Histoire médicale de l'armee Français, à Saint-Domingue en l'an dix, by C.N.P. Gilbert, Paris, 1803. (BCL-Williams Mem....

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Histoire médicale de l'armee Français, à Saint-Domingue en l'an dix, by C.N.P. Gilbert, Paris, 1803. (BCL-Williams Mem.Eth.Col.Cat. #574)
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4-tr-Gilbert

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University of Florida
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HISTOIRE MEDICAL

DE L'ARMEE FRAN'CAISE,

A SAINT-DOM-INGUE,
EN L'AN DIX.








HISTOIRE MEDICAL

DE L'ARMEE FRANQCAISE,

A SAINT-DOMINGUE,

EN L'AN DIX;
ou
MI'MOIRE SUR LA FIAVRE JAUNE,

AVEc. un appercu de la Topographie medicale de
cette Colonie.

PAR LE C. N. P. GILIYERT,
M DEC x en chef de cette ArmIe, Mddecin titulaire
de I'H6pital militaire de Paris, Membre de plusieurs
Socidtds savantes de la mime ville.
Quaque ipse miserrima vidi,
Et quorum pars magnafui...............
V I R G I 1. Xneid. lib.'2.





A PARIS,
Chez G A B ON et Compie Libraires, Place de l'Ecole
de Mddecine.
DE L'IMPRIMERIE DE GUILLEMINET.
ANxI-1-8o3.










AUX CITOYENS


COSTE, Medecin,
HEURTELOU P, Chirurgien,
PARME NT IE R, Pharmacien,
V E4G E Z fils, M6decin-Secr6taire;


COM'POSAINT

LE CONSEIL DE SANTI DES ARMIES.




T.MOIGNAGE D'ESTIME

ET D'ATTACHEMENT DE L'AUTEUR.










.HISTOIRE MEDICAL

DE L'ARM1EE FRANCHISE,

A SAINT-DOMINGUE,

EN L'AN DIX.


Considerations gdndrales.

L E sujet que je traite interesse tous les. Fran-
jais, soit comme citoyens, soit come individus.
attaches par les liens du sang, ou par des affec-
tions particulihres h ceux qui vont servir la patrie,
ou former des etablissemens dans les Colonies.
Lorsque l'expedition de Saint-Domingue fiut
ordonnie au mois de vendemiaire an i o, le desire
d'en faire parties devint general : les malheurs in-
separables des reforms de tous les etablissemens
de guerre, la raretd des emplois civils, en raison
du nombre d'hommes qui, depuis dix ans, ser-
vaient dans les armies, et qui allaient se trouver
sans etat ia la paix, les pr4somptions bien fon-.
dees d'un advancement ou d'une tforune, ordinai-
rement rapide aux Isles, tels dtaient les sujets de
' toutes les conversations; les espriLs s'dchaufferent,








( 4)
les esperances les plus flatteuses furent concues;
les bureaux du ministry de la guerre, les cabinets
des hommes en place furent assieges par les ci-
toyens qui voulaient passer a Saint-Domingue.
II semblait que cette emigration ne fdt qu'un
voyage de plaisir, que cette -transplantation sous
la zone torride convint a tous les Ages, h tous les
temperamens; on ne voyait pas, on ne voulait
pas voir I quel prix s'est achete dans tous les
temps l'acclimatement dans ces contrees.
Qu'est-il arrive ? ls effets d'une secheresse
extraordinaire et d'une clialeur devorante ont
imprime un caractere de nalignite & la maladie
qui attaque les Europeens qui vont s'4tablir-
'Amdriqte.iLes suites insdparables d'une-guerre
4 outrance ont donned a: ceute maladie assez d'ex-
tension pour en former une espece d'epideImie
h Saint-Domingue et i la ;Guadeloupe. Des cau-
ses locales, dependarites de- incendie et de la
devastation du Cap-Francais ont rendu ce fldau
plus desastreux encore en cette ville. Du mo-
ment oh ces nouvelles out ete recues en France,
les iddes a ce sujet ont p'ris une autre direction;
I une security aveugleont succded des alarmes
trop vives; les bruits les plus effrayans se sont
repandus, et Fon a draint le passage dans les
Colonies autant qu'on l'avait desire.
U imported de rectifier l opinion a cet egard, et








(5)
de rassurer les esprits. On a dit que la fievre
jaune est une epidemie pestilentielle, qui, depuis
la revolution, frappant annuellement les Euro-
peens qui arrivent aux Antilles, et mcme les
Colons, ne present plus qu'une depopulation ind-
-vitable; que cette 4pidemie, inconnue dans sa
source, sa march et ses effets re Jaisse aux
mddecins qui en sont les temoins que la dou-
leur d'accroitre le nombre des victims sans
Tespoir consolant d'en moddrer la fureur ou d'en
arreter le course; cette assertion est de toute faus-
sete. Je ferai connaltre que la fiwvre jaune a frapp6
de tout temps, dans les colonies, les Europdens
qui y on~abordod; qu'elle a edt plus ou moins
redoutable en raison de la temperature des sai-
sons, ou de l'etat idyosyncrasique.des sujets.qui
en ont eted atteints ; que son.intensit4 actuelle
tient h des modifications locales et temporaires,
qui, loin de devenir permaneates, s'affaibliront
insensiblement d'elles-memes, ou plus prompte-
ment, si les moyens convenables d'hygiene pu-
blique y sont employes. Je demontrerai, par les
faits, que la fievre jaune de l'Amerique ne doit
pas inspirer plus d'alarmes pour l'avenir que toute
autre fievre de mauvaise nature, qui nait, crolt,
se developpe et s'dteint ,. en Europe, dans les
armies les villes assiedges, les h6pitaux les
prisons.. On sera force d'en condure que nos Co-








(6)
lonies ne seront pas, plus desertees parTi~os, ,
raison de cette maladie que ne sent abandon-
nees toutes les villes maritimes des Etats-Unis que
ce fldau ravage depuis long-temps, que tie sont
abandonnies la Havane, la Jamaique, IAnda-
lousie, qu'il a egalement frappees, ainsi que toutes
les contrees de IrEurope oh se moritrent de temps
4 autres des maladies 6pidemiques plus ou molns
funestes.
Toutes ces veritis seront rendues sensibles par
les details qui suivent.
SA rivde de l'armde frangaise au Cap.
L'armne de Saint-Domingue, sous les ordres
du geriral en chef' Leclerc, beau-frire du pre.
mier Consul, parties de Brest le 25 frimaire an
xo, arriva devant Samana le 9 pluviase. Le 10o,
le general Kerverseau se detache avec quelques
frigates et se dirige sur Santo-Domingo. Le x4,
Farmee arrive devant le Cap-Francais; le g&inral
Rochambeau se port sur le fort Dauphin avec
le capitaineMagon; le general Boudet et le contre-
amiral Latouche se rendent au Port-au-Prince.
11 y avait peu de malades sur les vaisseaux.
Le i5, le gnderal en chef opere la descent au
port Lacul a 2 a lieues du Cap.
Le m6me jour, cette superbe ville est incen-
didedlans sa presque totality, et Farm&e frangaise









s'dtablit sur ses decombres,. au-milietrdesTuines;
de la devastation. et do la desolation publique.
Etablissement de deux Adpitaux au Cap.
Mori premier soin, en descendant h terre, fit
d'allek reconnaltre 1rtat actuel des deux h6pitaux
de cette cite. Tous deux avaient 4td dveastes,
pills incendies en parties et n'etaient pas en
&tat de recevoir, pour l'instant, les militaires et les
margins maladies ainsi quo ceux qui avaient pu
le devenir dans une march vive et forode de
plus de douze lieues, sous un ciel brdlant, sans
provisions, et a travers le feu des rebelles. Le
general en chef, 4 son arrive au Cap attach
ses premieres pensies au soulagemen de l'hum.,i
nite souffrante; le plan qu'il adopta. fut si prcis,
I'exdcution de ses ordres fut tellement active per
l'ordonnateur en chef Daure le zble des chefs
du service de sant, de administration hospita-.
libre, et de tous leurs collaborateurs, fut si ar-
dent, qu'en peu de jours, les deux h6pitaux furent
mis en etat de recevoir centre eux ,oooo a ,iaoo
homes. Cet itablissement codta les plus grande
peines. On ne trouva aucunes resources ni eft
hommes ni en effects dans la ville. Les effects d'h6-
pitaux, embarques pour le service de r'armde,
se trouvaient disperses sur les vaisseaux de l'es-
cadre; plusieurs de ces vaisseaux s'dtaient ports
sur diffirens points de lile. L'h6pital, dit des








(8)
Peres, situd a un quart de lieue du Cap, nioffrait
pas toutes les sdretis convenables ; cclui de la
Providence, place en ville, dans un local insa-
lubre sous tous les rapports, presentait de grands
inconveniens ; mais la necessity fit loi, et nos
malades entrerent dans ce double asile.
Mon premier desire en arrivant dans cette
Colonie, que je voyais pour la premiere fois, fut
de recueillir avec soin tous les renseignemens
propres i m'dclairer sur la topographie mddicale
du pays, sa meteorologie, la serie de ses cons-
titutions medicales, la nature la march le
retour p4riodique de ses maladies, et sur-tout
de ce fldau cruel connu sous le nom de fievre
iaune. J'avais, sur tous les objets, les connais-
sances que m'avaient pu fournir les praticiens
qui avaient public des ouvrages en France, en
Angleterre en Espagne et dans les diverse
Colonies. II me restait a rapprocher de ces tra-
vaux les observations des gens de Fart qui exer-
caient leur profession dans ce pays. Les informa.
tions me procurerent une suite de tableaux md-
teorologiques ei nosologiques, qui trouveront leur
place dans ce memoire. Ces tableaux m'ont tou-
jours etd pr4sens dans le service de sante que
j'ai eu a diriger; ils ont servi de base h l'instruc-
tion que j'ai cru devoir rediger au mois de ger-
minal, sur les maladies des troupes a Saint-Do-
rmingue, et sur leur traitement. Cette instruction








(9)
a ted imprimde par les ordres du general en chef,
envoyde aux officers de sante et 'a tous les corps
de r'armee. Elle avait pour objet principal d'd--
clairer nos jeunes collaborateurs qui n'avaient
pas eu occasion de traiter ou de voir trailer les
maladies des armies dans les pays chauds ; ils
devaient se trouver tous les jours isoles dans des
ambulances, des cantonnemens, des postes eloi-
gues des hopitaux permanents ou temporaires,
sans livres et abandonnes a leur propre inex-
pdrience par les difficultis et les lenteurs des
communications; il leur devenait avantageux de
pouvoir consulter, avee quelque utility, I'analyse
succincte de ce qui a ete ecrit sur cet important
objet.
Je prdsenterai ici avec quelques extraits de ce
travail, don't je n'ai pu conserver qu'un exem-
plaire, quelques additions que j'y ai faites depuis.

APPERWU DE LA TOPOGRAPHIE MEDICAL DE SAI1TT
DOMINGUE.

Rdflexions gdndrales.
Le traitement des maladies des armies dans les
climats situe's sous la zone torride offre rapplica-
tion journaliere de la premiere sentence du ldgis-
lateur de I'art de guerir. L'occasion est toujours
fugitive et experience souvent trompeuse.
Un appercu de la topograpie medical des








(.10o )
lieux doit toujours prcider l'histoire des ma-
ladies qui y rignent; c'est le phare qui conduit
le praticien dans le traitement des epidemies,
ou qui lui indique au moins les ecueils qu'il
doit dviter. C'est ainsi qu'en arrivant dans les
climats situes sous la zone torride il connait
d'avance 1'tat habituel de reconomnie animal;
il sait que les solides y tendent h la flaccidity;
que le system musculaire s'y trouve datis un
etat de ddbilitation habituelle; que les organes
de la digestion y sont frappes d'une enervation
singulire; que les humeurs moins animalisees y
ont un caractere plus sensible de carbonisation;
qu'en meme temps faction d'une chaleur forte
y rend la constitution trbs-nerveuse, le tempe-
rament tres-bilieux, Fame tres-ardente, rimagi-
nation tres-exaltee. Ces principles gendraux doi-
vent etre toujours presens au medecin qui exerce
sa profession dans les pays chauds; appliquons-
les b la colonies qui nous occupe.
Situation gdographique.

L'lle de Saint-Domingue, place entire le I17
et le 20o degree de latitude boreale, le 71* et le
7779 degree de longitude h louest du meridien de
Paris, a 160 lieues de longueur de rest h l'ouest,
sur une largueur moyenne de trente lieues du
nord au midi. Son circuit est de 55o lieues, et
de 6oo lieues en faisant le tour des anses. Elle








(I )
est couple dans sa longueur par une cbalne de
rnontagnes tresrescarpees tres-elevees d'oh se
ditachentlate'ralement, en divers sens, d'autres
rnornes au bas desquels se trouvent ces dilicieuses
plains couvertes des products de la vgetation
la plus riche, qui forme de cette lie la plus belle
colonie du Nouveau-Monde.
De ces montagnes et de ces mornes desoen-
deat plusieurs rivieres et ruisseaux; Us forment
dans les pluies abondantes des torrens qui en-
trainent vers la mer et sur les esters des terres et
des substances de diverse nature. Les esters sont
des rivages de niveau avec la merbasse, et qu'elle
couvre dans le flux. Une moitid, pour ainsi dire,
de lile de Saint Domingue consiste en esters.
Ce sont des plages mnaricageuses couvertes de
mangles, demneure d'une prodigieuse quantity
d'insectes, de maringouins, de moustiques et de
crustacees, don't les decompositions exhalent avec
les detritus des vigtlaux, des myriades d'dma-
nations deleteres, sources inepuisables des ma-
ladies de mauvaise nature, si communes dans
les Colonies.

Temperature, bruises, pluies, saisons.
La temperature de Saint-Domingue mirite de
fixer attention de lobservateur. A ne joger cette
lie que par sa situation dans la zone torride, on
pourrait croire quela chaleury doit &tre insupporta-









ble pendant les six mois que passe le soleil entire
l'quateur et le trdpique du cancer; mais des
vents que l'on appelle brises viennent regulie-
ment chaque jour rafratchir r'atmosphere. L'un
est la brise du large; il commence 4 se fire
sentir vers les 9 a x o heures du matin, crolt en
force a measure que le soleil s'edlve sur 'horizon,
decroit h measure, qu'il s'eloigne du mdridien, et
tombe & son coucher. La brise de terre lui suc-
cede et dure jusqu'au lendemain. Ces deux vents
rdguliers sont interrompus en hiver par les vents
de nord, qui sont pluvieux; en edt, par les vents
de sud, tres-orageux.
Les pluies coutribuent aussi 4 temperer la
chaleur; elles augmentent en frequence et en force
a measure que le soleil advance vers le zenith. A
l'dquinoxe d'automne, les orages sont terrible,
sur- tout dans les ddpartemens du sud et de l'ouest.
Au mois d'octobre, les orages cessent, des pluies
d'une autre espece commencent; ce ne sont plus
ces deluges qui forment par tout des torrens
si redoutables; ce sont des pluies fines, fralches,
semblables h celles de France, don't elles pren-
nent le nom; mais ces pluies ne favorisent que
certain quarters, et ne reviennent pas chaque
annee aux memes lieux.
La varidtd du climate de cette lie est telte, que
les habitans des diverse parties ne conviennent
pas encore entire eux de ce qu'ils doivent appeler










~iverou ete. Ainsi, dansles departemensdel'Ouest,
du Sud et de I'Inganno, on appelle hiver le temps
des orages, depuis avril jusqu'en novembre, de
germinal h brumaire; on n'y connait ni prin-
temps ni automne. Dans les departemens du Nord
et de Samana, hiverr commence en frimaire et
finit en germinal. C'est alors que se font sentir
les vents de nord, appeles les nords; ils sont ac-
compagnes d'un temps nebuleux, pluvieux, ,du-
rent trois h quatre joursde suite, et reviennent deux
i troisfois le mois; alors les nuits et les matindes
sont fraiches et meme un peu froides; les plants
ve'gtent peu, quoique ce soit le temps des pluies:
le printemps nalt, se continue jusqu'% la fin de
prairial; c'est le moment oil toutes les richesses
de la nature se deploient;les vegetaux sont pares
de fleurs, beaucoup d'arbres sont charges de
fleurs et de fruits, I'air est embaume de toute part.
Messidor arrive et amene avec lui les chaleurs
devorantes les secheresses accablantes, les vents
de sud etouffans. C'est 'e'te de la zone torride ,
il dure jusqu'en vendemiaire, temps des orages,
saison de l'automne qui se termine en frimaire.
Le thermometre de Reaumur, indique de 20
h 25 degrds de brumaire h ventose; de 25 & 3o,
de ventose 4 floral; de 5o h 35, de prairial h
vendemiaire; je l'ai vu a 57 et 58, le 22 prai-
rial, au Cap-Francais.
Le barometre se tient ordirairement entire








( '4)Y
26 pouces 2 lignes -, et 28 pouces 5 lines '
La chaleur est toujours plus forte dans la
plaine; elle diminue 4 measure que l'on s'dleve
dans les mornes; et cette difference de tempera-
ture est tellement sensible, que I'on est quelque-
fois oblige de changer de vetemens et de se cou-
vrir avec soin, lorsque l'on arrive dans une ha-
bitation tres-elevee au-dessus du niveau de la
mer. La fralcheur que l'on y eprouve le soir et
le matin est semblable b celle des matinees ou des
belles soir&es du printemps, ou meme quelquefois
de rautomne en France. Cette variation subite et
trus-frdquente de temperature rend, erl cette Co-
lonie, les affections catharrales tres-ordinaires.
Terroirs, carries, rivihres, eaux, sources
d'eaux mindrales.
Le terroir de cette lile est d'une diversity re-
marquable, propre b presque toutes les cultures.
On y reconnalt des terrains calcaires, argileux,
marneux, schisteux, sablonneux. La moitid de
File est en montages, don't la plupart peuvent
se cultiver jusqu'h leurs sommets. U y en a de
steriles tres-escarpdes, d'une hauteur extraordi-
naire; leurs gorges, don't le terrain est plus hu-
mide par la chd*te habituelle des torrens, se cou-
vrent de bananiers, de palmiers, de mimosa de
toute espece; d'autres montagnes, galement ari-
des, bordent les c6tes, et sembknt n'iare places lI








(~ 5)
parla nature que pour servir de digues aux fureurs
de la mer. Au pied de ces montagnes se voient
des rochers effrayans par leurs masses, s'elevant
a" pic, et formant ce que Fon appelle les c6tes de
fer; telle est la c6te qui s'dtend depuis le fort
Picolet au Cap jusqu'au port de F'Acul; tell est
encore la bande du nord de rile de la Tortue.'
Quelque lieu que fon creuse dans la plaine,
une profondeur de six ou huit decimetres
present le tuf, ou flargile ou le sable; la trre
Wvgetale y a tres- peu d'dpaisseur, et c'est un
objet digne des meditations du physician et
du naturaliste, que de voir cette terre, si peu
profonde, porter et soutenir les arbres les plus
edlevs, les plus gros, les plus forts, don't les
forces puissent s'embellir: leurs racines ne plon-
gent jamais & plus de six decimitres, ( pieds)

1 La plupart des c6tes des d6partemens du Nord et
de I'Ouest sont des collins calcaires, formnes par des
masses 6normes de madrdpores, souvent cellulaires.
Les habitans les nomment Roches a Ravet, du nom
de l'insecte blatta americana, Linn., aussi commun
qu'incommnode, qui se rdfugie dans ces madrdpores. Com
roches calcaires sont couples de mani6re A faire quel-
quefois sept a huit gradins horizontaux, de trois A quatre
cents mbtres de larger, depuis le bord de la mer jus-
qu'au sommet le plus dievd. Cette disposition trbs-sin-
guli6re est frappante aux environs du morne Saint-
Nicolas et auprks du fort Pauphin.







( i6)
mais elles s'dtendent en surface; leur direction
quite la perpendiculaire et devient horizontale
en proportion du poids qu'elles ont a soutenir.
C'est ainsi que le figuier sauvage pousse ses ra-
tines h plus de 24 metres de distance du tronc,
tandis que les palmiers, don't les racines sont
tris-courtes, les ont en nombre immense. Cette
disposition singuliere de la terre vegetale parait
provenir de ce que les pluies ne peuvent jamais,
pour ainsi dire, qu'effleurer la surface du sol.
Ony trouve des mines d'or, d'argent, de cuivre,
de fer ,d'ktain et d'aimant; du cristal de roche, du
soufre, du carbon de terre, etc., des carriers
de marbre, de schiste, de marne, dans lesquelles
on rencontre beaucoup de silex ; des products
volcaniques, des stalactites dans des caverries. Le
morne, dit Bonnet l'Eveque, situe dans la pa-
roisse de la Plaine du Nord, pr6s le canton du
Grand Boucan, ne present dans son interieur
qu'excavations, precipices et cavernes, ou d'im-
menses stalactites et stalagmites annoncent le
long et continue ouvrage de la nature.
L'lle de Saint-Domingue a un grand nombre
de rivieres; mais it faut convenir que la plupart
d'entre elles ne sont que des torrens et des ruis-
seaux, et qu'on n'en trouve pas une seule na-
vigable k trois ou quatre lieues de son embou-
chure. Les plus belles de ces rivibres sont, 10-
zama, don't l'embouchure forme le port de Santo-








( '7 )
IDorningo, la Neyva, l'Usaque ou riviere de
MonterClhristo, l'Artibonite.
Les eaux des riviires y soprt en general bon-
nes et saines, mais vives et fraiches; celles qui
avoisinent les bords de la mer sont saum4tres et
limonenses; elles deviennent meilleures a measure
que leurs sources approchent des mornes; le plus
grand nombre d'entre elles content plus ou
moins de sulfate calcaire ou chaux sulfatee.
II y a dans file un grand nombre de sources
d'eaux mindrales; deux seulement ont ete sou-
mises a des dpreuves ndcessaires pour les faire
connaitre: toutes deux sont thermales sulfureuses.
Les premieres de ces sources sont celles de Boy.
nes 4 deux lieues du Port h Piment, h 5o lieues
du Cap-Francais et h 14 lieues des Gonaives.
Ces eaux minerales peuvent etre utilement or-
donndes dans tous les cas ohi celles de Bareges
le sont en France. Elles seront particulierement
utiles dans les affections rhumatismales chroni-
ques, les maladies cutanees, les anciens ulceres
a la suite des plaies d'armes 4 feu, les paralysies
completes ou incompletes, etc. beaucoup de mi-
litaires blesses ou rhumatisans, que Fon serait
oblige de faire repasser en Europe, pourront
etre gudris et conserves dans la Colonie.
L'analyse de ces eaux a edt faite plusieurs fois;
le md ccin Dazille ) qui a donnd un travail in-







( 18 )
tiressant sur les maladies des nagres, et sur celles
de Saint-Domingue, s'en est occupy d'une ma-
niere particuliere, et avec tous les details que la
situation ohi il se trouvait a pu lui permettre.
Les seconds sources d'eaux minerales appar-
tiennent egalement aux eaux sulfureuses. Elles
sont situees dans le department de l'ouest, quar-
tier de Mirebalais, sur les confins de celui de
l'Artibonite. M. Desportes, h qui l'on doit une
histoire si fidelle des maladies de Saint-Jbomin-
gue et don't l'ouvrage m'a fourni plusieurs des
details que j'ai consignes dans mon travail, a
fait I'dpreuve de ces eaux.
L'lle de Saint-Domingue est aujourd'hui partagee
en cinq departemens; ceux du Nord, de l'Ouest
et du Sud, formant les anciennes possessions fran-
caises; ceux de Samana ou du Nord-Est, et de
I'Inganno ou du Sud-Est, formant les anciennes
possessions espagnoles.
Quelques observations sur la botanique de
cette Colonie.
11 n'est pas de mon sujet de pousser plus loin
ces details de topographie medical; ce que j'en
ai dit suffit pour conduire aux resultats suivans:
. je me permettrai seulement d'ajouter un mot
sue les brillans products de la vegetation dans
cette Colonief je ne parole pas de ceux que la cul-








( T9)
ture met h profit pour I'avantage du commerce,
le sucre, le cafd, le coton et Findigo, ces ob-
jets sont assez connus; je ne veux que fixer unt
instant mes souvenirs sur les richesses sponta-
nees que la nature dispense avec tant de profu-
sion-dans ces climats.
Les courts loisirs que me laissait mon service
au Cap Francais etaient entierement consacrds &
des excursions botaniques. Le ciltoyen Tussac,
amateur tres distingud avait eu la complai-
sance de me fournir tous les renseignethens
qut pouvaient m'6tre necessaires. II aVait fait
avec moi plusieurs promenades, qui m'avaient
ete d'une utility extreme : 1il m'avait offert un
appartement dans une de ses habitations, situ&~
derriere la ville, sur un mornte assez dleve. Une
route a demi savage y conduisait; elle tatt c6u-
-verte d'arbres, d'arbustes, de plantes objets
entierement nouveaux-pour moi., La, tous les
legumes de l'Europe ,'% les kIMumes de l'Am&-
rique 4taient cultives par ses mains, dans ses
jardins. Tous les vegetaux de la Colonie etaient
rdunis, par ses soins, dans ses bois, et sut ses co-
teaux. Au bats de a nmaison de champagne, utne
route desert, s'dlevant tntre detux montagnes
dins ute gorge, connue Sus le nom de Gorge de
laProvidence, conduisait, par des seritiers tortueux
et dilliciles, i quelques massifs de forces, aussi










acl ennes que k monde, diem daitilsong dide
rvayine tapissde des belles .fugreset Asdongues
s.oolopcndres d'Amnique, traversaitJs nimas
sur des points de rochers couverctademosseset. d
Jlihens,! croisait le chemin frayd ~ui conduit& aa
Port Fran pou des prairies 4maillWes. de fleurs, b. iue behita-
*'ion irwidi4e, situee sur le bord de la mer., dam
j'a s~-Iiment, derriere le morne Picolet.,Cette
avaist, k une demi lieue du Cap-, tait ile
terre oqrdinaire de mes courses. Je ne2 rendrai
S (. jI; i S 1)' i .p L

nin lils, un A strema naturuae /inncrz
la maui ; je f;ulais sous n 's pias, dLis cUs sn-
v1,s, I /.6 cleom0 pcnt.ap/l/a,, 1,_ Icpl;i:.
zvirgnicum, le iatunics cakli!e, I turner,
/6umncca C) sc/, i/s l'oCyCmum amc crica-
n i~ni. Jo rri tr-^, s r ] ds dt..s I!d 1 1](r,
/ i._ s ,/i I ai. iiC i'I s cocco/oba Cvb/!r5: b.in' ..
C;i o i I,,.'. Al r'l"tl tll 5 l (I', I I3 I i ( ,
ClA 5111 1 ll (O CC / il lit' b ic, ,,ai/

l' s dub, ll 'anii 1s p 1rim4 lt's f T n
: i.' l0 0 r1 tI- c U &l's ,j tiiLs L IliI!,.t.id rs u,-r
(i LillA' (_, f.r ti' -f> .1U4LC'. A. mI lt. (fIlB' a 1 O lt!"
,u;Uit u l ICs citf, ux, .l I pq, 1 .. tait dt-
.. S l.. t tLilc s]:'CC Ct i tolit' !l(l ; I3 m o
I'4e s5(s1ivi mimosa sens itia pudica,









Ainak, cachidt sowlerg0on, instr bsIsida)
is, idMsherm ,les Iruellia; f acacia Farnmse
mimsas f4rnesiana Linnm., formant des
iusomcbafwrmanspar la finesse de ses feuilkeset
is partmA des~es petites fleurs jaunes, disposees
4obolces.,Aux-memes lieux s'elevaient majestueua
semntnmt les acacias a fruits. sucrds mimosa
inga, Liann., don't les fruits donnent one pulpt
spongieuse si blanche et si douce4 les acacias '
plus beaux encore,i4fleurs monadelphesfascicules,
jaimosalebbeeak Linn., dontles longues gousses
dessechies et fmoissies par les ven t rappelaient
l'esprit et e l'oreille .lo syltwgmqrL .Ys ttWmm
de Virgile. En approchamt'des habitations, les
orangers.se multipliaient ainsiqueles goyawiers,
les citronniers, le bois dew Camp&he, haema.
tatxylum campcndianuam, ,Likn, ; Ie bresille,
caesalpinia crista Linnu, ; Til'gnt trokne
.d'Amnrique,volkameria aculoeay LinL t i e
joli melia azedarach Linn.; les belles poin-
tillades, poinoiana pulcherrima Linn.; aux
superbes epis de fleurs b p'tales, jaunes sur les
bords, pourpres dains leur milieu, environnant
dix Atamines d'un rouge brilliant. Tels dtaient
les- charmans arbostes qui formaiient, autour dos
habitations et des carreaux de cannes sucre,
des haies vives du plus bel effect. .
. i je m'enfongais daas-des lieux plusdserts,








(22)
au milieu des bois, les lines de tomes les fa-
milies; convolvulus dolichos granadilla,
raiania,paulinia, bignonia,seriania, Linn.,
formaient par leurs entrelacemens et leurs contours
multiplies, le long et autour des troncs et des bran-
ches des arbres les plus 6leves, par leurs longs pe-
tioles, leurs vrilles pendantes, leurs feuilles ar-
mees d'dpines, leurs fleurs de toutes forces et
de toutes couleurs, des berceaux et des votes
admirables. ;Sous les lines, je considerais avec
le plus grand etonnement ces figuiers immen-
ses ficus indica Lin., leurs racines grosses,
fibreuses, tracantes b la surface de la terre,
saillant ensuite, et se relevant & une hauteur telle
que ces arbres paraissaient ports sur des arcs-
boutans 'normes; leurs branches poussaient de
distance en distance des rameaux droits, sans
feuilles, descendant verticalement- de quatre-
vingts pieds de hauteur, gagnant la terre f pe-
ndtrant son sein, y formant des racines nouvelles,
propres i la production de nouveaux arbres, mar-
cottes don't la nature a donned le secret l' Fart
des jarIins.
Plus loin, j'levais les yeux vers le gui 'de
r'Amerique, titlandsia usneoides, Linn., touf-
fes longues epaisses et chevelues suspendues
en groups aux rameaux des arbres, flottant
au gre des vents, presentant de jolies petites li-








(3)
liaedes environnees de filamens entortillis et
subdivisis h rinfini.
Si je gravissais les mornes, je trouvais leurs
penchant converts de cactus, de cierges, d'o-
puntia, d'aloes de toute espece. Je reconnaissais
de trYs-loin, & leurs formes singulieres ,les cecro-
pia peltata, Linn., bois trompettes, les lactes-
centes en si grand nombre, telles que les euphor-
bes, les apocins, les tabernae montana, les rau-
volfia, Linn., etc. ces arbres hauts et droits, i
tronesnus, blanch4tres,noueux de distanceen dis-
tance, creux entire les noeuds, jetant gh et la vers
leurs sommets de longues branches blanchAtres
et nues come leurs troncs, aux extremites des-
quelles croissaient des bouquets de feuilles large,
palmees ou lasciniees, vertes en dessus, blanches
1 leur surface inferieure. Au has de ces mornes,
je m'arretais a reconnaltre la structure et les di-
mensions du fromager, bombax ceiba, Linn. ,
le plus grand et le plus gros arbre des An-
. titles; ses racines 'normes, s'dlevant en grand
nombre & six ou huit pieds de terre, forment
des appuis en vote tout autour de la tige ; le
tronc nu et vertical present vers le milieu de
sa hauteur un renflement considerable, et tout 4
fait extrordinaire; son ecorce grise et seche est
armee de gros aiguillons, forts, ligneux droits,
faciles. ddtacher; son bois blanc forme un tissue








( 24 )
de contexture tendre, facile b couper; porcuse
come le liege; ses fruits contiennent des se-
triencesenvironnies d'un duvet on cotton gris de
perle, d'une finesse extreme, soyeux au toucher,
mais d'une frigilite si grande, qu'il paratt im-
possible A rart de le filer ou de le carder. De
grandes bananeries, prolongees dans les gorges des
mornes, etaient parsem&es ha et i de palmiers de
tous les genres, les cycas, les cocos, les dattiers,
les choux palmistes, les plates, les zamias.
Lorsque mes courses au dehors m'etaient in-
terdites par mon service, les jardins de rh6pitat
des Peres, de la Providence, et de quelques ha-
bitations voisines de la ville me fournissaient
de nouveaux sujets d'admiration. Une foule d'ar-
bres strangers plus interessans les uns que les
autres s'offraient a mes observations. J'y trouvais
le superbe adansonia d'Egypte,le premier des ar-
bres connus par leurs enormes dimensions ,lepai.
danus odoratissimus, Linn., des lies de la So-
ciedt, r'artocarpus rima, Linn., ou fruit h pain
d'Otaiti; le pommier d'acajou,cassuvium, Linn,
I'acajou qui fournit des meubles si beaux, swie-
senia mahogani Linn., P agave ansericana,
Linn.,cettesuperbeliliacdedont la tige pyramidale
s'dleve h plus de trente pieds de hauteur, et avec
tant de rapidity que r'eil en peut suivre rac-
croissement; le badamier des Moluques, term.








( 25 )
alio rzatappa, Linn. ; la pomme rose, eu-
geniarmalacensis, Linn., don't le fruit a tout le
parfum de cette fleur le rocou, bixa orellana,
Linrm., doft les graines sont enduites d'une
substance visqueuse qui fournit une matiere
colorwnte rouge si vive; le brilliant frangipa-
nier A fleurs si belles et si suaves, plumeria,
Linn., epidendrumm .vanilla, Linn. la
vanille don't 'amande ajoute tant de qualities et
de prix 4 cell du cacaoyer; le papayer, carica,
Linn., qui laisse ecouler un suc lactescent glu-
tineux, semblable a celui du figuier d'Europe,
lequel a la reputation d'etre on bon vermifuge.
On vient d'en ,recevoir en France de File de
Bourbon, et les experiences opt eLt commanders
pour rl'preuve et application e, q nidica-
menct.
Le citoyen Tus6ac .m'avait fait counaltre, en
parcourant les environs de son habitation, un
des plus singulibres productions de la nature,
farbre connu sous le nom de guilandina mo-
ringa, Linn., le ben oldifhre, de la ddcandric
monogynie,, et de la famille des legumineuses;
sa hauteur est de douze quinze pieds; ses fleure
exhalent vers le soir une odeur extrenmement
agrdable; son fruit, qui est une noix, coutiei une
amande qui fournit, par expression, Ihuile de ben,
huile inodore, qui ne s r.wqpiopoi tet qui sert








(26)
-a retenir et conserver l'ar6me des fleurs don't
on I'impregne, huile presque toujours falsifide
en Europe; sa racine, enfin, semble appartenir
b la plante plut6t qu'h.il'arbre; sa ,substance est
plus charnue que ligneuse; elle est tout a fait sem-
blable a celle du raifort par la consistance, la
forme, le goit Acre et piquant, les propridtes an-
ti-scorbutiques.
Telles sent les productions vegitales, sponta-
nees ou cultivees que j'ai pu me rappeler; plu-
sieurs autres ont dchappe h ma mrnoire: je n'ai
A regretter que de n'avoir pu consacrer plus de
temps b cette aimable etude; je n'ai indique ici
que ce qui m'a le plus frappe.
Etat de l'atmospkere ; son influence dans
les Colonies.

La topographie medical de l'ile de Saint-Do-
mingue, la serie des observations metiorologiques
qui y ont tde faites, les annales des constitutions
m&dicales qui s'y succedent, tout prouve que sa
temperature habituelle est A la fois tres- chaude
et tres humide ce qui s'explique facilement;
tries chaude parce que faction des rayons du
soleil s'y exerce pendant toute l'annee, dans
une direction presque vertical; tries humide,
parce que, les fonds marecageux s'y rencontrant
presque par-tout sous les planes littorales, l'atmos-









( 27)
phere y est continuellement sursaturee de mole-
cules aqueuses en evaporation, lesquelles tendent
b se reunir et h se precipiter h instant oh le ca-
lorique les abandonne; ce qui a lieu apres le cou-
cher du soleil. Or, le propre de cette temperature
est d'etre ce qu'on appelle vulgairement pourris-
sante. Eneffet, les insects se multiplient prodi-
gieusement h Saint Domingue ; les substances
m'talliques s'y oxident en un instant; les viandes
s'y gAtent d'un quart-d'heure l'autre; les corps
organisms, souffrans et malades, y sont frappe's
dans les sources meme de la sensibility et de Tir-
ritabilite ; le solide vivant s'y abandonne 4 une
prostration singuliere, et, par un effet necessaire
de ce ddfaut de reaction vitale, les humeurs ani-
males y contractent un getire d'alteration qui les
fait marcher 4 grands pas vers la decomposition.
Cette constitution a etd regarded, depuis Hippo-
crate jusqu'h nos jours, come la plus propre &
la production et au ddveloppement des fibvres
putrides, malignes, des maladies contagieuses et
pestilentielles. De ces principles decoulent des
effects disastreux. Les maladies aigues des
troupes a Saint Domingue ont le plus sou-
vent un course precipitd, irregulier, plein d'a-
nomalies. Les pouvoirs de la nature y sont sans
force, les crises difficiles, lentes, imparfaites,
incertaines; le retardement dans administration








( 28 )
des remedes est une occasion perdue qui ne se
retrouve plus; les erreurs du malade, du medecin
ou de la nature, y content souvent la vie. D'un
autre c6te, les maladies chroniques y s6nt lon-
gues, rebelles ; elles y ont une terminaison ft-
neste; elles appellent les secours d'une medecine
active, et la mddecine active y est toujours con-
tre-indiquee par l'irritation compagne insepa-
rable des maladies de toute espece sous la zone
torride.
II faut cependant reconnaltre"' et experience
iournaliere le prouve, que, relativement h la si-
tuation des lieux, toutes les maladies onrt en ge-
ndral un caracthre plus grave dans les villes que
dans les planess, a moins que celles-ci ne soient
mar&ageuses, et dans les planes que dans les
mornes lieux oh la nature parait exercer des
droits mieux prononces.
Maladies annuelles au Cap.
Les maladies suivent a Saint-Domingue I'ordre
des saisons; dans les mois chauds de floral h bru-
maire, les troupes auront h craindre les fiivres
intermittentes simples, les intermittentes perni-
cieuses, sur-tout les doubles tierces, les remit-
tentes bilieuses, putrides, malignes, le cholera
morbus, les coliques bilieuses, les dyssenteries,
le tnesme, la ficvre jaune.








(29)
Datus les mois d'hiver, de brumaire h floral,
les troupes serout sujettes aux rhumes aux
fluxions catharrales sur les yeux le nez la
gorge, la poitrine; aux douleurs des articulations
et-du system musculaire, connues sous le nom
de rhumatismes aigus ou chroniques.
Les maladies aigues de l'dtd sont d'autant plus
redoutables h Saint-Domingue qu'elles paraissent
quelquefois moins dangereuses au premier aspect;
on serait alors tenti de les prendre, dans leur in-
vasion, pour de simples embarras gastriques, pour
une irritation de nulle consequence. Un home
a un fort acces de fibvre, elle tombe, les dou-
leurs cessent, le calme succide, le malade se lkve,
"il s'entretient familierement avec ses amis. Le
mddecin le fixe, reconnalt dans le teint, les yeux,
les traits, une alteration particuliere, qui announce
une inflammation viscerale profonde, et menace
d'un stat grangreneux prochain; si & ce caractbre
facial vient se joindre la prostration du system
des forces, la gangrene a ddjh succedd 4 I'inflam-
mation la mortt va frapper sa victim au sein
d'une sdcurie4 apparent.
Conseils thdrapeutiques gdndraux.
Une grande chaleur, une irritation continueIle.
la durete du pouls accompagnent toutes les ma-
ladies eigues de Saint-Domingue; leur caractere







( So)
est le plus souvent bilieux; il est done prudent *
. de s'abstenir de l'dmetique, ou au moins de ne
le faire prendre qu'h doses tres-refracties et di-
visdes c dans une certain quantity d'eau, dans l'eau
de casse, la limonade legere, une boisson emul-
sionnie, simple ou anodine.
Evitez de purger fortement, sur-tout les gens
replets; prdfe'rez toujours les minoratifs, les pura-
gatifs en grand lavage ; vous en apprecierez
mieux Faction, vous n'en craindrez pas les suites.
Les annees seohes sont dangereuses aux dtran-
gers; ils doivent se prenunir contre cette tem-
pdrature redoutable : il semble que les remedes
les mieux indiques ne produisent alors que de
l'irritation et de l'ardqur. Dans les saisons pluh
vieuses, les purgatifs agissent plus facilement et
h petite dose.
Dans les fievres dites putrides, toute parotide
qui n'est pas critique ne doit pas etre ouverte;
il vaut mieux en tenter la resolution, qui s'oplre
par 'un flux diarrhoique; si la parotide est criti-
que il convient d'en fire promptement l'ouver-
ture, et d'en active la suppuration.
Les bains, les demi-bains, les lavemens, les
fomentations emollientes et huileuses sur le bas-
ventre, les laxatifs, sent pour ainui dire sp&i-
fiques dans les maladies aigues de Saint-Domingue.
Le tWaesme, maladie toujours inquietante aux








( 3i) .
Colonies, estpresquetoujoursle produitdel'echauf.-
fement; il se traite avee success par les boissons
rafraichissantes lWgres les minoratifs, les mu-
queux; il faut observer que, dans ces cas, les'
lavemens trop re'ptes fatiguent 'intestin rectum;
prdfirez les demi lavemens les vapeurs 4mol--
lientes, reques par le fondement. Si le tenesme
devient chronique, it change de nature et appelle
les toniques alternes avec les opiatiques.
Quelque avantageuse que puisse &tre radminis-
tration du quinquina dans les fi&vres intermit-
tentes simples ou insidieuses, dans les rdmittentes,
nerveuses ou malignes, dans tous les cas ou la
prostration des forces semble l'exiger, ne le pres-
crivez jamais tant qu'il existe scheresse, chaleur
brdlante h la peau soif, douleur vive, langue
aride, dyspnee, difficult d'uriner, urines rouges
Acres, brfilantes, constipatiofl, tension du bas-
ventre, elevation ou durete des hypocondres,
tant que la fikvre n'est pas decidement remit-.
tente, c'est-h-dire que les retours des redouble-
mens ne sont pas tres-marques et tres.dvidem-
ment periodiques. Dans toutes ces circonstances)
le quinquina ne peut &re employed comme febri-
fuge; et, pour en faire usage enmqualite d'excitant,
il faut toute la prudence et toute la sagacitIt d'un
praticien consomme dans le traitement des ma-
ladies des Antilles. J'insiste I cet regard, parce







(32)
que plusieurs auteurs trbs recommandables ont
nmis, sur ce point de doctrine, dcs opinions fa..
vorables I administration du quinquina en gran-
des doses; opinions qui pourraient induire en
erreur les medecins qui commencent ah pratiquer
dans ces regions.
Les evacuations du bas-ventre sont indispen-
sables dans le traitement des maladies aigues de
Saint-Domingue : il semble que l'organe gastri-
que et le systeme secreteur de la bile soient les
fobyers habituels des principles morbifiques.
Les functions de la digestion sont toujours les
premieres qui se dArangent chez les nouveaux
ddbarques, meme sans qu'ils soient malades. La
diff&ence des alimens, beaucoup moins savou-
reux, rnoiiis substantiels en Amerique, l'abon-
dance de la sueur, qui tend toujours sympathique-
ment 4 resserrer le venture comme l'a observe
Hippocrate, cutis laxitas, alvi densitas; voila
les causes predisposantes h toutes les maladies de
ces climals.
L'excitement continue de la peau par Faction
des rayons solaires, la grande facihte d'absorp-
tion par cet organe abreuvo et reldche par les
sueurs excessive, expliquent pourquoi. les ma-
ladies cutandes, sur-tout les affections dartreuses,
sont si frequentes, si contagieuses, si difficiles "a
guerir h Soint-Domingue. 11 faut se defier de tous








( 33 )
les remides vantes dans le pays; ce sont, pour
la plupart, des repercussifs. Les bains, les tisa-
nes depuratives, les bouillons anti-scorbutiques,
les purgatifs repetes, le lait long-temps continue,
tel est le traitement methodique, seul convenable.
II1 doit etre prolonge en raison de 'anciennete,
de la resistance, de la complication de la mala-
die: on peut alors attaquer le vice de la pcau par
des rem'des externes,-dmolliens, resolutifs, dis-
cussifs, anti-psoriques, les lotions ou autres pre-
parations mercurielles, etc.
Substitution des mddicamens indigenes aux
exotiques.
Le me'decin doit toujours s'occuper, 4 Saint-
Domingue, de la substitution des medicamens in-
digenes aux exotiques ceux ci parvenant fort
rarement ou fort difficilement h la Colonie, dans
les temps de guerre sur-tout. II est done impor-
tant qu'il connaisse assez la botanique usuelle pour
&tre en etat de faire des substitutions bien enten-
dues.
C'est ainsi qu'il pourra composer:
La tisane commune, avec les tiges et les
feuilles de la reglisse du pays, abrus precato-
rius, Linn. et la racine de mais, zea mahis,
Linn.








(34)
Les boissons rafrailchissantes ou' temperantes,
avec la chicoree blanche du pays, lactuca cawa-f
densis, Linn.; les epinards sauvages du p"y&,
amaranthus oleraceus, Linn.; le lamann quTA
est un solanum Linn.
Les boissons rafralchissantes ligkrement aci-
dules avec toutes les parties de l'alleluia, oxalis
acetosella, Linn; l'oseille de Guin3e, hibiscus
sabdarif era, Lian.
La limonade, en faisant bouillir quelques ci-
trons coupes par trenches, ou une orange amere
dans 1'eau commune, et y ajoutant suffisante quan-
titd de sure; cest la boisson la plus convenable
dans les fievres bilieuses, pourvu que restomac
la puisse supporter. 1 convient que racide citri-
que y soit peu sensible et portld l'dtat savonneui
par le melange du sucre. On la rend vineuse par
addition d'un sixiime de vin; elle est alors
mieux rescue par restomac.
Les tisanes pectorales-et adoucissantes avec
toutes les malvacees si communes 4 Saint-Domin-
gue; les gombos, hibiscus esculentus, Linn.;
les guimauves, althaea, Linn.; les abutilons,
sida, Linn.
Les bouillons et apozemes aperitifs, avec la
chicorde sauvage, la racine de patience, le cresson
de Savane ,lepidium iberis, Linn.








( 35 )
"On renidra toutes ces boissons laxatives par
I'addition de la casse on des tamarins.
,On les reAdra purgatives avec la liane a Bau-
d~it,- cotvolsulus scammonia Linn., ou le
m&dicinier, l'iatropha carcas, Linn.; mais en
general il aut. craindre tous ces purgatifs du pays,
qui ne sontque des resineux drastiques, si I'on en
except l'hpile de palma christi, purgatif tr6s-
recommandd, mais sur r'usage duquel j'appelle
encore la plus grande circonspection: rhuile, dans
les pays chauds, tend h une ranciditi tres-prompte.
Son usage, prolonged mcme dans sa purete, nerve
les forces digestive; c'est un poison dans l'etat
febrile.
La verveine 4 fleurs bleues, verbena jamal.
censis, Linn., le manioc fraichemein rdpe,
l'iatropha manihot, Linn., les deux absinthes
du pays, parthenium hysterophrus et am
brosia artemnisifolia, Linn., employs en ca-.
taplasmes, fourniront d'excellens resolutifs.
Les deux dernieres plants sont des amers
don't l'usage interieur ne peut qu'etre avantageux
en infusion, lorsque les circonstances l'ordonnent.
Les cataplasmes maturatifs se component avec
la mantegue et les oignons de lis du -pays, pan-
cratium caribaeum, Linn., ou la leuille do
raquette, cactus opuntia, Linn., ou ceUle
de la raquette b chenilles, cactus cochellini-









( 56)
fera, Linn. plus facile a manier parce qu'elle
est sans pines.
Les plaies recentes se pansent beuretsiment
avec le suc de karatas, bromelia karatas,
Linn.
Des bains de guildive ont souvent opedr' des
miracles dans les paralysies et les affections rhu-
matismales chroniques. Le savon noir et le tafia
rdunis forment un liniment avantageux dans les
memes circonstances.
Les fumigations de graines de coton, gossi-
pium herbaceum arboream, Linn. presen-
tent un fondant d'une efficacited prouvee dans
- les tumeurs blanches indolentes.
La feuille tendre du bananier, musa paradi.
siaca Linn., et celle de la liane molle, cyssus
Ssicioides, Linn., sont des moyens precieux
pour le pansement des vesicatoires.
Les bols toniques se composent sur-le-champ
avec la limaille de fer, recorce de citronnier en
poudre, citrus, Linn., et un sirop simple.
Les bols et opiats febrifuges peuvent se faire
avec les ecorces fines de citron et d'orange, les
fleurs dessichees de la poincillade, poinciana
puckerrima, Linn., et le quinquina du pays,
cinchona caribaea. Lian.
L'infusion thliforme de cafi, coffee arabica,
Linn., est un tonique trbs-recommandable.








( 37)
I graine de sapotille, achras sapata, Lin.,
celle du gigeri ou ooli, sesamum orientale ,
Lirn. et la racine d'herbe h collet, piper
peltatu Linn sont des diuritiques puls-
sans.
Le duvet du pois h gratter, dolichos pru,
riens, inn., est un tres-bon anthelmentique;
mais il faut adoucir l'action nrmcanique irritante
de ce duvet en 'ecrasant, le melant ensuite h un
sirop simple, ou le prescrivant dans la bouillie
de farine de mais.
Les feuilles du ricin, ricinus palma christi,
Linn., trempees dans le vinaigre froid, et appli-
quees sur le front et la tete, sont des rfrigerans avan-
tageux daps les douleurs de tete occasionnees par
faction solaire ou par toute autre determination
trop vive du sang vers forgane cerebral; on re-
marque qu'elles excitent une transpiration trbs-,
abondante de la parties sur laquelle elles sont ap-
pliquees.
II est important de. connaltre les proprietes du
vegetal peut 6tre le plus commun du pays;
rherbe a ble, saccharum nuwerariun ,
Tussac.'

1 La phrase de cette plante est du ditoyen Tussac,
don't j'ai d~ji parlM, qui m'a fotumi la plupart des
renseigaemneas et des indications ci- dessus Ei6fdrdes.








( 58 )
C'est in vuindraire et un ditersif excellent;
on accord les memes vertus au the de Saint-
Domingue, capraria biforia, Linn., et h
1 'herbe h plomb. lantana camara. Linin.
Enfin lorsque les circonstances sont telles que
les malades, dans les h6pitaux,sont prives de ma.
telas d'Europe, on leur en prepare sur-le-champ
avec une espece de gui du pays, connu sous le
nom de barbe espagnole, caragate, tittlandsia,
Linn.; cette plante battue forme une sorte de
crin vegetal lIastique, sue laquelle les malades
sont doucement et fraichement couches. Les Etats-
Unis en font depuis long-temps usage.
Tous ces details prouvent combien la botani-
que usuelle de Saint -Domingue peut devenir
utile au praticien, et combien il lui imported de
cultiver cette branch si intdressahte de rhistoire
naturdlle.
Je reviens 4 mon sujet: les deux h6pitaux du
Cap, une fois ektablis, les officers de santd en

C'est avec cet hommne, recommandabld par ses con-
paissances en histoire naturelle. autaat que par sa
bienveillance et son amdnit6 social, que j'ai par-
couru les environs de cette ville, et que jen ai re-
connu les productions vdg6tales, si belles, si brillantes,
celles au moins que nous ont pr6sent6es les mois yven-
tose, germinal, flbrdal et prairial. Je me plais &
consigner ici 'hommago de ma reconnaissance.








(59)
chef de l'armee s'occuperent du soin. impor-
tant d'organiser le service gidnral; et je-puis dire
ici, avec veriti, que le zble et les talens de la plu-
part de rios collaborateurs nous seconderent d'une
maniere puissante. C'taient en effet des officers
de santd des armies, accoutumns depuis dix ans
a ce service penible, difficile, dangereux, moral
recompense, trop meconnu.
Maladies de l'armde & son arrive au Cap.
Les maladies qui affligerent rarmie dans son
premier sqjour au Cap furen en g&aral des
fievres doubles tieroes, des diarrhWes bilieuses,
des dyssenteries. Ces dernibres affections plus ou
moins graves avaient pour cause : i faction
d'une chaleur vive sur des individus qui n'y dtaient
pas accoutumds; 2 les imprudences auxquelles
s'abandonnaient les troupes. Fatiguees l'excsM
par usage d'alimens ores et salads pendant une
travirs&e de deux mois, elks &taient sans doute,
en ariivant dans la colonies, appeldes par la na-
ture i l'usage des' vdgtaux frais; mais elhs ne
connaissaient & cet regard aucune moderation. On
voyait les soldats se jeter avec aviditeet indistinc-
tement sur tous les fruit qu'ils rencontraient,
sansen attendre la maturity, et souvent sans en
connaltre l'espkce. Le corossolier epineux, ano
muricata, Linn., repandu come tous les ve-








(4o0
getaux de l'lle avec une profusion qui fait le plus.
magnifique des spectacles, offrait dans ses,fruits
une creme epaisse, blanche, aigrelette, d'un godt
\ agerable, qui pouvait m4me par son usage mo-
dere, guerir les diarrhdes et les coliques bilieuses
commencantes, tandis que son excess convertis-
sait les indispositions ligeres en maladies graves;
le bananier commun,musaparadisiaca, Linn.,
et le figuier bananier,.qui n'en differe que par
la couleur de sa tige parsemee de teaches noires,
et par la forme et a quality de ses fruits, pre-
sentaient h nos soldats un aliment agrtable au
godt, tres-nourrissant, et propre h subir un grand
hnombre de transformations flatteuses dans ses pre-
parations culinaires: on les voyait revenir de leurs
excursions dans les mornes, ou ils avoient pour-
suivi les noirs fugitifs, riches de la depouille des
campagnes voisines, portant sur un bAton des su-
perbes grappes ou regimes de bananes, attaches
et serrees l'une centre f'atre au nombre dedouse
b quinze, et peasant quatre, six h huit'livres, les po-
ches pleines .de citrons et d'oranges ameres. L'u-
sage immodere de ces fruits, des limonades qu'ils
en composaient, des vins de mauvaise quality, des
liqueurs spiritueuses, fatiguait bient6t les facultis
digestives, et leur faisait payer bien cher le plaisir
d'un moment.








(4' )


Campagne du mois ventose.

Ce fut h cette 4poque, le 28 pluviose, que le
gros de l'armee se mit en march pour aller
combattre [les noirs insurges. D'autres que moi
peindront dignement cette memorable champagne
du mois de ventose, la plus difficile, la plus san-
glante peut-4tre que les defenseurs de la patrie
aient faite dans tout6 la guerre de la revolution.
Ils admireront et la sagesse du plan de otte cam-
pagne, cqncu par le general en chef, et la rapi-
dite extraordinaire de son execution; moi, je
rends hommage au bienfaiteur de I'humanite,
au sauveur de ses compagnons d'armes, qui vou-
lut que cette guerre fit terminee avant que la
saison des chaleurs vint exercer ses ravages.
D'autres expliqueront comment le foyer de
la guerre fut etabli dans rinterieur de l'lle, loin
des villes et des postes fortifies, tant6t sur le pen.
Schant ou sur le sommet des mornes, don't N'as-
perite n'a pas meme dans les Alpes de site qui
puisse leur etre compare, tant6t dans les bois
* et les forces impendtrables qui couvrent les vallkes;
ils donneront, s'ils le peuvent, une just id&e de
tous les obstacles qui renaissaient h chaque ins-
tant sous les pas des Francais, ils les repre'sente-
ront places au milieu des negres revolts qui con-
naissaient toutes les localities, qui combattaient








(42)
avec la violence et la fureur d'hommes decides a
la mort ou l'extermination de leurs ennemis.
Ils suivront nos troupes valeureuses, s'emparant
de toutes les positions qu'elles attaquaient, et
couronnant-cette glorieuse champagne par la prise
du fort de la Crete b Pierrot, journde achetae au
prix du sang d'un grand nombre de nos braves,
et sur-tout de nos gendraux intrepides, qui y
furent tous blesses. Mon devoir est de rappeler
igalement a la reconnaissance national le souve-
nir des officers de santd de I'armee, qui parta-
gerent tousles dangers de leurs freres d'armes,
qui panserent leurs blessures sur le champ de
bataille et sous le feu de 1'ennemi, qui portaient
d'une main le fer destined b la conservation de la
vie des guerriers, et de I'autre, le fer destined
ddfendre leur propre vie.
Circonstances particulieres qui ont donnd
aux maladies simples un caractdre de
malignitd.
Pendant le course de ces evenemens, mes fonc-
tions me retenaient au quartier-gendral, au Cap.
Le nombre des malades s'accroissait chaque jour,
et des circonstances particulieres, don't je dois
fire ici mention, ne oontribuaient pas peu a
donner aux maladies un caract6re de maligniti
r4deutable.








( 45 )
Tandis que le general en chef occupait les
villes et les planes, depuis Leogane jusqu'aut
Gonaives, et poursuivait Dessalines dans les mon-
tagnes de I'Artibonite et du Mirebalais,. Tous-
saint et Christophe, reunissant sur les derrikres
quelques milliers de brigands, toaibaient sur
les environs du Cap, incendiaient les habitat
tions de la plaine, enlevaient les animaux et
venaient nous braver par des fusillades jusque
sous les rmurailles de rh6pital des Peres et de la
Petite Anse. Les officers de sante, les employes
de 1'h6pital, ceux meme des malades qui pou-
vaient soutenir le poids de leurs armes, passaient
les nuits sur la defensive, faisaient des patrouiles
continuelles, doublaient par-tout les gardes, et
surveillaient Irinterieur de la maison ; measure
d'autant plus important, que les servans de I'h6.
pital n'etant que des noirs revoltes et rentres l'un
apres l'autre, il etait fort b craindre que, pour
seconder I'attaque -de leurs frbres, ils n'incen-
diassent les sales. Cet etat d'angoisse avait ete,
une nuit, porter au point que les malheareux
soldats accables par la fi6vre, se relevaient,
se tralnaient ayec peine et douleur hors de rh6-
pital, pour eviter une mort affreuse, don'tt ib
se croyaient l'instant menaces. Je n'ai pas besoin
d'expliquer comment cette situation des tsprits
empirait les maladies, et les rendait le plus sou-








(44)
vent mortelles.. Les doubles tierces dgn~raibnt
en remittentes bilieuses; les diarrhees simples
passaient a l'dtat de dyssenteries malignes; la pros-
tration des forces et le ddcouragement .de lame
etaient les symptomes communs a toutes les
maladies.
Naissance de la jfidvre fjaune au Cap.
Ce fut h cette epoque, fin de germinal, que
l'armee victorieuse rentra dans le Cap. Alors
commenca h se montrer la fievre jaune; son
inten ite s'accroissait chaque jour a measure que
la saison chaude s'avancait. De ce moment, je
me promise de ne voir, dans les premiers temps
de mon sdjour dans la Colonie, d'officiers maladces
de la fievre jaune, qu'assistd autant que je le pour-
rais d'un medecin du pays. 1 s'y en trouvait deux
ou trois qui jouissaient de la confiance publique;
un d'entr'eux, le cit. **l, la meritait particu-
lierement par ses connaissances, son esprit et son
aminiti. 11 tait depuis long-t+mps tabli en cette
ville; il avait eu, pendant plusieurs annees, des
occasions fi'equentes de suivre la march et les
developpemen de la fievre jaune. Notre malheur
voulut qu'il nous fAt enlev a l'instant oi ses ta-
lens allaient nous devenir utiles; je l'avais atta-
che l'armee par ordre du gednral en chef, en
quality de .mdecina l'h6pital des Peres. Vieillard








(45)
respectable I il avait, depuis quelques annees,
exerce les functions d'inspecteur general du ser-
vice de sante. La faction de Toussaint-Louverture
favait destitute; les incendies repetes du Cap
favaient ruined. Ces evenemens I'avaient jete dans
un etat de morosite sombre et d'irritabilitd, qui
annoncaient 'alteration de sa sanm. II eut dans
son service quelques legeres indispositions, h la
suite desquelles se declara une fievre catharrale
nerveuse, qui l'enleva au grand regret de tous
les honnetes gens.
Je pense qu'il est convenable, avant de fire
I'histoire de la fievre jaune, de consigner ici quel-
ques observations qui lui sont relatives; Ales se
trouvent rangees par ordre de dates.
Premiere Observation.
Un valet de chambre du general en chef, jeune
homme fortement constitute temperament bi-
lieux.
Premier jour. Frisson de deux heures, acca-
blement violent, mal de t&e, puis chaleur in-
tense, visage allume', pouls vif et dur.
Deuxieme et troisieme jours. Accroissement
des memes sympt6mes, nausees, bouche amere,
prostration des forces. Diete, lavemens emolliens,
puis laxatifs, limonade ambre, bouillon de pou-
let nitre. J'ordonnai un grain d'me'tique, et deux








(46 )
gros de sulfate de soude, dans une pinte de petit
lait. Peu devomissemens, quelques sellesbilieuses.
Quatrieme, cinquinme et sixibme jour. Meme
etat, beaucoup d'agitation; il se livre aux soins
des femmes du pays qui administrent des lave-
mens dmolliens et mucilagineux, donnent un pur-
gatif, des demi-bains avec les frictions de citron
sur la surface du corps.
Septieme et huiti'me jours. La peau se color
d'une teinte jaune tres- foncee, les yeux pren-
nent la meme couleur; des selles bilieuses ont lieu
chaque jour, au nombre de deux a trois: fai-
blesse extreme. Le vin le restaure; quelques
bouillons, quelques crimes de riz;la maladie prend
un caractere plus doux; les functions se retablis.
sent; il entire en convalescence au quinzieme jour;
elle est longue et difficile. Enfin son retablisse-
merit est parfait.
Deuxidme observation.
Le citoyen Tournd, aide de camp du general
en chef, jeane homme d'un temperament san-
guin, cheveux touges, teint anim fatigue par la
champagne.
Premier jour. Long frisson, cephalalgie vio-
lente, douleurs de reins, nausees.
Deuxitme jour. Chaleur Acre et tres-vive, vi-
sage d'un rouge pourpre, les yeux ardens, agita-








(47 )
tion extraordinaire. I1 est vu par un mdecin du
pays qui prescrit une saignee, le bouillon de
poulet, les lavemens laxatifs : quelques selles de
couleur d'un brun foned.
Troisiime et quatrieme jours. Prostration des
forces, douleurs abdominales, suppression des
urines. Continuation des memes moyens, aux.
quels on ajoute le camphre et le nitre dans la
boisson et les lavemens. Dans la nuit du 4 au 5,
ddfaillances successiyes, hoquet. Mort le cin-
quieine jour.
Troisidme observation.
Le citoyen **, aide de camp du gne'-
ral Hardi, jeune homme d'une constitution athl'-
tique, d'un caractere tres-gai, ichauffli par les
veilles, le travail, les fatigues.
Premier jour. Frisson, mal de t te, accable-
ment, perte des forces. J'ordonne les lavemens
rdpetes, tour a tour emolliens et laxatifs; le bain
de pieds, la boisson d'eau de poulet nitree et le
petit lait.
Deuxibme jour. Grande fatigue, nausdes,dot-
leur h la region de rl'estomac, quelques vomis.
semens de mati&re bilieuse porracde, un peu brune.
Les femmes qui le servent regardent son etat
comme tr&s-dangereux; cependant il s'entretient
familierement avec ceux qui l'approchent; les








(48)
lavemens n'entrainent que des ddjections sereu-
ses, brynes, tres-fitides. Potion lig1rement exci-
tante, avc l'eau de menthe et l'acetite ammo-
niacaL
Troisieme jour. MWme etat; minoratif com-
pose de deux onces de manne dans une d&oc-
tion legere de quinquina, h prendre par verres
d'heure en heure; plusieurs selles bilieuses noi-
rttres, accompagnees de defaillances; quelques
hoquets. Potion excitante, avec la theriaque et
I'eau de fleur d'orange; quelques cuillerees d'eau
vineuse, de creme legere de riz a l'eau.
- Quatrieme jour. Faiblesse extreme, hoquets,
suppression des urines ; vomissement de matieres
noires ou de couleur de cafe; defaillance, pouls
insensible. Meames excitans. Mort dans la nuit
du 4 au 5. Usage libre des faculties intellectuelles
jusqu'au dernier soupir.
Quatridme observation.
Le C.***, commandant de la place du Cap,
trente a trente-cinq ans, constitution seche, tem-
perament bilieux, caractere vif, rarement malade.
Premier jour. Frisson de trois heures peu vif,
klger mal de tote, fatigue, maux de reins. Eau
de poulet, limonade legere, lavemens emolliens,
demi-bain d'une demi-heure, frictions de citrons
dans le bain. Quelques selles bilieuses.








(49)
Deuxibme jour. Accroissetnent des sympt6-
mes, faiblesse considerable quelques nausees,
quelques douleurs & la region de l'estomac, pouls
frequent et dur, redoublement sensible chaque
jour vers le soir.
Troisieme jour. Meme 6tat. Minoratifde manne
dans la decoction de quinquina h prendre par
verres. Evacuations bilieuses abondantes, fai-
blesse dans le bain. Un mddecin du pays est ap-
pele. Potion exciuante d'eau de menthe, da'au de
fleurs d'orange et de liqueur d'Hoffmann.
Quatrieme et sixiemp jour. Les accident dimi-
nuent d'intehsite, le pouls se rileve un peu. Le
visage devient jaine. Tisane nitree et lk~grement
aplritive, les bols de nitre et de camphre.
Si dfme et septikme jours. Diarrhbe bilieuse,
faiblesse, pouls mieux prononce, plus regulier et
assezr ega, desir de prendre quelques aliens.
Bovilions, creme de riz. Minoratif le huitinme
jour. La convalescence arrive h pas lents, la jau-
nisse se prolouge, le mnalade se rend 4 une habi-
tation dans les mornes.
Cinquiame observation.
Le citoyen Sardin, aide de camp du g4ndral
en chef, officer .du genie.
Premier jour. Frisson Idger, mnal de the vio-
tent, douleurs la region de l'estomac, nausdes.
4








( 5o )
Le soir fi6vre tres-vive, pouls tres-frequent et
tres-dur, visage rouge, ceil ardent. II est vu par
les femmes orioles qui administrent les secours
ordinaires, lavemens, demi-bains, eaux de pou-
let nitrees.
Deuxieme jour. Accroissement des sympt6mes,
vomissemens de bile porracde, agitation extreme,
urines rouges, tres-difficiles dans lear excretion.
Le soir, chdte de la fi6vre pouls tremblotant,
indgal, trbs ddprimd, disparition des-douleurs,
espoir du mieux, gangraee et mort dans la nuit.
Sixi'me observation.
Le citoyen Bt etume, dfficiei du gnie. Cohs-
titution forte, pldthoriqiie, temperam~it sanguin,
caractre gai n'ayant jemais 4t malade. Trente
ans. .
11 avait renda desl soins confinuelh b son ami
Sardine, sujet de 'obserivaion preddente; il n'a-
vait pas quittd le chevet de son- lit. II vint me'
trouver le jour mnme de la mort de son cama-
rade:Docteur, me dit-il, d'un air uny peu efflrd
et tres-eloigne de son habitude ordinaire, je suis
pris h mon tour; je voulus le rassurer et l'engager
-i onterl c"heval pour se distraire. Non, ajouta-
Stil, je ne le puis, j'ai freid-, tAtez-moi le pouls,
j'ai un mal de tte. affreux: le dernier regard de
mou ami m'a appeld, je vais me coucher. A'ces








( 5i )
was, iLnme quite et je le sui. Lmdeuxi'em jour
Mk visage est ardent, les accidens sitevent au plus
hiaut d.gre'd'itensid; it se livre aux. soins des
females. creoles it ineurt le .troisiame., Je n'ai
p me'procurer de dtailsjplus circons~anoies.,
eptieme observation.

-J.e gndral Hardi, Ag6 de 5o ans. Constitution
pltheoique, :temperament sanguin, debauff iper
eIst&iguesrde la guerr ,
II venait d'essuyeriune atteinte lIg'retde.fi re
gastrique catharraleydanls le course de laquelle un
officier:de santd d le.arie, qui r'avaitAi'aitej L'a.
vaitipugge, plusieuis fisiamdc avantagpil habitat
le bord Ideieper .lieu toujooucs insalubre o et oa
les makiAs sont les plus fripentes et les .p-us
gi-aves. I1 avait vu mnourir. la -plupart dk seas:o-
mestiques, et deux de ses aides de camp' n.
Le premier jour1' oug-frismono, violent mnal
de e6wetaccablement ,quelqwes Aausdee..Nat.su
par un medecin du pays, qui prescrit le bainide
pied, les lveuieaw rs liws, lEsboissons ni.
trees.
Deusieme)our. AcroisermnntdeMsympt6mes,
visage rouge, yeux ardeem t charges, pouls dur,
irrgulier, frequent; salge du bras redptdeLJ1
50 oi. -. P s .- .;.. .
Troisi&ne jour. Prosration de frccs., namu-









s3es, Igeres daoulurs au bas-ventre. II est transg
port, am ne habitation sur bn mome voisin. Jr
Mis appeal. Minoratif I~ge quelques selles bi-
lieuses ftiblesses. On. essaie la decoction lgere
de quinquina par cuilerxes; elle est constammnent
rejeiee par le vomissement. Lavemens emolliens,
cataplasmes dmolliens sur toute la region abdo.
minale. Je nomme un offlcier do sante del.pre-
miere classe, charge de suivre. la maladie ses plus minutieux details ev de nous en rehdre
compete. Les urines devimment difficiles.
Quatrime. jour. Failesse extreme nausees
continuelles, pleine liberty des fonctionsintellec.
tuelles, Application des visicatoirest auk jambes,
potion excitante avec 'infusion de quinquina= le
carmphrett la. iiqueut d'Hoffinann. L'eamac ia
rejeste. Les vomisseimmens fournissent une bile
brune, lkgrWe tension de I'Abdnomen.
,Le iquime.Prosmtidn conplVte,pouls er-
miculaiae, etat gmgrdfeux evident. I naenfrt Ie



Le gndral Le Doyen, insecteur ert obefadux
revues d.e l'armie cinquante ans. Constitution
plethorique tb~n r t sanguine fatigue ,
&chauffi par les veilles et un travail force.
Premierjour. Frisson, mal de tite violent ,.les








(53)
yeux charge, lger assoupissement. Un m&edcin
du pays est appeld. 11 prescritt les eeux de poulet
nitr&es, les lavemens laxatifs, un grain d'4mdti-
que dans tne pinte de petit lait. Le soir la fievre
s'allume.
Deuxi&me jour. Accidens plus intense vio-
lent mal de ttee, pouls frequent et tres-.inegal
visage rouge, yeux ardens et charges de larmes,
alternatives singuli6res entire l'assoupissement et
une jactation des membres, une angoisse extreme.
Troisibme jour. Je suis appeld. Vesicaoires
aux jambes et h la nuque, d&coction de quin-
quina camphrede et laxative, que le malade refuse
ou qu'il ne prend que tres-imparfaitement. Potioa
excitante par cuillerees.
Quatrieme jour. M6me 4tat. Assoupissement
stertoreux, angoisses extremes, efforts du malade
pour aider la respiration en se levant sur son sdant.
Nul effet des vesicatoires. Quelques selles bilieu.
ses tenues. Mort dans la nuit du 4 au 5.
Neurvime observation.
Le C.***, general de brigade, commandant.
Soixante ans constitution seche, temperament
bilieux, caractere froid.
premier jour. Frisson, cephalalgie, nausees,
douleurs de reins, lavemens, limonade legere nr.
utre, lavemens emolliens.








(54)
Deuxiiem e jour. Accoissemet des accident,
fievre cependant moderee ainsi que la fatigue.
Minoratif qui entraiae quelques selles bilieuses.
Troisieme j6ur. Meme dat; m~rmes accident.
Le soir, urines faciles et claires, assez libres dans
leur excretion, lavemiis lour h 'tour mrnolliens
et laxatifs. Quelques bouillons au riz, une orant
geade legere, des trenches d'orange douce sucree,
eau vineuse. Une ou deux silles bilieuses, mais
de couleur foncee et moins liees que la veille.
Quatrieme jour. Prostration des forces singu-
liire; nausdes, quelques hoquets, difficulties dans
mission des urines. Cataplasmes dmolliens sur
le bas-ventre, boissons legierement camphrdes, dd-
coction de quinquina laxative par cuillerees; le
rmalade la prend et la garden; quelques selles noires
et te'nues.
Cinquieme jour. Meme &tat. Potion excitante ,
angoisses du malade, suppression des urines de-
puis la nuit, mekteorisme du has- venture yeux
jaunes, surface de la peau teinte de la meme cou:-
leur. Pouls inigal vermiculaire, intermittent.
Usage assez libr6 des rfonctions'intellecttuelles.
Sixieme jour. Meme etat. Prostration au deer
nier degree. Mort dans la nuit du 6 au 7.
Les femmes creoles lui out prodigud en ma
presence, pendant toute sa maladie, les soins le6
plus empresses.








(55)
DixUme observation.

La fi4vre jaune exergait dans les h6pitaux du
Cap des ravages d'autant plus funestes, que, fate
de localities suffisantes, on s'dtait vu dans la
cruelle necessity de doubler les malades dans cha-
que lit. La contagion ne tarda pas h se repandre,
bien qu'on se premunit contre elle de tous les
secours que la chimie moderne a fait cohnaitre,
sur lesquels le conseil de sante des armies a pur
blied, en l'an 9, une instruction si utile; secours
que le C. Guyton-Morveau a si bien apprcieds
et ddveloppes. Elle s'attabha aux individus qui
approchaient les malades; r'econome, de l'h6pital
des Peres, le C.***, succomba: un autre qui se
confia h mes soins, le C.***, fut dangerepsement
malade. Le medecin en chef Boujardiere pensa
devenir la victim de son de.vouement: presque
tous les pharmacies eurent la maladie, et la
mpoitie d'entre eux fut eqlevye, en y comprenant
le.pharmapien en chef, le C. Blanchard. Tous
les chirurgiens payerent egalement le tribute; it
fut mortel pour la phipart. La maladie se signa-
lait h rpeu pres par les mknes sympt6mes; ils
perissaient aux troisieme, cinquiemre ou septieme
)ours. Mes soins et mes visits rdpe'ts chaque
jour etaient inutiles; 'dtais desesperd. On avait
cru observer h l'h6pital que les vesicatoires ap-








( 56)
pliquis de bonne heure avaient sauve quelques
militaires: cette methode fut mise en usage chez
plusieurs officers de santd; ils se les faisaient ap-
pliquer aux premieres atteintes de la maladie:
ce moyen part efficace chez quelques-uns, et fut
sans succks chez d'autres.
Onzidme observation.
Le C. Brosseau, ehirurgien de troisienre chsse
a rblhpital des Peres, jeune homme d'une forte
constitution, temperament sanguin, teint anime.
Premier jour. Frisson ldger, mal de tete tres-
violent, quelques heures apres chaleur intense,
visage rouge, agitation, langue blanche, pouls
fort et frequent; une saignee du pied, des bois-
sons emollientes nitrees, des lavemens dmolliens
et laxatifs.
Deuxicme jour. Memes accident; mal de tete
moins vif, faiblesse musculaire, pouls moins
dur et plus regulier; lavemens, cataplasmes demol-
liens sur le bas-ventre, petit lait aiguise par un
sel neutre, quelques sellers bilieuses.
Troisi&ne jour. Chdte de la fievre, pouls dd-
prime, prostration des forces, liberty des fonc-
tions intellectuelles, visage pAle, nausees, embar-
ras dans l'dmission des urines; mnme boisson et
meme traitement que la veille, plus quelques
verres d'infusion de camomille que restomac sup-
porte.








(57)
i Quatrifme jour. Pouls releve, egal, sellers bif
lieuses, urines toujours g&ndes et troubles; doux
minoratif h prendre par verres, cataplasmes, la-
vemens a ordinaire. ,
Cinquieme, sixieme et septieme jours. Les for-
ces reviennent peu a peu; de doux excitans, l'eati
vineuse, les bouillons et les crimes de riz h l'eau.
Point de crise sensible, diminution successive
des sympt6mes, convalescence lente. II fut ehvoyd
4 File de la Tortue, pour y recouvrer ses forces.
Douzidme observation.
Le C. Hugonin, chirurgien en chef de rh6-
pital des Peres, jeune homme d'une constitution
faible, seche, irritable; temperament bilieux,
caractere vif, un peu melancolique : fatigue par
t'&ude, les veilles, et par un travail force a fh6-
pital.
Premier jour. Frisson de trois heures, mal
de tete a la region sus-orbitaire, matx de reins,
accablement; il s'affecte d&s le premier instant,
et desespere de sa guerison. Lavemens 4molliens
et doucement laxatifs, demi-bains, petit lait nitrd;
quelques selles liquides qu'il veut voir absolu-
ment, et qui ne lui plaisent pas; le soir, fievre
forte, pouls frequent et vif, impatience extreme
du, malade.
Deuxibme jour. Accroissemerit des sympt6-








( 58 )
mes, tangue muqueuse, nausees, douleur I la
region de l'estomac; il se dit frappe d'un gastritis
malin et refuse de boire. Lavemens emolliens,
demi-bain qui ne peut se prolonger au-delh d'u
quart d'heure, cause de la faiblesse dn malade.
Troisieme jour. Chbte du redoublement, pros-
tration des forces, quelques hoquets; il pronosti-
que Fissue fatale de sa maladie et la fixe au cin-
quieme jour. 11 se refuse i administration des
remedes, enfin se rend A nos solicitations. Infu-
sion de camomille, rejetee par le vomissement,
qui entralne quelques matidres brunes, potion
excitante, cataplasmes riolliens sur la reIgion
abdominale. .
Quatri6me jour. Suites de la prostration, sup-,
pression des urines; le malade refuse tout secours
et ne veut que le repos. Dans la nuit du 4 au 5,
il desire me voir: je me rends du Cap, et le
trouve au dernier termed l'asthdniegangreneuse.;
il me serre la main, me recommande ses cama-.
rades, et se renfonce dans son lit sans profdrer
une parole de plus. Le cinquieme jour, il meurt
et nous laisse tous plus malheureux que lui. Le
m4decin Boujardibre parait si frappe de cettL
mort funeste, que je crois sa vie compromise s'il
continue le service en cet etat, et je le fais passer
h lile de la Tortue pour y reprendre le repos qu'it
i perdu.








( 59)
Treizidme observation.

Le C.,***, secrdtaire du commissaire des guer-
res d'Intrans, jeune homme d'une complexion
delicate, temperament bilieux, caractere melan-
colique, esprit frappe des malheurs publics.
Premier jour. Frisson kdger, made tte violent,
accablement, degodt, nausees; le soir, chaleur
tres-vive, face vultueuse,yeux ardensetlannoyans,
pouls frequent sans etre fort. Bains de pied, lav-
mens emolliens, eau de poulet nitree.
Deuxiime jour. Aceroissement des sympt6-
mes, nausdes, douleur la rhgieonde estomac,
sueur abondante le soir 4 la fin du redoublement.
Meme traitement, limonade d&oranges amrres
fortement sucr .
Troisieme jour. Prostration des forces h t
chdte dela fibvre, douleurs abdominales, nausees,
agitation singuliere jactation continuelle des
membres. Lavemens. dmolliens,: minroratif de
manne et. de casse par verres; queiques selles bi-
lieuses, un peu de sang dans les dernieres; nuit
tourmentde par des songes sinistres qu'il raconte
le martin. *
Quatrieme jour. Meme etat, memes douleurs
h la region abdominale, les urines ne passent plus.
Potion d'infusion de camomille avec la liqueur
d'Hoffmann, rejetie par le vomissement; leg&re








(6o)
infusion de quinquina h froid passe, et ne pro-
duit aucun effet sensible. Le soir, hemorragie
considerable par le fondement, entire prostration
des forces, liberty des functions intellectuelles,
affaiblissement graduel de toutes les faculties. Ago-
nie de vingt-quatre heures, mort a la fin du cin-
quinme jour; les vesicatoires appliques le troi-
sibme n'ont pu etre pansies.
Ainsi, dans le course de prairial, la mort allait
multipliant ses victims, frappant indistinctement
toutes les t&tes, et nenous laissant que le d&sespoir
de ne pouvoir moddrer ses fureurs et ralentir sa
march. Tous les moyens avaient &td pris pour
atteindre ce but desire. Les h6pitaux avaient et
multiplids; les habitations, heureuserient situees
dans les mornes voisins, avaient ete destinies h
Ja dissemination des malades. Un h6pital de douze
cents hommes avait ete etabli au m6le Saint-
Nicolas, position tres-salubre; et la correspon-
dance annoncait que les maladies y 4taient moins
funestes que dans les h6pitaux du Cap et de ses
environs.
Etat de la santd du Gdndral en chef et
de madame Leclerc.
Cependant la sante du general en chef m'in-.
quietait vivement; le sort de la Colonie tenait
peut-&tre a la conservation de sa vie, si chere 4










son armee si precieuse 4 tous les habitans d'une
colonies qu'il .veait de sauver et de rendre a la.
mrnre patrie. 11 souffrait depuis long temps d.
maux d'estomac, sa faiblesse etait extreme; il:
avait .prouve, dans la champagne qu'il venait de
terminer, un flux dyssenterique qui avait epuise';
mais il dtait soutenu par son courage et par la
force naturelle de sa constitution. Je tremblais
de le voir (ce quilui arrivait solvent) parcourir
tous nos h6pitaux, se precipiter au sein de la
contagion, ranimant les infortunes compagnone
de sa gloireet de ses travaux, par sa presence
ses discours consolants et ses g~nwreux secoursm
La situation de madame Leclerc ne rn'inspirait
pas moins d'alarmes. Ce'tait le plus attendrissant
des spectacles que celui d'une femmnejetine' sen-
sible, d'une constitution delicate et nerveuse,
transplantee tout b coup du'seir de 1'opulence et
des plaisirs de"it apitale, sur le theatre de la
guerre la plus horrible, assist se'le au milieu d'une
colonies immpuse spr. des ceridres et des ruines,
ayant h tous, ls, in~tans h craindre pour les jours
de son ,pow., 4'n hi6s de cinq: as, et pour s.
prepre vie. L g n ral en chef m'ivaj ordonni
d'!aager, atap q e je lepapis, indameJL.
clerc h irepassr p. ,Franie 3 je;:'ay#is pu rie,
oltenir ; mes. ins ces aivaielt j e ur joup.
occasionne quelques, spasmes, qui ~qssirent ,da








(62)
moment ol le general en chef l'assura qu'elleine
partirait pas. Tous ,deux .m'konoroient de eur
confiance, et tous mes efforts tendaient i lajsw
tifier. Je les: avais engages passer quelques
jours h l'ile de la Tortue pour. 's'y reposer;
ils s'y etaient rendus.. A leur retoun, je pces-
sai le gendral en chef de fair ce qui se pra-
tique avec successs dans les viYle. des Etats-Unis,
lorsque la fire jaune y r6gne, de s'4tablir dans
une habitation voisine ou il serait a l'abri, de la
contagion. 11 choisit dans le rmorne:du Cap l'habi-
tation Destaing, parfaitement situde sous tous les
rapports; le general Dugua, chef de l'tatmiajor,
campa aupres. du g*ndral eh chef; les citoyens
furent au moins tranquilles sucr.lie du captain
genarpl et de:safamille .

4dccroissement du nombre des nalades et
de lintensitd de la maladie.
Td etaitlf'at affligeant des choses udimois de
prairial. Lagiravitede la mlnadie -egnante devenaic
chaque oar plus redoutabsl; touted les mthbdes
de traitemient dtaitti'huctuit ne employes.
Le gdi4ard l eft ~d appelai'tes officers de atitd
en chef de aine & de frdqehtes conference
gur lak nat-ur i~tlet progrs de"dette fialadie
ainsi qub sur les inoyens 18s .ilus convenables a
employer. Un mudecin, arrive. rdcemmente de








(65 )
Etats -Unis, de Philadelphie-, oh il aMait pu ob-
server tous les developpemens de la fi&vre jaune,
connattre et apprdcer les opinions des mldecins
du pays, et compare, par experience, ks divers
traitemens adopts, ne nous avait fourni aucun
renseignement propre i nous fire sortir de r'em-
barras cruel dans lequel nous noustrouvions.

.dssemblde gdadrale descofffriersade sand.

Le general en chef desira que tous les officers
de sante de premiere classes de I'armee, residents
au Cap et dans les environs, rdeunis. h tous les
praticiens de ja ville et des lieux circonvoisins,
asseassesmblasent,,consultassenit ensemble, se com-
rmuniquasserit les rdsultats rdcip'oques de leur
experience, et, adoptassent un plan curatif qui
ne puit qu'etre jod if r par Jes ciconstances 4
par !'ydiqsyncr.si. d4e inddivi4s, astaqu.s.
Cette assemblee, t liet,jkj it pIlria,, ebz
les pfficiers de santd er chef de J'armee. ,a coti.
firence s'ouvrit par la proposition que je fis d!
tablir IFordr, svivant darns la discutsion:
? Histoire et m ache de w laie r eenant
an Cap; .
2a Causes gindrales, particulibres, locales;
5 Nature et classification nosologique de la
maladie;








(64)
40 Diagiotic precis de la maladie;
5 Ses crises et son pronostic;
6 Traitement preservatif, traitement me-
thodique h ses diverse epoques;
7 Ce qu'il faut penser du traitement dit du
pays, vulgairement employ; .
8 Usage de, la saigne, de l'ie'tique, des
purgatifs, du quinquina, du camphre, des vesi-
eaoires.dans cede maladie;
90 Ce qu'il faut penser sur la contagion et
le caractere pretendu pestilentiel de cette ma-
ladie;
100 Rapprochement de cettemaladie avec cells
de meme nature, qui, dans tous les temps, out
regne au Cap et dtian la Colonie, ou quiontravagd
d'autres cdntrae's.
S11 Moyens propres arreter le cours, ou b
prdvenir le retour de la maladie.
Cette march mnethodique de discussion a dtd
adopted. Les; diverse 6pinibns balances n'ont
offer que de l4gies differences entire elles, et
plut6t, relaives i lPfidividu r-alade, qu'a r carac-
tbre de la rialadie; les traitements ont &4 dirigis
da4 les h6pi ta la e sur ces principles
gendraux : j'ai redig en consquence le mamoiw
qui suit. *.








(65)
Rapport sur la maladie quia r6gnd au
Cap Franfais et dans la Colonie,
depuis le mois germinal an 1o. -
Histoire et march de la maladies.
La maladie n'a point de sympt6nrs precur-
semri, a du moins ils sont asses rares, et ne se
sont montrds que dans les sujets qui, avtnt
lle, dtaient frappes de terraur. Elle commence
par un violent mal de t&ee, au-dessus de la region
des orbites, ou sur un point cirtonseFit de l ca-
lotte hbnisphdrique. Un frisson plus ou moisu
long le pr&hde, 'Faccompagne ou le suit; bienti,
t6t des lassitudes, le vertige,. 'accablepent, et
souvent, des na& ues-se dclarent A ce- premier
etat succddezme chaleur, ine ardour extt i1 4
fiwvre s'almeue, lJeonal d&tv~tt de reins de*tent
insupportable; te pouls est vlf, d&r ta fiqudt 1t
peau tantAt sche, t*n thnided'une r1sr fine
de sueurp langue'blie feetted'un &iduit
muquux, visaged a wiftge fonc, ceil ardeti,
tant6t seW,tant6t 1annid rdpremide sillibre
ou an.xidtdsdea6 le-hgtidiaqt e; urines 'tdi
t6t blahtlcheKs o ~~yeteie, i tht6t d4jk dffilqes
dans lUr..exeraio "l.e premit 4tat oten' isa
roxiame ldu&e doue, vingt-quatre, traite, qua.-
wanstelht lieh es plus il est court plus, it tet sia
istre. La ~~ae tombe, le poa# se r'gularise;
5








(66)
quelquefois assez semblable au pouls nature;
d'autres fois il se diprime, devient inegal, petit,
serre: des vomissemens, plus ou moinsopinidtres,
surviennent ; ils entrainent des ddjections bi-
lieuses, porracees, ou noirdtres, ou de couleur
de cafe. Ils se renouvellent lorsque le malade prend
quelque boisson, sur-tout si elle est excitante.
La prostration des forces, qui, dans les premiers
instant de la maladie., s'etait couverte du voile
d'une irritation tr e-vive j se ddmasque et mar-
che grands pas. Le malade ne sent pas le dan-
gor de sa situation, iH jouit de la pleine liberty
de ses functions intellectuelles, rdpond quand on
l'interroge, prend.ce qu'on lui offie, et retonbe
dans l'accablement dei prostration Les boquets,
les dfaillances ,, la suppression des urines,k-s h-
morragies par les parines, f'anus, Ou. par ;'ouver-
Wure des saigndes qe l'o~qa faites, sent Jes acci-
dens qui se prseatent m spare s o runisLes
dpjectios sont squvent noires; le vsage, qui avait
i6 d'un rouge fond, se colore dt'n jaune plus
ou. moins saturd: cat, s1tision ictique se rod
pand sur la surface d corps: le malade txhale au
lin une odeur cadav4reuse; il mewtJe petnrier,
le troisikwe, cinquime n,,s aieiour, Silama-
ladie se.prolong, lle lie.quelquweparaces;
dans ces cas,. a fire s'est riapprochde de'fordre
deo remitAntes, dt-l-dire, qu'etle a didsuect









(67)
dans son course, h des redoublemens et a dles rd*
missions. Quand la convalescence a lieu, elle est
difficile itincertaine; les. rechdtes sont frequenges,
et presque toujours mortelles.
CAUSES GENRALES PARTICULI1RESI LOCALES.
Causes gdndrales.
Les causes gtierales de cette maladie sont
celles qui rendent ce tribute n&essaire h presque
t6us les Europdens qui viennent habiter les Colo-
nies; mais ce tribut n'est pas egalement meurr
trier tous les ans. Ces causes gendrales soot;
o l'action continuelle et vraiment insupportable,
pendant quatre 4 cinq roois, des rayons perpen-
diculaires d'un soleil brdlant sur les Europeeps
qui ne sont pas acclimates; a2 impression ha-
bituelle et profonde d'une bimriditd chaude et
pourrissante sur les mnmes individus.
La premiere de ces causes, la chaleur extreme,
jette le systeme humoral dans un veritable etat
d'effervescence. Le sang part bouillir, dans les
veines; il se porte par une esphce d'dlan vers For-.
gane cerebral, determine ces cephalalgies cruel-
les, qui ne cessent qu'i la fin du jour, pour re-
paraltre le lendemain au lever du soleil. Cette
meme irritation, que je pourrais appeler irrita-
tion solaire, portee sur la surface de la peau, y
occasionne une espece de turgescence ,ou de pid.









( 68)
thore locale, qui gene, ralentit ou engourdit les
mouvemens des membres, et les tient dans
une lassitude permanent. Portee sur les organes
exhalans, elle les agace, fait naltre des sueurs
abondantes, excite 4 la peau des fourmillemens,
des picotemens douloureux, des rougeurs, des
teaches drysipelateuses, des eruptions miliaires
rouges, (sudamina) don't la presence tourmente
et don't la disparition trop prompted inquiete.
La second de ces causes generates, rhumi-
dite chaude, est 6nervante et sdlative de sa na-
ture, et porte son action premiere sur l'organe
gastrique et ses depandances; les fonctions de
la digestion se ralentissent, ses products se dd-
piaverit, rhumeur biliaire ne tarde pas i subir
une Altdation plus du moins septique. Cet etat
d'annonce' par les affections bilieuses de toute es-
p&e, maladies les plus communes pour les nou-
veaux ddbarques, les coliques, les gastrodynies,
les cholera merbus, les diarrhees, les dyssente-
ries, les tioe*snes dethirans et si souvent funestes.
SLes causes gndrales de la fievre jaune, ont
toujours ete les m&fres. Pour s'en convaincre,
it suffit de consulter les praticiens de Saint-Do-
mingue, 'de la Jamaiquo, de la Caroline, de
toutes les Antilles, des Etats-Unis, des Indes
Orientales; de tous les hliux 6h ces causes peu-
nrit exercer leur action redoutable.








(69)
11 n'y a pas un Eurooeen, arrivant pour Ja pre&
rnibre fois a Saint-Domingue, qui n'eprouve plus
ou moins les effects de ces causes rdunies, lors
meme qu'elles ne se sont pas assez developpees,
ou qu'elles n'ont pas trouve une predisposition
assez prononcee dans Findividu, pour frapper le
principle vital dans ses sources, par la produsd
tion de la maladie terrible don't je fais l'histoire.
Heureux .les homes qui ont etd preserves de
ce fleau au prix de quelques maladies moins gra-
ves, qu'ils ont eues h supporter, et qui ont servi
a les acclimater!
Causes particuli'res.
J'appelle causes particulibres celles qui, tenant
aux causes gdndrales, en sont cependant distinctes
et servent h les modifier plus ou moins. C'est
ainsi qu'unie cause particuliere a donned cette annde
plus d'intensite & la maladie de Saint-Domingue,
et l'a rendue, pour ainsi dire, 4pidemique, puis-
qu'elle frappe un assez grand nombre de colons.
C'est la temperature extraordinairement seche
qui regne depuis six mois dans presque toutes
les parties du monde connu. M. Desportes, le
mddecin qui a le plus fidellement ecrit r'histoire
de cette maladie, qu'il a suivie pendant quatorze
ans au Cap, prouve, par ses observations, qu'ello
a etM toujours d'autant plus cruele que les annas.








( 70 )
ont ete plus skches. En l'an 6, sous Faction d'une
temperature semblable, les Anglais occupaient
le mole Saint-Nicolas et ses environs, lieux fort
sains par leur position : ils etaient au nombre de
vingt-cinq mille hommes; ils en perdirent les
sept huitiemes par la fievre jaune dans le course
de cet "te. II en a peri de mille h douze cents par
jour pendant pres de trois semaines. Le retour
des memes causes produira toujours les memes
effects.
Causes locales.
Les causes locales enfin, qui rendent en ce
moment la fievre jaune si funeste au Cap, et
qui lui impriment un caractere contagieux et
presque pestilentiel, sont en grand nombre; edies
sont dues aux malheurs de la guerre actuelle
et h l'incendie de cette superbe ville. Ces causes
sont:
L'air infect que l'on respire aupres des mai-
sons incendiees, dans lesquelles des denrees aban-
donnees ont ete livrees une decomposition ra-
pide. lRuch attribue la fievre jaune qui ravagea
Philadelphie en 1795, a quelques ballots de caf6
gtet qu'on laissa dans des magasins situes au bord
de la mer, et qui se pultrfierent. Les mbmes
maisons abandonnees ont servi long-temps de
latrines aux matelots, aux soldats, parce qu'il ne
s'en trouve point en cette ville. Les miasmes








( 7x )
mwphitiques qui s'en elevent le matin au lever
du sole exhalent dans tout ie voisinage une
fetiditg suffocante.
, Le voisinage du cimeti6re public de la Fos-
sette, beaucoup trop resserre dans sa surface, 4
raison du nombre de cadavres que 'ony entasse;
le peu de profondeur des fosses fort au-dessous
des dimensions prescrites par les lois de police;
la negligence criminelle avec laquelle on proc'ede
aux inhumations, tells sont les causes qui me-
nacent des dangers sans nombre, par le develop-
pement des gaz dle'thres dans uneatmosphere ddjh
viciee; les voiries abandonnees, les animaux li"
vrds, sur les lieux oui ils pdrissent, h une decom..
position don't les products se melent par-tout a
Pair que respirent les citoyens.
1 faut ajouter enfin 4 ces causes locales la
terreur qui s'empare trop facilement de l'ame
dans les calamities de cette nature disposition
prochaine h la maladie, et qui l'aggrave toujours.
Nature et Classification Nosologique de
la maladie.

Cette maladie est la fire connue, dans toup
les temps, par les mddecins qui ont pratique
dans les Colonies, sous le nom de fievre putride,
fievre maligne, mal de Siam, fiWvre jaune, lors-
que affection icterique est au nombre des phe-







7 )
nomnes qui lacaracterisent. C'est la Tritdophie
d'Amdrique ode Sauvages, la fiere rdmit-
Utnte bilieuse des pays chauds de Lind, Ie
typhus ictdrodes et pddchial de Cullen, l
J]ivrA maligne jaune des Indes Occidenta.
Als de Makittrick, la fidvre bilieuse mali-
gne jaune d'Amdrique de Moultrie, la fiX
wre rdmittente bilieuse gastritique gas,
tritico kdpatique de Mosely; elle appartient 4
une famille special des ordres composes de la
jfivre adynamique, ataxique et quelquefois
adeno-nerveuse du docteur Pinel.
Trois degrds de la maladie.
On lui reconnatt evidemment trois degres d'in-
tensit;e; au premier degree, c'est une fievre ady-
namique simple; les accident sont ceux d'une
irritation gastrique, plus ou moins vive, a laquelle
succede une prostration des forces, quelquefois
funeste. Elle est toujours inquidtante, et son
pronostic ne peut 6tre prononce favorablement
qu'apres le dixibme ou le douzieme jour; I'af-
fection icterique, plus ou moins grave, en est
souvent la crise heureuse; le plus ordinairement
elle se termine par des dejections bilieuses; les
organes gastriques demeurent assez long-temps
ddbilitis dans la convalescence.
Ap second degree, c'est la fibvre adynamique
dans toute son intensity, et plus ou moins corn-








( 75 )
pliquee de I'ataxique. Les accident sont redou-
rabies et multiplies; le paroxysme ou l'exaceata-
tion fQbrileest considerable ; une prostration efr
frayaute lui succede ;.les malades perissent le plus
souvent du sept au douzieme jour; s'ils survi,
vent, c'est 1i'aide d'une diarrhie bilieuse critique,
qui.les. reduit k un &tat d'dpuisement extreme,
ot0 d'une jaunisse qui laisse long-temps de l'in-
certitude sur son issue. La convalescence est tou-
jours d'une lenteur fatigante; les recIhtes sont
presque toujours mortelles. C'est .hce degree de la
maladie que l'on peut esperer quelque chose do-
l'administration des remedes, s'ils ont etd con-
venablement ordonnes et appliques des les pre-
miers instaus de la maladie.
Au troisieme degrd,. c'est la fievre adynamique-
ataxique dans toute sa gravity; quelquefois com-
pliquee de radeno-nerveuse; c'est une fievre pes-
tilentielle la fievre maligne essentielle de quel.
ques auteurs. Un seul acces la caracterise; son is-
sue, rapidement funeste, a presentZ plus d'une
fois des charbons ou des affections glanduleuses
analogues. On a vu des militaires et des.matelots.
tomber morts tout h coup, commee par sydd..
ration, au milieu de la meilleure ,sant. Le, pa-
roxysme; compose du frisson du chAud et de la
gangrene, dure x5, 2o, 50, 56,48 heures,,
D'autres fois, c'est une esp=ce de fire ce-








( 74)
rdbrale, qui se signal par les accident soporeux
ou par ceux du coma.-vigil, ainsi est mort le pre-
fet colonial Bndnzech. C'est le sort qui menace
les homes replets qui ont passe f'ge de qua-
rantercinq ans, qui s'exposent la chaleur du
jour, qui se livrent h un travail trop assidu da
cabinet, aux affairs qui exigent une forte con-
tention de resprit, h des exercices violent,
r'empire des passions, soit excitantes, soit depri-
mantes, h un regime de vie trop peu mesure ou
trop ichauffant.
Le plus souvent cette made est mortelle dans
respace de trois jours: a ce degree, la fiivre jaune
est au-dessus de- tous les secours de fart, quels
qu'ils soient de quelque maniere et dans quel-
que temps qu'ils soient administres.
Diagnostic prdcis de la maladie.
Le diagnostic precis d'une maladie se fonde
sur les caracteres qui tracent la ligne de demar-
cation entire elle et cells qui ont le plus de rap-
ports avec elle.
C'est ainsi que la fire jaune a, dans son in-
vasion et danssa prerpiere exacerbation, des ra-
prochemens plus owmoins marque's avec le cau-
sus oula fievre afdente. Dans 'ces deux maladies,
le pouls est du la face animee et rouge, les
yeux ardens et charges, la tete tres-douloureuse;








( 75)
mais la fifvre ardente se prolonge davantage; le
visage n'est pas colored du rouge pourpre et fonce
qui y est rdpandu dans la fibvre jaune, h peu prh
comme dans les premiers jours de 'derysiplle .
la face; la fiivre ardente se termine par des h&-
morragies critiques; h I'exacerbation ne succkdent
pas les accidents d'une prostration de forces ef-
frayante. Elle ne present jamais de suffusion ic-
terique, de vomissemens noirs, d'himorragies
de dissolution, d'druptions pt&chiales; ces deux
maladies, rapprochees dans leur invasion par quel-
ques sympt6mes communs, sont done de nature
bien diffirente, et il serait tres-dangereux de les
confondre.
11 a plu h un m&decin anglais, le D. Warens,
de ne pas separer de la peste, la fievre jaune de
la Barbade. A Dieu ne plaise qu'une opinion aussi
erronnee se propage! II existe sans doute quelques
sympt6mes communs, a raison du caractere asth-.
nique qui les signal toutes deux. Les sympt6mes
communs sont une irritation vive dans l'invasion,
et, par la suite, l'entiere prostration des forces
1'anxiete pricordiale, les hemorragies de dissolu-
tion la fitidite cadavdreuse trbs prompted h se
ddvelopper ; mais la peste est endemique a cer-
taines regions; la fievre jaune ne Fest que pour
les individus qui n'ont point encore habit les pays
chauds; la peste ne, se communique que par con-









tagion, et se communique h tous ceux qui sy
exposent; la fievre jaune n'atteint plus les indi-
vidus une fois acclimates. I1 r'y a ordinairement
dans la peste, ni vomissemens noirs, ni suffusion
ictirique; ces sympt6mes sont pathognomoniques
de la fibvre jaune. La peste se reconnalt aux symp-
t6mes qui affectent le system glanduleux. Ces
sympt6mes sont tres-rares dans la fi6vre jaune.
Diverses contrees de l'Amerique ont pu etre
frappees et peuvent rI'tte encore de maladies epi-
demiques de nature putride ou asthenique; quel-
ques auteurs ne les ont pas distingue'es de la fi6vre
jaune; mais c'est h tort. Les epidemies sont dues
h une constitution particulibre de fair, ou a des
circonstances locales, telles que l'entassement des
homes, les mauvaises qualitis ou le defaut des
aliens n4cessaires b la vie. La fievre jaune est le
produit d'une chaleur extreme sur les corps vivans
qui ne sont point accoutumis h cette impression;
les epidemies ont un temps determine pour leur
course; la fievre jaune attaque en masse ou isole-
ment les nouveaux de'barques; les epidemies n'ed
pargnent personnel les habitans sont rarement
atteints de la fievre jaune. On ne peut cependant
disconvenir que la fievre' jaune devient epidgmi-
que, lorsque les causes qui la produisent agissent
meme sur les individus accoutumes I l'action de
la chaleur. Telles ont 4~ les epidemies des diver-w









(77 )
ses contrees de rAmerique ou m~me de rEurope.
II faut egalement tracer une ligne de separation
entire la fievre jaune et les fievres d'h6pitaux et
des prisons, bien qu'elles aient beaucoup de symp.
t6mes communs. Ceux-ci tiennent au caractere
asthinique, qui appartient egalement toutes ces
maladies; mais il est des symptSmes speciaux qui'
font de la fi.vre jaune un genre p~articulier : tels
sont les vomissemens noirs la suffusion icteri-
que, la suppression des urines, I'irritation tou-w
jours tres-vive dans Finvasion, le visage rouge et
I'eil ardent.
La fievre jaune est.elle bien distinct des fibvres
bilieuses? C'est un problme medical don't la so-
lution intdresse fhumanitd. 11 y a tout lieu de
croire qu'elle n'est autre chose que le maximum
des fi&vres remittentes bilieuses. On est fonde k
le croire en ce que, tandis que les fievres jaunes
attaquent les strangers, les doubles tierces bilieu-
ses sont les maladies regnantes parmilqs colons;
en ce que les rdmittentes bilieusps, qui attaquent
les nouveaux ddbarqus dge'ngrent facilemenA
tn fire jaune ; en ce que la fieyre jaune, au
premier degrd, se confond trcs, fac"ement avec
les fires bilieus~e remittentes ; en ce que les
strangers, qui se sont acclimatis sans la fievre
jaune, ont e4t tous des affections bilieuses de tell
ou tell espece; en ce que les circonstances les plus








(78 )
propres h la production de lafievre jaune, tels que
le voisinage des lieux marecageux, les emanations
putrides de toute espece, sont aussi celles qui font
nattre et entretiennent les fievres et les maladies
bilieuses; enfin, en ce que les methods curatives
qui leur conviennent sont identiques.

Crises et pronostic de la maladie.
Plus le premier paroxisme febrile est court s'il
est violent, plus il y a de danger. Les jotrs re"
doutables sont le 5 le 5 et le 7. Si le malade
passe le terme, pourvu qu'en meme temps les
accidents s'appaisent, et que le venture s'ouvre dou-
cement, il y a esperer; mais, dans ce cas favo-
rable mnme, il ne faut pas perdre de vue le ma.
lade. La faiblesse qui succhde la fievre est si
grande, que Ia plus ligere imprudence lui devient
fatale.
Les crises sont rares dans{la fievre jaune, aihti
que dans t6utes les fievres malignes; quand elles
se presentent elles sont irtiparfaites et siegent
difficilement. La meilleure crise eAt une diarrhea
bilieuse, pourvu toutefois que sh violence nre fa
tigue pas trop le' malade :tiennent ensuite les
irines 4paisses et bilieuses, affection icterique
apres le septi.me jour, puis les' affections cuta-
ndes, tels que les cloux, les dTp6ts, les boutont,
les eruptions de toute nature, qui demeurent long-








(79)
temps en suppuration. Si la maladie est au pre.
mier degree, une hemorragie nazale et un flux
hemorroidal modedr peuvent etre des crises salu-
taires, sinon, ce sont des accident mortels.
Les signed funestes sont l'invasion de la mala-
die par un frisson long et violent, le vomissement
noir, la suppression des urines, les ddfaillances,
les hoquets, les hemorragies passives.
La march de~cette maladie terrible a fixd d'au-
tant plus justement I'attention des officers de sante
de l'armee qu'on ne la rencontre dans aucune
des fievres de mauvaise nature en Eprope, si ce
n'est dans les maladies pestilentielles des contries
meridionales.
11 faut toujours bien distinguer dans la fi6vre
jaune, la presence de la fievre ou r'tat d'irrita-
tion, I'absence de la fi vre ou l'dtat gangreneux.
L'dtat febrile ou d'irritation announce linflam-
mation sourde dans les organes gastriques, le long
de l'estomac et des intestins greles, et dans le sys-
time secrdteur de la bile; mais cette inflamma-
tion asthinique n'a que des rapports dloignes avec
le vrai gastritis, enteritis, hepatitis cys-
titis ou autres affections inflammatoires sthdni-
ques. Dans la fievre jaune, il existe des vomisse-
ments des hoquets continues, et cependant la
sensibility de 'estomac et des intestins est nulle
u ;dehors; ces oiganes, palpes meme assez vive-








(8o)
ment, ne font eprouver aucune douleur, le corps
des vischres enflamme's ne s'dleve pas au-delh de
M'drat nature; le bas-ventre n'est ni tendu ni me-
teorise; la suppression des urines existed, et la region
hypogastrique vesicale ne present b l'exterieur au-
cun changement. Ce genre d'inflammation march
rapidementverslagangrene.Cetitatinflammatoire
estclairement developpe'dans la doctrine de Brown.
11 est tres-important de le reconnaltre dans la prati-
que, quoiqu'il ne soit malheureusement que trop
constant qu'il se termine le plus souvent par la mort.
Traitement prdservatf.
Les Europeens qui veulent Gviter les atteintes
de la fibvre jaune doivent aller babiter les mornes
pour y respirer Fair pur et frais de ces lieux ele-.
ves. Si leurs devoirs les retiennent a la ville; ils
doivent eloignerleur habitation desbordsdela mer;
et sur-tout des environs de 1'embouchure. de la
rivibre du haut du Cap, lieux oi' la brise de terre
porte chaque jour les emanations mare'cageuses
de cette surface immense de lagons qui s'dtendent
de rembarcadere de la petitean'se au bourg du
haut du Cap. Ceux qui sont d'une constitution
plithorique se front faire une ou deux saigndes
en arrivant a Saint-Domingue, et prcndront, dans
le course du premier mois de leur sdjoUr, un doux
minoratif de manne et de tartrite acidule de po,









tasse qu'ils redpteront deux ou trois fois. Un bain
d'eau tide d'un quart d'heure, ou ,.h son de'aut,
un pediluve sera necessaire de deux jours 1'un.
Du reste, la moderation et la temperance, sous
tous les rapports, sont les premiers et les plus sdrs
preservatifs. Tout ce qui porte du feu et de l'irri-
tation dans le system nest pas moins dangereux
que ce qui tend a l'enerver. L'usage des viandes
doit etre m6ld a celui des vdgitaux. II ne faut
manger les fruits que dans leur etat de maturity,
et se souvenir qu'ils sont tous acides ou mucila-
gineux, et, par cela, contraires l'estomac. 11 est
important de s'abstenir de sortir depuis sept
heures du matin jusqu'A i i heures ou midi; mo-
ment oh la brise du large vient temperer l'ardeur
du soleil. On evitera avec le plus grand soin la pro.
menade du bord de mer le soir, temps oh la fral-
cheur precipite les emanations marecageuses que le
soleil a tenues en evaporation dans la journey Les
militaires se souviendront toujours que rien n'est
plus dangereux que de se coucher et s'endormir
sur la terre humide, le long des lagons. La pro-..
menade du matin est trbs-favorable 4 la sante;
c'est aussi le temps ou le travail du cabinet est
le plus facile et le plus convenable.
Si l'on eprouve quelque incommodite legere,
il convent de faire l'instant usage d'une limo-
nade d'oranges ameres ou d'une limonade vi-
6







( 8 )
neise, de quelques bains tides, de quelques lar
vemens rafraichissans le spir, et d'un dour.nmi-
poratif : apres cela, un exercise rmc4ddrd 6 pied
ou a cheval dan les tegyps convenables, la di,-
sipatin retabliront rinte'gite des functions. 11
faut ur-gout user de toute la force de la raison
pour que les affections de f'ame ne prennent pas
le caractere de morosite et de merlancolie, lors-,
que des maladies plus ou moins graves eLercent
leurs ravages. 11 est sans doute difficile de.se livrer,
a la gaiete quand on compete cheque jour ses con-
naissancs, sesq amis, ses camarades au nombre
des victims; mais Ia philosophies doit alors exer-
cer tout sqn empire : le citoyep qpi' se menage
dances circonstwncesifficiles si conserve moins
pour lui qpq pour la patri9, et cet, reflexion joit
fire taie .la sensibility.
Traitemnent )ndthodique aux diverse
dpoques de la maladie.
Lorsque la mnalodi st ddclaree, tant que la
fi6vre. e t forte, et quIles. accident de irritation
du system gastrique existent, on ne peut guqre
s'occuper dl'autre chose que du soin de la calmer
par les boissons adoucissantes nitrees, les eaux
de poqlet,, les bains entiqrs oy les demi-bains de
quglqpes minutes, ou, si les forces du malade ne le
permetlent pas, les pdiluves ti&des repetes toutes








(835)
les six heures, les lavemens multiplies, tour a tour
dmolliens et doucement laxatifs, les cataplasmes
molliens appliques et continuellement enteetenus
chauds sur la region abdominal; tels sont les
secours qu'exigent les premiers momens de la
maladie : si ces moyens ont product quelque
advantage, on peut les seconder par un mino0
ratif doux et don't reffet soit proportionne aux
forces du malade : si, h travers les accident de
l'irritation, on dicouvre ceux de la prostration
des forces, il faut, h l'instant meme ou la fire
tombe, passer aux excitans, appeler h son secours
les decoctions de quinquina, ou simples, ou deau-
sionnees, ou rendues laxatives, les boissons cam-
phrees, les lavemens de meme espkce, les juleps
excitans, les vesicatoires; on se trouve souvent
oblige d'alterner ou de mitiger ces remdMes, de
manimre it ce que les excitans n'irritent pas,et que
les adoucissags n'affaiblissent pas; il faut savoir
.marcher" entre ces d4ux ecueils. Mais c'est la l1
point difficile, et l'on ne peut disconvenir que la
conduite h tenir ne soit environnee de toute part
des plus grandes difficulties; cependant la mna-
ladie march pas rapides, et la mortt arrive
lorsqu'on ddlibere encore. Si la gangrene ae se pro.
nonce pas h la fin de la fievre, la continuation deS
m&mes secours devient plus utile et la conva.
lescence arrive insensiblement par la di o'iW








(84)
graduelle des sympt6mes et le retour lent des forces
vitales. Ce traitement methodique convient h la
fievre jaune, et remplit les indications; mais, si
divers accident se prononcent dans le course de
la maladie, il faut s'empresser de les calmer.
L'anti-edmtique de Rivibre, c'est-h-dire, le sue
de limon, mlde au carbonate de potasse, ( sel
d'absynthe) arrete ou diminue souvent le vomis-
sement.
Si irritation de restomac s'oppose h radmi-
nistration du quinquina, on peut essayer de le
fire passer en lavemens, quoiqu'il n'y ait pas
grand'chose a esperer de cette methode.
Les hoquets, les spasms, les mouvemens
convulsifs cedent quelquefois h usage du cam-
phre en grandes doses, en oleo sacharum.
Cette dose peut etre de dix grains, rdepete toutes
les six heures. Au reste, cette substance, unie au
nitrate de potasse, est d'un usage habituel dans
cette maladie, comme doux excitant et diapho-.
retique.
Dans les douleurs d'entrailles, les vomisse-
mens, les meteorismes commencans, les bains
ou les demi-bains, sont heureusement employes;
mais, pendant l'usage de ces moyens, le mddecin
doit consulter continuellement le pouls, afin de
remettre le malade dans le bain, et de l'en retire
suivant 'detat de ses forces.
a







( 85 )
Le ddlire tranquille ou frne'tique, affection
comateuse, accompagnee de la prostration des*
forces, appellent application des epispastiques a
la nuque et aux jambes, bien qu'on soit oblige
de convenir avec Baglivi que si ce moyen est
employee trop tard, et lorsque 1e'tat gangre'neux
se prononce, il ne fait que hAter la decomposition
des liqueurs animals, et precipiter la fin du ma-
lade.
Si le malade se plaint d'une douleur vive a
une extremit4e, il faut Se hAter d'y appliquer des
fomentations emollientes, des cataplasmes adou-
cissans; il faut en tenir le membre continuelle-
ment enveloppe, pour y attirer autant qu'il est
possible, et y determiner la formation d'un dd-
p6t qu'on ouvre de bonne heure, et don't on a
soin d'entretenir long-temps la suppuration. Cette
methode n'est qu'un procedd imitateur de la na-
ture, qui termine quelquefois cette maladie par
une crise heureuse, en couvrant la peau d'un
nombre considerable de boutons ou de furoncles.
La di&e doit &re proportionnee h la violence
de la maladie, les boissons vineuses, les doux
cordiaux, les doux analeptiques, sont tour h tour
tiles. On ordonne les bouillons au riz et aux
herbes, les crimes de riz l'eau ou de sagou,
les bouillons de substances animals, arroses du
sue de citron. On passe peu peu aux alimens







(86)
plus substanfiels mais d'une digestion facile. Le
*convalescet doit manger peu et souvent; on
lui recommande imn exercise journalier, mais
point fatigane, et fait h des heures et dans des
lieux oi le soleil ne darde pas ses rayons.
Sia janisse subsiste dans la convalescence,
ce qai est assez brdinhire, n fait usage de bouil-
Ions ,apritifs et de sacs d'herbes.
Tel est le traitement methodique, le seu qui
doive -are employee la saine mddecine n'en con-
naissam point d'autres, si ce nest le trafiement
par les sp'cifiques, qui ne peut avoir lieu ici.
Les m6decins militaires anglais emploient h la
Martinque pour lafi&vre jaune, .un traitement
ainmi~ soc: ils donnentl'abord une solution de
tartrite de potasse antimoid avec Ia manne ; ils
en aident 1 action parades boissons appropriees
et des laveme moiliens. Quand ils ont, par ce
moyen dtermind la remission de la fire, its
passent .'afusage d u quiiquina, qui terrine la
ma4adie.
L'irritaton des organes gastriques qui signal
le commencement on le premier periode de la
fievre june :a Saint-Domingue ne permetrait
pas de faiwe sage desantimoniaux.,
Le docteur Rush,, ans sa dissertation sur la
ffivre jaune qui a ravage Philadelphie en 1795,
dit queprbs avoir tentd toutes les mdthodes cu-








( 87 )
ratios ratonnelles oa e mpyriques, il nen a
pas trout d. mek11em e que 1i u% ivante : d plus
de centm malades, clit41P, auxqueis j lTai appli-
qude je n.en ai as tperdu un seut: II pub ia cet
effect un pro&odd4 aeldot aed. ces- trrmest
St Aussitt que ous vous seftez pris (soit le
d jour, .sot ia ~nuit) de rial A la the on aux
( reins, d6 douleurs d estomac, de frissois ou
a de fivrte, spidaletnent si ces sympt6mes 'sont
Sccodtripagteds de rdugewr du visage, si les yeux
w sort da j tetits diah jitni pMap i ettef tfne
c des otwidies puroatives ;(chaque poud'-e est
f dom pbie- &eiinze graitis de lap tinis AAix
&graint de'mereure doux) de ta pete da





Saur5pit.6tfinsi plrtement niettoyes.;, siuell
" airit pr6dit Ml-etdtiu -ous b~ ferez tirer
, lithiliet.< d oneetI san dae-tea aet aia tauge


co si itude et a tesiond dutpetils tonthidntr.

cc Dans le course tide'ta mniidie, Vus ferez usagc
v d'4i-patei, de ittbnade, fd'eau abrge ou de
ct tamrarins, de thd leger de camtorille. Vous tier-
drez les premieres voies toujontis libres par







(88)
a une dose de poudre purgative, de ,creme de
cc tartre ou d'un sel neutre quelconque, et par
cc des lavememens dmollieps et laxatifs; mais si
a apres l'action du premier purgatif, le pouls se
cc trouve faible ot0 d4pried, vous emploierez en
a bqisson l'infusion de,arpomille, ou de serpen-
c taire de Virginie; vousy ferezentrer lelixir de
.a vitriol ou le laudanum a doses convenables; vous
cc dorpnerez les boissons excitantes, 1'eau vineuse,
C le vin pur, le punch, le porter, le quinquina
c en decoction ou en substance dans la remission
cc de la fievre. On appliquera des vesicatoires h
cc la.poitrine, 4 la t&e ou h la nuque. Lorsque la
cc faiblesse exigera cet ,ecitant, on. tiendra en
c. rmeme temps les reins e.rWeloppAs d'une flanelle
cc.t rempee dans le .inaigre.cbaud ou l'eu chaude.
IlAr regime consistexa en gfuau, sagou, panades,
. ccthe, cafte, chocola, vins geodreux, gelees ani-
ac males, viandes blanches, convemablepent
cc r'tat des forces', en ,fruits de la saison, cuit3 ou
a crus. On fera circuler dans l'appartement du
c malade un ;4r frais et meme froid si le pouls
c est plein et tendu. Les parquets seront arroses
cc le plus tot qu'il sera possible. )
Tel est le procede curatif du docteur Rush;
il announce qt'il fut adopted par le plus grand
nombre des mddecins de Philadelphie, et que la








(89)
.cldritW du moyen fat telle, que ses elves et lui
ne suffisant pas au traitement des malades, et
rmeme a la preparation de la poudre purgative,
il en fit communiquer la recette h plusieurs phar-
maciens, qui l'employerent avec un legal succcs.
On voit que leprocddd de ce mddecin ne differ
de celui qne j'ai detaille, qu'en ce qu'il emploie
pour purgatifs les mercuriaux unis au drastiques,
tandis que nous ne conseillons h Saint-Domingue
que de doux minoratifs. II y a lieu de s'etonner
que l'irritation des organes ait permis l'usage de
ces moyens, il faut qu'I Philadelphie elle soit
beaucoup moins vive que dans notre Colonie. Je
ne m'y arreterai done pas davantage, et je m'd-
tonnerai seulement qu'un traitement, si vante
dans la fi&vrejaurie de x 7935 Philadelphie, n'ait
pas 4td pratiqu4 dans, la meme rpaladie qui a ra-
vage cette malheureuse ville, et d'une maniere
plus effrayante encore, dans lan 6 et I'an 7.
Ce qu'il faut penser du traitement dit du
pays, ou vulgairement employed.
Le traitement di; pays, qui consiste dans le
seul usage des adoucissans, des eaux de poulet
nitrees, des doux laxatifs, ne consider que le
premier temps de la maladie, I'etat febrile ou
,' irritation. Les saignees repetees dans le pre-
mier jour, les lavemens emolliens, les bains,








(9go)
les demi-bains, 'les minorati*f, rdussissent quel-
quefois dans les mains des Crdotes,'pourvi que
la mialadie ne soit qu'au premier degrd 4u au
commencement du second, parce que ces reme-
des sont administrds par des femmes, utunt
avant cuie invasion soit aValce'de, et touj6urs
avec un soin, one attention, urie c6nstance dans
les plus minutieux details, qu'il est difficile de
trouver ailleurs que dans ieirs mains. Si la ma-
ladie, est grave et passe h son second tat, les
femmes donnent le camphre en lavemens, miais
elles nemploient le'quinquikt que dans la con-
valescence et come tnkique.
sage de la saignade de 'dmdtique des
purgat du quinquia., d4 ocamphre,
des vdsicatoires, d ans cette maladie.
La saigndeseet regard& dant le pays, et meme
par quelques praticiens, co'mne un preservatif de
la fievre jaune, ou du moins comme un moyen
de ia rendre plus douce h supporter. A cet effect,
elle se pratique au bras tous les mois, o;u
invasion du plus ldger mal de tue, et a la quan-
tite de six t huit once cdaque fois. Si la tte de-
vienttr&s-douloureuse par rinsolation, on pratique
utilemernt une saigWre du pied.
Quoi qu'il en soit de ce moyeh, qui peut ette
utile aux nouveau ddbarques& dans un grand








( 9' )
nombre de circonstances, et relativement a leur
Age, b leur constitution ext leurs forces, il i'eA
est pas moins vrai, en principle, que la saignee
par elle-meme eqt contraire h toute maladie ady-
namique de sa. naare. Si elle a souvent calmne
l'irriiation, combien de fois n'a-t-elle pas jete lk
malade dans un af faissement mnortel Consultez
les observations consigndes dans l'ouvrage de
M. Dpsportes, dans un temps oh la saignee etait
beaucoup, trop souvent pratiquee.,. vous vous
convaincrez de la reality de 1'opinion que j'dmets
ici. Si cependant ,la fi.vre jaune n'est pas A un
haut degree d'intensite, s'il. ya lieu de presumer
que la nature est en etat de fire une reaction
suffisante, si le sujet est ione, vigourenx, d'un
temperament sanguit, sii le pouls est plein et
dur, la saignde ,peut &tre necessaire dans l'inva-
- sion meme de la maladie, c'est-a-dre, aussit6t
que Ia chaleur vient de succeder au frisson.
Les gens replets et advances en Age ne la s-p.
portent pas; il. en est de meme des tempmranens
oh la bile predomine...
L'meitique veut etre, dens tous les cas, trs-
me'nage dans son emplhi et dans sesodoses. I se-
rait plus prudent d'y yrenonper. enirement dans
le traitement de la fire jaune. C'est an nmoins
l'opinion general des auteurs qui out ecrit sur
cette matibre, et des medecins qui pratiquent au-
iourd'hui dans les Colonies.







( 92)
La meme observation s'applique aux purga-
tifs; ils doivent toujours &tre pris dans la classes
des minoratifs donnas a doses refractees et en
lavage. Sans cette precaution, ils peuvent exciter
des fontes colliquatives mortelles, ou jeter le ma-
lade dans un affaissement qui precipite sa fin.
Voili pourquoi les lavemens laxatifs sont prdf-
res, en general, dans le course de cette maladie;
1'eau de casse ou celle de tamarins, legerement
aiguisee par un sel neutre, opere plus doucement
1'effet qu'on a droit d'en attendre.
Le quinquina est parfaitement indique dans
cette maladie, du moment oh la remission febrile
permet de employer; mais il rencontre des con-
tre-indications tellement puissantes dans I'irri-
tation gastrique, qu'il fait nature ou qu'il accrott,
dans l'horreur et la crainte que sa prescription
inspire au malade, que l'on se voit pour ainsi
dire oblige d'y renoncer, ou de se borner h des
decoctions legeres ou emulsionnees, donnees a
instant oh le premier temps de la maladie faith
place au second; mais alors meme, quels que
soient la prostration des forces et l'tat deprime du
pouls, restmmc est si fatigue de irritation qu'il
a soufferte; les hoquets, les spasmes, les vomis-
semens qu'il eprouve encore, accablent tellement
le malade, qu'on ne peut plus donner le quin-
quina qu'en lavemens. I1 arrive de lb que ce re.








(95 )
mede heroique perd son effet, et en meme temps
son crddit, et qu'il n'est guere connu que come
tonique h la fin de cette maladie.
On peut appliquer le meme raisonnement b
tous les autres excitans don't administration pa.
ralt indiquee par la nature de la fievre jaune.
Quant aux vesicatoires, ils ne sont utiles que
lorsqu'ils sont appliques entire Iirritation qui les
repousse et f'etat gangreneux qui les rend inutiles.
Ils peuvent done &tre bornis aux cas oh les af-
fections soporeuses semblent en solliciter l'usage.
Ce qu'il faut penser sur la contagion et
le caractdre prdtendu pestilentiel de la
maladie.
Quelle est la source de la fievre jaune de Saint.
Domingue ? est-elle d'une origine dtrangre ? d'oh,
dans quel temps, de quelle maniere a-t-elle pu
y etre importee? est-elle contagieuse? la conta-
gion peut-elle s'etendre jusqu'% I'Europe ? Telles
sont les questions don't la solution touche de pres
I'hygiene publique, et peut determiner et les ma-
gistrats h prendre des measures de sudrete, et les
autorites premieres h rendre des lois convenables
aux circonstances.
La fievre jaune de Saint-Domingue y a-t-elle
etd importee ? Non; elle a son origine dans un
air trbs-chaud, sature d'dmranations marecageuses.








(94)
Par-tout dii ces principles se developperont et se
mettront en activity, on verra naitre la maladie
dans les individus qui porteront en eux- memes
les causes prddisposantes. C'est ainsi qu'on 1'a vu
se manifester & Cadix en 1764, dans un ete extre-
mement chaud et sec, b Pensacole en 1765, et
dans toute I'Andalousie en i 8oo. La double tierce
de Minorque present des caracteres de fievre
jaune, et les contrees meridionales de rEurope
auront 4 la craindre dans les mnmes circonstan-
ces. 11 n'existe dans les Indes Occidentales aucune
cause propre h y produire exclusivement cette
maladie; elle exerce des ravages dcautant plus re-
doutables que les tieux oh elle se repand sont plus
voisins des foyers des miasmes. Voilh pourquoi,
h Phikadelphie daus toutes les viles maritime
des Indes Orientales, S9ait Domingue, h la
Guadeloupe, la fievre jaune est roins commune,
moins dangereuse a measure que ron s'eloigne des
planes et des lagons. Voilk pourquoi la parties es-
pagnole est le plus souvent I l'abri de ses atteintes.
Voila pourquoi on peut s'en garantir en allant res-
pirer un air plus pur dans les mornes.
La fi4vre jaune n'est pas contagieuse, cette
opinion est celle de la generalit4 des praticiens,
c'est4h.dire qu'elle De se communique pas nd.-
cassairement da corps vivant qui en est fiappe
aux iadivi4du avyslequels il peut se trouver en








(95)
contact; mais elle est epid'imique, pour presqu.
tous les nouveaux debarqudsdans la Colonie : c'est
un tribute qu'il faut payer dans le cotirs du pre-
mier etd qup l'on y passe. Cependant on ne peut,
se dissimuler qu'une maladie aussi grave et d'un,
caractere putride et gangreneux, ne puisse se
porter par communication de I'air respire, ou par
le contact des effects imprdgnds de ces miasmes
sur les homes qui, par e'tt ou par divouement,
s'exposqun a tous le$ iistaas du jour l'action
des causes qui la font naltre, et qui l'eutratiennent.
Tel est le sort des officiersde.santd, des employ&
dacs les hopitaux, et de tous ceex qui visitent
frequemment ces asiles de la souffrance Aussi le
nombre. de ces victims a-t-il. & considerable
das le course de floral et praiial. Coe flaut a'/
1psruzm epargqe le, honmmes les plus accdimat '
c'estk-kdire, ceux cbez. lesquels es effete des amas-
mes et de la. contagion sonten parie detcuits.par-
'habitude.. .
Que faut-il done penser des measures que 1'au-
torite publique prend en Europe pour prevent
introduction de la fievre jaune et des quaran-
taines auxquelles se trouvent assujettis les vais-.
seaui, les homes, les effects qui arrivent des
lieux infects ?
La prudence Pt Ia crainwe prespiv.ent ces ,me-
sures, et la raisop les consacre. oxmaissances








(96)
sur les limits de la dissemination de la conta-
gion, sur les temps, les lieux, les distances, les
circonstances propres h la propager ou l'detein-
dre, ne sont pas assez sdres pour que les ma-
gistrats ne prennent pas toutes les precautions
possibles.
Les quarantaines sont de toute necessite dans
les departemens m'ridionaux parce que les
causes productive de la fi vre jaune y existent
en tout temps, et peuvent y etre mises en acti-
vite par une secheresse et une chaleur extraor-
dinaire. Les ddpartemens autres que ceux du midi
ont beaucoup moins h craindre, puisque le froid
fait dans tous les temps cesser cette maladie. Les
communications commercials qui ont existed
entire les regions du nord de I'Europe dans les
Colonies, dans le temps mrme oh celles-ci etaient
frappees de la fievre jaune, ne font jamais trans-
mise. Le tropique du cancer est la limited na-
turelle de la contagion de cette maladie.

Rapprochement de la maladie de Saint-
Domingue de cells de mrdme nature
q ui oat affligd diverse contrdes en dif.
fdrens temps.
Ilimporte l'histoire de cette maladie de faire
connaltre les diverse epoques oh elle s'est mani-
festee h S. Domingue et les constitutions annuelles.








(97)
En 17355 et 1754, la season pluvieuse fut
suivie au Cap d'une secheresse extreme pendant
I'dtd. Le vent du sud commenca h y souffler des
le mois d'avril. La fievre jaune, que l'on connais-
sait alors sous le nom de mal de Siam, fit perir
plus de la moitid des matelots et des nouveaux
ddbarques. I1 y avait au Cap beaucoup de malades,
tres-peu dans la plane, sur-tout vers les mornes.
Cette maladie regna seule pendant quatre mois;
toutes les autres maladies annuelles disparurent
devant elle.
En x735, 1756,1757, 1738, temperaturemo-
derde. La maladie de Siam flit sporadique; beau-
coup d'etrangers en furent frappes, et le plus
grand nombre en guerit.
En 1739, 174170, 1741, temps serein, tres-see,
tres-chaud, dans les mois avril, mai, juin, juillet;
grande mortality sur les animaux, quantity de
chenilles extraordinaires.Maladie de Siam tres-re..
pandue, tres-maligne; les saignees se rouvraient,
la gangrene survenait promptement, aucune me-
thode curative ne reussissait.
1742. Temperature modedre, maladie de Siam
assez douce, peu de morts.
1743. Secheresse longue, chaleur tris-vive dans
les mois d'ete, brises trcs-faibles, mal de Siam k
un haut degree de malignite. Le petit nombi-e de
ceux qui ont echappe la mort n'a ete sauve que
7








(98)
par des dipbts aux extremities qu'il a fall entre-
tenir long-temps en suppuration; cette maladie a
prdsente quelques charbons, et des ulceres gan-
gredheux en grand nombre.
La Mrieilleure constitution est celle oh les ora-
ges sont frequent; les torrens forms par les pluies
entrainent alors, avec les terres, les tmanations
deleteres qui s'e'ivent de la surface des lagons.
M. Desportes, i qui i'on doit cette suite d'ob-
servations interessantes, a remarque que les cons-
titutions tres-seches, et consequemmenit les fievres
jaunes trs-malignes qui les accompagnent tou-
jours, reparaissent 5 peu pres, apres un period
de doute a quinze ans. On doit regretted que le
travail de ce sage praticien n'ait pas ete suivi par
les medecins de Saint-bomningue, qui se Sont suc-
cecdes depuis le temps 6b it vivait. Nous serious
dclaires aujoiurd'hul sur la nature de cette ni-.
ladie, sur la meilleure inethode curative qui puisse
lui coiivenir, et surges moyiehs d'hygiene propres
aen prevenir le retour.
11 n'importe pas molns a l'histoire de la fievre
june de observer en d'autres contrees 6o elle
a pris naissance a diverse epoques.
Si l'roh consulate tous les mddecins qui ont ecrit
sur la fi'evre june d'Amerique, et ils sofit en grand
nombre, on peut se convaincre que cette maladie,
qui, a diverses reprises, a ravage plusieurs regions