ou autre, quel'art en gnral qui pourraittre marqu au coin d'un hatianismefranc a toujours t refoulet considr ou bien commelittrature de cuisine, ou bien commeoeuvre de secondemain.Si vrai, qu'il ne nous faudra nullement noustonner de retrou-ver memc bous laplume d'une de nos meilleures illustrations in-tellectuelles, au cours d'une tudetrs bien tenue, il est vrai, surle pote Edmond Laforest, cetteobservation plus que malheu-reuse, selon nous, etpassablement caractristique de l'tat d'es-

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174TSprit que nous signalons.()ye,I1(1 dmond I.atiorest)est leplus laborieux de nos artistes etjamais on ne pourra I"accuserd'avoir t banal ne futce qu'unelois, ni d'avoir prostitue saMuse jusqu' la vtir de la souquenillede nos fariturnes, ni d'a-voir outrag ses lvres du langagebanal et stupide qui pour s'ex-cuser de n'tre pas du franais, sedit indispensable a toute litt-rature locale hatienne. Puis, lebrillant crivain demande qu'onlui prouve l'existence de cette littrature.Il a peutctre raison dela nier. Mais comment la comprend-il, cettelittrature hatienne?L est toute la question. En tout cas, cetteespce d'aristocratiedans la pense nous parait assez trange.Que ce soit l'expres-sion d'un respect humain naf ou d'unscrupule de consciencepuril, elle nous dconcerte un peu. Et, il n'enn'est pas moinsque cc ddain systmatiquede l'originalit ne laisse d'tre quetrop regrettable. Car, nous pensonsbien avec Proudhon que l'artdoit titre national, actuel, concret, exprimer les idesdu temps,et parler la langue du pays. Ainsi, parexemple, la rumba cu-baine doit-elle son originalit e sa vogue une servileimitationde quelque compositeur de la mre-patrie? Nous croyons quenon.Si elle emprunte les castagnettes au fandango espagnol, elle apuis dans la sensibilit, le cerveau et le sang cubain ses caracteresethniques particuliers. De mme un Mistral a rvl la Provence,de mme un Luis Pales Matos est ce qu'il est, parce que rest por-toricain. Ainsi pense M. O. Meynier dans son livre L'AfriqueNoire.:' que le jour o les hatiens consentiront ne prendre deseuropens que leurs inventions, sans essayer de modeler leurs cer-veaux sur ceux de ces derniers, ils trouveront en eux assez de res-sources pour crer la civilisation rpondant leurgnie propre.Ce bain d'indignt impratif et bienfaisant... voil ce qu'abien compris la gnration de 11) 15.En effet, l'art bien compris tait en pleine consomption,I:tdisons immdiatement que. ds cette poque, des rvolutions suc-cessives, le dtournant de mieux en mieux de sa tendance tropmalheureuse l'inspiration exotique ou plus simplement lapastiche des I?coles littraires franaises, marquent l're de la r-novation. Et, comme on le comprend bien, on s'attira un d-dain calcul, souvent aussi le sarcasme furieux des fervents et brillants reprsentants de la littrature copie. Mais, toute une jeu-nesse crie en avant. Mieux. Se forment des Cnacles, lit, ce qui

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--ttt__________ 1.1.s (,i,'ictl1175devait arriver, arriva. La Nouvelle Ilcole taitne. Bientt. desorganes s'lveront en rampart autour du parterre frais-clos dela nouvelle discipline.Bien entendu, des auvres littraires, quilyriques, qui patriotiques, toujours conformesau folklore, sur-girent du cerveau de ces jeunes adesau front terne et allourdi,hant de Libert et d'Idal.Avant tout, la littrature sera nationale. N'est-cepas que lasoldatesque yankee foule imprieuse etsans gard notre sol? Etaussi, n'est-ce pas que notre terroir rutile en richesses,nos paysa-ges virgiliens, nos lunaires baigns de nostalgie, nos payses ac-co:t s et sculpturales?I:s ce moment, le pays hatien ne sera plus en lapersonne deses jeunes reprsentants (Saluons, toutefois, quelques contmpo-rains d'ge mr) la colonie littraire du vieuxpays franais, safille ple et blme, recouverte d'oripeaux uss venus de l-bas,d'accoutrements maladroitement ajusts, enfin maritorne pouil-leuse et ddaigne.Sans fausse honte ni de pusillanimit aucune, nous crionshonneur et gloire ces dignes fils du terroir qui ont confectionn,I'oriflamnae de la libert littraire. Mais cette libert bien comprisene devait-elle pas reconnatre la grande masse du pays une por-te documentaire inconnue jusqu'alors? Eh! bien, oui, n'en d-plaise certains de nos lcitas, ils ont t au peuple endolori etsubjugu et incompris, ont appris son langage et ses souffrances.Et ntlant leur douleur aux siennes, ils ont souffl leur angoisse travers le lambi plaintif.Ils ont cr la posie des nasses. Enchantant la lente et languissante nostalgie. Ce contact avec lesmasses n'tait pas appel crer seulement la nouvelle posie..,hatienne, celle-ci. Cette profonde douleur et cette angoisse mor-bide qu'on retrouva dans les chants du peuple taient une noteinconnue. D'o vient-elle? lit l'on pensa remonter aux origi-nes. On ne tarda pas interroger les sciences sociales et moralessur notre milieu. Ainsi sont mises en honneur la Thogonie, laSociologie, l'Ethnologie etc... la Psychitrie mme, aujourd'hui,pour saisir, la lumire des donnes scientifiques les plus recom-mandables, le vrai caractre de notre agrgat collectif.PPh! oui, ils se sont baigns au Congo. Et ensuite, ils ont con-templ les splendeurs de l'ancienne civilisation orientale.Puis,partis la recherche de no-, souches en Afrique, ils ont fait, ces

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W'!valeureux pruurns,le long et pnibleplerinage de lacte duSngal celle del'Angola. Surtoutle Congo et leSoudanfoislesretinrent.Les trouvailles taientheureuses.%lais, queIieureuscmcntne se sontils gars dans la brousse..l'Oncle avaitl'o il attentif. gnreux.Aprs avoir sali leurcalpin de tous lesrenseignements quepouvait leur fournirle Continent Noir,ilsont fait subir notre milieu legrand interrogatoired'o jailli-rent des donnes,blessantes pour les uns.rconfortantes pourd'autres. N'importe.On est prtre dela vrit.Et l'on s'estfait le devoir de nesacrifier que sur sonautel. Et alors, nevoil-t-il pas qu'on a pudcouvrir que quoiqu'habills la mode deParis ou de Londres,quoique nourris la sourcela plus pure dela pense latine, nousgardions encore l'medu ngre africain.Ainsi de notre contact avecl'occident,il ne pouvaitrsulterqu'un change... oumieux, un apportpsychologique nouveaus'est surajout notremoi vritable. Et,l'on a pu conclureune dualit deculture, partant detendances. Ds lors, il se trou.ve nettementtabli que cette culturedoit tre afro-latine.Plusde doute ce compte.Il convient encore moinsde chercher lenier. Bien entendu.Tant s'en faut qu'ils'agisse d'un retour l'Afrique. Mais d'unRetour Soi.Dornavant, il seraclair que nous portons deuxbesaces, pouremployer l'expressiondu fabuliste. Nous auronsbeau paradercelle de devant,.sittqu'une fourmi nous aurapiqu au talon etqu'il nous aura fallu nousretourner pour passerla main dessusla piqure, celle dederrire apparaitra avec tout cequ'elle contientet d'inaltrable etd'authentique.S. WESNER APOLLON

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17.S`ot'iologie Jurli(Jlt,.INSTITUTIONSET LOIS HAITIENNESSortir de la brousse africaine,vivre prs de trois sicles St.-Domingue, puismonter sur la cime de la gloirepour crer unenation aprs avoir donnnaissance diffrents lmentsde m-tissage issus d'Espagnols,d'Anglais et de Franais,tel est, en rac-courci le long martyrologede la nation, la gensede ses mmora-bles destines.Si les souffrancescommunes, les deuils, les joies,la volontpeuvent crer une nation, il faut,cependant, pour laconserverdans un perptuel tat dedfense, une sauvegarde,une me com-mune, une mystique qui la tienneen veil et l'empche de s'en-liser dans les batitudes d'unePaix trompeuse.Les lments htrognes quiont concouru, au cours des si-cles, la formation de la nationhatienne, taient, n'enpointdouter, une vritablesource d'inquitude.Comment serait-ilpossible de stabiliser, dans l'avenirl'me nationale, alors qu'unepartie des membres de la nouvellecommunaut se rattachait,pardes liens mdiats ou immdiats, des trangersayant vcu enmatres sur le sol o ils avaientmigr tine poque procheoulointaine?Comment maintenir dans lacommunaut, le lien spirituelrat-tachant ces hommes nouveaux dontla plupart provenaientdeslointaines tribus africaines?Cette faiblesse, ce vice denos origines n'chappa heureusementpoint la haute perspicacit denotre Fondateur.Il les concrtisaen une formule lapidaire qui est aussiune vritable vue de gnie:aucun blanc, quelle que soit sa nation,ne mettra le pied sur ceterritoire, titre de matreou de propritaire et ne pourray ac-qurir aucune proprit. (art. 12Const. 1805).Et cette disposition est corroborepar une autre qui en est lecorollaire indispensable: au premiercoup de canon d'alarme lesvilles disparaissent et la nationest debout(art. 28 Consc.1805).

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178rlr;lrslr37'SDbarrassez nos constitutionspostrieures. impriales, royalesou rpublicaines, de toute,les scoties qui en gnrentsi souventl'application, il est certain que lapremire disposition, quoiquereproduite plus tard avec certainesrestrictions,constitue l'arma-ture de la nation. De toutesles heureuses initiatives deDessa-lines, elle demeure la plusessentielle la prennit de l'uvre quel'on verait d'difier. Et si l'onadmet, qu'il existe une race ha-tienne(1) forme du pr!duit de tous lesagrgats qui se sont trou-vs en prsence l'poquecoloniale, la disposition de l'art12tait un lment de stabilit. Lebesoin de dfendre une indpen.dance toute jeune contre lis ventsimptueux de l'esprit de do-mination qui soufflait en Europe, est unsubstratum solide pourla formation d'une aine nationale.Et si notre exprience d'uneRpublique plus que cent,rtaire faitmentir les crivains qui sou-tiennent que les croisements entre peuplesde mentalit trop dif-frente sont dsastreux, il faut peut-tre regretter quenos forcesse soient effrites dans lesluttesintrieures. Maiscela mme taitune preuve certaine de lavitalit de notre race,Considrez l'homme noir dans les steppes africaines oudansla colonie, il est toujours sur la dfensive,toujours en lutte per-ptuelle contre les oiseaux de proie, pour assurer sonbonheur.Que les lois prises par Dessalines sur le recensement ou pourl'or-ganisation du Droit public et priv, aient eu la vertude poser lesbases d'une organisation stable, dans uneancienne colonie es-claves, elles ne purent point, cependant, transformerle caractrebelliqueux du peuple hatien.Alors que les gouvernants s'ingniaient le tromper l'envi,alors que l'enjeu vritable des insurrectionstait la seule bataillepour la conqute du Pouvoir, il mvoyait pas changer sa condi-tion depariasur une terre qu'il avait conquise par les armes.Insensiblement il en arriva relguer dans les vieilles armoires,cettelibt'rtet cette indpendunre que l'on faisait miroiter commela seule source du Contrat social, libert etindpendance con-quises pourtant, dans les souffrances, dans les larmes,dans lesang.(11 Nc u'avons-! j i.rs, .aenu a II;Y rsq;i'iln'%:istc pas cn.,'rc de racehaitienne. Nous e'lit. nquant .1prccnt une itlmie.(i. I)LNIS et F. I)UVAL.ILR)

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l'ES(iI(1OT179S'il faut noter rue .'esprit de dfense sociale persista jusqu'l'ordonnance de 1838-,,-ordonnance qui contribua d'ailleurs alourdir notre marche---yen quoi les lois franaises adoptes parBoyer pouvaient-elles contribuer notre Evolution? Nous re-connaissons que le Code civil tait notamment appliqu commedroit suppltoire pour parer l'insuffisance de nos propres loisdans tous les cas o la Lgislation hatienne tait muette. Maistait-ce une raison pour consacrer le rgime dotal alors que lesmoeurs hatiennes ignoraient la dot dans les conventions matri-moniales, alors surtout que le rgime de la proprit tait encoreinorganis? A quoi sert-il d'dicter dans ces conditions des loisqui supposent le dveloppement progressif de la personnalithumane.Ajoutez toutes nos lois, d'autres lois et d'autres encore, ellesne changeront pas les moeurs du peuple, tant qu'elles n'aurontpas stabilis l'exprience du pass. Ou elles restent sans force ouelles sont frappes de paralysie.D'ailleurs quel cas faisait-on, dans cette rforme, de son ori-gine? Quel compte tenait-on de la nature des choses si, commel'affirme Montesquieu, les lois sont les rapports qui drivent dela nature des choses? C'est le systme communautaire qui taitreconnu en Afrique, pays d'origine de nos Pres. Qu'est-ce quele Code civil franais, sinon un amalgame de dispositions lga-lisant des principes appliqus dans les pays de Droit crit et ceuxdu Droit coutumier? Et puisqu'il s'agissait bien de stabiliser descoutumes, combien n'tait pas plus heureuse cette disposition dela Loi du 28 mai 1805 par laquelle la filiation est prouve parla possession d'tat rsultant ou de l'existence d'un acte dans le-quel le pre a parl ou de l'exhibition d'un crit sign du pre!Ces enfants, ajoute la )nme loi, exercent les mmes droits que lesenfants reconnus par leurs pre et mre.De toutes nos importations, l'adoption du code civil tait laplus nfaste ou la plus prmature, parce qu'elle n'tait point im-pose par la ncessit, Or les lois sont filles de la ncessit.C'est donc en vain qu'un lgislateur maladroit s'ingnie im-porter dans un pays neuf des institutions toutes faites. Ce nesont pas les lois qui forment la mentalit d'un peuple. Ce serait,peut-tre une curieuse tude que celle qui aurait pour but de diret

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180quelles lois sont en vigueur, quelles autres sont abroges pard'autres dispositions.Nous succombons non point par l'abondance des souvenirs,mais sous un amas des lois, ple imitation d'o:uvres similairesempruntes le plus souvent nos anciens matres. Nous ployonssous le faix, sans une lueur d'esprancequi assure le devenir na-tional.Devenir national?Voil ce qui devrait tre, nous semble-t-il, l'objet de nos per-ptuels soucis en prsence de tous les lments exotiques, de tousles mtques qui font dsormais partie de notre communaut.De rcents vnements ont prouv que les agrgats htrognesformant l'me nationale, semblent se dissocier.Ne faudrait-il pas craindre que les lments infrieurs des autrescivilisations ne se runissent pour compromettre notre scuritextrieure? Qui trouvera une nouvelle mystique pour rformer lefaisceau en vue de sauvegarder l'Indpendance? En l'absence d'unearme nationale, nous n'attendons cet adjuvant ni des institutionsni des lois.23 Juillet 1938H. TERLONGEAncien Professeur l'Ecote de Droit de Port-au-Princer

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L FS Ci le lt)T'Nouvelle.VEILLE NGRE181Fr-Narcisse est mort l'hpital d'une nphrite aigu, mais saconcubine dit qu'il a t empoisonn.Dans la maison mortuaire. les femmes se lamentent. Les crisde la compagne du mort dominent les sanglots.Voici le cadavre qui revient de l'hospice. Le tumulte s'ampli-fie. Contorsions, hurlements, masques grimaants des pleureuses,Et voici la nuit.C'est la veille funbre. Le mort est placsur un lit de camp, dans une chambrette. Une lampe brle sespieds, Jttlia. qui commencera bientt la toilette du cadavre, mon-te la garde en fumant un mauvais cigare.Julia st directrice d'cole. Son logis fait vis--vis au cimetirede Ptionville, Elle pratique avec art la toilette des morts, maiselle n'en fait pas un ngoce. Elle prcise:-M' pas fait a pou toute-moune-non! Seulement pour lesamis!Christine, la concubine du dfunt, dit:-M' pas cou Narcisse mouri mort naturelle!Julia lui rpond:-Tranquillisez ou non ma chre! Si li pas mouri mort na-turelle, je connais comment arranger le cadavre... Ou pas besoinpe!Et elle aspire la fume de son mauvais cigare.Sous la galerie, les hommes causent. Dans la cour, tout aufond, des gosses en haillons activent le feu du brasier: le cafbout dans un rcipient gant. Deux vieilles en caraco hachent ensilence du bois mort. Elles fument dans des pipes de terre. Bien-tt arrivent les joueurs de trois-sept. On leur apporte des ta-bles, et ils s'parpillent dans la cour. Les jeux commencent, lalueur des lampions.Par intervalle, clans la maison en deuil, le dsespoir des femmesclate en longs cris hystriques. Alors, la nuit, placide, ouvre unoeil morne, dvisage un instant le dcor et retombe dans sa non-chalance millnaire.Cl. MAGLOIRE fils

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182Conte des Griots.Dialogues NocturnesElleentra,referma la porte du cabinetd'tudes,s'approcha delui et parla.Elle dit:Je suis venue de trs loin.Il pensa:Pourvu qu'olle ne soit pas le mme mon Dieu!. puis couta:-Soyez sanscrainte.Je ne vous choquerai pas. Je n'ai ja-mais choqu ceux qui j'ai parl. Et depuis combien de temps,j'entre pour un quart d'heure dans toutes les maisons d'artisteso l'on travaille tard la nuit et m'entretiens avec eux.Elle couvrit de son voile bleu l'abat-jourimpassible;et la p-nombre se peupla demystres.Mais il ditsimplement:parlez.Elle reprit,alors:Je connais la chambre o Ibsen composaitsesdrames.Elle est encore hante d'ombres dont le rire est uneangoisse.J'ai reu les derniers aveux de tous les potes et de tousles philosophesmourants:Ils croient la vie.-Mais,vous,vous luidit-il,croyez-vous que les conditionsclimatriques du globe sont favorables l'volution de l'homme?Elle sourit: je n'ai pas l'habitude de rpondre aux questions.Puis-je vous dire l'opinion de celui quiaura,cette anne, le prixNobel dephilosophie?L'homme s'adapte et ses possibilits d'a-daptation ne sont pasillimites.Le hasard peut tout dtruire.Il importe que l'on s'empresse de comprendre et de rduire lesprtentions des philosophies.Mais,coutez-moi: On m'a par-l defous,je suis venue vousvoir.J'ai lu ce que vous crivez etje devine que vous crirez encore de plus belleschoses. Car, ici,j'ai caus avec les matelots de la cte, avec les paysans des coum-bites; dans lesveilles,j'ai pris part aux jeux des campagnards;je me suis mle aux bandes de la semaine sainte qui traversentles plaines et les collines en chantant et endansant;j'ai assist de nombreuses crmoniesvaudouesques;car j'aime tous lesrites. Je m'enivre de mystres et de vrits.r

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$I_______________ LES GRIOTS-Qui tes-vous alors?-Je vous ai dj ditque je suis celle qui p treun soir dansles cabinets d'tudesdes savants et desartistes pour leurparlr etles entendre. Jem'intresse toutes les manifestationsde l'esprit.Je voudraisque les couvres d'art soientsauves. J'apportepar lemonde le message deconsolation tous lescrateurs illumins,Il lui dit: fenune,vous tes jeune et belle. Chacunde nousvous attend depuis toujours.Vous venez tardquand on n'a plusle courage de croireen le message et vouspartez dj.-Jeunesse? Vieillesse?Beaut? Jene sais rien de ces notionsabsolues. Jevous souhaite de connatreun grand malheur,ungrand deuil du coeur.Alors, seulement,vous donnerez uneocu-vre, l'aeuvre que vous parpillezdans les revueset les journaux.Je vous souhaite demourir presque devotre chagrin pouren tirerun seul pome qui vive.Elle se tut. La lumirese fit.Il regarda la porte quise refermait.Ecrivit; Visite fantas-tique: ici, ce soir, ilest tard comme au dernierjour de la terre.LI faut brler la feuilleblanche et peupler lesilence de toutecetteagonie des astres.Mais la portese rouvrit et la jeune femmelui dit: Adieu,Souviens-toi dema visite, farceurl:oDans la nuit,un rire clata commepour cacher un sanglot.Il pensa: Voil: jecrois avoir remarququ'elle tait bientriste. Elle doit trefolle.IIS'il parle trangement,il m'expliquesouvent que rien n'estsimple et que c'esthypocrisie ou sottisede nier le ct complexedes trois quarts deschoses.Il dit: Le naturelm'offre suffisam-ment de mystres pourque je n'aille plusen chercher ailleurs.Je crois que cette iden'est pas de lui.m'avoue qu'ila desIlpeurs soudaines, des inquitudessans cause,Il ajoute: niaistousles hommes, tous leshommes. Mais jem'intresse mes tats.Je m'en vade vitepour essayer de les analyser,ou bien, je lesnote et j'observe.Un soir, il a vuson ombre grimperprestement un muret tousles balcons de la Grand'Rue,cependant quene cessait de corner

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rl,ttl/ S184derrire lui une automystrieuse. Cen'tait qu'une auto, maisil n'avait pas auparavant remarqu les mtamorphoses auxquellespeut pass r uneombre.Il ruminait ses mditations quand unejeune fille l'interpella en lui tendant une sordidepoupe: Voicil'enfant de ta so:ur.-Ah! a, se dit-il, masoeur...n'a pas d'enfant Non plus depoupe. Ellem'attend.Je devais lui crire, Elle estloin.Souffret.elle? Peut-elle avoir un enfant?La fillecontinuait:crier tous lespassants:voil l'enfant de...Luisongeait:Elle estfolle,cettefille.S'en aller, parler, chan.ter. Lalibert est dans lafolie,elle estfolle,masueur,pour tants'inquiter de moi. Jevis. Je n'aipas denouvelles.Que lui cri-rais-je?La fille interpellait encore les chauffeurs de ligne qui lui jetaientdes grossirets.Il me raconta plus tard qu'une nuit il s'tait endormi en ache-vant de lire un article d'une revued'art,il pensa aux incroyantssubitement touchs par lagrce.Je crois avoir compris tout cequ'il me dit au sujet de SaintPaul,de Saint Augustin et d'autres.Auparavant,je ne comprenais rien ces choses-l. Mais il rvenormment avant et pendant lesommeil.Tous les hommes.Me souviendrai-je exactement de cette histoire qu'il nous araconte, moi et deux autresamies:ses meilleurs auditeurs?Souvent chaque anne, ou tous les deux ans il visite son coinnatal,bourg triste qui vit sous le patronage de Saint Jean Bap-tiste. Quand il y arrive on luidit:Va l'glise.Il va l'glise,il regarde SaintJean.Regarde SainteElisabeth.Pense son en-fance,longtemps,Puis ilsort,et d'autres penses le reprennent.Mais des genschuchotent:I1 vient de dire bonjour SaintJean.Alors ilsourit,parfois,rpond:Je viens de dire bonjour SaintJean, Cela fait bien et l'onajoute:Pauvre diable? pourexprimer qu'il mrite bien del'endroit,qu'il est bon, qu'il estjeune,qu'il estbeau,qu'il a droit tous lesbonheurs,que l'ave-nir lui sourit, qu'il fera unbien gentil garon,qu'il aura peut-tre de l'argent, qu'il estsauv! De quoi?Or, il ya deux ans qu'il n'est pasall, l bas. Lanuit der-nire il rva qu'il y taitarriv,pendant qu'un prtre disait lamesse l'glise de SaintJean Baptiste.Il n'entrera pas, car il

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1RSd:testela messe.P4-siz:e pluslasfideux.Il ferait bienplaisiraux bonnesg,iis quil'ontsu#uvcntcompliment poursa conduite et son amour deschoses. Mais, ilva s'ennuyer.Il ne fautpas qu'il s'ennuie, et unemesse esttoujours interminable.Il n'entra pas l'glise. Mais il vit bienSaintJean,son ca.zYtaraded'enfance qui lere,;arciait, le doigt ,cass-lev.Il passa.Aussitt,une grandecroix avecun grand Jsusdessusqu'il neconnaissaitpas se dressadevant lui.On l'avait placel, l'oc-casion de quelque jubil,pensait-il.Le crucifiavait la taille d'un hommerobuste, un bel athlteau visage scre',n.Il se dit alors: Ilest vivant, cc Jsus, il estencorevivant.Je connaiscette expression sportive.C'est unamricain, un prsident de laRpublique amricain, ouun diteurde journaux amricains.Ce visagene m'est pastranger. Lecrucifi souriait et le regardait.Il y avait quelque chose ;l'im-prieux et d'affectueux la fois dans le regard.C'est nous m-mes qui existons et qui rvons, tandisque ces tableaux et les sta-tues nous incitent penser.Et ds que nouspensons malgrnous, c'est--dire, sans nous soumettre des normes convention-nelles nous tombons dansla vie intgrale.Mais le Jsus riaitde sespensescomme les hommes ont l'habitudede rire de sesparoles.Donc, ce n'est pas vrai.Je trouveexagr qu'il arriveconclure si gratuitement. Jele lui dis.Il me rpondit: Je n'ai jamaisconclu sur quoi quecesoit, Et continua: Je passaimon chemin. JL nie retournai,le Jsus riait encore etse moquait,Il fit le geste de descendredelacroix.Je m'arrtai pourle regarder.Il descendit avec un airqui voulait dire:Je vaisvousapprendre,ce que vous ne savezpas. Jel'attendis avec un air qui voulaitrpondre:vousne m'ap-prendrezrien dutout.Je sais tout ce quevous avez dj dit etfait. Moi, vous nem'y prendrez pas,Il marchaitvers moi. Jedcidai de lebraver.Aussitt s'empara de moicettefrnsie quisecouaitla folle de la grand'rue.Jeconnaissais ce sentiment.Remontait mes lvrestouteune vieque je n'ai point vcue, s'ilfaut appeler vivre l'ensembledes actes et des tatsque nous comp-tonsdans notre exist;ncepropre. En ralit, j'ai toujourspensque rien n'est simple et que les complicationsque nous ne com-prenons pas peuvent la longue entrer dansun ordre futur, pour-vu quenous ne lesoubliions pas,ou quenous les notions pour

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t&11 5 (,y1411%les tudier la lumire des faits biologiques. ethnologiques ousociologiques. Le Jsus amricain venait vers lui, souriait com-me s'il avait russi lui imposer le miracle.Il le comprit, se redressa, cria: Ah' c'est l'vidence. Que defois, j'ai rencontr ce visage du rve: l'vidence. Je sais main-tenant ce qu'il faut rpondre: Je n'ai pas peur. je n'ai pas froid.Je suis ferme sur mes positions.Il avait peur.Il vibrait, plus frntique que la fille folle, plusfrntique que Saint Augustin. Non.---il frappait sur la nuitnerveusement,-non, je sais que nous autres les esclaves, il y acinq sicles que nous souffrons sur cette terre d'exil.Il n'y a paseu de salut pour nous.Il n'y a pas encore de rdemption pournous. Je suis le ngre de l'Afrique, l'esclave de Saint Domingue,le paria de l'Amrique, pour qui il n'y aura pas de miracle, sinous ne le faisons nous mmes. Je ne connais pas le message d'a-mour et de fraternit.D'ailleurs, il m'arrive souvent de rverainsi. Je sais que je rve, que je me rveillerai comme jeme r-veille toujours dans une plate ralit, loin de tout ce quipour.rait tre consolant, heureux, chantant. Je n'ai connu la frater.nit que dans le combat. Cela n'a pas pu tre la consolation.Jamais. Le bonheur, jamais, si ce n'a t l'ivresse de la victoire.L'vidence,lemiracle!Laissez moi rire!!!.Il riait, et son rire s'loignait dans unvague ricanement defille folle, Son rire grimpait les montagnescomme des ombresd'immenses oiseaux, grands comme des nuageset de colossalesbees molles, grandes, telles des les. Ainsi son rire s'en allason-ner dans tous les jazz de l'Amrique jusqu'au bout du continentet marchait, par petits clats rythmiques, descendit dans lesom-meil, dans la nuit et l'inconscience.F. MORISSEAU-LEROY

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,t, f,a;t'`,sPage hallienite.SUR LE VIFPTIT COULOUTE(Type de cheznous i181Il fut toute sa vie un homme sans nergie.Cependantil trouva moyen d'occuper le.:plus hautes fonctions sur ces Ilonko qui.toujours l'afft,briguent lesfonctions les pluslucratives. M-diocre comme connaissances gnrales, avocat devaleur suspecte.il n'avait aucunerecherchedans sa mise,aucun fait son actifpour expliquer cette attention que lui portrent ceux qui pchenten eau trouble la recherchedes mollusquespour lespousser aupouvoir et tirer pour eux-mmes tout le profit dsirable.Pasviveur, encore moins joueur, on ne voit pas o il puiseses rela.tions louches qui lui servent de tremplin pour ses diverses ascen.sions.Est-il un de ces hommes courageux,capabled'entrainerses semblables l'action? Hlas! non, il tremble devant son om-bre eta peurdes moindresresponsabilits.Aux heures de trou-blespolitiques, pendant les chauffours, il se tient toujours cal-feutr, ses portes soigneusement closes en suivant travers unefente les mouvements de la rue afin de saisirle bon moment poursortir et s'enquter sur ce qui se passe ou sur ce qui s'est passseulement quand le calme est rtabli.Il se tient alors appuycontre un poteau de sa galerie pour interpeller ceux qui ontassist la bagarre ou prennent les attitudes de gens qui en reviennentafin de serenseigner. Sa veste ouplutt unevieille redingotetoute frippe par enbas, lustre forced'tre couverte de tchesgrasses, le col relev,les revers croiss jusqu' la gorge, maintenuspar une forte pingle bienapparente,indique avec vidence l'ab-sence delinge de dessous, ou la prsence de linges tellement inom-niables desalet et d'usurequ'il fallait les cacher soigneusement.Sa maison est situe dans la rue la plus sombre de la ville.lineffet,les gros arbres qui bordentla ruedes deux cits, jamaismonds,portent un feuillage si touffuqu'ils arrtentles rayons

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du puisant ,oleil des tropiqu.'s Irturdonner cette artre l'iraipres,ton de l'heure crpusculaire.Il laut donc pour remarquercette maison confondue avecl'aripartement voisin y porter s-rieustiment son attention ou avoir s'y rendre.Lui, de taille inoyenn., trs viit, le front nu, le crnefran-chement dnud, bossue par place. montre en plein sacalvitie.Une couronne de cheveu:. elairbemes poivre etsel coiffe le dessusdes oreilles et la nuque. La lace cache par un nez aux normesdimensions est perce de deux petits yeux que des paupires tenuesbaisses ferment presque. Les paisses lvres sont presque cachespar une moustache constamment tourmente par des doigtsquicherchent les tordre en vain. I.e menton supporte une barbichedont la pointe de travers laisse deviner qu'une main malhabilea servi les tailler. En somme peu soigneux de sa personne, ilporte des costumes dont l'ensemble est si mal asNorti et la coupesi mal faite,qu'il a l'air toujours d'ordonn. Son paletot detravers a son col en pleine rbellion autour du cou, son pantalonchiffonn parait plus sale, quant ses souliers on diraitqu'il n'enporte jamais de neufs. Si dmarche lente, le bruit imperceptiblede ses pas, qui ne troublerait pas le silence des plus profondesnuits, sa acte toujours baisse vers le sol lui donne la mine d'unhomme dsabus.Professeur dans une cole secondaire, il trouva moyen de nemcontenter ni la direction ni les lves, donnant alternativementtort ou raison selon qu'il se trouve en prsence de l'un ou del'autre groupe. Avocat, il avait le mot qui calmait l'adversairele plus violent ou le client dont la c.:use a t perdue grce sonignorance. Chef de division dans un des ministres, il entretientle dsaccord entre ministre etemploys,flattant ou chargeant l'unet l'autre groupe suivant l'avantage qu'il dsire en tirer.Pu-sillanime, il vite tout choc avec l'autorit, et mme avec le moin-dre de ses subalternes. Devenu Ministre, il prfrapour ne pasperdre la puissante amiti du Prsident et deson entourage im-mdiat laisser condamner un de ses meilleurs amis qu'il aimaitcomme un frre et qui lui avait rendu des services importants etsignals dans des conditionsexceptionnelles. Dansla carrirequ'il a embrasse on ne cannait aucune haute fonction qu'il n'estarriv occuper. Cependant son train de vie n'a jamais chang.La maison, les meubles, la mise du modeste professeur devenu

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Il(,JJ lyJcher de division, membre de lahaute cour. niinitre n'ont subie11 tait (le modifications, de si leercS1111e nul 11e s'aperoit duchangement op,r. Tandisque ses collgues tormtl.tnt le cabinetauquel il appartient. presquetous de la province, sc sont procu-r des buss de luxe et tincelants d'orjusque dans leurs fanauxet attels de fougueux, coursiers, tandis qu'ilsse sont pay leluxe; d'avoir dans un des grandsquartiers une villa magnifiqueen acord avec leur nouvelle fonction, lui. il s'estcontent d'unmisrable buggy de cinquime mnaifi tranpar une haridelle si peuen train que mme quand elle marche elle semblesomnolente.Quant au cocher, un vieuxgaron de cour transform pour lacirconstance, il est si mal fagot qu'ilralise avec dsavantage letype du paysan endimanch. Pas mmepour sauver la faade iln'a tent d'enjoliver la vieille maisond'une couche de peinture.Il est l'humilit personnifie eta trouv la formule de plaireaussi bien son pre qu' tout le monde. Personnene peut direl'avoir vu, un jour, entrer dansses colres au cours desquelles onmenace de bouleverser ciel et terreEst-il contrari,un petitmouvement d'impatience chang la mme minuteen un courtsourire, voici toute sa raction.Personne non plus ne peut affirmer l'avoirsurpris donnantlibre cours sa joie et l'exprimerpar un de ses rires larges et sac-cads. I.a blague la plus forte, le rire le pluscommunicatif n'ar-rive pas modifier son court sourire habituel,Pour sesvices,le limier le plusfinn'arrive pas les dpister.Cependant il se paie de petites matresses, mais c'estentre deuxplaidoiries ayant avecintentionabandonn sur le banc desavo-cats dans un endroit sr et, bien en vidence,sa serviette, sa robeou quelque chose lui appartenant pour fairesupposer qu'il estl, prsent, trompant ainsi l'attention de l'entourageet crant unalibi en sa faveur tandis qu'il a dj sombrdans les bras d'unedulcine.Il fume, mais c'est tard sur le soirse tenant au balcondonnant sur la cour de sa maison qu'il grillesans interruptionde nombreuses cigarettes.Il boit et c'est lsa passion favorite.Aussi c'est par dizaine et mmeau del qu'il faut compter lesgrogs qu'ildescendat. cours de la journe. Mais ne frquentantaucun caf, aucun estaminet et n'tait-ceson tat d'brit quitrahit souvent, malgr lui, ce vice prdominant,mme sa femmene s'enapercevrait jamais.Est-ce pourquoi il adoregarder sa

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1 FS l,J'Jgi7 Smaison sous prtexted'viter la rencontrede ces, dangereu5as gensqui vous entranent versdes endroits douteuxOu ils vous torceni parler politique.Malgr son adresse commequilibriste politique, iltait mis pied, ou pour pari.:rle 3an;age courant, onl'obligeait prendremidi. Sa femme ayant reitmarquequ'il tait tomb chaquejourvers la fin de lajourne dans un tathonteux d'hbtude,prit larsolution ferme de mettre sousclef, en les gardant soigneusementtoute carafe, toutebouteille de la maison.Ce n'est pas sa mthodede faire des actions d'clat.Il courbe une tte dociledevant la d-cision sans appel de safemme. lit on le verratoujours une mainderrire le dos, de l'autretourmentant sa moustacherebelle sepromener menus pas.Ou encore, vtu de sonternelle redin-gote dans le salonqui tient la fois lieude bureau d'avocat, onle verra entre des chaises, audossier grasseux et desfauteuils quiexpriment avec mlancolie unpass lointain.De temps en temps, il mettradans l'cntrebaillementde l'unedes portes demi ouverte surla Rue sa tte chauve, commepourchercher une distraction.On le verra se montrer mmepresquetout ent;er faisantsigne d'un doigt un passantde venir ouquand celui-ci fait mine de ne pasvoir un subtil psitt.psitt leforce obir. Pourquoile Monsieur quifuit la compagnie desfcheux en gardantsamaison, provoquait cette visite,Voici laraison. Pour tromper sansviolence, la vigilance de sa femmeetarriver atteindresonbut, satisfairesa passion de tempsentemps,il appelaitun passant connu ou pasde lui, et son flairtombele plus souvent pour ne pasdiretoujours ce momentlsur un frre preneur enqutede son grog,Aussittintroduit ausalon, une chaise est offerte et savoix s'enfle pour crier:Tulie!Une voix l'intrieurrpond:Bulc, chri.Sers-nousun dpart?La pauvre femme comprend que sonmari voulait sedbarras-serd'unintrus. Aussi avec clrit, elle apporteles deux verreset le grogrclam,Un jour, cet chaffaudage faillit craquer.Un vieux bon-homme qu'il avait, alors ministre, contrairement >es habitudes,conduit trop durement, vint Interpell, le bonhomme

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LLs (,t.il ()Isans se faire prier accepta,non sans grand tonnement l'invita-tion d'entrer et de s'asseoirse demandant ce que voulait cet hom-me contre qui il avait gardune dent et n'attendait qu'uneoc-casion pour se venger.Aprs un bref commenta vae quelle nouvelle?sans mme at-tendre une rponse.Il entend:Tulie?Buse chri.Un petit dpart?Aussitt parait arme d'un plateauusag fait de carton mchet flanqu d'une carafe et de deuxverres, Madame apportant ledpart.Le bonhomme alorsse dresse sur ses codasses cules,et fu-rieux, lui jeta: Alors vous aviez laissmes enfants et moigran-gou, vous m'aviez chass, vous me drangez aujourd'huipourpeser mon rielavec un coup de tafia. Satan, je renoncepet votrezizivousmmeavec votremadame.Puis claquant la porte, fier, le revenchants'en alla.Oh! Oh! dit tranquillement Bule,ala expos Tulle lesyenshonntessont exposs.Mach?, donne moi legrog pourtuercette motion que ce banditnousa donne.Il faut prendre ungrog aussi ou un th defeuille saisi! la motion!!,'Et cette fois encore Tulie n'avait riencompris, Ptit Couloutel'avait roule.Dr. Flix COICOU

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tqirr1,(,J>Ori1.5Sociologie Religieuse.De la Religion base sur lesConnaissances ScientifiquesA mon amie. Melle lidna l'aitE, U.A.PROLOGUEIl vous est donn de connaitre les Mystres du Royaume desCieux;mais il n'en est parle aux autres qu'enparaboles. (Luc-VIII-10).Car les perfections invisibles de Dieu, savoir: sa Puissanceternelle et sa Divinit se voient l'il quand on les considredans ses ouvrages (c--d., la cration du monde).De sorte qu'ils sont inexcusables, parce que, ayant connuDieu (Soleil), ils ne lui ont point rendu grces: mais ils se sontgars dans de vains raisonnements (dogmes), et leur cour, des-titu d'intelligence, (lumire) a t rempli de tnbres.(St.-Paul-Eptreaux Romains1-20.31).Si tu es le filsdeDieu, dis que ces pierres deviennent despains, (Sathan) -(St.Matt: IV-3.)LeCosmosChristique et l'Univers Naturel SataniqueOphidienlatrie-Orientalisme versus Occidentalisme,Ma chre amie,N'avons-nous pas, certes, dj beaucoup parlde la Nature?...Cependant il nous reste encore en parler, du point devue so-trique.D'aucuns,-au seul prononc dece mot,-s'effraient, se trou-blent, se scandalisentmme, parcequ'il est enseign quelque partquel'1:aotrisme etl'OccultismesontdesabominationsdevantDieu.Iln'en est pas ainsi, mais tout le contraire.En effet, lepremier termese rapporteaux spculations philo-sophiques qui placentla Religion, laThologieet la Psychologie

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193sur le mcme plan que les donnesde l'Astronomie et de l'Astrologie.Le secondterme serapporte laScience cachedes Mages.Nous disons cache, adjectifayant la mme signification que lemot occulte, parce que cette Sciencene se rvle aux initis quesousla forme deshirotllgphes,deslettres alphabtiquesconsidres comme des sennesmuets ayant une valeur symbolique;desmotsspciaux dits mots depasse, mots sacrs, parolessacres, rEcritures saintes quisont comme des indicateurs.Pour reeonnaitre tout cela, il fautavoir reu l'initiation dansun Temple maonnique ou autre.Le Messie dirigeait secrtementson Enseignement sotriqueavec ses aptres et ses disciples.Mais, en public, ilne parlaitqu'en allgorie sous laquelle se cachaitune vrit divine.Il nous estdonn, dit-il sesdisciples,de connatreles Mys-tres du Royaume des Cieux; mais il n'enest parle aux autresqu'en paraNuls.Donc, c est arche-faux que de dclarerque les Ecrittzes Evan-glignes sont la porte de tout le monde. L'interprtationdela bible doit tRe interdite aux laques profanes.Ainsi donc, chre Amie, veuillez reprendre haleine.Nous n'al-lons faire que des spculations d'ordrepurement scientifique, loinde toute bibliolatrie, de toute sentimentalit, dietout mysticisme.Nous avons peut-tre tort, oui etnon. Nous n'crivons que pourceux-l qui peuvent et veulent raisonner,sans refuser aux autresle droit de penser ce qu'ils veulent. En unmot, pas de contro-verse; mais la vrit cosmoiraphique seule nous int,;se danscette tude, Ceci, bien entendu, pntrons par la Porte Etroitede l'initiation sotrique du Christianisme Africain.Cette porte et ce chemin troits mnent laVie,et il y en apeu qui les trouvent, cause du fait qu'il existe de faux prophtes,des faux initiateurs, des pseudo-prtres qui viennent vous enhabits de brebis, mais qui, au dedans, sont des loupsravissants,(Matt: VII-14-15).On nie que le Christianisme possde uneinterprtation occulte,parceque l'Occultismeremonte au Pactanisme, la Science paen-ne. Mais c'est le Christ, lui mme, qui dclare: J'ouvriraimabouche en similitude; j'annoncerai leschosesqui ontt caches(occultes)depuisla Cration du Monde (Mtt: XIII-35).

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Recherchonsces choses caches par la voie di l'Esotrismequi est seul responsable de ces donnescosmograph, ques,comme,l'addition de son prodit,ESOTERISMEEn sotrisme, les termes ou expressions Naturii et Domainede l'Existence sont permutables, parce que ces deux termes ap-partiennent au plan sublunaire de notre plante, Au del de l'or-bite de la Lune, jusqu' la Sphre Orientale du Soleil, s'tend leplan de la Vie universelle sous la rgie de l'astre royal et des pla-ntes dites infrieures de notre Systme, C'est prcisment dansce plan subluno-terrestre que laMatireest dite n ise en activit,c'est--direvivifie, anime.Le Monde Physique, strictement parlant, n'est-ce pas, en effet,cette masse, compose d'innombrables lmentsinorganiqueset,inertes,de corpsbrutsen un mot, o se manifestent les propritsde ce que la Science Physique appelleInertie et Cohsion,proprits qui impriment plus ou moine cettejmasse sa compa-cit, sa densit, sa tangibilit, celles-ci toutes des caractristiquesperceptibles nos sens?Plus haut, l'encontre de cette Existence IY atrielleet Natu-relle, nous voyons galement se manifester la,Viedans les ph-nomnes dits demouvement,decroissanceet d'reproduction desespces,Et n''est-il pas vrai que la Vie estauss laconvoyeusedelaLumire,de cetteLumirequi est synonl ned'InElligetiice-Di vine.,IAussi bien, cette Vie-Lumire-Intelligenceconstitue une tri-'Unit homogne qui interpntre les lmentatomiquesde laMatire,pour lesluciferrer(passez moi le nioeb lesanimer,lesintelliiencier,et par ainsi, les lever participercc phnomnequ'estl'Energie VitaleouMtabolisme Organigic.Maintenant, comme causeseconde etPremir !jonteI cexkc'Energie Vitale, ce sontlaLumireet l'Intelligence`issues,4ngen-ciresde la Vie et de l'Esprit.rVoil la Tri-Unit Divinede l'Esotrisme: Esprit, Vie,Liumre,Intelligence,Ainsi la Matire, fconde de Vie,de Lumire devient cetteForce Biologique susceptible de ragir,sous l'impulsion de l'ES

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L'.S (,R!OI'Se1q5prit, dans les Domaines de l'Existence Naturelle: Minral, V-gtal, Animal et hominal.--Ces diffrentes tapes, dans l't'vo-lution progressive de la Matire vivifie. reprsentent l'ontogensedes tres du domaine de l'ExistenceNaturele et dont letrait a aractristique est celui de s"entredvorer, pour s'accaparer de la Vieque laMatire ne peutgnrer.T.; conclusion, notre point de vue sotro-cosmologique,-et c'est le motif de l'incrimination porte contre cette Science,--eSt que le Christ est une Force cosmique, engen,re parl'EspritUniversel, en conjonction avec la Vie Universelle dont le nompersonnifie la Lumire-Intellttence qui s'lance traversl'air. Ce-lui-l occupe l'Espace Infini, celle-ci (Vie) (Esprit) s'tend dansla Durepermanente du Temps sans borne.La Lumire traverse la Dure entroistemps distincts: le Pass,le Prsent etl'Avenir; ce qui signifie en d'autres terrEd, le Com-mencement, le maintenant et le Futur.Allusion est faite ce Christ Cosmique dans le passagesuivantde la Bible: XX.Si donc on vous dit: LeChrist,le voici dans le dsert, n'y al-lez point: le voici dans les lieux retirs, ne le croyezpoint. Carcomme une lumire ou clair sortde l'Orient et se fait voir jus-qu' l'Occident, il en sera de mme de l'avnementdu Fils.(Matt.XXIV-26-27).ATHANASE

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196tct, i 'rii lderine Soriale.La Clinique Mdicaleet la MentalitDes Masses Rurales d'Hati (1)UN CAS D'ULCERATION DEL'OESOPHAGECOMMUNIQUANT AVEC L'AORTEA mes PERE et MEREA mes Anciens Professeurs de CliniqueLe Dr. Llio HUDICOURTLe Dr. Louis HIPPOLYTEDans la clientle hospitalirecompose en grande majorit depaysans ou de gens du peuplevenus de tous les coins d'Hati, latche du clinicien est loin d'tretoujours aise. En nous basantsur un minimum de 8000 examenspratiqus en six annestant l'Hpital. Gnral dePort-au-Prince qu'celui des Cayes etdans les dispensairesruraux de ce district, nouscroyons pouvoirincriminer trois facteursqui constituenten quelque sorte la tramede cette mentalit primitivedont le Docteur LouisMars, se pla-ant dans le domaine de la psychiatrie,a fait tout rcemment lesujet d'une intressanteconfrence. Cesont.,1.---l'ignorance de cesmalades.2.-leurs croyanceserrones et parfoisstupides aux tressur-naturels ou imaginaires,3.-leur tendance invoquerun empoisonnement l'originede presque toutes lesmaladies.Ces trois facteursse combinent assezsouvent pour compliquerplus particulirementl'interrogatoire,cette partie si importantede l'examen clinique, dfaut de laquellele diagnostic devientextrmement difficile.Nous pouvons mmedire que presquetoujours ilnous fautplutt arracher des patientsles renseiaementsindispensables, etl'on comprend aismentqu'en procdant,malgr nous de lasorte,1

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il soit impossible d'appliquer cette excellente et fructueuse m-thode qui consiste laiser parler le malade. Quand il s'agiraplus loin de faire une tude d'cnsemblk de l'interrogatoire de nosanalphabets, nous reviendronssur ce sujet.Dans l'examen de ces superstitieux ou soi-disant victimesd'empoisonnement, deux ventualits peuvent se prsenter:1,--la rgion ducorpso s'est exerce leur dire, l'action ma-lfique des esprits ou du loup-garou, est en ralit le sige d'unedouleur, d'une affection cutane (syphilis, gomme syphilitiqueou autres) d'une tumeur dont il suffira d'apprcier le mode d'.volution, les caractres.Ici pour peu que le malade sache ren-seigner, les difficults ne sont pas tellement grandes.2.-les troubles accuss par le consultant peuvent relever, soit,de l'empoisonnement dont il parle, soit d'une autre maladie vo-luant avec le mme tableau.L'erreur dans ce cas peut venir dece que, prvenu contre la mentalit du paysan hatien, onrejettesystmatiquement des renseignements pourtant exacts, ou alorsbien qu'on soit au courant de cette tendance croire une in-toxication ancienne ou rcente, on s'accroche plutt cette der-nire sans envisager la maladie qui volueavec lemme faisceaude symptmes et qui est en ralit l'unique cause des troublesin-crimins.A l'appui de ces assertions nous pourrions apporter de mul-tiples exemples. Cependant nous nous bornerons publier uneseule observation clinique recueillie il y a quelques mois dansleservice de Mdecine Gnrale.Il s'agit d'un cas d'ulcrationscesophagiennes dont l'une s'est fistulise l'aorte. Nous faisonsremarquer qu'il vrifie plutt la deuxime ventualit. Si nousl'avons choisi entre mille, c'est qu' iiotre humble avis,il vautmieux quc tous les autres, car il peut intresser undouble pointde vue: d'abord cause de cette mentalit dont nous avonsparlprcdemment,ensuite elle comporte un prcieux enseignementpourles tudiants en mdecine ou mmelesmdecins, en raisonde l'allure tout faitatypique de la maladie dontil est questionet des lsions anatomiquesexcessivement rares releves par le Doc-teur Giordani l'autopsie.Voici l'histoire clinigtiit telle qu'un questionnairelaborieuxet serr nous a permisde la rdiger:

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198St. V. St. V. de nationalit hatienne.ag d'enviro,i 55ans,n morne Jean Oh, commune de l'Arcahaie, damer. re (.Cabareto il se livre depuis son enfance aux travaux des champs, Le 13Mars 1936 il nous a t adress par le Juge de Paix de l'endroitavec la lettre suivante:LIBER 'EEGALITEFRAI `EII VI lCabaret le 13 Mars 1936.Le Juge de Paix du lieu,AuDirecteur de l'Hpiital GnralPort-au-Prince.Monsieur le Directeur,Je vous recommande le nomm SainvilusSainville afin qu'ilsoit examin car il prtend avoirreu du poison dans un plat quilui a t servi par une femme.Je voudrais avoir de l'HoSpita( Gnralun certificat attestantque rellement le sieur Sainvilus Sainvi((ea t empoisonn, pourpermettre la Justice de faire soncours.Recevez, Monsieur le Directeur,mes meilleures salutations,Sign: J. B.Hospitalis immdiatementdans notre service,ilprtendprouver pour la premire foisune lgre sensation de brlure la gorge. derrire le sternumet mme l'estomac, surtoutpen-dant l'ingestion des alimentssolides.C'est la suite d'unrepris pris il y a trois jours dansun res-taurant Cabaret et compcsede ces petits poissons appelsPis-quettesx que ces malaises ont commenc.Disons une bonne foisque le squelette de ces poissonsest plutt cartilagineuxet ne com-porte pas d'artes dangereuses. D'ailleursils sont tellementme-nus qu'on rie peut les manger qu'la condition d'enmettre plu-sieurs la bouche. Tntr'auhsdtails retenir, c'estque le plat depisgtiettes doit tre trs ass,lisonnet contenir force piment, poi-

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trt H) J Ny4vvre et vinaigre ou jus de citron. Bref, pendant le repas il auraitsenti sous ses dents quelque chose de dur qu'il aurait avalsanscontrle aprs l'avoir bris entre ses molaires,Il a aussi mangde ce plat national de Riz et puis colles qu'ila arros ensuited'un tremp l"absinthe et c'est quelques minutes plus tardque ses troubles auraient dbut brusquement, sans prodromes etsans vomissements. L'ide d'un empoisonnement lui tant venutout naturellement, il a de suite alert la police, ce qui nous vautl'avantage de l'examiner,Ses antcdents hrditaires et collatraux sont excellerts.Personnellement il a eu la petite vrole, quelques accs de fivrerappelant le paludisme, il aurait expuls, il y a de cela longtemps,deux ou trois Ascaris. Mais il proteste nergiquement contre toutaccident spcifique, ce qui ne concorde pas cependant avec k' ci-catrices suspectes de sa verge. Au point de vue digestif :l ^'ajamais ressenti aucun malaise, bien que nous l'ayons harcel dequestions pour trouver quelques signes prcurseurs de sa m,iladieactuelle, nous n'avons rien pu obtenir de lui, sinon que le fonc-tionnement digestif a toujours t bon, rien non plus commesignes aortiques et cardiaques.Nous retenons dans ses habitudes l'abus de l'alcool, du tabac,et du caf. Il n'est pas mari et ne vit pas non plus en concubi-nage, contrairement aux moeurs de nos campagnards qui'prati-quent la polygamie, sauf exception.Physiquement, c'est un adulte de couleur noire, aux cheveuxcrpus et grisonnants, de taille moyenne, mais assez bien char-pent, Son visage allong o se trouvent parses de ci de l quel-ques cicatrices de variole, est un peu amaigri et empreint d'unevague inquitude. Nous avons dj parl des vestiges d'ulcrationsuspectes sigeant sur le gland. Les ganglions cervicaux, axil-laires et inguinaux ne sont pas hypertrophis.Il n'existe pas dedanse des Carotides, ni la moindre dformation prcordiale ousternale.A l'examen des diffrents appareils nous trouvons:A l'appareil digeste(, de la dysphagie lgre, du pyrosis, de lapituitematinale, de laconstipation,L'apptitest assez bon, L'inspection la plus mticuleuse nervle aucune lsion de brlure ni sur les lvres, ni dans la 'bouche,

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Les gencivessontroses. I.a face interne des joues ne prsente au-cune plaque de leucoplasie. Sur la languestale un mince enduitsaburrhal. La luette et les amygdales, ainsi que la muqueuse pha-ryngienne sont intactes. En somme il n'y a signaler que la den-tureen trsmauvais tat, comprenant plutt des chicots, partles grosses molaires qui sont plus ou moins bonnes, mais sontrecouvertes de tartre et de tches de nicotine. L'abdomen est platettrssouple. La palpation dcleune certainesensibilit du foiedont le volume est cependant normal. On ne peroit pas la rate.L'preuve de la dglutition l'eau et aux aliments solides ne d-cle pas de rgurgitation, sauf la lgre brlure oesophagogas-trique. Rien de spcial non plus au toucher rectal, la prostate estrmale.A l'appareil Cardio-Vasculaire; Les artres sont souples.Iln'existe pas de battement sus-sternal de la crosseaortique. Lepouls bien rythm bat 86 pulsations la minute, il est gal etsynchrone droite et gauche. On. localise le choc apexien au5me espace intercostalsur la lignemamelonnaire. Le rythmecardiaque est normal, de mme que l'intensit des bruits, tous lesfoyers. L'aire de matit a conserv ses limites ordinaires. Pas desouffle au foyer aortique ni au foyer pulmonaire. `Pension ar-trielle au l3aumanometer amricain: Mx 11 X Mn 6.Il n'y a pas de modification de la voix l'appareil respiratoire,La sonorit pulmonaire est bonne et le murmurevsiculaireest normal tous les niveaux. Respiration 18 20 la minute.Appareil Urinaire:Les urines sont de couleur et d'abondancenormales. L'analyse n'y dcale rien d'intressant.Le systmenerveuxest indemne. Les pupilles sont gales etragissent bien la lumitre. Nous ne trouvons aucun troublemental et malgr l'inquitude empreinte sur son visage, notremalade estassez-me et dort bien la nuit.Temprature normale.Examens de LaboratoireKahn: Ngatif.Malaria: Ngatif,Matires fcales: Ngatives pour veufs devers et parasites.Numration des globules blancs; 16.600.Numration des globules rouges: 3.010,000.

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Il ne nous manque pour tre complet qu'unexamen cesopha-goscopique et radiologique.(:.et examen n'a pas t fait.parceque, jusqu' la date o un signe imprvu et rvlateur de lsionsgraves a fait son apparition pour prc.voquer rapidementla mort,la clinique a sembl nous suffire, commeon le verra tout l'heure,pour nous faire une opinion.Tel tait le tableau clinique prsent par notrepaysan le jourde son admission. Le sympte)nie dominant tait,en s,,mme, cettevague sensation de brlure cesophagienne et gastrique survenuebrusquement aprs un repas bien assaisonn de petits poissons ausquelette inoffensif, de pois etriz,suivi d'ingestion d'alcool, etperue surtout l'ingestion de.aliments solides, sans douleur nivomissements chez un adulte de 55 ans, alcoolique,sans passdigestif charg, sans aucune anomalie cardio-vasculaire niner-veuse, sans aucun trouble mental, n'ayant pas de ganglions sus-claviculaires hypertrophis (Ganglions de Toisier), ni axillaires,avec un tat gnral relativement bon, une temprature normale,Il faut convenir qu'il y avait l bien peu de matiresur laquelletayer un diagnostic. Toutefois nous avons essay d'en avoir unet pour cela nous avons discut,D'abord s'agissait-il vraiment d'un empoisonnement, commele croyait notre malade? On sait que ce sont les acides sulfurique,azotique, chlorhydrique, phnique, actique, les solutions de po-tasse, de soude, d'ammoniaque, de sublim corrosif qui causentdes brlures dans les premires voies digestives.Ils sont avalssoit volontairement dans le but d'un suicide, soit accidentelle-ment, par mgarde, croyant ingrer une boisson potable. Dansles deux cas on note des brlures aux lvres, la bouche, l'oe-sophage et l'estomac, suivies d'ulcrations causant un tat pi-toyable, de la dysphagie douloureuse atroce, empchant toutealimentation, de la sialorrhe, des rejets incessants de scrtionssanguinolentes o nagent des lambeaux de muqueuse, tous signesqui n'existent pas dans notre observation.Pouvions-nous envisager une lsion due la pntration d'uncorps tranger dans l'sophage. comme par exemple un corps surface irrgulire parseme d'asprits capables d'roder les inu-queuses et des les d hirer, tels qu'une arte de poisson, une esquilleosseuse; une petite pice dentaire ou encore une concassure de bon-

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teille pulvrise, etc... Ilien quenotre malade ait llrte;a avoirsenti sous les dents pendant sondner quelque ehose de %Jurqu'ilaurait aval sans contrle, nousn'a,>ons pas tenu compte de cerenseigr.,ment, parce que lestroubles causs par les corps tran-gers d'un certain volume sontl'touffement, la douleur, l'an--goisse, en un mot des manifestationsplutt dramatiques au coursdesquelles le sujet csc lve, porte lamain son cou, s'enfonce ledoigt dans le gosier et se livre des crions de vomissements.Or notre paysan n'a rien prsentde tout cela. Aprs avoir d-gluti cettematire dure qu'il se rappelle avoirbrisesousses dentaet dglutie dans une bouchede poissons, il a continu mangerpaisiblement et de bon,apptit. D'ailleurssi ce corps tait telle-ment dur et comprenait unearte vive. nous ne voyons pas pour-quoi il ne se serait pas bless les gencives enle broyant, et pour-quoi surtout il ne l'aurait pas rejet.Quoi qu'il en soit, il nefaut pas oublier qu'un corpstranger de petites dimensions peutbien traverserle conduitoesophagien, le blessermme sans causerde troublesimmdiats. Mais de l s'arrterune tentative decrime, il y a loin. Nous croyons qu'ilest logique d'y renoncer,car la prtendue victime nous aavou n'avoir eu avec la femmeaucune relation de nature spciale, non plusde querelle, moins de compliquer le cas et d'imaginer unehistoire de l3corou de l-iougan, telle qu'on en raconte souvent etqu'il en existedans nos campagnes et mme dans nosvilles.Nous avons` aussi renonc aux affections mdiastinales, tellesque cancer eesophagien,mdiastinite, abcs ossifluent, aortite, bienque celle-ci provoque parirritation du systme vago-sympathiquepri-artriel des sentations rtro-sternales des plus varies, depuiscelle de boule jusqu' celle de gne indfinissable et mmequel-quefois de brlure, comme chez un de nos malades dont la lsionaortique accompagne de pyrosis par excitation du pneumogas-trique, nerf scrtoire, a t confirme tzar la Radiographie.Nous ne nous sommes pas attards ces maladies, parce quenous n'avons pas trouv chez notre malade les signes qui les ca-ractrisent, pas mme ceux de l'aortite cependant si frquentedans notre milieu, De celle-ci, il avait la gne la dglutition,niais la dyspne d'effort, les palpitations manquaient, ainsi quele souffle systolique aortique,Il restait l'anvrisme de l'aorte.

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Ll.S C R1t)'l'.V'Cependant ce diagnostic non plus ne devait tre port, faute designes comme la rgurgitation, l'augmentation de l'aire dema-tit aortique, l'ingalit ou l'asynchronisme des pouls radiauxetles modifications de la voix, moins d'envisager un anvrismelatent comme il s'en trouve quelquefois sans manifestation cli-nique, niais o la radiographie seule ou l'autopsie, permet lediagnostic. Malheureusement nous n'avons pas eu l'avantage depratiquer un examen radiologique du mdiastin,D'aprs nous, la seule hypothse soutenable cliniquement, aveccelle d'anvrisme latent que nous n'avons pu carter et qui estrevenue sur le tapis quelques jours plus tard, c`tait celle d'unecesophagite avec gastrite due l'assaisonnement excessif du platde pisquettes, assaisonnement auquel il fallait ajouter l'irritationdes muqueuses digestives par le passage d'aliments insuffisam-ment mastiqus, (rappelons-nous la bouche dente de notre ma-lade) et aussi l'absinthe ingr en dernier lieu.Cette hypothsenous semblait d'autant plus vraisemblable que notre paysan,grand alcoolique, avait dj ses muqueuses digestives enflammes.En consquence, notre mdication consista en une purgationau sulfate demagnsie,en l'administration d'une potionalcalineet une dite semi-liquide.Les jours qui suivirent son hospitalisation, aucun signe nou-veau ne semontra,ni vomissementsmuqueuxet sanguinolents,ni rgurgitations. Cependant la lgre sensation de brlure ceso-phagienne et gastrique se faisait toujours sentir, il est vrai att-nue,Le 19 Mars, demande d'exat qui fut refuse, Le 20, et le 21,rien de spcial.Il s'apprte prendre cong de nous le 23, maisce ne devait pas, hlasl pour rentrer chez lui, car le dimanche 22Mars, notre arrive dans le service, 9 heures du matin, l'in-firmire nous apprend qu'il a vomi du sang de couleur noirtreen bonne quantit, un quart d'heure auparavant.Tandis que nous l'examinions afin de lui faire une mdicationadquate, du sang lui sort de nouveau en abondance par la bou-clac et le nez brusquement, gros bouillon, presque sans effortde vomissement, du sang, d'abord noirtre avec des caillots, en-

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suite rouge vermeil. Les extrmits se refroidissent rapidementet notre malade rend 1'; tne aprs avoir pass neuf jour.i dans notreservice.Cette hmorragie foudroyante et imprvue tait-elle due unerupture d'anvrisme dans l'asophage ou les bronches ou bien celle de varices gastriques ou trsophagiennes, puisque notrema-lade tait alcoolique et ;pouvait avoir une cirrhose; Cie sont l lesdix dcrnii:res hypothses auxquelles nous nous sommes arrtsdevantune mort aussi brutaleque dramatique. Nous y avonspens non seulement parce que les porteurs d'anvrismes et lescirrhotiques finissent parfois de cette faon, niais encoreparce queces deux affections sont assez frquentes dans notre pays, si fr-quentes que nous en avonsvu mourir,et dans deconditionsidentiques, mme de jeunes personnes de moins de vingtans, dontnous avons les observations dansnos cahiers de notes.Cependant n'autopsiene devait vrifier ni l'une ni l'autre denos deuxhypothses. Lisezplutt les dtails que leDocteurGiordani, chef du Laboratoire de l'Hpital GnralHatien abien voulu nous en donner.Le cadavre est celui d'un homme bien constitu, maisun peumaci, prsentant toutautourde la bouche des caillots desang.Les dents sont presque toutes absentes, il n'enreste plus que quel-ques chicots, Sur le pnis, des cicatrices d'ulcre, A l'ouverturede l'abdomen, on trouve e pritoinenormal, les ganglions unpeu hypertrophis. Les intestins ontnar transparenceune teintenoirtre. L'estomacest dilat et rempli de caillots sanguins. Ily a du sang dans tout le trajet de l'intestin.L'appendice estnormal.Rate petite, ple, lgrement sclrose. Reinsgalement petitset ples capsule adhrente. On trouve de la sclrosevasculaire la coupe. Le foie pse 1275 grammes, ilest atrophi, de couleurbrun ple.Ples galement les deux poumonset le coeur.Cedernier est de volume normalet de consistance ferme. Les val-vules sont intactes, l'aorte est seme dequelques plaques d'ath-rome. L'incision de l'estomac montre degros caillots noirtrescomme ceux que le malade avait vomisdans son hmorragieter-minale, niais la muqueuse n'est le sige d'aucuneulcration ni depiquets hmorragiques.

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L'exploration complte de l'sophage montre dans le tierssuprieur du conduit deux ulcres placs l'un en regard de l'autre,de formelenticulaireet mesurant environ 2 cm de long chacun.Partis de la muqueuse,ces ulcresont rong toutes les couches del`a;.sophagr. Celui de gauche, qui sige en la rgion o il y a con-taet entre le conduit digestif et l'aorte,acaus, une perforationde cette dernire, d'o intercommunication de ces deux organes etpassage du sang dans l'estomac. Celui du ct oppos intressela couche externe de la bronche droite, o existe en outre un petitphlegmon du tissu cellulaire lche. Plus bas, quelques centi-mtres des prcdents, nous notons un autre ulcre, unique cettefois ci, plac droite et n'intressant que la muqueuse, la sous-muqueuse et incompltement la musculeuse.Ce dernier a lesmmes caractres que les premiers et contient comme eux un m-lange de petits caillots rouges, du tissu ncros et du pus..Dans le tissu lche plac entre l'aorte et l'aesophage, noustrouvons une petite cavit renfermant du pus,situe 1 cm en-viron des deux premiers ulcres et paraissant rsulter de l'infec-tion partie de ces ulcres.ales ganglions mdiastinaux sont hypertrophis ainsi que lespetits ganglions situs entre l'aorte et le conduit digestif.Diagnostics anatomiques.,Lgreathromatose de l'aorte.Ulcresmultiples infects de l'sophage avec intercommunica-tion eesophago-aortique.Petitsphlegmons du tissu cellulaire lche peri-oesophagien.de la mort: Hmorragie interne.i'volution clinique de la maladie n'annonait pointl'he-matmse terminale, il n'y avait non plusaucun symptmeca-pable de faire prsumer les constatationsncropsiques si fidle-ment dcrites.Gnralement les ulcrations faisantcommuniquer l'oesophagea v,,,d'aorte sont ou bien de nature cancreuse, ou bien rsul-tent d'un processus degomme syphilitique, ou bien enfin sontle fait de la pntration accidentelledansle conduit digestif d'uncorps tranger dontles asprits ont ulcr et perfor de part enpart les parois oesophagienne etaortique.

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Or, outre que du point de vue clinique;s n'existaitaucune ma-nifestationde l'uneni de l'autre des deux premiresaffections,du point de vue anatomique non plus, ceslsionsne rappelaienten rien ni un noplasme forme squireuseouvgtant:qui d'ail-leurs se voitle plus souventdans levoisinage ducardia, ni desulcrations tertiaires excessivement rares ce niveauet qui cau-sentplutt desrtrcissements.Nous ne pouvons envisager icicet ulcre de l'sophage semblable ceux de l'estomac ou du duo-dnum, dcrits par Rokittansky et Trier.Il sige ordinairementsur le tiers infrieur du conduit.Maiss'il se dveloppe la suited'une oesophagite chronique surtout chez des alcooliques,(ornotre malade tait alcoolique)chez des fumeurs ou des gens en-clins aux vomissements, s'il peut s'accompagnerde perforationet d'hmorragie, ce que Berez a observdj 4 fois sur 10, il semanifeste cliniquement par de la douleur, de la dysphagie etdesvomissementsalimentaires, souvent sanglants que nous n'avonspas nots dans notre cas.D'ailleurs voici lersultat de l'examenhistopathologique dela paroi oesophagienne et du tissu cellulaire priocsophago-aor-tique qui vientclairer d'unevivelumire les donnes prcdenteset mettre fin toute discussion en nous procurant laclefdu diag-nostic-,PAROI OESOPHAGIENNE ET TISSU CELLULAIREPERI OESOPHAGO-AORTIQUEL'examen microscopique a rvl les lsions suivantes:Ncrose des tissus des diffrentes couches oesophagiennes et dutissucellulairepri-oesophago-aortique,ceszonesncrosessont considrablement charges de polymorphonuclaires et parendroits de globules rouges et de leucocytes endothliaux et desgrains de pigments sanguins.Plus loin, dans les rgions plus saines, nous ret>.,3uvons lesmimes lments sous forme de trames dans les, nterstices deslments fibreux et musculaires-dgnrs et piles-et me.sure que l'on s'loigne davantage de la zonefr
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ES GRIOTSIl, y a des points dans'le tissu cellulaireinter-o.sophago-aor-tique o les lymphocytes ont dj fait leurapparition.La muqueuse sophagienne ne donne pasde signe deproli-fration noplasique, elle montre unesimple ulcration corres-pondante la zone d'abcs sus-dcrite-etdans toute la section-de nombreuses cellules pithlialeshyalines, vacuoles. Laparoi aortique correspondantecet bc?s de l'orsophage montreles izimes lsions.Faut-il aprs cela faire tat du corpstranger sur lequel notremalade a tant insist? Si nous tenonscompte, d'une part de lagrande frquerce des suppurationsoesophagiennes successives la perforation de la paroicesophagienne par les petits os, lestes (l) ou tout autre corpsrugueux, septique,d'autre part desconditions dfectueuses, peu rassurantesdans lesquelles lesali-ments sont prparsdans les restaurants de campagnevoire mmedes grandes villes,' des caractresmacroscopiques des ulcrationstrouves chez notre malade, nous nepouvons qu'adopterl'avisdu Dr. Giordani surl'origine traumatique probable.,sinon cer-taine des lsions.Nous sommes ici, crit notreconfrre, en prsence d'un de cestroublantsproblmeso le facteur principalmanque, c'est--dire le corps du dlit.S'agit-il en effet de lsionsproduites parun corps trangermuni d'asprits? Tout lelaisse supposer, lescaractres ulcratifs etpurulents plus ou moinsrcents des l-sions,leursymtrie,c'est--dire leur situation,l'une en face del'autre, faisant penser un corps capable deproduire deux l-sions simultanes etsymtriques, comme une artede poisson outout autre corps pntrantdans l'oesophage, dans le senstrans-versal. Quant latroisime ulcration unilatralesitue droiteet quelquescentimtres plus bas despremires, elle semble s'ex-pliquer par la progressionfinale du corps tranger avectendance la positionlongitudinale.C'est une opinionconforn' la logique parce que sedgageantavec exactitudedes faits constats.Qu'importe d'ailleurs qu'onn'ait pas retrouvle corps tranger. Sonabsence ne suffit pas l'exclure commela cause de ces lsions, caril a bien pu avoir tdigr par les sucsdigestifs ou expuls dans lesmatires fcales.prpcde nos derniersorrpsttr1ing rslderl'oesoph ge7Maii1937cmartucs 3d