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Unlabelled extract: “27. Mutara I dit Nsoro…” No page numbers, but apparently from R. P. Pages, "Un Royaume Hamite au Centre de l’Afrique." Jean-Marie Derscheid Collection
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University of Florida
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AA00001744:00001

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27. Mutara I dit Nsoro succda son pre Ruganzu II qui l'avait dsign comme son hritier.
La lgende s'tend longuement sur les dbuts de son rgne.
L'homme de confiance, choisi par Ruganzu pour faire monter Mutara sur le trne (umwika vvimitse), s'appelait Gahcnda et appartenait an clan des Bega.
Gahenda conseilla Mutara de prendre comme pouse une des plus jeunes femmes de son pre; cette princesse, ajoutent les chroniqueurs, tait strile. La reine-mre voyant que son fils vivait avec une de ses anciennes rivales (umukeha) en prouva un violent chagrin (arwan' ishyari).
Des larmes abondantes jaillirent de ses yeux et atteignirent Mutara la figure. L'un de ses yeux, est-il dit d'aprs la lgende, en fut atteint et enfla dmesurment. On fit appel aux services de Mpande. Celui-ci appartenait au clan des Abiru. En sa qualit de sorcier-devin, il passait pour tre au courant de tout.
Les autres magiciens et mdecins indignes (abavuzi) avaient t impuissants soulager le royal malade. De plus la famine svissait dans le pays. On ne savait pas o Mpande s'tait enfui. Un pasteur put enfin indiquer son refuge.
Le roi Mutara fit prparer de l'hydromel (inkangaza), du beurre (imbilibiri) et du tabac, le meilleur du pays, et envoya ces prsents au sorcier dont il requrait les services.


Celui-ci rpondit au messager : Je suis un malheureux dpouill de tout, je ne puis accepter des cadeaux royaux qui ne se renouvelleront probablement plus (Nd' umunyage n' umukene, simbasha gutunga ukw' ibga-mi).
Le roi lui fait parvenir aussitt une vache et lui envoie en mme temps une litire pour le porter, lui manifestant par l l'intention qu'il avait de le tirer de la misre. Mpande n'hsite plus. 11 se prsente la Cour et demande au prince s'il a bien accompli les crmonies qui terminent le deuil (ati : waleze?). Mutara rpond qu'il n'en a rien omis. Mais, reprend le sorcier, le pot lait dont tu t'es servi le dernier jour du deuil de ton pre, quand on conduisait les vaches l'abreuvoir (*), de quel bois tait-il fait? Il tait de mukaka (arbre rput de mauvais augure), dit le roi. Et en cours de route, reprend Mpande, pendant que les troupeaux se dirigeaient vers le ruisseau, n'as-tu rien rencontrP Oui, avoue Mutara, nous avons vu des fourmis noires, et nous avons essay de les dtruire par le feu (2). Et le sorcier de lui rpondre avec des airs de prophte inspir : Tu as mal agi; tu as eu tort de t'attaquer ces fourmis. Tu sais bien que cela est contraire aux usages, surtout lorsqu'on mne le deuil.
Le sorcier prononce alors l'oracle suivant : Procure-toi un pot lait fait de bois de l'arbre sacr, l'rythrina (umwuko, umulinzi) ; remplis ce vase d'eau lustrale (ichyuhagiro) en y plongeant les branches des plantes magiques (umusckera, umuchyuro).
Le roi agit comme il lui avait t recommand. On conduisit les vaches l'abreuvoir; les fourmis noires (intozi) reparurent, mais on se garda bien de leur nuire.
(1) Allusion l'une des muliples crmonies qui ont lieu au jour o s termine le deuil d'un parent.
(2) Quand un Noir rencontre des fourmis, il ne songe pas leur nuire. Il secoue les pieds, dans la croyance que ce geste l'immunisera contre les piqres de ces insectes et les empchera de le suivre la maison.


Cela se passait la source dite de Mata, dans le pays du Buhanga.
Quand on revint de l'abreuvoir, le sorcier-devin s'adres-sant de nouveau au prince lui dit : On arrivait peine dans la fort que la foudre atteignit les membres du cortge. Nul n'en rchappa. A ce mme instant l'irritation de la reine-mre cessa, parce que sa rivale n'tait plus et l'il de Mutara reprit son tat normal.
Le mme Mpande qui venait de gurir le roi, lui dit ensuite : 11 me reste du vin de bananes, que m'a confi ton pre. Nous allons le donner au Librateur, celui qui rpandra son sang pour ramener la paix dans le royaume. Il va retirer le liquide d'une termitire (umugina) o il l'avait cach.
La cruche qui contenait le breuvage surnomm le viatique de voyage des Librateurs (impamba y' Abata-bazi) tait surmonte d'une pioche qui lui servait de couvercle.
Le sorcier la dcouvre et y gote en disant : Quel est celui qui veut sauver le royaume? Kibogo, fils du roi Ndahiro se prsente et insiste tellement qu'il est agr par Mutara pour librer la monarchie. Il tait accompagn d'un de ses gens, le clbre Chyumweru; avant de quitter le roi, il lui dit : Sire, veuillez trouver bon que ma femme soit dlivre de toute corve trois jours sur cinq (asibe gatatu) parce que je m'en vais avec celui qui
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l'aidait dans ses travaux. Quant aux autres hommes, qu'ils cessent le travail une fois tous les cinq jours, et cela en mon honneur (uwa katano abantu bansibire nanje, ngo n' ichyumweru) Mutara accorda ce qui lui tait demand (*).
On s'adressa encore au dvouement de Kinywi, fils d'un certain Mpanga. Il tait originaire de Buhanga et on l'appelait l' Homme qui a toujours soif (ikyof amakara, de kwot' amakara, c'est--dire celui qui se chauffe aux charbons du foyer). Il but lui aussi au vin de banane rserv aux Librateurs en s'criant : Je me dvoue pour enrichir le Rwanda et lui mriter de nombreux troupeaux de vaches. Je m'en vais boire toute l'eau qui se trouve dans les autres pays Il s'en alla, continue le narrateur, et remplit sa promesse. Les vaches ne trouvant plus o s'abreuver s'enfuirent dans le Rwanda, attires par l'eau qu'elles sentaient distance (inka zo mu mahanga yose, zibur' amazi, zikaja zichika Irwanda, zumva ah' amaz' anuka hose honyine). Quant Kinywi le Buveur (2), un jour qu'il se trouvait dans le Ndorwa, il aperut une vache qui vlait, il disparut jamais par o le veau tait venu (atabara munda y' inka hamaze guterana) (3), afin que son dvouement fut complet.
Le seul fait d'armes l'honneur du prince Mutara est sa victoire sur les Barundi qui s'taient avancs sur le territoire du Rwanda jusqu'aux environs de Mwulire dans la province du Bwana-Mkali. On appelle ainsi une colline leve d'o la vue s'tend au loin sur la contre environnante. Elle porte encore les vestiges d'anciennes rsidences royales.
Mutara vint en toute hte tablir son camp sur ce poste
(1) Allusion au dvoment de Kibogo, que d'autres placent au commencemen du rgne de Ndahiro, comme nous le raconterons dans le Livre troisime.
(2) Le sens littral est soiffeur .
(s) Les historiens noirs ne reculent pas devant les crudits de langage.


d'observation. L il attendit l'occasion de se jeter sur les envahisseurs. Hritier d la fourberie de son pre, il feignit jie lier amiti avec Mutaga, roi des Barundi, en acceptant de faire le pacte du sang. Au lieu d'avaler la liqueur o se trouvait la goutte empourpre, comme le veut le crmonial en pareille occurrence, le roi hamite la versa terre l'insu de son rival. Il n'en pronona pas moins les serments d'usage. La paix dura quelque temps. Un jour, cependant, les troupeaux se rencontrrent l'abreuvoir et les deux taureaux faillirent s'ventrer. Mutara dit alors Mutaga : Si tu voulais bien abattre ta bte, les troupeaux vivraient en paix et nous deux aussi. Assurment, rpliqua Mutaga, mais il serait bien prfrable que tu fisses disparatre la tienne. Le Mututsi n'ajoute rien; peu de jours aprs, le taureau murundi gisait terre ventr. Comment? Personne ne le savait. La tranquillit ne fut pas de longue dure. Aprs le combat des taureaux, il y eut la querelle des bergers. Chacun des deux groupes voulait passer le premier l'abreuvoir commun. Et un jour on vit bien que l'un voulait se l'accaparer au dtriment de l'autre. La mle devint gnrale, les deux rois taient parmi leurs hommes. Finalement le chef murundi reut une flche l'il et la bagarre se termina l'avantage des Banyarwanda qui refoulrent les envahisseurs au del de l'Akanyaru.
L'histoire ne dit pas combien de temps rgna Mutara. Le prince, ajoute encore la lgende, avait fait de Mpande son conseiller habituel. Il le consulta pour savoir o il devait construire sa capitale : Btis ta rsidence Mwu-rire, lui rpondit-il. Tu y passeras huit ans et huit jours. Tu iras Gisseke, reprend le sorcier qui fait un jeu de mots, tu y goteras toutes les joies (ussekerwe) et tu y vivras huit ans et huit jours. O vivrais-je ensuite, dit le roi? Tu t'installeras Mwima, rpond le sorcier qui fait un nouveau jeu de mots, et tu y rgneras (uzima) huit ans et huit jours. Aprs cela, o por-


terais-je mes pas? Il faudra que tu ailles Nyama-gana, prs de Nyanza, o tu possderas des troupeaux de vaches par centaines (inka zib' amagana). Pass huit ans et huit joursf tu choisiras comme rsidence la colline de Mukingo o tu garderas les frontires du Rwanda (gukin-gir' Urwanda). Tu y sjourneras pareillement huit ans et huit jours. De l tu partiras vers la colline de Bgeram-vura, pour que la pluie (imvura) fertilise le sol du royaume 0). Les huit ans et huit jours couls, tu btiras un nouveau palais Kigali, pour y tendre les frontires de ton pays (kugrur' amahanga) (2). Tu y habiteras huit ans et huit jours. Tu te rendras ensuite Gassabo pour que les courges (ibissabo), qui servent baratter le beurre, ne fassent pas dfaut dans le Rwanda. Pass ce temps, tu te dirigeras vers Munyaga, d'o tu iras chercher du butin chez les ennemis (unyag' amahanga) pendant huit ans et huit jours. De Munyaga il faudra te rendre Rutare (le fameux cimetire royal) o tu habiteras huit ans et huit jours. Tu changeras alors de place (uzahimuke), mais sans quitter la colline. Pass les huit nouveaux ans et les huit nouveaux jours tu transporteras ta rsidence un peu plus loin, mais sans sortir de la rgion, et cela sans discontinuer C'tait lui dire qu'il y mourrait et serait enterr sur place.
Ainsi parla le sorcier. Le roi suivit ses recommandations. Il fit de chacune des collines dsignes ses capitales successives et vint enfin s'installer Rutare. Il y avait dj de longues annes qu'il vivait dans la paix et le bonheur.
Il y avait chang de place plus de quatre fois cinq fois
(M Comme on le voit, le sorcier en lui dsignant chacune de ses futures rsidences, lui prdit un avantage ou un vnement heureux. Au fur et mesure qu'il nomme une colline, il fait un jeu de mot en tirant du nom propre de chaque capitale, un verbe qui en drive naturellement et sert ainsi exprimer les profits qu'il y recueillera.
Les hyperboles et autres figures de rhtorique sont frquemment employes dans les rcits indignes et ne contribuent pas peu les faire goter des auditeurs, dont elles raniment l'attention.
(a) Kigari (sous-entendu igihugu) veut dire pays tendu.


(kanne gatano), c'est dire souventes fois, quand il s'cria un jour : Je suis fatigu, je n'en puis plus (ndarus-hye). C'est pour cela que l'on dit depuis cette poque que l o un homme a longtemps vcu, il finit par y mourir (Ah' umugab' atuye kera arahatabarira.)
Le roi trpassa et fut inhum Rutare mme.
Mutara I, d'aprs une autre version, mourut d'une vengeance de sorcier. On se souvient que Ruganzu II avait entretenu les meilleures relations avec le roitelet de Marangara.
Les nouveaux princes n'imitrent pas la sagesse et la prudence de leurs pres. Des chvres appartenant Mutara avaient dvast un champ de Nkoma. Le roi hamite n'y avait attach aucune importance; il n'en fut pas de mme du petit prince ls qui rongea son frein et songea des reprsailles. L'occasion s'en prsenta bientt. Mutara I, en cours de route, vint demander l'hospitalit Nkoma qui le reut dans sa rsidence au sommet de la colline qui porte son nom et o se trouve encore aujourd'hui un petit bosquet. Mutara en buvant de la bire empoisonne contracta la maladie qui le fit mourir quelques jours aprs. Le roitelet de Marangara, ajoutent les autres, se vengea tout autrement. Il chargea, en vertu de tous ses pouvoirs magiques, une chenille (kanyabgoya) de le venger.
Mutara prit cong de Nkoma. Il tait dj prs de deux heures quand, au village de la Ruhina, il se sentit soudainement mordu au talon. Il rejeta loin de lui la malencontreuse chenille en maugrant et en jurant. Il comprit sur-le-champ qu'il s'agissait d'un vrai ensorcellement. Le pied se mit enfler et le faire souffrir. L'inflammation gagna bientt le corps; le prince ne tarda pas expirer Gisozi de Musumba, o ses gens l'avaient transport en toute hte, dans une hutte d'emprunt. Le sommet de la colline est inhabit depuis cette poque. Les arbres pineux (iminyinya) et la brousse s'y sont multiplis formant un petit bosquet (ikigabiro) qu'il n'est pas permis de fouler.