Refutation du projet des Amis des Noirs, sur la suppression de la traite des négres & sur l’abolition de l’esclavage dan...

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Title:
Refutation du projet des Amis des Noirs, sur la suppression de la traite des négres & sur l’abolition de l’esclavage dans nos colonies: by M. de Saint-Cyran, (2)+4-51p
Physical Description:
Mixed Material
Publisher:
(Paris), Imp. de Devaux, 1790.

Notes

General Note:
4-tr-St.Cyran
General Note:
U.Fl.-Mangones Collection extract

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Source Institution:
University of Florida
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LLMC31448
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REFUTATION


D U


PR O J


E T
hP'P,
Pt "'


DES


AMIS DES NOIRS,


S U R la suppression de la traite des ndgres
& sur l'abolition de l'esclavage dans nos
colonies.

PAR M. DE SAINT-CYRAN, capitaine en premier
au corps-royal du genie, employed depiiis
plusieurs annees dans les miles angloises et
frangoises de l'Amerique.


1790.


I
j
a


















1'1
i

t










REFUTATION

D U. P R J E T

.DES


AMIS DES NOIRS,

SUR la suppression de la traite des ndgres j
et fur l'abolition de 'esclavage dans nos
colonies,.

DANS des temrs cal-nes, et quandl'effervescence
inseparable de la revolution actuelle permettra
des r4flexions froides et tranquilles, on ne se "
rappellera qu'avec etonnement,. que des ecri,.
rains aient pu fixer I'attention publique et trouver
des partisans, n proposant, a la France, sous un
voile de justice et d'humanite, d'echanger, sans
Recessite, sans retour et a plaisir, ses richesses
et sa puissance, centre un etat de foiblesse et
de pauvrete, auquel trente annees de la guerre
la plus malheureuse, combinee avec tous les
A 2


--- -- --"' --' abltdJao~a~l~l~8aan?~.~:~e*~'~
--









autres genres de. calamity, ne pourroient la r-&
duire.
On va cependant se convaincre que telle est
la consequence n6cessaire des idees avec les-
quelles une multitude de gens oisifs,peu instruits
de ce qui concern nos colonies et notre com-
merce ou disposes a acheter la ccldbrite a tout
prix; de philantropes, que nous devons sans
doute considerer come des fanatiques de bonne-
foi, malgre l'opinion et les apparences contrai
res, ne cessent d'echauffer les esprits dans cette
capital; elles out fomented dans des tetes exaltdes
et disposees a se livrer sans examen a tout
sentiment favorable a la liberty. Ces brits ont
passe les mers; nos colonies sont menacees de
subversion; les negocians frangois livres aux
plus cruelles inquietudes, sur des sommes iun-
menses qui leur sont dues par les colons, et sur
les ivc:nemens fiturs, suspendent leurs arme :
means, et il est difficile d'evaluer la perte qu'oc-
casionnent deja a notre commerce res rumeurs,
qui sembloient n'C tre destinees qu''t couvrir leurs
auteurs de ridicule.
On a deja prouv6 plusieurs fois que i'etat des
esclaves, dans nos colonies, est moins dur, habi-
tuellement, que celui des journaliers en France ;
qu'ils out sur-tout, pardessus ces derniers, l'avan-









tage d'etre soignes dans leurs infirmities et leur
vieilesse, et que la nourritare de leurs ,mmies
et de leurs enfans y est assure; qu'excepte aux
heures de travail, ils jouissent d'une liberty par-
faite ; qu'il n'en est aucun qui ne possede une
mason et de's terres pour lui et les siens, qui n'ait
des poules, des cochons et d'autres proprietes,
toujours soigneusement respectees par le matre;
qu'un grand nombre d'entre eux n'ont jamais
connu la plus legere punition, et remplissent
leurs devoirs avec attachment et fidelity; qu'ils
chantent presque tout le jour, et s'assemblent
pour danser, au moins deux fois la semaine,
souvent pendant la.nuit entire ; que les jours
de fetes, ceux qui ont la moindre industries pa-
roissent dans tes bourgs, habilles trs-eleganm-
ment: qu'ils se donnent frequemment, entire eux,
des diners en r~gle; que leur noces sont somp-
tueuses, ainsi qu. leurs convois funebres, et
qu'enfin la plupart seroient infiniment suipris,
s'ils apprenoient ce que des phiiosophes pari-
siens racontent de leur etat. On pourroit ajouter
que l'Afrique ayant, dans tous les tenms, ete'dans
l'usage de vendre ses habitans, ou ils demeu-
reroient dans un esclavage plus dur dans leur
propre pays, .si les europeens ne les venoient
point acheter, ou ils seroient vendus sur la cote
A 3-
I .


_~~I








[6]
orientle d'Afrique et dans une grande parties de
F'Asie, contrees qui, depuis la culture d'Ame-
rique, ne peuvent plus s'en procurer une quan-
tite suffisante, a cause de leur trop haut prix;
ou enfin, ils continueroient de vivre sous la ty-
rannie despotique des princes Africains,que tous
les voyageurs nous depeignent come l'oppres-
siojn la plus cruelle,

Mais je me dispenserai d'insister sur ces mo-
tifs et sur plusieurs autres qui ont 6td allgues,
quelques foits qu'ils puissent etre, pour dimi-
nuer la d6faveur de l'esclavage etabli dans nos
colonies; sans doute on a peine A concilier cet
etat avec tes principles du droit natural, et si les
plus fortes raisons de necessitA politique ne peu-
vent dispenser une nation de proscrire toute
institution contraire a la theorie djune morale
rigoureure, si elle doit s'y determiner, mnme
quand cette infraction n'aggraveroit le sort de
qui que ce soit, & qu'au contraire ceux qui au-
roient le droit de r6clamer contre elle, devroient
en redouter le redressement, et trouver -&rs a
la place d'un malheur imaginaire les maux les
plus reels, nul doute que le roi ne dive s'em.pres2
ser de suivre le conseil mentionn6 dans le journAal
du comte de Mirabeau, de fire afficher sans delai,




w *


7 )/



S 7 7:'
la declaration des droits de Phomple, dans tous
les coins de nos miles.
J'objecterois envain, que le premier effect de
la liberty accordce aux negres,, seroit le massacre,
general des blancs et des gens de couleur libres;
que la culture de nos ties seroit abandonnee, et
qu'il en resulteroit pour nous un desavantage
annual de plus de deux cens millions, 4ans la
balance du commerce, soit en raison des den-
rees coloniales, que nous cesserions de vendre
a l'etranger, soit pour celes que nous achete-
rions de lui; qu'ainsi notre numeraire sortiroit
.0-
entierement du royaunie; que toute les provinces
maritime, et une grande parties des manufac-
tures et de la culture interieure seroient ruinees;
que uos matelots. actuels seroient obliges de di-
riger leur industries vers d'autres pays ou d'autres
occupations, et que notre marine militaire, don't
la d@pense trcs-considerable nauroit plus d'ail-
leurs, a beaucoup dres, d'aussi gjds objets d'u.
tilite, s'arnnantiroit, et bientot avy elle, le rested
de notre commerce par mer; que nos c6tes se.
roient impunement insultees, que los negres eux-
memes, aprcs avoir extermint les blancs., in-
capables d'etablir entire eux aucune police, s'entre-
egorgeroient, et que ceux qui survivroient, se.
roient bientot reduits de nouveaux en esclavage,







[ ] 8j
par des puisSances moins scrupuleuses; qu'enfin
nous ne pouvons mieux fire que de suivre
I'exnmple des Anglois et des angiq-Americains, ,
qui out cru devoir restreitidre, a cet regard, I'apa
piication de leurs principles sur cette liberty,
don't ils se montrent d'ailieurs si jaloux.
On auroit droit de me repondre, qu'il est moins
odieu, de voir cinquante mille oppresseurs mas-
sacres, avec leurs femmes et leurs enfans, que
I'oppression de cinq cents mille hommes conti-
nuee : que .la suiret'e u royaume : quelques cen-
taines de millions par an et Pavantage de voir
feurir la marine, I'agriculture, les manufactures
et tous les genres de commerce, sont pays trop
cher par une injustice; que si les ncgres devenus
libres, s'entredftruisent, ce sera leur faute.; que
si des puiisar cej 6trangeres les remettent squs le
joug, la n.ationl franchise s'en lave les mains, et-
quanta examplee des A.glois et des anglo-Am-
ricains, que *ils devons le suivre, -en posant,
come eux bonds principes de constitution,
et l'abando ier quand ces peuples s'ecartent des
justes consequences qui en derivent.
Ce n'est donic pas pour les partisans d'une
morale si intraitable que j'ai cru devoir entrer
dans ces details mais pour ceux qui, penetres *
.du desir de voir reparer, autant qu'il est possible,







[9"]
ies injustices publiques et particulieres, pensent
cependant, d'apres l'exemple de tous les peuples,
et I'experience de tous les teams qu'une sageso-
litique peut quelquefois se trouver dans la neces-
site de fire entrer en balance des advantages et
des abus; qui savent que les moyens de pros-
perite et de stiret6 des diff6rentes nations, re-
posans presque toujours sur les rapports qui
existent entire elles, un people ne doit pas corn-
promettre de si grands intrets en entreprenant
seul de changer ces anciennes relations, d'apres
des idees extravagantes de perfection, pour ceux
qui, sur-tout, sont bien loin d'imaginer qu'une
nation uniquement par d6licatesse de cons-
cience, doive s'exposer aux inconveniens les plus
affreux., et renoncer ia d'immienses avantages,
pour le redressement d'une injusice, sans que
ceux qui en sont les victims, doivent eprouver,
par ces sacrifices, aucun adoucissement dans leur
sort: on a dit, il y a long teams, que les etats
e' se gouvernoient pas avec des chapelets, on
peut ajouter qu'une ancienne monarchie, riche
et corrompue, ne peut etre reform6e d'apres
les principles metapliisiques d'une morale alamn
biquee.
Je viens de dire que, si par quelque evene
ment que ce soit, les ngres de nos colonies s
*








[10ro 1
trouvoient en pleine possession de leur liberty ,
le premier effect qui en resulteroit, seroit le mas-
sacFe des blancs; car, sans parler du ressenti-
ment don't on doit supposed plusieurs de ces
esclaves animes contre eux, leur genie gros-
sier ne les emplchera pas de voir que la ruine
absolue de leurs mattres est li suite d'un l vel-
nmient aussi inconceivable, et sur lequel ils au-
* ront peine a croire le t6moignage de leurs pro-
pres yeux; iUs ne pourront douter que ceux-ci
ine fassent t6t oa tard leurs efforts pour amener
line revolution contraire et jamais ils ne se
croiront libres, aussi long -temns qu'ils verront
un blanc dans leur ile. Devenus independans,
f franchis de la police severe des habitations,
'pouvant s'assembler, confirer ensemble, se trou-
vant cent tontre un dans les campagnes, its
forceront les colons, qui pourront echapper a
leur furcur, chercher un premier asile dans les
fortresses, abandonnant tous leurs biens au pil-
hge. Envain les foibles gainisons qui les occu-
pent actuellement, tenteroient de remettre l'ordre
parnmicette multitude effr~ene, sans proprietis,
sans moyens de subsistence, sans loix ne con-
noissant d'autre 'subordination que celle de I'es-
clvage, et dans cette occasion, toujours pleine
de defiance 1i la vue d'un blanc; et quand ces

i








[ II .
garnisons seroient plus- consid6rables, elles n'y
reussiroient qu'en exterminant ces nouveaux afr.
franchise, ou eanles reduisant de nouveau en ser-
vitude.
Sats-doute cet evenement auroit d'autres sui-
tes; on sait quel advantage nos miles et les etats-
unis de M'Amirique, retirent de leur commerce
reciproque; il est borne, de la part des colonies,
A leur vendre & a acheter d'eux, ce qde la mire-
patrie, ne peut, commodcment fournir ou re-
cevoir. Ces sortes de negociations sont d'autant
plus precieuses aux Anglo-Am6ricains que. de-
puis leur revolution l'entree des lies angloises
leur est interdite; & rlon ne peut douter que, s'ils
parvenoient a jouir librement du commerce de
ijos lies, ils ne dussent etre comptes, dans pen
d'annees, paimi les premieres puissances du
monde. Ce seroit done ai eux que nos fugitifs
pourrient s'acdresser; i pprenez, leurs diroient-
ils, que nous avons tout perdu en un instant; nos
frires ont ete massacres; nos femmes et nos fil-
les, reservees a l'infamie, sont reduites a envier
leur sort; apprenez que, cpmme nos .pcres se
sont entire tues pour des querelles theologiques,
nous sommes extermines d'apres des stbtilit's
de morale, et que les poignards, aiguises autre-
fois en France, par les pretres, le sont aujour-







[i2]
d'hui par des philosophes, npn moins fanatiques
qui enront armed nos esclaves ; venez nous aider a
recouvrer tout ce qu'e les hommes ont de plus
cher, et en change de ce bienfait, recevez de
noris l'avantage du plus riche commerce de l'uni-
vers -et que notre patrie a toujours meconnu.
Qui peut outer que la pitic, la reconnnois-
sance, l'inmtret ne dissent accueilllir cette demand
avec transport, par ce people de soldats, et que
bientot les ncgres dejai diviss entire eux, man-
quans de subsistence, mal arms, fatigues de la
plus effroyable anarchie, ne fussent obliges de
reprendre leurs fers ?
Nous venons de supposed les negres en pleine !
possession de leur liberty; rmais, veritablement,
nous avons peine a concevoir comment ils pour-,
roient se la procurer, mIme en la supposant,
contre toute possibility, prononcie par un de-
cret sanctionni, rendu au gre des amis des noirs,
car sans doute on ne se ffattera pas de trouver
les colons disposes a s'y conformer amiablement,
et c'est encore une idie folle et cruelle ,d'imagi-
ner que les negres pourroient alors s'affranchir
eux-memes de l'esclavage, come s'ils n'y etoient
demeures jusqu'ici que faute d'un decret: sans
doute il en pourroit resulter une effervescence
dangereuse, et don't on a deja vii des etincelles








effrayantes, mais qui seroit certainement eteinte
dis que les maitres, sacrifians au soin de lyr su-
retd, et a la conservation du 'reste de leur for-
tune, le prix de ces esclaves, et leur compas-
sion pour ces malheureux, se resoudroient, en
cedant a la plus imp6rieuse necessity exter-
miner une parties des revolts, don't le sang crie-
rqit a jamais vengeance centre les atiteurs de ces.
maux. II faudra done se determiner a fire ac-
compagner cette nouvelle loi par 20 vaisseaux.
de guerre 5oo navires de transport et 30 mille
homes de dbarquement; on ne peut douter
qu'il ne se prCsente en foule des officers de la
marine, des matelots et des soldats, qui, pleins
de respect pour les speculations de nos philan-
tropes, toujours soigneusement 6loignes du pe-
ril, s'empresseront d'aller verser leur sang dans
une guerre civil, qu'ils regarderoient come la
plus absurde injustice de la part de la matrople,
s'ils n'avoient fait I~abandon de toutes leurs. iddesi
Le C. G. fera la benddiction des drapeaux de.
cette croisade, et protnoncera, avec son onction
ordinaire, un discours dans lequel il asstirera des
couronnes civiques on les palmes du martyre,
a ceux qui travailleront a conquerir a la lib t:<,
ces bastilles americaines, ces terres depuis ;i
long-tems souillees des'crimes de ces infames







colons, de ces sclerats, de ces negrophages I
mais de leur cote, les Anglois verront-ils pour
la preeibere fois spns une inquidtude veritabic
ou affected, de si grands armemens qui pour -
roient mernacer leurs miles d'une invasion ou de
la contagion noh moins dangereuse des opinions
philantropiques et ne paroltront-ils pas aussi-
tbt que nous dans cet archipel, et avec des
forces 6gales ? au milieu de ce tumult que
deviendront nos colonies, en supposant n-imm
qu'elles aient-attendu jusqu'alors a prendre leur
paiti? c'est ce qu'il n'est pas difficile de deviner.
Quant a nos provinces maritimes et manufac-
turibres, ce qui comprerid a peu-pres tout le
royaume, lisez seulement les addresses qui arrivent
de toutes parts a ce sujet, et notamment celle
de la ville de Nantes; informez-vous de ce
qui Ae passe en Guyenne, et prevoyez les
troubles et les commotions 'ui vous attendent,
.commotions capable de porter atteinte a la
revolution si heureusement advance : car, comme
les maladies contagieuses se d&clarent'le plus
souvent et sont plus dangereuses dans les lieux
oi beaucoup d'hommes sont rassembles, de
mIme, c'est i Paris seulement que cet enthou-
siasme, qui seroit ridicule, s'il n'etoit atroce,
a 4te transplant de Londres, oiu il n'avoit
Y.,S PY irOY nirra. (1 bla~ nr.,








pour objet que la suppression de la traite, et
a former une secte dans laquelle les provinces
ne se sont point fait- initier; reduites au sens.
4 ordinaire f nature, elles sont incapable d'at-
teindre A la conception trop relieve que la
France doit abandonner ses colonies; et ce nest
point non phis chez elles que les disciples illu-
minds du docteur Quesnay, et le baquet de
Mesmer ont fait fortune: mais qwelqu'absurde
que soit le system des amis dos noirs, I'on
peut croire qu'il ne sera pas classes parmi ces
sortes de folies ephemeres, et ils ne peuvent
se flatter d'etre regards seulement come
extravagans,, lorsque leurs projects sont prici-
sement les memes que s'ils otoient dirig6s par
nos ennemis strangers, ou par ceux de la revo-
lution, et qu'on -Is voit travailler A decouvert
et avec ordre, et conduit A la ruine et A Ia
desolation de cette monarchie.
Et qui pourroit meme assurer qu'au milieu
du trouble et des craintes que ces bruits excitent
dans nos colonies, pendant qu'une secte de
fanatiques insens6s, et pe-t-etre une ligue d'en-
nemis pwblics,profitans de ce moment d'ivresse,
fait des efforts inconcevables et don't on ose a
peine imagine le motif, pour en devouer les
babitans a la proscription, en armant contre







fx6)
eux l'opinion publique, si puiSsante dans les
circonstances actuelles, si aisee at garer, et si
dangereuse sur cette maticre: pendant que ces
pretendus philantropes interpretent ahautement
les decrets de l'assemblee ilationale, comme Wn
arret de ruine et de mort- prononce contre les
Colons, lorsque ces assertions si appropriees
aux dispositions actuelles sont adopt6es avec
avidit6 par une multitude de citoyens passionn6s
pour toute liberty et auxquels ii est come
impossible d'approfondir cette question; qui
pourroit, dis-je, assurer que les habitans de
nos miles osassent attendre les extr'mit's doni
on les menace, pour se better dans les bras
-qui leur sont ouverts en leur offrant totes
sortes d'avantages, et ne fissent ceder a la
crainte de tois le mnalheurs reimniq leur atta-
chement connu a la mere patrie?
Vous combattez des chimcres, me dira-t-on;
jamais il n'a pu .t'tee question d'abolir totit a
coup l'esclavage,- et par consequent la culture
des colonies, mais de substituer par des.moyens
doux et lents, tels que des affranchissemens
successifs, le travail salaried, au travail'de l'es-
clave.
D'abord il existe un grand prejuge contre
la possibility de cette transformation : ja'nais



on







L17 1
bn ne vit de manoeuvres salaries occupies dans
has iles, anx grande tultures quoique des
proprictaires se trouvant souvent dnuei s d'es-
yaves, el qtantitd stffisante, ein sent voolutiers
employed ces gpCdieus, s'll edit dt. pratiil .l;.
La plus grande parties des manoeuvres libres
qui se rencontrent aux miles, sont des soldats
actuelleient au service, ou nouvellement 'con-
g6diCs. La journ6e d'un tel hoinme employee
par le Roi, est de 40 ou Yo f. tournois; mais
quand ii se loue aux particuliers, il exige au
moins 3 1. ou 3 1. Ib f. et itl ravaille deux oti
trois heures de moins par jour que e ncgre
esclave, don't la' journee ne coite au meilleuir
maitre que 8 f. Or, en supposant centre toute
verit6 que Ies' colons pussent ,ire les a vances
enornmes quexigeroit ce travail salaried, et ,
trouver, pour cefobjet, Un numeraire immense
uii n'existeni no pent exister dans ces con-
trees jto ours endettees envers la mentropole'
a 'quel prix faudroit-iltddnc porter les denrees
des colonies produites par ces nouveaux moyens
et coimpie ~soutiiendroient-elles dans le grand
march de universes la concurrence avec celes
des autres nations qui continueroient de fabriquet:
par. la m6thode ordinaire, sur-tout quand en-









couragees par les prix excessifs de ces produits
elles etendroient leurs travaux dans une immen-.
site de terres neuves qui appellent les cultiva--
teurs a Saint-Domingue Espagnol4 a Portorico,
ia Cuba, a la Trinit6 et dans le Continent
cette seule remarque sembleroit suffire pour
prouver que l'effet de l'admission de la culture
salaries dans nos colonies, en seroit la ruine
prompted et infaillible.
Ne pensez pas au reste qu'on puisse jamais
ramener les prix des salaries beaucoup au-des-
sous de ce qu'ils sont aujourd'hui dans ces cli-
nats oh le necessaire physique se reduit a
quelque nourriture que la nature fournit abon-
damment, pour peu qu'elle y soit sollicitie,
et oui la chaleur constant rend insupportable
le travail et sur-tout le travail de la terre.
D'ailleurs vos salaries seront-ils des blancs4
Sachez qu'il est comme impossible qu'uri blanc -
r1siste long-tems dans les colonies a un travail
penible et continue: les soldats don't je viens de
parler, bien nourris; tres-penu faties, soignes
dans leurs maladies, y succombent le plus
souvent; voyez dans quel 6tat en reviennent
nos regimens. Un ministry qui montra beaucoup
de legerete en cette occasion, avoit tented d'6tablir









l y a quelques annees, la culture blanche dani
la Guyanne; on sait quel a &td le sucsce de
cette folle tentative. D'apres Ie system d'alors,
le credit sut rejetter sur I'intendant Chanvallon
ce defaut de succis, mais qu'il eut des torts
bu non dans les details, I'entreprise 6toit vicieuse
ln elle-meme, et ne pouvdit reussir. Un assez
grand nombre de ces infortunes, la plupart
&Allemands, se retirerent ensuite a la Martinique
et la Guadeloupe. Le gouvernement leur y
accord des terres, la charge de les cultiver
iux-mcmes, et leur fournit des vivres pendant
quelque teams : malgre ces secours, ils y sont
peris jisqu'au dernier, de maladies et de misere
en peu d'annees, et sans avoir laiss6 de traces
de leur existence. D'ailleurs, oi troiver 1'im-
mense quantity de blancs necessaires, pour
iin0 culture adssi etendue, et pour en reparer
sans cesse lieffroyable consommati6n ?
Si voils dites que les ncgres rendus a ia liberty
travailleront a nos ciiltires, coirim e mnanoeuvres
salaries; je vous demanderai comment il se- fait
qute parmi tant de negres libres qui se troivent
ddja dansi nos iles, if n'y ait pas d'exempli
d'un seul qui consente'non-seulemrent a se'loder
de cette matiere ais a cultiver' sa propre
B 2









terre; tons s'adonnent ia des metiers, d6nt
Fexercice est v6ritablement beaucoup moins
penible. II existede ~ime une nation de six a '
huit mille nagres libres a Saint-Vincent, don't
I'origine n'a amais tet bien connue. Ils par-
tagent cette ile avec les Anglois; livres a une
misere a laquelle ils sont insensibles, et a une
indolence qui fait leur bonheur on n'en vit
jamais un scul se louer aux colons pour le tra-
vail le plus modern. Ils vont exactement nuds,
et quelque culture en vivres et la peche sur-
tout fournissert i leur subsistence toujours tres-
mediocre. L'usage du rum fait tout leur luxe,
et quand ils peuvent s'en procurer, cc que
leurs moyens leur permettent rarement, ils le
payment avec un pen detabac.'
Mais objectera-t-on, les negres libres dint
vous parlez, ont quelque resource, soit dans
leurs professions, soit dans leurs propridtes,
et les negres nouvellement affranchis, n'ayant
aucun autre moyen de subsistence, seront obliges
de se dhvouer au travail de la culture, moyen-
nant salaire: vaines illusions naturelles dans un
pays ou toutes les terres reconnoissent in pro-
prietaire et ou l'homme accable de besoins
memble condamnud a un travail constant auquel








d'ailleurs la nature ne repugne pas! apprenet
que dans ces climates brfilans et si diff&rens du
vbtre, le repos est la premiere de toutes les
jouissances,, qu'une subsistence moindre que la
moitie de celle du paysan Europten le plus
sobre, compose tout le necessaire physique 4
d'un negre, qu'il ne se resoudra pas a P'achetlr
paruin travail penible, quand la nature la In
offre pour ainsi dire, gratmitemenut; quand
I'Afrique-, sa patrie ou. d'immenses deserts
dans le Continent de. I'Ameyique lui assurent
en outre une retraite coitre les nouvelles en-
treprises de ses anciens maltres : La huit jours
de travail dans le courant, d'une annie employes
it la culture d'une terre neuve et d'tne vege-
tation prodigieuse joints a I'amusement de la
chasse ou. de la peche, suHiront pour 'entre-
tenir lui et sa famille dans. une heureuse oisivete'
Les negres devenus libres imiteront done
I'exemple des Caraibes., habitans indigens d6
nos lies qui en etoient peuplees, lors de leur
decouverte : aucun d'cux s'est-il jamais venut
offrir au travail ou au service? aucun a t-il Itr
assez ennemi de lui-meme pour changer son
repos centre nos jouissances ? Non sans doute,
Smesure que nos cultures se sont 6tendues
ces hormmes paisibles ont abandoned leur terra
38?




7



(22
natale a l'avarice, au luxe, aux fireurs des
Europ6ens et se sont enfin retires dans le
Continent: au reste si parmi ces affranchis, i
s'en trouvoit qui vpulussent continue de vivre
.ous la police Europeenne, les Espagnols leur
offriroient des conceTions gratuites de terres
dans plusieurs de leurs ktablissemens, advantage
don'tt un grand nombre a dejA profit.
Ces divers examples parfaitement appro-
pries a notre sujet, et ces considerations
prouvent d'apris la nature mnme que jamais -
des hommes libres de quelque couleur et de
quelque pays que ce soit, ne s'astreindront A
cos cultures actuelles d'Amerique, moyennant
salaire.
Quelques 6crivains ont avance qu'il 6toit po,
sible que les terres de nos colonies presque
routes divisees en grandes proprietes, fussent
nmorcelees en petites qui appartiendroient aux
ligres devenus libres, et que si le genre de
culture l'exigeoit, come pour le sucre, les
1enrdes pourroient ctre portees pour la fabri-
cation au principal etablissement qui conti-
nueroit d'appartenir a celui qui ci-devant 4toit
le mattre : ainsi disent-ils, pous voyons Que








I (23
les vignes n'appartiennent pas toutes au pro-
prietaire du pressoir.
Mais d'abord, par quelle transition se fera
cette conversion de propridet actuellement dans
la main d'un seul ? Quel est le proprietaire
qui vendroit sa terre a des negres qui n'ont
rien, et avec certitude de n'etre pas paye
Qui voudroit d'ailleurs construire ou entre-
tenir un etablissement de 400 mille livres
qu'exige, non un pressoir mais une sucrerie
mediocre en bitimens ustensiles boeufs ,
mulets, louer une multitude d'ouvriers de
manoeuvres, de rafineurs, au hazard de voir
toute cette defense inutile, s'il plaisoit a ces
nouveaux proprietaires ou a plusieurs d'cntre
eux de cultiver du caff6, de l'indigo, du,
coton, des vivres, au lieu de cannes ? Se
concerteroient-ils d'ailleurs pour planter, de
sorte que leurs cannes ne se trouv~ssent mures
que successivement, et dans les teams conve-
nables, de maniere cependant i en fournir a
la fois precisement la quantity suffisante pour
fabriquer, et avec cette continuity uniform
qu'exige absolument le travail du moulin et de
la sucrerie? se concerteroient- ils pour laisser
QU chommage la quantity de terres necessaires
i _





-


. ..-..- ..-. li~~-**/ .-8-.' -J~iaAr i lt!*!S.Tt~at.


( 24)
pour la pature des bestiaux dependans de
I'dtablissement et pour tant d'opirations qui
ne pcuvent itre dirig6s que par une seute tete.
OU prendroient-ils dcs engrais? Mais c'est trop
Ss'-rrter a r6futer dc telles absurdits,.
.Efin dans I'tat actuel, les negres travaillent
pr's d de d.,nze haures par jour, et.n'ont d'autre
sJlire qtie leur subsistence; si l'Qn suppose
dorn-c yqe lorsqu'ils seroit propri6Ctaires, ils ne
g.gnicront o galement q:ce la valeur de leur nour-,
rgtre, egi Itravaillant douze heures a la culture,
ils la quiitteront bientbt, parce que d.eux'heures
de travail employees a cultiver des vivres leur
f j;iriront cette inLme subsistaiice, et si vous
dites qu'ils gagneront plus, et ce devroit tre'
six fois plus alors come nous 1'avons djiA
observe le rencheiissemenr :extreine de la
main d'oeuvre dans nos travaax ne nous per-
nettra. plus de squtenir. la concurrence :aveq
. 'dtra ge :. J ".
Puisqui'il est Incessaiie, dira-t-on, peunt-tre,
que le maitreiconserve la propriete de sa terre','
an mins il pourroit en fire des divisions et
les dorner ia lliieter a chaque affranchi, ou a
plusieurs' d'entre, eux, ,de' jimcii ere qu'ils. fussent
obliges .de.ui payer une ferme annUe1le -d'aun









(2yi)
certajne quantity de denrees, et aux epoques
qui lui conviendroient.
Mais je r6pete que pour soutenir la concur-
rence avec P'tranger qui i'aura fait aucun chan-
gement dans le prix de sa culture, ii est neces-
saire que tios ncgres rendus libres et proprietaires
ou fermiers, travaillent autant que lorsqu'ils etoient
esclaves, sans gagner autre chose que leur sub1
distance, colpme par le passe, et c'est ce qu'il
seroit impossible d'obtenir d'eux, come on
vient de le voir, Qu'auroient-ils, d'ailleurs a
craindre en manquant d'exactit de a acquitter
leur tribute? Peut-Ctre des poursuites en justice,
eux qui vivent nuds sous une cabane de
roseaux, eouchans sur une natte et ne connois-
sans aucun genre de meubles ; d'ailleurs, j'ai
dcja remarqu6 que les n1gres afffanchis trou-
veroicnt ailleurs autant de terres qu'ils en you-
droient, sans s'assujetir a aucune redevance.
Quelques philantropes mitig6s ne pouvant se
refuser aux consequences de 1'abohtion de
Iesclavage conviennent qu'a la verite le teams
n'est pas encore venu de s'occuper de la liberty
des nigres,. mais seulement d'adoucir leur sort,
au moyen de Iabolition de la traite : alors,
disent-ils, es inaltres qui ont toujours ekdc







(26 )
les plus justes r6glemens. en faveur de ees
iInmalheureux, ne pouvant plus les remplacer par
des moyens strangers, seront obliges par leur
propre interest a les conserver; ainsi leur popu- /
nation s'entretiendra et s'accro tra car nous
voyons par 1'exemple constant de quelques habi-
tations oi les 'negres sont moins fatigues de
travail et mieux nourris, et par celui des'negres
libres, que ce climate est favorable a leur espece
et que le defaut de nourriture, le travail forc6
et les mauvais traitemens qui en sont la suite,
s'opposent seui4 leur conservation et a leur
population.
i On peut ajouter a ces assertions, que si un
tel project pouvoit se realiser, les negres de nos
Colonies au mitaphisique pres de la liberty qu'ils
t connoissent peu et deja plus heureux que les
journaliers jouiroient d'un sort preferable a celui,
des cultivateurs de France et que les.mattres
4orenavant entoures pour ainsi dire d'amis ,
auroient autant qu'eux a se fdliciter de ce chan-
;gement.
La premiere difficult qui se present dans
I- son execution, c'est qu'il ne peut rdussir que par
a coalition de toutes les puissances maritiimes,
ensorte, que si la France interdisoit a ses sujets
4'aller cherchcr des. negres en Afrique pendant








que d'autres nations continueroient ce com-
merce les Colonies francoises s'en recruteroient
come par le pass,
En effet, si les strangers transportent d'Afri-
que come ci-devant des ncgres a la Domini-
que a Antigues a Saint-Eustache, a Sainte-
Croix comment en empechera-t-on I'introduc-
tion a 14 Martinique, et aux autres isles fran-
pcises du vent ? Si les Anglois en apportent a
la Jamaique si les Espagnols., on si d'autres
nations, sous leur pavilion, en introduisent dans
la parties de Saint-Domingue qui leur. appar-,
tient ; comment s'opposera-t-on a ce qu'ils
entrent dans la parties francoise ? On sait par
une experience de 'plus d'un siecle, que pour
des avantages. heaucoup moindres la vigilance
des adniinistrateurs a toujours ete insuffisante
pour proscrire 4ans nos isles le commerce in-
terlope, et d'ailieurs, lI prix des negres nou-
veaux croissant eni proportion de la diff culte ,
et des dangers qui s'opposeroient a leur entree
les feroit toujours braver: autrefois la peine
des galeres etoit-prononcee par les ordonnances
contre les capitaines faisant le commerce pro-
tibe ; malgrC cette loi attroceil avoit lieu common
ujourd'hui.
,e seul effect de l'abolition de la traite bornme





'U


a la nation fran;oise, seroit dnc..de river nos
places de commerce et nos manufactures du
benefice qu'elles en retirent etde le transporter
aux strangers notamentaux Anglois; depperdre
une pepinicre de matelots, de fire rench6Tir
les negres nouveanx et autres dans nos colo-
nies, et par consequent le prix de la culture.
Aimnsi nos colons notre commerce nos ma- |
nufactures, notre marine, perdroient beaucoup
a ces genereuses dispositions toutes ces pertes
Stourneroient au profit de nos rivaux et 'huma,-
nite n'y gagneroit rien.
Croiroit-on que cette objection si simple et
si peremptoire quoiquerepetee dans divers crits,
sernble n'avoir pas ete entendue par les amis
des noirs ? Que sans qu'ils y aient repondu,
ils continent de nous. assuirer dans. des journaux
et des pamphlets que cette abolition est sans
inconveniens et present une multitude d'avan-
tage : les anglois, disent-ils, y conseentent, et
oii celi, s'il vous plait, est-il consign ? Nous
savons au- contraire que leur parlement- vient -
de faire des riglemens sur la traite, par lequel
jt il accord aux negres que I'on transport d'Afri-
i. que un peu plus d'espace dans les navires, et
qu'il s'est determine a ne rien changer d'ailleurs
Sce c omnerce, apres avoir entendu'une mwlti,



I t








2P)
Atide de temrioins oculaires qui tous ont depos6t
qu'il arrachoit les negres i un.etatinfiniment plus
malheureux que celti qu'ils relcontrent en Am6-
rique.
M. le cure Gregoire cite pour grant de la
prochaine abolition de la traite en Angleterre,
Pestimable M. Clarkson, auteur de 'es'sai politiqud
sur I'avantage de la trait des negres: mais que
nous fait I'assertion de M. Clarkson aussi esti-
mable que I'on voudra, assertion dementie d'ail-
leurs par ses fits ? Certes, M. Clarkson pour-
roit citer comme garant de I'abolition prochaine
de la traite en France M. de Condorcet estima-4
ble par ses connoissances mathematiques, ui-./
duc don't les maximes sont connmes, le M. D.
L. F. tellement persuade que la suppression de
l'esclavage aura bientot lieu, qu'il s'empresse de
vendre I'attelier de nggres qu'il a etabli A Cayenne,
pour, cesaier de la culture libre, enfin un club
entier de francois don't le norbre au moins. doit
rtre de quelqae poids, sans que le parlenent
d'Angleterre d'aprss des autorites aussi fortes cr4t
devoir nous prevenir dans cette operation.
Suapposois d'ailleurs que la France et I'An-
gleterre conviennent de cette interdiction, les au-
tres puissanees, a qui ce commerce deviendra
d'autant plus avantageux, y acciederont-elles? Ce-







(30)
endant, si elles s'y refutent, la traite subsifiter
encore, nmme dans les colonies angloises et fran-
coises, an moyen de quelque fencherissement;
mais s cs iconveniens arreteroient-ils les amis
des noirs et de 1'himanite ? Non sans doute ei
ces hommes de paix decideront qu'il est permits
d'employer la force des armes pour contraindre
les puissances recalcitrantes a se runir a une
coalition si desirable.
Enfin, quand mnme les autres 6tats de rEu. i
rope, et notamment la Grande Bretagne, qui se
moque de nous, voudroient encourir a i'abolition "
de la traite, nous devrions observer que les cul-,
tures, dans les miles a sucre, angloises, ne sont
pas le tiers des notres et cells de toutes les
autres nations beaucoup noindres encore; que
notre colonie de St. Domingue, la plus produc-
tive et la plus avantageuse i sa metropole, qui
fut jamais dans le monde ancien et moderne,
raut seule presqtue toutes celles 6trangcres ens
semble; on n6 peut done institute alicune com-
paraison entire les sacrifices que couteroit 'a la
France, la dimintition de ces products, suite
necessaire de cette interdiction, et ceux tui en
tisulteroient a '1Angleterre, dontles possessions
sont d'ailleurs beaucoup mieux fournies de ne'-
gres que les notres; et i plus forte raison aux









-atamres puissances : n'est-il pas notoire qile le
commerce de nos miles, est pour ainsi dire le seul
important qui nous reste, le seul sur-toutau moyen
duquel nous puissions nous acquitter annuelle-
ment envers l'tranger, pendant que l'Angleterre
en reunit une multitude de branches ? Et aussi
long-tems que .nous la verrions continue de s'en -
richir dans les Indes orientales, des fruits de la
plus odieuse oppression cimentee, si 1'on en
croit ses propres 6crivains par une suite de
forfaits incroyables, ne serious nous pas fond6s
a attribuer a sa politique plutit qu'a' son huma-
nite et a sa justice son adhesion a la suppres-
sion de la traite, s'il dtoit vrai qu'elle s'y pr'-
tat? Suppression qui efleureroit ai peine funi-
versalite de son commerce, pendant qu'il en re-
sulteroit la ruine presqu'enticre du notre, et sur-
tout 1'aneantissement de notre marine, 'objet
des voeux les plus ardens de cette nation que
son parlement recommence done ou non la co-
rnmdie de cet examen, mais souvenons-nous que
si M. Pitt est ami des noirs, la haine du nom
francois est hereditaire dans sa famille.
Veut-on supposed contre toute possibility que
la traite des negres continuant de subsister chez
quelques-uns des peuples strangers, le gouver-
nement put en empncher l'introduction dans les






(32)

saless franloises, dabord il est certain que les np-
gres ne pouvant plus Ctre remplaces de dehors,
: dei-iendroient beaucoup plus jpri-cieux A leurs
maitres, qui en exigeroient moins de travail et
qui- les nourriroient mieux et qu'ainsi les den-
rees produites en moindre quantity et a plus
grands frais dans nos possessions ne pourroient
plus soutenir la concurrence avec cells des
strangers cultivant d'aprcs I'ancienie method,
et encourages par ce.renrchrissement mime a
de nouveau defriches et de nouiveaux etablisse-
mens; bientot ils nous arracheroient des mains, ..
non-seulement cet immense tribute que nos co-
lonies imposent i tant de nations diverse au
grand advantage de leur m&re patric, mais encore
nous verrions les denrees coloniales des etrani
gers au moyen de leurs prix tr's inf'rieurs aux
notres versees frauduleusement dans nos miles et
de li s'introduire en France; que deviendroit
aussi une dette de plus de 4oo millions tournois
don't les colonies sont charges envers la me-
tropole et don't le pavement ne peut avoir lieu
que d'apres une culture tr&s-active et des defri-
chemens sur lesquels on avoit cru pouvoir comp-
ter, mais qui ne pourroient plus avoir lieu d'apres
tes nouvelles dispositions ?
Au moment o o 1'on commencoit l'imprcssion










ie cc mniaoire, la society de& anils des "oiro
de Paris, a fait distribtter une adresse a F'assem.
blee national, pdur I'abolitioni de la traiie; ef-
fraye- du cri general qtii s''leve centre ces dan.
gerouses extravagances, danis les provinces, et
meme dans cette capitaie, quti volt combien la
ruine des colonies aigmenteroit chez elle I'inac-
tion et le d-faut -de consommation elle parott
dispose a' composer sir l'affranchissement des
nigres, et mime at accorder in long delai pout
la suppression dece commerce, contre ce qu'a-
voit annonce M. Ie president, dans le journal de
Paris, dtu 14 decembre dernierr son humeut
perce contre les lenteurs du parlement d'Angle-
terre et nime contre noire assemblee natio-
nale, qui est acctise d'indiffe'reAt oiur la ibonne
cause; elle rapporte des confideWl ministerielles
et des effusions de coeur, sur cette affaire, de la
part de M. Necker, envers l'estimable M. Clarck-
sron residentt d'Angleterre, pres la society de
Paris; enfin, elle announce incessamment ; c e
vujet, une adiesse au people franqois, sais dome
pour contrebattre la fois cells qui arrivent de
toutes parts, sur-tout celles trcs-nhergiques de la
ville de Nantes, et dans lesquelles les amis des.
noirs sont trcs-durement qualifies; en attendant
cet outrage, je me contenterai de reliever, dans

9.:








Zelui 4 ii vjent de paroitre, quelques contradict
tiors q-ti I'neantissent ou le reduisent a une
d&clamation de college. On y lit (page 11) qu'ati
moyen de 1'abolition de la traite, les maitres
seront obligees de mieux seconder leurs escapes
qui, par ce moyen front mieux et davantage,
.dans le mieme space de terns, et par conseqquent
produiront d'avantage, ensorte que, suivant les
amis des noirs, qui n'ont jamais vu les colonies
que-dans des livres, c'est par un mal-entendu ou
par mechancete pure, et centre leur propre in-
tIret pecuniaire, que les colons, aprcs une si
longue experience, continent d'acheter des ne-
gres nouveaux, et ne traitent et ne nourissent pas
mieux leurs esclaves; mais ii y a plus, ils con-
vinennent, (ms 16 et 17) et ne pourroient
en disconve lBque les strangers, qui font deja
le tiers de notre commerce dans ce genre, en au-
ront alors, en enter, le profit et la hoznte; et
qu'ainsi nos colonies seront fournies, comme par
le passe, de negres nouveaux; qu'ils nous expli-
quent done alors, comment s'operera cet adou-
cissement pritendu dans le sort des esclaves,
adoucissement fond d'apr's eux-memes sur
.'imposs.ibilit6 de les remplacer; enfin, je le re-
pete, apres la suppression de la traite, les ncgres
seront fournis par les strangers on n on; dans le








[ 35
premier cas, qui surement aura lieu, il y aura
perte immense pour la France, sans gain pour
Phumanite; dans le second, l'obligation de mena-
ger davantage les esclaves, causant un renche-
rissement considerable dans la main-d'oeuvre de
nios colonies, ne leur permettra plus de soutenir
la concurrence avec les autres nations ;jamais les
amis des noirs ne se tireront de ce dilemme: quant
a ce cq'ils alleguent, que ce commerce est d'-
savantageux,puisqu'il est necessaire de hli accor-
der une prime, on trouvera cette objection re-
futee par analogie, dans ce qu'on va lire, au
sujet des depenses que les colonies occasionnent
au fisc.
Les philantrophes n'ont pas manque de fire
grand bruit de l'exemple des quakers en Pensyl-
vanie, et de quelques autres anglo-am6ricains dit
Nord, qui ont affranchi leurs esclaves il y a
plusieurs annees; mais supposons pour un io-
ment, qu'en France nous en possedions comnme
ces peuples, un petit nombre, et nous verrons
bientSt que notre interest nous invitera a les
affranchir et a nous servir par preference, de
journaliers et de domestiques pays ;. en effect,
quel salaire donnons-nous a ces derniers ? Moius
sans doute que la subsistence et le vetement ne,
ccssaires 4 eux et a leur faijile; nous en don'
r ^*









rnerons done autant on plus a nos esclaves, qtte'
nous serions en. outre obliges de soigner et de
nourrir dans leur enfance, leurs maladies et leur
vieillesse, de plus la crainte d'etre congedies etst
un aiguillon pour nos salaries, qui ne pourroit
atteindre les esclaves, et qui mettroit iue grand
difference dans le prix de la main-d'oeuvre; ainsi
dans tousles pays comme la France et la Pen-
sylvanie oui les journalists sont communs, oi0 la
culture tell que celle du bled, de la vigne, du
chanvre, n'exige pas a la'fois et sans interrup-
tion, un grand nombre de bras, oi le climate
porte a l'ex'ercice du corps et rend le travail dox:
et supportable, nul doute qu'il ne soit beau-
coup plus expedient a tous igards d'employer
des salaries que des esclaves; tels ont eit les
motifs des quakers; mais quoique beaucoup
moins necessaire que dans nos colonies, 'escla-
vage a dtd corserve dans le sud des Etits-Unis, oit
I'on ne parolt nullement dispose a l'abolir, malgre
ce que le cur6 Gregoire se permet d'assurer qtUe
les anglo-amdericains ne veulent plus que des libres.
En Virginie le general Vashington lui-meme, ce
patriarche de la liberty ne se fait aucun scrupule de
posseder une magnifique plantation de tabac cult
vee par 2oo ngres esclaves; plusieurs tats duNord 4
es ont aussi conserves, mais ils y sont et y out tou-








137
jours ete en p*etit nombre comme ilsl'tolent autrce
fois chez les quakers, et regards come un
objet de luxe plutot que d'utilite; ii est done
de toute. evidence que la conduite des quakers
en Pensylvanie,.ne peut etre admise ni come
uns preuve ni une induction qu'il soit possible
d'affranchir les negres dans nos iles.
Sans doute d'apris ce qu'on vient de lire,
il est difficile de nier que l'abolition de l'eScla-
vage n'entraine n6cessairement L'abandon de nos
colonies et que celle de la traite n'est gueres
sujette moins d'inconveniens ; mais parmi nos
adversaires, il en est que ces consequences meme
Pe peuvent ebranler : ces possessions disent-ils,
sont plus a charge que profitable a l'Ftat, elles
ne peuvep.t etre maintenues que par 'entretien
d'une immense marine militaire; ii en derive
des causes de guerres frequentes et ruineuses,
et eifin les influences funestes de ces climats,
les maladies et les dangers insiparables de la
X action moissonnemt chaque annie une grande
qitite d'hommes au grand desavantage de la
population de ce royaume.
Pour repondre a la premiere objection, ii faut
considerer que dans un &tat, il n'est pas toujours
possible d'assujettir directement les diff6rentcs
branches de culture et d'industrie a des imp ts
IC .3,








qui soieht en proportion de leur importance at
des defenses qu'elles occasionnent au gouverne-
ment, ensorte que les unes sont, fiscalement
parlant, plas avantageuses que les autres; il
est meme possible.qu'il s'en trouve qui, ayant
plus particulierement besoin de defense, de pro-
tection et d'eicourageinnt, soient a charge aut
trcsor-public, sans que, par cette seule raison, on
doiye les prescrire, si, d'ailleurs il est d6mon-
tre qu'il en result de grands moyens d'aisance
et de subsistence, par consequent le paiement-de
beaucoup d'imp6ts, Pemploi d'un grand nom-
bre de bras qui autrement courroient risqued'etre
oisifs, enfin si ces objets sont de nature a etre
recherches par l'etranger.
Or, sous ce point de vue, et dans la suppo-
sition que les Colonies, don't on veut favori-
ser 1'exportatio-des- denries aux autres na-
tions, ne versent pas au tresor-royal une
sornme gale a la defense qu'elles lui, occa-
sionnent, on ne pett assurer que ce dllfe
ine raison pour les abandonner lorsqu' atst
reconnu qu'elles procirer- la vie et 1'abon- a
daice et par consequent les moyens de payer
d'irrmenses impots a plusieurs millions d?entre
.toua en vivifant tout le royaume et eil en
prevenant la rutie totale, suite inevitabl de







9( 39 )
!immense- desavantage de la balance du coni-
merce pour la France, si elle ne les posseddit
plus.
SAu reste, entrpns dans quelques details sur
cette defense, d'abord, iltseroit injuste de votu
loir imputer en enter celle de la marine mi-
litaire sur ce seul point car vous n'avez pas
encore' formellement annonc6 $e vous eus-
siez desseiii de renoncer a la peche de toute
espkce qui vous produit quarante millions par
an, an commerce da Levant, i celui des In*
des Orientales, a toute espece de cabotage.
Vous n'avez sans doute pas envie d'abandon-
ner vos c6tes, non-seulemernt a l'invasion d' ii
ennemi mais au pillage du premier pirate et
de devenir,vous-mmnes,esclave par horreur poulr
l'esclavage. Votre marine vous seroit doing en-
core n.cessaire, apres avoir abandoned vdo
Colonies, et ne dites pas que vous la diminuii-
riez, car bientot vous n'en auriez plus.
Neanmoins consentons t fire supporter ia de
itablissemens, la moitie dela d6pense de la nia;
rine, eomme ele est au total de 30 millions, ce sera
r5 millions ajou'ter a 1o,3 60,782 livres, que la
France fournit annuellement pour toutes le$
depenses des Colonies, en otitre des iiiflsts
qui se peroivent dans les siles mlnes ainsi
c4







405
elles cocItent au fisc 2;,360,702 livr~s et it
est apropos de considerer, que dans cette some-
me est comprise celle de 4,528,361 livres i
pour les Iles de France et de Bourbon, quoi-
que .Ientretien de la premiere qui absorb
presque le tout, n'ait gueres pour objet que
d'assurer le commerce des Indes Orientales ,
qui n'a rien d zommun avec celui des Co-
loni es.
II sera plus difficile d'evaluer aujuste ce que
la possession de nos Iles f4it verser annuelle-
pient dans le tresor-public : on porte au moins
a 240 millions le product de ces denrees ren-
dues dans les ports de France oil les droits
de domain d'Occident et quelques autres
auxquelles elles sont assujetties content au
moins a huit millions ; ainsi la d6pense du fisc
eycederoit touted sa recette de 17,360,782 li-
vres. 1 .
Mais que deviennent ces 240 millions, pro-..
venant d'u prix des denrees coloniales arrivees
en France ? vingt millions en daivent ktre de-
duits pour les objets que les negocians Fran- ,.
.ois ach tent de P1'tranger, et qui sont employes
directement ou indirectement au commerce des
Colonies, et le reste se distribue a des arma-.
jeprs pour leurs frais, I'ii tret de leurs avan-








(41)
ces, leurs gains at des assureurs, a des ou-
vriers a des artistes de toute espece, a des
navigateurs a die's cultivateurs, a des manu-
facturiers enfin, ( et cet objet est immense) A
des capitalistes ou A des proprieitaires d'ha-
bitations residens en France et sur-tout a
Paris. Ainsi plusieurs .millions d'hommes eta- *
blis, soit dans les provinces du royaume, soit
dans la capital, trouvent dans ces products
des moyens de subsistence, d'aisance, et de
richesse : ainsi les Colonies procurent a la
France, I'emploi de 220 millions de ses den-
rees et de son industries, et par consequent
des imp6ts pr6portionnes, qui autrement ne
pourroient trouv.er d'assiette ou qui seroient
infiniment moindres. A combien au rest mon-
tent ces imnpots'? C'est ce que je ne puis arbi-
trer avec quelqu'exactitude, jusqu'a ce que je
sache a combien I'industrie, la culture les
consommations sont coimmunmient taxees en-
France, sous tant de forces et de denomina-
tions differentes : sfrement c'est fixer ce taux
moyen trop bas que de P'etablir au sixibme :
Ainsi d'apres cette evaluatioif beaucoup trop
foible, nos Colonies nous fourniroient, pour gt
article, des moyens d'impot potur-e. sixicme e
220 millions, c'est-a-dire pour prs 'de 37


P








millions : par consequent le tresor-public trqu.
veroit dans la possession des Colonies prcs de
20 millions de profit, bien loin qu'elles lui fus-
sent charge.
Ces propridtaires, direz-vous ces manufac-
turiers, et tous ceux que les Colonies alimen-
tent directement on a qui elles fournissent
des debouches et dir travail, participant dans le
royaume, aux avantages de la sirete de la
justice de la police et ce ne doit pas etre
gratuitement; ainsi il ne suffiroit pas que les
imp6ts qu'ils supportent, joints aux droits per-
cus directement, sur les denrees coloniales, de-
'frayassent seulement le fifc de la-depense parti-
culiere des Colonies; d'ailleurs si notre in-
dustrie ne trouvoit pas ce debouche elle se
porteroit vers d'autres objets ,. et quant aux
denrees que nous echangeons actuellement avec
elle elles pourroient etre vendues directement
SIl'etranger, et remplacer ainsi ces products
dans la balance du commerce; ainsi la mcme
quantity d'impots au droit du domaine d'occi-
dent prbs seroit payde, et nous aurions de
profit, les depegles occasionnees par c-s eta,
blissemens.
Ilais, comme.l'a remarque M. Necker, se
crce-t-on ainsi des acheteurs 5 son gre? la co.-







(43)
sommation n'a-t-elle pas des homes Si vodt
ne vendez pas plus de denrees a l'Ftranger, si
vous meme n'en consommes pas plus, ce n'est
pas que vous ne puissiez en fabriquer d'avantage:
ne vous oppose done pas a ce que P'excedent
de ce don't I'etranger et vous avez a satiete,
-ou qui du moins ne pourroit plus Mtre vendu
qu'ai perte, soit change avantageusement dans
nos Colonies pour d'autres donrees don't te
:dbit est siir, et par consequent representati-
ves de tout: en outre, nous concevons difficile-
ment de quel cote se tourneroit tout-a-coup ,
tant de culture et d&industrie sans emplbi ; et
nous ignorons si le nouveau regime que l'on dit
devoir succeder a Fancien, seroit plus ou moins
dispendieux pour te fisc; mais nous voyons dans
ce moment mmme des examples frappansi et trop
multiplies des inconv niens de la cessation* d'em-
ploi et du deficit dans la consommation sur-tout
dans cette capital : A quel point effrayant ces
maux n'y seroient-ils pas portres par 'abandon
des Colonies ? Et par quelle nouvelle occupa;-
tion y dtdommageroit on ta & d'ouvriers de
luxe et autres, don't les out'rages sont envoys
.dans nos isles on pays par des consomma-
teurs qui y posscdent des biens on des creaniees
quoique etablis ,- Paris. Que deviendroient amssi







(44)
&ins les provinces tant de bras tombs., dans
I'inaction, tant de matelots, tant de gens adonnes
it certain metiers, et qui ne .peuvent en exercer
d'autres ? Considerons qu'actuellement dans les
240 millions de denrdes coloniales que la France
recoit chaque annie il en est 220 qu'elle
achete au prix de son industries, ou qui appar-
tiennent a des particuliers qui y resident, ot
qu'il en resulte d'immnienses n oyens de subsis-
tance pour la classes laborieuse de I'Etat, moyens
d'autant plus avantageux 'a la prosperity publique
que la plus grande parties de ces products est
vendue aux autres nations; mais si nos colonies
sont abandonnees ou passent entire leo mains
d'un autre people, ce seront des strangers
don't la culture et l'industrie bientot augmentees
par cet encouragement et renforcees des bras
desormais chez nous inutiles, payeront ces pro-
duits, a l'exception peut dtre, et pendant un
certain teams d'un petit nombre d'objets qui
semblent exclusifs a. la France, et desquels nos
lies se passeroient difficilement; ils nous ven-
dront done le sucre, le cafe, l'indigo, le coton, &c.
et.ils continuero t" de nous fournir, mais sans
reciprocitB, les autres denrees accoutiumes.
qui, ci-devant 6toient payees en products des
eolonie9: ainsi ileprix de toutes ce cons.oOtrnar

,
-7i -,j








(45
tions fates en France, ne servita plus a ---
sibsistance de nos compatriotes, mais 'a cell
des nations qui auront mis a profit notre folie,
et de plus la balance du commerce, que l'on
assure a present-etre-a-peine au pair, se trou-
vera de plus de 200 millions 'a notre desavan-
tage.
Dira-t-on que la France n'ayant presque
plus rieni a donner en retour, renoncera a l'u-
sage des denrees des colonies et des marchan-
dises etrangges et qu'ele y substituera de
nouvelles jouissances pour ainsi dire du crti
du pays? Mais donner dans de pareilles idees
seroit bien mal connoitre les homes qui, dans
ce genre, se decident, non par aucune considd-
ration politique, mais par leur gouts et leurs
habitudes: d'ailleurs, si vous reftisez de com-
mercer avec les strangers, consentez done a
etre simplement leur tributaire, puisque vous
letir devez annuellement de tres -grosses sommes
pour les interets de ce qu'ils vous ont prte :
et c'est encore en cette occasion que nous
devons reconnoitre qu'une ancienne monarchie
ne peut etre modifide d'apres les mnmes prin-
cipes, qu'une horde de sauvages qui, pour 1h
Spremibre fois, consentiroit a se donner des loix
et: a former une socidte.







(46 )
II faut done eonvenir que sans la possession.
de nos colonies, le numeraire s'ecoulercit du.
royaume avec une rapidity effrayante, d'oiu
resulteroit une diminution, sans doute conside-
rable dans la masse gnearale des impositions,
qu'en outre ceux qui en tirent en France leur
subsistence de quelque manicre que ce soit, y
vivroient dans la pauvrete, ou seroient obliges
de porter ailleurs leur industries et leurs resources,
qu'ainsi ils ne contribueroient plus aux charges
de l'Etat, ou seulement pour une some infi.
niment moins forte, et cela jusqu a ce que les
goits du sucre, du caf6 et des objets que nous
recevons de 1'tranger, en change de ces den,
rees, se fissent convertis en d'autres auxquels
la France mimne pit fournir; golits don't le
changement trcs-incertain exigeroit plusieurs
siecles et don't nous ignorons, d'ailleurs, s'ils no
seroient pas, plus cociteux au fisc quo ceux
actuels. Enfin nous avons fait voir que dans les
37 millions d'impots, que la culture et I'i--dustrie
salariees en France par lei colonies, payment au
tritsor public; impots values cerfainement beau
coup trop bas; if n'y eni a que 17 qui passent
aux dipenses de ces etablissemens, et qu'ainsi
it en reste plus de 20 que l'on peut regarder,
si l'on veut, come la parties pour laquelle ces


.-;.I rL~LY- -;Z~.-;~-il-.r:-~ -; ~ -.-~ ~- -----~i ~--^ --1I--I~ -ZLuCdUtlrih^p~








( 47)
sujets -de l'Etat doivent en outre contribuer auil
charges du gouvernement.
Passons a l'objection tiree des guerres rui-
neuses qu'occasionnent, dit-on, a la France, la
possession de ces colonies : d'abord il est
constant que nous avons ete aggresseurs, et
sans necessity, dans la plupart des guerres,
depuis un siecle : celle avec les Anglois, ter-
min6e par la paix de 1763 est la seule 6iU it
pourroit y avoir discussion sur ce point, et
pour ne parler que de ce qui concern notre
sujet, quand la France, sans vues hostiles, se
contentera de tenir sa marine sur un pied res-
pectable, alors elle peut espdrer de vivre pai-
siblement avec la Grande-Bretagne, ou bien-
les avantages de la possession de ses colonies,
et du reste de son commerce maritime, la
d6dommageront amplement des dcpenses d'une
guerre intercallee dans un grand nombre d'animres
de paix : mais certes ce seroit utn moyen aussi
insuffisant que honteux, pour conserve cette
paix avec les Anglois, que, de leur sacrifier'
nos colonies et notre marine. Ces liches con-'
cessions.en necessiteroient bientit de nouvelles,
jusqu'a ce que le reste de notre commerce fit
envahi et que toute I'Europe, on plutot le mon'de
enter, don't uotre marine militaire est actuelle-







(48)
ment le boulevard eit -reconnu la dominatio4
iniiverselle de 1'Angleterre, sur les mers et
dans toutes les colonies et possessions Euro--
peennes, en A en Aieen Afrique et en Amerique,
Que d'autres plus habiles prevoyent quels
pourroient etre aussi pour notre continent les
dangers de 1'tablissement d'une puissance aussi
monstrueuse et aussi formidable; mais qu'on
excuse ceux qui ne pouvant expliquer autre-
ment- les motifs des assertions d'oiu suivent
naturellement ces consequences effrayantes,
assertions sem6es et propagees avec tant de
chaleur et d'intrigue, croient devoir les attribuer
a une conspiration fomentee par la Grande.
Bretagne.
Quant aux raisons, en faveur de 1'abandon
des colonies, tires. dela prctendue depopulation
qu'elles causent dans le royaume, elles sont
egalement contredites par une experience gene-,
rale et constamte et par le raisonnement; c'est
depuis environ 70 ans que nos.grandes cultures,
celles des Anglois et des Holiandois se sont
ctablies on Amerique, et personne n'ignore
que la population est considdrablement augmented
depuis cette .cpoque dans ces diff6rens Etats .
D'ailleurs, quelle est la source ordinaire de la
population ? Des moyens abondans de subsis-
-tance








tance, or vos colonies :fournissent ces mo.ens
i plusieurs. ililons ,a .oyeLus qlii, sans~ettQ,
resssonrce p o'r ieuC ie, ou n'existe02 nt
pas, ou emugreroieo it languiroient dansi la
m;.re, cette, veii:able ennemie de la popu-
ation : cessez done d'entrer dans les details de
quelques centainet d'honmes moissonnis annuel-
Ilemeit par l'inluence des climats strangers,
par les naufrages, ou d'autres causes de cette
espece, ou oppose leur des milliers d'enfans
nes en France ou aux miles, et qui n'auroient
jamais vu le jour, si ces etablissemers n'avoient
donned de femploi l'industrie deletirs peres:
aucun people ne montra jamais plus d'egards B
la quality d'hommes, et d'attention pour la con-,
servation des individus que la nation angloise,
aucun people cependant n'a plus encourage le
commerce maritime et les cultures etrange.res :
enfirn bien loin que l'bandon des colqnie'
devint favorable i notre population ,il en r Isul-
teroit au contraire 1'6migration d'une grande
parties de ceux qui se trouvant ainsi sans occu-
pation, iroient offrir leu& travail auxt nouveaux
proprietaires de ces etablissemeno qX2seroient
trop heureux de les accueillir.
Mais avant de proposer, pour adoutcir le sort
des negr des moyens extraqrdinaires, inou
t:.: f *D^





( o) ]
impraticables, atroces, pourquoi les amis des
noirs negligent-ils ce, ui se presentent si
na riellement et avec eeu d'incpnveniens?
Pourquoi, au lieu d'emplbyer tant de resortst,
pour persuader au public que la liberty doit
etre rendue a ces esclaves, que du moins la
traite en doit &re suppnime, ne travaillent ils
pas, i moins de frais, A persuader au minister
de delivrer les navires Anglo-Americains qui
frequentent nos tles, des entraves de ientrepotk
en leur permettant de mouiller, sauf la surveil-
lance convenable, devant tous les bourgs, pour
y commerce des denries permises? La chaque
propriktaire d'habitation pourroit acheter de la
'premiere main la more et les autres salaisons,
tous les animaux vivans, 1- mays, les pommes
de terre, le riz les poix et les autres I6gumes,
et donner en payment directement, ses syrops,
rums ou taffias; au lieu qu'en tirant ces objetS
d'achats des entrepots exclusifs, ce n'est qu'avec
beaucoup de lenteurs et de risques, qu'il peut
se les procurer a un prix devenu double, apres
quils ont pass par ta*t de mains et d'embar-
cations; meme perte se trouve par les
memes r rons sur les denrdes donn'es -en.
payenent de celles-ci ; d'apres ces nouvelles
dispositions les maitres pourtoient coformc'-


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rent A leur interet et a leur inclination, fourni~
une nourriture plus abondante a leurs n'gres-
et .ces changemens 16gers en apparence en
apporteroient de tras grands dans leur sort, qui
n'a veritablement besoin d'amelioration que.
dans cette parties, Pourquoi aussi les amis des
noirs, au lieu de' vouloir imposer aux mattress
la necessity de donner la liberty i leurs esclaves,
ne leurs obtienneintils pas plutot le droit de Ia
leur accorder par leur seule volont6 sans
avoir besoin, de la permission d'un gouverneur
et d'un intendant qui semblent devoir dtre 6tran-
gers a ces arr4ngemens? Permission qui peut:
&tre refugee, et qui ne s'accorde ordinairement
qu'en payant une some souvent anssi forte
que le prix de l'affranchi. Ces facilities augmen-
teroient de beaucoup le nombre des affranchis-
senmens, faveur par laqnelle ces mattres si
calomnies sont tellement disposes a recompenser
la fidelity et les services de leurs esclaves, que
le gouvernement a cru devoir assujettir a une
multitude d'entraves leur gn tro'sit6 qui lui n
paru excessive et nuisible i la culture.


pel'Imprimerie de DEVAUx, rue des Boucheries'
Saint-Honore, n*. 7t