Haïti et la revision: par Jacques Nicolas Léger (1859-), 72 p. 19 cm,

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Title:
Haïti et la revision: par Jacques Nicolas Léger (1859-), 72 p. 19 cm,
Physical Description:
Mixed Material
Publisher:
Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1885

Notes

General Note:
4-tr-Leg-1885-JN
General Note:
Stacks FL8 H2.9 L512h 1885

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Source Institution:
University of Michigan Law Library
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University of Michigan Law Library
Rights Management:
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Resource Identifier:
LLMC31758
System ID:
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HAITI


ET


LA REVISION


PAR


- JACOUES-NICOLAS 1/ GER,
AVOCAT
.Secretaire de ia Legation. d'lHa'tit a Paris'


PARIS
C. MARPON ET E. FLAMMARION
S DITEURS
26, BUE RACINE, PRESS L'ODAON


4^










HAITI ET LA REVISION





I

Les charges survivent aux gouvernements qui leg.
ont 6tablies. Et les fautes ne sont pas toujours
expires par ceux qui les ont-commises : n6ces-
sitd de prdvenir une telle injustice, en pregnant
des precautions pour I'avenir.

4 Les hommes passent; le pays rest. ,

Haiti longtemps encore g6mira sous.
le-.poids des charges. successivemefit
accumules; son malheureux et g6n6-
reux people souffrira, peinera, suppor-
tant seul les consequences de'mesures
qu'il n'auraitni desires, ni conseillees.
i







-2 -


Et ceux qui, par ignorance, faiblesse
ou mauvaise foi,. auraient cr66 une
telle situation, voudraient 6chapper h
touted responsabilit6! Les auteurs de
tous nos malheurs afficheraient la
pr6tention ou se croiraient le droit de
jouir tranquillement d'une position
parfois acquise au detriment et aux
d6pens de tous; leurs descendants,
leurs h6ritiers pourraient impunement
se moquer de souffrances qu'lls ne res-
sentent pas, et s'enivrer, avec cynisme,
des jouissances que procure une for-
fune ramass6e souvent dans la honte
de leur pays! Ce serait vraiment ufte
amere ironie; et, malgr6 tout le sang-i
froid qu'on voudrait garder, 1'on no
peut se d6fendre d'une e1gitime indi-







-3 -


nation a la pensee qu'une telle ini-
quit6 se-pourrait commettre. Je you-
drais 6touffer le cri de col6re que je
sens monter de ma conscience. Mais
je crois plus loyal de parler franche-
ment h mes concitoyens : c'est le
meilleur moyen d'arriver a mettre fin
a des abus intol6rables qui, h61as!
n'ont d6jh que trop dur6.
II est en effet souverainement. in-
juste que ceux-Ia qui ont commis les .
fautes don't noQus subissons 1'expiation,
puissent seuls se soustraire h tout
ch~timent. Le temps est venu de faire
comprendre a tous que le pouvoir
n'est pas une occasion de jouissances;
mais, au contraire, qu'il y a, dans la
puissance devolue a un fonctionnaire,







-4-


des responsabilit6s s6rieuses que les
interesses sauront invoquer au besoin.
Le temps est venu de faire comprendre
a tous qu'on doit briguer certaines
functions publiques, non pour la satis-
faction de sentiments grossiers on
1'assouvissement d'app6tits malsains,
mais pour le bien qu'elles donnent le
moyen de faire au pays dans l'interet
duquel seul elles doivent 6tre exerc6es.
II ne doit plus 6tre permis au pre-
mier venu de s'emparer d'un pouvoir,
auquel ne 1'auraient pr6par6 ni ses
6tudes, ni des aptitudes speciales, et
de faire payer en suite h tout un people
les fautes et toutes les b6vues qu'il
lui plairait de commettre. 11 faut vrai-
ment avoir une conscience robust










pour, quand on se sent incapable de
g6rer les affaires d'un pays, ne pas
reculer devant les malheurs incalcu-
lables qu'on peut causer. Quant a ceux
qui ont .plus de pr6tentions que de
bonnes intentions et qui ne voient,
dans les hasards qui leur confident
momentanement les destinies d'un
people, qu'un pr6texte de' s'enrichir
et de faire leurs propres affaires, ils
sont justiciables des course d'assises et
meritent la chaine du format. T6t ou
tard justice se fera et 1'histoire, se sai-
sissant de leurs noms, saura bien leur
appliquer la fl6trissure qui les attend.
Aussi bien, je ne compete pas insisted
plus qu'il ne convient sur le passe;
les recriminations seraient pu6riles.








-6--

Je ne veux 'penser qu'h l'avenir dans
lequel j'ai une foi aveugle. Et je me
bornerai h demander quelques garan-
ties destinies h empicher le retour
des d6sordres contre lesquels chacun
murmure tout has et don't on voudrait
voir la cessation. Le moment ne sau-
rait certes 6tre mieux choisi, puisqu'il
est question d'une prochaine revision
de nos lois constitutionnelles.

















Le parti national doit Wtre r6formateur. Le people
n'est pas insouciant et desire le progres: a preuve,
la. popularity de M. le g6n6ral Salomon. Pas de
personnalites; je ne discute que des faits.


Quand un mal existe, les palliatifs,
les expedients peuvent parfois 1'att6-
nuer, mais ne suffisent jamais pour "
le d6truire. Pour le d6raciner, 1'extir-
per, il faut aller h la cause et y "porter
le fer rouge d'une main ferme. Les
r6formes radicales sont souvent seules
efficaces; et les demi-mesures, les
managements peuvent tout 'compro-








-8-


mettre. Certes, je sais qu'il y a certain
abus qu'on ne pent fairle disparaitre
qu'h la longue; en ce cas, la patience,
,la' perseverance et 1'esprit de suite
sont indispensables : c'est 616mentaire
et cela ne peut 6tre 1'objet d'aucuri
doute de la part d'hommes qui s'occu-
pent serieusement de politique. Mais
il est aussi des injustices criantes qu'on
peut faire cesser imm&diatement; il.
suffit d'un peu d'6nergie et de quel-
ques measures savamment combinees.
Le parti national n'aurait aucune
raison d'etre, s'il no se faisait reforma-
teur; s'il ne cherchait A satisfaire les
aspirations d6mocratiques de la nation
et ne tendait h ameliorer la situation
morale et' materielle du plus grand







-9-


nombre. A chaque essai de renovation,
cerfaines gens qui ne veulent pas voir
cesser l'Ntat de choses actuel, et pour
cause, ne manquentjamais do s'ecrier
qu'Haiti est un pays h part et qu'on ne
peut y introduire ce qui se fait ailleurs;
ils en prennent naturellementpr6texte
pour enrayer, neutraliser toutes les
bonnes dispositions de quelques ames
g6nereuses, mais timides. On se croise
les bras et l'on semble attendre que le
progres tombe du ciel', sans vouloir
pourtant faire le moindre effort pour
l'en faire descendre.
A quoi bon! tel est le cri qu'on
voudrait rendre national! Mais, non;
les insouciants font injure'au people,
s'ils pensent que leur haussement







10 -

d'6paules est dans ses gotits. Et la
l~gitiine popularity don't jouit M. le
g6n6ral Salomon en est la meilleure
preuve. A 1'Age oui d'habitude 1'on ne
pense qu'aux frivolites, il prechait
deji 1'union et r6clamait des amelio-
rations. Et il n'a cess6 de poursuivre
avec une courageuse pers6v6rance la
r6alisation de l'idee h laquelle il avait
consacr6 sa vie : rel6vement et r6ha-
bilitation des Haitiens. Si, aujourd'hui,
il ne lui est pas donn6 d'ex6cuter
jusqu'au bout son vaste programme,
il aura du moins la gloire d'avoir os6.
II a attach le grelot; d'autres conti-
nueront 'son (euvre. II est toutefois h
regretter que le v6t6ran de nos luttes
pourle progres n'ait pas eu le concours






I -


unanime de ses concitoyens : ce con-
cours' lui aurait certainement facility
1'accomplissement de la tache 6pi-
neuse don't il a assume la responsabi-
llte. Mais la reconnaissance des vrais
patriots le dedommagera des resis-
tances malhabiles et des obstacles
qu'il aura pu. rencontrer.
Ce just hommage rendu h M. le
President de la Republique, qu'il me
soit mnaintenant permis de faire con-
naltre qu'il est inutile de rechercher,
dans ce que je pourrai dire, des'per-
sonnalit6s don't je ne m'occupe pas. Je
sais qu'on a pris la malheureuse habi-
tude de faire intervenir des noms plus
ou nmoins -dignes d'attention daris
toutes les questions qu'onagite; Les




, *1. .*


int6r6ts les plu s'acres ont trop sou-
,vent 6t6 d6battus au point de vuie et
' au profit de passions vraiment mis6-
rables, et les competitions de per-
son nes, pour notre malheur, ont occupy
une trop large place dans notre his-
toire; lorsqu'on s'oublie jusqu'A les
introduire dans l'6tude des problemes
les plus 61lev6s, on rapetisse tout et on
ravale sa propre dignity. Qiiand il
s'agit de la Patrie, il ne devrait 6tre
permis a aucun homme de mettre en
avant sa petite personnel, si 'impor-
tante qu'il veuille bien la croire. Je
ne dispute que des actes, sans me e
soucier de cenx qui ont pu les. com-
mettre. Je ne vise pas plus un gou-
vernement qu'un autre; et j'analyse








des faits qui se spnat passes sous divers
regimes.
Une tell declaration n'6tait meme
-pas necessaire; j'ai cependarit tenu a
la faire pour d6concerter et d6courager
d'avance le. z6ie intempestif et quel-
quefois maladroit d'empress6s qui ne
manquent jamais de faire croire h
Pierre ou h Paul qu'ils ont Wt6 l'objet de
'critiques adress6es plut6t aux choses
qu'aux individus. Et comme Haiti est
jeune et que N1'ducation politique y
.laisse encore a d6sirer, les grands fonc-.
tionnaires sont excessivement cha-
touilleux; ils croient facilement que
' est un veritable crime que d'oser
parler de ce qu'ils ont fait ou de ce
qu'ilsfont. Leurs actes pourtant n'en-










agent pas seulement 16urs parents,
mais bien tout le monde, depuis le
dernier paysan perdu dans nos .mon-
tagnes jusqu'au citadin ais6 qui se con-
tente de vivre de ses revenues.









i














III .


Les Secr6taires d'Etat devraient se rappeler que
leurs actes engagent tout le pays. Responsa-
bilitd qui en resulte. Jugement du tribunal
civil de Port-au-Prince contre un President
d'Haiti. Prec6dent 6tabli.


MM. les Secr6taires d'Etat devraient
surtout se convaincre de la verit6 qui
pr6cede; car, dans une R6publique
d6mocratique, ils ne sont que des ci-
toyens charges de diriger, sous leur
responsabilitM personnelle, les diverse
branches de administration. Ils sont,
a mon avis, comptables de leur gestion








- 16 -


et parfaitement responsables des fautes
et meme des n6gligences qui porte-
raient atteinte aux int&rets qui 'leur
sont confi6s. A la v6rit6, et de tous
temps, ils se sont laiss6 bercer par la
douce illusion qu'ils 6taient des omni-
potents h qui tout 6tait permis. 11 y en
a qu'on 6tonnerait beaucoup, si on
leur disait qu'on pourrait un jour leur
demander des comptes s6veres.
Cependant M. le general Salomon
vient de donner a la g6neration ac-
tuelle une nouvelle lecon digne d'6tre
medit6e. Un proces, qui n'a pas man-
qu6 d'un certain retentissement, a 6t6
intent h un Pr6sident qui, dans un
instant de fol orgueil, s'6tant cru tout
permis, avait foul aux pieds les droits










sacres d'un de ses concitoyens et port
de graves atteintes a ses plus chers
int6rets. Le jugement fat rendu en
faveur de la victim et contre 1'op-
presseur. Ceux qui ne veulent 6tudier
-les questions que superficiellement,
pour ne pas se donner la peine de les
approfondir, les naifs et les gens de
mauvaise foi, ont di s'ecrier ou penser
que le Demandeur avait profit de sa
haute situation pour arracher.une telle
sentence h des juges-timides ou com-
plaisants. Mais, pour peu qu'on veuille
r6flechir et croire qu'il peut y avoir
un but noble, desinteress, dans cer-
taines actions qui de prime-abord pa-
raissent inexplicables, l'on reconnaitra
sans trop d'efforts que le jugement du
2.







- 18 -


tribunal civil de Port-au-Prince con-
tient un enseignement precieux. En
effet, M. le g6n6ral Salomon, en pour-
suivant judiciairement les h6ritiers
d'un de ses pr6d6cesseurs, a indiqu6 h
tous les voies h suivre pour obtenir r6-
paration des dommages qu'un pouvoir
arbitraire 'peut causer a des citoyens
inoffensifs et paisibles. II n'ignore cer-
tainement pas que le prec6dent qu'il
a ainsi cr66 pourra 6tre invoqu6 aussi
biesi contre lui que contre tous ceux
qui seraient tents d'abuser de la puis-
sance qui leur est temporairement
d6volue. Et, h mon avis, il ne pouvait
mieux faire ressortir toutes les res-
ponsabilites que comporte 1'exercice
de certaines functions publiques.







- 19 -


Aussi bien, 1'avertissement ne laisse
pas que d'avoir son prix et sera sans
doute mfirement pes6, surtout par
MM. les Secretaiies d'Etat. N6anmoins,
pour qu'il soit v6ritablement efficace
et produise a l'avenir tout le fruit d6-
sirable, il faut que d6sormais le Secre-
taire d'Etat ait uhe ind6pendance
absolue et certaines garanties indis-
pensables.
















IV


Nicessit6 de modifier les articles 56 et 64. Un
membre du Corps 1lgislatif nomm6 Secrdtaire
d'Etat ne doit pas cesser d'etre deputd ou sdna-
teur. Le Prdsident d'Haiti a un pouvoir trop
discr6tionnaire sur les ministres. Deput6
'andanti en vingt-quatre heures. Opposition
et parodie du regime parlementaire. Devoirs
d'Haiti envers la race noire. Oppositions fac-
tieuses. Objection et refutation.


On peut, selon moi, assurer cette
ind6pendance et 6tablir ces garan-
ties par la revision des articles 56 (1)


(1) Art. 56. Les functions de repr6sentant du
people sont incompatible avec toutes autres fonc-
tions r6tribudes par l'Etat. Tout reprdsentant qui








- 21 -


et 64 (1) de la Constitution de 1879.
L'incompatibilit6 existant entire les
functions de Secr6taire d'1ttat et celles
de d6put6 ou de s6nateur n'a pas sa
raison d'etre et devrait disparaitre. Un
de ces mandataires de la nation nomm6
ministry d'Etat doit pouvoir conserver
son siege a la Chambre ou au S6nat.
C'est meme, pour moi, une condition
essentielle; autrement un cabinet, .eu
6gard a notre syst6me politique, ne


accepted, durant son mandate, une function salariee,
cesse de faire parties de la Chambre, et ii est pourvu
a son replacement, etc.
(1) Art. 64. Les fonctions de s6nateur sont in-
compatibles avec toutes autres functions retribuees
par l'Etat.
Tout senateur qui accepted, durant son mandate,
une function salariee, cesse de faire parties du S&-
nat, et it est pourvu h son remplacemeni, etc.







- 22 -


peut avoir de veritable liberty d'action.
Aussi nous avons eu beaucoup de mi-
nistres, mais je peux dire, sans crainte
d'6tre tax6 d'exag6ration, que nous
n'avons jamais eu de minister.
Il est en effet difficile, sans la garan-
tie que I'Assemblee national peut 6ta-
blir a sa prochaine reunion, que les
Secretaires d'IEtat soient en measure
d'appliquer leurs id6es. (Je parole, bien
entendu, de ceux qui en ont en arri-
vant aux affaires.) Et, a part d'honora-
bles exceptions, ils deviennent force-
ment, malgr6 la bonne volont6 des uns
et le m6rite incontestable des autres,
de v6ritables commis incapables de
r6sister victorieusement au vouloir
parfois imp6rieux du chef de l'iEtat. II







- 23 -


leur est presque impossible de faire
prevaloir une opinion que ne partage-
rait pas le President de la R6publique.
Le Pouvoir, paraitrait-il, a de telles
-douceurs qu'on ne peut, sans un reel
dechirement de coeur, se r6signeik h y
renoncer; car, au lieu de jeter leur
admission h celui qui, abusant du droit
-qu'il a de les r6voquer, leur impose
-des measures que leur conscience im-'
prouve et qu'ils .croient desastreuses
pour leur pays, la plupart de nos Se-
cr6taires d'Etat ont pr6f6re garder leur
portefeuille et endosser la responsabi-
lit6 d'actes qu'ils blAment en secret;
A la v6rit6, ils se consolent des bles-
sures de leur amour-propre et de 1'hu-
miliation subie, en mettant, des batons







- 24 -


dans les roues et en tAchant de con-
trarier 1'execution do decisions que,
par manque d'energie et de caractere,
ils n'ont pas su ou voulu pr6venir. Ils
excellent parfois dans ces men6es mes-
quines, et croient consciencieusement
jouer ainsi un r6le important et meme
honorable. Il y en a eu qui 6taient
s6rieusement convaincus que le com-
ble de la finesse et de 1'habilet6 con-
sistait a ne jamais 6mettre, dans le
Conseil, d'avis contraire a celui du
Chef de I'Etat, mais a tout mettre en
oeuvre, une fois hors de sa presence,
pour le d6cr6diter et rejeter sur lui
l'odieux ou la responsabilite d'actes
que souvent ils avaient revetus de leur
propre signature!







25 -

Je n'ai pas trac6 le tableau qui pr6-
cede,' sans sentir tout mon Atre fr6mir
d'indignation centre ceux-lh qui ont
6t6 assez malheureuix pour se laisser
guider par de tels sentiments de la-
chet6 et d'6goisme. 6troit. Combien
j'aurais voulu, pour mon pays, cacher
h tous les yeux 1'indignit6 d'hommes
qui ont eu l'insigne honneur d'etre
charges de ses int6rets! Mais, lors-
qu'un.mal existe, ce n'est pas en le
niant qu'on parvient h le d6truire; et
il y a certaines places qu'on ne peut
gu6rir qu'en les mettant a nu pour les
cauteriser. II imported done que ceux
h qui de pareils examples paraitraient
teritants sachent bien que dans les
pays of la morality n'est pas un vain
3







- 26 -


mot, et oi 1'opinion publique est re-
cherch6e et respect6e, 1'on ne peut
6prouver que du m6pris pour les indi-
vidus qui pr6f6rent la honte h 1'hon-
neur; pour les individus qui, places
entire les vulgaires jouissances du pou-
voir et leur conscience, sont capable
d'h6siter sur la resolution a prendre;
pour les individus qui ne craignent
pas de sacrifier l'int6ret de la Patrie a
de mis6rables satisfactions d'ambition
personnelle! Leur memoire sera a ja-
mais fletrie. Et l'on doit meme d6sirer
qu'il en soit ainsi; car il est impos-
sible d'admettre qu'il peut Otre permis
de transiger avec le devoir.
Cependant, quelques-uns de ceux
qui garderont pour toujours un stig-







- 27 -


mate deshonorant ont W6t, jusqu'a un
certain point, victims des circonstan-
ces. L'6tat de choses qui dure encore
ne permet gu6re a un Secr6taire d'Etat
d'avoir l'autorit6 n6cessaire pour pou-
voir imposer ses id6es. Le Pr6sident
d'Haiti a sur lui un empire trop absolu
et un pouvoir par trop discretionnaire.
I1 nomme et il r6voque, selon son bon
plaisir; et le plus souvent les disgra-
cies n'ont pas les moyens de se d6fen-
dre, ni d'l1ever des plaintes m6me dis-
cretes. Le Chef du Pouvoir Ex6cutif
peut, quand cela lui plait, paralyser,
annuler les efforts de ceux qui 1'im-
portunent par l'exposition de vues qui
ne sont pas siennes. Il y a des exem-
ples de d6put6s qui, ayant fait une op-







- 28 -


position genante, ont Wt6 moralement
an6antis en tres peu de temps. L'op-
posant 6tait nommn Secr6taire d'REtat;
en acceptant, il cessait immediate-
ment de faire parties de la Chambre.
Vingt-quatre heuresapres, il 6tait rvo'-
qu6 ou oblige de donner sa d6mission.
Et bonsoir! le tour est jou6 : ce n'est
pas plus difficile que cela. Et le ridi-.
cule, 1'implacable ridicule qui s'atta-
che toujours a ceux qui, s'6tant laiss6
berner, n'ont pas su mettre les rieurs
de leur c6t6, achieve parfois de tuer
1'homme aussi brusquement rendu
ses occupations priv6es.
Aussi, le deput6 qui a acquis un
peu d'influence sur ses colleagues et
qui sait qu'il n'est pas persona grata,
'








- 29 -


ne se soucie nullement de devenir
Secr6taire d'Etat s'il tient a conser-
ver sa position. II se content de diri-
ger la Chambre qui, sous son impul-
sion, fait h 1'Ex6cutif une guerre
sourde, mesquine, manifesto son hos-
tilit6 par tous les moyens don't elle
peut disposer. A-une epoque recente
oft 1'on 6tait en pleine parodie du
regime parlementaire, on a vu une de
ces Assembl6es infliger aux ministres
votes de non-conflance sur votes de
non-conflance, les d6clarer anti-pa-
triotes et refuser toute commurica-
tion avec eux, sans oser toutefdis les
mettre en accusation. Et les chefs de
cette opposition qui, h tort ou a droit,
doutaient de la'sympathie du Pr6si-
S, z 3.








- 30 -


dent d'Haiti, s'obstinaient a ne pas
accepter les portefeuilles que, de son
c6te, celui-ci leur offrait avec un &gal
aheurtement apr6s chaque vote hu-
miliant emis contre ses ministres.
C'6tait le d6soridre, l'anarchie, et ja-
mais plus beau gAchis ne s'6tait vu.
L'on ne peut se faire une id6e de ce
qu'il a 6t6 prononce de discours, de
phrases pompeuses pendant cette pe-
riode. Et finalement, la situation s'est
liquidee a coups de fusil.
C'est comique et burlesque. L'on
serait tent6 d'en rire si ces pasqui-
nades n'aboutissaient a des drames
terrible : a la guerre civil qui arme
freres contre freres, fils contre p6res;
a la guerre civil, la plus horrible, la








- 31 --


plus effroyable des calamit6s qui peu-
vent s'abattre' sur un pays. Que de
sang precieux repandu! Que de for-
tunes priv6es d6truites Et pour quels
resultats ? Le plus souvent pour enri-
chir quelques habiles et leur fournir
l'occasion de satisfaire une ambition
d6mesur6e. Al! mes fr6res, il est
temps, plus que temps de nous arr6ter
dans cette voie funeste qui ne peut
avoir d'autre issue que la perte de
notre autonomie. Ne confirmons pas,
par une conduit insens6e, 1'opinion
gen6ralement r6pandue que les n6gres
sont incapables de se gouverner. Haiti
a une mission sacree; ceux qui peu-
vent l'oublier sont coupables et crimi-
nels. Nous avons h rdhabiliter toute la








- 32 -


Race Noire qui a kt6 trop longtemps
calomni6e, vilipendee. Pensons done
a nos devoirs envers Elle et no nous
exposons pas a ses reproches.
Aussi bien, j'estime que nous ne
devons rien n6gliger pour essayer de
substituerdes luttes pacifiques,16gales,
aux prises d'armes, aux violence aux-
quelles nous nous laissons entrainer
trop facilement. Et la reforme que je
prends la liberty de proposer me parait
devoir contribuer a nous faire attein-
dre ce but si desirable. L'Assemblee
national, en consentant a reviser les
articles 56 et 64 de maniere a permet-'
tre qu'un citoyen puisse 6tre -i ]a fois
Secr6taire d'lEtat et deput6 ou s6na-
teur, fera certainement disparaitre une







- 33 -


cause de troubles et d'agitations, et
accomplira ainsi un progres don't les
consequences sont incalculables.
D'une part, le President d'Haiti r6-
flNchira avant de revoquer ou de ren-
voyer brutalement un home qui
pourra de suite retourner A la Chambre
ou au Sinat defendre des idles, des
measures qu'il n'aurait pu faire pr6va-
loir au Conseil.
D'autre part, un chef d'opposition
ne pourra plus se retrancher derriere
les craintes que lui inspirerait 1'anti-
pathie, le ressentiment, 1'inimiti6
meme du President pour refuser le
pouvoir qui lui serait offert. On arri-
verait peut-6tre a faire cesser ou a d6-
courager ces opposition que les An-







- 34


glais qualifient de factieuses, et qui
consistent a critiquer un haut fone-
tionnaire sans dire ce que Pon ferait
soi-m6me si Pon avait I'honneur d'oc-
cuper sa place.
Des patriots sinceres pourraient
pourtant objecter qu'une telle reforme
exciterait au plus haut point l'ambi-
tion des d6put6s et des senateurs, et
provoquerait mille intrigues, toutes
sortes de convoitises. Mais il me sera
facile de faire observer que le mal
existe ddjh et sevit avec intensity ;
nous en ressentons tous les inconv6-
nients sans en avoir les advantages. Ce
n'est, en effet, un secret pour per-
sonne que certain d6putes et s6na-
teurs ne s'inspirent pas tonjours des







- 35 -


seuls interets du people. L'espoir
d'obtenir un portefeuille ne laisse pas
parfois que de les preoccuper vive-
ment, et il serait sans doute t6m6raire
d'affirmer qu'il ne determine pas sou-
vent leur ligne de conduite. Que de
flatteries prodiguees au Chef de l'Etat,
que de complaisances, que de lois
votees avee empressement et sans
examen s6rieux dans le seul but d'at-
tirer sur soi 1'attention du Pr6sident
de la R6publique et de se faire placer
ainsi a la tote d'un department minis-
teriel I La revision des articles 56 et
64, dans le sens precedemment indi-
qu6, loin d'aggraver cet 6tat de choses
regrettable permettra, au contraire,
sinon de le faire disparaitre, au moins







36 -

d'en tirer le meilleur parti possible.
Et les fruits que la measure est desti-
nee a produire sont d'ailleurs de na-
ture a compenser, selon moi, les dG-
sagr6ments qui pourraient en r6sulter,


















V


Une bonne loi sur la responsabilite des Secr6taires
d'Etat. Privileges generaux et hypotheque 16-
gale.



Cependant, apres avoir garanti l'in-
dependance du Secr6taire d'Etat en
supprimant une incompatibility don't
le danger est, je crois, d6montre, il
imported aussi de sauvegarder les int6-
rots du pays. Et la responsabilite d'un
4







- 38 -


* fonctionnaire 6tant en raison directed
de la liberty d'action qui lui est lais-
see, MM. les Secr6taires d'tEtat devront
desormais avoir des devoirs plus imp6-
rieux et des obligations certainement
plus grandes. Ils ne pourront plus
traiter les affairs h la l6g6re et dans
cet esprit de camaraderie qui leur a
d6jh fait fire tant de concessions ma-
ladroites et inconsid&rees. El s'ils
pouvaient 6tre tents de no pas pren-
dre leur r6le au serieux, il faudrait
pouvoir les rappeler au sentiment de
leur dignity et a l'accomplissement
de leur devoir. Une bonne loi sur la
responsabilit6 des Secr6taires d'Etat
devient, par consequent, indispen-
sable : cc qui conduirait a complete








- 39 -


les articles 49 (1) et 129 (2) de la Con-
stitution.
Autant que ma m6moire est exacte,
il me semble qu'une loi relative h la
responsabilit6 des fonctionnaires avait
Wth votee vers 1870. Je ne 1'ai pas sous
la main; je ne me rappelle done pas
bien si elle s'etend aux Secr4taires
d'Etat.


(1) Art. 49. La liberty individuelle est formelle-
ment attache a toutes fonctions publiques.
Une loi riglera le mode h suivre dans le cas de
poursuites contre les fonctionnaires publics pour
fait de leur administration.
(2) Art. 129, Les Secr6taires d'Etat sont respec-
tivement responsables tant des actes du president
qu'ils contresignent, que de ceux de leur departe-
ment; ainsi que de l'inexecution des lois; en au-
cun eas, l'ordre verbal ou 6crit du President ne
peut soustraire un Secretaire d'Etat i5 la responsa-
bilitR.







- 40 -


Quoi qu'il en puisse 6tre, il est ex-
tr6mement urgent et de la dernikre
importance que 1'Etat ait privileges
g6n6raux et hypoth6que 16gale sur
tous les biens, mobiliers ou immobi-
liers, tant presents que futurs, des
Secr6taires d'Etat : ce qui serait d'ail-
leurs conforme h l'esprit des arti-
cles 1865, 1888 du Code civil, don't on
pourrait au besoin 6tendre le texte.
Et, pour plus de garantie, il ne serait
pas mauvais que h'hypotheque de l'Etat
prit rang meme avant celle des fem-
mes marines et des mineurs. Il est inu-
tile d'ajouter que tout citoyen, don't
les int6rets seraient gravement 16ses
par une decision minist6rielle, pour-
rait aussi, au meme titre que I'Etat et







- 41 -


dans les d61ais pr6vus pour la pres-
cription des actions civiles, exercer
son recours contre le ministry res-
ponsable, les biens de chaque Secr&-
taire d'Itat r6pondant de la bonne ges-
tion des affaires publiques.
J'entends dbji des sceptiques pr6-
dire qu'une telle loi pourra bien 6tre
vote, mais ne sera jamais executee,
D'abord il me sera permis de leur de-
mander ce qu'ils en savent; et ensuite
il suffit qu'un droit existe. 11 sera ou
non exerce selon la convenance des
interesses; l'essentiel est que ceux-ci
ne soient pas d6sarmes.
















VI


La revision de Particle 56 entraine cello de l'ar-
ticle 125. Plus de difference entire 1'5ige requis
pour etre Mlu d6putd .et celui exig6 pour Atre
nomm6 Secr6taire d'Etat. Le d6put6 est le
contr6leur du Secr6taire d'Etat.


La revision de Particle 56 de la Con-
stitution entraine aussi, comme conse-
quence force, celle de 1'article 125 (1),
don't le context cadrerait mal avec


(1) Art. 125. Nul ne peut Atre seeretaire d'Etat
s'il n'est Ag6 de trente ans accomplish, et s'il ne
jouit de ses droits civils et politiques et s'il n'est
propiritaire d'immeuble en Haiti,







- 43 -


1'article 52 (1). On d6truirait toute har-
monie, en 6tablissant ou en laissant
subsister la moindre difference entire
1'Age requis pour etre 61u d6put6 et
celui exig6 pour 6tre nomm6 Secr6taire
d'Etat. Des qu'on peut faire parties de
la Chambre a vingt-cinq ans, il n'y a
aucun motif serieux qui s'oppose h ce
qu'on soit, a la meme 6poque, chef
d'un d6partement minist6riel.
Le d6put6 est le contrgleur du Secr6-
taire d'Etat; s'il ne le devient pas effec-
tivement, e'est qu'il connait mal ses

(1) Art. 52. Pour 6tre elu repr6sentant du people
il faut :
1o Etre fig6 de vingt-cinq ans accomplish;
2 Jouir des droits civils et politiques;
3 ftre proprietaire d'immeuble en Haiti, ou
exercer une industries quelconque.







- 44 -


devoirs ou d6daigne de les remplir.
Mais, en cette quality, il est cens6 avoir
plus d'exp6rience, plus de connaissan-
ces que celui qu'il est appel6 h contr6-
ler. D'ailleurs, quand on pense a toutes
les qualit6s s6rieuses que doit r6unir
un bon 16gislateur, a la diversity d'6-
tudes qu'il a du faire, h cause meme
de la multiplicity des questions don't il
doit connaitre, il est permis de se de-
mander quelle est la plus important et
la plus delicate des deux functions.
Comment! celui qui m6dite la loi,
celui don't les decisions sont reput6es
expression mmre de la volont6 natio-
nale et, A ce titre, obligatoires pour
tous, celui-lh ne pourrait pas devenir
Secr6taire d'Etat, parce que son Age







- 45 -


n'inspirerait pas assez de confiance!
Quelle antinomie! Quelle inconse-
quence, pourrait-on aussi ajouter!
Pourtant 1'on se trouve enferm6
dans un inevitable dilemme don't il
est difficile de se tirer. En effet, ou bien
a vingt-cinq ans on n'a pas la maturity
d'esprit n6cessaire pour s'occuper et
Wtre charge des affaires publiques, et,
en ce cas, il n'y a aucune raison pour
qu'on puisse Wtre plut6t d6put6 que
Secr6taire d'Etat; ou bien h cet Age l'on
a acquis une assez grande connaissance
de la vie, des choses et des hommes,
pour pouvoir servir utilement son
pays, et alors on peut etre aussi bien
membre de la Chambre que ministry
d'Etat, celui-ci devant surtout appli-







46 -

quer, executer les volont6s de celui-lh.
A moins done de vouloir continue
une contradiction choquante, l'Assem-
blWe national ne peut manquer de re-
toucher l'article 125, de manikre h
l'harmonier avec l'article 52.
















NMcessit6 de modifier 1'artiele 79 et d'enlever a la
Chambre le droit de proposer des augmentations
de depenses. Le budget est une chose s&-
rieuse. En votant des d6penses sans recettes
correspondantes, la Chambre institute le deficit
perpetuel : tristes consequences de ce procede.
Parlement anglais. Opinion de M. Paul
Leroy-Beaulieu.


L'Assembl6e national ne peut non
plus ne pas accorder toute son atten-
tion a une autre r6forme destine,
selon moi, A 6tablir definitivement et
h compl6ter la responsabilit6 des Secr&-
taires d'Etat. L'initiative laiss6e a la
Chambre des communes en matiere







- 48 -


budg6taire ne peut 6tre, il me semble,
aussi absolue que par le pass : d'oft
la n6cessitO de modifier l'article 79 (1).
A mon avis, les efforts qui seront
tents pour introduire un peu d'ordre
dans nos finances ne produiront aucun
resultat pratique tout le temps que
les d6putes pourront, h leur aise, pro-
poser et faire agrber des augmenta-
tions de d6penses. Le budget est une
chose s6rieuse h laquelle il ne devrait


(1) Art. 79. Le pouvoir 16gislatif fait des lois sur
tous les objets d'int6rkt public.
L'initiative appartient A chacune des deux Cham-
bres et au pouvoir ex6cutif. N6anmoins, les lois bud-
g6taires, celles concernant l'assiette, la quotit6 et le
mode de perception des impots et contributions,
celles ayant pour objet de cr6er des recettes ou
d'augmenter les d6penses de l'Etat, doivent ,tre
d'abord votees par la Chambre des communes.







- 49 -


6tre permis de toucher qu'avec des
managements infinis. Sa preparation
exige des soins, une application sou-
tenue et un travail don't on ne semble
pas se rendre un compete bien exact;
et on ne l'Nquilibre pas toujours sans
peine.
Eh bien, lorsqu'un ministry des
finances, responsible de ses actes,
vient presenter un budget qu'il est
enfin arrive h 6tablir, je demand s'il
est sage d'en d6ranger l'6conomie par
des votes de depenses non urgentes.
MM. les Deputes comprendront eux-
m6mes qu'ils contribuent au desordre,
en abusant d'un droit, selon moi,
dangereux. Quelle 6mulation, que de
discours lorsqu'il s'agit de livrer assault







- 50 -


au budget! Celui-ci demand un gou-
pillon pour son cur6 ; celui-l1 une
croix; 1'autre une cloche pour l'6glise
de sa commune. Et les credits succ6-
dent aux credits ; et les votes de pleu-
voir On ne compete plus; le robinet
une fois ouvert, chacun s'efforce d'ob-
tenir une petite some don't il se
pr6vaudra pros de ses Mlecteurs. Mais,
apres, que reste-t-il du budget pr6-
sent6 par l'Executif ? Est-ce qu'un
homme d'Etat qui se respect devrait
proposer un seul surcroit de charges
sansprocurer les moyens d'y faire face:
d6pense et recette correspondante sont
en correlation tellement 6troite qu'il
n'est guere permis de penser h l'une
sans songer h 1'autre,







- 51 -


En votant done des accroissements
de d6penses sans se preoccuper de
trouver les dotations necessaires pour
les acquitter, la Chambre institute le
deficit perp6tuel et cr6e un veritable
regime de fantaisie. Elle oblige le Se-
cr6taire d'Etat h faire le triage des
d6penses ordonn6es et habitue ainsi
ce fonctionnaire h ne pas tenir compete
de toutes ses decisions. Elle donne lieu
h un arbitraire inoul, en mettant les
cr6anciers l6gitimes h la merci du mi-
nistre qui peut de la sorte favoriser
qui lui plait. Elle sacrifice les malheu-
reux employs h certain porteurs de
bons peu int6ressants que le Secr6taire
d'Etat paie de pr6f6rence et pour des
motifs qui ne sont pas toujours fon-










des sur un d6sint6ressement absolu.
Par patriotism, au nom des int6rets
les plus sacr6s de la nation, la Cham-
bre des d6putes doit done laisser a
1'Executif seul la faculty de proposer
des augmentations de d6penses. Elle
pourra r6duire, tant qu'elle voudra,
les budgets qui lui sont soumis, pour-
vu, toutefois, qu'elle ne porte par
cette voie aucune atteinte aux services
organiques : restriction d'ailleurs con-
forme a l'esprit de 1'article 173 (1),
2e alin6a.

(1) Art. 173, 2%. Toutefois, aucune proposition,
aucun amendment ne pourra ktre introduit h l'oc-
casion du budget dans le but de reduire ou d'aug-
menter les appointments des fonctionnaires pu-
blics et ]a solde des militaires, djft fixees par des
lois speciales,


- 52 -







- 53 -


Si !'on m'accusait de vouloir res-
treindre les prerogatives de la Cham-
bre, je pourrais faire remarquer que le
Parlement anglais, don't P'autorit6 est
grande et qui (( peut tout, except
changer un homme en femme ), n'a
pourtant pas le droit d'augmenter d'un
penny les charges du Royaume-Uni.
La Couronne seule peut proposer des
accroissements de d6penses. Et, selon
moi, les d6put6s haitiens peuvent,
sans d6roger ni s'abaisser, imiter
l'exemple de la Chambre basse d'An-
gleterre.
A l'appui de mon opinion, je pren-
drai la liberty de citer quelques passages
de M. Paul Leroy-Beaulieu ( C Science
des Finances ), passim) :







- 54 -


(< Chose curieuse : d'apres la Consti-
a tution anglaise les pouvoirs de la
a Chambre des communes sont plus
< r6duits en matiere financiere qu'en
a toute autre, et, au lieu de chercher
pratiquement h l.es ktendre, il semble
a qu'elle se pr6occupe de les restrein-
c dre. La Chambre des comrmunes peut
a tout proposer dans les questions po-
litiques, sauf une augmentation de
C depenses ou un accroissement d'im-
p6t. Les raisons de cette remarquable
K interdiction sont doubles ; d'une
a part, nous l'avons dit, le respect de
< la responsabilit6 ministerielle : com-
( ment un ministry des finances
cc serait-il reellement et moralement
a responsible de la direction finan-







- 55 -


c d6penses qu'il trouve inopportunes,
a superflues ou excessive ? L'autre
c raison de cette interdiction, c'est
cc que 1'on a 'pens6 avec beaucoup de
a sagesse que les Chambres examinent
c et concoivent plus nettement le ca-
<( ractere d'une d6pense que le chiffre
meme auquel elle doit s'elever. .
c Ce serait un grand progres que
a d'introduire en France la legislation
c anglaise qui ne reconnait pas aux
c membres du Parlement le droit de
c proposer des augmentations de cr6-
c dits . . . . .
a Le droit de proposer des augmen-
cc stations de credits devrait 6tre enlev6
cc 1'initiative parlementaire ; ce droit







56 -

< est exorbitant et de nature h trouble
C administration. Le pouvoir ex6cutif
a seul est bien plac6 pour voir ce qui
c est utile et possible dans la situation
a du pays. ))














VIII


Raisons pour lesquelles 1'article 126 doit ktre mo-
difi. [- Beaucoup de ministres et pas de minis-
tkre. Cabinet hybride et dissidences fAcheuses.
Nkcessit6 d'instituer la presidence du Con-
seil.


Apres l'application de ce remade
6nergique, l'Assembl6e national ne
manquera pas de s'occuper d'un autre
progr6s h realiser : progres don't le
germe est d'ailleurs contenu dans Par-
ticle 126 (1).

* (1) Art. 126. -Les Secretaires d'Etat se forment
en conseil, sous la presidence du President d'Ha'ti
ou de I'un d'eux deleguO par le President,







- 58 -


Je disais prec6demment qu'il y a
eu beaucoup de ministres et jamais
de ministere. Aux reflexions que cet
6tat de choses m'a dejh suggerees, je
pourrais ajouter quelques arguments
fournis par la timide r6daction de
1'article 126. Un ministere suppose,
en effet, un assemblage d'hommes
ayant un ensemble de vues, un but
commun h atteindre par des moyens
d6termin6s d'avance et sur l'applica-
tion desquels 1'accord est parfait, un
programme, enfin, concerto, debattu,
accept et a l'execution duquel l'on
s'est engag6 h sacrifier au besoin
meme ses sentiments personnel. Je
crois une telle homog6n6it6 impos-
sible, si l'article 126 n'est pas modifi6.







- 59 -


Le President d'Haiti est le chef effec-
tif du cabinet. II r6unit parfois, dans
le meme Conseil, les hommes les
plus opposes, mais en qui il a con-
fiance. Souvent ces hommes ne se
connaissent pas, ne sont lies par
aucun interet commun, et n'ontjamais
6chang6 une seule idWe sur le manie-
ment des affaires publiques. Sur la
meme question, ils ont les opinions
les plus contradictoires. Ils arrivent
vite h se jalouser, a se d6fier les uns
des autres; et alors les int6rets du
pays sont sacrifice h de mesquines
rivalites d'influence, a de mis6rables
querelles of. 1'amour-propre froiss6
tient la plus grande place. II en re-
sulte des dissidences fAcheuses qu'en-







- 60 -


veniment des amis maladroits ou
interess6s. Et le Secr6taire d'lRtat qui,
par son instruction ou son ind6pen-
dance, a eu le malheur d'offusquer
ses collgues, les voit petit a petit se
grouper autour du Pr6sident d'Haiti
don't ils s'efforcent d'exciter la jalousie,
comme si un chef d'Etat n'6tait pas
d6jh assez ombrageux. La personnel
du President, A son insu sans doute,
finit par etre m6l6e h de petites intri-
gues don't chacun tache do tirer parti.
Les moeurs et les traditions natio-
hales exigent pourtant que le Chef de
1'Etat soit entour6 ''un prestige im-
mense; son autorit6, pour Wtre res-
pect6e, doit Wtre h 1'abri de toute
discussion; et il faut que sa personnel







61 -

puisse planer au-dessus des luttes,
sans qu'on .puisse jamais y porter la
moindre atteinte.
Le pouvoir ne peut 6tre d'ailleurs
fort qu'h la condition d'etre un; or,
comment obtenir un tel resultat avec
un cabinet compose d'616ments divers.
Pour qu'il y ait units, il imported que
la pr6sidence du Conseil soit d6finiti-
vement et franchement institute. II
faut que le Secr6taire d'Ettat, dW61gu6
par le Pr6sident d'Haiti, conform6ment
h l'article 126, soit d6sormais le chef
effectif du cabinet : il doit, par cons6-
quent, avoir sur ses colleagues un pou-
voir accept et reconnu. II est done
indispensable qu'il participe et con-
tribue h leur. nomination, d'accord
6 ,







62 -

avec le premier magistrate de la Repu-
blique. De la sorte, le cabinet aura
desormais un chef responsible pou-
vant, avec autorit6, parler en son
nom, et le President d'Haiti n'aura
plus besoin d'intervenir dans des d6-
bats ressortissant exclusivement a cer-
tains d6partements minist6riels.

















Suppression de Particle 135. La commune ap-
pelee a 6tre le point de depart de grandes trans-
formations. Organisation militaire. Ndces-
sit6 de la modifier. Transformation brusque
n'est pas a souhaiter. Politique du parti na-
tional. II doit conserver le pouvoir. Rddli-
sons le general Salomon. Entente et disci-
pline.


J'avais aussi 1'intention de m'occu-
per de quelques r6formes d'ordre
purement administratif et de jeter, h
ce sujet, un rapide coup d'ceil sur
organisation des divers d6partements
ministeriels. Mais le temps et les
616ments d'appreciation me manquent







- 64 -


pour le moment. Plus tard, je repren-
drai ce travail, s'il y a lieu.
En attendant, je ne peux m'emp6-
cher d'appeler attention sur l'ar-
ticle 135(1) et de demander qu'il soit
supprim6. Je ne vois, en effet, aucune
utility a ce que les magistrats com-
munaux soient r6tribu6s par l'Etat;
c'est imposer a ce dernier un surcroit
de charges, sans compensation 6qui-
valente. II serait peut-6tre plus sage,
s~trement plus 6conomique, de laisser
aux communes le soin de faire A leurs
magistrats tels avantages p6cuniaires
que n6cessiterait leur importance.
Si, en politique et pour tout ce qui

(1) Art. 135. Les magistrats communaux sont
rltribu6s par 1'Etat.







- 65 -


concern les int6rets g6n6raux, une
forte centralisation est n6cessaire, in-
dispensable, il n'en est pas moins vrai
que de sages liberties doivent 6tre
laissees aux Corps charges d'adminis-
trer les int6rets locaux et d'une nature
special. La commune me semble
appelee h Wtre la base et le point de
depart d'un nouvel ordre de choses.
On peut commencer par elle des essais
de transformation qu'on 6tendra petit
h petit; car, il ne faut pas se le dissi-
muler, ici la tAche est 6pineuse et il y
aurait folie h vouloir tout brusquer.
L'organisation toute militaire qui
r6git encore le pays, resultat de nos
guerres de l'Ind6pendance, avait Wt,
ktablie en vue surtout de la dGfense







- 66 -


du sol contre l'Ntranger. On avait, dans
le moment, tout sacrifi6 a cette idee;
et ce n'est certes pas moi qui en ferai
un crime aux guerriers sublimes qui
ont rempli leur mission en nous
l6guant une terre libre. C'est h leurs
descendants maintenant de ne pas
laisser p6ricliter ce legs pr6cieux et
d'apporter h leur muvre les perfection-
nements qu'exige le temps. II y a dan-
ger a pers6verer dans un systeme don't
les vices ne sont plus A demontrer,
quand tout se transform autour de
nous; un tel immobilisme empechera
tout progres s6rieux et peut avoir des
consequences graves. MM. les com-
mandants d'arrondissements, pour les-
quels on ne peut 6prouver que de la







- 67 -


sympathie et qui r6cemment viennent
de rendre de tres grands services,
comprendront eux-memes que l'in-
te'rt de la patrie veut qu'on ne con-
fonde pas des attributions distinctes
par leur nature et par leur caractere.
On peut 6tre, en effet, un excellent mi-
litaire, habile tacticien, manoeuvrier
accompli, et ignorer les notions les plus
616mentaires en matikre d'administra-
tion; de meme qu'un administrateur
parfait, possedant toute la science et
le tact desirables, peut ne pas savoir
comment s'y prendre non seulement
pour aligner une compagnie, mais
encore pour charger un fusil.
Une transformation brusque n'est
pourtant pas a souhaiter; elle boule-







- 68 -


verserait trop les habitudes nationals
et n'aurait pas de grandes chances de
duree. A mon point de vue, elle doit
6tre poursuivie lentement, mais avec
pers6v6rance et un invariable esprit de
suite, et accomplie par tapes succes-
sives. C'est meme par cette march
sage, c'est par ce mode de proc6der
prudent et mesur6 que le parti natio-
nal se distingue d'un autre parti in-
sens6 don't le pays a d'ailleurs fail
justice et qui croyait pouvoir, en vingt-
quatre heures, et a coups de decrets,
transformer le temperament d'un
people.
L'on peut commencer par 6tendre,
agrandir les attributions et la sphere
d'activith des magistrals communaux,







- 69 -


en pregnant soin, bien entendu, d'6ta-
blir fortement leur responsabilit6. Les
populations s'habitueraient ainsi h voir
un fonctionnaire civil administer
leurs affaires, s'occuper de leurs int6-
rats. Et lorsque les citoyens, rompus h
l'exercice des functions municipales,
seront assez nombreux et en measure
d'embrasser et de gerer des int6rets
d'une plus grande 6tendue, il sera fa-
cile de trouver des hommes a qui con-
fier la direction d'une agglomeration
de communes; et l'arrondissement
administratif sera cre6. A c6t6 de
1'autorit6 militaire sera alors plac6
un fonctionnaire civil exclusivement
charge de administration, responsa-
ble et comptable de sa gestion. Et il







- 70 -


restera au commandant de l'arrondis-
sement militaire un r6le important,
honorable : il aura d6sormais pour
mission de veiller sur la security de
ses concitoyens, d'assurer la paix, de
garantir l'ordre.
Mais, je ne saurais trop le rep6ter,
une telle reforme ne pourra s'op6rer
du jour au lendemain. II faut, pour y
arriver, une succession de gouverne-
ments ayant les memes vues et pour-
suivant la meme politique. Aussi le
parti national doit-il s'efforcer de con-
server le pouvoir; et, pour atteindre
ce but, il imported qu'il ne se laisse pas
diviser par de malheureuses et insi-
gnifiantes rivalit6s de personnel. R6b-
lisons M. le g6n6ral Salomon; par les







- 71 -


grands services qu'il a rendus au pays,
il a dignement m6rit6 cette recom-
pense qu'il y aurait meme ingratitude
a ne pas lui decerner. Et, le jour ou il
faudra lui donner un successeur, en-
tourons, soutenons celui qui pourra,
le mieux, obtenir la majority des suf-
frages. Qu'importe que l'61u se nomme
Pierre, Paul ou Jacques? L'essentiel,
c'est qu'il soit membre du part natio-
nal et d6cid6e appliquer nos id6es, a
satisfaire nos aspirations et h continue
1'euvre commencee. Souvenons-nous
des p6riodes de lutte oh nous mar-
chions tous la main dans la main, af-
frontant les memes dangers pour un
but commun, et qu'il ne soit pas dit
que, unis pendant le combat, nous ne







- 72 -


savons plus nous entendre apr6s le
triomphe! Non, la victoire ne sera pas
pour nous une cause de d6sagr6gation;
et nous prouverons que nous pouvons
en profiter et surtout l'utiliser pour le
plus grand bien de la patrie. Que notre
mot d'ordre soit done d6sormais : En-
tente et discipline.


Paris, 17 mai 1885.


FIN