Considérations sur l'état présent de la colonie française de Saint-Domingue

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Material Information

Title:
Considérations sur l'état présent de la colonie française de Saint-Domingue ouvrage politique et législatif : présenté au Ministre de la Marine
Physical Description:
2 v. : ill., tables ; 20 cm.
Language:
French
Creator:
Hilliard d'Auberteuil, Michel-René, ca. 1740-1789
Sartine, Antoine de, 1729-1801
Publisher:
Grangé
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
History -- Early works to 1800 -- Haiti -- To 1791   ( lcsh )
Colonies -- Early works to 1800 -- France -- Haiti   ( lcsh )
History -- Early works to 1800 -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

Statement of Responsibility:
par Mr. H. Dl.
General Note:
Title vignette; head- and tailpieces.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 02707879
lccn - 02000100
ocm02707879
Classification:
lcc - F1923 .H55
System ID:
AA00004190:00001

Full Text

















This volume was donated to LLMC
to enrich its on-line offerings and
for purposes of long-term preservation by

University of Michigan Law Library











CONSIDIfRATIONS
SU R L'1 TAT PR SENT

DE LA COLONIE FRANCHISE
DE SAINT-DOMINGUE.









































































































































-;T-?T--~_~i~a4=LT~-------r~~







CONSIDERATIONS

SUR L'ATAT PRESENT

DE LA COLONIE FRANCHISE

DE SAINT-DOMINGUE.
O RVRAGE POLITIQUE ET LEGISLATIF;
Pr6fente au Minifire de la Marine,








Parcheminerie; & au Cabinet-Litraire






Point Notre Dame,

M. DC C. LXXV .
Ae A PARIvilS du
Chez G R A N G Imprimeur Libraire, rue de la
Parcheminerie; & au Cabinet-Litt6raire,
Pont Notre Dame.

M. D C C. LXXVI.
Avec Approbation Privil'ge du Ro4.

















Des abus profondement enracinss les Protea6etirs
, int6refles de ces abus 6normes, croiferont ces vues
, d'utilite publique dans les Colonies; mais ils front
r, bient6t diffipes, i on a le courage de les attaquet
, d'abord dans la Metropole ,. Hfl. Phil. & Pol. du
commerce des Europlens dans les deux Indes, T. III
Liv. vIII, Chap. 38.








_.- S' -" + +++ i/r- *+ S+ i 'o "
-- .4.. + ,
$ M *+++* ,i,+ l +++ca+ *"*'.



SAUX. COLON S

DE S. DOMINGUE.


1 partagd vos penes. vos
craintes : un Minifre protec7eur me
permit de contribuer a vous rafjurer.
II defire le bien des Colonies; joignew-
vous a moi pour lii rendre graces, &
Sne-vous o uven 'en liant mon Ou-,
Svrage ,. des defordres. qui vous ont
afflige', queppour mieux connattre le:
\iprix d'une adminifjration bienfai-
a in
194456





vj
fante:; que pour'Yoils attaclke la" ""
rn frier de plus en plus, par 'accrqif,
foment de vos travaux.
S-E fozittenant votre caufe ,je nai
attend aucune reconnaifance de
votrepart ,jel'aifairt pour nmoi-imenm-
en vous facrifiant une partie de mon
teams ,je nai fait qu'accomplir un de
mes premiersfermens.
.;Je ne vous tairai point qu'ilm'a
fall. beaucoup de denarches &- de
foins, pour re'ujt A fire entendre
os *p/laintes a de'couvir. publique-
mend votre veritable position. Le
menfonge, qui n'ofe plus fe rtiquer
iu grandjour, fe cache encore fJ us
des lambris, dans les anticchambres
de Verfailles; mais il eft tozojours







.aif de le fire taire dans. des lieux
que le: Souverain reimplit de fon
amour paoir la verid. .
'Ce 'Livre offeR au MinifJre. de
Jla Marine au mois d' Oc7obre i77 ;,"
( a Fontainebleaun) lZ e'd examine
par fes ordres : M. de la Cofe,
Chefdu Bureau des Colonies, charge
d'abord de cet examen, en a juge,
favorablement, 6& en a portt' ur.
temoignage qui n'ej pre'cieux. M.
de la Riviere, ancient Intendant des
Ifles du Veint, vient d'en rendre
un compete egalement avantageux :
le suffrage de ces deux Cenfeurs ,
don't le choix m'zonorait, eft, fans
doute, pour mon Ouvrage, un heu,:
reux prejige.







SPuife le. tribute de mes veizlfe4s
Svous devenir utile Je trouverai une
grande recompenfj dans le fruit que
vous. en retircre, & jeferaiLconfJifer
mon bonheur a vous prouver toujourg
combien je desire le v6cre.

SH. D.









I I



i ''
x ^
'~






ix

E X T RAI du compete rendu
Spar M. de la Riviere, ancient
Intendant des Ifles du Vent;
Sau Minifre de la Marine,


S M ONSIEUR,

P 0 U R fatisfaire h votre
ii lettre' du 'I.r-'de ce ,mois, j'ai
F l'honneur de vous envoyer -un
S, extrait du manufcrit de; Mr.
' H. D.-L.: & dans cet extract,
Smon avis fur la permiffion qu'il
) demande.pour faire imprimer ce
,; manufcrit.
SLegrand objet de fon Ouvrage
). eft la :rforme de tous les divers






p-abus .qui, fuivant lui, fubfiftent
p depuis long-tems aS, Domingue,
p :dans le Gouvernemenr propre-
,> ment ,dit, dans la egliflation;
n dans f'adminifration de la Juflice,
> dans celle des Finances, &c. en
., un mot, dans toutes les diff~rentes
, branches de l'ordre public.
Cet Ecrivain ne fe bornepas
W a fire connaitre les .abus i
! propofe encore les moyens qu'it
.A croit propres a les reformer....
n Sans enter dans la d;icuffiorr
i' des faitrs difcutfion don't je ne?
. fuis.pas charge.... .. je crois;
, Monfieur pouvoir confiddrer
, cet Ouvrage comme une denon-
> ciation tres-importante qui vous,





x1
:s eft .faite- &:& d'apryes ..cela je
,- dirai qu'elle- me. parait meriter:;
.. de votre part, la plus grande
, attention; demander qiue vous
:, preniez les mefures les plus fires
.,~ pour en verifier le contenu ; &
:-; dans.tous fes details, en fuppo-
,- fant toutefois ', qu'ils ne vous
:-i foient : 'pas ddj a--parfaiteinent
:,- connus 'ou que vous n'ayez
-" pas des- preuves. &videntes du
-> contraire. : -
: .: Sous ce point devue & dans
'o> cette fuppofition je regarded le
,, manufcrit deM. H. D. comme un
; Ouvrage prcieux, pour une ame
, tell que4la votre: en meme-tems
-, qu'ilvous d&couvre une multitude





xI)
de de'fordres'queivous ne pouvez
) manquer de condamiiner; il repand
3 un grand jour. fur les moyeris de
, les deraciner.
n En partant toujours du meme
,> point de vue & de la- meme
*, fiuppofition, *je penferais done
~, que vous pouvez, fans inconve-
Sniens-,permettre Pimpreffion du
,~ manufcrit. Il en refultera mmem
3) pour- vous Monfieur deux
, avantages; le premier, d'annorn
Scer, par cette conduite, a toute
, la nation, que loin de vouloir
,, maintenir de tels abus, vous etes
, dans le deffeiri d'en arreter le
) course; le second, de vous pro-
' curer de grandes lumieres fur les





buj
16 tiyefis de retablir le'bori ordre
i a" S.'Domingue ; en foumettant:
, ceux qui vous forit propofds, a
I- la critique du public', aux re-
, flexions de tous les homes
3, eclaires ou mtereffes a ce reta-
, .bliffement.-A ces deux avantages
, je pourrais en ajouter un troi-
, fieme, celui de p6ntrer tous les
,n efprits dle la. neceflite de cette
I reform; de la rendre ainfi plus
), facile & plus fure, en les difpofant
' a la recevoir.
n Tel eft, Monfieut, le refultat
, de fexamen qu'il vous a plu de
a, me confier.... Au furplus, fi je
, vous propofe d'en permettre I'im-
p preflion, c'eft qu'en fuppofant







,i que le Governemien't de Sainrt
Domingue foit devenuarbitrairej
je dois croire que cela s'eft faic
S,,57 contre intention: du Roi, & i
I, F'infpu de forton Minifre ,.
Je fuis, &c.
i Signed' DE LA .RVIER!E. ,




.j ii
i* .-fi' *



! **

'1 :' *; ,










TAI3LE
yu "A B r E-

,PES DISCOURS DE LA I.P PARTIE..
Formation & Exiftence de la Golonie.
DISCOURS PRi.LIMI AIRE.. page i
L:I'V'R E P R:E M I.E R.
.: Tableau 'de la Colonie.
DI s c. I.e Des..ngagemens des Colons envers
.. 'Etat. 21
D Is c. I I. De laprote ion que la Aliropole
doit aiux Cultivateulrs. 32
DIsc. I I .L Qui des Commerpans ou des
Cultivateairs a Ie mieix repondu aux vuw e
de l'Etat. 39
DIs c. IV. tei forces' de a Colonie en tant
Squ'indufrieufe. ., \i
LIV,R-E S.EC O.ND.
De la propriety des Biens a S. Domingue.
D Is c. I.e Du droit de hache & des concepf
Jfons. 88
D I s c. I I. De quelques loix fur la propriete:
III
D I s c. II I. De I'efclavage des Negres. i3o





XVJ
D s c. IV. Des prltentions que Ton peut
avoir d la fortune. 14t
LIVRE TROISIEME.
De 1'Agriculture.
D I sC. j.er De exploitation des terres. 169
D i s c. I L Des moyens de fertilizer. g90
DI s c. II I. Des infirumens neceffaires a lt
preparation des denrees. 206
D I s I V. De la valeur des denrees. 229
LIVRE QUATRIE-ME.
Du Commerce.
i s c. .e. Des Monnoles. '5I
D I s c. I. Des loix du Commerce, 2a6
Si s c. II I. Du Commerce stranger. 276-
DIs C. IV. Des moyens de proctirer a' lt
nMetropole tous les avantages qu'elle eft
en droit d'attendre de idtablifJment de
la Colonie. 303

FI N de la Tablk;


CONSIDERATIONS













CONS IDRATIONS
SUR L'ATAT PRESENT

DE LA.COLONIE FRAN(OISE
DE SAINT-DOMINGUE.


PREMIERE PARTIES.
Formaiioni & Exiftence 'de la Colonie.


DISCO URS PRELIMINAIRE,

ON agite depuis long-tems la question de
favoir, s'il peut exifter une l6giflationpar-
faite; c'elf la question la plus intercLfantC
pour I'humanit.
Tome 1. A






I 'D sco u
|a DI S C O ,s
SDes hommes c616bres font parvenus h
; demontrer qu'il etoit poffible de faire de
Sbonnes loix pour tous les peuples: tous ont
Sfait voir que le moyen de dicouvrir 1'efpece
de chacune de ces loix, 6toit de confiddrer
,i a attentivement le climate, les moeurs, Ie com-
Smerce, les liaisons, les idees des hommes
Sque l'on aurait a gouverner, & quc de cet
Iexamen &- de la force de loi donn 'a fes
refultats, depcndait la f6licit6 publique ( ).
Or, quel but plus glorieux peut fe pro-
pofer un Ecrivain, que celui de rendre
meilleure la situation des peuples qu'il a
coinus?
11 eft de grand peuples don't la lgiflation
.ne peut pas erre reformre; Quel homme
affez hardi pourrait entreprendre d'y toucher?
Quel homme affez prtfomptueux pour af-
Curer qu'il connait parfaitement tous les
'-' i
S(i) Les hommes fe roidiffent toujours contre les
loix injuftes, &la rigueur ne peut pas fuppleer i la
perfuafion.



i':I






I R 9 L; I M I N A I 'A E. 3
reflorts de leur gouvernement? Quelle vie
aflcz longue pour prouver que cette pre*
fomption n'eft pas fauffe, pour mettre 'a
S dcouvert ces relforts trop compliquds, &
joindre a leur d6veloppement les moyens
de les rendre plus a&ifs oude les fimplifier?..
Mais chaque citoyen peut faire connaltre
les observations qu'il a faites fur quclques
parties de ces grands gouvernemens. Ses
travaux front eftimes a proportion de leur
utility; on peut meme affurer que s'il ne
font pas auffi utiles qu'il 1'efperait, du moins
ils ne font pas dangereux; au contraire, ils
pourront enflammer le zele de quelqu'Ecri-
vain plus kclair6, & faire decouvrir par le
choc de la contradi&ion des verites effen-
tielles.
En Angleterre, oi tout ce qui intereffe
la nation eft trait avec liberty dans les ecrits
publics, 1'etude & la meditation des parti-
culiers ont quelquefois dirig6 les meilleures 4
,operations du gouvernement.
Je fais bien qu'un FranCais dolt propofer
Aij






4 D i s c o u R
fes reflexions avec plus de circon'fpedion
j'ai m6me entendu dire, que Ics principles
du gouvernemeot Monarchique, n'admet-
taient pas 1'extreme Iiberte de penfer &
d'.crire.,( ); mais tout Franrais eft comp-
table 'a fa Patrie, de l'emploi de fon teams
&. de fes lumieres. Celui qui ne. veut etre
utilequ'a lui-mime ou 'a fa famille, n'eft
pas un vrai citoyen.
. L'amour de la patrie, c'cft-a-dire, du
pays que l'on habite, de 1a Soci6t6 don't
on eft membre, eft la premiere de toutes les
vertus civiles; &* le defir de s'illuftrer par
des talens & des vertus patriotiques, ne
peut jamais ,tre nuifible pi criminal.


-;(i) .Cette maxime eft fauffe: tout eft perdu dans
an gouvernement quand on y defend de rflechir;
c'eft 1'etude & la meditation qui peuvent feules oc-
.cafionner le developpement des grands talens en
-ous genres: or, il n'eft que trois objets intereffans
-pour tous les hommes, la nature, la religion & le
gouvernement. Ii ne doit pas ftre d&fendu de pen-
- r & d'ecrire fur ces objets.







P R ~ L I--M I N A IR E.
Tels font les motifs fur lcfquels je me
fuis d6terminr 'a publier cet Ouvrage .
Puiffe-t-il parvenir jufqu'au pied du Tr6neo,
y reclamcr les droits de la Colonie de Saiint
Domingue, & y etre requ comme un te-
moignage pur de mon zele pour le bonhcur-
dc la nation.
La difference qui exifte entire Ic climate
de Saint-Domingue; les moeurs & les edin
treprifcs- des Colons, & le climate de'l.a
France intdrieure; les maeurs & les entre-
prifes de ccux'qui y refident, avait fait voir
S depuis long-tems que les loix de la M6tro-
pole ne fufifaient pas cette Colonie; elle
avait occafloninn une infinite d'ordonnances
& de riglcmens, que l'aggrandiffemcnt de
la population & le defaut d'inflru&ion de
ceux qui les avaient etablis, onrt rendus
inapplicablcs (i). La diffention qui rigne


() Ces reglemens ne font point executes, & ner
Tourraient-l'&tre qu'au prijndice:de la Colonie. -
A iij,







S D S o R s
prefque toujours entire les principaux Ad-
miniftrateurs, les erreurs des Juges, l'inex-
pirience des Jurifconfultes, m'ont prouv6
que par-tout oit il n'y a point de rigle fixe,
Ja justice & la paix ne peuvent habiter. II
ne faut rien laiffer 'a l'arbitraire, ni 1'amour
du bien g6neraI, ni la droiture du coeur
ne peuvent remplacer la fageffe des loix,
Les loix font en effet, le d6p6t des lumief
res publiques, & il n'eft point de genie
capable d'y fupplker.
Je n'ai point entrepris de ridiger un
code ; mais fachant que les principles
gienraux de legislation font les commen-
cemens de la Juilice, j'ai voulu fair
connaitre ceux qui m'ont paru. devoir la
faire regner fur la c6te Francaife de Saint-
Domingue.
Les moeurs & les travaux des homes
ctant cls caufes des loix, j'ai confid6er d'abord
la maniere don't cette colonies s'eft 6levie
& le lien politique qui exifte cntr'elle & la
MWtropole. J'ai examine enfuite fes forces,







R tLIMIN A I R 7
]a nature des propridtes que I'on y peut ac-
qu6rir, ton agriculture, le commerce au-*
quel elle a donned lieu, P'aggrandiffement
don't ce commerce ferait fufceptible. Dans
la feconde parties de mon Ouvrage, j'ai ap-
profondi mes reflexions fur le climate, fur
les moeurs des Colons & cells des hommes
qui travaillent ou commercentavec eux. J'ai
diftingu6 les moeurs des Creoles, de cells
des Francais tranfplant6s dans la Colonie
j'ai confid&dr les influences de 'efclavage
fur les moeurs, la population, la diftribu-
tion du people en trois claires, les ingenus,
les affranchis, les efclaves, les moyens d'em-
pecher la confusion des rangs & le melange
des claffes, l'etat du gouvernement militaire
ou civil, & enfin les refultats de ce grand
examen m'ont fourni quelques principles
de loix.
Commentonpeut
Si quelques erreurs fe font gliffecs dans iugerdeccOuvra-
Sge, & en retiree
mes remarques, le plan que je me fuis fait touterItilite'poi
ble, foit par rapport
les rendra faciles a rclever, & mon travail al"Commerce
A iv Ligifatcin.






8 Di sc ou v s
fera toujours utile par la methode meme
que j'ai employee. La diverfitC des opinions
parmi -les hommes, provient ordinairement
ou de ce qu'ils ne s'entendent pas, ou de
ce qu'ils n'ont pas les mmecs objets prefens
a leur fouvcnir, ou qu'fndiffdrens aux cho-
fes qui ne touchent en rien a leur inter&t
particulicr, ils mettent peu d'importance
aux jugcmens qu'ils en portent. C'eft pour-
quoi j'ai voulu, pour fixer leur attention par
un inrtert puifTant & commun, prifenter a
Icur m6moire tous les objets qui peuvent
fe rappor'er la Colonic de Saint-Domin-
gue, & les leur fair gendralement connai-
tre afin qu'eux & moi puiffions nous
entendre parfaitement. S'ils appercoivent
centre ces objets. les .mnme rapports que .
Inoi, ils en porteropt le m6me jugement
que j'en ai port, s'ils ne les appercoivent
pas, c'cft qu'ils n'auront pas mis affez d'at-
tention a les examiner, ou que je me ferai
trompe. Dans cc dernier cas, il lcur fera
facile de rctifier -mon erreur; & fi, au






PRtLI MINAIIRE. 9
contraire, mon judgment fe trouve jufte,
ils en pourront profiter.
Tel. eft le but de ce Livre, que non-
feulement il puiffe Etre utile par les verit6s
qu'il content & Ics maximes qui en reful-
tent; mais encore par celles qu'il pourra
faire d6couvrir. II engagera neccffairement,
ceux qui s'int6reffent a la Colonic de Saint-
Domingue, dans des r6flexions don't i! r6-
fultera toujours un grand bien pour le com-
merce & l'agriculture; ii excitera des hom-
mes plus ing6nieux que moi, a fair part
de leurs lumieres an Minifcere & 'a la Colo-
nie & fixera 1'attention g6ndrale fur ce
grand 6tabliffement, duquel d6pcnd ainuel-
lement le falut du commerce de France.
La richeffc d'une nation etant d'avoir
beaucoup de productions d'une nature pro-
pre 'a lui procurer par change une parties
de ceque les autres nations poffedent 5 il
eft cffentiel '. la France d'6tendre fes Colo-
nies a fucre, on d'en augmenter les forces:
pour dcouvrir les moyens d'accroitre la






to DI S C UR
profpirit6 de celle de Saint-Domingue, i1
eft neceffaire d'en confid6rer la formation
& I'exiftence, comme je le fais dans la pre-
miere parties de cet Ouvrage.
11 eft une nouvelle terre, le royaume y
envoye une petite portion de fon people,
I'Etat contraate avec les fujets emigrans,
& leur promet de les prot6ger & de les fou-
tenir; ils s'obligent a travailler de concert
avec les habitans de la Metropole, a con-
dition de participer aux avantages qui doi-
vent refulter de cette union. Les Commer-
s'ans nationaux donnent des foins a I'ag-
grandiffementde cette nouvelle Colonie, &
les cultivateurs induflrieux en tirent des trd-
fors; s'il s'dlCve quelquesconteftations fur Ic
partage, chacun veut s'attribuer la plus
groffe part; l'Etat r6clame I'dx6cution des
promclTes que les Coloniftis lui ont faite
de fe rendre utiles, en conf6quencede la
protection qu'il leur a donnhe, & chaque
habitant lui paye avec plaifir le tribute de
fa reconnoiffance; mais les commergans,:






P R t 1 i N A I R E.
non contends des avantages qu'ils reooivent
iournellement, foutiennent qu'ayant fourni
toutes les chofes niceffaires, tous les bendfi-
ces leur appartiennent. Les Colonies ,
difent ils, font faites pour nous. Ce principle
vrai ou faux les autoriferait-ils a detruire
ou a s'approprier les etabliffemens auxquels
Icur inttr6t primitif les a fair contribuer?
Les Colons demandent la faveur qui eft
die 'a la grandeur de leurs travaux; ils font
cfpdrer a 1'Etat qu'ils lui rendront a l'avenir
de plus grands services, & aux Commer-
qans qu'ils leur donneront de jour en jour
de plus grands benefices 'a partager. L'uti-
lite reciproque maintient leur focidt6 chan-
celante, mais l'ingratitude & la cupidit6
annoncent une feparation prochaine on de
plus grandes conteftations a terminer. Le
premier Livre confidere fucceffivement ces
objets; j'y 6tablis, d'une maniere auffi fim-
ple que vraie, les engagemens dcs Colons
envers l'Etat; je fixe enfuite le degr6 de pro-
teation que I'tat doit a la Colonie, ou fi






-D I S.C o R S'
'on veut les cngagemens de l'Etat envers
elle; je confidcre qui des Colons ou des
iI Ndgocians, a montre le plus d'emprefflement
i pour fatisfaire aux vues de l'Etat, & enfin.
SI les forces aduelles-de la Colonic relative-
i ment aux revenues qu'elle produit, & que
ii ,I'Etat, .le commerce & les Colonifies
i doivent partager ensemble.
SLa proprietd des terres, & des enclaves
i ; qui fervent h les exploiter, font I'objet de
i du second Livre; on ri'a pu donner 'a cette
matiere importante- toute I'Etendue don't
elle aurait 6t& fufceptible; il fallait &viter
les details. On s'eft borne 'a dablir les prin-
cipes. d'une maniere diftineft. Chacun en
pourra fire l'application felon fes connaif-
fances. Le but que je me fuis propofi dans
ce. Livre, n'eft pas feulement d'amufer, ni,
mnxme d'inftruire par des priceptes, mais
d'exciter l'mulation, de fair raifonner & de
facililer moyens d'acqudrir dc 'exp&rience-
fur les objets qui y font traitss'
L'Etat prdfcnt de 1'Agriculture 'a Saint-

1 i,






P R ~ M. I M, I A I RE. '13
iDomingtie pourrait fournir la matiere d'utit
;grand Ouvrage; il n'eft point.ici confidedr
dans tous fes rapports avec le commerce &
l'induflrie des culrivateurs; il fuffit que le
lecteur puiffe fe faire urie jufte idde de l'ex-
ploitation des terres, des moyens que l'on
peut employer le plus fouvent pour'les fer-
tilifer, des inftrumcns ndceffaires dans les
principaux genres de culture, -.& des valeurs
des denrees en elle-memes, & en raifon dix
fond qui fert h les produire.
II faut au furplus observer qu'eri general
les maximes les plus fines de 1'6cono"nei
rurale de toute 1'Eu6ope, font abfilument
diff6rentes de celles qui conviennent a S. Do-
mingue. Par example, il faut quc la culture
du bled, .de la vigne & des grains foit diftri-
budeentre un grand nombre de cultivateurs',
que les metairies foient les plus petitespofi-
bles. Un petit champ de bled ou un quarter
de vigne peuvent 6tre-auffi bien cultivds par
une pauvre famille, qu'un grand territoire par
on Agriculteur puiffant. Entre les mains de






4 Di sc o tv R
ce dernier, tout un canton n'eft difrich6
.que par des mercenaires, au lieu qu'un ter-
reiri divif6 en petites mitairies forme une
-population refpedable de citoyens & de
.peres de famille. Mais il en eft autrement
de la culture du fucre, de l'indigo ou du
.coton; ces cultures engagent dans de gran-
:des entreprifes, & exigent l'avance d'un
gros capital, il faut y employer des bati-
miens & des machines confiddrables. II faut
done que les Habitations foient grades.
Leur fubdivifion multiplierait les frais d'cx-
ploitation fans multiplier les products.
Je n'ai pu m'empecher de faire voir dans
.lc quatrieme Livre, quels font les offers
d'un commerce mal dirigd:le commerce
n'eft utile que quand il eft applique aux inte-
rets de la nation, que quand fes operations
.iaintiennent l'aifance & la circulation dans
laMitropole, en contribuant l'aggrandifle-
nm:nt des Colonies. Je me fuis 6loign6 de
beaucoup d'opinions depuis long-tems adop-
tees en France, il faut qu'un Ecrivain fe






PRi IMINAIRE. r5
tienne en garde centre les prejuges fi anciens
qu'ils puiffent etre; le teams ne change point
la v&rite, il n'y a point de prefcription con-
tre I'utilit6 publique, & de vieux fyftemes,
ne font fouvent que de vieux abus qu'il eft
dangereux de refpe&er.
J'aurais eu peut-6tre plus de partifans, fi
j'avais facrifi6 les intre&ts de la Nation, &
de la Colonie a la tyrannic & au monopolec
Mon ouvrage aurait t6 d'autant mieux
accueilli par les hommes naturellcment en-
nemis du bien public, que jaurais cherch6 k
detruireles maximes pr&cieufes que la Phi-
lofophie a donn&es de tous teams fur la ma-
niere de gouverner les hommes; mais je n'ai
employee que le language de 1'humanite, de
la justice & de la verite.

Je me fuis long -tems confulte avant de
publier ce Livre; 11 aurait paru moinspromp-
tement & fans doute moins imparfait, fi les
vues eclairees qui, dans ces dernieres ann6es
fe font r6pandues dans quelques ouvragcs






r16 D 'i s c o U' R'S
fur l'adminiltrition publique (i ), n'avaient
fcmbl6 m'accufer de:lchteur (2).
SJe n'ai rejctte aucune des v&ritis ni des
penfecs que j'ai crues utiles;' je me fuis ap-
proprid fang fcrupule toutes cells qui pou-
vaicnt fervir a mon plan. Quclquefois meme
j'en ai confcrrv6e les expreffions, parce que
quand il s'agit du bonheur des hommes, il
ne faut pas craindre de rdp6ter ce que d'au-
tres on.ddja dit, il n'y apas deux v6ritds
ni dcux manieres.de penfer jufte fur le m6me
fujet. Je n'ai pas cru devoir, citer 'a chaque
infant les noms des Auteurs anciens & mo-
dernes qui m'ont. eclaird dans -le fujet que
j'ai a. traiter. Cc derail aurait &t6 trop long,
trop 'faftidieux, & m'aurait entrain. dans
des commentaires inutiles,


(i) Particulierement dans I'Ouvrage intitnu':
1Hiif. Philz. & Pol.: di Lommerce des' Europkens da. s les
deux Indes.
(z) La premiere partiese etpit achevee en 1767,
& il n'y a 6te fait d'autres changemens que ceux
qu'exigeait l'aggrandiffement de la Colonie.
Venu






PR LIMINAIRE. 17
Venu jeune a Saint-Domingue & deftine
par mon choix au foin de la Juftice; j'ai
travailli d'abord pour ma propre inftruc-
tion, le teams, les reflexions & l'amour de
mon 6tat ont achev6 l'Ouvrage.
: Si j'ai hazard quelques id6es nouvelles,
celft que leur verite m'a paru ne pouvoir
pas etre conteftke de bonne foi. Au refte,
je ne m'en fuis fie que tres-peu a mes foi-
bles lumieres; j'ai voulu me convaincre
moi- mme des avantages reels de ce que je
propofais, avant de chercher a perfuader les
autres, & fachant que les principles des loix
ne font pas moins fufceptibles d'une de-
monftration rigoureufe que ceux de la Gdo-
metrie; j'ai voulu autant qu'il m'a'6ti pof.
fible ne donner aucun prdcepte, & ne tracer
aucun changement, aucun project de r6gle-
ment ou de loi, fans rendre raifon des mo-
tifs qui pouvaient faire envifager ces inno.
nations comme ndcefaires au bonheur
national. Sous quel pretexte un Ecrivain
politique pourrait-il rejctter cette mdthode?
Tome I. B






8-DI I C o U R S
L'erreur toujours fe contredit, fans ceife
-elle nous 6gare, mais la verit jamnais.
Rebut6 par les difficult & par le d6faut
-des encouragement qu'il m'aurait fall pour
les vaincre, j'ai &t tented plufieurs fois d'a-
bandonner mon entreprife. Ces hommes
qui donnent le beau nom de prudence a lcu
timidity, & don't la discretion eft toujours
favorable a l'injuffice, voulaient itouffer ei
nmoi le germe de .r'mulation. Ils me fai-
faient envifager d'un c6te les richeffes &
la tranquillity pour prix de mon filence, &:
de l'autre une mer d'infortunes mais ils
n'ont pu detruire mon efpoir;-le defir d'etre
utile, l'amour de la patrie, uh intiret en-
core plus puiffant ont ranime mes efforts.
SLes Difciples du Machiavelifme, & ceux
qui n'auront pas appetcu ce qui manque a
la perfection du Livre immortal de Montef-
quieu, diront peut-Etre, que je me. fuis
trop attach 'a confidrer ce qui peut fair
Ie bonheur particulier de chacun de ceux
qui habitent la Colonie, ou qui y ont.






P R f r I M-I T A I R E. I4
desrelations & que je ne facrifie pas affez
'a 'intiret de ceux qui gouvernent. Je ne
c6derai point a leur opinion, l'art de gou-
verner un pays, eft de faire enforte qu'il y
ait :peu de malheureux; ce qui n'arrive que
quand la puiffance n'ufurpe rien, & que la-
l'oi rigle tout. La fflicit6 publique n'&tant
autre chofe que l'affemblage: & le r6fulta-
de la fcliciti particuliere de chacuin des ci-
toyens, proportionnie 6-l'ordre dans lequel
il vit, & a l'utilit6 don't il eft a tous les
cutres. La loin'eft en confequence que la
mefure de routes ces fflicitis, & la con-
fervation des proportions qui doivent exif-'
ter entr'elles. Le sentiment du bonheur eft
le mobile de toutes les, a&ions publiques,
c'cft pour lui que T'oni'recherche la gloire,.
c'eft pour en jouir que l'on s'adonne h des
a&ions utiles; fans lui les hommes feraient
indiff6rens pour le bien comme pour le
mal. Or, fi les actions nuifibles ou inutiles
peuvent procurer les richeffes & la confi-
ddration, qui font les marques exterieures
de la felicit6, les hommes front d6tour-
B ij






s:- D I SCoOU R S
nes de 1'amour de la vertu. La perfee&ion
de la loi ou. du gouvernement, confifte
done ei ce"que perfonne ie puiffe trouver
fon intr&t :dans 1'ihfortune des autres, en
ce que chaque citoyen foit h portte de fe
rendre le plus heureux qu'il foit poffibledans
fa condition-,:'fans employer aucun autrc
noyen que la pratique des vertus fociales.
C'eft ainfi que je penfe fur le gouverne-
ment en g6ndral, & tout autre fyfteme me
parait ennemi du genre human. Enfin, on
lie pcut trop le re6pter, ii 1'amour de 1'hu-
manite eft dans l'homme la feule vertu vrai-
xnent fublime,.fcul il doit &tre le fondcment
des loix.














CONSIDeRATIONS
SUR L'ETAT PRESENT

DE LA COLONIES FRANAISE
DE SAINT-DOMINGUE.
h- 1 ^--- *^.
LIVRE PREMIER.
TABLEAU DE LA COLONIES.


DISCOURS PREMIER.
Des engagemens des Colons envers Pttat.

o T E s les Nations ont et6 d'abord plus
guerrieres qu'induftrieufes : la multiplicity des
befoins fit naltre chez les Flibufliers ce courage
ardent que les grandes palfions infpirent. Le tens
B iij






22, CONSIDERATION S


de leur etabliffement h Saint-Domingue, eft l'ge
hiftorique de cette Colonie; je ne pourrais porter;
des regards direds fur ce premier age fans m'6carter'
:de mon fujet, & j'ai raifon de fuppofer .que
chacun de ceux pour qui j'6cris, a fait une etude
particuliere de 1'Hifloire, des diffirens pays .qui
fervent h fon exiflence, ou bien a fes plaifirs.
Je confidererai done la Colonie Francaife de
Saint Domingue, come une emigration de
Francais, qui, etant n6s apres la r6partition total
des terres fitrues dans I'enceinte du royaume,
n'ont pas et& colloques h cette distribution. Fruf-
tres de la portion que la nature femblait leur
d6figner en les faifant naitre, ils ne pouvaient
payer le droit d'exifter au fein de leurs families (i),
ilsont ht6 contraints de s'expatrier.
Ces citoyens malheureux ayant port les bras de
l'Etat aux extrdmit6s de la terre, la M6rropole
'fit avec eux beaucoup de conventions que je r6dui-
rai toutes 'acelic-ci.
Les engagement
des Golons envers Voyez-vous ces montagnes efcarp6es don't le
l'Etat, font de par-
tager avec lui I fonmmet affronte les orages; ces marais converts
product de la cultu-
re, & d'accroire de nitre, ces planes d'oio s exhalent fans ceffe
aucan qu'il eft pof-
fibl, ,ls revenues ia des vapeurs fulphureufes; ces d6ferts rides oi les
partager.

(i) C'et-a-dire, foutenir les charges de 1'Etat.






SUR LA COLONIE' DE S..DOMINGUE. 2.3
,, bitumes reftent deff6ch6s fir le fable br6lant; je
, vous les donne, c'eft a vous de les fertilizer : je
, vous fournirai des outils & des provisions, nous
, partagerons ensemble le produit, & vous me
, rembourferez ma mife. ,
Cette fociet6, toute 'a l'avantage de la Metropole,
devient chaque jour plus fruahueufe; l'ambition
des Colons augmente leurs travaux, pique leur
indufirie & fait la richeffe de l'Etat.
Dans les planes de la parties Francaife de Saint-
Domingue, on voit par-tout la nature pliee fous
la main du Cultivateur. Les fleuves & les rivieres
coulent. tranquillement., oui nagueres, on ne
voyait que des forces; l'in6galit6 des terres eft
applanie par les loix du Nivellement, & ne s'oppofe
plus a leur paffage. Sortant des canaux oui l'art a foin
de les refferrer, ils fe divifent en ruifleaux, couvrent
la surface de la terre, Y& font filtrer dans les plants
un or liquid, qui, bient6t en eft exprimni par les
efforts de la mechanique.
Que l'oeil audacieux franchiffe la diflance qui
nous f6pare des plus hautes montagnes, il verra
d'autres travaux! L'un, fait fauter des rochers pour
fe frayer un chemin 'a des pays inhabits, & qu'on
croirait inhabitables (i); I'autre, pour fe faire une .


(I) Autant. les plains. de Saint-Domingu, font:-
B iv




I '


14 C N S I D RATION S
'J demeure au milieu de cent mille Cafiers, plants k
pic fur la coupe d'un morne (i), rapporte des terres
& 1'aplanit.
i. Aujourd'hui que le Roi a conce6d prefque tous
les terreins, & qu'ils font 6tablis en grande parties,
le commerce fe rembourfe de fa imife, fe d6dom-
'I mage du retard & partage le product. Tout prend
i une forme & une valeur nouvelle dans les mains
induftrieufes du cultivateur.
Les bienfaits du commerce fe reftreignent 'a
pr6fent a la fouirniture des marchandifes, dont la
confommation immenfe occupe annuellement 45o.
Navires d'Europe qui s'en retournent charges de
fucre, d'ihdigo, de caf6, de coton; voilh l'effet
!i acuel des engagemens reciproques du commerce
I & des Colons.
Les bienfaits du Monarque confident dans un
encouragement perp6tuel; ainfi ceux a qui il
confie la difpenfation de fes graces & le maintient
I i de fon pouvoir, ne doivent jamais perdre de vue
l'intiret des habitans qu'ils ont a gouverner.
On peut aflhrer que les Colons, en reclamant

belles, autant les montagnes font efcarp&es, inigales
& pleines de rochers; on y trouve des coquilles, des
roches de mer & des pdtrifications marines, fort avant
i dans les terres.
(I) Morne, Montagne, terme Creole.

I.1






SUR LACOLONIE DE S. DOMINGUE. 2
la bont6 du Souverain, fe font aflijettis a une
reconnoiflance auffi durable que fa protecion.
Comment temoigneront-ils cette reconnoiflance?
C'eft en contribuant autant qu il eft en eux h la
gloire de la M6tropole, & la puiffance des
peuples qui fait le bonheur des Rois. Si on
r6fufait aux Cultivateurs l'encouragement auquel
Sils on eroit de prftendre, on leur 6terait les
moyens de porter leur culture an plus haut degree.
La fabrication & l'exportation des denr6es dimi-
Snueraient fenfiblement. Les Artifans du commerce,
les Fourniffeurs, les Matelots languiraient dans
les villes Maritimes fans favoir a qui redemandcr
I'occupation qu'ils ne retrouveraient plus. Ua
abus d'autorite, I'inegale difiribution d'une riviere,
une contrainte rigoureufe un paiement confidi-
rable, peuvent arracher le pain des mains de cent
families.
Les Colons doivent beaucoup, fans doute, aux
bienfaits du Monarque, & beaucoup a leurs travaux;
fi la main qui les protege ne foutient plus leur
induftrie, fi la protection ceffe, ils font d6cou-
rages. Dans cet 6tat je ne chercherai point '
p6netrer leurs intentions ; quel ferait l'effet de la
fenfibilite impuiffante qu'ils pourraient confervcr
Sinthrieurement ? C'eft par leur utility qu'ils ti-
moignent leur reconnoiffance; s'ils ne font plus
utiles, ils ne font plhu reconnoiffa.s.






26 CO N S I D R AT I 0 N19
i Il s'enfuit que I'Etat, qui ne met aujourd'hui
dans la foci6te qui exifte entire Ini & la Colonie,
; : qu'une maffe inepuifable de juffice, de prote&ion,
d'encouragemens, de graces de faveurs, tandis
que les Cultivateurs y mettent une fuite de travaux,
de foins & d'induftrie ,.doit ufer trs-libralementde
fon trefor, mais toujours de maniere que tous les
'Sujets, galement utiles, puiffent y participer egale-
,1!. ment, & qu'il n'y ait de faveur confiderable,.
que pour celui qui doit faire efp'rer le plus de
reconnoilfance,, en la maniere que je viens de
d6figner.
Apres avoir etabli la situation contratuelle des.
Colons envers l'Etat, confiderons fi des conventions
faites fous un autre point de vue,.& dans un teams:
oi' l'on ne pouvait pas efp6rer des 'tabliffemens
fi avantageux, produiraient aujourd'hui un diff,
rent effet..
Les Flibuftiers, qui conquirent fur les Ef-
pagnols, la parties Francaife de Saint-Domingue,
n'eurent point de chef reconnu; (1) c'tait un
melange de Matelots, de Soldats, d'Aventuriers
de toutes les nations. Lorfque les homes ne font.

(i) Dcs Aventuriers Francais & Etrangers, avaient
conquis fur les Efpagnols la parties Francaife de Sain--
Domingue, qu'ils habitaient fans chef ni forme de gou-
vernmecnt ....... Un particulier (le fieur Duparquet)
entreprit de metire I'dtabliflement de Saint-Domingue,.







SUR LA COLONIES DE S. DOMINGUE. 27
.point infpires par des paflions fortes, il faut n&-
ceffairement que ie devoir & le pouvoir de
1'exemple excitent leur courage; mais parmi des
hommes que de grandes paflions infpirent le
Chef n'eft que le plus fanatique des foldats.
Comparons les Flibufliers au petit nombre des
brigands qui fonderent le fameux Empire de
Rome; les premiers 6taient guides par les fureurs.
de la rapacity, les autres par le defir de fe creer
une patrie; I'avarice eft plus fort que le patrio-
tifme : les premiers Romains eurent un Chef, les
Flibuffiers n'en eurent pas.
On peut poufler plus loin Ie paralelle : Ia
caufe des Romains etaient une; chacun des
Flibuffiers ne voyait dans l'univers que fon inter"t
particulier. Je ne doute pas qu'6tant mieux eclaires
& perfuad6s, une fois, que l'on ne peut trouver
fon advantage personnel que dans 1'interet general
de la fociet I laquelle on s'attache ils n'euffent
fait de tres-grands progress dans iAmerique.
'; Ne pouvant garder leur conqu6te, ni mime
la colorer aux yeux de l'Univers, qui juge difie
remment les crimes de quelques homes, &

focus l'autoritk du Roi & dela Compagnie,qui Ie nomma
Gouverneur; il en obtint les provisions fur la fin de
1664, & fut recu au commencement de 1665, avec
beaucoup de fatisfadion de la part des Habitans, qui
reconnurent volontairement la domination du Roi






'! 2 08 CONS I D E R A T I O N
Srinjuftice d'une nation, les Flibuftiers fe donne-~
rent an Roi de France, don't plufieurs d'entr'eux
talentt nes fujets.
Cette donation fuppofe n6ceflairemeent une
condition politique, ne nous fera-t-il pas permits
,, d'examiner la nature de ce pae ?
i II fuffira pour etablir les conventions refpe&ives
que l'on doit fippofer, de confulter l'int6ret de
'Et at & celui des Flibufficrs.
Les vues du Monarque tendaicnt a 1'aggrandif-
fement de fon domaine; l'interdt des Flibuflicrs
Stait de fe maintenir contre les Efpagnols leurs
irreconfiliables ennemis; il leur fallait un pro-
te&eur; le Roi de France voulut bien f'tre,
& mit h leur conquete le fceau de fon autorit6.
On peut determiner ainfi les conventions
refpetives.
Nous vous jurons fidelity, & vous partagerez
,, nos biens. Je vous admets au nombre de mes
fujets, je vous protegerai, & vos ennemis feront
les miens n.
Le Roi devint done proprietaire de ce que nous
appellons la parties francaife de Saint-Domingue;
mais cette propri6te qui refidait effentiellement
fur fa tete, n'&tait en quelque forte que paffive;
il ne retenait que pour conferver, que pour
maintenir h chacun ce qui lui devait etre attribute






SUIL LA COLONIES DE S. DOMINGUE. 29
en raifon de la donation politique don't nous
venons de parler.
Les Flibuffiers font convaincus qu'ils ne peu.
vent fe foutenir, fi leurs interets continent k
etre divif6s; ils veulent former une fociftc, ils
s'affemblent pour choifir un chef: c'eft k-peu-
pres ainfi qu'un de leurs Orateurs sexprima,
fans doute. ( )
Freres invincibles.,
La fortune a feconde nos entreprifes, & la
s Renommee publiera la grandeur de notre courage,
Srtant que la brife de 1'Eft rafralchira la c6te,,.
s, Cependant, j'envifage 'a regret, que plufieurs
, d'entre nous font peu de cas de l'avenir, que
, d'autres aveugl6s par un interet particulier k.
, chacun d'eux, ne fongent qu'a s'eloigner & h
.' remplir leurs barques des richeffes immenfes,
, que la puiffance de leur bras leur a fair trouver,
, au milieu des dangers ,.
;, Combien ne feralt-il pas plus glorieux de
I nous maintenir dans ces poffeffions arrof6es du
fang d'un fi grand nombre de nos freres ? Ne
mangeons pas le fruit fans planter le noyeau;

(I) Les Hifloriens font en poffefflon de mettre des
harangues dans Li bouche de leurs Hiros; a plus forte
raifon doit-il m'&tre permis d'inferer une harangue hy-
poth6tique dans un Ouvrage de raifonnement.






0o C CONSIDER A TI ON S
n l'ge a blanchi nos ttes les bleffiures ont affai-'
, bli nos corps, nos ennemis pourraient profiter
), de nos, divisions & de notre affaibliffement, &
Si fe venger fur chacun .de nous, de ce que la
n fermete de nos coeurs intrepides leur a fait
n endurer :.
Voici l'avis de' nos Freres les plus experi-
mentes, qui m'ont accord 1'honneur de vous-
porter leurs paroles ..
., Nous fommes n6s prefque tous fous la domi-
nation Francaife. La bont& de Louis XIV eft,
n auffi grande que fa gloire, notrebravoure nous.
Sla rendra propice, ayons .recours k lui. Nous
Sn'aurons plusrien 'a craindre de.nos ennemis, la.
n terreur de fon nom glacera leurs courage, nous:
?iaurons advantage de refer furnos terres, &.
,, de ;donner 'a .la France :une: grande etendue.
Sde pays. "
Le murmure s'6leve, les avis font partag6s;.
enfiin les plus coifiderables 'donnent 1'exemple aux
plus faibles: le Gouverneur de la Tortue prend
poffffioii au nom du Roi, & devient, le diftribu-.
teur des terres qu'il vient d'aninexer a fon domaine :
mais pouvait-il, fans injuftice, e. difpofer.au prC-
judice des premiers poffeffeurs, des anciens
Conqu&rans ?
Il r6fulte de tout ce qui vient d'etre dit, i.
que fous quelqu'afpe& que l'on puiffe confiddrer







SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 3T
I'etabliffement de la C6te Francaife de Saint-.
Domingue, on doit regarder les engagemens des
Colons envers I'Etat, come auffi durables que
la prote&ion (r) du Souverain :'2.. que cette pro-
tet&ion n'elt d1le qu' 1'utilite de leurs travaux, &-
doit etre mefuree fur elle.
Les Cultivateurs promettent h la Metropole
des advantages confid6rables, elle leur affure qu'ils
continueront de partager avec elle les bienfaits
S & la juffice du Roi; la fageffe des loix; la pru-
dence des Chefs font-les grants de la conven-
tion. (2.)

( )- Si la proteEtion ceffe la convention finit, puif-
que fa bafe de l'utilitr reciproque, & que le Cultirateur
ne peut 6tre utile qu'autant qu'il eft encourage: ii ne,
faut qu'un jour, dit Montefquieu, pour detruire1'ian-
duflrie, -il faut cent ans pour la faire renarcre.'
(.) Nous n'avons pas toujours eu des Chefs 6gale-
ment prudens; d'un autre c6td, les Gouverneurs & les
Intendans font relev6s trop vite, a peine ont-ils eu le
teams de. connaitre le pays qu'ils avaient a gouverner,
que d'autres leur fuccddent. A FI'gard des loix elles-
font infuffifantes pour la Colonie ; & i n'y a point
affez de riglemens particuliers pour y fupplder.














I.


DI SCOURS II.

De la protection que la Metropole doit
aux Cultivateurs.

ESfaveurs & Pencouragement que les Culti-.
vateurs font en droit d'attendre.de la M6tropole
fe reduifent 'a une bonne administration.
SDes Chefs .attentifs I' int&rdt general de !l
Colonie, & a l'int'6rt de 1'Etat, qui fdnt inti-
-m6ment.li6s, ne. laifferaient rien a--defirer aux-
Cultivateurs; ils retiendraient, dans la plus exale
discipline, les troupes n6ceflaires au bon ordre
& aI a police; ils.protegeraient les hommes
Eclaires, deflin6s par Cat a les aider de leurs,
confeils, & les artifans qui s'employent aux inf-
trumens neceflaires a la culture: & a la pr6-.
paration des den-ees. '
Jamaisils n'accorderaient de graces particulieres;,
incapable de toute confid6ration privative-, tous.
lescitoyens 6galement utiles feraient 6gaux a leurs1
yeux dans 'oridre politique. Les privileges font
odieux en eux-m6mes, ils fofirt6ujours nuifibles;
il eli de la prudence, du gouvernement de les
reftraindre toujours fins Jamais les 6tendre.
La




__ __ J


32. C o N S ID t R AT I O N S


:I


i:
i





S SUR LA COLONIES DE S.DOMINGUE. 33
'La protection du Monarque confifte done prin- Que io rtede
prote&ivf 61
cipalement dans le choix des Adminiftrateurs. auxCCutivaitas.
Le choix des Magifi~ats d6pofitaires des loix, &
des Officiers prepof6s pour les reclamer ou pour
S ls ex6cuter n'eft pas moins important. Les autres
graces fe rapportent imm6diatement'alaMetropole,
puifqu'ellcs concourent a 1'accroiffement de la
peuplade & du commerce.
Cette Colonie, bien difffrente de tant d'autres
qui ont cofte inutilement des fommes immenfes
a 1'Etat, occuppe une trentieme partie des habi-
tans du Royaume & cette portion du people
eft digne de attention du gouvernement, puifque
c'eft la parties induftrieufe de la nation. Les denrees
qu'on en retire peuvent ouvrir un grand com-
merce, avec les peuples du Nord; commerce
qui ferait 6galement avantageux fur l'expor-
tation & fur les retours ou marchandifes
d'echange.
Ce commerce accroitrait les forces de la Ma.
rine, & formerait un grand nombre de Matelots;
il faut done confiderer deux branches de commerce:
'la premiere, entire la France & les Colons, don't
les profits .peuvent 6tre grands pour chaque
Ncgociant eri particulier : la feconde, entire la
France & les Etrangers, don't les profits qui
feraient peut-etre plus faibles pour les particuliers,
feraient grands pour le commerce en general, &
Tome I. C


i







34 Co N0 S I D P R A T t O N s
realiferaient ceux que fon aurait faits dans la
premiere n6gociation.
II refulte par confequent des travatix de la
Colonies, une circulation immenfe, tant a caufe
du fupcrflu de la Mitropole, don't elle realife les
valeurs, que des profits h fire fur les denrees
d'echange; cette circulation eft principalement I'ou-
vrage de trois mille Cultivateurs, qui font aides par la
mafle des Colopifies : chacun d'eux eft fans doute
un fujet intereflant pour l'Etat.
On accordait chez les Romains, une grande
recompenfe a celui qui avait en afiez de bonheur
ou de vertu pour fauver la vie a un citoyen (i);
celui qui foutient celle de cent families, a de
plus jufles droits h la confid6ration publique,
fir-tout apres avoir rifqu6 de p6rir cent fois a
0ooo0 lieues de fa patrie, & y avoir confumtn -
fes plus beaux jours, car les richefles h Saint-
Domingue ne font point le don d'une fortune
aveugle; c'eft ordinairement le fruit de trente
annecs de travaux. II eft beau de fe facrifier foi-
meme au defir d'etre utile en devenant plus
heureux.

Oques font en Si tons les hommes mefurent le degr6 d'efiime
particulier les en-
co::raccmens & les qu'ils accordent a chacun de leurs concitoyens,
rccompenfes qui 1
rpfet redoublr furl utility plus ou moins grande qu'ils en retirent;
I'dmulation
des Cultivateurs. ) La Couroe
(i) La Couronne Civique.


____I ~1~_~_ 1~~~ ___~______







StMR LA ColoN E ES. Dom'i I 'tTE.
-'on doit fans doute effimer celui dott les travaiix
font utiles h la nation entire ; ii mirite I'admi-
ration ignerale. Non cet ftonnemern fftipide e:qie
les hommes faibles ont pour des 'entreprifes doht
i!s'fe feltent incapables; mais cet: applaudiffement
clair 'qui engage les autres a les imiter.
L'int&&t public doit ,totijbirs 'pr6fider a la
: difthibution quie font les Adminiftrateurs,- des
graces don't -ils-font d6pofitaires.
SLes 1Hollandais, en frigeant Aine flatue k,
'celuiqui leur apprit la maniere e de fler les hareing,
ont accord -Iet.honneur a lutilite que la iiati6n
retire de ce fecret, don't la decouverte -h'exigeait
pas un merite bien diftinguel Ce 'ftt uti umtite
Hollandais, habitant 'a Surinam,; qui e' pri e-
imiei dtourna l-e'cours d'uiie riviere pou? fer-
tilifer fes plantations par urie iiTigatiod piop6itifih-
nonn6e a leut- aridit6, &-'ex6cuiion de cette
mrthode firpofait quelques coithoiiWlinces "le
1'Agriculture & de 1'Hidraulique; cepeindant -il
n'obtint pas de fes compatriotes, la mem -recdm-
penfe qu'ils avaient donn6e hlluckelftf; la raifon
en eft bien simple, c'eft que les fucreries' de
Surinam bqcupaient moins de navires que la peche
des harengs; mais les Francais qui ne font pas la
mdme peche, & qui font imcomparablement plus
de fucre, doivent penfer .autrement..
Dans tous les pays,.chez routes les nations
C ij






.36 C o N s I D A R A T Io '0
polices, on a accord de grands avantages E
ceux qui defrichent de nouvelles terres, ou qui
,portent au plus haut d6gr- de production cells
qui font dejk cultivees. (i)
On trouve aujourd'hui dans differens cantons
de la France, des champs de bled au milieu des
landes fi long- teams negligees. En recherchant
la caufe de cette a&ivit6, on trouve un Edit du
Roi, donned en 1764, qui exempt de routes
redevances pendant 20 ans, ceux qui defrichent
des terres, ou deffechent des marais. Si d'un
bout de l'Univers 'a rautre,'on femble 6tre convenu
de recompenfer les Cultivateurs, qu'elle protec-
tion les Colons de Saint-Domingue ne font-ils
pas en droit d'attendre
SVous a qui le Roi a confie une parties de fes
Spouvoirs, vous qu'il a charge dans fa bont6
paternelle de conduire des Sujets eloign6s de
lui; oubliez l'6clat du rang que fa faveur vous
donne, pour ne longer qu' -i'importance du
d6p6t.
La veritable gloire de ceux qui commandent;
git dans la filicit' publique.


S(i) Les loix de la Chine accordent des. rkcompenfes
a quiconque defrichera des terres incultes, dupuis q rinze
arpens jufqu'a quatre-vingt. Celui qui en defriche qua-
tre-vingt, eft fait Mandarin du huitieme ordre.







SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 371
:Arrtez le bras de l'opprefl'eur, veillez : i en
eft parmin nous qui ne peuvent etre utiles, &
pourtant veulent agir; leurs motifs ne valent.
rien, car ils font contraires 'a 1'aifance publique:i
& al'harmonie qui doit regner entire les citoyens.
On ne peut etre citoyen que par les Loix, :;&
coupable fans: les violer ; on ne doit rien fair
fans elles.
L'injuflice entraine la fitrilite par-tout o~ elle
s'etend; les plants f6chent fur pied. La Cayenne
n'eft pas infertile ; liniquite s'y eft propage', &
la Colonie n'a point r6uli.. .
L'effet des richefles d'un pays c'ef de mettre :
'de ambition dans tons les coeurs:; I'effet de
1'oppreffion eft de faire naitre la mifere & 'le
defefpoir.
La pauvrete n'eft point la mere de l'induflrie
fi on 'a cru, c'eft une erreur ; 1'emulation prend
naifance au fein de la m6diocrite, & l'ambition
crokt avec les richeffes; mais la pauvrete produit
le decouragement, elle eft la four de la parefie.
La richeffe ou la pauvrete de chaque contr&e ,
depend encore moins de la fertility du fol, que de
la nature du gouvernement: la fomme du travail
eft la mefire du bonheur & de la puiffance come
celle de la population. La principal science du
gouvernement eft done d'exciter les hommes ait
travail.
C iij






3 C- N '4 IC:;D. A R: A 1 T I 0 N S",
.Touteses s ColoniSes: Anglaifes font riches;
touteples. Colonies Efpagnoles: font pauvres; les
hommes,- le .bled.: &r'induflrie croiffent abon-"
-damment dans les premieres ; l'ignorihce les
Moines, 'or, &.les Soldats: ne fervent qu'a aug-
menterla mifere edes autres.'
rLes Anglais ont fond6 des Villes, former des'
Provinces, tabli des Manufa6cures, des Cours
de Juftice', des. Ecoles publiques-, des- Courfes
de:chevaux des'Concerts8& des Jeux.
:Apres avoir cr66 des Tribunaux de Confcience.'
& plac6 des garnifons, les Efpagnols ont fonde
des Couvents, des Eglifes, des H6pitaux; ilsont
biti des Forts: lesuns onscouvertla terre d'hommes
&.e.intoiffbns; les auties, pour deterrer un mental
don't 'abondance detruit la valeur, femblent creu-'
fer les tombeaux de l'univers.
IL'Anglais heureux & fage a.voulu fe contenter
de fruits &6 de grains, qui, en favorifantlapopu-
latioi- augmentent fon commerce; 1'Efpagnol
malheureux a cru troiver au milieu de l'or 'an-
tidote .du mal qui le confume & c'eft un poison
qui le tue.


i ,,1_






SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 39


DIS C 0 U RS III

Qul, des Commergans ou des Colons,
a le mieux repondu aux vues de l'Etatr

L E but que la M6tropole a d ife procurer
dans l'Utabliffement dela Colonie, eft I'aggrandift.
foment du commerce & de la navigation; elle en
a voulu retire zi. a 1'emploi des marchandifes
, & detriees qui exc6daient la. confomniatiol
, neceffaire dans l'int6rieur du Roy~aume, c
, devenaient fiiperflues; 2.. de riouvelles mar-
n chandifes rares en Europe & qui pilflent
, ouvrir 'a la nation Francaife, 1'entree des ports;
n strangers .
Les Habitans de Saint-Domingue, ont achet6,
pour rep'ondre a ces vues, beaucoup de marchan-
difes Francaifes,. & ont fabriqu6 immenfement de
fucre d'indigo, de cafe, de cotton, qu'ils ont
donn6 en change.
Pour repondre aux vues de'lrat,,Ie commerce
de France devait ,,de- fon c6te, fourifir aux Colonis
tous les inflrumens utiles a la culture; les poffef-
feurs des terres- devaieht les mettre' en oetvre',
&-par le-urs-travaux-&- leur-induflrie, porter cetre
culture 'a fon plus haut dfgre de prodiicTonh.
C iv






40 CONSI D RATIONS
Les Commercans ont fouvent manque a leurs
fournitures; jamais les Cultivateurs n'ont laiff6
repofer les infhiumens don't ils etaient pourvus.
Lorfque la Compagnie de Saint-Louis, (i)
,concedait les terres de la bande du Sud, don't le
Gouvernement 1'avait rendue proprietaire, elle
fourniflait aux conccilionnaires une certain quan-
.tit6 de provisions & les forcait a fe reconnaltre
.debiteurs des fommes auxquelles il plaifait 'a fes
Fa&eurs d'arreter leur eflimation. La mau-
vaife quality des infirumens. & des fournitures,,
ne permettant pas an Cultivateur d'en retire
1'ufage qu'il s'etait propof6, il fallait de nouveau
.recourir a la Compagnie, qui augmentait alors les
difficultiess & rehauflhit le prix de mille objets:,
don't le befoin ifflant faifait la feule .valeur. Apres
la r&colte 1'Habitant portait fes denrees a la
Compagnie qui en fixait encore le prix; elle
etait 'a a fois maitreffe du taux de 1'achat & de
'celui du paiement; enfin, d6duAion faite de ce
Sque fes travaux avaient produit, le Colon infortun6
fe trouvait toujours d6biteur de.la Compagnie.
La bande du Sud eft la parties la plus etendue
& peut etre la plus fertile des poffeflions Fran-
caifes a Saint Domingue, c'eft la moins cul-
tiv6e,& c'eft cependant celle qui a le moins fouffert

(I) Etablie en 1668, de'truite en 1720o.






SURILA COLONIES DE S. DOMINGUE. 41 -
pendant les guerres. Les Proprietairesy font charges
de contracts ufuraires dans le fort principal, ufuraires
dans les interets exiges (i). Voila les fuites du
monopole, fes effects fe font encore reffentir long-
tems apres qu'il a et6 d6truit; la Nature venge
l'humanit6 que 1'on opprime, & les forces des ri-
cheffes tariffent enfin fous les efforts de la cupidity.
Le commerce des Particuliers, qui s'6tait etendu
dans les autres parties de la Colonie, n'a pas ete
auffi deftrudeur; cependant il.a toujours voulu
gagner fur les Colons, & a cherch6 'a profiter
des inflans du befoin, pour mettre fes fournitures
a des prix exceffifs ; les, Loix qu'il a'voulu
impofer aux Cultivateurs fur-tout dans les mo-
mens ou l'adverfit6 rendait leurs befoins plus pref-
fans, font d'une duret6 qui parait eloign6e du
carad re general de la nation Francaife.
Un Ecrivain c6lbre (2) a raifon de dire que
les Etats Monarchiques foutiennent difficilement
les grandes entreprifes de commerce. Dans ces
Etats les N6gocians ne forment point de corps;
ils commencent par fe d6tacher du gros de la
Nation, & ne refpe&ent point fes interets ; ils

(x) Depuis 1766, plufieurs dentr'eux fe font pour-'
vus en reftitution centre des contracts, qu'ils avoient 6td
forces de paffer avec les Agens de la Compagnie.
(2) Montefquieu, dans Con Efp. d. L.






-42 CONSIt rt ATI 0 1N
font enfuite divif6s entr'eux par un principle de
jaloufie, bien different de refprit d'emulation qui
devrair Ies animer dans leurs entrcpiifes; enfin ,
ils font detach6s de leur profeflion elle-meme ; ils
ne I'exercent que paflagerement, & font toujours
pr&ts a, la quitter pour s'adonner a celles qui
payment un, plus grand tribute a leur vanity. De
tels hommes forntpeu jaloux d'acquerir la science
du commerce, & moins jaloux encore de fa durxe
c de.fa profp6rit6..
l. ls ont r6duit le commerce FIart de profiter
des.befoins refpe6ifs des Nationaux & des Colo-
nifles ; le nom de commercant qui emporte
avec lui la confidration que F'on doit an Citoyert
utile ,. femble n'itre pour eux qu'un tite de
contribution. Ils achetent h credit des marchan-
difes don't fouvent ils abfoibent la valeur par
anticipation ; les navies arrivent -a Saint-Do-
ningun, & les d6penfes enormes que les Arma-
teurs font pour foutenir, tn train faflueux, ne
font. foutenues elles-mhmes., que. par 1'efpoir
des retours ; de-la1 les faillites- & les malheurs.
faiis nonibre qui: allaimment la furet6 puIlique.
Cependant- tout fe vend- au- plus- haut prix- k
Saint-Dominglue; les dnr&es: d'echange monteht
a des fommes infiniment fupirieures la' yaleur
des marchandifes apportees dans la Colonie; Ie-
Commercant a done pu gagner; mais fi les denrecs






- SUR LACOLONIE DE S. DOMINGJE;. 43.
de' retour font vendues en France aux Natio-
naux, c'eft -fur ces derniers que fe realifera le:
gain fidif que l'on a fait 'a Saint-Domingue.
SQuel advantage la M6tropole retirerait-elle d'uri
femblable commerce, fi ce n'eft 1'armement- de
quelques navires & la formation de quelques,
navigateurs (I) ? : Erreur de Voltaire
Cette. r6flexion a fait dire ha Voltaire que colonies Franj
le commerce des Francais dans les Antilles,'
n'enrichit point le Royaume, qu'au contraire ii
fait perir des. hommes & caufe des naufrages.
" Ce n'eft pas fans doute, a-t-il dit, un vrai'
; b'ien ; niais les hommes s'6tant fait des necef-
, fits nouvelles il empeche que la France
, n'achete 'cherement de l'etranger un fuperflu
Sdevenu n6ceffaire,.
SCet Ecrivain ne fongeait pas qne les strangers
n'ayant point de Colonie gale 6 celle de Saint-
Domingue, la France peut leur vendre a eux-
m~me ce fuperflu (2) devenu n&ceffaire.

S(i) Ce ferair toujours un grand bien; la circulation
interieure & les forces du Royaume en feraient accrues-,
& l'on ferait. redevables a la Colonie de cet advantage
important,
(2) Si 1'on peut appeller fuperflu le fucre, I'une des
plus belles produaions de la Nature que 'art ait encore
perfefionnee, qui eft falutaire, balfamique, don't enfin
Iufage modrde peut prolonger I'exiftence de I'hcmme.






44 CONSID RAT 0 ONS
Mais le defaut de courage & d'induffrie a rendn
communes en France des denrees qui font par-
tout ailleurs a un plus haut prix. Les magafins eit
trant remplis, tout le monde s'eft cru affez riche
pour en faire ufage. II fallait vuider ces magafins
en couvrant la surface des mers d'hommcs & de
vaifleaux; il fallait aller chercher des confomma-
teurs dans tous les marches de 1'univers, & ne
pas attendre que des marchands strangers vinflent
acheter parmi nous, dans le teams de l'abondance,
ce que notre indolence nous forcait de donner k
vil prix.
Le commerce elf pauvre; it eft ruin.
,, par les fommes qui lui font diles dans les Colo-
i nies ; les armemens font couteux, & le ben&-.
,, fice d'exportation du fucre & des autres den-
rees dans les pays du Nord eft fi petit, qu'on
ne doit pas l'envier aux etrangers.-

En Angleterre ce Tel eft a peu-pres le language des N6gocians de
front les Colons qui
onle1oinsrpo. Nantes ou de Bordeaux comme fi le commerce
dufaxruese pouvait etre trop pauvre pour ne pas fe rendre
en France ce ron onreux. A l'egard des dettes de la Colonie de
lcs Commercans.
Saint-Domingue envers les commercans elles
ne font pas plus grandes qu'une demi-ann6e de
fon revenue; & quant au binefice d'exportation ,
il eft fi grand par lui-mime, ou par l'accroifle-
;ent qu'il done la circulation publique, que






6UR LA COLONIES DE S. DOMINGUE. 4'
les strangers font deux, traverf6es pour en pio-
fiter, tandis qu'une feule fuffirait aux amateurs
de France.
D'ailleurs le prix du ficre i la Jama'ique, h
la Grenade, dans toutes les Colonies Anglaifes
eft toujours I quinze .ou vingt pour cent au-
deffus du course de Saint-Domihgue, parce que
le fol des Ifles Anglaifes eft plus ingrat, que les
Anglais exigent moins de travail de leurs Negres
& les nourriffent a plus de frais, (ils font dans
1'ufage de leur donner des vivres & des poiffons
fal6s, ) qu'enfin ils font moins induftrieux dans ce
genre de culture, & que d'un autre c6t la
grande valeur iu'ils donnent en Europe aux den-
rees de leurs Colonies, par leur habilet6 dans le
commerce doit naturellement les faire monster k
un plus haut prix dans les lieux de la fabrication.
Les Negocians de France pourraient done offrir
dans tout l'univers les denr6es de Saint Do-
mingue (i), & particulierement le fucre, a quinze
pour cent au moins au-deffous du prix Anglais;
(2) ils obtiendraient done la preference.

(X) Les Caboteurs de Saint-Domingue,. qui portent
I la Jama'que du coton & de l'indigo, gagnent ordinai-
rement ce commerce dix pour cent fur le prix, & douze
pour, cent fur le poids, parce que le poids Anglais eft
plus I ger de douze pour cent que a mefureFrancaire.
(a) 11 y a cependant quelques obflacles. mais qui no







46 .-C 0 N S I .D tR AT I 0 N S
Voulez'vous favoir: d'oi vient cet embarras qu'i
empeche 1aggrandiffement du commerce metropo-
litain ? C'eft que 1'Ftat de N6gociant ne paffe point
trois generations; il n'eft entrepris que par des
hommes nouveaux qui s'l6event fans fonds, fur
-des projects mal concus, & ne cherchent qu'k
fire supporter indiffiremment les frais de leur
temerit., foit aux Francais, foit 'a d'autres.
Ils ne commercent que pour s'enrichir promp-
tement; ils ne connaiffent point d'autre but; ils


'font pas difficiles 1 lever; le premier, eft le grand prix
Au Fret, la chert des Navires en France, & la grande
depenfe qu'il faut pour les armer: (il faut tirer d'Irlande
le beuf pour nourrir les Matelots, ii faut procurer au
Capitaine & aux Officiers de Navire une nourriture
abondante & recherchee, & par confequent remplir le
Navire de provisions tres-cofteufes; il faut un plus
grand nombre de Matelots, parce qu'un Navire qui feraic
conduit par douze Mariniers Anglais, le ferait A peine
par trente Francais, i caufe de la difference du agreement,
des cordages, & des hommes inutiles que les Arma-
teurs Francais font obliges de prendre fous les noms
de Chirurgien, de Maitre d'H6tel, de Cuifiniers, de
Pilotins, &c.). Le second obflacle provient de la loi
impofde aux Navires Francais de defarmer au lieu de
leur depart, des frais d'entrep6t en France, & des droits
& imp6ts qu'il faut y payer avant de porter les denries
. I'etranger. Nous en parlerons encore.
-7 ,







SUR LA CotONE DE S. DOMINGUE. 47
ftparent les privileges du Negociant des devoirs
du Citoyen ; & quand ils fe croyent affez riches,
ils enlevent leurs fonds h la circulation gnerale,
(i) & abandonnent le commerce, fans s'inqui6tei:
de ceux qui les remplaceront.
Des hommes qui ne confiderent que le mo-
ment, c'efl--dire, que 'int6r&t particulier d'une
fortune inflantanee, ruinent le commerce & les
Colonies. A quoi fervent les richeffes qu'ils
ufurpent? les rendent-elles plus heureux ? Non
leur orgueil, ou celui de leurs defcendans les
precipite dans des embarras infolubles, & leurs
biens pafTent en d'autres mains.
On fabrique dans la Colonie de Saint-Do-
mingue, le plus beau fucre du monde I on y
recueille une infinite d'autres degrees, don't I'u-
fage parait, utile a toutes les Nations ; c'eft au
commerce a vendre ces denrdes & k leur ouvrir
un grand d6bouche, s'il ne le faith pas, il ne
remplit pas les vues de 1''tat, il ne fatisfait pas
I l'inter&t de la Metropole.

(I) L'argent qui fait le prix des dignitis, des fei-
gncuries, des charges, des alliances qui illuflrent la
retraite de ncs Cominercans, pcut bien n'&tre pas en-
rierement perdu pour la circulation, mais on conviendra
qu'il eft plus oififqu'il ne pourrait '&tre entire les mains
du NWgociant, don't la profenfion confifle a le fair cir-
culer & produire.






48 .C 0 N S I D A R A T I'0 N S
Cependant il parait indifferent k un Armateur
Francais, que le fucre vaille vingt ou foixante
fiancs, ponrvu qu'il remette au pair, & qu'il y
ait eu du benefice fur la vente de la premiere
cargaifon. Si les marchandifes de France fe
.vendent bien dans la Colonie fi les retours ne
percent point, fi le fret ne fouffre point de dimi-
nution, ont dit a la Bourfe que les affaires font
bonnes, quoique le fucre ne fe vende que
vingt francs; on devrait dire au contraire qu'elles
font tris-mauvaifes, car fi le fucre 'tait au plus
'haut prix, il en faudrait une moindre quantity6
pour remplir le montant des cargaifons vendues a
1'Am6rique; les cargaifons pourraient done 6tre
augment6es en nombre & en valeur, & il y
.aurait plus d'hommes employes. Le moyen de
rehaufler le prix des denr6es de la Colonie, c'ef'
*de fire les be6nfices que les strangers front fur
nous, tant qu'ellesferont accumulees dans les ports.
Si le fucre des Anglais eft inf6rieur; fi cepen-
dant il eft toujours .a un plus haut prix 'a la
Jamai'que qu'h Saint-Domingue il en refulte
qu'en Angleterre c'eft le Cultivateur qui a le
moins r6pondu aux vues de fa M6tropole, & qu'en
France, c'eft le Commercant (I): cette verite eft


(I) Les imp6ts etablis dans la France fur les denr6es






SU.RilLA COINIE DDES. DOMINGUt. 4
fi inconteftable ,que fi 'exportation' des denrees
de Saint-Domingue etait pernife-, aux' Anghis,-
elles rencheriraient, dans cette Colonie de plusi
de vingt pour cent. Ii faut donc s'attacher '
les faire:valoir & h' detruire, par les mo}ens les
plus prompts une concurrence auffi dangereuife.
Il n'eft de N6gociant v6ritablement eiiinable ,
que celui qui, ne perdant jamais de vue 1'itilit6
general de fa Patrie dans les entreprifes parti-
culieres qu'il fait 1'enrichit par fon indufirie ;
qui, dans routes les occafions, remote aux prin-
cipes invariables. du commerce qui, n'ont point
d'autre but que la profperit6 nationale" ;
Si la direaion du commerce faifait en France
la premiere parties du Gouvernement public ; fi les
Adminifirateurs portaient un regard'plus aflir6 fur
cette branch effentielle, les vues que la Metro-
pole a du fe propofer' feraient fans doute rem-
plies. D'un c6t6, on chercherait moins a gagner
fur les Colons ; gagner fur eux c'eft affaiblir les
moyens de cultiver; d'un autre-c6te, on crain-
drait de fomenter dans l'interieur du Royaume,
la confommation exceflive de leurs denrees : il eft

de la Colonie, 6tant un obflacle a 1'exportation I
l'Etranger, & par confequent au progris du commerce,
le blame ne doit pas tomber enrierement fur les Com-
mercans, les Financiers doivent le partager.
Tome I. D





0 .C N S I D, RA T I N S
dangereux d'impofer fur les Nationaux, le tribute
de l'induflrie, & de faire d6g6nerer en luxe, ce
qui doit Otre freraint 'a la reality des befoins;
enfin, on encouragerait 1'exportation des denrees
de la Colonie, dans les pays strangers; & loin
de la goner par des imp6ts, on attacherait 'a fes
progres des faveurs & des recompenfes. Le com-
merce de France deviendrait en cette parties, four-
nifleur & porte-faix des autres Nations, & ob-
tiendrait, a prix legal, la pr6f6rence fur la Nation
rivale, 4 caufe de la quality fuperieure du fucre
fabriquerdans les Colonies Francaifes.
Ainfi la quefftion qui fait le titre de ce difcours,
& fur laquelle il parait d'abord aflez diflicile de fe
determiner fe refout d'elle-meme, apres quelques
moments d'examen.






SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. I


DISCOURS IV.
Des forces de la Colonie en tant
qu'induflrieufe.

Q UOIQU E le commerce national n'ait pas
entierement fuivi les vues de I'Etat, il n'en eft
pas moins vrai que, dans la situation pr6fente de
ce commerce, les Colons ont ouvert h la France
une circulation profitable ; non-feulement la de-
penfe des armemens eft compenf6e mais on en
retire des advantages reels. Les fourniffeurs, les
ouvriers y gagnent ; 'acivite redouble; l'aifance
qu'elle procure faith croitre le nombre des fijets
laborieux; ils fe multiplient, pour ainfi dire, eux-
mimes & reparent, par l'augmentation de la force
& de 1'induftrie les malheurs de la d6popu-
lation.
Les fonds employs dans la Colonie pour
propager ce commerce, ne font rien en compa-
raifon des revenues qu'ils produifent; c'eft trop
les eftimer, que de les porter a huit fois plus que
le revenue annuel (i); il eft aluellement affez

(1) Avant la revolution du Cafd en 177z, les reve-
nus 6taient au capital, ce que le fixieme eft au tout;
car lesrevenus de la Colonie montaient a foixante-quinze
D ij






, CO N S I D R ATI ON S
difficile d'en faire une eflimation bien jufte. Ce-
pendant comme l'6valuation comparative des re-
venus & 'du fonds don't ils font tires, eft tres-
Snceflaire pour connoitre l'etat pr6fent de la
Colonie, je vais mettre le Le6eur a port6e de
s'en fire une idde aflez pr6cife.
Et pour cela je -choifis trois tipoques (i).
La premiere en 1764 ; c'eft 1'ann6e qui a
fuivi la publication de la Paix; c'eft celle oh le
Cultivateur a commence 'a recueillir le fruit des
travaux que l'efpoir lui a fait entreprendre pen-
dant la, guerre, & 'a cette Epoque, je trouve une
eftimation general faite par les deux Confeils
Supirieurs affembl6s au Cap, pour 'impofition
des quitre millions demands par le Roi, pour
1'entretien des troupes r6glees dans la Colonie ;
mais je m'appercois que MM. des Confeils ont
n6glige de faire la preuve de leur eftimation ; &

millions., & les capitaux a quatre cent quarante; mais
les plantations, le nombre des Negres & les batimens,
fe font accrus dans les montagnes fans beaucoup de
fruit.
(r) J'ai prdfer6 cette methode a toute autre, parce
qu'elle conduit en quelque forte a l'Hiftoire de l'Agricul-
ture, & du commerce de la Colonie,, dpuis la paix
jifqu'a prefent, & met par confequent le Leaeur plus en
6tat de juger de la veritable situation de la Colonie & de
fes products.






SUR LA COLONIES DE S. DOMINGUE. $3
*je mn'arrete pour la re&ifier, a une feconde
Epoque, qui eft en 1767; enfin, come il n'y
a point eu de revolution depuis ce teams fi cc
n'eft dans la culture du cafe & dans la diminution
du prix de cette denr6e, je pourfuis mon efti-
mation fans repetition de calcul, jufqu'en 1775 ,
qui eft le teams oui je me fuis dtermin6 a publier
ce Livre.

ETAT COMPARATIF DE LA COLONIES,
EN 1764 & 1767.
Sucreries de la parties du Nord.

C E T T E parties de la Colonie commencait- a
dtre etablie fous le gouverncment de Bertrand
d'Ogeron, en 1670 ; la culture n'y a ete en
vigueur qu'en 1737.

Sucreries en blanc en brut.
Haut du Cap ............ .. .
Quarter Morin & Ifle Saint-Louis 2.3 .. .
Limonade ........... ... 22 .. 14.
Grande Riviere &,Dondon ..... .. i.
Plaine du Nord. .. ... i2 8.
Petite Anfe .. 22 .
L'Acul.. ... ........7
Limb .................. i. 6.

1o8.. 38.
D iij






54 C 0 N S I D ] R A T I O N S-
De I'autre part... o8 38-
Port Margot. ............ I .
Quarter Dauphin & parties de Mari-
baroux ............. 2 14.
Autre parties de Maribaroux &
Ouanaminte. .. 13 8
Terriers Rouges & Jacquezy 16 8.
Le Trou & d6pendances. ... .. .22 ii.
Port de Paix .. ......... 2.. .

TOTAL ... 183. 8o.

I1 y avait en 1767 dans le effort du Confeil
Sup6rieur du Cap cent quatre-vingt-trois Su-
creries en blanc, & quatre-vingt en brut; deux
cents foixante-trois Sucreries tant en blanc ,
qu'en brut.
Depuis 1763 jufqu'au commencement de
1767, il a 6te introduit dans la Colonie, cinquante
mille deux cents trente-fept Negres tous occupies
a la culture; ce qui, en raifon des Negres qu'il
y avoit en 1763 ferait croire que la culture fe
ferait accrue, dins quatre ans, de dix-fept pour
cent; mais en obfervant que le tiers des Negres
de Guinee meurt ordinairement dans les trois
premieres ann6es de la transplantation & que la
vie laborieufe d'un Negre fait au pays, ne peut
pas etre 6valuee a plus de quinze ans, il faudrait






SITR LA CO'LONIE DE S. DoMINTGUE. ^
diminuer, xo. le tiers des Neg-es nouveaux in-
troduits depuis 1763 ; 2..' trdis cinquiemes de
la mafle total des Negres de la Colonie, & il
s'en fuivrait que la culture ne fe ferait pas: accrue
de dix-fept pour cent. Mais la mortality des Negres
nouveaux, don't l'introdufion cft pilblique', eli
compenf6e en grande parties par ceux qui pro-
viennent de la contrebande & les renaiffances
fippl~ent en partie h l'extin&ion des Negres faits
au pays ; cependant come iln'eftvenu, en 1767,.
que trois cents: quatre-vingt-quatre navires, qui
ont emporte toutes les denrees de cette ahnee-la ,
& que trois cents quatre-vingt-quatre navires de
port ou tonnage ordinaire n'auraient point fuffi
. l'exportation, fi la culture avait augment de
dix-fept pour cent,, 'augmentation doit etre fup-
pof6e h quinze pour cent.
Par les declarations faites en 1764, le fucre Llanc
eyportedu Cap, pefait... 35, III, 332 1.
augmentation a I p.1oo.. 5, z66, 699.
40, 78, o0311
Et la memeannreclefucre
brut export, pefait... Ii, 239,7001.
augmentation a If p.ioo.. r, 68 5 9 5i
-.. 12- 92f, 6;;.

Sucre blanc & brut export en 1767, de
la d'pendance du Cap. ...... .... 303, 6861.

D iv






16 C o N S I D' R A TI 0 N S
Les 263 fucreries etablies dans cette dependance,
ne donnent pas d'6gales productions, quelqu'unes
font de grands revenues, d'autres font tres-faibles,
mais prefque toutes etaient 'a leur plus haut
d6gre, de.culture en 1767, & il ne reftait pref.
que .point d'accroiffement a efprer.

La quantity de 3 303, 686 1. de fucre blanc
& brut repartie en 260 fucreries donne pour
chacune 2~.0,014 liv. ce qui n'eft pas exceffif;
mais il faut observer que dans cette quantity,
il y a trois fois plus de fucre blanc que de
brut..

Sticreries de la parties de IOuefl, don't
un grand nombre eft ufcepptible d'aug-
mentation.

La parrie de -Ifle quelles Francais ont cultiv6e;
la premiere, c'eft la parties de l'Oueft, 6tant
Hloign'e des etabliffemens de la Colonie Efpagn6te,
don't alors on avait a craindre les forces, & ah-
peu-pres au milieu de toutes les terres envahies
par les Francais : elle devoit etre neceffairement
le fi6ge du gouvernement.







SUR LA COLONIES DE S. DOMINGUE. :
Nomb. des Sucrerics. LEURS PRODUITS.
blane. rl
I Sucrerie aux Gonaives,
affez mal monte, . .. 15 Irn
19 A l'Artibonite, bien eta-
blies, don't 9 en blanc
a B5omilliers, z,zorm.
o enbrut 3oo mil. ...... 3,000
18 Aux Vazes, Arcahayes
& Boucaffin, don't 3
enblanc,deux.a oo m.
& une 1 400 milliers, I,ooo.
Ifenbrut, h 3oo0 ....... 4, 500
So Au Cul- de- fac, Les
Varreux, -& depen-
dances du Port- au-
Prince, don't 39 en
blanc & 41 en brut,
dvaluees par le detail
au produit totalde... 9, 84 17, 730.
I Au Grand-Gorve, ... oo;
49 A Leogane, don't I en
blanc & les autres
en brut.. .. 234. .. 13, 939.
13 Au Petit-Goave & Mira-
gouane, dont3enbl. 666 ,784.
7 Au Fond des Negres &
au Fond des Blancs,
don't 3 en blanc ... 7oo 6yo.
7 ANipes, Petit-Trou&
S les Baradaires.. 0r, o0
A la Grande Anfe, mal
dtablies & infertiles ... o.

197 Sucreries, dans la parties
de l'Ouef ont faith
n 1767 .... 14, 234m. .44, o04m;.







.8 C ONS I D ER A T I0 N S

Sucreries de la parties du Sud, toutes
*fjfceptibles d'une grande augmentation.

Cette parties s'etend depuis le Cap-Tiburon,
jufqu'h la pointe de la Beate, ce qui fait 5o
lieues de c6tes plus- ou moins refferrbes par les
montagnes, c'eft le plus beau canton de 1'Ifle,
& fi la culture n'y a pas encore e6t portee i fon
plus haut degr6, c'eft que la Compagnie de
.Saint-Louis en a retard les progres. (I)


(I) On efl redevable aux Anglais de la Jamaique &
aux Hollandais de Curacao, de prefque tous les dtabliffe-
mens de la parties du Sud ; la Compagnie de Saint-Louisy
avait portla difJlation;,le commerce de France, qui n'y
trouvait que des avances a faire & rien 5 recueillir, lavait
abandonndepuis l720 jufqu'en 1740; dans cet intervalle
les EtrargerS y porterent les chofes rinceffaires; mais fit6t
que le commerce de France vit qu'il y avait des revenues a
tirer, fes dfputrs firent des representations vehementcs;
on les crut. La P. &eait alors Intendant, on lui fit paffer
.des ordres,.en vertu-defquels on arreta D. T., C. & P.
fauteurs du commerce stranger, & on les punit auffi du-
rerment qei s'ils .n'avaient- pas e't les bienfaiteurs de la
Colonie & mime du commerce national, qui, fans eux,
n'aitrait point-trouv6e de revenues I exporter; ils firent
condamnes aux Gaieres, mais enfuite on fe conteiuta de
prendre leur fortune, & on leur fit grace,








SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 5f
I Sucrerie aux Anfes, Canton des Anglais, fur
laquelle ii y a trois cents Negres, qui pro-
duit. ".. .. .... 400 m.
70 Dans la plane du de o IfleI Vache,
don't to enrafinerie, roulant tant6t
en blanc, tant6t en brut, felon les
circonflances, 65 Sucreries en brut,
a 300 milliers .. ... 5oo
yenblanc, 300 m..1,5001om
10 A Cavaillon, don't a
a la baie des Flamands. 3, oo
2 A Saint-Louis . .... 6oo
I A Acquin ... ............ 300

84 Sucreriesdans la parties
du Sud, ont produit,
en 1767 ...... yoom.. .3, 800 m.


RECAPITULATION

Des Sucreries & de leur produit en 2767.
Sucre blanco. Sucre brut.
263 Dans la parties du
N4ord font .40, 378 m. .. 12, 9.im.
197 Dans la parties de
I'Oueft, font. 4, 234 .44, 503
84 Dans la parties du
Sud, font. .. r, yod ..23, 300

544 Sucreries ont produit 56, Iz m. .. 80, 728 m.
qui rdpondent a o19, 93r milliers de Sucre
terre, ou 175, 896 milliers de Sucre brut, blanc
& brut 136, 840 milliers.








So C ONS I- D k R A T IO N S

OBSER VATIO N.
SEn Mars 1764, l'affemblee des deux Confeils
ayant fait le relev6 des droits de fortie pays
Sen 1753 trouva que 1'exportation du fucre brut,
ayant mont6 cette ann66 k 67657 bariques
creoles, pefant beaucoup plus d'un miller; &
dans le plan de r6partition dreffi pour l'im-
pofition des 'quatre millions elle eflima l'expor-
tation futuie'a /80,o00o milliers, 6u bariques
d'un miller chacune; mais les membres de cette
affemblee ne firent pas attention que depuis 1753,
beaucoup de fucreries qui rqulaient en brut,
avaient etr etablies en blanc, ce qui diminuait
la quantity dti fucre brut-, & rendait rleftimation
trop forte; comme il eft evident, puifque malgr6-
rCtabliffement d'environ quarante fucreries depuis
la publication de la paix, jufqu'en 1767, notre
eflimation- ne va qu'a 80,728 milliers de fucre
brut. Ils fe tromperent de meme fur la quantity
du fucre blanc, qu'il ne porterent point affez
haut; ils ne l'Uvaluerent qu'a 35 mille barriques
d'un millier; -mais a la fin de 1764, on avait
export du Cap feulement 35,11,332 liv.' de
fucre terr6 & nous avons effim6 jufte en difant
qu'en 1767, il en eft forti 56,m2 milliers..


_C_~__p~ I~







SUR LA COLONIE DE S.'DOMINGUE. 6x
I N D I GO.
La meme affemblee reconnut que la quantity de
1,69o,545 liv. g d'indigo clare en 753, tai
au-deflbus de la quantity recueillie en 1763; elle
evalua la r6colte annuelle a 1,i886 milliers, fans
y comprendre. l'indigo qui n'ef pas d6clar6 &
qui eft enlev6 par les Anglais; mais cette culture
a diminu6 a mefire que le resier fe font uf6es;
les manufactures ont etC converties en fucreries,
cafeyeres & cotonneries; il s'en' eft etabli fort
peu de nouvelles, & les anciennes, qui ont etc
conferv6es, n'ont pas augmented leirs forces: Nous
eftimons qu'il s'eft fabriqu6 en 1767, 2,000
milliers d'indigo, don't environ 500 milliers ont
paff6 dans les Colonies etrangeres.
C O T N: .'
Cette affemblee penfait, on ne fait trop pour.
quoi, que la culture du coton ne ferait jamais
confid6rable dans la Colonie; l'ev6nement a
montr' fon erreur avant la guerre (en 1753),
on n'en avait declare que 1,393,646 livres, on
partit de-la pour en evaluer.l'exportation future
ha 1oo milliers; mais en 1764, on commenca
h planter beaucoup de cotonniers l'Artibointe,
. & cette culture s'eft toujours accrue depuis.
On a recueilli en 1767, dans la d6pendancq







62 C NSID RATIO N S
de Saint-Marc, en Coton ....... 500 m.
Au Cul-de-fac ............. 50
Au Mirbalais.............. 0
Au Petit & Grand GoAve. ... 60
A Leogane.. ... ............. 2.0
Au Petit Trou & 'a Nipes. ...... 0oo
A la Grande Anfe, les Abricots &
la Seringue... ............ oo
Jaqmel & dependances. . 300
Cap Tiburon, les Anfes & Labacon 00
Montagne de 'Ifle 'a Vache & S. Louis. xoo
C6tes de Fer & Acquin. .. .... oo

2, 55om.

II n'y avait point de cotoneries dans la parties
du Nord en 1767; mais c'eft au Cap que l'on a
toujours vendu la plus grande parties des recoltes
faites l'Artibointe & aux Gonaives. (I)
C A C A.O.
Quoique des experiences malheureufes aient
d6montr6 que le climate de Saint-Domingue fe
refufe a la culture des Cacoyers les -habitans
de la grande Anfe, encourages par les profits


S() En 1764, il en &toit forti 45 milliers par le Port
du Cap; & en 1767, ii en eft forti 627, 288 liv.







SURILA COLONIE DE S. DOMINGUE. 6<
immenfes qu'on en peut retirer quand la culture
r6ulfit pleinement, ont plante des cacoyers au
milieu des bois. On eftime qu'ilsrecueillent tous les
ans r 5 milliers de cacao, qui font vendus au Port-
au-Prince. Le refte du cacao que l'on peut
exporter, vient d'un petit commerce que les-
Marchands de la Colonie font avec quelques
Efpagnols de Carthagene & -de Sainte-Marthe;-
commerce qu'il ferait poffible d'aggrandir. (I)
CAF.
C A F E.
L'affemblee de 1764 obfervant qu'en 1715
il n'6tait forti de la Colonie que 6,941,258 liv.
de caf6 eflima que l'exportation de cette denrne
n'excederait pas 7 millions; niais 'ds la fin'de'
la mdme annee, il htait forti du Cap feuleinencr
9,480 milliers de cafe; en 1767 on en -,
recueilli 15600 m.illiers. ... ..
Efimation de la quantity! de Negres, qui e'ta;l
dans la ColonieaupremierJanvier 768.
En 1759, teams de guerre, le total des New,
gres du reflbrt du Confeil du Port-au-Prince,
6tait, par le recenfement general, de o04,839
Negres; fl en a et& introduir un petit nombre,
(i) Tous les Cacoyers de la Colonie pdrirent en
71y, leur culture- avait d introduite en x665 par
d'Ogeron. En gindralle pays eflt prdfent trop ddcou-
vert pour cette forte de plantation, qui exige beaucoup
de fraicheur & un grand abri.







64' -C o N S I b3 t R A T i o T' s
pendant la'guerre, par les Armateurs & Corfai-
res Francais & un nombre beaucoup pls grand
par le commerce interlope : non feulement ce
commerce a repare les pertes furvenues par la
mortality pendant la duree de la guerre, mais
encore il a produit une augmentation, puifque
le recenfement du meme effort, en 1763, 6tait
de. ................. o8,539 noirs
La population ne s'eft pas fi
bien foutenue dans la dependance
du.Cap, oui le poifon a faith des
ravages; le recenfement de cette
dependance, en1763, ne montait
qu'.. ....... ... .....98,000
Total des Negres portes fur les
recenfemens de la Colonie en
1763. . .206,539 noirs
Ce calcium eft d'accord avec
celui faith par l'affemblke de 1764;
eile eflima 'a zoo mille, le total des
Negres de la Colonie.
En 1764, 36 navires venant
des c6tes d'Afrique, ont appot6 Io,945 Negres
En 1764, 34 autres .. 10,153
En 1766, 47 autres 13,86o
En 1767, 50 autres .. Iq,279

256,776 Negres
La








Suit r.A COO IT'l DE S. D6MYNGUt. 6
..La p.aix avait done procure la Colonie en
1767 un accroiffement de 52237 Negres, fans
y comprendre ceux que la contrebande, qui etait
bieaucoup toleree dans ces premiers terms, avait
introduits, & qui avec les rehaiffances, doivent
avoir h-peu-pres balance la mortality, dans le
court efpace de trois ann6es.

RECAPITULATION

Des revenues de la Colonie en 7zyG (I).

Sncreblan iouteri:. 'g,irz m. 48liv. le quint. 26,933,7601
Sucre brut 0,72 A 24 i9,30o,620
Indig? ...... ...,oo 00 6 la liv 9,ooo,ooo
Coton 2,55o A70 le quint. 4,335,000
Cafr ..... .. 5.,6oo00 x6 f. la 1. 12,48o,ooo
Cacao .'. 1 50 z6 rzo,ooo
Cuirs en poil ..... 14 bann. ArS 1. chaq. 251,000
Cuirs tanns. ... 32 c6tes, A ioliv. 320,000
Caret. ... 4 a io livres 40,o00
Syrop oUi Meldae ... 50 bariques, A 3oliv. 1, oo,ooo
Tafia. ..... o bariques, A 7oliv. 700,000
Bois d'Acajou, Campeche &Gayac, pour. ...... 4,620

75,000,600 1.


S(I) La maffe des produf6ions enregiftrdes en 1767,
tuivant les declarations des chargers, eft un peu moin-
dre que dans cette recapitulatiori; cette diffrencevient
de I'excident dss poids declares, & des chargemens faiis
fous voile.


Tome I.








66 .C 0 N S D T.L A T I 0 N S

Preuve par V O L U M E des denrles exporttes de
lcxportatio.. S. Domingue, en z67y.

44Sucreries ont fait 56,112. m. ucre terr6, Tonage
dicharge ott
&. ... 80,728 fucre brut. encombrcmentu

Total, blanc & brut 136,840 milliers ou. .68,480toni
x,5oo m. d'indigo, le miller eftimd pour
untonneau ... ... ,oo
5y,0oo'milliers de cafe j le miller au
tonneau. ..... 15,60o
2,J5o milliers de coton, 700 livres au
tonneau. ..... 3,643
14 m. bannettes de cuirs en poil, Il 5o
chaque, & iooo au tonneau 750
32 m. c6ts de cuirs tannds, 1 To I. &
looo au tonneau. 3.20
Bois d'Acajou, Gayac, Campnche
& Caret .. 40

90,700 ton.

SOn peut tranfporter ce volume avec 400 navires
de 22.7 tonneaux chacun; mais comme tous les
nTvires ne font pas de cette'jauge, on peut fuip
poter o00 navires de 1 o tonneaux chacun zoo00
de20oo, ioo de 28, oo00 de 300 :400 por-
teront 90,700 tonneaux.
Medium, -27 tonneaux;








SUR LA COLONIES DE S. DOMINGUE. 67'
T TA T des Navires chargis,dans la Colonie,
en z767.
DES MEa t ,
d'Europe, d'Amrdrique;
Au Fort Dauphin.... :.
Au Cap..... .. a.
An Port de Paix .. .. 2.
A Sain Marc .- o.
Au Port au Prince & L&ogane 116 r. '
Aux Cayes S. Louis & Jacmel 49 .3
D'D'Europe 384. d'Am. 68.'

Dans Ie nombre de 384 Navires
d'Europe, il y avoit 50 Ndgrjers.

PR OGRE SSION de la Colonie,
Sjufqu'en 1774.
II eft venu de Guinee, depuis 1767 j ufqu'en r774;
274 navires negriers, qui ont apporte 79 mille Ne-
gres, ce qui faith par chaque ann6e 13 mille Negres
on environ.......... .. 79,000 Negres,
La mortality fir les Negres
tranfplant6s a &te au tiers, parce
que les strangers ayant eu conf-
tamment la preference de la traite,
on a introduit beaucoupdeNegres
de rebut; la fraicheur des mon-

79,000 Negres.
Sij








68 Co NS'ID RAT IONS
De Fautre part. .. 79,000 Negres.
tagnes a d'ailleurs contribute a
leur deftru&ion, & il eft a
remarquer que trois cinquiemes
des Negres nouveaux depuis
1767, ont ete employes a la
culture du cafe, qui ne reuffit
que dans les mornes & dans les
terreins les plus humides; il faut
do6nc deduire.. .. .... 26,333 Negres.
Refte. ..... 52,667 Negres.
qu'il faut ajouter a la quantity
de 2 56 mille, qui 6tait dans la
Colonie en 1767, ci. ... .2.6,ooo Negres.
308,667 Negres.
La population des efclaves dans
la Colonie a ete.jufqu'k prefent
tres-faible & les renaiffances
6rit WtE prefque doublees par les
mortality: les Negres nouveaux,
font d'ailleurs foit peu d'enfans
dans les premieres ann6es de leur
arrivee dans le pays ; il ne faut
done calculer que fur lar6naiffance
annuelle d'un Negre fur 30,
308.667 Negres.







SUR LA-COLONIE DE S. DOMINGUE. 9
Ci-contre .. .308,667 Negres.
ce qui fait io288. Renaiffances
pendant 6 ans, ... .. ... 61,72.8 .

370,39 Negreg.
La vie laborieufe des Negres '
-n'etant que de 15 ans, ii perit
.tous les ans h-peu-pres un quin-
.zieme de la quantity general; il' -
faut donc 6ter de la maffe- fix .- .-'
fois le quinzieme de- 2 .6 mille
Negres qui exiftaient en 1767 1o02,396 '
267,999 Negres.-
L'introdu&iondes Negres de,: '
contrebande, quoique toujours
obftaclee de la part du gouverne-
ment, peut. tre juftement eva-: -
Sluue par.chacune des fix annees
.qui fe fontecoules depuis 1767 *
a 4000 tetes de Negres ; pour
fix ans ... ..... ... 24,000 Negres.
Total des Negres qui etaient
dans la Coloniie a la fin de l'annee
1773. '. .. ., 291,999 Negres.

Il y a done eu une augmentation reelIe de
pres de.40 mille Negres en fix ans; les trois
.... ... .E iij- ,








0ro Co N-SIDERATIONS
cinquiemes de cette quantity ont e t emr-loys h
la culture du caf ; & l'on a 6tabli depuis r767 ,
une infinite de cafeyeres;' elles ont cofit la vie
i beaucoup de. Negres nouvellement pris en
Guinee, qui ont t- livres trop-t6t a de rudes
travaux dans des montagnes couvertes de brouil-
lards oi ils ne pouvaient trouver qu'un climate
ennemi, & fouvent point de vivres convenables.
C'eft ce qui a rendu 1'accroiffement du nombre
des Negres biens moins .fenfible, -qu'il nel'aVait
:et# depuis Ia -paix jufqu'en 1767. On pent done
affiiret que, malgr6 les grandes r6coltes de cafe
.fait.es depuis 1767 jufqu'en 1772., les progress
de 'ette culture n'ont point tr 'avaitagetux a la
Colonie.

etatdesre- A prefent les-nouveaux etabliffemens en caf6
venus de la
colonie, font nuls, quant a la progreffion des revenuess de
D 1774. la Colonie;- car, outre que tons manquent de
forces & commencent a etre fdrt mal entretenus,
.: il' faudrait qu'ils produfiffent- le-double, pour
egaler .le prix que la Colonie. aretir&-du caf6
en 1767 : on eflime la rcolte de. 1774 -
29,700 milliers, mais a peine pourrait on
6valuer cette denree a 8 fols la livre dans une
eftimation general.
On a convert nn grand nombre de Cafeyeres
en indigoteries & en cotonneries; mais dans Ie







SUR LA COLO ~IE DE S. DoMINGUE. 7t
principle de ce changement, on ne pent pas
encore appr6cier les products.
On eftime qu'il s'eft recueilli en, 1774, deux
millions trois cents cinquante milliers d'indigo,
don't il faut deduire cinq cents milliers qui ont
et& enlev' s par les strangers.
SLa recolte du coton' eft portee.h 3,500,00o0
II a ete fait depuis 1767jufqu'en 1774 46tabhlif
femens en' fucrerie, don't 25 dans la bande. du
Sud, 14 dans la parties de l'Oueft,- & 7 dans la
dependance du Cap, don't deux af Port-de-paix.
Cette augmentation dans la fabrication du fucre,
s'eft faite en grande parties par Ie changement de
culture, & l'on y a employ affez peu de Negres.
nouveaux. Plufieurs des ftcreries qui etaient, en
1767, : entire les mains diun feul Proliritaire,
ont 6prouv6 depuis des partages fiftifs ou r6els
entire fes heritiers, & quoiqu'il n'en foit refultG
aucun changement dans les products, nous comp.
terons dans la Colonie 65o fucreries qu'on
eftime avoir produit 59 millions cent milliers
de filcre blanc, & 88 millions 408 milliers de
fucre brut.


E i








72 .C O N S I D -R A T IO' N S

t R'E CAPITULATION
des rcvcnus.
Des revenus en 1774.
Sucre blaneou terre .. 59,ioo i. A 48 liv. e quint. 28,368,000 1h
Sucre brut ....... 88,408 a 24 lequint; 21,217,32
Indigo. ...... ... .,85o A 6 la liv. x,oo,ooo
Coton ........ ,0o A x$1o le quint. 5,9500,90
Caf6. ........ .29,700 A 8 f. la 1. xz,88o,oo
Cacao.... ..... 5o .A ,, 16 lal. 20,00oo
Cuirs en poil ..... 24 bann. a x8 f. chaq. 252,000
Cuits tannds ...... c8tis, A xo livres. 320,000
Caret. .. to livres. 50,000
Syrop ou Melafle. 58 bariques, 33 Ev. 1,9r4,oo0
Tafia .. o bariques, A 72 liv. 720,000
BoisdeGayac,Acajou & Campche, pour. ...... .. 9,680

TOTAL 82,ooo,ooo-0

RECAPITULATION

Des forces employees pour fire ce revenue.
TERRES, BATIMENS ET PLANTATIONS.
65o Sucreries, tant en fucre blanc qu'en fucre brut
eflim6es, terres,"plantarions & batimens, 186
Smile livres chacune;. ... .. : 117,O m.
i$o6 Cafeyeres, eflimhes, terres & bhtimens,
S2oooo0000 livres chaque ... 30,oo00
6o0 Indigoteries, eflimC's 30000 liv. chaq. 18,000
400 Cotonneries, efrimnes 30000 chaque. 1z,ooo
Etabliffemens en cacao, Guildiverics,
Rafineries & Entrep6ts ... 1,000

3 xo5 Habitations en grande culture, eftimees 178,000 m.






Tome 7. page 73.


'..,~ )-.


SATA T


DES REVENUES ET DES MPOTS DE LA COLONIES DE SAINT DOMINGUE,
en z776.
A
P O I D S. COMBREMENT. P R I X. I M P O T.
P liv. liv.
S CRE B LANC C ...... 60,000 milliers, lantpour .. ..... 30,000 tonneaux, a 5o0. le quintal.. 30o,00,oo0 paye 36. parmillier. .. z,16o,0.oo
SUCRE BRUT ....90,000 m.... pour .... 4,ooo .... .5 1.le quintal z,5ooooo 8 1. par miller. 1,6zo,ooo
IN DI G 0.. .. I8* oo m .. .. pour ...... .. ,8 ,oo ..... 71. 1 aof lalivre.3,5oo,ooo o f.parlivre .. 900,000.
CoT o N .. ..........3, oom ... ..pour S,ooo .. z. 01, le quintal. 7,000,000 f. 6d. parlivre.. 4 ,5oo.
C A F E. ...... 3o000 m... .. pour. ..... a.3z k. ........ ..8 la livre ,800,000 8 1. parmillier 76,ooo000.
CA C A . 15om.. pour ... 5 ..... ..6f.lalivre. xzo,ooo n'eft pointtax .
S YR O P, i8,ooo boucauts, pt... 56,ooo m ... .. pour .... .8,000o 661. le boucaut.. 1,848,000 .7 f. o d. parbouct.. z1o,ooo .
T A FI A, io,ooobarriques, p.. z,ooo m ... .pour. .. .. 4,000 o ... 7. i.labarrique. 720,000 6. par barrique. .. 6o0,000ooo.
CUIRS EN POIL, i4m.bann. pt.. 750 m... ..pour. 750. .81.abannette. zSz,ooo zl.parbannette. 8,000.
CUIRS TANNES,31 m.cotes,p. 3z m... 3zm... .. pour. ..... oI, le cote .. 30000 I. par cote'. ,000
C A R E T ...... 5 m.. pour .5 la livre 50,000 .. ne payment rien .
GAYAC, Acajou & Campeche. i,5oo m.... .. .. pour .. oo. 40,000 ne payment rien


*POIDS.. 46,5z miliiers. ENCOMBREMENT .147,525 tonneaux. .PRIX. ..89,150o,ooo000
Scaie ..5,998,500
Valeur commune de toutes les degrees, al'inflant de leur fortie.... ....... .95,148,5o00.


. .IM P T .... 5,998,50o .
'-I-lw---->. ~4 A


LE s Commiffaires des deux Confeils affembl6s au Port-au-Prince en Avril 1776, pour la r6partition de l'Imp6t, n'ont efiimr le produit de cet Imp6t,
qu'a 5,310 mille livres, y compris le cadaftre, au lieu que nous l'evaluons a 5,998,o00 livres fans comprendre le cadaflre; ce qui fait une difference de
pres du neuvieme entire leur calcul & le n6tre.
La raifon de cette difference eft que Meffieurs les Commiffaires, au lieu de calculer l'etat a&uel de la Colonie & de fes productions, fe font diriges
fur un releve des declarations d'Ocrois faites depuis 1770 que l'Intendant leur a fourni; & ils ont dit, l'Imp6t a produit en cinq ans une telle fomme, qui
donne par chaque ann6e tant, done en faifant tels changemens dans la repartition, telles augmentations, rI'mp6t produira cette annie & les fuivantes,
5,310 mille livres; il eli tres-evident que cette maniere de calculer n'eft point bonne.
i. Les declarations faites aux Receveurs des O&rois, font des guides infideles ; .o. les revenues de la Colonie, font plus confid6rables qu'ils ne l'6taient
en 1770; & come il y a lieu d'efp6rer qu'ils s'accroitront encore, i y a une furcharge tres-forte dans la repartition.
1770 & crnme y a ncor, y un


-------~i-------- -nwr ~~------=-i~--







SUv LA,COLONIE DE S. D,OI,NG.UE. 73
SCi -contre. .. .. 178,0ooo00
NEGRES ET ANIMAUX.
SI faut deduire fur.la quantity de .92 mille ...
Iegres, trente mille Negres ouvriers & do-
meftiques, employs dans les Villes, Bourgs
& Embarcadaires, Cabrouetiers, Cano'-
teurs, &c. II refle 62 mille Negres, anciens
& nouveaux, grands & petits, a 15ool. 375,o0om.
6ooo Mules Mulets oo 1. 1'un d.l'iutre. -. 3,00o )
4000 Chevaux, a30olivres ... 1,zoo
9o00 Betes A comes, employees a I'exploita-
tion, a -1zo livres .,,..I,oSo
Total des forces employees a la culture. 558,28o mI
Dont le huitieme et 69,785,.
Ainfi les revenus-.de la Colonie excedent de
plus de io millions, .le huitieme.des fonds em-
ployes a les produire;. & la .mdiocrite des prix
que nous avons ports afire que. dans totes
les circonflapces hourss celle de. la,guerre ) la
Colonie ne fera,.pas un moindre. revenue.
.Voila ce qui, fournit'a 1'exportation annuelle
de plus de 49. navires des. villes Maritimes de
France, & 'a un sabotage, trs-6tendu;' on a vu
jufqu'a ioo bitimeqs r6unis dansila rade du M1le
pour le: commerce du bois & .duifyrpp ; june
quantity de batimens Francais & strangers trai-
tent fecretementile .long des c6tes; enfin i y a
environ oo0 bateaux.l ~i font charges plufieurs
fois par.an dans la Colonie, pour la Jamaique,
la.-Nouvelle Angleterre, la Cote d'Efpagne, -&
Curacao; & :r.Metropole a fouvent reflenti de
bons effects de ce commerce Ameriquain.



i.,






4 CD Eo S C I P T I 0 N
DESCRIPTION
'Des-Villes & Bourgs de la Colonie & de
leur situation cdrmmer5ante.
P.A:RTIIE DU 'NORD,
Qi coqmprend :ie report du Confeil Superieur
.. du Cap. .
La ville du Cap' elf fittiee aau pied d'un morne
c'eft le lieu le plus a porte- du mouillage, mais
on auroit pu batir la ville plus convenablement
B une 'derii-iitiee plus loin,' 1'Embarcadaire
de Ia petite'"Arife, daris uinterrein plus Tpacieux
& plus comiioide; la haureur des montagnes
enmpeche que- rori- ne puiffe reffentir au Cap Ie
ient, qui-s'1ielve-ans la plairie; la chaleur dit
fo1eil yfft aiiigirent'e par la'i:rverbration de ces
'inontaghiees' &''air i'efi jamais rafraichi 'que-par
le venriq'ii vienf'du c6t6 de: a iiefi. La richeffe
& la fertility' des quartiers voifins, a porter cette
vill 'a nui degre de fplendeur qui ne s'etoit point
encore vu dais les Cblofnies Fraiicaifes; elle eft
divif6e en 2.40 lets de 2zopieds chacun, forms
pour la pltpart de maifons' commodes & riantes;
on en comptait en i767, 840 & ein 1774, 893'
fans comprendre les cafes oil baraques en- bois :
on continue ab :'bir; le feul edifice public qui
foit bati rgulieueinent, c'eft Ia miifon; du gou-






SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 77
vrernement, autrefois e des Jffuites. Les Cafernes
-font grades, mais faitesfur de mauvais plans; 'Eglife
Paroiffiale ne irpond pas aux d6penfes qu'on a
faites pour 1'lever i il y a deux places publiques,
celles de Notre-Dame, ouf fe trouve l'Eglife, &
celle de Clugny, oif fe tient le march; il y a une
fontaine au milieu de chacune de ces deux places;
on y trouve ordiiiairement'del'eau, miis elles font
d'une architeAttue bizarre6 & ridicile.La place de
la Comrdie eft une troifieme place nouvellement
faike; on"jy rnemarque tune fdntaiiie plus ridi-
cule encore' que les': deux '-aiifres:' La prison
eft un: bAtiiient neuf & cbnfid6Cible. EIs-maiifons
-de Providence, trop vantees dans un ouvrage
mriderne (x),' ne fontf qie des imonuiiefis d'infi.
delite & de inauvaife administration : elles devaient
etre bien utiles, mais leur inflituti6ri etait trop
-belle pour etre fuivie; la main de 'l'homme a
-tout renverf6. II ne refle que deux' h6pitaux:
dans l'un on recoit gratuitement quelques men-
dians, &' des Matelots en payant; dans l'aitre',
un trAs-petit nombre d'orphelines &' des filles
folles,- don't 6ri retire des' enfions,'Les revenues
-attaches h: ces deiix miaifons, devraient procurer
deux hofpices plus honorables & plus fruiueux.
: Le Cap content feul,' autant'd'hahitans que toutes
(xi) L'Hifoire Politique& Philofophique du Commerce
a les Europ~ens, dans les deux Indes,





76 CONSID ERATI O.NS
les autres villes de la Colonie : on peut en porter
je nombre 'a o mille perfonnes libres, fans conm
prendre les navigateurs, les- foldats, les gens
fans aveu & trente mille efclaves.
SLe Fort Dauphin, ou il y a une Jurifdiaion
Royale;, eft yne ,petite ville:qui n'a gueres plus
de cent maifons, il y a pourtant aux environs des
.ilaines confid6rables.,,mais tout le-,commerce.fe
yporte -naturellememt- iu Cap,-, qui -eft le centre
.des affaires.,
-- Le quarter duPort-de-paix et- parvenu, de-
,uis g bien des.annees au d6gre de culture &: de
.*populatiPoi, don'tt iljetait :fifceptible;3 on y avait
:efp6r, daps ges: derniers terms, un accroiffement
S.de' yaleu.,):par les plantations en caf6, mais
YlJ'vnement:a d6truit cet efpoir. La.ville content
, enviropn, 12.omaifons.;, .
S La.vijle du M61e Sgint-Nicolas., qui reIeve de
.la juirifdiAioni duZPort-de-Paix ; eiriche &.peiu-
pIe;e ; port eft tres-.fr6quente6; :es: strangers
s'y, raffemblent. pour le commerce du bois &i- du
fyrop; on competee dans la-ville: 2io maifons ou
cafes, &.bon ne ceffe point ;de; batir. La. plipart
-de ces maifons. font, de bois.de':pifpain,: & palif-
.fad6es de meme;: elles .onti 6tE appoitHes toutes
,faites de la Nouvelle Angleterre. Les Allemands
e&tablis 7r-'Bombardopolis culttivent. des vivres,
'dui c6ton du cafe, & meme un peu d'indigo





SUv LA COLONIE DE S. D'OMINGkiE. 77
qu'ils vendent au Mole; ce novel 6tabliffement
qui dans les commencemens i'avait point eu de
fuccs, s'eft promptement accru.
Les autres Bourgs & Embarcadaires de la
parties du Nord, font de petite consideration; ils
peuvent comprendre trois cents cinquante feux-
PARTIE DE L'OUEST.
Le Port-au-Prince, ville capital, etablie en
1750, n'a diu fon tabliffenent qu"a l'id6e trop
avantageufe qu'on avait concu de fa situation
Maritime; deux ports forms 'a 'entree de la plaine
du'Cul-de-fac, par une chain de petites miles, ont
determine bient6t des homes jaloux d'entrepren-
dre, & peu capable de reflexion. Le grand Port,
define principalement pour les vaiffeaux du Roi,
eft mal fain. Les marais faumatres qui fe forment
fur les lots don't il eft entoure, resident l'air
contagieux, & cette contagion fe repand dans
la ville ; les vaiffeaux y font plus fujets qu'ailleurs
akla piquure des vers. C'eft cependant ce cloaque
infea qui a fixed fur fes bords le chef-lieu d'une des
plus belles Colonies du monde, & le fi6ge de
fon gouvernement; le Port Marchand fe comble
tous les joiirs. Les gros vaiifeatx fa'y entreraient
phis fans danger; dans les baffes-marees. ta ville elit
b'tie fur le tuf; les eaux qui defcendenti des
montagnes 'y entretientent beaticouip d'hmidirt6





78 C N SID -R NATIONS .
& quand les torrens, forms par les avalafTes
laiflent un paffage libre dans tous les quarters,
la r6flexion du foleil fur le tuf, rend la chaleur
infupportable; mais le plus grand de tous les
defagremens, c'eft qu'on y trouve fort peu d'eau
pour boire, & qu'il faut 1'aller chercher tres-
loin. On y comptait, en 1767, 5o maifons en-
tour6es de galleries, difperf6es dans vingt-fieufrues
tres-larges & bord6es d'arbres, qui attiraient dans
les maifons toutes fortes d'infe6es. Le tremble-
ment de terre de 1770, a renverfe une parties des
arbres plants fi mal a propos; les rues ont et6
continuees dans leur etonnante larger, & les
maifons ecroulees ont et' remplac6es par 6o5 cafes
de bois, pour la plipart affez commod6ment & tres-
fobdement baties.
Logane eft une ville heureufement.fituee :les
rues font bien diftribuees, & n'ont ni la larger.
exceffive de celles du Port-au-Prince, ni la di-
menfion trop refferree de celles du Cap. On y
trouve 350 maifons; elles 6taient prefque toutes'
conftruites en pierre, mais ayant et6 renverf6es.
en 1770, elles ont ete auffi-tot rebhties, en
bois.' Cette ville eft h une demi-lieue de la
mer, dans une plaine fertile, portee a fon plus
haut degree d'6tabliflement, & arrof6e par un
grand nombre de petites rivieres; come le de.
fiichement de cette plaine eft ancien, les par.





SUIZ LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 79
tages de famille, en multipliant les habitations,
en ont reduitplufieurs a une trop petite etendue.
I! faudrait, pour faciliter le commercede Leogane,
ouvrir un canal depuis. la ville jufqu'a la mer.
Ce qui deviendrait facile en y portant le lit del
la grande riviere de ce quarter, & les egouts
des habitations qui en detournent les eaux.
La ville de Saint-Marc qui eft a l'entree de la
plaine de l'Artibonite, confifte en -250 maifons,.
entire lefquelles on ne .remarque aucun autre edi-
fice public, que la falle de la Comedie. Les ha-
bitans de ce quarrier font paffionnes pour ce
genre de fpe&acle; mais les d6bordemens des
rivieres qui furviennent tous les hivers, les en
privent dans le teams ol ils pourraient en jouir
le plus agr6ablement. La ville, quoique petite eft;
riche & commercante; c'eft-a- que font portees
en grande parties les recoltes de la plaine de l'Ar-
tibonite; ces recoltes, d6jh confiderables, feraient
immenfes, fi on parvenait 'a arrofer la plain
avec les eaux de la riviere don't elle prend le
nom. Plufieurs Entrepreneurs fe font propof6s &
ont d6montrr la poffibilit6 du fucces, particulie.
recent Monfieur Courregeoles, don't les plans
$pprouv6s par l'Academie des Sciences, meritent
1'applaudiflement & la reconnaiffance du Gou-
vernement & de la Colonie : cependant il y a
encore des habitans qui fuppofent que l'exFcution






g6 C 0 N S'I D i R A TIo 0 Ss
de ce project peut-etre daigereux. L'Artibonite
eft un fleuve impetueux, qui pourrait, difent-
ils, malgre 'es digues les mieux etablies, fub-
merger les habitations, au lieu de les rendre plus
f6condes; cette entreprife exigeant par elle-rmeme
de grandes avances & des d6p'enfes prodigieufes;
ils ne fe croyent point affez affures du fucces.
-Le petit Goave n'eft plus qu'un bourg mal
peupl6 ; on n'y voit rien qui puiffe rappeller l'an-
cienne fplendeur qu'il eut dans les premiers tems
de la Colonie: on n'y trouve qu'une centaine
de maifons affez mal entretenues.
SLe bourg de la grande Anfe ou de Jereinie;
ift bati fur un fol eleve, & l'air y eft tres-fain,
les environs font bien cultives ; on y recueillait
dans ces dernieres annees beaucoup de caf6, du cacao,
in. peu de coton & fort peu d'indigo; mais la
i6volution du caf6 donne lieu de croire que les
autres cultures y prendront bient6t de l'accroif-
fement: On compete 2zo maifons dans ce bourg;
tes autres bourgs & embarcadaires comprennent'
environ 2.0 feux.
S PARTIES DU SUD.
Le bonrg de Jacmel eft fitu6 entire des mon*.
ragnes qui ine font pas bien fufceptibles de grande
EuTtures; mais le Port eft bon & fa position
i- rend tris-propre a entretenir un- commerce
avantageux





SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 8t
avantageux avec les Hollandais de Curacao : ce
commerce ferait principalement utile en cas de
guerre, parce qu'il fervirait a I'approvifionnement
de la parties de 1'Oueft. La vile de Leogane, qui n'en
eft eloignee que d'environ douze lieues, fervirait
d'entrep6t; il ferait facile d'ouvrir un chemin de
comniunication entire Jacmel & cette ville, pour
toutes fortes de voitures; on ne compete a Jacmel
que 80 maifons.
La ville de Saint-Louis, fitude au fond de la
baye de ce nom, dans un terrein bas & envi-
ronfi de marais faumatres, couverts de mangliers,
eft un pofte tres-important pour la guerre, &
propre h I'armement des corfaires, mais une ville
bien pauvre durant la paix; la Jurifdi&ion qui y
eft etablie y a fix6 une centaine de blancs mar-
chands & ouvriers, & beaucoup de Negres &
MulAtres libres. On jr vit a peu de frais; la plui
part des maifons font donnees pour rien a ceux
qui veulent bien les habiter & les entretenir, h la
charge de faire d'autres conditions avec les Pro-
prietaires fi-t6t que la guerre furviendra. On y
trouve encore foixante maifons, don't plufieurs
tombent en ruine. Un territoire de o5 lieues,
releve de la Jurifdi6lion de Saint-Louis; on a
propof6 d'y creer un Confeil Sup6rieur, oui l'on
portrait les appeals des Jurifdiaions de Jacmel &
de Jeremie, & de transf6rer la Jurifdi&ion aux
Tome I. F






82 C 0 S I D f R A TI NS
Cayes : cet 6tabliflement joindrait aux autres avan-
tages qu'il prefente, celui de conferver & d'ag-
grandir la ville de Saint-Louis.
Celle des- Cayes efl fituee au bord de la mer;
'a 'iflie de la plaine du fond de 'Ifle 'a vache,
la plus belle plain de toute la Colonie; elle
comprend quatre cents maifons, qui forment
diffdrens quarters f6pares par des foffts & des
lagons; la parties de la ville appell6e la Savanne,
en renferme plufieurs que leur profondeur rendra
difficiles a combler; on y voit quelquefois des
cayemans. (i) Ces amas d'eaux flagnantes & fau-
matres rendent la ville mal-faine. Le Port des
Cayes n'eft point fur pendant que regnent les
grands vents ; ce n'eft, pour ainfi dire, qu'une rade
foraine, & les navires font obliges de fe retire
i trois lieues de-la dans la baye des Flamands,
pendant les hivernages. C'eft aux Cayes, que fe
portent prefque toutes les recoltes de la parties du
Sud; onycompte foixante Commis on Agents prin-
cipaux du commerce de France; plufieurs Fa&eurs
du commerce stranger y r6fident ordinairement.

(i) Animal amphibie qui reffemble au Crocodile; fa
grandeur eft ordinairement de huit h dix pieds, mais ii
y en a de prodigieux; ii fe tralne fur la terre comme
le Lizard, ii ddvore les bceufs, les chevaur, les chiens
& fruit devant les homes,