Extrait de R. P. Pages, "Un Royaume Hamite au Centre de l’Afrique", 1933. “30. Yuhi II Mazimpaka.” 5 pages.

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Title:
Extrait de R. P. Pages, "Un Royaume Hamite au Centre de l’Afrique", 1933. “30. Yuhi II Mazimpaka.” 5 pages. Jean-Marie Derscheid Collection
Physical Description:
Mixed Material
Creator:
Pages, R.P.
Publication Date:
Physical Location:
Divider: Reel 1

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General Note:
p. 136-141

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Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
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System ID:
AA00001746:00001

Full Text
Extrait de R.P; PAGES TJi Royaume Hamite au C e n -;: r e de 1f Af r i que p, 136 141 19:35,
30. Yuhi II Mazimpaka, dont le nom veut dire terminer les diffrends reut ce titre d'honneur cause de son habilet trancher les procs. On dit aussi que dans les discussions il avait toujours le dernier et le bon mot pour mettre les rieurs de son cot. Il passe pour avoir joui d'une grande intelligence.
C'est vers la fin de son rgne que Mulinda, le Mugoyi dont on reparlera plus loin, vint s'installer sur la colline de Rugobagoba qui domine la route du Marangara Kigali.
^ uhi-Ma/impaka est compt parmi les improvisateurs littraires les plus renomms (abasizi). On connat de lui plusieurs monologues de haute envergure (ibisigo).
Dans l'un d'eux il clbre en les rsumant les exploits de ses aeux et dans un autre il fait allusion des malheurs domestiques.
Les annalistes racontent que le monarque aimait boire. peine enivr, il devenait fou furieux et tuait de ses mains les gens de son entourage. Employs, amis et courtisans, parents et enfants, nul n'tait pargn. Revenu de son brit, le roi regrettait ses actes et pleurait ses victimes, mais son penchant pour l'hydromel l'emportait sur le reste. Ivre, la colre le reprenait et le sang coulait...
Les familiers de la Cour se concertrent un jour : Si nous restons auprs du roi, nous allons tous y passer les


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uns aprs les autres. Il ne nous reste plus qu'un parti prendre, quittons le pays et allons nous rfugier l'tranger Ils s'enfuirent pendant la nuit.
Yuhi, son rveil, se trouva tout tonn de ne voir me qui vive auprs de lui, ses gardes l'avaient abandonn. Il eut beau appeler, personne ne rpondit. Sortant de sa case, il parcourut les diffrentes pices du palais sans rencontrer visage humain. Il finit par dcouvrir un boiteux qui le met au courant du complot : Ils sont partis, lui expli-qua-t-il, parce qu'ils ont peur de toi. Ils craignent de subir le mme sort que leurs compagnons, et si je suis rest, moi, c'est parce que j'tais dans l'impossibilit de les suivre. Le monarque comprend sa faute et son malheur. Essaie de les rejoindre, reprend-il, va clopin-clopant comme tu pourras, ramne-les en leur disant que dsormais je suivrai leurs avis et leurs conseils. S'ils m'imposent des conditions, je jure de m'y soumettre Le messager put atteindre les fuyards au del du fleuve et leur fit part des serments de Yuhi. Ils revinrent sur leurs pas et trouvrent mi-chemin le monarque bris deji douleur. Nous voil, tu nous as fait rappeler. Oui, ajoute le prince, et pour vous prouver la sincrit de mon repentir je promets d'accomplir tout ce que vous exigerez de moi. Ce sont, lui rpondent-ils, tes deux pouses, Kiranga et Chyihunde qui sont cause de nos maux. Elles n'ont cess d'armer ton bras contre nous (*) Vous dites vrai, je vous les livre, faites-les mourir. Ds qu'elles apparurent elles furent gorges. Le roi fut trait par les sorciers qui lui rendirent tous ses esprits et toute sa raison.
(!) La lgende dit que les deux femmes qui taient surs avaient ensorcel leur royal poux, par la malice de leurs paroles (uburozi bg' amakaburo) de telle faon que le monarque se conduisait vis--vis de ses sujets comme s'il avait la main droite une vipre du Gabon dont il utilisait les morsures contre ses sujets (bamuloz' impiri ku kiganza ch' uburyo), ce qui n'est pas peu dire. Il s'agissait bien d'une vipre, ajoute une autre lgende, car on vit ce reptile malfaisant sortir de la main du prince, aprs les exorcismes des sorciers.


Pour confirmer la rsolution qu'il avait prise de ne plus s'exposer tre ensorcel Yuhi runit en grand apparat les deux grandes familles Batutsi, les Banyiginya et les Bega : Je maudis pour toujours le clan des Batchaba (auquel appartenaient ses femmes). Gardez-vous d'pouser leurs filles. Si cela devait arriver l'un d'entre vous, je le maudis et puisse sa postrit s'teindre! Le monarque composa alors l'improvisation suivante :
C'en est fini dsormais de mon affection.
Celles (c'est--dire ses deux femmes prfres) qui en ont t N'ont t d'aucun profit pour moi. [l'objet Au lieu de me rendre amour pour amour Elles ont t la cause de mes malheurs
Elles ont provoqu une migration au loin (d'o le proverbe d Aimer sans retour comme je l'ai fait [au mme roi)
C'est ressembler la pluie qui tombe (sans profit) dans la fort
[(au iieu de fertiliser les champs cultivs (r).
A partir de ce moment les Bega et les Banyiginya ont cess toutes relations matrimoniales avec les Batchaba.
On attribue Yuhi-Mazimpaka une autre prophtie concernant l'arrive des Europens.
Un jour que le roi tait au milieu de ses courtisans, il perut comme un roulement lointain : N'est-ce pas le tonnerre? N'avez-vous pas entendu? Non lui rpondent ses gens. Il lve les yeux vers le ciel et dcouvre une sorte de barque qui vogue dans les profondeurs du firmament, l o le regard de l'homme ne peut atteindre (2). C'est lui seul qu'il fut donn de jouir de ce prodige, parce qu'il avait l'me de prophte (yarafit' uguha-
(!) Singikund' ukundi,
Ibyo nkunda ntibinkundirira.
Aho kunkunda birakuka
Bikaj(a)' ikainagoma (nom de pays)
gukungika (empaqueter des provisions) kule.
Proverbe. Gukund' ikitagukunda.
n'imvur' igwa raw' ishamba.
(2) Aho umuntu atagez' amaso.


mira). Ne voyez-vous pas une embarcation dans les airs? crie-t-il ses compagnons. Nous ne distinguons rien, rpondent ces derniers, et nous n'avons rien entendu. Mazimpaka fait appeler les Biru l'esprit inspir comme lui. On mande ensuite les sorciers. Peine perdue, le ciel restait ferm leurs regards. Le roi seul jouissait de la vision de la nacelle s'avanant travers le ciel : Je la vois distinctement ainsi que les hommes qu'elle contient. Elle se rapproche de nous. Je distingue nettement le bruit de rames... Je pressens que les occupants de l'esquif deviendront les possesseurs du Rwanda et qu'ils y apporteront l'ordre et la paix .
Etonns, stupfaits, les auditeurs n'osent parler; ils se regardent entre eux en se serrant les coudes. La mme pense leur vient. Ils se souviennent que le monarque a un faible pour la bire et l'hydromel. 11 est souvent pris d'ivresse. Peut-tre est-il devenu fou.
Le visionnaire interprte le motif de leur silence. Leur incrdulit l'afflige : Vous ne voulez pas me croire, je fais appel la postrit, vos arrire-petits-fils me rendront justice en se portant garants de la vracit de ce que je vois et j'entends, car cette barque n'arrivera dans le royaume qu' leur poque Au lieu de diminuer, l'motion des courtisans ne fait que crotre ; Notre roi a perdu la tte, dit l'un; il a trop bu, chuchote l'autre; est-ce qu'il rve ou bien l'a-t-on ensorcel? Comment peut-il discerner des choses que nous ne pouvons distinguer nous-mmes? Son oue est-elle meilleure que la ntre? Il parle d'une embarcation qui vogue dans les airs... alors que les barques sont faites pour naviguer sur les eaux. Yuhi n'a plus tous ses esprits, il est certainement malade .
Le pauvre prince de plus en plus attrist reprend : Je souffre de vos moqueries et de vos soupons; j'en prends tmoin vos arrire-petits-fils, ils constateront la vrit de ce que j'affirme. Eux aussi ne voudront pas d'abord y croire. Leur tonnement ne sera pas moindre que le vtre.


Vous tous mes sujets, mes devins, mes sorciers, mes enfants, sachez que cette embarcation s'approchera de notre pays. Ce n'est pas votre incrdulit ni vos dngations qui l'arrteront dans sa marche. Je connais votre scepticisme ce sujet. Je vous prdis que vos descendants loigns se serviront de cette barque leur tour et qu'elle leur permettra de passer (sains et saufs) au-dessus d'un lac horrible. C'est alors qu'on se souviendra de moi. J'en prends tmoin les gnrations futures (J) .
Mazimpaka, que sa vision prophtique et l'attitude moqueuse des courtisans avaient troubl au plus haut degr, passa quatre jours et quatre nuits sans prendre aucune boisson fermente et sans se montrer ses sujets.
Telle est la premire des prophties concernant l'annonce des Europens.
Le thme habituel de ces prdictions roule sur les Blancs, leur entre dans le Rwanda, les actes par lesquels ils signaleront leur apparition, le rle qu'il joueront dans le pays; il est aussi question de famines, d'pidmies, de l'apparition des chiques pu pulex pntrons, etc.
Avec Chyilima-Rugwe et Kibogo, Yuhi II est de ceux dont les mnes sont le plus respects et pour lequel on a organis aussi un home domestique. Il s'en ouvrit Idjuru, sa rsidence prfre, o par des prodiges renou-
(*) Voici le texte lui-mme : Mbaba.jwe n' abuzukuruza banyu baza-bon' ibyago. Bikabajija, bakabijijinganya mo, nkuko namwe mbajijura mukajijinganya. Nuko lero, bana banje, kandi Biru banje, namwe bap-fumu banje, namwe rubanda rw' ubutaka.
Mumenye yuko buliya bwato aho buzagerera hasi mutazabutsinsura. Aliko nduzi ko mutabyitayeho, nanje mukaba mutemera ibyo mbabgiye, aliko abuzukuruza banyu bazabuvugama kandi nabwo buzabambuts' i Nyanja mbi, kandi nanje bazanyibuka, nibo bagabo ntanze
Les chrtiens n'ont pas manqu leur tour d'interprter la vision de la barque. Elle reprsente pour eux le berceau de l'Enfant-Dieu ou encore l'glise dont ils font partie. Le lac horrible que leur fait traverser cette embarcation symbolique n'est autre que l'enfer. Dans sa signification primitive, le lac reprsente l're des meurtres, des peines, des difficults, etc. que doit faire disparatre l'arrive des Blancs avec leur civilisation chrtienne.
vels, il manifesta sa volont, dit la lgende, d'avoir un foyer familial (l).