Histoire d'Haïti; Années 1843-46, by Thomas Madiou, Port-au-Prince, 1904. (BCL-Williams Mem.Eth.Col.Cat. #590)

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Histoire d'Haïti; Années 1843-46, by Thomas Madiou, Port-au-Prince, 1904. (BCL-Williams Mem.Eth.Col.Cat. #590)
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4-tr-Madiou-1904

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University of Florida
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HISTOIRE D'HAITI
/


PAR


/


Thomas MADIOU
Ancien lotaire
Ancien Directeur du Lyc6e National du Port-au-Prince
Ancien Envoy6 Extraordinaire et Ministre Plnipotentiaire
de la R6publique d'HaIti pres les Cours d'Angleterre, de France et d'Espagne
Ancien Ministre-R6sident a Madrid
Ancien S nateur
Ancien Secr6taire d'Etat, a differentes reprises, de 1'Instruction publique,
des Cultes, des Relations Ext6rieures.


ANN JEDS 1 Q4.3--184G.


q


PORT-AU-PRINCE


Imprimerie J. VERROLLOT, 96, Rue Roux, 96.
1904.
Tous droits reserves.


?














AVANT-PROPOS.


THOMAS MADIOU, mort en 1884 n'a pu, malgr6 son grand
d6sir, faire r6imprimer les trois volumes de son Histoire
d'Haiti ainsi que leur continuation, soit de 1809 a 1846.
Ses enfants et ses petits enfants tiennent aujourd'hui & faire
paraltre l'oeuvre si belle et si instructive de ce grand his-
torien. Ils ont entrepris s6rieusement ce travail, mais pour
une raison majeure qu'ils vont exposer au public, ce vo-
lume, l'un des derniers de l'oeuvre, paralt avant ceux des
annees precedentes. L'auteurlui-m6me avait d6pos6 en 1878,
en France, tous ses manuscrits, pour les mettre A l'abri de
l'incendie si frequent en Haiti; ces manuscrits y sont tou-
jours. Le volume qui paralt aujourd'hui a 6t6 son dernier
travail, il a 6t6 trouv6 dans ses papers apr6s sa mort.Nous
prions le public de nous excuser et nous nous engageons
a faire paraltre au plus t6t les volumes prec6dents.
Nous tenons, en tWte de ce livre, A remercier hautement
Son Excellence le Pr6sident NORD ALEXis et sesSecr6taires
d'Etat qui, par leur souscription national, nous ont aides
A l'6dition de ce volume.








Ils sont juges par un autre Conseil reuni A la Croix-des-Bouquets
le 12 novembre et condamnis mort de nouveau. Le 8 d6-
cembre, le conseil de revision maintient le jugement.-Ex6cution
de Jean-Pierre Mercure, de Dorval Mercure et de Milfort Monta-
let. A la seance du 15 decembre, I'Assembl6e vote l'institution
des prefets, chefs .d'Arrondissements, ayant a la fois, des attribu-
tions civiles et financieres. A la seance du 20 d6cembre, le
depute Donat propose de d6clarer nuls tous les brevets d61ivr6s
par la R6volution a des homes de l'ordre civil. Son discours
a cet 6gard.. L'Assemblee decide que la question sera r6solue
par la prochaine legislature. A la seance du 23 d6cembre elle
vote l'ensemble des bases de la Constitution. Discussions tou-
chant les couleurs nationals bleu et rouge.- L'ex-prdsident Boyer
part de la Jamaique pour la France; il arrive Paris le 29 sep-
tembre.-Accueil que lui fait le roi des franqais, Louis-Philippe.-
Sbance de la Constituante concernant les alterations faites aux d6-
cisions de l'Assembl6e par la Commission chargee de la r6daction
de la Constitution. A la seance du 30 decembre 1843, le g6-
neral Charles Herard aine, dit Riviere est nomme President de la
Republique haitienne. A la stance du 31 d6cembre, la nouvelle
Constitution est sign&e par l'Assemblee, apres une seance orageuse.-
Le meme jour, dans l'apres-midi, elle rapporte les d6crets d'accu-
sation, en exceptant Boyer et Inginac; elle requiert la mise en li-
bert6 des autres. La ville de Port-Republicain, priv&e d'eau
depuis plusieurs.ann6es, voit jouer ses fontaines a sa grande joie.


4


3


SOMMAIRE










HISTOIRE D'HAITI.



CI- T rPITIRE PFI=EMXE1I .

184-3.


Conspiration deDalzon dans le but de porter Guerrier i la Pr6sidence. -

Les conjures se reunissaient au Port-au-Prince tant6tdans
un local tantot dans un autre, souvent a proximity de la
ville, au milieu de la nuit; les principaux Mtaient DALZON,
PIERRE et DORVAL MERCURE, pere et fits, MILFORT MON-
TALET. Chez ce dernier il y avait un d6p6t d'armes et de
munitions. D'autres conjures moins resolus, assistaient at
ces clubs, beaucoup par curiosity; c'etaient VIL LUBIN, SI-
MEON LAMITIE, SEIDE VALENfIN, MARCELLUS HYPPOLITE,
PIERRE MONTALET, DOLCE BAZILE. Tous souhaitant la fin
de la Revolution. 11s nommerent DALZON, chef d'execution,
pour le coup de main qui devait avoir lieu, avant l'accla-
mation de GUERRIER. Its dress6rent un plan de la rdorga-
nisation de I'arm6e; et pour recompenser les troupes de
la Garde de leur devouement a l'ex-President BOYER, ils
convinrent de les cr6er corps d'elite; ces troupes ne seraient
composees que d'officiers, de sergents et de caporaux, ils
devaient porter deschevrons, la Croix d'Honneur et d'autres
(decorations qu'a 1'instar du roi CHRISTOPHE ils se propo-
saient de cr6er. L'on a dit, mais sans preuve, qu'il y en eut,
qui dans leur exaltation, furent d'avis de crever les yeux
et d'arracher la langue t tous ceux de leur parti qui accor-
deraient leur protection aux Rividristes et autres artisans
et partisans de la revolution. Beaucoup d'anciens Boyd-
ristes, homes de couleur, n'ignoraient pas l'existence de
cetWt conspiration; quelques-uns, mine sous les verroux,
en suivaient la march. On en attendait les effects pour se
ddmasquer. II ne fut famais question de I'extermination de
la population de couleur, come on I'avait dit a I' poque.






HISTOIRE D'HAITI


Enfin DALZON avait fini par gagner a sa cause la plupart
des anciens officers de l'Artibonite qui habitaient Port-au-
Prince, et quelques colonels d3 regiments, 6ntre autres
MATHURIN, commandant du 3eme. Il s'entendit avec le g6-
n6ral GUERRIER pour fixer le jour de la tentative.
Dans la nuit du 9 septembre, il se rendit dans les diff6-
rents quarters des troupes de l'Artibonite en garnison a
Port-au-Prince, et, se pr6tendant porteur d'un ordre de la
Place, il en entraina d'assez nombreux detachements au
fort national don't la garde avait t6 gagnee. Le ge6nral
GUERRIER en apprenant ce movement, ordonna de seller
son cheval, dispose A se presenter aux regiments des que
le fort national tirerait son premier coup de canon. Le
commandant JEAN PIERRE MERCURE, decore et armed, se
rendit A cheval au Poste-Marchand, s'entendit avec le co-
lonel MATHURIN et monta au fort national ofu il rencontra
le ge6nral DALZON qui Ini confia le commandement de la
gauche du detachement qui devait fondre sur la ville et
assaillir HERARD RIVIERE en sa demeure.
II 6tait plus de minuit;la lune repandait ses plus grandes
clartes. DALZON se s6para de MERCURE et se porta vers le
Poste-Marchand pour entrainer le reste des troupes qui y
'taiant cantonnes.
Cependant, ces movements militaires, quoique faits A la
muette, avaient donned I'eveil A l'autorit6, et le general Ri-
VIPRE HERARD sans jeter d'alarme, s'etait porter vers I'in-
tendance accompagne seulement de ses aides de camp de
service et d'une vingtaine de fantassins. De son c6te, DAL-
ZON parvint au Poste-Marchand; il fut decouvert par un
militaire nomme REGIS. R MGIS I'ajusta et l'abattit.
Des lors, tonte la ville fut sur pied; la garde national en
masse prit les armes; la cavalerie a plus de quatre cents
hommes se reunit dans la rue pavee devant la mnaison de
RIVIkRE HERARD jetant lescris de Vive la revolution! Vive
RIVI RE! Au jour, Rivit~R1 HPERARD parcoirutt la ville, pre-
c d6de cette cavalerie. Les h bitants dePort-an-Prince,la plu-
part anti-boyeristes, firent des ovations A RGIs dans toutes
les rues. Les dames lui apportaient des couronnes et des


6






CHAPITRE PREMIER 7

bouquets et Ini serraient la main. J'en vis qui lui donn6rent,
dansleur enthousiasme, I'accolade fralernelle. L'autorit6
proc6da imm6diatement A de nombreuses arrestations ;
MERCURE, qui s'6tait 6vade, fut pris A une certain distance
de Port-au-Prince.
RIVIERE HERARD fut inform de la complicity de GUER-
RIER; iI s'en doutait; mais il ne jugea pas & propos de le
faire arreter, voulant representer le movement comme
une tentative de forcen6s; car il eut 6te ditficile, aux yeux
de la nation, de faire passer GUERRIER pour un bandit; il
en serait plutot result pour RIVIPRE un effect moral tr6s
defavorable, surtout apr6s I'affaire d6s SALOMON qu'il ve-
nait de r6gler arbitrairement comme nous l'avons vu. Vingt
deux individus furent arr6t6s pour 6tre juges par le Conseil
special militaire de I'arrondissement de Port-au-Prince,
come complices de DALZON.
Pendant ce temps, les Constituants nomm6s, par la nation,
s',taient reunis "a la Capitale; ils repr6sentaient les D6par-
tements du Sud, de I'Ouest, de l'Artibonite, du Nord, du
Nord-Est ou du Cibao et du Sud-Est ou de l'Ozama, toute
I'lle en un mot, du Cap Engano & Tiburon. Ils 6taient au
noinbre de cent six: ADELSON DOUYON, ALCIUS PONTHIEUX,
FRANKLIN, BAZIN, A. LAROCHEL, A. MARTIN, DAVEZAC, A.
CLEMENT, BEDAINQUE, B. JN.-SiMON, VALDIES, B. ALEXAN-
DRKY, Ls Jh BAILLE, CHARLES PICART, C. M. WESTERN, COR-
VOISIER, BAHJON fils, DAVID St-PREUX, Ax. Jte CHANLATTE,
MOURAs fits, DAVID TROY, D. BENOIT, P. PANAYOTI, Du-
MAY LESPINASSE, DST. VILLE DAUTANT, P. ANDRE, P.
BEAUFOSSE, D. THIZARD, Chs DViMEUX, Fs DORVILLE, FX
POISON, F. DONAT, NELCOURT, F. PERALTA, PROPHIkTE,
G. HIPPOLYTE, FABRE GI:FFRARD, SALES, J. S. HIPPOLITE,
BAUGE, AUGUSTE ELIE,JULIN LATORTUE,JOSEPH COURTOIS,
MULLERY, B. A. LABORDE, J. PAUL, Jh MANY, FRANQOIS
Ac.LOQUE, Jh FRANcOIS, Jn Ch JUNCA, J. L. SANTEL, J. S'
AMAND, DUPERIER, .Jh OSCAR LAPORTE, FONTIL TESSON,
MODE fills, PILORGE. Dr Jn H. FRESNEL, LUBERISSE BAR-
THELEMY, LAUDUN, LAPICE, Ls NORMAL DUBOIS, JOSEPH
ALEXANDRE DuDuvY, JOSEPH BORELLY. Mt MY. BENJAMIN,







HISTOIRE D'HAITI


MUZAINE, M. AMBROISE, M. VOLEL, M. B. CASTELLANO,
MIGUEL ANTONIO ROJAS, FRANQOIS REMAIN LHERISSON,
MAXIMILIEN ZAMOR, P. BERGES, NEPOMUCENE TEJERA,
Pre Ls OSIAS, TABUTEAU, B. A. DUPUY, P. MICHEL, Pre AIN
STHwLg, REMUGIO del CASTILLO, C. A. BLANCHET, V. PLE-
SANCE, S. SIMONISE, S PARET, St-AUDE fils, TORIBIO Lo-
PEZ VILLANUEVA, THOMAS PRESS, C. HEURTELOU, VILLE-
FRANCHE, G. MANIGAT, M. MARSSE, M. J. CHARLOT, F. ROCHE,
CHS. ALERTE, CAUVIN ain6, N. FELIX, E. NAU, HERARD
DUMESLE, Ls B. EUSEBE, DAMIER, GRANDCHAMP fils, VRI-
'GNEAUX, J. A. GARDERE.
DAVID St-PREUX avait 6te nomm6 constituent par line
commune autre que celled'Aquin. Les gensdecette locality
avaient Wt6 traits d'ingrats a cette occasion; ils se justi-
fiUrent en faisant insurer dans lesjournaux la note qui suit:
Nous avons dit pourq|uoi nous ne voulons pas ktre gou-
(( vernes par les militaires. Voici en peu de mots pourquoi
nous n'avons pas envoy DAVID St-PREUX a l'Asseimble
( constituante: Ce citoyen fut autrefois l'organe constant
( des opinions populaires; nous l'avons entendu inaudire
( le syst6me corrupteur de l'ex-president, s'dlever avec
( force contre les depenses qu'occasionnait I'entretien
( d'une armee plus qu'inutile, vouer une haine active anx
6( epaulettes qu'il considdrait come liberticides. Nous
( avons dit: cet homme est digned'tlre notre representant.
, Aujourd'hui, il m6connait la volonte des masses; il est
(( sourd aux cris de la press; le systetme qu'il mnadissait,
( il I'aime; il gonfle inutilement le controle de I'etat-najor
( monstre; il adore les dignit6s militaires qu'il croit seules
a capable de sauver la Republique. Nous disons: cet
b homme n'est pas digne de nous representer a la CGnsti-
( tuante. Quoi de plus rationnel ? Est-ce nous qui sommes
a des ingrats ? )
Au Port-au-Prince, les principaux mnembres de la Rd-
volution qui avait renverse le President BoYKR se retnirent
et reconnurent que I'Assembide etait souveraine en tout
ce qui se rattachait a l'dlaboration de la Constitution, mais
qu'elle n'avait qu'un contrOle, pour toute la marche de


8






CHAPITRE PREMIER


administration, sur le Gouvernement provisoire, et le
droit de requ6rir toutes les.mesures que lui suggerait i'in-
terkt social. Cette opinion 6tait fondue sur les articles 4 et
29 du d6crkt du 4 avril, qui disposaient que le Gouverne-
ment emploierait tous les deniers publics,selon les besoins
du service, et disposerait de la force armee, en cas de ne-
cessite jusqu'i l'installation de l'Assemblee constituante;
qu'aussit6t aprls, il lui rendrait cornpte de toutes ses ope-
rations. D'une autre part, I'article 34 du rnerne d6cret 6ta-
blissait simplement que l'objet de la Constituante 6tait de
rediger une nouvelle Constitution sur les bases du manifeste
de PRASLIN.
L'Assenible se reunit enfin le 18 septembre sous la
pr6sidence du d6pute PICARD. Les bureaux qui en avaient
ete charges, presenterent leurs rapports sur la verification
des pouvoirs. Tous furent valid6s.
Le lendemain, sous la pr6sidence du mime d6put,, elle
nomma President d6finitif, ai 55 voix, sur 76 votants, le ci-
toyen JACQUES SYLVAN HIPPOLYTE, dit GILIN; Vice-Pr6si-
dent, le citoyen HONOR FERY, a 65 voix; Secretaires, les
citoyens EMILE NAU. DAMIER, BAZIN CADET et VALENCIA.
Le 20 septembre, le President donna lecture de la formule
de serment, et chacun des d6put6s s'approcha du bureau
et dit: Je le jure.
L'Assemblhe decida que tons les actesde la Constituante
seraient inseres dans une feuille intitulee: BULLETIN DE
LA CONSTITUANTE.
A la stance du 21 septembre, le d6pute SIMONISE pro-
posa de decrkter que le chiffre des constituents, qui 6tait
de 124, ftt augmented pour que divers quarters de la parties
de I'Est non represents, pussent nommer des d6putes. La
proposition ne fut pas accepted.
Le 23 septembre,apr6s une grande ceremonie religieuse,
I'Assemblee fut solennellement installee au bruit de 401
coups de canon tir6s devant le local qu'elle occupait. Le
citoyen JACQUES SYLVAIN HIPPOLYTE prononea un discourse
oh il rappela les constitutions precedentes, les apprecia et
pria ses collgues d'en donner une au pays entierenment






HISTOIRE D'HAITI


liberale. A cette installation assisterent CHARLES HERARD
RIVIEfRE, LAZARRE, IMBERT, membres du Gouvernement
provisoire. Le general HIRARD, en sa quialite de President
des Travalux dii inmine Gc)vernemnnt, prononi urn dis-
cours dans lequel it exprima son d6sir de voir doter la
nation d'une Constitution en harmonie avec le manifesto
de PRASLIN.
C'est le lendemain, 24 septembre, qu'eut lieu la mort du
citoyen NAU, tresorier-gUntral; il avait occupy cett. charge
pendant quarante ans.
A la seance du 25 septembre, DAVID St-PREux, nommiie
depute par les villes de St-Yago de los Caballeros et
Santo-Domingo, d6clara qu'il optait pour Santo-Domingo.
Imm6diatemetnt apres, le citoyen HONoaR FERY, Vice-
President, proposal une amnnistie en faveur des generaux
BORGELLA, RICH, CARRIE", VICTOR POIL, des citoyens
CELIGNY ARDOUIN, BEAUBRUN ARDOUIN et SgGUY-VILLE-
VALEIX. Des qu'il eut fini de parler, le President fit donner
lecture d'un message que I'Assemblee venait de recevoir
par lequel le general RtvieRE deinandait une amnistie
pleine et entire, except pour BoYER. INGINAC, VICTro
POIL et VILLEVALEIX. On revint sur la proposition du ci-
toyen HONORED FERY; les d6putes DAVID TROY et ANDRE
JEAN-SIMON la rejet6rent. De son c6te, le depute JACQUES
SYLVAIN HIPPOLYTE exprima unte opinion favorable A la
proposition FI':RY, et demand qu'elle fft discutee.
Le depute NORMIL DUBOIS reclama centre BOYER et
INGINAC routes les l'igueuirs de la loi. La motion d'amnistie
fut energiquement repoussee par le depute MAXIMILIEN
ZAMOR; le diepute V PLoSANCE la soutint; elle fut vive-
u'iut coinbaltue par les d6put6s IBAZIN, F. LHEaRISSON,
PYRRHUS MICHEL. a Le people, dit le deputt SIMONISE, re-
( presented par la portion 6clairee de la nation, est favora-
x ble a l1'amnistie. ) Le depute DAMIER ne partagea pas la
mnaniere de voir du citoyen SIMONISE; it dit: ((Si la portion
6 eclairee represent le peuple,elle doit m tnager les droils
< de celui-ci. D


10






CHAPITRE PREMIER


En vain le depute COURTO[S voulut se faire entendre; sa
voix fut couverte de tous cotes par les cris rep6t6s: I'or-
dre du jour. La sonnette du Pr6sident obtint le silence.
Le depute CouRTols deciara qu'il etait contraire A la mo-
tion d'amnistie; il ajouta que le Gouvernement pourrait
faire sortir de prison les decretes d'accusation jusqu'd la
formation du jury national qui devait connaltre de cette
accusation. Le President consult I'Assemblee qui passa a
l'ordre du jour.
Le d6pute DUMAI LESPINASSE proposal d'adresser un
message au Gouvernement pour lui demander ses comptes.
Aucune decision ne fut prise.
A la seance du 26 septembre, sur la proposition du
depute DEJUSTE THEZARD, de l'Arrondissement de la
Grand'Anse, la question d'une indemnity a accorder aux
constituents fut agitee. La motion etait appuyve par le deput&e
DAMIER qui pensait et soutenait fortement que les consti-
tuants ne pouvaient pas maintenir leur digniIl s'ils ne
touchaient pas du tr6sor une indemnity mensuelle. II dit
qu'il y avait parmi ses collogues des riches et des pauvres;
que les premiers pouvaierft bien se passer de retribution;
mais que les seconds ptriraient A Port-au-Prince sans
avoir pu remplir le mandate que le people leur avait confie;
qu'il ne repr'sentait pas les riches; qu'il avait te envoy,
lui, par le vrai people A I'Assemblee constituante. Le
d6pute SAINT-AMAND fut contraire a la motion d'indemnite,
ainsi que les deputies BEAUGCE et DONAT ; elle fut soutenue
par les deputes BAZ[N, NELSON FEL[X, SALES et P[RRHUS
MICHEL. Le d6pute DAMIER demand avec insistence que
la motion fflt mise aux voix. II dit : (( Si l'indemnite n'est
pas votee, il faudra enfermner I'Assemblee entire pendant
quarante-huit heires et la laisser sans manger ni boire;
I'on verra alors si les sacs vides pourront se tenir debout
et si 'intelligence des riches sera assez lucide pour discuter
et voter des decrets. ) L'Assembl6e fut consult6e par le
president J. S. [HIPPOLYTE; le plus grand tumulte Mclata et
l'on se relira sans avoir pris aucune decision.
La s6anice du 27 septembre fut presidee par le d6pute


11







HISTOIRE D'HAiTI


HONOR FIRY, vice-pr6sident. JACQUES SYLVAIN HIPPOLYTE,
president de la Constituante, envoya sa admission; I'As-
sembl6e l'accepta. La stance turnultueuse de la veille avait
laisse le citoyen HIPPOLYTE pris de degoAit; il resta d6pute.
Le vice-pie'sident, remnplac6 par l'un des secr6taires
imonta A la tribune et lut le discours suivant sur la motion
d'indemnite :

MESSIEURS,

< La question de subside, soulevee hier, a fait mal a
e plus d'un c L< tant plus afflig6 que c'est d'un de m-s colleagues de la
< Grand'Anse qu'elle temane. II est vrai qu'il se fonde sur
a sa position particuli6re; et, pour etre just, je dois- dire
< qu'elle est telle qu'il la repr6sente. Je dois aussi au carac-
(( tLre honorable que je lui connais, d'attester qu'il ne peut
< avoir 6t6 mui par un sordide interet ; mais cette double
consideration, st elle suffit pour I'excuser anx yeiax de
l'Assembl6e, ne peut, ai morn avis, faire adimettre sa
( proposition que je viens combattre avec tous les egards
Sdus a I'adversaire, mais avec toute l'indignation que la
matitre est faite pour inspire. Je ne veux pas parler de
< la regle de delicatesse qui interdit A tout horinnte homame
< de decider sur ce qui l'interesse personnellement; mais
a je supplies qu'on fasse attention (pu'un decret du Gouver-
( nement provisoire prescrit que les membres de la
( Constituante ne recevront aucun trailement ni indemnity ;
a que ce acte faith au nomn du people, constitute lun contract
< entire le people et ses dt16gu6s; qu'il ne peut appartenir
Sa ceilx-ci de changer les conditions de leur nomination;
que mandataires gratuits, ils ne peuvont se faire agents
( salaries sans tromper leurs commettants et se flitrir eux-
( touchent a la conscience et qui devraient exclure loule
( discussion ?
( Comment! la gratuity est reconnue tellement de I'es-
<< sence du mandate, qu'en droit civil m6me, dans les affaires-


12






CHAPITRE PREMIER


tT ordinaires, oh I'on. ne peut rougirdecompteren premiere
a ligne son louage particulier, on ne peut exiger de salaire,
' s'il n'en a t6, stipule, et dans la haute et noble function
e de legislateur oft 'on a plus que I'dquivalent en or .
I *'honneur et la gloire, I'on viendrait reclamer, que dis-
q je reclamer?. voter A soi-meme une indemnity, quand
q le mandate qui nous reunit, porte expressement .qu'il
q n'en sera point accord.
o Ce n'est pas [IAssembl6econstituantede1806. Ellecom-
a prenait trop bien sa mission, elle en 6tait trop preoccup6e,
t( elle avait trop le sentiment de sa dignity, elle avait trop
, hAte de travailler au grand oeuvre que lui imposait la
t nation pour penser A ses int6re(ts prives, pour consumer
q en debats de victuailles et d'argent un temps pr6cieux;
(( et cependant, Messieurs, il y avait parmi ses membres
< unr grand nombre de citoyens fort peu accomod6s de la
(( fortune. J'en puis designer deux de Jeremie: les respec-
(< tables F. S. DEVIMEUX et J B. MAssE, et un des Cayes,
(t notariat.
t< Ce n'est pas le congres constituent des Etats-Unis
Sd'Amerique. L'exemple du plus grand et du plus pur
<4 patriotism s'y est montr&e dans tout son jour.
T Ce n'est pas la Constituante de France, et pourtant
< songez que l'humble tiers-etat, ce troisieine ordre of se
< trouvaient tant de pauvres, etait IA, manquant, la plupart,
c de choses necessaires a la vie, dans un demnnment tel que
4K leur 6tait imposee. Nous serions done la seule Assem-
a< blee de ce genre qui se serait souillee d'une allocation.
<< pecuniaire pour nos travaux avant meme de les avoir
comments ? Et nous mentirions ainsi l'are de rege-
<< neration que nous avons consacree dans la date de nos
<< actes. Nous aurions ainsi degen6re de nos g6ndreux
devanciers de 1806? 0 chers concitoyens, freres et amis,


13






HISTOIRE D'HAITI


noire erreir et 6pargnons-nous une honte certain aux
( yeux de I'univers entier !
( On a beaucoup parl6 de la n6cessite ofi se trouveraient
< bient6t quelques deputies, d'aller demander l'aum6ne,
< de compromettre leur independence et inille exag6rations
( oratoires de ce genre. II n'y a point A repondre cela
a parce que cela est probablement faux.
r Non, aucun depute assis ici, ne mendiera qnoi que ce
a soit; inais aucun membre de cette auguste Assemble
( ne vendra son droit, ne transgressera son devoir
a pour le boire et le manger. 11 se reduira an pain bis de
< la miskre, il se retranchera a la sauce noire du spartiate,
< et son honneur en augmentera en raison de sa detresse
< et la gloire qu'il recueillera en resplendira davantage.
a On a parl6 d'un 6tat-major nombreux qui Ocrase le
, tresor public. Certes, c'est urne plaie laquelle it va fal-
, loir bient6t porter reinede, et IA nous trouverons. je
< 1'espire, dui desinteressement; mais est-il raisonnable
' de se plaindre d'un mal et de vouloir I'agrandir ?
On a dit que le Gouvernement provisoire et les con-
( sellers ne s'6taient pas oubliis, que de grosses rtribu-
<( tions les mettaient a I'abri des besoins. Sans examiner le
a reproche en lui-meme, je demande si les cas sont sem-
< blables. Non, il y aura toujours cette immense difference
<( notre advantage, que ni le gouvernement ni les conseil-
( lers ne se sont alloues eux-memes le traitement don't ils
(( jouissent, et que, nous sommes appeles, nous a voter le
( n6tre.
e Messieurs, l'Etat 6tait ruin6 avant la revolution ; la
a revolution est belle d'avenir, mais elle a angmenti nos
a embarras actuels. Le terme d'une dette enorme que
Sl1'honneur national command de payer, n'a pu etre
< acquitted cette annee ; notre demand de sursis n'a point
obtenu,dit-on, lesucc6squenous aurionsdroitd'attendre ;
< on nous parole de dispositions hostiles du gouvernement.
francais ; et au milieu de ces difficulties, tandis que l'6co-
< nomie la plus s6v0re peut seule porter quelque adoucis-
,t segment a notre situation et convaincre nos cr6anciers


14






CHAPITRE PREMIER


a de la sincerity de nos intentions, nous irions d'un trait
c de plume, nous adjuger cent mille gourdes pour un
(( travail que le pays attend gratuiteinent de notre patrio-
< tisme Comment apr&s s'Otre rendu complice des abus,
(( oser parler de leur correction ? Aurons-nous r6pondu 'a
' ( Ah Messieurs, ne perdons pas de vue le desastreux
<( 6tat de nos finances; songeons que les faculties d'un pays
< se rdsument dans ses finances; qu'elles experiment son
< degree de force et de vie; qu'il n'y a qu'un moyen de
< nous sauver, c'est de songer aux economies; hors de IA,
(r tout n'est que p6ril ; hors de 1A est la mort social.
a Je vous conjure done, chers concitoyens, freres et amis,
, au nom de la patrie et du bien public de repousser la
< motion d'indemnite qui nous a occupies helas trop
<< du bien public est au fond de nos coeurs et non au bout
, de nos levres. Je vote pour le rejet. )
Ce remarquable discours du citoyen HONORE FERY pro-
duisit peu d'impression sur I'Assembl6e qui, en majority,
d&sirait qu'une indemnity fft vote. Le d6pute NELSON FILS
obtint la parole et soutint la motion. Les deputies BERGES
et DUMAI LESPINASSE se prononcerent contre et aussit6t
apr6s elle fut appuyee par les deput6s PYRRHUS MICHEL,
BAZIN, LUBIkRIS JEAN-CHARLES. Le d6pute EXILIEN HEUR-
TELOU la soutint, mais il fut d'avis que les d6putes de
Port-au-Prince qui etaient chez eux fussent prives de I'in-
demnite (i) contre laquelle prirent la parole les d6put6s
AUGUST ELIE, DOMINIQUE BENOrr, FELIX POISON et
EDMOND BONNET. Enfin, le vice-president HONORE FERY,
remplissant les functions de president, met la motion auX
voix. Elle est adoptee A une majority de trente-quatre voix
conlre trente. Le deputy BAZIN proposal A I'Assemblee de
se transporter dans l'une des autres villes de la Republique
piour qu'elle ne fut pas influence.

( I Le citoyen HEURTELOU eta:it I'un des d6put6s de Port-au-Prince.


15






HISTOIRE D'HAITI


Le 28 septembre, sous la pr6sidence d'HoNoRE FIRY,
vice-president, i'AssemnbIle fixa A cent gourdes par mois
I'indemnit6 accorder awx conslituants ; et elle admit at
une forte majority la proposition du citoyen DAMIER qui
avait demand qu'un message fit adresse au gotverneiment
provisoire dans le but d'en obtenir un compete de gestion.
Le 29, elle discula les terms du inessage au gouverne-
ment provisoire et ceux dedeux decretsdont I'un tait relatif
A l'indemnit6 votWe de cent gourdes et I'autre concernait la
declaration par laquelle elle consentait A ce que les troupes
cantonn6es a Port-R6pijblicain y restassent jusqu'a ce
qu'elle prlt une nouvelle decision.
Le lendemain, elle d6signa trois de ses membres, les
deputy s CAUVIN, [IONORE FaRY et J. S. HYPPOLITE qui
furent charges d'etablir les bases de la Constitution.
Quelques jours apr6s furent publi6s les deux decrets
don't nous venons de parler.
Le 2 octobre, elle adjoignit la citoven LuiaRISSON aux
trois inembres d6jA nomm6s du Comit6 des bases de la
Constitution. Elle entendit lecture d'une lettre du Gonver-
iement provisoire qui venait de lui expAdier les competes
du premier semestre de son exercise. Le Gouvernement
lui fit connaltre en m6me temps que ( prevoyant les em-
c barras qu'aurait occasions la reclamation de I'inderri-
nit6 due a& la France, de par le traits de 1838, des le mois
o d'avril 6coule, il avail expose a cette puissance les justes
, motifs qui I'avaient port a surseoir I'acquiltement du
a ferme de cette ann6e, en relivoytnt cette question A
' l'tablissement du Gouvernement definitif qui o ivrirait
a des n6gociations a ce sujet; mais qu'il avait le regret
< d'annoncer a la Constituante que leGouverrnemtl n'tivait
rien reQu d'officiel touchant cette affaire. P
Le tableau des recettes et des defenses de I'annwe 1842
fut aussi remis a I'Assemblee. Le Gouvernement provisoire
porta, en mnime temps, a sa connaissance qu'il avait une
reserve de neuf cent mille gourdes fortes (dans les caveaux
de la tr6sorerie gen6rale, mais qu'il se verrait dans la


16






CHAPITRE PREMIER


necessit6de rptirer quelques valeurs de ce d6p6t pour fair
face au service public.
A la seance di' 3 octobre, on nomma membres du Co-
mite du programme de la Constitution les deputies DAMIER,
DUMAI LRSPINASSE, DAVID St-PREUX, BAZIN, DIAZ de PENA,
EMILE NAU, ANDRA JN.-SIMoN, PONTHIEUX, DAVID TROY,
EUSEtBE. 1I n'y avait plus qu'un membre A nommer pour
le completer.
-A la seanc( du 4 octobre, presid6e par HoNoaR FaRY,
vice-president, le deput L GUILLAUME HIPPOLYTE s'exprima
comme suit: (( Quelques imprudents out os6 dire que le
a principle consacre par les articles 38 et 39 de la Consti-
a tution de 1816 allait cesser d'etre I'une des garanties de
( notre Socidtd national. Empressons-nous de rassurer
a ce people soucieux de ses droits. Je vote pour que I'As-
< semblee declare purement et simlplement que les articles
a 38 et 39 seront littdralement transcrits dans la nouvelle
Constitution. ))
Ces articles 6taient congus comme suit:
ARTICLE 38. Aucun blanc, quelte que soit sa nation, ne
pourra mettre le pied sur ce territoire a titre de maitre ou de pro-
priktaire.
ARTICLE 39.- Sont reconnus haitiens, les blancs qui font parties
de l'armee, ceux qui exercent des professions civiles et ceux qui
etaient adinis dans la Republique a la publication de la Constitu-
tion du 27 decembre 1806; et nul autre, a l'avenir, apres la pu-
blication de la present revision ne pourra pretendre au meme
droit, ni d'etre employee, ni de jouir de la quality de citoyen, ni
acqu&rirde propriWte dans la Republique.
Le d6put6 DAMIER prit la parole et appuya la motion du
citoyen GUILLAUME HIPPOLYTE :( Toute atteinte, s'ecria-t-il,
portde a ces articles remuerait les cendres de JN.-JAQUES
< DESSALINES et des autres heros qui ont conquis notre
<( independence. Malheur a celui qui pretendrait s'dlever
4 centre, car il serait arrach6 a cette tribune par le people. o'
La motion fut combattue par le citoyen DUMAI LESPI-
NASSE et appuyee par les deputies PIERRE ANDRE, BAUGfE,
2


17






HISTOIRE D'HAiTI


DORSAINVILLE DAUTANT, FELIX POISSON, JOSEPH COURTOIS,
STHELE. ALCIUS PONTHIEUX opina dans le sens de DUMAI
LESPINASSE. La motion fut votee a une grande majority.
Le depute ANSON VALCOUR, qui ne l'agreait pas, prit la*
parole et dit: <( Je consid6re comme une injure faite A la
< Commission le vote qui tend a lui dicter ce qu'elle doit
a faire; en ce cas, elle est libre de d6missionner. J'ai lieu
, de remarquer que des homes qui nagubre etaient en-
a core les plus grands soutiens de I'absolutisme, se mon-
< trent aujoiurd'hui bien grands patriots quand il s'agit
a des articles 38 et 39 de l'ancienne Constitution. )
A la seance du 5 octobre, I'Assemble discuta ses r&-
glements qu'elle sanctionna le 6. A cette derniere seance,
elle prit connaissance d'une lettre du Consul-genteral de
France, envoy6e en communication par le Gouvernement
provisoire et annoncant que le Cabinet Francais avait ap-
precie les justes considerations que lui avait presentees le
Gouvernement provisoire dans sa note du 22 avril '1843.
Voici la lettre du Consul-general de France:

< CONSULATE GENERAL DE FRANCE
EN HAITI


< LE CONSUL-GENERAL DE FRANCE EN HAITI
(( A MESSIEURS LES MEMBRES DU GOUVERNEMENT
( PROVISOIRE DE LA REPUBLIQUE HAITIENNE.

b Le soussigne, Consul-ge6nral de France, a I'honneur
( d'annoncerau Gouvernement provisoire de laRepublique
, haitienne, qu'hier, trois octobre, il a recui de Son Excel-
< lence le ministry des Affaires 6trang6ies une de6pche of-
<( ficielle qui lui fait connaltre que le Gouvernement de Sa
a MajestW le Roi des francais, pregnant en consideration la
a note du 4 avril 1843, la situation d'Haiti et les observa-
e tions presentees par le Consul du Roi sur I'objet de cette


18







CHAPITRE PREMIER


note, consent "a surseoir toute exigence A l'.execution du
STrait(e du 12 janvier 1838, jusqu'a l'installation .du Gou-
e vernement detinitif en Haiti.
a En annongant cet heureux resultat au Gouvernement
a provisoire, le soussigne croit devoir lui fair remarquer
< que le Gouvernement de Sa Majeste, tout en accordant
cette nouvelle preuve de bienveillant inter6t a la Repu-
blique, n'entend cependant, en aucune mnaniere, apin-
( donner les droits des francais int6resses a I'indemrnit6
K stipulIe par le Traite du 12 f6vrier 1838, et qu'il consi ~re
a toujours sa responsabilit6 virtuellement interesse;k. les
Snmaintenir; cependant, le soussignd est autoris6 a d.cla-
a rer ici officiellement que le Gouvernement de Sa.Majeste
< est prdt a 6couter et a discuter avec 1'esprit de cppcilia-
Stion et d'equit6 don't la France a d6jA donn6 tant de td6-
(( moignages au.peuple d'Haiti, les propositions qui pour-
,< raient lui 6tre faites par le Gouvernement d6finitif dans
,a le but de concilier le mieux possible avec la situation de
a la R6publique, les interkts des cr&eanciers de 1'indemnite.
c Le soussigne se plait a croire que cette nouvelle preuve
a de mansuetude et de sympathie de la part du Gouverne-
ment du Roi, mettra,enfin, un terme aux d6fiances et aux
( preventions que quelques mal intentionnes sont parvenus
i faire naitre contre la France.
# Le soussigne saisit avec empressement, cette occasion
c pour renouveler au Gouvernement provisoire de la R&-
, publique, 1'expression de sa consideration.
ox Le Consul-gdneral,
( LEVASSEUR
< Port-Republicain, le 4 octobre 1843 ).

A la stance du 7 octobre, I'Assembl6e prit uine decision
par laquelle le citoyen HONORE FaRY, son vice-president,
fut nomm6 president de plein droit jusqu'A la reorganisa-
tion du Bureau. Elle fixa a quinze le nombre des membres
du Comit6 charge de la verification des comptes du Gou-
vernement provisoire, et elle en designa six: les deput6s


19







HISTOIRE D'HAITI


St-AMAND, AUGUSTE ELIE, BAZIN, St-AUDE, PANAYOTY,
NELSON FILLX. Elle decida que tout fonctionnaire respon-
sable pourrait etre appele sa barre ainsi qu'a celle du
Comite de verification; et,aux seances des 9 et 10 octobre
elle compl6ta le chiffre des membres du Comit6 de verifi-
cation en nommant les deputies D.DAUTANT,DONAT. PIERRE
ANDRE,PLESANCE,PAUL PARET,VILLANUEVA, BONNET. La fin
de la seance dul0futtroublee par une scene scandaleuse qui
eut lieu entire le d6put. ANSON VALCOURT, patriote popu-
laire et le depute' MULLERY, ancien boy'riste, lesquels
s'injuriaient ets'outrageaient propose de leurs agissements
politiques a differentes poques.
A la seance du 41 octobre, conformrmetnt "a 'ordre du
jour, la discussion s'ouvrit sur la motion du depute VOLLEL,
de Jacinel. don't le but etait de determiner les attributions
du Gouvernement provisoire. Plusieurs orateurs prirent la
parole, les uns pour agr6er la motion, les autres pour la
repousser.
Le Docteur FRESNEL, I'un des deputies de la parties de
l'Est, parla ainsi :

MESSIEURS,

< Une'question grave, serieuse, important vous occupe
< aujourd'hui. Vous avez a decider sur les attributions du
< Gouvernement provisoire; vous avez A d6finir, A fixer
< irrevocablement les limits de votre mandate, afin d'eviter
, dans I'exercice du pouvoir souverain ces collisions ft-
< cheuses qui tralnent a leursuite le desordre, la confusion,
I'anarchie.
<( Plusieurs fois, messieurs, j'ai entendu cette tribune
o d'eloquents orateurs, reconnaltre a l'Assemblee Consti-
, tuante un pouvoir illimit6, une omnipotence incompati-
, ble et avec l'objet pour sequel elle a et6 convoqu e et
<< avec le mandate que chacun de nous a recu des colleges
<( electoraux.
(< C'est cette opinion que le depute VOLLEL a formnulee h
la seance du 7 octobre courant : II est constant, a-t-it


20







CHAPITRE PREMIER 21

a dit, en principle, que depuis notre reunion, la dictature
< du Gouvernement provisoire a cess6. Ce qui signifie
< que le Gouvernement n'a plus le droit de rien faire si ce
W n'est des actes de pure administration et que l'Assem-
W blee Constituante seule pent augmenter, modifier ou
< changer I'etat des choses etabli, selon que le besoin de
< I'Etat I'exige.
< C'est cette opinion, messieurs, que je viens combattre
< devant vous; car elle peut nous conduire dans un dedale
a affreux; elle peut, si elle ktait g6n6ralement adoptee,-
< nous entralner i desde'bordements qui compromettraient
M d'une maniere dangereuse les liberties publiques.
(( Pour bien traiter cette matiere et fixer d'une maniere
<( nette et precise les attributions de la Constituante et du
< Gouvernement provisoire, il nous faut, messieurs, re-
< monter a l'origine de la revolution, saisir le but et les
b intentions de la Charte regeneratrice du ler septem-
, bre1842, 1'esprit et les terms du d6cret du 4 avril 1843,
a examiner les divers pouvoirs qui ont remplace le Gou-
, vernement dechu, et dAlinir la part de souverainet6 qui
( reste au Gouvernement provisoire et celle que nous pos-
, s'dons reellement. C'est ce que je vais entreprendre de
, faire. Je vous prie de me preter toute votre attention.
(( La revolution de 1843 a eu pour but, come vous le
, savez tous, de briser le joug d'une tyrannic affreuse qui,
a depuis longtemps, foulait aux pieds les droits sacres et
imprescriptibles d'un people, demoralisait les citoyens
<( afin de les imieux asservir, detruisait J'unit national,
, proscrivait l'instruction publique, s'emparait du tresor
de la nation et jetait nos finances dans un tat dtesespe-
- rant, d'une tyrannie qui appelait aux charges publiques
I'incapacite, l'immoralite, la cupidity, cortege effrayant
( don't elle avail besoin pour soutenir ses usurpations,
< pour 6craser la liberty de la press, pour detruire I'inde-
, pendance des tribunaux, pour abolir le jury et le rem-
< placer par des course sp6ciales, pour trouble, selon ses
a caprices, la Societe et les families, pour tuer le people
<< don't la sueur servait a engraisser les parents, les amis,







HISTOIRE D'HAITI


< d'injustices et de privations les veterans de la patrie, les
c soldats de la Republique, d'honorables officers don't le
' merite et les services exigeaient degrandes, recompenses.
* Notre revolution voulut porter un coup fort et terrible a
, ce Gouvernement despotique pour lequel les garanties
<( nationals n'etaient rien, la charte constitulionnelle
, qu'une fiction, la representation national qu'iin ennerni
( qu'il fallait abattre; la revolution devait frapper ce pou-
. voir colossal, appeler le people A ressaisir ses droits
'< usurps, sa souverainet6 minconnue; elle devait meme
<( aneantir les institutions vicienses qui avaient inaugtrd
'x chez nous la puissance absolue, qui avaient accord( au
< President et an Senat toute cette omnipotence don't ils
, ont tant abus6.
<( Ce devoir, comnmand6 par les circonstances, la Revolu-
L tion l'a remnpli; mais pour reussir dans sa vaste entre-
< prise, it lui fallait concentrer le pouvoir supreme don't
elle venait de s'emparer,. au nom du people, elle le devait
a parce que ce citoyen tait le seul capable de consolider
: la puissance morale qui avait dirige nos regenerateuirs et
( qui allait reinplacer la puissance brutale devant laquelle
(( notre pauvre people courbait servilement la tite.
(( La dictature, messieurs, fut doncjugee ndeessaire; la
dictature fut creee. Le citoyen RIVIERE HERARD fut
, invest du pouvoir dictatorial, et ii prit l'engagement de
, s'en d6mettre des qu'il aurait renverse le tyran, et de
< proclamer un Gouvernement provisoire qui, compose
, de cinq citoyens, devant reunir I'autorite executive et la
< puissance 16gislative.
(< Le dictateur fit son entree solennelle a la Capitale;
quatorze jours apres, le Gouvernement provisoire fut
, installed. Quel est, messieurs, le pouvoir qu'avait le cito-
< yen RIVIERE HERARD, des le 21 novembre 1842, et quel
( est celui qu'il transmit au Gouvernement provisoire le
a 4 avril 1843 ?
( C'est ce que nous allons examiner En* renversant le
pouvoir de BOYER, les r6volutionnaires avaient aneanti


22






23


CHAPITRE PREMIER


t et la presidence et le Senat et la Chambre; ils avaient
a revetu le Chef d'ex6cution du droit souverain de rendre
, des d6crets, des ordres du jour qui devaient faire attein-
r dre le but pr'oposO et nommer les agents qui devaient
< transmettre ses ordres et ex6cuter les resolutions prises
e au norn du people souverain.
<( Deux pouvoirs se trouvaient donc r6unis dans les
c mains du Chef d'ex6cution, le pouvoir 16gislatif et le pou-
a voir executif.
a. Ce sont ces deux pouvoirs qu'il transmit au Gouver-
< nement provisoire. C'est dans les limits tracees par le
< d6cret du 4 avril et selon l'esprit du manifeste, que ce
c Gouvernement doit agir. Or, que porte son mandate? Le
c manifeste et le decret vous le font connaltre. Le mani-
< feste vous dit que, lorsque le Gouvernement provisoire
r front.
( LA, messieurs, se trouvent tout de suite tracees les
c attributions du Gouvernement provisoire: Pouvoir de
< faire des lois ou des d6crets, pouvoir de les faire ex6cu-
< teL, pouvoir souverain don't I'exercice est confi6 & des
<( citoyens notables, choisis d'abord par les rvolution-
< naires et accepts ensuite par le people. La se trouve la
' necessaires pour mairitenir l'ordre et la tranquillity; le
, aux emplois, de regir les finances, etc.
Mais cetle souverainete transmise au gouvernement pro-
visoire ne devait s'exercer qu'a une condition essentielle,
important, savoir : de convoquer de suite et de faire
nommer les membres de I'AssemblWe constituante. Mission
sacree que le gouvernement provisoire devait remplir et
qu'il a rempli sans doute avec tout le patriotism que l'on
avait droit d'attendre des representants de la revolution.
a L'Assemblee constituante reunie, deux pouvoirs, Mes-
< sieurs, se trouvent en presence, tous deux souverains,
tous deux agissant au nom du people, savoir: le pouvoir






HISTOIRE D'HAITI


< constitntiorinel et le pouvoir gouvernant. Quels sont les
droifs 'd e chacun ; quelle est la souverainete don't ils sont
a investis ?
< Le pouvoir gouvernant ou le gouvernement provisoire
< dirige le grand ensemble de administration publique,
(a exerce, par consequent, I'autorit6 souveraine avec l'obliga-
( tion de ne rendre des d6crets qu'd la majority des voix, et
a qu'apres avoir entendu un conseil d, neuf membres
a etabli pres de lui. Espece de dictature limitee, le gouver-
< son mandate, car il sait qu'une responsabilite '6norme pese
< sur lui vis-a-vis des deputies de la Nation ; il sait qu'il
o< est tenu de leur rendre compete d&s I'ouverture de la
< Constituante, de toutes ses operations.
a Le pouvoir constituent on l'Assemblee constitnante a
< le droit d'examiner les comptes du gouverriement provi-
< soire, c'est-a-dire de sanctionner on de desapprouver
< tout ce que le gouvernement a fait pendant qu'iI dirigeait
< seul durant six mois les afftires publiques; parce qu'a
a present que sa dictature cesse, il se trouve naturellement
a place sous le control du pouvoir constituant.
< Ainsi, devant nous, Messieurs, le gouvernement provi-
< soire doit decliner sa toute-puissance, car il ne peut
(( disposer seul de la force publique, sans votre autorisation
c et pour I'objet que vous aurez prevu; vous-minmes, vous
< avez le droit de requerir la force armee pour votre strete
et pour le respect du a vot.re caractere. Voili nos v6ri-
(( tables attributions ; mais, en conscience, elles ne vous
< donnent pas le droit de vous d6clarer puissance absolute,
a souveraine, parce que votre mandate vous prescrit posi-
ac tivement de rediger une nouvelle Constitution qui, con-
( sacrant la souverainete du people, assurera la tranquil-
a lit6 et le bonheur de la Republique.
a La part de souverainete que la nation vous a de61gute
<( se trouve donc restreinte dans les terms de votre mandate;
a outrepasser, c'est vouloir usurper a votre tour; c'est
(( vouloir tromper le people; c'est vouloir vous accaparer
a d'un pouvoir que vous n'avez pas recu.


24







" CHAPITRE PREMIER


( Constituiants de la nation, pouvez-vous refuser au
< gouvernement provisoire le pouvoir lhgislatif ou le droit
e de rendre des decrets pour regir l'interieur et l'agricul-
e turd, la justice, l'instruction publique et les cultes, les
a fifiances et le commerce, les relations exterieures, la
( guerre et la marine. Avez-vous, vous-memes, le droit
a de rendre des d6crets ou des lois sur ces diff6rentes
e branches de l'admlinistration publique ? Pouvez-vous vous
(( attribuer un pouvoir que vous n'avez pas, le pouvoir
((gouvernant ?
( Le people, don't vous 6tes ici les organes, meconnal-
trait votre autorite, car il ne vous a envoys la Conti-
i tuante que pour r6gler definitivement et d'une maniere
, general toutes ces rnati6res dans la Charte republicaine
( don't vous allez doter votre pays ; et jusqu'A ce que. la
( Constitution soit promulguee, jusqu'd ce que l'autorite
a executive soiL installee, le gouvernement actuel a le droit
((de les regler provisoirement.
( Mais on me dira: la dictature du gouvernement pro-
o visoire a cesse. J'en conviens, messieurs; elle a cess6
a souverainement de la force armee, sans une autorisation,
( une requisition ou un consentement des deputies du
( people ; elle a cesse dans ce sens que le gouvernement
, provisoire est responsible par devant nous de tous les
actes de son administration. Savez-vous pourquoi l'on a
a pris cette measure ? On l'a prise parce qu'on a voulu
Sopposer une barriere important A la puissance du
gouvernement; on a voulu l'emp6cher d'abuser a son
[ tour du pouvoir qui lui est confie. On a voulu consacrer
A solennellement le principle de la souverainet6 du people,
(( tant de fois meconnu, tant de fois meprise. Mais tout en
t convenant que la dictature de notre gouvernement a
e cesse, nous ne pouvons prendre sur nous de lui dire:
t Vous W'avez plus le droit de rien faire si ce n'est des
# actes de l'autorite executive; nous, pouvoir constituent
4 nous pouvons seuls, par des declarations prealables, des
( decrets ou des messages, augmenter, modifier ou changer


25






HISTOIRE D'4HAITI


a l'6tat des choses 6tabli, selon que le besoin de l'Etat
l'exige. )
( Le gouvernement provisoire agissant comme nous au
, nom du people, pourrait bien nous repondre: aCe droit,
a messieurs, vos commettants ne vous I'ont point donn6,
a car le pouvoir 1lgislatif et le pouvoir ex6cutif resident en-
y core dans nos mains. )) Vous voyez, honorables colleagues,
Soui est la raison, of est la justice ; la dictature a cess6,
( mais le pouvoir gouvernant existe; il ne peut plus faire
( mouvoir l'armee sans vous, parce que la revolution a
a voulu rendre reelle l'inviolabilite des Repr6sentants de
( la nation ; elle n'a pas voulu quo, par rapport a leurs
a convictions politiques, des d6put6s consciencieux fussent
e arrites, mutiles, ou bien arrach6s de la tribune natio-
a nale, ecras6s, pulverises; elle ne l'a pas voulu, messieurs,
a elle a eu raison.
Voila pourquoi elle a soumis le pouvoir gouvernant A
a notre control; elle n'a pas voulu le laisser maitre absolu
a de la force publique. Elle a voulu, -messieurs, vous
" garantir de la colere d'un petit nombre et de celle de la
d majority.
( Hors le pouvoir de disposer a lui seul de l'arm6e, vous
a ne pouvez contester au gouvernetnent provisoire le droit
a de fair'e des decrets, de nommer des officers, de regler
les finances etc; car il est un principle just don't vous
apprecierez l'application et l'importance, principle mis
r en pratique par les heros de PRASLIN et que nous devons
( conserver. Ce principle, c'est celui-ci : Une nation qui a
a entrepris de renverser un ordre de choses etabli, doit,
a avant de se reconstituer, avant de se donner une consti-
o tution, remettre tous les pouvoirs aneantis entire les mains
( d'une autorite provisoire chargee d'organiser la society.
e C'est ce que la revolution a fait; et le gouvernement
< provisoire, en convoquant la constituante, ne lui a reconnu
a que la function souveraine de r6diger le pacte social, de
a disposer de la force armee et de contro6er les actes de
< l'autorite supreme ; mais il s'est r6serv4 le droit que le
a people lui a reconnu, de conduire la R6publique, de la


26






CHAPITRE PREMIER


r faire mouvoir jusqu'A ce que des autorites d6finitives,
des pouvoirs constitutionnels viennent le remplacer.
< Ce principle admis, ne serait-ce pas une vraie usurpation
que de vouloir constituer et gouverner a la fois, que de
< d6truire I'autorite du gouvernement provisoire, e chalner, d'interrompre la march de la society ?
< Votre temps, d'ailleurs, messieurs, suffirait-il a une
< pareille mission? Non, vous ne voudrez pas, j'en suis
SsCIr, nous exposer aux horreurs de l'anarchie ; car cette
a seule idee vous a dedj fait fr6mir ; vous reconnaltrez,
< honorables collogues, avec tous les esprits justes et pro-
<( fonds, qu'il faut entire le gouvernement dechu et le gon-
vernement definitif, un gouvernement provisoire charge
< du pouvoir legislatif et du pouvoir executif.
(, Voudrez-vous, t l'instar de la Convention franeaise,
vous emiparer de tons les pouvoirs et vous fair mandire
< de la posterite ?
(( Non, messieurs, vous n'avez pas cette intention ; ce
< nest point la votre but ; vous ne consentirez pas a un
< pareil envahissement; vous vous renfermerez dans votre
< part de souverainete d6crite, restreinte par le manifeste
, et le decret do 4 avril ; vous n'6terez point au gouver-
( n nent revolutionnaire le pouvoir legislatif qu'il tient
<< tes circonstances actnelles ; et en agissant de la sorte,
( voits raffermnirez les principles reg6nerateurs ; vous con-
soliderez la revolution ; vous abaltrez l'hydre de l'anar-
( chie qui voudrait deji~ nous voir dans le desordre et la
( confusion pour detruire jusqu'A nos dernibres esperances
(( d'avenir et de bonheur.
< Je m'associerai "avous, Constituants de la nation haitienne,
( pour cette oeuvre de raison, pour cette oeuvre de justice;
,K mais je le declare solennellement a cette tribune, je ne
' prendrai jamais part A vos deliberations, toutes les fois
" que vous vous &carterez des limits de votre mandate.
(( Je vote donc contre la motion du depute VOLLEL.
Apris ce discours, qui fut apprecie par les membres
moderds de I'Assembl6e, la seance fut renvoyee au lende-
main. II se produisit une scene triviale et scandaleuse. Le


27







HISTOIRE D'HAITI


d6pute MULLERY, en veste de toile, monta A la tribune.
MULLERY, qui dejA n'avait pas les sympathies de ses col-
legues ai cause de ses opinions boy6ristes, et qui ne se
cachait pas pour dire qu'il les meprisait en bon nomnbre,
fut hu6 et par l'Assembl6e et par Fauditoire. II object quew
I'article des reglements qui faisait un devoir aux deputes
de se presenter en habit noir avait etW supprime, -ce qui
etait vrai et il pretendit qu'il ponvait singer vetu come
il l'entendait. Les huees redoublerent et de toutes parls on
triait: A bas la veste de toile! II insult la Representation
national MULLERY tint bon "a la tribune. Le president
avait beau agiter sa clochette, le came ne se r6tablissait
pas. L'Assemblee, refusant d'cntendre l'oratenr, sortit de la
salleet n'y rentra enfin qu'aprs que le depute MULLERY eut
endosse son habit. Elle reprit la motion du d6pute VOLLEL,
et elle decida que le gouvernement provisoire avait le plein
exercise du pouvoir executif. mais que (ourw ses aces seraient,
posldrieurement soumis au contrdle de l'Assemblde.
La scene qui avait eu lieu determina le depute HONORE
FERY A renoncer a la vice-prtsidence; le lendemain 13,
il envoya sa d&niission. Le doyen d'age, le d6pute PICARD,
occupa le fauteuil. Comme il etait afflige de surdite, le
depute LABORDE le remplaga. L'Assemblee nomma presi-
dent, le depuWt HERARD DUMESLE; vice-president, le deputy
EusEBE, et secrdtaires les deputls LATORTUE, GUERRIER
PHOPHETE, BAUGE et FRESNEL.
A la seance du 14, sous la prdsidence provisoire du
citoyen LABORDE.Ia decision premiere touchant la veriti-
cation de I'adminiiistration du gouvernement provisoire,
fut maintenue.
Le 16, le dputep IERARD DUMESLE, president, prononca
le discours suivant :
U Legislateurs Constituants. lorsque. dans une renovation
( social. les garanties de I'avenir sont le premier besoin
a du people, cette pensee de tous les instants devient la
( pensee national, source des inspirations du patriotism;
a elle offre un utile et salutaire avertissement aux d6posi-
taires de la conufiance publique, aux 61us de i'opinion, en


28







CHAPITRkE PREMIER


< leur criant sans cesse : a HAtez-vous de r6aliser les esp6-
rances du pays, de le retire de cet 6tat d'anxi6te qui
accompagne toute transition politique!)) Telle est, hono-
<( rabies collgues, notre situation, et tels sont nos d6sirs
et nos voeux, et telle est la voix qui parole a nos coeurs.
( Mais, pour etablir cet accord n6cessaire entire nos actions
< et la volonte de consolider et d'affermir l'oeuvre de la
a Revolution, ii faut se rappeler que le but essential et peut-
< Otre unique de notre mission, est de doter le pays d'une
a Constitution, que cette tAche, la plus important que
< 1'hommne puisse remplir envers son pays, cette tdche qui
< le rend I'arbitre du present et le faiL en quelque sorte
4 saisir le beau ideal, en marchant la conquLte de I'avenir,
a suppose en lui une Ame degag6e des liens services des
a passions, et animee du saint amour de la patrie.
<( C'est ainsi que, dans les temps anciens, les 16gislateurs
a des peuples faisaient descendre du ciel les codes sacres;
( ainsi, ils donnaient une sanction divine aux preceptes
< de la society, pour les presenter ai la v6neration des
, peuples, purs de la souillure des passions. Et ces anciens
, qui mourraient pour la patrie, qui elevaient des statues
Sa la liberty, a la gloire et a la justice, itnprimaient A leurs
(( institutions ce caractere d'immortalitM qui fit I'admiration
des sitcles.
<( Les temps modernes nous pr6sentent de nombreux et
a sublimes examples de la creation des institutions appro-
a prides aux besoins de la civilisation actuelle et aux idees
a de progres qui distinguent notre 6poque. Comme les
( principles sont du domaine universal, prenons de ces
( institutions ce qui est compatible avec nos moeurs, notre
e origine, I'influence de notre climate et les productions de
< notre sol ; mais attachons-nous a donner au caractere
o national une physionomie particuliere; f6condons le
< champ social afin qu'il produise l'heureux fruit de la
<< felicitW publique. Gardons-nous surtout dans nos d6bats,
( de laire degenerer cette Assemblte en arene convention-
<, nelle et de reproduire en Haiti les scenes de la France
< de 1793. Defenseur de la liberty et de l'egalite, aux jours


29






HISTOIRE D'HAITI


Sof Ie despotisme .tout-puissant faisait fl c lir i es plus
<( superbes courage, aux jours ou la peur de la honte ne
pr6servait plus de la bassesse, qu'il me soit permits
< d'invoquer les souvenirs et d'interroger avec.vous ce
< pass si plein de renseignements ; il vous dira : la soif
a de la domination, les craintes mal fondees, l'exagbration
des opinions en matiere politique offrent des dangers
< plus grands, plus immense que le despolisme meime.
Car elles livrent la society A de contiuelles perturbations,'
a A ces ondulations qui prodnisent la lassitude et portent
< les peuples A soupirer apris le repos, et leur ravissent
(L les avantages de ces revolutionsqui semblaient etre faites
< pour la gloire et le bonheur de l'humanit6.
< It nous rappellera que la plupart des esprits ne voient
I'egalite que dans cette confusion, resultat de la lutte et
< dui coudoiement des pouvoirs, dans cette rivalitL de pre-
< tensions qui place sous le m~me nivean toutes les intel-
ligences, et qui, ne fondant plus les distinction sociales
, sur l'utilit6 commune, aspirent A cette concurrence
indetinie don't la limited et le chaos font fermenter ce le-
( vain de haine, ces jalousies, ce debordement de passions
A qui inondent toutes les voices de la Societ6 et retarde sa
march au lieu de la faire progressed.
( Appele par le vote libre de cette AssemblIe A presi-
< der A ses deliberations, mon premier devoir, en lui I- -
q moignant ma reconnaissance pour cette haute marque
( d'estime, ktait sans doute de 1'entretenir rapidement du
o devoir don't elle est penetree; mais il me reste A remplir
ti une autre obligation, c'est de Ini rappeler cette union et
< cette concorde qui des republicans font des fires au
< milieu mime des plus chaleureuses discussions et de
o leurs discordances d'opinions, parce que n'ayant sans
a cesse en vue que le bien de son pays, le Republicain
< est plus vivement frapp6 des lumibres de I'Nvidence qup
a les autres homes. La liberty de discussion et d'examen,
a cet attribut moral, ce privilege de I'homnme dans I'ktat
a social, n'est pas pour lui une source de contestations et
<( de disputes d'ofi la bonne foi est bannie; ce n'est pas


30






CHAPITRE PREMIER


a non pins cette sorte d'opposition de metiers et d'attitude
a qui exclut toute idWe rationnelle ; cette ardeur d6vorante
< de deconsiderer ce qui est l'objet des hommages et de
< la ve6nration publique; ce n'est pas enfin ce besoin de
< soulever les passions les plus doplorables pour exploiter
les circonstances; inais c'est la recherche de la v6rite et
< le sentiment de la justice, c'est le resume des faits, l'ap-
<< plication des facultes materielles et intellectuelles de
< I'homme, de ses vues et de sa tendance vers la civilisa-
< tion et le progr6s, c'est le d6sir incessant de cette har-
< monie social qui, nee de l'opinion, reproduit sans cesse
o le concert celeste de l'ordre.
< J'ose done preconiser d'avance les succes de cette
h Assemblee, puisqu'elle a pour guide I'amnour de la liberty
< etde la patrie, lede&sirdu bien et la volonte de I'accomplir.))
L'esprit de moderation qui r6gne dans ce discours, ne se
rencontre pas souvent dans les paroles que prononcait le
tribune fougueux et infatigable sous le Gouvernement qu'il
avait le plus contribute renverser. Mais alors, DUMESLE
HERAR) etait, un d6molisateur, et aujourd'hui, il est, en
faith, un des gouvernants, quoi qu'il ne soil que conseiller
di( Gouvernement provisoire, son cousin RIVItRE est le
principal candidate a la presidence, et il n'ignore pas que
deja il existe centre ce dernier et dans l'Assemblee et dans
1, pays les passions les plus fortes. II souhaite que la
Constitution qui doit 6tre vote, soit sans doute lib6rale,
uiais accordant au pouvoir ex6culif de large attributions.
C'est le contraire qui sera faith.
Pendant que DUMESLE HERARD parlait A la tribune, les
constituents qui lui 6taient le plus hostiles, J. PAUL,
D)UMAI LESPINASSE, PANAYOTY, EMILE NAU, St-AMAND, Au-
GUSTE ELIE, ecrivaient aux membres du Comnit6 municipal
ile Port-au-Prince qu'ils avaient eu la pensee d'utiliser au
profit de la Commune leur part de l'indemnit- que l'Assem-
blee s'etait voide, et qu'ils la verseraient mensuellement d titre
de don dans la caisse communale.
Malgr6 l'echec des SALOMON qui avaient ete interns
dans la parties de l'Est, la guerre de caste ou de couleur


31





HISTOIRE D'HAiTI


entire les noirs et les jaunes etait imminente. Dans le
D6partpnenrit :di Stid la propaganda la plus active se'f;tisait
centre les hommes'de couleur, sirtnout contre RiVIERE HE-
HARD et les '-6volutionnaires de PRASLIN.
A cette occasion, RIVIERE HERARD, inembre dI Gouver-
nement provisoire, charge de la presidence aux delibera-
tions, ecrivit a I'Assemblee la lettre suivante :

(( HONORABLES CONSTITUENTS,

( Le Gouvernement provisoire a heureusement 6t6 ins-
truit que le 12me regiment des Cayes,et le47rne de Jereinie
< depuis lesderniersevenements suscites par les SALOMON,
r tiennent des props seditieux, et qui ne teident a rien
a moins qu'a la propagation des id~ee contrerevolutioin-
f naires dans les lieux de leur cantonnem'nt. Dans cette
< occurence, nous avons r6flVchi ax mnesures qu'il fillait
( employer, et nous avons pense qu'en les d4plagant cha-
< cun du lieu ou its se trouvent pour les cantonner dans
d'autres endroits, savoir: le 12me a Santo-Domingo, et
a le 'lme ici a Port-au-Prince, pour pouvoirainsi nentraliser
- ( cette perverse influence et empecher quel'ignorance et la
credulit6 n'en soient dupes. Le 13,te regiment ne s'etant
pas rendu a Santo-Domingo, est appeal ici pour aller
a remplacer le 17mo" a Jeremie. Le Gouvernement provisoire
<< croit devoir vous aviser de cette measure qui reclame
, celerite. II sera toujours.satisfait que la plus sincere har-
( monie existe entire lui et les honorables mandataires d'un
c people regenere.
G C'est dans ces sentiments que nous avons l'honneur
< de vous saluer avec la plus profonde consideration.)

Signed: le general HERARD.

Depuis 1'attentat de DALZON, que nous avons racont6,
la loi.martiale avait 6te proclam6e. Comme elle etait I'ob-
jet de commentaires, le Gouvernement provisoire jugea
qu'il convenait d'en regler les effets. 11 reridit done le de-
cret suivant :


32







CHAPITRE PREMIER


AU NOM DU PEOPLE SOUVERAIN,

(t Le Gouvernement provisoire, considerant que la loi
(t martiale avant Wtd diversement interprtee, il convient
a d'en fixer les effets d'une maniere invariable;
G Considerant que, si dans les temps calmes, l'obeissance
<( aux lois est suffisammnent assure par l'autorite publique
<( ordinaire, it peat survenir des epoques oha le people,
agit6 par des causes souvent criminelles, devient l'ins-
< tr'ument d'ittrigLes qu'il ignore; que ces temps de crise
<( necessitent momentankment des moyens extraordinaires
( pour maintenir la tranquillity publique et conserver les
a droits de tous;
< Apre's avoir pris l'avis du Conseil consultatif,

DE CREATE

(t ARTICLE PREMIER. Des que la loi martiale est pro-
f clamee, tous les attrouperents avec ou sans armes, de-
< viennent criminels et doivent etre disperses par la force.
( Sera reput, attroupemerint tout rasseinblement au-dessus
4 de quinze personnel, sua la voie publique ou dans les
< canipagnes.
( ART. II. Sur la requisition du maire ou du comman-
<( dant de la place, les gardes nationals et les troupes de
< ligne seront tenues de marcher sur le champ vers le
a lieu de 1'attroupement, prec6dees d'un drapeau rouge.
< ART. III. A ce signal, si 1'attroupement ne se dissipe
a pas, il sera fait aux citoyens, a haute voix, par un merm-
<( bre du Comite municipal on par l'officier qui command
[ la force publique, trois sominations de se retire tran-
<( quillement dans leur domicile.
<( La premiere portera : la loi martial est proclamee, tous
<( attroupements sont criminals : on va faire feu; que les bons
.< citoyens se retirent.
'(Ala deuxiebme et troisieme sommation, il suffira de
< reppter ces mots : On va faire feu; que les bons citoyens
a se retirent.
3


33







HISTOIRE D'HAI'TI


( A chaque sommation, on enoncera que c'est ou la
a premiere ou la second on la derniere.
ART. IV. Dans le cas ou, soit avant, soit pendant le
prononce des sommations, I'attroupement commettrait
a quelques violence, et pareillement dans le cas of, apres
a les sommations faites, les personnel attroupees ne se
( retireraient pas paisiblement, la force des armes sera h
Sl'instant d6ployee contre les seditieux, saus que personnel
a soit responsible des evenements qui pourron t en r6-
s sulter.
( ART. V. Dans le cas of r'attroupement n'ayant faith
aucune violence se dissiperait, soit avant, soit inme6dia-
c tement apres la derniere sommation, les moteurs et ins-
L tigateurs de la sedition, s'ils sont connus, pourront seuls
( etre poursuivis et condamnes savoir : a un emprisonne-
ment de deux ans. si l'attroupement n'etait pas armed, et
Sa l]a peine de mort, si l'attroupement etait en armes. II
( ne sera fait aucune poursuite contre les autres individus.
f ART. VI. Dans le cas ou I'attroupemnent ferait quelque
a violence ou ne se dissiperait pas apr6s la derniere som-
mation, les individus qui echapperaient aux coups de la
force militaire, et qui pourront etre arretes, seront punis
a d'un emprisonnement d'un an, s'ils etaient sans armes,
a de trois ans s'ils etaient armies, et de la peine de mort
a s'ils etaient convaincus d'avoir commis des violence.
Dans le cas du present article, les moteurs et instiga-
c teurs de la sedition seront de mnme cond:unnes a mort.
( ART VII. Tous les chefs, ofliciers et soldats des
a gardes nationals et des troupes de line qui exciteront
a et formenteront des attroupements, emeutes et seditions
a seront declares rebelles A la R6publique et punis de
a mort; et ceux qui refuseront le service a la requisition
a des Comites municipaux, seront degrades et punis de
(( denx ans de prison.
e ART. VIII. Il sera dressed proc&s-verbal de tous les
a faits par I'autorite qui aura fait les sommations.
( ART. IX. La connaissance des faits ci-dessus et I'ap-
k plication des pines sont attributes a des course martiales


34







CHAPITRE PREMIER


4K qui jugeront souverainement et sans recours en revision
( ou cassation.
< Elles seront institutes partout od besoin sera,
a forces de proc6der devant elles seront les m6mes que
r celles etablies par les Conseils militaires sp6ciaux, d'apres
[ la loi du 12 juillet 1834.
a ART. XI. Pendant le temps que la loi martial sera
a en vigueur, tout individu pr6venu d'attentat ou de com-
<( plot tendant it dktruire ou A changer le gouverneinent
k etabli, a exciter les citoyens a la guerre civil ou a les
a porter a la devastation, au massacre, au pillage ou a
( l'incendie, sur un ou plusieurs points de la Republique,
< sera poursuivi par la cour martial et juge souveraine-
( ment et sans aucun recours.
<( ART. XII. Dans le cas de l'article pr6c6dent, l'appli-
< cation des peines sera faite conformement au Code p6nal
<< militaire du 13 juillet 1834.
(( ART. XIII. L'arret de condemnation sera lu aux con-
< damn6s dans la prison et execut6 immerdiatement.
(( ART. XIX. Le present d6cret sera imprime, public
e< et affich6 dans toute l'6tendue du territoire de la R6pu-
(( blique.
(( Decrete en la Maison Nationate du Port-R6publicain,
< le 3 novembre 1843, an 40e de l'Independance d'Haiti et
a le Jer de la Regeneration.

< Sign: J. C. IMBERT, GUERRIER, N. SEGREITIER,
< LAZARE, C. HERARD ain .

Tous ceux qui s'agitaient, entendirent avec un deplaisir
bien marqu6 la publication de ce decret, tant les boyeristes
que certain patriots populaires de Port-au-Prince qui
deja se proposaient d'6lever a la presidence le citoyen
J. PAUL don't ils croyaient pouvoir faire l'instrument de
leurs vues politiques. Parmi ces derniers se trouvaient
AUGUSTE ELIE, EMILE NAU, SLAMAND, DUMAI LESPINASSE
etc. qui se d6menaient beaucoup.


35







HISTOIRE D'HATTI


L'Assemblee Constituante reprit ses travaux le 7 novem-
bre. Aucune resolution ne fut prise a cette S6ance qui fat
scandaleuse, irritate, demagogique, tellement, que l'l61o-
quence des coups faillit I'pmporter; les discours 6taient
des beuglements, souvent des rugissements.
Le lendemain 8, on distribua le project des bases de la
Constitution.
Le titre er concernait le territoire de la R6publique qui
6tait divise en six d6partements, savoir: les departe-
ments du Sud, de l'Ouest, de l'Artibonite, du Nord, du
Cibao on Nord-Est, de l'Ozama on Sud-Est.
Le titre II avait trait aux haitiens:
Etaient haitiens tous individus nes en Haiti et descendant
d'Africain ou d'Indien, et tous ceux n6s en pays stranger
d'un haitien et d'une haitienne.
Etaient egalement haitiens tous ceux qui, jusqu'a ce
jour, avaient ete reconnus en cette quality.
Tout africain ou indien (*) et leurs descendants etaient
habiles a devenir hailtiens. Laloi devait r6gler les formalities
de la naturalisation.
Aucun blanc ne pouvait acqu6rir la quality d'haYtien ni
le droit de posseder aucun irmmeuble en Haiti.
Au m6me titre II, dans la section II, etaient compris les
droits civils et politiques. Dans la section III 6taient con-
sacr6s la souverainete et I'exeroice des droits qui en
d6rivent. La souverainete national residait dans la souve-
rainet. des citoyens. Elle etait de16guee a trois pouvoirs
electifs et temnporaires: Le pouvoir 16gislatif, le pouvoir
executif et le pouvoir judiciaire. Le gouvernement de la
Republique etait essentiellement civil et representatif. Ces
trois pouvoirs etaient exerces, le premier par deux
Chambres representatives: Une Chambre des Communes
et un Senat; le deuxieme par un citoyen qui prenait le
titre de President de la R6publique haitienne et ne pouvait

)Pour etre en harmonie avec I'esprit de cette disposition,. oa aurait dcO
dire tout africain nkgre.


36







CHAPITRE PREMIER


recevoir aucune antre qualification; le troisi6me par un
tribunal de cassation, des tribunaux d'appel, des tribunaux
de premiere instance et des tribunaux de paix.
Le chapitre 1er du Litre III concern le pouvoir 16gislatif.
Les representants du people sont 61us directement pour
trois ans, par les Assembl6es primaires de chaque Com-
mune, suivant le mode 6tabli parlaloi. LeS6natse compose
de trente six repr6sentants du people, a raison de six pour
chaque department: (section deux) ils sont 61us par
les Assembl6es electorales de chaque d6partement. A la
section III, les attributions de l'Assemblee national sont
determines; elle est formrne par la reunion de la Chambre
des Communes et du Senat, elle proclame le Pr6sident
d'Haiti. Sa principal attribution est de reviser la Consti-
tution, lorsque le pouvoir 16gislatif declare qu'il y a lieu
de le faire.
La section IV traite de l'eKercice du pouvoir l4gislatif.
L'Ex6cutif, avant la promulgation d'une loi, a le droit d'y
faire des objections.
Le chapitre II concern l'Executif, section lere. Le pr6si-
dent de la R6publique est 61u pour quatre ans; il entire en
fonction le 15 mai. L'61ection est faite d'apr6s le mode
suivant. Chaque Assemblie Alectorale, d6signde en 1'article
60, (*) lit deux candidates don't I'un est pris dans l'Arrondis
segment electoral et I'autre dans toute l'6tendue de la R6pu-
blique ; les proces-verbaux d'6lection sont adress6s, close
et cachets, au president de l'Assembl6e national ; l'ou-
verture en est faite sans d6lai, en stance publique, et le
nombre des votes 6mis pour chaque candidate est constat6.
Si l'un des candidates r6unit la majoritM absolue, il est
proclamre Pr6sident de la R6publique haitienne. Si aucun
d'eux n'obtient cette majority, les trois candidates qui ont
obtenu le plus de suffrages sont ballots au scrutiny secret.
S'il y a 6galite de suffrages, le ballotage a lieu entire les
candidates qui ont obtenu le m6me nombre de votes. Si le

(' ) Les Assembl6es electorales d6sign6es en l'art. 60 sont cclles des Cayes,
de Jre6mie, du Port-Republicain, de Jacmel, des Gonaives, du Cap-Haitien,
de Saint-Yague, de Santo-Domingo.


37







H1STOIRE D'HAITI


ballotage ne donne pas la majority absolue, il est proceed
a un nouveau ballotage entire les deux candidates qui ont
le plus de voix. En cas d'6galite de suffrages entire les deux
candidates, le sort decide de l'election. D'apres le project
des bases de la Constitution, l'haitien naturalist ne pouv-ait
devenir president de la Republique. *
Le President nomme et r6voque les Secretaires d'Etat;
il confere les grades dans l'armee conformement a la loi;
il command les forces de terre et de mer; il nonmme aux
emplois d'administration gienerale et de relations exte-
rieures; il nomme A d'autres emplois ou functions publiques.
II fait les traits de paix, d'alliance, de neutrality, de
commerce et autres conventions nationals.
La section 11 traite des Secretaires d'Etat don't les depar-
tements sont I'Interieur et I'Agriculture ; la Justice, l'Ins-
truction publique et les Cultes; les Finances et le Commerce;
les Relations extbrieures, la Guerre et la Marine.
La section III concern les institutions communales et
d'arrondissemen t.
Chaque arrondissement a pour chef un pr6fet; chaque
commune un maire. Les attributions de ces fonctionnaires
sont "a la fois civiles et financieres. Le President de la
Republique nomine et revoque les pr6fets. Les maires sont
Olus par les assemblies primaires.
Le titre III avait rapport au pouvoir judiciaire. Il y a pour
toute la Republique un tribunal de cassation, compose de
deux sections au moins. II ne connait pas du fond des
affaires. Neanmoins, en toutes matieres, autres que celles
soumises au jury, lorsque sur un second recours, une
meme affaire se presenitera contre les mines parties, le
tribunal de cassation, en adinettant le pourvoi, ne pronon-
cera point le renvoi, et statuera sur le fonds, sections
reunies.
Chaque commune a un juge de paix. Un tribunal de

U L'article 106 de la Constitution qui fut votee, porte : Pour dtre elu
president, ii faut voir atteint I'age de 35 ans. L'haitien n6 en pays stranger
ou naturalist doit, en outre, justifier d'une residence de dix annees dans la
Rep6ublique ,,.


38







39


MCHAPITRE PREMIER


premiere instance est institu6 pour un ou plusieurs arron-
dissements. II y a un tribunal d'appel pour chaque d6par-
tement, siegeant au chef-lieu.
Le chapitre IV concern les assemblies primaires dlecto-
rales, le titre IV, les finances, le titre V, la force publique,
le titre VI, les dispositions generales. Les couleurs natio-
nales sont le bleu et le rouge places horizontalement. Le
titre VII est relatif A la revision de la Constitution et le
titre VIII aux dispositions transitoires.
A la meme s6ance du 8 novembre, le d6put6 FELIX Pois-
SON se prononca centre la dispositions des bases de la
Constitution qui excluait les naturalists de la pr6sidence.
11 dit :
<< Messieurs, s'it est en principle dans le gouvernement
4 repr6sentatif, gouvernement fond6 sur la raison, qu'il ne
,a peut y exister apcune classes d'hommes favorisee ou
< opprim6e au profit ou aux depens d'une autre, il d6coule
,, naturellement de IA qu'il est a la fois irrationnel et illiberal
<( de consacrer qL'il faille etre n.6 haitien pour presider la
1< R6publique.
(( Des categories (fans le domaine de l'6galit6, des citoyens
"< et de semi-citoyens, des e1gitimes et des bAtards en Haiti,
" c'est de I'aristocratie..
(( Si cette disposition, stylet dangereux, condamn6e par
<( les Ames gendreuses, reprouv*ee par l'6quit6 pouvait faire
<( fortune dans cette enceinte, les industries du pays, solli-
<( citude du present, esperances de I'avenir, auraient, je
# n'en doute pas, A porter le deuil de 1'6migration. Et a
< nous alors la solidarity de ce malheur! A nous le reproche
Srnmerite des philanthropes de tous les pays d'avoir entrav6
<, la march de l'6mancipation par un prejug6 mesquin et
a des considerations sans enseignement dans l'histoire
e national. Non, messieurs, noirs et jaunes sans restric-
< tion aucune, doivent etre admis au banquet de la liberty
K par les souffrances de nos peres ; etonnement de l'uni-
< vers, ils l'ont ainsi entendu en lavant I'opprobre de
a l'esclavage dans le sang du prejuge et de la tyrannie !







HISTOIRE. D'HAITI


( Ainsi l'a entendu J.-J. DESSALINES en proclamant
< I'ind6pendance nationale;j'en atteste son immortelle pro-
a clamationr oh il g6mit de ne pouvoir voler au secours des
< infortunes martiniquais. ))
c Fideles executeurs de cette politique, les constituents
de 1806 et de 1816 ne l'ont point alter6e par l'7egoisme et
a des predilections blessantes.
( Haiti libre et independante par une energie unique
( dans les registres des actions memorables, Haiti est la
A terre sainte de la race africaine. La Constitution, don
(( de la reg6neration, astre de v6rit6 et de justice, ne peut
a sans encourir la reprobation universelle et I'anatheme
(a du pays, sans soulever les cendres de ces etonnants
c acteurs, de ces acteurs de la scene tragi-politique d'Halti,
a ne peut, dis-je, se refuser de luire pour les noirs et les
ajaunes naturalists. Au festin de la franche sympathie,
(x nous ne pouvons, en conscience, messieurs, considerer
a les autres nous-me4mes come les planteurs a leurs
c tables consideraient les 6conomes.
< Etifin, evidemnment convaincu que I'egalite des charges
c est inherente aI l'egalite des droits, et que naltre dans
a un pays plutot que dans un autre est un evenement ind6-
( pendant de toute volonte humnaine, je vote contre cette
< disposition des bases tendant a exclure les naturalists de
la pr6sidence.
Parmi les constituents il y en avait deux, FRANKLIN, n6
en France, et St-AMAND ne dans les lies franeaises du vent;
ils etaient des naturalists. Ne voulant pas eux-m6nmes
prendre la parole sur la question de l'exclusion de la presi-
dence des haitiens de leur catlgorie, ils avaient pri6 le
deput6 FELIX POISSON, haitien de naissance, d'etre leur
organe, apres avoir prepare pour lui le discours que nous
venons de reproduire.
Nous avons vu que le gouvernement provisoire avait
publiC, iA la (ate du 3 novembre, le decret qui fixait les
effects de la loi mortiale. A la seance de la Constituante du
10 novembre, le depute PICAKD dit que la loi martial


40






CHAPITRE PREMIER


ayant ete publiee et de nombreuses troupes 6tant concen-
trees au Port-Republicain, la discussion des bases de la
Constitution devrait etre prorog6e jusqu'A ceque l'Assemblee
put se transporter dans une autre ville ofi elle ne serait
influence ni par la force ni par les intrigues. A l'unanimit6,
la motion du d6pute PICARD fut rejetee.
Immediatement apres, la Constituante recut un message
du gouvernement provisoire qui lui soumettait, pour la
forme, le d6cret sur la loi martial ainsi que les measures
qu'il avait prises concernant les accuses dans l'affaire
DALZON, les nommes MERCURE, DORVAL MERCURE et
MILFORT MONTALET ; le gouvernement provisoire l'avisait
aussi du deplacement de deux regiments achemines sur la
Croix-des-Bouquets.
A la seance du 13, le depute HERARD DUMESLE dit que
l'ordre du jour embrassait la discussion sur l'ensemble
des bases de la Constitution. Plusieurs d6putes parl6rent
pour ou centre. On vota la prise en consideration du
project.
Le 14, on renouvela le bureau; HJERARD DUMESLE fut
reMlu president; furent nommes secretaires, NELSON F1LIX,
ANSON VALCOURT, J. A. DuPuY et M. J. CHARLOT. A l'ordre
du jour de la prochaine discussion, fut port6e la discussion
sur le project des bases suivant ses titres, chapitres et
sections.
Le 18, on vota le titre ler, concernant le territoire de la
Republique.
Au titre II, ( Des ha'tiens ), les anciens articles 38 et 39
de la Constitution de 1816, r6unis en l'article 8 du project
soulev&erent de grandes discussions, quoique l'Assembl6e
efit dejA vote que ces deux articles seraient reproduits sans
modification dans la nouvelle Constitution.
Malgre les declamations furieuses de plusieurs orateurs
s'adressant a ceux de leurscolleguesqui oseraient proposer
en faveur des blancs des modifications aux anciens articles
38 et 39, le citoyen BAEZ, d6pute d'Azua, monta a la
tribune et demand que l'homme blanc, n'importe sa nation,
puit devenir citoyen haitien, apres quelques ann6es de


41







HISTOIRE D'HA1TI


sejour dans le pays, s'il voulait bien se faire naturaliser.
Les d6put6s de la parties de l'Est ou les noirs ne formaient,
come jusqu'aujourd'hui, qu'un vingtieme de la population,
n'eprouvaient pas l'Aloignement systematique des haitiens
des autres parties A l'6gard du blanc don't introduction,
en quality de citoyen, devait etre, selon leur conviction,
un 61ement de civilisation. BAEZ fut soutenu par plusieurs
d6putes, entire autres par DAVID St-PREUX qui fat clair et
trWs chaleureux. La discussion ayant Mte renvoyee au
20 novembre, quarante d*eput6s se firent inscrire pour
prendre la parole pour ou centre la motion de BAEZ.
Au jour indiqu6, l'Assembl6e decida que desormais il y
aurait deux s6ances par jour de trois heures chacune. Puis
elle reprit la discussion sur le titre II du project des bases.
Le depute PICARD proposal que tout stranger europeen,
mari6 une haitienne, pAt, apres dix ans de residence en
Haiti, acquerir le droit public.
Le deputy HONORa FERY prit la parole et dit: , messieurs, notre patriotism, a I'heure actuelle, ne doit
a< plus avoir ce caract&ere farouche qui voit dans un stranger
a un ennemi. Le moment est venu de prouver a tous les
< peuples que si nous nous isolons de la grande confra-
< ternit6 humaine, c'est moins par prejuge que par crainte
< de compromettre notre nationality. Tel est le sens dans
a< lequel je vote, et je ne descendrai pas de cette tribune
< sans d6clarer en face de mon pays et devant le monde
< entier que toute passion haineuse est loin de mon coeur;
Sapprochent jamais. )
Ce vote surdor6 d'HoNORI FERY 6tait tres suggestif;
mais, en fait, il fut centre l'admission du blanc a la jouis-
sance des droits civils et politiques; il eut mieux faith de
ne pas prendre part ta la discussion of il fallait etre pre'cis,
pour ou contre.
Le 21, le president, au nom de l'Assembl6e, declara qu'il
n'y avait plus lieu d'ecouter les orateurs qui avaient parlh
contre I'exclusion des blancs de la jouissance des droits
civils et politiques et en faveur du maintien des anciens


42







CHAPITRE PREMIER


articles 38 et 39, et, i l'unanimite, on d6cida que la discussion
sur l'ensemble du titre II du project, avait cess6.
Puis, I'Assembl6e entendit la lecture des amendments
proposes au titre II. Ils talent les suivants :
10 Les droits civils et politiques seront accords aux
blancs qui avaient pris part A la revolution inauguree le
27 janvier 4843.
20 Tout artisan ou artiste qui aura apres une residence
continue de cinq ans, form a l'exercice de son art cinq
jeunes haitiens, sera naturalist haitien.
3o Le droit politique est accord aux africains, indiens
et ceux issues de leur sang, immediatement apres leur
arrivee.
4o Sont haltiens tous ceux qui, jusqu'A ce jour, ont 6t6
reconnus en cette quality.
On vota que les strangers don't il est question dans le
premier amendment, jouiraient des droits civil et poli-
tiques; le deuxieme fut rejete; on vota le troisihme, mais
en accordant la jouissance des droits politiques aux afri-
cains, indiens et & ceux issues de leur sang, une ann6e
apres leur arrivee.
A.ux s6ances des 2'2 et 23, on vota le second titre du
project : ( Des haitiens et de leurs droits D.
Le 24, la discussion eut lieu sur le titre III : ( De la
souverainet6 et de l'exercicedes pouvoirs qui en d6rivent.
HONOR1, FERY parla en faveur de l'inamovibilit6 des
juges come etant la meilleure garantie de leur ind6pen-
dance.
La discussion continue le 25 sur le mrme titre, et elle
roula sur le pouvoir judiciaire. FERY s'etendit plus encore
sur le principle de l'inamovibilite qu'il defendait. Mais il
fut decide que les juges seraient 6lus, savoir : pour les
tribunaux de paix, par les assemblies primaires; pour les
tribunaux de premiere instance et d'appel, par les assem-
blWes Mlectorales de leurs resorts respectifs; pour les
Iribunaux de cassation, par le Senat sur la presentation
d'une liste simple de candidates pour chacune des assem-
blies ilectorales du resort des tribunaux d'appel.


43







HISTOIRE D'HAiTI


Le president mit aux voix A savoir si les juges seraient
nommins A vie ou temporairement. On d6cida qu'ils le
seraient temporairement, les juges de paix pour trois ans,
ceux des autres tribunaux pour neuf ans; et qu'ils seraient
ind6finiment r661igibles.
Enfin l'Assembl6e vota l'ensemble du titre II[.
En mai 1843,.on avait cr66 des inspecteurs des caisses
publiques et des douanes qui, en fait, n'avaient rehdu
aucun service. Le gouvernement provisoire supprima cette
institution par le d6cret du 25 octobre rapportant celui du
3 mai qui l'avait etabli.
Le 6 novembre, il d6cr6ta que le paiement des droits
d'importation se ferait en monnaie trang6re. Voici le
. d6cret :
AU NOM DU PEOPLE SOUVERAIN,
Le gouvernement provisoire, consid6rant que 1'6tat
a deplorable dans lequel le gouvernement d6chu a plong6
c les finances de laR6publique, (') ne permet plus en ce
n moment d'accorder au commerce la facility de payer le
( droit d'importation et de tonnage, soit en monnaies
dtrang6res d'apres la loi, soit en monnaie d'Haiti, dans
e son rapport avec la piastre d'Espagne, et que tous les
( efforts du gouvernement doivent tendre A revenir & un
( syst6me monetaire uniform, 16gal;
c Apres avoir pris l'avis du Conseil consultatif,

DEICRaTE :
c ARTICLE PREMIER. Les droits d'importation et de
r tonnage seront desormais pays en monnaies 6trangeres
a d'or et d'argent, dans leur rapport comparatif avec la
( piastre d'Espagne, et conformement A la loi sur les
c douanes du 21 juillet 1838.
( ART. II. Le present decret etc.
( ) Le gouverneinent d6chu avait laiss6, au contraire, les finances dans un
etat satisfaisant. Le gaspi!blge conmmenca aussit6t apres le triomphe de 'a
revolution


44







CHAPITRE PREMIER


Apres le succes de la revolution, comme on craignait
une disette, on avait reduit de moitie, par un d(cret du
21 avril, les droits d'importation sur certain articles de
consommation; mais le gouvernement provisoire jugeant
l'dtat de la culture et du commerce tr&s rassurant, arr6ta
aussi le 6 novembre, que la disposition du d6cret du
21 avril, 6tait rapport.
Le 27, I'Assembl6e reprit ses seances et discuta sur
I'ensemble et le principle du chapitre Jer de la premiWre
section, du titre III des bases constitutionnelles.
Le lendemain 28, elle entendit la lecture du rapport du
comitM de petition concernant plusieurs d6tenaus politiques
qui demandaient leur mise en liberty. Elle decida qu'il
n'y avait pas A delib6rer sur les petitions de ces d6tenus.
Depuis quelque temps, on annonf'tit que Mr A. BARROT
devait arriver au Port-au-Prince, envoy par le gouverne-
ment frangais pour traiter du sursis demanded par Haiti
pour le paiement annuel de l'indemnit6. Le gouvernement
provisoire, officiellement avis6 & ce sujet, s'empressa
d'6crire la lettre suivante A I'Assemblkee constituante qui
la recui pendant qu'elle si6geait le 29 novembre :

( LFi MEMBRE DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE,
( CHARGE DE LA PRISIDENCE AUX DELIBERATIONS,
(( A L'ASSEMBLEE CONSTITUANTE.

Concitoyens, fires et amis,

a Le gouvernement provisoire s'empresse de vous infor-
a mer qu'il a recti officiellement 1'annonce de l'arriv6e en
( ce port de M. A. BARROT, envoy par S. M. le Roi des
t FranCais, come Commissaire extraordinaire et pl6nipo-
a Les interets de la nation se trouvant directement
< engags dans laquestion qui va occuper legouvernement,
< il convient que cette circonstance grave et important
soit portee a la connaissance de l'Assembl6e national.


45







HISTOIRE D'IHATI


(x Le gouvernement provisoire devant recevoir demain,
a 8 heures du matin, le plenipotentiaire franrils, verrait
f avec satisfaction une deputation de I'Assembl6e consti-
( Nous avons I'honneur de vous saltier en la patrie. v
L'Assemblhe, apres une court discussion, decida qu'une
deputation n'assisterait pas a la reception; et elle r6pondit
que, (( se reposant sur le patriotism et la sagacity que le
a gouvernement provisoire mettra dans cette affaire, elle
e se croyait dispense d'assister A cette cere'monie, et
( qu'elle accueillerait avec satisfaction, par la voie de la
c correspondence, les communications que le gouvernement
< provisoire lui ferait au sujet de la mission du Commis-
saire.
En effet, le meme jour, 29 novembre, M. BARROT mouilla
dans la soir6e, sur rade de Port-au-Prince, mont6 sur la
corvette francaise a l'Aube ); it avait pour secr6taire Mon-
sieur PLACE, et etait, en outre, accompagne de Monsieur
VAUR, attach a la mission, mais sans caractere official.(*)
Le 30, M. BARROT, ayant & ses c6tds, M. LEVASSEUR,
Consul general de France, et les officers de I'etat-major
des navires francais en rade, furent recus en audience
publique, en la Maison national, par les membres du
gouvernement provisoire ; les hautes autorites civiles et
militaires 6taient presentes.
Le GenDral HERARD, president aux deliberations du
gouvernement provisoire, adressa les paroles suivantes a
l'EnvoyO extraordinaire :
c Le gouvernement provisoire voit avec satisfaction le
Commissaire extraordinaire et plenipotentiaire de S. M.
e le Roi des francais.
( II se felicite surtout de ce que le choix du gouvernement
< francais soit tombe sur un hoinme aussidistingue et aussi
( honorable que vous.

) Monsieur VAuI etait un ancien commergant frangais qui avait, pendant
longtemps, habite Port-au-Prince. Monsieur BARaOT se I'etait adjoint comme
cicerone, car Mr VAUR connaissait assez bien les moeurs et les habitudes du
pays, son etat commercial et financier.


46







CHAPITRE PREMIER


er Soyez donc, M. le Commissaire extraordinaire, le bien-
i venn parmi nous. )
Monsieur BARROT rcpondit par quelques mots d'accord
avec la circonstance, et remit ses pleins pouvoirs et sa
lettre de creance au General RIVIERE HERARD.
Lecture en fut immindiatement donn6e aux membres du
Gouvernement provisoire et a tous les fonctionnaires qui
assistaient a la reception. L'objet de la mission etait a de
a trailer du sursis demanded patr la Republique haltienne
a pour le paiement annuel de I'indemnit6, de verifier les
a difficulties qu'eprouvait la Republique et de prendre touttes
e les measures capable d'assurer i la France l'acquittement
a de la dette d'Haiti, le tout sauf ratification du Gouverne-
a ment francais. o
Le general HERARDditensuite au pl!nipotentiairefranQais:
( Nous regrettons vivement que le Gouvernement defi-
c nitif de la Republique ne soit pas encore ktabli. -Mais le
a pacte social se fait et le pays ne tardera pas A etre cons-
tituW. Au reste, la Revolution a pos6 une regle de con-
duite don't nous ne nous ecarterons jamais; cette regle
est celle de la grande nation que vous repr6sentez : la
<( bonne foi dans les negociations et justice dans les traits.
4 C'est dans ces sentiments, veuillez en etre persuade,
a Monsieur le Commissaire, que l'on abordera franchement
a les questions qui interessent les deux pays. v
Cette reception fut aussi une conference; elle se terminal
par la communication, comme nous venons de le dire, des
pleins pouvoirs du Commissaire, et Monsieur A. BARROT
prit conge des membres du Gouvernement provisoire ( i)
A la seance du 30 novembre de la Constituante, l'on
continue, avec une certain animation la discussion du

;[ J'eus I'honneur A cette epoque, de faire la connaissance de Mr BARROT
que je revis a Madrid en 1863, lors de ma mission en Espagne. II y 6tait
ambassadeur de France. Plusieurs fois, it eut l'occasion de m'entretenir de
sa venue tn Haiti. Port-au-Prince avait laisse en lui une tres bonne impres-
sion. Pendant le sejour qu'il y fit, il fit I'objet des meilleures attentions de
plusieurs families qui lui procurerent tous les agrements possibles en ce pays.


47







HISTOIRE D'HAITI


premier chapitre de la premiere section du titie III,
concernant la Chambre des Communes.
A celle du ler d6cembre, on entendit la lecture d'une
lettre que le general RIVIaRE HERARD, avait adressee A
l'Assemblee, lui exposant des considerations qui lui etaient,
d'une part, toutes personnelles, et de I'autre, touchaient "a
des intrOts politiques et nationaux. [I leur faisait savoir
qu'il 6tait dispose a se retire dans ses foyers, si le pace
social, que I'Assemblee avail mnandat de discuter et de re-
diger, n'6tat pas laborr el termini au 15 decemnbre.
Cette lecture produisit une impression facheuse sur
l'Assemblee, qui ne s'en montra pas moins, tres came.
Voici, in extenso, la lettre en question portant la date
du 29 novembre :

CITOYENS CONSTITUENTS,

Appele par le voeu du people a diriger ses efforts centre
( un pouvoir funeste, a executer sa volonti et ses resolu- -
( tions, je compris la grandeur de ma mission et je m'ele-
( vai a sa hauteur. Je me suis d'abord dit que, citoyen, je
a devais tout mon sang a mon pays, et qu'enl me vouant a
sa d6livrance, je remplissais un devoir sacr6. Les condi-
Stions qui tenaient a l'essence de ma mission 6taient iin-
( posantes; leur accomplissement, une n6cessit6 grave,
a impenreuse et pressantte. 11 s'agissait da reaversemnnt
d'un tyran corrupteur, hypocrite, qui availt a sa disposi-
( tion des tresors et des soldats et qai s'etait applique
durant vingt-cinq ans a stlriliser le sol, a pervertir la
a morale publique et a never les ames; il s'agissait de
r6generer les iddes, d'ouvrir les large voies de la civili-
( station, je le fis. (i)
(It Malheureasement, cotte revaluitiot, d.int les autears etaient bien animes,
surtout ceux de Jeremie, a ouvert jusqu'aujourd'hui les voies a la desor-gani-
sation, pour avoir done, conmmie un ideal a une pop elation seini-barbare, les
institutions qui seraient iinpraticable.s inince aux-EtLts-Unis d'Anmerique. Un
people, d'une ignorance profonde, ne possedant m6mnee pas les rudiments de
I'art agIicole et 'vant nom nor lui-mr ine son President, ses senateurs, ses
de6utes et ses judges des tribunaux de paix, de premiere instance, d'appel et
ide cassation, etc., etc., soit directelnent, soitA different degres.


48







CHAPITRE PREMIER


w Le manifesto. cette declaration de guerre A mort au
e despotisme, cet appel aux patriots, est l'oeuvre de mes
r inspirations; j'en ai le premier coneu et jet6 I'id'e sur
& le paper. II a parcouru le pays, il a 6t6 salu6 avec accla-
" clamation par les amis de la liberty et des principles. Je
" m'Mlancai done dans l'ar6ne avec la rapidity de I'6clair et
" la revolution fut inauguree A PRASLIN, dans la plaine des
Cayes ( commune de Torbeck ). Les compagnons de lines
" pArils et de mon devouement, les consecrateurs des droits
" de la liberty, ces liberateurs du pays, rep6ttrent avec
r enthousiasme ces cris magiques que je poussai < aux
" armes, citoyens, libertY, souverainet6 du people ou la
< mort #. La revolution proclam6e, le tocsin du despo-
r tisme sonna, les sicaires temoignereit de l'antipathie
"( pour un changement qui devail donner du ddveloppe-
i( meant A toutes les intelligence et r6duire au n6ant ces
" pretentions qui n'avaient d'appui que la faveur d'un
( pouvoir inique. Des forces furent dirig6es contre nous.
o Pour eviter l'effusion du sang nous nous d6ciddmes A
( nous rendre A Jdremie, A y 6tablir la place d'armes de la
4 revolution.

d Le bataillon sacr6 fut accueilli avec de vifs transports
e par les braves eL genereux habitants des arrondissements
t de Tiburon et de la Grand'Anse; son entree A Jar mie
fut solennelle. La population de cette cite celbre par
Ssajn republicanisine, inform6e depuis un mois que le
4 moment tait venu de frapper la tyrannie dans ses racines,
'tait impatient du joug. Le cri, parti de PRASLN ['elec-
4 trisa.S'etant levee, elle invoqua l'appui et le concurs du
Sgentral LAZARRE qui r6pondit en heros A cet appel du
patriotism.

obstacles qui s'opposent A son passage, la revolution
( dans sa course rapide ne devait s'arr6ter qu'apr6s avoir
(( atteint le but. Quarante-cinq jours suffisent pour realiser
c notre sort. Abandonn6 de ses IAches amis, BOYER perdit


49







HISTOIRE D'HAITI


(( cette audace de la peur (i ) qui lui tint si longtemps
c lieu de courage, ses nombreux coups d'etat lui appa-
a rurent come un fant6me sanglant. Get enneini de la
<4 patrie quitta cette terre qu'il avait appauvrie et qui le
( repoussait de son sein; il a fui avec ses satellites et est
(( all6 chercher un asilesur la terre etrang6re ofi le records
a et la rage le suivirent. ( i )
(( Fiddle ma promesse, je deposai la dictature qui me
<( fut confine au nom du people souverain, et la charte
< rdvolutionnaire en main,j'ai institu6 et install le Gouver-
<( vernement provisoire. Les membres de ce corps m'ap-
(r pelbrent A le compl6ter; ami de mon pays, vou.6 A son
a salut et a sa prosperity, je ne pus reculer devant la nou-
< velle obligation qu'il m'imposait par ses organes, et quoi
, qu'en disent ceux qui d6versent le fiel de la calomnie
< sur les actions les plus nobles et les plus glorieuses qui
<( voulaient que sourd a cet appel, je m'effagasse entiere-
(( ment au detriment meme du bonheur commun que j'ai
e en vie, je m'applaudis de ma conduite et je crois qu'elle
, a ete utile a mon pays. Du reste, I'approbation des gens
, de bien, leurs temoignages d'estime me suffisent; et le
< coeur des gens de bien est tn sanctuaire inviolable.
( La mission de parcourir les departements du Nord et
< de I'Est me fut confine. J'entrepris cette longue et peni-
Sble tournde don't le but et l'objet etaient de conqu6rir
, les coeurs "a la revolution, d'inspirer sa foi et ses convic-
< tions et d'eclairer les citoyens sur leurs vrais intdr(ts, de
< les porter a s'6lancer dans la carr'i6re du travail et de
F l'industrie, source feconde de la civilisation.
( Mes premiers pas ~ l'ouverture de cette pacifique cam-
(r pagne furent signals par la reparation des injustices dii

(1) La plupart des vieux militaires de 1790, 1799, 1804, 1810, 1818, 1835
qui avaient connu BOYER particuliirement disaient qu'il n'Mtait pas brave ; ils
I'appelaient meme mademoiselle BOYER. Cependant ils ajoutaient qu'il ne
manquait pas d'audace lorsqu'on lui faisait peur.
( in Cinq mnois apris la date de cette lettre, RIVIARE H19RARD etait a son
tour chasse du pays, quaiifie de malfaiteur et allait se r6fugier A la Jamaique
o6 il mourut dans la derni6re misere, cultivant de sa propre main des patates
pour se nourrir.


50







CHAPITRE PREMIER


q Gouvernementd6chuet A la rNpression des abus.Je renus
<( des hommages au nom du Gouvernement que je repr6-
<( sentais, et mon entree dans chaque ville et bourg fut une
.q ovation. Mais l'irritation et la malveillance m'attendaient
e au delay des limites du Nord. La conduite que le Gouver-
< nement passe avait tenue envers les habitants des belles
< contrees de l'Est, etait peu propre A leur inspire de la
< sympathie pour les compatriotes de l'ancien giron de la
< R6publique. Desherit&s des avantages de ['association
< politique, ils entretenaient le desir de la rompre. La
r revolution leur apparut done come une substitution
a d'hoinmes et non un changement rationnel d'id6es et de
<( principles conservateurs. Ceux qui, depuis longtemps, se
o s6r'ent de profiter dii moment revolutionnaire pour
a dances, d6jouer les intrigues et faire tomber les poignards
o des fratricides mains de ceux qui s'en etaient saisis pour
< exterminer les lib6rateurs de la Patrie.
< Des esprits don't la science politique est de condamner
<( tout ce qui n'entre pas dans leurs vues, qui se sont faits
# juges infaillibles des moyens et de I'action des gouver-
a nements, et qui devores par la haine et l'envie, voudraient
a exploiter A leur profit une revolution qu'ils n'osaient
o< regarder en face et don't F'idde seule les faisait d6faillir,
<( alors minme qu'ils la d&esiraient, ces esprits, dis-je, ont
( hautement blAm6 cette tournee; censeurs de mauvaise
* foi, ils ont enumerW la depense, vu avec effroi et une
, secrete jalousie la distribution des re'compenses, jtet des
o cris d'anatheme contre les measures que de Sto-Domingo,
o j'ordonnai de prendre aux Cayes. (*)
<* Eh bien! citoyens constituents, 1'echauffouree des Cayes,
< les documents qui revelent I'affreuse combinaison qui la
4 prepara, et la tentative du Port-Republicain ne sont-ils
o pas venus confondre les arguments de ces homes don't

) Mesures prises contre les SALOMON, en 1843, pendant que le general
RIVIkRE IMIAnD etait encore dans la parties de l'Est.


51







HISTOIRE D'HAITI


< le patriotism de mots a peut-etre echauff6 l'audace des
ot conspirateurs? Car, d&s qu'ils ont vu qu'on pouvait impu-
Snement tout attaquer, tout fl6trir, que rien ne commandait
<( plus le respect et la consideration, ils ont tout os6.
c Le resume de la revolution physique, 6tait la revolution
( Le gouvernement provisoire convoqua le people pour
< former le nouveau contract social qui doit unir toutes les
e parties du corps politique, consacrer les liberals publiques,
c et jeter les bases de la prosperity natiobnale. L'Assembl6e
<( constituante parut. Le people l'avait appelee de ses voeux
( depuis quinze anin6es. De sublimes devouements marquent
< cette longue p6riode. Des voix g6n6reuses s'etaient 61e-
4 v6es A la tribune de la Chambre des Communes, et de
r toutes parts; elles avaient ose revendiquer les droits de
la society, en face du tyran, et exprimer la n6cessit6 de
(( reviser la Constitution de 1816; je ne redirai pas que
S l'expulsion, et une persecution de tous les instants,
< furent trois fois le prix de leurs heroiques efforts.
a Mais, honorables constituents, depuis environ trois
< mnois, vous etes reunis, et le people est tourment6 par
e ce besoin imperieux de voir ses vueux et ses d6sirs com-
(t bls. Une longue et penible experience lui r6vele le
A danger des theories; les circonstances le present,
SI1'entrainent et le jettent dans cette angoisse morale que
(( produit I'impatience et la crainte d'Otre dechu de ses
< esperances. Seriez-vous insensibles aux voeux et aux
anxieties s de ce people? L'etat d'agitation et d'inquietude
, dans lequel nous plonge le provisoire, peut-il vous etre
a indifferent ? Non, je ne puis le croire. Aussi viens-je, au
( nom de l'humanite, au nom de la patrie que nous cheris-
c sons tous, vous prier de hAter de doter le pays d'une
G Constitution qui, en harmonie avec les voeux et Jes
(K besoins du people, obtienne la sanction de l'opinion.
(( De toutes parts, j'entends la voix de mes concitoyens
q< s'6lever et r6clamer cet acte, si vivement attend; de
< toutes parts, on s'adresse a moi pour me demander la


52






CHAPITRE PREMIER


oause de 'ce retard, et m'inforiner du malaise qui travaille
la society.
e Constituants, 6coutez les avis d'un patriote qui ne
c vient pas vous arunoncer ce d6sir inquiet quii se mani-
a social est la plusp essante n6cessit6 du present, et
q que c'est A vous A y satisfaire le plus promptement
e possible.
Pour moi, je crois avoir rempli ma tAche, autant que
< les circonstances l'ont perrnis ; je veux rester pur, mal-
< gre la calomnie ; et je n'assumerai pas sur ma t6te, une
a portion de la responsabilit6 que ce long provisoire, ce
1 phenom6ne politique qui semble 6tre une halte la
r< rege'nration, doit indubitablement rassembler sur la t6te
t apr6s le 15 d6cembre prochain, si A cette 6poque, le
t people est condamn &, flotter encore dans le vague des
q incertitudes et de ses espirances d6ji presque ddcues ;
c s'il n'a pas enfin une Constitution qui fixe ses destinies.
q Je gemirai, sans doute, sur le sort de mon pays ; mais,
e en m'isolant des affaires publiques, je lui conserverai
, mon coeur, et dans ma solitude je vivrai avec mes sou-
< sion me consolera de l'ingratitude et de la m6chancet6
w des hommes. L'estime des vrais patriots, des gens de
A bien me restera et, avec ce noble salaire, je n'aurai rien
A A desirer ni a craindre.
c Agreez, honorables constituents, I'assurance de ma
4 haute consideration et de mon profound ddvouement en
la patrie.
c Sign6 : CHs. HERARD alnd. v

Le lendemain, 2 d6cembre, on fit A RIVIERE HERARD, la
r6ponse suivante :

t L'Assembl6e constituante, citoyen g6n6ral, autant que
t le pays, rend justice au grand courage qui vous porta A


53






HISTOIRE D'HAYTI


(( exposer genereusement votre vie pour venger la patrie
(( des coups d'etat don't BoYER avait frappe la Represe'i-
a station national; votre patriotisine est connu de tous
( vos concitoyens. Et au moment of vous arrivez au but
a que vous avez d6sire, vous ne sauriez vous refuser au
a poste eminent ofhvos services vous ont place. Les besoins
(( de la patrie I'exigent. L'Assembl6e constituante appr6cie
( sa t&che; elle y travaille avec came et conscience en se
( conformant au manifesto de la Revolution; elle ne craint
a pas la responsabilit6 qui pese sur elle; cette responsa-
a bilite resume toute sa ligne de conduite en ces mots -
a LIBERTY, COURAGE, PATRIOTISM D.
L'Asseinblee. don't plusieurs mnernbres etaient tres hos-
tiles "a RIVI RE HERARD et travaillaient deja activement a
sa perte, lui reponditcommeon parole a un enfant boudeur;
elle ne crut pas un instant A son intention de donner sa
admission.
En effet, au 15 decembre, RIVI ERE HERARD ne se retirera
pas dans ses foyers. Sa lettre ne fit qu'accroitre le nombre
de ses ennemis parmi les revolutionnaires de J6r6mie et
de Port-au-Prince, sans lui rallier aucun des anciens boy6-
ristes. DUMA[ LESPINASSE, redacteur du journal Le Mani-
feste continuait a discr6diter son autorit6, quoiqu'il fhit
defendu par LaSentinelle avoc laquelle DUMAI etait toujours
en polemique.
A la meme stance du 2 decembre, de vives et longues
discussions eurent lieu sur le premier alinea de la deuxi6me
section des bases de la Constitution. On decide que cet
alinea serait ainsi conu :

c Le Senat se compose de trente-six representants du
a people, don't le nombre sera fixed en raison de la popu-
a lation; et, en attendant que ce nombre soit regle, il y
e aura pour chacun des arrondissements judiciaires sui-
a vants, savoir : Port-Republicain, 4 senateurs; Cayes et
Jacmel, 2; Jiretmie, 2; Santo-Doiningo, 6; Saint-Yague, 6;
a Gonalves, 6; Cap, 6. j


54







CHAPITRE PREMIER


N. us nous rappelons que dans la soiree du 9 septembre,
le general DALZON avait pris les arnes contre le gouver-
nvement, s'etait empare sans coup ferir du Fort-National,
et avait 6te tIue pres du Poste-Marchand, d'une balle lance
de escorted e du general RiviaRE HERARD, lorsque celui-ci
se portait contre les revolt6s.
Les citoyens rdputes complices de DALZON et empri-
sonnes avaient compare le 23 octobre, devant le Conseil
special dii resort de Port-Republicain, pr6side par le
colonel FEVRIER ; I'accusateur mnilitaire etait le capitaine
B. CARRIE. Ils aient an nombre de vingt-deux, entire
autres : PIERRE MERCURE, DORVAL MERCURE, MILFORT
MONTALET, VIL LUBIN, SIMEON LAMITIE, SIDE VALENTIN,
MARCELLUS HIPPOLYrE, PIERRE MONTALET, DALCF BAZILE,
JOSEPH MATHURIN etc. Ils avaient pour d6fenseurs maltres
JOSEPH LESPINASSE, DUMAI LESPINASSE, le depute LABORDE,
LAPORTE, MULLERY, VILSON, LAGREDON.
Le Conseil special declara coupables de complicity trois
des accuses : JEAN-PIERRE MERCURE, son fils et MILFORT
MONTALET. It les condamna A la peine capital, et infligea
trois ann6es de r6clusion "a douze des accuses comme
coupables de non-revelation. VIL LUBIN, SIM9ON LAMITI9,
SIDE VALENTIN, MARCELLUS HIPPOLYTE, PIERRE MONTALET
etDo LCE BAZILE furent declares non coupables etd6charg6s
de I'accusation.
JEAN-PIERRE MERCURE, DORVAL MERCURE et MILFORT
MONTALET se pourvurent en revision. Leurs defenseurs,
maltres JOSEPH LESPINASSE, DUMAI LESPINASSE et MULLERY
soulinrent le pourvoi, le jer novembre, devant le Conseil
de revision que presidait le g6ne'ral GEFFRARD. La nullite
du jugement de condainnation fut prononcee par un arrAt
du Conseil.
La conspiration pour faire parvenir le general GUERRIER
a la presidence existait toujours, quoique celui-ci ffit
inembre du gouvernement provisoire. Elle etait habilement
et sourdement dirig6e par les anciens boyeristes. RIVIERE
HERARD, pour epargner a la ville la tentative d'une contre-
revolution que de nouveaux debats pouvaient produire en


55






HISTOIRE D'HAiTI


enflammant les passions, se resolut a faire juger les trois
condamn6s au bourg de la Croix-des-Bouquets situ6 a trois
lieues de Port-Republicain. Sur sa proposition, le gouver-
nement provisoire prit ['arrete qui suit :

r Le gouvernement provisoire, considerant que l'ordre
< et la tranquillity publique ont ete menac6s par la cons-
< piration de DALZON, et qu'il est urgent de prendre des
<( measures pour arreter la malveillance et r6primer les
(< contre-revolutionnaires ;
Vu : to le d6cret du 12 septembre dernier qui proclame
< la loi martial ; 20 la loi sur l'organisation des Conseils
a militaires du 12 juillet 1834 ; 3 le jugement du Conseil
de revision de Port-Republicain du ler novembre courant
a qui casse et annule le jugement du Conseil special de
< cet arrondissement, en date du 30 octobre dernier, et
( renvoie devant un autre Conseil special les accuses
(( J-P. MERCURE, DORVAL MERCURE fills, MILFORTMONTALET
< et JOSEPH MATHURIN ;
< Apres avoir pris l'avis du Conseil consultatif,

ARRETE :

la Croix-des-Bouquets en execution de la loi martial et
< conform6ment a la loi du 12 juillet 1834.
(( ART. II. La cause des accuses J-P. MERCURE, DORVAL
9 MERCURE fils, MILFORT MONTALET et JOSEPH MATHURIN
< est evoquee et porthe devant le Conseil special de la
< Croix-des-Bouquets, en vertu des pouvoirs don't le gou-
( vernement provisoire est invest.
(< ART. III. Le present arrete sera execute a la diligence
, du membre du gouvernement provisoire charge de la
'< section de la guerre.
(( Fait au Port-Republicain, le 3 novembre 1843, an 40e de
< l'Independance d'Haiti et le Ie'r de la Regeneration.

< Sign&e: Jn Cme IMBERT, GUERRIER, N. SEGR9TIER,
( LAZARE, CHS. HERARD aine. ))


56







CHAPITRE PREMIER


Le colonel REMY, dui 811j rtgimlent, ancien ami intime de
DALZON, n'avait pas ignor- la conspiration; cependant on
le choisit pour pr6sider le nouveau Conseil special. C'etait
tin lche machiavelisme combine afin de pouvoir dire que
DALZON etait un grand coupable, puisque l'un de ses meil-
leurs ainis avait condann6 les complices de son attentat.
Le nouveau Conseil sp r6unit le samedi 18 novembre, a
huit heures du matin, au fort de la Croix-des-Bouquets oft
se commenta le jugement. L'accusatetur inilitaire etait le
lieutenant d'artillerie GUIGNARD. J-P. MERCURE et DORVAL,
son fils, avaient pour defenseurs Mes JOSEPH LESPINASSE
et MULLERY, et Mes DUMAI LESPINASSE et DAPHNET plai-
daient pour MILFORT MONTALET et JosEPH MATHURIN. Les
debats durbrent du 18 au 24 novembre a minuit. J-P. MER-
CURE, DORVAL et MILFORT MONTALET furent de nouveau
reconnus coupables de comnplicite etcondamnes a mort ;
JOSEPH MATHURIN, declare coupable de non-revelation, fut
condamine a la r6clusion. Ils se pourvurent en revision. Le
8 decembre, le Conseil de revision de Port-Republicain,
prteside par le ge6neral Louis RIGAUD maintint le jugement.
Les enfants de J-P. MERCURE, adresserent une petition
a la Constituante. Malgre cette supplique, MERCURE, DOR-
VAL, SOn fils et MILFORT MONTALET furent ex6cutes en place
publique, en presence des troupes et d'une affluence innom-
brable de citoyens.
J-P. MERCURE etait un ancien capitaine de la garde du
President BOYER. Celui-ci, peu de jours avant son abdi-
cation l'avait promu au grade de chef de bataillon ; nous
savons que larevolution avait annual tous les grades donnes
par BOYER, a partir de la prise d'armes de PRASLIN. Ce
fut le premier motif de mnecontentement de 1'ex-comman-
dant. Repute' home de bien, irreprocliable dans ses
relations sociales, I'ex-Pr6sident l'avait nommen& juge de
paix de la Capitale, et, A l'entree de l'armiee populaire h
Port-an-Prince, il occupait cette charge. On le revoqua.
II mourut avec le plus grand courage; et beaucoup de
citoyens reprochlrent a RIVIERE FlERARD de n'avoir pas
gracie son fils DORVAL qui fut fusille en meme temps que


57







HISTOIRE D'HAITI


lui, ou de n'avoir pas commu6 sa peine. DORVAL MERCURE
6tait un jeune homme bien lev6, plein de coeur. II n'avait
suivi son pere que par devouement filial.
Quant A DALZON, c'ktait un des citoyens les plus distingues
du pays par sa grande tnoralite, son entier devouement au
maintien de l'ordre et A I'accomplissement de ses devoirs.
Ce fut lui qui sauva Port-au-Prince en 1812, lorsque cette
ville allait succomber sous les coups de CHRISTOPHE. en
entrainant toute la division de l'Artibonite, qui abandonna
la cause du Roi et passa dans les rangs des troupes du
President PETION.
Aussi, dans les cercles composes d'hommes d'un certain
Age, on fut tr6s surprise, lorsque, pendant le course du
proces, l'on produisit un grand nombre d'avis, joints aux
proces-verbaux, par lesquels les conjures s'engageaient a
crever les yeux et a arracher la langue a ceux d'entre eux
qui accorderaient leur protection aux ennemis commons
qu'ils se proposaient d'exterminer. Ces avis annex6s au dossier
n'6taient pas signs; les accuses avaient declare en ignorer
t'existence, et, A l'6poque, bien des gens n'hesitaient pas
A dire que I'accusation les avait fabriques.
Les 4, 9, 11, 12, 13 decembre, I'Assemblee d6libera sur
le programme des bases de la Constitution, et le 13deceinbre,
elle decida que le traitement de chaque Secretaire d'Etat
serait de cinq mille gourdes par an (*).
A la seance du 15, elle renouvela en parties son bureau.
H 0RARD DUMESLE fut maintenu A la presidence et le depute
B. EUSkBE & la vice-presidence. Elle nomma secretaires
les d6put6s DAM[ER, VIGNEAUX, GARDERE, GRANCHAMP, et
continue la discussion sur le programme des bases.
A la section des institutions d'arrondissement et. commu-
nales, elle vota i' tablissement des prefets come chefs
d'administration dans chaque arrondissement, ayant des
attributions A la tois civiles et financieres. Le Pr6sident de
la Retpublique les nommait et les revoquait. Elle institua

( ) Alors la piastre valait deux gourdes paper, ce qui r6duisait le traite-
ment P. 2.500


58







CHAPITRE PREMIER


dans chaque commune un maire elu par l'Assemblee
primaire.
Elle pensa qu'en mettant des prefets en lieu et place des
commandants d'arrondissement. elle completait le syst6me
de gouvernement civil. Mais les chefs militaires, entire
autres GUERRIER, BELLANTON, THOMAS, HECTOR de la
Petite-Rivi6re de l'Artibonite, ne se faisaient pas scrupule
de se prononcer centre ces fonctionnaires d'un nouveau
genre, et excitaient RiviaRE HERARD centre la Constituante
don't l'oeuvre, mise en pratique, devait, selon eux, boule-
verser le pays de fond en comble. Ils parlaient m6me de
la dissoudre.
Ils faisaient dans le people et les troupes une active
propaganda contre les prefets et les maires qui rappelaient,
disaient-ils, I'6poque des LECLERC et des ROCHAMBEAU,
lorsqu'on tentait de retablir I'esclavage. 11s ne d&esiraient
pas non plus, ajoutaient-ils, voir des hommes, la plupart
jeunes et inexperimentds, venir jouer dans leur barbe
blanche.
D6s lors, la tranquillity publique commenca a 6tre mora-
lement trouble; les nuits se passaient dans des inquie-
tudes; on ne parlait que de projects d'incendie et de prises
d'armes. Dans cette m6me journee du 15 d6cembre, apres
le vole concernant les pr6fets et les maires, le general
HERARD fit d'6tranges communications a l'armee, ayant en
vue la Constituante qu'il menacait de la colhre du people
don't il n'avait pas recu le mandate de faire de pareilles
innovations.
D'une autre part, certain citoyens, pregnant au serieux
le manifeste de PRASLIN et pensant q(ue RIVIIRE HERARD
aurait dAi etre le premier a l'executer, disaient que la
Constituante jusqu'alors avait -t6 sage et prudence, et
qu'elle avait abandonne la quasi-dictature don't elle 6tait
investie par le people au gouvernement provisoire dans le
but de faciliter le triomphe definitif de la revolution. Mais
il y avait aussi a Port-au-Prince un group d'hommes
eclaires qui, ayant fait de l'opposition a BOYER dans les
journaux, se croyaient le droit de diriger seuls les affaires


59






HISTOIRE D'HTAITI


publiques; ils 6taient hostiles A RivItRE HERARD qu'ils
traitaieht d'ignorant et de tralneur de sabre, propre A se
battre sur un champ de bataille, mais indigne d'etre A la
t6te d'un pays. RIvikRE 6tait au courant de leurs propos.
Les 18 et 19 d6cembre, les s6ances se pass6rent en
delib6rations sur le chapitre III concernant le pouvoir
judiciaire.
A la stance du 20, le d6put6 DONAT proposal A l'Assem-
bl6e d'insdrer dans la Constitution I'article suivant:

( Tous les brevets delivrds par la revolution A des horn-
< mes de I'ordre civil, sont nuls et non avenus aussit6t
< apres l'installation du gouvernement d6finitif. .
Question ardue, qui attaquait la position d'une multitude
de jeunes gens et d'hommes tres fAg6s,que RivikRE HERARD
et le gouvernement provisoire avaient improvises officers
de tous grades. Ces improvises, que les vieux militaires
voyaient avec reprobation, tenaient cependant beaucoup A
leurs epaulettes qu'ils noircissaient pour leur donner aux
yeux des troupes une couleur d'anciennet6.
DONAT appuya sa proposition du discours suivant :

e HONORABLES COLLtkGUES,

Q Dans le project de Constitution qui nous est soumis, je
m m'attendais A la solution d'une question qui pr6occupe
q la nation toute entire. Ce silence de votre Commission
sur un point 6minemment important, je ne l'attribuerai
pas A la pusillanimity. Tous les membres de cette Com-
< mission de redaction ont d6jA fait leur preuve d'6nergie
< politique. J'aime mieux l'attribuer A l'oubli (*)
< Pour moi, on a prononce A mon oreille le mot de
< danger; on m'a parl6 d'un orage probable, si j'atta-
< quais quelques int6re(ts materiels. A mes yeux, ces

( ") Ce n'etait pas de l'oubli; c'6tait l'influence des moeurs militaires du pays
et de I'amour ardent des epaulettes de la nation entire, que la Commission
avait subie. Elle avait craint de d6tacher du parti revolutionnaire un trop
grand nombre de ses membres. En quoi done BOYER avait-il et tyran parce
qu'il maintenait le systeme militaire ?


60






CHAPITRE PREMIER


<( apprehensions ne peuvent 6trequ'imaginaires. Je ne puis
r croire, honorables constituents, qu'il puisse y avoir du
( danger A d6fendre, au milieu de vous, les inter~ts de la
q nation; loin de lA, j'elIve la voix, avec la confiance qu'on
e trouve ici de l'echo, quand on y pronounce les mots sacr6s
( de patrie et de desinteressernent.
< Aprs tout, si mon attente etait tronmp6e, si ceux que j'ai
vu figure en sentinelles avancees de la revolution,
a devenaient parjures a leurs processes, ce serait, pour
a moi, un motif de plus d'61ever la voix; car, plus la chose
< publique me paraltra exposee, plus ardent vous me verrez
Sm aminne A cette tribune, et quelques-uns ont deja pres-
4 senti, sans doute, que je veux parler des citoyens qui,
e n'etant point militaires avant le 28 janvier, ont recu des
( brevets d'officiers.
(< A I'aurore de la revolution, dans les vingt-huit jours
< de lutte entire la liberty qui surgissait et le despotisme
e qu'elle voulait 6touffer, il a fallu, sans doute, au tour du
< pouvoir nouveau qui s'1levait, des hommes nouveaux,
c comme lui, pour dispute le terrain aux anciens militaires
e don't le devouement 6tait suppose acquis A l'ancien ordre
< de choses. Aussi, de nombreux brevets de tous grades,
<< furent-ils confi6s avec I'assentimentde tous les patriots?
Mais, j'en appelle A la bonne foi des officers nommes
t par le chef d'ex6cution et presents dans cette enceinte,
4 en est-il un seul d'entre eux qui ne consid6rAt point
(< counme provisoire le brevet qu'il recevait ? En est-il un
e seu[ d'entre nous qui estimAt son grade plus definitif
( que I'autorite du chef qui nous le conferait ? (*) Enfants,
4 tous, d'une dictature provisoire, nous manifestions haute-
Sn ment 'intention et l'impatience de d&eposer avec le
4 dictateur, au pied de I'autel de la patrie, les insignes et
les grades qui ne devaient nous servir qu'a payer un
4 plus large tribute A la regeneration. Telles furent alors
c les conventions faites entire les patriots, tels furent les
( ') Le depute DONAT avait ete, lui aussi, elev6 au grade d'officier par la
revolution.


61







HISTOIRE D'HAiTI


< engagements pris par eux. Mais, aujourd'hui, les choses
< sont bien changes. La dictature du g6ndral RivIERE a
k< cesse, et les epaulettes distributes par lui sont encore
a la, a la charge du tresor public et en violation des
Ici, l'orateur fut vivernent applaudi.
Il continue: <( Hrosde PRASLIN, de LESSIEUR, du num6ro
< deux, je n'en appellerai pas seulement a vos engagements,
< j'en appellerai a quelque chose de plus positif, s'il y a
a pour des hommes d'honneur quelque chose de plus
a positif que les engagements juries sur le pommeau de
a l'7ep e.
(x Dans le decret du 4 avril, article 11, je lis ces mots,
<( au sujet du gouvernement provisoire: <( Les commissions
e qu'il d6livrera expireront aussit6t la mise en vigueur de
< la nouvelle Constitution. )
q Or, je vous le demand, honorables colleagues, le chef
, d'execution de qui 6mane ce decret, peut-il avoir voulu
t< ne donner aux actes du gouvernement qui lui succedait,
r qu'un caractere provisoire, et avoir reserve aux siens le
< privilege de la permanence ? Peut-il avoir pretend que
a ces creations fussent d6finitives, quand it d6clarait
a transitoires celles du gouvernement qu'il installait ? Le
< gouvernement provisoire est, lui-mrnme, une transition
(( graduelle, entire la dictature du chef d'ex6cution et le
< gouvernement definitif que nous attendons ; le gouver-
o definitif; et, si ses nominations doivent s'aneantir avec
< lui, est-il rationnel que celles de la dictature precedente
a survivent a celles-ci ?
< Le d6cret du 4 avril n'est pas le seul temoignage ecrit
( que je puisse invoquer.
(( En ouvrant le Manifeste a la page 6, j'y vois contract
< l'engagement de respecter les droits et l'anciennet&e, de
< ces vieux serviteurs de' la patrie, blanchis sous le tnous-
( quet et martyrs de I'independance national. Pensez-vous,
(a que ces vieux soldats cicatris6s par les foudres de la
< guerre, voient l'accomplisseinent decette promesse, dans


62







CHAPITRE PREMIER


e le maintien des epaulettes de ces commandants, sans
ot eux, la poudre du champ de bataille ? Le m6me mani-
c feste, A la m6me page, promet A nos vieilles 16gions qui
e ont trop longtemps souffert un traitement et des rations
f r6gulibres. Mais avez-vous les moyens de r6aliser cette
o promesse, en conservant cette multitude d'offlciers im-
a provisos par la R6volution, et don't les appointments
e sont si pen en harmonie avec les revenues de la caisse
t publique. IIs n'ont point ddm6rit6, ces vieux serviteurs,
e don't l'adhdsion et le concours ont amen6 le triomphe de
SIla Revolution. Loin de 1A, la conduite qu'ils ont tenue
,c depuis qu'ils ont entendu le tocsin de la r6g6n6ration,
q leur donne de nouveaux titres A la reconnaissance
o national; et la conservation de cette multitude de nou-
r velles epaulettes, en 6puisant le tr6sor public, nous
( exposerait A payer d'ingratitude et A laisser en souffrance
ti ceux qui, depuis 40 ans, ont ciment6 de leur sang et
f prot6ge de leur 6pde, 1'6mancipation haitienne.
L'orateur fut de nouveau couvert d'applaudissements
longs et prolongs.
II reprit: ( Je dis plus. je dis que la prolongation de
1'6tat actuel des choses est impolitique et imprudent, la
, rapidity avec laquelle la Revolution a 61ev6 quelques-uns
aux hautes distinctions militaires, a reveill6 les preten-
q tions de ceux qui n'out point eu part A ses faveurs. ( I)
t Les etincelles de discorde qui sont venues plusieurs fois
t nous alarmer, ont 6t6 souffles par des ambitions d6ses-
< padres. Les brillantes epaulettes promen6es de l'Anse
# d'Hainault A Santo-Domingo, ont excit6 la convoitise.
# II me semble urgent, de mettre fin A un spectacle propre
< a alimenter encore la cupidit6 et A armer I'ambition. Et
e qu'on ne dise pas que les nombreux brevets avoues ou
< dissimules qui existent sont n6cessaires A l'affermisse-
Sment du nouvel ordre de choses. Eh quoi! est-il donc
'i) Le Pr6sident BOYER, se rendant de Kingston en France, d( manda en
passant devant Jacmel, A plusieurs emb-ircations, des nouvelles de GEFFRARD
qu'il avait laisse capitaine. On luii dit qu'il 6tait g6n6ral. II r6pondit : Mais
il va plus vite que les eaux de l'Artibonite. *







64 HISTOIRE D'HAiTI

< necessaire, pour d6fendre les libert6s publiques, d'une
a epaulette de colonel a cent gourdes par mois, ou d'un
a brevet decornmandant a cinquante gourdes? Sous l'habit
< de garde national, ne peut-on pas prot6ger aussi effica-
( cement le berceau de la R6g6neration ? D'of sont sortis
< la plupart des officers brevet6s par la Revolution ?
a N'est-ce pas des rangs de la garde national ? Qu'ils y
< rentrent avec le ziMe qu'ils ont d6ploy6 sous l'habit de
a garde national sold, et la chose publique sera 6gale-
a element en sftrete.
(( C'est a vous, honorables Constituants, qu'il appartient
< de resoudre la question qui s'agite; c'est a vous qu'il
< appartient de prononcer sur le sort des officers cre6s
(x depuis le 28 janvier. Vous Otes investis d'une autorit6
< qui manquera aux congr6s futurs. Les 16gislateurs qui
( vous succ6deront, places dans un degr6 inf6rieur de la
< hierarchie politique, seront impuissants A effectuer ce
< qui vous est possible. De plus. I'ajournement de cette
r question,en prolongeant la position des nouveaux officers,
les attachera davantage a des grades don't ils auront plus
e longtemps goat6 les privileges et leur rendra plus coct-
a teux, le sacrifice que je demand aujourd'hui.
(( Mais que dis-je, coiteux? J'ai assez foi en votre patrio-
(( tisme, honorables Constituants, pour esp6rer que' vous
a saurez faire sans effort a la patrie, le sacrifice qu'elle
a attend. Qu'il me soit permis de faire un appel aux ante-
r c6dents de quelques honorables collogues qui siegent
a dans cette enceinte; qu'il me soit permis de rappeler aux
e DUMESLE, aux DAVID St-PREJux, aux BEAUGE, les jours
ou, admirables de fidelity a leur mandat, et bravant tous
( les dangers pour la chose publique, ils tonnaient du haut
(( de la tribune national contre la profusion des epaulettes,
e centre les d6penses onereuses de l'Etat. ( i) Tribuns
a ardents et intrepides, leur dirai-je, restez ce que vous

ft Les deputies DUMESLE, DAVID St.-PREUX et BAuuo s'taient fait donner
des brevets d'officiers superieurs par la Revolution: DUMESLE 6tait devenu
general, DAVID St -PREUX et BAUGI 6taient devenus colonels;, ils tenaient
come les autres improvises, a garder leurs grades.






CHAPITRE PREMIER


k principles don't la manifestation 6nergique vons a value la
vx popularity et la haute consideration don't vous jouissez :
(( mettez bas les insignes militaires qui d6guisent a nos
< yeux les courageux deput6s des Cayes, d'Aquin et de la
a Grande-Riviere; reprenez I'habit 16gistatif et la modest
< echarpe don't la noble. simplicity se mariait si bien A la
Smiajest6 de votre parole, quand vous d6fendiez si 61o-
e queminent lesdroitsdu people contre les envahissements
e du pouvoir.
D'immenses applaudissements retentissent dans la salle.
L'orateur continue : < Croyez un conseil amical, et pre-
< gloire pins solide de la couronne civique don't la recon-
, naissance national a ceint votre front: le premier, fugitif
< et ,ph6mbre peut vous 6chapper; peut vous etre enleve
< tique : la second vous accompagnera au tombeau et
< survivra honoree, tant que le courage civique sera une
4 vertu parmi les homes.
( Pour moi,quoique je n'aie,ni un grand nom a soutenir,
< ni une grande popularity a manager, j'aurai I'honneur de
e vous donner I'exemple. Je renonce solennellement a ce
, brevet de capitaine que tn'a confr6, le chef d'execution,
v j'aurais pu avoir I'honneur de d6poser ici un brevet d'un
a grade superieur : il n'a tenu qu'a moi de commander un
e bataillon, ou peut-etre un regiment si j'avais voulu des-
< cendre au role de solliciteur. II m'6tait permis de tout
<< esperer apr6s avoir travaille hardiment pendant de nom-
e breuses annees a propager la revolution, apris avoir
c port le mousquet "a LESS[EUR et durant les jours de
< dangers. Je ne suis pas de ceux qui ne sont arrives pru-
c demment sur le champ de bataille qu'apres la victoire
a< pour la partager et recueillir sans danger, des d&pouilles
a avec les vainqueurs.
q Honorables Constituants, de grands mots sont pro-
< nonces tons les jours; cette tribune retentit a chaque
(t stance, des mots de patriotism et de desinteressement.


65






HISTOIRE D'HAIT[


< Les ennemis de la revolution nous ont reproch6s de
i n'avoir ces sentiments que sur les 16vres; il s'agit au-
, jourd'hui de leur donner un d6menti ;il s'agit, aujourd'hui,
e l'idole de nos interkts et de notre vanity A celle que nous
4K avons bris6e. Songez snrtout, Constituants, que des ins-
< titutions Ocrites, que ces lois formulees sur le paper ne
< suffisent pas a la r6gen6ration d'un people; ce n'est que
< sur des vertus, ce n'est que sur des inoeurs, que se fonde
< solidement I'Mdifice social. Or, quelles moeurs aurions
< droit d'attendre de la generation qui s'eleve, si notre
< example ne liii prchait que l'6goisme '?Si quelque orange
q venait" a grander encore a t'horiz,)n politique, quel coin-
<( course pourrions-nous esperer de cette junesse qui nous
< reprocherait ne n'avoir triomph6 qu'a' profit de nos in-
e terets personnel ? Quels cowcours pourrions-nous at-
(( tendre de ces vieux defenseurs arms que nous allons
< tresor public a de nouveaux venus qui ne se sont jamais
Je mne.resume done, et je propose a I'Assembl6e l'in-
sertion, dans la Constitution d'un article ainsi coneu :
< Tous les brevets delivrAs par la Revolution a des
<( homimes de I'ordre civil, sont nuls et non avenues, aussitot
e apres l'installation du Gouvernement detinitif. ,
L'orateur descendit de la tribune, au milieu des applau-
dissements de la majority, de l'Assemble'e et de l'assistance.
Le discours qie nous venons de rapporter, est le plus
sensationnel de tots ceux qui furent prononces a la Cons-
tituante II en est aussi le plus suggestit. La jeunesse de
couleur, en effect, partout couverte dt'pauletLes de tou"
grades, froissait profond6ment le sentiment de justice du
noir qtui, presque seul, alimentait I'ar'.nee dans les rangs
inferieurs. Ce fut une des causesdu soultvementd'AccAAu,
de la chute de RIVIERE HIRARDetde toutle parti populaire.
Le lendemain 21 deceinbre, ALCIUS PONTHIEUX, renche-
rissant sur le depute DONAT, demand que tous les brevets
delivres par le Gouvernement decha pendant le m,)is de


66







CHAPITRE PREMIER


J;,nvier4843, confirmnson non, soit par le chef d'ex6ction,
soit par le Gonvernement provisoire, fussent declares nils
et non avenus, aissitot apr6s l'6tablissement de l'ordre de
choses dpfinitif.
Cette motion produisit dans I'Assembl6e tn toll g6n6ral.
La passion pour on centre' occasionna d'ardentes discus-
sions, et au milieu des si6ges et a la tribune. On sortit dans
le plus grand d6sordre.
Le 22 on remit en question la motion de DONAT, laquelle
avait 6te cependint adopt6e. le 20. La discussion roula
su.r les deux motions de DONAT et de PONTHIEUX. De
nouveau on se passionni, et ceux des deputis qui 6taient
porteurs de brevets, mirent dans les d6bats une telle exal-
tation, que la seance e0t t( lev6e sans resultat, si J. S.
HIPPOLYTE n'avait fait ressortirque la question appartenait
a la prochaine legislature et serait tranchse par une loi,
II proposal en consequence d'annuler le vote de la motion
D)ONAT, ainsi que la prise en consideration de celle d'AL-
CIus PONTHFRux. La majoritA adopta, au milieu de bravos,
la proposition du depute J. S. HIPPOLYTE.
A 1'onveture de la stance du 23, on proposal la foundation
de deux Colleges, sous la denomination d'Universit6, I'un a
Santo-Domingo, retablissant ainsi l'ancienne Universit6 de
cette ville,et I'autre au Port-Republicain. Dans ces collAges
on emit enseigne le francais, I'espagnol; l'anglais, le droit
public, le droit canon, la medecine et les autres branches
de 1'instLruction piublique. On d6cida que ces questions
seraient renvoyAes A la legislature prochaine. Puis on vota
Ensemble du programme des bases de la Constitution.
Quand P. titre VI du project avait etL discut6, de grands
debats s'etaient products a l'o.ccasion de I'adoption des
couleurs nationals bleu et rouge. Plusieurs deputies noirs
avaient denande qu'elles fussent noire et rouge, parce que
dans l'esprit des populations la couleur bleue, represen-
tant Ie negre, devait Otre noircie completement. UIs avaient
ajout[ que le drapeai national devenant noir et rouge,
representerait fidAlement I'alliance du negre et du mulatre.
Un depute, honmmne de couleur, monta a la tribune et dit






HISTOIRE D'IIAlTI


que, puisqu'il s'agiss it de representer cette alliance par
des cotleurs, on serait bien plus dans le vrai\ en votant
que le drapeau national fLt noir et jaune. Un autre depute,
le citoyen DUM\I LESPINASSE dit que la c)ouletr jaune ne
repr6senterait pas exactement le mulAtre; que dans les
sang-mile's il y avait des nuances diverse: le jaune fonce,
le june clair, le tres clair, le brun, le trbs brun, et qu'il
votait pour ledrapeau noird'une part et multicolored l'autre.
Comme la discussion tournait au ridicule, a I'absurde
menme, HIR.AR DUMESLE qui pr6sidait dit, el: montrant
les drapeaux qui flottaient dans'la salle : (( Mes chers col.
Slegues, pourquoi changerions-nous les couleurs bleu et
a rouge sous lesquelles nos peres ont conquisnotre natio-
a nalite. Ce sont les glorieuses couleurs de l'independance,
( votons pour leur maintien. ))
L'Assemblee, entralnree par ces paroles essentiellement
patriotiques, prononc6es en dehors de toute idWe de caste,
vota que les couleurs nationals demneureraient le bleu et
le rouge, fixees egalement a la hampe et horizoftalemen t
le blend en haut, et le rouge en bas.
En ce moment, la tranquillity gendrale existait, quoique
des symptomes isoles revelassent que les passions n'etaient
qu'assoupies. Le colonel MERVEILLEUX HARARD venait de
faire ftusiller a Torbeck, dans le D6partement du Sud, un
nomme SANNON MAGNAN qui, disait-on, avait tenu des
propos contre les mulAtres et le nouvel ordre de choses.
L'ex-president BOYER qui,ainsi que nous l'avons raconth,
s'etait retire a Kingston, ( Jamaique) 6tait part pour la
France. II arriva a Paris le 29 septe nbre, S. M. le Roi des
franc iis, Louis PHILIPPE, lui accord une audience et lui
it I'accueil le plus sympathique. (( Prince, lui dit-il, je suis
heureux de vous voir. ) BOYER lui repondit : ( Sire, je ne
suis pas prince; j'ai 6t6 le chef d'nne Republique. ) Le roi
lui serra la main tres cordialement et ajouta : Quand on
a gouvern6 un million d'hommes pendant vingt-cinq ans,
on s'est 61eve au rang des princes. *
A la seance du 29 decembre, plusieurs deputes fire-t


68







CHAPITRE PREMIER


observer que certaines decisions de l'Assembl6e, avaient
16 r6dig6es antrement qu'lla~ n'avaient 6t6 prises. 11 y
ent .A ce sujet de vifs d6bats Cependant on ne put designer
les auteurs de ces fraudes. On les avaient rdellement com-
mises. Dans le public on en accusa le d6put6 FRANKLIN
sans pouvoir foirnir centre lui aucune preuve sdrieuse.
Les alterations furent rectifies par l'Assemblde.
Le 30, le d6put6 AUGUSTE: ELIK, proposal de voter l'en-
semble de la Constitution par inscription, puisqu'on en
avait deja accept tons les titresK On accueillit cette motion
et I'ensemble ayant 6tW admis, on d6cida que le pacte serait
voti et sign, etqn'on proc6derait A l'61ection du Pr6sident
de la Republique, conformement A l'article 204, qui disait
que le Chef de I'Etat serait nomme pour la premiere fois
par I'Assemblee constituante ( disposition transitoire ) et
qie cette AssemblAe recevrait son serment, et I'installerait
dans ses functions.
Anssitot apres, le prAsident dit : Huissiers, distribuez
les billets pour I'Alection da President de la R6publique. i
DUMAI LESPINASSE s'Alance A la tribune, et au milieu de
la pfus grande agitation et d'un immense desordre,ils'6crie:

q L'Assembl6e vient de d6cider A une tr6s grande ma-
( jorit6 que la Constitution sera vote et sign6e, et qu'il
a sera procedd immendiatement A I'Alection du Pr6sident.
o (c Je ne prends la parole que pour demander qu'il soit
a donn& suite A ce vote, mais je ne coneois pas que 1'on
( puisse executer la Constitution avant qu'elle n'existe et
e avant qu'elle ne soit sign6e. L'Assemblde dut-elle rester
g en permanence jusqu'a cinq heures du matin, je suis
( d'opinion que l'Alection du Pr6sident ne sefasse qu'apr6s
e que la Constitution sera sign6e par la majority des mem-
( bres de la Constituante. )
Le deputy DAMIER appuie cette observation que bon
nombre de d6putes semblent accueillir favorablemnent.
Cependant le tumulte augmente.
Le deputy AUGUSTE ELIE monte a la tribune et combat


69






HISTOIRE D'HAITI


l'opinion que venait d'emettre DUMAI LESPINASSE. ( J'ad-
c mets, dit-il, I'Mlection immediate du Pr6sident, m6me
< avant que la Constitution soit sign6e, pourvu qu'on en
c fasse une disposition constitntionnelle. )
De tous c6t6s on s'6crie : a Tr6s bien tr6s bien c'est
cr cela aux voix l'dlection immediate !
DUMAI LESPINASSE reprend la parole au milieu de voci-
fdrations : Descendez A bas I'orateur
Le bruit couvre sa voix. A peine peut-il se faire entendre.
Mais it persiste. a Je me m'oppose pas, dit-il, Ai l'lection,
a cette nuit m6mne, mais je vous demand de la regularit6.
II y a-t-il done un torrent qui emporte cette Assemblee
a pour qu'elle puisse. oublier que, tant que la Constitution
n n'est pas sign6e, il n'y a point de Constitution.
Les cris redoublent.
DUMAI LESPINASSE continue : Je ne cederai pas aux
passions qui vous entralnent, mesurez done la honte
< don't veut se couvrir cette Assembl6e. )
Le depute CAUVIN dit : a J'appuie la sige et judicieuse
o motion du coll6gue ELIE. II y a ei assez de d6blat6rations
'< inutiles dans cette enceinte (applaudissements) pour
<<( qu'on n'en vienne pas a combler les voeux du people,
O par la nomination du President de la R6publique. Cette
nomination est urgente, et ce ne sont pas quelques vains
scrupuls de forme qui a-rrteront l'Assemblee. II n'est
)ersonne qui soit assez bonasse (applaudissements )
S *our ne pas comprendre que nous avons perdu trop de
StLemps dans des discussions inutiles. )
Le depute PONTHIEUX obtient la parole et adhere A la
motion ELIE; it descend de la tribune an milieu d'appro-
bations.
VIGNAUD combat A ELIE et PONTHIEUX, et parole dans le
sens de DUMAI LESPINASSE.
Enfin on admet a une tres forte majority la motion ELIE.
Puis on proc6da a l'Flection du President de la Repu-
blique.
11 y avait quatre-vingt-seize votants.


70






CHAPITRE PREMIER


CHARLES HERARD aln6, dit RivikRE eut quatre-vingt-une
voix, le citoyen J. PAUL en eut trois, le citoyens JACQUES
SYLVAIN HIPPOLYTE Six, LAUDUN Une. le citoyen SIDNE
PARET une, il y eut trois votes en blanc et uin vote nul.
II Atait onze heures du soir.
LegAnd(ral CHARLES HERARD alnd fut proclam6 President
de la R6publique haltienne. Sa nomination A une majority
si considerable, fut rescue par les plus vives acclamations
de I'Assembl e, de l'auditoire et de la foule qui emplissait
les avenues. L'ev6nement fut announce A la Capitale par
une salve de dix-sept coups de canon. La plupart des d6-
put6s se transport6rent chez le gndral CHARLES HERARD
et le fbliciterent pendant que le people criait de toutes
parts : Vive le Pr6sident RIVI RE HaRARD !
Le lendemain, 31 d6cembre, on se r6unit pour signer la
Constitution; HERARD DUMESLE pr6sidait I'Assembl6e.
Un huissier d6posa sur le bureau une copie du nouveau
pacte, sur laquelle plusietrs d6putes apposerent leurs
signatures par oi'dre alphab6tique; mais, quelques membres
firent observer que cette copie devait etre collationn6e
avec le project auquel des rectifications avaient 6t4 faites.
Le depute BENOIT d6clara qu'il ne signerait pas, tant qt
la copie soumise a la signature n'aurait pas 6t collationnAl
DAVID TROY la saisit, et s'elanQant a la tribune,
demand aussi avec 6nergie qu'elle flt collationinde. non, s'6cria-t-on de tous c6t6s, it y a assez de retard; il
faut en fin.ir! P 11 rdpondit: < Oui! oui, il faut collationner;
je ne sais pas si la copie est conform a l'original ; je ne
la rendrai pas ; plus personnel ne signera !
C'en 6tait trop! On lui r6pliqua que s'il voulait colla-
tionner, qu'il le fit pour son compete ; mais de rendre la
copie afin que ceux qui avaient confiance pussent signer.
toute I'Assemblee signait, come si je signals inoi-mmnme.
Et nous aurions une Constitution qu'aucun de nous n'aurait
vote, et contre laquelle il nous faudrait protester. ,
En mieme temps, au milieu d'un vrai tumulte, une


71







HISTOIRE D' fAYTI


altercation des'plus vives avait lieu entire le d6put6 BENOIT
et THOMAS PiU'dE, grand partisan dui Pr6sident RIVIFRE.
JACQUES SYLVAIN HYPPOLITE monte & la tribune et dit:
F J'ai a adresser I l'Assembl6e de vifs reproches. J'attribue
a tout ce tumulte A la tyrannie de la' majority qui 6touffe
o par des clarneurs la voix des oratetirs don't l'opinion est
a contraire A la sienne, je l'attribue aussi au peu d'energie
, du president qui ne parvient pas a faire observer le
a silence dans des cas pareils
a J'appnie la reclamation du collbgue DAVID TROY. ))
On decida que la copie serait collationnee avec I'original.
Ce qui eut lieu; et, il en resulta que l'on put constater
que des changements s'y trouvaient, donnant a plusieurs
articles un sens contraire au vote de l'Assemblde.
Elle fut rectifide, puis accepted et signed par ious les
deputes. C'etait enfin la Constitution de la Republique
haitienne.
La stance fut lev6e pour etre reprise a trois heures de
l'apres-midi.
A cinq heures, on etait r6uni. On prit en consideration,
pour la discuter a l'une des prochaines s6ances, une propo-
sition de DUMAI LESPINASSE, par laquelle la majority deli-
bdrante pour les actes legislatifs devait etre fixde au tiers
des membres de la Constituante, parce que les demands
considerables de permis rendait difficile la reunion de la
majority exigee pour le travail important de la Constitution.
Puis le depute GU[LLAUME HYPPOLITE lut un discours
dans lequel il opinait pour qu'on declarAt qu'il n'y avait
pas lieu de diriger des poursuites contre les decrdtds
d'accusation, INGINAC et BOYERa tant seuls excepts.
II fut gen6ralernent applaudi et appuye par plusieurs
deput6s qui demandbrent I'amnistie pleine et entire.
St-AMIAND dit: Je propose de rapporter les diversdecrets
a d'accusation et de sequestration de biens. Les biens
a seront remis en l'6tat ou ils se trouvent. Les decrets
n n'aUront deffet qu'A l'gard d'INGINAc et de BOYER. *
L'Assemblee admit la proposition.


72







CHAPITRE PREMIER 73
Avant de lever la stance, elle informa, par un message,
le gouverriwment provisoire de la decision qu'elle venait
de prendre et reqnit la mise en liberty immediate des
decretV s d'accusation apr6s avoir pris l'arr6t6 suivant
datr di 31 decembre :

a ARTICLE PREMIER. L'acte de d6ch6ance du 10 mars
e et les d6crets des jer et 25 mai et du 20 juin 1843, sont
a rapportes,,excepte en ce qui concern les accuses JEAN-
( PueRR BovIER et BaLTIAZAR INGINAC.
ART. II. Les biens des detenus politiques leur seront
e restituts dans leir tat actuel, sans prejudicier aux droits
( d'autrui et sans qu'ils puissent pr6tendre ; aucune
e reclamation ou rep6tition quelconque contre I'Etat. >

Aussit6t apr6s l'entree de l'armee populaire au Port-au-
Prince, le citoyen GRANT avait Wt6 charg6 de diriger les
travaux qui devaient redonner les eaux aux fontaines de
la place Valli6re et du Quai, et le 3 septembre, le comit6
municipal avait cr.6 une charge d'ing6nieur civil pour la
commune de Port-au-Prince. Les travaux avaient march
avec assez d'activit6 sous la surveillance du meme comit6,
et, un jour de samedi, les fontaines jou6rent, aux acclama-
tions joyeuses et bruyantes de la population qui, depuis
plusieurs annies, d ait rest6e priv6e de ces eaux par
I'incurie de I'autoritte sous le Pr6sident BOYER. Celui-ci,
vers la fin de son r gne, avait pris en haine la ville de
Port-au-Prince qui 6tait devenue un foyer d'opposition, et,
chose incroyable, il ne voulait rien ordonner pour en am6-
liorer I'etat materiel, s'agissait-il meme des necessit6s de
l'edilite.
A la m6me 6poque, une cole protestante fut fondue a la
capital et r6unit tin certain nombre d' leves.
Le comit6 municipal tenait a favoriser 6galement tous les
cultes et donner l'instruction rudimentaire aux enfants de
toutes les confessions.
Le general BORGELLA, I'un des decre6ts d'accusation,
peut-6tre le militaire le plus distingue d'Haiti de cette







HISTOIRE D H AIT


epoque surtout, glorienx combattant de 1812,avait 6prouv.
des le mois d'avril 1843, pendant qu'il 6tait en prison auK
Cayes, le besoin de se justifier et de refuter les nombreinx
griefs formulas centre lui (*).
BORGELLA a rempli tin rOle considerable, principalemnent
des 1810. Apres la mort de RIGAUD, il avait meme 6te
nomme chef du gouvernement departemental du Sud.
ind6pendant du IPrsident PETION. Nons croyons que l'his-
toire ne doit pas omeltre de reprodnire les documents qui
le concernent.
Voici son 6crit justificatif :

e A MES CONCITOYENS,

< Dans les mauvais temps, je n'ai point abandonn6 lai
( Patrie; dans les bons, je n'ai eu d'autre interbt que le
a sien; dans les d6sesperes, je n'ai jamais c6d6 a la
e crainte (").
c Declar6 traltre A la patrie, mis en 6tat d'accusation,
< et reserve au jugement d'un jury national, je me propo-
< sais d'attendre, ponr rendre compete de ma conduite
passe, I'heure de ima comparution devant mes juges ;
a mais je suis a un g roil 'on ne saurait computer sur la
duree de la vie; et rifl6chissant qu'une mort inopinde
< pent me ravir la satisfaction d'ecarter la fl6irissure dott.
< la haine essaye chaque jour d'einpreindre ma reputation,
( je me decide a raconter a mon pays ce que j'ai dit, ce
a que j'ai fait.
Depuis plusieurs annees, I'opposition travaillait sour-
< decent, surtout aux Cayes a produire une revolution.
<( La voix publique me 1'annonqait; elle me d6non, tit
m^ mme les principaux auteurs de ce project; cependant, je
) En aoft "1843, aprbs ia prise d'armes des SALOMON, j'allai voir A la
prison des Cayes, le G6n6ral BORGELLA. 1 etait came et resign, etLse disait
d'accord avec sa conscience. Je me trouvais aux Cayes en qualitM de secret
taire du G6neral SOLAGES qui avait teW expedite de Port-au-Prince a l- thte
d'une division pour combattre le movement des SALOMON.
( ** Le Cardinal de RETZ.


74







CHAPITRE PREMIER


u< continuais A accueillir amicalement ces m6mes individus
o qui m'6taient signals et A bien vivre avec tous les cito-
e yens de cette ville, jusqu'en 1840 ou la facheuse circons-
q tance di reerntement porta beaucoup d'entre eux qui
< avaieit sign les petitions incendiaires contre moi, A ne
( pins me voir. On m'en voulait pour un fait ind6pendant
c de mna volont6; mais, mnoi, je ne conservais de rancune
t pour personnel: car I'exp3rience ,n'avtit d6jA appris que
SI'hommrne, naturellement injuste, s'en prend toujours A
(< ceux qui ex6cntent plut6t qu'A ceux qui ordonnent.
r Enfin, I'an pass, I'opposition, apr6s avoir acquis succes-
< sivement de I'importance, fit presque ouvertement les
c prdparatif. d'une prise d'armes. J'6tais instruit de ses
r operations. des reunions clandestines qui avaient lieu et
des demarches actives qui se faisaient, je pouvais, par
ti des arrestations prdventives, nuire A la r6alisation de
I'entreprise; j'aimais mieuix recourirA& un moyen indirect,
q pour Ifcher de conjurer I'orage politique qui grondait.
Je contvoquai chez moi, en novembre, les fonctionnaires
civil et militaires, et les officers des gardes nationals
Sde I'arrondissement, et je les entreti ns des cruelles appre-
t hensions qui agitaient mon esprit. Temoin des horreurs
# et des d6sastres des guerres civiles, je tremblais que de
t pareils malheurs ne se renouvelassent dans ma patrie.
c Aussi, je parlai de notre situation, de l'int6r~t que nous
q avions A maintenir la paix, et de ma fidelity au gouverne-
ment; j'ajotlai que je ne cherchais point de coupables
Snii W'en voulaisconnaltre, et je terminal en recommandant
e a chacun d'us.er de son influence, pour dMtourner, s'il
<( etait possible, ceux qui s'6taient engages dans une voie
q fatale.
g Cette overture prouvaii quej'Mtais absolument ignorant
k des actes de I'opposition ; elle m6ditait une revolution
( morale; moi, j'avais I'imagination prdoccup6e de luttes
c intestines ; elle tendait A des am6liorations que tout bon
citoyen desirait; moi, je ne saisissais dans ce qui se
( preparait qu'un but coupable, celui de bouleverser la
society. S'il est vrai que le people m'honorAt de sa


75







HJISTOIRK D HAtTI


< confiance, s'il est vrai qu'il me crit apte a faire valoir ses
a droits, quel moment favorable alors, pour me commnu-
< niquer le manifeste et m'initier dans les secrets de cette
<< vaste entreprise? Certes, j'aurais agi dans un autre sens;
< je me serais fait tn devoir d'6clairer le President d'Haiti,
<( en mettant sous ses yeux l'etat r6el des choses; je lui
< aurais conseille d'aller au-devant des voeux de la nation,
< je me serais enfin constitute, franchement, m6diateur
, entire le people et lui; et, en cas qu'il eut dedaigne mes
avis, rejete mes conseils, le sermnent de fidelit, que j'avais
< faith A son gouvernement se trouvait naturellement dtruit,
< et j'eusse pu, des lors, embrasser un autre part sans
a forfaire a I'honneur.
< Mais, rien ne m'a e6t divulgu6, aucun acte n'a ete
< port6e ma connaissance, la defiance s'6tait 6vertuee A
< m'isoler du people. Et maintenant, on voudrait imprimer
A, u mon front le sceau de l'infamie et du crime! Oh!
< epargnez donc ma tite blanchie au service de la Patrie!
< Je savais, d'une maniere vague, que pour entralner des
< militaires, j'avais 6te d6signe come devant 6tre place a
< la tete du movement; inais, me rappelant qu'en 1827
< ou 1828, tandis que je me trouvais A Santo-Domingo, mon
a nom avait et6 galemevt cit6 dans une conspiration
e 'laborte aux Cayes, je tenais peu compete de ce bruit, si
< ce n'est pour me mettre en garde contre un nouveau
Spiege de la inalveillance.
< essentiellement de I'attitude silencieuse et r6servee que
] l'opposition a gard6e envers moi. J'etais absolument
< stranger a ce qu'elle se proposait, je ne pouvais neces-
< sairement adopter son dessein; ma justification est con-
< tenue t6ut entire dans cette v6rite; car, uil ne saurait
a prouver que j'aie vu le manifeste, nul ne saurait soutenir,
< la main sur la conscience, qu'il m'ait etL present, nul
< ne saurait I'attester sur l'honneur. Le bruit est genera-
< element accredited que c'est Monsieur DOUBLAS qui etait
< charge de me remettre cette piece, que Monsieur DOUBLAS
< sacrifice I'amiti6 a la verite, et qu'il proclame en face de


76






CilAPITRE PREMIER


(son pays s'il l'a jamais fait! Et moi, je jure a mes
o concitoyens par ce que j'ai de plus cher, la Patrie et la
, liberty, que le miari'feste m'est rest inconnu jusqu'au
( 8 mars dernier, jour oiu lescitoyensqui avaient 6td6put6s
( Lorsque j'appris qu'une lev6e de boucliers s'6tait faite
( A PRASLIN, et que l'enneini allait tenter, dans la nuit du
q 27 janvier, de s'etnparer de la ville des Cayes, je me mis
i sur la defensive. Le lendemain, je reeuis une lettre du
grAndral HERARD qui me demandait une entrevue et me
< proposait de pactiser avec lui. Je renvoyai ( sain et sauf )
( son expres, et je pro'nis de lui r6pondre ; mais come
< la r6ponse devait Otre negative, je me ravisai ensuite et
( pensai qu'il valait mieux garder le silence. Cette lettre
r 6tait seule, et n'accompagnait pas le manifeste. Fen
q adressai une copie an President d'Haiti.
# Qu'avais-je A faire dans cette conjoncture? Accorder une
q< entrevue an chef de l'opposition, c'ktait donner lieu au
c gouvernetnent de douter de ma bonne foi; consentir
Sltout d'abord a prendre parti avec l'opposition, c'etait
e risquer de compromettre la paix de mon pays, puisque
< je n'avais nullement des garanties, avec une poign6e
< d'hommes r6unis s ir une habitation, agissant d'apr6s l
volonte du public. J'ai fait ce que la loyaute et le patrio-
me prescrivaient, j'ai fait mon devoir.
a J'ai expedie, le :30, une colonne sous les ordres du
colonel CAZEAU, conlre ce que je croyais 6tre des revolt6s.
q L'ordre de route de cet officer p)rtait qi'il ne devait
a rentrer en cette ville qi'a;pre avoir dissipe I'insurrection.
q Plus tard,je lui envoy.ti des lettres pour les- Commandants
q des arrondissements voisins, etje lui renouvelai l'ordre
f de poursuivre I'ennerni, parlout ou il se portrait. Quand
q I'ex-Pr6sident m'annonQa que j'6tais nominee Commandant
q du department dui Sud, et qu'il avail fait partir un
( corps de troupes pour etre plac6 sous mes ordres et
( dirige centre l'arrondissement de Jedrmie, ou s'etaient
< r-ftugies les opposants des Caves, j'ecrivis au colonel
< CAZEAUde se retrancher a l'Anse-d'Hainault, et au colon e


77







HISTOIRE D'HA'I l


< LAMARREde fairede m6me A la limited I'arrondissement
< de Nippes, aissitot qu'il y arriverait, en attendant le
moment convenable de prendre l'off6'6sive. Ensuite, je
< distribuai, de mon mieux, d'autres corps de troupes qui
< me parvinrent.
a Les 6venements se soni d6roul6s; la victoire s'est
< prononcee et m'a prouve que j'6tais daris I'erreur sur les
<( hommes et les choses J'ai courb6 la tOte, et renferm6
<( dans ma conscience, j'y trouve an asile sctr contre la
<( passion et I'injustice.
< Qu'il me soit, cependant, permis de repondre a quel-
ques griefs.
( J'ai Ocril des lettreschaleureuses aux chefs de colonne,
a< conformement aux instructions que je recevais; mais je
ne leur ai, en aucun cas, pr6che la devastation et le
< pillage. Les registres de ma correspondence sont Ia pour
< attester si jamais j'ai autoris6 l'arm6o a se revktir des
d depouilles des patriots. Quelqnes-unes de mes missives,
<< an contraire, contiennent la recommendation express
< de traiter avec douceur et bonte ceux qui reviendraient
des rangs opposes.
N Des citoyens de cette ville ont 6t6 mis en prison par
< mes ordres. Ces citoyens m'ktaient denonces come
ayant pris part aux travaux de I'opposition. Ils devaient
Setre jug6s au retour du came et relax6s, sans doute, puis-
qu'il n'existait point de preuves materielles contre eux.
Le colonel GAETAN a 6te arrete et d6tenu, pour avoir
volontairement livre son poste A I'ennemi. Des malveil-
< lants ont colporte que je I'avais voue a une mort secrete
( et violent. Quelle calomnie, quelle noirceur! Alors
a que je repugnais A invoquer la rigueur des lois centre
< cet ancien compagnon d'armes, le bon sens admet-il que
( je me fusse servi de moyens infAmes pour lui arracher
]< la vie ?
< J'ai garden en prison des citoyens qui avaient e6t deputes
( vers moi de Jer6mie,-c'est, peut-tre un plus grand tort.
(, J'ai faith juger MM. LOWELL etMoussIGNAC.Je ne pouvais


78






CHAPITRE PREMIER


n m'en defendre; ils avaient, ostensiblement, cherch6 a
einbaucher le colonel CAZEAU, et divers officers de son
<( armee, qui les arreterent et me les firent conduire. Cepen-
< dant, je sursis a l'execution du jugement, me proposant
, de rendre l'ex-Pr6sident d'Haiti I'arbitre de leur sort.
<( Le bateau, capture par les deux goelettes armies en
a guerre par le gouvernement, portait des jeunes gens,
< attend qn'ils ne s'etaient pas soumis; j'avais I'ordre de
(( ne remettre en libertie que les citoyens du parti oppose
( qui feraient leur soumission.
a Une portion du bataillon de la garde national de cette
i vilie fut commandee pour la march de J6remie. C' tait,
( disent mes detracteurs, dans le but de l'immoler. Je la
, h:,issais done bien, cette garde national et comment
(( se fait-il que je choisisse de preference dans ses rangs
ti les jeines gens don't j'avais besoin pour les missions les
< plus delicates? Et quel chef avais-je mis A sa t6te? Le
g< general SOLAGES, un de mes meilleurs amis.
Peul-on, mon Dieu! debiter mechammentdesemblables
< absurdites?
< J'invoquerai d'autres faits.
o Plusieurs citoyenis des Cayes don't la culpability ne
t laissait aucun doute, conserverent leur liberty A l'aide
( d'uri simple ;cte de soumission. Je me suis borne a garder
iK en cette ville les citoyens LocHARD fr6res, DESSOURCES,
f POISONS, IRONY, MAILLARD, MIRAMBEAU, CAZEAU et
t BONNECAZE (ui m',taient signals et que I'on m'ordonnait
o de deposer en lieu sir. Je n'ai inflig6 aucune punition
< au colonel DESIRF qui avait parlemetAl avec le colonel
< GEFFRARD. Entlin, lorsque I'armee populaire approchant,
a les citoyensde cette ville m'adresserent une petition pour
solliciter l'autorisation d'aller au-devant d'elle, je repondis
# favorab.eiment a leur.demande, et je leur remis, de plus,
< des instructions ecrites pour trailer de la paix; en outre,
voyant alors le people se prononcer, je n'ai pas hIesite '
Srnpe soumettre et a saluer la revolution, bien que j'eusse
< pu defendre mon poste, et que l'ex-President BOYER fIt
< encore maitre de la capital.


79







HISTOIRE D'HAITI


( En combinant toutes ces circonstances, en examinant
r froidement ma condnite, saurait-on justemnent me repro-
e cher un crime? Je le demand a mes concitoyens, je le
demand aux esprits impartiaux, je le demand a l'uni-
< vers, qu'efit fait tout militaire d'honneur a ma place?
a Pourquoi me serais-je montre aujourd'hui l'ennemni du
a people qui, en 1811, me nomma general en chef de
F l'armde, et m'leva A la dignity de President du Conseil
. departemental du Sud; et quand en 1811 it ne voulat
, plus de ce systeme de gouvernement, ne fis-je pas, pour
< lui plaire, aupres de I'illustre PETION, les d6marches qui
( arnenerent une nouvelle fusion des coeurs, sous les aus-
< pices du fondateur de la Republique ?
( J'ai servi, pendant cinquante-deux ann6es, mon pays
< et la liberty; et, j'ai toujours d6daigne la flatterie qui,
a seule, aurait pu me faire regorger. Si, a 70 ans, j'etais
< condamne & endurer des humiliations pour prix des
< la paix de la tombe (*).
< BORGELLA >.















( ) Le Gendral J~RAME1 MAXIMILIEN BORGELLA etalt ne au Port-au-Prince
le 6 mai 1773. II mourut, avant la chute de RIVIuRE HIRARD, le 30 mars
1844, au Port-au-Prince, ofi il se trouvait, apris la mise en liberty des d6tenus
politiques. Le gouvernement provisoire lui fit rendr les honneurs militaires
dus A son haut rang.


80







CHAPITRE PREMIER


RESUME GENERAL DES OPERATIONS FINANCIERES

LA REPUBLIQUE PENDANT L'ANNEE 1843.

PORT-R PUBLICAIN.


Recettes. . .
D6penses . .
CAP-HAITIEN.


Recettes .
D6penses. .

Recettes .
D6penses. .

Recettes .
D6penses. .


Recettes .
D6penses .

Recettes .
De.penses .

Recettes .
D6penses. .

Recettes .
D6penses .

Recettes .
D6penses. .


GONAIVES.


JACMEL.


CAYES.


JEREMIE.


AQUIN.


. G. 1.200.538,47
* 1.465.524,19


. 315.430,56 1/2
. 291 907,24 3/4

. 294.541,141/4
151.409,67

. 256.038,94
. 226.965,31


. 466.505,51
. 439.035,31

405.482,59 3/4
. 166.954.11

. 41.592,67 1/4
19.698,98 1/3


MIRAGOANE.


SANTO-DOMINGO


PORTE-PLATE.


Recettes . . .
D6penses . .


20.337,49 1/4
34.333,15 1/4

228.635,43
247.874,79

124.254,57 1/4
148.178,87 5/12


6


81















1844.


SOMMAIRE.

FRTE DU PREMIER JANVIER 1844.
Paroles de Riviere H~rard concernant Dessalines, le fondateur de
l'Independance d'Haiti. Message de Riviere touchant les d6crets
d'accusation qui avaient 6t6 rapport6s par la Constituante. -
2 janvier, inauguration de la Constitutiol'.-Prestation de serment
de Riviere, en sa quality de President de la Republique. A la
cdr6monie. sur la place Petion, on fait entendre les cris d'A bas les
pr6fets! A bas la municipality! Formation du premier conseil des
Secr6taires d'Etat, compose des citoyens J. S. Hippolyte, J. C.
Imbert, Honore Fery et Hbrard Dumesle.-La Constituante reste
en permanence ( art. 205 de la Constitution ) pour faire les actes
legislatifs, jusqu'a la reunion de la Chambre et du S6nat.-Projet
des d6put6s de la Partie de l'Est de s6parer ce pays de la Republique
haitienne.-Ils sont encourages dans leur project par Mr Levasseur,
consul-general de France et par l'amiral Demoges.--La Constituante
vote une pension viagere de 5.000 gourdes par an, en faveur des
generaux Rivibre Hdrard et Lazarre a la seance du T 2 janvier 1844.-
Les Constituants votent en outre, pour chacun d'eux, une indem-
nite mensuelle de deux cents gourdes.-Conferences qui demeurent
sans resultat entire Mr Barrot, plenipotentiaire de Sa Majeste le Roi
des Franqais, et les pl6nipotentaires haitiens, pour traiter du sursis
demand par le Gouvernement provisoire, touchant l'indemnit6.-
Discours de Mr de Lam irtine A la Chambre des deputies de France,con-
cernant la garantie de l'indemnite en faveur des Colons.-Decret de
convocations des assemblies primaires et: 6lectorales. -Ier f6vrier,
le citoyen Andre Laudun replace le citoyen Imbert au minister
des fina.nces.-- des Constituants s'agitent contre Rivibre Herard,
ainsi que les citoyens Ardouin fr&res. Le Pr6sident de son c6te
m6dite la dissolution de la Constituante.-Dans la nuit du 27 au
28 f6vrier 1844, la Partie de l'Est proclame son ind6pendance et








se spare de la R6publique.-Capitulation du general Desgrottes. -
Manifeste de la Partie de l'Est ou Santo-Domingo sur les causes de
leur separation d'avec la R6publique. Le pavilion haitien est
remplac6 a Santo-Domingo par le drapeau dominicain.- Santana
se souleve a Seybo centre les haitiens; il va A Santo-Domingo et
est nomm6 par la Junte, general en chef de l'arm6e dominicaine.-
II se rend a Azua pour s'opposer A l'invasion des haitiens. -
L'arm6e haitienne marche- sur la Partie de l'est en trois colonnes,
deux sur Azua, une sur San-Yago.-Proclamation de Riviere He-
rard, date du 12 mars de Lascahobas.-Le general Souffrant enleve
plusieurs embuscades dominicaines au delay de Neybo.-Le general
Rivibre arrive devant Azua le 19 mars. Le meme jour combat
d'Azua.-Dans la nuit du 19 au 20 mars Santana evacue Azua, il
va se retrancher A la Savana Berey.- Le 20 mars, Riviere H&rard
prend possession d'Azua ou0 arrive le general Souffrant. Le 21,
arrivee au Port-au-Prince du colonel Brice envoy par Riviere. -
Protestation des officers de la garnison du Port-au-Prince centre
la Constituante.-Acte du 31 mars qui dissout la Cjnstituante et
ferme la Municipalit6.- Hbrard Dumesle fait publier une procla-
mation de Riviere relative A la Constituante, pregnant la nation
comme juge entire elle et lui. -Lettre des Secr6taires d'Etat Fery,
Laudun et Hippolyte A Rivibre centre la dictature.- La conspira-
tion contre Riviere s'organise au Port-au-Prince. Soulevement
d'Acaau, de Dugue Zamor, de Jean Claude dans les campagnes de
l'arrondissement des Cayes, contre Riviere.-Le 3 avril ils se met-
tent en march contre la ville des Cayes.- Acaau est reconnu par
les insurges comme general en chef des reclamations du peuple.-
4 avril, combat du Carrefour Fonfrede.-Le meme jour, mercredi
saint, il entire aux Cayes dans la nuit. II public un acte oh it
expose les motifs de la contre'revolution qu'il venait d'ooerer. -
En meme temps, Jeannot Moline et Antoine Pierre, chefs des in-
surges de la Granld'Anse et de Tiburon, s'emparent de Jeremie.-
Ils respectent les personnel et les proprietes. Dague Zamor,
lieutenant d'Acaau, march sur Aquin.-Le general Geffrard, sor-
tant de Jacmel, occupe Aquin avant les insurg6s.-Bataille d'Aquin
gagnee par Geffrard et Rich, sur Dugue Zamor qui se retire A
S'-Louis du Sud Pendant cet intervalle, le general Pierrot,
commandant de l'Armne du Nord, march sur S'-Yague; il est


84


SOMMAIRE









battu et rentre au Cap en deroute.- II prend la resolution de se
s6parer du Sud et de l'Ouest et de faire du Nord un Etat ind6pen-
dant.-Entrevue a Azua de l'amiral Demoges avec Riviere.-Celui-ci
pour contenir le m6contentement de ses troupes, occasionne par
les privations de tous genres, exerce sur elles des rigueurs.-Pro-
pagande a Port-au-Prince, pour la nomination d'un President noir,
seul moyen, pensait-on, d'arreter la march des revolt's du Sud.-
Un manifeste est redig6 A Port-au-Prince par le giron des cons-
pirateurs centre Rivibre.- Parade du 2 mai ou l'autorit6 de Du-
mesle Herard est m6connue. 3 mai, le g6n6ral Guerrier est
proclame President d'Haiti. Manifeste de l'Ouest en date du
3 mai. Herard Dumesle est embarqu6 a bord d'un bAtiment de
guerre anglais.-Une deputation est envoy6e a Azua pour notifier
a Riviere Hbrard sa d6ch6ance. Les gen6raux Geffrard et Rich6
evacuent Aquin et se rendent au Petit-Golve aux ordres du nou-
veau Gouvernement.-Dugu6 Zamor occupe Aquin.- Adresse de
Jeannot Moline et d'Antoine Pierre au nom du people souffrant
aux autorites ethabitants de Miragoine.-Ils occupent cette ville.-
Pierrot se rend ind6pendant de Rivi&re. Il constitute l'Etat du
Nord en faisant mettre une6toileau drapeau haitien.-26 avril 1844,
acte de la separation du D6partement du Nord intitul6(manifestedu
Nord 26 avril), Pierrot fait reconnalitre Guerrier President del'Etat
duNord.-II envoie des troupes A Saint-Marc o0 elles s'arretent.-
Riviere, dechu de sa dignity de President, 6vacue Azua qui est
pillee et incendi6e. Les dominicains r6occupent cette ville. -
Pendant que l'armee expeditionnaire de l'Est rentre au Port-au-
Prince, Riviere est embarqu6 a bord d'un navire de guerre anglais
mouill6 sur rade A Port-au-Prince qui le conduit a la Jamaique.-
Guerrier,dictateur. -Pas de Constitution sous son Gouvernement.-
La suprematie noire est rdtablie, elle dure 15 ans. -


85


SOMMAIRE













































































4













CI-IA6PITI-E II.


Le premier Janvier 1844, la fWte de l'Ind6pendance fut
ce16br6e avec la pompe accoutumde.
Nous 6tions parvenus a la 41eme ann6e de la foundation de
I'Etat d'Haiti.
Le cortege des membres du Gouvernement provisoire,
compose des autorit6s civiles et militaires, se rendit du
Palais national, sur la Place PDTION, qu'entouraient les
corps de Ia garde national et les troupes de lignes.
Le g(en ral HERARD RIVIERE monta sur l'autel de la
Patrieavec sescollegues; ilavait a ses c6t6s les consuls des
puissances 6trang6res et quelques membres de l'Assembl(e
constituante. It prononga un discours otu, pour la premiere
fois, depuis la mort de DESSALINES en octobre 1806, les
paroles suivantes, sortirent de la bouche d'un Pr6sident de
la RMpublique : G C'est au glorieux DESSALINES, c'est & ses
c immortels cornpagnons que la Patrie doit l'6re nouvelle
( dans laquelle elle entra; l'issue de la guerre de l'inde-
i pendance est un prodige !
Cependant RIVIkRE HERARD et les siens appartenaient a
la classes des citoyens qui ne voyaient en DESSALINES
qn'nn despite barbare qu'on avait immol6, mais comme
on projetait un coup d'Etat, it fallait s'attirer les sym-
pathies di people, en glorifiant le fondateur de l'Ind6-
pendance.
Le people, comme ii le prouva bientot, n'6tait pas dupe
de vaines piroles dtebitees dans le but de le tromper, alors
qu'il entendait dire que DESSALINES, don't les restes gisaient
0







HISTOIRE D'HAITI


dans une fosse, presque abandonn6e, 6tait indigne d'un
mausolee. (i)
Pendant que la f6te se celebrait, 1'Assemblhe constituante
6tait reunie sous la pr6sidence d'HERARD DUMESLE. Elle
prit connaissance d'un message de RiviiRE, .president aux
d6lib6rations du Gouvernement provisoire, lui soumettant
plusieurs observations, concernant le vote par lequel les
d~crets d'accusation avaient ete rapport6s. II disait encore
que pour la dignity de la R evolution et la garantie de tous,
le Gouvernement provisoire aurait d6sir6 que la Consti-
tuante, au lieu de rapporter ces d6crets, efit vot6 une
amnistie.
A la tribune, les d6putes DUMAI LESPINASSE, AUGUSTE
ELIE et SIMONISE furent d'avis que la premiere decision de
I'Assemble duit etre maintenue et que le decret exprima
les motifs de cette decision, tout A la gloire de la RWvolu-
tion et du general RIvIERE qui l'avait dirig6e. I1s furent
combattus par les d6putes DAMIER et BERGEoS; cependant,
I'Assemblee maintint son vote de la veille et decida, sur la
proposition de DAMIER, que le lendemain, 2 janvier, a
40 heures du inatin, le President de la R publique preterait
son serment.
Dans 1'apres-midi, une deputation se rendit A I'h6tel de
RIVIERE HERARD, et lui annonoa ce qui avait etd arrete.
Elle lui remit une copie en dui forme de la Constitution.
Le depute St-AMAND qui appartenait A un parti compose
de ceux des citoyens du Port-au-Prince, contre la poli-
tique du temps de BOYER et dans le moment hostiles a
RIVIERE, dit a celui-ci : Pr6sident, nous vous remettons le
petit monstre! It faisait allusion A la Constitution Mlabor6e
surtout en vue de susciter des embarras inextricables a
RIVIkRE, parce qu'elle ne pourrait etre mise en pratique.
Des cette 6poque, le meme group de citoyens avait le
project de faire parvenir & la Presidence, le citoyen JEAN

(ii Le President FLORVIL HIPPOLYTE, fils de JACQUE SYLVAIN, d'une inde-
pendance de caractere remarquable, a repar6, 50 ans plus tard, de son initia-
tive propre, cet oubli d A l'esprit de parti, en 6difiant sur les restes de
DESSALINES un modest monument.


88







CHAPITRE II


PAUL, qui fut leur candidate jusqu'A la chute du President
GEFFRARD, 6poque ohi il mourut sans avoir vu se r6aliser
le voeu de ses partisans.
Le 2 janvier eurent lieu It prestation de serment, I'inau-
guration de la Constitution et l'installation du President
de la Republique avec solennit6.
D6jN RIviERE qui allait jurer d'ex6cuter le nouveau pacte,
etait resolu a le briser, le jugeant inex6cutable, et en cela,
il etait d'accord avec les principaux officers de l'armde
qui nfe pouvaient pas admettre que la charge de comman-
dant d'arrondissement fAt supprim6e, et que la premiere
autorit6 de la circonscription, fAt un civil nomm6 pr6fet.
Beaucoup de bourgeois partageaient cette manibre de voir
et ne concevaient pas qu'un people, sachant A peine lire et
ecrire, dlt tre, presqie toute l'ann6e, reuni en assem-
blee primaire ou 61ectorale pour nommer des maires, des
d6put6s, des s6rateurs, des juges aux tribunaux de paix
de premiere instance, d'appel et de Cassation.
On d6cora magnifiquement le local des seances de la
Constitnante; on y install les portraits de PlTION, de Ri-
VIERE HERARD et de LAZARRE. De grand martin, dix-sept
coups de canon furent tires.
II etait neuf heures, quand RIvtERE HERARD se pr6senta
dans le sein de l'Assemblee, il y avail une affluence con-
siderable de citoyens de tous rangs.
Le president de la Constituante lui adressa un discours
appropried la circonstance, auquel it r6pondit en disant:
<< Je jure d'observer la Constitution et les lois du people
< haitien, de maintenir I'ind6pendance national et 1'int6-
< grit6 du territoire. )
II s'ecria ensuite : f Vive la Constitution! >
Reprenant la parole, DUMESLE adressa des felicitations
et des hommages aux membres du Gouvernement pro-
visoire.
Puis tout le cortege se rendit sur la Place PETION. LA
HERARD RIVIERE monta sur l'autel de la Patrie, ayant A
ses c6tos les membres et les conseillers du Gouvernement,
les Consuls, Monsieur DEMOGES, admiral frangais, Monsieur


89







HISTOIRE D'HAITI


A. BARROT, Commissaire Extraordinaire de S. M. le Roi
Louis PHILIPPE ler et un grand nombre de d6put6s.
Lecture est donn6e des principles dispositions de la
Constitution.
Cette lecture etait A peine achev6e que la plapart des
officers et soldats des troupes ranges en bataillon autour
de l'autel et un grand nombre de citoyens se mirent A crier:
o A bas les pr6fets! A bas la municipalit6! Beaucoup de
personnel prirent la fuite; te tumulte fut h son coinble.
Parmi les manifestants, CRIat ARCHER, commandant
de la place, les colonels FVRIEaR et PAUL BAYARD, se fai-
saient remarquer par leur ardeur.
Cependant le came se retablit, et le cortege se rendit a
l'Eglise cathedrale of un Te deum fut chant au bruit du
canon. (i)
Le President de la R6publique s'empressa de former le
Conseil des Secr6taires d'Etat. Il nomma le citoyen J. SYL-
VAIN HIPPOLYTE, Secr6taire d'Etat au D6partement de
l'Int6rieur et de l'Agriculture; le citoyen JEAN CHRYSOS-
TOMEIMBERT, au D6partement des Finances et du Commerce;
le citoyen HONORE FERY, au D6partement de la Justice,
de l'Instruction publique et des Cultes; le citoyen HERARD
DUMESLE, au Departement de la Guerre, de la Marine et
des Relations Ext6rieures.
Du 3 au 12, l'AssemblVe n'eut pas de stance, malgr6 les
convocations qu'on adressait chaque jour a ses membres
qui paraissaient etre encore fatigues de 1'enfantement de
la Constitution ou petit demon, comme le disait le deputy
S-AMAND.
D'apres l'article 205 de la nouvelle Constitution ( dispo-
sition transitoire ) elle devait rester en permanence et faire
tous les actes 16gislatifs, jusqu'a la reunion de la Chambre

(i) En 1863, quand j' tais ministry d'Haiti A Madrid, Mr BxRROT, alors am-
bassadeur de France, prbs S M. C. me rappela cette c6remonie. II me dit
qu'il 6tait derriere Rivi9RE HiRARD, sur I'autel de la Patrie, et qu'il crut tout
d'abord que ce tumulte avait lieu dans le but de massacrer les blanks. Son
Jangage prouvait qu'il 6tait arrive en Haiti grandement pr6venu A l'egard du
Pays.


90









et du Senat; et, d'apres article 206, convoquer les Assem-
blees primaires et 6lectorales, A bref d6lai, pour la formation
des deux Chambres.
Des que la Constitution fut votee, les deput6s de la parties
Est d'Haiti form6rent definitivement le project de separer
Sto-Domingo de la Republique haitienne, en plaeant leur
pays sous le protectorat de la France et en lui abandonnant
la presqu'lle de Samana. Mais, A Santo-Domingo, les vrais
patriots ne voulaient ni du protectorat de la France, ni
de l'annexion A la Colombie; ils entendaient former un
Etat libre et independent. Its redoutaient les masses noires
d'Haiti qui, par instinct, avaient un loignement bien
caracterisd & l'egard du blanc et meme des sang-m61es.
En dehors des complications qui naissent des questions
de couleur et de race, entretenues par I'6goisme et I'inhu-
manit6, ils ne concevaient pas, avec raison, qu'un etat
p1it s'isolerdu monde civilise au point de refuser d'admettre
dans son sein n'importe quel blanc en quality de citoyen,
et de ne se recruiter que dans les peuplades sauvages de
l'Afrique et de l'Amrn ique. Aussi, comme nous l'avons vu,
avaient-ils charge BAEZ, depute d'Azua, d'etre leur organe
a la Constituante, et de proposer la naturalisation de
l'homme blanc. D'une autre part, its avaient demanded
sans success, que la religion catholique, apostolique et
romaine fitt d6clar6e celle de I'Etat; leur education espa-
gnole les portait a considered tous les cultes librement
exerc6s, reconnus et prot6g6s, comme un instrument de
decadence et de d6generescence dans un pays. Du reste,
l'influence du clergy remain 6tait considerable dans les
deux d6partements de l'Ozama et du Cibao, qui formaient
l'ancienne colonie espagnole. Malgre les efforts des deput6s
de I'ESt, l'Assemblie constituante avait vote les trois articles
suivants :
( ARTICLE 28. Tous les cultes sont 6galement libres.
Chacun. a le droit de professor sa religion et d'exercer
a libremeht son culte pourvu qu'il ne trouble pas l'ordre
a public.
SART. 29.- L'etablissement d'une eglise ou d'un temple


91


CHAPITRE II







HISTOIRE D'HAiTI


# et l'exercice public d'un culte peuvent Wtre r6gl6s par la
( loi.
(( ART. 30. Nul ne peut etre contraint de concourir
a d'une maniere quelconque aux actes et aux c6rdmonies
a d'un culte, ni d'en observer les jours de repos. )
Ils s'adress6rent d'abord ia Monsieur LEVASSEUR, et
l'interesslrent A leur project de scission en lui donnant
I'assurance que si la parties de l'Est d'Haiti devenait inde-
pendante, elle c6derait ai la France la presqu'lle de Samana
et se placerait sous son protectorat en retour de l'assis-
tance que les scissionnistes en recevraient. Ils sonderent
I'amiral DEMOGES qui entra dans leurs vues. It leur restait
A pressentir Monsieur BARROT. Leurs d6marches demeu-
rerent infructueuses. Monsieur BARROT leur repondit que
son gouvernement ne 1'avait pas envoy en Haiti pour y
susciter des troubles; que la cession de Samana "a la France
pourrait faire naltre des complications avec les grandes
puissances maritimes, et empirerait, du reste, la situation
financiere d'Haiti qui avait des obligations "a remplir A
l'6gard de la France. Les d6put6s de la parties de l'Est
partirent successivement pour leur pays, bien resolus ta rea-
liser leur project qu'encourageaient toujours M. LEVASSEUR
et I'amiral DEMOGES, malgr6 la r6ponse loyale de Mon-
sieur BARROT a la communication qui lui avait e6t faite. (*)
Depuis le 15 d6cembre, des citoyens de Jacmel avaient
eu la pens6e d'envoyer une m6daille A DUMAI LESPINASSE,
r'dacteur du journal Le Manifeste et membre de la Cons-
tituante. Le 40 janvier 4844, ils se r6unirent et redigerent
une adresse pour lui annoncer qu'ils lui d6cernaient cette
m6daille comme etrenne civique et come hommage at ses
vertus patriotiques. Deux d'entre eux, MM. P. S. MAXIMILIEN
et M. THEBAUD vinrent A Port-au-Prince et remirent le

) M. A. BARROT rn'a racont6e Madrid, en 1864, les d6marches entre-
prises aupres de lui par les deputies de la parties de l'Est et la response qu'il
leur fit. 11 m'a dit qu'a son retour A Paris. M. GuIZOT l'avait grandement
felicit6 de n'avoir pas engage la France dans une affaire qui aurait 6t0 fina-
lement non satisfaisante.


92









prkcieux objet avec l'adresse, le 17 janvier, a DUMAt LES-
PINASSE, an norn de leurs amis de Jacmel.
Le 12 janvier, I'Assembl6e eut une seance apr6s neuf
jours de repos. Elle 6tait en permanence, conform6ment
A I'article 205 de la Constitution, ayant A faire tous les
actes 16gislatifs, comme nous venons de le dire, jusqu'A la
reunion des deux Chambres. Elle 6tait pr6sid6e par le*
d6put6 DAVID TROY qui remplacait provisoiretnent le vice-
pr6sident EUSEBE. Elle avait charge une Commission d'6la-
borer un project de decret concernant la convocation des
Assemblies primaires et 61ectorales. Elle entendit lecture
de ce project qu'elle prit en consideration. En .m6me temps,
DUMAI LESPINASSE en soumettait un autre qu'elle accept
aussi. Elle decida que les deutx d6crets seraient joints et
que DUMAI se reunirait A la Commission pour travailler
avec elle.
Elle prit ensuite connaissance du d6cret concernant les
4migrrs et leurs biens, lequel rapportait les premiers
dpcrets en ce qui regardait 1'ex-President BOYER et
BALTHAZAR INGINAc, et elle vota une pension viagere de
cinq mille gourdes par an aux g6neraux CHARLES HERARD,
dit RIVIkRE, Pr&esident de la Republique et LAZARRE, en
recompense de leur h6roique devouement au succes de la
Revolution.
L'Assembl6e avant le droit de 16gif6rer d'apres l'art. 105
de la Constitution, jusqu'a la reunion des deux Chambres,
s'assimila, quant A son traitement, A la Chambre des Com-
munes, et vota qu'a partir du 45 juillet 1844, chacun de
ses membres recevrait par mois l'indemnite allouee aux
Representants, c'est-A-dire deux cents gourdes.
Plusieurs Constituants voulnient qu'on y ajoutAt les trois
cents gourdes accord6es a chaque S6nateur; ils disaient
qu'il en devrait 6treainsi puisqu'ils legif6raient en attendant
la reunion de la Chambre et du S6nat.
Le President de la Republique avait nomme les citoyens
EUSkBE, DLUMAI LESPINASSE et JEAN ELIE pl6nipotentiaires
pour traiter avec Monsieur A. BARROT, Envoye de S. M. le
Roi des Francais, du sursis demand par le Gouvernement


93


CHAPITRE II







HISTOIRE D'HAITI


provisoire, en mai1843, concernant le paiement de l'indem-
nite. Les conferences commences le 10 janvier, se termi-
nerent le 13 sans r6sultat.
A ]a premiere, les plenipotentiaires haitiens demand6rent
purement et simplement un sursis, en se fondant sur les
malheurs de tous genres don't la Rpublique avait t6 frapp6e,
et en faisant un resume sincere de la situation financiere
du pays (*).
Le plenipotentiaire frangais tout en reconnaissant la
faiblesse des resources d'Haiti, d6clara qu'il ne pouvait
accorder le sursis demand imoins que la RPpublique ne
donnAt des compensations suffisantes.
A la second conference, les pl6nipotentiaires haitiens
chercherent a savoir quelles pouvaient tre les compen-
sations qu'ils auraient a offrir, et ils s'arr(tbrent a la
proposition d'une diminution de droits de douane sur les
marchandises francaises de provenance sp6ciale. Monsieur
BARROT refusa immrndiatement et p6remptoirement cette
proposition dans sa formne restreinte; mais il parut
approuver le terrain de la discussion et dit que si la
proposition etait gen6ralis6e et le d6grevement 6tendu a
toutes les marchandises francaises, il y r6fl6chirait.
A la troisibme conference, les pl6nipotentiaires haitiens
reproduisirent la proposition du degr~vement partial, et
resisterent aux efforts du pl6nipotentiaire pour les porter a
6tendre la proposition selon son desicr evident. Apres avoir
dpuise la discussion sur le d~grevement partiel, les pl6ni-
potentiaires haitiens offrirent de pay3r, dans l'espace de
cinq ans, une parties des revenues A choir et de reporter
sur les terms ulterieurs les d6falcations a faire. Monsieur
BARROT d6clara qu'il ne pouvait scinder les soinmes des
different terms et qu'il n'avait pour mission que d'accoi der
un sursis plein et entier et non tn sursis rmodificatif.

('* Message du President de la fWpublique haitienne A I'Assemble ,Cons-
tituante concernant le r6sultat des Conf6rences entire les pl6nipotentiaires
haitiens et le plenipotentiaire de S. M. le Roi des Francais. Nous nous con-
formons A ce Message en en reproduisant A peu pres le texte.


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CHAPITIVE '1


A la quatri6me conference, les plInipotentiaires haitiens
reunirent les deux propositions, Fune commercial et I'aatre
financiere, qui avaiente 6t faites s6par6ment et propos6rent,
tout en d6gr6vant jusqu'a un certain point les marchandises
francaises de provenance special, de payer une parties
des terms A choir. Cette quatrieme et derniere propo-
position fut egalement repouss6e par le pl6nipotentiaire
trancais. Enfin, Monsieur BARROT manifesta le desir que
la reduction offerte d'un degr6vement s'etendlt A toutes les
marchandises francaises et fft 1'objet d'un trait qui avan-
tagerait les productions respective des deux pays. Les
plenipotentiaires haitiens ne purent admettre cette propo-
sition, la jugeant contraire A l'intdret d'Haiti.
Les negociations furent fermees, et le Gouvernement
haitien rentrant simplement dans le trait du l2 f6vrier 838,
fit charger sur la corvette l'A Tbe, trois cent mille piastres,
adressees A la caisse des dep6ts et consignations A Paris.
Le chargement eut lieu presque clandestinement pour ne
pas 6mouvoir l'opinion publique qui 6tait toujours demeurde
contraire au paiement de l'indemnite, sous l'influence d'un
.orgueil national non fond6 en cette matiere.
Dans toute la R6publique, on pensait que par le tait
, seul de lademande de sursis, le service du traits financier
< de 1838 se trouvait suspend, et que partant il n'y avait
f aucune satisfaction A lui accorder )).
Quant a l'emprunt, il n'en fut question qu'officieusement
dans les conferences, et RIVIEaRE HEIRARD dit dans son
Message : Le plenipotentiaire francais n'a point eu &
< s'occuper officiellement de l'emprunt ; mais a une com-
<( munication extra-officielle, par laquelle il conseillait le
( paiement des int6rkts, le Secretaire d'Etat a annonc6 la
, triste mais ineviLable necessity ot nous nous trouvons
(a de suspendre tout A fait pour le moment, le service de
4 cet emprunt ) .
Beaucoup de citoyens auraient mieux aimer voir le gou-
vernement exp6dier les P. 300.000 pour le pavement de
l'emprunt d u des particuliers ; car il etait, A leur avis,
bien plus equitable de suspendre non pas le service de







HISTOIRE D'HAITI


l'emprunt, mais celui de l'indemnit6, dette entierement
politique.
Dans les discussions qui eurent lieu en France, A la
Chambre des DNputes, a l'occasion de l'indemnit6 de Saint-
Domingue, le Ministre des Finances dit que le Gouver-
nement n'avait pas A garantir l'indemnit6 due aux colons.
Monsieur de LAMARTINE, contrairement a plusieurs de se,
colleagues, s'exprima comme suit : (( Je ne puis donner le
( m6me assentiment aux paroles de Monsieur le Ministre
o des Finances qui vient de pr6tendre que la garantie de
< l'indemnit6 compromettrait par un precedent dangereux,
c nos negociations A l'6tranger dans les conflicts qui s'el6vent
< pour des int6rits priv6s, pour des propriet6s particuli6res
a de nos nationaux. C'est un principle diplomatique de
la plus haute importance, et sur lequel repose la paix
a du monde que 1'Etatne doit jamais intervenir que parses
a bons offices dans la defense, dans la garantie des pro-
, prietes de nos nationaux a l'etranger. Autrement il
e d6pendrait diu premier frangais venu d'engager le Gou-
< vernement de soni pays dans si querelle particuli6re,
t toutes les fois qu'il aurait. et placer ses int6rits sous
< la protection de I'ktranger, y implanter sa fortune, son
industries, au lieu de les placer dans son propre pays,
< sous la protection plus directed et plus sainte de son
, propre Gouvernement. Mais, Messieurs, y a-t-il la moindre
< analogie, entire la situation des frangais domicili6s et
c spolies a I'etranger, et la situation des colons de Saint-
< Domingue ? Saint-Domingue 6tait-il done une terre 6tran-
O g6re ? N'4tait-ce pas une parties du sol national ohu les
e fortunes priv6es des colons se sont englouties dans le
Smrnme desastre qui a englouti la fortune national toute
, entire ? ( *) N'est-ce donc pas la une indemnity non
, pour cause de protection a l' tranger, mais pour cause
a de compensation, de commiseration genereuse politique
, pour une calamity publique ? Mais, Messieurs, je vous
( P Dtans I'esprit de LAMAHTINE, I'indemnitO aux Colons de Saint-Domingue
aurait dui leur Atre payee par la France commune I'avait W6t aux emigres le
milliard d'indemnite, sauf a se fair rembourser par les Haitiens.


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"97


CHAPITRR II


. prie de.vouloir bien pr'ter attention a une consideration
< qui me frappe et qui diffhrencie completement, selon
a moi, la cause des colons de celle desfrancais A I'6tranger.
a L'iud.mnite a leur regard me semble placee, sous.un
( double rapport, a I'abri du droit et de la garantiea.du
4 gouvernement.
Qu'est-ce que leur indemnity, Messieurs ? Elle-est
< d'abord tres ,videmment une condition, une clause de
a traits que Je gouvernemnent a contract avec Haiti tant en
S1825 pour 150 millions qu'en 1838 pour 60 rpillions, car
a 60 millions sont ici le prix pour la France a l'affran-
o chissement de son ancienne possession. C'est lI une
, clause 6minemmrent politique, et le droit public, a ce
( tLitre, c'est I'affranchissement qui garantit l'indemnit6
tQpmine c'est I'indemnite qui garantit l'affranchissement.
;( II estdonc injuste de prttendre que la France ne doive
, pas, comme Gouvernement, comme Nation une certain
< garantie, jenediraipas de credit moral, comme Monsieur
1l Ministre, mnais de solvabilit6 efficiente et reelle.
S11 y aurait donc dans le syst6me contraire tn double
a danger. Le premier de compromettre aux yeux de l'Eu-
q rope et d'llaiti le serieux du trait de 1838 et la r6alite
t de son execution pour Saint-Domingue. En paraissant
e vous d6sinteresser des titres de vos colons, vous auriez
imprudemment I'air de vous desinteresser du traitI lui-
Sineme. Mais il y a un danger plus grave, plus pr6s de
vous, qui va plus loin, directement a vos efforts et a vos
4 coeurs, c'est que si le tresor ne donne pas, par sa si-
# nature, une valeur fixe A leurs faibles Litres, ces titres,
q diss6mines entire quinze ou vingt mille families, et se
< resumant pour la plupart deux ou trois francs de rente
ou d'aunuit6, ne deviennent la proie de speculateurs
e interess6sa les d6precierencore, et ne se reduisent ainsi
< a une derision pour eux. Eh bien je dis que ces deux
a considerations, une de droit public, unede consideration
e publique doivent intdresser la Chambre et la ramener
Sla garantie.
< Je dis que c'est 1 une allocation bien insuffisante,
7






HISTOIRE D'HAiTI


Sune assistance bien minime "a des detresses que nou.
< plaignons tous, que nous voudrions tous plus largement
<< compenser ou adoucir ; mais enfin, cette miserable
, aumone de I'Etat a tant d'infortunes si vous voulez la
< faire, au moins, Messieurs, faites lA en bonne monnaie. ))
Ce discours de LAMARTINE impressionna viveinent un
grand nombre de deputds, et parait avoir determine la
politique ult&rieure du Gouvarnemnent en cette meme
question.
Nous avons vu qu'a la seance du 12, la Constituante
avait decide que les deux projects de d6cret concer-
nant la convocation des Assemblies primaires et elec-
torales seraient joints pour n'en former qu'un. La com-
mission n'ayant pu les fondre ensemble, on adopta avec
de Ige~res modificationscelui du depute DUMAI LESPINASSE.
Par ce decret, portant la date de janvier 4844, le mode
de formation de la Chambre des Reprtesentants, des Com-
munes et du Senat fut etabli ainsi qu'il suit : Le 15 f6vrier
'1844, les Comites municipaux ouvriront un registre pour
l'inscription des membres de l'Assemblee primaire, les
61ecteurs inscrits se reuniront de plein droit dans le local
design par les Comites.
Au jour et a I'heureindiques, chaqueassemblee primaire
I)roc6dera A l' section des Representants des Communes
et des 6lecteurs d'arrondissement. Les Mlecteurs se reu-
niront au Chef-lieu d'arrondissement. Le bureau constitute
chaque Assemblhe l6ectorale elira le nombre de Senateurs
qui lui est attribuL en se conformant aux dispositions
des articles 60, 61, 62 de la Constitution. (* )

( ) Article 6) : Les Seiateurs sont elus, savoir: to pour le Departemtent
du Sud : quatre par I'Assembhl&e electoral des Cayes, et deux -par celle de
.Ieremie ; 2o pour le Departement de I'Ouest: quatre par I'Assemblee 6lec-
torale de Port-Ripublicain et deux par celle de Jacmel ; 3o pour le De-
partement de IArtibonite : six par I'Assemblee electorale des Gonaives ; 40
pour le Departement du Nord six par I'Assemblee ,lectorale du Cap-Haitien;
5o pour le Departement du Cibao : six par I'Assemblee electorale de Saint-
Yague ; 60 pour le D'partement de I'Ozama : six par I'Assembl6e electorate
de Santo-Domingo.
Article 61. Pour 6tre elu Senateur, il faut :


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CHAPITRE II


Ce m6me d6crkt ne pourra 6tre exkcutW, except dans
quelques quarters, A cause de troubles tr6s graves qui
vont bient6t eclater dans presque toute la Rdpublique, et
de la resistance des autorit6s militaires. Ces troubles occa-
sionnerent dans l'Artibonite, la mort dud6put6 BAZIN que
le general THOMAS HECTOR fera tuer en le repr6sentant
comme un restaurateur des institutions de l'epoque de
LECLERC et de ROCHAMBEAU.
Le 19 janvier, I'Assembl6e Constituante se r6unit et prit
connaissances de deux messages du President de la Re-
publique l'un demandant un d6cr6t sur l'organisation du
Minist6re, et I'autre exposant le resultat des conferences
de nos pl6nipotentiaires avec l'Envoye de S. M. le Roi des
Francais, conferences don't nous avons parl6, restees sans
success.
Le 26, ellerendit un d6cret fixant la formulede ses actes
JEAN CHRYSOST6ME IMBERT, Secretaire d'Etat des Fi-
nances, fatigue par I'Fge et aspirant au repos donna sa
admission. Le President de la Republique, par un Arrete
en date du ler fWvrier, nomma a sa place le citoyen ANDRE
A. LAUDUN, Colonel, Tr6sorier-gendral et membre de
l'Assembl6e Coristituante. Les trois autres Secr6taires
d'Etat resterent a leur poste : C'Mtaient JACQUES SYLVAIN
HIPPOLYTE, a l'Interieur et l'Agriculture ; HONORE FERY,
a la Justice l'Instruction publique et aux Cultes ; HERARD
DUMESLE, a la Guerre, a la Marine et aux Relations Extt-
rieures.
Cependant, les seances de la Constituante devenaient
assez rares par manque de majority, et les passions
s'enflamrnaient de plus en plus entire les parties qui divi-
saient le pays. Le President de la Republique se pronongait

to Etre Age de trente ans accomplish;
2o Jouir des droits civils et politiques;
3o Etre proprietaire d'immeubles en Haiti;
4o Etre domicili6 dans l'Arrondissement electoral ;
Article 62. L'haitien naturalist devra, en outre des conditions prescrites
dans I'article precedent, justifier d'une residence de quatre ann6es dans la
Republique pour etre Se ateur.


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