[Tshyirima II Rudjugira]. Guerre contre le Burundi sous le règne de Tshyirima II Rudjugira. Extrait de R. P. Pages, "Un ...

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Tshyirima II Rudjugira. Guerre contre le Burundi sous le règne de Tshyirima II Rudjugira. Extrait de R. P. Pages, "Un Royaume Hamite au Centre de l’Afrique," 1933. 12 pages. Jean-Marie Derscheid Collection
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Mixed Material
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Pages, R.P.
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pp. 586-596

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University of Florida
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AA00001752:00001

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586 un royaume iiam1te au centre de l'afrique
CHAPITRE IV
Un pisode de la guerre contre l'Urundi. La mort de Gihana, fils du roi Chyilima II Ludjugira.
L'vnement eut lieu sous le rgne de Chyilima II Lud-jugira, il y a peu prs deux cents ans. Ce n'est l qu'un des multiples pisodes de la guerre contre l'Urundi. Les rois hamites des deux royaumes furent presque toujours ennemis et ne cessrent de se disputer la possession des provinces limitrophes du fleuve de l'Akanyaru. Il ne se passa presque pas de rgne sans que Barundi et Banyar-wanda n'en vinssent aux mains. Dans le rcit en question, Gihana, le fils du roi Chyilima II, qui tait la tte des troupes, est vaincu cl tu dans le combat. La lgende s'est empare du fait et a embelli le hros. Nous ne changerons rien aux lignes suivantes qui relatent le dvouement du jeune prince.
I. UNE PREMIRE VERSION.
1 La famine; consultation des devins. Choix d'un Librateur. Longue attente et nombreux prparatifs.
Chyilima II Ludjugira rgnait sur le Rwanda depuis de longues annes. 11 avait quatre fils, Kigeri-Ndabarassa, qui devait lui succder, Gihana, Binama et Sharangabo. On les avait surnomms Abatangana (ceux qui ne se dtestent pas), tant la chose tait rare dans les familles royales,
Or, il y eut une grande scheresse, la famine svit sur le pays avec son cortge de maux. Btes et gens mouraient en foule...
Le roi fit appel aux sorciers-devins, pour savoir quelle tait la cause d'une si grande calamit. Aprs avoir con-


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suite les serte (kulaguza), les sorciers dcouvrirent que c'tait Ntare, le roi de l'Urundi, qui avait dchan tous ces malheurs sur le Rwanda : La mre de ce dernier vient aussitt trouver le roi : Je t'en prie, lui dit-elle, ne laisse pas encore partir Gihana. Il est trop jeune. Qu'il fonde d'abord une famille et nous laisse des petits-fils, qui resteront auprs de nous. Chyilima se laisse toucher. Quatre jeunes filles sont prsentes de sa part au jeune homme pour qu'il fasse choix parmi elles d'une pouse. Aucune de ces dernires n'est agre. On lui en amne quatre autres qu'il accepte. Deux d'entre elles ne tardent pas donner des signes de maternit. Pour hter leur dlivrance, Gihana leur fait porter des amulettes et elles mettent au monde deux fillettes, dont l'une fut appele Nyiraminoga (la fille au gros nez).
A cette nouvelle, le roi fait dire son fils qu'il est temps de partir en guerre. La mre intervient encore et supplie Chyilima-Lud jugira de lui donner un peu de rpit. Ses brus n'ont que des filles et elle voudrait bien des garons. Chyilima ne reste pas sourd ses supplications. Quelque temps aprs les deux autres jeunes femmes don- nent le jour deux garons, Munana et Sebishabure (ou Selembo). Le monarque insiste de nouveau auprs de Gihana et l'engage se mettre en route. Mais, reprend la grand'maman, ce ne sont que de nouveaux-ns, permets r leur pre de rester jusqu'au jour o leurs dents commenceront pousser (bamer'amenyo). Chyilima, pour en finir au plus vite, se procure des charmes et les fait porter chez son fils, en lui recommandant de s'en servir sur-le-champ pour que ses enfants ne tardent pas trop avoir leurs dents. Les philtres sont utiliss et les dents apparaissent l'instant.
Un messager vient annoncer l'heureuse nouvelle au roi.


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qui pense que son fils va ds lors se mettre la tte des troupes et commencer l'expdition. Gihana n'est pas prt, il lui faut des armes et de bonnes armes. Son pre lui envoie son propre arc avec des flches, des lances et son sabre (inkota). Le jeune gnral veut essayer l'arc et le tend (arayifora), la corde se brise. 11 brandit (gutigissa) les lances tour de rle, elles se brisent entre ses mains, ainsi que le sabre. 11 fait savoir la chose Chyilima, en le priant de vouloir bien lui expdier des armes plus solides que les prcdentes. Le prince s'adressa alors des forgerons rputs habiles dans leur mtier pour qu'ils lui procurent au plus tt des armes de bonne trempe. Ils forgrent un arc tout en fer, y compris la corde (injishi) et les flches (ibigembe ni nti). Serpe, lances, bouclier avec la poigne toute en fer, furent remis sans tarder au souverain, qui les fit porter chez Gihana. Celui-ci en recommence l'essai comme prcdemment. L'are est tendu si violemment que les deux extrmits se touchent (impembe zirakomana), mais ne se rompent pas : Voil ce qu'il me faut, s'eria-t-il d'un ton joyeux, c'est l'arme d'un guerrier Les lances hampe en fer forges d'une seule* pice lui donnent la mme satisfaction. Il prend la serpe et passe la main sur le tranchant (ubugi) : Le fer est bon, mais on ne l'a pas aiguis 11 renvoie la serpe son pre. Il ne fallut pas longtemps pour le contenter. L'in-" strument revint aiguis fond, comme savent le faire les forgerons habiles. Tout tait prt. 11 n'y avait plus de raison pour retarder l'entre en campagne dont dpendait le salut du Rwanda.
2 Le dpart de Gihana. Sa rencontre avec le roi de VUrundi. Un duel est engag. Le dnouement et la mort du Librateur.
Gihana runit une dernire fois sa famille. Une vache grasse (ingumba) est gorge; on boit force cruches de bire, non sans les avoir offertes d'avance aux esprits,


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afin de se les rendre favorables. Le Librateur quitte les siens et se met la tte de ses troupes, pour partir vers l'Urundi.
Arrivs dans la fort qui a voisine le fleuve de l'Aka-nyaru et qui les spare du pays ennemi, les Banyarwanda s'y btissent des huttes de branchages (bach' ibilaro), en vue d'y passer la nuit. Ntare, le roi de l'Urundi, avait jur que nul Munyarwanda ne passerait la frontire sans qu'il lui en cott. Ds le lendemain, les hommes du gnral munyarwanda traversent le fleuve et vont incendier les villages qui taient proximit. Mis au courant de l'envahissement de son teritoire, Ntare accourt et demande \ parler au chef ennemi. Il apprend qu'il a affaire au fils de Chyilima. Gihana tout d'abord ne veut pas se prsenter. [1 envoie un de ses familiers auquel il prte ses vtements royaux, afin de donner le change Ntare. Celui-ci dcouvre la supercherie et refuse de discuter avec lui. Un deuxime personnage se prsente; Ntare l'oblige confesser qu'il n'est que l'oncle de Gihana. Le cousin (mubyara) de ce dernier vient ensuite se donner comme tant le prince royal en personne. Il est impossible de surprendre la bonne foi du roi de l'Urundi, qui, lui aussi, a ses devins et ses sorciers pour le renseigner et le mettre en garde contre les agissements et les embches de ses ennemis.
A bout d'expdients, Gihana traverse le fleuve son tour et vient au-devant de Ntare, qui lui propose un combat singulier, c'est--dire un duel deux ; Tu es jeune, lui dit le roi de l'Urundi, engage la lutte, je te laisse porter les premiers coups (simbanz'umwana) Gihana dcline l'offre qui lui est faite : Non, commence donc toi-mme Ntare prend sa lance, la brandit au-dessus de son paule et vise son partenaire qui l'vite en bondissant sur le ct (arayizibukira). Une deuxime lance n'a pas plus de succs que la premire. Gihana, moqueur, l'vite avec la mme dextrit : Regarde donc comment un vrai guerrier sait se garer. Quant toi, Ntare, place-toi


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bien, afin que je ne te manque pas (umere neza, nguhe). > Et ce disant, il brandit son tour sa lance, qui frappe en plein Ntare. Celui-ci s'croule terre, en gardant toute sa connaissance. Gihana s'approche de lui pour l'achever : Attends donc un peu, lui dit le bless. Deux combattants aprs la bataille ne sont-ils pas comme des frres (abavuyc mw' itabaro, bavuy' ind' imwe) D'aprs les uns, il lui lgue sa femme et ses enfants, afin qu'il les prenne sous sa protection aprs sa mort. Les autres lui prtent le langage suivant : Avant de me tuer, montre-moi ton sabre, afin que je voie comment on forge les armes dans ton pays Le vainqueur, sans aucune dfiance, lui prsente son arme en demandant au bless de lui offrir la sienne, afin qu'il l'examine pareillement : La tienne est bien forge, ajoute Ntare, mais son tranchant n'est pas des plus effils On ne forge pas mal chez vous autres, rpond Gihana, ton sabre est mieux travaill que le mien. Allons, mets-toi comme il faut (mera neza) que je te coupe les bras. Rends-moi mon sabre, reprend Ntare. et sers-toi du tien. Le prince munyarwanda venait de se pencher pour amputer le bras droit de son ennemi quand celui-ci soudain, jouant de son arme, lui transperce la poitrine. Gihana tombe son tour la renverse. Avant de mourir il porte la main sa blessure et en prenant du sang il le rpand du cot de l'Urundi : J'ai vaincu ce pays, s'crie-t-il et je le maudis Une deuxime fois il fait le mme geste de puiser sa blessure. Il en sort alors du lait qu'il verse du ct du Rwanda : Que le lait coule flots dans le Rwanda! voulant par Ik attirer les bndictions sur sa patrie. Il meurt en prononant ces dernires paroles.
La scheresse prend aussitt fin dans le Rwanda. Les nuages rapparaissent rpandant sur le pays leurs ondes bienfaisantes... Les rcoltes furent abondantes, les pturages reverdirent et les habitants se reprirent vivre. Le Librateur Gihana avait sauv le pays.


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L'Urundi ptit de la mort vengeresse du prince ennemi. Des maux sans nombre l'assaillirent aprs la maldiction de Gihana. Celui-ci, en effet, s'tait transform en buisson (igihuru). Les Barundi, furieux, y mettent le feu. L'incendie se propage l'instant dans toute la contre, consumant les rcoltes et anantissant les pturages. Gihana se change alors en bton (inkoni) Les Barundi le brisent, le bton rsiste leurs efforts, en remplissant la contre de ses clameurs (ikavuz' induru). Se croyant attaqus par des ennemis imaginaires, les Barundi se jettent sur leurs armes, se prcipitent dans toutes les directions et s'entr'gorgent sans se reconnatre. Gihana, enfin, se change en vache. Les Barundi la tuent et en mangent les chairs; ils en meurent jusqu'au dernier.
D'aprs une autre version, Gihana, au lieu de mourir de sa blessure, disparut soudain aux yeux de ses compagnons (araligita), qui ne virent devant eux qu'une sorte de tumulus (umugina) comparable aux nids de fourmis blanches que l'on rencontre dans la rgion.
Bref, la mort du Librateur remplit d'effroi les Barundi. Aussi pour calmer son esprit ses ennemis lin levrent-ils une habitation sur le lieu du combat, Muha-ruro. Pour gagner ses bonnes grces, ils lui constiturent sur place un petit troupeau de vaches avec des serviteurs chargs de garder l'habitation. Le nom de Muyange, son village natal dans le Rwanda, fut donn sa nouvelle demeure. La lgende ajoute qu'on n'a pas cess jusqu' ces dernires annes d'entretenir sa rsidence et d'y offrir des sacrifices en son honneur, tant il tait redout des Barundi.
Ses compatriotes ne l'ont pas davantage oubli. Tous les Banyarwanda connaissent, au moins de nom, l'emplacement de sa demeure Muyange, non loin de Butare, sur la route qui va de Kabgayi Nyanza. Ses descendants, Ndibyaliye et Nturo, qui appartiennent au clan des Banyiginya, lui ont lev chacun une demeure, le pre-


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mier Mututu, dans le Mayaga (pays chaud, situ l'Est du Nduga), et l'autre Mukingo, o l'on ne cesse de lui offrir des sacrifices l'heure actuelle.
II. Deuxime version.
Cette deuxime interprtation du dvouement et de la mort du mme Gihana est aussi populaire que l'autre Nous la donnons telle quef nous l'avons entendu raconter.
1 Les prliminaires.
Ludjugira venait de faire son testament (kuraga). Il avait partag ses biens entre les trois ans de ses enfants et semblait avoir oubli le plus jeune, Ndabarassa. Comment se fait-il, demande Gihana son pre, que vous n'ayez rien donn Ndabarassa, alors que nous avons tous reu quelque chose? Chacun de vous, rpond le roi n'aura qu' lui offrir une vache. A quoi pourront-elles bien lui servir, reprend Gihana, s'il ne possde en mme temps aucune colline, aucun patinage? Eh bien! chacun de vous lui donnera un village.
Gihana quitte son pre. En rentrant chez lui il trbuche (arasitara) sur le tas de fumier dessch (ku gitabo) entass devant la cour.
Son faux pas lui fait retourner la tte en arrire (ake-buka), ce qui lui permet de voir le roi en tte tte avec Ndabarassa.
Ludjugira, aussitt aprs le dpart de ses fils ans, avait pris part le plus jeune et l'avait fait asseoir auprs de lui. Prenant le tambour palladium : Voici, mon enfant, le tambour royal, je te le lgue, tu me succderas sur le trne. Pour ce qui est de ton frre Gihana, c'est lui qui doit se dvouer pour le bien du royaume (gutabara\ en allant faire la guerre l'Urundi. Ce sera toi de l'avertir, le jour o il comptera quatre garons dans sa famille Ils se quittrent aprs ce colloque.


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Gihana ayant vu que son plus jeune frre avait eu une entrevue secrte avec le roi, vient le trouver. Que t'a-t-il racont? Ndamurassa veut se taire; l'autre menace de se tuer sous ses yeux l'instant s'il ne rompt pas le silence. Effray, le jeune homme explique que Ludjugira a dpos le tambour-palladium sur ses genoux (ibibero). Il m'a annonc de plus, a joute-t-il, qu'il t'a dsign pour aller combattre les Barundi, le jour o tes enfants seront au nombre de quatre. Sous le coup de cette nouvelle, Gihana s'approche du tambour sacr et en frappe trois fois. tonn de ce bruit, le roi Ludjugira accourt s'informer : Quel est donc l'homme assez tmraire qui a fait rsonner le tambour royal? C'est moi, rpond Gihana; je donne le signal du combat, je veux aller l'Urundi combattre nos ennemis hrditaires.
Ludjugira, qui aurait voulu garder le secret de l'expdition, se montre irrit : Le moment n'est pas encore venu Le fils ne veut rien entendre et insiste tellement que son pre finit par lui accorder la permission : C'est bien, tu peux partir .
Gihana fait ses prparatifs. On lui apporte ses vtements et ses armes de guerre, avec les charmes et les amulettes employes en pareil cas. Les gens qui font partie de son arme appartiennent au clan des Abalima.
Le Librateur (umutabazi) se met en route avec eux et se dirige vers le territoire ennemi.
De son ct, Ntare, le roi de l'Urundi, avait fait le choix d'un Librateur pour combattre celui du Rwanda. Il s'appelait Rulinda, fils de Gakanda. Ntare lui donne l'ordre de se mettre en marche : Je viens peine de me marier, dit Rulinda, je ne puis pas encore partir Quelque temps aprs, le roi le presse de nouveau. Rulinda rpond qu'il est prt. Il fait part de son dessein sa femme. Celle-ci le supplie de n'en rien faire. Sans se laisser mouvoir, Rulinda prend ses armes et son bouclier et quitte la maison : Je vais me battre Il venait juste
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de sortir quand son pouse lui demande en grce de ne pas la laisser, sans avoir dans (kwiyereka) au moins une dernire fois devant elle. Le mari ne se fait pas prier; il s'excute de bonne grce. Attends encore un peu, lui crie-t-elle, moi aussi je vais danser comme savent le faire les jeunes femmes (nkwiyereke gikobga) Tout en parlant ainsi elle se donne la mort d'un coup de sabre. Voyant cela, la mre de Rulinda se pend son tour (yiyahuj' umugozi) de dsespoir. Devant ce spectacle navrant, prs de ces cadavres inanims gisant ses pieds, Rulinda s'crie : L'homme fort ne recule pas devant le malheur (Urugombye umugabo ruramujana). Et il part au-devant de l'ennemi.
2 Lu lutte et le dnouement.
Les deux Librateurs se trouvrent bientt en face l'un de l'autre : Commence donc, lui cric aussitt Gihana, et frappe-rnoi de ta lance (uter' icchumu, umbanze) A toi de porter les premiers coups rpond l'antagoniste. Gihana prend son arme et la brandit dans la direction de Rulinda, qui roule terre. Mais il n'est nullement bless, il n'a t atteint que par le choc du bois de lance.
C'est la violence du choc qui l'a renvers On tait sur le soir, la nuit commenait tomber et le combat touchait sa fin. Rulinda, en effet, se relve et jette sa lance sur Gihana qui tombe, la poitrine transperce.
11 ne lui reste que quelques instants vivre. Mourant, il a encore la force de recueillir (ayora) le sang de sa blessure qu'il rpand du ct de l'Urundi. Son cadavre disparat soudainement sous un tumulus (intumbi y' irali-gita, hahinduk' umugina). Rulinda n'ayant plus d'adversaire avec qui il puisse lutter, se donne la mort parce qu'il avait t choisi, lui aussi, pour se dvouer et dlivrer son pays (ariyicha kw' ar' umutabazi atari bugarukeyo).
Gihana n'avait pas rpandu son sang en vain. La famine


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se rpandit dans l'Urundi, y causant des ravages (amapfa arahatsemba, c'est--dire la famine dtruit tout). Le roi fait aussitt consulter les devins pour savoir ce qui mettra fin pareille calamit. Les sorciers se mettent en devoir de questionner 1' /esprit de Gihana et le font parler par le moyen de la petite courge aux osselets rvlateurs (bashor' umuzimu we, baramushika mu kinyege) (*). (( C'est moi, rpond l'esprit de Gihana, qui ai dchan la famine et fais mourir vos btes. Que veux-tu donc, reprennent les sorciers, pour que tu restes en paix? J'exige que vous me btissiez une demeure l'endroit o je suis tomb. Cherchez-moi aussi une pouse, ainsi que des serviteurs et constituez-moi un troupeau de vaches qui m'appartiendront en propre (Nshak' ulugo rwanje i Muyange, n'inka zanje Nyamumpe, n'ingabo zanje Aba-lima, nu ko mundongolera). Le roi de 11 rundi fit excuter ses volonts. On lui constitua sur place un home familial comme il l'avait demand. L'endroit fui appel Muyange, du nom de son pays natal: ses serviteurs se nommrent Abalima, du nom des gens qui Ta valent accompagn, et les vaches Nyamumpe, c'est--dire << celles qui m'appartiennent en propre A l'instant les flaux cessrent, l'abondance revint dans l'Urundi.
Le roi du Rwanda, ayant appris que le calme et la paix rgnaient dans l'Urundi, appela son tour les gardiens des traditions (Abiru) et leur demanda ce qu'il fallait faire pour ramener le dsordre et la famine chez les ennemis. L'un d'entre eux, qui appartenait au clan des Abatsobe, rpondit : Je vais me dvouer et me faire tuer. Mon sang me vengera et mon esprit ne cessera de leur attirer des malheurs (Ndatabaye, amarasso yan je azampra, n'iy' azatsind' Uburundi n' umuzimu wanje). Le roi consentit son sacrifice. L'homme s'appelait Rubona.
11 pntra dans l'Urundi, sans tre suivi d'aucun guer-
0) Voir la Divination au Rwanda, par le P. Arnoix.


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rier. Dans la fort il rencontra un Murundi qui l'gorg, sans qu'il oppose aucune rsistance. Son esprit rencontra aussitt celui de Gihana, qui lui demande le motif qui l'a amen dans le pays : Je suis venu dchaner tous les maux rpond-il. Runissant leurs efforts, ils russissent attirer sur leurs ennemis des flaux sans nombre.
La famine, en effet, revint avec son cortge d'pidmies. O malheur sans pareil et chose qu'on n'avait jamais vue! les bergeronnettes vinrent en foule percher sur les cornes (tes vaches (inyamanza nyinshi zija ku mahembe y' inka). Les Barundi recoururent aux aruspices et aux magiciens. L'esprit de Rubona se dcouvre : C'est moi le matre de vos villages (Ni nje Nyamihana), c'est moi qui parcours vos villages Les Barundi ne purent absolument rien sur lui, il ne cessa de leur faire du mal (ababera mubi). On essaya de choisir d'autres Librateurs; leur sang fut rpandu inutilement. Le mal tait sans remde. A bout de ressources, les sorciers avouent au roi Ntare que c'est lui-mme qui doit offrir sa vie : Le royaume a besoin de toi, de ton sang (ingoma yakugombye) Le prince n'hsita pas. 11 passa la frontire et s'avana au milieu des Banyarwanda, qui le turent. Son cadavre fut abandonn sur place par les siens. Les Banyarwanda, qui en redoutaient les consquences dsastreuses pour leur propre pays (ngo itazabater' amarasso mabi), le portrent de l'autre ct. Les Barundi le ramenrent secrtement pendant la nuit et pour le drober aux recherches de leurs ennemis, ils le suspendirent un acacia pines (umu-nyinya), au plus pais de la fort.
C'est ainsi que son sang vengea l'Urundi et que les habitants de ce dernier pays purent vivre en paix durant des milliers de rgnes (ingoma ibihumbi!) sans tre inquits par les Banyarwanda.