Considerations sur l'état présent de la colonie français de Saint-Domingue, by H.D., 2 vols., Paris, 1776. (BCL=WW.M..Et...

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Title:
Considerations sur l'état présent de la colonie français de Saint-Domingue, by H.D., 2 vols., Paris, 1776. (BCL=WW.M..Eth.Col.Cat. #577)
Physical Description:
Mixed Material
Publisher:
Paris, Grangé, 1876-77

Notes

General Note:
4-tr-Hilliard
General Note:
(UMI=FL8 H2.9 H654c 1776)

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
ILLMC
Rights Management:
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Resource Identifier:
LLMC31679
System ID:
AA00000972:00001


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CONSIDERATIONS
SUR L 'TA4T PRASSNT
DE LA COLONIE FRANAISEl
DE SAINT-IDOMINGUE.







CONSIDERATIONS
SUR L'TAT PRtSENT

DE LA COLONIE FRAN(AISE
DE SAINT-DOMINGUE.
DUVRAGE POLITIQUE ETILEGISLATIF4
Prifent= au Minifire de l Marine,
Par M. H. D.e
TOME SECOND




^^ ^,---^



A PARIS,
Chez GR A NGEo, Imprimeur- Libraire, rue de la
Parcheminerie; & au Cabinet-Litteraire,
Pont Notie Dame.

M. DC C. LXXV II.
Avfc Approbation & Priviligc du Roi









APPROBATION.
JA lu par ordre deMonfeigneur leGarde des Sceaux,
in Mahufcrit iptitu : Conflderaions fur l'dat prifent
de la Colonie Frapfaife de Saint Dotmingue, & je n'y
ai rien trouv& qui m'ait parm devoir en empecher
imtnpreffibn. A Patis ce 29 Mai 1776.
S COQUELEY DE CHAUSSEPIERRE

PR _VXJBQE DU ROL
Lo U IS PkL tA GcAE DE DIEU Rol DE F.RANC
ET DE NAVAiliE, A hos am&s & fiaux Confeillers,
les Gepis ztnas nos Couirs de Parlement, Maitres des
Rquiec s rdinaire ide hotre H6tel, Grand Confeil,
Pr6vot de a1ti3, Bailfi, Sinkchaux, leurs Lieutenans
Civil-, & a eutrs nos Jaihtiers qu'il appartiendra: SALUT.
Notfreami 1e 0ieur I0AtUrT, pere, Imprimeur, Nous
a fait eXpofer qu'il deleroit fair imprimer & donner
an PUblic un Ouvrage inttuoli : Confid6rations fur l&at
prifent dt la Colonie 'Prancaife de Saint Domingute
par M, s'ii Nous plaifoit lIi accorded
nos Lettres de Privilige pour cc niceffaires. A CES CAU-
*SES, voulant favorablement traitor l'Expofant, nous lui
avons permis & permettons par ces prifentes, de fire im.
primer ledit outrage autant de fois que bon lfi femblera,
& de le vesdre fair viendre & dcbiter par-tout notre Royaul
me, pendant le terns de fix annies confkcutives, a computer
du jou. de la date des Prefenses. FArSOrS d6fenfes a
ious Itqprimeurs, Libraires & autres perfonnes, de
quelquc quality & con4tion qulelles foient, d'en in-.
troduire tdimpreflion 6trangere dans aticun lieu de notre
obeiffancc: comme auffi d'imprimer, oufaire imprimer,
tendre, faiie vehdri, ddbiter, ni contrefaire ledit ou-
trage, hi3 d'en faire aucun extraits fous quelque pre-
texte ue ce puffe t&e, fatss Ia permiffion expre.e &
par ecrit t'fdit EkbfCnt, ou de ceex quimuront droit de
j|u, a e e eonfifcadon des Exemplaires conrrefaitr,
de tis blOvs d'menedb centre ir' in des contre-
veans ; doht on tiers & Nonus un tiers a l'H6tel-Dieu
e PNi'is '& toatri tiers audn Expofant, ou I clui qui
aura drolt de tii, & de tods 'ldpes, daitnsagv & int&








Ats; A A CARGe que ces PrfenOes feroat enrcgi t -
tout-an long fur le Regiftre de la'Communaut6 des Impri-
necurs & Libraires de Paris, dans trois mois de la date d'i-
celles; que rimpreflion dudit ouvrle fera fairt dans notre
Royaume & non ailleurs, en bon papiter & beaux caradcres,'
conform6ment aun R6glemensde ja Librairie & notam-
ment a celui dudix Avril milfept cent viogt-cinq, a pene
de dechkance du pr~fcnt Privilige4 qu'Avat, de Pcxppe,
en vence, lc manufcric qui aura fervi de copie il'impr!fioon
dudit outrage, fera remis dars 1i meme ctat on I'appro-
lWation y auria Ittdonie its aftr de notrtvswher w
ffal Chevalier Garde des 4SeaAx de france, le ficur iuE
DE MIROMENIL; quail en feran euite temis de&u Eiem-
plaires dans. note Bibliotheque.publique un&dans celre
ce note. Chateau du Louvre .uh. dans cce!'a de 'Pore
tris-cher & fial Chevalier & Chancelier de Fraice ,e ient
DE M AU P EQU, & u. & ins cell Audit cur 1UE DI
MIKOMENIL, le tout a peine de nullit& d'epr4t'nres:
DU CONTTENU defquelles rous.MANDONS. enpijnoins
de fire jouir .edit Expofant, & fe$ ayan ciLifes; prei.
xcment & paifiblement, fans fouffrir qu'il tur t oi faic
aucon trouble ou empchLiement. VOULONS eUC la copice
des Prfentes qui fera imprime tout au long ,au, Comr
miencement on a la fin de cet ouvrage, foit. tinue pou-
4duement fignifie & qu'aux copies collationones par
run de nos ams & fMaux Confeillers Secretires ,foi
foit ajourt commei original. COMMAN DONS au premier
sonre Huif ro Sergent. r cc requis, dc fair pour plexz-
.ation d'icelles, tous a&es requis & n&ceffaircs, fans de-
mander antre permiflion, & nonobftant clameur die arob
charge normande, & lettres a cc contraires : Car rel eft
notre plaifr. Donni i Paris, le dix-neuvieme jour dai
mois de Juin, I'an de grace mil fept cent foixante-feize,
&dc notreRegne Ic troilieme. Par le Roi en fon Confeit
LE BEGUI'E.
Regifkrfir le Regifire XX. de la Chambre Aoyate I
Syndicate des Libraires & Imprimeurs de Paris, Ni. 7 730
folio z94a conformiment au R/glement de z7a.3.
A Paris, ce Septembre z76. LAMBERT, Adjoint.
JE foufifnj, reconnais que le privilege obtenu en mon nom i1 s
Chancellene, le r9 du present mois, pour un Ouvrage intituld t
Confirfations fir 'itat pr efen de la Colone Franja f de S.Dom irwe,
AppartientiM. **, & que je n'y prieends rie, en foi dc quo i'4a
ngd le prI n. A Paris, cA 2ojuin1776. PRAVLT, pcre










TABLE

DES DISCOURS DE LA IIP PARTIES.

Da Gouvernement de la Colonic Franjaire
e' d S. Domingue.

DISCOURSE PRtLIMINAIRE. page
LIVRE PREMIER.
,-A
Des Moeurs.
DI s C. I.er Du climate de S. Domingue ex
luii-m'mne & dans fon rapport avec les
maurs. 19
D Is c. I I. De la Population. 49
. D z sc. III. Des Afranchis. 72
DIs c. IV. Du luxe. 97

LIVRE SECOND.
Du Gouvernement nilitaire.
D s c. I." Des Commandans 6 des ttats$
majors. i 14
D i s c. I I. De l'Vtat militaire; 139
DI c, II, De. Milices.,. ix
D 1 s c. I V. De la Guerre. z67
i ,* il








LIVRE TROISIEME. -
De l'Adminiftration civilk,
D I s C. I.er Des impdts. 193
DIs c. I I. Du foin 4d la Juiice, des Gens
de loi & de la Magiflrature fouveraine. 1.23
Di s c. I I I. De la P.lie ginedtle. 66
D I s c. I V. Du paiemewt des dettes. z.86
LIVRE QUATRIEME.
De la Lgiflation .
D i sc. I.e' Des Ordonnances du Roi, & des
reglemens particuliers a la Colonie. 310
D I s c. I I. Extrait des Ioix du Prince e-r
infuffifanc ; ce C ue t on pu i frer du
Droit remain. 1 326
DI, s c. I I I. 'aggrandwfemrne d'afa.Colp;te
amene nectjfairueont ua ch4i ymtp( 4ans
fes Loix. 3 49
Dis c. IV. De la formation des Loix. 360

Fi N de la Table.


CONSI DRATIONS








i .

_IV_ ., 4.. % -' 4 .- -. -;


CONSIDERATIONS
StTR L'TAT PRESENT

3DE LA COLONIE FRANAISE
DE SAINT-DOMINGUE.


SECOND PARTIES.
Di douvernemeht de la Colorie.


DISCO URS PRALIMINAIRE.

LE GOUVERNEMENT des Ifles Franqaifes
de J'Amirique, vicieux dans fon commen-
cement, n'a pu jufqu'i prcfcnt approcher
du degree de perfection neceffaire la fircti
publique & au bonheur des Particuliers. La
Colonies de Saint-Domingue ne s'etanrt cc-
Tome II. A







Dx D scou u s
vce que long-tems apris les Colonies des
Ifles duVent, femblait devoir ctre autrement
gouvern&e; mais les mauvais principles de
politique s'ftendent avec une rapidit& incon-
cevable, parce que Ics homes puiffans fe
croyent fouvent intireff6s h lcs accrcditcr,
L'adminiftration ctablie par les Compa-
gnics proprictalres des Ifles, ne valait rien;
&c malgre F'approbation que Louis X IV
"paraiffait y avoir donnec par fon Edit dc
1674 le miniftere s'eft cru oblige d'y fair
des changemens qui ne Font pas renduc
mecilkure.
Dbs les premiers moments de fon exif-
tencc, dell avait porter dans les Colonies l'in
certitude, le trouble & la confufion.
Les premiers Adminiftrateurs des Ifles
Ctaient appellis Capitaines generaux: leur
pouvoir etait, pour ainfi dire, fans bomrnes; ils
pouvaicnt commander aux Officiers, gens
de guerre & autres habitans, tout ce qu'ils
jugeraient utile pour le service d4 Roi, i/ta-
bliffement des Colonies, le bien & advantage d.
la Compagnie des Indes.







PR I MIN A t RE.
Le trop grand pouvoir de ces Capitaines
aurair dre moins dangcreux quc l'autorite
indefinie des chefs qui lecs rcmplacerent. Lc
Roi ayant nonimm, en 16 38, un Gouverneur-
LieutenantaGine'ral fur routes les Iflcs, don't
ies pouvoirs s'dtendeient a ciiler fur le com-
mTcc ,- & a fairre rcndte la Juftice; le foin
de la Jufitk & dI la Poli&e, nc taYda pas A
trre. riuni iau Gouvcrnem6irt des arms. Li
Compaguit tablit. dans chaqtic Ife tan Snd#
chal, qui` k 'imitation de I'ancienne former
du Gonverntment FranqaiS, retnpliffant la
premiere place-de Magitrature, noam ait
aux Charges & Emplois ni-itairces, & pt&-
fidait en caie-tems dari les Tribliaiax. e
Juftice. Les Jugcmcnl tt-iewt inltitulds ea
fon nom ,.& les Jg3 ordiaWires 6taient4p*.
pellk fes Lieutenans.; ori ne conimdrdit vas
que la trop grande autotite du Sinichal pou#
vait les force fouvent k comtnhettc des in-
juftices.
On etablit, en 1645, un Coofeil Souveraimr
daris chaquc Ifle ; mais.cc Confeils ialnt
compofes d'Officicrs de milice, 'a dofautdo4%
A :j







4 D scou s
Gradus, & Pr6fidis par un Commandant
militaire, ni la science, ni la liberty des opi-
nions ne pouvaient s'y introduire.
II etait impoffible que l'anarchic des Lieu-
tenans Generaux, des Sendchaux & Com-
mandans, ne mt pas le trouble dans les
miles. On vit, en .646, un Confeil de guerre
tabli 'a la Guadeloupe pour balancer I'au-
toriti du Confeil Souverain, & la Compa-
gnie des Indes, en blamant I'entreprife du*
Lieutenant Gendral ne prefcrivit des botnes
a l'autorite de cc Confeil de guerre, que pour
en maintenir'Ttabliffement.
Les reftrilions ne peuvent pas rendre bon
ce qui eft mauvais par fa nature ; en vain
on rogne les griffes d'un monftre fauvage,
iles- renaiffnt entbientt, & devicinemt d'au-
tant plus dangereufes qu'ellcs croiffent in-
fenfiblenment.
Lcs Confeils de Juftice & les Confeils de
guzrre, pr6fid's par les Gouverneurs & Com-
mandans, compof6s:prefqu'entierement des
Offitiers de milice, nc firent bient6t qH'un
mnme Confeil. .







PR I X 1 N Al RE.
administrationon des Ifles tait bodle-
verfie d6s 1663; les Efpagnols, ks Hollan-
-dais.. les Anglais, les Caraibcs mcme fc
privalaient die Ja faiblcffi d'un Gouverne-
ment livre- ces diffentions, k cette ddfu-
.nion dce corps cent fois pire que le defpo-
tifmie.
Croirait- on que le miniftere, perfivcrant
dans Ic. part de 1'erreur, nc trouvit d'autre
remedy que d'envoyer dans les Ifles un Gou-
verneur.Lieutenaxit G6niral, avec, Ic pouvoir
de fire. la guerre c la. pai:? Ce nmoyen dan-
gercux ne pouvait wavir. que do. mauvaifcs
ruiites. .
'inflaat eft enfin arrive. I1 fallait que eI
Gouvernement de la Colonic devtnt muni-
cipal ou tout-k-fait: nmiitaire, il n'y a plus
a choifir, & le Gouvernoment eft deformais
,iJitairc i f 'Pon ne veut pas econnaitre une
cremenrdsas laquelicen a-t~ i enttam~ par dc
-faux pr~jugds, par 1 :.de Scapmations frivo-
les, & .rvcnir aux priTwipes falutaires dc.la
feuleadminiftratiqnoqui convienne k des pei-
, pies agriultcurs. '
A iij







:6 D 's c o u s
-- II ft encore pofflible de prtventi pour la
fuiit lei d6fordres & klei malhctrs politT-
ques < quly jufqqti prfesit odt aligi"tlaGo-,
-lonic mnis le. terns ef.prcibut ,il :faurf (
h&ter de mctt;e i placO d' ntuin6vcnC-.
-n-w s"ioient parclac mm3, pno 1gilfhtion
fixed & indcpend4nte des volont's pWttkr--
"lieres. Tout d't dOuvage tehd t fliWi ffen-
tir les ocbjet .dek -cre A*giila ioQ cepen-
dainta t d ggetfWa>tntn.6r de4 stever
conste --qiot p.ut j-ditifucr I'infdrcte des
Qolons, Leufs infmfui d rtgoiedt oxt
eUtckur~y' pfontbwa flgt#4 r!6di.wqtie
c'eft fe divouer a la haine & ~ la pcrf6cution
.de vouloirkt :Irttqt s bluk ei c

Maipduorquoij 6lnatd it enrtiteiltbu
tif regne anondp 1eitt heutt p-
-uge tf Lamouf Savtergia n a gagt idoos

les cotnr j h:qg u)ta y fAV detptr6s
40 f gravT^ poariafil ler, pht prutitd

ATe pehmierc a iefrotrt a 4nottfe- detecorinalfd 4 c r
^e premier 42e de reconnilfRtua diQt U
i-' .'







P L I NA E.


fujet foit capable cnvers Ic ouvgrain, eft
fans dote d'ofrir a fa patrie. la Comc de
fon travail: ic rcmplis cc devoir,
Avant dcentrcr en matiere & de traiter du
Gouvernemcnt de la Colonic, it cit niccGF
fire dc dkfiiir ex4&ement cc qu'on appelle
en general Loix & Gouvernement, force
lgiflative, autoritc militaire.; c'eft le prin-
cipal objet dc cc Difcours preliminaire.,
A ohfervan, ~itiite dans le orps de 'oum
vzagc, Ics mouvcemens de ces efforts poli-
tiques; en. confldkrant leurs cffts, j"&crirai
fans fide c fans barl&fte (>.) ,e uj'ai vu,
cc que j'aurai pcnf&
Les Loix, & focus cc naom jentends fle
bonncs Loix, ont en g6cmal pour bafe
Ic droit nhattlc qui n'cft autre chofe dans.
Fita civil que Ic droit de proptiet & la
liberty de Pcexercer. Chacun cependant dans
la fociet6 facrific une portion de cette li,
berti pour 'oonkirve ke l eutei ar c'eft dans,

(I ) Sine ira nee Jfludipo quorumt caufts procqk


7







R


D I S co 0 U- S


la conservation de cc rfete pricieux que red
fide la Juffice.
La force eft aveugle :auffi ce quon ap*
pelle la force militaire, lorfqu'elle n'eft pas
clle-rmr me foumife aux 'Loix, dirigec pat
les Loix, inftitude enfin pour atfureri & main-
tenir l'autorite des Loix, -ne peut jamais
s'txercer quo pour les dt&rire -& quand fes
efforts edbanlent le monde, elle reduit aa
filenc la propriert-Cle-m'Erdc ,qui, commne
nous Iayomns dit, eft dans l'tt. ivi Ie prir
pice facr- 40 tous les droits ,.
L'idde deforce exclut-.abfolument lid4.
de Juftice (); & 1e'ruditioa des anciens por
inlquels &;1s tentative de quielqus Auteurs
lnIoder Wn'ont feryi qu'da domontrer de plus
on plus Q!i omnptibilt -d4 c.s idcs.k -
La forcot qu ifi I'onvcurt Petat militairem
Wna d'autres fopras quc rnmbition, qui veut
tut r4~ik, ou qup 'or.gaei .qU o cUt rice
ccd 4r ,dde f(mtblalle. ce.4Ccs n pcuvent c e

(1) On peut s'n fier-ecer gird Ila mairpq
4, LI Fpanipe;
Sraifon du plus fort eft coujours la nMcijqurct







SIR E LIMIN A IRE. 9
gendret quc de funeftcs effects: heureux fi, en
*caufant I'engourdiffemcnt des Loit, elics ne
preparaient pas I'oubli de leur fan&ion A
leur aneantiffement total I -
* Quelques Ecrivains que-la rouille de Iour
antiquity6 a rendu fans doute trop famcuc
( o), oit ceptndant cm qu'il itait pofflibe
d'allier la discipline militairc avcc las rigihs
-imprefcriptiblcs du droit & de la-Juftice;
mais quaaid on- tlit2 eurs ouvragcs,, on nrY
troaw;e aueunes pvduves, Aucunes 4d6ithf-
Strations 4e Icurs pritc" s.:principcs-foans
.ccffels vculent coinbttre la raifon air l'rau-
-torit' des examples, & de cc qu'iliy4'arcl
de terns en terms la a tte cdes Empires, des
homes injutes f6urbes & fcklerats, is

( i) Putehdorf, GtotiuV, &c. Ils onr ete, jue
titge, les-pr4 rcfurs dq Kasblvel mais cet home de
g6rnie au ieu d'prrer come eux dans un abime d'oh-
tr curits, de parler "la foii & fur le m&me ton, de.ton-
heat & 4e force, de violent W&i4de jiffice, &-de co'ncr-
lier JIs .ionciliwbles, appr i Souverains r'att d'tAe
barbarep avec mirhode, & pbufa de fon efprit .& 4d fa
raifoh -'potfr pe'rftiadr 'ai "peuipl' d'rre malheuredx
f(s"I mir, :d vilimne fans. oer fe plaindrt J







to Di S C 0 U s -S
concluent que l'injuffice, la fourberie & les
crimes, fnt cde l'cfcence des Govc~rnemens.
L'injuftice, difeat-ils, ft quclquefois necc
fair : cc qui ferait injuftc dans un pete dc
famille, ne 1'Y pasu ctoujrspoUu an Prince.
Ainfi!'injuftice devient ce droit de rhomme
puifant, 'anarchic qui eft le bouleverfe-
mennt de l'ordrefocial, eft, felon e,, un gouw
vernement vigouveuxi la tyrannic m & 'efcla-
vage combattant 1cempirc des: "oi c& des
vertus, forment 1- balance des pouvoirs ;
tufin 'les en croire Ia f irete dol'etat ferait
4ans i'infortnce des.pgrticulicrs;les 4risde a,
terreur, les plaintes ,Jes fupplices prouve-
raicnt uicux la puifftnce du Gouvernecntq
qup la voix paifibic du bonheor,.
Toaus s Ecrivai ns4 routes 41s Nations
de tous les terins, t Jm fou.niflnt des cita
tions, & leurs Livrcs ne pyfentent qu'unc
erudition au uflcfi a*afli deftruftivc de la
theories focialt, que rebutante & diplacic,
ceft le ramas difforme d'une infinit` de feuil-
les arrachees par larmf.aux dans les ar-
chives de tous les peuplcs & de tous is fir








les: r'hiftoire & les fables, Ics critures pro-
-fanes & facrecs, tout y eft mis contribu-
tion ; on n'y trouve pas unc itbwion plan-
ible,
La raifon s'clafre, mais kle erreurs poli.
tiques font cells qu'elle diftpe Ic plus len-
ntet t, parce que cc font les arreurs qu'un
plus grand mombrie d'hommes credit avoir
nititre de perpeter. Elles font profitrbles,
a; dit &u Auteu moderne, en cela rtim
q'tl!cs. front des erteurs : des v6risis du
.iram4 genre fixeraient tout, & ne laiftbrae t
fitia a-t cApricc, 'lniquitd; dlles o ptodui-
*raieiit rien t ces ignorans titres k ces an-
'bitictaruels, ces homes dangereux, qui
sie paaUIfent pulffins quie part qu"il-fnt
doigtd du Sbvefrioc w que Ia fevitaidc
' d&6ie t d n6 de nt en place.
- Dav t l s fbI *t& s mai conftitudes WcCatt
civil & 'itat ltaWr, font detix gridads
Pdi^giftyii Theu ttentfa iMcfe. '* '*
PDuns A. eoloyrie F7aihaife de Saint]D-.
Wiijokt,: fathft ivil comprend les i2gtf-
ls es J'ifebifcfbitih Ics honunes







2 D o Q U 's
pof6s pour fair ek6cuter les Loij civiles,
S-les Cudtivateurs & -ls Conmnerqans exempts
-de l1 milice. L'Vtat militaire embraffi, depuis
le rctabliffement des milices, toute la maffe
.du people ;il obit aux .Commaridans, aux
-Officiers Majors, qui ont a leurs. ordres des
CRgimens toujours prtts le force, cette
.ccctte obeiffance. La balance n'tant point
,gale, I'etat civil eft vex4 dans toutes lks
-.occafions.par l'Etat militaire, & dans Ie fait
celui-.ci conftituc k. Gouvernement. Cc
Gouyernemcnt :tant. violent par effence,
* neC vut pas qu'on: tN rufiftc, & tat civil
.n'; pas mrnmc la libcrt' des rcprefentations.
":irttequ'tl cleve une voix tremblante, on
l'accgfe d4 troubleJ da edition. .Alors tous
.k4;-toyqns murnmqra~n, alors plus 4e paix
intiricur;, & par confi-qunt plus de h*"
-dicffe dans les ,n gjifes, plus dc pcrfcve-
r.ane;c dans les, projects, plus dc fCoret per-
fonnelle, tout-fait criindre une cdlcadc&ge
.ppcharine; & s'il yaile la profpritx, 'cft
.un ipr9fp4iit forpic qu'on ne doit qu'_ la
xrichc < du foo, quii 4trangerc au Gouvcm-







PRtLIMINAIkLE. I1
nement en eft neceffairemcnt indipencante,
& fi le miniftere, rejettant lc d*firs des Co.-
Ions, continuait d'appefantir fur eux lc joug
militaire, il nc ferait quc hater la perte de
la Colonic.
Les malheurs qui accompagnent n&ceffai-
rement le Gouvernement'militaire, ont en-
tritn~ cell de totes les Colonies Franjai*
fes oh la nature a etc. moins prodigue dt
richeffes qu' Saint-Domningue. D- gags des
influences de ce Gouverneur ; quel hiroifime
patriotique ne trouveraitr-on Ras dans une
multitude d'habitais, qjii prefqie tous pcu-e
ventdire: c'eft moiqui ai difriche cette terre
que j'habite, & qui l'ai rendup fertile; c'efl
moi qui l'ai applanie,:qui 1'aL.tiric de .dcf
fous les caux; ce font mes travaux qui:at-r
tirent cc vaiffeau,dont je vais fairele char-,
gement; les fruit d mon terrein,yant feo
rcpandre dans les marches de .l'yivers, pour
me procurer, la jouiffance de. tout qc qu'il
pro4piti )tf
; .aip autant un.4 itoyea.librc eft paf-
fiegnd'amou, our la patri autant celui,


if







sq t is o it i
qui e t el'ave ef indifferent au bien pui i-c
11 eft fans talens & fans verus il ne peut
Mtme pAg mainttnirt Ing-tems les travaux
de l'agricultufce ce n'eft point 'a des nains
fervilesi qu'il appartient de feitilifier la
ttCri .
-L'attachettint ik ptoprit6s eft la foutce
dec paix & 4e lindaftkit, cet attachment
c m&cflfairement le plus grind poilible
pou les proprts lecs plus riches pofibles ;
il faut done quc ceux qui s'dloignent de cos
prop.ritcs yent de grades raifons pour
lesabandonncr, fur-tout quand il eft certain
qae lear p-r6fence cni accroitralt la ridchdl
& la fconditr.
On a vouli fe perfuader que c'taient tes
vices du climate de Saint-Domingue,vqui en
chaffaient les plus riches habitans, minis rct-
reur eft tfeonicnue; on troave k St. Domin-
gtue la T't64 les riCdeflfe; toti appelle cs
plalfirs ,il t- itanque que la f6cuQt6.
Sans cUle il ne peut y avoir d'amour pour
les plaifrs & les agr6mehs de Ia vic; tant
Sqi'dle fercxil6c 6n ne verra point de jar-








dins embellis des mains de rart, ni de fpec-
taclcs admirablecs. Les arbres, les plants &
les fleurs front riputis ne point convcnir
au fol s'ils ne croiffent pas fins culture; it
n'y aura point de focite, & le <'oeur s'en-
durcira par 'habitudc de voir des hommes
malheureux ; on fuira jufqu'aux marriages,
rintiret feul pourra les terminer, parce quo
chacun aura raifon de craindre de s'attacher
par un nouveau lien h unc peuplade oiu r6-
gne une tyrannic, qui fans reffembler enti6
rement au dcfpotifmc Afiatique, eft plus
cruellc encore.
Mais depuis Ile tems que fiibfifte ce Gou-
vernement monftrucux, comment ne s'eft-
it pas encore trouv6 des hcmmes publics,
inftruits par Pcxperience, qui aient entrepris
d'cclaircr h M6arapole & la Colonie, fut
lcurs viritables initerts? La r ponfe eft faci-
le : Ie bonheur public & la libert6'ne tou-
chent que Ics caeurs Vcrtaueux, ieclavaWene
co tce ica aux autres, pourvu qu'ils en puif
fent appefantir la caine fur leurs inf6rieurs.
Quand les Chefs dc la Clonie nhe s'ac-








cor dent point.; quand les Magiftrats font,
contraries .ans cefe par lts Commandans S
1s, Officiers Majors ; enfin.quand tous les
gens en place --fufcitent contre eux-mdmes-
le mumurie dui people, on ne doit trouvet
dans toutes. les operations rii Union,:ni ci-
lerit.;- ce n'eft jamais que de la faiblffeimu-r
tuelle des Puiffances, que peut naitre alors.
cet equilibre momentane, ,ou plut6t cet
engourdiffement que f'on appelic tranquil-
1it.
.Des homes qui (e piquent d'une:politi.
que rafin&e, pretendent qu'il eft tres-fage do
multiplier & de divifer les p6uvoirs da;n les
Colonies pour.eis balancer run par Al'utre (1);
Un gouvernement f able & modder, difent-
ils, une lkgiflation auflifmpl-c dans teks
moyens qu'iihvafiable udhas fes prinicipes, hne
maintiendrait pas toujours le droit que lei
Nationaux pdtehndent exclufivement auxt
products des,'randes cultures, & la Colonie

(1) Divife pour r4er. Maxiine fiinefle qui replace
la justice du SouveraiD par la tyrannic des fous-ordre.
obeitait







P1t 1 M INA I R V. ZI
oblirait tmoins exa6ement aux impulflons
de la Mettopole. Comme fi les ordres de la
Cout adrefids h fan feul Magiftrat, & mani-
feffts par le Tribunal dort it ferait le chef,
ne feraient pas executes plus promptement
& plus filrement, qu'en les faifant patfer
centre les mains d'une multitude de fous*a
6rdta cti peavint en retarder ou en emn-
p8chet I'exicution fuivant leur inter&t par-'
ticulier, & d'aurant plus facilement qu'ils
ont h ft rejetter fur Ie filence oth les difpo-
fitions d'ifrt foult de Riglemens contraires,
qui Alors fetaient detruits.
Dans 'tat prifent, ceux qui fc refufent
aux ordres du miniftre, ceux qui veulent les
fate accomplir, )'oppritment nutuelletient:
on &erit de prtt & d'Aftte an Miniftre ou k
fes fhe-tteTIut, quti toidaxtinent, Apprdtu-
vent ou fe taifent, & toujours d'une nta-
tiere tardivc, c'efti--dire, nuifible pour la
Mitropole & pour la Colonie, ou du ihoins
infrtutueuf pojur le Gouvernement de l'unm
& de l'autre,
En general cette administration) h laquelle
Tome II. B







D I, s c_ u I -.
on donne le no de Gouvernement ,.i,
parti Civil & Militaire, a eu Ic malheur d,
degin&er en un. mlange affreuxde tyrannic
& d'anarchie. Son effet infaillible alors, eft.
d'inmolcr un people centicr aux-haines, k
1'avarice,. aux intierts ,d'un petit nombre,
d'hommes.
Rien ne doit empecher l'rtabliffement
d'une bonne 16giflation 'a Saint-Domingue -
c'eft d'elle que depend la profperite du com-
merce national & la filicite ,des Colons,
Pour faire reuffir le commerce & l'agricul-
ture, il faut la tranquillie au-dedans & la
paix. au-dehors. C'eft donc avec confiance
que je vais propofer .mes reflexions fur le,
Gouvernement afluel de la Colonie S. furi
la matiere des Loix par lefquelles ,on pour->
rait le redifier-: Les ouvragcs des Ecri-,
,vains ne font vraiment pricieux que quand,
Sits s'occupent d'objets qui ont une utility
> xrelleI, ils ne fervent r'humanite qu'en re-
pandant de nouvelles lumieres fur tout
cc qui pcut faire fon bonheur .















CONSIDERATIONS

S UR L'ETAT PRESENT

]DE LA COLONIE FRANyAISE
DE SAINT-DOMINGUE.


A ',
LIVRE PREMIER.
S DEs M6UR s.


DI.SCOURS PREMIER.
Du Climat de S. Domningue en lui-mnme,
& dans Ion rapport avec les mceurs.

LAchaleur du climate de Saint-Domingue n'efl
pas exceffive, parce que l'air eft fans ceffe rafral
chi par des vents reglks eUle augment depuis
le lever du Soleil jiufqu' une heure apre r midig
B ij









elle eft alors k fon plus haut d6gr6, elle dimintl
pendant le refte de la journ&e; des nuits fraiches
ficcedent aux joGurs, & ce n't que dans hla faifon
des pluies que fon refpire uf air tiede doet leffet
eft accablant.
Le climate de Saint-Domingue eft vari6 h pro-
portion de el'elvation des lieux & de leurs expo-
fitions ; plufieurs vents y regnent tour k tour,
ils ne font pas tous 6galement frais; le vent du
'Sud eftl briilant, celui de l'Oueft eft chaud mais
le vent d'Eft rafratchit (i): ce vent fe fait refIen-
tir tou les jours, mais non pas dans toutes les
parties de l'Ifle. 11 croit k mefure que le Soleil
K6leve fur rhorifon, & tombe tout-ki-fait vers
le foir, enforte que plus le Soleil darde vivement
fes rayons plus le vent eft fort & plus il a de
fratcheur. 11 fe fait fur-tout agrvablkment fentir
dans les mois de Juillet & Aouit. La nature, fagp
dans fes mefures, n'a pas voulu que le Soleil con-
fum&tt les regions qu'i &6claire ; en agiflant vive-
inent fur fair, il le pouffe vers Foccident, & fon


(z) Le vent d'Eft qui regne dans les Antilles, eft.
eonme on fait, un effect du movement diurne de la terre,
qui eft n6ceffairement tris-rapide fous la ligne equi-
noxiale, & de la chaleur du Soleil, qui, en rarifiant 'air,
le porte au couchant i miefure que ia terror advance vers
I'orient.








SUI LA COLONIE 'E S. DOMINGuE. Il.
ardeur elle -m6me fert h rafratichir les pays fur
lefquels il a le plus d'empire.
L'air 'qui reflue pendant la nuit vers l'orient ;
vaufe le *ent de terre, & la rof6e abondante qui
4lonnent de la fraicheur an declin du jour, Dans
aucun moment la chaleur n'eft infupportable on
me refpire prefque jamais qu'un air tempered (I).
Dans les montagnes ou les vents ne parview-
nent pas toujours galement, ou kes nuages fe
brifent &. donnent plus fouvent de la pluie, Ie
.degr6 de chaleutr change, pour ainfi dire, d'une
habitation k l'aatre, felon la difpofition du terry
rein; mais on ne rencontre nulle part une fira-
cheu trop alive, ni des chaleurs dangereufes.
Ce climate eft en geteral bien prefrSable eel*i
des zies froides, parce que le changement de
faifon n'y fait jamais eprouver ces feiaftions op-
pff&es, qui font auifibles par letr inigalite xB6-
we. On n'y connatt point les maladies aftetufes
& *iultiplieeseque l'hiver tra' h fa fuite daas les
cantons Europ6ens; quand on eft accoutume au cli-
mat on eft aftr6 d'y vieilir fins aucune des it-


(1) Si la chaleur efi accablante, kcs moyens de s'@m
priferver fcnt doux ; ceux que I'an emploic centre Ic
froid font d.fafgrables & impuiffans Us divelopgens
les germes d'une infinite de maladies.
B ii


a








2. 'C 0 N S I D t R A T I 0 N S
commodities qui da2ns des pays moins chauds affiel
gent la vieillefie (i).
1. Le fec & la pluie font, pour ainfi dire, les
feuls changemens que lon remarque dans la tem-
perature de Saint-Domingue ; la terre y eft tou-
jours couronnee de verdure, toujours efi le prin-
tems. On peut y recueillir touterlann& les fruits,
tes legumes & les fleurs des quatre parties du
monde : des oranges, des ananas des melons,
des pommes, des cocos, des fraifes, des citrons,
des afperges, des grenades des poix, des arti-
chaux des weillets & des rofes; tout ce que le
"rnonde prod uit en fesdiverfes contrees y ferait raf-
femble fi la cupidity ne dctournait pas des hom-
ines avares du teams de tout ce qui n'eft qu'a-
greable. Les volailles de toute efpece y croiffent
a peu de frais : la chaffe & la p^che y font abon-
dantes; on y trouve beaucoup d'herbes aromati-
p es & falutaires; les plants fialfaifantes y font
rares, & les femmes font dans l'afage de fair


. (i) Beaucoup de Frinmais font depuis trente ans a
S. Domingue, fans y avoir iprouv6 une feule attaqrUe
de maladie. Les maladies que l'on redoute ne font que
de trois ou quatre efpeces, if y en a fi peu d'autres, qu'a
peine les M!deeins & Chirurgiens s'en rappellent les
htoms & lcs f-yi.r6mes.







Sht LA CoLONIE DE S. DOMINGUE. 23
bouillir & de manger indiffint&ement toutes fortes
d'herbes & de fenilles d'arbres (i).
v Le climat de Saint-Domingue n'6tait pas auffi
fain ,lors de l'&abliflfement de la Colonie, qu'il
Feft devenu depuis. Les pays couverts de bois ne
font pas propres a conferver la fant parce que
les arbres attirent les pluies, entretiennent lhu-
iniditi de la terre, & lui derobent les rayons ddi
Soleil'; mais quand une fois ces arbres', qui par
r6tendue de leurs branches, attirent de nouveaux
fics, \ proportion quifs -en abforbent 'uie plus
grande qutantit6 par l'irnmenfite de leurs racines,
out 6fte6truks, l'air fe renouvelle, & il ne refltc
plus *qi'ian agreable firacheur.
S Atcutum6 vivre Saint-Domingue on y
jouit ordinairement d'une fante paffaite; une tranf-
firatlonpeu fenfible, mais continuelle ,rend les
meft~bres plis agiles & plus Iiints ellel loigne
beaucoupde maladies, aide h supporter & gueriri
kes auti&es, ,mais elle abrege les jours de ceux qu?
fte ift tas affez d'attention fiur eux-m~mesm ; parce
que fi l'on n'a pas foin de reparerkts parties aqueufes
d~rfaig, q-e ia chaleur attire & diffipe fns ceffe,
itne ti-de pas k s'epalffir. Dans cet etat, fi r'o

(I) Ce nr&t s'appelle un Cahtalou, on le mange avec
6n m, ;'fdnaminant. c'ef une faveur que de manger us
Qritdalou aed ne joli femmrn 'e
B it







Z4 C o st 1Ar o w0
s'abandonne h quelques exccs ce fang qui eft d6iJ
enflamme & difpof6 a recevoir toute efpece d'im-
preHfion, coptra&e une quality viciegife qui fe ma-
nife1te d'abord lentement; mais fi rpo rtten4 pour
y rendier que les, inconynoditks fe 4clarent, it
ClI diiile de guerir.
Pourw loigner toute efpece de maldie croi-
que, iLaur boire habituellement beuioovp~ 4 eat
naturelle, prendre pen de rmredes, violerns dans
les maladies imprivues,, fe procurer un exercice
prefque continue & rarement force, fire an
ufage regl6 de toutes fes faculty s; de' pfits moo
4eres, en prevenant 14 triftfl, affurent 1 f*nr.
Le f6jour de Saint Q)onmingue n'e~ pi pt dq
toit nwertrier; ce foit nos vices, ce f-nt Jes
chagrins,d6vorans qui ntos tu.ent.
Nous pofrions fas triRfeffe & fans emp noi
livper At Wp vie -doce, & o nsp h iwiom futifi
pqida de nos i.au:x emnmonS a leur foewci p di
eft dansr.rgipeil; 6i lavarice des ups, 4id !;
foie, dais Pindolfncq d;ans le difordso 4fJ'i
I1agiuation des aut-es, .
Raportsdu Ce i qui ne faith pasnmepe; de freiuhfes pa('
Climate avec..
Ics mas, 1ons trouve upe nmort certaine dans les pays cih
elles ont le plus d'ativite ; celui qui eft avare &
emporqe emp9ifonne fa vie & la perfecution qu'il
fait fouffir aux autres l'attaque lui-mrmr aufl
crudllement, Les richeffas agocte l~ .finis,







svR .LA CoIouIB is S. DOANwuE. t(
la crainte de les perdre abrpge fcs jours en le rerar
4ant plus malheureux.
Accabl4s par les e~bartras& ks travaux, fi les
Colons fe livrent enc he a de vices, la mort leI
attere comnme la faulx renverfe les 6~ps. Prefque
wiis abrewvs du poifon de r'envie, ils font &cra
f(4 fouq nille jogs; rien 'eft fi douteux que Itur
fort. A4ew dJ lekurs defirs & furieux dans letra
pertes, loin de s'aider mutuelknlemet, its font tous
ennemi. femblaks 4 des tigrcs qui fe d6chirent
etr'ix,^ fous Ia griffp des lions.
VFouquoi lews patfions ne font-elles pas moo
degrees, leur fang fcraik pur, leur efprit fans nuage
O4 la maladie ne les connaltrait pas : mais celio
qu'ils eprouvent eft la plus funefle de routes, la
faurce en eft dans le d61ire de la raifon, dans le
d&toiragemet .& Lt chagrin.
- Les C6-Qle de Saint-DomTngue font bien fits, Des Cr~o
vaillans, vifs g 'oreiqx, mais avec oftentation.
Les foupqons entrent rarement dans leur ame; ils
auraimnt eu f'eprit fbdai, fi la nature du Gouver-
iemaet n'avait pa nui au lien de la focit : in-.
conwlains das lenrs gf ts, ils fcrifient beaucoup
au pipifir, ils o d de hla pen6mation, & de e-
vation de camave, maais iadolns & 16gers (i),

(i) Leur inconftance eft unc fuite de 'inflabiliti du
G~uvernomcnt.







i6 CO N siDtRitA~Tio1
il eft rare de leur voir entrepreidre de grande
chofes, & de trouver en oux de grands talents :'
ils font pleins de candeur & de bonne foi; ils
font trop confians, trop faciles tromper; ils au4
raient beaucoup d'excellentes qtulitfs s'ils pou-
vaient toujours vaincre leur temperament; maif
le temperament eft ordinairement le plus fort :
leurs vices ne font que les vices du climate accr6s-
par des d6fordres politiques.
. Ils n'ont point de penchant au crime, il eft-rare;
de les voir s'y livrer; mais de douze crimes com-
mis depuis cent ans par les Creoles de la cote
Franoaife de Saint-Domingue il n'ena eft pas-lui
feul. ou la brutality la colere'& la vengeance ,
n'aient guid6 la main du coupable; tis ne font jamais,
Sbarbares 4 demi. Un vent foiiguehx dechire les
arbres & ravage la .nature; la fofdre e rafe lte
totts & les engtoutit avec fracas .: telle eft la o-
lere dans fes aces; elle porte e :.tous lieux.leI
peril & la ruine. .
Ils font humans & bienfaifcns envers tous."les
Blancs; la verti qui embellit le :plus I'homrame
c'eft l'humanite : qui ne plairWt & ne fecou rr tp
fonne, ne m6rite pas qu'on le plaigne ouwqi'acb.
lui donne du fecours (i); mais, avec les Negres ilsi
Qublient fouvent toute efpece. de& vrtu. .

(I) Les Habitans de S. Domingue .fQnt..cn .g()rA








s rRLA CoLoiEi DE S.DoMINGUE. 2.7
Les Crfoles cheriflent la danfe les armes, 'e-
qluitation, tous les exercices de la gimnaflique.
Ce goutt eft dans leur caradcere & vient de la
nature du climate, qui, favorable h la population,
tes fait tous naitre grands & robufles, & les rend
couples & adroits. 11 ferait &tonnant qu'ils ne s'a-
donnaffent pas aux exercices du corps, ayant tou-
tes les difpofitions qu'il faut pour y reuffir. Us
aiment auffi la mufique : l'air embaum6 de leurs
campagnes, la douceur des faifons, les vents qui
ne font fentir nulle part de plus douces haleines,
'ce temperament facile 'a emouvoir qui les rend
'6galement fenfibles la pitie, 'a la tendreffe, ati
Vdoux plaifir, preparent 1'impreffion que des fons
harmonieux font fur leurs organes.
Ie ne fais fur quel fondement on a cru que le


moins prompts qu'ils ne 1'etaient aurrefois a rendre des
services, parce qu'ils ont 6t trompis trop fouvent &
ftrop crxuelement ; il y en a m&me qui ne donnent plus
Fhofpitalit6 fi cc n'eft a des voyageurs qui leur font
reconmmandis, ou a des gens don't le nom eft connu ;
Varce qu'it a 6tI fait chcz eux des filoueries des vols,
#ar ceux qu'ilg redevaient avkc bonti, Maintenant ur%
home pied n'a guere d'acces la cafe principal d'un
fiche Colon, o lui faith donner a manger & un lit dans
un appartoment'f parr. Mais un hommn honn&te, connti
bu recommend peut parcourir toute la Colonie farW
frais & avoc agrdaiatlt,







$8 CoQ Stp dcliat de l'Amerique n'etait pas propret excite?
les arts & l'eloquence, 4 fournir des matieres
aux belles Lettres & k la Philofophie. N'eft-co
pas dans les pays favorifes des regards du Sole il
que les arts oat pris naiffasce? Toutes les fcienqes
D'ont-elles pas et6 cultivies dans la Grece & dans
I'Italie, avant d'etre conues dans le Nord de
l'Europe? La nature plus avare dans les pays fep-t
Wentrionaux ne leur a-t-elle paslorg-tems refufe
Iks produ&fions du genie qu'elle prodiguait aux
Afiatiques ? Locke s'ef-il trouv6 moins ingenieux
moins paffionn6 de l'amour des homes a la Ca-.
Tpline du Sud que dans les brouillard4de rAn-
gjewrre? Waller n'a-t-il pas, avec fuc^, c61kbr6
les campagnes Bermudiennes ?
Oa ne peut ttre conduit aux chWrpes de FE-
loquence & de la pofie, par de plus douces in--
fl ences & par des payfages plus beaux que ceux
;i fe trouvent dans les Ifles de 'Amerique &
&aps le continent. Que des hpommenes expatrins
aigris par les chagrins, qui font, pour ainfi dire,
vne faite inevitable de leur tranfplan taion &
entierement occupys d'affaires d'int&et, n'appcer,
coivent rien foient infenfibles 'a tout & n'afpi#
rent qu'au mQment de leur retour en Europee, on
n'en doit pas etre furpris. Mais vous qci tes nks
4ans ce pays que le Soleil pure, & que des vents
r6gles raichiffent toujours,.qui e ttfrvrant les







AuRu LA COLONIE DE S. DOMIUNGE.
yeux pour la premiere fois, avez vu l'aurore fans
nuages, banniffez l'erreur fatale qui vous eloigne
de vos ptoprifhts, & vous attache du fein de vos
families, qui vous enleve enfin h tout ce qui vous
doit etre cher, pout vous porter au f6jour du
tumulte & de la folie. Un ciel pur & ferein veil-
lera fur vos jours, & vous trouverez dans vos
habitations embellies, la paix & la tant6. Sacrifiez
quelque chdfe encouragement des Arts, its
nattront autour de vous vous n'aurez plus
befoin de les aller chercher h travers les dangers
an milieu de la France. L'hoftine tile & ver,
tteux voudra pafbr les rners potIr partager Votre
bonheur, & la Colonie fe purgera peu h pen de
F cume qui rinfe&e; elle fera delivr6e des hom-
ines injuftes, miprifables, odieux, qui en rendent
feuls-le fdjour dangereux (z).
L'oubli des sciences & des arts tft le principle
leftrudeur de toute fbci't6, il faut en pr~ferver
tes Colonies; en vain voudrat-on arr&ter rlnul-.

(r) Outre les causes phyflques qui doivent attacher
kes habitans de S. Domingue lek-s propridAt & 'in'-
t'6rt de feurs fortunes ils font etcore engages a ne 1
point abandoanner par utne infinitE de causes morales :
il faut de puilrans motifs pour leur fire rompte tant dt
liens, & leur faire pr6firer Ie fijour de la France, don't
let climat leur eft ordinairement contraire, c o tout IurC
f pour ainfi dire Etranger.







3o C O N S ID RATI O NS
tion de leurs habitans, en difant qu'il n'eft jufC
qu'. pr fent forti de 'Amerique aucun home
fuperieur dans les arts & les talens, qui condui-
fent l'immortalite : ce reproche doit au contiaire
exciter leurs efforts. C'eft dans les pays chauds
& fertiles en produTions variees que s'6leve le
genie; la nature f6conde en grands fpe&tacles, en
kvenemens merveilleux embrafe imagination : on
obferve, on invented moins dans les climats tem-
peres.
Quie manque-t-il aux Creoles de Saint-Domin-
gue & atix Francais, qui font venus dans cette
Ifle avant l'age des paffions? N'ont-ils pas en g6-,
neral de r'efprit & meme du genie ? Mais ils n'ont
point cet ordre, cette raifon neceffaire pour d'-'
velopper heureufement ce qu'ils penfent. Ce vice
provient de la mobility du Gouvernement, de
rincertitude qu'elle entraine; elle trouble leurs
idees & les engage trop fouvent 'a repaffer les
mers. Le defaut de liberty dans les efprits refTer-
rant les entreprifes relatives k leur inter:t per-
fonnel &.prefent, ne leur permet pas, plus fort-
raifon, de rien entreprendre pour la gloire & rin-
teret public. Les progris des lumieres qui euvrent
au genie la carrier des arts, eft naturellement
infenfible; les peines, le mecontentement, & rem-
barras ra'rreront t'oujours fous un Gouvernement
corrompu; mais tandis que fous une adminiflratio4








STJR-LA COLONIE DE:S. DOMINGUTE. y
tonfiante & moder'e, la Colonie de Saint-Do-,.
Jningue pourrait ofiir aux Nations des chores
tiles au commerce, & aux agremens de la vie,
& encore des lumieres & des arts. Mais les Artifles
xie font point de grands ouvrages quand ils ne font
pas guides par des hommes eclairds & favans, &
les fciences languiffent par tout oiu il n'y a point
de liberty (i).
Le climate de Saint-Domingue infpire r'amour.
L'homme le plus, fivere peut y devenir lifcif:
'bccafion, la chaleur continuelle, tout jufqu'k la
difpofition des organes conduit au pi6ge, & les
plaifirs deviennent des befoins. Des emmes
Les fenimes, creoles font f&condes pafflion&es C[ao.
& jaloufes; aimables meme fans art, timides avec
ceux qu'elles ne connaiffent pas, fieres avec ceux
qui leur font inferieurs elles font familieres -k
I'excis avec ceux qu'elles connaiffent s'ils font
leurs egaux : les defirs en elles furvivent ordinai-
rement k la jeunefle "& h la beaute&, elles cher-

(1) ( Les Maures, a dit un Autgur Anglais, ont 1'ef-
S prit ddli6 & mime dA, genie s'iJs, ne s'appliquent
3 point l'erude des Sciences, c'eft que, fans motifs
d'dmulation, leur gouvernement ne.leur Jaiffe ni la
5 liberty ni le repos n&ceffaires pour les cultiver: nSs
o dans 'efclavage, ils font ennemis de tont travail qi'
s n'a pts dire&ement leur interest perfo6nel & pre.I-os
a pour objet .,









chent encore la volupt6 quand l ge avance & qut
le plaifir fuit : compitiffantes pour les Blancs;
elles neen ont pas moinms de rigueurs pour leurs
efclaves.
Elles font ordinairement jolies & bien faites;
dlles ont mtme plus de force & d'aifatce dans
leur port que le climate ne femble 16 promettre;
cependant leur air n'eft point animt. La joie in*
center & l'aimable mddeftie brllent rarement
dans lturs regards, leurs joues ne font point chari
giec des couleurs de la rofe : mais couches tnoli
letneht entire leurs efclaves, elles itidulent deg
chants gracieux; leur air-eft d lica leur fourire
eft tendre; elles ont une navet6 touchante, kur
parnre higligoe ne tianque point d'Mlignice, la
volupte eft. &ns leurs yeux & la fduliof ddns
kurs ctaurs.
On carreffe leurs charges fans etre retenu pat
r'enchantement de leurs difcours, qui pountait
s'en d&fendre ? Cohtet de leurs attraits ii ne
fait pas defirer ceux don't elles manquent; leurs
regards enflamm6s, leurs poftures voluptueufes
font paffer dans tous les fens rardeur qui les em-
brafe.
Cependant le cercle de nos joufs eft 6troit;
celui de nos jouiffances eft encore moins 6tendu,
on le parcourt en peu de tens, mais le cercle
des peines femble n'avoir pas de fin. On cherche
en








SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 33
en vain cette habitation riante que l'on s'itait pro-
mife on ne voit plus qu'un petit efpace entre ces
montagnes qui percent les nuages, dans ces valons
obfcurs recouveits d'arbres epais entrelaces de
liannes, demeures de l'afflition.
A des heures coulees avec rapidity dans le fein
des plaifirs fuccedent des jours d'ennui, dc peine
& d'abattement. Le gout blafe s'amoitit egalement
fur tout ce qui nous plaifait le plus; c'efl la nature
de tous les pays chauds d'abreg.r la vie dans
Texces des plailis, don't l'ujage mod!dr po-rrait
la conferver & la tranfmettre.
Les moeurs des Europeens qui font dans la Co- Europ~wS
lonie, ne reflemblenit point h cells des Creoles : rranpiantes i
N S rr Domingu:.
qui font ceux qui paffent a S. Domingue ? ce font
en grande parties, des jeunes gens fans principles ,
pareffeux & libertins 6chappes a la main pater-
nelle qui voulait les corriger : d'autres font des
frippons on des fcelerats, qui ont trouve le
moyen de fe fouftraire k la feverite de la Juffice;
quelques-uns fe font honnetes gens : que devient
le plus grand noinbre ?... On y voit des Moines
deguif6s & fugitifs, des Prttres ennuyes de leur
etat, des Officiers reforms, remercies on caffls,
des laquais & des banqueroutiers;-que dire de
leurs moeurs ?... Cependant les grands crimes
font rares dans la Colonie : le people chez qui
regne Fabondance recele peu de meurtriers &
Tome II. C







34 CONS.ID RATIONS
de voleurs publics ; mais il y a d'ja taucoup de
frippons, & le d fau.t de Police & de Jufli'ce, fait
croire que dans la fuite il y en aura d'4vantage.
On y trouve beaucoup de jeunes gens laborieux
qui viennent chercher des reffources que Ie lieu
d; leur naiffance ie ppouait lepr offiir, des ou-
vriers & des marchapds, tous'charg6s d'abord des
prejug6s de leur Proyince; mais n'entendant plus
parler de renfer que imagination echauff6e de
leur iCur6 ne ceffait de legr peipdre, & ;onfid&-
rant les punitiops ciyiles dap un Mloignement qui
les leur rend moins k craindr' ; liyr.s d'41leurs
dans les Villes de la Colonie k une foci'et pqr-
verfe, il n'y a poiut fen s'abandonner. Lewr tyrannip epyers les efcl1-
ves lear paa it un droit; leur- nji4fp uq alte
de piff'ance; ils ie= vzait6 46'un fripppopperie
a2roite, ils n'ont poing de nlp s. 11 y en a qui
fgt regpnr dans leqrs actions un mnlo.age 6 tpn-
napt, d'avarice, de 46bauche, de baffeffe 4c de
c.ruant : il4 ont plufieurs fillps efclaves don't ils
font legrs concubiipe; ils les font travailler avec
rigueur tant que dure la jporn6e; il les nourif-
fent k pine; ils ne les habillent poirt, & leur
acrtchen ewore l'Argnt que dans lp filence de
l; nuit elles acquierent par dcs profttutions.
11 eft cependant quelques hlonnptes gens, m6-
me dans les plus grades Villes, mas ils .opt bien







SUR LA COLONIE BE S. DOMINGUE. g
de la peine k conferver leur prohkbi6 t milieu de tant
de gens qui n'en ont point, & k fe foutenir entire
le people & les gens en place fans tre trompks
ou opprimis; 4 l'rgard des gens de guerre & Sol-
dats, il eft rare, dans tous les pays, qu'ils confer-
vent des mneurs; & ils n'ont nulle part plus qu'A
Saint.Domingue d'occafions de corrompre cc qu'ils
en auraient conferv6.
Les Frangais envoys de la Cour pour remplir
diffirens emplois dans la Colonic forment, pour
ainfi dire, tine claffe k prt: ils fe perfuadent que
les Negres, mrchans par inflind, plus que par ef-
clavage, doivent etre conduits comme des ani-
maux mal-faifans don't on veut tirer quelque uti-
lite. Le defaut d'intelligence des diffirens idiomes
que les Negres emplqyent, contribute h leur inf-
pirer une defiance cruelle; & c'eft cette haine des
efclaves qui fait naltre dans les efclaves la haine
de leurs mattres. Ils ont encore un autre prfjug6
qui influe beaucoUp fur leur conduite, ils fe per-
fiuadent prefque tous que le climate qu'ils habitent
eft mnauvais, pace qu'il we reffemble pas 1 celui
qu'ils viennent dc q4itter, & qqe des hommes
nOs ou forms loin des focift6s de Paris ou des
Provinces, leur font infirieurs. Aveugles par
l'orgueil & la pr6fomption, ils croyent tout favor,
& au lieu de s'inflruire avec docility de ce qui eft
particulier k la Colopic, ils s'&rigent en petits
Cij







36 C 0 N SI D'R t A T I O N S
tyrans chacun dans leur place. Comme le climat
eft naturellement beaucoup plus chaud que celui
de rEurope, leur corps nerve par la tranfplanta-
tion laife peu de force 'a leur ame ; enfin dans
un pays ou ils fe regardent ccmme des strangers
exiles pour s'enrichir, -ils ne fe reffouviennent
point d'etre juftes.
Maitres avant de reconnattre les objets fur lef-
quels ils veulent dominer, -il eft difficile qu'ils
n'abnfent pas de ce qu'on leur a donned de pou-
voirs ; ils out devant eux r'exemple du mal, ils
s'accoutument 'a le croire permis. Ces verites
affligeantes prouvent qu'on ne devrait admettre
dans les diffirentes places qui peuvent fe rappor-
ter 1' radminiftration ou au maintien de la Colo-
nie, que des Creoles ou des Sujets anciens dans
le pays; & pour cela il faudrait que les Creoles
puffent faire des etudes fuivies fans foitir de leur
Ifle, il faudrait y fonder des 6coles publiques. La
science des vertus morales & politiques pourrait
ctre la bafe de rI'ducation qu'ils y recevraient.
L'ufage contraire entriine trop de maux; outre
ceux que nous venons de faire envifager, n'efl-il
pas :malheureux de voir des hommes nouveaux
elevs par des brigues, & quelquefois de mau-
vaifes actions, aux diffirentes places de la Colonie,
infulter bient6t par un fafte infolent au Citoyen
infortuae don't ils fe font appropries les biens,








SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 37
devenir plus puiffans 'a forces d'injuflices, & s'en-
richir fans travaux & fans peine au detriment des
Colons laborieux.
Si les Loix doivent s'accorder avec les moeurs
des Nations, & fi les moeurs ont prefque tou-
jours beaucoup de rapport aux climats on ne
peut fe refufer h cette verite, que la Colonitede'
Saint-Domingue exige des loix trbs-etendues &
tr-prevoyantes. jEn general les habitans de cette
Colonie font #ri6lens & irafcibles ; ils font tour-
mentes par routes fortes de paflions; il faut diri-
ger ces paflions 'a l'ntilite publiquc il faut les
reprimer par les reglemens les plus fages, & on
ne doit rien laifl'r au caprice de quelques horn-
mes fans experience que f'6loignement de leurs
fuperieurs & 1'efpoir de 1'impunit6 rend toujours
inconfideres.
II n'eft pas vrai que les pays chauds foient faits
pour le defpotifine, & que la chaleur des climates
faconne les ames 'a 1'efclavage, ni leur froideur k
la i 'e te, Montefquieu qui 1'a dit, a prefque tou-,
jours jug6 le droit par le fait, il a vu le defpo-
tifme elev6 fur les Tr6nes de f'Afie, & il en a
conclu que c'6tait le climate, qui par fes influences
ne laiffait pas aux homes la force d'etre libre ;P
ijais il s'eft 6galement tromp6 dans le fait & dans
le droit. Le defpotifme, vainqueur des habitans dit
Nord, s'eft etabli dans la Suede, le Dannemarck
C iii







38 CONS10dRATIONS
& la Ruffle, &, s'il eft certain come on n'en
peut pas douter de bonne foi, que le c'eur &
imagination ne s'enflamment plus promptement
nulle part que dans les pays chauds, on peut oppofer
au cilebre Montefquieu fautorite de fes propres
principles, & le r6futer par lui-m6me :plus on eft
fortement & vivement frapypi, dit-il plus il im-
porte qu'on lefoit d'une maniere convenable. II
ne faut donc employer pour contenir les paffions,
que le pouvoir Cternel de la raifift, & dans les
pays ou elles font les plus vives, il faut y affirer
d'autant plus Yempire de la Loi: ces pays ne font
donc pas faits pour le defpotifme.
Si les habitans de Saint-Domingue ftaient gou-
vernis par ces principles, ils feraient plus aefifs
& contribueraient beaucoup plus au bonheur de
la patrie Ile travail ferait leur plaifir leurs fuc-
cs entretiendraient leur induftrie, heureux d'etre
encourages par les Loix.
Mais il femble que pendant nombre d'annbes,
ceux qui les ont gouvernes, aient voulu les traiter
comme ces peuples de r'Inde, qui, felon quelques
hiftoriens, ne peuvent tre portes aux devoirs de la
foci&6, que par la crainte; o' le maitre eft auffi
liche l'regard de fon Prince, que fon efclave felt
k fon Egard; qu'ils aient voulu joindre l'efclavage
politique l' efchlavage civil.
De Ik le renvedfement de la Jufice & des







At' A CGLOITE Db S. DoIGilGz. 39
e ; on prfre le gain 'honeur & ds
lors il exifte une confusion d'idees & de rangs,
une multitu de fdulfes confideratiots que don-
nent le pouvoir & les richeffes fans la vertu, fans
le travail, fans le merite personnel.
laJlnflce & 1i morale we peuvent s'tablir que
par de bones LoLx ; e'eft-k-dire, par dts Lolx
prdpoes au cliriiat, aui penclians & agu entre-
prits de ceux pour qui elles font fakes. L'6da-
cation Publique, dirig6e pr ces Loit, doit efttite
veiller k la confervation &s moeord.
La police gnerale, don't elles font galemeat la
regle, doit punir fiverement l'oifivet6, que lon
peut regarder comme le plus grand des crimes,
parce qu'elfe efi la force de tous les autres; ic
fournir h tous les hommes loccafilon d'un travail
utile.
Quakles^tM* aianht -ia"tt reai&sfe ltes m.ers,
les mCurs elles-memes tMaintiendiont les Loix.
Les homes font ce que fe Gouvernement les
faith; il peut tout s'if s'attache h fixer 1ropinion
publique, & k ne r6gner que par erle.


Civ








40. C 0 NS ID R A-T'I 0 N S



DISC OURS II.

De la Population.

N 0 u s avons confiderer la population libre
de la Colonie & celle des efclaves, arr6tons-nous
d'abord 'a la population libre ; elle comprend en-
viron quarahte mille perfonnes de tout age & de
.tout fexe, don't quinze mille Mulatres, Mulatrefles,
Negres ou Negreffes libres, & vingt -cinq mille
Blancs (i .


(I) IDlE GENIERALE DE LA POPULATION LIBRE
DE S. DOMiNGUE.
Des Campagnes.
La propri&t6 de 1830 Habitations, eft divif'e
entire 5ooo propridtaires. Blancs ou Mularres,
don'tt 3000 feulement rifident ordinairement
dans la Colonie 30ooo00
Propri6raires des Guildiveries, Fours a chaux,
Br'queries & habitations en vires. 500
Rdgiffeurs, Economes, Rafineurs, Ecrivains,
Charpentiers, Macons, Chirurgiens, employs
fur les Habitations 3000
Magafiniers Entrepofeurs, Faifeurs de char-
rois, Ouvriers de guildive & Cabarretiers 1ooo

7500









SUR LA COLONIES DE S. DOMINGUE. 41
La maniere don't eft compof6e la population
ibre de la Colonie, peut aider h juger de fes

Ci-conire ..... 75oo0
Mattres en fait d'armes, Maitres de danfe, de
Mufique, Pricepteurs & Maitres d'Ecole 8oo
Pacotilleurs, Brocanteurs & petits Marchands. x 500
Femmes blanches marines 2ooo
Femmes ou Filles blanches vivant concubinai-
rement 12oo00
0 Mulatreffes ouN6greffes libres, marines oo000
Malatreffes ou Negreffes vivant concubinai-
rement oo000
Ecoriomes fans places & gens errans dans les
Campagnes pour y chercher da travail 1200

Campagnes 180oo


Des Villes & Bourgs.
FacIeurs du Commerce de France & Commif-
fionnaires 400o
Leurs Commis 8oo
N6gocians & Spitulateurs travaillans pour leur
compete 200
Leurs Commis 5o
A gens du Commerce stranger i50
Officers de JufMice, leurs Clercs & Adjoints. ioo0
Marchands, Agioteurs Revendeurs & Cour-
tiers i00










moeurs. (es Villes fit bf auedi trop ptpl6e&s,
& les caitpAgfies tif6p peit b pWbpOrtidfi des bei-


Del'aaurepart ?20o
Gouvernement, Adminifiration, Prdpofs &
Commis0 .3 o00
hlancs, Mul&tres & Negres libres; Attifies,
Ouvriers & Artifans de toute efpece. Zso
Midecins, Chirurgiens, Apothicaires, Dro-
guifies, Charlatans & leurs Aides 400
Comidiens, Muficiens, Maitres d'dcole,
Maitres de danfe & Mattres d'arfnes. 300
Cabaretiers, Teneurs de billards & de jeux ". 1oo
Blancs & Mul&tres vivanrs de leurs renters, &
oififs qui envoient leurs Negres travailler a la jour-
nae & en regoivent Ie paiement. QOO
Gens nouvellement arri- s ou fans emploi ooo1000
Pdcheurs & Caboteurs domicilis. 200oo
MulAtres ou Negs libkres,f on poftri6taires,
Valets ou travaillans a la journie 400
Aventuriers, joueurs de profefilon, gens fans
itat & fans aveu 1000
Femmqs blanches marines 00ooo
Proflit.uges ou vivant concubinairement. 12oo
Mulatreffes ou Nigreffes libres marines. 1000
Mul&treffes ou Nigreffes libres proflitue 2oo000


On frait, fans doute, furpris de voir quil y a dans les Yilcs
quite cehts CaBarets bu Bilfards, fi 'odi ne faVait pas comnibei
doiuf mfille Navigatcurs & gens de mcr, qui font dans Ips ports &:
Mrade contribuent a kis fair valoir.







SUR LA CotoNIt DE $S. DoMlNGUU. 43
foins de la ciature & du comfnetoe : cela vient
de ce qu'il y a beaucoup d'hommes qui ne font
point k leur place, & qtl ne pouvant trouver d'oc*
cupation dans les plains (fdifth eaufe du peu de con-
fiance qu'ils infpirent, foit h caufe de la fauffe po-
litique de quelques Colons, qui s'atmtchent k di-,
minruer autant qu'il eft poffible le nombre des
Blancs fur leurs habitations ), fe lVrent d.ans les
Villes toutes fortes de m&iers pour fuir la
mifere & r1'olfivet.
Les Blancs s'&ant multiples dans la Colonie
au-delk de ce que peuvent exigtr les entreprifes
a uelles il faut leur afiufret les. moyens de vivre
heureufement, & d'une tnaniere avintageufe pou&
la Colonie & la Metropole ; il eft toujours d&-
plorable, de voir des Cultivateurs fans terre, des
ouvriers fans travail, des homes ctlair6s fans
emploi. II faut s'occuper du foint de les placer,

Ci-oontre. 21100
De cinq mille Creoles, de 'un & l'adtre fexe,
au-deffous de dix-fept ans, 2000 oul etviron font
dans la Colonie. zooo
Villes & Boutgs. ; 23100

On pourrait encore computer les Rigimens & poftle
fixe & autres troupes, qui font cazermes dans les villes
de la Colonie.







44 Co 0 S I D n Rt AT o. 0 N s
autant qu'il s'en trouve; mais fi loni eft embarrafle
popr fair fubfifler utilement des Francais labo-
rieux qui demeurent depuis long-tems a Saint-
Domingue 'a combien plus forte raifon doit-on
empecher que d'autres fujets qui ont mieins d'ap-
titude & qWi ne connaiffent point le pays, s'cm-
barquent inconfiderement.
Ces fujets pouvant etre detruits par le change-
ment de climate, ou vegeter inutilement pour la
Colonie, il faut fe borner encourager la popu-
lation interieure & fire beaucoup de Creoles.
La multiplication des hommes depend toujours
dn Gouvernement. Les Romains avaient porter
des Loix penales contre ceux qui voulaienft jouir ,
canne liberty contraire 'a 1'aggrandiffement de la
R6publique, & fe refufaient aux loix du marriage,
6n pourrait imiter ces Loix (i).
Rien ne prove mieux l'influence du Gouver-
nement fur la population, que les etabliflemens
des Aniglais dans l'Amerique ; ils ont fixed depuis
Ic Canada jufqu'au Miffiflipi des peuples agricul-
tcurs navigateurs & commer.ans, des Nations


(i) c Faire un enfant, planter un terrein neuf, &
m bhtirune maifon, font trois adions agrsab!es. Dier. n
Ceft par ce pr&cepte que la Religion des Mages ercou-
rageaitl es anciens Perfans a la population : il convien-.
drait de l'adopter dans les Colonies.








SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 45
formidable : au lieu de s'affaiblir pour former
ces Colonies, la Metropole en eft devenue plus
puiffante & plus hardie (i) tandis que l'Efpagne
.pulfait fans fruit, fur la c6te meridionale, les ge-
nerations de rEurope & de rInde.
L'Ifle de Saint Domingue eft favorable k la
population, les hommes y naiffent grands & ro.
bufles; enfant de fix ou huit mois y efl auffi
grand que celui qui eft n6 depuis un an dans le
fein de la France; les Creoles vivent ordinaire-
ment long-tems, & font encore vaillans dans la
vieillefle ?
Mais les marriages font rares a Saint-Domingue.
Les Francais laborieux qui viennent y chercher
fortune, ne fe marient prefque jamais; le concu-
binage ne les attachant aux femmes blanches ou
noires que par des liens tres-legers, convient mieux
a leurs projects; ils font moins g~nes dans leurs
entreprifes, ils ont moins de 'oins 'h remplir ; ils
font dcbarraffes de toutes ces complaifances de
toutes ces tendres inquietudes, qui pour les bons
maris deviennent des devoirs; ils n'ont point "a
s'occuper de toutes ces bienf6ances, qui entral-
nent a la fois les depenfes & la perte du terns.
S'il fe fait quelques marriages, c'eft l'interet qui

(2) Plat au Ciel que Ic fentiment de la force ne f'eCt
pas rendue fi injufte.







46 CON SIDtRATIONS
les conclut. Souyent ils font bifarres; de vieux
Colons ipuifas par le libertinage, font k de jeines
filles moins riches qp'etx, r'offre d'un cour blafk;
de vieilles femmes que leurs appas ont abandounn
plut6t que leurs defi's, fervent de reffources 'a des
adolefcens.
La jeune femme & le jeune mari, hacun de
reir ct6e, voudraient bannir une parties de l'ennui
qq'ils eprouvent dans 'union qu'ils ont contra&te;
le climate eft chaud, leur temperament eft vif, ils en
abufent. '
Quand les marriages ont paru d'abord mieux af-
fortis, la paix r'y eft gueres plus durable; les
femmes galantes rendent toujours les maris jaloux.
Des chaines auffi pefantes que cells de l'hymen
ne fempIent pas convenir au climate & fi ron
n'employait pas des moyens prompts pour y em-
pecher le divorce, les hoipmes s'accoutumeraiept
aifgment 'a le croire permis-: deja de riches 6poux
nqus en offrent 'image ; is$ font alternetivement,
fous pr6texte en France, enforte qu'en vingt ai~ de marriage
ils ne fe rencontrent jamais.
La tyrannie que quelques homes out exercde
fur la Colonie, s'eft toujours ppQpfe la popu-
lation : ceux don't l'ambition eft borni&e, & qui
pourraient fe mnarier fous un gouvernement plus
heureux, ne cherchent qu'k rkalifer une petite







SUR LA COLONIE DE S. DOMINGVE. 47
fortune pour aller vivre tranquillement dans quel-
que pays, que le pouvoir arbitraire n'ait point
encore opprini* : de tels fujets font perdus pour
la Colonie, lur generation eft divorce d'avance
par la crainte de s'enchainer dans une Colonie oh
l'injuflice a paru vouloir fe fixer. La crainte de de-
plaire 4: Ip befpin 4e fe concilier un pouvoir qui
s'6tend fur tout ont fouvept forc. les peres i
donper en marriage Jes filles les plus richeA ux
ptrens aux amis, aux protegs, aux S6:retaires
des Gouverneurs & des Intendans; ctpendant rieg
ne 4oif etre fi ljbre que le marriage, & rien de f1
refpe&ft que l'autorit6 les peres. Cette autorite ne
doit &tre que perfuwfive & ne doit pas allerjufqu'"
force la volont6 de leupr enfAns, mais il faut la
laifler agir Iprfqu'elqe fe borjae k fuqveiller les in-
clinations; c'ef it la prudence des peres i r6gner
fur les pgffions tu/nultueufps 4,e la jeTneffe; elle
feule doit etcndre fur les mariges fon pouvoir tu-
telaire.
P,our encoprager la population & retenir dons
le pays les particuliers riches, & en htat de for-
,mer on de fou1enir de grades engreprifes, on
* pourrait rpguter Crpoles cex qut awaient hiea
hrit4 de la Co0eia, & ae dnaeW r entries e
les Confeils &. des es luimlep d'agriculttrc ,
d'accks aux places de Magifirature, aux places de
Commandans ou de Syndics des quarters, qu'i des








C ON I D R ATIO NS


Creoles, ou a ceux que leur probity & leur bonne
conduite auraient fait reputer tels. Par example
un Avocat ferait repute Creole apres s'etre diftin-
gue pendant dix ann6es dans la profeffion du Bar-
reau, & pourrait pretendre s'affeoir au rang de
Copfeiller, qui jamais ne ferait accord qu'"a ceux
qui l'auraient mritce comme lui, & 'a des Creoles
proprietaires de grandes habitations (I).
Le befoin des femmes fe faifant reffentir for-
tement 'a Saint- Domingue, on pourrait, fi la
Religion ne s'y oppofait pas, engager tout homme
libre, Cultivateur ou autre etabli dans la Co-
Ionie, .A avoir chez lui une femme ou une concu-
bine libre ; ce ferait le moyen d'arreter les progress
du libertinage; la fuccellion de divers accouple-
mens eft nuifib'e a la population, les exces ne
produifent rien; d'ailleurs le fcandale de la profi.-.,
tution publique eft plus grand que celui d'une
union illgitime 1 la verite, mais habituelle &
paifible.
Le travail doit etre en honneur (i), & il ne

(i) La mithode contraire a mis dans les Coloaies
Ffpagnoles une division fourde, mais dangereufe, &
qui p.ut laterr a la premiere occasion favorable.
(W) Je ne veux pas dire que pour augmenter la maffe
du travail, il foit n&ceffaire d'entrepreadre de grandes
6glifes, de fuperbes palais ; par example, on a pcrcj
pendaht trente-trois ans un droit de 3 pour loo, fr
doit


48








-StR L4 CO.OTIONI DE S. DOMNGUE. 19
doit ps y ;wvpir entre les homes blancs d'autre
diftinaion4 que celle qui refulte des emplois & d4
merite perfoppel; it ne faut dans la Colonie n
grands, ni nobles ni corps de people; il ne faut
que d s i*genus, des affianchis, des efclaves
& des Iqix; fI n'y faiti point de preference dans
les families, point de drqit d'alnefli ; rien n'eft

toutes les maifons 4u Cap, pour Ltir une g life, .f
ce n'eft qu'en 1772 que ce droit a &t6 enfin amorti
change en une taxes perfonnelle fur tous les paroiffiens
plufieurs opt e6:t impofis a z4oo liv. il en a coq&t par
copf6quqp; des (qmmes imnrenfes & I'dglife 'ell
pourtant qu'it vilain 4ifice: c'eft un corps de bitiiment
immenfe, mais fans proportion, fans regles. La vote,
fate d'abord en pierces de taille, s'eft ccroul6e avant
d'^tre finie; on 'a remplacee par une charpente ceintrie,
qui, malgrd fon &tendue, parait affez bien liWe; mais
commpe ette garperite tie charge point les colonies
& piliers d'un poids 4a gz grand pi affez ga., 'difice
n'eft point folide.
La conftruftion des edifices publics eft avantageufe
en France, parce qu'elle enrichit e ple p uple, ele occipe
beaucoup 4e piannouyriers; mais Saiint-Doningup, d.
femblables entreprifcs n'enrichiffent qu'un petit noinhre
de particuliors, & 4.tournent beaucoup de Negres do
la cultPre des terres; elles font politiquement dange-.
reufes, pqrce que qls millions qu'elles abforbenrt t4ient
nceffaires I d'autres emplois. Quant a b&cir sans la
dependance d4u Cap, il fallait fair des ports, des
chauffles, ennj. des 4tabliffemens utilks a la population
& a agriculture.
Tome II. D








0O CONSIDERATIONS
plus nuifible h l'agriculture & a la population, que
des diftinctions, qui attirant toute attention d'un
pere fur 'un de fes enfans, s'oppofent k l'etablif-
fement des autres (i).
Des Lettres patentes donnes en 170o7, ont
permis aux strangers de cultiver les terres des
Colonies Francaifes ; mais cette loi qui aiait e6t
port6e fans doute dans la vue d'accrottre la popu-
lation, n'a pas attire' beauicoup d'6trangers dans la
Colonie. L'inexperience du Lgiflateur ne leur
laiflait point de confiance parce que fi, par une
erreur nuifible aux Nationaux, on permettait aux
strangers de pr6tendre h la propriety des terres,
on pouvait, deux ou trois ans aprks, par une autre
erreur plus injuffe, les chaffer du champ qu'ils au-
raient fertilifi.
Si rEtat cherche des fujets fideles, ce doit
etre fans doute parmi les cultivateurs, il fallait


(i) La Compagnie des Indes avait le pouvoir do
fire driger des Comtis, des Marquifacs; heureufement
cette claufe de fes concedfions n'a point itd ex6cutde:
c & au cas qu'lls defirent avoir titres de Baronies,
v Comt6s & Marquifats, fe retireront par-devers n6us,
v pour leur &tre exp6dii Lettres a ce niceffaires... ,.
( Editdu mois de Mars z742. )
Un Auteur moderne a propof Ile droit d'aineffe pour
iviter le partage des habitations; il faut attribuer cette
erreur i des Mimoires peu exads qui lui ont 6t6 fournis.








SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. I1
donc choifir ces cultivateurs parmi les Frangais
& non pas parmi des strangers, que la diverfit6
de leurs opinions & de leurs principles rendrait
toujours difficiles k gouverner.
A prbfent que les Nationaux font dans la Co-
lonie en nombre bien plus que fuffifant pour
entreprendre la culture de toutes les terres, que
la population s'accroit journellement, & peut
s'accrottre d'avantage par les influences fortunees
d'un gouvernement mod6re, il parait necefflire
d'abroger cette loi, & de ne plus permettre que
des strangers deviennent propri6taires des terres,
a moins qu'ils ne deviennent hommes nationaux,
en pregnant des lettres de naturalit6s; auquel cas
il leur fera pernnis d&acheter des terres au nom
de leurs enfans nis dans la Colonie.
Les Lettres patentes de 1727 offraient le con-
trafte le plus fingulier; car en meme-tems qu'elles
permettaient k des strangers d'envahir la propriete
de tous les terreins de la Colonie, elles difen-
daient (art. i, 2., 3 & 4) aux strangers mtme
naturalifes, d'y fire le commerce, & aux Nd-
gocians de les employer pour fai~eurs ou commis.
Les Marchands ou Negocians, leurs fal&eurs
& commis, ne font que paffagerement dans la
Colonie; ils ne font point comme les propri6tai
res des habitations les Seigneurs du pays il n'y
a doce point d'inconv~niens k permettre a tous
D ij








21 C O N SIDER. A T I O N S
les strangers naturalifks d'y etablir des maifons de
commerce. En leur accordant cette permiffion on
ne ferait qu'approuver ce qui exifte, parce que
les Lettres patentes de 1727 font k tous egaids
ref ees fans execution.
D'autres LoIk tenlaient 'a exclure les Francais
de Religion proteftante & 1'Edit de x685 me-
nacait de la mort les Juifs- qui viendraient s'y eta-
blir : tous ces Reglemens font reftes fans force,
ils ont toyjours ete enfreints, & 'on trou ve dans
la Colonie des homes de tous les pays de tou-
tes les Religions, on s'informe peu du lieu de leur
naiffance & de la nature de leur culte quand ils
ne font ni mechans ni trompeurs; tous peuvent
jouir de reffime qq'on doit la probity & h Fu-
tilitc (i).
Les rapports qui exiftent ordinairement entire
le cara&ere des hommes & leur fubfiftance font
moindres 'a Saint-Domingue qu'ailleurs, parce que
la plus grande parties des Blancs & des ; oirs s'y
( ) S'il eft une, portion d'hommes qye. 'on dpive
exclre 4gs pys fl.oifgns dg rA rie, ce dove
&tre les gens oi0ifs, les malhonn8tes gens; mais dans le
fiecle dernier, opn dfendait, par an pryjugd auf1i dan-
gereux que barbare, a un Frangais Proteflant, homme
laboriux & utile, de paffer a Sainit-Domingue & d'y
reclamer le droit de citoyen que l'on accordait a un
Catholique fQillW de forfaits 4~ iechapp a 1. rig teu d4cs
2Triuyaaux de la M1tropole.








SUR LA COLONIE DE S.'DOMINGUE. 13
trouve tranfplantee': les filites de cette tranfplan-
ration font toujours malheureufes.
Les maladies font des effects inevitables du chan-
gement de climate. Les exhalaifons de la terre font
differerites dans tous les pays fuivant la nature du
fol. L'air de la mer eft fort & afif; quand il eft
mrnl avec les particles nitreufes & fulphureufes
des terres de Saint-Domingue & embraf6 par les
feux du Solel, il ne peut pas convenir a ceux qui
ont long-teins habit des pays fioids: c'eft la na-
ture de 'air que nous refpirons qui fixe notre
temperament, & le moindre changement d'air peut
caufer les plus grandes revolution' dans la fante;
ces revolutions deviennent h plus forte raifon dan-
gereufes quand 'air que lon vient refpirer eft fi
di#frent de celui que l'on quite, & influe tellement
fur les organes qu'il oblige changer entierement
de .tem'6rament : il ne faut pas demander lequel
eft lemei mliur des deux climats; pour devenir
mnalade il fuffit que l'on change : il eft donc ab-
furde de dire que le climate de Saint-Domingue eft
mauvais ,parce qu'il y perit des arrivans. Si ce
cliImat avat erte long teams dbfert, ce ferait un
prejuge ; mais il parait au contraire avoir ete ha-.
bite dans tous les teams, & Its Epagnols en labor.
dant le tro'uv'erent tris-peuple.
En general la depopulation ne ferait pas fi con-
fiderable dans la partie frangaife de St. Domingue,
D iij







14 C O SI I RATIONS
& il y pOrirait moins de nouveaux arrives fi la
situation des Villes avait ete mieux choifie ; tou-
tes, hors celle de L&ogane, font au bord de la
met 'Fair y eft plus charge de fels & plus corrofif
qu'il ne left dans les terres. Aux Cayes, des La-
gons renfertnms au milieu de la Ville; h Saint-
Louis, des marecages peuples de crabes, couverts
de rofeaux, de mangliers & de joncs marines ; au
petit GoAve, les eaux infe&tes de la riviere; au
Port-au-Prince, la situation du port, la quality du
fol, les brouillards fr quens, la difette d'eau
potable ; tout confpire contre la vie des hommes.
11 femble que dans chacune de ces fades la conta-
gion ait voulu fe fixer qu'elle les ait choifies elle-
meme pour y exercer fon empire. Le Cap eftl trop
refferrl entire la mer & les montagnes, le vent de
terre y parvient rarement, les rues font trop etroi-
tes, les maifons trop levees, les appartemens trop
petits le nombre des habitans, trop grand, & la
chaleur y eftl infuppbrtlble pendant un tiers de
l'annee. Tous les obfervateurs ont remarque que
les Creoles y font' ordinairement moins grands
que dans le refte de la Colonie, que les marriages
y font moins frconds. Le Fort-Dauphin, eloigne
des montagnes, n'eprouve point la double rever-
beration du Soleil, don't on eft frapp6 dans le
Cap, mais il eft environne de marais ; le Port-de-
paix n'eft guere plus heurcufement fitub; it n'y







SUR LA COLONIE PE S. DOMINGUE. 5
a d'azyle epure, d'air falhibre, que dans les Villes
de Leogane, de Saint-Marc & du M61e Saint-
Nicolas; mais il faut que le climate de Saint-Do-
mingue ait bien des avantages fur celui de la
France, puifque malgr6 la mauvaife situation des
principles Villes, on trouve qu'il y meurt k pro-%
portion moins d'hommes, en ne comptant pas les
nouveaux arrives que la transplantation fait perir.
Cette deftru&ion des arrivans fait voir combien
il eft important de repeupler toujours la Colonie
par elle-meme, en encourageant les mariages ,
en fixant dans le pays les hommes qui y font main-"
tenant habitues, & de ne laiffer embarquer pour
la Colonie que la moindre quantity poffible de ces
hommes inconnus, fins talents, fans etat & fans
deffination qui jufqu'a prefent y ont aborde fans
obftacles (I).
Une foule de vagabonds & d'aventuriers vient
fe jetter fur ce rivage ; on trouve parmi eux des
fils de famille abandonnes, fans metier & fans
biens, rarement fans recommendation; mais n'6.
rant affez bien connus de perfonne, aucun citoyen

(1) Si l'on a difendu de laiffer venir dans les Colo-
ries des Proteflans & des Juifs, c'efl fans doute pour
emp6cher que ces homes ne corrotmient la religion deq
Sujets du Roi ; ne doit-on pas, a plus forte raifon, em-
ptcher qu'il y vienne des malhonnftes gens ou des
hommes inutiles, de peur qu'ils ae corrompentla probitY,
D iv







$6 C O NSI D iRA TIO
ni aucun habitanit n'ofent avodir de confiance er
ox ; leir fort eft de vaiirt e le tyraii le plus cruel
des homes dvilif6s, la h6one de-li nifere. Les
utis vont implorer d'uni quarter & l'dutre ces fe-
cours amers que lFon done fanS int~i4t, que
l'on refufe fans crainte, & que ti plfipart des
hfihffines ne prodigne jintais anf m'6p'ris. D'autrs
mennenit dans Ie fond des cabarets, dans des tri-
pbts obfcurs, ou parmi les efclaves unt vie pire
que le tr6pas : errins & fan rtflburtes fans
guides, dans r1'ge ou f '6tti i a fe plus befoin its
doivenrt s'egarer ; s'ils confervefit uti refle de vet-
ti, le chagrin d'une situation fi trifle les aiccabe,
& le nombre de ceux que la moi-t prenfl en piti6
eft tres-cortfiderable. La parties inilitaire dit Gou-
veynement qui pretend fe meler de la police, ne
parole pour eux que de prifons & de feverite. Le
r'fle de la Colonie les regarded en filtnce ; mais
ne de trait oh pas s'occuper a f-s iendre utils,
ai les fauver du malheur & du vice, nietttre
pziir euk c6tf du chitiment l'occafio i du travail,
& des encouragement pour l'avenir ?
Si le Gouvernement de la Colonie &tait bon,
les mauvais fujets qui s'y introduiraient dans la
fute, contribueraient utilement 'a fa population,
& ne changeraient point fes m0oers; ceux m~me
que des fociet6s policies ont repouffr de leur
feir, pEuVenf ehoi tre e-utikes. C'efl bien fo-







SUR. LA COLONIE DE S.DoMINGUE. 57
vent 1'incertitude des loix & l'iniquit6 des riches
qui fait des criminals : ces malfieureux 6tant tranf-
portes dans une foci6t6 bien ordonn6e, conduit
par dees hom s ages, iftifs, genereux, eclaires,
aeviendraient honnetes humans laborieux &
raifonnables.
Un Auteur moderne a ct-u qu'on s'6tait occupY
r'rieufeinent daus la d.pendance du Cap, des in-
fortunes qui y arrivent en troupe; il a cru que la
Providence leuir o&ait un azyle & il 1'a public;
hiias port6 natu:elle&ment h ci-oire le bien, il fe
fait tirop a ds relations ineifongeres. La maifon
(ju'o'n nommait au tap la Providence etait un
hof'pice fohd6 par un vieux Colon, qui avait con-
facre & cet itabliffement une fortune trop petite,
hilas! pour fe nombre des malheureux qu'il voulait
t6courir; ;ofiu e-A refl6 dans le mme, Etat. L'hum-
ble toit qui lui fei'vait de retraite, & qui main-
teniant tbiibe e a ruiie eft cet hofpice tant c61e-
bre dans I'Hifloire philofophique & politique du
cbfnmerce Etropeen. On n'y recoit plus les jeu-
hies fujets qu'il eft ediel de conferver; il ne
rftea en 1775 qu'eAyiron trente lits qu'on don-
Siait a des malades; le fondateur n'avait laifle que
le project d'un etablifement precieux k l'humanite.
Ce project n'a point ete fuivi, & l'on phralt
l'abandoitner ptor toijburs. I1 ne faut done
tIS b rirtbfir dc H6pitaux pour fire vivre la







$8 CON SID' t A TION S
parties des hommes libres qui refte maintenant
dans la Colonie, oifive & fans reffource. Nous
nous occuperons en traitant de la police gene-
rale, des moyens de employer utilement.
II nous refte h parler, de la population des Negres.
On n'eftime pas le nombre des Negres cr6bles
k plus de Ix4 mille, plus de la moitie des Negres
de la Colonie a done te~ apportee de la Guinee ?
Les vivres don't ils fe nourriffent ont et6 en
parties trouves dans lrifle lors de fa dcouverte :
tels font la bannane f'igname, le choux, la patate,
le mahis & le millet. Ces planes viennent par-
tout, & reuffiffent mieux dans les endroits frais;
dlles exigent peu de foins aprbs la plantation &
produifent en toute faifon : d'autres font venues
de Guinee avec les premiers Negres; favoir ,
le manioc, le pois d'Angola & le riz : tous
ces vivres font fi favorables h de grands peuples,
qu'un efpace de terre de cent pas en carre cultiv6
exalement par un feul Negre pendant deux heures
dela journee, peut nourrir plus devingt Negres (i),
(i) II ne faudroit done que i6ooo carreaux de terre
pour nourrir 290 mille Negres, ce qui eft a peu pris le
nombre de ceux qui font a pre6'nt dans la Colonie. Ce
ca!cul n'efl pas 6loigne de la virit6 car en comptant fur
3000 habitations en grande culture, & fuppofant
Ic places a vivres a quatre carreaux bien cultivds pour
chaque habitation, elles comprendroient Ixooo carreaux
de terre; il faut joindre I cette itendue celle des petits







SURL LA COLONIE DE S. DOMINGUE. $9
Le climate de la c6te de Guin6e n'eft point
femblable 'a celui de Saint-Domingue ; les jours
y font plus chauds & les nuits plus fratches, les
pluies molns abondantes, mais plus frequentes.
Les Negres ont en Guinae un cara&6ere parti-
culier felon leur Nation, leurs befoins, leur com-
merce; mais ils prennent 4 Saint-Domingue un
cara&ere general, qui les rendant h la fois ardens
& paffionn6s, craintifs & patients les faqonne k
l'efclavage.
On voit dans la Colonie peu de Negres des
bords du Niger, ils font plus communs k la Ja-
.maique ; ils font grands & bienfaits adroits I

terreins oi on cultive du manioc & d'autres vivres, pour
vendre dans les teams de fichereffe: ces terreins ne doi-
vent pas former la valeur de 2000 carreaux bien cultivis.
Les Ifles Anglaifes, & mime les Ifles Francaifes du
Vent, confomment beaucoup de harengs, de more &
de poiffons fales, pour la nourriture des Negres; on ne
leur donne a Saint-Domingue que de la terre a cultiver.
On y joint, dans les habitations bien dirigdes, la per-
miflion d'lever de la volaille & des animaux ; cette me-
thode vaut mieux que celle des Anglais; elle excite, parmi
les efclaves, Fambition de travailler beaucoup, pour
retire bien du product; elle eIs captive par l'attachement
que les hommes ont naturellement I leurs propri6ttes. La
diftribution du poiffon fald, en augmentant la d~penfe
des habitations, ferait nuifible, parce que les maux vin&-
riens font friquens parmi les Negres; ils font fujets
4 fe faire aux jambes des bleffures difficilesj gudrir ,







60b C 0 I s I i A T 1 'o l 1
V "&neer Fs ichiranx, & h-aris dans ie flanger,
itis ils h'obt point d'aptitude lba chiturb. Leurs
Misri habotibelifes & fidentaires;, fonk propres i
la rdb&meticite.
Les NMeres de Cbigo, doht kb nombre eft le
jIt grand dans li Colonie, f6nt adroit- & facites
I clnduire; ils appreinent fir--tout eh peu de
teins qtis les m tiers qu'oh veut Ieur ir'ontrer, &
t iift itelligens dans la culture des terres, iniis
enclins au marronage. I1 faut pour le fixer leur
obtnner des ferinmes les encourager lever des
tfle1auk, les retenir enfin dans les lieris de la
prbpriet& : il faut les mettre dans le cas de fb
alMier difficilement de leurs mattres & par con-
feqtuent augmenter leurs befoins, leur infliirer mre
ite le gofit d'un luxe proportionne h leuin condi-
tion. D's qu'un efclave peut fuffire 'k fes befoins,
ii n'y a plus pour lui de dependance, la nature re-
prend fes droits, elle l'affranchit du joug fous lequel
il &tait oppreff6, & rend vaine la loi du plus fort (i).
& ri ferAitnt plus riialignes fi leur faiing, dej trop
&ehaufe, ei'ctir encore par les aliens.
(i) c COriiment contenir un efclave qui n'a point de
Sbef'oiils ? qtli ne poffede rien? En vain fon maltre fe
2 fervirait di'uric force fupdrieure I la fienne, pour le
Scountrbiridre lui ob.e ir, a travailler, a deieurer ave'c
lilq; i I ~idttqu'll redouble de vigilance, qu'il ne perde
Sp.4s su n moment fon efclave de vue, qu'il le renferme
b tfans dih idrdit o iei enclos, n ce peur h'il ne s'-







.SUR LA COLONIES DE S. DOMINGuZ. 6x
Les Negres de la C6te d'or font robuftes ; ils
ont de l'efprit, de la droiture & de 1'humanit6;
leur emulation furpaffe celle des autres Negrts,
meme Creoles; leur cara&ere eft joyeux, ils fomt
foumis k leurs maitres, mais fans leur ,tre beau:-
coup attaches; tous les travaux leur conviennenr:
ils font indiffireminent ouvriers ou laboureurs,
mais ils ont des prejug s qu'il ne faut pas choqer
tout d'abord; ils fe perfuadent que quand ils feret
morts Us retourneront dans leurs pays. Plufiems
ont le courage on la faibleffe d'attendre la noit,
d'autres fe la donnent promptement; on do fi
garder de vouloir d6truire leurs erreurs par d'an-
tres fuperflitions: rien n'ef plus revoltant pour
eux que le profklitifme; il faut done que la don-
ceur & les bons traitemens, cownnencent a leur
perfuader que le retour leur patrie ne doit pas
etre pour eux le feul bien defirable; le teams &
la frequentation des Negres Creoles, ics aideront
enfuit k fe detrompTr eux-mnmes.
II n'eft pas aif6 de favoir de quelle Nation font
les Negres, que les Capitaines de n'avirqs Fran-
qais vont chercher en Guinee. Deppiis qu e le nom--
bre des acheteqrs s'eft accrf & a d6ppu e le

x cbappe, 9u qu'i ne fe rue sl ne pept s'& hpper: 1
Sfa f6vvritd, tyraungi e re Aciien un mqqmn., l'nf-
Sdclave gane les ois, & fes fers font briffs ,.
:et








62. CO NSI D E RA TI O NS
bord de la mer, les courtiers les prennent kh cent
lieues k la ronde & chaque cargaifon eft compo-,
fee de Negres de tous les cantons: on en va pren-
dre dans le milieu des terres parmi des Nations
jufqu'a prefent inconnues aux Eupop6ens; il n'eft
donc pas poffible de cara&ferifer les differentes
fortes de Negres que l'on apporte k prefent dans
la Colonie, & d'indiquer ceux don't la tranfplan-
tation reuffit le mieux. En ge6nral les cargaifons
font compof6es de Negres faibles & qui ont fouf-
fert, foit dans les voyages de terre pour fe rendre
aux Comptoirs, foit dans les traveif6es. On vend
pour 'ommes & femmes tous les Negrillons &
Negrittes, don't la taille eft au deflus de quarante-
cinq pouces, & il en meurt un tiers dans les pre-
mieres annees de la tranfplantation, foit du fcor-
but, de la fievre putride ou de I'etifie.
Avec plus de foins & d'attentions, peut-etre en
fauverait-on un grand nombre; peut-etre qu'en
les faifant fejourner leur arrive, dans des lieux
bien expofes, & les accoutumant infenfiblement.
au travail, on n'en perdrait que trspeu; mais il
eft certain que la traite des Noirs ne peut pas fe
foutenir long-tems; plus on pen6trera dans les
terres interieures de la Guin6e, plus les efclaves
rencheriront : il faut donc encourager la popula-
tion des Negres, & defendre aux mattres, fous des
peines feveres, de maintenir dans leurs habitations








$UR LA COLONIES DE S. DOMINGUE. 63
une economic defiruftive; il faudrait mime exemp
ter chacun d'eux d'une certain portion des impo-
fitions publiques, k proportion de la quantity des
Negrillons nes dans fes atteliers, & doubler cetn
exemption quand dans une feule annee le nombre
des npuveaux-nes ferait au-deffus de dix.
On a introduit dans la Colonie depuis rann&e
168o, plus de huit cents mille Negres : une pepi-
niere aufli forte aurait dfi produire des millions
d'efclaves cependant il n'en exifte dans la Colo-
nie que 290 mille; ce ne font pas les maladies qui
ont affaiblijufqu'k ce point la population desNoirs,
c'eft la tyrannie des maltres : elle a triomph6 des
efforts de la nature (i).

(z) Les feules maladies qui foient I craindre pour les
Negres faits au pays font rdpiau & le mal d'eftomac.
Le mal d'eflomac.eft une efpece d'dtifie, qui n vient
que de la mauvaife quality ou de l'infuffifance des ali-
mens: on n'a donc point I craindre que cette maladies
s'empare d'in attelier, quand on veille a ce que les Ne-
gres tiennent leur jardin en bon stat, & aient toujours
des vivres a recueillir. L'Epiau eft une gale malignequi
n'attaque que les Negres, & a laquelle ils font tous fu-
jets comme a la petite virole. On la guirit pour cou-
jours en adouciffant la maffe du fang par des tifannes
fudorifiques & des purgations. Le traitement n'eft ni
difficile, ni dangereux, ni relatif celui des maladies
vindriennes quoi que puiffent publier I'avarice ou 1'i-
gnorance des Chirurgiens de la Colonie.







64 CoNsI.'1ATIqN.
Quand meme on ne voudxait regarder les Ne-
gres que comme des ltres physiques utiles 4 nos
Jouiflances il ne faudrait pas les detruire fans n&-
ceffite pourquoi donc les fare p&rir ou languir
dan$ des'traitemens barbares ? I faut placer leurs
demeures dans des terreins falubres & leves; la plu-
part fe pouchent fur des claies, des nattes, ou des
cuirs pofks plate-teire dans des cafes etroitgs c
mnal-aines : il faut leur montrer k fe fair' de .r il-
leurs lts, & 'a les exhauffer de maniere ,que ls
vapeurs dp la tqrre ne 1pur faflent pas trqp vive-
ment reffentir ni la chaleur du jour ni la fralcheer
dangereufe des nuits. Si l'interet & matter Ies
condamne des travaux, le mi n ipt4-qt veut
qu'il s'occupe k leur affurer au moins quelques
moments d'un repos falutaire.
On doit facilitcr leurs amours recevqir vec
joie les fans qH'ils offirnt la laColone : les
pr6fens de la nature fnt tQujours pr&cieux.
Mais des maltres avides n'aiment pas h voir
leurs NMgreffes enceintes; on eft difent-ils, prive
de leur travail pendant les derniers mois de leur
groffefe, & l'on ne peut en retire que de legers
services jufqiu'k ce que l'enfant foit fevre; le be-
n'fice des crCe' ne fuffit point h r6parer le teams
perdu.... II y a des homes barbares, en qui la
cruaut6 eft foytifie, par 1'avarice & l'avarice ne
privoit rien.
Si








SUIt LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 65
8i le travail d'uneN6greffe pendant dix-huit mois,
c'eft-l-dire pendant les trois derniers mois de fa
groflfffe, & pendant les quinze mois qu'elle allai-
tera fon enfant, eft eftim 6oo00.liv. & qu'elle ne
faffe pendant cet intervalle que la moiti6 de fon
travail, il eft certain que le maitre perdra 3oo
livres.
Un Negrillon de quinze mois ne vaut pas k la
Verite cette fomme mais k l' ge de dix ans il
vaudra i oo liv. il commencera alors a travailler
utilement pour fon maltre ; il aura gagne pour ce
mattre, avant fa quinzieme annie, au moins x.oo 1.
& fa valeur k cet ige fera de 2oo0 liv. voilk le
produit des 300 liv. don't le maitre aura fouffert
la perte par. la groffeffe de fon efclave. Peut-on
placer de l'argent k plus haut inter&t?
D'un aUitre c6t6 fi lors de' fa naiffance un Ne-
grillon n'eft eftim6 que 1i o 1. quoiqu'il cofte 3001.
k fon maitre, il ne faut pas s'en rapporter a
cette eftimation arbitraire parce qu'il n'eft
ni permis ni p6ffible de vendre des Negrillons f6.
par&s de leur mere, & par confiquent de s'en
procurer ce prix : il eft donc plus raifonnable
d'eftimer, et general les Negrillons k 300 1. parce
qu'ils content h peu prks autant, & qu'il n'y a
point dfinconvknient h les eflimer trop cher. II y
en a au contraire k les eftimer trop peu, car fi les
propri6taires eclaires k qui cette eflimation ne fait
Tome 1I. E







66 CON S I D RATI O N S
point illufion, n'en excitent pas moins la population
dans leurs atteliers; il n'en fera pas de m6me de
ceux qui tiennent des Negres bail a ferme; fi les
Negrillons leur couitent 300 liv. & qu'k la fin du
bail on ne leur en tienne compete que fur le pied
de Ioo, i5o ou 200oo liv. ils doivent naturellement
defirer la fterilit6 des Negreffes (i).
Si les Negreffes fe font fouvent avorter, c'eft
prefque toujours la faute de leurs maltres ; ils
n'ont pas le droit de les en punir, parce qu'il n'y
a que l'exc~s de la tyrannie qui puiffe &touffer en
elles les fentimens maternels : dans quelques habi-
tations les. maitres font des pr'fens toutes les aunies
Sleurs Negres; le premier jour de fan eft un
jour d'amniftie, fi quelqu'efclave s'eft rendu marron,
il attend ce jour pour venir fe jetter 'a leus pieds;
ils veillent ce que chacun ait une feiwme, ils ea
achetentde nouvelles quand le nomibreAdes mAleseft
grand; ils les encouragent h cultiver beaucoup.de
grains, 'lever beaucoup de volailles & d'animaux,
pour qu'ils aient un petit rmyenu ,qui puiflfe adoucir

(x) I1faut favoir que daps les baux I fermede Negres,
le Fermier rdpond de leur mortality, & que par confi-
quent les NWgrillons qui naiffent pendant le cours du
bail lui appartiennent; mais comme ils nepeuvent par;
etre f6pares de leur mere, le propriitaire s'en emp~ir 4 la
fin du bail, & n'cfl oblige 1% en tenir compete au FErtaier
que fuivant 1'eflimation qui s'en fait lors de la remife.







SUtR LA COLONIE DE S. DOMIWGUE. 67
leur situation, & les aider dans leurs befoins; ils
prennent foin des Ncgreflfes pendant leurs couches,;
ils honorent leur f&condite, en leur donnant un
rwchange neuf ou d'autres chofes, qui, fans tre d'un
grand prix font aimer leur domination. Quand les
enfans font fevres, il les attirent & les nourrifTcnt la
cafe principal pour qu'ils foient mieux traits, pour
foulager leurs meres & les mettre en etat de fe livrer
fans inquietude an travail. Tout profpere chez de
tels habitans, & its n'auront pas long-tems befoin
des fecours affligeans dn commerce de Guinee.
II ne faut qne de faibles encouragement pour
porter au plus haut degri la population des Negres
de la Colonie ; il y a de grands atteliers entiere-
ment compof6s de Creoles. J'ai vu cinquante.trois
Negres N6greffes, N6grillons ou Negrittes de la
m6me famille; le pere vivait encore il &tait ne
dans le Sbnagal, il avait quatre-vingt fept ans d'ef-
clavage; il avait, eu vingt-deux enfans de trois N6-
greffls, qui toutes &aient mortes, & commengait
I voir fa quatrieme g6n&ration.
En execution de I'Edit de 1685, les Million-
naires Y6fuites avaient entrepris de marier legiti-
mement tous les Negres efclaves; mais cette me-
thode qui 6tait au maitre la faculty de divifer fes
efclaves nuifait au droit de propriety & 'a la for-
million n6ceffaire. Un mauvais Negre corrompait
une famille, cette famille tout rIattelier, & la conf-
E ij







68 CONSID V RATI ON S-
piration de deux ou trois families pouvait d&ttuirea
les plus grandes habitations, y porter l'incendie,
le poifon, la rvolte.
Les Negres font fuperftitieux & fanatiques i
faut autant qu'il eft poffible ne point leur donner
d'occafions de fe livrer k ces vices dangereux. Les
Jefuites ne fe conduifaient pas dans cette vue ils
prechaient, attroupaient les Negres, forgaient les
nmatres h retarder leurs travaux faifaient des ca-
t6chifmes, des cantiques, & appellaient tous les
efclaves au tribunal de la penitence; depuis leur
expulfion les marriages font rares, ii ne s'en fait
plus parmi les Negres des grandes habitations. On
n'y permet plus h deux efclaves de fkparer pour
toujours leur int&ret & leur falut de celui de Fat-
telier; plus de prieres publiques, d'attroupemens,
de cantiques ni de fermons pour eux; maisil y a
toujours des cat6chifines, & les Negres peuvent
encore -n payant fe faire baptifer trois ou quatre
fois (i). Ils font dire des Meffes pour retrouver

(1) Par example, s'il leur furvient un accident, tn
malheur ils imputent cela h leur premier bapteme: Ma-
raine moi la pas td gagn6 bon tite; jour-Ul moi te bap-
tifemoipas tilevi bon pied. Ils concluent de ce raifonne-
ment qu'il faut une feconde fois fe faire baptifer. En fup-
pofant I tous les Mifflonnaires les meilleures intentions
& le plus grnad difint6reffement, its previendraient
difficilement cet abus, parce qu'on re tient point de re-!








SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 69
*ce qu'ils ont perdu ; il y a tel Capucin qui reqoit
jufqu'a vingt mille livres par an pour dire des
Mefes (i).
Des hommes I qui il ne fautyeut-6tre pas s'en
rapporter entierement, pretendent qu'il n'eft point
poffible d'allier dans la mafniere de gouverner les
Negres la politique & la Religion; c'eft aux J6-
fuites qu'ils attribuent prefque tous les crimes qui
ont et6 fi pernicieux 'a la culture & k la popula-
tion, dans la d6pendance du Cap. Angelique &
Pompee n'ont tre, felon eux, que des martyrs de
la fuperflition; c'eft en difiribuant le poifon, difent-
ils, que les Negres chantaient des cantiques. Trem.
blons, ajoutent ils de voir des Negres tromp6s


giftres des bapttmes des Negres, & quand m6me on en
voudrait tenir, il ferait toujours difficile de reconnairre
ceux qui auraient dtr baptifis, I moins qu'on ne fe fervit
du baptrme de feu, & qu'oA ne les baptifat avec une
6rampe.
(r) Le prix fait dc chaque meffe eft de quatre efca.-
lins mais on ne taxes pas la gindrofite des fideles, &
I'on peut donner une piaftre fi l'on veut. Un Prdtre, qui
ne pqutjamais dire dans 'annie plus de trois cents meffes,
recoit le prix de cinq ou fix mile, parce qu'il eft fous-,
entendu qu'il fait paffer en France dequoi faire dire ceW1
qu'il ne peut pas dire lui-meme.
Eiij







70 CONSIDERATIONS
par les chimeres d'une autre vie, empoifonner leurs
maitres, leurs peres, leurs amis & leurs ennemis,
s'empoifonner eux- mimes; que n'a-t-on pas 'a
redouter d'une folie qui peut produire de fi deplo-
rabies effects, qui qnduita des crimes atroces par
des fentimens vertueux ? 'a quoi fervirait-il que les
Negres foient attaches a leurs maitres reconnoif-
fans, fenfibles envers leurs amis pleins de refpe c
pour leurs pere & mere leurs parents & tous les
vieillards ?... S'ils regardent la terre comme un lieu
de peine & de tourment les objet-qui leur font
les plus chers ne feront-ils pas immoles leS pre-
rniers h leur compaffion xneurtriere?
Je ne penfe pas ainfi, & je confidere les vbrites
de la Religion, come le plus grand fiein que
1'on puifle donner aux crimes & aux vices. Mais
je tiens qu'en tout pays le culte exterieur doit etre
fubordonne a la morale & a i'utilite publique; fa-
vorable a la population, il doit rendre les homes
plus attaches 'a la vie plus jaloux de la donner a
un grand nombre d'enfans d'embellir & de fer-
tilifer les lieux qu'ils doivent habiter eux & leurs
d' fcendans. II eft donc eflentiel de rendre les efclaves
reconnaiffans envers le Createur, amis de la nature
& de l'humanit6, de leur donner les moyens d'tre
heureux autaut que leur condition le permet, & de
ne point accabler la faibleffe de leur efprit de dog-







SUR LA COLONIE DE S. DOMINGUE, 71
mes firnaturels. La contemplation d'une vie future
ne peut que les rendre indociles, inattentifs enne-
mis de leurs travaux, d6truire les attraits de la
vie prcfente, les engager enfin a fe donner la mort
& h enfevelir avec eux une poflrite, dont la Co-
lonic, l'Etat & le Commerce, ont 6galement be-.
foin. Le renoncement 'k foi-m'me eft fatal en
toute focift6e, & c'eft rendre hbmmage Dieu
que d'&couter la voix de la Nature.


E iv







7.Z C 0 TS .D. A TI O[ N S


D IS C 0 U R S III. -

Des Afranchis.

SA cWffe interm'diaire de la Colonie, celle des
efclaves qui ont obtenu ou achete leur affianchif-
fement, eft trop considerable; & le Miniftere a
eu.plufieurs fois l'intentiqn de la diriinuer. II a
autorif6 en differences circonflances les Adminif-
trateurs de la Colonie vendre les libert6s 'a prix
d'argent, mais cette methode .eait mauvaife, ell1
a ete profcrite.
Lee'Cofieil fiip rieur du Cap, par un Arret de
reglenent rendu en 1767, a dclar6 nuls tous les
affrianchiffemens quj feraient 'aI 'avenir donnes pay
teftament & I'ann6e fuivante tine Ordonnance,
confiriant.ce rpglenient, a voulu qu'on ne puCt,
non-feulement db4ner l'ayenir de liberty par tef-
tament, mais merme affranchir aucun efclave fans
en avoir obtenu la permiffion pr6alable du 'G6-
n6ral & de l'Intendant. II an eft r6fulte que beau-
coup de femblables pbrmiffions ont ete vendues ou
donn&es k la fveur, & que les qffrgnchiffemens
pe font pas devenps plus rares.
On a renouvell1 le fyfteme de vendre k prix d'ar-
gems, les permiffions d'affranchir toutes fortes d'ef-
laves cy fyflCme eft mniintenant plus accredit que







SJR LA COLONIE DE S. DOMINGUE. 7-3
jamais; les permiflions font taxes, & l'objet
de cet imp6t n'eft pas encore bien connm : on
4lifait au mois d'Aofit 1775, que c'&ait pour rebi-
pir auCap, rhpfpice appell6 la Providence; mais ce
project ayant &e abandpaim il faut fuppofer abfolu-
ment une autre deffination: ferait-ce de dimimner le
n9mbre des affranchis ? on fe tromperait toujours.
Le premier motif qui puiffe engager un maltre Abus de
Ivendre its
t affranchir fon eflaye c'eft la reconnaiffance des arachinc-
fervices qu'il en a recus : ce motif devrait etre le meis,
feul; cependant il y en a deux autres; favoir les
liaifons illegitimes du maitre & de 1'efclave, ou
l'attachement qu'il a pour les enfans provenus de
ces liaifons, & l'argent que l'efclave offre k fon
maitre pour fe racheter lui-m6me. Dans le pre-
mier cas, un homme opulent ne feri point retenu
par la prainte de payer, Flamour de l'argent ne
F1emp&chera pas de fire une acfion gendreufe ;
dans le second cas, il ne balancera pas h faire k
fa paffion un facrifice de plus; dans. le troifieme,
il exigera de fon Negre une plus forte rancon.
Chez tous les peuples qui ont eu des efclaves
les fils ou petits-fils des affranchis, etaient riputes
ing6nus; mais h Saint-Dorringue 'intrert & la
fihret6 veulent que nous accablions la race des Noirs
d'un fi grand nmpris que quiconque, en defcend,
jufqu'I la (ixieme gcnaration, foit covert .d'qn
wche inefacable.








Y4 Co N s in t ATro N s
Les Mnlktres, Quarterons ou Mtip, font refpec-
tueux & foumis envers les Blancs, & les aiment
rous en gerft&a ; ils ne fe permettent de hair que
ceux qui leur ont faith beaucoupde mal. S'ils ofaient
rapper un Blanc, meme qand its en font frapp6s,
its feraient punis avec rigueur; telle eft la force
du prejuge contr'eux, que leiur mort, en ce
cas, ne paraltrait pas uf trop grand fupplice:
cette fiverite fera peut-etre trouv6e injufle, mais
cie eft n6ceffaire.
Jufqu'k ces dernieres ann6es un Blanc qui fe
croyait offenf& par un Milfitre, le maltraitai &
le battait impunement; mais 'a prefent les Com-
mandans militaires ont recu do GCn&rat l'ordre
de ne plus fouffrir que fes Blancs fe rendent
juffice ~ eux-memes d'une maniere auffi violen-
te (x); & quiconque frappe un Mulitre eft mis
dans les forts ou prifons militaires, pendant le
terns quril plait au Commandant de Fy retenit.
S'il eft jufte qu'nn Negre battn par un antre
que fon mattre, puiffe fe plaindre de cette violence,
a plus forte raifon les Mulitres ont-ils droit h la


(1) Ie Rot, dit- on ne veut pat u'aucn de fes
Sajets foit maltraitd. On ne fe trompe, point darn km
principe, mais on V'applique mal. La fureti & res bons
traitemens ne peuvent exiftcr fans le maintien de l'ordre
& la confervation des rangs.








SUR LA COLONIE DES. DOMINGUE. 7$
m~me jufice; rmais il faut fire cette difference
qu'un Blanc offenf6 par un Negre peut fe plaindre
au mattre de ce Negre, & qu'en ce cas le maitre
doit punir fon efclave, au lieu qu'etant infult6 par
un Mulitre, it 'a pas la meme voie ; s'adreffera-t-il
S Jaflice, h la Police pour avoir reparation
d'Lue infuke 1kgere, que cependant il ne m6prife-
rair pas fans danger? ne pouvant pas faire donner
vingt coups de fouet au Mul&tre infolent, il ferait
trop cruel dfasracher cc MulAtre I fon travail pen-
dant hoit on quinze jours pour le faire mettre en
prifon; d'aittmws c'eft toujours un tres-grand mal
que d'avair de gran4ds prifons & de les remplir. La
pekie de prifxi afflige, endurcit revoke; elle
ruine le peupte pour enrichir des geoliers : c'eft
une invention barbare qui nuit r tout, & ne
fert k rien; la fupiriorice des Blancs exige que
-le Mulcre qui leur manque foit puni fur le
champ & il y a une forte d'humanirt h per-
muetre qu'ils puiflint Fhumilicrpar un chctiment
prompt. & proportioea k I'infiUte (x).

(0) A Paris, oh le manquement d'un homme du hbas
people enverl foa fuplrieur ef toujours puni de prifon,
y a-t-il un feul cocher de fiacre qui ne prif6rit dix
coups de canne I dix jours de prifon. Et combien de
fois fubit-il l'un & I'autre? II y a cependantune grande
difference politique entire un cocher de fiacre & un mu-
litre des Colonies.







76 CONSIDVttRAT O NS
D'ailleurs il ne faut pas que la plainte d'un Mu-
lAtre puiffe fervir de pritexte 4 la haine, au capri-
ce a l'injuftice : il faut encore moins que l'appui
qu'on lui donne l'excite a l'infulte dans l'efpoir de
fe faire battre, & de fe venger enfuite en faifant
mettre des Blancs en prifon, il y va de la plus
grande conf6quence. Lorfqu'un Mulitre fe plaint 'a
un Commandant, a un Major 'a un Lieutenant de
Roi, & que le Blanc accufe nie le fujet de la
plainte, en croira-t-on plut6t l'accufateur que
l'accufe ? dans un pays coniftitu come celui de
Saint-Domingue, la quality de MulAtre jointe 'a
celle d'accufateur, doitelle balancer la dinegation
d'un Blanc? Ira.t-on chercher des temoins? Dans
quelle claffe pouTrra-t-on les prendre? II y a dans
la Colonie vingt efclaves ou affranchis contre un
Blanc, on trouvera done toujours des temoins
dans la claffe des affranchis ou dans celle des ef.-
claves; or les uns & les autres ne doivent tre
admis en temoignage contre les Blancs que par
neceffite, & dans le cas de crime capital; d'tn
autre c6te, ils feraient en quelque forte parties dans
le fait don't il s'agirait.
II ferait donc plus convenable & plus jufte que
le gouvernement de la Colonie continuat kI garder
comme autrefois le f lence fur les infolences parti-
culieres des Mplitres & fur les fuites qu'elles au-.
raient fauf h punir les Blancs, qui en les maltrait







SUIt LA COLONIES DE S. DOMINGU2. T7
tant fe rendraient coupables envers eux d'une vio-
lence dangereufe, & k les pourfuivre comme meur-
triers. L'expbrience eft en tout un bon maitre,
ecoutons fes lecons; elles nous apprennent que
les affianchis ne font point trop audacieux envers
les Blancs, & que les Blancs n'abufent point de
leur fup&rioriter puifque depuis cent ans it n'y a
pas d'exemple qu'un Mulitre ait infult6 gri6vement
un Blanc, de bonne reputation, ni qu'aucun Blanc
ait exc6de de coups aucun Mulitre.
Les Mulitrefles font en general bien moins do-
ciles que les Mulitres parce qu'elles fe font at-
tribu6es fur la plpart des Blancs on empire fonda.
fur le libertinage; elles font bien faites, tous leurs
mouvemens font conduits par la volupt6 ; raffec-
tation qu'elles mettent dans leur parure ne leur
fied point mal; elle obfervent une grande pro-
pret6 elles font fobres avares orgueilleufes,
elles aiment les Blancs, & dedaignent les Mulitres:
tel eft l'effet de lJducation, quelquefois elle
change la nature.
'Quand elles font vieilles, elles s'adonnent au
commerce des toiles ou h d'autres petits travaux,
dans lefquels elles riuffiffentt; elles ont fur-tout
le talent de fe faire ob~ir pon&tuellement par
leurs efclaves elles font charitable & 'cdmpS-
tiffantes :il y en a qui rendent de grands fer-.
vices aux jeunes gens qui viennetit cherchdr for.


t







78 CON SIDERATION S
Stune a Saint-Domingue fur-tout dans les mala-
dies qu'ils 6prouvent; elles achetent par toutes for-
tes de foins les droits qu'elles veulent avoir k leur
reconnaiffmnce.
Les gens de fang merl6, ont come les Negres
beaucoup de fli f le ; ils ontun refped fuperf-
titieux pour leursmaraincs,ilsconfiderent beaucoup
les vidiUards & n'ofent jamais les contredire ; ils
font en general trs-fiddes, & par confiquent
tr1s attentifs I conferver ce qui leur apparrient.
Celui qui ne fait pas conferver ce qu'il a, ne ref-
pe&e gueres la propri&t des autres: its fe fecou-
rent entr'eux -avec g&6nrofito, & on a vu des Mu-
1Itreffes retrancher fur leur luxe pour acherer des
enfais Mulkres que les peres n'avaient pu affran-
chir avantde moutir, & fire oces enfins dlaifles,
le don Ie plus pr&iemx, celii de ia IbertW.
. Is font d6vots, mais Jeur religion eft born&
h la croyance d'un Dieu fuu{ti ne. d'tt paradise
pour les bons, d'un enfer 6ternd pour les tn6-
chans, d'un jugement dernier oiu chacun rendra
compete; ils prononcent machinalement le nom de
la Vierge & des Saints & ne connaiffent point
la Tranfubftantiation, la Trinitk ,tfunit de i'E-
glife, l'efflcacith des Sacremens &c. Les Jifaues
qui ont voulu Iterr enfeigner trot cela, font point
triomph6 de leur ignorance.
Un Blanc qui 'poufe 16gitimement une Mul-


t







SUR LA COLONIE DE S. DOMINGU. 79
treffe, defcend du rang des Blancs & devient
t'6gal des affranchis, ceux-ci le regardent mjme
comme leur infirieur : en effect cet homme eft
meprifable.
Celui qui eft aflez Iache pour fe manquer U lui-
m6me eft encore plus capable de uanquer aux
loix de la fociete; & l'on a raifon non feulment
de mnprifer niais encore de foupponier la pro-
bite de ceux qui par interet ou par oubli, def-*
cendent jufqu'k fe mefallier.
II y a dans la Colonie environ trois cents hom-
mes blancs mnaris k des filles de fang m4le, plu-
fieurs font n6s geatilshommes; ils rendent mal-
hpureufes ces femmes que la cupidit6 leur a faith
kppufer ; its font eux-m^mes plus malheureux ei-
core quoique tinoins dignes de pitib. Tout ce qui
les entoure devieat pour eux des ohjers de regret,
tout ce qui doit cpnfoler les autres homes, les
plonge dans la trifle" : ils prouvent fans ceffe
les fupplices du coeur. Eft-il rien de plus acca-
blant pour des peres, que la honte de donncr
l'etre a des enfans incapables de remplir aucunes
fonftions civiles, & condamns 'a partager rhumi-
liation des enclaves (I).

(i) Des enfans procrds de femblables mariagcs ont
cependant quelquefois fervi en quality d'Officiers darts
la Mait~i & daas l[& Troupes duioi; mais & prifent







SC N S I D R AT O
II devrait etre .defendu fous des peines f6veres j
aux affranchis & filles de fang m61l, de fe rtiarier
k des Blancs, ou du moins, de tels manages
devraient 6tre nuls, quant aux effects civil;
la police & les loix de la Colonie ne doivent
point avouer de femblables unions.
En France l'inegalite des conditions eft un obf
tackle aux marriages : fi les peres & les tuteurs
peuvent s'oppofer I 'rhymen de ceux qui font enf
leur garde fans autre raifon que c6tte inegalit,
la loi ne doit-elle pas devenir la tutrice des jeunes
gens qui veulent contrafer k Saint-Domingue des
marriages, que non-feulement leurs parents, mais
tous les homes blatcs rie peuvent approuver?
ne doit-elle pas leur montrer que c'eft dans le
travail qu'il faut chercher 'les richeffes, & non
pas dans raviliffement, dans la confusion des rangs,
dans l'interverflon de rordre public. Les Romains
& leurs loix font pour nous de trs-bons exem-
ples fur cet objet.
II eft vrai que l'Edit de x168 vulgairement
appelle Code Noir, permet aux Blancs d'affranchir
leurs Negreffes en les 6poufant, & de legitimer
ainfi les enfans naturels qu'ils en auraient eus;


ii y a trop de Cr qles en France, pour qu'ils puifent
conferver l'e(poir d'cn impofer a l'avenir fur leur origin.
mais







'0 LA COLONIES DE & DOMINCUE. 8I
mais cette loi eft fujette k de grands abus,
coinbien de Negreffes n'en out*elles pAs proc6i
pour s'approprier toute la fortune de leurs materer
abrutis dals le libertinage & incapable de fe
fouflraire Pempire qu'il done fur Its ames fai-
bles & fiduites, qui s'y font livrers fans tougir?
Les bites des families ont &te facrifies laspaf-
fion font devenus le prix de la d bauche, & des
noms refpetables foat chus, ave les plus beIes
terres, y des Mali~tps l~gitim'b. U faut prvtenir
pour la fukie tn abus aufi dangereux & fi camraire
Sf'eprit des anciennes liix, qui on t jours o-
pour objet la cotaCervation a ceffire des biens &
ies raWg.
On d*) ventu rprintr cet abus, & r'on a
'defenda (i) aux affranchdi & gens de fang mli,.
de prewdre 1es nons des Blancs. On croyait 6viter
par ce moyen la onfufian des rangs & des famil-.
Ies; mais efi-i qdqu'aworiti capable d'empncher
les mulitres & .eus defeepdans de porter des
no s qui leC appaitienet pa lo dr&oi de la
nail1iace, qui lew ou t ot6 tanfais par uwe fuitc
du marriage de lurs peres? I faut done empocher
qu'ils te poiffeAns Favenir fe pr.valoir de ces


(x) Reglement rendu en 177o, par I G niral & rin-
tendant Vatliet'e & de Vaivre, & enrcgiftrd dain les
deux Confeih Supirieuw.
Tome I I. F







2., C O NS I D R A T I 0 N S
droits, & ne poiat fouffrir que des Blancs fe d6-
gradent eux-m~mes, en 6poufant legitimement des
NMgreffes ou des filles de fang meId.
L'obftacle ne doit fubfifler neanmoins que juf-
qu'au fixieme degr6 parce qu'il eft neceffairement
in terme auquel il eft impoffible d'emp&cher. la
race des Noirs de venir fe croifer avec celle des
Blancs. II y a dejh tant de perfonnes de fang m6el
parvenues a ce degr6 de nuance difficile h difcerner
de la couleur des Blancs, tant de families don't
j'origine eft oubli&e & don't les filles ont &te
marines des gens en place & a d'honn&tes habi-
tans, qu'il n'y a point de Quarteronne, qui fur fes
vieux ans ne puiffe promettre un pareil fort k fa
petite-fille ; comment pr6viendra-t-on l'effet de
cette promeffe, quand elle fera foutenue par l'rtat
d'opulence qui procure la bonne education, & Fe-
conomie qui maintient la richefle?
Les gens de fang mle' qui font devenus riches,
ont meme un moyen pour ainfi dire, infaillible
de s'elever au rang des Blancs, quoi que des t6-
moins oculaires d6pofent de la couleur bafan&e de
de leur mere ou de leur aieule. Ils foutiennent
&tre defcendans des Indiens venu de S. Chriflo-
phe en 1640, lorfque les Anglais chafferent les
Franuais de cette Ifle, & s'appliquent rune des
difpofitions de 'Edit du mois de Mars 1 642. don-
n6 en faveur de la Compagnie des Indes: cet Edit








SVR LA COLONIE Dt S. DOMINGUE. 83
ne laifle aucune diflinftion entire les Sauvages &
les originaires rhgnicoles (i).
Mais s'il eft impoffible d'empecher entierement le
me~ange des families & des races, du moins fautil
faire enfortc que ce melange n'arrive qu'h des de-
gr6s eloign6s, qu'h ces degrts enfin ou le difcer-
nement le plus aftif ne peut trouver aucune dif-
ference; c'eft le moyen d'eviter la confusion des
claffes & des rangs, depuis fi long-tems reconnue
pour etre dangereufe dans le fyftlme politique de
la Colonie.
Non-feulement il ne doit point tre pernnis aux
Negrefles, Mulitreffes & Quarteronnes de fe
marier k des Blancs, il eft n6cefhaire qu'h l'avenir
tous les Negres, Griffles & Marabous reftent dans
l'efclavage (2).
I". L'efpoir de la liberty engage les Negrefles n ro, aie
.fe prhter aux faibleffes de leurs maltres & k les iferJains
augmenterr; cet efpoir les excite au libertinage, & tou,'I"erc

(i) cc Nous voulons que les defccndans des Francais
habitues aux Tfles, & mime les Sauvages qui front
n convertis i la Foi Chrdtienne, & en front profet!ion,
foient fenfis & r4putrs naturels Francais, capable
a de toutes Charges, honneurs, fucceffions, donations,
z ainfi que les originaires rignicoles, &c.
(2) Grif, Grifef, fils ou fille d'un Mulatre &
d'une Ndgreffe : Marabou, fils d'un Grif & d'une
NWgreffe.
F ij








84 CoxsIDtIL TIONs
> une caufeauffi abjed&e e doit pas etre celle de leur
filicit ().
10. Le fpe&acle des Negres affranchis eft dan-
gereuix pour ceux qui font efclaves ; ii n'eft pas
poflible qu'ils puiffent tous efperer de partager
le m~me fort, ce fpe&acle ne peut done leur
infpirer que de la jaloufie, les irriter ou les porter
au dicouragement; quelquefois mime il leur faith
trouver miprifables les matures qu'il eft n&ceffaire
de leur faite refpe&er : qui pourrait mieux que
les Negres efclaves s'appercevoir que ceux de leurs
camarades qui ont obtenu la liberty font fouvent
les moins dignes d'en jouir ?
30. Les mattres mettent k prix la liberty de kuls
efclaves & il en rffuke beaucoup de d6fordres;
car rien n'tant fi pr&ieux que la liberty il n'y a
forte de mauvaifc induftrie que les efclaves n'em-
ployent pour fe la procurer, & leur adreffe en.
courage l'avarice des mattres, qui exigeronr tou-

(i) Cependant la prostitution patalt de tout tems avoir
caufO parmi les peuples l'affranchiffement des efclaves,
foit A titre de lihbraliti de la part des maltres foit I
titre de punition envers eux. Chez les Lombards, quand
un maitre avait ddbauch6 la femme de fon efclave, tous
les deux 6taient affranchis. C'eft par une imitation bien
imparfaite de cette loi, que 'Editde 0I4 ddfead aux
babitans des fles d'abufer de leas efdaves, peiaed'a-
mende & de confiscation de l'efclave.








SUil LA COLONIS DE S. DOMINGUE. 81
jours d'autant plus d'eux que plus ils pourront
offrir; & il n'y a meme aucuns moyens d'empecher
ce commerce odieux, moins que l'on n'&tablfi&
une efpece d'inquifitiont, qui ne peut jamais avoir
lieu dans un bon gouvernement..
11 y a maintenant dans les Villes, des Multtres
& des Negres fe difant libres qui n'ont pour
fubAfter aucuns moyens connus & qui font cc-
pendant desdepenfes don't on ne recherche point
affez la force (i): il paraft qu'elle eft principa-
lement dans leurs intelligence avec les files e- -
claves entretenues par des Blanes. On a propef6
d'enrigimenter ces hommes & de leur donner
des corps-de-gardes dans les Villes & Bourgs de
leur fair faire des patrouilles; mais je ne penfe
pas que 1'on puifle adopter ce project: quand la
tranquillity publique eft affure pourquoi vou-


(i) La plupart ne font ni libres ni efclaves, its n'ont
point en. ginra reihpli les conditions exigdes p6ur la
libertY. Si et recherchait leurt affranchiffemens, ils fe-.
esient prefque tons de naull valeur. Le Gdonral & 'In-
tendant de la Martinique ont voulu rendre efclaves tous
les gens de couleur de ces Tfles, don't les a&es d'affran-
chiffement n'taient pas rdguliers ; mais comme la bonne
fIi & la poffeffion delonguesannees rendaient cette tenta-
tde injulle & dangereufe, elle n'a point rzufiti; on s'eft r6-
diit k taxerchacundes Affranc his I une certain omne,
moyennantlaqelle on lai d6ivrait un a& pQtanu6gulier.
F iiq








86 Co0xS'IDt RATI 6O S'
drait-on armer contre les citoyens les feuls hom-
rmes qui pourraient la trouble ? II vaudrait mieux
les employer k des corvees ou k des travaux pu-
blics k conflruire desponts, 'a paver les rues &
les places publiques, 'a entretenir la parties des
chemins royaux que 1'eloignement des habita-
tions ne permet pas aux Colons de fair par eux-
memes, & qu'ou eft oblige de faire fail'e par en-
treprife.
Quand &pour Si la liberty eft pour un efclave la plus grand
quelle adion .
,un ecinv ef recompenfe que l'on puitle imagine il faut con-
digne de la
libet la venir qu'il eft peu d'aftons dignes de cette re-
compenfe ; il ne faut done pas multiplier les af-
franchiflemeris, donner la liberty h un Negre pour
avoir bien faith la cuisine ou frotte les meubles pen-
dant dix ou vingt ans; c'eft un abus bien plus
ridicule que de fair affeoir k rAcademie des Scien-
ces un homme qui fait Ccrire exa&lement les lettres
de l'alphabet, parce que la liberty & les jouiffan-
ces qu'elles procurent, font d'un prix infiniment
rlus grand pour celui qui en a ft6 long-tems pri-
ve, qu'une place d'Academicien & les jouiffances
qui y font attaches, pour un maitre d'ecole de
village.
11 faut garder des mefures dans les recompenfes
comme dans les peines; fi lon s'&carte de ce prin-
ripe, elles ne peuvent plus infpirer ni encourage-
mnnt, ni crainte, l'honuac eft pour ainfi dire fans
r loorts.








StUR LA COLONIES DE S. DOMINGUE. 87
Les feuls Negres affranchis doivent 6tre ceuK
qui dans des occafions urgentes auront donn6 de
grands examples de refpe& & d'attachemetic pour les
Blancs; celui, qui par example, aurait fauve dans un
peril evident la vie d'nn home blanc aux rifques
dela fienne, ferait digne de la libertY. Le prix d'un
tel efclave ferait rembourf6 k fon mattre fur les de-
niers publics, il lui ferait permis de fe marier 1-
gitimement 4 une Mulitrefli (x) & on lui affi-
gnerait une gratification capable de le fair fub-
fifler dans l'etat de liberty. A l'egard des Negres
qui auront bien fervi leurs mati es ne.font-ils
pas afliz recompenf6s par la vie douce que la re-
connaiflfnce, qui aurait ete le motif de leur affran.
chiffement, leur fera trouver chez ces maitres ? II
ne faut done pas que fous aucun priteXte ni h
quelque prix que ce foit, les maitres puiffent, pour
rkcompenfer des services ordinaires & don't tout
homme eft capable, obtenir la permiffion d'affran-
chir des Negres encore jeunes, qui fe mariant avec.
des Negrefles libres, ou abufant de l'Edit de i68S

(I) En faifant confidirer la permifflon de fe marier
l1gitimement comme unr rdcompenfc, ce lien, trop pro-.
phand de nos jours, le Mariage, deviendraik plus ref-
pe&able, il deviendrait I'objet des defirs de prefque tous
les jcunes amans; mais il fera dans I'aviliffement, tant.
que V'on ne joindra pas les efforts politiques aux com-
mandemens religieux. ,
F ir








88 CONSIDERATIONS
rpou acheter des Nkgrefles enclaves & les affian-
chir par le droit du marriage, formeat uae popu-
lation d'hommes libres femblables en tout la
race des efclaves.
Mais la Cokdnie ne pouvant pas e&re bien conf-
titue fans conferver uie clafe intermediaire entree
ks efclaves & les ing&nus, il faut que centte clti
fokt ahfolument diftin&e de celle des ekflves, par
ks fignes exterieurs & individuels, come par
les droits civil. II faut done que cette dcafre foic
jaune c'eft-h-dire, entierement compofee de Mu-
I~tres; & pour la rendre telle, il faut commencer
par marier tous les Negres libres h pr6feitt exidtans
dans la Colonie, k des Multreffes, & les Multtres,
hi des Negreffes libres; il faut enfaite affurer les
advantages de la liberter tous kles Mulatres enfans
de la faibleffe des Colont, & qu'ils doivent aimerp
puifqu'ils les out faith nattre. En les laiffant ei ef-
clavage, c'eft affaiblir dans 1'efprit des Negres le
refped qu'il faut lear hifpirer por les Blancs: tout
cc qui procede des Blancs doit leur paraktre facr.
Tous les affranchis etant ainfi Mulitres ou fits
de Mulitres, on ne pourra plus les confondre avec
les efclaves, & les Negres qui front en marro-
nage ne pourront plus .fe dire libres. Les deux
claffes front diflin&es & f'parees & if ne peut
cu refulter qu'un grand bien. Jamais aucun Mu-
lItre n'a Et accuf6 ni complicc du crime de poifou.







SUR LA COLONIES DE 8. DOMINGUt. 89
L'attachement dcs MulAtres pour les Vlancs ne
s'eft jamais relkhe ; ils conferveront k plus forte
raifo les mimes fentimens quand ils fertnt en-
core plus dtachMs de flefpece negre, qu'ils ne 'ont
&6 jufqu'k prefent,
II ne peut done pas y avoir d'inconv6iient h de-
darer cous letMullxtes affranchis par leur naiflTance
mme ) la charge de fournit des hommes pour
fervir dans les companies de jarwchauTfe & de
Police, c'tftaAkdire, d'y fervir chacua k leur tour
pendant trois ans, & de fournir dans chicune des
parties du Nord, de l'Onet & dt Sud, une compa-
gnie de chafiurhs otft ofe de cinquante homes
pour donner la chafleaux Negres marrons, & garder
fous le commandment des Pr&v6ts gbftraux let
fi-ontieres qui hOas fiparent de la Colonie efpa-
gnole.
On hait plufierw objeftions centre l'franchif
fement nature Aes Multt;es ; la premiere eft que
le ribmbrte ds afiratchis 4t~ieMdrait trop grand)
h feeotde ,, que ctferait exittt entire les Blancs
& le fentntes noirfs des liaifon fcandateuvfs dans
nos -nmmuts; la troifietne, qu fi les Mulltres
&e*fet libres dhs lear naiffance, on perdrait en les
voyant lidWe de ld'efavage, i fomraient une
face libre k rgal aes ingenus le mnEpris que les
Blancs ont pour la race des enclaves ferait dimi-'
lau ; la quatrieme, que fi les Blanu priffraient,







90 CONSIDEn RATi-ONS
comme il eft bien probable, d'avoir pour concu-
bine des Mulitreffes plut6t que des N6greffes il'
en pourrait refulter en peu de teams tine attenua-
tion du fang original qui mettrait dans les rangs
cette confufion que l'on veut 6viter.
La reflexion dctruit toutes ces obje&ions.
1*. Le nombre des Mulatres efclaves eft dans
l'etat acluel moindre que celui des Negres.libres,
11-n'y aurait done pas d'augmentation,au contraire,
il y aurait une grande diminucion dans le nombre
des affranchis.
S2.. II eft natural aux homes hardis, inquiets
par inflin&, de s'expatrier pp.ur f rendre plus uti-
les, ou pour chercher un meilleur fort; mais it
ne convient qu'a des files perdues d'aller chercher
fortune au de&l des mers. Ce principle moral
faith qu'il vient k Saint -Domingue beaucoup de
jeunes homes & un petit nombre de filles pu-
bliques. Quelques femmes plus bonn6tes fuivent
leurs fieres leurs maris dans cette Ifle:; mais
outre qu'elles appartiennent fans doute k leturs
families, leurs maris & non pas k la foci&te
il en vient en trhs petit nombre. II natt k
Saint-Domingue plus de garjons que de filles,
mais en fuppofant que les Creoles fuffent
en nombre gal dans les deux fexes, les trois
quarts des homes jeunes & vigoureux qui font
dans la Colonie refteraient pourvoir. II eft des,








SUR LA CotONIE DE S. DOMINGUE. 91
hefoins phyfiques qui fe font fentir dans les pays
-chaujls d'une maniere tr6s preflante le befoin
d'aimer y degenere en fureur, & il eft heureux
-que dans une Colonie conflituee come l'eft celle
de Saint-Domingue, il fe rencontre des femmes
noires pour affouvir une paffion, qui fans elles
poarrait fire de grands ravages. Or s'il y a une
Uiccellite phyfique & politique 'a fouffriir l'alliance
illegitime des Blancs avec les Negreffes, fi la cer-
titude de cette neceflite refulte de l'experience, vou-
loir en htime terns l'empecher la diminuer ou y
mettre un frein, c'eft mettre l'ordre natural &
& civil en contradiction. L'Edit de i685 defend
aux mnaitres d'abufer de leurs efclaves a peine de
3000 liv. d'amende & de confifcation de i'efclave
an profit du Roi ; cette prohibition atvelle produit
quelqu'effet? Ne s'eft elle pas aneantie d'elle-
mnmme, devant l'imperieufe niceffite ? D'un autre
c6te, la crainte de faire des enfans efclaves co6mme
leur mere, eft dans l'tat a&uel un frein tres-
impuiflfnt; car chacun 'a 1'efpoir d'obtenir 1'affran-
chiffement de l'efclave qu'il cherit & des enfans
qu'il a d'elle; & cet efpoir eft rarement tromp6.
Toutes les difficulties qu'on peut faire, quand il
s'agit d'affranchiffement, font faciles a lever, fur-
tout avec de largent; & fi quelques Mulitres ref-
tent dans 'efclavage, c'eft qu'il y a des homes
mauvais & faps entrailles qui oublient au moment








9% C 0 N S I D i R A T 0 N S
meme les fates qu'ils ont commifes, & cherchent
k en commettre de nouvelles, fans jamnais s'iwquie-
ter des fuites qu'elles peuvent avoir & fans les
rparet. N'eft-il pas du reffot de l. loi de reme-
dier h tne negligence fi coupable & de venger
en quelque forte du. crime de leurs -eres es-.
fan inalheureux. ?
C'efl fur-tout pour de fembRables homess que-
le frein qu"on croit trottver dans refclavage des.
Mulitres eft toujours fans force : h quoi frt done
ane loi qui ne pouvant contenir Ies mehans,.
f'ifl pniffante que centre les homes feifibles &
bons qui meritent toutes fortes de faveurs &
don't les falileffes ne peuvent jamais caufer uan
grand Mial?
Enfin il n'eft point vraifemblable que ta loi qui
prononcerait en faveut des Mulitres l'affranchiffoT
ment nature, pfit rendre les unions des Blancs.
avec les NMgteffes plus frequentes quoelles ne le
font maintenant, parce que l'efchvage des mul-
tres t'apportera point d'obflacles ces unions,, tant:
qu'll y aura des imoyens d'affiranchir ; & quand
m~me on refireindrait les moyeis d'afiranchiffer
iient, il ferait toujours douteux que la pt6veyan-'
ee pfit ralentir le defir : les combats intirieurs dt-
faniment & de la dlicateffe ne fetaient au con-
traire qtfaugmentet les attraits violent de amour
phyfique ; c'cfit u torrent qui rompt totes les







SVR LA CoL WIt DE S. DOMINSUB. 9
ligues, & qui fe ralentit auflLt6t que rien ne s'op.
pofe k fon course.
Et quand on veut perfuader que la lot qui affra
chirait tous les Mulitres, ferait fcandaleufe & con
traire aux moeurs, il ne faut pas voir que tout
fyIf&me contraire ecette loi fe trouve d&ruit d'a.
vance par la rarete des files ou femmes blan.
ches, par l qualit6 & la conduite du petit nora
bre que l'on en powrrait propofer, par r1tat aaud
des chofes & par la nature du climate, qui prifido
aux mars & dinig les loix.
30. Les MultAres ne perdraient point par 'afe-
franchiffnemet natural lide de 'efdavage, Dans
rl'at prefent la vue d'un Multre efdave infpire
fans doute aux Blancs peu d'effime pour les Muw
l&res libres; mais quand les Mulktres,quoique dei
tins ds le moment de leur naiffance ki rtat do
liberty front fans ceffe rappellos k la foumiffion
par la vue d'une mere enclave k qui ils devronc des
foulagemens envers laquelle its aurent des de-
voirs de pi&t& remplir, fera-t-il nceflire d'en-
tretenir ce m6pris des Blancs envers eux? Ce que
l'on doit fe propofer fans doute, c'eft d'infpirer
aux Blaues de 'urbaat pour les aflranchis, &
de voir ceux-ci p&ftr6s du fentiment 4e leur in-
f&riorit6.
4. I eft proire que le nombre des Mu1aitre
diminuer4ai :4 opogrW4 des Qqavwss qui sat