L'affaire Luders: 2ed, par Solon Ménos , 1 p.l., iii, 393 p., [citizenship dispute between Germany and Haiti]

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L'affaire Luders: 2ed, par Solon Ménos , 1 p.l., iii, 393 p., citizenship dispute between Germany and Haiti
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Unknown
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Port-au-Prince, Imprimerie J. Verrollot, 1898.

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General Note:
5-multi-jur-1898
General Note:
Uncat storage KGS2973 .M46 1898

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George Washington University Law Library
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L'AFFAIRE LUDER&





Solon MENOS LIB-/
Docteur en Droit de la Faculte de *Par 1/,
Avocat du Barreau de Port-au-Prince OF N B'
Membre de la Societe de Legislation '.
Ancien Constituant
Ancien Secretaire d'Etat de 1'Instruction publique
Ancien Secretaire d'Etat de la Justice et des Cultes
Ancien Secretaire d'Etat des Finances,
du Commerce et des Relations Extbrieures.



EnhiIN, 7 [IEMBRE 1897. L'Einpereur
Guilhauine a dit. ,m stjet (n diiffdrend entire
1l \ii. ... Hai'ti, on pati'lnt des Haiftiens:
(e Cst une m'prisible hbande dO n6gres.
SIdgeremenit teintls de civilisation fran-
r .aise. Mes navires-,coles, hien qne mon-
a tis silimennt par de.ienes gnarkons, leur
apprendront les bonnes manieres.s


Imprimerie J. VERROLLOT, 92, Rue Bonne-Foi, 92,

PORT-AU-PRINCE


1898.




bonnes manieres. )
II n'y anrait pas lieu de s'arrAter A ces paroles tomb&es des
M1vres d'un auguste illumine, en veine de bravades a l'6gard
d'une nation faible. Le dM1ire de la suprnmatie se manifeste
sous des forces si 6tranges qu'on ne ferait que ni6diocre-
ment attention A .cette grande pensee d'un empereur qui
l'aura sans aucun doute introduite dans son nouvel Evan-
gile, a 'Evangile du poing ganLel6 D. Tout au plus l'eussions-
nous signal, en passant, au professeur Quidde, de Munich,
l'auteur d'un piquant pamphlet intitulM : K Caligula, etude
sur la folie cesarienne romaine ). Cependant le chceur des
thuriferaires cosmopolites, toujours prets a adorer le success
et & IX venir au secours de la victoire ,. a c616br6 et exalt6
cette double- prouesse de Guillaume II avec un si touchant
accord que c'est pour moi un devoir de jeter un peu d'eau
sur ce beau feu et de rendre aux faits leur reelle physiono-
mie, en faisantjaillir de leur rapprochement la v6rite ega-
lement indiffTrente aux diatribes princi6res et aux laches
apotheoses. /- -

F~vrie i/1898.


*1<' "
a,:* *- '. *


V I .- -- -! -


t- *









L"'A.FFIF-AIRE LTJXDERS



INTRODUCTION


L'amiral Bruat demandait & un chef taitien qui l'avait eu
pendant une here au bout de sa carabine, pendant qu'il se
baignait, pourquoi il n'avait pas tir6 : ( J'aurais te dshonor6
aux yeux des miens si j'avais tuW nu et par surprise un chef
tel que toi, r6pondit le sauvage. Et M. de Quatrefages, qui
rapport ce trait de g6nerosite chevaleresque, dans son re-
marquable ouvrage sur l'Espece hutmaine, ajoute : Qu'eOt
faith, qu'eit dit de mieux l'homme le plus civilise? n
Je ne sais si Sa Majest6 Guillaume II, Empereur d'Alle-
magne et Roi de Prusse, est, comme il incline A le croire,
1'hommne le plus civilise et le prince le plus accompli des
temps modernes, mais il n'est pas douteux qu'il n'etit rien
fait d'analogue, et V'on peut affirmer, sans crainte de s'abuser,
que le sauvage le plus inculte en remontrerait h ce seigneur
de si haute lignee pour la conscience et la moderation.
Un incident regrettable se produit, provoqu6 par le repre-
hensible emportement d'un jeune kcervele que ses multiples
algarades, A Port-ail-Pri nee et ailleurs, ont d&jA signal comme
un professionnel de la turbulence. Pour quiconnait M.Emile
Liders, ses excentricit6s et ses violence, il n'est pas d'in-
ce titude ni d'etonnement possible. Ses coups de tite, ses i
que lles, ses pugilats ont fini par lasser les plus indulgents,
enco iqne, devant tant d'extravagances et de folles 6quip6es,
les biet~nform6s, ceux pour qui une g6n6alogie scabreuse
n'a pas secret, ceux qui n'ignorent pas ]a singularity des






II L AFFAIR J'LUDE RS

origins et les tares ancestrales, ,ll.':.iint l'atavisme et,
consid(alrant le ens pilot co1111me pathiologique, uclnbottent,
proesqei par inaniere l'excuse : C'est le sang de Yayoute
qui 1I'Mtiffe! ) ( Yayonte, c'est l'aiule maternelle; e'est I'a-
visee servant qui, domneemnt, m6thodiquement, sans ef-
fraction ni <( violation (de domicile ), introdnisit sa tille A
pine nubile dans le lit de son maitre; c'est la n)gresse don't
l'imiii;i,' difiante n'encombre pas la galerie des portraits de
Diqfiiny, mais qui revit d'itne f:.i. u saisissante dans une
deseendanee inquiete et feline, lachee A travers les couloirs
de l'antique logis oft toujours flotte et abonde le souvenir
hasardeux des complaisanees et d-es enveloppements. an-
cillaires. ) -
De tels antecedents ainsi qu'une loyaleenqu6teenssent 6Lt
de nature ai clairer nn esprit impartial, A convaincre un
homine de -;,i:-'-f'roid tout antre que le Cesar tudesque
don't une incurable infirm'it semble avoir ferm6 l'oreille,
surtont a la voix de la justice. 11elas! qui oserait r6voquer
en done I'omnipotence di monarque para de la gloire de
son irioubliableD grand-pare? Qui pourrait mecon iaitre la
lgitimitW de son imperial caprice? C'est dit : le sonverain
de cinquante-deux millions d'Ames a d6cid6 de faire sentir
la force de son bras a un Etat minuscule et d6sarme. Cela
imported a ses ir P. I-; maritimnes et convient A sa conception
personnelle de la grandeur de <( l'invincible Alleniiiui.-'
Comme la Gr6ce, il fant trailer Haiti par le canon. Et, sans
vouiloirrien entendre, but6 A l'implacablearrt q u'a form ul6 s
morgue feodale, le protecteur et I'ami de celnii que M. Glads-
tone a appeal I'assassin Abdul-Hamid, n'aura de cesse qu'il
n'ait incline devant sa toite-puissance le petit people v,0n
; I'isolement et a nne Intte sans espoir. Ensuite,,dette
glorieuse besogne accoinplie, Sa M.ij.- l.'., le front c. lI des
lauriers promise a son frWre, s'ecriera en parlant di-.nlin :
t C'est ine bande nm6prisable de 6'...g- legereyPnt teintes






L'AFFAIR E LUDERS III

de civilization frantaise. Mes navihes-ocoles, bien que moijnt
setlement par de jeunes ga'cons, leur apprendroni les
bones maniires. H
II n'y a'uait pas lieu de s'arrAter a ces paroles tomb]es des
levres d'uin auguste illumini, en veine de bravades a l'(gard
d'une nation faible. Le dl6irc de la supr6maLie se manifesle
sous des forces si 6tranges q'non ne ferait qun n!idiocro-
mient attention a cette grande pensie d'un emupereur quti
P'aura sans auotn doute introduite dans son novel Evan-
gile, H l'Fivangile du poing gantel16 Tout au plus I'eussions-
nous signlale, en passant, au professor Quidde, de Munich,
I'auteur d'un piquant, pamphlet intitul : ( Caligula, itude
sur la folic cesarienne romaine CcperLdant le chieur des
thuriferaires cosimiopolites, toujours pr6ts a adorer le succs
et a H venir au secours de la victoire ,. a cdlbri et exalt6
cette double prouesse de Guillaume II avec un si Louchant
accord que c'est pour moi an devoir de jeter tiun peu d'eau
sur ce beau feu et de rendre aux faits leur rhelle physiono-
mieen faisant jaillir de leurrapprochement la vOrilt ga-
lement indiffirente aux diatribes princirces et aux laches
apothboses.
,\'







L'A.FFAIRE LuXDERS



CHAPITRE PREMIER.

I
Une visit diplomatique.

Le mardi 21 septemhre 1897, je venais pine de rentrer
ala liaison, apres la sancedu Conseil des Secr6taires d'Etat,
que 1'on m'annonca M. le Comte Schwerin, Charge d'Af-
faires de I'Empereur d'Allemagne A Port-au-Prince. Nos
relations A ce moment-lh avaient atteint un certain degr6
d'accoutumance et j'ose dire tin caract re de cordiality qui
att6nuaitsensiblemnent la rigidilt de I'ti(quelt e. A ussi m'em-
pressai-je de le recevoir, nmalgr l]a naturelle lassitude que
j'6prouvais A la suite d'une reunion o'i, pendant plus de
quatre heures, s'etaient dbroul~es on min0in debattues les
(questjons les plus diverse.
, Le (Cointe Schwerin paraissait en proie "i nne vague emo-
tion et ses yeux exprimaient je ne sais quel effarement, qu'il
ne parvenait pas toujours a dissimuler sous des.formules
quelconques de politesse. II ne tarda pas a entrer en matibre
et me narra avec une complaisante prolixitW les phases va-
ri6es d'un incident qui n'efit 6videmment pas revOtu une
importance extraordinaire sans le violent desir don't mon
interlocuteur 6tait envahi de manifester une sollicitude alar-
m6e envers un de ses ressortissanls, que celui-ci ffit au-
thentique on non.
Sa version, au fond, n'6tait pas autrement compliqune;
dOgagke du papotage diplomatique et des longueurs d'une
amplification r6barbative et hiriss4e de germanismes, elle
pouvait se resumer ainsi : <( M. Emile Luders, home la-
borieux et paisible, s'il en fut, Nlait Iranquillement dans son
cabinelde travail, ofuson assiduite n'avait pas d'6gale, lorsque
-I







L'AFFAIRE LUDERS


des hommes de police, sans Otre porteurs d'aucun mandat,
firentirruption chezlui pourarreter un cocher inculpe devol..
Indign6 de cette violation de domicile, il repoussa les agents
de la force publique et se rendit sur-le-champ an Bureau
central de la Police, pour se plaindre de leurs procedes,
mais la, il fut arrOte, envoy devant le Juge de paix, emp0-
ch6 de citer des temoins decharge pour le lendemain,
condamnOn A un mois d'emprisonnement et A une amende
de quarante-buit gourdes, conduit immidiatement en prison
et 6croiue. Pourtant I'art. 402 du Code Penal ne punit les
voies de fait qui n'auront occasionn6 ni contusion ni bles-
sure, que de cinq A vingt-cinq jours d'emprisonnement et
d'uine amende de cinq a vingt-cinq gourdes. Pour comble d'in-
justice, son intervention personnelle, Alui, le Comte Schwe-
rin, appeal en toute hate au Tribunal de simple police par
M. Emile Luders, n'avait pas suffi A vaincre I'obstination
du Greffier, qui pretendait ne ponvoir, par suite d'un sur-
crolt de besogne, delivrer une expedition du jugement avant
le vendredi, c'est-A-dire avant trois jours. Tout cela 6tait
bien grave et, au dire de plusieurs personnel, ressemblait
ha du parti-pris A l'6gard des allemands. )
Tel fut, en racourci, 1'expos. du Charg6 d'Affair'es d'Alle-
magne. Sa parole, en depit d'une l1gre animation et d'une
abondance inusitee, avait quelque chose d'emprunt6 et d'im-
personnel, coinme si elle 6tait le jouet d'une confuse sug-
gestion.
Je lui r6pondis que je n'tais pas du tout au courant des
faits don't je venais d'entendre la relation; que je ne pou-
vais, par consequent, hasarder la moindre appreciation
lA-dessus avant d'avoir obtenu des renseignements complete
ou plutot nn rapport circonstanci6-sur cette aftaire, regret-
table dans tons les cas; que toutefois si M. Emile Luders
croyait avoir fi redire au jugement, il n'avait qu'h en appe-
ler dans la forme ordinaire; que la delivrance immediate de
l'exp6dition n'importait gubre, un tel recours n'6tant pas
necessairement subordonn6 A la signification de la sentence;







L'AFFAIRE L'UDERS


que, d'autre part, devant 10 Tribiinal d'appel, IM. Emile Ll-
ders pourrait citer tons les temoins ;i decharge qil'il Iui
plairait.
( Je vous le r6epte, ajontai-je, je n'avais absolument rien
appris de ce qui s'est pass ce martin. Comme vous y pre-
nez de I'intwrit, je no ferai auenne difficult ponur vous com-
mininiqrur A Iitre priv6 mes informations particilieres afin
de vous 6difier plus complement, si o'est possible, sur nos
bonnes dispositions. Je sais bien qn'il y a des gens qui sont
mcoi tents de la politique r6formatrice (In Cabinet actnel
et en treprennent de faireaccroiro que nons sommes hostile
anx strangers, mais je pense que I'attitnde itri ,Id.il ,.it
conciliante du Gouvernement a I'egard des Representants
des. Puissances .'Ir,;n:. i '-r,-., ne s'est pas demenlie on seul
instant et je ine done nullement que, le cas chant, votre
tilii ,_'i' .. i ne nonl ; Iflt acq is on toa te spontaneit(.
> Les allemands qui resident en Haiti seraient encore
moins fondes que personnel A se plaindre. Ont-ils janais 6t.
entrav6s, dans leor n4goce, dans le developpement de lenrs
Iransactions, dans la diffusion de lenrs (tablissements ?
Quelle atteinte a jamnais t( portee A leurs biens ou A leur
secuirit.? Quelle injustice a trouble lenr prosp6ritW et leur
qunitude?
) Quant A M. Emile Ludlers, je n.'inii Ir' pas qu'il est ins-
crit A votre 1,gation, mais quel analyst aurait eu l'esprit
assez p6nktrant pour decouvrir en lui un allemand ennnuy
par les iiliens ? )
Ces derniers mots, oft e1 Conte, Schwerin crut voir sans
donte Line malice, parnrent le derider. II voulut bien recon-
naltre la correction et la courtoisie dle nos rapports avec lui,
et il pIrit cong6e en me remneriant sp eialement des vues
(qe j'avais indiqvnes sur l'opp-rtunit6 d'nn recours en ap-
pcl, qu'il se promnit de conseiller A M. Emile Lnders.
11 ne fnt pas plus t1t part que je me fis mellre en cornm-
munication t.16phonique avec Mr F. L. Cauvin, Secretaire
d'Etat do I'Int6rietr et. de la Plli e Gi(nerno le Jo li relatai







L'AFFAIRE LUDERS


la demarche du Charg6 d'Affaires, et j'exprimaj en nime
temps lines regrets de ne pouvoir conuiiuniquer egalement
a ce sujet avec notre collogue, Mr' A. Dyer, Secretaire d'Etat
de la Justice, don't la maison privee n'ltait pas relive par le
telephone. Luxembourg Canvin me r6pondit qu'il venal
d't're instruit do I'inc.ident du miatin, survenn pendant que
nous etions on conseil, oel (ue le rapport qui Ili avait 6t1 faith
pr(.sentait M. Emilo Luders common Ieant agiavec la derlniere
Ibrlaliit control des ._i.-il 1 de police, vetnus pour proc lder
Sl'arre''sialion ('lin ino )nin Dorluns Presimncm II ajo tla (qi'il
ordonnerait mine en(uteb suipplentenLaire el prendrait per-
sontielletneute c)nnaissan(ce (Idu jgoienrt duI Triblniil de
simple police.



Question de nationality.

Avant d'aller plus loin, il imported d'exaniner mne ques-
tion qui a d6ej aliment6 la conlroverse et divise encore les
esprits. Quelle est la nationality de M. Emile Liders? Est-il
haitien ou bien allemand ?
La r6ponse est on he pent plus aisee si nous nons en te-
nons a notre senle legislation, car la filiation maternelle du
p,.r-,.nnaiy* qui nous occupy dcemontre pere.mptoirement que
la R6publique d'Haiti est fondue a le regarder come un de
ses c ili ,-ii- M, r' !'obsc.LritV, repandue A dessein sur les
debuts d'une famille don't les evolutions ne laissent pas quo
d'etre ori,-in ,1. et parfois scandaleuses, on s'accorde a dire
que Yayoute fut transported de la Gmuine A Ste-Croix, Une,
des Anlilles danoises, d'of elle parvint bientot A s'enfUir.
Ayant final ment _.rir.'- le territoire hailtion, ce sol beni onh
il n'y avail, plus d'esIlaves, elle s'empressa de r&clainer Il
1)(nflice de la r"gle conslitulionnelle en verti de laquelle la
qilalil. d'lhaitien Mtail. conferee A ( tout Africain, Indien, et
c(etx issus de lenr sang, nOs dans les colonies on en pays
: iraniger, qui viendrnient resider dans la R 'pbliqie. ).







L'AFFAIRE LUDERS


Sa file Anais, nee a Jkremie, ktait natmrellement de natio-
nalit6 haitienne. 11 en iLt de mnme, conforin6ment A l'art. 43
du Code civil, des enfants issues de la cohabitation d'Anais
avec un francais du nom de Dejardin, et bien que ce concu-
binage eut fini par ktre convert en justes noces, en viue de
la e1gitimation des demoiselles de Diquiny, devennes adiltes,
celles-ci resterent haitiennes, ainsi que leur mire, et leur
qitalit6 ne fut pas inmie inodifiee par leur n.iii i:.;-, contract
apres la proruil;-;ilion de loi dt 30 ochobre 1860.
L'art 6 de cette loi declare essentiellernent haitien I'en-
fant isso d iiimariage d'uine hailienne avec in stranger, et
d'apres I'art. 3 de la Constitution de 1867, est haitien tout
individual n0 en Haiti on en pays A'r, iu-,-r d'nn lialtien ou
d'une hailienne. Or, M. Emile Luders, fils lbgitime de M.
Theodore Luders, allemand, et de la (< citoyenne ) CMl-
mence Dejardin, haitienne, 6tant n6 en 1874, sons l'empire
de la loi do 4860 et de la Constitution de 4867, la nationality
haitienne I'a saki d&s sa naissance, et, depnis lors, il ne s'y
est soistrait ni par ine naturalisation acquise en pays etran-
ger ni par anucune des aitres circonstances desquelles le
Lkgislateur infere la perte de la quality de citoyen d'Haiti.
<< Chaque Etat, dit Blnntschli, a le droit de fixer libre-
ment les conditions auxquelles il accord et retire la quality
de citoyen de l'Etat. ) Et I'autenr du Droit international
codifie ajoute : Cette question, toute d'ig.;'iiir lii int6-
terieure, est du domain du droit constitutionnel de chaque
Etat et non de celui dn droit international. ))
L'Allemagne n'a jamais hisite A se prevaloir de ce prin-
cipe : c'est ainsi que, par une application force des con-
ventions de 1874, elle a, en d6pit de leurs protestations,
d6clar6 sujets de i'Empire, des franeais qui avaient simple-
mient reside en Alsace-Lorraine, sans en Otre originaires.
Voici pourtant que ce mOrne pays excipe de I'art. 3 de la
loi allemande di lerjuin 1870 pour attribuer sur notre propre
territoire la nationalist de son pere A M. Emile Luders, qui,
n'avant annine envie d'avoier l'errante Yayoiit va proendre







L'AFFATRE LUDERS


dui service en All..i.,_.-, en meitoe temps que des lemons
de boxe et de savate, et ne tardera pas A se proclarner
( bon allemand ) afin d'atlirer les fondres tetponnes sur
cette terre de rn.f-- oc' sa bisaieule maternelle naquit A la
l ibert. .
Comment trancher ce conflict de 16gislations? M. Emile
Luders aura-t-il deux nationalit6s et restera-t-il haitien an
moins en Haiti? C'est assurement cette derniere solution
qui est la seule compatible avec le principle de la territoria-
lite des lois. Aussi intervention du Charge d'Affaires d'Al-
,i.i.,.i,. 6tait-elle thboriquement tout-a-fail inadmissible et
aurait-elle do Otre kcartee d'emblee et sans examen, si la
raison du plus fort, toujomurs la meilleure pour les loups de
la Forkt-Noire, n'inscrivait A la L6gation Allemande a Port-
au-Prince et ne prktendait proteger quand m0me le bonil-
Iant 6chassier qui fit une annee de volontariat A Berlin, dans
le r'-,.iiniil des cuirassiers de la Garde imp6riale.
Malheureisement les frequents d6mentis infliges aux dis-
positions fondamentales de notre Droit public ne semnblent
pas suffire a nous mettre en garde contre les exaggerations
d'un svstnime que notre faiblesse'numerique nons empeche
do fair valoir a'l'encontre des Puissances ktrangeres, g&-
neralement assez dispnsees abuser de leur force..,Je eon-
fesse que joe n'ai jamais pn saisir la raison ni l'utilit6 de la
r gle constitutionnelle qui atlribne, sans option possible, la
quality d'haftien A tout individu ne en Haiti, pourvu qn'il
descend de la race africaine : elle a, an contraire, le double
inronvenient de, nettre en relief notre impuissance a l'im-
poser effectivement i l'individu n0 en Haiti de parents ktran-
gers, et pourtant de laisser a celni-ci la facultW de s'en pr&-
valoir, au moyen d'une inquiktante subtilite, m0me pour
acqu.rir des immeubles sur le territoire de la Rapunbliqiie.
< Haiti, dit fort justement J. N. LUger, n'aurait auenn profit
a garder des ingrats qui, apres s'Mtre enrichis a ses d6pens,
', \,,iit.d, une autre nationality. II vant mieux qu'elle les
rejette et qc'elle soit (dlfinitivement fixPe sur leur compete >.







L'AFFAIRE LUDERS


II n'est done que temps de supprimer ine disposition
illnsoire et constamment mrconnnie.

Iff

L'appel.

M. Emile Lnders suivit I'avis du Charge d'Affaires d'Alle-
magne : il.interjeta appel le 22 septembre 1897 et constitua
pour son avocat Me Ed. Lespina.sse. L'acte, signifi6 au Com-
missaire du Gouivernement pr s le Tribunal civil, 6tait conQu
dans des terines tellement imprecis qI'on n'en pouvait tirer
auiicn renseignemenlt serieux sur la nature on les p6rip6ties
de I'affaire. <( Le requirant, ( Emile Luders ) a kt6 condamn6
par jugement du Tribunal de simple police tmn mois d'em-
prisonnement et A I'amende prdnve par l'art. 44 de la loi sur
la police urbaine; en fait, le Tribunal de paix a jug6 sur ]a
simple audition des t6moins de la parties adverse; le reque-
rant n'a pas pu fire entendre ses tImoins; les faits qui lui
sont reproclies, en ralite, n'existent point omn ont 6t. d6na-
fIlirs ; le Commiiissaire (dn (Covernemnent entendra le Tribu-
nal correctionnel, apres avoir faith, en son audience, F'ins-
truction de I'affaire, r6fortnerleditjugement dii 21 septembre,
et d6charger le requntrant, des condaninations prononc6es
contre Ii i '
Et c'est tout. Aucun expos de l'incident, de ses circons-
tances, (d ses omp)lipn itiolns: Ancimne mention de la contra-
v\ liIion r levIr\' el plitlli pilr hI TriI)biiial de simple police.
Anlui e discussion juridique, anlic nle allusioni a ii as
d'excuse on i a tin grief quelconque touchant les a procedes
arbitraires de la police. )) El il suffira, n'est-ce pas? que l'on
njotl e qle I'aIppel est slisperisif, pour que le Parquet, sans
:ivoir etc mis r(elleHment en meslre de savoir de qlloi it
s'agit et avant qu'il ait. pi penetrer tout e qii'il v a de science
infiise dans line enfilade de phrases en apparence insigrn-
fiantes, comprenne subitement, come par tn trait de lu-
miire, que M. Emile Luders n Wt4 incarcre iA la diligence




L'AFFAIRE LUDERS


d'un agent de police ind6pendant dans 1'exercice de ses
fonctions de Ministre public, et doit Otre sans d6lai remiss
en liberty.
Come cette declaration si 6nigmatique ne produit pas
l'effet desire, le plun simple est d'invoquer M. le Charge
d'Aflaires de S. M. 1'Empereur d'Allemagne ainsi qu'un deu.9
ex machine toujours disponible, et celui-ci, fier d'nn r6le
don't la nouveautW ne lui parait pas depourvue d'attrait, se
hAte de prendre son masque official et d'arborer son style
de gala dans la lettre suivante :

.Porl-ati-Prince, le 23 Septeinhre 1897.
URGENT

Monsieur le-Secretaire d'Etat,

En me r6f&rant .a notre entretien du 21 de ce mois, j'ai i'hon-
neur de Vou$ informer que mon compatriote, Monsieur Emile
Lflders, se trouve al l'heure actuelle encore en prison. Monsieur
Edmond Lespinasse a fait hier appel pour Monsieur Laders contre
.. le jugement du juge de paix, I'acte d'appel a 6t& sign& par qui de
droit, et c'est absolument contre les lois de Votre pays que Mon-
sieur LUiders n'a point &6t encore remis en liberty.
Je Vous prie donc, Monsieur le Secr6taire d'Etat, de Vous oc-
cuper de l'affaire, non seulement par courtoisie vers la LUgation
Allemande, mais aussi par respect pour Vos lois eux-memes, qui
donnent a l'acte d'appel une quality suspensive contre un ju-
gement de premiere instance.
En me r6servant tous les remarques.que j'aurai probablement
/ encore A fire sur le jugement de premiere instance, dans lequel
ni les t6moins de Monsieur Laders ont t6 &coutes, ni la question
/. a W6t resoute par quel droit les officers de la police se sont rendus
dans la maison de mon compatriote, tout en condamnant celui-ci
pour resistance contre les officers de la police dans 1'exercice de
leurs functions, je Vous prie de remarquer que c'est Vous-mnme
.. f'. qui dites dans l'expos6 g-n6ral de la situation de la R6publique
d'Haiti, annie 1897, que quelques choix douteux ou meme con-
dainnables ont eu lieu dans le recrutement si d6licat de Vos Tri-



I &







L'AFFAIRE LUDERS


bunaux. Je crois done que Votre Gouvernement a l'int6r&t le plus
vif de veiller sur I'observation de vos lois.
En esperant que Monsieur LUilers soit mis en liberty& immedia-
tement, je Vous repcte, Monsieur le Secretaire d'Etat, I'assurance
de ma haute consideration.
Comte SCHWERIN.

Cette lettre me parvint dlars la malinee dui joudi 23 sep-
tembre, tn pen avant la stance du Conseil des Secrltaires
d'Etat. Elle tomba,si j'ose m'exprimer ainsi, an milieu d'une
conversation a batons rornpts qui se poursuliivait entire
Mr A. Dyer, Secr6laire d'Etat de la Justice et des Cultes,
Mr F. L. Cauvin, Secretaire d'Etat de I'nterienr et de la
Police Cne'rale, et moi, tandis qne nous 6tions au balcony
nord du Palais de la Presidence. Sa Ieneur ne manqua pas
de me causer de I'etonnetnent, car elle contrastait d'une
facon singuiliere avec le ton des precederntes comnmunica-
lions du Comte Schwerin. J'Ftais fort renseigne sur les
inaneuivros qut'einployaient certaines .- ,1- depuiiis qeliques
joinrs, pniiu circonvenir co Charge d'Affaires el. fire de Iii
I'instrument de leurs rancnines contrele Cabinet. J.'eusalors ttl,.s-,e
I'impression (li'il de\vait obeir probableitenl a son insn--
A line ponssee d'intrigues encore latentes. Aussi,.en in'a- 'f '
dressant A mes deux C'll,'l'ii : < Voyez, dis-je, ce qne des
malins penvernt porter iln Agernt diplomatiqIue a aire. ) ELt
je lenr lus la leltre.
Je n'ai pasjiusqu'ici parconurn lej i,'iii'itfil-uLnxemubouirg
Cauvin, mais c'est bien )pour des voies de fail que M. Emile
Luders a Mt6 condamnO. T1 parait qu'il ignore que I'appel
n'est pas snspensif dans ce cas. 11 anrait poi)rtant p) voir
in texte fonrtnel sons l'art. 449 du Code d'Instrncltion crinii-
nello annote par Linstant Pradine.
Je fis ensnite reinarquer (i:ie I'alltsion du Cointe Schwe-
rin a I'Expose de la situation ktait aussi denui d'A-propos
(iue de bon godt, puisque ma critique comportait nne excep-
tion express en faveur de la jiiridiction de Port-au-Prince.
Pais, j'ecrivis au verso de la lettre du Charge d'Affaires







L'AFFAIRE LUDERS


le canevas de ma reponse et je le remis A M. Jules Lizaire,
Chef de bureau au D@partement des Relations Ext6rieures,
avec des instritions verbales pour la redaction de la d(-
pche ci-apres, que je signal pendant la seance du Conseil
des Secretaires d'Etat :

I'Prt-aun-lrinep, le 23 Septembre 1897.

Monsieur le Comte,

J'ai l'honneur de vous accuser reception de votre d6peche en -date
de ce jour, par laquelle, vous r6f6rant Ai notre entretien du 21 de
ce mois, vous m'informez que Mr Emile Luders, bien qu'ayant, par
l'organe de son avocat, fait appel du jugement du Tribunal de paix
en vertu duquel il a k6t incarc&r&, se trouve encore en prison a
l'heure actuelle, et ce, ajoutez-vous, contrairement aux prescriptions
des lois haitiennes.
Vous m'exprimez, en consequence, l'espoir de voir remettre Mr
Luders imm6diatement en libertL.
Croyez bien, Mr le Comte, que le Gouvernement HaTtien saisirait
avec empressement cette nouvelle occasion de manifester ses senti-
ments de bienveillance envers les sujets allemands 6tablis sur le ter-
ritoire de la Republique et que, s'inspirant de la courtoisie des rela-
tions que nous sommes hcureux d'entretenir avec la Legation de
l'Empire d'Allemagne, il lui serait particulierement agr&able de don-
ner A I'affaire de Mr Luiders la suite que vous souhaitez, si les dis-
positions legales en vigueur le lui permettaient.
Dc cc que votrre compatri'ote i fait appel du jugement du tribunal
de p;ix, cola n'imliIqtc Inllemcent sa mise cn libcrt0 ilmmiIlcdiait.
Iln etot, I'article 18 de la loi du 19 ,septembre [836 dispose que
1'appel n'est point suspensif, routes les fois quc la condemnation
aura ete prononc6e pour voices de fatit privues par l'article 402 du
Code penal.
Vous voulex bien me rappelcr, en terminant. le passage de I'Ex-
pos6 tenlral de la situation de la Republique d'Haiti, annee 1897,
relatif au recrutement des magistrats charges de la bonne distribution
de la Justice. Je suis heureux de voir que la Legation de I'Empire
d'Allemagne veut bien constater les efforts du Gouvernement en
"u'e d'assur'r ia tous utin just application des lois existantes: mais,







L'AFFAIRE LUDERS


dans l'occurrence, nous ne saurions rien prejuger de ladecision de la
Justice, a l'occa~sion de 1'appel fait par votre ressortissant.
Veuillez agr6er, Monsieur le Comte, les assurances de ma consi-
d6ration tres distinguee.
SOLON MENOS.

Bien que cette lettre eft 6t6 envoyee A la L.'-"ntiii d'Al-
-nI -ii. le jour mir~e de la reception Sc4hwerin, on mn'annonca dans la matin6e duit 24 septembre
que des individus, amateurs de touche et basse propa-
gande, colportaient sons Ie manteatnune nouvelle don't ils so
disaient eux-mcnmes excessivement epouvantes : < Le Char-
gA d('Affaires d'Allemagne, avant en vain attend mareponse,
avait perdu patience et tr.'-'i2.-i' de colere avec des gestes
plus qu'effroyables. Puis, it n'avait fait qu'un bond jusqu'aux
bureaux de la SociWte des T.'.li'"-i.iI,.-, sous-miarins, n'ayant
voulu confier a personnel le soin do remettre l'employ6 de
la station une incomnnenstrable d(pkche adresse a S. M.
I'Empereur et Roi, son .ni1-l,. Maitre, pour lui demander
des cuirassesdestin6s a appnyer un ultimatin nkcessite par
Ie prltendu defant de response. ,
Je me bornai h hlasser los panules de piti6, devant la
pnmrilite des manceuvres aux(quelles recouraient des tru-
queurs qui paraissaient s'0tre mis en tOte de nouer une'
intrigue diplomatique don't its tiendraientles fils,end'autres
terms, de faire de M. le Coimte Schwerin tne simple ma-
rionnette -- de Nuremberg. Assurmnent je ne ponvais me
outer que des purs, des patriots come on n'en voit go0re,
iraient dans je ne sais quelle sentine exotiqne ramasser Ia
range d'une rumeur invraisemblable pour me la jeter A la
face et me signaler de la sorte an courroux de groups
dejh travaill s de traditionnelles preventions !
Cependant le 25 septembro -- un samedi je m'ap-
Ipretais a sortir lorsque le Comte Schwerin me tWlephona.
( Soit dit en passant, eo proced. marquait assez l'Rtat de
nos relations personnelles. ) II me demand s'il pouvait
venir me voir pour une c(linnic-.1iiali-,in important. Je lui







L'AFFAIRE LUDERS


r6pondis que je disposals de trop peu de temps pour le re-
cevoir A ce moment, car it me fallait me rendre an Palais
National, of le Conseil des Secrtaires d'Etat devait ser6unir
A I'extraordinaire, mais qne probablement la stance ne dn-
rerait pas longtemps, aiquel cas, me proposant de passer
vers midi et demi, A mon ancien cabinet d'avocat, voisin
de la L6gation Allemande,je m'arreterais dans ses bureaux!
que sinon, je lii ferais savoir par le t61phone I'heure o i
j'aurais la faculty de l'entendre, soit A ]a maison, soit an
Minisibre des Relations Ext6rieures.
Comme il insist pour uine entrevue immediate et de
court dur6e, je crus convenable de d6ferer A son d6sir.
II ne tarda pas A arriver avec un commencement de
bibliothbque.
Apres les compliments d'nsage, il commenca par me re-
mercier des terms dans lesquels etaitconeine ma r6ponse
A, sa lettre du 23 septembre.
VoilA, dis-je en souriant, une declaration fort dOplai-
sante pour les nouvellistes qui, dans la jouirnke d'hier, ont
charm6e leurs loisirs en annoncant que vous avez envoy
mn t616gramme tres alarmiste A votre Gonvernement.
Je n'ai pas A dire comment j'aurais agi si je n'avais pas
recn votre r6ponse, repliqna-t-il en s'efforcant de prendre
un air imp6ntrable. Senlement, je ne suis pas d'accord
avec vous sur l'interpr6tation de 1'art. 18 de la loi dun 19 sep-
tembre 1836. ( Oivrant A coup stir I'nn des volumes don't il
s'etait embarrass pour la circonstance ) L'article s'exprime
ainsi : a< Dans le cas d'appel, la suspension prononcee par
fart. 149 di Code d'Instruction criminelle ne pourra 4tre
invoqu6e par le condamn6, toutes les fois que la condam-
nation aura 6t* prononce6 pour contraventions dsign6es
aux art. 402, 403, 405, et 408 du Code P6nal. n Or, de deux
choses l'une : on e'est I'art. 402 qui devait Otre applique A
M. Luders, et alors j'admettrais que l'appel ne ffit pas sns-
pensif, mais aussi la peine ne serait qne de cinq a vingt-cinq
jours d'emprisonnement et que d'nne amrnde de cinq A







L'AFFAIRE LUDERS


vingt-cinq gourdes; on M. Luders a 616 conidamnl en vertu
de I'art. S4 de la loi sur I'oi-. ii-.ition de la police, et dans
ce cas, bien qu'une peine plus forte soit prevue, I'art. 18
que vous avez cite n'a plus d'application possible.
-- Je pense, repartis-je, qiwe vo(le arguinentation repose
sur line confusion qui est la seutile cause de eette divergence
de Vile entree nous : c que I laoi dIl '19 seplenibre 1830
envisage, ce n'est pis la peine plus oni moins levee, cest
la nature de la contraventiion. C'est pouiirqutoille inentionne
inotati ent la roitalrneajlioin d,'-i. ii' I'art. 402 du Code
Pinal et non la peine lixWe par cet article. Qtioelle est cette
conitravenlion '? C'est bie l toutes voiesdefait qui n'a1ront
occasion;ii ni contusion iii blessiure M. Emiile Luders n'a
pas 6t' inctulp deviant I Tribunal de simple police d'une
contravention antrc qne celle qui r6sutle de voies de fait.
Quand miless sont exercles sir tin o'licier (e police, le L6-
gislateur voit 1 Iline circonstance ,._;-2.i .trl. et, par l'art. 44
de la loi du 20 jnillet 1859 sur I'(.i. mri-ation de la police,
oedicte iut peine pills lorde,en raison delaquialit de nla vic-
timr;. Lisez le .I ,--;, presidenliel exposant les motifs de la
loidi 19septeinbre 1836; il estsuiffisamninentexplicite : ( Les
formal its prscrites par le Code d'Tnstructi on criminelloe sont,
([alns le cas d'imt il s'agit, imnpuissantes it assIrer l'ordre
public, oe'licnles setloment A procurer I'iliitpuinit t anx coLu-
pables Le projel de loi remldio a cie grave inconve-
nient, en donnant aI la justice les inloyens de s'assurer de la
personnie des pr'venns j"squ i'a e til e leur condainnation
ou leur acqu(ilteii enL a i t ti p ronoflnc defiiiitiveliient eL sans
iecoursl > No serait-il pas souveraineinent illo -in. d'in-
duire d'Mine disposition plus rigonurense oI',i.._.,li, de la
ineilletur garantic de In hi pro(inpt eL facile repression ) des
v iIhs de fait,ijuste alors que coltte ,oirlravention inenacerait
p!I is dircuteinent I'ordro public, qui' le I Lgislaltetr a On sir-
I'lt n[ ol vut '?
Anll surplus, aj,.iil.,i-i', no t'est q 'i'no opinion que .j'ex-
pri'i!'. Si M. Luders ("s! d'(lil avis cointraire of e stite avoir







L'AFFAIRE LUDERS


droit au b6nefice de I'art. 149 du Code d'Instruction crimi-
nelle, son avocat ne saurait i,_iirt-.r qu'il peut et. doit s'a-
dresser par la voie la plus expeditive a la justice, qui seule
est compktente pour rancher la difficult.
Le Comte Schwerin part rffl6chir un instant; puis, rom-
pant le silence :
S'il est impossible, dit-il, que M. Luders recouvre ac-
tuellement sa libertW,je doisvoius faire savoir qn'il se trouve
avec des condamn6s qui ne sont pas de sa condition et qu'il
souffre 6norm6ment dans la chambre oni it a Wte place.
S Je crois devoir insister de cette,fagon, pour couper court
S an reproche que me font mes ressortissants de ne pas ac-
corder unie suffisante protection aux interets allernands.
Ne vous y m nprenez pas! m'kcriai-je; si des membres
de la colonies alleinande a Port-au-Prince manifestent line
motion propre a vons impressionner, ce n'est point par
Ltendresse pour M. Luders, don't ils ne so soucient nollement
et qui leur porte plutct sin les nerfs, ktant considered par
onx come nn insupportable brouillon. Vous n'ignorez pas,
je suppose, le charivari qui trouble et accompagna jisqnu'
la fin un grand diner que M. le Comte de Lnxbirg donnait
anx chefs des maisons de commerce allemandes : M. Luders,
qui en 6tait le promoteur et s'6tait apost6 dans le voisinage
avec ses domestiques et quelqnes antres individns emban-
ch6s A cet effet, excita al plus halt degr( la fureur des con-
vives par cette grossiere inconvenance envers le Ministre-
R6sidont de I'Empire d'Alleinagne et sans double anssi
envers lenr << Notabilit )>. C'est vous dire assez que la con-
damnnation de ce jeune maniaqne est le moindre des soncis
(de ces M,.*-.-i-,rs. S'ils se font en ce moment les champions
(n heros d'nn vacari ne i'.- i nlir -, c'est qnl'ils cherchent par
tolls les moves imaginables A susciter des embarrass an
Cabinet, don't ils ne gofitent pas d(I tout la politique finan-
cipre. D'ailleurs, je crois savoir que voIus avez en tout r6-
cemment d'(difiantes informations A cet (gard.
D'anitre part, aucune animosity no pent exister ici centre







L'AFFAIRE LUDERS


M. Emile Luders, car, outre qu'il est hattien de par nos lois
- et j'attire instamment votre attention sur ce point -- son
allure primesautiere et minme debraillee n'est pas pour d&-
plaire a plusieurs, et, si je ne nme trompe, ses intimes sont
de nationality haitienne et non des allernands.
En ce qui concern les ennuis que M. Luders 6prouve
en prison, je ne serais pas loin de penser que s'il faisait A
la ju tice une demand de inise en liberty provisoire sons
caution, elle pourrait Otre favorablement accueillie. Le Code
d'Instruction criminelle, il est vrai, n'autorise cette measure
que lorsque le faith emporte une peine correctionnelle on
que dans le cas ohl le condamnO en matiere correctionnelle
()n de police s'est pourvu en cassation; toutefois il serait
possible d'invoquer un argument d'aiil..il-1 on m0me a for-
liori pour 6tendre, grace a une interpretation bienveillante,
I", bn6fice de la mise en liberty provisoire sous caution &
M. Emile Luders, appelant (levant le Tribunal correctionnol.
Pour inoi, tout ce que je pourrais faire pour vous Otre 6.
agreable, sans empikter sutir les attributions du Pouvoir ju-
diciaire, ce serait de demander an Secretaire d'Etat de I'In- /
t6rieur do vouloir bien permettre que M. Luders se tienne
a la Conciergerie jusqu'au j ,ii ,'iiir t sur I'appel.
Parfaitement, fit le Comnte Schwerin avec quelque
omipressement. Je ne demand pas mieux.
Eh bien! laissez-moi commnuniquer tout de suite avec
mon college.
Et, me levant, je passai dans ine autre pikce oft 6tait
place i'appareil tel1phonique. La communication ayant Wt,
donn~e, je mis Luxembourg Cauvin au courant de mon en-
tretien avec le Charge d'Aflaires d'Allemagne et le priai
d'ordonner, s'il n'y voyait aucun inconvenient, que M. Lu-
ders fftt transfWr6 a la Conciergerie. II me donna 1'assurance
qu'il allait teliphoner immediatement au ge6lier de la pri-
son l'ordre de faire le n6cessaire a cette fin.
Le Comte Schwerin se montra fort sensible A ce procede
qui d*,notait vraisemblablement une absence total de







L'AFFAIRE LUDERS


parti-pris de ma part. Afin de dissiper ses derniers doutes,
s'il pouvait ini en rester,'je lni proposal de m'accompagner
au Palais pour line conference officiense avec les Secretaires
d'Etat de la Justice et de I'Intkrienr sur cette affaire qui les
interessait *'.alerii.Il Stir son acqniescernent,je lui deman-
dai de m'attendre (qielques minutes, n'ayant encore rien
pris depnis la veille.
Pendant mon dejeaner, il engagea la conversation avec
mon secretaire particiulier, qui avait lte lui tenir compagnie,
puis avec un Depute de mes amis, M. Celicour Leon, arrive
sur ces entrefaites, et don't il fit la connaissance.
Je ne tardai pas a reparaltre et nous parties dans ma
voiture, oil il avait accept une place, ainsi que M. le Depute
Leon, qui nous laissa devant le Palais. Lorsque nous efimes
p6atr6 A I'intOrieur, je fis enter le Charg6 d'Affaires dans
le (( carr6 ) de M. T. Guilbaud, Chef du Cabinet particulier
du President, qui nous recut avec son affability accoutu-
inHe.
Le Secretaire d'Etat de la Justice, arrive peu de temps
apr6s nous,fut informin de I'objet de la demarche du Comte
Schwerin et s'einpressa do tel6phoner au Parquet du Tribu-
nal civil de Port-au-Prince pour inviter le Commissairi du
(Couvernement A vehir au Palais avec le dossier do Faffaire.
L'honorable Chef dn Parquet ne se fit pas longteimps attendre
et, d&s la venne du Secretaire d'Etat de I'Interieitr, la lec-
j ture du jugement d'i Tribunal de simple police et un sincere
change de vues nous mirent d'accord sur I'impossibilitM do
faire produire A l'appel de M. Luders 1'effet suspensif que ce
condamn6 en attendait.
< Ensuite, M. le Commissaire du Gouvernement promit de
faire appeler la cause A la prenmire audience qui suivrait
1'expiration du dMlai de I'assignation, et Luxembourg Canu-
vin annonca qu'il venait de renouveler de vive voix an geo-
lier de la maison d'arrOt Ia recommendation d'amener le
detenu Aa a Conciergerie, ce qui devait ,tre dejA un fait
accomnpli.









L'AFFAIRFE LUDERS


Le Comte Schwerin, visiblement satisfait de nos explica-
tions et de la condescendance du Secretaire d'Etat de I'In-
terieur, apporta une effusion significative dans l'expression
de ses remerciements. Je mis ma voiture A sa disposition;
et, nanti de ses nombreux volumes, ii s'en alia sous une
imeilleure impression que lors qu'il 6tait venu, ,igi ill',,i"
par des casuistes cosmopolites.


C~VLC+~N


"-'~-- /

':~~ ;


VA









CHAPITRE II.


T.

Les manoeuvres.

Aiissit6t introduit et log6e la Conciergerie, M. Emile
Luders se nontra an balcony, d'odi if se mit en devoir de
devisager les passants et d'interpeller ceux de sa connais-
sance, en faisant, combine d'habitude, le moulinet avec ses
bras. Aux amis qui s'arrktaient pour Iii demander de ses
nouvelles, il r6pondait qu'il se portait a mierveille, sa d6-
tention ktant, par ce temps de crise conmmnerciale et finan-
ciere, une affaire d'or, A cause de l'indemnite qu'il allait,
par la voie diplomatique, reclamer au Gouvernement hai-
tien.
Ces paroles, souvenL rip-tees, tombaient dans l'oreille
d'un individu acagnard& dans un coin et auquel M. Lfiders
n'avait, A son arrive, accord qu'une mediocre attention,
tant paraissait profonde la depression ofi il s'aneantissait.
Cet homme, malgrb son Mtat de b6ate somnolence, comprit
stir heree le parti qu'il pouvait tirer des a bonnes disposi-
tions ) de I'arrihre-petit-fils de Yayoute. 11 I'avait rencon-
tre une fois ou deux auparavant et il ne lui en avait pas
fall davantage pour decouivrir les enormes lacunes de soi
instruction. Aussi, en l'entendant exhaler avec son exu-
b6rance ordinaire un project si ardenmment caress, estiina-
t-il qu'un auxiliaire serait indispensable A ce grand dadais,
mniquement doun de force physique, et qii'il serait cet au-
xiliaire-lA.
Au reste, il ktait, aussi cornpletemient que possible, apte
A la l.- ],- en perspective. Engage comme mdeocin A bord
du steamer < Colombia ), ce grand transatlantiqLe de la Coin-
p-.gnie hambourgnoise qui, durant I'atomne de l'aInne41895,
promenait sur les mers d'innomnbrables tourists, le Dr Ro-
bert Yahr, 1.1ii,:.-ir. de Kiel, s'Mtait reveillI un bon martin
dans la rade de Port-au-Prince. La rencontre de quelques-







L'AFFA[RE I,'DERS


uns de ses compalriotes qu'il avait comnui-s en Alloniigne
dans tn etat d'extrCnoe drinfmeiit el qini lii revlMrenit aver
des rihs gnturana l oaur rapidle opulence, mil en Ini la (I)-
tation el !t dliir (des tniraculetst. s mntamorphoses. Fasci-
ni par les rckits dls inod'irnes- Arg')ianltes qui avaient en
uI lour do Ilain ci ti!uli.s Il toisot (I'or sin' nos rivaoes si
hospil.liT.-, il vrowlll mparl er I ch( ance (I (ces gais com-
I-' ,iions v(eiln s ntus do Ilurs proviic'es a, et, secoitant, siir
le pollt do I'imtii eiise t; virle h i issire do s bs botn.es de
de(l x iillo i'lones, il (l01 r(uiia iniconlinent datns in hI'ol
xAplnit 'ipar leux 'rrs ilanelins associ,'i 'i un francnis.
(on)il'( blo:ii iil iiislill(, il atUle dit, an inilien des diners
aIll '.lilampagnem i' cliintitole b/'tivole et spoliable ai nierri.
nt lre leinps, il pi(q iail (i d morphine et ooettoe d ;i .
retouse passion parl'ois Iranversuait deo brusqioues frissons son
corps entail( p:ir Ia li',vro inti'rmiiiltentle.
Naturelle'leiontt los iialades n'elirent point recolrs a tin
intWdecin q(ii avait plus (ie personnel bosoin do se fair
,iur, et hientolt il toinha du liant do son r've. Des lors,
se pregnant d'lln i iseniitiinetil aer (coliiine sa deception
centre i p tple reractaire. i sa convoitise, il eimploya les
loiirst' q lo iti taisait I'ait s (nce de clients a insulter dans la
press d'.\llelinagne ce pays (liii ne lortenrit glere parole A
sa chimi'l, uniihvrle.
(e.'rtes, ce rn'ttait pas dui field de s prose 6nerv&e qti'il
pouvail til'er les f'onds nectssa ires nllx sonpers fins qui lo
reposaient din traditionnol oni|piffreoilnt do c(holicronte.
XAussi les piropritiri'e do, I'liotel, las d'a.ttendro e ) person-
na[Fe attoint dl marasine pci'iniaire antant q(uO de inorphi-
nismo, linirent-ils, grace a lii ir..i''-ni.i ri transport de Wr"-
ance, par transf( or son oIeing ent innls Ia prison p)our d(t-
tes. La,, il s'adio.ti, d( polls eon pins a son irr im disable ma-
nie, glissant ills1oiibsihI 'l ilt danls e t etat g in rnal panlvre
< ql rIevle la (d'ch(Il(On pivysiqile conicidanit avoc 1ne
diiinition (di sonls moral ). Pouir ponvoir continiicr ai in-
v\'nter dlo loiles I id ses pver'htil insinuations contre ]a







( I/AFFAIRE LUDERS

16itblitoqii, d'Haiti, if aiiginntait quotidiennement la dos
t lo nl nImbre do cos injections sous-c(utan6es qui lui al
portatiitl. uine siirexcitation passag(6re el stiinulaient un ins
tant I1'6nergie die ,son imagination vacillante.
( c'andidal i l a iparalysio g6n6rale ne tarda pas A fair
alliance ave Ie cat(li(tit i I'indeinnite, et voici les premier
'friits de celle iioiinslrielse collaboration :

TRADUCTION.


Ic milc perncits tr respectueuselment de souniettre les poinl
.siivaints il la I.gaction impcria!e d'Allcmagne et, vu le malheu-
reux &tat die ma santl, de les recommander tr&y-vivemnent il unit
prinompre et urgenlte consideration.
Condanmnnl et cnvoyV en prison le 22 Septembre par le juge d6
pain, en vcrtu de I'art. 44 de la loi sur I'Organisation de la Polico
llrb-iiic', j'ai us6 de mon droit d'appel et cet appel fut admis le 23.
D)',pr.s la declaration tres formelle et ne permettant pas Ie
moindre doutc, de M4 Lespinasse le plus savant, ie plus impor-
tant represcntant de la science juridique d'ici -- qui, en sa quali-
tI d'ancien Ministre de la Justice, doit connaitre comme pas un les
lois duii pays. ce.s lois clies-ineimes exigent ma liberation immediate
ct me garantissent ma liberty, jusqu'a nouvelle decision dans les
forces legates.
Des que mon appel est admis, le droir m'est acquis d'en atten-
dre l'issue en liberty. Me Lespinasse m'a dit, iA moi, et il l'a con-
lirmnl cc martin hdeani: Monsieur le Ministre-Risident et d'autres te-
r1n ins ( il a 6t mime jusqu'A le fire observer formellement au
Coimiissaire du Gouvernement ) que, d'apres les lois du pays, je
devrais etrc en liberty depuis le 23 Septembre et que, par cons&-
quent, j'6tais arbitrairnment d6tenu depuis cette 6poque.
Commne audience de ce jour au tribunal a &t6 lev6e, sans
qu'on m'ait rendu ma liberty, et que, mime dans les circonstances
les plus favorables, la redaction, le prononc, et 1'ex6cution du
jugenent doivent trainer encore des semaines enti&res, et consi-
derant que ie suis tomb6 malade, ie viens demander ai la Lgation
imperial d'exiger sans retard du Gouve-nement d'ici ma mise en
liberty en se basant sur I'avis pi6cit6 de M' Lespinasse. Alors le







L'AFFAIRE LUIDERS


Gouvernement devra ou me mettre en liberty ou continue ia me
garder prisonnier en violent sciemment ses propres lois par cctte
detention arbitraire.
Je fais, en outre, savoir ai la Lagation imperial que, depuis sa-
medi, 25 Septembre, j'ai kt6 transfer ia la Conciergirie de cette
prison, et, la riemerciant enicore tres-sinc&rement de l'int&rt qu'elle
m'a t6moign6 et des d6marches qu'elle a faites en ma faveur,
Je demeure, avec un profound respect, son devoue

EMILE LUDIERS.
Part-au-Princ-, Ic 28 Sep:embre t897.


TRADUCTIox.


A LA LEGATION IMPERIAL D'ALLEMAGNE
A PORT-AU-PRINCKE.

Je me permets de soumettre trcs-respectucusement Ai la Lagation
imp6riale d'Allemagne ce qui suit :
Le 22 Septembre 1897, l 10o heures du martin, j'6tais occupy LA
mon bureau lorsque j'entendis un grand bruit dans ma remise. Pa-
raissant de suite i la rampe de l'escalier, d'o6 je pouvais dominer
toute la remise, je vis que deux gardens de la police locale batail-
laient avec un de mes domestiques.
Je descendis vite et demandai aux hommes de police ce qu'ils
voulaient. Its r6pondirent qu'ils 6taient venus pour airkter le co-
cher Dorlhus Presume. Invites A presenter l'ordre &crit du bureau
de Police, its d6clarerent n'en pas avoir et qu'ils 6taient venus sur.
l'invitation verbale de Cici Fortunat (un passant quelconque qui oc-
cupe la charge d'employv de deuxieme classes Ai la douane). Comme
celui-ci n'est d6tenteur d'aucune autorit6 executive, je consid&-
rai les homes de police qui, sans aucun mandate ecrit, voulaient
s'emparer de la personnel d'un de mes domestiques, simplement
come des envahisseurs, et je fis usage die mon droil d'asil' le plus
doucemewn possible, en leur ordonnant de se retirer.
Bien loin de respecter mm droit d'asile, ils appelerent, a l'aide de






L'AFFAIRE LUDERRS


leurs sifflets de police, environ dix autres agents, qui p6entrerent
6galement dans ma maison. LA, une bataille se d6clara entire eux
et quAques-uns de lines domestiques qui prirent le parti du cocher.
Me basant sur la connaissance sp&iale que j'ai de ce pays, je
m'abstins de tonte action violence. D'ailleurs, je n'aurais pu rien fair,
senu centre la suptriorite des forces adverse, et je n'essavai que de
pousser hors de ma maison les envahisseurs avec l'individu arrete,
avant qu'ils pussent endomminager s6rieusement mon pr6cieux mat&-
riel de voitures et de harnais. ]e ne me livrai A aucun acte de vio-
lence, je ne m'oppasai n-mie nullement A l''irrestation de mo1n domes-
tique, el/'affirmin' urtoitt je peux le prouver Ai la L6gation imninriale
par des t6moins oculaires que je ne inalfraitai et ne blessai personae.
Quand enfin j'eus vu ma maison d6barrass6e des envahisseurs, ;e
rmeflechis sur ce qu'il y avait Ai fire. Bien que je fusse revolt& de
cctte irruption violent chez moi, )e restai encore vingt minutes
dans ma maison, en pleine liberty j'insiste sur ce point -, et
ce n'est qu'apr&s ce laps de temps que je previns le Ministre-Resi-
dent de l'Empire et que je me rendis an bureau central, pour v
d6poser ma plainte. Arrive lit, ie m'adressai a la personnel comp6-
tente, au remplacant du chef de la police. J'avais Ai peine pronon-
c& quelques mots qu'il me retire la parole et m'enjoignir de m'asseoir
et d'attcndre jusqu't nouvel ordre. 11 dit alors it son secr6rai're en
me designant : (< Voici 1'homme qui a maltrait6 la police ; faites le
nicessaire ,>. Le secretaire commence l'inter'roiat6ire d'un des
hommines de police, et celui-ci d6clara que lui et ses camarades,
tandis qu'ils arretaient le cocher Dorltus Pr6sume, avaient &t6
maltraitis par moi de la facon la plus brutale, assomm0es A coups de
poing, bref, ( assassins )).
Le Secretaire, A la fin de l'interroatoire, dit it I'homme de p:,li-
ce : x( Ou m&me-la, ou trop liche, pourqui ou pas t6 tn6 blanc-l',
tout de suite, n'en remise li ? ( Vois *tes trop liche ; pourquoi
n'avez-vous pas tue re blanc tout de suite. dans sa remise ?) Apres
cette observation, it constata non identity ferma le mlro,-cs-verbal,
sans m'en avoir donned lecture, sans m'avoir requis de le si.ncr, eC
surtout sans m'avoir aucunement entendu sur'I'affaire Puis. it or-
donna de me fire conduire au bureau du iuie de paix, de la faon la
plus brutale, par deux homes de police. C'est un tra'et d'environ
quinze minutes par les rues les plus frequentbes de la ville. Au bu-
rc.Iu c.nltra1, on '!coult:I ;: pccinv er niriIea: enti're'meT eI desir qtue






L'AFFAIRE LUDERS


j'avais exprim& d'attendre l'arrivee de Monsieur le Ministre-r6sident,
deja averti.
Des que nous fuimes au bureau du juge de paix, on commenqa
par interroger les gardens les uns apres les autres. ( Pendant cet
interrogatoire apparut Monsieur le Ministre-Resident.) Les gardens
renouvelerent leurs prec6dentes declarations ; le cocher Dorl6us
Presume, entendu, ne produisit rien de nouveau, mais il ne fut
pas interroge sur ma can.luite dans f'afaire. Je fis, canformement
a la verit6, un r6cit exact des incidents passes dans ma mais.)n, de-
puis L'invasio: de 1t police jusqu'au .)mient oi elle quitta la maison
avec le prisjani:r. le d46p.)ai, en outre, que je m'etais rendu en
pleine liberty au bureau central, uniquement pour f)rmuler ma
plainte, qu'on m'y traita de la facon fidelement d&crite plus haut
et que je n'en sortis que pour ktre conduit devant le juge de paix
de la maniere la plus grossiere, comme un criminal avtr6.
Je d&clarai ensuite que les depositions des agents consignees dans
le proces-verbal du bureau central ou faites devant le juge de paix,
6taient, en ce qui me concernait, totalement controuv6es et men-
songeres, et je fis ressortir de la facon la plus formelle que je ne
in'tais nullement et en aucune manitre rendu coupable des mau-
vais traitements et des violence mises it ma charge, et que je m'6-
tais borne eloigner la foile qau avail envahi ma liaison. J'offris
imnmdiateinent et A plusieurs reprises dc produire des t6moins de
ce fait, ce qui me fut refuse tout net.
Monsieur Holly, supplant du juge de paix, qui tenait I'audience,
donna la parole au Ministtre public. Celui-ci declara que, d'apres
les faits qui s'&taient products, je m'etais rendu coupable de resis-
tance it 'organe de la police, avec voics de fait, et que cette con-
travention 6tait punie de un a trois mois d'emprisonnement et
d'une amende allant jusqu'it deux cents gourdes.
Le supplant du juge de paix me demand si j'avais des objec-
lions a faire contre ces p6nalit6s. je fis encore ressortir de la fa-
con la plus formelle que non-seulement j'&tais absolument inno-
cent des contraventions mises a ma charge, mais encore que je
pouvais 6tablir mon innocence par des t6moins oculaires. Sans
vouloir se preter ai cette demonstration, il me condamina, en vertu
de ses pouvoirs et d'apres fart. 44 de la loi sur l'organisation de la
police urbaine, iL quarante-huit gourdes d'amende et it un mois
d'emprisonnement.






L'AFFAIRE LUDERS


Immn diatement apres, je fus conduit dans Ia prison de cette ville
et loge dans le compartment des crimi'nels de droit commun. C'est
la que je me Irouve maintenant, dans une petite chambre d'une cha-
leur 6touffante, d'une ventilation insuffisante. La cour, les latrines
etc, regorgent de salet&s. Litt&ralement devant ma porte se trouve
une grande mare d'eau repandant des oleurs pestilentielles, et je
partage ce milieu avec environ cent negres presque nus, qui,
condamnns pour vol, violence, fabrication de fausse monnaie,
meurtres, expient en prison des peines de longue durbe, quel-
ques-uns meme ktant sous le coup d'une condemnation capital.
VoilA une description simple, mod'6re, nullement exag&r&e et
surtout entierement veridique des faits qui m'ont atteint le
22 septembre.
Qu'il me soit permis d'y joindre quelques observations. Vu les
conditions d'inf&riorit6 de la police, reconnues par les autorit6s
haitiennes elles-memes, vu mnme le peu de confiance que m6ritent
les agents de police d'ici, consid6rant que des exces et des scenes
absolument intol6rables surviendraient-, si de pareils &tres pouvaienr
entrer sans falcons dans les maisons pour proceder a des arrestations,
la loi haftienne interdit ( except pendant l'6tat de siege ) d'op&rer
des arrestatiins dans la demeure d'un Haitien comme dans celle
d'un stranger, et prescrit meme que. les autorites executivess ne
peuvent avoir l',entr6e d'une maison que par le juge de paix et en
sa presence. Ma quality d'ktranger rend cette disposition obligatoi-
re a mon 6gard dans toutes les circonstances, mrme pendant l'tat
de siege.
Cette loi, extrtmement important pour la liberty individuelle
garantie par la Constitution de la Republique, a t6 viol&e par les
gardens qui ont p6n&tr& chez moi. Les agents de police, sans le
moindre doute, n'6taient pas dans l'exetcice legal de leurs fonc-
tions. Leur action ne peut etre qualified que de violation de do-
micile, et ce sont eux et non pas moi -- qui se sont mis en
rebellion centre les lois de leur pays.
J'exigerai des d6dommagements pour cette violation de domicile
et, pour ma satisfaction, la punition des fonctionnaires coupables.
MWne si je m'&tais oppose a l'arrestation de fnon domestique par
ces individus qui outrepassaient leur autorit6, qui n'etaient aucune-
ment munis d'un ordre vis6, meme alors je ne me serais pas enco-
re rendu coupable de resistance a 1'encontre de leurs functions.






L'AFFAIRE LUDERS


Mais je n'ai nullement cherch6 a empecher cette arrestation, et je
peux en fournir la preuve par environ dix t6moins oculaires don't
la liste nominative a &t6 aujourd'hui transmise par moi A MO Les-
pinasse, mon avocat. Une pareille faqon d'agir de ma part aurait
kt6 absolument folle et inutile, celui qui devait etre arret6 s'6tant
imm6diatement declar& pret a suivre la police et n'ayant deman-
d6 que le temps de s'habiller quelque peu.
Non content de m'accuser de resistance aux agents de la force
publique, on m'accuse d'avoir exerc6 sur eux des voies de fait, de
les avoir malmen6s, assassins. Comment moi seul, j'attaque dix
a douze hommes de police, je les mattraite de la faqon la plus
brutale, et. ils se laissent faire si tranquillement !
Grice A leur 6norme preponderance numnrique, ils ne se jettent
pas simplement sur moi, ne m'abattent pas a coups de batons, ne
me tuent pas sur-le-champ, ou tout au moins ils ne m'arretent
et ne m'entrainent pas. Ces memes agents de la police haitienne,
don't la. tendance A la brutality ne connait pas de limits et qui
assomment un voleur qu'ils ont arret6 jusqu'a le tuer A demi et
le d6posent ensuite en prison avec les vhtements d6chir6s, pres-
que nu, ces memes hommes se laissent maltraiter par moi sans se
d6fendre L'allocution du Secr6taire du bureau central aux hom-
mes de police est la meilleure preuve de mon innocence : ( Vous
htes vraiment des gaillards trop laches Pourquoi n'avez-vous pas
simplement battu le blanc A le tuer dans sa remise ) C'est exac-
tement le sort qui m'atendait, si, seul, j'avais 6t6 assez irrlfl6chi
pour attaquer la petite arm6e.
Et pourtant A leur depart je suis en vie, meme en pleine liber-
t6, et quand, vingt minutes plus tard, je vais de mon propre mou-
vement au bureau central, et toujours en liberty aucune trace de
lutte n'est visible sur moi Et mes pr6tendus adversaires, ces
hommes soi-disant battus i en etre demi-morts, 6taient sains et
saufs.
J'ai 6t6 imm6diatement arrete au bureau central et mis en ktat
de prevention. Comme je sais bien n'avoir fourni aucun motif A
cette arrestation, j'exige une indemnity et une reparation pour
cette privation arbitraire de ma liberty.
Apres un court interrogatoire, dans lequel un agent de police a
Wte exclusivement entendu, sur le simple dire de cet etre absolu-
ment indigne de foi, plaidant, en outre, sa propre cause centre son






L'AFFAIRE LUDERS


accusateur, centre moi qui me: plaignais de lui, ma'culpabilit6 est
tenue pour d6montr6e, et je suis appr6hend6 par deux soldats qui
m'entrainent comme un vulgaire criminal a travers les rues les
plus fr6qunt6es de la vile.... .
J'exige un d6dommagement,i la reparation de cet acte brutal qui
faith encore durer la privation arbitraire de ma liberty et qui a por-
t6 les plus graves atteintes it mes int6rets sociaux, moraux et natu-
rellement a mon commerce meme, car ce proced6 n'6tait nulle-
ment justifi par in. con luite ni par l'examen attentif des faits
all6gu6s.
Je suis conduit devant le tribunall du juge de paix. ( 'Dores et
deijt, devant la gravity de l'accusation qui phse sur m',i, je declare ce
tribunal incompetent. ) On interroge les homes de police en cause
aiisi que m.ai, I'accusL. No, declarations sont diamrtralement op-
posees. A l'appui de lenas depositions, qui comportent une grave
imputation, il manque un t6moignage d6cisif, une preuve quelcon-
que, il mnanque meme la precision de faits important qui aurait
pu rendre leurs dires vraisemblables, meme admissibles. Je relive
-avant tout I'absence de toutes traces ou suites de mes pr6ten-
dues violence. Nos declarations sont contradictoires, la cause aus-
si embrouille que p.)ssible, et, malgr6 cela, ou n'a pas recours au
seul moyen plAhusible de fire la lumiere. Ma proposition d'inter-
roger des tmnoins oculaires fut 6cart6e, et c'est dans ces conditions
que fut renduufi jugement qui mit fin A une audience ou je ne
peux 'voir qu'une farce, qu'un m6pris insultant de toute justice.
J'ai bien conscience de mon innocence et je peux la prouver par
des t6moins oculaires. Malgr6 cela, un tribunal incompetent m'a
* condamn6n a un mois d'emprisonnement et a quarante-huit gour-
des d'amende, apres une instruction orale don't la forme violait les
propres lois du pays sur beaucoup de points, et que la non-lecture
du procks-verbal doit frapper de nullit&.
J'exige d6dommagement et reparation de ce jugement injuste,
du prejudice cause A mes plhs graves int6r&ts par le seul fait de
la condamnation ainsi que de. L'ex6cution de la peine.
On me force de subir ma peine imm6diatement et, moi qui
supposais n'avoir laiss6 ma maison, mes affaires, que pour une
court absence, je suis de suite conduit en prison pour un mois,
sans pouvoir retourner encore une fois chez moi ; je suis oblige
de laisser sans surveillance ai ma domesticity haitienne et A tous les







L'AFFAIRE LUDERS


hasards possibles de ce pays mouvement&, ma mason, mes tran-
sactions, mon pr&cieux bien, chevaux, voitures, et je suis priv6
pour un mois de toute influence sur la gestion de mes affaires.'
II est evident que ces circonstances doivent me causer des pertes
p6cuniaires des plus s6rieuses. J'en exige aussi d6dommagement.
Arrive en prison, j'ai &t6 rel&gu- au compartment des criminals
de droit commun et, depuis lors, je me trouve dans cet endroit,
en contact journalier avec environ deux cents negres don't un
bon nombre a moiti0 nus l'&cume de la population, et qui,
condamnes pour vols, meurtres, fabrication de fausse-monnaie, ex-
pient en prison des pines de longue dur6e, quelques-uns mime
6tant sous le coup d'une coi lamna ion capital, Ma chambre est
petite, d'une chaleur 6touffante, fermbe de cinq heures du soir A
cinq heures du martin ; la ventilation en est absolument insuffi-
sante. Cour, couloirs, latrines, regorgent de salet6, et bien devant
ma porte une grande flaque d'eau repand d'effroyables odeurs pes-
tilentielles. Dans ces conditions, ma chambre ne r6pond nulle-
ment aux prescriptions de I'art. 443 du Code d'Instruction crimi-
nelle, d'apres lequel, dans les prisons et maisons d'arrLt, les cham-
bres doivent &tre (( non-seulement sires, mais propres et dans un
tel 6tat qu'elles ne puissent aucunement former un danger pour la
sant6 ou la vie des prisonniers s.
Je suis imm6diatement tomb6 malade par suite de cette insalu-
brit6 qui m'entoure.
J'exige une compensation pour cette alteration de ma sante, cau-
ec par des contraventions formelles a la loi.
Monsieur le Ministre-R6sident, qui arriva aussit6t apres l'ouver-
ture de l'audience du tribunal de paix et fut t6moin des faits d6crits
:i-dessus, est mieux plac6 quo personnel pour contrdler et confir-
ner la v6racit6 de ma relation. Quant aux autres incidents don't
I n'a pas &t6 t6moin, je peux en fournir la preuve, au plus tard
rois jours apres ma mise en liberty, et je la fournirai. Par conse-
Iuent, je n'ai plus de details A ajouter.
A un point de vue g6n&ral, je me permets encore de faire re-
narquer que je consider come vraie cause des faits d6nonces la
'aine intense de ''atn i qui r4gne ici en ce moment, haine don't 1'exis-
once, le principle et les consequences quotidiennes sont probable-
nent mieux connus de la Legation que de moi, home priv6.
Les empiktements des fonctionnaires haYtiens vis-a-vis des 6tran-







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gers, les contraintes personnelles, tes violations du droit de pro-
pri&t6, les injustices de la Magistrature haitienne ne sont 'pas rares,
mais des cas tels que le mien, bien que se presentant moins sou-
vent, frappent par leur exorbitance.
9On a pourtant acquis l'exp6rience ici que de pareils enipikte-
ments, en d6pit de leur fr6quence relative, ne sont commis qu'iso-
lment vis-A-vis des Anglais et des Amerikains; par centre, ils
s'exercent plus gOnfralement- 1'6gard des Allemands et des Fran-
qais. Notre colonie allemande .est. a plus importance de toutes ici,
a Port-au-Prince ; le haut commerce est presque exclusivement
entire dies mains allemandes.
C'est pourqioi il est d'une extrimg importance que les suites de ces
brutales violence retombent lourdement sur ceux qui' en sont les auteurs
et .leur apprennent qu'on nepeut pas impuniment maltraiter un allemand.
La Ligation imp&riale, en me pregnant sous sa protecti6n et-en
me procurant justice, contribuera avant tout: A, la s6curit6 et A la
sauvegarde de la vie et des biens de tous les me'mbres de la cdtinie
allemande-en Haiti, but le plus vivement desirable dans ce pays a
demii civilis ,qui, semble marcher vers de graves troubles'int6rieurs.
En outre, cet incident qui atteint une desfi filles 6trangeres les
plus anciennes et Les plus considWr6es a produitr ine sensation qui
d6passe de beaucoup l'ordinaire et qui fixe les regards de tous; des
hatiens .comme des rangersr; sur F'issue de l'affaire.
En tenant compete de toutes ces circonstances, je suis:fernietrnent
conysaincu que la Legation imp6riale n'h6sitera pas un moment A
exaucer ma priere.
Je deniande la protection de la Legation imperiale et une actidn
6nergique dans mes int6rets. Je la:prie de vouloir bien me faire
avoir ma mise en liberty6 et, en attendant que-cela;puisse se fire,
l'amilioration immediate d'une situation 'dangereus'e pour ma vie.
Je me reserve toute autre demarchetendant A obtenir une indem-
nit6 pour le mauvais traitement que j'ai subi.
Le tres-respectueux et d6vou&,
E.MILE LUDERS.


Port-au-Prifice, le er Octobre 1897.







L'AFFAIRE LUDERS


TRADUCTION.

A SON EXCELLENCE

LE MINISTRY DES AFFAIRES MTRANGERES

A BERLIN.

Je me perniets tres-respectueusement d'exposer a Votre Excel-
lence les faits suivants, a l'appui d'un m6moire ( voir la piece ci-
annex~e ) adress6 ce jour au Ministre-R6sident de l'Empire d'Alle-
magne a Port-au-Prince.
Sans m'6tendre de nouveau sur les details indiques dans la pi&ce
ci-annexee, je ne ferai ici que constater que, le 22 septembre 1897,
deux hommes de la police locale ont p6nktr6 dans ma maison, a
l'effet d'arreter l'un de mes domestiques.
Comme ils n'6taient point accompagn6s du juge de paix, ainsi
que le prescrit la loi haYtienne, qu'ils ne pouvaient m6me pas
produire un ordre 6crit de la police locale ou de toute autre au-
torit6, qu'ils se prevalaient plut6t d'un ordre verbal donn6 par un
individu quelconque ( un employ& de la douane ), je leur intimai
l'ordre de s'6loigner. Loin de respecter l'inviolabilite de mon do-
micile, its appelerent it leur aide d'autres homes de police, 'pro-
voquerent dans ma propre remise une rixe avec mes gens et s'em-
parerent de la personnel de mon cocher. Les violateurs se trouvant
en nombre 6crasant, je m'abstins de toute violence et me bornai ai des
efforts pour pousser la foule envahissante hors de mes construc-
tions, avant qu'elle ptit s6rieusement endommager mes chevaux et
mes voitures. J'y parvins sans difficult et sans le moindre acte de
violence de ma part, apres que les agents de police se fussent em-
par6 de la personnel qu'ils recherchaient. Je n'ai battu ni malmene
et encore moins bless aucune des personnel qui avaient p1netr6
chez moi.
Lorsque enfin je vis ma maison libre des envahisseurs, je m'em-
pressai de me rendre au Bureau central, afin de me plaindre de cette
violation de domicile. Non-seulemnent refusa-t-on de preter la
moindre attention a mes justes representations, mais on m'arrrta
sans plus ni moins. Les agents de police qui m'avaient envahi fu-
rent entendus, leurs declarations mensongeres, controuv6es d'un







L'AFFAIRE LUDERS


bout A l'autre, d'apres lesquelles je les avais attaques, battus A
coups de poing, (( assassins ), furent consign6es au procds-verbal;
moi-meme, je ne fus pas interrog6, pas meme 6cout6. Paide-
vant le juge de paix on m'entendit, il est vrai, sans cependant
ajouter aucune foi a mes declarations. Mon offre de faire compa-
raitre des t6moins oculaires pour prouver mon innocence fut 6car-
tee. A ta suite de cette farce judiciaire qui ktait une derision de
tout sentiment de justice, le juge de paix supplant, Faustin Holly,
me condamna a quarante-huit gourdes+ d'amende et a un mois
d'emprisonnement. Sur ma demand, le Ministre-Resident d'Alle-
magne, Monsieur le Comte Schwerin, avait assist -h l'audience. 11
s'adressa au juge pour une expedition 6crite du jugement, demand
qui alors, ainsi que dans la suite, a constamment &t6 refuse, et au-
jourd'hui encore., quoique huit jours se soient 6coutls, Ie jugement
n'est, pas entire mes mains.
Je fus immndiatement conduit en prison et je m'y trouve depuis
lors, daus les, conditions indiqu6es dans la piece ci-jointe.
Je suis sujet allemand. Votre Excellence n'ignore pas que les
Allemands en position h l'6tranger conservent rarement assez de
patriotism pour envoyer leurs infants en Allemagne, les y fire
lever, servir dans I'arm6e, les y laisser.grandir et devenir de vrais
allemands.
Ma famnille, A ce sujet, fait exception. Ouoique ktablis depuis de
nonibreuses ann6es a l'6traiger, nous sommes rests de bons alle-
mands. En ce qui me concerne, j'ai Wt 61lev6 en Allemagne, et j'ai
satisfait a mes obligations militaires-a Berlin, en quality de vovlon-
taire d'un an, au regiment des cuirassiers de la Garde imp6riale,
allant dans la suite a Deutz ex&cuter les exercices prescrits pour le
grade d'officier. Ma famille est une des meilleures et des plus con-
siderees en Haiti, et a t6 constamment reconnue comme une des
premieres de la colonie allemande a Port-au-Prince.
Je crois etre en droit, dans'ces conditions, de m'adresser au Gou-
vernement de mon pays, lui demandant protection centre un acte de
violence exerc6 sur ma personne;'contre une injustice criante Ai mon
6gard et centre le tort considerable fait Li mes iritbrts. Les lois de
la R6publique d'H;i'ti prescrivent qu'une arrestation au domicile
d'un haitien ou d'un stranger ( sauf le cas de flagrant dWlit ) ne
peut etre faite qu'en presence du juge de paix en personnel. Tandis
que pour l'haftien, dans l'6tat de siege, cette prescription se trouve






L'AFFAIRE LUDERS 31

suspendue, pour l'6tranger elle demeure valuable constamment et
en tout 6tat de cause.
.Pour moi, les policies envahisseurs 6taient donc des violateurs
de domicile, et si je les avais chassis de ma maison par les armes,
je n'aurais fait que sauvegarder mes droits.
Vu ma connaissance des conditions sp6ciales du pays, afin de ne
pas etre impliqu6 dans des difficulties avec lc Gouvernement d'ici,
je me suis abstenu de tout acte de violence.
N6anmoins, l'on m'a condamn6, sans meme ecouter mes d6cla-
rations, uniquement sur les depositions mensongeres des policies
( qui cependant devaient etre anim6s de la plus grande partiality,
puisque je m'6tais plaint d'eux et que ces justes plaintes, si elles
avaient 6t6 admises, leur auraient valu une forte punition ). Ce que
valent ces assertions d'un ha'tien des basses classes, don't la princi-
pale caract6ristique, apres la malignit6, est incontestablement la
fausset6, tout le monde le sait bien dans ce pays. L'haitien, a cet
6gard, surpasse de beaucoup l'Arabe meme. Quant a moi, je sais
mieux que personne que je n'ai cornmis aucun des actes de violen-
ce mis a ma charge. On n'a pas tenu compete aux d6bats que nul
- pas plus moi qu'aucune des autres personnel pr6tendument mal-
menses par moi n'a pu montrer la moindre blessure.
Apres ma condemnation, je fus directement conduit en prison,
tel que j'avais quitt6 ma maison et mon, bureau pour d6poser mes
plaintes et revenir ensuite ai mes affaires, sans pouvoir meme re-
tourner At la maison A l'effet de prendre les dispositions les plus
n6cessaires. Ma maison, mon commerce,. mes pr6cieux biens per-
sonnels, mes chevaux, mes voitures, tout demeura sans protection
er sans surveillance. Si l'on pense qu'en Haiti, meme avec le con-
tr61e le plus actif dans les circonstances normales, on ne peut se
garder du vol, Votre Excellence pourra alors se faire une id6e des
pertes que je dois forc6ment subir dans les conjonctures actuelles.
D'autre part, je suis priv6 pour un mois de toute influence sur mes
affaires, et c'est la le plus grand prejudice port6 i fnes int6rets.
J'ai d6jaL expose dans la pike ci-jointe le fait d'avoir 6t6 plac& en
prison sur !e meme pied que les voleurs, les assassins, les faux-
monnayeurs, voire meme les condamn6s Ai mort ; d'avoir 6t6 log6
avec eux et laiss6 en leur contact journalier. J'ai 6galement expose
que la chambre ( que je suis oblige de partager avec mon propre
cocher ), la cour, les latrines se trouvent dans un 6tat horrible,







32 L'AFFAIRE LUDERS

&minemment dangereux pour la sante et meme pour 1'existence et
contraire a 1'art. 443 du Code d'Instruction criminelle, et qu'en y
restant, ce serait pour moi la mort i b.ref d6lai. Le fait que je n'i-
gnorais point les d6sagr6ments et les dangers auxquels je pourrais
m'exposer par une contravention et des voies de fait sur la police,
ainsi que ma propre position financiere et social et celle de ma fa-
miile, me mettent a l'abri du reproche, fait A des strangers dans des
cas semblables, de nm'tre mis par negligence, voire meme a des-
sdin dans cctte situation, afin d'en battre monnaie. Cependant,
quelquc psnible que nous soit l'incident, moi et a ma famille, et
quel que soit le contentement avec lequel je l'eusse &vit&, mainte-
nant qu'il s'est productt, j'ai pour devoir, comme tout autre, d'exi-
ger du Gauvern-ment hatien, qui demeure respoaisable des d6bor-
dements de ses fonctijnnaires, satisfaction et d6dommagement
pour les mauvais traitements inflig6s a ma personnel et le prejudice
port i mes interkts.
Le fait meme que ma fainille est une des premieres et des plus
riches du pays exige de toute n6cessit6 que j'obtienne une 6clatante
satisfaction, car si les haitiens s'apercevaient que Y'on pilt impu-
n6ment maltraiter meme un des allemands les plus haut places et
les plus connus, alors, ktant donn&e la haine qui regne en ce mo-
ment contre l'ktranger, leurs empiktements a 1'6gard des autres
membres de la colonies allemande ne connaitraient plus de bornes.
Quoique, a Port-au-Prince, le haut commerce soit presque exclusi-
vcment entire les mains des allemands, et que notre colonies soit la
plus notable de toutes, il regne d6ji chez 1'haitien une conception
sp6ciale sur la protection que nous trouvons aupres de notre
Gouvernement en cas de diff6rends, conception qui nous est tries
p6nible et ni s'accorde en aucane fagon avec la dignity de la nation
allemande. II est donc dur pour nous d'avoir a faire sans cesse
l'exp6rience qu'on est anim6 d'un saint respect en face des am&ricains
et des anglais, et qu'a l'endroit de nous autres allemands ( des fran-
qais &galement ) on croit pourtant pouvoir tout se permettre ici.
en Haiti. Dans mon cas, on alla si loin que des amrricains conseil-
lkrent ai mon pere de mettre sa maison de commerce, dans laquelle
il a un associe ambricain, completement sous le pavilion des Etats-
Unis, et qu'alors sa maison de commerce ainsi que sa famille
seraient a I'abri de pareilles atteintes.
Nous devons avouer que cette facon de voir est celle qui domine






L'AFFAIRE LUDERS 33

generalement ici ; non, cependant, qu'elle soit justified et fondue,
car moi-meme et tous les allemands d'ici nous avons l'espoir, je
dirai meme la ferme confiance que Votre Excellence, dans mon
int6ret et dans celui de toute la colonie allemande en Haiti, vou-
dra s'occuper de mon affaire et qu'une action r6solue d6montrera
a I'avenir aux haYitiens qu'en dehors des Anglais et des Amnricains,
les allemands aussi appartiennent ,a une nation de la cat6gorie de
celles don't les sujets trouvent une protection energique centre les
atteintes et les prejudices portes a leur personnel et a leurs biens.
Votre Excellence verra par la copie ci-jointe que j'ai d'abord
idress6 ma demand de protection au Repr6sentant du Giuverne-
nent allemand ici, Monsieur le Comte Schwerin. Mes sentiments
le justice seraient froiss6s, si, du fait que je me suis directement
ldress6 A Votre Excellence, il dfit s'ensuivre que cette protection ne
me soit pas octroyee dans la plus large measure.
Monsieur le Ministre-R6sident, depuis son arrive, a, au con-
:raire, constamment t&moign6 du plus vif int&ret pour sa mission
'n faveur des all.emands d'ici, et a fait dans mon cas, ainsi que
|ans d'autres, de grands efforts personnel, sans perte de temps.
La cause qu'il ne soit pourtant point parvenu jusqu'ici a obtenir
na mise er liberty reside dans les conditions particulieres du pays
.t dans le caractere de ses habitants. Le negre aime dans ces cas
a resistance passive et les moyens dilatoires, car de cette faqon
elui qui est vraiment coupable 6chappe souvent, par suite des chan-
;ements frequents de gouvernements et de ministres, a l'aveu et
ux consequences de ses fautes, qu'il laisse en heritage au fonction-
iaire qui lui succede. En attendant, bien que les autoritks d'ici
ommencent par resister en pareil cas,elles finissent n6anmoins tou-
aurs par c6der en face de la demonstration 6nergique, de la som-
nation sans conditions, qui s'appuie, ainsi qu'elles le savent bien,
ur la force et le bon droit, et c'est justement par ce moyen que
as anglais et surtout les am&ricains ont obtenu leurs grands suc-
s et procure A leurs compatriotes un respect et l'aureole d'une
'violabilit6 que malheureusement nous autres allemands en Haiti
e possedons pas encore.
J'insiste encore sur ce point qu'il regne ici parmi tous les alle-
lands le plus vif contentement de ce que Monsieur le Comte
chwerin se soit empar6 de mon affaire avec le plus grand zele et
it tout fait pour moi dans la measure de ses forces ; cependant,







L'AFFAIRE LUDERS


Votre Excellence, avec des.vues plus large, une plus grande expe-
rience c cmunie de pouvoirs plus 6tendus, sera certainement i ma me
de me procurer pleine satisfaction, ce qui est du plus grand poids, de
la plus grande importance pour la consideration et la security de
la colonies allemande entire d'ici. L'incident ayant atteint une des
plus anciennes, des plus haut places et des plus consid6rbes de
toutes les faunilles 6trangeres, tous les regards, ceux des haYtiens
comme ceux des strangers, y sont fixes ; il a acquis de la sorte,
ainsi que son reglement ult6rieur, une importance qui depasse de
beaucoup Fordinaire.
C'est pour ces motifs que je me suis.permis de m'adresser di-
rectement A Votre Exc,-llence. Je sollicite tres-respectueusement de
Votre Excellence, en ma: quality de suiet allemand, la protection
du Gouvernement allemand contre une violation de domicile don't
j'ai 6t& victim, centre un jugement base sur de faux t6moignages,
contre une condamrnation iniuste a un mois d'emprisonnement et
a quarante-huit gourdes d'amende, contre le prejudice caus6 a ma
sante, a mes int6rits moraux et sociaux, enfin contre des perres
consid6rables d'argent et de biens que je me reserve d'6numbrer
ult6rieurement.
Je demeure, avec le plus profound respect et le plus entier d6-
vouement, de Votre Excellence, le tres-ob6issant

EMILE LUDERS.

L'occasion me sera fournie plus loin de revenir sur ces
documents et de refuter la version de M. Luders concer-
nant la cause et les circonstances de sa condemnation. Pour
le moment, n'est-il pas urgent de s'evader de cette atmos-
phire empuantie de mensonges nauseabonds et de s'en al-
ler au plus vite respirer un air moins dNl6tire ? H6las que
dire de cet abominable individu de vingt-six ans qui, fer-
mant de propos delih6re son coeur aux gpnereuses inspira-
tions de la jeunesse, de meme qu'aux fiers accents de la
v0rit6, ne trove rien de mieux que de se vantrer dans la
pire calomnie et le chantage. le plus Ahonth, afin de permet-
tre a son impudente cupidit6 de soutirer encore de l'argent
a ce pays qiie les siens ont tant contribi6 A corrompre, A







L'AFFAIRE LUDERS


appauvrlr, A ruiner ? Ce Schylock en herbe ment horrible-
ment A chaque phrase, tA chaque ligne, presque A chaque
mot, dans l'espoir d'enlever urie derniere livre de chair A
la patrie haitienne qui fut douce et bienifaisante A ses as-
cendants, qui sourit maternelleinent A son bercoau et enton-
ra de splendeur I'aube de son existence. .
Ces 6crits sont tellement, ranges que l'on est tent6 de
se demander si M. Luders a In, avant de les signer, les lui-
cubrations que le D' Yahr semble avoir puisees dans s(s
injections de morphine. Autrement, il se fit rappel6 q(e
l'incident a en lien le 2'1 Septeinbre et non le 22, et que la
fortune de sa famille ne devait pas dcemminent Ntre inve-
qu( e contre la R punblique don't l ',iiil'l .iil, hospitalil6
avait tol1r6 acquisition per fas el nefas des millions qu'il
faisait sonner si haut.
Le pis 6tait que la Legation imp6riale d'Allemagne ac-
cueillait ces faussetes avec une complaisance propre A pro-
voquer de tristes r6flexions sur la hideur de ]a nature hu-
maine en proie A une soif excessive d'avancement. En eftet,
le Comte Schwerin avaitappris,le25septembre,de labouche
du Secr6taire d'Etat de l'Int6,rieur, la translationde M. Luders
A la Conciergerie, ofi ne I'avaient precede que le Dr Yahr et
deux francais emprisonn6s pour dettes A la requite d'uu
de leurs compatriotes, et ce fait lui avait 6t0 confirm par
la lettre mrme du condamn6, en date du 28 septembre :
il est dOs lors inconceivable que cet agent diplomatique ait
accept sans observation et transmis A Berlin, au Ministre'
des Affaires Etrangres, un M6moire que le meme Lfiders
lui adressa le 'r,- Octobre pour se plaindre notamment
a d'etre rel6gu6 an comoarti ment des criminals de droit
commun et de se trouver encore en contact journalier avec
environ deux cents nOgres -dont un bon nombre A moiti6
nus 1'4cume de la population, et qui, condamnns pour
vols, meurtres, fabrication de fausse monnaie, etc, expient
en prison des peines de longue duree, quelques-iins m-n
me 6tant sous le coup d'nne condemnation capitale" De







L'AFFAIRE LUDERS


deux choses I'une : ou i y a eu entente pour provoquer une
profonde et penible impression A Berlin, flYt-ce au prix d'un
detestable mensonge, et alors it n'est pas de terms assez
virulents pour fl6trir une connivence et une duplicity sans
pr6e6dents ; on M. Luders, par de telles impostures, a
commis la dernire des impertinences envers le Charg6
d'Affaires, qu'il avait pr6cide'nment instruit des nouvelles
conditions de sa detention, et alors comment celui-ci a-t-il
pu, sans le moindre serupule, estampiller la reclamation
de cet impudent comedien el accorder son chaleureux
appui ) une cause qui n'avait d'antre resource que I'alt&-
ration de la v6rith ? L'Mloge dithyrambique du zlie et de
l'activitO du <( Ministre-R6sident n, que content la lettre
adressee a 1'Office imperial des Affaires Etrangeres, n'6tait
vraiment pas un motif suffisant pour faire passer condamna-
tion sur ces inexactitudes intentionnelles.
Apres cela, on ne saurait s'6tonner que, sans attendre le
jii-.''iiiit du Tribunal d'appel, M. Luiders se ftt cru autori-
se A multiplier ses demarches en vue d'une intervention
diplomatique. 11 y aurait encore moins de raison d'0tre sur-
pris de 1'6tat d'esprit revWl1 par la lettre suivante, qui ne
ine fuL remise que plusieurs jours apres la date qu'elle
porte :
Port-an-Prince. le 7 Octobre 1897.

Monsieur le Secr6taire d'Etat,

J'ai l'honneur de vous faire remarquer que l'instruction dans
l'affaire Emile Luders a &t6 termin6e A l'audience du 30 septembre
pass. L'article 166, dernieir alin6a, du Code d'Instruction crimi-
nelle prescrit d'une maniere formelle que le jugement'sera pronon-
c6 au plus tard a l'audience qui suivra celle ob l'Instruction aura
ete renninec. Le tribunal correctionnel de cette ville siege tous les
mardis et jeudis, done l'audience suivant celle du 30 septembre
&tait celle du 5 de ce mois. Mais non-seulement le tribunal cor-
rectionnel a remis dans la seance du 30 septembie la prononcia-
tion du jugement a la huitaine, on vient d'ajourner encore au-







L'AFFAIRE LUDERS


jourd'hui la prononciation it mardi, le 12 de ce mois, parceque
1'un des juges 6tait malade hier.
En rbservant a mon Gouvernement l'appr6ciation de ces faits,
je. Vous prie, Monsieur le Secr6taire d'Etat, d'agr6er I'assurance de
ma haute consideration.
Comte SCHWERIN.

II1 n'est pas malaise de deviner l'intention (qui avait pc6-
sid6 l]a redaction de cette lettre. Le Comte Schwerin, en
apparence, ne me demandait rien : il se contentait de me
faire remarquer des retards don't il reservait I'appr6cia-
tion A son Gouvernement ). II lui convenait d'i,, i.-r que
le cas Mtait regl par la loi du 26 septembre 1895, qui laisse
aux juges, s'il y a un 16gitime empechement, la faculty de
prononcer le jugement A une audience ultLrieure.. Mon Col-
1Mgue de la Justice, que j'avais mis-au courant du contenu
de la lettre du Charge d'Affaires, en le priant de, (( me fire
savoir si le dernier renvoi avait eu lieu oonform6ment a la
loi ), me dit que, d'apr&s les renseignements qui lui 6taient
parvenus,. la maladie d'un des juges avaiLt eiip'.'i"- que
la decision n'intervint a 1'expiration de la huitaine. Voici ce
que rapporte le proes-verbal des audiences concernant
l'affaire des prevenus Emile Luders et Dorl6us Pr6sume :

(< Le mardi sept octobre 1897, au local sus-dit, li composition,
toujours avec meme assistance que des autres parts, et en pr6sen-
ce du citoyen C. I. Michel Pierre, Substitut du Commissaire du
Gouvernement, ayant pris siege a dix heures et dix min-utes du
martin, le juge-doyen a publiquement annonc6.que le jugement de
l'affaire n'a pu 6tre rendu ia 'audience ,de ce jour, ,.i cause de la
maladie de M.. le juge Incident Georges,, l'un de ses assesseurs. D

Le Comte Schwerin s'6tonnait A tort qu'un juge present
a l'audience du 7 Octobre efit MtA malade les jours prce6-
dents et que cette circonstance eat retard la deliberation
du Tribunal ou la redaction du jugement. Les juges, on l'a
vu, n'6taient pas en faute.







L'AFFAIRE LUDERS


D'ailleurs, dans l'hypothAse d'une negligence r6prehen-
sible, de quoi le Secr6taire d'Etat des Relations Ext6rieures
aurait-il eu a se meler ? L'art. 6 de ]a loi du 26 septembre
'1895 6dicte que, pour chaque infraction signal1e par le
Comnmissaire di G(ouvernement dans un rapport hebdoma-
daire, les ji_-.s recevront un avertissement du DNparte-
ment de la Justice et que, aprs deux avertissements non
snivis d'exfnses j'"*'*"- lgitimes par le Conseil des Secrb-
taires d'Etat, ils seront passibles de la perte de lentrs ap-
pointements du mois du dernier avertisseinent et, en cas
de r(cidive, repntes dmissionnaires Cette disposition,
destinee ai cooper court a des retards vraiment anormaux,
ne prejudicie pas, ajoute I'article, A l'action des parties inte-
ress6es. Cette action ne peut 6tre que la prise & parties et
il est inadmissible qu'un justiciable, pourvi surtout d'nn
avocat don't il exalte la science A plaisir, soit fond6, en ex-
cipant de son extraneit6, A laisser de cteh des formalites
prescrites dans l'intrkt de tous, pour se reclamer d'un sys-
tome qui tend A faire du Secr6taire d'Etat des Relations Ex-
terieures le commissionnaire des lgations 6trangores.
Qui sail s'il ne serait pas arrive un moment oA, des liba-
tions inusit6es avant faith perdre le sommeil A Mr Luders,
un zWle diplomatique plus vivement stimul` aurait voulu
(( reserver i l'appreciation du Gouvernement imperial ) le
defaut de soporifiques A la Conciergerie ?
En r6alitk, la tactique 6tait ostensible : hier on reprochait
au tribunal de police sa precipitation; aujourd'hui on se fait
un grief centre le Tribunal correctionnel de pretendues len-
teurs. Pour 6viter ces recriminations, qui sont autant d'en-
nuis, nevaudrait-ilpas mieuxexercer une prudent pression
sur les juges, en leur montrant I'agent diplomatique qui
veille et auquel it n'est pas bon de d6plaire ?
Je declinai I'honnour de snivre M. le Comte Sehwerin
s nr e terrain.







L'AFFATRE LUDERS


II
Le Jugement.
II n'est pas inutile de rappeler que les audiences que le
Tribunal correctionnel de Port-au-Prince consacra, le 28 et
le 30 Septembre 4897, A l'instruction de I'affaire, furent sui-
vies par une nombrease assistance, compose d'haitiens et
d'Wtrangers. Au premier rang se tronvait le Charg6 d'Affai-
res d'Allemagne, press, sinon circonvenu, par in cortege
de ( bons allemands n, probablement trbs (tonnes eux-
mnmes de F'espce d'interkt qu'une consign:' insidieuse
leur commandait de prodigner A M. Luders.
D'ailleir.,s, en dpit de I'affluence considerable, tout se
pass dans le plus grand calme. Nulle manifestation, nul-
le trace d'animhositW contre I'un on I'autre des appelants.
Une simple cnriositO, provoquOe vraisemblablement par le
gofit des periodes oratoires et stimulee peut-Oetre par la
presence d'un diplomat anxieux de communiquer sa pro-
pre importance A la cause de son ressortissant. La placidi-
t4 de I'auditoire 6tait telle que ce fut a peine si un mor-
mure vite apais, s'oleva apres cette phrase de l'exorde de
Me Ed. Lespinasse :

Messieurs, Me L-ichaud a dit un iour que le plus grand mal-
heur pour quelqu'un qui comparalt devant la justice, c'est d'etre
riche ; s'il m'est permis de parodier ce mot, .je dirai que le plus
grand malheur pour quelqu'un qui comparait devant la justice hai'-
tienne, c'est d'etre riche et stranger.

La physionomnie de ces- audiences et l'impartialite qui pr6-
sida a 1'instruction orale exciterent, si je suis bien rensei-
gn6, l'admiration du Comte Schwerin, anquel des person-
nes dignes de foi entendaient dire, plnsieiirs jonrs apres,
que, t hormis le local, on se serait cru A Berlin ".
Le juge-nent fnt rendu le 14 Octobre 1897. Comme il a
616 I'occasion on le prktexte d'un acte de brutality inoui de







40 e


L'AFFAIRE LUDERS


la part de 1'Alleanagne, it imported de le reproduire in ex-
tenso, pour Tl'dification du public :


LTBERTE, EGALITE, FRATERNITY,

REPUBLIQUE D'HAITT.


Exlrait des minutes du greffe du Tribu-
(< nal civil de Port-an-Prince. ,

AU NOM DE LA REPUBLIQUE.

Le Trihunnl civil de Port-nu-Prince, competemment r.uni au Palais de justice,
a rendu, en audience publique, en ses attributions correctionnelles, le juge-
ment suivant:
Vu: to Un acte d'appel signifiA au Commissaire du Gouvernement A Ia requdte
du nommb Emile Luders par exploit de l'huissier DNsir Alexandre, en date du
vingt-deux septembre dernier, dtment enregistr6;
2o Un autre acte d'appel du vingt-quatre septembre dernier, notifti au Com-
missaire du Gouvernement a In requAte du nomm6 Dorlkus Presumb par exploit
de l'huissier Arsene Duvigneaud, diment enregistr6;
3o Lejugement don't est appel, rendu par le Tribunal de paix de la section
Nord de In Capitale,en ses attributions de simple police; Je vingt et un septembre
dernier; lequel jugement a condamn6 les nomm6s Emile Luders et Dorlbus
Presume A un mois d'emprisonnement, A quarante-huit piastres d'amende, A In
restitution d'un cordon (< force A la loi ) dkchirA, et aux frais et dpens;
40 L'original dCment enregistr6 de la citation director donn&e A In requAte du
MinistAre public, par exploit de I'huissier Boyer Denis, en datedu 27 septembre
dernier, aux agents do police Petit-Jean Louis Jeani, Maximilien Prudent, Michel
Marseille et Joseph Edouard, aux fins de prendre quality comme bon leur
semble, dans cette affaire;
5e L'original dfiment enregistrA de la citation directed done A la mine
requkte par exploit du mgme huissier Boyer Denis, en date du 27 septmnbre
dernier, au citoyen Foreste Julien, Simon Ills, Europe Alexis Fleury, Clermon
Belmon et Alexandre Antoine, pour d&poser ce qui est A leur connaissance
dans l'affaire des nommins Emile Luders et Dorleus Presuin6, condamani pa r
le Tribunal de simple police de la Capitale, section Nord, pour voiesa.e.fait
exercees sur les agents de police Maximilien Prudent, Michel Marseille, Joseph
E'louard et Petit-Jean Louis-Jean, dens 1'eoircice de leurs functions;
(" Les originaux dAment euregistrAs de la citation direct" donnbe A -it
requAte du Minist6re public, par exploits de I'huissier Valmort Viljoint, en
date du 24 septembre dernier, aux nommis Emile Luders et Dorlbus Pr6sume,
aux fins de so voir juger et condamner sous la prevention do rebellion centre







L'AFFAIRE LUDERS


la force publique, suivie de voices de fait exercees sur les agents de la police admi-
nistrative de cette ville, Maximilien Prudent, Michel Marseille, Joseph Edouard
et Petit-Jean Louis-Jean, dans 1'exercice de leurs functions, d6lit prevu et puni
par les articles 173 et 402 du Code p6nal;
70 Deux lettres-rapports adress&es par le commissaire Clermon Belmon, de la
police administrative de cette ville, I'une sous la date du 21 septembre, au
juge de paix, section Nord de la Capitale, et I'autre sous la date du 23 septembre,
an Commissaire du Gouvernement prAs le Tribunal civil de ce resort;
8o Differentes autres pieces ;
OuiA l'audience correctionnelle du 28 septembre dernier Me Edmond Lespi-
nasse, c3nseil du prevenu Emile Luders, en son expos de l'aflaire ;
Oui egalement Me Pacher Lespes en ses observations verbales tendantes it
demander la jonction de l'aftaire de son client DorlAus Pr6sum6 avec celle
du pr6venu Emile Luders;
Out enc.)re les plaignn'ts Maximilien Prudent, Michel Marseille, Joseph
Edouard, en leurs depositions;
Oui les tomoins Clermrn Behnon, Europe Alexis Fleury, Simon fils, Antoine
Alexandre, Foreste Julien, Richard Emmanuel Miot, Emmanuel Jaeger, Jean
Baptiste Georges Bellevue Lespinasse, Eugene Roy, Paul Linn6 Miot, Damien
Delva, Antoin," Wallis et Antoine Ollivier, en leurs depositions
Oui enlin les prevenus Emile Luders et Dorleus Presum6, en leur interro-
gltaire et en leurs nv)yens de defense products tant par eux-m mes que par
Ms Edr)nnd Leapinasse et Pacher Lesp6s, leurs conseils, lesquels ont eun la
parole en dernier.
La continuation de cott, affaire ayant et6 renvoy :' a une autre audience
c'rrectionnelle, A ctlle du trente septembre dernier, Monsieur C. Innocent
Mickel Pierre, Substitut duii Commissaire du Gouvernement, prit et deposa les
coieJcusions suivantes .
Attendu que, par citation en date des vingt-deux et vingt-quatre septembre
c urant, faite Ila requAte des sieurs Emile Luders et Dorl6us Pr6sumI, le
premier suiet allemand, domicili6 Ai Berlin ( Allemague t demeurant a Port-au-
Prince, Ie second bussman de pr session, demeurant et domiciliA au Port-au-
Prince, le Conmmissaire du Gouvernomient prAs le Tribunal civil de ce resort
a 6et city, A comparaitre i' la barre de ce Tribunal pour se voir d6clarer intimi
d'un jugoment contradictoire rendu centre eux par le Tribunal de paix, section
Nord do la Capitale, en ses attributions de simple police, le vingt et un courant,
lescondamnant A un mois d'emnprisonnement, a quarante-huit piastres d'amende,
a la restitution d'un cordon do ( force a la loi ) dAchirA et aux frais et d6pens, et
ce, pour contravention prevue fpar I'art. 4 de la loi sur l'organisation de la po-
lice urbaine ;
Attendu que, suivant prac`.s-verhal ou rapport fait par I'Inmpecteur do la Po-
lice administrative de cette ville, en d Ite (Ldu vinYt et un septenmbre courant, les
sus-nommes ont At6 dAnmncs et renvoyAs par devant le Tribunal de paix,section
N)rd dte la Capitale, sous la prAvention de rAbellion centre la force publique, sui-
vie de voias de faith exerc6!s sur les agents 1ie la I)olice Maximilien Prudent, Mi-
chel Marseille, Joseph Edouard, Petit-Jean Louis-Jean, lesquels sont porteurs
d'emiin rites de c')ps de pied et de coups i la figure;








42 L'AFFAIRE LUDERS

Attendu que la prevention mnentionne 6galement qu'un cordon de < Force A
la loi ) a 4t6 d6chir6 par le prdvenu Emile Luders ;
Attendu qu'en droit la premiere obligation du juge est d'examiner sa com-
p6tence ; que le juge de paix de la section Nord, saisi de la prevention du fait
de rebellion, de voies de fait exercees non sutr des particuliers, mais sur des
agents de la police, suivies de coups de pied et de coups A la figure, laissant
empreinte et ktablissant des contusions, avait pour devoir de so d6clinpr, les
blessures et coups A Ja figure ktant punis par l'article 256 du Code penal et la
rebellion, d'une fapon unique, par les articles 470 et 473 du mmne Code;
Attend que les prAventions sus-6noncees sont des delits qui n'entrent pas
dans la competence des Tribunaux de simple police, qui n'ont pour mission de
juger que les contraventions;
Attend que la competence on raison de la matibre est d'ordro public; qu'i!
y a lieu pour le Tribunal de reconnaitre que le jugement don't est appel est
radicalement nul, ayant WAt rendu par un Tribunal incompetent;
Par ces motifs et autres A supplier, Requiert Ie Tribunal recevoir les adver-
saires appelants dujugement rendu par le Tribunal de paix de la section Nord
en date du vingt et un septembre courant; dire que le Tribunal de paix etait
incompetent A raison de la matire ; annuler le dit jugement, et, l'appel ktant
devolutif, statue sur lc fond de la contestation dans les former dktermninbes
par la loi; toutes choses demeurant en Atat, et, en cas de cntestation, con-
damnner les contestants aux d&pens. C'est justice.
C. I. MICHEL PIERRE, Substitut.

Apr6s avoir posA les conclusions ecrites, ci-dessus transcripts, Monsieur C,
innocent Michel Pierre a conclu verbalement A ce que le Tribunal condamnit
le nomme Emile Luders A deux ann6es de prison, aux termes des articles 17'),
173, '177 et 234, premier et deuxirno alinlkns, du Code pbnal, et le nonmni
Dorl6us Pr6sum6 A six rmois de prison aux tOrmes des articles 470 Pt 173 du
Code p6nal.
I Me Is. Vieux, conseil du sieur Michel Marseille, parties civil, prit, de son
e1dt, les conclusions ainsi conues :
Qu'il plaise au Tribunal,
Attendu, en fait, qu'il r6sulto qu'A la date du I concluant, en sa
quality d'agent do la police administrative do cttP villo, requis A I'effet de pr -
ceder A I'arrestation du sieur Presumb, bussmann attachA au service du nomtiim'
Emile Luders, stranger, r6sidnnt en cette ville, et obtem]pbrant A cette requisi-
tion, se presenta devant los ecuries centrales, dirigefos par Emile Luders, 'o6
il trouva le dAlinquant, A qui il donna, au nom de la loi, l'ordre de le suivre
au bureau central de la police, celui-ci, se reconnaissant coupable, s'y refuse
et Emile Luders, de son cat6, furieux de cette inionction faite A son bussmann,
s-' prAcipita sur te concluInt, le terrassa et fit pleuvoir sui, lui une grale do'
coups de pied ;
Attendu qu'il resort de I, deposition des tAmrnins et des fits rAsultant (ldes
debats, que le concluant, en sa quality d'agent de police,' a At0 outrage, battu
dans I'exercicp de ses functions pt A 1'occasion de cat exercice








L'AFFAIRE LUDERS


Que PresumM et Emile Laders en sont coupables camme auteurs; qu'iis
ont, de propos d6lib6re, r6sistA A la force publique, outrage et battu l'agent
Michel Marseille ;
Par ces motifs, outre la peine A requerir par le Ministhre public, condam-
ner solidairement P'un pour I'autre Presum6 et E. Liders A deux mille Jpias-
tres de dommages-int6erts et A tous les depens. C'est justice.

Is. VIEUX, avocat.

Me. Edmond Lespinasse, conseil du pr6venu Emile Luders, repondit au
Minist6re public par celles ainsi concues :
Attendu que le concluant, le vingt et un courant, a Wt6 condamne par juge-
mrent de simple police A un mois a'emprisonnement et A I'amende pr6vue par
I'art. 44 de la loi sur l'organisation do la police urbiine ;
Attendu que centre ce jugement le concluant a, en temps utile, interjetil
appel;
Attendu qu'il a At. Atibli par l'instruction fMiite ,i l'audience de ce jour et
par la contexture du juwement attaqub, que des agents de police, ne se trou-
vant pis dans les conditions requises par la loi, sont rentr6s dans la demure
du cancluant pour y proctder arbitrairement A I'arrestation du sieur DorlAus
PrAsum6; que le conclun't leur a flit, A ce sijet, des observations don't ils
n'ont pas tenu compete;
Attend que le fait de faire des observations A la police, surtout lorsque
relle-ci est dans son tort, no constitute ni crime, ni d6lit, ni contravention;
Attendu, en effet, que les articles -1i et '15 do la Constitution garantissent la
liberty individuelle et I'inviolabilitA du domicile;
Attendu qu'il rAsulte des articles 10, 22 et 39) du Code d'Instruction crimi-
nolle, que l'autoritA no pout p6n'Itr'r d ins la dermure de quelqu'un que dans
IP cis do flagrant dAlit on lorsqu'elle y aura 6t6 requise p;r le chef de mason;
Attend encore qua I, Code ppnil, article *145, punit tout agent de la force
publique qui, hors les cis prevus pr la loi et sins les formalitAs qu'elle pres-
crit, se sera introduit d'mn la demeur'I do quelqu'un; qu'il resort de ces dif-
rerentes dispositions do la loi, que si quelqu'un doit Atre puni dans la cause,
cc sont bien les agents de police qui se sont introduits dans la denmeure du con-
cluant sans l'accomplissement ties formalitAs 16gales;
Attendu, en outre, qu'il dAcoule de I'article 170 du Code pAnal que la rosis-
ttico, mAine avoc violence ot voices de fait, n'est punie que dans les cas ofA les
agents de I'autoritA agissent pour l'execution des lois ; qu'il s'ensuit que les faits
revtrochAs .11u concluant, mime s'ils avaient WtA tablis, ne constitueraient pas
ule contravention;
Atten'lu enfin qu'aucun" infraction i In loi n'a WAt relevte c-ntrv le concluant;
Par ces motifs, it plair, an Tribuin i annuler le ,jug1rmOtnt dlnt est appel et,
flisint ce que Ie Jug. de Paix uiraiit dCi fair,, If renvoyer de la prevention portAe
centre lui.


Ed. LESPINASSE, avocat.







L'AFFAIRE LUDERS


Me Pascher Lespes, consoil du prkvenu Dorl6us Prisum6, r6pondit, de son
c6tA, au minister public par les conclusions ainsi formul6es :
Attendu, au surplus, en ce qui concern la rebellion, le fait de resistance, eut-
il ete prouv6, mnme dans le cas od cette resistance sersit accompagnAe de vio-
lences et de voices de fait, ne constitute pas une rebellion pr6vue, definie et punie
par les articles 470 et suivants du code p6nal.;
Parces causes etmotifs et tous autres A supplier de droit et d'Aquit6,qu'il plaise
au tribunal d'appol rapporter lejugement dAnoncA; d6charger,en cons6quence,le
concluant des condemnations port6es centre lui par le tribunal de simple police;
donner acte au concluant des reserves qu'il fait pour poursuivre, conform6ment
A l'article 14 de la Constitution, par devant les tribunaux compbtents et dans les
formes traces par la loi, I'attentat fait centre sa liberty individuelle et centre
san domicile, I'arrestation illegale et arbitraire, ainsi que l'injuste dAtention
don't il a t6. victimei partir de son acte d'appel. Co sera justice.

P. LESPRS, avocat.

MWq P. Lespes et Ed. Lespinasse, au nom des pr6venus Emile Luders et Dor-
1Jus Pr6surnm repoussArent les conclusions prises par Ia parties civil de la ma-
niere suivante:
Plaise au Tribunal,
Attendu que Michel Marseille s'pst constitu6 parties civil ;
Attendu que sa demand n'est pas fondAe; que los fits qu'il allAgue ne sont
pas lAgalement Atablis;
Par ces motifs et autres A supplier d'office, Ie d6bouter purement et simple-
ment de ses fins et conclusions. Ainsi sera justice.

P. LESP1cS et Ed. LESPINASSE, avocats.

Enfin Me P. LespAs et Edmond Lespinasse r6pliquArent, au nom de leurs
clients, au MinistAre public, par les conclusions ci-aprAs relates:
Attendu que le MinistAre public a conclu A une aggravation de la pine; que
le droit d'appel ne lui appartient pas; que la jurisprudence dAtormine qu'il ne
peut conclure A I'aggravation do la peine;
Par ces motifs, rejeter les conclusions du MinistAre public et faire droit A
cellos pr6ecdemment prises.

Ed. LESPINASSE et .P LESPlS, avocats.
Ci:.iis.l.-ril qu'il rksulte de l'instruction orale et publique do cette affaire,
faite aux audiences correctionnelles des 28 et 30 Septembro dernier, les faits
suivants:
Le citoyen Maximilien Prudent, en sa quality d'agent de la police administra-
tive do cotte ville, fut requis par le sous-inspecteur Antoine Alexandre de pro-
cder A l'arrestation du nommA Dorl6us PrAsum6, bussman attachA au service
du sieur Emile Luders, et prkvenu de vol d'une clef do huss au prejudice du
sieur DVcius Fortunat; cet agent, obtempbrant A cette rAquisition, se pr6senta
devant les Ecuries Centrales, dirighes par Ie sieur Emile Luders. A, il trouva








L'AFFATRE LUDETIS


le d6linquant, A qui il donna, au non de. li loi, t'ordre de le suivre au bureau
de la police administrative de c"tte ville. Dorlus Pr6sume refusal d'obeir A cette
injunction, se mit A se rdbeller et tint fortement un buss qu'il lavait. A ce mo-
inent, Monsieur Emile Luders, qui 6tait a I'etage de ses 6curies, se pr6senta
pour retire des mains de la police le pr6venu Dorl6us Pr6sumn. Emile Luders,
qui d6clara dans le moment qu'il etait allemand et que ses dpmestiques n'a-
vaient rien A d6mAler avec la police, prit I'agent Maximilien Prudent par le col-
let, le tira fortement dans I'intdrieur de ses Acuries, le jeta patr terre et march
sur sa figure,ce qui fit, dans c"tte pnrtie,A Maximilien Prudent deux contusions.
Non content de cela, Emile Ludoers donna A Maximilien Prudent un coup de
h:iton au venture.
Dorleus Pr6sum6 aida son patron A se r6beller et A d6chirer un cordon de
((Force A I. Loi, ) que portnit le plaign-nt Joseph Edouard.
Emile Luders no s'arreta pas 1A, dans sa rebellion ; toujours aid6 du nomrnm
D >rleus Pr6sum6,il donna: 1" at l'agent de police Michel Marseille des soufflets,
in coup de pied et un coup de biAton A la tWte, et 2o A I'a gent Petit-Jean Louis
lean des taloches at des coups de pied et dAchira aussi la unique et le cordon
Ie Force A Ih Loi > du dit agent Petit-Jean Louis Jean.
Sur I'pxc-ption d'incompktence soulevie par le Ministbre public
Considerant qu-, com'ne l'a soutenn : hon droit le Ministere public, !e Juge
li Paix de In Section Nord de la Capitalieu~nant en ses attributions de simple
police, avant 6tA saisi d'une prAvention d, rebellion suivie de coups portes nu
.risge et don't il est rsultt, des contusions, de fait, devait dAcliner sa compe-
crnce t renvover cotte affaire A Monsieur Il Commissnire du Gouvernement,
,noi' que suit' v fit donnn" c'ofortrn'ment aux articles 170, 173 et 2~i du
sode p6nal;
Attend qu'ila At,'-rendu le vin'rt et un du courant par le Tribunni de Paix,sec-
ion Nord de In Cipitale, en ses attributiong de simple police, un itigement (1i
!nnd'imnpe Ie conclnant et le sieur Emile Lnders A nu-rante-hnit gourdes d':i-
ionde et A un innis d'emprisonnnment, en conformity' de Particle 44 de In loi
V l'organisation d lai police uirhine, pour voices de fait sur lels agents de
lice ePt pour rebellion centre In force publique;
Attendu que le concluant interietA npiel de c( jugemrnt en temps utile;
Attendu que c-t appel est A la fois d4volutif et suspensif dans I'occurrence, an
roescrit de I'article 140 du Code d'Instroction criminelle, le concluant ne so
ronvant pas dans les cas d'exceotion prevus oar I'article 18 de Ia loi du '19 Sep-
'tnhre *la83, portent amendemnent no Code d'Instruction criminelle, puisqu'au-
Une, condamnition n'a mAt prononc'e centre lui pour une des contraventions
l6sign6es anx articles 402, 403, 405 et 408 du code penal; que cependant, mal-
r' cet appel qui suspendait I'exvcntion du ingement rendii centre lui, commune.
`Ia vient d'Otre dAmontrO, Ie cnicliInt ia eti hien rethnu dans les prisons do la
',a"itale. hien que cat appel nit At5 run'lirement signitie nu Ministfre public ;
Attendu que, dans le jugenient don't est appel, le droit sacred de la defense n
te' viol6 dans la person< du concluant et dans celle du sieur Emile Luders,
odilamn6 aux momes pines pour les mnmes fits et par le mime jaigement,
telnps nAcessaire pour fire apelder ses t.nmoins lui aynnt manqjn, et le Tri-
'linal dn Paix avant refiis,' d' liii accori'r I' siursis quw les doux inlitclps s6l-
icitaient pour pouiloijr prodnire letirs tmolins ;







L'AFFAIRE LUDERS


Attend que Ic jugcmrent viole d'une faon manifesto 1'article 145 du Code
dInstruction criminelle, en ce que : Io il n'est pas motive, et 2o aucun texte de
loi punissant la rebellion n'y a pas W6t ins6re, toutes deux formalit6s prescrites
a pine de nullit6 da jugement; qu'il viole encore ouvertement l'article 135 du
mArne cade, le concluint et son co-inculpA ayant t6 taus deux condamnes sans
preuve, la prAtendue contravention qui leur etait ceprochee n'ayant pas 6t6
prouvAe par aucun des trois modes de preuve institute et Atablis par I'article
435 sus-cit ; et qu'il y eu une absence complAte de proces-verbal ou rapports et
de t6moins, les plaignants ayant Wt, seuls entendus et Acoutes, au mepris de la
loi, qui est une pour tous et qui est protectrice des interAts et des droits do
routes les parties en cause;
Attendu que les temoins entendus A cette audience et cites par les deux ap-
pelants ont confirm par leurs depositions les m')yens d'appel pr6sentWs par eux
et ont d6montr6 I'injustice de la condemnation prononc6e centre eux, la double
contravention qui leur est reprochbe n'existant pas, d'apr6s leur temoignage;
Attend qu'alors mAmne que cette double contravention aurait 6tW Atablie de la
facon et slcon les formes prescrites par la loi, il n'y aurait pas lieu pour le
Tribunal do condamner leos appelants, Ia violation de la loi et la perp6tration
(Fd'un crime on d'un dblit ne pouvant jamais Atre g6Anratrices d'un droit et les
agents de police qui se sont plaints ayant commis au prejudice de l'appelant
Dorl6us Presum6 des acts attentatoires A sa liberty individuelle et A son domi-
cile, garantis par les articles 14 et 1i6 d& la Constitution actuelle; actes qui sont
punis par les articles 85, 145, etc., du Code pinal, combines, I'arrestation qu'ils
voulaient faire de sa personnel et qui a et6 la cause prenn6iAre du procAs nctnul
6tant illegal et arbitraire, cet appelant n'Atant dans aucun des casot In loi or-
donnait de le saisir, puisqu'il no s'Atait renlu coupable d'aucun crime., d6lit ou
contravention que la police est tenue ti rechercher;
Considerant que, de ce chef, I'exception d'inc:)np6tence propose doit Atrv
accueillie Pt lt jugement don't est iipp)el .doit tre annual.

Au fond :

Considraint quo I'appel vst divolutif, c'est-,A-dire donno competence en mnime
temps au Tribunal rAformateur pour statuer d6finitivement sur le fond de la
contestation qui lui est d6fAr ;
ConsidArant que, quoiqu'en pense a cet g-ard le prvonu Emile Luders, les
agents de police, charges d'arrAter le noinm Dorlnius Prbsum6 ne so sont
pas introduits dans sa dernture pour y prO,)c(der arbitrairement A cette dite
arrestation ;
Qu'au contraire, il a ktA Atabli d'ms le course doe instructionn orale et publique
a laquelle a donne lieu cette,affaire, que c'est le nomrm Emile iulders qui :
tire fortement dans l'interieur de ses Acuries I'agent Maximilien Prudent, pour
Ie frapper;
(u'en consequence, il y a lieu de dire que le faith de rebellion suivi de coups
portes au visage et don't il est r6sult6 des contusions, reprochA aux nonmms
Emile Luders et Dorleus PrbsurmI, est constant; et qu'ils sont coupables, I,
premier come auteur et e. dernier comme complice pour avoir, avec connais-
sance, aid" on assist l'auteur do ['action doms los thits qui I'ont consommne ;







L'AFFAIRE LUDERS


Consid6rant que cc fait, ainsi d6clar6 constant, tombe sous le coup et I'ay-
plication des articles 170, 173, 477, 256, 44, 45, premier et deuxihme alinhas,
du Code p6nal, ainsi concus :
Article 170 : Toute attaque, toute resistance avec violence et voices de fait
envers les officers ministAriels, la force publique, les pr6pos6s a la perception
d's taxes et des contributions, les porteurs do c.ntrainte, los proposes des
douanes, les sequestres, les officers ou agents de la police administrative ou
judiciaire, agissant pour l'ex6cution des lois, des ordres ou ordonnances de
l'autorit6 publique, des mandats de justice oujugements, est qualifle, scion les
circonstances, crime ou d6lit de rebellion.
Article 173 : Si la rebellion n'a 6t6 c.mmise que par une ou deux personnel,
avec armes, elle sera punie d'un emprisonnement do six mois i deux ans ; et
si elle a eu lieu sans armes, d'un empris)onnement do six jours A six mois.
Article 177 : Les auteurs de crimes et delits commis pendant le course et A
l'occasion d'une rebellion, seront punis des peines prononc6es centre chacun de
cos crimes, si elles sont plus fortes que cells de la rebellion.
Article 256 : Lorsque les blessures ou les coups don't if sera r6sultW des con-
tusions n'auront occasionn6 aucune maladie ou incapacit' de travail personnel
de I'espAce mentionn6e en I'article 254, le coupable sera puni d'un emprison-
nement d'un mois A un an.
Si lea coups sont portes au visage, le coupable sera puni d'un emprisonnement
'i, six inois A deux ans.
Article 44 : Les complices d'un crime on d'un d(lit seront punis de la mmoe
pine que les auteu"s memes dei ce crime on de co dilit, saiif les cIs o6 la Ioi
,'a aurait dispose autrement.
Article 45: Seront punis connme c')muplices d'une, action qualities crime ou
delit, crux qui auront, avac connaissance, aid(" ou assisted I'auteur ou les auteurs
de Inaction dans les fails qui I'auront con)s inmme, sans prejudice des pines qui
seront sptcialenient porties par le present Code centre les auteurs de coraplot
i)i de provocation attentatoire A la silrte interioure on exterioure de I'Etat,
mnmne dans Ic cas ohi le crime qui e'tait I'objet des conspirateurs on des provo-
cateurs, n'aurait pas M6tO canmmis.
[kont lecture a 6t0 donnI6e A haute voix par Ie ,luge-ovyen.
Statuant sur les diommages-intierMs reclames par I'agent do police Michel Mar-
s'ille :
Consid6rant que, par le fait de. sa rebellion suivie de coups portes au visage,
'in tort a WAt causiA A 'agent Michel Marseille, qui se trouvait au nombre do
cr'nx charges d'arrAter le d6linquant Dorl'us Presumni, tort qui doit Mtre repare
zi argent, aux termres des articles 1108 et 1169 du Code civil.
Par ces motifs, In Tribunal, aprbs en avoir d6liber6, recoit les nomm6s Emile
Luders et DorleusPrAsum, appelants du jugaement rendu par le Tribunal de paix
de la section Nord de cetto ville, en ses attributions de simple police, le vingt
o "n septembro 1897; (lit que il dit Tribunal etait incownpktent, A raison de
n matiere; annule, en consequence, Ie (lit jugeinment, et attend que I'appel est
d1 :*')lutif, et statuant au fond, condamne : 'I le no1mmi O ustave Emile Luders,
ig de vingt-six ans, nlgocinnt t Directeiiur des Ecuries centrales, ni et de-
lm"urant A Port-au-Princ,, et 2" Dorle"us Prsume, ;ig6 de dix-neur ans, ne6 a







L'AFFAIRE LUDFRS


Pktion-Ville et demeurant a Port-au-Prince, A une annie d'emprisonnement; et
par corps, conformement a l'article 31; du Code penal : to aux frais de la pro-
c6dure envers I'Etat, allou6s au greffe i la some de et ce, non
compris le coOt du present jugement, 2" A cinq cents gourdes A titre de dom-
mages-interets envers la parties civil; 30 I la restitution d'un cordon de: ( force'-a.
la loi appartenant i [a'gent Joseph Edouard, et .4o au depens allou6s a Me I.
Vieux i~ la some d .... et non comprise le coi't du pr6sont jitlre-
ment, pour la -i_.,;fi ,t; m, duquel, avec c3mmandement, I'huissier-audiencier
Valumort Vilj.oint est commis.
Le tout, pour avoir, In premier, comm" auteur d'un, rWeillion sans arms9
centre les agents de police Maximilien Prudent, Michel Mars"ille, Joseph
Edouard et Petit-lean Louis-Jean, port d-s coups au visa'n( dos a,"nos Maxim'-
lien Prudent et Michel Marseille, cou)s dint il est result d-s contusions suip la
personnel de I'agent Maximilien Prudent; et le second, come coniplic", non:l
avoir aid,' ou assist. avec connaissance I'auteur de cos deux actions dans les faips
qui les ont consohmmes.
Donned de nous, ANSELME, iuge-doven, INCIDENT GEOTRGES, juge, ot. C.
MARGELIN, juge-supplIant, en audience publique du quatorze octobr.e 1897.

Le moment est venue de contr6ler les dires de M. Luders
et de discuter les griefs qu'il a all6uiies centre Faction de
la Police on les d4eisions de la Magistrature haitienne.
Pour qui n'a pas de parti-pris, la cause est d&jA entendue
et le jugement qu'on vient de lire a constat6 sonveraine-
ment des faits don't la notori&6t est indiscatable. Seuls, les
teutomanes conservent leur volontaire cecit6, en dApit du
plus honteux abus de la force. Leur mauvaise foi est si
subtile et insinuante qu'il n'est jamais hors de saison de
ruiner leurs sournoises perfidies. Quoi qu'ils aient faith et
quoi qu'ils veuillent encore dire, la veritA, qui nn perd pas
ses droits, surgira toujours du fond des assertions contra-
dictoires sous lesquelles ils s'6vertuent jusqu'ici a la rete-
nir. Aussi personnel ne s'est-il mApris snr le mobile qni les
poussa a contester 1'6vidence et la vOracitA de tant de t6-
rii.,i.i_,-, exempts de partiality et qu'il est tile de r0-
simner une derniMre fois d'apres le procOs-vorbal d'an-
dience :

M. Antoine Alexandre, inspecteur en chIf de la police
communale, se trouvant dans la rueCourbele 21 septembre,
entire dix et onze heures du matin, fnt priA par M. DOcins






L'AFFATRE L(JDERS


Fortunat de fair arriter le no:mn6 Dorl6us Prezum6, son
cocher, A cause d'un flagrant dWlit de vol commis a son
prejudice. Ce Przumn6, aprs avoir emport6 tine clef an-
glaise, venaiL de s'engager au service de M. Emile Luders,
conna p)our tre pau scrapileux str le choix de ses g.---,
dont quelques-uns faisaient des Ecuries centrales un lien
de recel, si bien que, plus tard, I'invraisemblable loueur de
voitures n'hUsitera pas, pour justifier sa reclamation, a insi-
nuer qu'il ne saurait se garder du vol, ftant dans 'impos-
sibilite de surveiller ce personnel de hasard. II se tenait A
(e moment dans la galerie exterieure de la remise de Ln-
d(ers et lavait nne des voitures. C'Atait M1 ine besogne A la-
(quelle la disposition de l'endroit empnehait de se liver ail-
leurs que du c6t, de la rue, et c'est prkcisement cette cir-
constance qni.permit a M. Fortunat de le voir et de le desi-
gner de loin A I'Inspect.eur Antoine Alexandre. Celui-ci en-
joignit A Maximilien Prudent et Michel Marseille, agents
do la police administrative, attir6s par ses coups de sif-
hflt, de proe6der i I'arrestation du voleur. Pr6zume refu-
sa d'obtemperer a I'invitation qui hIi fut faite de venir au
[ireaui central de la police et se eramponna au (( buss ,
iqu'il 'nettoynit.
Ce qu'il est surtoutt uti!e d'tablir et ce qui resort sans
u"ntredit de son interrogatoire, c'est qu'il fut arrte6, devant
la premise, <( sons la galerio ), at non i I'interieur, (( la distance
uIn buss A la remise ktant ai pen pr.s comme cello du siege
(hs juges au bane dos avocats ), c'est-A-dire de trois mntres
environ. II demnanda, d6clare-t-il, la permission de ( rentrer )
)pouir so vMtir plus convenablement, ce qui lui fut refuse.
M. Luders ne dit pas autre chose dans son interrogatoi-
re: J'tlais chez moi, ,crivant str mon bureau,quand j'ai
('ntendn di bruit .sowq la lal/eie de ma remise : c'tait nmon
'm")her quo des agents do police arrtnaient D.
Tous los temoins presents siur les lietux d0s I'origine ont
1"galemnent corrobor6 devant le Tribunal d'appel les d6cla-
r'ations des agents do police.







L'AFFAIRE LURDERS


A cet ensemble de preuves est-il nbeessaire d'ajouter
une forte presomption morale : ]'incontestable souci de la
police administrative de Port-au-Prince de se conformer en
tout point aux -...-,- et fermes instructions du Secretaire
d'Etat de I'Interieur ? Nul n'ignore, en effect, Ina persevWrante
,,,_i..i. que M. F. L. Cauvin, des son arrive aux affaires
publiques, appliqua h. la r6organisation d'un Corps trop
longtemps decri6 pour son inobservance des formes pres-
crites par le 16gislateur. Aim de d6ra.ciner chez les depo-
sitaires de la force 16gale toute vel(lite d'arbitraire et de
pr6venir toute tentation de bratalit6, it alla jusqu'h les d6-
sarmer en lear retirant le traditionnel bt,ton, sans leur ren-
dre pourtant le briquet autoris6 par la loi du 2 aofit 1872.
Dans ces conditions, il n'est pas croyable que les agents
de police eussent voulu s'exposer et aux violence des par-
ticuliers et aix r:- i. iri de l'aut)ritO t,rarii,.lr )our I'6qui-
voque plaisir d'enfreindre les prescriptions ministerielles.
II est done av6re que la police, an moment on survint
M. Luders, avait dV-j.'i apprehend6 Dorlkus Prbznm6, trouvb
devant les Ecuries centrales, dans un lieu essentiellemnent
public. II s'agit maintenant de rechercher comment cette
arrestation, A laquelle le cocher pretend n'avoir oppose au-
cune resistance, a pu causer un 6norme attroupement et
provoquer la bagarre retentissante oct M. Luders jona cons-
ciencieusement le premier r6le.
Un allemand dontje veux bien taire le nom a affirn6 que
son compatriote d'emprant revenait de son magasin de
nouveaut6s de la rue TraversiNre, lorsque, voyant Prkzu-
m6 retenn par M i\iiiili,-'i Prudent, il passa brusquement
entire les deux et entraina A l'intririnr Ie voleur, degag'
par ce movement inattendn : d'oi'i une irruption instan-
tanee des agents de police pour reprendre l'individu. Cette
version, qui ne pent passer pour un certificate d'innocence,
doit Mtre pourtant kcartee, puisqu'elle n'a tW ni produite
sonus la foi du serment, ni confirmed par d'autres t6moi-
gnages.







L'AFFAIRE LUDERS


Au reste, il n'est pas impossible de reconstituer la scene
veritable : ( Dans l'intervalle, declare Prkzum6, M. Luders,
ayant entendn le bruit, m'a dit d'aller a mon travail. ) Et
I'agent' Maximilien Prudent s'exprime ainsi : <( M. Luders
a paru dans l'intervalle et s'est oppose A Farrestation du
voleur, en disaCnt qu'il est allemand et que, parlant, les geies
qui trataillent chez lii ne doivent rien avoir e d dmneler avec
la police hailienne ). Tel est I'Mtat d'esprit de ce Directeur
d'Ecuries! I1 estalleinand et n'entend pas qu'un hoinme qu'il
vient de reprendre a son service soit arrete. Qu'importe que
l'art. 5 du code civil declare les Jlois de police et de suirete obli-
gatoires pour tous ceux qui habitent le territoire de la Republi-
que ? II ne Ini plait pas de connaitre cette disposition, quest
tussi un principededroit international. Sa personnel et celle
de ses ,agens) sont hors de I'atteinte de la justice locale. It
n'en d6mord pas et invoque avec hauteur ce privilege d'ex-
territorialitL sai generic. Et ce n'est point une opinion
d'un jour : il y a d6ja I,,ih'Ir p, qu'il ['a adopt6e, exprimee,
inise en pratique. Le 7 fWvrier 1894, passant A cheval a une
heure du miatin devant le ((Bureau de l'Arrondissement ), il
t'rappe de sa cravache un factionnaire qui lui a cried qui-vive,
et proclamne en se rengorgeant ((qu'il est stranger et no doit
pas se soumettre aux lois du pays ). El lorsque, pour ce
fait d'une gravity exceptionnelle, il est condamn6 simple-
Inent A dix jours d'e'iiri-,iiiu",'iil et A douze piastres et
demie d'amende, un Secretaire d'Etat de la Justice, c( con-
naissant come pas un les lois haitiennes ), lui procure
sans retard sa grace pleine et entire sous la forme d'un
Arret6 qu'on s'abstient d'ins6rer au Moniteur, pour ne pas
lii faire de la. peine.
C'est pourquoi il n'a pas A se gOner et nous ne devons pas
du tout trouver strange (u'il affirmed que l'Ftat de siege ne
peut affected les strangers, ni qu'il se plaigne de la viola-
tion de son(( droit d'asile ), ni qu'il ordonne a Prkzum6,
qui est en etat d'arrestation. ( d'aller a son travail )), ni
qu'il appelle tout son personnel A la rescousse et engage






L'AFFAfRE LUDERS


une furieuse bataille pour retire le cocher des mains.d'a-
gents de police peu disposes a l1,cher prise. 11 les prend ai
collet, ces horines qui sont dans l'exercice de leurs fonc-
tions, il les frappe au visage, A la poitrine, Fl'abdoinen,
aveuglrment.et sans relAche, A coups de poing, A coups de
pied, A coups de-canne, il les terrasse, il laboure leur corps
de son talon, il dechire. leurs.echarpes et leurs tuniques.
N'en a-t-il pas le droit ? El ne peut-il se reclamer d'une
sorte de grace d'6tat, de par sa qualitM d'4tranger, qiie re-
haussa A ses propres yeux ane mesnre de cl6mnence, extra-
ordinaire comme l'infraction qui avait entraln6 sa con-
damnation ?
ToPtefois, par moments, il consent a prendre la peine
de s_ disculper, cormme dans ce passage de son Mrnoiro
A la Ltgation A-lemande : < Me basdnt, kcrit-il. sur la con-
naissance special que j'ai de ce pays, je m'abstins de touted
action violent. D'aillenrs, je n.'anrais pn rien fire sen1
contre la suppriorit6 des. forces .adverses... J ne me.
livrai A. ancun -acte de violence ; je ne m'opposai m0mno
nullement A l'arrestation de mon domestiqne, et j'affirme
surtout -je peux le pronver A la Legation imperiale par
des itinoins oculaires que je ne maltraitai et ne blessai
personnel. ,
Eh bien voici dans quels terms ces trnoins oculaires
ont depos devant le Tribunal correctionnel .
M; FOR ST JULIEN. J'6tais au Bar de la Bourse quin'l i'enten-
dis Beniamin.( Antoine Alexandre ) ( siffler la police ). Aux coups
de sifflet, des agents accoururent A Benjamin. qui leur ordonna
d'opIrer l'ar:restation de Dorl6us. Obtemp6rant A cette injonction,
ils se rendirent pros des Ecuries centrales pour arrkter le dit Dor-
l6us, mais M. Luders s'v oppose, tout en administrant des coups
de pied, de poing et de baton A ces agents de police.
M. SIMON FILS. -- Avant entendu ( siffler la police ) du c6t6
des Ecuries centrales, je m'y rendis. A mon arrive, je trouvai
M. Luders terrassant deux hommes de police. II les foula aux pieds,
les frappa, etc. Dorleus et d'autres individus frappaient aussi les
agents de police.







L'AFFAIRE LUDERS


M. EUROPE FLEURY. Je trouvai Luders furieux. II1 frappait lei
agents A coups- de pied; de batonr, etc.
M. RICHARD MIOT, un francais, ami de M. Luders. J'6tais sur
la Place Geffrard quand j'entendis un grand bruit du c6t6 de la
rernise de Luders. J'y dirigeai mes pas et, a mon arrive, je trou-
vai des homines de police arretant un homme qui demeure chez
Luders. Apris une longue resistance, Luders est all former une
plainte au bureau central de la police.
M. EMMANUEL JAEGlER, un allemand, ami de M. Luders. J'6tais
vis-A-vis de la maison de Constantin Vieux, aux environs, par
consequent, de la remise de Luders. J'ai vu celui-ci debout dans sa
premise, au milieu d'une affluence. C'ktait I'arrestation de son buss'-
man que la police op6rait. II s'y est oppose. II avaiz. une main en
I'air et, de l'autre, il tenait un home de police qui t'.:pt'.'i,it.
M. GEORGES LESPINASSE, un franfais, ami de M. Luders et beaut-
frdre d'un allemand. Je passais sur la Place de la.Paix quand
j'entendis des coups de sifflet parties du c6te de chez Luders. J'y
.iccourus et je vis Luders s'opposant a l'arrestation d'un homme
qui se trouvait l'int6rieur des Ecuries centrales. II 6tait col&re
At avait un stick en main. Je ne puis rien pr&iser, n'ayant pas It6
wur les lieux au commencement de la scene.
M.. EUGiNE ROY, ami de M. Luders. Je causais avec quelqu'un
.uand j'entendis du. bruit aux Ecuries centrales. Je fus voir ce qu'il
v avait. C'6taient.des agents de police qui arretaient un homme qui
'accrochait a une voiture. Luders tenait un stick de la main droite
't un home de police, de la gauche. Il y eut une bousculade et
les homes de police tomberent.
M. DAMIEN DELVA. -- Luders ,'opposa a l'arrestation de
)orl6us. II avait un stick en main et bousculait les agents de po-
ice.
M. ANTOINE WALLACE, un anglais, palefrenier de M. L'ders, ayant
,our interprdte M. Georges Gaugaitte, beau-frdre d'un allemand. J'6-
ais A l'int6rieur des Ecuries centrales, o6 je soignais un cheval.
'ai entendu du bruit et j'ai accouru. C'6taient trois hommes de
policee qui proc6daient A l'arrestation de Dorl6us, lequel s'accrochait
une voiture. M. Luders, fich&, ordonna aux agents de police de
aisser Dorl6us.
M. ANTOINE OLIVIER, cocher de M. Luders. Je n'6tais pas present
Mu commencement de la scene. Je fus amend sur les lieux par le







t'AFFAIRP LUbtRS


bruit. A mon arrive, -je trouvai quatre homes de'police en train
d'arreter quelqu'un. M. Luders, don je suis le cocher, s'opposa ,
cette arrestation. II1 avait un rotin en main.

Lisez maintenant le formel aveu fait par M. Emile Luders
dans une interview que l'linpartial du 20 octobre 1897 a
publike avec son assentiment et son visa personnel :
J'6tais A man bureau, travaillant A mes 6critures, quand, averti
par le bruit qui se faisait au rez-de-chauss6e, je suis descendu
pour voir deax agents de police qui se disputaient avec l'un de
mes cochers qu'ils voulaient arreter. Cet hornme nettoyait. une
voiture .qui. se trouvait sur le seuil de.la porte, moiti6 sous la
galerie et umoiti6 en dedans ; t'homme Rtait en dedans ou- a debtors,
qu'importe I On voulait l'arreter, parcequ'il avait, disait-on, vole
'une clef de la voiture de M. Fortunat, chez qui it travaillait avant
d'entrer a mon service. Je suis intervenu, j'ai ite grossier, je dois
l'avoter, excessivement grossier envers ces hommes de police ; je leur ai
dit des paroles d6sagr6ables, je les ai mis A la porte, parcequ'ils
setrouvaient a l'interieur dema premise, que j'avais besoin du service de
cet home, et que la police n'avait pas le droit de venir l'arreter
chez moi. Its ont sifflt et ont occasionn6 un attroupement ou
pluttr un envahissement de mon ktablissement. II y a eu alors
une veritable bousculade : les agents de la police tirant mon cocher,
celui-ci resistant, .d'autres cochers venant A son aide et moi pous-
sant tout ce monde-lA hors de chez moi.
Est-il possible, aprbs toutes ces declarations, de conser-
ver le moindre doute sur la brutale opposition de M. Lu-
ders A l'arrestation de son cocher, sur les voies de fait
don't furent victims de sa part des agents de la police ad-
ministrative, requis par l'Inspecteur. de la police commu-
nale, en un mot, sar le d6lit de rebellion avec violence
.qui a entralne I'application des articles 470, 173, 177 et
256 du Code p6nal ? M. Luders, entour6 et aid6 de ses
gens et doue, au surplus, d'une force hereu)lenne, savait
bien qu'il ne risquait rien At molester des hommesR absolu-
ment sans armes et il faut le dire intimid4s pttr:sa
quality d'!tranger, puisque, a l'audlence correctionnelle du






LAAFFAIR E L-UDERS


28 septembre-, le commissaire de police Europe Fleury a
confess qu'il n'a. pas voulu arreter ce delinquant en 1'ab-
sence du jige de paix, encore-que, dans ce cas de flagrant
delit de rebellion, il fruit pleinement autoris6 A le faire par
l'art.10 du Code d'Instruction criminelle. Au fond dison-s.
le en passant- de tels managements se retonrhent centre
nous, car si M. Luders avait W*t appr6hendO, comme de
raison,. au moment precis oft il faisait rage pour delivrer
Dorleus Prkzume, il n'eit pas eu l'occasio-nd'6quivoquer
sur son arrestation an Bureau central de la pli-r" ou, -par
une marque d'inconscience ou un exces d'audace, il, s'lait
presented pour se plaindre de la violation-de son .( droit
d'asile ) et rdelamer son cocher, -( du service duquel il avait
besoinr. ,)
An reste, quoi-qu'il en ait dit, cette arrestation n'6tait
nullernent illkgale-, attend qne, de son propre aveu, elle
eut lieu A peu pr6s vingt minutes apr s ]a scene et que,
selon l'art. 31 dil Code d'Instriuction criminelle, le flagrant
delit eat le d6lit qui so comment actntellement ou qui vient
de .e.commelfre, la doctrine et la jurisprudenceadmettant,
'ailleurs, que le q temps voisin du delit )). pet embrasser
Line periode de plus. de vingt-quatre heures.
Le reproche de violation de domicile n'est pas. plus s6-
rieux. H6las I nous voilA bien loin de. [a conception romai-
rae pour qui le domicile 6tait par essence le foyer domes-
Lique, l'auguste retraite uniquement accessible aux mntimi-
As familiales et an culte des dieux lares < La vie privee
ioit 6tre muree, disait encore dans ce sens l'illustre. Royer-
lollatd. C'est aussi de I'antique'tradition que s'est inspire
'art; 6 de la Constitution prussienne pour proclamer
- aprej tant d'antres -- que la mason de chaque citoyen
st un asile inviolable. c La circonstance qu'une -propridt6
Ast close, dit un ArrOt de la Cour de Leipzig en date du 6
Ivril, 1880, ne suffit pas pour qu'elle soit rp(itbe close dans le
;ens da Part. 123 du.Code p6nal allemand. I1 faut pour cela
Itue I .propri6th fasse partie-d'une maison habitue, circons-
aliece .qii comprend ee qu'on appelle la paix domestique )).







L'AFFAIRE LUDERS


N'importe II nous faut bien croire M. Luders Irsu'll
affirme avoir transportW ses i.,-n:i,- dans les Ecuries cen-
trales. Cette concession faite, il convient de rappeler que
l'individu inii'ilpH de vol fut, avant que survint son patron,
arrite A l'exterieur de la premise. C'est in 'point' que 1'aveu
des prevenus et d'unanimes t6moignages ont d6finitivement
ktabli. Que, dans ia lutte engage par M. Luders et son per-
sonnel pour enlever Dorlius Prkzum6 aux agents de police
qui s'en etaient empares, ces derniers, presses par la foule
grossissante et curieuse des p6ripkties d'une arrestation
aussi incidentee, aient Wte entrains a l'interieur, c'est pos-
sible, c'est meme probable. Seulement il va sans dire que
ce movement involontaire ne constituerait pas le fait d&-
lictueux prevu et puni par l'art. 145 du Code penal, les
agents ne s'ktant pas introduits spontan6ment et encore
moins de propos d6libkre dans les lieux que, par an Otran-
ge abus de mots, le voiturier en d&eonfiture a os6 applri
son domicile. Sans cornpter que le flagrant delit de r6bel-
lion commis par M. Luders, qui tirait Pr6zume dans sq
premise, eht 6ti un motif 16gitimre d'y pnri6trer pour le main-
tien de cette arrestation si malicieusemnent entrav6e.
En supposant que la violation de domicile fit reellement
demontree, cette circonztance n'eit jamais imnpliqu6 pour 1c
butor endurci le droit d'attaquer, de frapper, d'assommer
des agents executant un ordre de l'Inspecteur de la police
Communale. La Cour de Cassation de France n'a pas variV
sur ce point : << Les citoyens, dit-elle, ne peuvent demeurer
libres de se soumettre on de s'opposer aux actes des agents
de 1'autorite, selon qu'ils les juge'rontplus ou moins l1ga'ux
De minme, un ArrOt de la Cour de Paris declare point permis aux particuliers, sous pr6texte d'illfgalitt-oude
V'irregularitW des actes exerces A leur 6gard, de se rniel',
en Rtat de rebellion contre les agents de la force publique
on proposes agissant pour 1'execution des lois, des ordres on
ordonnances de I'autorit6 publique,et qu'ils conservent sel.
element leur recours A I'autorith judiciaire ou administrative
pour faire anniiler ces actes et punir les auteurs,s'il y alieun.





L'AFFAIRE LUDERS 57.
Qui ne voit, apres tout,.la perturbation qu'engendrerait
'opinion contraire? Cette opinion ne moanqierait assn.remtent
)as de partisans decides Ala, pousser aux consequences les
)lns extreines, A cote des ii-',illrp, qui, tout en etant d'avis
iie la resistance A un exces de poiivoilest un acte de( lgi-
ime defense, ajoutent que < cette resistance doit se propor-
1i,,],,r A l'intensit6 de I'attaque et n'nemployer qtu les mno-
'ens niVe--aHires pour en triomphber et.qu'elle ne peit al,.r
ans crime au-delA de ce qu'exige la.conservation du droit
lenac6 ), n'y aurait-t-il pas des forcenes, des Lnders, pour
retendre s'opposer par les armnes A I'arrestatipn d'Min tiers
n'ils auraient laiss6 s'introduire dans leur domicile, eL ap-.
liqner ainsi de.leur atitorite privee lai peine coi'il ,I a tin
elit que la loi punitd'une amnende de qoatre (Id i. piastres .
t ne serait-ee pas une odiense d risi(ln 4in<' Il.1 .igii'llii-r,
ar example, l'appr6ciation des actes d.I-S ,,fie,-ier',- de Ia po-
cejudiciaire aux passions etA 1'aven' lemilpii-it 'uP i ,li'' i irein'
onut 'intelligence ne peut concevoir.que la loi siur.i'etat. d
eige soit obligatoire pour les strangers qui habiLent le tr-.
itoire de Ia. Republiqne?
En resume. des allegations interessees ne sairaient pr-,
aloir centre 1'ividence et i reste absolument demontre I( e
I ,\iililitii Pruderit et Michel Marseille ifnrent -.iii|l," -1.ii par
u"ders d'emmener Dorlens Pi',suimn, arrete hours des Eci-
ies centrales, et dirent user de letIrs sifflets de police .pourt,
emander main-fobre et. obteAir l'aide des seuls agents Jo-
eph Edouard et Louis Jean. Luders en a isipose aufComte
chwerin et an Ministre des AiiTaires .itrangeres d'Alle-
agne, lorsqu'll a 6crit qu'il avait .t6 ,auixprises ave.
Imne petite arrimee, dix A dotize homnimes : soutenu par
es employes, ses cochers, ses palefreniets, ses n miot, et avec sa grande force musculaire, et sa canned jg-
Tais inactive, il avait, ad contraire, bean jeu centre qtatre'
gents sans defeltise puitsqlifus n'ktaient munis, ainsi que
I'ai ej4i explique. ni de sabres ni de batons ,et par-
essus le 10matche, tres pott6s At toute sorte de managements
nvers unr4tranger. Luders fut done A bon droit apprehiend6







L'AFFAIRE LUDERS


et conduit devant le juge de paix dansu n temps trWs voisin
du fait delictueux qu'il avait cominis.
Pouvait-il, sur son.appel, Otre conda mn6 pour le delit de
rebellion et non pour la simple cUntravenli4in resultarrt des
voiesdefait? C'est la derniWre question juridique at r6soudre.
Disons tout de suite que la Cour de cassation de France
decide que, si I'appel a eth inlerj-14 par le pr6venu seul,'il
n'appartient pas aux juges d'aggraver la condition de i'ap-
pelant, soit en se d6clarant incormpetent, soit en aigmein-
tant les condainnations prononc6escontre'lIi. Elle se fonde
,sp6cialement sur un Avis dn Conseil dl'Eil, approuv6 par
un,:Dcrkt diu 12 novembre 1806.
On a oppose cette jurisprudence alu jugement.du 14 oc-
tobre, qui a annul6, pour cause d'incoinrptence, la decision
du'Tribunal de simple police et fraipp6 de pleiines correc-
fionnelles Luders et Presum6. En raison de nbtre tendance
a adopter les solutions qui prevalent en Frate-':-, la critique
'fornmule ne manque pas de gravity Je pense n6anmoins
que :es adversairesdu jugement n'ont-pas assez tenu compete
de plusieurs corisid6rati.ns de droit et de faith susceptible
d'al-t6nuer ou de dtruire la force de leurs objections.
D'abord, y a-t-il en Haiti .un Avis ori tin D6crkt ayait. force
legislative, on un texte de. loi assez explicit pour ne Iaisser
planer aucune incertitude suR- la cons6cratioq du principle
invoqu6? Je ne le crois pas. Les avocats des: prevenus ont
repousss les conclusions du Ministlre public. parce que (( le
droit d'appel ne lui appartient pas et que .la jurisprudence
determine qu'il ne pent conclureb I'aggravation.de la peine )).
Cette argumentation ne nous renseigne point.sur 1'existence
d'une disposition l6galeinterdisant,ai Commissaire.du.Gon-
vernement, en cas d'appel de la part des prevenps, de din-
ner au fail incrimine une qualification autre qu.e, celle que
lui attribue le .jugement de simple :police, ou..de req, ,iritr
l'application du v6ri'table.texte qui vise et.punit Je dldit ou
la contravention. En effet, la jurisprudence n'est pas la loi.
Je sais bien qu'on infare de I'art..148 du Code d,'Instruc-







I'AFFATIRE l.1 r'EiH


lion crininelle que le Ir.i il d'appel n.'est aceord( qWi'an pr6-
venu condamn6 A l'eiiprin iiii'-ii 0.1 ", d--. ramendes on
reparations civilesexcedantla soinmme de vingt-cinq piastres,
et j'admets v,,lonnli ris que dans la pra'tique.cette opinion n'a
gntMre de contradicteurs: Cependant j'iiiimii;i- malais&ment
que le l6gislateur ait voulu refuser a la parties pnblique une
faculty don't exercisee serait une samvegarde ponr la s6ci6te,
sotuvent un srieux obstacle.a ine -i-imjiit tiil,'. Ainsi,com-
ment supposed que le Ministere public .pourrait avoir les
mains irr'iii-il -ii-t liees devant la decision d'un Tribu-
nal de police qui, pour soustraire par basard un meitrier aux
ria ii.urs .du Tribunal criminel,s',itlmir--.-rail de le condaim-
ner 4.quelques jours d'emprisonnement'? II ne-lui:serait pas
permis d'en appeler, si cette interpretation de I'art. 148 est
fondee,etil serait .l.-in'. l -n, I p*. A ,".l, de sepourvoiren Cassa-
Lion centre unjugementqui n'aurait pas te rendu en dernier
resort, car nous ne pouvons nous dissimuler que ce n'est
qu'en contrevenant au texte de l'art. 153 du Code d'Instruc-
tion criminelle que l'on admettrait dans tons les cas la re-
cevabilitO de ce recours extraordinaire.
Get inconvenient est si r6el qu'on s'efforce d'y obvier par
tous les min nm-ii possibles; mais il n'y a qu'a lire le er'.nii,'
d'un ArrOt da Tribunal de Cassation en ,liti- du 26 mars 1879,
pour se convainere de la stWrilitW de cesefforts et de la bizar-
rerie des combinaisons d'artieles <( permettant de concilier
les principles qui dirigent cette matire ,). C'est ainsi qii'il
nous est dbnn6 d'apprendre qu'un j.iimi,'iti rendu a charge
d'appal devient en dernier resort a l'expiration .di d6lai de
dix jours a partir de sa significstion A nin-,iu q i'il ne .,it
A la fois en premier resort a 1'6gard du c,,IrlaiImn i' et en
dernier resort a 1'6gard de la.partie publique.
Qiioi.li'il en soit et alors m6me que cette question sp6-
ciale .dt Otre resolue n6gativement,il serait encore ration-
tnl de decider que le Commissaire du Gouvernement peut,
sur l'appel d .condamn6n, proposer un moyen d'incomp6.
tence pour fire annuler une decision dduTribunal de police,







L'AFFAIRE LUDERS


puisqu'il serait admini A fonder strr ce moyen,qui est d'ordre.
public, in pourvoi en cassation centre le propre jugtin-'nt
rendu en appel par le Tribunal correctionnel.
La r6plique des avocats de la defense n'&tait done pas du
tout concluante. Elle 6tait, du reste, implicitement conlredite
par les conclusions en r6ponse- h. la demand de Michel
Marseille, qui tenait les appelants sons ,la menace d'une
aggravation de peine, conclusions dans lesquelles les defen-
seurs, sans reprodujre l'objection faite au Ministbre public,
se retranchaient derriere la simple assertion que allegu6s n'eraient pas .16galement 6tablis.
En sommne, les Magistrats saisis de la connaissance de,
toute I'affaire parlesactes d.'appel illimitO des provenus aussi
bien que par la citation directed don't ceux-ci ont eli4 F'objet
de la part du Commissaire du Gouvernement, n'o-nt violt
aucun texte de loi, ni comrme juges d'appel, en informant le
jugement de police pour cause d'incomp6tence, ni come
juges correctiohnels, en qualifiant et punissant autrement
que le Tribunal de police les actes imput6s A Luders et A
Prkzurn6.
En tout cas, meme dans I'hypoth6se ofi le jilgement du t14
octobre euit t critliqiiable, l'art. 153 du Code d'Instruction
criminelle n'indique-t-il pas la voie qu'il ert .failu suivre
jusqu'au bout pour le faire anniler?

< La parties publique, dit-il, et les parties pourront, s'il y a lieu,
se pourvoir en cassation centre les jugements rendus en dernier res-
sort par le Tribunal de police, ou centre les jugements rendus par
le Tribunal correctionnel, sur l'appel des jugeinents de police.

LeComte Schwerin lui-meme, apresavoir entendu la d-
cision, cornprit qu'elle ne pouvait etre attaquke que par im
recours au Trib'inal de Cassation, institute, selon une just
remarque, c pour rainener perp6tuellement A i'excicution de
la loi toutes les parties de l'ordre judiciaire qtui tendraient
a's'en carter ,. Interrog6 par M. Ludleru, siur ce qu'it y avait
encore A faire, il rApondit.: g Epuisez les voies 16gales, 0








;. :..- -; *' "L'I-i F 1. R-LU J1)ERS: : .. 64

La d6claration.de porvkoi fuit faite isr three, comnme
'at.teste 1'acte que nous reproduisons ci :

LIB3ERT-9, 'EGALIT', FRATERNITE,-

REP PBLIQU E D'IAITI.


SExtra' ,de.9 minutes du.q,- ie ,1,t Tribui-
Snal cir'vil de Port-aiu-Prince.

L'an mil huit cent quatre-vingt dix-sept, et le jeudi quatorze,
)ctobre, a onze heuresgdu martin ;
Au greffe du Tribunal civil de Port-au-Prince et par devant nous,
Laraque, greffier dudit Tribunal, soussign& ;
A comparu Ie sieur Emile Luders, n6gociant et Directeur des
Lcuries Centrales, demeurant A Port-au-Prince, lequel nous a dit
't d6clar6 qu'il se-pourvoit en cassation centre le jugement rendu
e jour par le Tribunal civil de ce.ressort, jugeant en ses attribu- '
ions correctionnelles,.le condamnant a une ann6e d'emprisonne-
nent, a cinq cents goirdes de dommages-interets et aux frais et
pens de la proc6diide. "Te comparant nous a, en outre, d6clar6
onstituer Mo Ed. Lpspinasse pour occuper sur le present pour-voi.
Nous avons donned acte au comparant de sa declaration ; apres
2cture, il l'a sign6e avec nous ainsi que son, avocat.

EMILE LUDERS, ED. LESPINASSE; ai'ocat, P. LARAQUE.

Dorl60s Prezurn se pourvut egaleinent le mrme jour.
Le lendemain, les avocats des condamnts obtinrent pour
jour suivant, Si j'en crois des personnes autoris6es, une
audience correction nelle A l'extraordinaire, A l'effet de pr6-
enter au nom de leurs clients une demand de mise en
bert6 provisoire sous caution. Mais les juges, r6unis an
'alais de Justice a 1'heure convenue, attendirent en vain la
quite annoncee.








SCHAPITRE III.

tLe Coomte Schwerin.

I[ devait Otre cinq heuies du soir,le 17 octobre, lorsqu'nn
Aide-de-can i' iu Presiderit d- la Rtl'-iibliqiue vint m'annon-
cer que les Se -rilaires d'Elalt talentt attendus an Palais na-
tional, a cause d'un ultimatum qne le Charg6 d'Aflaires
d'Alliiimagne v'enail de lancer.
Je me rendis immn6diatement A la convocation, et des que
le Conseil.ffit at.complet, le P.rside.nt, aussi came que
d'habiliUde, nnIus inf,)rii'a snu.cintement de, la .surprenante
d(mar,-li, que le Comle. Schiwerii naiil failed auprts de liui.
Voici, d'apres des r'rnseiginiiianntbs coimplmentiiire.s, ce
* qui s'&(il pass# .
Le G;niizral Sam, apres une tourn6e a chevaJ par los prin-
cipales rues de la ville, apr6s les visits et les receptions qui
fiont ordinairement du dinancheun septlienmejour.de.fatigue
Sptir les Chefs- d'Etat hailiens, s'6tait retire depuis un quart
d'heiire dalns ses appartemnents priv6s, quand un officer de
service ncc-,nirut pi ,ur lui annoncer que le Cl~arg( d'Affaires
d'Allein:igiin se trouvait dans le vestibuledn Palais et de-
'itandait Ile voir.
S1 ,tait deija quatre heures et demnie de 1'apres-midi. La
nuit yientt6ten,(ellesais(>n d'autom-Iline. L'he,'rO n-'tait. phi'
des. audiences officielles. Apparemment le Secr6taire d'Etat
des Relations Exterieures n'avait pas 6t. .prAvenu (e cette
yisite,, La d. rcehe eo question.ne. neponvait,, tre qu'une
marque de cordiale familiaritO icans6e vraisemblablemeiil
par al'aitbill n, tii iiireduii pre.ntii ir Magistral de la Rspuibliq ii .
TI nr'y avail Ias1 'trri terti AfoIr~ m ii t illra-dtmoratiqiei de la
poli.esse, '1I Son Efeellence nordopna de faire mnnhfr 1,.
Comn te Schweriin..ans he salon -des ruceptiins.diploiimatiq,?s.
Cependant lorsqne. le Chef de 1'Etat, puntlrant lieu apres
lui, eftt- v son attitude fig6e danrs un uniformne de lieutenant
dle uhlanis, il comprit que la visit n'6tait pas dn tout gra-







L'AFFAIRE LUDERS


cieuse et revitait djAt un air de contention insolile. Celant
la surprise qu'il 6prouvait de ce compassement premedit6,
il salua coutrtoiseinent et attendit la communication imimi-
nente.
Alors l'agent diplornatique, botLt et PperonnO, caiqui de
cuir, bouilli sons I'aigle aunxailes diploye&s, fit ( assavoir n,
au President de la R6pnbiqie .qu'il venait de la part de son
auguste Malire, Guillaume II, Empereur d'Allemagne et:Roi,
de Prusse, r6clamer : It la mise en liberty immediate de
M. Einile Luders,.sous peine d'nne indeninit6 croissant A
chaque jour.de.retard et sans prejudice de celle & laqu(elle
donnait droit la detention de ce sujet a'lemand.; 26 la des-
tituti;on des juges qui l'avaient condamne, et.39 la revoca-.
tion des agents de pI liri'cou ipabl., deviolation de.domicile.
Pour l'execqtion.de cet ultimatum en trois points, il arcor-"
dait jusqu'au lendemain A midi. Pass6 ce delai,r son. gouver-
nement reeoIrait A la viQlence.
Le Pri.,ident, justement ktonne et bless du discours me-
nagarrt du Charge: d'Affaires, lui r6pondit (ii'il ne piiiuvait
accepter la forme nile fond de cette communication sans pr&-
cedents. Les usages international ne laissaientaucuineinCer-
titude ur la voie 4 suivre..Il yavait a se mettre en rapport
avec le Secr6taire d'Etat des Relations ExL;riiLures, qui exw-
minerait les griefs invogu6s et discuterait le pi)ncipe .des
reparations de.mand6es, en continuaft A s'inspirer de, 'esprit
de ,conciliation dont le Gouvernement a si fr quemment.
donn6 la preuve.
-J'attendrai jusqu'Wdemain A midi, r4p6ta le Comte avec
une obstirnation rebelle a tout raisonnement. .
Et, superbe comme un triomphateur remain, 6tendant
toujouirs A son maintien et A toute sapersonne la raideur
empes6e de son col d'apparat,. il partit de ce pas anitoma-
tique qui sernble fire pendant aux soubresauts de son esprit
methodjiqnpinment inquiet.
Lorsque nous etimes entendu lercit abr6g6 de I'incident,
nouns.ouvrlmes la deliberation sur ce qu'il convenait de faire







64 L'AFFAIftE LtJDERS
dans de tells conjonctures. Notre faibleI''e talt notoire.et
c'6tait la -eule rnii 'ii'de lfiliiuifiab1l algirade du iCharg.
d'Affaires II n'y avail pas.a se g^ner avec no u.s, I'\Allinagne,
n'6tant exposee a a auu-rrisque de notre' part pour cette"'
e-norine"-'in(ohv~ nan envers le Chef de la-nation haitienne.
,< Divn ailehux firri.! ,L prvlchmt uawdicton allemnand. Aussi
un g,:ntiilhoinm. pornmranien, retpr-s,'iilint de hasard d'unr
empire colossal, peut-il tout se permettre, canrler brusque-:
ment une procedure poursnivie sur ses propres conseils, v
miconnaltre .. dessei.n Ies praliqliis et les regies les plus
616mentaires de 1'6tiquette diplomatiqiue, p6nntrer d'ernhlaee
et pre-que de. force, an Palais national, et, apres avoir d0-
pos6 au'v-stiaire Ia courfoisie, le.bon ton, les bones ma-c
niWres, le respect de la dignity' morale de 1 Etat vers i.',el
il est envoy& come d'aventure, strprendre eri iuelque
sorte 'ad debottl'. -i* President de la R.publiqne, afin de lui
infliget- audition d'an ultimfatum sans nom, sans cause, sans;
r.in i~iDirr! E I ,i I'interlociiliir inalgrn- Ini, aussi inopiri.f -
ment pris'a piartie vers laNi d'un'jour f,'ri f, tnlanifestelqsa
14ginite stiipfa-liidi d'vant ce proc6d6 par trop ifico'recL;
il n'y-a pasi- diuter un seul instant. que, par une odieuse
inter riMiq 'tdes' r'le.s, sa judiciense .reponse ne doive' Otr'e
consider cmii,: uneoffense doni Ie pays sera.' rendu, res-;
pon:sibl, Les Universit6s allemand6s auraierrntbeau repeter
ces p iit4l e. DBltintschli -Tous lesEtats sont,-gatrx entire
eux, parce qu'jls soot des pero n ies. Its participant tous au
droit international et ont droit a ce que. leir existence soit
respect6e: p Dieii aide aux forts, rp>lijquerniit. S. M, I'Empe-
reur Guillaume II, qui n'a pas eu le temnps d'apprendre ce
precepte-t PUliiiv'er.si' de Bonn. ,
En effect, la pIiiisante Allemagne n'Mtait en presence ni lde
la iis- ided1'Angletere. Le. Oomnte Schwerin: le savait
bien en vafint fare sa hantaine notification,, el le Consepit .:
des Secr6taires:d'Etat, de son'c6t, ne l'igno-rail pas.
C'est rp"irquoi nons jugeames nRcessaire d'nser de tous
les mnrInagpiient, possibles A I'egard d:''n Agent diplonma-







't L'AFFAIRE LUDERS 65

tique qui n'en avait gardM aucun envers nous. II fut decid6
1ue inialgr' sn insiilh.'ili.i provocation, je'lti 6crirais pour
assayer de rainener nos relations' 'etat normal,en ouvrant
a porte A des explications et A des pourparlers auxquels le
JTouvernement voulait encore se prkter, d'autant plus qu'il
nclinait a penser que le Charge d'Affaires, si prompt A s'a-
Iresser au President sans recourir A monr intermndiaire,
ivait, sur ce point particulier, agi de son propre movementt,
At en i.linir h .--l- instructions de Berlin.
Au moment de nous s6parer, nons corivinmes de garder
e secret, qui fuit 6galement reeomnand6 aux Aides-de-camp;:
le service, dans 'espoir d'empecher que des divulgations
;ivies de commentaires emflammns ne vinssent mettre
)bstacle A une conciliation toujours desirable.
De retour A la maison, je' me perdis en conjectures siur
es raisins quiLavaient pn dicter. l'agent diplomatique sa
determination soudaine autant qu'irreguliere. Au milieu de
nes r6flexions, le souvenir de l'affaire Batsch surgit subi-
ement. Les faits sont connus et il n'est pas ncessaire de
_s relater ni de railpei'r l'unanime indignation qui traversa
pays lorslu'on feit appri';comment, a la suite d'un ulti-
iatum adresse au'Gouvernement haltien,,au nom de I'En-ti
ire d'Allemagne, par 16 calitainii de \ai-e;-aii Batoch, (chef
le l'expedition pour le paiemerit d'tine indemnitM de trois
nille li\vre,,, sterling au profit des sujets allemands Didk-
nann et Stapenhorst, les frigates Vineta et Gazelle hvaiernt
iirpris A l'entree de la nuit, et shisi deux avisos haltiens.
indemnitye n'etait qu'un pr6texte, mais le veritable grief,
'6taient nos 6clatantes manifestations de sympathie en fa-
eur de la. France au course de la guerre de 4870, c'ktaient
os angoisses,, nos tristesses et nos r0voltes A la nouvelle
es dsatre.s qui accablaient le noble pays 6puis6 et ago-
isant, c'ktaient nos desespoirs 6perdus devant sa dMfaite
6finitive et son demembrement inevitable, ce'tait ( l'hymne







L'AFFAIRE LL DERS


de devuil. 6- cho de f1motioni genhrale oi le poete
Oswald.: Durand reprochait a. Napdoqn. i4re de n'avoir pas

C' .. Pruise hautain eI ray.1 'I. I., carte
Son r*norn et son, passe.

NaIur-ll ,,,.it. le C(ouivernineent de cette epoqtle protest
contre F'acde de violence conrnmi. le 11 juii8 1812 et a tnolii..
ce.fait A toutes les nations dU glibe ): Naturelleient il pi'o-
clara que ec'tait i 1'hieure de resserrer nos rangs,, de chas-
ser de. nos cdeu~r t6ut ressentineni, afin d'apporter une
r.sistanice invin cibl.a uxi.vllaques quii l pourrniehl 6ire dirigic-
con re noh-tre naltionalit& D, Natuir-llem,_nt ,le people bondit
sous 1'oll.s,., fulmina, rcrianina. et naturellemient hl"o,--
gQuverna l.,- et g,,I\ierl1n0s Iuiblidireniit. On ne se souiiv'ii:
gIubre, chez nous, qu'a .pqinui fixe, disaient recemmenL
Paul et Victor Margueril.t en piariant de la France. En Haiti,
onrie se sonuvient pas 0di lqut des affronts de l'6tranger.
Eli qtioi! le rappel ratiie pii6diqiue des hutniuiations qui
abreutirernttantlde fois notre ddbile Repuibliique nWaurnaiE-il
..pa aison i'tl're? Les'douiiloure'ix anniversaires de ces
'rsie+' si111 ,itlles pour' notre aiiiour-lrroire ne coinporte-
'aietil'4s pas un viril "enseigneinient? N'huraient-ils pas ani
moins: puir vertwnde rkuni'. au' pied du drapeau natimonil
cravati de deuil cenx qui, palpitants d'une esp~rance janiii-
lass6e; persistent a croire au devoir civique, A 'efficacilt du
- sacrifice, aux .tansformations, reparatrices? ,.
HelaIa! -nos indignations n'ont pas. de lendenains, nos co-
16 res patriotiques s'evaporent en unclin d''il, Ie jour d'apr s
i1 nest plus trace de I'horrible. dechireinent de nos ames
mieeulri i-s et lacerWes, etje ye sais quelled noiinv4-e seri: do
compplaisances et de co6nipromissions r-met bienl6l siir le
pinacie les 'sujets de l'insulteur I ('hiir et de' deiiain, en 1i.-
goigeani enicore lne flis de toute la sAve d'im pays diit les
G'ouvernenetfits finirofit vraiseriblabllenent pair les corm-
missiohiier leurs prieiSir sar gsages.







L'AFFAIBR L|UDORS: 67
-A la vArite, depmis Iaffaire Ratseh, les agents accredits A
Pfrt-ai-Prino-e par I'nmpire d'Allemagne avaient genira-
leiment montr6;de la correction dans leiirs rapports avec
nous,-gardant line strict neutralit& entire les parties don't le
niais aveuglement a trop sonvent ensanglant, le territoire
haitien an profit de fomentitenrs exotiques. HI 6tait r6servy
an n(u,-el envoy de Berlin le trist.ehonneur de rompre
avec la Iradition de ses priedcessenrs,.en detruisant uine
harmoriie qu'on estimait essentielle a des interets reci-
proques.
Le'Cointe Ulrich Schwerin etait emptoy6 au Ministere
Imperial des Affaires Etrangeres, lorqn'il apprit qne M. le
Come de Luxburg, Ministre-BRsident de I'Empire d'Alle-
magne A Port-au-Prince, venait de quitter Haiti en cong6
de six inois. II s'empressa de solliciter la faveur d'etre.
envoy ici comme Charge d'Affaires ad interim, en pretex-
tant le vif dOsir qa'il 6prouvait de connaltre les regions tro-
picales et de visitor avec sa jeune fernme tin pays lointain.
Blion que l'imp6trant ne jotitt personnelleme.nt d'aucune
notorpie't dansl les spheres officielles onu tiques de Berlin, le baron Marschati von Bieberstein, alors
Ministre des Affaires Etramngire. daigna acecder. an V~Bi
dsoi sbon slrdonnr, don't I'inexp6riendee ,ne liii part pas an
e',npicheimn-t absolu. :Le Charg6 d'Affaires iil.i'.v\i--,
apres avoir faith retentir sur tou le4 tons les echo, d'alen-
t ,ir di brui. de sa se Ihta de mettre dans sa malle son nniforme d'ofti'iri' de
uhlans.set prit le'premier bateau en partance pour les Indes
Occidentales,
Arrive A Port-au-Prince au nmois de mai 4897, il ne tarda
pas s'adresser au Secedtaire d'Etat de. Relations E.rl.,';,.l'o
polr demander Atre recu en audience prive par le President
de la RApublique; pour lequel il ktaitl porter d'une lettre
de IFEmpereur d'Allemagne annoncant, je erois, lne nais
sance survenuei dans; sa famille. Sa reception, A laqnielle
tOUt les Secr6taires d'1Etat assistArent en





68 L'AFFAIRF LUERB'

nue, n'eut..rien de parliuii'lir-int.-nt saillail.' A: eette. au-. -
dience ofi il laissa percer -an vague ..imbarir.,K qu'expliquait'
assez la nouveaut6 de son r61e,.il ne inontra un peu d'imt
pr6vu que lorsque, descoupes de champagne ayan.t te apl,
portees, il en,. prit un'o et, .,ir. Je toast d'usage, la vida,
d'un trait ou plut6t d'un seul movementt de dOglutition.'
Some toute, il nous parul sympathique et il ne. serait alors
venu a I'esprit d'atucun de nous que cet agent diplomatique
6tait un de, ces ouvriers en catastrophes don't parole un
eminent publicist.
A partir de ce moment, le Comte Schwerin, voulant sans
doute mettre A profit son s6jour a Port-au-Prince pour s'6-
difier sur les conditions de notre-vie publique, allait un peu.
partout, A la Chambre des Communes et ailleurs, A cette,
memorable stance da: 4 juin, si pleine. de passions et de tu-
multes, de m.me que dans les rassembtements forms au ,
coin des rues autour d'in publicateur de proclamations ou.
d'arrit&s. EL sa cturiositM sans cesse eon veil semblait; Otre
moins d'un diplomat que d'un tourist.
Quand, vers la fin du mois-de Juillet 1897, je fus appel6
aux fonctions de .S,--rlir. d'Etat des Relations Exterieures
en meme t.inps qu'au ministare des Finances et du Com-
merce, it entretint un de mes amis de son intention de me
fair une visit privee et lui demand s'il pensait queje la
lui rendrais. ajouta-t-il, parce que j'ai faith au precedent WMinistre' des Re-
lations Exterieures deux visites'qui n'ont pas -l6 pay.es 'de'
retour. D L'ami se mantra tres surprise deo cette imputation
A l'6gard d'un ancian Secrtailra d'Etat qui n'a jamais pass
pourmanquer de -formues; TI: r6pondit, 4d'antreopart, que le
Comte n'avait n.ullement a craindre que je ne,lui rendisse,
pas sa politesse. .
Je ne veux pas, examiner si cette assurance etait r6elle-
ment indispensable au Charge d'Affaires ; toujours est-il
qu'il vint A la maison'un dimanche, le 15 aofit, en compa-
gnio de Mrie la Comtesse Schwerin, qui produisit la meil-







L'AFFAIRE LUDERS


eure iimpression par la simplicity de ses inaniMros autant
:ue pat, 'aisance.et 1vi-w jii enil de sa conversation presque
)arisienne. Nolls ne demeurAmes pas en rest avec eux ;
)eut-,trde lnmre notre visit se prolonga-t-elle plus qu'il ne
*onvenait, grace A nne insistence don't je' dois reconnaitre,
ricore anjourd'hui, I'extreme amabilil6.
II ktait ahirs question d'ans le public d'iie interpellation
,grand fracas qcue des Snriateurs d'himiueur belliqiiense pre'
)araient centre I'interpr6tatibn donnee par I'ArrWte presi-
lentfil du '12 aouit 1897 a 6in article de la Constitution. Le
ornate y fit allusion, commre s'il eit desire assister h la s&-
ince oh Ia ijuestion serait discut6e, inais j'avoue que la fn-
iliti di pretexte invoqu6 m'emnpecha, par une sorte de pu-
leur patriotiq4ue, de seconder ce dessein, plutdt flatteur
)our le Ministre que d'aucuns se proposaient de prendre A
lartie.
C'est cem-me jour que le Charg6 d'Affaires m'apprit
pi'il avait Wte pendant quelque temps attache A titre d'as-
.esseur A 1'un des tribunaux de paix de Berlin. Cette nouL-
'elle mne laissa roveur durant plusieurs seconds, car j'eus
'intuition qu'un ennui quelconque nous viendrait de lui,
ar I'effet de cette fatuit6 ordinaire a1'homme qui, de I'exer-
!ice intermittent de fonctions judiciaires, a conserve des
1.litnents oi son imagination grossissante se plait A d6cou-
|rir la pt6nitude de la science juridique. 11 me fut donnO
)lns d'une fois dans la suite de -coristater que le Comte
)'n-iti un air capable d6s qu'il rencontrait un problime
10 droit. Comme II n'en savait pas ossez pour allumer sa
anterne, il s'exasp6rait de ne pouvoir .clairer son interlo-
uteur, anquel, bien entendu, il dAdaignait d'emprunter la
lart, qu'il n'avait point pers'onnellement.
Son goat pour ces discussions, que sa dialectiqie' sp6ciale
Oenaeait toujours d'etouffer sons des arguments de fantai-
is, I'amena, ( exception du DWpnrtn.iient des Relations Exterieures. II s'a-
issait du Dr Yahr, emprisonne pour dettes depuis -trois







L'AFFIHE I.tDERS.


mnis passes: Le Charg- d'Affaires, qui nri s'6tait pas inqui6-
tL tout'd'abord di: sort de ce morphinomane, avait finri par
s'iintresser A lui avec une ardeur presque f6brile, et it ve-
nait me demander de porter le fComnissaire du Gouverne-
rnent A fire annjiler d'office i'assignation consecutive 'A
Farrestation provisoirewde son ressortissant. Juste A cette
6poque, je refutais iune reclamation de la Legation de
France en faveur de M. Perval, 1'un des propri6taires do
fH6tel.dii Champ-de-Mars, qui croyait avoir A se plaindre
d'nne ordonnance rendue. sur refer6 ]e 22 mai 1897 au pro-
fit de la dame Millie Nickel. (( spouse ) dudit Dr Yahr.
J'6tais entire I'enclume et le martean, entire le Comte d'Ap-
chier, Charg6 d'Affaires de ]a Rpipublique francaise, et le
Comte Schwerin, Charge d'Affaires de i'Ernpire d'Allema-
gne, ce qui prove mieiix que tons les raisonnements la
scandaleuse iniquit1. de ces perp6tuels agissements diplo-
maliiliqu-,. J'eus une peine infinie A faire: comprendre at
protecteur du m6decin honoraire qu'on ne manquerait pas
d'opposer une fin de non-recevoir A touted immixtion di-
recte dii. Miiist6re public. dans une affaire oft seuls 6taient
en jeu des intr(4ts .d'un ordre priv&.
* Alors il change de tactiqne : il fit une charge A fond
centre la contrainte par corps, < institution barbare, qui
reexiste. plus on Allemagne ', et finalement il me pressen-
tit sur l'opportunit6 d'un Arrit6 d'expulsion, qni aiiait le
itarite de tirer le D' Yahr de prison, sans quiece:dernier
eiit A delier sa bourse pour d6sihthresser ses creanciers.
Je diis me contenir devant cette suggestion immoral et
impertinent A la Fois, tout en ,songeant A cette remarque
de M. Ren6 Doumic :. On ne.s'improvise pas diplomat.
II est des nuances et des delicatesses qu'ignoreront toin-
jours certain ambassadeurs inattendus. > Je me bornai A
faire observer A cet -tonnant Charg6 d'Affaires que l'iinique
point A envisager pour I'instant, c'etait 1'existence d'7wPe
loi autorisant cette voie d'execution, et non Ia raison phi-
losophique d'nne telle measure ; que, du rest, ses compa-







L'AFFAIRE IeUDERS 74
triotes, qui out tant cried centre la loi sur la liquidation ju-
diciaire, seraient les premiers a d6eplorer I'abolition imme-
diate de Thi-i-pri>.in.ein..t.en miniti'rl! commercial, et que
l'expulsion que'il sollicitait de notre complaisance ktait im-
possible, n'etant pas justifiee par un miol if Itili :iet serait
un jeu dangereux pour le gpuivernement, don't la r'espon-
sabilit6 pourrait 6tre engagee envers les creanciers incar-
ceratears et le prisonnier lui-mnme.
Le Comte Schwerin, impressionne, solon sa confession
-i"';1rnu'-"4', par le reproche d'indifflrenceque Ili adressaient
des aill,-,m ,iin- m&contents de tout, ne vonult point partir
sans la promesse de faire transfer son prot6g6 A la Con-
ciergerie. Et c'est ainsi qu'un traiteinent de faveur, 'qui
n'itait qii'une marque de dA'-fri'-ir' a I'gard di Repr6sen-
tant de I'Allemagne, tourna a notre detriment en facilitant
la rencontre en prison du d6biteur Yahr et du condamnn
Luders, blieni'd. associ6s l'un A l'autre pour l'exploitatio'ri
de la Republique.
An surplus, une consideration superieure nous faisait
fernier les yeux sur les d6marches plus on moins insolites
d(I Charge d'A..tuir,- : c'ktait l'utilitW du maintien et mrme
di re'sserrement de nos relations avec I'Allemagne, eu
"-'.irl surtout A une operation financiere qui, pour nous,
devait Otre le point de depart et la condition d'une serie
de r6formes a proposer on a executer. J'aurai probable-
inento rappeler dans une publication ulterieure les pers6-
verants efforts du Gouvernement pour conjurer la terrible
rise 6conomique qui; croissant chaque jour en intensity,
aceumulait d'innombrables ruines sur tous les points du
territoire. 1 me suffira de dire ici que mon premier souci,
On arrivant an Ministbre des Finances et du Commerce,
rut de presser l'adoption des measures propres A d6blayer
dr'uigence, une situation obstruee de decombres, en meme
temps qu'A servir de base a une politiquei financibre pr&-
voyante, raliinne.lle, rassurante. D6s le 30 juillet quatre
ours apres ]a reconstitution du Cabinet le Conseil des







L'AFFAIRE LUDEBS


Secrtlaires d'Etat, animn d'un retl -esprit de decision, don-
nait sa tranche approbatiin A des projects qui s'inspiraient
sans ambages d'un principle de vrgularit& inflexible. 11
fallait, sans se perdre dans des discussions dilatoires, se
pencher avec une co.mpatissante fe.rmetL sur Ies miseres,
les souffrances, les dtsespoirs. 11 fallait apporter une su-
preme 6nergie dans I'administration des remedes heroiques
;,.que commandait l'opiniatre violence du mal envahissant.
II fallait prkcher le sacrifice etl en donner l'exemple, sans
perdre de vnie cette profonde observation de Mwe de Sta6l :
S..Un sacrifice, quel qu'il soit, est plus beau, plus difficile
,,que tots'les elans de I'ame et de !a pens6e. A.
Le Preident de la R6piblique, et ses Ministres furent
n 'l'Iiiti'o. A refconnaltre que le clu i-'iriient du system
monetaire s'ii 'ipi.suit de. prime aboard. Si un empruntl tait
nessaiih a.cette fin, il n'y avait pas A hesiter. Dans quel
pays-le conritracter? En France? II n'y fallait pas computer,
et nous 6tions encore sous I'i impression .de l'echec de
I'emprunt de 1896. En Belgique.? Des offres se dessinaient
et on .les examinerait en temps utile. En Angleterre ? On
inettait en avant une condition impossible : le contr6le des
dquanes de la Republique. Aux Etats-Unis d'Anterique ?
'Despourpa.0;rs de. bon augure se rn-iiaionl. En Alle-
,mage .? Pourquoi pas.? DNjh en 1895, M. le Dr H. E.,Goe-
ring. le -predkcesseur du Comte .de Luxburg, avait offer
ail Gouyernement du General Hiippolyte, par l'ilt-_rdiaire
de M. Edmond Roumain, son concours officieux pour ii)-
t6resser des banquiers allemnands.de sa connaissance a
1'emprunt que. projetait le Secretaire d'ltat des Finances et
du Commerce; mais la Bnnque Nationale d'-Haili ktablis-
sement francais, dirig, a cette, epoque par, un ci-devant
alle.mand t s'arrangea. pour d6tourner ce coup.
En aoftt 4897, le Comite Schwerin, vaguement inform de
l'intentiorn probable d tiGouverneinent haitien de pr'n- dpr
au retrait du papier-monnaie anr mrn)yi d'un emprunt p)I-
blic, laissa entendre qn'il serait assez enclin A aider au






L'AFFAIRE LUDERS


succes de cette operation, si elle devait se faire en Alle-
magne, son beau-pere 6tant, A l'en croire, tin des plus gros
banquiers de Berlin. Je fis part de ses bonnes dispositions
au Conseil des Secretaires d'Etat et, comime l'action ,dn
Charge d'Affaires devait troe, en ]a circonstance, exclusive-
ment personnelle et privie, j'autorisai M. Edmond Ron-
main, que recommandaient des 6tudes appr6fondies sur
la ma.tiere et une entente parfaite de la langue allemande,
a conferer avec lIni sur le mode le plus convenable de prO-
senter l'affaire dans tin milieu pour lo moins iridifferent.
L'agent dipli min,-fii,- consentit volontiers A kcrire pour
furniiir des notes tres favorables sur le p.ivw,. ~t vitality, ses
resources, son administration sincerement r.'-fn'-ii aitri'-*.
II demand A cet effect A connaitre les grandes lines du
project d'emprunt et de retrait, en pro'nettrnt !e, ,vi.I. 11
eut meme, A cette occasion, un mot qui efit combl6 de.joie
M. D1sir Nisard, le partisan des deux morales : < Ce n'est
pas seulement ma parole d'honneur dp diploniate que je
donne, dit-il ingnmiment, c'est aussi ma parole d'honneur
de gentilhornmme. ,
II va sans dire qu'il assist A cette m4inpr-,iiiinant,
s6anee du e' octobre ofi le Cabinet affirms, In Clhamibre
des C niiiiiii et devant le people attentif sa resolution
de cmilribiwr de toutes ses forces et de tout son cemur a
une r',rpganisatliini toujours vainement attendue. Quand,
apres la lecture, d3s projects de loi, la foule se fut .coulbe,
le Comte Schwerin ne parutpas le moins MdifiN.
Cependant, par intervalles, dans ses entretiens au;, sujet
d(e 'emprunt, il apparaissait soucielu et akl',rbi'i LUne fois
mrnme, son front se roinorniit I'l,.-nnt qCe ce, ne fut pas
une indiscretion qau de s'ernqiirir de, la cause, de sa tris-
tesse. Alors, comme s'il n'attendait que cette, invitation
plus oun moinsdirecte, il se mit Afaire ses confidences: Lais-
sez-moi vous ouyrir mon coepur,, fit-ilavecun mi'lange d'ani-
mation et de d6couragement. Et il partit A fond de train dans
le rcit d'inoi scene que des allermands venaient de lui faire
f, I I I : 1! ; I r- *" 1 ., 6







74 -I'AFFAITE LUDERS

A propos de la detention de M. Luders.. Les reproches
6taient tombs sur lui dru come grele. On n'en revenait
pas de sa mollesse, de son indecision, de sa complaisance,
de son inertie, de sa longanimit6, de son parti-pris de fai-
blesse. Ah si c'ktait plut6t la Legation ambrioaine, qui
avait eu A intervenir, 1'affaire aurait Wtd vite r6gl6e et M. Lu-
ders serait d.ja lib6r6 et indemnis6,. comme M. Fr6edric
Mevs, citoyen des Etats-Unis, I'a Wt il.y a qnatre ou cinq ans.
De plus,. ses ressortissants se plaignent de la prochaine
conversion des titres de la Caisse d'Amortissement., Le
reste A 1'avenant. Aussi le Comte se disait-il aflreusement
d6sol6 et confessait-il que son 6tat d'esprit ne lai avait per-
mis d'ecouter que d'une oreille distraite la lecture d'nn
project de contract d'emprunt entire le Gouvernement haitien
et les banquiers berlinois.
Son interlocuteur dut J]i faire I'historique sans en
omettre les dessous -de la reclamation Mevs, que: es mar-
chands, devenus snbitement des amateurs de places et de
bosses, avaient cite A, I'actif de M. J. Durham, ancien Mi-
nistre-Resident des Etats-Unis d'Amirique. II l'exorta, an
demeurant, A ne pas prendre au tragique les dolances de
certain allemnands, menacs, dans leurs profits 4suraires
par les projects financiers du fCabinet. <( C'est cette politique,
insista-t-il, qui est la seule cause de leur m6contentement
. et de lear vive sollicitude pour M. Lenders. ) Et les
explications furent si precises, specialement sur les avan-
tages de la nouvelle measure relative aux tires de la caisse
d'Amortissement -- don't le cours, d4preci6 par la ,specula-
tion serait infailliblement raffermi par la garantie du paie-
menten or que le Charg6 d'A ffaires avoua qu'il ignorait
tout cela et conclit en secouant Ja tkte : ,. Qn a bien. rai-
son de le dire, qui n'entend qu'une cloche, n'entend qu'un
son. -
Quel just, grief pouvaient,: en, v6ritM, avoir contre- nous
les a banquiers D de la colonie allemande 4, Port-au-Prince?
Emigr6s d'une patrie impuissante a satisfaire leurs vastes







L'AFFAIRE LUDERS


app6tits, its s'6taient abattus sur cette Ile comine suir line
nonvelle terre promise. Appliqnant a lenr rapid enrichis-
soment toutes lenrs facult6s de prehension, tons leurs
instincts de rapines, tous ces proceeds d'accaparement
qu'invente et queperfectionneavec in art siconsomm6 'anu-
d(acieuse impudence d'un mercantilisine inoui, ils etaient
parvenus A chapter les principles sources de la richesse
mobiliere de ce pays. Ils n'avaient pas au moins la timidity
de leurs devanciers, des Nolthing, des Schiltze, des Sievers,
(de ceux-lA qui, venus les premiers, s'6l(ient mis sons la
protection de nos lois, qu'ils respectaient, et avaient gagner
lour fortune par un travail normal : pour eux, its etaient
plus press&s;ils avaient hAte de faire main basse, d'amas-
eor, d'accumnuler dans leurs coffres des sacs d'argent snr
Iles sacs d'argent, afin d'arriter la circulation monetaire, an
]noyen d'une impitoyable coalition, de paralyser les tran-
nactions generales, de soulever un vent de panique aboutis-
'ant A 1'amoncellement de mines incessantes, et; par IA, de
imposerr A I'Etat luojours prodigne et toijours besogneux,
tix particuliers guettes par 1'hypotheqne, au Commerce na-
innal jadis florissant, et devenu, grace A leurs manoeuvres,
e petit commerce ,.
Leurs comptoirs d'escompte, de prets, d'exportation,
Unsure, decontrebande- avaient poussA, com me des cham-
)ignons ve6nneux, A l'ombre de la Banque national. d'Haiti, .
(ndAe en 1881. Le terrain ktait propice et le moment, op-0
)ortun, car c'6tait l'heure des fatales divisions, des gronpe-
flnents monstrueux, des convulsions abominables. Je ne
,ais quelle demence s'ktait empar~e de la pinpart.et don-
'lit ]'impression que le pays etait trop ktroit pour tons les
infants d'nne mnme mnre. Cela tombait A merveille. Le
arnage ne pouvait etre que fructueux pour les (( capita-
stes ) anxquels. l 'Or du Rhin ) ne suffisait pas. Quelle
Onne aubaine Qnelle excellent occasion de picher en
Ing trouble Ne fallait-il pas, en consequence, attiser les
aines, colporter les mots d'ordre, fomenter les factions ?







L'AFFATRE LUDERS


Et il advint que, pour I'eternel malheur de ta Rpublique,
nos champs de batai[le- furent d'admirables champs d'ex-
ploitation ot ces-hommes de proie gagnerent meme en
perdant, grace a des indemnites de faveur.
Que de victims dans ces luttes insensees qui devaient,
comme dans une apotheose finale, toarner a la plus grande
prospri.t6 des ni-'ril'r- allemands !
Ce passant
.Fit sa fortune A I'heure oi tu versais ton sang,
a dit Victor Hugo d'un juif auquel ressemblent fort les The-
nardiers de la colonie teutonne.
Ce deplorable ktat de hoses 6tait destined survive an
Pouvoir sons lequel les haitiens semblaient avoir pris a
tAche de se diviser pour laisser regner les mercantis venus
de Hambourg on de Francfort. On sait que, dans les pre-
miers jourt de I'annue 1888, its pousserent 1'outrecuidance
jusqu'dA former des conciliabules pour d6cider quel serait
le candidate A la presidence qu'ils soutiendraient apres le
General Salomonr Les patriots s'indignaient de ces stup6-
fiantes immixtions dans notre politique interieure et il de-
vint n&cessaire de couper court A de tels agissements par
une mesnre d'expulsion, que je dus prendre lorsque, vers
la fin de sa pr&sidence, le G(neral Legitime. m'efit confiM,
en mime temps que le portefeuille de I'Instruction pu-
blique, l'interim du Ministre de 'Interieur et de la. Police
Generale.
Froiss6s dans leurs prerogatives de propagandistes sOrs
de I'imnpunitL, les valeiireux instigateurs de troubles civils
s'emurent, s'agit rent, processionnkrent aupris de leur Mi-
nistre-RWsident, l'honorable M. Grisebach, don't le sang-
froid d&routa leur tumultueuse demonstration, et finirent
par adresser au prince de Bismark, Chancelier de I'Empire,
une vehemente protestation qui fut classee. Des lors, leur
seule consolation fut d'insinner que j'execrais les strangers.
C'etait assez diflicile a faire accroire aprs certaines inrio-
valions que j'avais sugg6rkes a leur 6gard quelques mois







L'AFFAIRE LUDERS


auparavant, en Decembre 1888..Est-il n6cessaire, en effet,
que je rappelle que c'est sur ma proposition q'ue fut intro-
duit dans la Constitution du 16 DMcembre 1888 l'art. 8 qui,
supprimant la primitive distinction faite entire les strangers,
selon leur origine, les dOclarait tons habiles A devenir hai-
tiens ? D'autre part, on n'a pas dI oublier les efforts que
j'avais faits pour que la rbgle qui interdit aux strangers le
droit de proprikt6'i nmobilikre ne ffit pas maintenne comme
tn principle constitutionnel, mais plutot comme tine dis-
position do droit civil, plus ais6ment abrogeable en temps
et lieu.
Ce passage de mon rapport sir le Projet de Constitution
indique bien mon veritable sentiment:

Une question important et d'une d6licatesse extreme a attire et
arret6 longtemps notre attention. C'est celle de la condition juri-
dique des strangers en Haiti.
Nous avons &t6, il est vrai,unanimes A penser qu'il y avait lieu,
pour determiner 1'aptitude de l'6tranger A devenir haitien,d'ecarter
toute distinction reposant sur des classifications ethnologiques. Une
thlorie quelconque fondue sur la diversity des races serait irration-
ielle et aboutirait i l'6tablissement d'un privilege contraire aux.
donnees de la civilisation.
Nous avons 6t6 ainsi amenes a admettre que tout stranger .est
habile a devenir haitien, sous les conditions plus ou moins rigou-
reuses qu'une loi sp6ciale devra indiquer.
Mais le point capital de la matiere, le veritable siege de la dis-
cussion a 6t6 la question du refus du droit de propri6t6 immobiliere
aux strangers.
Un des commissaires a wte d'opinion que cette disposition dis-
partit de nos lois come contrevenant au principle du droit des
gens,et a fait valoir les considerations d'ordre 6conomique et social
qui, dans sa pens6e, devraient imposer Fadoption d'une telle
measure. (i)
Cet avis,.ge6nreux A coup stir, n'a pas 6t6 partage par les autres
cominissaires pour des motifs politiques d'une gravity exceptionnelle.

(I) C'etait le regrettO Monsieur Girard Labastille.







L'AFFAIRE LUDERS


Cependant une opinion interm6diaire a Wte produite par un autre
membre de la Commission, lequel a -discut6 l'utilit[ du maintien
dans la Constitution d'une disposition d6ja) consignee dans le Code
civil (art. 450), ou elle a sa place naturelle.
II a soutenu que c'est une.raison purement historique qui a fait
introduire dans nos premieres Constitutions un principle don't l'es-
sence,. comme celle de tant d'autres que la Commission a dd exa-
miner, est plut6t de droit civil ; que, pour s'en convaincre, il n'y
avait qu'a se souvenir que la Constitution de 18o6 est ant6rieure
de vingt ans au Code civil, et qu'il important, par consequent, it
cette 6poque, d'y placer les regles constitutives de l'etat des per-
sonnes come du droit de propri6t& immobiliere; mais que ce
qui 6tait logique alors est devenu superflu.
La Commission n'a pas mieux accueilli cette mani e de voir,
et elle a faith de la disposition restrictive des droits de l'Ftranger
t'art. 3 du project de Constitution.
II est certain, au surplus, que le maintien d'un tel principle dans
notre L6gislation se justific par des arguments de circonstance qui
ne manquent pas de justesse ni d'opportunit6. Cette question,
pour qu'elle pCt etre r6s.lue dans un sens favorable aux strangers,
eOt di rester assez longtemps i l'ordre du jour, la presse s'en fit
empair.e e" I'eit mise A l'e:ude, les himmes politiqus l'ei.;sent
discut6e et apprkciLe diversment, la nation 1'ekit envisage' sous ses
multiples aspects, et ce n'est qu'iL la suite d'une longue meditation
que le parlement .eCt kt6 autoris6 it la trancher d6finitivemrent. Mais
si Fon songe que cette grave d6lib6ration national' tait impossible
sous le gouvernement d'un home qui pr6tendait penser seul pour
tout le monde, il sera aise de se persuader qu'un suiet aussi con-
siderable n'est pas encore i terrine et manque jusqucici des condi-
tions n1cessaires, pour qu'il puisse etre agit6 avec fruit, d6battu
avec le cane et la maturity qui conviennent.
D'un 'autre c6t&, par suite des deplorables erfl.ments du pr&ec-
dent regime, Ie pciple s'est habitu6 A voir dans l'6tranger qui
sejourne en Haiti un indemnitaire ou; tout au momis, un aspirant
indemnitaire. En effect, it faut recon naii re que plusieurs de ceux
qui reqoivent ici la.plus franche !iospit.iliit sont trop souvent .es
fauteurs de nos discordes; dans un but d'exploitation forcenee, ils
se constituent les actionnaires .et les .usuriers des insurrections, et
comipe ils ont toujours une. reclamation au bout. de V'emeute on







L'AFFAIRE LUDERS


de Ia revolution, la faiblesse de la 'Rpublique on les d6faillances
des gouvernants semblent en faire fatalement les nourrissons de
nos-guerres civiles.
Devant de parcils pr'.:>1-, qui tendent a devenir traditionnels,
on penut craindre de bonne foi que la concession g6n6rale du droit
de propri6th immobilibre aux strangers ne soit pour les indeinni-
taires en expectative une nouvelle source 6ventuelle de revenues,
pr&lev6s sur les funds de l'Etat.,
Le souvenir des r6clamations produites en 1883 par des ci-devant
haitiennes proprietaires d'immeubles justifie entierement ces ap-
pr6hensions.
En consequence, avant d'arriver Ai une solution conforme i la
loi du Progres, it s'agit d'avoir une politique ext6rieurefernie etsfire,
qui provoque et facility l'application a notre pays du droit commun
des nations. La bonnefoi et la sincere amiti6 de nombre d'Xtrangers
recommandables et sp6cialement la bienveillance manifeste de la:
plupart des Puissances Etrangeres it notre 6gard nous permettent
d'esp6rer que cette tiLche ne sera pas aussi ardue qu'on pourrait le
croire, En tout cas, it depend de l'&tranger lui-mmre de hbiter, par
une attitude correct et conciliante, le moment o6 it nous sera
permis de lever la prohibition qui I'atteint.
Le proces de tendance que voulaient me faire des cons-
i'ir.i-iirs habitues A se croire francs de tout risque, tomba
do lui-mneme.
Cas intrpides plotiocrates se rattraperent au centuple
S-)us le Gfnral flip lyt- : le systrine des emprunts A ou-
trance, si cher anx administrations prodigues, ouvrit les
,', Ili-*., d'une dWbordahte corruption et fit d'eux A breve
keh6ance les maltres de la RWpublique, ran(oonn6e an-dela
doe touted expression. Les moyens don't ils se servirent pour
r p'ilr.' lenr formidable rapacity etaient a ce point denies
mde vergogne qu'on efit dit qu'ils s'ir..-.iiiient A corroborer
cet aveu de I'allemand Rose : << Les penples sont simples et
cunfiants quarid nous arrivons, perfides quand nous les
quittons. Do sobres qu'ils 6taient, nous les faisons ivro-
nRes'; de courageux, lAches ; d'honnites gens, voleurs.
Apr6s leur avoir inocul6 nos vices, ces vices mOmes nous
sOrvent d'argminents pour'les detruire. >







L'AFFAIRE LUDERS


Imm6diatement apres le remaniement minist6riel surve-
niu la fin du mois de Juillet 1897, il y eut un vif mouve-
rnent en faveur du retrait du papier-monnaie, car on avait
phis on inoins vent des r&,duilti,,ns du Conseil des Secre-
taires d'Etat. Les pr6somptions devinrent des certitudes
lorsque le public eat appris que, le 44 aofit, dans une r6u-
nion A la Banque Nationale d'Haiti, j'avais pressenti les
principaux porteurs de litres de la Caisse d'amortissement
sur un project de conversion de ]a Dette Interieure. On ju-
gea, non sans raison, que cette mnesure ne pouvait Otre
qu'une entree en matiere, qu'une facon de preparer, par
un mode d'allfgement prealable des charges de I'Etat, la
transformation de notre systeme mon6taire, donu les ra-
vages 6taient devenus ircalculables. Au fond, chacun 6tait
interess6 a ce changement radical,en raison des inqui6tudes
causes par la persistance dela crise, et voulait encore en tre-
voir un rotourdeconfiance Wtade credit qui r6;ul tat de la sta-
bi[itR des transactions el clu rabaissement logique d(i
change.
C'est alors que les q banquiers )) de la colonie allemande
feignirent d'entrer dans les vues du Gonvernement et pro-
voquerent' une sorte de consultation des commernants
t'Haiti, au moycn Fdune Adresse conque en ces terms:

A SON EXCELLENCE LE PRESIDENT D'HAITI ..
En son conqeil

.A LA CHAMBRE DES DEPUTY'S
ET
Au Sk.NAT DE LA RPUBLIQUE.

Les soussignes, n6gociants, marchands, industries, ktablis dans
cette ville, en presence de 1'6tat alarmant des affaires di unique-
ment aux fluctuations du Change, dkcourag6s de voir leurs efforts
paralysis par le systeme mon6taire actuel, apprenant que le Secr&-
taire d'Etat des Finances, Monsieur Solon M6nos, a pris l'initiative







L'AFFAIRE LUDERS


d'un project de retrait bas6 sur le prelIvement d'une surtaxe de
vingt-cinq pour cent sur tous les droits d'importation, persuades
que cette surtaxe, si elle est exclusivement affectee au retrait du
paper, ne peut avoir aucune influence f8cheuse pour les consom-
mateurs, puisque l'abaissement piogressif du Change que piovo-
querait le retrait aurait pour effet de r&duire le prix de revient
actuel des articles d'importation,
Viennent supplier S. E. le Pr6siderit de la Republique, Son
Conseil, la Chambre des DNput6s et le S6nat de prendre en consi-
deration les vweux qu'ils experiment ici de voir hater par tous les
nloyens possibles la realisation de cette oeuvre de Salut National.
Malheureusement, A l'insLant pr6cis onf ils nous jetaient
eette petition anx yenx, ils montraient que ( I'oeuvre de
salt national )) n'tait pour eux que la facon a plus.lucrative
de tirer leur 6pingle du jeu desastreux oft lenr manie de
speculation les avait entralnes et qui les tenait dans un en-
grenage impossible A arreter. C'est pourquoi ils conti-
nuaient A d6clarer que le mauvais 6tat actuel des affaires
eMait uniquement dfu aux fluctuations du change que ( le
seal remade 6tait le retrait du papier-monnaie et qu'il etait
du devoir de tons d'aider par tous les moyens possibles
le Gouvernement dans cette oeuvre de salut n, et ceux-la
qui n'ont jarnais song A faire le moindre don pour 1'em-
bellissement de ce pays oh ils se sont enrichis en si peu
de temps, ( s'empressaient d'offrir au Secr6taire d'Etat des
Finances tine some de cinq cent mille gourdes billets,
pour Atre imm.diatement affect6e au commencement de ce
retrait. ) Cette some portrait un int6rkt de un et demi
pour cent par mnois et serait remboursable au fur et A me-
sure de la rentr6e de la surtaxe de vingt-cinq pour cent. Et
ce group de commerqants s'engageait, dOs que les r6par-
titions mensuelles I'auraient covert, (( in mettre A nouveau
a la disposition du Gouvernement cette meme some aux
nm4mes conditions, jusqu'au .retrait inldqgral de tout le pa-
pier ( sic ) en circulation dans la R6publique ).
En d'autres terms, on avait vendu des traites A 85 o/o de
Prime contre des billets, de caisse don't on ne savait plus






L'AFFAIRE LUDERS


que faire et qu'on offrait en d,-espoir de cause au' Secr6-
taire d'Etat des Finances. Le ( group de commercants
se d6gagerait en ben6ficiant de 1'6cart inevitable entire le
taux du versement et celui du remboursemeht des cinq
cent mille gourdes,_ et, comme recomrpen e de 1'adresse D
de ces bardis calculateurs A sortie d'un rmauvais pas anx
d6pens d'autrui, le Gouveroement leur accorderait nn in-
teret annuel de dix-huit pour cent. Puis, un jour ou l'antre.
lorsqu'ils auraient allhg6 leurs coffres da trop-plein de bil-
lets qui les alarmait et les ( d6courageeit ), ils saisirAient
avec lear habilet6 ordinaire le premier pretexte venue pour
se delier de leur proiesse de versements, ultbrieurs, et
nous resterions avec le papier-mronnaie un peu moins
abundant .
Et le changement dou a systeme monietaire D, si ardem-
ment preconisR par ces < capitalists D en detresse, c'est-A-
dire I'objet m6me du petitionrnement general dont ils fai-
saient si grand bruit? II n'en 6tait plus question, comme
si, dans leur pensee, le seul retrait du papier-monnaie, ne
laissant dans la circulation que le' numeraire d'argent, de-
vait suffire A supprimer les capricienses e fluctuations di
change .
Le'Gouvernement, qui tenait A extirper le mal, aima
mieux dorner suite an project d'adoption de I'rtafon unique
d'or avec Ta minndie divisionnaire d'argent comme ap-
point.
Des que cette decision ei.t trnnspirO, la stUipenr et I'irri-
tatibn des alleniands ne connunrent plus de borne. Dividd-
ment il ne valait pas le diable, ce Cabinet qni, n'envisagehnt
que hl'til6 it g6n6rale, ecartait les captieuses propositions
d'interhL privW et allait jiisqu'A composer une Commission
de verification dos eTfets publics, d'hqmrmes d'tine rnoralit
et d'nne competence notoires, A commencer pa M. A. Tho-
by, l'haitien le plus verse dans les sciences plitiques. II
fallait se hAter de renverser ce Secretaire d'Eat des Fi-
nances qui, non content de rester insensible aux beauties
de leurs c')nceptions uisiiraires, se 'permettait en pleine







L'AFFAIRE LUDERS


mnrte-sai~sn. de fire face aix ddpenses des divers services
publics sans recourir a aicun emprunt. ( Car ce fuit pour
etix !a'nb'inali on de In desolation, le jour oA ils apprirent
que le. paiement dn douzinme d'anit s'effectuait : its ac-
courtrent A la Banque pour s'assttrer si elle n'avait pas pr0-
t1 de I'argent an (Goivernemnent sans lenr participation, et
ils firent navrs d'entendre la v6rit6. ) El IA-dessiis ils en-
,'rent '[ centre nous une effroyable champagne d'insiniua-
Lions et de chantage. M. A. Crepsac, Directeur de la Revae-
Express, venn un s:)ir d a la maison en c il L"- Ji.- de M. Ed-
nond Heratx, me raconta que M. Otto Bein, fond de
procuration de la maison G. Keitel & Co. et maridi depnis a
lne sour de NM. Emile Luders, ini avait dit : ( II paralt que
vois soutenez M. Solon M6nos ; en tout. cas, vous ne l'at-
taquez pas. Eh bien I je vous declare qu'il n'est pas notre Mi-
nil4re de. Finances. )
Pour moi, j'essnyai la mauvaise humenr de M. Luders
Ipr-a ors d'nne reunion qui ent. lien A la Banqiic Nationale
(I'Hai tile 24 Septembre. Je venais d'annoncer officielleinent
aix porters de tires des emprunts consolid6s 1'adoption
dl(finitive par les Chambres de i'affectation reduite a soi-
xanle-quinze centimes par cent livres de cafe, quand ce
( hauil banquier i se mit. brusquement A protester contre
lo tatlx de conversion des tires de la caisse d'amortisse-
imont, qie, d'aprps Inii, il n'avait accept an debut qu'4 In
condition que j'anrai. accueilli favorablement le project d'em-
prntl prdsentW par le ( groupe de commerant )). Je dus lui
'"'-nidro entire autres choses que ce n'6tait pas cette ques-
tion qui m'avait amenO et que je n'avais pas A divnigner ni
(' prit fin presque anssit6t et le protestataire imnpr6vn, au
' i1nmnt de se retirer,,me serra la main en disant familii-
rnment : t Sans rancnne, n'est-ce pas ? n
L'6v0nement a pronvO qu'il nourrissait, an contraire, tne
atroce rahcnne contre nn Cabinet trop genant' et qu'il ex-
citait et entretenait soignensement e field de ses compa-
triotes.






L'AFFAIRR LUDERS


La stance du ter Octobre A la Chambre des Communes
les d6concerta entierement, car il s'staient flattes de l'es-
pair--je ne sais sur quelle assurance-que le project d'em-
prunt et'de retrait tomberait A plat sons les sifflets et les
huLes d'un people m6fiant et don't le scepticisme pouvait
s'aggraver du souvenir d'une r6cente experience, et voila
que l'auditoire avait approuv6, applaudi, acclam6, et qne
ceux d'entre enx que I'attente d'nn charivari exterminatenr,
d'un chambardement general), avait attires dans l'enceinte
1hgislative, so vovaient obliges de s'en aller la mine d6con-
fite, apres avoir assist A in spectacle contrastant de tout
point avec la scene de violence qu'ils avaient escomptke
-par habitude. Comment! I'annonce d'une- politiqne de
r6forme n'Mtait done pas nn jeon? Ge n'etait pas tine pro-
messe pour rire qne celle de chercher A enrayer la crise
par les movens les plus sfirs, les plus prompts, les pins
d&cisifs? La reorganisation g6n6rale de Ia police L'installation
prochaine de I'Ecole militaire -en attendant la construction
de casernies Le recrutement normal de la Magistrature
assure par une noivelle loi sur I'lcole de Droit! L'agio-
tage reduit A sa plus simple expression par ilne mesnre
quidtable, impartiale, applicable A tons Et, cominmn $m-
ronnement, des propositions faites et dc-s mesntie. pt6p.
pour encourager I'agricnilture, pour favoriser J'industrie.
pour r6parer les routes publiques, pour provoquer des
explorations scientifiques C'en 'tait trop Alors on ne
pourrait plus s'enrichir du jour ml lendemain ? II etait ur-
gent d'en finir Vite A a la Lgation allemande !
IUs se presentrent devant le comte. Schwerin en plai:-
gnants et en accusateurs. TIs tnlient. menaces 'd'une odien-s
spoliation par suite de I'intention du Gouvernement hailien
de convertir en tires de soixante dollars les litres de la
Caisse d'Amortissemnent ( qui etaient remboursables en one
monnaie de plus en plus dtpr6ciee et ne valaient pins que
vingt-deiix dollars.) IUs avaient, A la v6rite, propose eux-
mnmes ce taux de conversion, mais puisque lenr offre de
cinq cent mille g')urdesA tin etdemi pour cent d'intbrots par






L'AFFAIRE LUDERS 85
mois n'avait pas Wte agr 6e, il n'y avait plus rien de fait.
Bien plus, le rernboursement, an change de 50 o/o, du
papier-monnaie ( grev6 just A ce moment d'une prime de
85 o/o) n'Mtait-il pas une reelle iniquity qui diminnait sen-
siblement le be 6fice qu'eWt product le retrait au pair? Et
par dessus le n.arche, M. Luders 6tait encore dMtenu !
L'attitude du Gonvernement 6tait intolerable, et pourtant
le Charge d'Affaires. la tolrait.! Dans ces conditions, c'6tait
une honte que d'etre allemand et l'on finirait bien par
deserter cette nationalit de mal.heur pour alleren corps s'ins-
crire A la Legation americaine, qui savait at moins se faire
respecter et prot6ger efficacement ses ressortissan ts. En at-
tendant, ils parlaient d'adresser nne petition au ,S6nat de,
la ville libre hanseatique de Hambourg. (4)
DjA ils avaient 6crit t New-York pour chercher'A p6nktrer
le secret des nOgo6iations relatives I'emprunt project.
Leurs mnissaires allaient et -venaient dans cette ville, fure-
taientchez les principaux banquiers, questionnaient, s'infor-
imaient, soufflaient la in6fiance contre la R6publique d'Haiti,
represent6e comme insolvable ou tout au moins d&loyale
Itns I'execution de ses engagements, et.par surcroit, A la
veille d'une revolution. Des telkgram mes discrktement lan-
es de Kingston annoneaient la catastrophe prochaine.
La press berlinoise, de son c(tW, etait vivement travail-
16e. La Gazette de Voss, qui s'intitule par autorisation
royale a La Gazette privil6giee de Sa MajestW ., disait ceci
lans Aon No 481, du 13 Octobre 4897 :

I'RADUCTION.


D'apr6s des nouvelles qu'on nous made de Washington, sous
a date du 24 septembre, de nouveaux troubles menacent d'6clater
plans la R1publique negre d'Haiti.

1' Le S(nat, aux terms de I'art. 22 lde la Constitution du 13 Octobre 41879,
'"Iresente P'Etat de Hamboury dans srs relations avec I'Empire d'Alle-
nage aet lea autres Etats allemands.






L'AFFAIRE' LUDERSt


Tandis que Hippolyte, le dernier pr6sidentr de la: Rpubique,'
r6frenait d'une main brt.iale les esprits r&alcitrants., en .emprison-.
nant ou exilant tous les suspects, Tir6sias,;Augustin Simon Sam,
son successeur, ne sait ienir tete a de. pareilles difficulties.
La pourriture d'un. favoritism, gn&ral.se prlasse Dartout, alors
que la decadence croissante du Commerce et de l'Industrie. contri-
bue a augmenter le m&contentemenx qui fermente dans les basses
classes de la population.
Lorsque Calisthene Fouchard fut nomm6 Ministre des Finances,
le people l'acclama avec enthousiasme, esp6rant qu'i imprimerait
un nouvel lain aux affaires commercials et industrielles.; mais le
President, pouss6 par la jalousie, le d6busqua et 1'envoya en exil.
Fouchard alla aux Etats-Unis se lier avec Stewart, I'adversaire de
Simo Sam et un pretendant A la pr6sidenhc d'Ha'iti ; tous les deux.
unissent leurs efforts pour inttiguer centre le :Prsident actuel.
Firmin,t le successetr de Fouchard a.u Minist&re des Finances, a
aussi donhn sa admission, et tes exactions du Gouvernement em-
brouillent la situation de plus en plus:
Les: commercants se refusent A avancer' de l'argent au Gouver-
nement, t, come les caisses publiques sont toutes. vides, ume
revolution parait imminent. Le Gouvernemeqrt a fait faire, dans
routes les provinces, des recrutements et s'est entour6 i Port-au-
Prince, pour se maintenir, d'une masse de soldats d6guenillts et
affim6s.
En meme temps, le Maire de Port-au-Prince ranonne arbitrai-
rement les commercants strangers de la ville et vetid, sous n'im-
porte. quel protexte, leurs marchandises, au profit de sa propre
poche. C'est ce qui est arrive A un citoyen amtricain et A un:,alle-
mand nomm6 Obermeyer. Le repr6sentant diplomatique de I'Emn-
pire d'Allemagne, interposant imm6diatement son autorit6 pour la
defense des inter6ts dudit Obermeyer, a demand au Gouvgee-
ment haitien satisfaction et dommages-int6rets.

De Port-an-Prince on envoyao, Tl'aI'ho ei, une Revue im-
portante de Berlin, les articles suivants :

Pas de respect pour le drapeau AUlleniand.
Il est vraiment triste d'etre, sur la terre 6trangire, aban4donp
de son gouvernement. Je sais er c'est it le plus deplorable t6-







L'AFFAIRE LUDERS


moignage contre notre Empire, qui a pourtant un Ministre-R&si-
dent ici que quelques allemands recherchent la protection du
consul ambricain, parce que A,' on peunt coinpter sur un r6gle-
ment rapide et brusque de toute alfhire: Si naturellement, comme
le faith I'Allemagne, on consider Haiti comme un veritable Etat
et qu'on.le traite avec des gants blancs en cravate blanche et
souliers vernis ,- I'Allemagne restera toujours sans prestige.
Ici, c'est le language du sous-officier allemand imports directement
de la caserne, qui convient, mnais pas de souliers vernis !
Haiti n'est pas autre chose qu'un morceau (( transplant de
1'Afrique. Envoyez-nous donic une fois des homes tels que Leist,
Wehlanan ou Peters come representants, et je veux etre damn6,
si on ne nous respect pas ici. (i)
Les Etats-Unis obtiennent tout ici. Pourquoi ? Parce qu'on
mene les affaires diplomatiques i coups de coude et qu'il est connu
que les navires de guerre americains peuvent arriver dans ce port
en trois ou quatre jours.
Nos repr6sentants s'arrachent tous les cheveux,, 6crivent des let-
tres innombrables, pleines de grand style, mais ils n'obtienrient
rien, car leurs instructions de la-bas prescrivent toujours : (< un
tapis vert, une perruque longue, pas de coup de tate a travers la
cloison .
Quand cela changera-t-il enfin ? ? ?.

Un sujet allemand maltraite en Haiti.

(I) LP tribunal disciplinaire pour les territoires placAs sous -le protecto-
't de I'Allemagne a recannu le Dr-Peters coupable des faits articules contre
ui et l'a condamne A Atre r6voqub de ses functions pour 4( avoir : 0o le pre-
mier oetotire.891, au Kilimna-Ndjaro, fait pendre sqns motifs un jeune .negre ;
muis, le 2 novembre. 1892, une jeune n6gresse; 20 en octobre et en novembre
1891, ouveft iniustem~int des hostilit6s contre le chef n6gre Malamia; 3o A la
ntme 6poque, fait appliquer des chAtiments corporels inhumains a trois jeunes
egresses ; 4o en oaivembre 1891, puis en avril *et juin 1892, adress6 des
apports mensongers & ses superieurs; 5o en 1892, abus6 de son autoritO en
lisant condamner. A mort un jeune nogre don't le seul crime Mtait d'avoir
atretenu des relations avec une des negresses de sa maison. >
1 PSat e type de representant que les allemands 6tablis en Haiti sou-
-Int* d'1WVktr 1. C'est, d'ailleurs, une admirable civilisation que celle qui,
,r la bn6gnitif de la punition, suscite .plut6t des mules aux Leist, aux
Vehiannn t nux Pkters.







L'AFFA IRI~ LUDERS


Le respect du drapeau noir,,blanc, rquge en Haiti ?

.. ,. V..... .. ...*. .. ,



Nous ici, sous le regime populacier d'une r6publiqile bouffe,
n'avons vu de navire de guerre allemand depuis 1892, bien qu'il
soit n6cessaire de montrer un peu de serieux l'orgueil croissant
d'heure en heure de cette r6publique noire.
Avec tes revolutions, incendies et' pillages xigantesques et obli-
gatoires, introduits ici, fortune et biens peniblement acquis passenw
souvent en flames et en fume. i
Toutes les nations obtiennent toujours, par l'intermrdiaire de
leurs repr6sentants respectifs, une rparaition du dommage cause
les r6clamations, meme longtemps apres, sont finalement payees
Seuls les allemands sortent touiburs les mains vides. On tiraill
leurs repr6sentants a droite et a gauche, car les noirs sont diplo
mates, on ajourned ls esp e rances et finalement l'affaire est enl
terr&e. (I)
On sait cela et on agit en consequence, 6ar la trinchante tfihirc

(I) Le redacteur a la inmmoire court ou no veut pas se souvenir qtii I"
atlemands ont te6 grassement indemnis6s ( A Il'occasion des 6vinem.n'-.i-
septembre 1883 ), car ils ont ea une bonne part de ia some de ciil'"
quatre-vingt-huit jnille quatre. cent .dix-huit pinstres, votee A ce propos pqri
Corps Lg-islatif, le 7 octobre 1884. M. Th. Luders 6tait membre des Commin
sions mixtes chargees d'examiner les riclamations allemandes, belges et fil
noises. Le 8 decembre 188', il fut accord une indemnity supplementirs'eI
treize mille piastres, don't sept millen A I[adame A. Gagtjens et six mille Ait I
dame Julie Eulalie Dejardin, 'pouse Theodore Luders ).
Une loi du 29 octobre 1885 reconnut aussi comme dette de 1'Etat, Pel
autres somrnmes,, celle de quatre-vingt dix-huit mille trois cents piastres, ill
quelle une Commission mixte avait Avalue les pertes faites aux Gonaiives |1'
des alleman Is, en aoUit 1879.
Un nouveau credit fut9 ouvert par lh loi du 19 ao6t 1~46 pour Ic w""l""
des int6rAts a 6o/o I'an sur le montant des reclamations admisea.
Ajoutons qu'en :18)5, in:i6pendamment des cent cinq mille teois cent q,
rante et une piastres payees pour I'affaire du o Gremon ),, des allemand la
des incidents. de la guerre civil de 1888-1889 auraient port preio li,- 0
obtenu des indemnites s'6l vant A la some de trente-cinq mille quatre C"
cinquante-six piastres, soixante-trois centimes.
C'est ainsi qie ces homes insatiable sortent toujours les main, vid'






L'AFFAIRE LUDEIS


de I'amiral Batsch est oubli6e depuis longremps.- On emprisonne
des Allemands sans la moindre raison, sans aucun d6bat, sans au-
cune decision judiciaire, comme des vagabonds que l'on ramasse
dans la rue. On rit, derriere la petite. main noire, des voltiges du
Ministre-Resident qui s'efforce d'arracher ses compatriotes des sales
griffes de la justice.
Si Americains, Anglais, Francais et Espagnols ne jouissent pas
de sympathies ici., car .le noir haira toujours la race blanche, ils
sont pourtant respects, leurs gouvernements etant toujours der-
riere chacun de leurs ressortissants. Nous autres allemands n'avons
pas mnime cela !
F J. Z. (Haiti)
Mark Twain a faith observer qu'il y a huit cent soixante-
neuf g,,ri,-* de mensonges, mais qu'un seul a 6t1 formelle-
ment interdit par les Ecritures dans ce commandement :
z Tu ne porteras pas un faux t6moignage centre ton pro-
Ahain. Ceperidanfla defenseprononcee par l'Ancien Testa-
ment semble n'6tre~d'aucun poids pour ces Germains qui, de
3ropos d6lib6r6, nous accusentsi faussement, pour empecher
a suppression des abus don't ils profltent sans ver'gogne.
Les m6contents ne devaient pas s'en -tenir la. Depuis
'liI-il'irs jours, ils cherchaient vainernent. dans leurs rangs
in'f crivainD qui fut capable .de r6diger en. un style
)lns ou moins presentable la petition au Senat de Ham-
)ourg. De guerre lasse, ils recoururent encore une fois
tu Dr R. Yahr, tonjours en disponibilit6 A la Conciergerie
it devenu une sorte de tabellion A leur service. UIs tir6rent
le sa torpeur ce factotum aigri et lui mirent la plume tla
nain, en lui promettant de se cotiser pour d6sint6resser
e cr6ancier & qui il devait son emprisonnement.
Voici le chef-d'oeuvre de ce cerveau malade:
PRODUCTION

Au haut S6nat de la ville hans6atique libre de Hambourg, les
oussign6s, allemands 6tablis A Port-au-Prince, se permettent de
Oumettre ce qui suit:


89






L'AFFAIRE LUDERS


Parmi les membres de la colonie allemande d'ici se trouve le
commercant Emile Luders, citoyen hambourgeois et fils de M 'Th6o-
dore Luders, 6galement un citoyen hambourgeois qui demeure ici et
fait parties de la raison social J. D&jardin, Th. Luders, et Co.
Lorsque Monsieur Emile Luders se rendit le 22 Seprembre 1897
au bureau de police, pour se plaindre de quelques agents qui, a
l'occasion d'une arrestation faite d'une faqon absolument contraire
a la loi, avaient p6nWtr6 dans sa maison, il fut accuse par ces mt-
ines agents de resistance a la force publique et de voies de fait sur
des fonctionnaires dans 1'exercice de leurs fonctions et condamn6
par le juge de paix, en vertu de l'article 44 de la loi sur l'organi-
sation de la police urbaine, a quarante-huit gourdes d'amende et
a un inois d'emprisonnement. Conduit directement du tribunal A
la prison pour subir sa peine, il fit appel du jugement par son
avocat, et cet appel fut accept par l'autorit6 comp6tente.
Comme, d'apres la consultation de Me Lespinasse, avocat de l'ac-
cus6, qui est reconnu ici comme la premiere autorit6 dans les af-
faires juridiques et qui, en quality d'ancien ministry de la Justice,
doit connaitre come presque pas un autre les lois du pays, ces
memes lois exigent en pareil cas la mise en liberty immediate du
condamn6, en attendant une nouvelle decision judiciaire, et com-
me la liberation de Mr Luders n'avait pas eu lieu, Me Lespinasse la
r6clama de l'autorit6 comp6tente. Ce moyen ktant rest sans r6sul-
tat, l'assistance du Ministre-R6sident d'Allemagne fut requise. Mr
le Ministre-R6sident, en vertu de la consultation juridique cite
plus haut, fit imm6diatement les d6marches n6cessaires, non sans une
grande nergie. Il sollicita, r6clama et finit par exiger cat6gorique-
ment la liberation immediate de son compatriot et prot6g6, en
faisant remarquer A lFautorit6 com.p6tente qu'il rendit respon-
sable de ce fait que Mr Luders, d6tenu contrairement aux lois
du pays, "arbitrairement dMtenu ,, selon le texte de ces lois, se
trouvait pourtant en prison. II y est encore aujourd'hui4, dix-huit
jours apres son arrestation et dix-sept jours apres l'appel interjete
et accept&. Sans vouloir entrer ici dans l'examen de la question
encore pendante, i savoir si Mr Luders est coupable ou non, nous
tenons a fire ressortir le fait clairement 6tabli et indiscutable que
voici: Un sujet allemand est accuse par les autorit6s d'ici, con-
damin6 et immn6diatement conduit en prison pour y .subir sa
peine. II fait appel, les motifs de cet appel sont reconnus suffi-
sants et de nouveaux d6bats sont consentis. La premiere autorit jiu-






L'AFFAIRE LUIDERS


ridique du pays prouve par des textes de loi que l'acceptation de
Tappel exige et a pour consequence l'interruption de la peine et la
mise en liberty provisoire du coidamn&.
Et, avec ces donnees en mains, le Ilinistre-R6sident, appel6 au
secours, ne peut, malgr6 ses grands efforts et son attitude tres-
6nergique, obtenir la liberation du' sujet allemand d6tenu ill6gale-
ment. Comme notre l6gation dans le cas present n'exigeait au-
cune prerogative pour un stranger, mais seulement la strict ap-
plication des lois du pays a un de ses habitants, nous devons con-
clure du refus oppose a cette demand r6it&re et faite de la facon
la plus pressante, que, d'une part, les aurorits-.d'ici croyent pou-
voir v.iolenter imnpun6ment un allemand, et que, d'autre part, la
legation allemande n'est pas assez puissante pour les en emp6cher.
Cet 6tat de chases est contraire a l'honneur et a la grandeur de
la nation allemande et comporte un grand danger pour notre li-
bert& personnelle et nos int&rets!
ECt ces int&rets tie sont pas sans importance.
Paroni les colonies 6trang&res d'ici, la colonie allemande est la
plus grinde et la plus important de toutes, 'le haut commerce,
l'industrie et les. capitaux se trouvant en majeure parties et dans
une proportion tres considerable entire des mains allemandes. Mal-
gr6 cette circonstance, nous allemands avons acquis l'exp6rience
que nous sommes plus exposes aux empiktements et aux violence
que, par example, les Anglais et les Americains, auxquels on re-
connait ici une aur6ole d'iriviolabilit6.
Comme, ces agissements tres-prejudiciables et si dangereux pour
nous ne peuvent provenir que du fait que, dans des cas antbrieurs
de mnme nature, les personnel le6ses et violent6es, appartenant A
notre nationality, n'avaient pas obtenu de qui de droit une pro-
tection et une reparation suffisantes, nous, soussignes, prions le
haut S6nat de faire valoir sa puissante influence aupres du Gouver-
"ement atlemand, pour qu'a nos compatrioteq qui sont d6tenus
contrairement aux lois,. soient accord6es une 6clatante satisfaction
et une complIte reparation. Si un procide ,,:ifi dans ce cas vient
de.monfrer, que nous 4llemands trouvons egalement une puissante protec-
tion contre l'injustice itrangdre, si les suites de l'empidtement actuel re-
tonbent lourdement sur ceux qui en ont 't& les auteurs, alors nous nous
verrons aussi, nous Allemands, disormais h convert de pareils dangers.
Nous avons d'autant plus instamment besoin de cet eminent et






L'AFFAIRE LUDERS


prompt secours du Gouvernement de notre lointaine patrie que sa
representation ici, la Legation allemande, malgr& la meilleure vo-
lont6 du monde, n'est pas assez puissante pour nous accorder une
protection efficace. Si un Allemand d&tenu contrairement aux lois
doit attendre en prison sa liberation du lourd m6canisme de .la
Justice locale, il :court le risque de n'en pas sortir en vie, car un
s6jour prolong& dans la prison d'ici implique un danger pour la
vie de tout europeen. Du reste, on ne peut pas esp6rer qu'on
fera valoir ses droits au forum de la Justice haitienne. Si, en
Orient, la religion permet 'au Mahomntan de d6poser faussement,
meine sous serment,. centre ceux d'une autre croyance, fait don't la
consequence dans ces pays a it l'itablissement de tribunaux spicihux,
de la jurisdiction consulaire, de mime ici, c'est la haine de race qui
pousse le ngre h de faux timoignages et vous livre ainsi, sans defense,
nous strangers, nous europiens, l'arbitraire, des tribunaux. La lega-
tion d'ici doit en.pareil cas Rtre en measure d'obtenir la liberation
immediate du d6tenu. Que cette faculty appartienne aux repr6sen-
tants d'autres nations, c'est ce que nous avons vu bien souvent
d6ja, et encore il y a. peu de jours, lorsque le consul anglais ob-
tenait sans jugemnent, sans d6bats judiciaires, la liberation d'un su-
jet anglais qui,: soupqonn6 d'homicide par negligence, ktait d6tenu
pr6ventivement d'une facon tout-A-fait 16gale par les autorit6s haf-
tienncs.
En consequence, afin de trouver A l'avenir pros de notre LUga-
tion la mine protection que celle qui est deja assure aux sujets
d'autres nations, nous Allemands soussign6s prions le haut S6nat
d'agir aupres du Gouvernement allemand, pour que la Lgation
d'ici soit munie de pouvoirs plus 6tendus qu'auparavant, car ceux
qu'elle a actuellement ne se sont pas montr6s suffisants dans le cas
present. Si nous adressons cette demand d'appui et de mediation
au haut Senat de la ville hansdatique libre de Hambourg, la rai-
son en est qute, d'un c6t&, le cas actuel concern directement un
citoyen hambourgeois-et que, d'un autre c6t6, la plupart des pro-
pri6taires de maisons de commerce allemandes ktablies sur cette
place se rattachent A Hambourg soit par. leurs. racines memes, soit
par leurs principles relations. Or, il resort des faits d.crits ci-
dessus que LA VIE ET LA PROPRIATA DE CITOYENS IAMBOURGEOIS
SONT PARTICULIkREMENT MENAC S,
Esperant que le haut S6nat voudra consider notre suppliante







L'AFFAIRE LUDEIfS


requete avec bienveillance et lui accorder une solution favorable,
nous signons respectueusement et humblement;
(Suivent les si,,aIi,,c, Jle tous les allemands etablis au 'Port-au-
Prince) .

La piece fut signed et'\i,':li.. dans Io pl,,ii. rand se-
cret, car ( ces bonrs all]Hmind, ) voulaiernt,-bien ',i:iiliniii-r
a nous faire risette, tout en' appelant de leurs:voeux !notr6
aneantissement. ( 'II farit bien*faite. honnear son, nom:, '
dit Friedrich Nietzsche' : n ne 's'.,ippl,.I pas impurmnemnt
dan tiusche Volk,' da.q Tauwche Volk, -*. le: p'Ipli qui
trompe.
C'estle 150ctobre queje connus l'\i,-nc,:- de cette peti-
tion. M. August Ahrendits, avec, qui j'avais des rapportss
tres cordiaux, 6tait venue, sous .une pluie battante, rne voir
ce vendredi, a sept heures du soir. II1 avaitl rommenc6
par me dire qu'on avait 6crit a New-York ponr, s'a ssurer
s'il y avait reellement des preneurs fermes pour Ie pro-
chain empruat bt queles correspondents des banquiers
('ici -avaient r6pondn -qu'ils ignoraient cette affaire.
J'ai pris mes precautions pour ne pas Otre d6jou6,
avais-je reparti.
LUI.- Pensez-vous recevoir les fonds breve 6cheance?
MOI. Si la loi est vote ce mois.-ci, le retail du papier-
monnaie commencera en Janvier 1898.
LUI. -- Je comprends que, c'est se livrer A une mauvaise
plaisanterie que de demander que le retrait se fasse an
pair. Personne n'a jamais compt6 ]A-dessus ( except pour
les series tires au sort en Ayril de I'ann6e passe ). Mais
pouirquoi ne pas y proc6der sous forme de vente d'or au
ours du jour ? On ne pourrait trouver A redire zi ce genre
(Iop~rations.
MOI.-- Le systeme aniqel le Gouvernemnant s'est arrt(.
a l'avantage de cooper court. la speculation sur le change
du papier-monnaie et, par consequent, de prevenir une
Perturbation incident et des insinuations que provo-
'Iltrait in6vitablement le mode don't vons parlez. Le taux






L'AFOAIRE LUDERS


adopted est la inoyenne des dix-huit derniers mois: .il n'a
done rien d'injuste.
LUI.- A propos, ((on D a sign une protestation concer-
nant Emile Luders. Ce n'est pas s6rieux. Tout le inonde
le connalt. C'est on garcon dsagreable. II n'est propre
qu'A monter A cheval un jour de earnaval, en habit A queue
de mortie, pxur so dehaicher A la tote des sbandes, de
masques. Sa conda'nnation est s6vre. Soit! ce n'est rien !
Seatlement ((on)) veut aussi se plaindre de la partiality de
]a police A l'occasion d'un vol commis cette semaine chez
Bein et Stude. Le voleur a Wte retrouv6. II portait une des
chemises soustraites, et pourtant il a Wt. taiss6 en tibert&.
Cela est plus grave que la condemnation d'Ernile Luders,
qui est un mauvais coucheur.
MOI.- C'est tin faith que mon collogue de l'Interieur
ignore certainement, car il n'aurait pas h6sit6 t infliger an
chatiment exemplaire A ces agents de police, en admet-
tant qu'ils aient Wte aussi peu soucieux de fleur devoir.
D'ailleurs, d6s que la pluie aura cess6, je ['en inforinerai
par le telephone.
J'avais Wte, durant nombre d'annees, I'avocat de M.
Ahrendls. Le dernier proces d'ofi il 6tait sorti definitive-
ment triomphant I'avait mis aux rises avec un de ses
compatriotes, M. Bosselinann. Dans le course de son entre-
tien avec moi, j'etaiA loin de me douter qu'il avait appos6
sa signature A c6t0 de celle de son adversaire, str un
factumn ob 6tait dnoncee negre a livrer les strangers sans defense a l'arbitraire des
tribunaux haitiens ,. (i)
Le Charge d'Affaires d'Allemagne no voulut pas rester en
arrifre de ce beau movement oft il entrevoyait (des polr-
voirs plus ktendus qu'auparavant,. M. Luders raconte

(1) 11 s'est confinrmn que, depuis lors, Mi. Bosselmann a obteau tine in-
demnite pour avoir succombB dana ce process. Ce quP voyant. AM.renl4ts
declare qu'il regrette d'avoir eu gain de cause, car sa condemnation lui
eut rapport an profit de cent mille dollars par la vote diilomilipiu .


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