Extrait de R. P. Pages, "Un Royaume Hamite au Centre de l’Afrique." 1933. 41 pages.

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Extrait de R. P. Pages, "Un Royaume Hamite au Centre de l’Afrique." 1933. 41 pages. Jean-Marie Derscheid Collection
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pp. 152-187; 189; 190-195

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University of Florida
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Full Text
:trait (o H. P. PAGES .
Tr-rari t an c au Centre.
de I' AfricU Cu
". 1.2 187. 189. 190 -1B
S19 0












36. Le sulccesselmr de Lwoera fui Kigeri IV Lwabugiri
siirnomme Sezisoni. Ce prince (es celui qui se rapproche
le plus de Ruganzu 11 Ndori don il semble avoir herite des
qualilts el des (defaInts.
11 f t le vrai type di i aAi a ilturier. Comiie son ancetre
il ne put se fixer nulle part el pass va vie a guerroyer, jus-
qii'au jour ot la mort Ie sturprit a Kinyaga alors qu'il se
reiidait pour la quatrinme fois ani moiris dans le Bunya-
linginu, an slud-oest du lac Kivu.
II n'avait pas encore atleint la cinquantaine. Son corps
fut rapport a Nyamaslieke, uine de ses residences royales;
de la il'ful ftransf6r an cilmllibrice rf)oyal dtc iilahrc, an
nord dfi lac Moliazi.
N'eIt dtc l'arriv'e des Blancs qui par le fait de letur
installation dans le pays out boulleversd un pen les vicilles
traditions, ses exploits auraient dedjh fait l'objet de nouvel-
les chansons de gestes aussi glorieuses et aussi fabuleuses
que celles de son illtlstre ai'ctl.
La 16gende i'auirait pas manqud de s'en emparer et de
rehausser le hlros en lii attribuant comme a Hercule des
travaux fameux.

(} Les Banyarwanda soupponneux et cr6dules attribuent l'origine de
ce mal a l'absorption de la poudre provenant du poumon d'un individu
mort de cette maladie. Ils croient que le viscere dessech6 est ensuite
r6duit en poussiere et melange a la biere que l'on fait prendre a la per-
sonne d6testee don't on veut se debarrasser. Cette vaine croyance a occa-
sionne maintes vendetta parmi les Batutsi et les Bahutu.







Les pays limitrophes eurent sa visit une fois, sinon
plusieurs. 11 n'est aucune region du Rwanda, au Nord et
au Sud, a l'Est et A I'Ouest, que Lwabugiri n'ait parcourue,
a l'aller ou au retour de ses multiples excursions a l'ext6-
rieur du royaume. Les nombreux bouquets d'arbres qui
marquent l'emplacement de ses anciennes residences
royales et de ses campements en font foi : On etait alors,
disent les vieux qui ne tarissent pas sur ce sujet, a l'epoque
des grandes guerres ). Dans le Nord et le Nord-Est, les
gens de Nkole, du Mpororo, du Ndorwa eurent affaire A
lui. A l'Ouest, Nkiko qui commandait au delay des Volcans,
puis Muvunyi, chef des Bahunde, dans le Butembo, au
Nord-Ouest du lac Kivu, virent razzier et ravager leur
pays. Muvunyi y perdit un de ses fils, Nyamunyomoka.
Lwabugiri ne se retira qu'apres avoir parcouru et devast6 _
les contrees voisines connues sous les noms de Kamuronsa,
Bunyungu, Gishari, Shari, etc. L'ile d'Idjwi ne fut pas
epargnee, on le verra un peu plus loin. Pour s'emparer du
Nord de l'Urundi, il etait alley habiter avec sa Cour, en
pleine fort du Bugessera, dans un pays sans eau, i l'en-
droit dit de Rugenge. I1 s'etait etabli la pour Wtre plus
a portee de sa proie et y. mediter a loisir le coup de main
qu'il comptait faire.
L'emplacement de la residence royale y est indiqu6 par
une vaste enceinte de miyenzi ,, ou variety d'euphorbes
qu'on n'est pas peu 'tonn' de rencontrer dans la brousse.
L'ambitieux conquerant essaya d'y attirer avec Choya
qui frequentait deja la Cour depuis quelque temps, un
autre grand chef, Muhini.
Pour gagner celui-ci, il s'etait servi de l'influence du..
premier, don't il avait spouse la soeur, Mulerwa, encore
vivante et veuve de Sherangabo, frere consanguin du roi
Musinga. Ce fut Mulerwa elle-mtme qui donna l'Aveil &
son frere et 4 Muhini. Ce dernier ayant de bonnes raisons
pour ne plus sc croire en security, disparut sans retour un
beau matin, avec les guerriers qu'il avait par precaution








amene avec lui. Choya dut fire de meme un pen plus
tard. Lwabugiri voyani son jeu d6couvert et ,se jugeant
trop rapprochd de la frontiere de 1'Urundi, estima prudent
de e s mettre a l'abri d'une surprise. Craignant, en effect,
une rapid offensive de la part de ses anciens commensaulx,
il franchit sans harder le fleuve de la Kagera et passa la
nuit a M1fune; il campa le deuxibme jour Gituza-dans le
Bgiriri, sur le lac Miigessera. De la il se rendit a Lwama-
gana oi il sejournla plus lonItemps.
L'ardent Mutlitsi qui'un repos prolong' fatiguait tourna
ses yelix dli cite dui Bunyabiungi. Cc pays site al Sud-
Ouest du lac Kivu devint l'objet de ses ardentes convoiti-
ses. Le succbs, at moins dans les debuts, ne repondit pas
a ses efforts. La premiere tentative fut malheureuse. Les
Banyabungu auix agnets slrprirent leurs envahisseurs et
les rejetirent en desordre sur le fleive de la Russizi.
LA, presses par l'ennemi et manquanrt de barques, beau-
coup se jetlrent a la nage et furent emportes par le cou-
rant alt passage ddsormais historique de Mwururu.
Parmi les noyvds se trouvait Yaterana, l'un des meilleurs
lieutenants de Lwabugiri : C'est l'eaul seule quti nous
vainquit ,, redpeterent les survivants non sans une pointe
d'excuse.
Une deuxie~me expedition ne reutssit pas davantage. Le
roi du Rwanda y vit perir Nyirimigabo, pre de Nturo,
Rwanyunga et Nyamushanja, la fleur et l'elite de la
noblesse. Tout autre que Lwabugiri eit renonce6 l'entre-
prise. Obstine dans le malheir, 'oriueilleix monarquc
s'installe a Mtururu. Tandis qu'il reflechissait aux moyens
de vaincre, il fit la connaissance (d'n nomme Ilubago.
don't les ancetres etaient originaires de Bunyabungu.
Seduit par les promesses de l'ambitieux potentat,
Rubago se fit traitre. 11 avail conserve de nombreuses
relations avec les habitants de l'autre rive.
Le roi qui trouvait en lui un homme decide, lui promit
des troupeaux et la possession d'un gouvernement, s'il


? 4









reussissait A lui livrer la reine. Rubago se fit fort de la
lui amener.
GrAce A ses liens de parents avec les gens du pays qui
croyaient trouver en lui un frere devoue, le perfide eut vite
d6couvert la retraire de Mugeni.
Apris avoir donned de nombreux renseignements sur
Lwabugiri, il promit de tenir la souveraine au courant de
tout ce qui se tramait contre elle.
Une belle nuit, l'espion revient trouver le roi, se faith
donner des hommes qui l'accompagnent.
Le matin, au lever dii jour, les Banyarwanda cement
I'habitation de la malheureisc.
Les gens de celle-ci essaient vainement de se frayer un
passage. Ils sont massacres.
Les envahisseurs mettent le feu aux huttes. La reine
pour ne pas bruler vive, se rend avec le prince-consort.
Celui-ci est egorgd aussit6t, Mugeni fut etrangl6e quelque
temps apris Ildjwi sur les ordres de L uiabugiri, qui se
I'6tait d'abord faith presenter.
Toutefois le succes du conquerant fut une victoire 6ph&-
mire. Le prince heritier avait pu, en effet, Atre sauve par
des mains amies. Sa presence releva le courage des siens
qui ne se soumirent jamais aux Banyarwanda.
Pour prix de sa trahison, Rubago refut le commande-
ment de plusieurs collins jlans le Kinyaga.
Le roi offrit un gros bracelet de cuivre a la femme du
dtlateur qui, elle aussi, avait pris parti avec enthousiasme
pour la cause des envahisseurs (1).


(1) Rubago dut etre d6po6ssd6 en 1917 de sa belle a chefferie ,, & cause
des exactions de ses fils et de son insouciance. On lui laissa par pitli
pres de Shangugu, au Sud du Kivu, le petit village de Kamembe ot
il vecut pauvrement jusqu'A la fin de ses jours (1926).
Moins habiles a gouverner que les Batutsi, les chefs Bahutu ont gen6-
ralement des difficulties dans I'exercice de leur pouvoir et se font peu
respecter de leurs sujets. II serait facile de citer d'autres examples de
ce genre pour confirmer le jugement port sur administration des
Bahutu.







La felonie avait eu raison des derniires resistances.
Les Banyabungu dtaient vaincus, mais noi abattus. Ils
secoueront le joug et reprendront leur independence au
lendemain meme de la mort du prince hamite. Enorgueilli
de son succi.s, Lwabu iri reintra au Kinyaga et se reposa
qielques jours sur ses lauriers. -
Mis en app6tit par sa rdeente victoire Ie Mututsi installI
a l'extremite de la presqu'ile de Nyamirundi cut bientot
I'occasion de fire une descent dans l'ile d'ldjwi qui se
trouve en face (').
La grande lie que sa proximity du Rwanda surtout par
le Std-Est, mettait difficilement a l'abri d'in coup de
main, avait attire I'attention du roi guerrier.
L'occuipation d'Id.jwi iaqlit d'itue circonstantce fortuite.
Nkundiye jaloux de son pere don't il aniblitionnait le trone,
vint trouver Lxabligiri pour lii ademander main-forte.
Pris come arbitre, le ruse Hamile trancha la cause en sa
propre faveur. 11 suivit le jeune prince dans 1'ile ct massa-
cra toute la famille regnante, y compris le pretendant qui,
cffrayd des suites de sa trahison, s'etait tout d'abord enfui
(tans 1'ilot d'Ishovu. C'est l1 qu'on 1'y surprit. Enchanted de
son aubaine, le vainqueir complete son ceuvre en occu-
paInt les tleux gropes d'iles Binja et Nkombo situetes au
sud d'Idjwi. Nkomibo et Idjwi restbrent difinitivement
acquises au Rwanda. Lwabugiri alla plusieurs fois sur la
grande lie et s'y etablIi sur divers points. Des bouquets
d'arbres marquent 'eniplaceinent de ses residences (2).
Nous avons dedj dit que les provinces de l'Ouest et du
Nord ne s'etaient jamais soumises completement, malgre
les expeditions successive qu'y firent les rois hamites.

(1) Des conteurs noirs a la memoire plus fidele assurent que la con-
qu6te d'Idjwi fut la premiere en date. Ce premier succes decida le
vainqueur a faire la conquete du Bunyabungu.
Lwabugiri comptait sur ses nouveaux sujets, de meme race et de meme
langue que les Banyabungu, pour penetrer plus facilement au coeur du
pays.
(2) L'ile d'Idjwi, dans le lac Kivu, compete environ 18,000 habitants
originaires du Bunyabungu don't ils parent la langue.


L


I






/ .



/








Au commencement du regne de Lwabugiri, la reine-
mbre, qui taoit toute-puissante, donna le pays du Kingogo
B un de ses lhvoris, nominee Seruteganya, du clan des Bat-
sobe. Celui-ci reunit un petit corps d'armee et penetra dans
le district montagneux qui venait de lui etre concede. D&s
le troisikme jour il parvint au centre de la province, dans
le village de Gitega. A son approche, les habitants du lieu
se r6fugibrent dans la grotte qui s'ouvre sur le versant de
la colline, A I'endroit dit de Gikoro. Les voisins de Gas-
sovu, Rutchano, Hindiro se joignirent aux premiers :
Hommes, femmes,.enfants, il y en avait des centaines et
des centaines A fuir devant les Batutsi ,, ajoutent les vieux
qui exagerent un peu. Les Bahutu s'etaient faith suivre de
leurs troupeaux de vaches, chevres et moutons. La grotte
'tait vaste et profonde, suffisante done pour les abriter
tous.
Les gens de Seruteganya conqurent un dessein horrible;
ils detruisirent les cases dans les environs et transporterent
les materiaux pour les entasser devant l'ouverture de la
grotte.
Ils y mirent le feu qui brula pendant deux jours. La
fumee de l'immense foyer pe6ntra dans la caverne et les
malheureux qui y avaient cherche un abri y perirent
asphyxies. Il ne s'en echappa pas un seul. On pretend quc
la fumee sortit par des trous de fourmilier, assez loin dans
les environs. Le detail, s'il est vrai, prouverait que la
grotte s'etend profondement sous terre.
Depuis la catastrophe les gens du pays n'ont jamais plus
ose y p6netrer (').


(1) Voici comment on raconte l'origine de la fortune de ce Serute-
ganya. I1 habitat A Nkingo de Kamonyi, dans le Nduga. Une femme
Mututsi se pr6senta, un jour, demandant l'aum6ne.
C'6tait une spouse disgraciee du roi Mutara-Lwogera; l'infortunde,
mourant de faim, portait dans ses bras l'enfant qui devait plus tard
monter sur le trone et s'appeler Kigeri IV Lwabugiri.
Seruteganya leur offrit l'hospitalite et les traita avec deference... Deve-
nue reine-mere a 1'avenement de son fils, Nyirakigeri prit et exerCa
une grande influence sur le coeur de son fils. Elle n'avait pas oublie les








Des le debut de son regne Lwabugiri avait eth possIde
de I'esprit des batailles. II ne devait le quitter qu'avec la
vie.
Comme son aieul Ruganzu II Ndori auquel le royaume
doit sa grandeur et son unite, Lwabugiri-Kigeri passa a
peu pres tout son regne au milieu des camps. AssoiffM de
gloire et de conquetes, il ne se sentit jamais rassasie. En
plus de la celebrity que lui conferaient ses expeditions, il
en tirait d'autres profits plus sensibles et plus immediats
don't beneficiaient aussi ses gens. Le roi guerrier ne quit-
tait, en effet, jamais tn pays conquis sans emmener avec
lui un certain nombre de femmes et d'enfants qu'il parta-
geait ensiiite entire ses soldats. Les troupeaux de chBvres,
de moutons et surtout de vaches etaient 6galement de
bonne prise. C'Ctait la le butin habituel. Pour ce qui est
du pillage du betail, le Nord-Ouest du Rwanda lui-m6me
ne fut pas plus epargn6 que les pays assujettis par la force
des armes.
Bien que nominalement soumises, les contrees du Nord-
Ouest supportaient difficilement l'autorite des Batutsi qui
n'y vivaient qu'en petit nombre. Le Bukonya, le Mulera,
le Luhengeri, le Buhoma, le Bushiru, le Bugamba, le Kin-
gogo, le Bugoyi, etc. etaient de ce nombre.
Lwabugiri ne pouvait pas manquer d'y faire acte de
souverain.
On se garda bien de lui faire obstacle. Les Bahutu l'ac-
cueillirent partout avec les plus grands egards et tous les
honneurs dus a son rang. Les ( bahinza ou descendants

bontes de Seruteganya. Elle l'appela a la Cour, en fit son prot6g6 et lui
donna a gouverner une parties du Bumbogo, le pays de Nyabitare dans
le Muhanga et le Kingogo.
Quellues annees plus tard I'ancien bienfaiteur devint I'objet de la
haine du roi Lwabugiri qui lui reprochait d'avoir pris sa mere comme
spouse. Son habitation, dans le Bg1o9go, fut entour6e par les guerriers
du roi. Ne pouvant s'enfuir, Seruteganya se brfla dans sa case, non sans
avoir fait tuer auparavant Nyirakigeri, pour qu'elle ne lui surv6cut pas.
L'ev6nement se passa au village de Mbilima de Matovu dans la sus-
dite province.







des anciens roitelets autochtones qui gouvernaient le pays
en son nom s'empresserent a son passage de lui presenter,
comme le veut la coutume, les vaches du pays (kubyuku-
rutsa). Le monarque faisait souvent main-basse sur les
troupeaux qu'on lui amenait a cette occasion.
C'est ainsi qu'il dpouilla les riches propritaires du
Buhloma et idu Buishirtu, detix anls environ avant sa mort.
La peste bovine avail alors faith des ravages ncalculables
da~n'Ta province central du Nduga.
vLwabugiri eprouvait sans doute le besoin de reconsti-
tuer ses propres troupcaux.
Durant son regne, les descendants des anciens princes
autochtones se montrirent on ne peut plus soumis.
Pour ne pas etre accuses de tiedeui ou de manque de
zile a l'dgard dfit monarique et par suite pour ne pas
s'exposer a perdre la vie et leur place, choses fort possibles
en ce temps-la, c'etait a. qui sc distinguerait le plus an
service du roi. Porter des vivres et de la biere, fournir des
soldats, faire la cour au prince hamite, tel etait leur souci
constant et le seul moyen de ne pas dechoir dans 1'estime
du Maitre toujours besogneux et toujours exigeant. En
plus de leurs attributions de chef et de leur role de courti-
sans, bon nombre d'entre eux exerCaient encore les fonc-
tions honorables de ( preservateurs des recoltes ,, faiseurs
de pluie, fabricants de charmes, etc. L'un d'entre eux,
Sangano, de la province du Bgishaza. paya de sa vie
l'usage qu'il fit de son art, en faveur d'une des femmes
du roi.
Cette dernibre, Nyambibi, mere de Nshozamihigo, fut
surprise un jour a manier des charmes (inzaratsi). Elle
voulait ramener A elle les faveurs royales qui se portaient
depuis quelque temps sur Nyirayuhi, la mere de Musinga.
Ayant du avouer qu'elle les avait recus de Sangano,
celui-ci fut sur-le-champ condamne a mourir. On porta
la meme sentence contre Nyambibi./s -44t U /ft q
Lwabugiri fit acte de maitre et de roi dans toutes les


^-sj-







S.











r..









d Y0b d








provinces de son royaume et y laissa maintes traces san-
glantes de son passage. Les instincts belliqueux et sauva-
ges qui s'etaient trahis en lui des son avenement ne firent
que s'accrottre avec le temps.
Pour continue la guerre et maintenir son arm&e a
I'effectif necessaire, il avait complement reorganise le
regime militaire qui regissait alors le pays. Chaque region
administrative devait fournir un corps de troupes, don't
le chef etait en meme temps commandant en chef
(umugabe).
Les corps se remplacaient successivement de sorte que
les hommes pouvaient apres un certain temps rentrer
dans leurs foyers et se livrer A leurs occupations habi-
tuelles. Des contemporains de Lwabugiri, il en est certes
bien peu qui n'aient pris part a l'une ou l'autre de ces
expeditions.
La province du Rwanda qui eut le plus souvent st
visit et oti il fit de longs sejours, fut celle du Kinyaga, :i
cause de sa proximity avec le pays conquis du Bunya-
bungu et lile d'Idjwi.
Sa residence favorite etait a Nyamasheke. non loin de
la presqu'ile de Nyamirundi, oi il avait installed un autre
domicile. 11 y recut plusieurs fois des Noirs musulmanises
venus du lac Tanganika, pour entrer en relations avec lui
et obtenir l'autorisation de faire le commerce dans le pays.
11 ne semble pas que la permission fuit accordee de bon
coeur.
Lwabugiri defiant ne voyait par ces marchands d'un
oeil favorable.
Comme ils lui achetaient volontiers des defenses d'ele-
phants, moyennant de nombreux changes de marchan-
dises nouvelles pour lui, il n'osa pas leur former comple-
tement les frontieres de son rovaume. Les mauvaises
langues du pays lancerent le bruit qu'il en fit- noyer
quelques-uns, par les bateliers qui les reconduisaient en
barque... Quelle est au just l'exacte verite? Nous n'osons








pas nous prononcer. Disons que c'est par l'interm6diaire
des commerCants que le roi batailleur commenCa a se
familiariser, bien avant I'arrivie du come von Gotzen,
avec les products europeens, cotonnades, habits, perles,
caisses, fusils et autres objets de pacotille.
Sans doute, les premieres etoffes avaient fait leur appa-
rition sous le rbgne de son grand-pere Gahindiro, mais
elles ai res sint et cotees a des prix 6lev&s ('). It n'etait
pas facile de s'en procurer. Gahindiro ainsi que son fils
et successeur les avaient reCues en cadeau, de la part des
rois de I'Usii et du Karacwe en temoignage d'amitie.
Ils s'en etaient pour ainsi dire reserve le privilege. Ce
n'est qiu' partir dti Lwabiiwziri qui'on vit qulelques favors
porter, eux aussi, des tissues.
Le roi, de tons ses sujets, le moins porter au misoneisme.
s'affubla pendant quelque temps d'un costume europeen,
qu'il delaissa bient6t sur les conseils de son entourage.
La nouveaute choquait les idees de l'epoque et l'influence
des sorciers 6tait encore considerable.
Les parapluies eurent plus de siuccs. Les indigenes leur
donnerent, a cause de leur forme arrondie, le nom de
, idjuru ,, c'est-a-dire ciel. Lwabugiri ne voyageait jamais
sans un de ces parasols.
Lorsqu'on le transportait en palanquin (ingobyi), selon
la mode indigene, un homme etait charge de tenir un de
ces appareils au-dessus de son visage pour le preserver
des ardeurs du soleil.
Durant un sejour qu'il fit an Kinyaga, le potentate noir
recut une deputation du celebre Rumaliza, 1'Arabe escla-
vagiste bien connu, qui avail choisi comme capital
Tabora et avail soumis a peu prbs toute la cAte oriental
du lac Tanganyika.

(1) Les premiers a pages n ne d6passaient pas de beaucoup la gran-
deur d'un mouchoir de priseur. II fallait beaucoup d'ingeniosite pour,
arriver a se ceindre les reins avec ces pans d'6toffe. Comme les gens de
l'Usui ne les troquaient d'ordinaire que contre de fortes primes, les
chefs furent a peu pros les seuls a porter cette sorte de vetement qui
seyait fort peu A leur taille au-dessus de la moyenne.









Parti d'Ujiji le cleibre musulman avait gagne le Nord
du lac et s'etait installed pendant quelque temps i Usum-
bura d'oi il ranfonna et razzia les contrees voisines ().
Ayant entendu parler de Lwabugiri, mais n'osant I'abor-
der directement, il desira entrer en rapports avec lui.
Ses envoys rencontrbrent le roi a Kimbagiro, au-dessus
de la plaine de Bugarama, non loin de la- rontiere de
l'Urundi.
Ils furedt bien traits par le roi qui les reCut avec hon-
neur. Parmi les nombreux cadeaux que lui envoyait
Rumaliza se trouvaient deux Anes. Le chef arabe croyait
faire plaisir au noir potentat, presque son emule en fait
d'expeditions.
Un pareil envoi ne pouvait manquer de produire un
effect sensationnel. Lwabugiri et ses gens, tout en ayant
entendu parler de ces animaux n'en avaient encore jamais
vu. Aussi les deux baudets devinrent-ils l'objet de leur
6tonnement et de leur hilarity, tant l'aspect de ces-Ates
ctait nouveau pour eux. L'un des deux animaux fut dcvorc
par les hyenes a Sakara (Gissaka). L'autre, malgre les
efforts qu'on tenta pour l'apprivoiser, ne se laissa jamais
monster que difficilement. II est possible aussi que les
apprentis cavaliers n'eussent ni selle, ni bride ou n'aient
jamais su s'en servir.
Les braiments de la bete n'etaient pas fails non plus
pour rassurer les ecuyers. On finit par la vendre aux gens
de l'Uswi qui servaient d'intermediaires entire les rois des
deux pays et qui l'acheterent au nom de leur maitre.
Les guides et les donateurs des baudets furent designs

(1) Rumaliza est le surnom de Mohamed-ben-Halfan, Arabe d'Ujiji op6-
rant avec l'argent et les resources qui lui ktaient fournis par Tippo-Tip.
RIimaliza veut dire : qui ravage tout, ne laisse rien apres lui, extermina-
teur. (Gne6ral baron Jacques de Dixmude.)
C'est pour avoir aide Rumaliza hL se procurer des esclaves que le
Mututsi Kiyogoma, un inconnu de la veille, finit peu a pen, grace aux
Arabes, a prendre de 1'influence sur ses compatriotes. II compta a partir
de ce temps parmi les principaux chefs du district d'Tsumbura dans.
1'Urundi. II Ifourut en mai 1923.








sous le nom de ( Abapfumura du verbe gupfumura,
percer, pour dire qu'il s'agissait de gens hardis qui pen&-
trent partout.
SLes ambassadeurs de Rumaliza recurent en change,
des peaux de loutre (ibihura, inzibyi), de colobus (inko-
mno), de leopard (ingwe), des points d'ivoire et quelques
vaches.
Mais Lwalbuliri ne moulut s'engager a rien. Les deputies
s'en retournbrent ne rapportant a leur prince que des
paroles de politesse et d'amitie. Lwabugiri entendait rester
maitre chez lui. Il semble que les relations en soient
demeures Ia. Rumaliza dut se contenter des presents du
Hamite et n'osa jamais s'aventurer le long du fleuve de la
Russizi.
11 est a croire que la reputation du roi du Rwanda, que
l'on representait partout comme un guerrier 6merite, lui
en ait impose et ait arrete sa march vers le Nord. Le
Rwanda fut ainsi sauve des horreurs et des abominations
de 1'esclavage.
On compta toutefois plusieurs marches d'esclaves,
dans "E Kingogo, au Bugoyi (A l'endroit dit du Lugerero),
dans le Kinyaga, a Ruyanza pr s de la Kayumbo, A
Kivumlt, darns le Nduga, et ~a Save dans le Bwana-Mkali,
d'oi le bItail human etait conduit vers l'Uswi. Ces centres
ne furnnt jamais bien achalandes, les Banyarwanda se
montrant assez rebelles a cc Zenre de commerce qui leur
rdpugnait.
Lwabugiri tolera'plus ou moins les courtiers de ce triste
n1goce, mais ne s'en fit pas le protecteur official (').
C'Mtaient les gens de l'Uswi qui avaient apporte ce
traffic dans le pays. De l'Uswi les esclaves etaient ensuite
diriges sur Tabora et la c6te pour Mtre livres entire les
mains des Musulmans.
Par I'entremise des Arabes ou Noirs islamises, Lwabu-

(1) Quelques chefs cupides, en quete de cotonnades, se pretaient par-ci
par-18 au commerce des esclaves, mais ce fut toujours exception.







giri recut quelques-uns de ces fusils primitifs vulgaire-
ment appeles ( Makwa dans toute I'Afrique equatoriale
et qui se chargeaient par le canon.
Ses ennemis s'en etaient servi centre lui, pour la, pre-
miere fois, au Bunyabungu, puis dans le Nkole.
Dans une de ces expeditions, les Banyarwanda se trou-
verent subitement en face d'une trentaine de Noirs j
habilles a I'europeenne et arms d'un fusil, qui les
mirent en joue.
Le roi et ses gens eurent la bonne inspiration de se cou-
cher A terre.
La decharge passa par-dessus leur tefe. IlIsse-elevrent
aussit6t pour foncer sur les tireurs qui n'eurent pas le
temps de charger leurs armes une deuxieme fois. La
debandade se mit dans les rangs de ces derniers qui
s'enfuirent en jetant leurs fusils et en laissant des morts
sur le terrain. Lwabugiri et ses gens recueillirent ine
dizaine de ces armes, que les serviteurs royaux trainerent
desormais partout comme trophee. Les fusils firent
ensuite parties des bagages de la Cour. Is furent elfin
consumes dans l'incendie de Ruchunchu, apres la defaite
de Rutalindwa en 1896. Les porteurs de fusil auxquels
eurent affaire les Banyarwanda furent appeles, on ne sait
pourquoi ( Mariane ,, et leurs fusils a Makoba ,, par
altIration probablement du mot Makwa ,.
Mgme durant les expeditions Lwabugiri vivait entoure
de sa Cour, au milieu des sorciers et des grands du
royaume, qui pour ne pas perdre les bonnes graces du
Souverain n'osaient pas s'eloigner.
Kabale, qui a joue un si grand r61e b la mort de Ruta-
lindwa, 6tait un des families du roi qui venait d'6pouser
sa soeur. Les fils atnes du monarque, Sherangabo ('),

(1) Sherangabo avait requ de son pore le gouvernement de quelques
collins dans le Buganza. C'est lui qui conduisit le come von Gdtzen
a Kageyo. II vecut toujours en disgrace A la Cour. Ses malheurs le rap-
prochtrent des EuropBens, sans rien lui faire abandonner de ses super-
stitions auxquelles ii rest profond6ment attache jusqu'& sa mort (1927).








Rutalindwa, Muhigirwa, suivaient aussi leur pere dans
ses deplacements. Bien qu'on fut en champagne, les caba-
les, les intrigues et les complots ne cessaient d'etre
foments par les envieux et les mecontents. Redoute de
tous cause de sa cruaute, le terrible Hamite etait hai de
son entourage immediat. On raconte que durant I'un de
ses nombreux sejours a Nyamasheke, quelques chefs
Batutsi ourdirent une conspiration centre leur souverain.
La date en avait fti fixie et tout etait prgt quand un
des conjures, un nomme Bihire, craignant d'etre decou-
vert, trahit ses complices et vint reveler au roi, qui devait
etre tue cette nuit meme, durant son sommeil, les details
de la machination. '"
Lwabugiri refusa d'abord de croire a la coupable
intrigue. Se ravisant tout a coup, il demand au denon-
ciateur de se preter a tin dessein qu'il vient d'imaginer :
, Bihire, lui dit-il, prends ma place ce soir, occupe mon
lit, j'irai cette nuit dormir ailleurs. Nous jouerons ainsi
les conspirateurs, et si l'edvnement se product, je saurais
que tu as dit vrai ,.
Le monarque entendait par lI s'assurer de la reality du
complot et de la culpability des affilies.
I1 y avait dgalement plus d'un grain de malice dans
son project.
Aussi Bihire de s'ecrier : Que deviendront mes enfants
et mes biens, si je viens ai tre poignarde? ,
a Ne crains rien, reprend le roi, s'il t'arrive maiheur,
je suis IA pour veiller sur les tiens.
Les autres ne se doutant de rien, penetrent aux environs
de minuit dans la hutte royale, tombent sur Bihire qu'ils
prennent pour le roi, le percent de coups et se retirent
croyant en avoir fini avec le monarque detest6. Quel ne
fut pas leur etonnement dans la matinee. Au lieu des
clameurs et des cris d'epouvante auxquels ils s'attendaient,
nos conspirateurs dedus ne percoivent et ne remarquent
rien d'anormal. Les employes de la Cour se livrent A leurs








occupations quotidiennes. Les courtisan les solliciteurs
et les plaignants forment des groups separes devant la
premiere enceinte du palais et s'entretiennent paisible-
ment. Le << Ndamutsa (tambour) announce le lever et
I'apparition du monarque que tout le monde vient saluer
come A l'ordinaire.
Quelques instants apres, Lwabugiri sort de l'enceinte
et s4-dirige vers la case du chef des conjures, Gihara-
mag .a. Apr's les pr'ambules d'usage, le roi qui cherche
un pretexte, iui demand a boire : Je n'ai plus de bierc,
ajoute l'interpelle, il y a longtemps que je n'ai rien recu
de chez moi. /
< Eh bien! alors viens avec moi, je t'invite ,, reprend
le souverain.
Ils allaient arriver a l'entree de la cour royale, quand
soudain le roi se retourne et perce de, sa lance Giharama-
gara qui le suivait de pres. l o
Le malheureux tombe novy dans soh sang. Lwabugiri
s'approche de lui, essuie sur les levres du mourant, son
arme ensanglantee : < J'agis a ton 'gard, lui cria-t-il,
comme tu voulais le faire envers moi; je te rends la
pareille ,. Nkoronko, un autre conjure put s'enfuir du
Kinyaga.
11 fut rattrape au Bumbogo et tud.
Nous le constaterons encore plus loin, Lwabugiri etait
cruel dans ses vengeance, au dire de ses contemporains.
Mais et ceci est a remarquer, A l'encontre de ses predd-
cesseurs ou successeurs, il ne s'en prenait jamais a une
parents tout entire. Les frbres et les fils de ses victims
ne furent jamais inquietes.
Un membre de la famille pouvait Atre tue, ses biens
allaient A ses descendants directs. Le fils de Giharamagra,
Nvirinkwaya ne fut jamais persecute A cause de soii re
et ineperdit pas la confiance du roi. Lugerinyange, petit-
fils de Nkoronko, devint chef de la province de Buhanga
et jouit d'un grand credit a la Cour.







Les vengeances de l'autocrate n'avaient pas de lende-
main. II1 faillit etre un jour la victim de ses amusements
enfantins, lorsqu'il habitat i Lwamaraba dans le Nduga.
Un soir, il prit avec lui, un de ses favors, Lwakageyo,----
fils de Gacheyeye (Mwene kitore). Apres une beuverie, la
fantaisie lui vient de se mesurer avec son commensal et
ami. Lwabugiri le saisit a bras le corps et fait mine de le
frapper avec son couteau. Le favori croyant A une plaisan-
terie ne se defend d'abord que mollement. Le monarque
s excitantt de plus en plus, devient dangereux.
Lwakageyo craignant pour sa vie repousse son antago-
niste tout en respectant le plus qu'il peut la personnel
dui roi.
Celui-ci loin d'arreter le jeu cruel accentue ses efforts.
Lwakageyo en desespoir de cause, s'empare de l'arme.
La vie de Lwabugiri etait a la merci de son invite qui
paraissait resolu a se servir de sa superiority, quand inter-
vint Nyirayuhi, la mere de Musinga. De la couche oh elle
se trouvait, elle assistant muette a la scene, jusqu'au
moment oi Lwakageyo, le bras level, allait immoler son
epoux. A l'instant, elle saute i has du lit, se pricepite sur
le malheureux partenaire qu'elle immobilise. Le royal
lutteur, libre de ses movements saisit le couteau et gorge
le malheureux courtisan./
C'est durant le rbgne de Lwabugiri-Kigeri qu'eurent
lieu, bien avant 1'arrivie du come von Gotzen, les c61ebres
predictions, relatives a l'arriv'e des Europeens, l'invasion
des chiques (pulex penetrans), I'apparition de la variole
et de la peste bovine.
Elles furent le fait d'un chef Munyiginya, nomme Nyan-
taba. Ayant &td faussement accuse aupres de Lwabugiri,
qui n'avait de tendresse pour personnel, Nyantaba, sans
etre entendu, fut conduit dans la province du Buberuka,
pour y etre etrangle et jete dans le fameux marais de
Nkonde, reserve aux grands coupables. On aconte que
Nyantaba avait supplies ses gardens de le conduire chez








le prince parce qu'il avait d'importantes revelations A lui
communiquer avant de mourir. Les bourreaux craignant
pour leur tote refuserent en lui disant qu'il ne leur restait
qu'a accomplir leur mission, bien qu'elle leur parut
bdieuse : Le roi a commander, il faut obeir ,. C'est alors
que le condamne fit les declarations suivantes cbnnues
depuis lors dans tout le pays, oi elles impressionnerent
vivement les esprits : (( Dites au roi, que je vais mourir
puisqu'il I'a ordonne. Je le plains, car que va-t-il advenir
de lui et de ses sujets? Des gens bien propres (imonge),
habilles comme des nouveaux marines (abakwe) vont venir
du pays d'en bas (baturutse igihugu gichuri) (1).
Ils seront ports par des vaches sans comes (rukun-
gu) (2). Ils front bient6t leur entree dans le Rwanda. J'ai
compassion de vous. Comment ferez-vousP?
1I leur annon.a encore l'invasion de petits insects,
vulgairement nommes auijourd'hui (( chiques (pulex
penetrans), ainsi que la variole. I1 pr6dit ensuite la peste
bovine en terms images : Dites au roi qu'un taureau
strange viendra avec la rapidity du vent, du pays de
Mutara (Ndorwa) et qu'il bondira au milieu des troupeaux
de la capital, oi il exercera de grands ravages (s).
Dites-lui encore de ma part que dans les chemins,
l'herbe d'en has rejoindra en la depassant 1'herbe d'en
haut (ubgatsi bgo hepfo buzalenga ubg'aruguru). ,
Nyantaba voulait dire par lA que les herbes pousseront
a l'envi et se rejoindront de tous les c6tes, parce qu'il n'y
aura plus de vaches pour les brouter.
De retour I la capital les executeurs se presentkrent
au roi pour lui annoncer que justice Atait faite. Ils lui
firent part des curieuses revelations de la victim. On

(1) .,e pays d'en bas d6signe le Kiziba, sur le lac Victoria.
(2) II s'agit de 1'ane, ainsi appele.
(3) C'est un taureau de mauvais augure, qui ne peut que commettre
des d6ggts, d'ofi son nom de taureau du vent, aux effete desastreux
, Imfizi-y'umuyaga izachugit' inka ku Gihasha cha Gabiro (pays de
Mutara. dans le Ndorwa) yimirize Ntaruka (marais aupres de Nyanza) ..







ajoute que Lwabugiri regretta de l'avoir envoy au trepas.
L'epoque etait aux revelations. Dans la province du
Mulera, un infirme nomme Rugwabiza, qui ne vivait que
d'aumones, se rendit dgalement celebre par ses predictions
sur l'arrivee imminent des Blancs, en donna des preci-
sions que les Noirs trouvent aujourd'hui tres curieuses.
U Ils viendont du pays oh se leve le soleil (l'Est). Ils
arriveront portes par des animaux etranges, a forme de
lion, qui parlent... des deux co6ts la fois!!! Ces memes
strangers eliront domicile sur la colline de Kabushinge,
qui deviendra leur capital, et oh les tambours resonneront
soir et martin. Ils jctteront tin pont sur la riviere de la
Mukungwa; ce pont sera tellement large et solid, que les
troupeaux le traverseront sans difficult. Ces inconnus ne
front de mal a personnel. Hommes et femmes, pauvres et
riches, tons pourront les approcher et recevront des perles
pour les porter au cou.
Ces memes individus couperont l'arbre sacred a trois
troncs qui pousse sur la colline, etc., etc. ,
Le prophete Rugwabiza n'itait jamais a court de pre-
dictions. Il-s'en servait pour remercier ceux qui l'accueil-
laient et menacer ceux qui le congcdiaient sans lui faire
l'aum6ne.
A premiere vuc il ne semble pas qu'il faille s'*tonner
outre measure de ces revelations.
Meme avant l'arriv*e du come von G6tzen, nombre de
Banyarwanda avaient entendu parler des Europeens instal-
les dans les contres limitrophes.
L'invasion des <, chiques ,, la variole, la peste bovine,
Etaient plus ou moins connues et prevues; ces fleaux rava-
geaient depuis quelque temps les pays voisins, quand ils
firent leur apparition dans le Rwanda. Certains, comme
les deux personnages don't on vient de parler, surent en
tirer parti. Ii est possible aussi, qu'ils aient annonce
d'autres evenements qui ne se sont pas realises et que l'on
n'ait retenu de leurs dires, qu'une infime parties des pr&-








dictions qui paraissaient concorder avec ce qui arrival
effectivement.
La derniire prophetie, dans l'ordre des dates, est due "
une femme de race mutusi. On la connaissait sous le
nom de Nyiramuganuza; elle habitat dans la province du
Bgisha. Les Banyarwanda recouraient beaucoup a ses
( talents de sorciere-devineresse. A une femme muhutu,
originaire de la province voisine du Bugoyi que Nyiramu-
ganuza rencontra fortuitement sur son chemin, elle fit
spontanement les declarations suivantes. C'etait en 1914,
quelques mois avant la grande guerre : a Mon enfant,
lui dit-elle, quand tu rentreras dans ton pays natal, les
Europ6ens (avec leurs askaris) envahiront la fort que tu
dois traverser. Tu te rencontreras nez A nez avec eux (avec
leurs gens) (1); on ne te fera aucun mal. Un grand conflict
va eclater et la famine, avec toutes ses horreurs, s'ensui-
vra. Mais alors, ajoute la prophetesse, tu te trouveras
avec ton mari dans un autre village (atififel tu ne songs
pas en ce moment). Un Blanc vous viendra en aide et
vous conduira dans un district ou vous verrez une chose
sans nom (2). Tu mettras au monde un garcon puis une
fillette; de celle-ci, tu ne tireras aucun parti pour tes tra-
vaux.(3) (elle mourra). Mes propheties se realiseront quand
je ne serai plus. On me tuera, je deviendrai une des vic-
times de la guerre (nzichwa n'igitera). Vous assisterez aux
evenements que je pr'dis. Vous tremblerez de peur
(muzanyeganyega) quand les Blancs se serviront d'arcs
auxquels vous n'^tes pas habitues (4). Je ne te demand,
ma fille, aucun paiement pour la consultation que je te
donne. Tu peux t'en aller ,.

(1) Vous-vous rencontrez avec eux a joue ~ oue x tel est le sens littoral.
(2) Vous verrez une chose sans nom (igintu gitagir' ibara). Le maria et
sa femme apercurent en effet dans un champ une brebis qui venait de
mettre bas un petit monstre sans pattes.
(s) a Cette fillette vous ne pourrez l'envoyer x (sous-entendu au tra-
vail, ntimuzamutuma), pour dire qu'elle mourra en bas age.
(4) Bazarwanish' imiheto mutarabona.







Ce fut la fin de 'eritretien. La prophetesse mourut com-
me elle l'avait annonce, elle perit durant un engagement.
Ses predictions s'accomplirent a la lettre, point par
point. Ceux qui furent les heros et les t6moins de ces
oracles et de leur realisation assurent qu'ils n'ont rien
invented.

CHAPITRE V

Derniers episodes du r6gne de LwabugirL
Entrevue du prince hamite avec le c616bre explorateur
allemand, le comte von Gotzen.

Le regne de Lwabugiri fut fertile en evenejnents sou-
vent provoques par le prince lui-meme don't l'activite etait
devorante et inlassable. Ses sujets lui donnerent cepen-
dant plus d'une fois l'occasion de s'occuper d'eux. Ils
n'eurent pas tous a s'en feliciter. Les Bagoyi en savent
quelque chose.
Ils ont eu de tout temps une mauvaise reputation qu'il
fait mettre au compete de leur temperament, de leur
indiscipline, de leurs moeurs et de leur origine.
Ils sont, en effet, pour la plupart venus du Nord-Ouest
du lac Kivu et ne ressemblent guZere aux Banyarwanda de
l'interieur.
A l'epoque don't nous parlons, le clan des Baligira,
gouverne par Lwerinyange, pere de Ngomayombi, avait
empiete sur les possessions des Bagwabiro qui 6taient
rests en faveur aupres des rois hamites, depuis leur
clbebre victoire sur rs ( Muets ('). Less dans leurs
interets les Bagwabiro porterent plainte au souverain lui-
meme.
Lwabugiri deputa au Bugoyi un de ses proches, Lwa-
linda fils de Rubega, petit-fils de roi.

(1) 11 s'agit du c616bre episode dit des < Muets a qui se dbroula sous le
regne de Chyilima II et qui fit connaitre les Bagwabiro.