Contre la révision de la constitution, by Emmanuel Morpeau, 42p,

MISSING IMAGE

Material Information

Title:
Contre la révision de la constitution, by Emmanuel Morpeau, 42p,
Physical Description:
Mixed Material
Publisher:
Cayes, Haiti, Impr. Bonnefil, 1914

Notes

General Note:
4-tr-Morpeau-1914
General Note:
HarLawDep HAI 961 MOR; Hollis 004455054

Record Information

Source Institution:
Harvard University Law Library
Holding Location:
Harvard University Law Library
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
LLMC31869
System ID:
AA00001048:00001


This item is only available as the following downloads:


Full Text
















This volume was donated to LLMC
to enrich its on-line offerings and
for purposes of long-term preservation by

Harvard Law School Library











CENTRE LA REVISION

DE LA CONSTITUTION



PAR

Emmanuel MORPEAU
LICENCIE EN DROIT
AVOCAT



IMPRIMERIE BONNEFIL
CAYES ( HAITI )
Rue du quai
1914


















Du m1nie auteur:
La Doctrine de l'aieul 1 b:ochure


En vente
A Port-au-Pr since
chez le S&nateur M. Morpeau"
Aux Cayes chez J'auteur




ERP 15 1931

















LA CHAMBRE DES COMMUNES

AU
SENAT DE LA REPUBLIQUE

Je dedie ces pages.
Puissent-elles produire quelques effects sur
leurs esprits et exercer quelqu influence dans
leurs d6lib6rations.
Que le corps 16gislatif soit assure qu'en
les 6crivant je n'ai pens6 qu'h mon pays;
qu'en les adoptant. il aura encourage un horn-
me qui ne desire que le relevement de sa chere
Haiti.
D'ores et deja tout le succes et tout
l'honneur en reviennent A la patrie.
J'ai pour devoir d'etre utile. A celui qui
accomplit sa tache il n'est rien dif. A
l'oeuvre d'education que je propose je ne
cesserai de faire mon apport.











Gastrre In rskisian
h lt in tstitutrixn *

Le but de I'hommne est I'action
VOLTAIRE
L'homme est une force active,
unecause qui agit Incessamment, Tel-
lement que I'Mide d'existence ne lui
vient que de cette cause intrIleure
qul est iui," LEIBNITI,

I

Tout est un efiet natural de notre acti-
vitE. Le present explique le pas:e et prepare
l'avenir. Au dessus des lois il y a les moeurs.
Les lois ne valent pas sans l'6lement social
qui les justifie et les applique.
Dans un article intitule: Nos moeurs
et nos lois" paru dans L'Essai" du 24
Octobre 1912, j'avais soutenu que: Notre
" constitution de 89- contrairement a ce qu'
" en penscnt certains- n'est pas A reviser
" quant A present. C'est plutot la mentality
" du pays qui doit etre rgforme ses moeurs
" qui doivent etre amelior6es. Pour savoir si

Paru dans Le Matin des ler et 2 Sep-
tembre 1913.







-2 -


" un instrument est bon ou mauvais on
" doit commencer par 1'utiliser. Ce ne sera
" qu'apres s'en etre servi qu'on pourra d6ci-
" der s'il doit etre conserve ou remplac6. N'a-
" voir fait de cet instrument qu'un usage
" imparfait et ddclarer qu'il ne s'adapte pas
" nos moeurs, qu'il doit etre 6cart6, c.est
" franchement ne pas raisonner. Un people
"est un etre d'habitude. En lui so trouve
" entass&e une longue succession de volon-
" tis identiques. Les circonstances qui nous va-
" lurent I'Ind6pendance les tendances h6redi-
" taires les influences historiques et le milieu
" ont fauss6 chez nous 1'organisme. Tenir
" compete de toutes ces circonstances et se
" basant dessus arriver a reformer nos mloeurs,
" telle est la premiere pierre de 1'oeuvre t en-
" treprendre. Nous avous vecu de l'arbitraire ,
"dans 1'arbitraire et par l'arbitraire. Nous de-
" vons propager l'id6e qui fera disparaitre cet
" 6tat de choses.))
Mon opinion n'a pas change. Aujour-
d'hui que la question de savoir si la cons-
titution merite d'etre ravis6e est A 1'orcdre
du jour je crois de mon devoir de presen-
ter quelques considerations contre le project
de revision.
Arant de le faire jetons un coup d'oeil
rapide auteur de nous et voyons ce qui
s'v passe. L'6ducation qui forge 1'liomme et
fait de lui un citoven n'existe pas. Au
point de vue moral nous sommes inferieurs
a nos aieux. Dans nos villes dans nos
campagnes tout est A 1'6tat de nattire.
Le souci de li gloire celui combien no-








-3-


ble de la grandeur de la patrie n'obsedent
plus. Beaucoup d'administrateurs tres pen
ou plut6t pas d'administration. Pas de sys-
tome financier et administratif. Partout la
course aux functions publiques la course A
la cure. Les charges sont insuffisantes on
en augment le nombre et chaque jour va
se multipliant la liste des solliciteurs. L'Etat
est le grand curateur le nourricier.
Parce qu'il est 6goiste, sans education et
ne salt pas player dans les spheres de la
politique proprement dite it se croit capa-
ble de pourvoir A tous les besoins afin
d'avoir tout le monde la tete baiss6e l'6-
chine courb6e sous la main. Pour lui n'a
aucun sens cette torte pensde par laquelle
Aristote retorquait Platon: La cit6 se fait
" non d'hommes semblables mais d'hommes
" diffdrents. 11 doit seul penser et pour
tout le monde. 11 ne faut pas opiner con-
trairement a ses vues car tout de suite
sa tete tourne comme avait tourney celle de
N&ron donnant naissance A ses crimes fan-
tastiques de lese-ftat de complot contre la
la sureti de 1'Etat et que sais-je. Ainsi
done i'Etat est corrupteur et tue par 6-
troitesse de vue P'esprit d'initiative 1'es-
prit d'ind6pendance. La richesse le luxe ,
1'aisance sont 1'apanage de certain et 6toi-
lent une surface de misere. Beaucoup de
talents peu de caractere, beaucoup d'hom-
mes intelligent peu homes de bonne
foi et utiles peu -de capacitEs bien emplo-
yves. Tout le monde vit d intrigues s'e-
puise en competitions vaines stEriles came








-4-


que le -pays va A l'abime mais se soucie
fort peu de rien reparer. On 6crit beau-
coup, on parole beaucoup et on semble igno-
rer qu'en politique les grands hommes, les
grands esprits createurs ne sont certaine-
ment pas ceux qui parent a longueur
de journey 6crivent sans cesse mais
ceux qui conqoivent just et ex6cutent bien.
En HaYti comme partout ailleurs, on n'es-
time un homme politique qu'A ses oeuvres
et aux resultats obtenus. Chez nous on a
trop longtemps gouvern6 contre quelqu'un
ou contre quelques-uns. II est temps qu'-
on comprenne que l'avenir est a celui qui
gouvernera pour tout le monde, en dehors
et au dessus des parties qui sera impar-
tial et tolerant, fera appel aux bones vo-
lontes et aux concours intelligent et loyaux,
en un mot gouvernera grandement et lar-
gement. Cette court peinture doit faire sen-
tir la necessit6 de I'education tant pour
1'Etat que pour la nation.
Quelle est la premiere parties de la politique?
s'6crie Michelet dans son interessant ouvra-
ge intituIl Le Peuple. L'6ducation. La
" second? L'education. Et la troisieme? L'6-
" education. J'ai trop vieilli dans l'histoire ,
" pour croire aux lois, quand elles ne sont
" pas preparees quand de longue date les
hommess ne sont point eleves a aimer, A
" vouloir la loi. Moins de lois je vous prie,
"mais par I'education fortifiez le principle
"des lois rendez-les applicables et possibles;
" faites des homes et tout ira bien. "
Parmi la generation qui doit succeder








-5-


A celle d'aujourd'hui il y a des jeunes gens
qui savent a peine signer leur nom.
J'en connais plus de cinquante qui sa-
vent tout au plus lire et ecrire. Le mau-
vais example pullule. La liberty indivi-
duelle n'est pas encore un fait chez 'nous.
Le dernier agent de police se croit le droit
d'arrfter, de deposer en prison. La rivi-
sion de la constitution ne produira aucun
effet pratique. Actuellement le fait brutal
c'est qu'il n'y a qu'un moyen de salut:
1'instruction de la masse 1'6volution du
people.
Pourquoi parler de revision de la cons-
titution alors qu'en cas de violation' du
principle de la separation des pouvoirs, le
dernier mot "est toujours rest A celui des
trois qui possede la force ?
Pourquoi parler de revision quand cette
constitution don't la defense a 6t6 confide
" au patriotism et au courage des grands
"corps de l'Etat et de tous les citoyens
n'a jamais 6t6 observe applique ?
Pour qu'une famille evolue il faut ab-
solument que tous ses membres travail-
lent A son bien-ftre A son developpement
reel en un mot qu'il n'y ait entire eux
qu'un coeur et qu'une ame tout en con-
servant chacun son individuality propre. Une
nation progress quand la conscience de
chacun a, pour r.percuter ses nobles senti-
ments la conscience de tous ; quand il
n'y a pas deux nations dans la nation.
Pour obtenir ce resultat d'une nation
coherente, liie entire elle comme par un








-6-


lien magnetique qui fasse vibrer ses menr-
bres du sommet de l'6chelle social A sa
base, il faut I'education. Tout dans la vie-
se resume par ce mot. Trouvons-nous ac-
tuellement un fond d'idees de croyances.
communes qui inspirent les actes de 1'hom-
me politique et du citoyen et assarent le
d6veloppement rationnel de l'enfant ? L'hom-
me de domain vaudra-t-il mieux que celui
d'aujourd'hui ? Et pour appliquer d'une faeoni
impartiale r6gu!iere les lois que nous violons
sans cesse, qui aurons-nous ? La constitution,
ayant pour but veritable le d6veloppement nor-
mal de l'homme, m6rite-t-elle d'etre revis6e quand
elle n'a jamais t6d 6x&cutee c'est-a-dire emplo-
yee comme vrai moyen d'action ou d'education
national ? Que penscr d'un individu qutii parole
de respect de la loi et de la constitution
quand il est le premier A les violer ? Dans cc
cas est-ce la constitution ou l'individu qui
m6rite d'etre r6forme ?
Dans tons pays non encore en decadence,
l'individu est tout tant que ne fleurissent les
institutions. Par ses moeurs austeres par sa
sagesse il s'impose en example A tons ceux qui
l'entourent. Son respect des lois et des institu-
tions que peut-etre il a crimes est le plus
stir garant de leur bonne march et de leur
evolution.
Les 0ois les meilleures ne peuvent produire
aucun bon r6sultat sans l'6ldment social appel6
A les appliquer sans l'opinion publique fruit
de I'education qui flagelle le coquin et soutient
l'liomme de bien. Inexistence d'dducation mora-
le inexistence d'education social inexistence









d"'ducation politique voilA ce qu'on constate.
Dans ces conditions est-ce la constitution
qui est A reviser ? Et puis quand un people
pi6tine sur place sans industries parce que
sans independance et sans initiative dans l'es-
prit pour pouvoir !a cr6er sans agriculture ,
incapable de s'approprier les progres realises
par d'autres se peutil que ce soit une question
de revision de constitution qui nous pr6occupe?
Je voudrais bien voir ceux-IA qui en sont
les partisans prouver 1 que la constitution
a et6 appliquee 2 que sa mise en oeuvre a
d6montre ses d6fectuosit6s 3 qu'elle est inf6-
rieure a nos moeurs.
Qu'on r6ponde ou non A ces questions
je fournis d'avance mon opinion.
Je suis presque sfir d'etre en opposition, avec
beaucoup. Ceci me chagrine peu car j'exprime
implement ce que je pense. La volition est 6-
troitement li6e A l'intelligence. La plus forte
raison de dire ce que je crois la v6rit6 a
son fondement dans un principle de droit na-
turel: celui de penser et de formuler ma pensde
et ensuite dans un principle de morale. Pen-
ser et enoncer la pens6e sont done deux
actes absolument solidaires. Comment conci-
lier la dignity de 'Fame humaine avec le men-
songe ? L'inconciliabilit6 ne cesse qu'autant
qu'il s'agisse d'une conscience fourvoy6e ,
qui ne voit dans le people qu'une chose
et dans la politique qu'un moyen quelconque.
L'article 21 de la constitution est confor-
me- aux deux principles don't je viens de par-
ler et en opposition continuelle avec nos
moeurs. Qu'un homme use librement de son







-8-


droit de penser et de formuler sa pens&e tout
de suite il est montr6 du ioigt. Dans ce
cas qu'est-ce qui est a reviser ? Ici encore re-
vient la question d'dducation.
Elle est capital pour quiconque etudie
les sources de vie morale infiltrees aux di-
verses generations qui se sont succe& de l'In-
pendance a nos jours. Si elle existait, elle
n'eit pas pu engendrer cet 6goYsme profound
qui 6treint la nation et fait que tout est
objet de speculation meme l'amour de la pa-
trie .
La force et la sante personnelles s'obtien-
nent par l'observance des lois physiologiques
comme la force et la sante nationals sont
la r6sultante logique de 1'obdissance aux lois
sociales. Aucun people n'a marched par bonds
et les progres r6alises par tous ne' sont au
tond que des transformations. Aussi je m'ex-
plique difficilement ces brusques changements
qu'on veut apporter a la vie de la nation.
On desire un principle autre que celui de
la separation des pouvoirs alors qu'on
n'a jamais 6tabli d'6quilibre entire eux
et qu'A d6faut de tradition, de moeurs
pour le favoriser on n'a encore fait aucun
appel aux elIments qui pourraient 1'amener.
On parole de changer le principle de linamo-
vibilit6 des juges quand parmi les individus qu'on
choisit pour remplir cet office il s'en troupe
qu'on n'aurait jamais du honorer d'une pareille
dignity. -ui peche? C'est le pouvoir qui nomme.
uu'est-ce qui est A modifier ? Ce sont les moeurs
c(ui ptrmettent A un chef d'Etat d'appeler A
Cdes fonctions si importantes des individus qui







-9-


auraient du etre rel6gues A 1'arrire-plan. Ce
principle peut-il produire de beaux r6sultats
ailleurs de dftestables chez nous ?
Ce que je dis du principle de la separation
des pouvoirs et de 1'inamovibilit6 des juges
s'applique A l'institution du jury, At la peme
de mort en matiere politique et A toutes les
autre- questions sur lesquelles doit statuer la
28e 16gislature. Helas depuis la mise en
viguceur de la constitution de 1889 que de
fusillades- sommaires pour crimes pretendus con-,
tre la sfiretd interieure de I'Etat !

II

''L'Article 6 ne doit pas etre modifi6. *
Chez nous on a cctte mauvaise habitude de
vouloir quand meme copier l'etranger sans
tenir compete de l'6tat de nos moeurs de la
situation du pays. Si on modifie cet article
ce sera plus qu'un crime d'Etat, ce sera une
faute pour parler le language de Talleyrand
stigmatisant la decision malheureuse qui cut
pour consequence la fusillade du due d'Eng-
hien. On se base pour demander cette sup-
pression sur les pays ofi l'etranger a le droit
de propriet6. Envisage-t-on la Jamaique ? Je
montre d'ores et dja_ le canon anglais d6fen-
....................................................................
Je voudrais bien savoir, ce que les par-
tisans de la suppression de P'art. 6 pensent
de la violation brutale de notre territoire
par les marines strangers alors que les ld-
gations les consulats n'6taient nullement me-
nac6s. C'est un fait positif Qu'objectent-ils?








- 10-


dant cette colonies depuis le jour oi en 1655
la Grande Bretagne 1'enleva A l'Espagne.
Et puis l'Angleterre n'a accord ce droit
A 1'etranger que depuis ure quarantine d'an-
nees environ. S'agit-il de la France ? Je vois
le citoyen le capital national fremir et ma-
noeuvrer le canon qu'il a fabriqu6, toutes.
les fois qu'on semble vouloir porter atteinte
au drapeau cet embleme sublime qui incarne
la patrie. Dans ce pays le pouvoir est 6clair6
et coherent les luttes intestines p6riodiiques
ne se constatent plus I'Etat existe A toutes
les 6poques et ne chancelle pas, meme dans
les temps malheureux. Sur cette terre clas-
sique de l'hIroisme une prohibition semblable
a la n6tre ne s'explique plus.
Mais chez nous oi 1'ins&curitU le desordre
sont a 1'6tat endemique; oi l'on prend tou-
jours des measures centre le citoyen, le re-
gnicole, mais jamais centre le dehors ; dans
ce pays sans defense centre 1'etranger, sim-
plement plac6 sons l'oeil protecteur du Dieu
des armies cette suppression est-elle pos-
sible ? Si on le fait, ce sera dans le but 6vi-
dent brutal, de faciliter les reclamations les
plus imbeciles et les plus odieuses d'endetter la
nation de lui faire perdre son ind6pendance.
Qu'on se rappelle le r6le de 1'6tranger en
Pologne. Depuis longtemps le pays sue son
honneur par tous les pores. Apres 1'enleve-
ment, en 1870, de nos avisos de guerre par
le capitaine Bastch, c'est le 6 decembre 1897,
apres le 6 dc6dembre le 6 septembre 1902. -A
cete de ces flUtrissures horribles que de recla-
mations insidieuses et perfides que de choses







-11 -


-malhonvftes et viles Je n'6numnre pas. Les
places qu'elles ont occasionnees sont encore
vives et laissent des traces de boue et de
sang dans la m6moire national. Cependant
cette constitution don't on demand la revi-
sion dit formeflement en son article .185:
" En cas de pertes 6prouvxes par suite de
" troubles civil et politiques nul haitien ou
" stranger ne peut pr6tendre A aucune indem-
r nit6. "
Bref A ceux-lA qui nous jettent si bruta-
Iement 1'insulte A la face qti nous crachent
notre lachet6 a la figure, qu'offrons-nous?
La pleine propriet6 la suppression de 1'art. 6 !
Heurcusement que 1'histoire est [A et enre-
gistre. II y a des hommes qu'elle vouera A
l'exicration national. Elle est aussi, hilas !
" l'Nternelle Cassandre. A ses vaticinations inu-
" tiles les peuples ne s'arretent pas '' s'6crie
Freddric Masson dans une des pages les plus
4mouvantes du premier volume dejadis et au-
jourd'hui. Durant qu'elle announce 1'abime, ils y
" courent s'y precipitent et elle ne peut pas
" meme pleurer s-ur les folies et les crimes des
" morts! "
Nous ne so mmes pas encore assez
maitres de nous-memes et maltres chez nous ,
pour faire cette suppression. Aussi je propose
carrEment d'ajouter A la suite de Part. 6 :
" quiconque osera y porter atteinte sera d6-
" clear traitre A la nation. "
II est temps d'entourer d'un respect sacred
notre pacte fundamental.
II est temps que l'etranger ne nous con-
sidere plus come un people de comndiens








-12-


ou comme ( une miserable bande de negres 16-
" gerement teint6s de civilisation francaise A
" qui de jeunes garcons montes sur des navires
" icoles enseigneront les bonnes mnnieres. "
C'est seulement chez nous qu'on voit les
moeurs en opposition continuelle avec les lois.
Quel people Admirable cependant et facile A
etre transform mais A qui des conducteurs ,
des 6ducateurs manquent. Ce qui fait qu'au-
cune idWe n'a pu produire des fruits et des
fruits vigoureux c'est que chaque haitien qui
a des sentiments gen6reux prend les nobles
l6ans de son coeur et les envol.es de son
esprit pour la r6alit6 et ne comprend pas
qu'il ne dive avoir comme measure des int&-
rets de 1'Etat ni ce qu'exige son enteniement
ni ce que desire son coeur ; qu'il doive. 'agir
vis A vis d'une nation malade avec la belle
prudence que suggere an m6decin habile la
conviction de la grande d6licatesse des or-
ganes du corps human.
Un historien remarquable TAINE, a sou-
tenu dans le tome deuxieme des Origines de
la France Contemporaine que:
Remplacer les vieux cadres dans lesquels
" vivait une nation par des cadres differents ,
" approprids et durables appliquer un moule
" de cent mille compartments sur la vie de
" vingt six millions d'hommes le construire si
" harmonieusement 1'adapter si bien si a
" propos avec une si exacte appreciation de
" leurs b-csoins et de leurs facult6s qu'ils y en-
" trent d'iux-memes pour s'y mouvoir sans
" heurt et que tout de suite leur action impro-
'visde ait I'aisance d'une routine ancienne ,








-13-


" tine pareille enterprise est prodigieuse et pro-
" bablement au dessus de l'esprit humann"
L'entreprise de la revision de la constitu-
tion est une oeuvre funeste.
Cette constitution modifiee, rev'isee ne s'.a-
daptera point aux moeurs de la nation. On
constatera cette chose burlesque : une nation
a qui i'experience n'a pas servi, don't les con-
tumes et les moeurs n'ont pas td prisess en
consideration ; une nation oi l'on n'enr.egistre
ni ne r6gularise jamais ; ou l'on defait, re-
fait cree sans cesse ; une nation sans assise et
sans m6thode. Dans les pays ou il y a reellement
des homes d'Etat on ne cherche point A
" remplazer les vieux cadres dans lesquels vit
" a nation par des cadres differents ; on
6vite les changements brusques. Le Gal Gallieni,
cc grand organisateur reste sur le terrain de
la politique proprement dite quand dans
son beau rapport sur Madagascar en 1899 ,
il propose de laisser le regime auquel le
people est habitu6 et d'utiliser : le plus
" possible les rouages existants au lieu de leur
" superposer des rounges artificiels."
Dans notre pays ou l'Etat est tout ofi
l'initiative privie n'existe pas ou 1''nergie
individuelle offusque presque ohi les tendances
h6reditaires sent dans toute leur force, peut-
on rien entreprendre sans tenir compete de ces
tendances des moeurs des habitudes iav6t6-
rdes du people ?
Nous ne sommes pas encore arrives a ce
degrd de fiert6 qui nous permeate de dire avec
Taine-chacun 6tant une force conscience-:
" Prenons garde aux accroissements de PEtat








-14 -


" et ne souffrons pas qv'il soit autre chose qu'un
" chien de garde. ".
Nous ne poss6dons pas encore cet esprit
d'abnegation qui facility la comprehension et
application de cette grande pense. de Goethe:
" J'aime mieux l'injustice que le dcsodre. "
L'Etat, simple chien de garden, president au
developpement national ; l'individu subissant
son joug acceptant meme l'injustice pour em-
pecher le d6sordre sont des id&es contraires A
notre esprit et en opposition avec nos moeurs.
Du haut en bas de 1'&chelle social le d6vof-
ment n'existe mas.
Dans les pays organisms oih la science
du gouvernement est enseign6e et applique,
on comprend aisement que l'Etat est un
assemblage de centres locaux en perp6tuel
devenir d'ou la vie s'6chappe fatalement des
que le gouvertnement essaye de concentrer
tous les pouvoirs en ses mains et d'ab-
sorber les forces vives de la nation. Dans
ces pays l'Etat fournit un minimum de
travail et accomplit ce que les citovens
r6unis en association ne peuvent rdaliser. 11
provoque 1'6nergie, encourage 1'initiative pri-
vie. Son but 6tant la grandeur national
il respect et exalte la conscience et P'honneur,
ces deux notions indestructibles don't la
premiere nous vient du Christianisme, la se-
conde du moyen age et facility la satisfac-
tion des besoins de la vie morale intellec-
tuelle et physique 11 comprend que cher-
cher A alterer l'independance des citoyens ,
c'est aller A l'encontre de ces notions et
abaisser du coup son propre niveau moral.







-15-


Tant valent les citoyens tant vaut I'Etat.
On s'explique sans peine alors qu'en Angle-
cerre oi l'education existe ce grand citoyen
Herbert Spencer, le fondateur de la philoso-
phie 6volutioniste ait preconis6 la devise har-
die de : L'Individu contre 1'Etat. "
Ainsi done tout 6tant une question d'6-
ducation avant de r6viser notre constitu-
tion empressons-nous de reformer nos moeurs,
de nous donner une vraie education natio-
nale. Alors seulement naitra entire les cito-
vens d'une mnime ville : La grande Amitid"
qui conduit logiquement A l'amour de la pa-
trie. Fornions des hoinmes.
Les membres de la Grande Convention Natio-
nale Frangaise se sont 6cries dans le course de lear
h6roique besogne; Si nous decr6tons 1'dducation
" nous aurons assez v6cu. Ils ne la d6crfterent
pas seulement mais Forganis.rent en haut et
en bas par la creation des 6coles norma-
les et des ecoles primaires. Tout de suite
apres, avec le tact qu'inspire seul le pa-
triotisme 6clair6 ils remplirent i'espace in-
termiudiaire par !a creation et l'organisation
des *coles centrales. Et pour rdaliser les
voeux de la grand Asseniblee pour assu-
rer le succes de cette oeuvre d'6ducation ,
les hommes les plus remarquables dans la
politique les sciences et les lettres ac-
cepterent les plus humbles functions de l'en-
s.eignent : Sivdys Roederer Cabanis Lacroix,
Cuvier Fontanes Laharpe Laromiguiere etc.
Laplace et Lagrange se firent simples pro-
fesseurs d'arithmeti ue. Pour tout traitement,
l'un d'eux Clouet, a'accepta qu'un coin de







-16-


terre qu'il cultiva. Leurs el1ves furent des
homes distingues dans 1'action qui trans-
formerent tout: le monde les sciences et les
arts et exalterent la grande nation. Soyons
edacateurs dans le sens exact du mot ins-
pirons la foi qui fonde les nations regen;re
les Etats et dans vingt ou trente ans quand
cette grande education national aura per-
mis effectivement 1'application strict ferme
de la constitution et des lois, alors seule-
ment on pourra, se basant sur les moeurs,
voir ce qu'il y a de d6fectueux dans la
constitution et les lois et les reviser. Pour
ce travail d'education de 1'Etat et de la
nation faisons appel aux specialistes cou-
rageux et de bonne foi don't I'Allemagne
apprecie depuis longtemps l'oeuvre et au
temps. ce dieu des Anglais. Enlevez Stein a
la base et Bismarck au sommnet du travail
de rg ri ation allemande l'oeuvre cesse
d'ftre possible.
En tout ayons recours A la sagesse A
1'exp6rience des autres. Le rapporteur de la
Convention pour expliquer son oeuvre con-
clut par ces paroles don't Napoleon lui-
mmme apprecia la port&e: Le temps seul
pouvait etre le professeur de la Republique."
Travaillons ferme. L'amour de la patrie
comme dogme, comme principle d'Mducation ,
comme 1igende voilh ce qu'ii faut. Nous
obtiendrons alors ce r6sultat: memre coeur,
.meme ame patrie glorieuse respect des lois
religion du progress.
Les Cayes, le 26 Aofit 1913.
















La science est unei il est impossible do toucher i la politique
sans s'occuper de morale et la morale tient i toutes les questions
scientifiques',
BALZAC,


I l aut restaurer la fi dans I'avenir de la pattie,
Emmanuel MORPEAU,


I

On ne doit commencer aucune oeuvre par
une ill6galit6. Le corps 1lgislatif n'ayant pas
6t6 d'accord sur les articl:-s A reviser: le s6-
nat de la R6publique pour n'avoir pas sanc-
tionn6 les articles denoncis par la chambre
des communes et la derniere ceux d6nonces
par le senat la constitution de 1889 ne
sera pas modifiie. A moins que la 28eme 16-
gislature ne veuille se croire capable d'6difier, sur
une illIgalit6, une oeuvre l1gak. Dans ce
cas je la renvoie A I'histoire qui lui dira le
sort de ces sort ces de travaux.
A c6t6 de cet argument decisif, j'en presente
d'autres tir6s des faits mmems de 1'histoire
national.









Quand dans mes articles parus dans Le
Matin des premier et deux septembre de
l'ann&e derniere qu'on a lus plus haut, i'eus
demand, qu'on s'occupat plut6t d'une oeuvre
d'6ducation je tenais compete exactement de
1'6tat moral et materiel desastreux du pays.
Les besoins du temps 'esprit de l'6popue ,
les aspirations les tendances du people sont
les 61ments essentiels qu'on doit considerer,
quand on entreprend une oeuvre quelconque.
Une double tendance existe : celle de l'l1ite
et celle de la masse. Depuis quelque temps la
tendance de la masse tend A s'elever et A se
confondre avec celle de 1'elite. Le people se
surprend A raisonner et A desirer un meilleur
emploi de son labeur et des richesses qu'il
procure. II est fatigue de se sentir une -chose.
II se laisse mener moins facilement. L'act-ion de
l'Etat est plus difficile. Dans ces conditions une
transformation dans sa fahon d'etre et de
fonctionner est necessaire.
La revision de la constitution amnnera-t-elle
plus de liberty effective en faveur de la nation
ou plus de pouvoir, plus d'autorit6 au profit
de l'Etat? Plus que jamais ces deux principles
sont en presence : autorit6 liberty.
Qu'on n'oublie pas que de 1804 A nos jours ,
!'Etat a 6t6 preponderant; que tous les mal-
heurs du pays viennent de lui. Pouvant tout,
le bien efit 6td accompli, s'il l'avait voulu. Science
et conscience lui ont manque. Encore qu'il se
soit' form et ait grand en meme temps que
la nation il s'est d6velopp6 outre measure et
a acquis au detriment de celle-ci, par suite
des luttes intestines qu'il a trop souvent









provoques une puissance intdrieure marquee
et deprimante. Ceci est un fait brutal. Mais
une autre constatation non moins 6vidente, ce
sont les aspirations confuses il est vrai, de
la nation vers. la liberty, manifest6es des 1807.
Elles sont continues dans nos diverse constitu-
tions notamment celles de 1816 1843 1889.
Depums, la lutte existe apre entire 1'Etat
oppresseur, despotique, se croyant capable
d'assurer seul le bien-ftre du people et la
nation qui en presence de l'incapacit, de la
mauvaise foi notoires de I'Etat, desire arriver
A la pleine possession d'elle-meme et assurer
son complete developpement. Toute oeuvre poli-
tique pour Etre rationnelle, logique, pour
r6ussir doit etre la resultante n6cessaire des
faits de l'histoire national. II n'y a que les
idWes communes qui rassemblent les hommes
et les portent A fraterniser. Seules ces iddes
triomphent en formant les grands groups
nationaux. Le monde qui vient, affirme Eugene
" Melchior de Vogiid, a soif de recomposition ;
" on ne le groupera qu'autour des idees simples."
II a vu just.
On ne fouille pas assez l'histoire. Les
moeurs les tendances les habitudes d'un
people sont tout. Cette idee n'est pas propre
seulement aux politiques mais A tous ceux
qu'int6ressent et preoccupent le 'oonheur du
people et l'avenement de la Nation.
II
Un grand porte allemand Schiller a 6crit
dans son Wallenstein: L'homme est fa*onn6
" par la coutume la couture est sa nourrice.









" Malheur a celui qui vient trouble l'homme
" dans son affection pour les anciennes choses ,
" pr6cieux heritage des aieux Le temps exer-
" ce une sorte de consecratidn ce qui 6tait
" respectable pour les vieillards prend un ca-
" ractere divin aux yeux des enfants. "
11 a tellement raison, que si 1'on prend
au hasard n'importe quel frangais en d&hors
de l'l1ite, et qu'on lui dise: Le people est
souverain ", on 1'entendra, tout de suite rap-
peler qu'il a fait 1789 qu'il a pris La Bas-
tille d'assaut, qu'il a, coinme gant A l'Eu-
rope, jet6 la tete de Louis XVI et celle
de Marie-Antoinette; qu'A cette 6poque il a
conquis 1'6galite civil et en 1848 l'6galit6
politique. Puis il conclura:" Le people souve-
rain c'est mci."
A cela il n'v a rien d'6tonnant la France a
6t6 formie, discipline. rendue compact 1ar dix
siecles de gouvernement monarchique. En 1789 ,
elle pouvait parfaire elle-meme, l'oeuvre de
son avenement. Les idles de ses penseurs de
ses juristes cimentees par leur courage et
leur foi dans l'avenir 'avaient penetr6e et
avaient provoqu6 le plus formidable des ev6-
nements : la revolution frangaise. La lumiere
ne se localisa pas. Elle s'6tendit partout et
sur le monde entier. Le people devint lui-
mime. Tel qu'il existe il est capable de tous
les progres de toutes les transformations pro-
pres A le maintenir au sommet de ia civilisation.
Sommes-nous dans le meme cas? Helas!
non. L'uniti morale n'existe meme pas. On
raisonne non en patriote, non en vritable
homme politique, mais en homme de parti,








en homme de sentiment. Dans ce pays aux
bouleversements p6riodiques, on n'envisage pas
l'avenir; on ne pense pas du tout. aux genera-
tions futures. II parait qu'on a des enfants
du sort desquels on ne se soucie pas. Puisque
tout people ou tout individu doit avoir une
passion, pourquoi ne pas avoir celle de leguer A
nos fils une Haiti r6g6ner&e, respected glorieuse?
Le people souffre de la triste situation qui
lui est faite et manifesto timidement. II lui
faut des conducteurs, des 6ducateurs courageux,
devouds.
III
Je n'ai soulev6 aucune id6e subversive.
Nous sommes en democratic. Si je l'ai fait je
demand afin que je le dispute et le combatte,
le principle de conservation qu'on peut m'oppo-
ser. L'Etat n'en a pas. Quand il condamne .
sans libre discussion et sans examen pr6alable
accompli de bonne foi il ne resoud rien. En
supprimant l'homme, on n'aneantit pas 1'idee.
Elle subsiste et fait son chemin A la honte de
ses oppresseurs.
Les idEes une fois nres a Ecrit Chateau-
" brilland ne s'an6antissent plus ; elles peu-
'vent ftre accables sous des chatnes ; mais,
" prisonnieres immortelles elles usent les liens
" de leur captivity. "
Or n'a guere fait de la politique chez nous.
On n'y a fait que de ]a police. Et quelle police!..
La politique ktant science et art pour pou-
voir gouverner d'une facon rationnelle I'Etat

Etudes historiques p. 504.









doit, comme le dit si bien Gustave Flaubert*
" s'l1ever au dessus; des affections personnelles-
" et des susceptibifites nerveuses" et provo-
quer par une volont& f-rm'e, arretee Ju bien ,.
Occasion de reali-ser atu profit de la nation,.
ia phs grande sommer de bonheur possible.
Ainsi done: la politique n'est pas inme th-
' orie de cabinet, enseigne Taine, danrs la pr&-
"face de ses Notes str I'Angleterre, applicable
"A I'instant, toute entire et tout d'une piece ,.
" mais une affaire de tact oil l'on ne doit pro-
" ceder que par atermoiements transactions et
' compromise "
Toute la politique de Napolonr I a &t6 trans-
actionnelle. Celle interieure de Pitt 1'a 6t&
aussi. II faut toujours computer avec- les pas-
sions des homes et avec les circonstances. Le
milieu le moment sont les gindratrice;s don't
on doit toujours tenir compete.
II faut actuellement une politique national
qui, accomnodant les principles, les idbes aux exi-
gences de la vie reconcilie Haiti avec elle-mnme
et lui prepare ainsi les voies de l'avenir.
Bismarck crut pouvoir, A un certain moment,
pratiquer une politique de morgue et d'arrogan-
ce, Alexandre II et Gortschakoff, la reine Victoria
et lord Derby ameuterent centre lui l'Europe.
Quand on gore ses propres affaires ,
on a le droit d'etre aveugle et tout ce qu'on
veut. Mais quand on administre pour compete
d'autrui quand on est mandataire on doit
s'ingenier A faire r6ussir les vues de celui qu'on
represcnte. On ne prete jue sa science, son

Correspondance t. III p. p. 80 et 270.










savoir-faire. La nation soupire apres la stabi-
lite interieure basee sur la liberty reelle effec-
tive pourquoi la liui refuser ? Qu'on com-
prenne done qu'on n'a qu'une mission: celle
d'obtenir que la liberty se r6alise sans heurt
*sans choc. Laisser chacun s'orienter faire' ef-
fort librement povrvu bien entendu, qu'il ne
porte pas atteinte la liberty generale. Ef-
fort dans 1'ordre. Or I'Mducation r6glemente
tout. et fait comprendre A chacun que sa li-
bert6 s'arrete oAi commence celle d'un autre.
Ne sont-ce pas des preuves frappantes de
notre manque d'dducation que la fatuit6 de
nous croire capable de raisonner sur tout ,
d'occuper toutes les functions; que I'imposi-
bilite d'obeir, de nous courber A une discipline
quelconque-; que. 1'impatience A accepter la
crititique ? II est certain que tous les hommes
n'ont pas les mames talents les memes ap-
titudes. On a des penchants pour telie branch
de 1'activit6 humaire plutot que pour telle
autre. La patience & l'approfondir, developpe
les qualities speciales qu'on a. Un orateur,
quelque distingu6 qu'il soit n'entame pas
tous les sujets avec la mnme aisance.
Ob-ir ne signifie pas suivre sottement, aveu-
glement : e'est, se courber A la discipline. Peut-
on coniprendre une socifet dans laquelle
tout le monde est chef? L'impossibilitc d'obeir
n'est que la consequence de la sotte suffisance
don't je v'iens de parler.
Nul n'a le monopole de la raison, du
bon sens et de la science. Quand on est manda-
taire, on doit ftre contr616 et, quand on
fait rmal, etre critique.










Celui qui n'a jamais su accepter la cri-
tique et en tirer profit, ne sera jamais un
homme d'Etat.
Le champ d'action de la politique est 1'ob-
servation. Tout est la.
Deux choses caracterisent le progress: la
grandeur des principles et la necessit6 des ap-
plications qu'ils imposent. L'observation des
faits conduit A l'analyse et A la comparison.
La loi. le principle 6tant connu, le raisonne-
nent s'impose. On disseque on se convainc
par Pexp6rience et on couronne l'oeuvre par
la synthese. Toutes les idWes sont discu-
tables. Soit. Mais la possession de la science
ou plut6t de la mithode qui y conduit pro-
voque un rsaultat immense, incalculable: le
discernement. 11 y a des v6rites qu'ort "ne dis-
cute pas. C'est de la connaissance exacte des
moeurs des aspirations et des besoins du
people, qu'on peut d6duire logiquement la loi
qui les am6liore et les satisfasse.
La politique est une science exp6rimentale,
" dit Adolphe Franck, qui doit puiser toutes
ses lemons dans l'histoire. "
Pond6ration et measure sont done la regle
des hommes publics.
L'homme d'Etat tate le pouls de la nation
avec autant de tact que le medecin le plus
habile celui d'un malade. Ce qu'il ordonne
porte des effects imm6diats parce que rien ne
lui a 6chapp6. .a raison pure n'est pas plus
,on fait que celui des peuples. Tandis que ceux-ci
se government d'apres leurs passions, lui, cedant
au principle sup6rieur qui est son motif d'etre ,
ob6it uniquement A la raison d'Etat. Elle n'est







-25 -


pas ce qu'on la croit chez nous. Elle a pour
base essentielle 'int6ert le d6veloppement sous
toutes ses former la grandeur de la nation.
Elle inspire A l'homme politique les plus habiles
reformes par lesquelles il devance l'esprit public
et se le concilie. Elle 6claire sa raison, lui permit
de dominer. son temps et son 6poque par le
sentiment patriotiqte le plus pur, la foi la
plus robuste la plus inalt6rable dans l'avenir
de son pays.
La d6mocratie ne pouvant avoir sa base.
au point de vue politique que dans le people ,
au point de vue intellectual que dans la dif-
fusion des lumidres la propagation des con-
naissances au point de vue de 1'6conomie
social que dans la repartition 1'6parpille-
ment et la possession de la richesse par le
travail organism 1'dducation est done le seul
616ment qui puisse faire sentir et comprendre
la necessite de 1'efibrt individual. L'homme
d'Etat le sait et en l'employant come le-
vier travaille infailliblement & 1'avenement
de la nation.
La patrie est au dessus de la famille par
consequent de l'individu. Elle exige le sacri-
fice de nos affections de nos haines de nos
personnel.
HI61as sans guide d6sempar6es abruties
par les souffrances et les miseres de toutes
sortes, sans amusement sain sans appui,
toujours courb6es sous un travail peu r6mu-
n6rateur accabl6es d'imp6ts exposees A toutes
sortes d'affronts places continuellement sous
la main-mise de l',tat 6reint6es par ses a-
gents nos populations trainent une vie misc-








-26--


rable. Voilh le resultat de plus d'un siecle de
despotisme.
Les tendances les habitudes les passions
des peuples sont aussi vieilles que leur his-
toire et ont, naturellement la meme cause.
Elles ont des courants de d6veloppements pa-
ralll1es. L'action de ces tendances de ces ha-
bitudes de ces passions est imperieuse et
fatale parce qu'.instinctive. On la subit sans
s'en apercevoir. Elle est dans 1'air qu'on res-
pire dans la poign6e de main qu'on donne,
dans les reticences de 1'ami avec qui 1'on
cause, dans 1'au .qu'on boit, dans le chant
qu'on entend et surtout dans lecs 'protesta-
tibns energiques contre 1'arbitraire. Cells des
populations publikes dans les journaux de la
Capital ( nov. dec. de l'annae derniere )., con-
tre les elections officielles i'attestent. lBile est
enveloppante. Et on ne veut pas en tenir
compete!
C'est PEtat qui est cause du discredit de
la nation de la faillite de la justice. 11 est seul
coupable. 11 est plastron. Comme tel il n'a
pas le droit de decouvrir lui-meme les plaies
du pays. Que les journalists les publicists le
fassent, c'est leur droit, leur devoir imp6rieux.
Qu'il Pose c'est un crime.
Hilas! le navire a sombre presqu'au port.
Quel habile pilote! Et quel fameux coup de
barre! Organiser la reaction, quand on est ar-
rive avec aux lvres les mots de liberty et de
progres! Avilir la justice quand on en a tou-
jours demand le respect! Decreter les t6nebres,
quand on a toujours reclam6 la lumiere! Arii-
ver, appuy6 sur opinion et se l'alidner! QuAl









sort! Et ce fat son sort! Certes, perir pour ses
principles en tenant en main le drapeau qui les
symbolize est magnifique et immortalise la m6-
moire des hommes politiques. Disparaitre de la
scene, apres les avoir renies, foul&s au pied; voir
le rideau tomber derriere soi, apres avoir 6t6
victim, que dis-je? dupe de sa sotte vanity,
constitute une humiliation horrible sans pr&-
cedent, don't un homme public ne se relve
pas. Pourquoi vouloir la revision d'une cons-
titution qu'on n'a pas su respecter soi-m6-
me et qui content, surtout les principles
sur lesquels on s'est appuy6 pour arriver!
Mais que consacre-t-elle qui soit contrai-
re A la science moderne? Rien.
Elle renferme le systeme qui est & la ba-
se de toutes les republiques democratiques:
le regime representatif et parlementaire. La
nation regne pir la chambre des d6putes et
le s6nat. Le parlement gouverne par l'or-
gane du cabinet responsible. Le Chef de
I'Etat, produit du suffrage des deux cham-
bres comme celles-ci sont le fruit du suffrage
populaire, a un pouvoir purement nominal
et impersonnel. RWprisentant le pays devant
i'6tranger, il incarne l'honneur de la nation.
II preside le conseil des secr6taires d'Etat
y soulve, agite, discute toutes les questions.
Son role s'arrete lA. En cas de dissenti-
ment-, et afin que 1'harmonie ne soit pas
rompue -, il s'entremet conseille et concilie
les chefs de departements ministeriels. Ne d6-
cidant jamais, sa personnalit6 n'est jamais
entamee. Quand Jes Secr6taires d'Etat se
seront mis d'accord par une d-i;.a'n clair-








-28--


re logique raisonnee il interviendra et sanc-
tionnera purement et simplement. L'acte est
ridig6. II le signe. Le ministry responsa-
ble le contresigne. S'il. s'agit d'ume sim-
ple measure administrative la decision est
executoire du moment qu'elle est publiie
sur le Moniteur. Si au contraire, la deci-
sion concern, non pas une branch d6termi-
n6e de administration mais le pays en-
tier, quant aux rapports des citoyens en-
tre eux on batit un project de loi. Le
project, signed du President de la R6publi-
que et contresign du secr6taire d'Etat res-
ponsable, est soumis aux chambres. II1 est
.discut6 en comit6 et en stance publique ,
approuv6 ou rejet6. Dans ce dernier cas, le
cabinet responsible et solidaire se retire ,
n'ayant plus la confiance du pays. Et le
Chef de 1'Etat lui dit adieu le plus poli-
ment du monde. La rcsponsabilit6 minist&-
rielle consacre la preponderance des cham-
bres et la subordination du pouvoir ex6cu-
tif. Le contr6le le plus scrupuleux le plus
severe 6tant exerc. ne peuvent se faire jour
que les nobles ambitions, celles bases sur
la science et la conscience et ayant pour
but le bonheur de la nation. D'apres la
constitution, le Chef de I'Etat, les membres
du Cabinet et ceux des deux chambres sont
des cerveaux disciplines par la science, tres
large ayant, pour me. servir, d'une exnres-
sion chore A Talleyrand, "beaucoup d'ave-
" nir dans l'esprit." II n'y a pas de pouvoir
pr6sidentiel. Le President de la Republique,
pas plus qu'aucun secretaire d'Etat, pas







-29-


plus qu'aucun agent de police, n'a le droit
d'arrfter, de d6poser en prison. Seuls, le
juge d'instruction et le commissaire du
gouvernement sont pourvus de ce droit ex-
horbitant.
Consciencieuscment applique en vue' du
relevement de la patrie la constitution pro-
duira des effects magnifiques. Car elle content
le systeme "des freins et des contrepoids," don't
parole Bagehot, qui assure le triomphe de
la liberty dans les d6mocraties stables et equi-
librees.
Les ministres repondent de tout devant
les chambres, devant le pays. Contresignant
tous les actes du Chef de 1'Etat, ils sont
stuls responsables sauf dans le cas de haute
trahison d'abus d'autorit6 et de pouvoir ou
de tout autre crime commis durant 1'exercice
de ses functions. Les divers comit&s du corps
16gislatif administrent. Les chambres gouver-
nent en 6mettant le principle le cabinet res-
ponsable l'applique. Elles ont le droit de con-
trole effectif en posant des questions ou en
interpellant. La solidarity qui existe entire
tous les citoyens est affirmee consolidate
quand les chambres statuant sur une measure
prise par uri ministry ou un de !es subordon-"
nes usent d'un des droits enum6res plus haut.
La liberty l]a plus large 6tant consacre le
parklment le cabinet sont jug6s contr6l6s
par la press qui est l'organe veritable de
l'opinion publique.
Telle quelle est, la constitution n'a besoin
que d'etre ex6cutee. Elle est une oeuvre de
sagesse et assure le d&velopement normal, du








-30-


citoyen. L'assembl6e qui la vota eut, au plus
haut degr le desir du relevement de la pa-
trie. Tenant compete de l'anarchie qui regnait
alors des exces dn pouvoir personnel elle
consacra le gouvernement des chambres par ses
comit6s. On y remarquait d'originales et bril-
lantes personnalites qui emirent des idees-fo-ces.
Mais la constitution est i'oeuvre de l'As-
sembl6e Nationale Constituante qui appreciant
ces idWes les consacra.
Honneur a elle! Si depuis 1889, la consti-
tution avait 4te applique, nous eussions eu
ddej le gouvernement civil. 11 est a la base
meme et la consequence n6cessaire de sa mise
en oeuvre: le dernier mot en tout, qu'il-s'agisse
de traits de declaration de guerre etc, devant
rest an pouvoir legislatif, c'est-A-dire *'A la
nation. L'ex4cutif ne peat se passeJ des
chambres. Qu'on comment les articles 63
et 108 de la constitution. Les chambres
sont done prdponddrantes. Le Gouverneme-t
civil est consacrd. L'instrument est bon.
Il n'y a que ceux qui sont appeals a le
manier qui se revelent inhabiles ou de mau-
vaise foi.
En some ce qu'on appelle la mauvaise
foi haitienne,- sauf de tres rares excep-
tions n'existe pas. 11 n'y a que l'igno-
rance et le manque de courage ; l'habitu-
de de repfter ce qu'on a vu .faire sans
reflexicn, sans examen, sans se demander si
ce qui a Ltd fait est bien.
On tourne dans le cercle vicieux de 1804.
Comme j'ai eu a dire dans mon article
i itit'l? Nos mceurs .et nos. lois : la concep-







-31-


" tion a td6 fauss6e chez nous d&s 1'Ind6pen.
" dance. Ce n'est done que par la mise en
oeuvre franche sincere de la Constitution
qu'on arrivera A reformer la mentality du peu-
ple A lui donner, A la place de la conception
erron&e qu'il a des choses une idWe r6elle, vraie ,
basee sur des faits.
Meme que la constitution ne serait pas
ce qu'elle est peut-on la modifier du jour au
lendemain sans preparation aucune de l'es-
prit public ?
IV
Un grand philosophy allemand Kant ,
est !ontre toute march par bonds. Si au
nom de la raison pure, il command de
douter de tout, de faire table rase de tout.
au nom de la' raison pratique il ordonne
de tout respecter, de transformer lentement
et de faire que les rcformes naissent des
besoins des tendances des habitudes du peu-
ple. C'est "un imp6ratif catigorique". La
famille base de la societY, la commune fon-
dement de l'Etat l'esprit de r6forme A co-
de l'esprit de tradition le compl6tant le cor-
rigeant voilA les principles dls grands politi-
ques allemands : Stein, Hardenberg, de Hum-
boldt, Bismarck, tous 6leves de Kant et de
Hegel et continiateurs resolus de la politi-
que du grand Frdderic. C'est, grace A ces
principes, que Bismarck a pu obtenir le
couronnement de son oeuvre de relieve rent:
" 1'unite morale de l'Allemagne. ".
L'6ducation est le grand levier de 'ous
les reformateurs. De Moltke le 16 f.-i ier








-32--


1874 dans son retentissant discours sur 1'ur-
gence de la loi organique militaire, developpe un
plan conforme et rdclame l'dducation virile de
la nation" pour pouvoir faire tete A la France
et empecher la revanche.
Dans son discours- programme pronon-
ce A Grenoble en 1872, Gambetta dit: "' II
" faut refaire ce pays refaire ses moeurs fai-
"re disparaltre le mal cause de nos maux ,
" l'ignorance ; il n'est qu'un remade c'est 1'&-
" education de tous. Nous avons 6t6 battus par
" des adversaires qui avaient mis de leur c6-
" td la pr&voyance la discipline et la science.
" II faut nous debarrasser du passe il faut
" refaire la France. Ce que je demand c'est
" que la science sorte des livres des biblio-
" theques des academies des institute ; je de-
" made que ceux qui la detiennent lh pro-
" diguent A ceux qui en ont besoin ; je
' veux que la science descende sur la place
" publique qu'elle soit donn6e dans les plus
" humbles 6coles ; il faut resolument savoir
" et resolument pratiquer les v6ritis superieu-
" res de la science et de la raison."
Pour appliquer, il faut savoir. On ne
peut savoir que si on a appris. Apprendre beau-
coup pour pouvoir beaucoup appliquer. "L'art,
" dit Herbert Spencer n'est que la connaissance
" applique. "
C'est par 1'dducation declare Gabriel
" Hanotaux, que la France reivera le double
" hricage refera les deux unites ,celle de la
"patrie et celle de la doctrine. FrancL et
Science c'est la devise. "
L'Europe, que la politique bismarckienne








-33-


avait boule.ers&e en comprit la haute por-
tee et se l'appropria. Tous les a soiffes de
gloire se ruerent A I'immortalite en en
preparant le succes. Elle est partout entreprise.
Et de toutes parts une litt6rature d'ensei-
gnement l'appuie et la rend feconde. L'es-
prit .public est reveilld, le sentiment natio-
nal vivifi6.
En face de la r6vi riscence franqaise I'Eu-
rope avait sursaut6. On se rappelle la po-
l6mique violent qui, en Allemagne et en
France, avait 6t5 soutenue. Durant. le siege,
Mommsen dans une petition couverte de
milliers de signatures avait demand le bom-
bardement et I'an6antissement de Paris. On
connait la lettre savante digne A tous 6gards
de la plume de" 1'auteur de La Cite Antique
et de l'Hissoire des Institutions dans la-
quelle Fustel de Coulanges dMfendit la Fran-
ce. Renan n'avait cess6 de polemiquer avec
Strauss.
En reponse au Dr. Carl Starck qui avait
public sa brochure virulente" De la dgind6res-
cence physique de la nation frianqaise, son
caractere pathologique ses sympt6mes et ses
causes ," en r6ponse A Dollinger A Virchow,
A Sybel de Quatrefages lanqa sa brochure
formidable: "La Race prussienne".
Avec l'6ducatior. on obtient reellement,
dit Caro: le lien veritablee de la patrie com-
me de la famille: l'amour la sympathie la
communion des Ames. VoilA pourquoi la pa-
trie est en definitive inattaquable et indes-
tructible. On en peut briser par la violen-








-34-


' ce l'unite exterieure et materielle mais
' 1'unit6 morale qui est le meilleur de la pa-
" trie qui en est le fond meme, 6chappe
" tous les coups et defie la conquete."
Cette unite morale si necessaire A la vie,
A l'&volution des peuples, quand 1'obtiendrons
nous? Et comment l'aurons-nous ? En effet il
n'y a que 1'education qui puisse faire passer
toute la save physique et morale de la patrie
planss 1'ame du citoyen qui la fasse croitre
noble, digne, solide et la rende convaincue
de l'avenir du pays. C'est elle qui forme
l'homme du devoir, du sacrifice, du devoue-
ment.
C'est parceque I'ducation n'existe pas
que la constitution de 1889 n'a jamais 6t6 ap
pliqu6e ; que jusqu'A present, 'oceuvre n6cessaire
de reparation et de reforme n'est pas entre-
prise.
L'unit6 materielle de la nation existe,
mais pas i'unite morale: il n'y a pas qu'une
intelligence et qu'une Ame haitiennes.
Le pays est en pleine gestation. II renfer-
me des resources considerables. Deux syste-
mes de regeneration se presentent: lo celui
de la regeneration de la nation par elle-me-
me et 2o celui de la reg6neration de la na-
tion par ]'Etat.
Nous avons vu ce que peut l'Etat. En
moins ,d'une annie, il a avou6 huit fois
son impaissance dans des actes officials. 11
parait igoorer que tot ou tard ces actes seront
opposes a la nation. Son egoTsme l'egare et
. reinte le pays. II1 a, proclam6 contrairement
a Particle premier de la constitution qui decla-






-35-


re : la Republique, une et indivisible, essen-
" tiellement ..... souveraine, sur le territoire de-
laquelle les lois sont partout executoires
contrairement aux faits de notre histoire
national et A tous les principles de droit pu-
blic qu'il y.a des individus qui: echappent
" A tout control effectif et A toutes punitions.*
Declarer que des individus habitant le
territoire de la R6publique echappent A tout
" contr6le effectif et A toutes punitions c'est
avouer son impuissance et reconnaitre une excep-
tion dans I'Etat. Les gouvernements libres ,
" dit judicieusement, 1'6minent Albert Sore- ,
" ne comportent pas plus que les despo-
" tiques d'Etat dans l'Etat ni d'Etat centre
" l'Etat. "
Comment cette exception existerait-elle quand
I'Etat en Haiti est essentiellement despotique et
que la d6centralisation n'existe pas. Meme que
cela serait. A-t-on le droit de montrer son
impuissance A ses auxiliaires ? En le faisant
on provoque leur embarras et leur disobeissance.
On lance des circulaires destinees A etre lues
et classes. Et an point de vue de la politique
exterieure on occasionne l'immixtion des au-
tres Etats dans les affaires interieures du pays.
La leqon ne tarda pas. Le corps diplo-
matique, au m6pris de tous les principles du
droit des gens, fit debarquer des marines 6tran-
gers A Port-au-Prince pour proteger les 16ga-
.. . . . . . . . . . . -- . . . . ..
Voir la rdponse de Mr Etienne Mathon a
la lettre du batonnier de Tordre des avocats
de Port au Prince parue dans Le Matin du
5 novembre 1913.







-36--


tions les consulate. et des maisons privwes
nullement menac6s.
Le pays reqvt I'affront.
L'histoire ne juge les homines politiques
qu, sur leurs actes. Malheur A eux si ces actes
ne sont qu'une s6rie d'inconsequences et de
faiblesses !
N'est ce pas un suicide, que l'ave- que fit le
gouvernement de Michel Oreste lorsqu'il voulut
confier le service du timbre a la Banque? La loi
modificative de celle sur les conseils com'nunaux
est mauvaise. Non seulement elle change brusque-
ment un ordre de choses 6tabli, mais viole surtout
ce principle qui regoit son application partout
oi une politique national est pratiquee : le
meilleur doit exclure le pire plus silrement que
le fort n'6erase le faible. La violence a en elle
meme son frein. Le meilleur n'en a pas parce
que tout amine son triomphe. Consacrer qu'un
conseil r6iuit A nn on deux 'membres ne sera
pa% consider conime dissout; qu'on d6signera
un autre individu pour composer la commission
appele A gerer les interfts de la commune jus-
qu'aux elections, c'est caller A l'encontre de
toutes les saines notions du droit public. Le
plus souvent ce sont les moins scrupuleux qui
ve donnent pas leur admission et on vent que
ces hommes sans foi ni loi continent A g&rer
les interets de la commune N'est-ce pas con-
sacrer le mal,-. perp6tuer l'ignorance ? .11I n'y
a pas d'hommes indispensables en d6mocratie.
II1 est plus que temps d'essayer franche-
ment du gouvernement de la reform de la
nation par elle-meme. L'oeuvre de l'Etat a 6t6
piteuse son &chec deplorable. 11 n'a mrme







-37-


pas su creer 1'admininistration: "cette intelli-
gence sans la passion qui dans les pays or-
ganises assure le fonctionement regulier de la
machine social. Comment existerait-elle, quand
nos chefs d'Etat n'acceptent pas de conseillers
ind6pendants et courageux quand ils sont leur
propre contrOleur des finances et leur chambre
des comptes et qu'il n'y a, en some, pas de
budget. L'Etat est prospere suivant que le chef
du gouvernement est econome, probe et bien
animt. Ainsi sous Christophe, il y a eu de
l'6pargne mais ni credit 6tabli, ni resources
certaines, parce qu'aucune methode, aucun
systme, aucune tradition d'administration
n'etaient 6tablis ni entr6s dans nos mceurs.
L'ordre et 1'6conomie ne constituent pas un
systeme. Ils ne sont que les moyens qui en
font reussir un. Aussi il n'y a que la routine.
Et le hasard decide de tout. La loi n'etant
appliquee que centre le paysan taillable et cor-
v6able a merci et contre l'individu non pro-
tg non en situation, les institutions sont
sans base et ne peuvent, par consequent fon-
dre la nation en un tout compact. L'Etat
n'est ni rationnel ni national. II ne comprend
pas .ses Aevoirs, ses interfts et n'a pas de
but. II ne se croit que des droits. Tous les
devoirs soht pour la nation. C'est parce que
la nation et l'Etat ne se sont jamais entendus
ni sur la nature et 1'6tendue de leurs droits
reciproques ni sur la maniere don't il convient
de les faire valoir que le pays a 6t6 si sou-
vent boulevers6. C'est parce que l'Mducation
n'a jamais exist que i'id6e de justice absolue
n'a pas prevalu, qu'on n'est pas arrive






-38-


comprendre que le droit A pour correlatif
le devoir.
V
Connais-toi toi-meme dit le philoso-
phe. II faut que la nation et l'Etat se con-
naissent; que les places soient d6bandies et
pansies de bonne foi.
Comment connaitre le mal et ses causes,
sans la liberty qui les denonce?
Comment obtenir de bons resultats sans
le plus large concours de toutes les intelligen-
ces? Qu'on. veuille bien remarquer que: "tous
les grands movements de la pensee au
dire meme de W. Bagehot ** dans les temps
anciens et modernes ont A peu pros coin-
cid6 avec l'6poque d'un gouvernement de
discussion. Athenes, Rome, les republiques
italiennes du moyen-age, les communes et'
les Etats generaux de "'Europe feodale
"ont toujours eu pour accelerer le progrs ,
une influence speciale et particuliere qu'el-
les devaient A leur liberty et que n'ont
"jamais exercee des Etats depourvus de cet-
te liberty.
C'est lors des grandes epoques de la
....................................................................
Le droit consiste dit Janet, Histoire de la
science politique, liv. IV, ch. II, dans la pos-
" sibilite de 1'accord d'une contrainte gEnura-
" le ct reciproque avec la liberty de chacun."
** Lois Scientifiques du dAveloppement des
nations dans leurs rapports avec les principles
de la selection naturelle et de Phdridit6 ,p. p.
181, 182.-








-39-


" pens6e pendant la guerre du P0loponese,
" A la chute de la Republique romaine,
"lors de la RMforme, lors de la Revolu-
"tion frangaise que cette liberte de parler
" et de penser a produit toutes ses conse-
" quences."
Le mal don't souffre le pays est profound.
L'Etat ne doit ni se faire illusion ni essa-
yer d'en imposer.
Actuellem-.nt en Europe et aux Etats-Unis
d'Am6rique la politique des masses privaut
sur celle des classes, la politique de l'espa-
ce replace celle de l'6quilibre. C'est parce
que la stability interieure est obtenue que
la politique des masses a succed6 A celle
des classes. Ayant besoin de deverser, d'em
player le trop plein de leurs forces ces puis-
sance doivent fatalement chercher A s'aggran-
dir. Le danger pour nous est lA.
Ceci 6tant, en cas d'une crise internatio-
nale, de quelles resources effective dispo-
sons-nous? Les individus et les peuples ont
pour mission rdelle de se conserver, de s'a-
meliorer, de se d6velopper. De quelle faqon
Haiti a-t-elle compris ces necessitis? A-t-elle su
exectiter correctement les lois dei la conser-
vation? Aux resources de la science militai-
re moderne, A l'artillerie perfectionne aux
ing6nieurs savants, exp6riment6s qu'opposera
t-elle?......Une ile sans muraille de fer, des
villes sans defense, pleines d'agitation oa
grouillent des populations affamees et in-
disciplinees. Nous n'avons pas de resources
d'Etat et nos resources nationals, quoique
nombreuses,, ne ponrront pas ser vir pour








-40-


une defense reguliere, methodique. La Fran-
ce utilisa en 1814 ses resources d'Etat et
en 1870 ses resources d'Etat et ses ressour-
ces nationals.
Les Etats-Unis se sont empares de la
Navase nous n'avons meme pas essavy de
les en chasser. Et cette 6ternelle question des*
frontieres prouve notre indifference notre apa-
thie le peu de cas que nous faisons de notre
security. Pourvu que le bien-ftre imm6diat
de certain soit assure, qu'iniporte r&ellement
que. la collectivist v6gete et meure !
Je demande que 1'on m6dite ces paroles de
Bismarck qui synthetisent tout son plan de
conduite quant A la politique ext6rieure de l'Alle-
magne au lendemain de la guerre de 1870:
Si I'on veut 6tre maitre chez soi, il faut-
balaver soi-mnme le devant de sa porte.."
La France vaincue, mutil&e 6tait quand
meme necessaire. Quelque grands que fussent
les precautions, les arrangements pris pour
1'6carter du concert europ&en pour qu'elle
fit defaut, par example, a la conference de
Londres, on sent.t qu'elle ne pouvait etre
negligee. Comme le soleil a l'horizon un
nuage 1'avait seu ement obscurcie. Elle comp-
tait de vrais coeurs de fils. Loin de deses-
p6rer, ils se mirent resolument l'Poeuvre et
la relev&rent. Malgr6 le triomphe insolent de
Bismarck A Versailles, Thiers ne cessa de se
dtvouer. C'est lui qui d&joua le plan que le
petit juif de Berlin, Bleichroe.er avait sugg&-
re au charcelier. C'est que. pour lui come \
pour tous les franqais la France existait.
Gloire A eux!







-41-


Quelle est notre importance? Que repr6-
sentons-nous? Comme people qu'avons-nous
fait qui nous signal au regard du monde
civilise et fasse comprendre notre necessitd?
Tout est reconvert d'un voile 6pais parce
que depuis 1804 le principle d'autorit6 ayant
pr6valu, la nation n'a pu avoir les coudees
branches. DPans la lutte, impuissante, elle est
sacrifice et vaincue d'avance, grace au man-
que de courage de ceux qui avaient pour mis-
sion de la d6fendre, de la proteger, en fai-
sant plus de lumiere. Rlle a compt6 sur l'61ite
et l'61ite 6goiste l'a trahie. Dire que la vie
est en elle comme en tout et partout! Dire
qu'il ne s'agit que de trouver et de pratiquer
le principle qui doit 1'entretenir et la dove-
lopper!
Tout ce qui respire a la vertu du deve-
nir. 11 ne s'agit pas d'etre simplement, mais
d'augmenter ses facults de se rendre utile
par les oeuvres remarquables qu'on pose.
L'individu l'Etat, la nation tous doivent
marcher se perfectionner. Ils commandent:
" le respect et l'admiration, dit Eugene Melchior
" de Vogiu A la condition d'.tre une force en
"travail une cole de sacrifices an profit
" de la g6nDration du lendemain."
Ils ont chacun un r6le A remplir dans
le movement universe.
L'cffort 6tant obligatoire, la stagnation
ne se concoit pas. Le progres est le co-
rollaire necessaire de la vie. Malheur aux
peuples et aux individus qui n'avancent
pas.


Mais par qui le.


branle sera-t-il don-







-42 -


nd? Par la nation ou bien par 1'Etat? Te
voudrais qu'on laissat fair la nation et que
P'Etat: simple chien de garde pr6sidAt A ce
developpement. J'entends l'Etat 6clair6 desi.-
teress6 de bonne foi poursuivant une po-
litique national au fonctionnement de laquel-
le se devoueront des sp6cialistes courageuxt
Un grand chef d'Etat ou un grand minis-
tre: Henri IV, Napoleon, Thiers Frederic
le Grand ou Richelieu Stein Bismarck.
Avec l'un ou l'autre, l'e61ment necessaire,
indispensable qui assure la reussite de toute
oeuvre de relevement s'6tablira: la confian-
ce. La perspective d'un bien-etre ulterieur fera
oublier les miseres actuells. Quand l'Etat agit
avec desinteressement et devouement au pro-
fit de la nation, l'individu present s'oublie
pour penser a la some de jouissances et de
satisfaction que recueillera l'homme futur.
Ainsi se forme la chaine qui lie la -nation
et I'Etat -'et entire elles toutes les genera-
tions.
Frederic le grand dans un de ses entre-
tiens avec Henri de Prusse, en mars 1769
avait fixed arbitrairement 1'epoque de 1'unit6e
complete de I'Allemagrie sous 1'h6gemonie prus-
sienne: avant tn siecle avait-il dit.
C'est lui, rdellement, qui a tout fait, mar-
que le but A atteindre, plant les jalons, mon-
tr6 les chemins A parcourir, fixd les tapes.
Stein, avec le concours de Hardenberg, de
Charles Guillaume de Humboldt, reprit l'oeuvre,
Bismarck I'acheva, la couronna.
Chez nous aussi pourvu qu'il y ait science
et cohcience on peut fixer l'epoque du complete







-43-


relevement de la patrie : trente ans au
moins et cinquante au plus.
La destinee est ce qu'on la fait.
Bref. Les nations soutient judicieusement
Gabriel Hanotaux dans sa magistrate Histoire
de la France Contemporaine sont exposes A
" perir par exces soit dans un sens soit dans
" l'autre. Elles pourvoient a leur conservation et
" elles maintiennent l'6quilibre par une constitu-
" tion pond&r&e de l'autorite et de la liberty. Si
" 'autorit6 etait sans contre-poids elle compro-
" mettraif le sort et le bonheur des peuples pour
" le caprice d'un seul ou de quelques uns ; si
" l'autorit6 etait annihilee on mepris6e tout
" reviendrait A 1'interft individual ; la society
" p&irait : quand la discipline se meurt 1'inva-
" sion s'6branle."
La constitution de 1889,- bien que n'ayant
pas les propylees monumentales des grands
chefs-d'meuvre de l'esprit human maintient
1'equilibre entire les deux principles et n'a besoin
que d'etre execatee. La constitution la meil-
leure dit Laboulaye, est celle qu'on a, pour-
vu qu'on s'en serve. "
Supprimera-t-on la liberty accord6c au peu-
ple seulement sur le paper au profit de l'auto-
rite ou bien amoindrira-t-on les pouvoirs de
celle ci? Qu'on y r6fl.chisse. La premiere hypo-
these serait une monstruosit6 et la second une
chimere. On ne doit pas vouloir refr&-
ner d'un coup les empietements de l'Etat. Pour
le moment il s'agit de faire entrer dans les
r oeurs les ides de liberty de liberte-6gale" ,

tome 2 page 645.







- 44 --


pour parler le language de Courcelle-Seneuil ; il
s'agit d'obteiir que ces idWes deviennent des
faits. Et ce sera dans 1'interet meme de
1'Etat car 1'exercice du pouvoir sera plus facile.
Les gouvernements doivent avoir la m-
moire des 6venements.
En resume la constitution de 1889 ne serd
pas revise parce que:
1o La chambre des communes n'avant
pas eu A sanctionner les articles denonces
en dernier lieu par le senat de la Republi-
que 1'accord, exig6 par Part. 194 de la
Constitution pour qre la revision ait lieu ,
n'a pas pu s'6tablir et n'existe pas.
2 La 28e legislature ne peut ouvrir.ses
travaux par une illegalit&.
39 Etant donned le principle d'autorit6 qui
a prevalu depuis 1804, il faut que la l iberI
entire dans les moeur.s et devienne un fait
par application strict, reguliere de la zons-
titution et des lois.
4 Avec la liberty rdelle, il faut 1'6galit6
en fait de tous devant l'imp6t, devant la loi,
devant les peines; le service militaire person-
nel et obligatoire, l'instruction primaire obli-
gatoire ; I'admissibilit6 aux emplois publics de
tous les citoyens quels qu'ils soient, reunis-
sant. effectivement, les conditions d'aptitude
et de morality exigies par la loi". A chacun
sa place.
II ne faut pas que des savetiers soient
bombards instituteurs, juges, etc. Done des
specialistes courageux et de bonne foi partout.
5 Etant admis qu'on doit savoir parfois
renoncer au mieux pour realiser" le bien, I'e-







- 45 -


quillibre ne s'improvise pas. II se cr6e. L'&
lite, depend de la masse comme celle-ci de
l'Mlite. Elle n'evoiue et ne prend conscience
d'elle-meme qu'autant que l'accueil. sympa-
thique de la foule l'environne la rechauffe,
1'exalte-, la soulve,
La multitude, affirme Pascal, dans ses
Pensies, art. XXIV 85 qui ne se reduit
A l'unite est confusion l'unit6 qui ne depend
de la multitude est tyrannie. "
La parties doit influer sur le tout, comme
le tout sur la parties. Ce sont les secrets et
les bienfaits de 1'Mducation.
Pour garantir cette oeuvre possible de re-
lvement national je demand au corps 16gis-
latif composant la 282 legislature une decla-
ration solennelle en face de la nation: d'ob-
server loyalement dans sa former et teneur
la constitution de 1889 et d'en exiger 1'ap-
plication.
Qu'il ne perde pas de vue que quand le
Tiers- Etat, tenant ses pouvoirs du people ,
refuse de vider la salle des seances A moins
d'y ftre contraint par la force des baIonnettes,
une ere nouvelle avait lui pour la France.
Un principle ne vaut et ne triomphe que
par le courage que celui qui 1'a preconis6 met
A l'affirmer. Le pouvoir l6gislatif vote le prin-
cipe 1'executif l'applique.
11 a ftd nomm6 pour le people et an nomr
du people Cc sont les moeurs qui l'ont per-
mis ainsi. II ne doit agir que dans l'interet
du people. Ce sera son veritable titre de
gloire. Science, conscience doiven: atre sa de-
vise. Le pays iemande gr&ce. II est encore








-46-


temps de' le restaurer de le rehabiliter.
Mes voeux les meilleurs Paccompagnent:
voeux d'un coeur sincere et desint6ress6 d6si-
rant simplement le relevement de la patrie.

Les Cayes, le 15 mars 1914. *

EMMANUEL MORPEAU
Avocat.
























L)