Les griots

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Material Information

Title:
Les griots la revue scientifique et littéraire d'Haïti
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Denis, Lorimer
Publisher:
s.n.
Place of Publication:
Port-au-Prince
Creation Date:
July 1938
Publication Date:
Frequency:
quarterly
regular

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
serial   ( sobekcm )
periodical   ( marcgt )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1. année, no 1 (juil.-août-sept. 1938)-2. année, no 2 et 3 (oct.-nov.-déc. 1939/jan.-févr.-mars 1940).
Numbering Peculiarities:
1. année, no 1-2. année, no 2 et 3 also called vol. 1-v. 2 et 3.
General Note:
Title from caption.
General Note:
Editor: Lorimer Denis.
General Note:
Master negative held by the Center for Research Libraries.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 30497284
lccn - sn 94021825
ocm30497284
System ID:
AA00007290:00002


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Full Text

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auxquell As nous ont habitus amricains, anglais,franais ouitaliens. ),faisque la clientle sliciale qu'elleveut co;vlurir toute aplattvric et der teuillc qu'elleest,acca-ble de niisre depuis des centenaires etau surplus, rive unstade 'de vies primitifttugttel lesgosmescollectifs l'ont depuislongtemlps condamne, comment veut-ent empcherla clientlepopulaire d'acetteill'sr les produits japonaisavec wi emprrssetnenteh leureux puisque leur boa. march exceptionnelcorrespond 'sa cttpacitcc dachat siprofnltclataentrduite?Etj'entrt'ds. il n'est qiestioindans leimide desaffairWkt danse mondepolitique, que de l'avalanche deLtriarcliatidlises japo-naises sur le march :hatien. Chose singulire, au lieu de lessoumettre au traitement du droit communau point de vue fiscal,unecertuitae prisse autant queles'niilieuy officiels les condantwnent a unt,egi;netarifaire d'exceptionMieux quecala. Puisqueles principales marchandises japonaa',es qui envahissent notreterritoire t4u got -de notre consot77ntati`ou, sont des cotonnades,,il semblerait que notre intr.t le plus irnmediat tilt d provoquerl'eclaailge de atiotre coton brut rentre les produits manufactursgtttnoue eont Offerts?il parat que c`trti simple so111;tibn du bon sensseheurte tt d'in-'croyablea 'zllfieulicsd'application,l:lsltts tous les cite, bort gr ou mal gr, nous sommes partielie d nis li'ffroyable course vers laconcurrence de plus de niar-clis possibls pour une plus grandeconsommation d'un plusgran nombre de produitsmanufacturs. Et commenotas sont;.,mes fournisseursde matires premires dont la quatitite et laqualit peuvent ,avoir leur importance dans la lutte, bon grt niaigr, unour ou l'autre, si nous ne voulons tre victimes d'unecoupable inertie ou d'une impardonnable imprvoyance, doitsserons confronts avec des problmes dont la solution se, rper-cutra sur l'existence mme de notre communaut.s:N'est-ce pas ainsi que se pose leproblme dit coton pour d'au-tres peuples dont la Russie des Soviets donne un exemple trspropre tre mdit?On saitque l'industrialisation intensive quise poursuitl-basselonle Plan quinquennal'renouvel comporte uneproduction

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massive (le cotonnades et d'autres matires manufactures dontl'or blanc est l'lment essentiel,jusqu'ici les Etats-Unis etl'gypte taient les principaux pays fournisseurs des Soviets.Mais avec la volont allgre et la perspicacit incisive dont Sta-line et ses compagnons donnent le tmoignage troublant, ils sesont dtermins tre leurs propres fournisseurs.Pour arriver cette fin, ils mettent en valeur d'immenses ter-rains, 200000 hectares situs sur la frontire de l'Afghanistan.Terrains jadis arides dont on provoque l'arrosage par tous lesmoyens que la science spcialise (les hydrauliciens ]net ladisposition des hommes les plus audacieux qui soient. Ne parle-t-on pas d'irrigations souterraines voire de pluie artificielle?Quoi qu'il en soit, c'est parmi la fivre des amnagements quespcialistes venus d'Allemagne pour la question hydraulique,spcialistes venus d'Amrique et d'Egypte pour la slection dumeilleur cotonnier-que tous s'entendent afin que la Russie dansle Tadschil(istau devienne un des plus grands producteurs decoton.D'autre part, il ne semble pas que l'industrie des tissus propresau vtement soit la seule proccupation des pays qui s'acharnent rechercher le coton. Son emploi dans la fabrication (les ex-plosifs en fait une matire d'exceptionnelle importance.K])ans un monde o la menace de guerre retentit tous les ansavec une persistante acuit, la possession (les moyens de vaincredevient capitale.Il ne fait pas le moindre doute que les paysqui possdent sur leur territoire ou leur porte toutes les ma-tires premires dont les industries de guerre font une rageuseconsommation sont de ce fait extrmement privilgis.Il est vrai que l'on chuchote que la chimie allemande a inventun produit de synthse grce quoi la cellulose pourrait se subs-tituer au coton dans la fabrication des explosifs. En attendantque la dmonstration en soit faite dans le prochain conflit mon-dial, il se conoit (lue les pays qui sont matres de la productiondu fulnsi-coton par leurs richesses en matires premires tiennent conscrieet intensifier leurs privilges.Au surplus, tissus et explosifs, pour tre les modes d'emploilesplus connus titi coton, n'en sont pas les seuls.L'huile essentielle qu'on extrait de la graine ducoton fait de-puis quelque temps l'objet (full commerce pre$qu'aussiimpor-

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LITS GRIOTS57tant que celui du textile. Non seulement, elle est la base detoutes les huiles de consommation bon march qui servent :ll'alimentation humaine niais elle est utilise en un nombre consi-drable d'autres tins soit qu'il s'agisse de la conserve des sar-dines en boites, soit qu'on en fasse la base de certains produitspharmaceutiques.Et depuis 1930, depuis l'invention du Professeur KasparSchmitt de 1U1eildelberg, on extrait bon march des graines ducoton une farine blanche, sans got et sans aucune odeur qui estsi riche en vitamines, eu sels nourrissants, en phosphates et enalbumirtodes qu'on l'utilise comme base de presque tous lesfortilauts. Des usines formidables en Egypte et dans les Zrtatsdu Stul produisent cette farine de coton et on le mle au cafet au cacao, on en fait de petits pains quatorze fois aussi nour-rissants que le pain ordinaire.(1)E enfin, (le 1830 1930, on a trouv 214 nouveaux procdspour utiliser le coton, le duvet, les graines, les feuilles et mmeles tiges. Depuis le produit pharmaceutique extrait des racinesdu cotonnier jusqu'au papier, de l'explosif au tissu, de la couleuraux ficelles, des voiles aux toffes d'ameublement,de l'ouate la toile des pneumatiques, des murs au pain, on utilise aujour-d'hui les fruits du cotornnier.(2)Ne parle-t-on pas aussi d'une dcouverte qui emploierait lecoton dans l'asphaltage des rues?Il semblerait donc que l'usage comme l'avenir de cc produitft indfini. Mme s'il ne devait tre considr qu'au point devue exclusif de l'industrietextile, on devrait admettre que sonemploi n'est ni puis ni limit bien que lesEtats-Unis qui ensont le: plus grands fournisseursrestreignent l'norme tenduede leurs surfaces cultivables et fassentjouer lui systme (leprimes 'pour juguler la surproductionafin d'empcher la chutetrop lprz,fonde et trop persistantedes prix.Or, l'une des dmonstrationsles plus attristantes et les plusdcourageauutes de la crisefinancire et conomique mondiale,c'est que le chmage quiatteint les fermiers des Mats coton-uicrs riu Sud des Etats-Unis,qui jette sur le pav les tisserands(1) Antoine Zischka--l:a Guerresecrte pour le coton Pag. 115(2)lntoine Zischka-La Guerre secrte pourle coton Pag. 123

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du Lancashire et le fellah gyptienrside moins dans la surpro-duction si souvent mise en avant que dans legaspillage des stockset le dsordre de la spculation.Ainsi qu'on a eu l'occasion de le faire remarquer pourd'autresproduits tels que le caf dont les stocksinnombrables ont tbrls au Brsil, non seulement la consommationest :rgalement rpartie sur le globe mais il y ades millions de gens quin'ont pas t touchs de ce que des millionsd'autres rejettentcomme superflu.Peut-on offrir une dmonstration plus saisissante de cettatde choses rien qu'en mettant en vidence la simple remarque quesuggre la rpartition schmatique de l'usage du vtement tellequ'elle se rvle l'observateur sur toute l'tendue de la terrehabitable?Pensez, je vous en prie, que les statistiques signalent que leglobe terrestre est habit par plus de 2 milliards d'individus.Mais sur ces 2 milliards un milliard utilise le coton, la laine, lelin, la soie pour le tissage du vtement, tandis que l'autre s'enva dguenill, nu ou presque nu. Et on brle du coton, la ma-tire la plus simple, la plus rpandue, le meilleur march pourla manufacture des tissus propres au vtement? Et on voudraitrestreindre la culture du cotonnier en certains milieux? N'ya-t-il pas en cette attitude un dfi au bon sens et la raison?Maudite soit l'humanit si aprs tant de sicles de barbarietoute la civilisation actuelle ne devait aboutir qu' la destructionanarchique des forces de vie et de conservation 1...En ce qui concerne la situation hatienne proprement dite, j'aila certitude que nous avons dans le coton, cette denre aux mul-tiples usages, le moyen le plus pratique, le plus rapide, le moinscoteux pour relever notre conomie si dramatiquement menacepar la routine et la monoculture.La plus grande partie de la terre hatienne est susceptible dese prter la culture cotonnire avec plus ou moins de profitsauf les hautes altitudes et les rgions baignes par tes pluiestrop frquentes l'poque de la fructification de la plante, par-tout il est possible d'en produire. Donc ce ne serait pas 6 7

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1,1S (JR10T.`i,,G3millions de kilos mais 10 20 fois plus qu'on devraitenregistrercomme chiffre maximum de laproduction.et titre faites-votts du charanon mexicain? medira-t-on.Iwvidenmtent la crainte n'en est pas vaine.Mais nous avons pos et analys les donnesdu problme.Une chose est pourtant saisissante. Si despeuples et des Gou-vernements zls et diligents l'extrme sejettent furieusementdans la culture du cotonnier partouto ils peuvent comme lesNippons dans le Mandchukuo, enAbyssinie, au Mexique, lesRusses dans le Tadschikistan, lesAnglais en Afrique, dans l'In-de, il n'est pas possible qu'ils ne setrouvent ou ne se soient pastrouvs aux prises avec les mmesproblmes et les mmes dif-ficults spcifis dans les ravages(lu boll-weevil. Comment lesont-ils rsolus? Quel est lersultat de leurs expriences?Ou bien alors, faudrait-il admettre avecdeux techniciens quej'ai consults que l'insecte mexicainest inconnu hors de la zoneamricaine?Il faudrait aller voir et ne pass'empresser de nier...Car voici que d'aprs M.Zischka(l) les experts engags parles Russes emploient deuxmthodes pour obvier au mal.Ils plantent un pois le citerorientinum au milieu de leurs co-tonneries pour attirer leboll-wecvil qui en est trs friand.Uin-secte dlaisse lacapsule du cotonnier pour serapaitre du nouvelaliment.D'autre part, l'aided'aroplanes entirement mtalliques,vo-lant trs bas, ilsarrosent les champs de produitsspciaux quioprent le destruction desminuscules ennemis du coton.Ce dernier procd pourcoteux qu'il soit est adaptable l'-conomie agricole tellequ'elle est tablie au Tadschikistantantdonn l'immense tendueplant mise en culture danscette rgion.Dans tous les cas, quel quesoit le volume des dpenses aux-quelles recourent les Sovietspour atteindre lesrsultats qu'ilspoursuivent, la fidlit aveclaquelle ils s'acharnent raliserleurs desseins dit loqucnintentque le 13u11-Weeviln'a pas arrtleur essor encore moinscraignent-ils un chec proche oulointaindes gigantesquesprojets dont ils cherchentla ralisation.(1% Antoine Ziscbka 16c.cit. Pa131.

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wl VIII-If.'lill.l'I.ti;'UIII IIIli`iilll'II. ;."..LES GRIOTSN'y a-t-il pas l ut-, enseignement dont il convient de profiter?D'ailleurs, il n'y a pas que dans ces mesures de prophylaxiequ'il faudrait trouver des exemples ou des modles imiter.Le Gouvernement de Moscou a engag des experts amricainset gyptiens qui croisent les cotonniers amricains et gyptiensde telle manire qu'ils slectionnent un type rsistant la s-cheresse en mme temps qu'ils produiraient des fibres trs lon-gues. On rapporte que de nouvelles espces en sont sorties si dif-frentes des espces originelles qu'un seul cotonnier au lieu deproduire trente fruits en fournit 200. On espre en faire pro-duire 400.C'est fantastique l Et de pareilles merveilles restent inconnues,insouponnes en IIaiti 1...Ailleurs, plus prs de nous, au Prou, dans la Province de laPiura, il existe deux espces de cotonnier indigne connues soifsle nom de Gossypiun Peruvianum commercialement dnommsrougit ou smooth peruvian qui donnent deux rcoltes par an etsont particulirement rsistantes la scheresse. Chaque arbustedure 5 7 ans, la pluie ne tombant que tous les sept ans danscette rgion.(1)Peut-tre sous le rapport de la rsistance et de la finessesoyeuse des fibres ces plantes ne valent-elles pas la ntre. jen'en sais rien.Nanmoins, leur double productivit annuelleles rend assez intressantes pour une conomie dficitaire commela ntre.N'est-ce pas qu'un croisement ventuel de la plantepruvienne et de la plante hatienne mriterait de tenter lacu-riosit scientifique (le nos techniciens.Comment toutes ces choses ne sont-elles pas vulgarisesparceux qui sont placs pour nous avertir, nous enseigner et nousdfendre?On m'excusera de m'tre appesanti sur la question du coton cause de son importance capitale dans notre vie conomique.Sans doute, nous avons encore le caf qui est en tte de notreproduction grce un rendement moyen de 50.000.000 de livres(I) Paul Walle. Le Prou conomique.

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LES GRIOTS61annuels. Mais non seulement,notre caf subit une concurrenceinternationale terriblement dprimanteavec les produits d'au-tres pays intertropicaux, mais onne peut pas infrer de sa con-sommation qu'il est indispensable la viedu globe. En outre,malgr le rle spcial qu'il joue dans lecommerce hvrais ol'on s'en sert pour amliorer d'autres varits,son prix depuis denombreuses annes se maintient un niveaupeu rmunrateurpour le paysan hatien. Un tel tat de choses appelle le concoursd'autres denres d'exportationpour que les taxes qui alourdis-sent le commerce du caf soient graduellement allgesen at-tendant qu'elles disparaissent et se convertissenten primes d'ex-portation.Il est vrai que depuis quelque temps une lueur d'esprances'bauche l'horizon. La figue-banane dont notre sol est siprodigue est entre dans la comptition des matires ducom-merce extrieur. En ces matires, je partage le scepticisme deMalebranche, le philosophe, qui, pour fab re confianceaux nou-veauts recommande d'attendre qu'elles aient de la barbeaumenton...Par un paradoxe cruel, notre population augmente en rythmeacclr tandis que notre misre s'intensifie en liroportion me-naante.Sur une terre toujours limite 27.500 kq. nous avons pro-gress en 130 ans de 500.000 habitants environ 3.000.000 d'ha-bitants peu prs. Que dis-je?Si la limite politique de notreterritoire est reste la nime, son tendue arable a malheureuse-ment subi la loi des exploitations inconsidres. Le dboisementinconditionnel des crtes a amen en mains endroits l'affouille-ment du sol par le ruisellement des eaux pluviales et a fait naissele phnomne d'rosion qui est l'une des plus graves maladiesde la terre. Donc les bonnes terres se rarfient en maintes r-gions, En fin de compte, dans ce pays agricole, l'aire cultivablcse rtrcit, le peuplement s'accrot, la production s'immobilise...C'est maintenant surtout que l'ai)6 trophe de Delorme devientvrit clatante: la misre au sein des richesses.Il suffit de savoir ce que reprsente la circulation montairepar tte (l'habitants pour nous rendre compte de la capacitd'achat de chacun de nous et nous pntrer de l'universalit Jenotre misre 1

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62i0;41r111. T., 4C R () 7' SAinsi, au 31 Octobre 1934, nous avions en circulation G.7.743.-109. Pour une population value approximativement 3.000.-000 d'habitants ce chiffre reprsente un pourcentage de G.2.58par habitant soit environ 52 rts. de dollarsannuels pour chacunde nous. Si l'on se rappelle que la valeur du dollar adiminu de30% en rpercussion de la crise conomique et financirequi afrapp toutes les valeurs du monde entier, on se rendra comptede l'loquence des chiffres que nous venons de citer.Hlas! il faudrait ajouter ce tableau la vritable tonalit quien assombrirait les perspectives.Que nous soyons un peuple tout fait misrable au point devue strictement matriel, c'est ce que lesfaits et les chiffres quenous venons de mettre en lumire dmontrent surabondatunientet qui d'ailleurs se rsument dans l'expos lapidaire de notresituation budgtaire, soit 30.000.000 de gourdes annuelles pourun Etat de 3.000.000 d'tres humains.Quelle affligeante tristesse tout de mme si l'on pense notrepoint de dpart 1N'est-ce pas qu'il tait permis d'avoir d'autres esprances pourintgrer l'idal de ceux qui crrent notre communaut?Eh 1 quoi, c'est cette confusion de mouvements que devaitaboutir la premire et l'unique tentative d'une agglomrationd'esclaves venus d'au del des mers qui aient os oprer la rup-ture (les normes historiques pour constituer une nationalit au-tonome 1Ait fait, c'est dans la bouche d'un personnage de M. MarcelGriaule que je trouverai le mot incisif qui nie parat pleinementincarner la situation hatienne: Nous sommes un pays riche (lepauvres-pauvres d'argent, pauvres d'esprit et de conscience,pauvres d'esprance, trbuchant parmi les plus riches contin-gences spirituelles et matrielles qui aient t rpandues sur lesol le plus gnreux de la terre habitable.13 Mai 1935.Dr. PRICE-MARSPrsident de la Socitd'Histoireet de Gographie d'Ilati.

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nnnnm,nuuiio+w.oanunnnnmannimuaunuumaiuuanmuunuouuunwinnuniiNmmuuuuL ES G 1210 T S63BIBLIOGRAPIIIE:iDemesvar Delorme-La Misre au sein des Richesses 1872,R. Lepelleticr de Saint Remy-Saint Domingue. Etude et solution non-velle(lelaQuestion Hatienne-Paris1841.W. D. Hunter et B. R. Coud-U. S. Departmcnt of agriculture farmer'sBulletin No. 1329.Henry Leconte-Le Coton Paris 1900.Antoine Zischka-La Guerre secrte pour le Coton-Pris1934.Antoine Zischka-Le japon dans le Monde-Paris 1934.Maurice Lachin-Le Japon en 1934--Paris 1934.Marcel Griaule---Les Flambeurs d'hommes-Paris 1934.Georges WolcottManuel d'Entomologie d'Hati-Port-auPrince 1932.

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64( R10TSLE PROBLEME ECONOMIQUE HAITIENi(POUR UNE POLITIQUE D'ORGANISATION RATIONNELLEDE L'ECONOMIE NATIONALE)e problme conomique hatien est un problme des pluscomplexes, qu'il faut serrer de prs, de trs prs. Pour la com-modit de l'expos, nous vous proposons le plan (le travail sui-vant. En premier lieu, nous essayerons de situer l'Economiehatienne sur le Plan International et soulignerons les diffrencesentre notre cas et le cas des pays conomie avance. Ceci fait,nous fixerons l'Economie hatienne (les objectifs gnrauxprcis et tudierons les moyens propres les atteindre. Chacunede ces grandes sections comporta: des subdivisions que nous don-nerons en temps opportun.A)L'conomie Hatienne dans ses rapports avecl'Economie 'MondialeLa premire dmarche de la pense rattache par des liensd'troite solidarit le problme conomique hatien au problmeplus large de l'Economie Universelle: la crise hatienne apparatcomme la consquence de la crise mondiale, due l'interdpen-dance des diverses Economies Nationales.En fait, cette conception contient une large part de vrit qu'ilfaut apprcier sa juste valeur: l'affaissement sur le marchextrieur du prix (le nos denres d'exportation a eupour r-sultat une diminution certaine de notre pouvoir d'achat. Laquantit produite ne variant pas ou variant dans des proportionsinsignifiantes, le caf Gde. 0.15 reprsente une perte de Gde. 0.85 la livre par rapport au caf Gde. 1.00.Il est vrai qu'il fauttenir compte de la baisse corrlative du prix des articles indus-1.-Cette confrence a t prononce le 9 Juillet 19.33au local del'Ecole de Droit de Port-au-Prince.A

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J. S c R 1 0 T S'anuotuounuumumoununmunmiunnnuuunnunnumnunnmuuaomneuunirauunmmiouum65triels, mais pour (les raisons tenant l'organisation despaysindustrialiss, il y a gnralementun dcalage entre ces deuxbaisses de prix, au profit des articles industriels.Si nous avons d repousser la thse qui dsolidarise compl-tement le problme conomique hatien de la Crise Mondiale,parce que fausse et ngligeant un fait pourtant vident, le simplesouci de la vrit nous oblige prendre la mme attitude vis--vis de la thse contraire, qui veut que nos affairesne soient queles affaires du Monde, que la Crise Mondiale soit seulerespon-sable de notre crise nous, que notre salut soit rigoureusementli au salut du Monde et que, par exemple, aux Assises deLondres se rglent nos propres affaires.Cette thse tmoigned'une mconnaissance absolue du problme hatien, quia sesdonnes propres, caractristiques et que scientifiquement,on nepeut assimiler au problme (les Economies volues.C'est .lemoment :le faire les distinctions indispensables.Dans notre confrence l'Ecole (le Droit, relative la CriseMondiale, nous avons vu que les Economies les plus avancesconfrontent un problme de surproduction et de sous-consonm-ination qu'il y avait surabondance de produits par rapportau pouvoir d'achat des consommateurs. Dveloppant ses ten-dances profondes, qui veulent qu'il comprime le plus possiblesesprix de revient pour largir la marge de profit, lamarge deplus-value, le mode de production *capitaliste absorbe,sous laforme de capital constant (moyens de travail et matirespre-mires), une part relative croissante du capital social,-capi-tal primitif et capital additionnel,-tandis que diminue la parttirelative du capital variable,le capital consacr au paiementdes salaires et qui, par consquent, dtermine le pouvoii'r d'achatdes masses. C'est, d'ailleurs, t+ne des raisons qui fait que laso-lution classique des crises, dflation des prix et dflation dessalaires, ne peut plus jouer avec un gal bonheur, les chargesincompressibles (intrts (les fonds immobiliss, perte rsultantdu non-fonctionnement sa pleine capacit de l'appareil indus-triel) ayant atteint une importance relative qui rend presqueinoprantes les marges obtenues grce la diminution des sa-laires et du prix des matires premires. Pensez donc, les ap-pareils industriels allemand et amricain travaillent au plus 50% de leur capacit. Il importe de noter que ce dveloppementi

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G 0a;cuntunuuununinnnnpuuupcutuiaoo;, ii,ip;uuinnonnu;nunntmiau' uurootwmnnnmu,eL G S G R10 7' Sanarchiquedu Machinisme ne condamne pas laMachine, ne con-damne pas le l'ro,' -ry Technique : il necondamne que le mauvaisemploi, l'emploi anarchique de la Machine, quele mauvais em-ploi, l'emploi anarchique de la Technique.Ainsi, l'Economie des grands Etatseuropens, amricains ouautres est sursature d,; produits; il y asurproduction et sous-consommation correspondante, tant donne la carencerelativedu pouvoir d'achat. En est-il de mme enHaiti? Nous ne crai-gnonspas de rpondre nergiquement non.L'Etat d'une Eco-nomie se manifesteinfailliblement dans le budget, Un pays d'unesuperficie de 23.911 kms. carrs habite par peu prs troismillions d'habitants et dont le b idget au coursdes dix derniresannesn'a pas dpass en moyenne six millionsde dollars, --le budget leplus lourd de cette priode, celui de 1929-30pr-voyait des Dpenses se chiffrant 40.000.000,00de Gourdes,soit 9 millions de dollars,-est un paystrs pauvre, cono-mie primitive, non volue. Notez que Cubaavec une super-ficie de 11.4.524 kms.carrs etune population de troismillions593.615 liabitants a eu en 1926-1927 un budget de$86.733.100,soit entenant compte de la diffrence de superficie, unbudgetprs de trois fois plus dvelopp que le ntre. Lebudget suissepourl'exercice 1931 est mont prs de400.000.000 de francssuisses,soit $80.000.000,00.Si nouscartonsla diffrence depopulation, -la Suisse a 4.067,305habitants, -celafait unbudgetpresque six fois plus dvelopp quele ntre, la Suissemesurant41.298 kirs.carrs, soit presque notre superficie mul-tiplie par,deux.Uneobservation un peu profonde autorise le classement desdiverses. conomies nationales en catgoriesplus ou moins auto-nomes,pour plus declartet defacilit dans l'expos, onnglige les types iiitermdiaires, on peut oprer leclassementsuivant: 1.les pays conomie dveloppe, autonome, (luicommandentdansleurs grandes lignes les mouvements cono-iniques mondiaux ou, tout au moins, y prennent une part consi-drable; 21. les pays dits neufs, inorganiss, qui ret;i'/ent l'im-pulsion et sont agis au lien d'agir. Dans la premirecatgorie,on peut classer les Ewcinoniies amricaine, anglaise, franaise,russe, japonaise, etc... Nous n'hsitons pas classer l'Economiehatienne dans la deuxime catgorie. Et nos reprsentants la

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r:r ri r%y-i-9.r(,runn n 1111P1,lfi ,mn,,.,,n1Q7Confren.e Economique mondiale de Londres doiventmalheu-reusement s'eu rendre compte.Il serait certainement curieux (le (kterntiner lescauses de cesingalits de puissance: l'analyse permettrait de dcelerdes l-n:,nus divers, h.,difr,a.e:,a; ir.de production, leur tendue relative, la valeur du facteurhu-main,etc. Le problme comporte en outre un lment (l'ordrehistorique, qui retiendra un peunotre attention.Une fois que la Technique eut acquis chezeux titi dveloppe-ment relatif suprieur, les peuples dont nous voulons analyserles raisons(le succs essaimrent dans le monde.C'est ainsi quel'Espagnol, le Hollandais, le Franais et l'Anglaiscouvrirentle monde de leur Pavillon, Et le Pavillon couvraitla marchan-dise. Admirezces cinqpoints duPacte Colonial: 1.". La colonietic devait importer que les produits (le la Mtropole; 2". Ellenedevait exporter ses produits naturelsque dans la Mtropole;3. Elle ne devait avoir aucune industrie qui pt faireconcur-rence aux Industries Mtropolitaines; 4. Elle devait emprunterle Pavillon de la Mtropole pour le transport (leses produits;50. Seuls les produits coloniaux taient admisen franchise surle march mtropolitain.Ainsi, les Economies retardataires furent soumises un sys-tme de pression mtropolitaine, qui en fit la chose de la M-tropole.L'infriorit premire a t aggrave artificiellement.C'est de cr.tte faon que les Indes Orientalesen arrivrent neproduire que pour la Grande Bretagne. La dcouverte du mtiermcanique tisser les ruina et elles n'eurent plus qu' fournirdes matires premires l'industrie anglaise. Voyezla vieillestatistique suivante:Coton export des Indes en Grande-Bretagne(en livres).18461860186534.510.1432904. 141-168445.947.600Laine4.570.58120.214.17320.679.1 11Atu dbat du XIXine. sicle, Java, le gouverneur Van Bosch(tahlit le rgime (les culturesforces. Les indignes, disent L.Galloudec et F. Matuette, devaient payer l'IEtatuu impt trslourd, non en argent, mais en nature, et consistanten un produit

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6 8G 1 Z 1 C) T Sspcifi par l'tat. Au dbut du XIXnie.sicle, ce fut le caf,qui alors se vendait bien: la culture ducaf fut obligatoire.Consquence: Amsterdam devint un march decaf prospre,mais les plantations de caf se rpandirent l'excs java,mme aux dpens des cultures nourricires commele riz. Tandisque l'tat colonisateur et lescompagnies hollandaises s'enrichis-saient, les indignes mouraient de faim: il y eut vers1850, desfamines terribles.Ce rgime (les cultures forces, qui exprime dans toute sa bru-talit la politique d'infriorisation des pays coloniaux au profitdes Mtropoles n'a t aboli qu'en 1870.Le point auquel nous venons de toucher gagnerait tre tu-di de plus prs, mais ce qui en a t dit permet de se rendrecompte du poids qu'a d peser, que pse sur notre conomie sonorigine coloniale. Economie reste coloniale, puisque base demonoculture cafire.Quoi qu'il en soit, il reste constant que pour des raisons dontnous n'avons analys que l'une. des principales,-un hritagehistorique injustement conserv,-l'Economie hatienne est uneEconomie infrieure, ou infriorise, qui souffre d'un mal chro-nique, provenant de son inorganisation interne. De sorte quenotre chmage n'est ni le chmage amricain, ni le chmage an-glais, ni le chmage franais: c'est un chmage chronique, per-manent, gnralis, qu'il faut trangler. Et pour l'trangler, ilfaut fixer l'Economie hatienne des objectifs scientifiques. Etles atteindre.Ceci nous amne la deuxime partie de notretravail,Objectifs Gnraux de 1'Economie HatienneB).-Il est d'opinion couranteque l'Agricultureconstitue etdoit constituernotre principale branche d'activitsur le Planconomique. Au coursd'une confrenceprononce Aquin dansles premiers jours (lenotre arrive en Hati, nous avons donnnotreadhsion cette thse,nais nous ajoutions:Cependant,la prfrenceaccorder dlibrment l'Agri-culturene doitpas faire sous-estimer nos possibilits inclus-trielles.C'est ainsi quenous concevonsle dveloppement, par-ralllenotredveloppement agricole, desindustriesdontf

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i.i:st`r 121 c)'T.yexistent ou peuvent exister ies conditions objectivesde pros-prit. par exemple, l'industrie textile, des chaussures,des cha-peaux, etc.., farce qu'alors, non seulement notre balancecoin-aura t (Ic'('lra';;, e de lum'ds tt nous pays l'trangerhikn sonvrnt 1411P S cautrcpartie, outi.;encore un pourcentage trsimportant de nuire main d'auvre aura trouv s'employer.Dans la cunttrt u(e combien savante qu'ilfit l'Ecole deDroit le dimanelt. 2 juin pass et qu'il rpta, ily a quinze jours,mon eo llgue Clc:tuvr'r a paru :.'inscrire contre la thse plushaut rapporte. ,Au fait, l'opposition est beaucoup plus; apparenteque relle. Rt nous allons vous lire deux textes qui prouverontcombien l'accord est parfait,Nous crivions dans notre con-frence:Le programme conomique dont nous esquissons les grandeslignes n'est certes pas un programme (le farouche indpendance:l'interdpendance des diverses conomies nationalesest une don-ne seentifigtte, qu'on ne saurait carter impunment. Cependant,sans faire fi de cette vrit exprimentale, notre pays peutsecrer une position plus autunomc l'intrieur de l'I;conontieMondiale, en augmentant son potentiel financier par une ant-lioration (le sa balance commerciale. Ce qui le fera participer la vie conomique du monde d'une faon moins passiveetdans la mesure de ses virtualits ralises.A ce propos, nous jugeons opportun d'extraire lepassagesuivant d'un article paru dans le No. du 22 Octobre d'1iAITI-JOUR.NAL, et sign: Saint-Rai.Est-il donc possible, se demande l'auteur,que nous conti-nuions verser 8.000.000 des producteurs amricainset: anglaispour (les cotonnades, recevoir 750.000 gourdes de sacs, decordes, de ficelle, etc., payer de la mantguepour 1.800,000gourdes, importer 1.821,151 gourdes pour hareng et poissonssals, commander 87.400 gourdes d'oignons et 101.177 gourdesde poivre, cannelle, vanille, gaspiller 1.002.059 en (les com-mandes (leriz tranger,335.42ugdes. (l'indigo, dpenser2.277.818 gdes, pour du savon amricain, 700,00 gdes. de beurre,1.000.000 de gdes. de hais et cle meubles, (x11.220 de \Vhisky et(le Ilattd .De son ct, notre ami Beauvoir crit, et nous vous prions denoter la concordance entre le fond des programmes :

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Notre progranmte tantd'arrter le drainagefinancier quesubit notre pays, nous sommesoblig, pour pouvoirindiquerles crations taire, derechercher les fissures quifaciliter tl'vasion (le nos capitaux. Nousvoyons, par exemple, que pourl'anne 11)30.31 il a timport pour 196.670.00 Gdesde peaux;pour 1,824.151 (lepoissons; pour 846.361.00Gdes de viande;pour 8.568.855 decotonnade et nous concluons que pourgarderces valeurseu Hati,il faudait tablir unetannerie,une tein-turerie, une manufacture de conserves,une filature avec atelierde tissage.Vous voyez bien que le Dr.Beauvoir et nous, nous sommesd'accord sur les mesures pratiques prendreet nous ne croyonspas trahir sa pense en disant quecomme nous, il pense quel'Economie Hatienne subit des servitudesinadmissibles du faitque manquent cheznouscertaines industries de transformations,qu'en consquence, lui minimumd'industrialisation est indispen-sable, niais que la base de notre Economien'en restera pas moinsl'Industrie Agricole. C'est le moment de justifier cepoint de vue.Des communauts diffrentes, dit lui auteur, trouventdansleur entourage naturel, des moyens de productiondiffrents,ainsi que des moyens de subsistance diffrents. Leur modedeproduction, leur manire de vivre, leurs produits sont donc dif-frents.C'est cette diffrence naturelle qui, lorsque les com-munauts entrent en contact, provoque l'change des produitsmutuels et, par suite, la transformation des produits en mar-chandises. L'change ne cre pas la diffrence des sphres deproduction; il met en rapport les sphres diffrentes et les trans-forme ainsi en branches, plus ou moins dpendantes les unesdes autres, d'une production totale sociale, Sur la base de cettespcialisation naturelle, l'industrie humaine a oeuvr, accusantles diffrenciations premires ou les faisant passer au secondplan grce l'effort crateur de l'lment humain (le la produc-tion. C'est ainsi que le 11acte Colonial assujettit l'conomie Co-loniale l'EconomieMtropolitaine, accentuantau profit decelle-ci les diffrenciationl,s naturelles, Nous avons dj tabliqu'un de nos buts doit tre d'affranchir notre pays de ce reste decolonialisme, mais ceci ne doit nullement faire oublier que labase fondamentale de notre T?conomie restera la productionagricole. Car tout clveloppcment industriel intensif se heurte-

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_____________ _________________LESGRIOTSn;;,ua:cir,im,u,u rauamumriimawu;rnunnuicnm;uioia71rait au problme des dbouchs, Problme insoluble pour nous,tant donnle dveloppement industriel des Etats-Unis d'Am-rique et les restes de privilges historiques qui se perptuent danscette hmisphre au profit des europens. A vrai dire, nous n'yvoyons pasd'inconvnients.11']?cino111 ie Mondiale comporteassez de centres industriels bien organiss pour que nous n'prou-vions point le dsir malsain de nous grandir inconsidrment, enconstruisant dans un simple but de prestige national un appareilindustriel coteux et qui ne pourra fonctionner qu'en nous cra-sant, grce des lois de protection douanire dont l'incidencefatale se'-a une augmentation scandaleuse du cot de la vie l'intrieur de nos frontirs. Ds lors, il parat qu'une orienta-tion plus rationnelle doit tre donne nos activits productricessusceptibles de trouver un emploi rmunrateur dans la fourni-turc en matires agricoles des pays plutt industrialiss.Il estvrai que certains faits rcents autorisent les plus lgitimes inqui-tudes sur notreisolementpossible en face de grandes entitsconomiques durement atteintespar la Crise etqui se replientsur elles-mmes. La doctrineimpriale connat quelques succs :l'Empire Britannique a tent de refaire son unit conomique la Confrence d'Ottawa, tandis que la France regarde ductde ses colonies avec le secret dsir de tirer sa rvrence auMonde. En pareil cas, il ne faudrait pas se le cacher, l'Economiehatienne serait gravement atteinte. Car notre potentiel cono-inique est ncessairement trs faible, vul'exiguit de notre ter-ritoire et l'tat de faible dveloppement de nos forces produc-tives. Et la vie en vase clos, c'est sinon l'asphyxie, du moins,lavie anmie, au ralenti, avec, posant de tout son poids sur nosdestines politiques, la menace (les grandes Econotuies enqutede dbouchs.En fin de compte,sousrserve desmesuresde salut publicqu'on pourra tre amen prendre au cas o se prcise la me-nace impriale, nouspouvons assigner l'Econoinie haitienneles deux objectifs suivants:1. une industrie agricole moder-nise; 211. une industrie detransformation permettant une au-tonomie plus large du pays surle Plan Economique. suivreDr. TIENNE D. CHARLIER,Docteur en Droit de la Facult de Paris,

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72Critique d'ArtYffl i,n1.1iluit1sS !.leIi7TSPtion Savain, un moment de la Peinture HaitienneIl serait bien plaindre l'crivain qui,sous prtexte d'int-resser les amants de l'art, se proposerait d'tudier l'volution dela peinture hatienne. L'histoire de cette peintureest trop soin-maire. Ut rares sont les artistes qui l'illustrent. Plusrares encore,les ouvres originales qui les caractrisent. Car,avec les tableauxde quelques ouvriers obscurs, considrsde leur temps commedes matres et qui nous ont lgu, dansun style naf, des portraitscompasss de nos arrires grand-pres;avec les toiles tendancemystique d'un Vientjol,par exemple; avec les pastiches d'coleds au pinceau puril denos jeunes filles, et que nous contem-plions, nagure, dans les parloirs des.pensionnats, toute notreproduction picturalene prsentait, ces dernires annesencore,qu'une mince valeur documentaire,Cependant si l'on tientcompte, de l'incomprhensiondupublic opinitrement attach un acadmisme de mauvais aloi,plus sduit par le sujet des tableauxque par la technique desartistes, plus mu par l'clat ducoloris, que par la vibrationdesnuances, l'on devra rendre hommageau courageux effort demaints autodidactes qui, depuisquelque temps, entreprennentde sortir de l'ombre,ayant, semble-t-il, reu du ciell'enthou-siasme crateur.,.A ce point de vue,une place spciale sera accorde PtionSavain.Il n'est pas, proprementparler, un autodidacte. Bienqu'il ait t amen peindresans aucun secours ses premirestoi-les, il a subi, par la suite, denotables influences.Celle de Scott,un impressionniste amricain quiexposa Port-au=Prince,auxenvirons de 1933; celle deDouglas Brown,un anarchiste pourqui l'uvre d'art demeure l'expressionpassionne des sentimentspersonnels. En outre, Savaina t frapp par la manirede Vla-tninck, ce peintre quia su rendre la violenceet la sonorit descouleurs, l'pouvante des ciels,l'opposition desombres profondes

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1.ESC R1o'.:,GNfi01'INIIIlillMMU9'J t:.17$aux lumires clatantes.Il s'est passionnpour Segonzac chezqui frmit un vif sentiment de lanature, alli une science ro-buste desvaleurs.Attirpar tous cesmatres, Savain est arriv,peu peu, .se crer un art exquismentpersonnel.Et remarquablesurtout,au triple point de vue de la technique, de la conception, de l'uni-vers pictural.Pour s'panouir cet art a besoin du concours de la nature hu-maine dans ce qu'.elle..a de plus repr;entatif; le paysan. Lescoutumes et les demeures, les misres et les infirmits, tout estpour Savain, prtexte tranches de vie d'une rare couleur locale.La grandenature antillaise avec ses soleils blouissants, seschatoiements de nuances, sollicite son pinceau. Le peintre exaltealors les palmiers lancs, les flamboyants en fleurs, les cascadescumantes, les mers aux mille reflets, les ciels l'azur changeant.Il exprime avec ferveur la posie des quais, les diverses tonalitsde la terre qui, tantt saigne comme une chair humaine pourque les arbres se nourrissent de plus de sve; tantt se durcit etdevient tuf jauntre, rochers couleur d'arc'oise, montagnes ver-doyantes; tantt se ramollit en pte violace et pouse la teinteneutre de l'asphalte.Parfois, la subtilit de l'artiste va plus loin,Elle clbre lesnatures mortes. Savain obtient ainsi, avec tuis et jades, carafesetplateaux, fruits et lgumes,fleurs etcorbeilles,des effets dco-ratifs d'une loquente simplicit.*kQuelle est l'attitude du peintre en prsence d'un tel Univers?Une transe inoue s'empare de tout son tre.Il s'meut jus-qu'aux dernires fibres de sa sensibilit (qui est grande). Il ad-mire et implore. Il souffre et se rjouit.Il contemple et verse deslarmes.Combien de fois, m'avoua-t-il, ai-je pleur devantla splendeur d'un paysage?N'allez pas croire que cette motion est forcment provoquepar la tragdie des nuages, le tourment des arbres ou l'exaltation

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741.1 S (iR1()TSdes coursd'eau, Il n'y a rien d'chevel+, tien de dramatique dansl'aeuvre de Savain. Il est plutt un raliste sentimental qui adorepeindre le matin, l'aurore; le soir, au crpuscule et qui entendcrer dans ses tableaux une atmosphre de douce agitation, pluttqu'une ambiance d'inquitude.Mais, si les pleurs qu'il avoue verser obscurcissent momenta-nment sa vision, si sa sensibilit dbordante accrot sa fivre depeindre, sa raison intervient toujours, pour calmer ce trans-port initial et corriger cc qu'il pourrait y avoir d'exagr dansl'expression premire.Voil pourquoi, quand il lui arrive declbrer la souffrance des infirmes et de tous ceux que l'humainecondition a destin vivre en plein dans la misre, le peintre sug-gre mieux la douleur qu'il ne l'exprime.Cependant, la sensibilit de Savain ne se courbe pas toujoursdocile aux injonctions de sa raison. Il y a souvent conflit entre lesdeux facults. Et, la plupart du temps, c'est la raison qui finitpar lcher prise. De l, une certaine indpendance, voire de lafantaisie dans la peinture du rel. Sans cesse, le peintre dformeles donnes de la nature. Non pas pour crer des monstres et descaricatures. Mais pour mettre la ralit au diapason deses gotsd'artiste.C'est pourquoi, les paysages-types le laissent indif-frent. C'est pourquoi aussi la manire de Corot,par exemple,l'indispose. Pour Savain, la peinture n'estpas une photographiedu vrai, mais la reproduction de la vraisemblance d'aprs letem-prament de l'artiste.Mais, comment reproduire cette vraisemblance?C'esticiqu'intervient le rle de la technique.Au vrai, celle de Savainne s'est pas affirme avec matrise enun tournemain. Avant d'acqurir sa sret dfinitive, ellea passpar une srie de mtamorphoses qu'il convient de signaler.Les premires toiles exposesvers 1932 accusent une certainetimidit, un manque de confiance,beaucoup de gaucherie dansla distinction des nuances. L'artisteest surtout frapp par lestons primitifs, les tons de base qui donnentaux objets leursteintes essentielles, abstractionfaite de tout raffinement visuel.Les tableaux qui caractrisentcette manire sont une aquarelle:L'incendiedu Bel-Airo les lueurs rouges des flammes alter-nent sans intermdiaires avec les teintesfauves et noirtres de la

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LES GRIOTS75fume; une marine:ale voilier l'Avenir,plus remarquable parl'art du dessin que par l'orchestration du coloris.C'est bien plus tard, sa 2e. exposition, que Savain apprendque dessiner n'est pas peindre, que le peintre n'a que faire desdtails et qu' ct.des tons primitifs, il existe des tons secon-daires qui donnent de la vibration aux nuances d'un paysage.Si lestableaux de cette poque manquent de perspectives a-riennes, l'artiste, par contre, a dcouvert le violet et en fait unusage intelligent qui dcle son got prononc de l'harmonie.Depuis, il ne cesse d'tudier la technique des grands matres.Il en vient distinguer la gradation des plans.Il acquiert unesciei e-plus exacte des valeurs,Il ne peindra plus de trop grandestoiles d'aprs nature. Car il n'ignore pas le changement rapidedes conditions atmosphriques, ni les diverses influences que,suivant l'heure et le temps, les rayons solaires exercent sur lateinte initiale des objets. Qui entend crer une ambiance dans sestableaux, doit commencer par en laborer une tude sur laquelleon critiquera la valeur des effets, afin de modifier, au besoin, lespremires donnes du ca:ur. Ce travail achev, le peintre agran-dira son oeuvre et lui assignera son expression dernire.Une des proccupations actuelles de Savain c'est d'assurer ses toiles une dure infinie. Matre de son art, il ambitionne---c'est lgitime-que la postrit consacre le fruit de ses efforts.Ilemploie dcidment une matire paisse dpourvue d'huile et nonsusceptible de se craquelersousl'action du temps. Connaissant fond les proprits chimiques des couleurs, il bannira de sapalette celles qui ont tendance se dcomposer, se noircir avecles annes.Un tel souci confrera une survie son auvre. Et les cons-quences spirituelles en seront multiples. Car, s'il est vrai que lebut de la peinture est d'atteindre la gloire et de mriter la recon-naissance et l'estime, les tableaux de Savain, parce qu'ils aurontexalt la nature hatienne, dans son infinie varit, seront commeautant de pages d'un grand livre d'art que les gnrations pr-sentes et venir ne cesseront de feuilleter pour mieux apprendredans quelsensdoit tendre le beau national, Et elles sauront gr ce peintre d'avoir faitcirculer dans ces toiles ce chaud courant

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fNIMNVpINi4YUpIHg11111111A; 'Id,;c,..(, RI 011, Sd'indigdnit si ncessaire l'arten gnral. (1)(Car, c'est fautede s'en tre enrichie qu'une bonnepartie de notre littraturepos-sde ce caractre de calque qu'onlui reproche trop souvent).Mais il ne sied pasencore de pronostiquerI 'ine iratiodSavain est loin d'tre tarie.Son art n'a pas encore atteintnl'a-poge indispensable. Plerinpassionn du Beau, il n'apas fini depromener son chevalet travers les merveillesde nos sites.Il n'apas fini de leur demander le secret de leurlumire, la richesse deleursteintes, la cl de leur ordonnance,Cependant, ds aujourd'hui,il convient de considrersonoeuvrr comme une tape importantede la peinture hatienne.Marcello de SYLVA(l) tl='itt do12 tre national,actuel,etconcret, exprimerles ides de tempsp,tier lIlauv du pays."1 roudhon.

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77NouvelleLedest ou le GanGan de HincheC'tait 7linche.Jean Karda entra et dit:--Qu'est-ce que tu fais cet aprs-midi?Je rpondis :Rien... nu plutt jevais lire.-Veux-tu assister une sance de magntisme?Volontiers.-Alors, viens.J'allumai une cigarette et sortis.Nous marchions. Le soleil tait implacable.Je dis moncompagnon :-Est-ce loin d'ici?Et lui:Nous y voici.La maison du magntiseur tait situe au fond d'une cour ol'on apercevait des maisonnettes espaces. Assises ou croppe-tons au seuil (le leurs demeures, des femmes mal vtues causaientbruyamment. D'autres riaient gorge dploye.Jean Barda m'ayant prsent Ledest (c'tait le nom du ma-gntiseur), ce dernier nous invita, avec de grandes dmonstra-tions (le sympathie, pntrer dans sa salle de travail.C'tait une chambre obscure. Au milieu de la pince: une tablecrasseuse et branlante. Sur une fentre, un ciergeteint taitdebout. Des siges vieillots semblaient somnoler.Un homme noir s'amena.Il se nommait Mechnor, C'tait lecompagnon de travail insparable etncessaire de Ledest.Jeveux (lire que c'tait iemdium, ou encore: le somnambule.Son regard tait 1:3s, immensment, et il ne cessait de passerson mouchoir sur sonvisage,Il suait.Nous nous assmes.1.cdest s'enquit (les buts de la visite deHarda.

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Lard;,,aai,uian;; ue r,niI,;imninririir;,nunJ, (> ,C, R I O TS`Et Karda ditVoici.Mon fils, Marias, estmalade. Depuis des semaines,il ne peut pas sentir, sa mre.Il l'injurie et la mefl*ce.Il refusede lui verser ch,,egi7e semainela petite valeur qu'il avtitl'habitudede lui remettre. La mre est audsespoir. Elle passe n* nuits pleurer, parce que la conduite deMarins la dsole. Je crois queMarius pas l'an naturel li.Jeune-homnc-nan gaingnin ion per-scution derri-li... Je suis venuici, redest, pour vous de-mander de am'cltrer; Je vous aiapport, en consquence, unechemise de Marins, 1.a voici.Et Jean Karda tendit un paquet Ledcst.L'hypnotiseur dposa la chemise sur la table.a va, dit-il, jevois IIl s'assitprs de la table, et Mechnor se plaa en face delui.La bougie fut allume, puis teinte, aprs une courtepriremurmure par le nmdium.L'hypnotiseur appuya ses mains contre celles de Mechnor,etil le regarda dans les yeux avec une fixit implacable.Et voici tles paupires `de l'homme devinrent lourdes. Son visage eut uneexpressionlointaine, et fatigue. Sa tte chancela. Ses yeux sefermrent.I,mmdiatentent, Ledest tenditses mains surla chemise posesur la table, puis il se tint debout et attendit.Et la bouche de Mechnor remua. Il dit:.:,J'arrive. Me voici. Le grand magicien. Celui qui voit tout,qui sait tout, qui dit tout.La tte de l'homme remuait toujours. Son visage tait inondde sueur. Sa respiration avait un rythme plaintif,Il parla en-core.Il demanda :Ledest, pourquoi m'avez-vous appel?Et Ledest, flegmatique:-Pour nous dire la vrit.Alors, le mdium:-C(-luc je vois est terrible. Terrible lJean tarda blmit.L'homme continua:

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LES G 7t 1 O T S'mrunixnnumru'mu:ro,rvi wa;unaiana11!Ur miuuuni:unmunu,nPmy79-Le propritaire de cette chemiseest perscut par une clam-Pe-magique,qui brle nuit etjour.Cette lampe a pour effet desemer la discorde entrece jeune homme et sesparents,de l'loi-gner de sesdevoirs.Pour un oui ouunnon,il injuriera sesproches,les accablera d'invectives.Cela peut finir parun mal-heur... que jepeux, cependant,conjurer.Karda dit :Pouvez-vous nous indiquer l'auteur decette clampe-ma-gique ?Le mdium avait toujours lesyeuxferms,Sa tte vacillaitencore.Ses mains reposaient,inertes,contre latable.Il rpon-dit;-Non.Et Karda:Est-ce un homme ou une femme?-C'est une femme.---?)e quelle couleur?Claire.-De petite ou de grande taille?-Petite.-Est-ce une parente du jeune homme?Oui.---Du ct paternel ou du ct maternel?Ni de l'un ni de l'autre.-lion, Cette femme entretient-elle des relationsavec le jeunehomme?-Je no sals pas.l otirquni lui veut-elle du mal?e ne sais pas,,e k Iunamhule paraissait puis..\vec une lgre inflexionnervmise, il dit jean Karda :--Lcoutez, Apportez-moi un giraumon :caiian,un couteau aumanche blanc, une assiette blanche, deux fers cheval. Veneznie trouver ici sept heures (lu soir. Et jevous ferai voir cettepersonne, et je lui terai la vie, et vous verrezdu sangjaillirde l'assiette...Darda protesta, catgorique:a, jamais! je ne veux faire du malpersonne. Indiquez-moi seulement les remdes ncessaires la gurison demon fils.

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801.5 GIi1(7'l`Sli!'J'11.Alors, le mdium:--Voici cequ'il faut faire. Lundi,mercredi et vendredi, dansla soire, aspergez votremaison d'eau bnite.Ayez un flacond'todeurs. fil voici laformule :feuilles de honte, debasilic,de ti-baume, desourcils; poudre de Grenoble(10 grammes);ambre-gris vritable (10grammes). Ajoutez-y dusirop-mielet du jus de canne.Il vous faut encore uncierge de trente-troisnocuds prpar avec duxsirop-miel", de la cervelle de moutonetde la cervelle de cabri. Cecierge devra tre plac dansla courde votre maison. Vous l'allumerezles lundi, mercredi et ven-dredi, midi. J'ai dit.Le somnambule fit une pause,puis il annona:--Remettez-moi dix dollars, et je vouslivre un bon travail.Darda se rcria :-Vous exagrez, dit-il. Mon cher,je vous donne sept dollars.Non, dix.Huit, proposa Karda,Il se heurta un nouveau refus.Mechnor semblait bout de force. Il s'impatienta.Ledest, dclara-t-il, jen'en peux plus. Rveillez-moi.Alors, l'hypnotiseur tapota de ses paumes le front deMechnor.Le somnambule ouvrit les yeux. Il paraissaitrevenir d'un longrve. 'Son regard tait accabl, terne. Il ouvritla porte et sortit.Et nous primes cong.Le soir tombait.CL. MAGLOIRE-fils

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Sociologie Religieuseirm;ar^enLrar:81De la Religionbase sur lesConnaissancesScientifiquesDification de la Natureou lePanthismec Il vous estdonn de connatre lesmystres du Royaumedes cieux; maisiln'enestparl,aux autres,qu'enilsparaboles: de sorte qu'nenvoyant.ilsqu'entendant,ne voient point:etne comprennentpoint. xSt. LUC VIII-10.r.Tous droitsrscrusxAVANT-PROPOSCOSMOGONIE,COSMOGRAPHIE.x C'est pourcela que tout docteur,bieninstruit dans ce quiregardelepre ade famille quitire,sde soni trsor,deschosesnouvellesetdeschosesvieilles.(MATT. XI11.52)A Madame()DALISQUEMa chreAmie:'erience;L'unique etvraie initiatrice,de l'homme, cestl Exprenforce,complte parl'tudeet la connaissanceprofondes desSciences; et, toutparticulirement,des SciencesNaturelles.--

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.$2miiuruiiiiiIr.SC3 I2IOTSS'agissant d'expriences, chacun devra,d'abord, se baser surles siennes propres, celles qu'oneut prouver personnellement;ensuite, on s'appropriera de celles desautres, celles dont l'authen-ticit soit dment vrifieet contrle.-S'il m'tait permis, ce sujet, de vous entretenir de ma chtivepersonne, je vous apprendrais quema mentalit se trouve rgiepar trois caractristiques distinctes; savoir:la Curiosit,l'Ana-lyse, et l'Intuition du Surnaturel.C'est,donc, bienla Curiosit,chez moi, qui soit responsablede cette propension vouloirmefourrer le nez partoutet danc tout.Ce dsir detout connatre,de tout savoir, est si cuisant,chezmoi, que j'ai cherch l'utiliserau dveloppementde mesaptitudes ae perception,par une obser-vation attentive et minutieusede la Nature Gnrale.Combienravissante ne se rvle-t-ellepas nous, cette Mre universelle,une fois que l'on parvienne soulever, quelquepeu, un bout duvoile qui cacheson secret intime!...Oui, ce Monde de l'Exis-tence universeloffre nos sens objectifs, nos perceptions sub-jectives, aussi bien qu'nos facults rationnelles et intuitives,desrvlations de faitset de lois d'un caractre,ou intrt, la foismerveilleux, sublimeet divin.L'homme,-par-dessustoute chose qui soit d'ordrecondi-tionnel au relatif,-possdeledond'inspiration spirituel, undegr quelconque,danssa poursuitedes hautesSciences, o ilrechercheles Causessecondaires,les vraisprincipes idaux,dansla sphre de la RaisonAbstraite,de la Raisonpure qui, elle-m-me,s'enfonce, impassibledansleNant; de cetteEternitquis'mancipe de toute condition,de toute relativit,de toute con-naissance, en unmot,qui s'incorporedans l'Absolu,dans laCausedes causes, dans le Principedesprincipes, dansl'Idedesides.Voill'Inconnu Indispensable,l'ArchitecteUniversel,l'Arche-type Universel,l'Esprit Crateur.Personnene La nie,et n'ose Lanier, cette Entit, la foisCratriceetImpondrable...Et, c'est en raison mmedel'absence absoluede toute ngation,sansnul doute, qu'on arriveparaffirmerSon existence;parprouverqu'dElle est... Cependant,dclarerqu'Elle existe, c'estunechose;et,prouverSonexistence, c'estun autre problme rsoudre,-Or,en proclamant qu'ailleexiste,celasuffit toutjuste,pour confirmer le dogme delaroiet de laRvlation.

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J.l S GRIOTSLa Foi religieuse, n'est-elle pas cellequi se libre des liens de larelativit des connaissances humaines:qui franchit le seuil del'incognoscibilit de Celui qui soit Seul etUnique en Lui-Mme?... Cette forte conception,n'est-elle pas, elle aussi, au-dessus de l'Humanit asservie,enchane au Roc Satanique desnergies contingentes du Monde de latangibilit vraie?...Par ailleurs, notre Scienceacquise avoue sa relativit subjec-tive, et confirme la relativitipsitique deCelui quiest. Larela-tivit subjectiveproclame son impuissancefondamentale; tandisque la relativitobjective affirme sa proclamationde Celui quiest,par le fait que Sa natured'unitabsolue,intrinsque,nouschappe; pour la bonneraison que nous ne possdonsrien, ennous-1r mes, pour Le mesurer,Le comparer, Le dfiniret, par-tant, Il nous demeure Inconnaissable.En s'accordant avec cesdeux thories spculatives, laScience,Esotrique-esclave des rapports etdesphnomnes,-insiste surla ncessit, en toute bonnefoi, de se cantonner dans leslimites despossibilits humaines, en tantqu'on n'est qu'humain.-Or, cetteposition, ne nous offre-t-elle pasmoins de risques de nous garer,parce qu'elle ala vertu d'liminer tousles abus mis au comptede la Foi, voire mme celui de l'Esprit Crateur?...Cela nousparat trsjusteet trsraisonnable,tant donn que le Mondevisible, en dernire analyse,n'est que le reflet, lacontre-partiedu Monde invisible,dont il est le pendant, le proto-type,le simi-laire. En effet, le sceaudu roi Salomon constituele symbole del'aphorisme: Levisibleestanaloguel'invisible.Le haut (al-pha) est manifest dansle bas (omega)x Celatant admis, ilest, donc, seulementncessaire d'tre unobservateurattentif dudcalquage, pourdcouvrir lesfaitsque tout procdrationnelrclame, en les passant parle creuset de l'analyse,d'une part; et,d'autre part, c'est notreintuitionqu'il appartient de dclerlescaractres, les lois, les causessecondaires.-Ces deux domaines unefois franchis,l'Inspiration Spirituellefera le reste.-Nous avons,l, la charpente, ouboiserie, d'un pianobien mont; le mca-nisme et les cordes, l'intrieur, bienagencs et bien accords;et, alors, laLoi Naturelle, personnifiepar unPaderuoski, vien-dra accomplirle reste.Ainsi, donc,l'tre corporel humainn'est autre que la synthsephnomnale, objective,de l'trepsychologiqueset celui-ci est le

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reflet des attributsde l'EtreSpirituel.A cecompte, l'InitiationTraditionnellepose lePrincipe Primordialde saSciencesur leFondement de Soi-Mme: Connais-toi, toi-mme.L'Etrehumain est,donc,divis en corps physique: la char-penteosseuse supportde l'organisme ou contenant; en me: laforcevivifiante,ou centrepsychologique;et enesprit:le principevolontaire, la conscience directrice et rationnelle.Les oprations del'esprit se font tanttpar inspiration, ettantt parraisonnement.C'est l'esprit quipeut, seul, analyserl'esprit.C'est notrevolution, dans cettesphred'intelligenceinspire et rationnelle, qui nous permettra de pntrer, de saisirles notionsde la Causepremire; Celle qui se confonddans l'E-tre-Crateur, l'Architecte Universel, l'Alpha et l'Omega;enfindans laPerfectionAbsolue.Les oprationsde l'me se passent dans leplan de la psycho-logie.-Celle-ci est co-opratrice del'esprit, comme tant le sigede l'intuitionsub-consciente.-Elle permet l'analysedes lois quirgissent l'tre, par la facult de penser, que nous exerons, etdont la synthseembrasse l'ontologieuniverselle. Nous pn-tronsdans ce plan, par la voie de la mditation intrieure, parl'analyse intuitive subjective, par lesquelles l'me suit, tudie,sondeet compareses propresmodalits.Les oprationsducorps s'excutent dans le domaine de l'exis.tence matrielle, o tout est nergie; c'est--dire force animante,ou agissante,danstoute l'tendue de la matire inerte.-Lesop-rations ducorps sont celles qui donnentles faits,par l'analyseobjective, par l'observationdes phnomnesqui se produisent, la suite d'exprimentations faites, sur ce qu'il estconvenu d'ap-peler les proprits physiques de la matire.-L'Cnitiation Traditionnelle,-bassur la Connaissance,-tire son originedel'observationdesfaits.-Ceux-ci sont assujet-tis auxmouens de critiquedont dispose laLogique; induction,dduction, analogie, exprimentation,Nousavons, ensuite, l'Exprience Psychologique, c'est--direl'Intelligence Animique, qui nousouvre le domaine des Forceset desPrincipes secondaires;et quinous expose,--dans leur unitsimple,identique, invariable, sub-consciente,-lesLois.-Nonobstant toutcela, rien n'arrivera dpasser les justesli-mites soitdurelativisme subjectif,soit durelativismeobjectif,--

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L;'.85Mais, alors,se demande-t-on, cela nes'explique que par le faitque la Science, dite positive, exprimentale,ou autre,n'a pas en-core dit son derniermot.-Mme l'objectivit deCelle-ci menacede s'crouler...La Psychologie, sontour, constitueunabme,tellement in-sondable dans la complexit de son unit-multicolore, qu'elledpasse lesbornesde la relativit auxquelles l'tre terrestre soitencoreassujetti.-LeXkaisonnement, dit rationnel ou autre, se voit en dsarroi,pat o"'ait que sesspculations,mathmatiques ou spirituelles,soi 1. conditionnelles et relatives,par rapportaux faits sur les-quelslaScience positiveet laPsychologie exprimentale sont en-core appeles donner leur mot final.--Donc, l'heureactuelle,tout est encore l'tat approximatif,relatif.-Persvrons, sans rmission, dans nos tudes, nos la-beurs, nos observations; et soyons raisonnables, intuitifs, mdi-tatifs, introspectifset tolrants surtout,pour faciliterl'panouis-sementtotal de laPense manifeste,Il nousfaut, en d'autrestermes, voluer spirituellement,par laprire; psychologiquement,par la rflexion intrieure et la moralit;etphysiquement,parl'hygine et l'athltisme.-13t toutcela, aux seules fins de nousunir auxForces Cosmiques et Universelles, qui se chargent del'volution desMondes;et,partant, de la destine des tres par-ticuliersetcollectifs, qui voluentdans ce;Mondes; et lesquels,dans leurensemble,constituent l'Univers cr.-Ici, nous tou-chonsdirectementau sujet qui nous intresse dans la prsentetude: les Forces Cosmiques.Dans ce domaine, l'Initiation Esotrique a recoursauxfiguresdu langage.-La mtaphore foisonne dans lalanguehbrrque,qui est celle de l'Initiation Ethiopio-Egyptien ne, et laquelleMose fut admis, et laquellecelui-citransmit, en hritage, sonpeuple (Essaie-19-24-25).-Lapersonnification, la fable, l'al-lgorie, l'apostrophe,et biend'autres figures symboliques,dansla Bible, sont confondues avecla ralit littrale.-Aussi bien, notre tradition donne, notre Univers, l'analogied'unGrand Homme,au physique.-Cegrand homme est per-sonnifi,ou symbolis, par laStatueque vit Nbucadonetsar dansson Songe.-Cette Statuetait immense, et d'une splendeur ex-

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] 10780`'itraordinaire; elle tait debout devanttoi, et son aspect tait ter-rible.-(Dan, 11-31)La chose immense, c'estle firmament du Zodiaque; lasplendeur, c'est l'attribut du Soleil avec soncortge de Plantes;ce qui est at2rriblex'.c'est la force destructive Siarso-Sataniquela pierre-fondation, l'ossature dela Terre, dont le Gnie rclamel'aspersion du sang des victimes; lapierre de Kan, celle qui estla Pierre de l'glise sacrificielle,--La tte de la Statue tait d'or fin; sapoitrine et ses bras, d'ar-gent; son ventre et seshanches, d'airain; ses jambes, de fer; sespieds, en partie de fer et d'argile.-Tu regardais jusqu' ce qu'une pierre, sansle secours d'au-cune main, se dtacha et frappala Statue ses pieds, qui taientde fer et d'argile, et les brisa.-Alors, lefer, l'argile, l'airain, l'ar-gent et l'or furent briss ensemble, etdevinrent comme la balle del'aire, en t; mais la pierre, qui avait frapp laStatue, devint unef;rande montagne, et remplit la terre.-(suitede la citation).-(A suivre)ATHANASE

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LES GRIOTS87Politique InternationaleESSAI SUR L'ANGLETERRE1938A Matre Andr Tell FranoisTmoignage de ma plus profondereconnaissance.AVERTISSEMENTDans les lignes ci-dessous, le lecteurest pri d: ne trouverqu'un essai, qu'il apprciera gnreusement,sur les conditionsstratgiques de l't mpire Britannique,L'tude en elle-mme est incomplte. Destrois principes labase de la tradition politique de l'Angleterre:assurer ses liaisonsavec son Immense Empire et l'Univers, entretenir *l'quilibre desforces, maintenir l'intgrit de son Empire, seul le premier areu un dveloppement.:bDans son livre Mein Kampf crit pendantson sjour en laprison de Linz (Autriche) le Matre Actuel du Troisime Reich,Monsieur Adolf Hitler, a dclar que l'une des fins principalesde sa politique trangre sera de dissocier la France de l'Angle-terre.A qui peut, l'heure prsente, chapper toute la haute portede cette grande formule d'action politique? Dissocier la Francede l'Angleterre, maisc'est (on peut l'affirmersans ambages)toute la politique contemporaine de cette Europe si inquite, sitrouble l'heure actuelle qui se trouve ainsi rsume,Dj en 1870-71, durant la guerre franco-allemande, le GrandHomme d'Etat Prussien ralisait pour accomplir son rve: larunion de l'Alsace-Lorraine la Couronne du futur Empereurd'Allemagne, il fallait prvenir tout rapprochement franco-bri-tannique et ce fut l'objet de l'interview clbre au correspondantdu Time Berlin, interview qui indisposa toute l'Opinion d'Ou-

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tre-Manche contre la future Vaincue de Sedan et par laquellele Prince de Bismarck rl.vla que toute l'anni 1sit d!d 1'lmpirede Napolon III contre le gouvernement du Roide Prusse venaitde ce que celui-ci avait systmatiquement refus de prter touteson assistance l'ambitieux Empereur des Franais pour uneaction militaire en vue de l'annexion de la Belgique,Le Reichfhrer Hitler exprime plus loin cette opiniontrssense: Si la France est dissocie de l'Angleterre, une guerre entrecette premire puissance et l'Allemagne sera une guerre franco-allemande comme en 1870-71 et non une guerre mondiale com-me en 1914-18. Et l'on peut ajouter que ce fut l'erreurduKaser de ne l'avoir pas compris.Fidlement, troitement unie, sur les champs de bataille ose dcidait leur commune destine, sa traditionnelle rivale laFrance, l'Angleterre ne tarda pas s'en dissocier aussitt quedans le train de Rethondes, onze heures du matin, l'Amiralanglais Wemys eut, au nom de sa patrie, appos son paraphe aubas de l'Armistice du 11 Novembre 1918, consacrant la reddi-tion et l'internement de la flotte allemande Scapa-Flow; et lapropagande anglaise de se faire active, violente pour contrecarrerles patriotiques efforts des extrmistes franais (les Poincar, lesFoch et autres) qui voulaient; assurer leur patrie la prdomi-nance sur le Continent en se taillant une position prpondrantesur les deux rives du Rhin et handicaper dans la suite l'nergiquepolitique des Poincar et autres Chefs du Gouvernement fran-ais qui entendaient porter l'astucieuse Allemagne une plusstricte observance du Diktat de Versailles et des autres traitssubsquents.L'Angleterre, l'ennemie de toujours de la France, avait fait sabrusque rapparition sur la scne du monde.Locarno, certainement la plus importante victoire diploma-tique de la Rpublique de Weimar, n'a consacr la clbrit deson auteur, Gustav Streseman, que parce qu'il tablissait de faonnon quivoque la sparation de la France et de l'Angleterre( 1).Tous les accrocs au trait de Versailles, depuis les plus insi-gnifiants atermoiements de l'Allemagne jusqu' l'avnement duChancelier 1-iitler lui-mme, sont dus la dislocation, mmemomentane, du bloc France-Angleterre.

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t.t?statilr)'i89Enfin, plus prs de nous, l'annexion de l'Abyssinie par l'Italie,la roccupation de la Rhnanie le 7 Mars 1936, sans conteste laplus importante ralisation du Chancelier I-litler, la diminutiondu prestige de la Socit des Nations et son corrollaire logiquel'anantissement quasi-dfinitif du principe de la Scurit Col-lective, voil autant de faits certainement trs authentiques ds la dissociation, la sparation, la diffrence de vues mmemomentane de la France et de l'Angleterre.De tout ce qui prcde, il rsulte clairement que l'Entente fran-co-britannique constituait (comme il constitue encore)le plusimportant facteur de l'quilibre europen et la moindre vellitde rupture manifeste de la part de l'une ou de l'autre tait sus-ceptible de produire-fatalement-le renversement de l'ordredes choses tabli Versailles, renversement dont l'une et l'autresubissent l'heure actuelle les plus amres consquences.Ce point lucid, recherchons maintenant les causes du rveilactuel de l'Angleterre.Tout d'abord, reconnaissons que la plus grande puissance co-loniale du monde est un pays essentiellement courte vue poli-tique.Sa politique traditionnelle, en effet, consiste entretenirlaplus puissante marine du monde destine lui assurer tout ins-tant la suprmatie des Ocans. Cettetradition ternelle, immua-ble est traduite dans un des plus beauxchants patriotiquescRule Britannia dont dessein jereproduis un passage ici:Quand,aucommandement du Ciel, la Bretagne s'est levesurla merd'azur,Voici la charte qui a tdonneau pays.Les Anges Gardiens ont chant cerefrain:Commande,Britannia,Britannia, commande auxflots.LesBretonsne seront jamaisesclaves.La matrise des mers assure,c'est une politique au jour lejour, qualifie juste titrepeut-tre de raliste, en tout cas cir-constancie, que l'Angleterrerclame le maintien de son hg-monie universelle. Pas dedcisions prmatures, par de ces vi-sions lointaines, pas de cestraites tires sur un trop lointainavenir, qui caractrisent lesGrands Hommes d'Etat, mais unenergieindomptable, une tnacit admirable, unetmrit toute

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JOirarriii.LES GRIOTSpreuve, une clairvoyance, un flair, un flegme, une justesse devues remarquable qui font la gloire des Hommes d'Etat Anglais,le tout alli un dsir violent, ardent, permanent de maintenir,deprttscrver,rde conservere patrimoine d'ailleurs considrable.Wait and sec.C'est donc un pays essentiellement conservateur.Ce sentiment conservateur, l'Angleterre l'a apport dans tousles domaines de s;s activits essentielles, vitales: social, industriel,commercial, financier, maritime, bancaire, etc. (2)Mais tandis que sur le plan politique l'Angleterrea de cesrevirements, de ces rflexes, pour employer une expression trschre au lMiatre, Monsieur Wladimir d'Ormesson, qui dtonnentquelquefois comme la foudre, sur le terrain conomique elleatoujours refus de se prter toute modification profonde destructure, toute innovation, toute exprience aventureuse-mme socialiste-pour pratiquer ce qu'on estconvenu d'appelerla division du travail entre les nations;et, aussittaprs la guerre,considrant que, devant l'volution universelle,ses industries nepourraient plus soutenir la concurrencesans une amliorationprofonde de leurs procds de production d'ailleursfort dispen-dieuse et un statut social des plus adquats,elle rsolutde devenirle banquier, du monde, aprsen avoir t, pendantdes sicles, lecourtier traditionnel, la pourvoyeuse principale,le commerant,l'industriel, le marin (2 bis).Elle pratiqua donc, avec cettenergie farouche qui la caractrise,une politique de dflation etde rvalorisation de la livre sterling (accompliele 13 Mai 1925)qui accentua sa crise industrielle, compliquale problme dj in-soluble du chmageet suscitades troubles sociaux,C'tait lacrise de 1926-29, crise spcifiquementbritannique, comme l'aappele un minent conomiste, C'est la faveur de ces circons-tances particulires que le parti travaillisteprit possession du pou-voir en 1929.Je ne veux aucunement dnier lesralisations sociales dugou-vernement travailliste de feu MonsieurJames Ramsay Mac-Donald. Ce fut lui qui inauguraen Angleterre cette bienfaisantepolitique de l'assurance--chmage,d'amlioration des conditionsde vie du proltaire, de protection del'enfance ncessiteuse, Grce lui, la lutte contre le taudis priten Angleterre une plus grandeextensionque partout ailleurs dansle monde.Plus de trois

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LES GRIOTS01millions de maisons ouvrires (rapporte le Journal Marianne,Numro du, mercredi 11 Mai 1938), hyginiques, proprettes,claires l'lectricit furent construites aux frais de l'Etat etd'entreprises subventionnes; les conditions d'hygine de la fu-ture mre et de la nourrice malheureuses furent particulirementl'objet d'un trs grand souci, des colonies scolaires de vacancesfurent organises pour les enfants du peuple, etc. Mais si, sur leplan social, son passage se rvla bienfaisant, sur le pl -n cono-mique et financier sa politique fut dsastreuse et faillit conduirele pays presque aux bords de l'abme. Une crise fiscale et finan-cire des; plus alarmantes fut la consquence de cette politiqueimprvoyante et hardie qui dgnra bientt en une crise de con-fiance qui faillit branler le plus grand march de capitaux dumonde. (3) Les capitalistes et mme les grands et petits pargnantseffrays exilrent leur avoir en des endroits plus srs, la crise in-dustrielle dj chronique s'accentua encore davantage, le chmagese compliqua et les conflits sociaux se multiplirent.C'tait lagrande crise du mois d'aot 1931. Au-devant de si grandes dif-ficults, le Cabinet essentiellement travailliste de Monsieur Mac-Donald s'effaa pour faire place un Cabinet d'Union Natio-nale (la coalition Mac-Donald-Baldwin) qui opra un vgou-reux effort de redressement. A la faveur d'une politique d'assai-nissemtnt fiscal(ouvre de Monsieur Neville Chamberlain, leChef Actuel du gouvernement britannique), de l'abandon dutraditionnel systme du libre-change (tablissement d'un tarifdouanier protecteur) et surtout d'une politique qu'on a appelepolitique de contre-dflation>consistat,t enl'abandon de l'ta-lon-or entranant ncessairementla dprciationde la livre ster-ling, mesure concornittante la cratijon d'un fonds d'galisa-tion (4)de change destin au contrle Lt la rgularisation de lavaleur de ladevise, le peuple anglaisreprit confiance et rapatriases capitaux(3 bis).On sait que ces i;jnportantes rformes assu-rrent, quelques annesaprs,l'Angteterre,une prosprit co-nomique quasi-unique dans le monde. Il y eut, en effet, unereprise de l'activit industriellefavorisepar l'abaissement duloyer del'argent, c'est--dire des intrtsdes sommesprtes,qui permit auat industries de s'adapter au nouvel ordre dechosescr.Cette repriseindustrielle entrana co.n,5quemnient une di-minution du chmage dans les proportions d,:soixante pour centNu

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I1s;r,ttr)l',S(60%). Une amlioration ducommerce intrieur Suscite parl'tablissement de droits protecteursse fit aussi sentir. Un accroissement du volume des exportations britanniquesse manifestagalement, il avait pour causes la dprciationde la livre sterlinget surtout les fameux Accords de la Confrence d'Ottawa(Ca-nada) de 1932 qui, en tablissantun rgime prfrentiel pourles prcduits de l'Empire Britannique, organisrentce qu'on peut bon droit appeler uneautarcie impriale.Enfin, il importeausside signaler une augmentation de la rservemtallique pro-duite par la gniale politique ducontrle et de la rgularisationdu march de l'or, l'augmentationdes placements extrieurs,l'quilibre budgtaire, la rduction desimpts, etc. La crisenereparut, d'aprs Monsieur Jean Desbois, le clbreconomiste duJournal cla Tribune des Nations, dequi je tiens toutesces in-formations, que vers 1936-37 quandles bourses dz New-Yorket de Londres instruites par l'exprience (laterrible crise de 1929qui s'abattit sur le monde) commencrent tmoigner de l'in-quitude en prsence de l'augmentationanormale du prix desmatires premires et legouvernement britannique, abandonnantle programme travailliste d'assurance-chmageet de protectionsociale, dcida de s'engager dansla voie d'un rarmement gigan-tesque, vritable palliatif de la crise quiparalyse l'heure actuelleles industries britanniques.Si sur le plan conomique,le programme travaillistese rvladsastreux, sur le plan de la politiqueextrieure ilaggrava, pardes procds tout dmagogiques,la conception decourte vue po-litique des gouvernements britanniques.Pacifiste par excellence,plus proccup d'apporterune att-nuation la situation sculairementdplorable de la populationlaborieuse (c'est--dire deplus des quatre cinquimesde la popu-lation totale du pays) compliqueencore par la crise de 1926-29ci-dessus dcriteque d'assurer la scurit del'Immense EmpireBritannique, il voulut, la faveur d'une intensepropagande pourle maintien de la paix dumonde, provoquerun DsarmementUniversel, partant celuide l'Empireet, des conomies opres,entreprendre son audacieuxprogramme social.Enhardi par lesuccs des plus relatifs dureste de la Confrencede limitation desarmements navals de Londres de1930 (4) il entreprittmraire-ment une politique unilatralede rduction systmatiquedes ar-

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L,mements naval, arien et terrestre del'Empire. On saitce quiadvint.C'est toute l'histoire actuelle.Cette politique impru-dente, imprvoyante,entrana-c'tait fatal-l'affaissementdetout le prestige de la superbe Albionet enhardit de grandes puis-sances qui jusqu'alors pourtantne jouaient qu'un rle de secondplan dans le monde, j'ainomm l'Italie, l'Allemagneet, sanstmrit aucune, le Nippon (5).Ce fut, en effet, l'EmpireMikadonal qui, le premier,(en1932), porta un vigoureuxcoup de hache l'Instrument de do-mination de l'Empire Britannique dansle monde (6) : la Socitdes Nations.Ce mauvais exemple devait tre suiviun an plustard (en 1933) par le Fondateur duTroisime Reich MonsieurAdolf Hitler qui fit aussi claquer lesportes l'insidieuse Ins-titution Genevoise qui prtendait lui imposerses vues, enfin, en1935-36, le Rgnrateur de l'ItalieModerne, le Grand BenitoMussolini, attacha sonnom immortel l'anantissement total,complet, dfinitif de l'Oeuvre pourtant sinoble si belle, si hau-tement humanitaire de l'Ancien Prsident des Etats-Unisd'Am-rique, l'Illustre Woodrow Wilsonen s'annexant l'Abyssinieavec, sans et mme contre Genve, renversant ainsi,peut-trepour toujours, le fameux principe de la Scurit Collective.8( suivre)FRANCK DURANT

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PhilologieL'CRITURE VAYiDans Harvard African Studies, Vol.IEditorial Notes290, 291, anne 1917, j'ai lu rcemment une nouvelle sensation-nelle que je viens passer nos socits d'tudes scientifiquesetlittraires.Daprs le journal prcit il semble qu'ily a un sicle, une tribunoire habitant la rgion du Grand Cap Mountdans l'ouest-Afrique, a effectu une ralisation qui bouleversetoutes les th-ories concernant l'origineet le dveloppement de l'art d'crire.En effet, vers l'an 1833 le peuple Vay-jusque-ltotalementillettr-conu l'ide de reproduiresa langue en caractres crits,L'origine de cette inspiration est d'une simplicitimpression-nante.L'initiateur du mouvement,un jeune d'environ vingt-cinq ans, fit unrve dans lequel il lui futordonn de procdersans retard l'invention de caractres propresfixer les sons dudialecte local.L'inspir communiqua le songe quelques amisqui s'enrolrent de suitecomme collaborateurs.Ecoutez maintenant quels furentles rsultats. Avant unance groupe avait produit un alphabet syllabiqueentirement ori-ginal. Au bout d'unan on changeait des lettres. Au bout dedeux ans on composait des livres.Au bout de quinzeans toutela population mle adultede la mtropole (Bandakoro)savaitlire et crire et chaque provinceavait son petit cercle de lettrspouvant dchiffrer les livres dupays.Ce sont-l des rsultatspratiques, videmment,Maintenant, la questionqui se pose notre esprit est celle-ci: savoir si, avec un alphabetcr exprs pour le dialectehatiennous ne parviendrions pas enrayer l'analphabtisme denosmasses qui persiste encore aprscent-trente-quatre ans d'ind-pendance?Qu'en pensent nos spcialistesen philologie?

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Au point de vuemystique,je vois dans cette rsurrectionspon-tane des forces spirituelles d'une peupladenoire une manifesta-tion clatante de la restauration promise la race par l'organed'Esae(Ch. 19 V.22) la suite de l'extinction des luminairesdu ciel d'Egypte dont Ezchiel avaittransmis ledcret (Ch, 32v. 8). Deuxprdictions,l'unepositive,l'autrengative,et dontChristophe notre grand Initi avaitappos le double symbolesur les murs de son palais deSans-Souci.Et, propos de Chris-tophe,laissez-moi ajouter que jene me eouviens avoir remarqunulle part une allusionl'intrt que portait ce monarqueaudveloppement du crole hatienen languenationale..Cependantil en fut le premierinitiateur.J'en parle en connaissance decausepuisque mon pre possdait un exemplaire d'unegrammairecrole qu'Henri ler. avait fait diter.THEODORA. FiOLLYDe la Socit Hatienne des Lettres etdes ArtsBIBLIOGRAPHIE:P. \V. H. Migeon: T'hc Syilabic Wriring of the Vai people-(JournalAfricanSocietyVol 9 No. 33 London Oct 1909 p. 46.58).Mo:nolu Massaquoi: The Vai people and their Syllabic \Vriting--(Journalof African Society Vol 10 No. 40 London July 1911 p. 459-466).M. Delafosse: Les Vai, leurlangue,Ier systme d'criture(L'Anthro-pologieVol 10 Paris1899p. 294-314).E. E. Porbes Journal Royal Society Vol 20 London1850 p. 89-101.

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L E' SCi' 1? 10 7'HistoireLA GNRATION DE 1804Que l'on essaie de sc reporter par la pense au soir du 1er Jan-vier 1804, ne vous semble-t-il pas voir Dessalines songeur, seulen face de lui-mme, se poser cette troublante, redoutable ques-tion: maintenant qu'allons-nous faire du pays et de nous-mmes?C'est qu' partir de ce grand moment historique, tout est crerou recrer autour de lui, mais par des moyens autres que ceuxqui ont assur la conqute de l'Indpendance. Je laisserai dect les ruines matrielles amonceles au cours de la guerre d'ol'on sortait peine, pour n'envisager que le changement de do-initiation qui vient de s'oprer dans le pays, -et qui entraineforcment pour ceux qui l'habitent d'autres conditions d'exis-tence collective et la mise en couvre de toute une nouvelle orga-nisation politique.C'est ici qu'apparat avec ses difficults, mais dans toute sagrandeur aussi, l'effort subsquent des fondateurs de l'Ind-pendance. Prpars ou non, il leur revient la tche d'improviserles cadres d'un tat souverain et d'asseoir cet tat sur des fon-dements constitutionnels. Et comme le rgime colonial ne sau-rait en rien rpondre aux convenances ni aux ncessits du mo-ment, force est ces hommes (le chercher des modles dans lesinstitutions trangres, et de les adapter un milieu pour lequelelles ne sont point faites. Ceci comporte dj une premire dif-ficult, et en admettant que pour la vaincre, ils s'y prennent dela manire la plus rationnelle, comment changer du mme couples traditions, les mrrurs de la veille en ce qu'elles ont d'inconci-liable ou seulement d'incompatible avec l'tat de choses qu'ils'agit de crer?Qu'est cette gnration elle-mme, comment et quelle colea-t-elle t forme? Lien peu parmi ses membres les plus en vuepossdent des connaissances relles ou une exprience de quelquetendue en matire constitutionnelle et administrative. Pas un

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nuiWtnnmrennmuamv,iwuuunnntunMnnnnmunmu nttrnceiau,n+nacum97LES t: it 1 C) Ilsseul n'avait t mne jusque-l de diriger une branche quel-conque du gouvernement. lit ils n'ont pas la ressource dere-courir au service des auxiliaires exercs, venus en grande partiede la mtropole, qui avaient nagure travaill dans les bureauxde l'administration coloniale.Ces europens ont tous disparudu territoire. C'est qu'en effet le nouvel tatse constit'iae dansdes circonstances qui lui donnent pour base etpour garantiel'exclusion de l'lment blanc de toute Participation la puis-sance phtalique; et ce particularisme de race est, on tac sauraitassez y insister, tout ensemble un lment de force et de fai-blessepour le pays. S'il est, en effet, le principal lien de l'unitnationale, il ne condamne pas moins les hatiens fournir seulsds l'origine, les efforts que rclament l'organisation, le dve-loppement et la conservation de la socit politique l'abri delaquelle ils vont vivre dsormais.Leurs talents militaires mis part, les fondateurs de l'ind-pendance ont beaucoup, pour ne pas dire tout, apprendre dansla nouvelle carrirequis'ouvre devant eux. Ce n'est, certes, pasun lment ngligeable que leurs aptitudes guerrires,mais ellespassent ncessairement au second plan, ds lors qu'il ;'agit d'or-ganiser et de gouverner le pays. Bien plus, l'esprit de domina-tion et !e culte de la force qui sont insparables du militarismeiront l'encontre des institutions dmocratiques qu'on est entrain de te donner.Si donc les fondateurs du pays entendentvivre libres et gaux entre eux, et c'est bien l le but ultime deleursefforts, quelles difficults ne s'interposent-elles pas djentre cet idal et sa ralisation? Difficults multiples nes lesunes de la force des choses, de la continuit de l'histoire, et lesautres, venant des hommes, des acteurs eux-mmes, en raisond'une formation qui les rattache aux influences du pass, et lesloigne d'autant des nouvelles conditions de leur existence.C'estl'occasion de sedemander, avantd'aller plusloin,continent se prsentela socithatienne au lendemain de 1804?Quels en sont les lments constitutifs, puisqu'il ne se conoitde progrs que par et au profit du facteur humain?D'aprs un recensement fait sous Dessalihhes, le, pays comptait380.000 habitants, soit une diminution de 150.000 sur le chiffreauquel tait value la population indigne de Saint-Domingueen 1789. De ces 380.000, les neuf diximes comprennentla masse

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os1nn,n,,LITSGRIOTSdes ruraux, paysans noirs, non propritaires, forms sousl'an-cienne diic'l lise de :"ate r c.)loni?1, et assu ettis,ds leur man-cipation, la servitude militaire. L'autre dixime reprsente cequireste de l'ancienne classe des affranchis, plus oumoins :grandipar l'adjonction des nouvelles units socialesqui se sont distin-gues ut: iilustres (lait., k(les cvncutenls antrieurs l'in-dpendance. Cette minorit ou lite dirigeante n'apparat par sacomposition ni assez nombreuse ni assez varie. Forte par sa cul-ture relative, elle est trop faible par le nombre pour exercer toreinfluence dcisive sur la grande masse populaire. Entre elle etcette dern re, il y a d'ailleurs un cart norme sous touslesrapports,r1notan1inent au point de vite intellectuel et moral. Lescaractristiques de ces deux groupes sociaux, leurs tendancesparticulires, de mme que leurs besoins immdiats diffrentprofondment. Tout l'avenir avec ses malaises, ses mcomptes,ses complications, va dcouler de cette disparit primordiale.Eneffet, par suite de son avance et de ses aptitudes propres, la mino-rit, pour se faire valoir et exercer le rle prpondrant qui lui re-vient dans l'tat, aura surtout besoin de franchises politiques, delibert en un mot, tandis que la, 'masse attarde et misrable as-pirera d'instinct une amlioration continue de sa condition ma-trielle,c'est--dire plus d'galit.'telles apparaissent lesdonnes du problme politique et social pos par l'histoire dsla constitution de l'tat hatien.Et l'preuve commence pour la gnration de 1804 avec la d-volution (lu pouvoir suprme Dessalines. Ce fut l non seu-lement la rcompense des services exceptipnnels rendus par legnral en chef, le fondateur de l'Indpendance, la nation, maisaussi la conscration (le l'autorit souveraine qu'il exerait dj la tte de l'arme qui libra le sol.Il va s'agir (ls lors d'or-ganiser et d'tablir un gouvernement. Mais quant la formeessentiellement militaire de ce gouvernement, elle n'est pas unecration spontane des hatiens, comme on le croit gnralement.Nos pres l'ont reue en quelque sorte tout organise d'un passsculaire. La colonie n'en connaissait pas d'autre. Comme enFrance, la Rvolution y avait apport la notion thorique d'undroit nouveau, bas sur le principe (le la souverainet populaire,et c'tait tout, Pas plus l que dans la mtropole, ce droit nou-veau n'avait encore pass dans les faits, Le Directoire qui fit

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L.IS GR10TSd'assez louables efforts pour constitutionnaliser le rgime colo-nial, avant que d'y tre parvenu, fut renvers par unjeuneg-nralavidedegloireetdedomination.Le Gouvernenient, militaire sp prsentait clone en 1801 comme le legs d'unlonget l'uuign:e. cale par tj avaient pass les haitiens degnration en gnration jusqu' la veille de l'indpendance.Toute autre forme de gouvernement ne pouvait leur venir quedu dehors.("'est, dans ce sens qu'ils vont W'ntcr des efforts partir de1806, du drame sanglant du I'ont-Rouge.1 'Enp'?reur innnul par ses anciens compagnons d'armes etl'Empire renversdansla mme mare de sang, que va-t-on faire?On connat le mot cynique le Catherine de Mdicis aprs l'as-sassinat du Duc de Guise:Bientaill,s'cria-t-elle, main-tenant il faut oudre. Nous allons suivre les contemporains dansl'acuvre de reconstruction qui s'impose. Une premire questionse luise: Qui placer la tte du nouveau gouvernement? Ceseraune (le nos illustrations militaires, car, seuleselles comptent dansle ,pays par le poids de leur incontestableinfluence.On se tourneclone vers Christophe en sa qualit de gnral en chef de l'ar-me. Remarquez cette particularit, il y a bien lesex-ministresde l'I"snnpGrcur, Vernet, Grin, qui sont aussi (les militaires. Cedernier est mme le chef du mouvement qui, parti du Sud, arenvers l'empire. Mais l'on va Christophe, parce qu'il estle gnral en chef de l'arme, et cela au moment oil' s'agitd'tablir la rpublique, le gouvernement civil par excellence.C'est donc le premier des gnraux qui sera lev sur le pavois.Il n'y a pas moyen d'chapper cette contradiction. Mais oncherchera limiter les attributions du Prsident de la Rpubliqueen crant ct de fini un snatrevtu (le la plus large autoritconstitutionnelle.( suivre)H. PAULEUS SANNONPrsidenthonoraire clela Socit c1'l1htoireet (le Gograhhic d'ilctiti

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100.,.LESGRIOTSPsychiatrie SocialeLA MENTALITE HAITIENNEET LA PSYCHIATRIEl re. PARTIES'il n'est de science que du gnral suivant le mot de Leibnitz,nous ne devons pas du tout nous surprendre de relever chez nosmentaux en Hati les faits cliniques communs tous les maladesde tous les autres pays, nais la psychiatrie diffre desautres bran-ches de la Mdecine en ce sens que si les faits psychiquesplongentleur racine dans l'intimit de la vie cellulaire, ilss'panouissentnanmoins dans un cadre diffrent: la vie socialergie par deslois spciales et soumises des influences d'uncaractre particu-lier: celles de la collectivit.Par consquent quelle que soit l'affectionmentale qu'on envi-sage, elle se retrouve dansson fonds identique suivant les races etles civilisations; mais elleemprunte au milieu social sa forme,sonallure qui en constitue un type cliniqueintressant individua-liser.Deplus, il y a certaines maladiesmentales qui sont le produitspcifique de telterroir.Citons le Latahde la Malaisie, sorted'chomatisme comprenant la foisde l'cholalie et de l'chokinsie, lAmok,sorte de crise de fureuravec impulsions homi-cides.L'Amok se remarquechez les fumeurs d'opiumet de has-chich. (1)Si depuis trs longtemps, lestravaux de psychiatriesur l'hom-me blanc civilis s'accumulent, il n'enest pas de mme du jauneet du ngre.Pour le jaune, nousne saurions fournir aucun renseignementprcis sur les tentatives faitesen ce sens.Pourle ngre, les don-nes sont parses.Il est vrai que Heuyer, l'Infirmerie de laPolicecorrige bien des documents,soumet l'examen bien des(1) Le Dantec A. Prcis de Pathologieexotique page 994tome IL

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1.;;,Ci I17rt7''.laiindignes que lehasard envoie dansun pareil tablissement.Ilse heurtera des difficultsquasi insuurmcintables.Son champ d'exprimentationse limite aux ngres deParisou de France. On prvoitque chez ceux-l les maladiesmentalesPrsenterontun aspect diffrent suivantle degr d'assimilationsccialede l'individu.(])Nous nous expliquonstour de suite. N Parisde parentsver,us fort longtemps d'Afriqueou desAntilles,un ngre peutdlirer exactementco;n,ne unblanc,Rien dansson dlire nepermettra de dceler la diffrencederace.Un autre qui vientd'ar-river en France, dansson accsde folie,redcouvre les dieuxdeses ancr es, s'arme desa flche comme exactementce pauvre afri-cain dont l'histoire,l'anne passe, dfrayala chronique desjournaux parisiens.Comment saisir dansce cas le vrai diagnos-tic vu que la maladiese droule sur le plan d'uneautre mentalit?A-t-onraison de parler de dlirearchaque de Wahlen l'occur-rence puisqu'il s'agit decroyances actuelles pource groupementhumain?Le psychologue trangertudiantle milieu hatienneserait-il pas galement droutpar certaines bizarreriesde notreviesociale?C'est vrai quenous possdons l'armaturede toutcentrecivilis:organisation politique,administrative, religieuse.C'cst vrai que nousnous habillonsla mode de Pariset que toutnous vient deParis,mme la faon denous comprendrenous-mmes. Cependant,nous gardons encore l'med'un primitifafricain et c'est lune des constat, tions lesplus douloureusesdela psychitrie.Pourquoi dansnos moments de dtresse,pensons-nous aurouangaw pour conjurer lemauvaissort?Pourquoi la maladieet la mort ne nous paraissentpas toujours relever decauses bio-logiques? Pourquoi lecri de lafresaie,la nuit, a-t-il ledon denous mettre hors denous-mmes?Pourquoi le rveacquiert-ilune telle valeur mystique, qu'iloriente nos dmarchesdans telou toisens?Pourquoi dieux(lois. zanges,etc.)et zombis,morts,etdmons,mesd'esclaves, bacaset gallipot participent-ilstant notre existence,prennent leur part denotre joie et de notre(1)Cette assimilationplussociale dpend de facteursdivers: dure de sjourdans le milieutranger, intclligcsce plusau moins dveioppeesociabilitou moinsgrande, en d'autrestermes: facteur d'adaptabilitde l'individu,

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102r1.taSGR10TStristesse, les provoquent ou les anantissent?Pourquoi la nuitinspire-t-elle tant de craintes l'hatien le plusfru de thologiechrtienne o le plus imbu d'agnoticismerenanien?C'est quenous avons beau dire et beau faire, nous restonsl'humble chanonde la maille qui relie l'hatien d'aujourd'bui sesanctres del'Afrique; nous avons beau nous habiller la modede Paris oudeLondres,nourrir notre pense la source'la plus pure de laLatinit,nous gardons encore l'me de ce ngreafricain, de cengre-bossale offert en holocauste la civilisation blanche, cejour cruel entre tous o de singuliers prtextes puiss dans lessaints vangiles autorisaient le transfert en classe d'un continent l'autre de cette singulire marchandise que l'ironie du blancdsignait du nom curieux de boisd'bne.Ce jour-l o l'eaulustrale du baptme chrtien donnait une nouvelle investiturereligieuse et morale, commenait une importante opration psy-chologique appele par les psychanalystes refoulement: car lenouveaungre,lengre-baptis-debout,arm de sa nouvelle foiridiculisait vivement les derniers venus qui taient obligs derecourir comme les autres la source qui leur procurait la paixparmi leurs frres et le droit d'intgration dans la communautdeSaint-Domingue.Mais les Dieux d'Afrique veillaient...On ne saurait d'un coup rejeter des croyances qui composentpour ainsi dire la trame de notre tissu psychologique.On ne saurait abandonner grce une clause du Code Noir (1)des modalits de pense qui traduisent notre-,sens du divin. Lefait est que pendant toute la guerre del'Indpendance,les dieuxafricains prtrent un concours empress la marche des vne-ments soit qu' la faveur des circonstancespolitiques,les crmo-nies revtissent l'clat de ftes solennelles comme le serment dusang du 14 Aot1791,soit que l'ardeur guerrire des uns et desautres s'allu.mt grce aux exhortationsm-,iiques,grce aux pra-tiques religieuses banales qui s'parpillaient trs vraisemblable-ment en sacrifices rituels d'animaux suivant le dterminismehabituel de tellescroyances.(2)-t depuis, travers les victs-,attdt'sofficielles que lui procure le souci trs chrtien de bien degot.vonements qui se sont succd jusqu' ce jour, le Vaudou se(1)C'est l'article 2.(2) T. Madiou: Histoired'Ha'iti page 72-73 pags 181.

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L.ES GRIC)TSIJI!iImm, iinne¢i103maintient au premier plan des proccupations religieuses d'unnombre considrable d'hatiens au point de conduire des aber,rations pathologiques du sentiment religieux: il y a une patho-logie du Vaudou qui s'explicite en des manifestations nosolo-giques diverses:1.Hystrie du Vaudou2.Dlire de possession Thomaniaque3.Dlire mystique du type vaudouesque,Cependant pour saisir toute la porte de pareilles donnes psy-cho-pathologiques, il est logique de les placer dans leur cadrehumain. Ce n'est pas seulement qu'elles relvent d'une religionprimitive qui s'appelle le Vaudou mais elles tiennent un coin.plexus psychologique fait de croyances des influences mystiquesqui s'tendent des domaines extra-religieux tels que la maladie,la naissance, la mort, les rves, etc., elles coexistent avec des com-portements psychologiques qui s'avrent simplement originauxdans notre pays cause de leur caractre collectif et qui sont pure-ment individuels ailleurs et partant d'allure pathologique: pa-ranoa sociale, mythomanie sociale. Par consquent nous com-mencerons par dlimiter le cadre o voluent ces croyances, nousemployons le mot cette fois-ci dans son sens gnrique-en re-chercher l'origine et ensuite nous signalerons les dmarches psy-chologiques actuelles de la communaut hatienne, nous en d-elerons les fissures par o se montiNe le pathologique. Plus tarddes chercheurs spcialiss viendront proposer les remdes qu'ilest ncessaire d'apporter aux dviations tant individuelles quecollectives.MILIEU HUMAINa) Position gographique. Hati est situe dans la Mer desAntilles entre les parallles 17, 39 et 200 de latitude nord etd'autre part les mridiens 68 201, et 74, 30e, l'ouest deGreenwich, flanqu de Cuba au N-O et de Porto-Rico l'E-S-E.b) Origine historique. Hati tait pralablement habite pardes indiens la dcouverte de l'Ile par Christophe Colomb, le6 Dcembre 1492, Mais la barbarie des Espagnols dans leur soifd'exploitation des richesses naturelles de cette nouvelle terre, enextermina la race autochtone indolente et douce par nature.Il a

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10.1r Es (,RIOTSfallu la remplacer par une race plusrsistante,plus forte. De l,l'origine de la traite des noirs,Elle commena vers 1503 sousOvando.Elle se dveloppa d'une faon mthodique vers 1664,date de la cration de la Compagnie des Indes Occidentales. Elleintressa tout narticulirement la cte ouest de l'Afriqueet sedroula owr ,inc i,,q:;; va Ju 17clatLu e nordl'embou-chure du Sngal jusqu'au Cap de BonneEsprance,comprenantla cte duSngal,la cte desGraines,la cte d'Or, la cte del'Ivoire, la cte des Esclaves et la cte de l'Angola. Quant auxpeuples ou tribus qui alimentaient letrafic,on les dnombraitselon une zone qui, dbordant la ligne quatoriale de chaquectdu20de latitude Nord au 16" de latitude Sud,comprenaientles Sngalais mtins demaures,ceux-ci en nombre trs restreint,insignifiants mme. LesOuolofs,les Peuls ouPoulards,les Bam-baras, lesQuambaras,les Mandigues. (1)Dr, la ctedes Graines la cte d'Ivoire,on comptait les Bour-riques et lesMisrables,incorrigibles marrons. La cted'Orfournissait les Agouas, les Pantins,les Ibos et plus particulire.ment les Fons, les ni;res d'Aradasou duDahomey.Enfin surla cte desEsclaves,du Cap Lopez au Cap Ngre,s'tend l'aire duBa:, in du Congo. C'est de lque venaient les Congos qui furentcomme vousle savez les ngres les plusrpandus de la colonie.'l'cl ,:st le tableau(Ls ;jeun es, e, ucltu Mr.PriaMarssur les-quels s'tendaient les oprationsde latraite,tableau dont on peutassurer le caractre authentiqueparce qu'il est conformeaux ins-tructions du Roi la date du 18 Novembre1785 au Chevalierde l'culzrs, g(:uverneurdu'l'el que nous venons dele voir, les ngres qui peuplrentl'Ilepartirent des ctesd'Afrique,de cette mystrieuseAfrique queses barrires naturelles dfendirent trstard contre la pntrationblanche. Ce n'est qu'auXlXme.sicle avec les Livingstone,lesStanley, Ic,t Barth,les Schweinfurt (3)nue s'opra une pntra-tion mthodique de l'intrieurde l'Afriqueen mme temps quese dressait l'observation attentiveet minutieuse desmoeurs etcoutumes prin'titives.AvecTylor,AndrewLang,l'enquute se(1) I.,Pcytr,nai:l'Esc!avagc aux Antillespage 72.(2) Dr.Price-Mars:Une Etape de l'Iauhtionthaticnne ps'e 120(3) L'AfriqueNoireJa,.las `cutzusc pa;;c 31.

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..r..J:IJLINdm'Jcd:V.r105porta dans le domaine descroyances. Connatre l'me primitive,telle, reste l'ambition des chercheursaudacieux qui, la suite deces deux savants poursuiventcette exploration psychologi-que, (1) Dar. "t o:,?rc Vides, destrav..ux dune grande impor-tance s'accumulent grceau courage tt la haute science d'unsavant franais j'ai nomm Lvy-Bruhl.Eh! oui, en effet de-puis 1912, Levy-Bruhl,avec une patience inlassable, entreprendl'tude de la mentalit primitiveet pour y arriver, soumet lepas-s et le prsent de tous lesgroupements primitifs tin longetfructueux interrogatoire.Asiates et noirs d'Afrique, tribusdel'Amrique du Nord et du Sudet peuplades ocaniennes luiontconfi l'histoire mouvante de leurcroyance en des Dieux-cruels ou bons, inaccessiblesaux plus grands, ou familiersauxplus humbles, dans tous lescas multiplis la puissance de f-condit du cerveau humain.Ils lui ont dit combien lesrvesservaient de substrat psychologique leur comportement social.Ils lui ont appris la signification desprsages et expliqu que niles malheurs, ni la maladie, ni lamort ne surviennent si unepuissance suprieure ne l'a voulu. En unmot, ils lui ont montrune me trouble du prsent, inquite de l'avenir,s'appuyantsur le divin l oit la Raison flchit, suscitant emystre quandle commun, l'habituel se nu'nt, d'une, ouchede nouveaut, enun mot garrotte de mysticisme, en proie l'Inconnaissable:c'estce qu'il est convenu d'appeler la mentalit primitive.Serrons de plus prs la dfinition de la MentalitPrimitive.La mentalit primitive imprime toujoursune allure mystique tout phnomne de la vie individuelle ou collective. Elleexclutle hasard et prvoit la succession des phnomnesde la nature enfonction directe d'une causalit mystiquepermanente et inluc-table. Et cette indiffrence aux causes secondesest telle, qu'ellejugule l'instinct de conservation qui motiveles dmarches m-mes des petits mentaux frapps d'inib;eillit et des animauxlesplus bas de l'chelle zoologique.Citons des exemples convaincants, Un primitifvoit un ser-pent en train de le mordre. Chose trange dire,cette espceparticulire de serpent disparat aussitt,Cette disparition duserpent mme fait reconnatre l'indigne que quelqueennemi(1)Histoire des religions--tomepage 362. -.TP. P. de la Boullaye.

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l'a ensorcel et quesa mort estinvitable.En fait, il ne tentemme pas de se faire soigner.Il perd courage et secouche pourmourir. Un jour, dit Mr, l3entlcy,Whitehead vit un de ses ouvriersqui taitexpos, assis un vent froid, par un jour depluie.Ill'engagea rentrer chez lui et changerde vtements. Maisl'homme lui rpondit; On ne meurt pas d'un ventfroid, a n'apas d'importance, titi ne tombemalade et on ne meurt que par lefaitd'un sorcier, De mme en Nouvelle-Zlande,un missionnaire crit en ter-mes presque identiques; ,l'ai reu lavisite d'un indigne dansun tat fort alarmant,il avait gagn un refroidissement et n'a-vaitpris aucunsoin de lui-mcme. Ces sauvages ne se doutentnullement descauses de leursmaladies.Ils attribuent Atua(un esprit) tout ce qui les fait souffrir. L'homme dont je parledisait qu'Atua tait dans son corps et'_` dvorait, (1)Quelle aurait t la conduite d'un imbcile en l'occurrence?Avant d'y rpondre, permettez-nous de vous expliquer ce qu'estun imbcile au point de vue psychitrique. Et d'ailleurs, l'ex-plication contiendrala rponse.Le cerveau humain peut tre frapp d'arrt au cours de son d-veloppement ontogntique. Suivant le niveau atteint,l'oligo-phrne est frappsoit dedbilit mentale, soit d'imbcillit, soitd'idiotie.Idiotie.L'idiot ne possde mme pas l'instinct de conserva-tion. Plac prs du feu, il selaissebrler; il n'a pas le souci demanger ni de boire; l3inet et Simon au point de vue psychi-trique le placentau-dessousd'un enfant de 2 ans. L'idiot est glouton, souvent cruel, il s'onanise avec prco-cit, violence.I1 peut incendier, avoir des impulsionssexuellessansgrand danger en raison de son tat de dchance mentale,Imbcillit,L'imbcile n'arrive ni lire ni crire. PourBinet et Simon, il reste au-dessous d'un enfant de 7 ans,Lgoiste, vaniteux, cruel, gourmand, l'imbcile,sous le coupde la passion ou du moindre dsir commet des vols de nourri-ture, d'alcool, de tabac, des incendies, des meurtres, des attentats(1) Cf. Lwy-Bruhl;mentalitprimitive;page 19,

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1071.1-IS GRIOTSaux moeurs sur desenfants; il cde sans rsistance auximpulsions,est instable, vagabond etdevient un docile instrumentde crimeentre les mains d'individusplus intelligents quelui.( 1)Autre est le dbile. Plusintelligent qu'un enfant de sept ans,il n'arrive jamais la compltematurit intellectuelle. Loindel, tous ses efforts intellectuelss'parpillent en projet nonexcu-table car il luimanquele sens de la mesure.Nous n'insisteronsdavantage l-dessus, nousajoutons de suite quel'idiot ne sesouciepointde sauvegarder sasant,dbiles et imbciles ne selaisseront point mourirde froid et, l'attaqued'un serpent, re-courront aux procds de gurison queleur inspire leur jugementaffaibli.Donc si le primitifestime inutile tout recours autraitement,si malgr les graves dommagesauxquels il s'expose, il garde enface des lmentshostiles de la nature unecertaine indiffrence,c'est qu'il est rest austade d'idiotie ou bien que samentalit estautrement oriente,C'est cette dernireexplication qu'a prfre juste titre Lvy-Bruhl, carpartout ailleurs, leprimitif montreune intelligenceabsolument normale,l'art primitif en tmoigneabondamment. (2)Pour le primitif, ditLvy-Bruhl, tout proccup pardes pr.liaisonsmystiques, ce quenous appelons unecause, ce qui pournous rendraison de ce qui arrive, nesaurait tretout au plusqu'une occasion,ou pour mieux dire, uninstrument au servicedes forces occultes.L'occasion aurait pu tre autre,l'instrumentdiffrent. L'vnementse seraitproduit tout de mme. Ilsuf-fisait que la force occulteentrt rellement en action sanstrearrte par une forcesupricun du mme genre.(3)S'il en est ainsi, ils'agit d'tablir d'une faonbien claire lecadre psychologiquedans lequel volue lamen:, i.," primitive.Pourcela, nous invoqueronsles donnes apportespar Lvy-Bruhl et les critiquesqu'elles ont souleves. Nousrisqueronsquelques rflexionspersonnelles sur la similitudequ'il nous sem(I)l.a PratiquePsychi:,ui
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108mevommun'it.(, tt 1,) 'r' 5ble exister entre cette mentalit qui persiste encore en Hati et laparansia chez les peuples modernes...Etudions en ce moment les diffrents aspects de la mentalitprimitive.Elle est d'abord mystique. Nous l'avons dj dit.Il s'agitmaintenant de prouver.Il nous suffira de suivre troitement cequ'en rapporte Lvy-Bruhl dans <,Les Fonctions Mentales et laMentalit Primitive.En Malaisie, (1) dans l'Afrique du Sud, le crocodile, ailleursle tigre, le lopard, l'lphant, le serpent, nous apprend-il, sontl'objet de croyances mystiques,Il en est de mme de tous lesanimaux et des plantes. Le corps humain galement bnficiede pouvoirs mystiques. Le cour, le foie, le rein, lesyeux, lagraisse, la moelle sont censs proucurer telle ou telle qualit ceux qui s'en repaissent. Les orifices du corps, les excrments detoute nature, les cheveux, les rognures, le placenta, le cordonombilical, le sang, les divers liquides ducorps peuvent exercerdes influences magiques, Les rochers'iont la forme ou la position frappe l'imagina-tion des primitifs prennent facilementun caractre sacr, causede leur pouvoir mystique suppos.` On reconnaitun pouvoiranalogue aux fleuves, aux nuages,aux vents.Les rgions del'espace, les directions ont leur significationmystique. La terre,au I,oango, est pour les Bafioti plus que le Thtre ose joueleur vie.Il y a dans a terre, il sort de laterre un principe actifqui pntre tout, qui unit le prsentet le pass.,. Tout ce qui vitemprunte sa force au soi...Ils regardent leur terre commeun fiefqui vient de leur dieu... La terreest sacre. Mme croyance chez les Indiens de l'Amrique du Nord quiconsidrent comme un sacrilge de labourerla terre: on risqueraitd'en blesser le pouvoir mystique et d'attirersur soi les calamits.(1) Lvy.Brubl:liesf0nctions mentales danslesSocittvice 32,sinfrleures

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r r. S CR10 T S Mme les objets fabriqus par l'hommeet qui sont pourlui d'un usage constantont leurs proprits mystiqueset de-viennent selon lescas bienfaisants ou redoutables. (1)nDe mme tout changementapport par la main dIe l'homme l'tude du sol, une construction,des terrassements, destravauxde mines, l'tablissement d'unevoie ferre, la dmolitiond'undifice ou simplementune modification quelconque desa forme,l'addition d'une ailepeuvent tre la cause des plus grandsmal-heurs. De ces faits et d'un grand nombre d'autressemblables quel'on pourrait y ajouter,une conclusit.n se tire: les primitifsneperoivent rien commenous. Par gnous, nous n'entendonspasseulement L'adulte blanc civilissuivant la terminologie deRibot mais tout indiW,idu normalquelle que soit sa couleur qui,ayant atteint la maturit de l'intelligenceest capable de dicerne-ment, d'adaptation, de jugement enfin,et est apte par cons-quent ragir et se comporter dans la plupart descirconstances,d'une faon conformeau bon, sens et la raison. (2)Sans doute, ils ont les mmessens que nous et la mme struc-turc de l'appareil crbral, Mais il faut tenircompte de ce queles reprsentations collectives fontentrer dans chacune de leursperceptions. Quel que soit l'objet quise prsente eux, il impli-que des proprits mystiques qui en sont insparableset l'espritdu primitif ne les en sparepas, en effet quand il les peroit.Pour lui, continue Lvy-Bruhl, (3) il n'ya pas de fait propre-ment physique au sens que nous donnons ce mot. L'eau quicoule, le vent qui souffle, la pluie qui tombe,un phnomne na-turel quelconque, un son, une couleurne sont jamais perus parlui comme ils le sont par nous, c'est--direcomme des mouve-nments plus ou moins composs en relation dfinieavec d'autressystmes de mouvement antcdents et consquents.Le dpla-cement des masses matrielles est bien saisi parses organes commepar les ntres, les objets familiers sont bien reconnus d'aprsles expriences antrieures, bref, tout leprocessus physio-psycho-logique de la perception a bien lieu chez luicomme chez nous.(1) Lvp-13ruh1: Les Fonctions Mentales: page 34,(2) Cf. I ricc-Mars---Ainsi parla l'Oncle; page 90,(3)Cf. Lvy-Bruhl: luco citato page 37.

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Plais le produit est aussitt envelopp dans un tat de consciencecomplexe o dominent des reprsentations collectives.Les pri-mitifs voient avec les mmes yeux que nous,Ils ne peroiventpas avec le mme esprit. On pourrait dire que leurs perceptionssont constituespar un noyau entour d'une couche plus oumoins paisse de reprsentations d'origine sociale.Il ne faut pas dire, poursuit-il, que les primitifs associent tous les objets qui frappent leurs sens ou leur imagination desforces occultes, des proprits magiques, une sorte d'meou deprincipe vital. et qu'ils surchargent leurs perceptions decroyancesanimistes.Il n'y a point l d'associations. Les propritsma-giques des objetset des tresfont partie intgrante de la repr-sentationque le primitifen a et quiest surtout ce moment in-dcomposable. Et la perception demeure indiffrencie.Elle estpolysynthtique.La mentalit primitiveest ensuiteprlogique,Lvy-Bruhl n'entend pointpar l signifier que cette mentalitse trouve un stadeantrieur la mentalitlogique. Elle s'ap-puie surtoutsur desprliaisons,lesprnotions,elle sefonde surla loi de participation pour expliquerla successiondes phno-mnes.Et qu'est-ce que la loi de participation?Brunschvig, d'unefaon saisissante, en commentantles idesde l'auteur des Fonc-tions Mentales dans les Socitsinfrieures, l'a prcise encestermes.(1)Le mot de participationdans le sensbien dfiniqu'il a chez les philosophes mathmaticienscomme Platon ouMallebranche, ou encore la Boursedes Valeurs, dsigne l'ef-fort pour dlimiter les parts, grce une prcisionexacte dans letrac des frontires, Applique la mentalit primitive,la par-ticipation signifiera pluttque toute chose pourra participertout dans un tat d'indistinction, d'indivision,qui s'apparentepour nous au chaos originel et o pourtantlessocits infrieuresont une manire ellede sereconnatre et de vivre.Elle ne s'at-tarde pas considrer le caractre objectifdes tres et des choses (I) Brunschvig. -In 122vue des deuxMondes: ter, juillet 1932.

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Iliqui elle n'accorde qu'une importance secondaire, de vhicule.Par-dessus tout, elle songe la charge mystique que comportechaque lment que lui confre la soudainet de son apparitionsur la terre pour poser la liaison de cause effet. Tout tre butout objet contient une force mystique et produit un rayonne-ment mystique. Si le primitif peroit commel'adulte blanc lescaractres objectifs qui singulaeisent cet tre ou cet objet,il n'yaccorde pas unetrsgrande importance, seule compte ses yeuxla puissance mystique de cet tre ou de cetobjet, Or, commetout ce qui survient au cours dela vie relve d'une cause mystique,peu importe la disparate dedeux phnomnes qui se suiventdans le temps, il s'tablit entre eux lelien de cause effet du mo-ment que l'veil motif duprimitif aura mis enlumire la s-quencefle cesdeux phnomnes.Un primitif sc,promne dans une fort.Ne voil-t-il pas quedu haut d'un arbre tombeun normeserpent.Il recule pou-vant. Le lendemain il apprend la mortde son fils dans un vil-lageloign.Il tablit immdiatement une relationcausale entreles deux faits. (1) En NouvelleGuine, au moment mme o je m'tablis avecma femme Morumotu,dit le Rvrend Edelfelt, une sorte d'-pidmie de pleursiergnait lelong de la cte... Naturellementon nous accusa, mafemme et moi, d'avoir apport le messagerde la mort.. Et on demanda grands cris que nous-et les ma-tres d'cole polynsiens avecnous-subissions pour cela la peinecapitale...Il fallait nanmoins une cause etles indignes accu-srent un pauvre malheureuxmouton que j'avais; il fut tu pourles satisfaire. L'pidmie nediminuait pas ses ravages.Ils s'enprirent mes deux chvresqui, pourtant chapprent la mort.A la fin, leurs injures etleurs accusations se concentrrent sur ungrandportrait-c'est nous qui soulignons-dela Reine Victoriaqui tait accroch au murde notre salle manger. Avant l'pi-dmie lesgensvenaient, mme de fort loin, pour voir ceportrait,et ils restaientde longues heures le regarder.Maintenant cetteimage inoffensivede notre gracieuse reine tait devenuela cause(le la destruction de lasant et de la vie... et l'on prtendit exi-(1) 7 vylruhl: lote citato page 72.

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ger de moi que je la fasse disparatre: je n'y voulus pas consen-tir, Mmes liaisons dans l'Amrique du Nord. Un soir quenous discourions des animaux du pays, voulant leur faire enten-dre que nous avions en France des lapins et des levrauts, jeleuren fis voir la figure par le moyen de leurs doigts, en la clart dufeu qui en faisait donner l'ombrage contre la cabane.D'aven-ture et par hasard, on prit le lendemain matin du poisson beau-coup plus qu' l'ordinaire; ils crurent que ces figuresen avaientt la cause, tant ils sont simples, etme priant, au reste de pren-dre courage et d'en faire tous les soirs demme, et de leur ap-prendre ce que je ne voulus point faire,pour n'tre cause de leursuperstition et pour n'adhrer leur folie. (1)Au point de vue social, les dmarchescollectives se ressententdes croyances mystiques des primitifs.S'ils vont la chasse, cene sera pas tout d'avoir prpar lespiges, arc, flches et autres instrumentsd'attaque; peu de joursauparavant on excutera une danse quiprfigure l'opration dela chasse; un des participantsest dguis en l'animal en questionet fait mine de tomber sous les flchesdes assaillants. Aussiunepremire chance est acquise d'abattredu gibier.Le chasseur doit ensuite s'abstenirde relations sexuelles, jener,se dcorer de certains ornements,ce n'est pas encore tout. La bteapproche, vous penserez qu'ils'agit de faire lecoup de feu fran-chement. Nenni. Il fautcomposer avec l'esprit de l'animal quisedrobe aux coups de fusil.Chez les Sioux (2)ds que le troupeau (debisons) est en vue,les chasseurs semettent parler leurs chevauxet les flatter,leur donnant le nom depre, frre, oncle,etc... quand ils se sontapprochs, ils font halte,pour que celui qui porte la pipe puisseaccomplir la crmonieconsidrecomme ncessaire au succs.Celui-ci allumesa pipe et demeure quelquetemps la tte baisse,et le tuyau de la pipetourn vers le troupeau.Ensuite il fumeet il envoie la fumevers les bisons, vers laterre et vers les pointscardinaux successivement.(1) Lvy-Bruhl: locaciteto: ;Sage 72.(2)LevyBruhl: lococitato: ptgg 269.

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i. :T'; ;: (1 Y .'iII'19113Enfin ils attaquent. Autour de la maladie,J,.a maladie n'estjamais la cause naturelle; elle relve toujours d'une cause mysti-que. Au Bas-Ronga, dit le pasteur Junod (1) l'indigne con-sidre les maladies non seulement comme un dsordre physiquemais comme le rsultat d'une sorte de maldiction de nature plusou moins spirituelle et voil pourquoi il faut non seulementtrai-ter son patient pour tel ou tel symptme, mais enlever la souil-lure qu'il a contracte. Quand il opre cette seconde cure, le m-decin est devenu ce qu'on nomme vulgairement un sorcier. Del ses efforts pour paratre un personnage surnaturel (costumes,accessoires). Toutcet attirail inspire la fois crainte et confiance ses clients. Rogier(2) note que pour le Didjen la maladie est comme unfluideune influence extrieure qui vient peser sur le malade etmme le possder. Ce fluide ou cette influence peutvenir ot desdieux ou des dmons, ou des vivants, ils en cherchaient le secretprter naturaarr c'est--diredans un monde invisible qui vivaitcte cte avec celui-ci.Si la cause est mystique, seul le sorcierpossde la comptence ncessaire pourdcouvrir le mal et le soi-gner. De l lerle primordial que joue le sorcier dans lasocitafricaine.Lvy-Bruhl a cit d'autres exemples que nous ne cro-yons pas indispensables deciter ici.Cependant il est intressant de signalerla distinctionau pointde vue diagnostique tablie par lesCafreset les Bahimas. Pourles premiers, quand un devin adiagnostiqu une maladie chezune personne, il y atrois cas possibles: ou la maladie est ned'el-le-mme; 2. les esprits des anctres ontcaus la maladie; 3. lamaladie a t cause par un malfice.Pour les seconds, la maladie estexplique de quatre faons:1,On la croit cause par ledfunt-roi. Le Mandiva (grandprtre du roi) est la seule personnequi puisse porter secours enpareil cas. La paralysie appartient cettecatgorie.2. la fivreest attribue des causesnaturelles, personne n'en est rendu res-ponsable: 3, la maladie provientdes Pratiques magiques (Ku-loga) du fait d'une pers-onnC>qai veut en tuer une autre (toutesles formes demaladies), 4. enf,, la maladie estattribue des(1)L,.13.: loto
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114!,KS G R I O T Sesprits morts (muzinu) qui pour des raisonsdiverses s'installentdans le corps des gens et doivent tre exorciss.(1) Autour dela mort. Il est entendu que si la maladie pourle primitif relvede causes mystiques, plus forte raison la mort quis'en suit nesaurait reconnatre d'autres dterminantes.Lvy-Bruhl rapporte de multiples observations faites surlestribus australiennes, amricaines, africaines, et asiatiques.En Australie (Victoria), avant la pntration blanche, lamorttait toujours attribue par les indignes l'action de l'homme.Quand l'un d'entre eux mourait, qu'il fut jeune ou vieux, onadmettait que pendant la nuit, un ennemi avait fait une incisionau ct et avait enlev la graisse de ses reins,fvlme les plus intel-gents des indignes ne pouvaient tre convaincus que la mortprovint jamais de causes naturelles.Et Lvy-Bruhl ajoute que cette croyance n'implique aucuneide d'un rle physiologique attribu cette graisse;il s'agit,uniquement d'une action mystique qui s'exerce par la seule pr-sence de l'organe qui en est l'agent. (2)Me. W. E. Roth dit de mme, d'aprs Thomas Ptrie:Pendant les premires annes de colonisation europenne,dans le district de Brisbane, presque toutes les maladies, souf-frances, indispositions, taient attribues au cristal de quartz pos-sd'par quelque homme, Mdecine (turwan). Le cristal don-nait qui le dtenait une puissance surnaturelle.. L'esprit deturwan'faisait entrer le cristal dans le corps de la victime et celleci ne pouvait tre gurie que par un autre homme-mdecine quiretirait le cristal par succion. De la sorte un homme-mdecinepouvait rendre quelqu'un malade distance et le condamner pourainsi dire,A Princesse Charlotte Bay, toutes les maladies de caractresrieux, depuis la malaria jusqu' la syphilis sont attribues l'action d'un certain charme, forme de morceau pointu de p-ron humain qui est fix par de laIre une lance en roseau 0ncroit que lorsque cette lance est jette dans la direction de la vic-time qu'on a en vue, le bois reste au-x mains du sorcier, pendantque le fragment d'os traverse l'espace et se loge dans le corps de(1)L.-13.: loc:) citatc7 page 321.(2) 1-B,: Mentalit primitive page 21.4