Finances d'Haïti

MISSING IMAGE

Material Information

Title:
Finances d'Haïti emprunt nouveau, même banque
Physical Description:
1 online resource (281 p.) : ;
Language:
French
Creator:
Marcelin, Frédéric, 1848-1917
Publisher:
Impr. Kugelmann
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Finance, Public -- Law and legislation -- Haiti   ( lcsh )
Debts, Public -- Law and legislation -- Haiti   ( lcsh )
Finances publiques -- Droit -- Haïti   ( ram )
Dettes publiques -- Haïti   ( ram )
Genre:
bibliography   ( marcgt )
non-fiction   ( marcgt )

Notes

Bibliography:
Includes bibliographical references.
Statement of Responsibility:
Frédéric Marcelin.
General Note:
Title from PDF t.p. (LLMC Digital, viewed on Oct. 29, 2010)

Record Information

Source Institution:
Library of Congress Law
Holding Location:
Library of Congress Law
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 673820128
System ID:
AA00001036:00001


This item is only available as the following downloads:


Full Text





















This copy of a rare volume in its collections,
digitized on-site under the
LLMC Extern-Scanner Program,
is made available courtesy of the

Library of Congress












FINANCES D'HAITI


EMPRUNT NOUVEAU- MME BANQUE





FREDE]RIC MARCELIN


FINANGES D'A11ITI



EMPRUNT NOUVEAU MgME BANQUET







PARIS
EN VENTE A L'IMPRIMERIE KUGELMANN
(L. Cadot, directeur)
12, rue de la Grange-Bateliere, 12
1911






1/4/i,

/1
A'ftcc


r ^ ,/ ,c










AVANT-PROPOS





Le general Nord Alexis, du temps qu'il
etait president de notre petite r6publique,
disait volontiers :
(( On a beau me parler d'emprunt, je
(( n'en veux ni ia l'interieur, ni surtout a
Sl'extdrieur. C'est par lai qu'on perdra notre
autonomie... Et puis, est-ce que le pays
< a jamais profit de nos emprunts ha l'tran-
< ger? De celui de 1875, pas un centime
< n'est entr6 dans les caisses de l'Etat. II a
S6t un veritable scandal. En 1896, cela
< a 6t0 la meme chose. Le pays n'a guere
a profit des millions emprunt6s. Et le but
< principal, qui 6tait le retrait du papier-
monnaie, n'a mme pas Wt6 tent6. Le plus






6 1FI\ tcES DIIAITI

, clair de l'operation fut d'enrichir a nos
'< depens des banquiers etrangers... Quant
h a nous, nous sommes rests aussi pauvres,
< plus pauvres... Ces deux emprunts rdu-
< nis, tout en nous soutirant annuellement
< de grosses sommes, nous endettent pour
l'6ternite de pr6s de soixante-quinze mil-
< lions. Je ne veux pas attacher mon nom ta
, semblables operations. Je suis, avant tout,
< conservateur de l'hMritage, fut-il (ldlabre.)

Secouant sa tete d'octogenaire a peine
blanchie, et souriant malicieusement, il re-
prenait un instant apr6s :

<< Ma vieille experience m'a enseignd
aussi que gdn6ralement un emprunt ta
Sl'tranger est toujours le signal de ddsor-
< dres a l'int6rieur... C'est parfois les
o agents, les auxiliaires du Gouvernement
lui-meme qui, feignant de les apprdhen-
< der, les provoquent au besoin pour avoir
< une occasion de defense. Mais ce sont les






EMIPRUNT NOLVEAU. MNIME B\NQUE 7

mdcontents qui s'organisent, tentent un
movement, prennent les armes pour
empecher le Gouvernement de jouir do
Sl'argent et s'en emparer a sa place. It ne
< faut pas exposer la paix publique a sem-
a blables tentations. Je ne ferai pas d'em-
. prunt a l'extferieur. ))
Quand le general Antoine Simon, actuel-
lement president de notre republique, ren-
contrera le ge6nral Nord Alexis, il est de
toute probability que celui-ci, entire autres
propos, lui rappellera son opinion sur les
emprunts. Entre hommes d'Etat, ces echan-
ges d'idees sont frequents. il va de soi que
cette conversation ne saurait etre qu'extra-
terrestre, puisque le ge6nral Nord Alexis est
mort depuis assez longtemps. Mais il est
presumable que la vie se continue plus loin,
que les propos de cette terre se repercutent
ailleurs, que l'on y ach6ve les conversations
commencees ici-bas.
Peut-6tre pouvait-on, avec quelque rai-






8 FINANCES D'HAITI

son, croire que le successeur, sur ce point,
ne differait gubre d'avec le prledecesseur.
Car le 25 juillet 1909 (1), le general Antoine
Simon exposait dans un de ses entretiens
dominicaux ceci : Celui qui a la responsa-
a bilite d'un people ne doit pas s'aventurer.
II doit proceder avec circonspection, car
< c'est le credit du pays qui est en jeu.
< Combien de fois ne m'a-t-on pas parle
< d'emprunt : il n'en sera point fait... ))
Le lecteur ben6vole qui n'aurait pas pour-
suivi plus avant la lecture du discours res-
terait convaincu qu'il ne pouvait etre fait
d'emprunt sous ce gouvernement. Mais le
general Simon, apres avoir proclame qu'il
ne serait pas faith d'emprunt, s'6tait hait
d'ajouter : s'il n'y a pas lieu. C'etait savoir
ce que parler veut dire.
C'est grace a cette restriction que l'on a
pu presenter quelques mois plus tard au


(1) Le Nouvelliste, numero du 27 juillet 1909.






EMPRUNT NOULVEA.U. MEIME BANQUET 9

Corps legislatif le contract d'emprunt de
65 millions de francs, clef de vocite du nou-
vel edifice financier don't Haiti a etd dotee.
Ce qui n'implique nullement, vous le com-
prenez bien, que, meme en l'absence de
cette memorable restriction, on n'euit pas
present ledit contract et le rest.
Le sous-titre de cet ouvrage explique clai-
rement la pensee dans laquelle il est ecrit...
En toute l'affaire il n'y a eu reellement de
nouveau que l'emprunt, c'est-h-dire l'op&-
ration financiere qui, contre un capital de
47 millions verses, nous greve de 65 mil-
lions, soit 18 millions d'Xcart.
Dans la Banque meme, il n'y a eu vrai-
ment d'inedit que l'ajoutage des mots :
( la Rdpublique ). Au lieu de : Banque Na-
tionale d'Haiti, c'est aujourd'hui : Banque
National de la Republique d'Haiti. On con-
viendra que payer 18 millions cette adjonc-
tion de deux mots, c'est cher. D'autant plus
que ces syllabes, quelque reconfortantes








qu'elles soient, ne peuvent faire oublier que
le pays n'avait plus a subir l'ancienne que
durant vingt ans encore, tandis que la
pseudo-nouvelle nous lie pour cinquante, et
que meme, en depit de la loi qui la r6git,
elle declare dans ses status qu'elle est
constitute pour soixante-quinze ans.
A part cette addition de la Rdpublique,
c'est le meme local, tant a Port-au-Prince
qu'a Paris (1), le mime personnel, tant a
Port-au-Prince qu'a Paris, le meme capital
de 5 millions appel6s... A co6t de cela, quo
d'avantages, que de privileges Quel encer-
clement multiple, savant, vari6, infini !
Toutes les plus grandes nations du globe y
out concouru, ce qui est loin d'etre rassu-
rant pour nous.
Il n'est done pas etonnant que l'opinion
publique, en d6pit des congratulations offi-
cielles, soit inquiete. On avait autrefois Cha-

1) On announce qu'on va changer de local t Paris.


10


FINANCES D HAITI






F.II RHNT NOUVEAU. I .IE BA\NQLE i1

rybde. Si encore on en sortait pour tomber
dans Scylla, ce serait meme mal, et en some
on y est habitue. Mais on apprdhende d'avoir
Charybde et Scylla tout ensemble.
Cependant il ne convient pas d'6tre inexo-
rablement pessimistes. Ce n'est pas une
raison parce que nous sommes des mal-
chanceux de d6sesperer quand meme. Les
accords signs, 1'emprunt consomme, la
banque etablie, ce sont la des faits positifs.
11 faut done en tenir compete.
Certes, il fallait, au moment opportun,
discuter ces contracts, les modifier utilement
dans le sens des int6rets du pays. II n'en a
pas ete possible pour des causes que chacun
sait, pour des causes inherentes au moule
social. II a fallu voter manu military. Ni
dans la Presse, ni dans les Chambres, nulle
voix n'a pu s'dlever hors celles qui, dans le
salus populi, ne voyaient que le leur. Du
reste ces questions etaient pour elles du chi-
nois. Ceux qui pouvaient discuter et com-






12 FINANCES D'HAITI

prendre furent 6cartes systimatiquement.
Ils auraient pu, en risquant gros, essayer
tout de meme de se faire entendre. A quoi
bon, se dirent-ils ? Le sibge est fait et le
resultat que trop certain.
S'ensuit-il qu'on doive continue a s'aban-
donner? II semble plut6t que la raison pu-
blique doit tenter de se ressaisir, car il ne
parait pas probable, aujourd'hui que tout
est consomme, que le Gouvernement ait
inter6t a pers6v6rer dans son intransi-
geance.
11 faut done se rendre compete des circons-
tances qui ont pr6c6d6 et concouru a la
formation de cet etat financier qu'on nous
dit nouveau. II faut avoir sans cesse presents
a l'esprit les sacrifices qu'il nous a cout6s,
afin de les compare aux avantages que
nous en retirons. 11 faut, censeurs vigilants,
que nous puissions, sans acrimonie et en
toute loyaut6, rappeler a tout instant a la
Banque Nationale de la Republique d'Haiti,






EMPRUNT NOUVEAU. MEME BANQUE 13

si besoin dtait, la dette qu'elle a contracted
envers le pays et qu'elle doit obligatoirement
remplir.
Et cependant pourrons-nous le faire si
nous ne savons rien d'elle ?
Ce n'est qu'en 6tudiant exactement les
conditions de sa naissance, de son passed,
que nous influerons favorablement sur son
avenir. Qui sait si dans cette Rtude on ne
trouvera pas, au surplus, les moyens de la
ramener dans le droit chemin si elle s'en
ecartait? C'est le devoir des pouvoirs publics
de ne pas contrarier ce travail de l'opinion,
car ils peuvent y gagner eux-memes pour
l'avenir une aide efficace. Naguere nos gou-
vernants, en bridant l'opinion, ont agi de
cette fagon inconsiddrde. On sait ce qui, de
chute en chute, d'abime en abime, en est
rdsult6 : le neant, la ruine, non pas sans
doute pour l'ancienne banque, don't les ac-
tionnaires ont repu, "a la rdsiliation du con
trat, le double du capital vers6, apres avoir






14


joui durant trente annees d'un intevret an-
nuel de 12 0/0 environ mais pour notre
pays. Aussi bien, et c'est ici Foccasion d'in-
sister la-dessus, il est bon de remarquer
que, quoi qu'il puisse advenir, l'affaire de la
Banque, dans les conditions ouf elle se pr&-
sente chez nous, ne peut jamais 6tre mau-
vaise. Elle peut Otre plus ou moins bonne,
selon que ses agents seront plus ou moins
habiles, jamais mediocre, 'a plus forte raison
mauvaise. La liquidation de l'ancienne ins-
titution l'a supdrieurement demontre. Et on
peut meme croire que la transformation a
laquelle on a assisted n'a etd au fond qu'une
excellent occasion de rajeunissement et de
consolidation pour l'avenir. Rien n'ktait plus
ais6, en effect, pour l'ancienne institution,
que de s'entendre t l'amiable avec le Gou-
vernement actuel. Elle la ddliberdment re-
fuse, parce qu'elle etait certain de trouver
plus de profit dans sa transformation ac-
tuelle.


FINANCESS D'HAITI






EMPRLUNT NOUVEAC. MPIME BANQUE 15

11 faut done que nos publicists mettent
de c6te le cliche conventionnel qui consiste
a presenter la resiliation du contract de la
premiere Banque comme la sanction de ses
fautes, et, par deduction, comme un dpou-
van tail a qui marcherait surses traces. C'est
faire sourire inutilement a nos depens ceux
qui out mend l'operation.
Ce qu'il faut envisager aujourd'hui que,
selon le dicton vulgaire, le vin est tire, c'est
l'adaptation de l'institution a notre milieu
social, au developpement de notre agricul-
ture et h la creation de l'industrie national.
Or, pour y arriver, il faut que l'opinion pu-
blique suive pas a pas la Banque, qu'elle la
surveille, qu'elle l'avertisse, qu'elle la rap-
pelle sans cesse au sentiment de ses respon-
sabilites et de ses devoirs.
Comment pourrait-elle le faire si elle ne
la connait qu'imparfaitement ?
Le but que se propose ce livre est d'appe-
ler, de retenir s'il est possible attention sur






16 FINANCES D'HAITI

les origins, les resorts et les moyens d'ac-
tion de la Banque. Ce but ne saurait prater
h aucune facheuse interpretation. 11 est mo-
deste, pacifique et franchement d'intLdrt
general.
F. M.















Le 26 octobre 1910, Le Moniteur, en tote
de ses colonnes, publiait les trois lois qu'on
trouvera a la fin de ce volume (1). On nous
excusera de ne pas les donner ici, dans ce
chapitre m6me. Elles sont quelque peu ari-
des. Mais quelque aride que peut etre leur
lecture, elle ne sauraitjamais etre superflue.
Que de fois dans l'avenir n'aura-t-on pas a
les invoquer !
II est a peu pres certain que ce ne sera pas
pour leur d6cerner sans restriction des
louanges....
Quelques jours apres le vote de ces lois, le
Gouvernement, d'urgence et seance tenante,
faisait sanctionner le 28 octobre, tant par
la Chambre que par le Senat, une loi sur le

(1) Voir ces trois pieces A, B, C h la fin de I'ouvrage.
0 2









rachat de la Dette int6rieure. Elle ktablis-
sait ainsi les conditions de ce rachat :
Consolides 6 0/0.......... 55 0/0
30/0...... 27 1/2 0/0
Emprunts dits Provisoires.... 54 0/0
du 10 juillet 1903.. 54 0/0
Titres bleus................ 25 0, 0
roses ................ 25 0/0
Un fait unique dans notre histoire, et qui
ne s'dtait jamais vu depuis l'independance
du pays, marqua ces differentes lois des
avant leur presentation aux Chambres : ce
fut la protestation du Gouvernement am6ri-
cain. Voici les documents relatifs a cette
protestation:

I MLMOL NDUM

En se ref#rant ta ses prc6edents mnimo'ran-
dums relatifs aux contracts d'emprunt et de
Banque d'llaiti, le Departement des Etats-Unis
d'Amerique, apres avoir achev6 l'examen
minutieux de ces contracts, consider qu'ils
renferment de grande defectuosites parmi les-


18


FINANCES D HAITI






EMPRUNT NOUVEAU. MEMlIE BANQUE 19

quelles les suivantes peuvent etre mention-
noes :
10 La perception de certainsi revenues, doua-
niers est ,confie a une Compagnie frangaise
pour une, p6rio-de, d'une cinquantaine d'annies
et, dans la suite, pour une pdriode inddfinie
(voir art. 13 du contract d'emprunt). En cas de
difficultis serieuses entire' cette Compagnie
frangaise, percevant ainsi les revenues doua-
niers, et le Gouvernement haitien, le. Gouver-
nement frangais pourrait intervenir. L'article
24 du contract n'exclut pas l'intervention, car
cette clause, dans plus d'une circonstance, ,a
6td reconnue, comme ayant un elTet nul sur le
droit. intervention diplomatique. Le Gouver-
nement des Etats-Unis doit considerer avec
d6faveur tout contract pouvant entrainer l'inter-
vention par voie de .contr6le des Douanes.
2 Le contract de Banque, tel qu'il est conCu,
est un contract purement exclusif, non seule-
ment en ce qui a trait au fonctionnement
de l'institution comme Banque national, mais
encore ein ce qui concern son fonctionnement
comme entreprise commercial (voir contract
de Banque, art. 9, 14, 17 et 22). Le Gou-
vernement des Etats-Unis doit s'opposer a
l'dablissement en Haiti de dro-it de monopole









qui aexclut les entreprises americaines.
3 Le contract dei Banque n-e peut etre consi-
der6 comme donnant un plan financier solid :
a) Parce qu'on n'y voit pas clairement quels
sont ceux qui doivent former ou constituer la
Banque. Il peut. etre suppose qu'elle sera cons-
tituee ou former par ceux t qui le contract orig-i-
nal aura e 6 accord, qu'il empeche .de passer
en d'autres mains.
b) Le project ,d'emission des billets de banquet
parait entiirement impropre h, l'tablissement,
d'une circulation monetaire serieuse. D'apres
article V, il est stipule que le capital de la
Banque sera de 20' millions de francs don't un
quart seulement, c'est-a-dire 5 millions de francs
ou I million de dollars, doit etre verse. On, ne voit
pas clairement si tout le stock doit etre emis
,t 25 0/0 a prelever dessus ou si I'on doit emet-
tre seulement 25 0/01 du stock et pour lesquels
la totality de la valeur doit Otre payee, la
balance du stock restant non emisae.
c) D'apres l'article 9 du contract, la Banque
est autorisee A ,imettre ,de 2 ,h 6 millions de dol-
lars en billets, c'est-A-dire de deux a six fois
la portion du capital qui aura etd versiee.
Aucune, stipulation n'est faite en ce- qui a trait
f la reserve d'usage : la seule reserve prevue


FINANCES D'HAITI


20







EMPRUNT NOUVEAU. MEAME BANQUE 21

est celle qui est stipule, dans Particle 11 oui il
est dit que, la Banque devra avoir en caisse une
valeur en numeraire equivalente au tiers, du
inontant des billets en circulation. Ce tiers,
;omme le contract est maintenant elabore, pour-
rait provenir entierement, des valeurs, apparte-
itant a des ,deposants, d'oiu une d'preciaItion
possible de la circulation monetaire. La reserve
ainsi prdvue n'exigie pas, en outre, que le, mon-
tant reserve soit du numeraire ; .elle permet
que ce montant soit constitu6 en valeurs assi-
milees au numeraire, ce qui est. indeTini ,en ce
qui regarded la nature de la monnaie.

4 D'aprs. le contract, tel qu'il est congu, la
Banque, non seulement exerce des droits de
souverain, mais encore remplit les functions
de tresorier, une, section ordinaire de 1'admi-
nistration haitienne. I1 est. tres impolitiquei de
la part du Gouvernement haYt.ien de mettre
entire les mains de Societes, priviees des, pou-
voirs si souverains, parce que si ces pouvoirs
ne sont pas convenablement exerces ou si leur
exercise devient indu'ment .onereux pour le
('ouvernement haYtien, ce dernier ne, pourra
pas, sans courir le risque d'une intervention
diplomatique, entreprendre d'en redresser les
abus.










50 Le, contract semble, non seulement peu
equitable, mais excessif pour le Gouvernement
haitien :

a) Parce que, les bons 5 0/0' du Gouvernement
ne sont places qu'a 72 et fraction. Par voie de
comparison, en pourrait remarquer que les
bons du Gouvernement de Saint-Domingue ont
'ti' 6mis a 98.
b) Comme il est dit ci-dessus, la Banque est
chargee du service, de la tresorerie du Gouver-
nement haitien, tandis que le Gouvernement
paie a la Banque 1 1/2 et, ,dans certain cas,
2 0/0 pour la manipulalfion de ses fonds. Cette
institution, en retour, ne paie, absolument
aucun interet au Gouvernement pour ses fonds
qu'elle detieont et utilise. Elle, charge le Gouver-
nement haYtien de, 5 0/0 avec addition de 1/2 0/0
pour le renouvellement de prets qu'elle lui fait.
c) D'apres le contract, la Banque: a le droit
exclusif d'emettre -des billets, tandis, que le
Gouvernement n'a pas le droit d'en imettre.
Aucune obligation n'est faite, a la Banque
d'nmettre, plus de 2 millions ,de dollars. Si cette
some est reconnue insuffisante, il est impos-
sible au Gouvernement de reme-dier a cette
situation en emettant lui-meme des billets o,u


22


FINANCES D'HAITI







EMPRUNT NOLUVL.A. MI. IE B.\NQLE 23

en exigeant de- la Banque ,quelle en imelte
(art. 9 et 13).
60 11 n'es.t accorded aucune situation ad&-
quate a-u Gouvernemenit cdans la direction, de la
Banque, car, tandis que l'article 8 pr6voit la
nomination d'un commissaire special du Gou-
vernement et stipule que le tiers du personnel
de la Banque sera compose d'Haitiens, i:l ne
semble pas qu'il y ait une provision en vue de
la presence de representants cdans le Conseil
de la Banque don't le, siege social est A, Paris, et,
d'apres article 17, les directeurs ont le droit
exclusif *de r6gler administration interieure
de la Banque. 11 semble done que le Gouverne-
ment n'a aucune, voix dans la question.
7o Il ne semble pas que, la Banque soit dans
Obligation d'avoir des fonds, en Haiti et, par
consequent, il serait possible d'eloigner d'Haiti
tous les fonds de la Banque, et alors, peut-etre
d'entrainer, d'apres article 2 du contract de la
Banque, une dissolution de la Banque laissant
le Gouvernement haitien entierement cdans
l'embarras.
Les provisions faites pour le rachat de la
dette interieure sont entierement en discor-
dance des droits des Americains porteurs de
bons. Beaucoup d'entre eux ont tenu a fair









acquisition de bons pour lesquels ils ont paye
plus du double, de leur valeur act.uellet valeur
qui a Wtd dMprecie, par le. fait, que le Gouver-
nement haitien a reduit de moitie le, taux de
'intire,.
En outre, le project ne fait aucun provision
et, apparemment, ne sie propose pas de regler
de nombreusles rclamations centre le Gouver-
nement haitien. Le Gouvernement des.'E.lals-
Unis doit insisted en vuse d'un just et conve-
nable reglement de ces reclamations. Pour oes
raisons : le Gouvernement des Etats-Unis
trouve qu'il est ncessaire d'exprimer une
entire disapprobation a l'endroit dens presents
contracts, de protester centre la negociation
d'une convention qui *est en mreme temps si
prdjudiciable, aux int6rets americains,, si nuisi-
ble a la souverainete d'HaYti et si injuste dans
ses operations. a 'lgard du people et du Gou-
vernement d'Haiti, qu'il ne, pourrait permettre
a un tel contract d'avoir son effet d'une maniere
si prejudiciable aux citoyens et aux initerts
americains.


FINANCES D HAITI


24







EMPRUNT NOUVEAlU. llNIME BANQUET, 25


LEGATION AM.RICAINE

14 oclobre 1910.

Au Secretaire d'Etat
des Relations ext6rieures.

Monsieur,
En me rdfdrant aux memorandums relatifs
aux contracts de Banque et d'emprunt actuelle-
ment a l'examen, memorandums que, par
ordre de mon Gouvernement, j'ai soumis a
l'examen; *du Gouvernement de Votre Excel-
lence, j'ai l'honneur de vous remettre sous ce
pli un nouveau memorandum regu hier par
cable. Je serai oblige A Votre Excellence de le
soumettre a attention del son Gouvernement,
le plus tot qu'il lui sera possible.
Je desire particulierement attirer attention
de Votre Excellence sur Ie paragraph ecrit du
memorandum ol mon Gouvernement exprime
sa disapprobation et protest contre le contract
tout entier qui est si pr6judiciable aux intedrts
americains, si nuisible la souverainete d'Haiti
et si injuste dans ses operations pour le, peu-
ple d'Haiti.
Votre Excellence voudra bien agreer, etc.
H.-W. FURNISS.









Nous ne commenterons pas ces pieces.
Elles mirent, sans doute, le patriotism
haitien a une rude epreuve. Le moins qu'on
puisse en dire, c'est que les reproches qui
nous 6taient adress6s 6taient m6rites. Et
cela n'est pas, au contraire, pour panser la
blessure. Cependant on doit remarquer
qu'en d6pit de ces memorandums, v6rita-
bles ultimatums, les contracts furent votes...
Comment nos hommes d'Etat s'arrangerent-
ils pour donner satisfaction aux intredts
am6ricains, ou de certain Amdricains? Par
quels arguments convaincants les ont-ils
convertis ?
La est leur secret, et il ne faut pas insisted.
Ce qui peut etre interessant, c'est de jeter
un regard retrospectif sur la faoon don't, dans
la press et dans les Chambres, la discus-
sion touchant ces contracts fut menee. Cela
nous aidera h fixer les responsabilit6s si
plus tard nous avions a patir de ces nou-
velles operations.


2>6


FINANCES D'HAITI






EMPRUNT NOUVEAU. M ME B.\N.QL:E 27

Eh bien sans hesitation, sans attenua-
tion possible, il faut 6tablir que cette dis-
cussion fut absolument nulle : rien, ni dans
les Chambres ni dans la press, ne revela
que le pays allait contractor des engage-
ments d'une importance capital pour son
avenir. Toute velleite d'examen fut severe-
ment proscrite. On avait vu, sous Salomon,
l'etablissement de la premiere Banque : le
project avait 6t1 discut6, critique, d6battu
dans la press et au Corps 1lgislatif. Jour-
nalistes, deputes, s6nateurs avaient 6mis
des opinions plus ou moins favorables. Cette
fois, rien : le neant, ou tout comme.
A la Chambre un seul depute, M. Mora-
via Morpeau, essaya de discuter l'emprunt et
le contract de Banque. Traite de vendu par
le ministry quand il croyait naYvement
defendre les inteirts du people, il perdit
aux elections generalps de janvier suivant
sa place de d6pute, le pouvoir executif
I'ayant fait rayer de la liste de ceux a Mlire.









De plus, quelque temps apres, profitant de
l'insurrection de Ouanaminthe, on lui fit
faire un bon tour de prison.
Au Sdnat, le s6nateur Cauvin vainement
tenta de discourir, en les divisant, sur les
trois contracts financiers. Comme il avait Wt6
qualified de conspirateur, la semaine d'avant,
dans une des homilies presidentielles, I'As-
semblee refusa de l'dcouter. Ft par un
vote d'ensemble, elle ratifia stance tenante
dissolution, Banque, emprunt. C'est ce qui
s'appelle chez nous la maniere forte... Si
dans la vie ordinaire les cambrioleurs sont
gens timides et de mince envergure, il n'en
est pas de meme dans notre politique, Le
cambriolage est un sport qu'on y pratique
couramment, et avec success.
Quand on se donne la peine de relire les
declarations officielles du Gouvernement, on
voit que, comme de coutume, il se place en
face de l'intdret general pour demander
qu'on lui vote sans discussion les projects


28


FINANCES IvHAITI






BM\IPRUNT NOLVEAU. MblMEM BANQLUE 29

qu'il pr6sente. En effect. le niinistre des
finances s'6crie aussi bien dans l'une que
dans l'autre Chambro :
( Que de fois, helas! n'avez-vous pas eu,
Messieurs, a critiquer, et a just raison, le
systeme des emprunts ruineux, a protester
contre la pratique des petits expedients
inavouables, indignes d'un people si mer-
veilleusement doud sous le rapport des
richesses naturelles de son sol ? Quel est
celui d'entre vous, Messieurs les senateurs,
qui n'a eu 6eprouver les effects lamentables
de cette monnaie de mauvais aloi don't le
pays a dt' envahi ces temps derniers? Qui
de vous ne se sentirait bondir d'indignation
a la seule pense6 de voir 1'Ex6cutif un de
ces jours se presenter en cette enceinte
pour vous demander de voter un project soit
de frappe de nickel, soit une emission de
papier-monnaie? >
C'est fort bien, et on ne peut qu'approu-
ver ce language. Cependant, il s'agit de s'en-








tendre : va-t-on sans vergogne, et au ddtri-
ment de la communaute, sacrifier les in tdrets
du pays, accepter pour l'emprunt des condi-
tions ondreuses que ni Pl'tat du pays ni
celui des marches europeens ne pouvaient
laisser supposed ?
Nul doute que si le Gouvernement 1'avait
voulu, ces conditions n'eussent etd tres sen-
siblement amdliorees. Mais il ne s'en est
pas preoccupe, et il est certain que lui euit-on
impose des conditions deux fois plus dures,
dans sa haite de conclure il les eut acceptees.
Vainement objectera-t-il que l'emprunt
de 1896 avait 6td conclu dans des conditions
aussi desastreuses. Cette consideration -ne
saurait l'absoudre, et elle equivaut plut6t
a une condemnation. Avant 1896, le pays
n'avait fait j'ecarte, et pour cause, l'em-
prunt do 1825 (1) qu'une fois appel aux
capitaux strangers, et il en etait result

(1) Voir niun livre hasti et lrincemnitd frangaise.


30


FINANCES D'HAITI






EM-PRUNT NOLVEAL. -- \MllMF BANQUE 31

l'opdration financibre d6nommee : Emprunt
1875. Le r6sultat de cette operation n'dtait
pas pour inspire confiance aux preteurs.
Les souvenirs cuisants qu'il leur avait
laisses n'6taient pas encore complitement
effaces.
Les temps dtaient autres en 1910. Et il
ktait 61ementaire d'en tenir compete.
En effect, depuis 1896 le credit du pays a
1'6tranger n'avait fait que progresser. Les
6ch6ances de l'emprunt contract cette
ann6e-lh avaient et6 fidblement tenues. De
jour en jour ses course avaient hauss6. Uls
avaient trbs notablement, depuis quelque
temps, depass5 le pair. D'un autre c6td, les
pays producteurs de cafe, apres de nom-
breuses annies de baisse persistante,
voyaient presque a chaque Bourse cette
denrde franchir une nouvelle tape. Pour
HaYti, la hausse avait 6te presque du double:
en 1908, nos cafes valaient environ 39 francs
et en 1910 its ddpassaient 75 francs. Ne








fallait-il pas profiter de cette situation? Et
parce qu'on avait fait une mauvaise opera-
tion en 1896, fallait-i[ la decalquer, la repe-
ter en 1910 ? Quand tous les peuples
ouvrent leurs yeux a la lumiere, fallait-il
les tenir obstinement bands ? Quel int6ret
avaient nos gouvernants a garder un som-
meil l6thargique ?
On ne peut supposed que l'ignorance ou
une impardonnable negligence.
Ceux qui penchant pour l'ignorance trouve-
ront peut-etre un argument a leur these dans
le document intituld Rapport au Senat de la
Republique sur les projects financiers.
Dans ce rapport, inspire ou dicte par le
pouvoir ex6cutif, il est dit que l'6mission de
l'emprunt se fera vraisemblablement aux
environs de 400 francs, et on pr6voit pour
les 6metteurs un b6nefice de 5 millions de
francs. L'ev6nement a demontre que le
Sdnat n'avait aucune idde de l'etat de notre
credit a 1'ext6rieur, ni des ambitions de


32


FINANCES D'HAITI






EMPRUNT NOUVEAL. 1IEME BANQI'E 33

l'Union Parisienne, car, hWlas ce n'est pas
seulement 5 millions qu'on a gagn6s sur
notre t6te. .
L'emprunt dit de 1910 est de 65 millions
de francs, soit 130,000 obligations de
500 francs. II n'est verse l'Etat que 47 mil-
lions, d'ouf un cart de 18 millions aban-
donnds aux dmetteurs et au public. L'obliga-
tion revient done aux 6metteurs, puisqu'ils
ne versent que 47 millions, a 361 fr. 54. A
combien la passeront-ils au public ? Le
Senat pr6voyait 400 francs. Qu'il etait bon !
Les 6metteurs ne l'ont lAchee qu'h 442.50,
soit plus du double des provisions be6nfi-
ciaires s6natoriales. Et encore ne l'ont-ils
donnie, comme on le verra plus loin, que
tres parcimonieusement, en toutes petites
trenches, se reservant de la faire aller jus-
qu'au pair et de realiser encore un nouveau
b6n6fice.
En attendant, en ce mois d'avril ou0 j'6cris
ces lignes, elle est dedjh 455 francs .Ce qui









fait, en se tenant seulement au prix d'dmis-
sion de 442 fr. 50, negligeant les 13 francs
deja gagnes sur ce course, que la souscrip-
tion, ouverte le 17 fevrier, close le mime
jour, rapportait a cette date (l'obligation
6tant livrde par l'Etat a 361 fr. 54) le chiffre
a peu pres rond de 10,500,000 francs. Pour
une belle operation, c'etait une belle opera-
tion. On comprend que dans ces conditions
le capital a verser de la nouvelle Banque
n'6tait pas difficile a trouver. C'etait notr,
propre argent qui le constituait. Mais que
dire de nos dirigeants ?
Ils ne prirent meme pas la peine de sti-
puler, comme en 1896, que les porteurs de
la Dette Interieure pourraient, pour leurs
creances a rembourser, recevoir au taux de
l'6mission les titres du nouvel emprunt,
s'ils le desiraient. Non, ils ne stipulrent
rien au profit de la communautd... Cepen-
dant, oui, il y eut une stipulation, et il serait
injuste de ne pas la signaler, d'autant plus


34


FINANCES D'HAITI







E.\IPI \i N t N \ E\L \ i EMI LA.\NQL E. 35

qu'elle peut, a I'occasion, constituer une
barriere infranchissable si le Gouvernement
dtait tented de l'enfreindre. C'est celle qui h
Particle 25, dernier alint a, du contract
d'emprunt, dtablit que la Banque Nationale
de la R6publique d'Haiti ne pourra se
dessaisir de ces fonds que pour les paiements
auxquels ils sont affects par l'article dix-
sept des presentes ". Or, I'article 17 declare
qu'il s'agit du retrait integral du paper -
monnaie, du remboursement de la Dette
Interieure et du sold de l'Emprunt du
20 aofit 1909.
On aura, au moins, ce rdsultat, le retrait
integral du papier-monnaie, achete si
cherement.
En tout cas, la Banque Nationale de la
Republique d'Haiti a inter6t a ne pas oublier,
comime sa devancierel, la responsabilite que
la loi lui impose de ce chef (1).

(1) II est absolnm ent r:.' L I.' l que le a' "- ]i.. slalif
n'ait pas fixed, dans la lui, k.. taux du .







30 FINANCES DHAITI


On sait que le Gouvernement qui prec6da
celui du general Antoine Simon passait, aux
yeux de l'6tranger, pour faire de la x4nopho-
bie un system gouvernemental, une sorte
de credo politique. Au fond, cette opinion
6tait exagdrde ou plutot ne reposait que sur
un examen tres superficiel de la question.
Pour beaucoup, elle n'dtait en fait qu'une
revanche de leurs intir6ts prives contre-
carres par le proces de la Consolidation.
11 n'est pas besoin de dire qu'aucun des
membres du Gouvernement individuelle-
ment ne pouvait encourir ce reproche, car
ils etaient tous, soit par leur education, soit
par leurs attaches, au-dessus de ce pr6jug6.
Mais c'6tait au chef du Pouvoir Executif


36


FINANCES D'HAITI






EIMPRUNT NOUVEAU. MEME BANQUET 37

qu'on en faisait remonter surtout la respon-
sabilitd. Or, le chef 6tant tout dans l'Etat
haitien, le Gouvernement du General Nord
Alexis portait l'dtiquette, et la gardera peut-
Wtre dans l'histoire, de detester l'dtranger.
Je me haite d'ajouter que cette qualification,
quelque imm6ritde qu'elle ffit, n'6tait pas
pour d6plaire i ce general. Sans s'en glori-
fier, il ne la repoussait pas.
D'abord il faut etablir que la xenophobie
a cess6 d'exister en Haiti depuis pres d'un
sicle, c'est-ha-dire des apres les luttes de
l'lnddpendance haitienne. Encore pourrait-
on soutenir que meme a cette epoque elle
n'existait pas rdellement, car c'etait aux
Francais seulement, naguere maitres de
l'ile, qu'on en voulait. Les autres strangers
n'etaient l'objet d'aucune animadversion.
Mais, quelques annees apres Dessalines, tout
sentiment de haine meme contre les anciens
possesseurs du pays, contre les maitres im-
pitoyables, 6tait effac6 : le Francais, qu'on








n'avait plus a craindre comme colon, bend-
ficiait, au m6me titre que les autres peuples,
de ]a plus large et de la plus complete bien-
veillance.
Aujourd'hui ce n'est plus la bienveillance.,
c'est le privilege en tout et partout, que ce
soit dans la vie privde ou dans la vie publi-
que, qui entoure l'6tranger en Haiti et faith
cortege a chacun de ses pas. Qu'il rest
dans les villes ou qu'il aille dans les cam -
pagnes, son titre d'etranger, illustre par sa
peau, lui est un passport irresistible. C'est
la sympathie assuree, ce serait aussi le res-
pect au besoin. Car personnel n'ignore dans
l'ile que, a defaut de ce premier sentiment,
il pourrait, h l'occasion, imposer le second
par les canons allemands, anglais, ameri-
cains, frangais, qui sont derriere lui. Toute-
fois il faut dire que c'est surtout la sympa-
thie qui domine... 11 est le roi, le maitre.
Et s'il daigne choisir unejolie fille pour com-
pagne 16gitime dans les families de Pile, du


FINANCES D'HAITI


38






EMIPRUNT NOTT-\E\ MEMAI, BANQUB 30

coup il eleve ladite famille au-dessus de
toutes les autres, nagunre ses gales, par
une sorte de brevet de noblesse, de protec-
tion conf6r6 instantan6ment, etqui permet-
tra demain, si un des parents est compromise
dans une conspiration, de trouver chez lui
nm asile sacr6 sous son pavilion d'6tranger.
On est done bien revenue de 1804, 6poque
ofi Dessalines entendait que le sang blanc
fit une souillure.
Aujourd'hui nos jeunes gens, dans leurs
d6tresses journalieres, quand ]a g6nerale
bat dans les rues, quand le canon d'alarme
est tired. quand, pourchasses, ils sont obli-
ges de se sauver dans les consulats pour no
pas etre fusilles sommairement contre un
mur, n'ont qu'un d6sir, qu'une ambition :
se faire stranger, car l'etranger circle,
vaque a ses affaires, respect, honored, tan-
dis qu'ils ressemblent a s'y meprendre aux
moutons a l'abattoir.
Chaque fois que de l'Fsile onf ils sont








cachds, de la prison oiu, ferrds, ils attendent
'inconnu, ils apprennent une execution mi-
litaire, ils font voeu de se naturaliser Fran-
cais, car gendralement, dans ces cas, c'est
vers la France qu'on se tourne. Heureuse-
ment pour la Patrie, quand le danger est
passe, nos jeunes gens se reprennent a l'es-
p6rance de jours moins tristes, peut-etre
bien aussi a l'espoir de rendre plus tard a
d'autres ce qu'ils ont subi... Ce qui fait que
plus ga change, plus c'est la m6me chose.
II est done aise de voir que la xenophobie
ne saurait trouver un terrain favorable dans
le pays. L'6tranger n'est pour personnel l'en-
nemi. Pour beaucoup de nos compatriots
- et c'est la faute de nos discordes civiles
et de notre militarisme il est plutot le
supreme espoir, l'ideal auquel on aspire,
quand devant la Patrie maratre on blas-
pheme et on renie.
Telle dtait la situation quand 6clata le
proces de la Consolidation, proces dans


FINANCES D HAITI


40






EMPRUNT NOLt EAL. MIEME BANQUET 41

[equel l'aristocratie financiere du pays -
c'est-h-dire l'dlIment stranger et la Banque
National fut compromise.
On dit que le general Nord Alexis saisit
avec empressement cette occasion d'affirmer
des sentiments qui etaient h l'Ftat latent
dans son coeur. On affirme que nonagenaire,
ayant faith toute sa carriere dans l'armee,
ayant eu pour compagnons d'armes ceux
qui n'eurent, vers 1804, qu'un catechisme,
la haine de l'dtranger, les lemons qu'il
croyait avoir oubliees, don't peut-etre il ne
soupconnait meme plus l'existence, se rd-
veill6rent en lui dans leur intensity et furent
le pivot de sa conduite. 11 faut s'inscrire en
faux contre ces suppositions. Rien ne fait
presumer que ce legs du passe pesa sur sa
conduite, et la meilleure raison qu'on en
peut donner, c'est que jamais anterieure-
ment il ne passa pour x6nophobe. Au Cap-
Haitien, ofi il gouverna si longtemps, il avait
bien plutot la reputation contraire.







Cependant la sorte de prestige don't jouit
I'dtranger est si grand chez nous, que de
tous c6tes on conseilla au chef de l'Etat de
ne pas donner suite au proces. On lui re-
presenta les mille dangers qui en rdsulte-
raient, et surtout ]'execrable renommee
don't la press europeenne ne manquerait
pas de le couvrir. Le dicton creole, si pitto-
resque, si original: casse feuilles, couvrica,
fut invoque par ses amis, par ses ennemis,
par tout le monde. Si ce n'etait pas 1'arche
sainte, c'6tait tout au moins un nid de
guepes auquel il 6tait perilleux de toucher,
car on ne manquerait pas d'y voir un retour
au passe, au pass qu'il faut ensevelir...
Le general Nord Alexis ne crut pas a ces
avertissements. 11 pensa que son devoir de
chef d'Etat etait de marcher droit devant
lui, sans s'occuper des a-c6tes. Peut-etre
crut-il aussi que le moment etait favorable
d'essayer de reliever le sentiment national
de plus en plus amoindri, de plus en plus


42


FINANCES D"HAITI






EMPRUNT NOUVEAU. MEME B.ANQ.'L 1 3

avili devant l'dtranger, de donner hl'Haitien
quelque conscience de lui-meme... Sans
connaitre ses auteurs, il avait souvent en-
tendu nos politicians s'ecrier avec douleur,
rappelnt les temps anciens, et au regret
qu'il n'en ffit plus de meme :
Mon verre n'est pas grand, mais je bois
dans mon verre !
11 reva de faire boire l'Haitien dans son
verre, et il lui sembla que l'occasion etait
trouvde dans la Consolidation. 11 fit done le
Proces et enleva le service de la tresorerie a
la Banquj d'Haiti pour le remettre aux Hai-
tiens. Ce qui en rdsulta, on ne le sait que
trop : guerre civil, ddchainement d'injures,
de calomnies dans la press ktrangere, et
finalement remise aujourd'hui de ce service
de trdsorerie af l'Ftranger. Cependant, pour
avoir tented de realiser ce rbve, cette utopie,
Nord Alexis, en depit de tout, gardera dans
1'histoire une glorieuse originality.
Ce qui fait ressortir l'injustice do l'accu-








station de xenophobie port6e contre lui, c'est
qu'il y avait des Haitiens compromise dans
le pros. Or, ils ne furent pas mieux traits
que les autres. Toutefois, on ne peut nier
que plus tard la lutte parut a certain mo-
ments revetir ce caractere d'intransigeance
de la part du Gouvernement, et cela par la
force meme des circonstances... Car les
strangers se jugeant menacds dans leur si-
tuation parce que quelques membres de leur
classes etaient compromise, se solidariserent
avec eux. Ils firent bloc centre l'ennemi
commun, lequel ennemi commun se ddfen-
dit, tres maladroitement d'ailleurs.
Jusqu'a ce jour, ce Procks de la Consolida-
tion fait encore l'effet d'une robe de Nessus.
Personne ne veut l'avoir endossee. Un peu
plus, quand la Revolution des Cayes triom-
pha, on allait decr6ter sa non-existence.
Les pieces dtaient prktes qui demandaient
non seulement la revision du proces, mais
son abolition. Du general Antoine Simon


44


FINANCES D'HAITI






E3MPR'NT NOUVEAU. MitME BANQUET 45

on pr6tendit faire une facon de Louis XVIII
radiant Napoleon. La question pecuniaire
arreta l'4lan. On songea qu'il faudrait res-
tituer les sommes encaissdes, et c'6tait
impossible.
Au surplus, cette question p6cuniaire
continue a passionner encore en ce moment.
Quand elle ne sert pas a des suspicions
illogiques, elle sert a l'illusion... politique.
C'est dans cette derniere categorie qu'on
peut ranger une depeche du President de la
Rdpublique a son secretaire d'eitat des
finances, a la date du 11 mars 1911.
Il lui dit :
c M. Cincinnatus Leconte ayant acquitted
sa condemnation pecuniaire, je vous invite
a faire encaisser le montant de cette con-
damnation par la Banque Nationale de la
Rdpublique d'Haiti, avec mention de n'y
point toucher pour quelque motif que ce
soit.
Vous ordonnerez cet encaissement dans






46 FINANCES D'HAITI

les forces legales, en ayant soin de faire
observer a la Banque que cette recette doit
figure dans un compete special, de faqon
qu'h n'importe quelle epoque on puisse,
sans difficult, constater que la valeur
versee par AM. Cincinnatus Leconte, en ex6-
cution d'un jugement du Tribunal criminal
de Port-au-Prince, est entree dans la caisse
publique au profit de l'Etat. D
A entendre honorable general, il semble-
rait que les valeurs de la Consolidation ne
sont pas entries dans la caisse publique. II
fait absolument erreur. Toutes les sommes
percues ont about regulierement a la Re-
cette gendrale, des ordonnances ont 6t.
drossees, et toutes elles out servi aux dd-
penses de 1'Etat. II a done e6t tres mal
renseigne. Alais lh oiu il est reprochable
surtout, et ouf son ministry des finances
aurait dui le rappeler a l'observance des lois,
c'est quand il croit qu'il peut de son auto-
rite6 dicter des regles nouvelles en matiere






EMPRUNT NOL\EA\L. MiEM2I 13.\Nl E 47

administration, d6cider, come il le fait,
que telle valeur figurera a tel compete special
quand la loi de finances en a prealablement
decidd, prescrire qu'on ne touchera pas a
ladite valeur sous quelque pretexte que ce
soit, quand une disposition legislative a
prescrit :
Toutes les valeurs gdnralement quel-
conques recouvrees et a recouvrer des con-
damn6s et toutes celles accumulees a la
Banque Nationale d'HaYti en vertu des saisies
regulibrement effectuees seront employees
aux d6penses du service public (1) >.
Voila done une decision pr6sidentielle qui
abroge formellement la loi. Et, du reste, a
qui fera-t-on accroire qu'il soit plus facile
de constater dans un compete special que par
une ordonnance regulierement dress6e
, que la valeur verse par M. Cincinnatus

(1 Voir f la fin du volume Ic rapport du 5 juillet 1910
de la Chambre des competes. Pice D.








Leconte, en execution d'unjugement du Tri-
bunal de Port-au-Prince, est entrde dans la
caisse publique au profit de l'1ttat ))? C'est le
contraire qui serait plut6t a prevoir. 11 faut
souhaiter, dans l'intdret public, que cette
m6thode ne se generalise pas, qu'elle ne
soit pas surtout appliqu6e aux quarante-sept
millions que le Gouvernement touche de
l'Emprunt 1910....
Aussi bien cette facon de proceder parait
grosse d'un autre danger. Supposons que
M. Cincinnatus Leconte le course des dvd-
nements est incertain en Haiti reprenne
pied demain dans la politique. Comme le
montant de sa condemnation a 6te consign
a la Banque (( avec mention de n'y point
toucher pour quelque pretexte que ce soit)),
il le trouvera a point et pourra tout simple-
ment se le faire rendre. Et le general Antoine
Simon n'aura travaille que pour lui.


48


FINANCES IDHAITI






EMPRUNT NOLVLU\t. -- .IEME BANQUET 49


IIl


Revenons a la Banque nouvelle et au con-
trat d'emprunt.
Aucune critique de ces operations ne sau-
rait valoir celle que, d'ordre de son gouver-
nement, avait pr6sentee la legation des
Etats-Unis h Port-au-Prince... avant 1'en-
tente. II faudra deplorer amerement que les
interets du people n'aient trouve que dans
cette 16gation-seulement une possible et
eph6mbre defense. Certes, le respect de la
dignity national commandait de ne pas ou-
blier que Haiti est un Etat libre, indepen-
dant, jouissant pleinement de son autono-
mic. Cependant il ne fallait pas mdriter les.
reproches qui nous etaient adresses. Et, dua
reste. comment a-t-on rendu vains ces re-
prochues? Comment a-t-on dcartd les foudres.









qui grondaient sur nos tetes ? En abandon-
nant une part du gateau, lequel demeurant
en le primitif tat critique, constituait en
some une affaire autrement belle, autre-
ment lucrative quo no l'avaient revde les
pretendus evinces. En v6rite, est-ce que la
justice peut se contenter d'une semnblable
solution ? Et y a-t-il lieu, a ce propos, d'in-
voquerle patriotism et de parler du respect
de l'autonomie national, brillamment sau-
vegardde?
Cela est inutile et cela est penible plut6t.
Les conditions draconiennes contre les-
quelles, au nom du people haitien, protes-
tait le gouvernement des Etats-Unis, sont
restees, en fait, immuables, invariables. Seu-
lement, apres n6gociations et entente, il en
a etd distrait une part au profit de certain
inttrets americains. Cela a suffi, pour le
moment, a rendre inoperantes ces remon-
trances. Or, elles ne subsistent pas moins.
Par une circonstance inattenidue qui s'd-


50


FINANCES D 'HAITI






B.\-IPitt .\T NXO1\E\l 'I\l2L BANQUE 51

chappe parfois de certain actes, rien ne
prouve que demain elles ne servent pas. et
cette fois reellement, le people haitien.
11 n'est pas douteux que bien des miseres
vont d6couler du remboursement de notre
Dette interieure. L'dquilibre budgetaire des
petits manages sera rompu tres notablement.
Je sais bien qu'on invoquera la reduction des
interets op6rde sous le pric6dent Gouverne-
ment pour justifier la reduction actuelle du
capital de la Dette. La question m'etant
personnelle, je ne veux pas insisted. C'esten
passant que je ferai remarquer qu'il n'y a
pas d'equivalence entire reduire des intre'ts
de 12 0/0 a 6 0/0 et diminuer un capital
de 45 0/0. Au lieu d'avoir 6 0/0 d'intdre(ts
sur 100 dollars come dans l'ancienne
Dette interieure, le rentier n'aura devant
lui qu'un capital de 55 dollars, et le po-r-
rait-il placer a 6 0/0 qu'il ne recevrait que
3 dollars 30.
Mais le placera-t-il h 6 0/0? 11 faut en









douter, car on n'a meme pas eu la precaution
de reserver aux porteurs de la Dette int&-
rieure l'6change facultatif de leurs titres
contre des obligations du novel emprunt
5 0/0 au prix d'emission de 442 fr. 50. Au
surplus, quand on a reduit les intr6ets de la
Dette interieure, c'6tait une question bud-
g'taire qui 6tait en jeu : il fallait vivre, il
fallait payer les employes, faire marcher le
service courant. Ce sacrifice impose h la na-
tion lui retournait, en quelque sorte, sous
une autre forme. 11 n'y avait ni moyens, ni
resources autres en vue. En etait-il de
meme en 1910 ? Il est permis de douter que
dans une operation financiere de 65 millions,
il n'eut pas etd possible de faire un autre
sort aux porteurs de la Dette interieure.
En dehors de cet inter6t special, il semble
aussi qu'un grand interet public comman-
dait une autre mithode, car un malaise 6co-
nomique va probablement decouler de ce
rouage bris6 de la Dette consolidee. Elle fai-


52


FINANCES D HAITI






EMPRUNT NOUVEAU. MIEME BANQUET 53

sait l'office de caisse d'6pargne dans notre
milieu social, et les habitudes de prevoyance
ne sont pas deja si communes chez nous
qu'il faille faire fi de cet argument. L'argent
rembours6 sera vite dissip6, faute d'un pla-
cement sous la main, et la plethore du pau-
pdrisme envabira de plus en plus notre
socidtd.
II faut donc se demander si, pour toutes
ces tristes perspectives, il 6tait sage d'em-
prunter 65 millions pour n'en recevoir que
47, soit moins de 37 0/0 du capital nominal.
Le bon sens public, tot ou tard, rdpondra
que cela ne valait pas cette peine.
11 faut encore rep4ter que les negociateurs
de l'emprunt n'avaient aucune connaissance
des marches europeens, et surtout de l'etat
economique du pays au regard de ces mar-
ches. Autrement ils auraient mieux defendu
nos inter6ts.
Cette ignorance etait gendrale, si on en
juge par le rapport du Senat que nous avons







54 FINANCES D HAITI

deji analyse sommairement. Le Senat, en sa
naive liberalit6, estimait h 5 millions le be-
n6fice des dmetteurs, car il affirmait que
l'on ne pourrait dmettre les obligations qu'a
400 francs. Or elles ont Mte emises a 442.50,
soit de ce chef seulement on reviendra
plus loin sur la question un bendfice de
11 millions. Cette preuve est suffisante, je
pense. pour d6montrer comment nos inte-
rets ont e6t sacrifice.
Le general Nord Alexis, avec des recoltes
tres minimes et des prix pour le cafe au-
dessous de 40 francs, avait pu diminuer la
Dette publique de plusieurs centaines de
milliers de dollars. Mais en 1910, par un rare
bonheur, le cafe avait d6pass. 75 francs.
C'est, on le sait, la seule veritable resource
du pays jusqu'a ce jour. Indubitablement
ces prix doubles devaient amener plus d'aise
dans le people et ameliorer la situation du
Tresor. Malheureusement, le mal end6mi-
que de nos Gouvernements : les grosses







EMPRUNT NOUVEAU. i.LlE U \\L E 55

dtlpenses. n'avait pas plus 6pargne le Gou-
vernement du g6ndral Antoine Simon quo
celui de ses preddcesseurs. Achats reiterds
de bateaux de guerre, gaspillages dans toutes
les branches de administration, charges
publiques credes sans discernement, pour
le plaisir, enfin toute la game coutumiere
des futilites et des inutilites decorees du
pompeux qualificatif de service public, au
lieu d'ameliorer la situation l'avait empire.
Peut-etre qu'avec un programme d'ordre
et d'economie, pratique sans defaillance,
aurait-on pu s'en tirer. Comment, en fait,
1'exiger de nos gouveriants ? C'etait impos-
sible. On souffrait done autant, si ce n'est
davantage, et malgre la hausse du caf6 sur
les marches strangers, quesous Nord Alexis,
car les employes publics c'est-a-dire une
bonne portion du people restaient indd-
finiment sans etre pays. Le general Antoine
Simon, chaque dimanche, pour expliquer
cette situation, en faisait remonter la res-









ponsabilite6 son prddecesseur. Ses homi-
lies, qu'il s'efforgait de rendre le plus pater-
nelles possible, n'endormaient le mal qu'ai
ia surface.
11 fallut done arriver h un emprunt extl-
rieur, puisqu'on ne voulait, qu'on ne pouvait
peut-6tre, arriver h une vraie amelioration
par desvoies plus prudentes et plus sages...
Cependant ce mal rdsolu, comment expli-
quer une mdconnaissance aussi flagrante
des int6r6ts du people ? Comment compren-
dre qu'on ne les ait pas mieux defendus ?
A cette question on ne peut trouver
qu'une rdponse: c'est que le Gouvernement,
malheureusement, ne permit aucune dis-
cussion dans la press locale. On aurait pu
P'eclairer, car notre pays ne manque pas
d'hommes tres au fait des sciences finan-
cieres. 11 no le permit pas. Aujourd'hui que
Popdration est accomplie, il faut espirer
que, dans l'intdr6t public et dans le sien
propre, il se montrera coins intransigeant.


56


FINANCES DHAITI






EMPRUNT NOUVEAU. \lfME BANQUET 57


IV



La Banque Nationale d'Haiti, si elle a le
souvenir reconnaissant, doit marquer d'une
pierre blanche le jour qu'elle s'est 6tablie
en Haiti... En effet, apres trente ans d'exis-
tence sans labeur s6rieux, n'ayant durant
ce temps connu d'autre fatigue que celle
d'encaisser nos commissions statutaires et
extra-statutaires, apres avoir enfin, de par
cette somnolence ddldtbre, merite des vicis-
situdes ameres, elle s'est retiree cependant
en toute gloire, en toute apotheose, en tout
profit... Aucun pronostic defavorable n'a
pu avoir prise sur sa chance inebranlable.
Le rapport l'Assemblee ge6nrale extraor-
dinaire du 6 janvier 1911, ainsi que les
deux circulaires de fdvrier, ne reclament











pas de commentaire : ces pieces parent.
Elles etablissent surabondamment qu'en
s'en allant, la Banque s'est retiree a son
advantage, toujours maitresse du terrain...
Tout lui a souri et pourrait lui sourire
mieux encore... Voyez... L'Union Pari-
sienne lui accord, en compensation de son
privilege cedd, 20,000 parts de fondateur
qu'elle vend, un peu hativeinent pour eile,
a 62 fr. 50, soit 1,250,000 francs. Le lende-
main, ces parts font 100 francs, soit 2 mil-
lions de francs (1). Heureuse liquidation!
Heureuse ancienne Banque! (2).

(1) Vo'ir plus loin le rapporL au Conseil d'administra.tion
elt les circlil .'s de f1vrier. Pieces E, F, G, H.
: Pendant que je corrige les pru i, de ce livre, je
lis (IMn ." IL- .l,,ri l. o i-lt financier du 1, mai, que les
parts ]inliciii i-L .. st iI ; 1 i' fr. .--o, co qui donned pour les
*0.-,<0 parts 1e chiffre de 2,850.000 francs.
*'Ito l nu-s suppose un dividend annual de l1 af 15
francs ? la part. La DB.mrn' Nalionale doe la 11publique
d.Haiti aura, on effel, uno annle exeeptionnelle, grace
nux commissions du .'orvi-t. ext ii-,ur. lesluelllo., de par
Il'.ipriunl eot le rachat de la Dette inl,'rvieoure, VoIWt (hie con-
; i,' lbles. Sans computer, bien entendu, les ;iiil'- profits,
tels, pour n'en ciler qu'un, les .p.'rtiul inu1iple; sur
la balance des 1.7 millions que forc6ment, oen allteidant le
retrait integral du papier-monnaie. le gouL\ rnentenl t hai-
tien laissera entire ses mains.
Quant aux parts boneficiaires, on voilt 1'tape parcourue


58


FINANCES D HAITI







EMPRUNT NOUVELU. 2M3B. DANIQTE 59

L'institution qui disparaissait ainsi dans
ce feu de Bengale paye par les HlaYtiens
avait etd fondue en 1880. Elie avait done
environ une trentaine d'annees d'existence.
Elle eut des moments difficiles a passer,
mais ne s'en soucia guere jusqu'au jour ouf
le service de la tresorerie lui fut enleve par
une decision legislative. Ce coup, sans
doute, lui fut sensible, car la etait le plus
clair de son revenue. En effect, durant les
trente annees qu'elle resta dans le pays,
elle ne fut, a proprement parler, qu'un bu-
reau de perception.
Entre ceux qui critiquerent le retrait du
service de la tresorerie de la Banque, il
convient d'6tablir deux categories : l'une
soutenait que 1'Etat n'avait pas le droit
16gal d'en d6posseder l'institution, l'autre
condamnait la measure en elle-meme parce

depuis que deux mois auparavant on les liquidait en bloc
pour 1 million de francs c.iviron. Cest nous qui faisons
les frais de la danse, ignorants et nalfs come a Fordi-
naire.









que, selon son dire, 'Haitien est inapte h
remplir honn6tement ce service.
11 n'y a pas h rouvrir la discussion avec
les partisans de la premiere categorie. Cette
discussion serait vraiment oiseuse, puisque
ayant d6finitivement rompu avec la Banque
nous n'avons eu rien de plus press que
de remettre ce service a une autre insti-
tution. Que l'on ait transige, la n'est point
la question. Soit par transaction ou autre-
ment, l'Etat, a la minute de arrangement,
a eu ce service en mains, puisque lega-
lement il a pu le conceder au nouvel
ktablissement. Done il n'est pas interes-
sant de rouvrir une discussion resolue en
fait.
Reste la deuxibme categorie, celle qui
d6nie l'Hai'tien toute aptitude a gerer ses
propres finances. 11 n'y a pas d'erreur pos-
sible sur ce point : le Gouvernement a et6
d'accord avec cette categorie qu"il fallait
restituer ce service a l'6tranger, parce que


60


FINANCES D'HAITI






L.\i'IL T NO \ E.AL. ML\IL B\.,1LE. 3l

seul il pouvait le faire avarntageusement
pour la nation. Notons que cette facon de
voir ne lui 6tait pas impose. 11 pouvait fort
bien, puisqu'il contractait avec une autre
institution, soutenir l'opinion contraire,
essayer tout au moins de la faire prevaloir.
Mais nulle hesitation de sa part. Pour lui
la chose est arre6te, jugee : 1'Haitien cree la
fortune publique et ne peut pas la gerer.
C'est pourquoi il se hata, de son propre
movement, de remettre ce soin a l'insti-
tution etrangere.

Eh bien on nous permettra de nous ins-
crire en faux centre ce jugement et de
croire, malgrd ce qui est arrive, que l'ex-
perience n'est pas aussi concluante que nos
gouvernants actuels le pretendent.

En effet, jusqu'au 2 d6cembre 1908 et
durant meme la p6riode revolutionnaire qui
aboutit au triomphe du general Antoine
Simon la Recette generale, ger'e exclusi-









vement par des Haitiens, donna le plus
parfait example de l'ordre et de la regu-
larite. Le desordre ne commenia qu'avec
le nouvel ordre de choses. Ce fut voulu, il
semble. Le programme de la Revolution
6tait de remettre le service de la Trdsorerie
a la Banque Nationale des l'entrde h Port-
au-Prince. Un discours official du chef du
Pouvoir executif le dit formellement. 11 sem-
blerait meme que dans cette hatte il y cut
un pieux hommage a rendre h Salomon (1),
createur de l'institution, et aussi un temoi-
gnage de de6frence amicale a la France.
Quel meilleur moyen pour arriver a ce r6sul-
tat que de demontrer au pays que le service
de la Recette et de la Depense dtait insuf-
fisant et mal fait. ? II n'y avait qu'b le dcmo-
raliser en proclamant chaque jour sa prd-
carite; il n'y avait qu'a le desorganiser en y


(1) Salomon Otait du Sud, d'ott vint la Revolution, et le
g@en-ral Antoine Simon, co qui est h sa louange, fut un de
ses fideles lieutenants.


62,


FINANCES D HAITI






EMPRI-NT NOLVEAL\. MNILME B.\N'IlE 63

introduisant des elements choisis dans ce
but, il n'y avait surtout qu'a l'affrancliir de
tout contrmle. Mais la Banque qui prefe-
rait unc liquidation autrement fructueuse
rest sourde a nos avances, et ce fut I'heri-
tiere d6signde par elle qui en beneficia...
11 semble logique que le Gouvernement
haitien, apres l'expdrience qu'on venait de
faire durant trente annees avec la Banque
National, duit essayer de conserver sa trd-
sorerie. Tout au contraire, il crut faire
oeuvre excellent, oeuvre patriotique, en la
confiant de nouveau pour cinquante ans ou
soixante-quinze (on ne sait au just, ici
c'est cinquante, la c'est soixante-quinze) a
une autre institution etrangere. (( II est
tres impolitique, lui avait dit le cabinet de
Washington, de meh're entire les m,.ains de
socidtes privees des poLucoirs si souve-
rains. )> I1 passa outre. Et ses hommes
d'Etat n'entendirent pas ou s'ils enten-
dirent n'ecouterent pas cette voix de la






64 FINANCES D'HAITI

conscience, cette voix du bon sens, de la
raison, qui veut qu'un people qui ne peut
gerer ses finances ne peut non plus conser-
ver son autonomie. Naguere nous n'avions
qu'un tuteur. Aujourd'hui nous en avons
trois, de nationalities diff6rentes, il est vrai:
allemand, americain, franpais. Nous voila
dans une triplice d'ou il sera difficile peut-
Wtre de sortir.






EMPHLNT NOUVEAU. MEME BANQUET 65


V



Un des plus grands reproches qu'on peut
adresser aux contracts financiers sons l'em-
pire desquels la R6publique va vivre durant
de si nombreuses annees, c'est il faut le
redire qu'ils n'ont etd guere discutds.
Assurement, il y a eu un ou deux articles
par-ci par-la dans les journaux. Deux rap-
ports officials ont etd lus dans les Chambres
legislatives. Mais articles et rapports etaient
sans grande valeur. Ils parlaient pour
parler. D'avance on savait la conclusion
h laquelle its allaient aboutir. Leurs auteurs
n'etaient pas sans doute des illettres, mais
ils dtaient en dehors de l'approbation
attendue -- peu au courant des questions
qu'ils pretendaient traiter. Ils n'etaient pas
nuls, ils n'dtaientque mddiocres. Or, en ces









matieres, il y a quelque chose, declare un
auteur, de plus terrible que la nullit6, c'est
la mediocrity.
Peut-etre aussi n'6tait-il pas tres sage de
se confier h l'Union Parisienne pour l'ddifica-
tion de notre nouvel edifice financier. Cette
Banque est essentiellement une Banque
d'affi'a,. 11 faut que son capital travaille
vite et !: -a. Elle s'est sp6cialisee dans les
opl.at.uos eminemment lucratives pour la
plus grade joie de ses actionnaires. Elle
nest pas surtout une banquet de dep6ts et
ne dispose pas des resources que donne
une clientele de deposants. C'est un rouage
admirablement forg6, tout ce qu'il y a de
plus moderne, de dernier progres si on
peut s'exprimer ainsi. Or un tel etablisse-
ment, qui est pour la realisation rapide,
insta lanee, peut bien mener avecmaestria
un ; iprunt public et on a vu et on verra
tout ? l'heure encore comment il a mene le
UL. mais on peut craindre que pour le


G6


FINANCES D'HAITi






EMPitL.\T NO VEAl. -- mEME B.\NM'iLE 07

rest des contracts financiers le minme
esprit de routine, de parti pris, de trdso-
rerie bureaucratique qui dominait I'an-
cienne Banque d'Haiti ne soit le sien. Et en
etudiant les conventions, en songeant au
cae;,,l appele, don't l'infimitd ddrisoire saute
aux yeux, on sent cette apprehension se
fortifier, grandir, devenir une desastreuse
reality.
11 est bien evident que le pays aurait eu
un meilleur contract de banque si on n'avait
pas soud6 aux conventions un contract d'em-
prunt. La fascination de l'argent frais sur
un tr6sor a sec ferma nos oreilles a toute
discussion sdrieuse. Nos yeux seuls restS.rent
ouverts, fixes sur l'appat des 63 millions.
Dans ces conditions, il fut aise d'obtenir
l'adh6sion des pouvoirs publics h tout ce
qu'on voulut.
Le gouvernement traita done avec hate, a
a vapeur, comme s'il ne voulait pas laisser
6chapper cette occasion unique, inespdrde..








Et duit-on se rep6ter, il faut redire qu'il ou-
bliait trop que la situation du pays avait
change, que depuis deux ans le caf6 de
38 francs etait monte a 75, que tous les
pays producteurs de cette denree avaient vu
leur credit public se fortifier, que particu-
librement pour Haiti la bonne tenue de sa
rente extdrieure etait un barometre qu'il
ne fallait pas negliger de consulter.En vdritd,
quelle raison, encore une fois, y avait-il de
signer un emprunt qui pour 47 millions
effectifs endettait la Republique de 65 mil-
lions !
On connalt le rapide succes de cot em-
prunt sur la place de Paris. Emis le 17 f6-
vrier 1911 a 442 fr. 50, il fut close le meme
jour. 11 est presumable que fort peu d'obli-
gations furent r6ellement offertes au public,
car voici la repartition qui eut lieu le 24 fd-
vrier courant:
a) Les souscriptions de I a 5 obligations
furent effectudes.


68


FINANCES D'HAITI







EMPRUNT NOUVEAU. MEME BANQUUE 69

b) Celles de 6 h 200 regurent 6 obliga-
Ltions.
c) Au delh de ce chiffre, il fut attribute
2 3,'4 0/0 des titres demands.
Le bloc fut sans doute gard6 par les dmet-
teurs. DMs le lendemain, les obligations
monterent rapidement h 455. On prevoit
qu'avant longtemps elles atteindront le pair.
On voit, sans beaucoup d'arithmdtique, ce
qu'a' 500 francs chaque obligation devra
rapporter au group 6metteur. Pour md-
moire, il faut se rappeler qu'elle lui revient
initialement a 361 fr. 54, en dehors, bien
entendu, des frais de publicity qui ont 6te
nuls.
A la fin du volume, nous renvoyons les
prospectus relatifs h l'emprunt (1). Il est
bon que nos hommes d'Etat actuels les
contemplent de temps en temps, afin que

(1) Voir plus loin les deux prospectus de 1'Union Pari-
sienne, relatifs a l'Emprunt de 65,000,000, et une note fi-
nanciure du 17 fbvrier 1911. Pieces I, J, K.









dans ce succes ils aient quelque regret de
n'avoir pas mieux d6fendu leur pays. Cer-
tainement, avec une meilleure connaissance
du march, une etude plus complete de
nos int6rets, ils auraient pu faire benificier
la Republique de plus de six afi sept mil-
lions.
Un des journaux financiers de Paris, sous
le titre: (( Petit Pays, grand ave-
nir )), a c6lebre en terms elogieux le
triomphe economique, dit-il, du g6ndral
Antoine Simon. Ce triomphe est a propre-
ment parler celui de l'Union Parisienne,
mais je ne puis m'empecher de redpter
avec une conviction autrement fondue:
Petit pays, grand avenir A quand ? La
est le secret.
En attendant, avant de passer au cha-
pitre suivant, laissez-moi vous faire remar-
quer combien dans les notes financieres,
- publiees au sujet de l'emprunt et don't
vous trouverez plus loin, a la fin de ce tra-


70


FINANCES Y'HAITI







EAIPRUNT NOL VE.\AL. MEME RBANQUE 71

vail, un echantillon, il est rdpet'e sans
cesse : < Un des c6t0s caracterisques de cet
emprunt est l'intervention de grandes
maisons de banques americaines et d'un
des principaux etablissements allemands.
La conclusion a en tirer n'est.pas difficile.






72 FINANCES D HAITI


VI



En meime temps que la Banque Nationale-
d'Haiti annoncait sa liquidation, la Banque
National de la RPpublique d'Haiti com-
mengait ses operations le er mars (I).
Quelqu(ies publications avaient pris soin
de rappeler que, avec la nouvelle institu-
tion, la France gagnait une part important
d'influence. Elles appuyaient surtout infini-
ment sur les grands avantages qui devaient
en resulter pour notre pays de 1'installation,
de ce nouveau rouage financier.
( Aux terms de ses status, disaient-
elles, etablis d'accord avec le gouvernement
haitien, la Banque Nationale de la Rdpu-
blique d'lHaiti a le privilege exclusif d'emet-

(1) Voir A ]a fin du volume les pieces relatives A la liqui-
dation et f l'ouverture : L. M. N.







EMIPRUNT NOUVEAU. MNIME BANQUET 73

tre des billets au porter, renmboursables en
especes, a presentation, a Haiti. Ces billets,
consid6rds comme monnaie, auront course
1egal avec force liberatoire illimitee, dans
toute l'etendue de la Rdpublique d'llaiti ot
seront recus dans totes les caisses publi-
ques. La banque devra avoir en caisse, en
metallique ou valeurs assimildes au metal-
lique, le tiers du montant des billets en
circulation.
(( Elle donnera son concours au Gouverne-
ment pour l'dlaboration et I'application
d'une loi relative a l'dtablissement d'une
unite de monnaie national a base d'or et
d'une monnaie divisionnaire, au retrait du
papier-monnaie, et, 6ventuellement, du
nickel, et a la circulation des monnaies
dtrangeres. Elle sera charge de l'dmission
de la nouvelle monnaie divisionnaire.
c En outre, la Banque sera, a titre exclu-
sif, charge du service de la tresorerie de
l'Etat, tant a l'int6rieur qu'a l'exterieur. A









ce titre, elle recevra a l'encaissement toutes
les sommes revenant a l'Etat, et notamment
les droits de douane sur l'importation et
l'exportation. De mrme, elle effectuera tous
les paiements pour le compete de l'Etat, y
compris le service des intdrets et amortisse-
ments de la Dette publique.
(( Elle recevra, apres entente sp6ciale
avec le Gouvernement, les consignations et
les dep6ts prescrits par l'autorit6 adminis-
trative etjudiciaire.
(( La Banque pourra dtablir une Caisse
d'6pargne et effectuer toutes les operations
que comportera son fonctionnement.
(( Enfin, elle aura la faculty de realiser
toutes les operations ordinaires d'une
banque d'emission, de d6pots, de prets,
d'escompte, de prets agricoles, et, en gene-
ral, toutes les operations considerees comme
rentrant dans le cadre habituel des affaires
des maisons de banquet et des etablissements
de credit.


FINANCES D'HAITI


74







ENIPRL'NT NO E\L .iL\lE BANQLE TOj

a On voit que ce programme, vaste et
pr6cis, doit permettre h la Banque Natio-
nale de la Republique d('Ha'i id''exercer une
influence sensible sur le developpement eco-
nomique et financier de la Rdpublique, don't
les nombreux elements de prospiritW ne
demandent qu'a Mtre mis en ceuvre. >>
A Port-au-Prince, le 8 mars 1911. on
inaugurait devant le Pr6sident de la R6pu-
blique et une assemblee d'dlite la nouvelle
Banque. Dans un discours approprie aux
circonstances, son directeur saluait q ceux
qui, presents ici, ont contribute par des
moyens diffdrents, a la foundation de cet eta-
blissement.
<< Je nommerai done, disait-il, en les
priant de trouver une fois de plus ici l'ex-
, pression de toute notre gratitude


q Monsieur le Ministre de France, qui a
, collabor6 si activement a nos efforts et








contribu6 si puissamment a la foundation
de cetle Banque;
Monsieur le Ministre des Etats-Unis,,
qui nous a value le haul et puissant con-
( cours des capitaux anmericains ;
a Monsieur le Ministre d'Allemagne, qui
Sa suivi avec tant de persev6rance tout le
a travail de formation de la nouvelle insti-
( tuition, qui en est I'ouvrier de la premiere
here et qui pourrait. si sa reserve hien'
, connue ne l'en enmpiecait, revendiquer h:
<< just titre... le litre de principal collabo-
, rateur de l'Ntablissement. ,)

Auparavant, il avait fortement appuy6
sur le programme de la Banque, don't les
grades lines sont :
a La restauration des finances de I'Etat
a par l'ordre et 1'economie;
( Le developpement du commerce, en lui
4 accordant les facilities don't il a besoin;
( Le rel6vement de agriculture ;


76


FINANCES D HAITI






E1MPRLNT NOLVEAU. 1EMBD BANQUE 77

< L'encouragement et la propagation du
gout de I'dpargne par le developpement
, des affaires industrielles et agricoles et la
security offerte au placement des capi-
a taux ;
( Et enfin la creation, par voie de con-
a sequence, du movement industrial,
toutes les conditions qui sont les pre-
A miers 61elments de la richesse d'une na-
a tion. )

Cette magique evocation, ce merveilleux
tableau doit devenir une r6alit6 grace au
capital appeld de la nouvelle institution qui,
comme dans I'ancienne, n'est que de cinq
millions... C'est r6ussir de belles choses avec
de bien petits moyens. Ce ne serait, a la
verite, que plus meritoire. Mais la Banque
National d'Haiti ne pas lire de la Repu-
blique avait developpe exactement, lors
de son inauguration, le meme programme.
Elle a passed trente ans h pidtiner sur place.








11 est vrai que ne presidaient pas a son
bapteme les f6es d'Allemagne, des Etats-
Unis et de France reunies...
11 n'est pas dats notre intention, pour le
moment, d'entrer dans Flexamen d6tailld du
contract de la nouvelle Banque et de montrer
combien peu il a 6td tenu compete des desi-
derata de l'opinion publique haitienne.
Cependant, il est important de faire quel-
ques observations qui peuvent presenter
une certain utility, mime sous i'adminis-
tration actuelle.
L'article 2 des status dit que la Socidte
prend la denomination de: Banque Na-
tionalc de la '.16publique d'laiti. Cette dd-
nomination lui est octroyee en vertu de
l'acte de concession du Gouvernement
d'Haiti, en son article Ir, et l'article 2 du
meme acte determine que cette concession
est faite pour cinquante annees a partir du
25 octobre 19 3.
Etalors comment comprend-on que l'ar-


78


FINANCES DIHAITI





EMPRU'NT NOLU\.\U. l EMFB BANQUE 79

ticle 4 des status de la Banque Nationale
de la R:bhlique d'Haiti declare:
Article 4. La Socidtd aura une durde
de soixante-quinzeans a partir de sa consti-
tution ddfinitive... ?
Yoild une denomination Banque Na-
tionale de la Rdpuhlique d'tHaYti > qui lui a
6td accorded en vertu d'une loi legislative.
Elle n'est sa propriete, dans les conditions
prevues par cette loi, que pour cinquante
ans. Cependant elle entend garder cette
denomination,, cette marque de fabrique,
qu'on ne lui a donnde que parce qu'elle est
une banque d'Etat, au delay du term fixed,
soit vingt-cinq ans de plus. Si done l'Etat
haitien, le contract expire, veut cr6er une
autre institution, il ne pourra disposer de
cette denomination qui est pourtant sa pro-
pri6td.
il faut faire modifier cet article 4 des
status, et le mettre en harmonie avec la loi.
La loi ne peut pas dire cinquante ans et








les statuLs soixante-quinze. Au surplus, si
on veut se rdfdrer a l'anciennc B.,ique, on
trouvera que le decret qui l'institua et ses
status etaient d'accord: tous deux disaient
cinquante ans. Voila maintenant que nous
sommes forces de l'invoquer comme une
autorit6...
On sail qu'invariablement la rdponse de
la Banque d4efunte fut. chaque fois qu'on la
pressait de s'interesser au developpement
economique du pays, que son capital appele
de 5 millions de francs ne lui permettait
pas de voir plus loin que le service terre-h-
terre de perception de nos recettes de
douane. Durant trente ans le pays a souf-
fert, en est presque mort, de cet etat de
choses. Et voila que la nouvelle institution
- qui pourtant reprend le beau programme
financier de l'ancienne ne nous apporte
que ce meme capital de 5 millions... Et,
chose bizarre, tandis que l'ancienne avec
ses 5 millions se contentait de 6.000 parts


FINANCES D HAITI


80






IMPRUNT NOLVEAU. M1EM BANQUET 81

bindficiaires, la nouvelle institution, avec
le meme capital vers6 de 5 millions, cree
20,000 parts beneficiaires II faudra rude-
ment travailler la Rdpublique pour qu'on
arrive a faire face, avec ce capital r6duit,
a tous ces grands besoins financiers...
11 imported done que d&s a present on
ouvre une campague pour forcer la Banque
National de la Rdpublique d'Haiti h appeler
l'intfgralit6 de son capital nominal. Elle no
peut faire moins, si elle est sincere dans
son ddsir de contribuer au relevement du
pays. Personne n'osera soutenir qu'elle peut
quelque chose pour la prospdritd d'Haiti
avec ce triste capital. Elle ne fera pas
mieux que l'ancienne Banque. Elle fera
moins, surtout si on songe qu'elle est grev6e
de 20,000 parts b6neficiaires, lesquelles, a
leur taux actual de 100 francs, reprdsen tent
pros de la moiti6 du capital vers6! On con-
viendra que 20,000 parts b6ndficiaires sur
5 millions de capital, c'est forcer la note.








Done, il faut faire une champagne active,
et sans relache, pour arriver au versement
integral des 20 millions de francs.
On fait grand dtat de trois concessions
que le nouvel etablissement a consenties au
pays, et on les celIbre, dans notre monde
official, h pen pros comme trois nouvelles
capitulations de Rochambeau. Les voidi
dans l'ordre auquel elles se presentent
d'apres la loi votee :

1 L'article 6 entend que les status de
la Banque contiendront une clause sui-
vant laquelle la nomination du directeur,
charge de la g6rance de l'etablissement
principal i Port-au-Prince, devra etre imm&-
diatement notifide par le Conseil d'admi-
nistration au Pr6sident de la Rdpublique.
20 L'article 8 dtablit que la moitie des
employes Cn Haiti devra etre de nationalit
h'atienne. .
30 L'articke 15 fixe le pret statutaire a


312


FINANCES D HAITI






EAMPRL'NT NOL'\EAL\. .I"IEML BANQUET 83

avancer par la Banque a l'Ltat au chiffre
nominal de 3 millions de francs.
Tels sont les avantages que le pays a
gagnes dans le nouveau contract. Eh bien !
il faut le constater avec tristesse, et meme
quelque ennui que l'on nous ait trouvds si
faciles a contenter, ces avantages ne consti-
tuent en rdalit6 que des leurres.
[1 n'est pas vrai que la clause de P'article 6
permette au Gouvernement de refuser un
directeur qui lui deplairait. Notification ne
dit pas veto, ne sous-entend mnme pas
objection. Cette redaction, qui d1limite la
puissance de l'Etat, la limited au contraire.
11 eit 1td mieux de ne rien stipuler, car
alors restait debout, enter, le droit ('objec-
tion du Gouvernement centre un directeur
qui n'aurait pas sa conliance. Mlais, en
rdalitd, la question n'est pas si important
qu'elle parait de prime abord. car, en
v6rit6, ce nest pas 1i qu'il faudrait effica-
cement exercer son action. Le directeur h






84 FINANCES D HAITI

Port-au-Prince, sauf de rares exceptions, ne
peut que se soumettre aux ordres et ins-
tructions du Conseil d'ad ministration reprd-
sent6 par le secretaire g6n6ral. Or, c'est a
Paris meme, au sein de cc Conseil, que l'ac-
tion gouvernementale devrait s'exercer. Et
c'est la qu'i! aurait fallu, dans cette inten-
tion, armer un commissaire special du Gou-
vernement d'instructions nettement 6ta-
blies. 11 n'est pas besoin de dire qu'on n'y
a jamais song.
Avec plus de force encore, s'il est possible,
le qualificatif de leurre doit s'appliquer a
l'article 8. En effet, on nous dit que la moiti6
des employes en Haiti(?) devra Wtre de na-
tionalit6 haitienne. Mais quels emplois leur
donnera-t-on ? Soyez assure que dans cette
moitie reserve, s'il en est deux ou trois qui
occuperont des charges convenables, le
reste sera compteur, hoqueton, balayeur de
bureau. Ainsi voilh une Banque qui, fondue
en totality avec une des portions du bendfice.






EMPRUNT NOULEAlU. MLM1 BANQUET 85

rdalis6 sur le credit national dans l'em-
prunt de 65 millions, no reservera que des
places inf6rieures a nos compatriots, des
places qu'elle ne pourrait, du reste, remplir
autrement. Cessez done de nous dire que
vous avez pris soin des intdrets nationaux.
Cet argument faith effet dans un discours
politique, mais ne soutient pas la discussion.
En ce qui a trait a Particle 15, je sais
bien que l'ancien Gouvernement avait insisted
prbs de la Banque Nationale (d'Haiti pour
que le pret statutaire fuIt port a 600,000
dollars. Mais ce qui constituait h cette
6poque une n6cessit6 n'en est plus une
pour un Gouvernement qui vient de fair
un emprunt ext6rieur de 65 millions. Que
peuvent peser pour lui 3 millions de francs
en face des int6rets g6n6raux de la nation ?
Si l'augmentation du pret statu-taire nous a
rendus coulants sur l'ensemble du contract,
ne faut-il pas le regretter amerement ? Selon
toute probability, cette augmentation, loin









d'6tre un advantage, ne constituera, en dd-
finitive, qu'une nouvelle charge au passif
de la Republique.
Et puis une r6flexion s'impose : l'ancienne
Banque, aux demands d'augmentation du
pret statutaire, avait toujours prtetexte que
son capital versd de 5 millions ne lui per-
mettait pas de faire une advance plus forte.
Or la nouvelle, avec le meme capital de
3 millions, nous prete 3 millions. Que lui
restera-t-il pou1r executer son vaste pro-
gramme ? Que lui restera-t-il pour ddeelop-
per le commerce, relever l'agriculture,
career enfin le t;oucement industrial, selon
les terms du discours de son directeur?
Tout just 2 millions. Ce n'est gure, et
c'est encore une raison pour demander
qu'on se hate d'appeler tout le capital no-
minal.
Pour le inoment, nous n'irons pas plus
loin dans I'analyse du contract et des sta-
tuts de la Banque. Le mal, a jamais d6plo-


86


FINANCES D HAITI






EMPRUNT NOUVEAU. MiME BANQUE 87

rable, est fait en ce qui concernel'emprunt.
De ce chef, il n'y a rien a espdrer, les hi-
rondelles, c'est-3-dire les benefices de l'ope-
ration, se sont envolees, etaucun printemps
ne les rappellera. II n'en est pas de meme
de la nouvelle institution. Elle existe, elle
vit, elle veut vivre au moins cinquante ans
- pas soixante-quinze. C'est une entitW
reelle et non une operation fluidique (pas
pour l'Union Parisienne bien entendu)
comme 1'emprunt de 1910. Certes, il est
indispensable que l'opinion qui n'a pu
presider a sa naissance s'occupe de cet
enfant hAtif, pour I'aider a vivre d'une vie
comfortable, humaine, dans ses interets et
dans les n6tres. Mais en cette tache il ne
faut, ni de ce c6te ni de celui du pouvoir,
aucune intransigence. L'intransigeance ne
servirait a rien et serait absolument sterile,
come toujours.







s8 FINANCES D'HAITI


VIi



Ce livre n'est pas un livre de politique.
Cependant la politique est si intimement
me'de a notre vie social, elle en est telle-
ment la trame que je suis oblige, en dUpit
que j'en aie, de lui donner ici une certain
place. C'est avec une grande detresse que je
la lui fais, forc6 que je suis de constater
encore une fois, selon un mot tres souvent
r6pdte, que plus cela va, plus c'est la meme
chose.
Quand Salomon fonda la premiere Banque
National d'Haiti, il eut aussi a combattre
de nombreuses opposition. Une tentative
insurrectionnelle mrme se manifesta a Saint-
Marc au cri de : A bas la Banque! 11 la
rdprima sans peine. Mais il n'avait fonde


FINANCES D'HAITI


88






EINPRUNT NOUVEAU. MEME B.\NQUE 89

qu'une Banque, il n'avait pas dote en meme
temps la Rdpublique d'un Emprunt extd-
rieur de 65 millions et il n'y avait pas eu
an 10 janvier des elections ldgislatives con-
ques dans un plan tellement strict que si la
veille il n'y avait pas d'dlecteurs inscrits sur
les roles, ni non plusaucun candidate connu,
le lendemain pourtant, dans toute la Rdpu-
blique, les deputies dtaient Mlus avec une
unanimity foudroyante... Salomon etait
autoritaire, d'un autoritarisme gradud. en-
clin aux dilutions. Sous lui, les lists ddpas-
saient toujours a la capital plusieurs mil-
liers de votants. En province, elles 6taient
encore dans une moyenne respectable. Per-
sonne ne vous empechait d'dlaborer votre
programme, de le faire imprimer dans les
journaux, de le faire distribuer, d'avoir
meme des chefs' de bouquement... Heureux
temps Nous n'avions que la facade de la
liberty, car invariablement les candidates de
l'Exdcultif passaient d'un bout l'autre du








pays. Mais entin cette facade donnait de
l'illusion...
Dejh une certain seance du S6nat, le
23 octobre 1910, sLIr la politique int6rieure
da Gouvernement, avait caus6 un grand
,moi. provo(qud quelque malaise dans l'opi-
nion publique. Jainais, ni sous Hyppolite, ni
sous Nord Alexis., on n'avait entendu un
organe de l'Ex6cutif s'exprimer avec une
aussi v6hemente cruditd vis-a-vis d'un
membre du Corps Legislatif. (( La police
suivra tout le monde, disait l'organe de
( l'Executif, elle observer le respect dui
< un membre de 1'Assemblee national,
a mais aussi a l'occasion elle saura lui
, mettre la main au collet comme a un
vulgaire conspirateur. >)
La riposte avait 6td vive, a la hauteur de
l'attaque. Mais le Senat a l'unanimit6, par
un vote de confiance, avait donned tort au
senateur Cauvin, l'interesse. Et le ministry
avait conclu aux applaudissements de tous :


90


FINAN CES D HA.\ I T I






IMPRULNT NOUVEAU. MINIME DANQUE 91

b Le Gouvernement a mis ses ennemis dans
o l'impossibilite de lui nuire.
II1 est a presumer que plus tard, se sou-
venant de cette declaration de principes, le
s6nateur Cauvin, le temps dtant orageux au
mois de fdvrier suivant, n'a pas etd le der-
nier a se mettre a l'abri...
Trois causes ont determine l'insurrection
qui en ce m6me mois a afflig6 le pays:
10 L'dtablissement de la nouvelle Banque
d'Etat.
20 L'Emprunt extdrieur.
3o Les elections du 10 janvier 1911.
On a assez longuement expliqu6 dans les
pages qui precedent comment le mecanisme
de la nouvelle Banque et celui de 1'Emprunt
a pu mecontenter les populations. Cepen-
dant sur ce point les opinions peuvent etre
partagdes. Elles sont unanimes sur les elec-
tions legislative et les plus chauds amis du
regime actuel ont condamne la facon don't
on les a mendes. II faudrait remonter aux









temps imperiaux de Faustin ler pour trouver
leur pendant... Qu'on ne croie pas cepen-
dant. que le mode de ces elections soit la
condemnation sans appel de la Chambre
nouvelle. L'arret serait pr6matur6 et pour-
rait donner lieu h une grave erreur. On ne
saitjamais avec les corps ddlibdrants. Celui-
ci peut, pour le bien de la nation, et meme
a cause de son origin, ktre une assemble
parfaitement respectable, ayant conscience
de ses devoirs et de ses responsabilits. Elle
n'aurait que plus de merite. Souhaitons-le
sincerement pour le Gouvernement et le
pays.
Cette sore de vie national, composee de
r6voltes, de fusillades, de represailles, que
nous avons adopt6e depuis un siecle est
certainement epouvantable. On comprend
sans peine que chaque chef d'Etat haitien,
arrive cependant par les m6mes moyens,
s'empresse de ]a fletrir a son tour. Aussi
bien a-t-on entendu au Corps legislatif un


z2


FINANCE. D HAITI






EMPRUNT NOUVEAU. MEIME BANQUET 93

ministry du g6ndral Antoine Simon, emport6
par cette ardeur, declarer que lorsqu'il prit
les armes centre le general Nord Alexis il
n'6tait plus son ddl6gud. 11 voulait 6tablir par
1a qu'il n'avait pas trahi, qu'il n'avait pas a
craindre les foudres de la justice imma-
nente, c'est-h-dire en l'espece d'etre ren-
vers6 par une revolution. C'dtait pousser
loin la casuistique officielle. Cette justice
immanente est enracinde dans la prose
national. On l'invoque sans cesse. Et c'est
a croire vraiment qu'elle existe, car ses
effects out l'air d'6tre assez visible. Nous
conspirons, on conspire contre nous, nous
tuons, on nous tue, et coux qui nous ont
tu6s sont tuds a leur tour. II n'y a pas de
raison pour que cela finisse. C'est la ven-
detta haitienne.
Au moment de jeter un coup d'ceil sur les
6venements auxquels la revolte de Ouana-
minthe a servi de pretexte, la reflexion qui
vient naturellement a l'esprit est que l'on








avait queique droit de croire que les memes
faits, tant reprochi6s naguere a nos gouver-
nants, ne so reproduiraient pas, et cette fois
peut-etre sans aucune circonstance atte-
nuante. Or on les a revus, augments,
aggrav6s. Faut-il en conclude que fatalement
ils devront toujours se reproduire?
Cependant, toute notre Histoire d6montre
que cela n'aboutit h rien, que cela ne
retarde pas la chute d'une heure si elle doit
arriver, que bien plut6t cela la pr6cipite.
Alors, quoi ? nos gouvernants ne savent
done ni interroger, ni lire notre propre His-
toire ? C'est malheureusement ce qu'il faut
conclure.
II va de soi que le droit d'un Gouverne-
ment de se d6fendre contre les rdvolution-
naires rest absolument intact. Mais un
Gouvernement ne doit pas, dans une repres-
sion quelque meritde qu'elle soit, fournir a
la morale publique de justes motifs de
plainte. Une repression productive de paix


94


FINANCES D'IHAITI






EMPR[NT N'OL VEAU. \EME, BANQLUE, 09

peut parfois, mallieureusement,. etre san-
glante, jamais sanguinaire. El c'est par-la
que se perdit Nord Alexis.






96 FINANCES DHATTI


VIll




Le3 fevrier 1911, lePresidentde la Retpu-
blique annonpait dans une adresse au
people que la ville de Ouanaminthe s'etait
soulevde. 11 terminait ainsi :
( Que les families se rassurent! Que le
<( people qui m'a honor de sa confiance en
( m'appelant ai la supreme magistrature de
Sl'ittat sache bien que, fiddle au serment
, que j'ai prWtd de d6fendcre ses droits et de
t( me sacrifier pour le bien de mon pays, je
ne negligerai rien pour aunantir une entre-
. prise aussi insensee que criminelle... Les
factieux seront chaties; la paix mais
a une paix durable sera r6tablie; le pays


96


FINANCES D'HAITI






LMIPRLNT NOL\ EAL.. AIMEI BANQUET 07

continuera sa march dans la voie du
, progris ou mon gouvernement l'a lanc6
, et le bien que je reve pour Haiti sera
realise. .
Malgre ces assurances donnees aux famil-
les, des la nonvelle de la prise d'armes les
citoyens 6taient de toutes parts p)ourchasses
et les consulats se remplissaient. II faudrait
de nombrouses pages pour citer les noms:
presque tout Port-au-Prince so mit a l'abri
sous pavilion stranger en attendant que
ceux qui se croyaient le plus en danger
pussent mettre la mer entire eux et I'autorite.
On no parlait que d'executions sommaires
ordonnues la nuit dans les prisons. Chacun
tremi)lait et ne songeait (nu'h se garer. Tel
fut instantandment l'effetde la prise d'armes
de Ouanaminthe.
DMs la veille, le 2 fdvrier, un acte 6pou-
vantable se commettait: tn citoyen, Charles
Guignard, p)re de neuf enfants, venant de
Petionville chercher de l'argent chez un nd-






1 .


gociant tie la place pour ses achats de catr,
6tait arrWtd h quatre heures del'apres-midi,
colld au mur du Bureau Central et fusilld.
Le cadavre fut. laissd tout 1'apres-midi,
toutela nuit sur la terre rouge de sang. 11
servit d epouvantail, car a tous ceux qiuon
arretait. et ils etaient nombroux, les
plus liauts et les plus marquants de la ville.
- avant de les ddposer en prison et aux
fers, on le leur mon trait :
Voilh, leur disait-on, ce qui vous at-
tend!
Naturelleinent, personnel ne soufnlait mot.
Les journaux etaient muets. Us ne donnaient
les noms ni des prisonniers. ni des suppli-.
cids. Un vent d'epouvante avait passe sur:
la ville et sur le pays. Pour consolation,
durant ces jours terrible. on avaiL les pieces
officielles...
Le 11 ftvrier, le g6ndral Jerdmie, de son.
quarter general de Carice, s'6criait en un
style fleuri


FINANCE. D' H.\AITI






L.A ,[I I'NT No l\ l. E I Lt Ej Ii BAN(' I I 9j


ORDRE DU JOUR


Concittoyens,

Nolre march sur Ca:rice a did encore
une victoire.
Hier, i neuli heuros du matii, nous quit-
Lions Cerca-la-Souirce pacifiee, pour enter
a mi(li vingt minutes an post militaire dl
Lamielle, oui nous attendaient des vivat.
frenetiques :i I'honneur du President An-
toine Simon.
Nous avons eu lo loisir d'adresser quel-
ques paroles aux habitants reunis devant la
Chapelle de Notre-Dame de l'Esphrance, et
nous avons ferm6 notre audience en leur
donnant lo conseil do ne plus detruire cos
pins majestueux qui ornent lours mon-
tagnes. Malis plus loin. nous devions respirci
un air de combat.
L'herbe seche petillait, la fort 6.ait cii









feu. De Larose-Bonny a la riviere des Td-
nObres ), nous avons constat6 des postes a
peine dvacues par l'ennemi. Les rebelles
avaient concentre toutes leurs forces a
Carice pour mieux se d6fendre. Mais Carice
fut emportee par I'aile droite du general
Eliacin, comnmawidee par le courageux gd-
ndral Charldus Charles.
Les femmes du bourg, dominoes par la
crainte de voir leur cit6 livrde a l'incendie
et au massacre, se presenterent devant
nous, faisant flotter le mouchoir blanc. Le
charge du comnmandement de la place,
quelques-uns de ses acolytes, pris les armes
a la main, sont actuellement nos prison-
niers.
Vallieres, qui, hier matin, avail envoy
aupres de nous une ddldgation pour pro-i
tester de son devouement, a renouveld saJ
demarche le soir.
L'armee du Gouvernement est attendue.
toutes les portes ouvertes.


100


FINANCES D'HAITI