La vie de Toussaint-Louverture, cef des noirs insurgés de Saint-Domingue, by Louis Dobroca, Paris, 1802. (BCL-Williams M...

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La vie de Toussaint-Louverture, cef des noirs insurgés de Saint-Domingue, by Louis Dobroca, Paris, 1802. (BCL-Williams Mem.Eth.Col.Cat. #565)
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LA VIE

DE

TOUSSAINT-LOUVERTURE;

CHEF DtS NOIRS INSURGES

DE SAINT'-DOMINGUEI


/ 7fi


ol










I









.Je poursuivrai par tous les moyens de rigueur-
eutorisds par la loit, le contr.facears de ced -
yrage dontj'ai ddposd t la bibliothlque national i
les exemplaires d'usage.
Du B R CA.
^_______








































I/.' ..


TOUS SAINT L OTUVERTITRE

67tw ral elt Cr7/l' a J.U-almulee


APa,- lr,ca IArdiwr nia SCJ'pu&yaw 2Vf4?$











LA VIE

D E

TOUSSAINT-LOUVERTUREj
CHEF.DES NOIRS INSURGES

DE SAINT-DOM I NG U E;
CON TENANT
SoN origine, les particulariths les plus remarquables
de sa jeunesse, sa reunion aux fameux Biasso ,
Bouchmant, et Jean Francois, les atrocities de la
guerre qu'il fit aux franmais sous les drapeaux de
"1'Espagne, sa perfidie en abandonnant les int6rsts
de cette puissance, ses attentats nombreux envers
les agens de la republique francaise, les actes do
son independence, et les premieres horreurs qui
ont accompagn6 sa resistance au gouvernement
frangais.
S U IV I B
D notes pr6cieuses sux Saint-Domingue, sur plusieurs person.
nages qui ont joue un r6le dans la revolution de cette le e
des premieres operations militaires du general Leclerc.
PAR DUBROCA.



A PARIS,
SDURocA, Libraire, rue Thionville, no. x76o.
e BONz W VILLB, Graveur, rue St-Jacques, nO. 195.

AK x. 8 oa. 0



SStarb!biothek 4
SMuncnen










LA VIE
DE

TOUSSAINT-LOUVERTURE;

CHE sDIS NOIRS IfSPRl S

DE SAIN T- DOMIING'U E.



Av mpment ou le voile est entiEremenf
d6chir6 sur l'hypocrisie profonde et sur lea
projects ambitieux de Toussaint-Louverttire;
au moment ou la trahison de ce chef des
poirs est consomme', et oh, sur les rui-
njes fumantes d'une cit6 embras6e de sea
propres mains, les valeureux conqubrans
;de la liberty franqaise, en Europe, s'avan-
cent pour punir en lui l'elinemi de leut
patrie et de l'humanit6 entire; quel Fran-
jais ne lira pas avec inter&t la vie de
oet home d6j`4 trop fameux, et qu'uac
.








.(z2)
longue imptit6,i eardi & ts les cri-
mes? Retenu jusqu' present par le respect
qu'inspire un gouve'inement pacificateur,
d4otTM *Appaetipat pas a nsaivVale itoeee
de trouble les vues par une impulsion
conttafrt, t'A t .a Absesit, 3reoite la
vie de cat Africain covert de sang et de
forfaits, et j'ai impose silence aux pressen-
timens cruels que tes apparences meme de
sa moderation rendaient plus profonds en-
,core dans mon ame; mais a present i~ie
int.ret pourrait s'opposet la publicit~
u ae histoir qui s erte n6'air-te is
course des 6v6nemens, peut -u 'imois U) -
tifier, importance des measures ut si1it
prises contre celui qui en est robit, et
offrir un aliment interessant a la Ijustb iii
patience u public epts si long- tep
ind4it. en erreur sur Ie compp e de 'cet

Toissaint- Loqerture n'aqut en 43
sur P'haIitation du "ci- 4vant coite









JFc, appelHe v 4ggie nielt4 Piyb4(qWpn 4e
1'Slpa a uneiive le d la ille t n Cap-
NYr$anis dBprtmpgen t du FdW4 4 SaAti
omingue. C pdamn6 4 Pesclvagep, n qa
quiAitk de no4 i esclave, ss premi res ani-
6 4 s.'piulpr~et dam les travout rTserv6s
*. cepx: de .sa dase, et il fat destip ia gar-
der les cbeatiaqx sur 'habitatiqn qui I' vait
'vu paittpl9 q opps p q Jui IPlSait ft
*emploi, joiPt a l'.ctjivit6 aiss-te de sqn
,g6W~i, li inspi fid4 4eB le e nttre &
.pj)rQt; i 4t4ia 1eo kWane s 4p 1J Joctige
et de 1'6criture. Les connaisseaces qa'Il
racquit sreqes deu ojptoet, ji dq"rent
;one girnds coPsid6ration parmi les acirs,
-&tUtmn~ et rcha.ktr it Ia fis de voir tlhn
.d.eu.x s'affragchir dE Ptat de profoiide
-igporance- auque l is Itaient coaamrnfs.
ToissaintE-Louerture, saeIaaat lie pass#-
bIleannt et. sigier soa nnm, ortk do Powa-
pli de patre et aspira a des travenx moins
igoobles et ea rhB me tzrsps pips lucratisi.

i:









(4)
Le bruit de ses talens et de son intelti-
gence parvint A M. Bayou de Libertas,
procureur de l'habitation de Breda: celui-ci
r6solut de se 'attacher; et pour tenter son
ambition naissante, il le fit son cocher.
La conduite de Toussaint Louverture
aupres de son nouveau maitre, lui mirita
la bienveillance de celui-ci; quoiqu'il fAt
tres-cruel envers les noirs soumis a son
empire, il donna A Toussaint sa confiance;
il le constitua surveillant des autres noirs,
et il n'oublia rien de ce qui pouvait Patta-
cher A son service.
C'est dans cet 6tat que la revolution
surprit Toussaint Louverture. Loin de
songer A prendre quelque part aux mou-
vemens qui prcedberent 'insurrection des
noirs, il en fut le t6moin impassible, et
1'histoire n'a point A lui reprocher d'avoir
trewp6 ses mains dans le massacre hor-
rible des blancs, execute dans le mois
d'aouit 1791. Les liaisons qu'il avait cues









avec les chefs des noirs insurg6s, Bouck-
mant, Biassou et Jean-Frangmos, tous trois
noirs esclaves, Pamitib particuliere sur-tout
qui le liait i Jean-Francois, ne tentre"nt
point son ambition; la reconnaissance qu'il
avait voube a son maitre, semblait Iavoir
.emport& snr les seductions de la vengeance
et de la cupidity, et plusieurs fois il lui
&chappa .des imprecations centre les au-
teurs et les instigateurs des de'sartres de
la colonies.
Cette conduit avait resserre les liens de
la confiance et de Pamniti6 qui 1'unissaient
a son'maitre. Dans l'etat oiu se trouvait la
colonies, en proie aux cruautes et a la
vengeance des noirs, il en. 6tait devenu
plus cher A sa famille : on connaissait ses
moyens, ce qu'il aurait pu entreprendre,
et Influence qu'il aurait pu obtenir sur
les noirs, s'il eut voulu en abuser, et on
lui tenait compete de sa moderation et de








(6) v
la resistance qu'il semblait opposer A ce
qui pouvait tenter son ambition.
Mais eette moderation de Toussaiat-
Louverture n'6tait qu'un calcul de sa pro-
f7ade hypocrisie, fond6 sur incertitudeo
'des tentative des noirs; d&s qu'ii vit lears
succis assaius, et qu'il jugea que. 1 mnio
meat favorable A ses projects 6tait venu,
11 s6chappa tdut-.-coup de la mason de
'e6n maitre, disparut de I'habitation de
Breda, et se rendit dans le camp de Bias-
son. Celui-ci, chart de l'avoir pour com-
pagnon de ses atrocitis, l'accueillit avec
amitie, et voulant rendre ses talens utiles,
.e fit son secrxtaire, ou pl pi opn hoomme
d'affaires, et Padmit dan s on intime cop-
fiance.
,C'est dans ce nouveau poste que TQs-
Ssaint-Louverture commenqa a deployer son
Sg6nie militaire, et la ftrocith naturelle de
son caractire. Biassou I'employa avec snc-
ces dans plusieurs exp6ditions,.dont on




4. ,








(7)
donnatt les rsbltats horri~es; et pour .1
rkeompenser de son zile, i Pl'leva v l
place de son capitaine des gardes..
C&ait I'poque oi la division, s' tant
mise parmi les chefs des noirs,, ouvyait
uhe carrikre facile A Pambition des oub.al
ternes. Toussaint LoPverture,. qui s'indi-
gaa)it de j de se voit au second rang,; ei
profit. De concert avee Jean Frangois
Penaemi personnel et le concurrent de
Miassm, il forma Ie project de. reaverer
jmn bienfaiteTr et de se mettre A sa placq.
Un jour Biassou reposait dans sa tente
tout-a-ioup'on vient I'avertir que SOn camp
-st cern6 par un corps de huit mille noirs,
eti qbe Jean-FranBois s'avanoe A la tate do
sa catalerit poor I'arrFter. A cette nou-
velle, Biasbou court aux armes, fait bat-
-tre la 'gkn6ale, et ordoane en meme temps
8A son eapitaine des gardes, de dispose
ses trblpes pour la cdfense de sa per-
sonne. Toussaint Louverture ex6cuta en









(8)
effect les mouvemens militaires quiexigeait
cette circonstance; mais au lieu de se dis-
poser au combat, il s'avanca vers Jean-
Frangois, et lui livra sans resistance Bias-
sou. Le sort de ce dernier fut bient6t
d6cid6; il fut d6clar6 d6chu de son rang de
gnhnral des noirs, et envoy prisonnier a
Saint-Augustin, dans l'int6rieur de rile (i).
Toussaint-Louverture recut pour x6com-
pense le commandement d'une division,
avec laquelle il march sur les traces du
f6roce Biassou, jusqu'au moment oiu dau-
tres ev6nemens changirent sa destine et
le porterent sur un nouveau th6btre.
La guerre qui venait d later en Eu-
rope, entire la r6publique franqaise et les
peuples du continent, avait deja. itendu
set ravages sur les colonies du nouveau
monde, qui dbpenda4ent des puissances bel-,
ligHerntes : a Saiint-Domingue sur-tout, les
"franqai., fidbles h la r6publique, avaient
i lutter non seutement contr* les .noirs
qui








(9)
'qui. avaient Iev6 l'6tendard de 1, r 6volte,
et :auxquels les royalistes et les 6migxk
avaient associ6 leurs int&r&ts, mais encore,
centre les anglais qui les inqui6taient sui
les c6tes, et contre les colonies espagnp-
les'qui leur avaient hautement d6p4~r6 la
gierre.- .
: Au commencement de x793, les espa,
gnols voulant se renforder de tout ce.quj
.tait ennemi de la republique fra.nc'ae,
appelrent sous leurs drapeaux les noirs
insurg6s de Saint-Domingue. Jean-Franqois.
et Taussaint-Louverture.seempresqerent do.
se rendre a cette invitation; le premier,
fut cre6 lieutenant-genhral des armies du
roi 'd'Espagne, et Toussaint.-Louverture
fut klev6 au grade de nIarechal-de-camp.
Tous les deux furent, revetus des marques
distinctive de leur rang, et pour la pre.
miere fois on' vit des. nirs esclaves, cha-
rnarris de cordons, de croix'et des autroe
signes de noblesse. .










'0latts de 'cds distinctions, Jean-Fran-w
oio et Toasgaint-Louverture song telt A
s'en rendre dignes per un d6vouemnent san&
barnes ax intfrets du gouve~netnent qui
les emplyait. ta guerte qu'ils firent anu
francals r6pnblicams, fat une guerre id
vcannibales. Plusieurs fois, ils firent fr6wir
drreur ceuX don't its &taient devenue les
itrumene. Tous les frangais, di qnelque
aoq&ueuar quils fussent, s'ils servaient la
eaust de la rbpubliqae 6taient sfirs, ern
tbrnbant entire leurs mains, do trouver lea
.tourmens et la inort. Entourb de pertrec
et dmnigrbs qui irritaient de- plus ear plus
leir f-rocit6-, ces deux 'cekz des moirs se
croyaient eharg4 des vengeaxees de l'au-
tel et du tr6ne : lout zIbe avait les carac-
thres les plis affreott, ceux du fanatisnme
qui gorge saas piti6, au nora du cial, et
-ceux d'ine barbarie profonde pour qii les
lois sacrkes de la nature, du sangg et de
l'humanite, ne sont rien. Quand on. 6rira









r'histoire de cette guerre, ii faudra mettre-
sous les yeux des lecteurs, I'affreux tableau,
d'hommes scis ei deux, d'homnmes mow
tilWs dans tdus les sens, d'hommes bruil4s
a petit fe., d'hommes attach6s par les
pieds A un. arbre et scorch s vivans. J4
Vendee seule est le pendant de cette guerrv
abominable, que Toussaint-Louverture fit
ux. r publicains pendant pres de doeux
ans. Ea vain, pendant cet space de temps,
Jes commissaires du gouvernement franqais
A Saint-Domingue, Polverel et Santonax,
essaybrent de le. ramener, et lui firent
offrir, ainsi qu'A Jean Franqois, pai,
libertO et protection : ils ne rspondirentb
eurs. offres et leurs processes que par
de nouvelles atrocitbs.. Toussaint-Louver-
ture, croyant devoir motirer particuliere-
rnent ses refus,. crivit lui-meme aux com--
nissaires, en date du 28 aofit 1793. C'est
dapm la lettre qu'il leur adressa res: phrases- remarquables:









( C ) ,
c cNous ne pouvons nous confermer a
6 la volont6 de la nation, vu que depuis
i que le monde rbgne, nous n'avons ex6-
cute que celle d'un roi. Nous avons perdu
t, celui de France, mais nous sommes ch&-
Sris de celui d'Espagne qui nous t6moi-
a gne des rbcompenses, et ne cesse de
nous secourir. Comme cela, nous ne
A"
a pouvons vous reconnattre commissaires
a que lorsque vous aurez tr6n6 un roi. ,
Cette lettre avait 6tB r6dig6e par un
pretre espagnol, cur6 de Laxabon, et alors
confesseur en titre de-Toussaint-Louver-
tuire. Quelque temps auparavant, ce chef
%des poirs avait adresse une proclamation
a ses freres du Cap; rbdigee d4ns le mnme
sens. Elle est du 25 juin 1793.
Cependant les success de la r6publique
franchise ,commencaient a degouter les
espagnols de la coalition. Toussaint-Lou-
verture pr6voyant la fin de ses services,
et craignant peut- tre d'etre sacrifi a la.








( 3)
paix, oingea a changer de part. Sa nou-
velle trahison fut accompagnre de cir-
constances horribles. Quand ilf tait arrive
au milieu des espagnols, il s'6tait present
a eux, les mains degoiNtantes du sang des
rbpublicains; pour effacer, s'il se pouvait,
le souvenir de cette atrocity, il voulut,
en revenant parmi ces derniers, se pr'-
senter avec les mimes trophies, et leur
offiir le 'sang des espagnols en d6dom-
magement de celui des frangais qu'il avait
d'abord vers6..
Le president de Paudience royale a
Santo'-Domingo, Dom Joachim Garcia,
Pavait plac6b la Marmtelade, sous les or-
dres du marquis d'Hermona, un des offi-
ciers de l'armre espagnole, le, plus brave
et le plus instruit. C'est-la que, le 25 juin
1794, apres avoir entendu la messe d6vo-
tement, communi6 et affich6 une devo-
tion extraordinaire, Toussaint-Louverture
sortit de l'glise, monta a cheval, fit








(1 4)
entourer par ses troupes les espagnols qui
ktoient sous ses ordres et ordonna froide-
ment leur massacre. Hommes, femmes,
enfans, vieillards, tout fat pass au fil de
J'6pe on devint la proie de la brutalit& des
noirs de son armee; les 6glises furent pil-
e1es, les tr6sors des particuliers et du gou-
vernement furent enlev6s. Cet acte d'atro-
cit6, qui glace d'horreur et d'effroi, fut
rep6t6 par les troupes de Toussaint aux
Gonaires, an Gros-Morne, au Dondon,
la Petite-Rivibre, et dans toutes les autres
paroisses de Pile qui 6toient occupies par
les espagnols depuis la guerre. Trois heures
avant ce massacre, Toussaint-Louverture
avoit renouvel6 le serment de fidHlit6 au roi
d'Espagne, entre les mains de Dom Garcia
et du marquis d'Hermona.
Apres cet attentat, Toussaint-Louverture
passa avec ses troupes au port de Paix, oi
il fit le serment de fid6lit6 a la Republique
frangaise, en presence du general Etienne









Laveaux, qui gouvernait alors Saint-Do.
Miimgue (2).
Ce g6n&ral, instruit par les kv6nemen,
fat d'abord pea dispose : accorder sa coni
fiance i Toussaint-Louverture; rbduit A
Inaction, et surveill dans toute *a con.*
duite, ce chef des noirs semblait avoir
atteint le terme de sa carrier politique;
rais un 6vhnement aussi malheiireux qu'ex-
traordinaire vint le replacer tout, a-coup
sur la scene, et ouvrir a son ambition une
inouvelle carrier.
SAu mois de ventbse de Pan 4, une sbdi&
tion populaire fomentke et pret6gbe par
trois chefs mulatres, clata dans la ville
du Cap. Victime de cette intrigue don't il
ktait l'objet, le general Laveaux fat arr^t6
et constitub prisonnier; a cette nouvelle,
qui r6veilla tout-a-coup les espirances et
Ambition de Toussaint Louverture ce
chef des noirs, soutenu par les anis de
la France, s'arma pour la vengeance du








( 6 )
gouverneur, ef march sur la ville du Cap;
a ]a tote de dix mille homes: I'appareil
nenacant d'un siege forca les habitans &
en ouvrir les portes. Toussaint-Louverture
entra au Cap en vainqueur, oil son premier
soin fat de ddlivrer le g6n6ral Leveaux, et
de le r6int"grer solennellement dans ses
functions de gouverneur.
STel fut I'vbenement qui redonna tout-
a-coup a Toussaint-Louverture la consid6-
ration qu'il avait perdue, et qui le rendit
en quelque sorte l'arbitre des destinies de
la colonie. Dans l'ivresse de sa reconnais-
sance, le general Laveaux le proclama le
vengeur des autoritbs constitutes, et le sau-
veur des blancs.
a C'etait, disait-il (3), ce noir, ce Spar-
., tacus pr6dit par Raynal, don't la destine
1 btait de venger les outrages faits a touted
a sa race; et il ajoutait que dbsormais ii
a ne'ferait rien que de concert avec lui
P et par ses conseils. a
En








(17)
En effet, Toussaint-Louverture, cr66 i
la fois g6n6tal de division et lieutenant au
gouvernement de Saint -Domingue, fut
associ6 A l'empire, et se vit en 6tat do
preparer avec succfs les bases de son usur-
pation. II travaillait dejia ce grand ou-
vrage en propageant, par tous les moyens
possibles, les principles de Pindependance
future des colonies (4), lorsque 'arriv6a
des nouvcaux agens envoys par le direc-
toire exdcutif pour y proclamer la cons-
titution de l'an 3, vint affermir son credit
et prater en quelque sorte de nouvelles
armes A son ambition.
Ces agens avaient ordre en effet de fair
6prouver a Toussaint-Louverture touted la
bienveillance du gouvernement frangais, et
de reconnaltre par de nouvelles favours les
.services qu'il avait rendus A la r6publiquo
dans la personnel du g6n6ral Laveaux, en
1 e rendant A la liberty, en faisant respecter
en lui les autorit6s constitutes, et en sauvant
$








( 8 )
la colonies des factions intkrieures qui avaient
menace de I'embraser de nouveau.
Fiddles. ces instructions, les commis-
gaires du directoire exkcutif furent a peine
arrives & Saint-Domingue, qu'ils s'empres-
sbrent de rCpondre aux vues du gouver-
nement qui les avait envoys; ils firent a
Toussaint-Louverture un accueil distingut,
et Pencouragerent A de nouveaux services,
en lui exposant la nkcessit6 de chasser
promptement les anglais de la colonie:
c'tait 1'6poque en effect ou cette puissance,
agissant ouvertement contre Saint-omin-
gue, 6tait parvenue & s'6tablir dans plu-
sieurs cantons d'oi ses armies menacaient
Pile d'un envahissement prochain/.
Investi de la confiarice des agens du gou-
vernement francais, et assist des conseils
des homes cclair6s de la colonie, Tous-
saint-Louverture, apres plusieurs affaires
oii il d6ploya beaucoup de zele, des talens
militaires, et une grande valeur, parvint
& reconquirir le Mirbalais, les Grands-Bois,








( '9 )
et autres places qui taient sous la domni-
nation de l'Angleterre : sa conduite pendant
eette guerre fut- celle d'un bon francais;
cette 6poque serait sans contredit la plus
belle de sa vie, si le service qu'il rendit
alors a la r6publique, n'avait Wt6 li' aux
combinaisons de son ambition. Le moment
n'etait pas encore venu pour lui d'agir foi-
blement centre les anglais, ou de concert
avec eux. II fallait auparavant donner au
gouvernement franqais tous les gages pos-
sibles de fidlite (5), pour assurer sa con-
fiance et lui arracher les nouvelles faveurs
qui devaient le conduire a son but.
Son attente ne fut pas trompee :satisfaits
de sa conduite, et voulant lui donner une
nouvelle preuve de reconnaissance, les coim-
missaires du directoire le proclamerent g.-
n6ral enehef des armies de Saint-Domingue,
Cette nomination eut lieu en germinal an 5.
Ce n'est pas tout. Le bruit de ses vic-
toires, en passant rapidement du nouveau
monde en France, v porta avec 6clat le







^,








(o20
nom de Toussaint-Louverfure. On cdl6bra
surtout ses exploits i la tribune da con-
seil des anciens; on le peignit come le
sauveur de la colonie, come le partisan
le plus zVl6 de la republique franchise.
Le souvenir de ses atrocit6s fut entierement
efface : on crut i son zele, aux preuves de
son d6vouement, et surtout aux apparences
hypocrites de ses sentimens vertueux, qu'a-
lors, comme aujourd'hui, il affectait avec
emphase dans sa conduite, dans ses pro-
clamations et dans ses discours.
Tandis que tout paraissait concourir A
I'harmonie entire les commissaires du gon-
Vernement et le g6n6ral en chef, et que la
colonie commenqait a respirer des troubles
qui, si long-temps, lavaient agit6e, tout-A-
coup (ctait versles premiers jours de fr cti-
dor an 5) Toussaint-Louverture, impatient
d'acc6e1rer la march de son ambition, se
rendit au Cap, A la tate d'un gros corps de
cavalerie, et alla descendre chez Santonax,
qui, ne se doutant point des projects qtd










l'amenaient, le requt avec toute la dis-
tinction due a son rang, et avec toute la
loyaut6 d'un repr6sentant de la r6publi-
que franqaise. Un jour s'ecoula dans des
temoignages d'estime et de confiance mu-
tuelles. Le lendemain, Toussaint-Louver-
ture fait battle la g6nbrale, passe en revue
la garnison du Cap, et se retire ensuite
dans son gouvernement, oui il invite a un
repas les chefs des corps, et les autres
officers civils et militaires de la ville. La,
apres avoir corrompu une parties des offi-
ciers, et s'etre assure de leurs suffrages,
il propose sans detour rembarquement de
Santonax. C' tait l'poque oi ce commis-
saire 6tait vivement d6nonc6 A la tribune
du conseil des cinq-cents, par Vaublanc
et autres d6putbs, exclus du corps legis-
latifau 18 fructidor. Le temps et les 6vene.
mens ont suffisamment prononce, je pense,
entire Santonax, ses accusateurs, et Tous-
saint Louverture, pour nous dispenser de
faire des reflexions sur cette denonciation.




4








(22)
Cependant Toussaint-Louverture n'avait
pas eu I'approbation de tous les officers
superieurs de l'armte. L'un d'eux, Etienne
1fentor, alors adjudant-gen6ral, et de-
puis de'put' de Saint-Domingue au conseil
des cinq-cents, cut le courage de s'elever
avec force centre la measure proposed, et
d'en presenter a ses camarades les terrible
consequences; il fit plus, rassemblant les
officers qui lui 6taient subordonnks, et ceux
qui partageaient son opinion, il leur fit jurer
a ttachement et fidelity ~ la repubtique fran-
caise,et mort centre tous ceux qui parle-
raient de se separer de la mire patrie. Cette
demarche hardie, autant qu'honorable par-
vint a Toussaint-Louverture; sur-le-champ
il le fit garder A vue, et un ordre signed de
sa main futdonne pour l'arreter: Christophe,
I'agent fiddle des actes tyranniques de ce
chef des noirs, le m'me qui, par ses ordres,
a incendie la ville du Cap lors du debar-
quement de l'armee francaise, fut charge
de 1'executer. Mentor fut done arrete pen-








(23)
.dant la nuit et conduit en prison (6).
Aprbs cet acte de violence qui arrachait
Aux noirs, amis de la France, leur chefet
lame de leurs resolutions, Toussaint-Lou-
verture rassembla de nouveau dans son
gouvernement tous les officers qu'il savait
attaches a la France, et ceux don't le d6voue-
ment ne lui tait pas assure : mais 1Pimpul-
sion leur avait 6t6 donn6e; tons lui refu-
shrent leur assentiment pour le project du
renvoi de Santonax. Ceux qui manifestarent
avec le plus d'indignation leur refuse, furent
le g6nhral Leveilld, le commandant de ba-
taillon Clouard, et Gassonville, colonel de
Partillerie: dans la chaleur de la discussion,
ils voulurent meme l'arr6ter : tandis qu'ils
dblib6raient sur ce project, la municipality
du Cap, les autorit6s constitutes et lepeuple
firent 6clater leur mbcontentement; on tou-
chait au moment d'une insurrection g6n-
rale, lorsque Toussaint-Louverture, in-
form6 de ce qui se passait, et effray6 da
danger, se retire pr'cipitamment A la


J







(24)
Petite ,Anse. Furieux d'avoir trouv6 une
pareille opposition a ses projects, deja ce
g6nral rassemblait son armke, et l'exhor-
tait au carnage, quand Santonax, don't la
presence au Cap semblait appeler sur cette
ville tools les malheurs de la guerre civilede
Pincendie et du massacre, se dkcida a s'em-
barquer plut6t que d'exposer, par un plus
long s6jour, la capital de, Pile et ses babi-
tans aux desastres don't ils 6taient m6nac6s.
Santonax partitl de Saint Domingue le
7 fructidor an 5 : ses coll6gues avaient d&j.
quitter la colonies avant lui, a Pl'exception
de Raymond, mulatre, d6voue a Tous-
saint-Louverture, et auquel ce .chef des
noirs, pour conserver quelques apparences,
voulut bien confier administration de la.
colonie aprbs le d6part de Santonax.
Cependant Toussaint Louverture, pr6-
voyant que le coup d'6clat qu'il venait
d'ex6cuter i l'6gard du commissaire fran-
Gais, ne manquerait pas de produire una
forte








(iS*)
forte sensation h Paris, et craignant que sa
Sdmarche, en le d6voilant trop ouverte-
ment, n'6levat contre lui des soupcons qu'il
'tait trop dangereux alors de fire naitre,
se hata de faire passer en France trois com-
missaires, un noir, un multre, et le citoyen
Vincent, officer de g6nie. Ces agens talent
charges d'accuser en son nom, Santonax,
et de le d6noncer au directoire come ayant
voulu proclamer I'ind6pendance de Saint-
Domingue, et se constituer le chef supreme
de cette colonie.
Tout le monde se souvient avec quell
facility cette d6nonciation fat accueillie et
propag6e comme un fait incontestable.
-Toussaint-Louverture triompha ; sa con-
duite futlou6e publiquement; on le regard
de nouveau comme le sauveur de la colonies,
et le directoire lui-memem pour lui prou-
ver sa satisfaction et sa reconnaissance, lui
fit present d'un habit richement. brod6,
d'un superb sabre, et de plusieurs paired
4








( 26 )
de pistolets'de la manufacture de Ver-
sailles.
Tandis que Toussaint-Louverture rem-
portait par ses agens ce triomphe dkcisif
en France, il forgait, par ses intrigues
et par ses violence, le commissaire
Raymond a lui abandonner administration
arbitraire de la colonie.
Cet agent, vendu d'abord, comrime nous
1'avons dit au parti de Toussaint-Louver-
ture, s'etait avis6, d&s qu'il s'6tait vu en
place, d'affecter 'independance de deman-
der compete des sommes qui devaient exis-
ter dans les caisses du gouvernement au
depart de Santonax, et de letter en quel-
que sorte contre les volontes du g6n6ral en
chef. Ii n'en avait pas fallu d'avantage
pour appeller sur lui toutel'animadversion
de Toussaint-Louverture. Un jour, la gar-
nison du Cap ,qui n'avait pas requ de sold
depuis le depart de Santonax, se souleva;
des 6missaires secrets dirigerent son m6cda-








(27)
tentement et sa fureur centre le commisr,
saire Raymond qui, effray6 des dangers
qu'il courait, s'empressa de d`bposer dans
les mains du g6nkral, les renes d'une admi-
uistration devenue trop orageuse pour lui.,
Ce dernier sacrifice ne fut pas sons une
recompense apparent. Toussaint-Louver-
ture te fit nommer d6put& an corps legis.
latif pour Pan 6, et le fit passer en France
avee ce titre, se mettant peu en peine des.
rksultat4 de sa nomination, pourvu qu'it
iu~t A bout de se d6faire d'un homwne.qui
avait os6 penser un instant lui resistcr.
Cependantl e directoire ex6cutif, tout
en louant la conduite de Toussaint Lou-
verture, avait pourvu au replacement de
Santkax. Son choix 6tait tombb sur le
g6n6ral Hddauville, c'est -- dire, sus
l'homme qui, par son irr6prochable mo-
ralite, par ses tales militaires et par la
douceur de ses principles, pouvait le plus con.
tribuer a r6parer les dUsastres des colonies,








(iII)
et honorer en mrnme temps la place im-
portante qui lui 6tait copfibe.
Mais ces titres si pr-cieux talent prb-
cis6ment ceux qui devaient le rendre odieux
a Toussaint-Louverture. Comment un ma-
gistrat fortement p6n6tr de 'importance
et des devoirs de sa place, comment un
administrateur probe, severe, ami de son
pays, et accoutume juger les hommes,
aurait-il pu exister lorg-temps a ct6 d'ua
bomme fourbe, ambitieux, dissimul6, qui
trahissait la France, et qui visit & P'usur-
pation de 'autorite supreme?
Le commissaire Hedouville, en arrivant
an Cap, n'y trouva pas Toussaint-Louver-
ture; ce g6n6ral &tait alors occupy & uue
operation militaire don't les circonstances
wn6ritent d'Ttre racont6es, non seulement
parce qu'elles sont li es avec la disgrace
du g6n6ral Hkdouville, mais parce qu'elles
mettent en evidence un trait remarquable
de la perfidie de Toussaint Louverture.








(29
Plus ce chef des ioirs avancait vers le term
oi sa trahison devait etre consommne, plus
il cherchait a meEtre dans ses intbrkts les
puissances enemies de la France; et sous
Ce rapport, on doit juger que 1'Angleterre
&tait celle don't il recherchait avec le plus
de soin I'appui. C'est dans ces circonstances
que le general anglais Mlayland proposal A
Toussaint-Louverture l'6vacuation de Saint-
Marc, du Port-au-Prince, de Jdrdmie, du
16le, et. autres places don't PAngleterre
6tait encore en possession aSaint-Domin-
gue. Cette proposition ayant 6t6 commu-
niqu6e au general HI'douville, celui-ci, en
sa quality d'agent direct de la r6publique,
s'empressa de Paccepter, se reservant nean-
mnoins de traiter avec les clauses et la di-
gnit6 qui convenient au gouvernement qu'il
avait lhonneur de repr6senter. Cette reserve
effraya les 6migrbs colons qui se trouraient
dans les places occupies par les anglais; ils
dkchirerent publiquement les proclamations









du commissaire francais, firent rompre les
preliminaires, et declarerent qu'ils ne vou-
laient reconnaitre que Toussaint-Louver-
ture, et qu'ils n'entendaient traiter qu'avec
lui. En effet, la capitulation, tell qu'il
plut au general Mayland et aux cofons
6, migrs -de la dieter, fut consentie et con-
/ clue, sans la participation du g6naral H6-
douville, entire Toussaint--Louverture et
le general anglais (7)-
Apres cet acte d'une trahison aussi 6vi-
dente, Tuussaint-Louverture se rendit au,
M6le, oii il fit une entree don't la pompe
ktait sans doute une derision de la part do
ceux qui avaient tant de sujets de le m6-
priser (8). II fut recu a la principal
porte, sous un' dais, et conduit au milieu
des acclamations et au bruit du canon,
jusqu'au gouvernement. La un repas magni-
fique lui fut donned ; les troupes anglaises
imanoeuvrerent ensuite en sa presence, et
enfin, le gen6tal Mayland lui fit prseot',








( 3I)
-au nom du roi d'Angleterre, d'une piece
de canon de bronze.
Cependant outrage fait au gouverne-n
mnent francais, dans la personnel de son
agent, subsistait et occasionnait les mur-
nures de ceux qui 6taient sincerement at-
tach6s a la France ; pour les faire cesser,
et pour avoir en meme terns un prbtexte de
renvoyer le gdn6ral HWdouville en Europe,
Toussaint-Louverture imagine de le fair
passer comme un ennemi secret des noirs,
et comme ayant intention de les replon-
ger dans l'esclavage. En consequence, ii
fit adopter par le commissaire franqais un
rbglement sur la culture don't il avait lui-
mnme pos6 les bases: dbs que ce r6glement
fut publiC, les agens stipendi6s de Tous-
saint Louverture, Moyse, Chritophe et
Sautres, ne manquerent pas de crier a la
tyrannie, et a la violation de tous les droits
naturels de Phomme : l'acte reglementaire
fut repr4seatk comme attentatoire A la








(32)
liberty des noirs, et la vie du gbn6ral
Hbdouville fat menacee. C'est alors que
cet agent eut la douleur de perdre deux
de sea aides-de-camp qui furent massacres
pres de la ville de Saint-Marc,,au moment
oi ils revenaient d'une mission officielle
aux Cayes, pour se rendre au Cap.
Tant de sujets d'amertume et de cha-
grins, joints aux violence don't le general
Hedouville tait nmenace de la part de Tous-
saint-Louverture, qui s'avaniait i~ la t~te de
son armbe, menacant de l'exterminer avec
tous les blancs de la colonie, le decidbrent
enfin a repasser en France, en niv6se an 7,
ap"~- trois mois de residence au Cap. Qui
ne d6plorerait pas ici la force des pr6ven-
tions qui existaient en faveur de Toussaint-
Louverture dans le sein du gouvernement
francais! Ni l'intbgrit6 reconnue du g6n6ral
H6douville, ni ses plaintes motives, ne
purent ouvrir les yeux du directoire. Sur
ses traces, part de nouveau le. colonel
Vincent,








(33.)
Vincent, agent. fidje de Toussaint-Lou-
verture, qui, en osant accuser le commis-
saire H6douville d'avoir voulu renverser
la liberty des noirs, d'etre un ambitieux, et
d'avoir abuse des fonds publics, eut l'adresse
de detourner attention du gouvernement
de dessus le veritable coupable, et de fair
peser les soupcons sur le citoyen vertueux
qui ne remportait de sa mission que le sen-
timent de. son int6grit6 et des souvenirs
douloureux.
Cependant le commissaire Santonax, et
sur-tout le g$n6ral H6douville avaient
laisse .a Saint-Domingue des partisans nom-
breux qui, pendant leur administration,.
avaient os6 ddfendre leurs int6rets et s'op-
poser aux violence de Toussaint-Louver-
ture pour les chasser de Pile ;ces, homes
g6nkreux avaient 6tC remarqu6s; le g6n6ral
en chef les r6servait pour le jour de sea
vengeances. Maitre de Pile apres le dWpart
d'Hedouvilke,.et riea n'rretant plus le course
5








.t 54)
de ses fureeus ; il riso1ut de let itifmoler i
ses ressentimens. La plupart fitent arr6t6s,
jets dans les fers et bient6t apres fusill6s,
corhme partisans de la France. Du nombre
de ces victims de leur patriotism, furent
le chef de brigade Barthdlemi du Limbd,
Ie g#n6ral de brigade Pierre Michel, Bi, o
Moline, EdoWard Collot, Pierre Paul,
juge au tribunal criminal, et Christophe
forizai chef de brigade. D'autres fureit-
moy6s pendant la nuit dans la rade de
Saiht-Marc; on compete parmi ces deniers
Noil Ldeilld, colonel du Aie. regiment,
oflicier aussi recommandable par ses talent
inilitaires que par son attadhement s ta
m6re patrie: les regrets que lui donnerent
ses soldats, don't it 6tait l'idole, appeltrenl
sur eux la vengeance du 6n ral en chef.
le regimnent fut renvoy6 au MI61e, et bien-
t6t apres ficenti6.
Que d'atatrds vietimes auraient 6t6 int-
molees dans ce moment que le Ifroce









africain avait choisi pour savourer i Iloisi
les charmes de la vengeance, si, pressentao*
leur malbeur elles n'eupsent pas prbfer6
d'abandonner leurs families et leurs Oprq-
pribtbs, plut6t que do s'exposer a deveny
les.objets de sa foreyu !
SToussaint-ILouverture ne narchait plu
sourdemetnt dans la carriere de son ambi-
tion :tandis qu'il livrait a la mort les ami`
de la France,. ii chercbait A se lier avec lqs.
puissances qui faisaient la guerre a la r6pu-
blique, et i sten faire un appui, On lt
dans le- Mornin Chronicle sans la date
du 18 thermidor an 7, un paragraph qui
prouv.e qcpe ses ntgociations. A Landres,
n'avaient pas 7tk sans efiet. a Samedi der-
nier, dit ce journal,, 27 jUillet, le gbneral
&Iayland vient d'arriwer dans la derniere
lotte de la Jama'ique. Nous apprenons
nos ]ecteurs que cet officer distingu6
parfaitement russi dans sa n gaciatio a aveq
Toussaint-Louverture ... II a rsisnos relk









(36)
tions commercials avec cette colonie sur
un pied qui nous assure tous les avantages
commierciaux que nous sommes en droit
d'en attendre, et cela sans compromettre
en rien la suiret6 de nos colonies. ,,
En citant ce paragraph, notre intention
nestt point d'accuser, ni de presenter ici
sous un jour dbfavorable, 1'Angleterre, qui,
'notre ennemie alors, avait le droit incon-
testable de chercher ses avantages partout
oi elle prbsumait qu'elle pourrait en ob-
tenir, mais de demontrer la profonde per-
fidie de Tuussaint-Louverture, qui, tandis
qu'il entretenait, par ses agens le gouver-
nement francais dans la plus parfaite s6ca-
rit6, agissaitaupres des ennemisde la France
pour leur livrer la colonies.
Apre le ge6nral H6douville, Roume, qui
r6sidait A &nto-Domingo en quality d'agent
de la r6publique francaise, recut ordre du
directoire de se rendre an Cap, et d'y
prendre les r&nes de l'administration gaen-
rale.


61








(37)
Ce nouvel agent, que tant d'infortunes
attendaient a so, post, dut aux 6venemens
qui eclaterent quellue temps apres son
arrive au Cap, le repos don't ii jouit pen-
dant les premiers mois de son administra.
tion. Toussaint Louverture, loin de con-
trarier son installation, la favorisa de tout
son pouvoir. Son intention ktait d'employer
son intervention, et de s'tayer de son au-
torite dans la guerre qu'il avait declare a
Rigaud, general du Sud, mulatre. Les
desastres qui furent la suite de cette guerre
intestine, plongeront long-temps la colonie
de Saint-Domirnge dans le deuil et dans
les larmes. Les deux parties s'y sont baignes
r6ciproquement dans le sang de leurs pro-
pres concitoyens. C'est pendant cette guerre
atroce que Toussaint Louverture a fait
massacrer les deux tiers de la population
"mulitre a Saint-Domingue, et au Cap tous
les noirs proprietaires designs sous le titre
de la faction franchise. Rigaud vaincu se








: ( 38 )
; sauv de a colonies avec sa famille, eb se
rendit en France. En entrant triomphant
dans le Sud,, Toussaint-Louverture fit fui
killer Wle plus intimes amis de Rigaud, qui,
sur la foi de ses promesses solnnelles,
avaient pri s e parti de se livrer sa cl)k
nience,
Toussaint-Louverture n'ayant plus ries
A redouter d'un rival qui avait os6 mereacer
ta puissance, tourna toutes ses*intrigues du
aetk du comunissaire Roume, don't l'exis-
fence politique devinait d6sormais inutile
a ses projects. Une insurrection fut foment&e
contre lui, a la suite de laquelle l'agent de'
la republique francaise fut arret6 etconduit
au camp de Breda. L'exicuteur de cet
attentat inoui, de cette violation de touted
espece de droit de gens, fut Jle g6a6ral do
brigade Moyse, neven de Toussaint-Lou-
verture, et alors son confident intime.
Roume detenu prisonnier au camp do
Breda, .y rest pendant neuf j)urs expos








'(39)
a*x insultes au outrages et anu violende
des -.aratutes de TousTaijt Looverture ,,
uquque ces .sdnes se ptasssent sous ses yeut,
jamais le g1n6ral en chef no SongeA let
fire oeerer : son intention 4tait de lasset
le courage du commissaire francais ,-et tde
P1ffrayer afin d'en arracher le sacrifice qRl
se-proposaitd'exigerde lui. Eniin apra heit"
jours de souffrances et d'alarmes, Moyse so
prbenta A lui, et Je somnrade lui donieri sot
Consentement par 6crit, pour la possession
tle la parties des colonies espagnoles qti
avait.t6 l 4d6e a la France par Ie trait idv
pai c oon enrtrela rpublique frajaise et
sa majest .catholique, le roi d'Espagngt
A cette .;proposition 1'ageat fraimeais -v
'ahbyne dans lequelil avait 6t6 entraind6.
rksolu j~anmoins de soutenir son oaidrtcl tr
et de better fiddle A ses devoirs jusqu' la its
il r6pondit ql'il ne ponvait saoscrire it*s
pareille demande: on mana~ide le fitsiler
lui, sa femme et ses enfans ; ces menaces








(40)
Ke l'intimiderent point. Furieux de sa r6sis-
tance, ses oppresseurs d-ployerent vaine-
ment 'a ses yeux lappareil du supplice; tant
qu'il ne flut question que de ses'propres
dangers et de ceux de sa famille, l'infor-
tune R,)ume persista courageusement dans
son refus; mais quand il entendit les voci.
firations et les cris des noirs qui deman-
daient avec sa mort le massacre de tous les
blancs de la colonie, si le commissaire
francais n'acquiesaiit pas aux voeux de leur
general sa fbrmete l'abandonna et il
promit tout ce qu'on d6sirait de lui.
Entour6 de !'appareil d'ane force armbe
menaqante et furieuse le malheureux
Roume kcrivit, d'une main tremblante,
et la mort dans le coeur, sous la dicthe
de Toussaint-Louverture, A Dom-Joachim
'Garcia a santo-Don:ingo, pour i'.nvilera
livrer la parties espagnc e ecn-p is? dans le
trait de paix, au g6L-cal ei chef des
armees








( 4 )
krmbes de Saint-Domingue, on a sa premiBre
requisition.
Dom-Joachim Garcia protest d'abord
hautement contre cette invitation du com.
mnissaire franc~is; mais se voyant menace
d'invasion par Toussaint-Louverture il
chercha a trainer I'affaire en longueur afin
d'avoir le temps de pr6venir son gouver-
nement de ce qui se passait. II demand
en consequence trois mois pour Cvacuer la
parties espagnole don't il s'agissait. Toussaint
Louverture feignit de consentir a ce d6lai
mais tandis que Dom-Joachim Garcia, se
reposant sur sa promesse attendait en paix
la r6ponse de son gouvernement; tout &
coup il fut inform que les g6n6raux Paul ;
frbre de Toussaint-Louverture, et d'Hcbe.
court s'avanqaient A la tate d'une arm6o
de dix mille hommes sur Santo Domingo
pour s'en emparer.
Surpris et d6concert6s, les espagnols no
firent pas une longue resistance; repouss6
6










de routes parts, ils 6vacubrenit Santo-Do-
ningo et se retirerent dans les ties da
Cuba et de Porto-Rico. Aprbs cette expe-
dition qui mit' Toussaint-Louverture en
possession de la parties espagnole qu'il
eonvoitait le trop malheureux Rfoume ,
fut arrach6 de son gouvernement, et
conduit dans une petite ville de l'intbrieur,
au, Dondon ,oh il rest dans les fears press
de sept mois : rendu a la liberty, depuis
la nouvelle connue a Saint Domingue,
d'une expedition contre cette 'le, il s'est
retired aux 6tats-unis d'Am&rique, en atten-
dant le moment favorable de se rendre en
France.
Depuis cette lpoque, Toussaint Lou-
verture, maitre absolu de la colonies,
n'a cess6 d'y exercer une tyrannie aussi
intolerable dans ses moyens, qu'affreuse
dans ses exces. A la suite des deimers trou-
bles qui ont beaucoup agite la parties du
nord, et oh pris de six cents blancs onf








( 43 )
4t6 sacrifis, ii a fait fusiller son proper
neveu, le g6n6ral Moyse, Pagent secret de
toutes ses intrigues t6n6breuses, et tous les;
noirs commanders, gtrans, domestiques
des habitations oui les blancs avaient 6t6
kgorg6s.
Enfin, ilne manquait plus qu'un dernier
acte au succbs de l'ambition de eet afri-
cain forcen6. C'btait de briser solennelle-
ment les noeuds qui attachaient ]a colonies
it la mere patrie, de proclamer par des
actes publics son ind6pendanee, et de se
constituer le chef supreme de cette parties
du monde. Ce dernier attentat, qui devait
mettre le comble i sa trahison, cette der-
niere demarche preparire depuis si long-
temps au milieu de tant de forfaits, scellke
du sang de tant de victims, a 6t6 executed
le 13 messidor an 9. C'est alors que Pon.
a vu paraitre cette strange constitution de
la colonies franjaise de Saint-Domingue, qui,
en paraissant conserver quelques relations








(44)
tntre la mntropole et la colonie, ies a
toutes an6anties, et pour jamais.
0 honte! 6 puissance de Poppression!
Et c'est le nom de Toussaint-Louverture,
d'un homme vieilli dans les plus ex6crables
forfaits, degouitant du sang de l'innocence,
nmpris6, abhorred de toutes les nations, c'est
le nom d'un compagnon du f6roce Biasiou,
d'un vil assassin de ses bienfaiteurs, d'un
parjure a tous les parties d'un hypocrite
couvert du manteau de la religion pour
mieux assurer ses projects ambitieux, c'est
le nom d'un. tigre toujdurs avide de sang
et de carnage, qui couronne cette consti-.
tution sacrilege!
Non, les habitans de Saint Domingue,
ces noirs surtout qui doivent A la France
le bienfait inappreciable de leur libertY,
qui tant de fois ont vers6 leur sang pour
la defense de leur mere patrie, qui ont
signaled par tant de valeur et par des sen-
timens si genereux, leur retour a leurs








(45 )
droits naturels; ces noirs qui se niontrent
aussi sensibles envers leurs amis, qu'ils sont
terrible envers ceux qui les oppriment;
ces noirs ne peuvent avoir consent A une
constitution qui les spare de leurs' bien-
faiteurs, qui les arrache A une patrie don't
ils sont les enfans, et qui les met a la merci
d'un tyran farouche don't ils ont tant de
fois prouv6 les fureurs. Cette constitution
n'est pas leur ouvrage, ni ctlui des paisi-
bles et honnetes habitans de Saint-Domin-
gue; c'est Poeuvre de quelques factieux qui,
r6unis autour du chef qui les command,
apres avoir jet6 Peffroi dans tous les coeurs,
ont os6 mettre leur volont6 A la place de
la volont6 du people, et presenter le code
qui affermissait leur ambition personnelle,
pour le voeu de la majority des citoyens (9).
L'intervalle qui s'est 6coule depuis la
publication de l'acte public qui a mis en
evidence la trahison de Toussaint-Louver-
ture, jusqu'" lI'poque de l'expedition tent4o







(46)
centre lui, prove trop hautement en fa-
veur du gouvernement franqais, pour que
mous cherchions ajouter ici, par des
reflexions personnelles, au sentiment unit
versel qui le proclame essentiellement paci-
ficateur. Que n'a pas tent6 le premier consul
pour' rattacher & Phonneur, a ses devoirs,
aux inttrets de la mere patrie, et ses
propres inthrets meme, cet hommt qui,
peut-ftre, a eu le stupid orgueil de pren-
dre pour le language de 'impuissance, celui
de la cl'mence et de I'humanitt? Ce n'est
que lorsque tous les moyens de conciliation
ont 6t6 6puises, que l'exp6dition a t rb-
solue; et encore, avec quel esprit de paix
cette derniere tentative n'a-t-elle pas et&
faite ? Ces vaisseaux qui portaient dans leurs
flancs la foudre et la mort, pour chatier
un rebelle, portaient aussi les gages les plus
sacrks de la bienveillance du gouvernement
frangais : avant d'atteindre parla force celui
qui avait appele sur sa t6te 'indignation






*' ,









(47)
rationale, les d6positaires de la vengeance
publique devaient chercher a le ramener
par le bienfait le plus sensible au coeur de
l'homme qui n'a pas foul aux pieds les
sentimens de la nature, en remettant dans
ses bras ses deux fils, depuis si long-temps
s6parks de leur pere, et klevs si g6nkreu-
sement au miliet d'une nation qu'il train
hissait.
Mais ni la cl6mence du gouvernement
francais, ni les preuves touchantes de sa
bienveillance, n'ont pu ramener cet africain
farouche, trop accoutum6, sans doute, au
brigandage, et aux jouissances d'une tyrannie
sanguinaire, pour rentrer sous un ordre de
choses qui aurait mis un frein a son am-
bition d6vastatrice. En repondant A tant de
tkmoignages de cl6merce, par la trahison,
le massacre et l'incendie, Toussaint-Lou-
verture a mis le comble A ses forfaits, et
un terme aux dispositions pacifiques du
government francais: c'est A la valeur,
i" ,








1 48)
tnaintenant, et au courage, A terminer cetfe
lutte scandaleuse. Puisse la victoire, si long-
temps fiddle a la cause de la rkpublique
frangaise, la seconder encore dans cetto
entreprise! Puisse surtout le gknie de son
chef, planer sur les operations de cette guerre
pour en acc6lrer le tertne et faire lesser
l'effusion du sang des r6publicains frangais,
que tant d'ennemis secrets voudraient peuto
4tr voir couler tout entiert
















PORTRAITS











POR T RA IT

DE

,TOQ US SAINT- L OUVE RTURE.



TJouss Aiarhr L ouv *RT an-est Puane
taille mediocre, et d'une complexion foible
en appaartne; il:a 'eilvif; son regard est
papideetp e ntrant.Sobre par caractbre, rien
e! metb bstaale. a Pinfatigable activity aved
laquelle il travaille au suecbs de ses prow
jets; it monte bien &a cheval, et march
tonte une journeee sans se fatiguer; pres-.
que tonjours il arrive seuli ou presque seuI1
a&uiterme de.ses courses, ses dides deceamp
on ses domestiques n'ayant pu ,le suivre
pendant unensarehe souvent de cinquante
ou soixante.lieaes executete avec une rapid.
dit~,i iconcevable. 11 se couche presque tou-
jours habill':, donee t bs-peu de temps- a
7








( o)
sommeil 6t ses repas. Son habit ordinaire
est celui de g6niral;-sa tete est toujours en-
veloppee d'un fichu, et par dessus, il porte
le chapeau militaire. Son humeur est sombre
et-taciturne; ii parle peu, et tres-tal, la
langue franqaise. Toutes ses actions sont
couvertes d'un voile d'hypocrisie si pro-
fond, que quoique sa vie entire soit une
suite continuelle de rahisons et de perfi-
dies, il a encore Part de tromper tons ceux
qui 1'approchent, sur la puret6 de ses sen-.
timens. Le marquis d'Hermona, cet officer
espagnol distingu6, don't nous avons d6ja
parley, disait de lui, P que si Dieu descendait
sur terre, ii ne pourrait habiter un coeur
dont les apparences fussent plus imposantes
que celui de Toussaint-Louverture ( ro). *
Son caractere est un melange affreux de
fanatisme et 'de penchans atroces; il passe
froidement de 'autel au carnage, et de la
pribre aux sombres compbinaisons de la per-
fidie. I- march toujours escort de prgtres,








( 5r )
pour lesquels il affected une grande vPnd-
ration; ce sont eux qui r6digent ordinaire-
meut ses proclamations : il avait en dernier
lieu trois confesseurs, un prbtre italien,
nomm6 Martini, le cure du Cap, et l'abbe
Moliere, resident dans cette viHe. Au reste,
tonus es dehors de devotion ne sont qu'un
masque don't iH a cru1 n6cessaire de couvrir
les sentimens deprav6s de son coeur, pour
commander avec plus de succfs a P'aveugle
cr6dulit6 des noirs. S'il pousse plus loin
son hypocrisie A cet 6gatd, et il est capable
de ce dernier trait il n'y a pas de doute
qu'avec la haute 'ide que les noirs ont
de lui, et second par les pretres qui Pen-
tourent, il ne parvienne A se fire regarder
Scomme inspire ,et A commander les plus
horribles forfaits, an nom du ciel. Tous-
saint-Louverture, au surplus, ne vent ni
de la liberty des noirs, ni de la domina-
tion des blancs; il d6teste A mort les,









mulatres, don't il a presque- teint Ia
race; il m6prise les siens, qu'il fait servir
d'instrumens a ses vues aribitieuses, et
don't il ordonne froidement le massacre,
des que ,sqn pouvoir se trouve us instant
menace. II a abuse de la confiance de ses
premiers bienfaiteurs, il a trahi son part,
it a trahi les espagools, PAngleterre, les
mulatres, les blancs, la France sons le
gouvernement des tois, la France r6publi-
caine le sang, sa patrie, et la religion qu'il
feint de respecter; tel est le portrait de
Toussaint-Louverture, don't la vie, 6crite
avec plus de detail, sera un exemdple frap-
pant des crimes oi pent conduire l'ambi-
tion, quand la probit6, education et
Phonneur n'en ripriment pas les exc4s.













OPtRATI.ONS MILITAIRES


Oe 'Ni',A L tfCLERC,

A SAINT-DOMINGUE.



L'IMPoRTANCE des 6v6nemens qui so
sont developp6s au 46barqlement des trou-
pes frangaises devant la ville du Cap, et la
liaison naturelle qu'ils ont avec le carac-
tere, trac6 dans cet ouvrage, de Toussaint-
Louvertuce, nous engagent a terminer, la
vie de ce rebelle, que I'histoire mettra
dbsormais au rang. des monstres les plus
ex6crables, par les premieres operations
militaires qui ont 6te tenthes centre lui
par le g4n6ral Lecerc, charg6.en chef de
I'expbdition de Saint-Domingue.
Cette expedition, que la n6cessit6 seal







jf*


,I --1








(54)
semble avoir arrach6e aux intentions paci-
fiques du gouvernement franjais, mais qu'il
devait a sa dignity, a sa puissance, et a
I'honneur national, de tenter, avait 6t6
pr6c6d6e, come nous Pavons dit par
toutes les demarches possibles de concilia-
tion : tout le monde connait maintenant la
lettre que le premier consul Bonaparte
Ecrivit dans le mois de brumaire an to, a
Toussaint-Louverture, et la proclamation
don't il Paccompagna, pour les habitans de
Saint-Domingue. Ces deux monumens de la
bienveillance du gouvernement frangais, oi
le pardon 6clate a travers les expressions
de la bont6 la plus touchante; oh res retours
d'un remords cruel sont pr6vus et d'avance
adoucis; oh tout ce qui est grand et g6n6-
reux est recbnnu, exalt6 avec soin, et oi
tout ce qui est criminal est si fort pallie.
Ces deux monumens de tendresse pater-
nelle, et en mime temps de dignity natio-
nale, sent entire les mains de tout le monde,








( 55)
tt passeronit A la postf&rit la plus reculke,
poury couvrir d'infamie et d'opprobre ceux
qui en ont m6conna le language et repouss6
les intentions.
C'est le 9 pluvi6se au matin que l'escadre
frangaise, portant larm6e destine a l'exp6-
dition, et commandee par l'amiral Villaret,
arriva au Cap Samana, apres 46 jours de
traverse. Le o, P'amiral requt, par la
frigate la Syrine qu'il avait exp6diee A la
Guadeloupe, les details d'une insurrection
arrive dans cette colonie. Cette nouvelle,
jointe i d'autres avis indirects sur les mou-
veleins qui avaientagit' les Antilles A la
nwme 6pQque inspirbrent aux g6nbraux une
just rm6fiance sur P'accueil qui leur 6taii
kserv6 ; en consequence, le general Leclero
'eempressa d'exp6dier pour Santo-Domingo,
le g6n6ral Kerverseau, avec sa division,
ofin d'6toufeer dans son principle, une cons-
piration g&~6rale, si elle avait lieu.
C es, sure prices, l'Pecadre coatinua








Sq.1-
^^,,"ii; 5:L .
-^s--^sL









wa ronte, et arrival le x i a la hauteur de
la Grange., oh TParmke naval et les troupes
de teFre furent partag6es en trois divisions.
La premiere, aux ordres du contreqamiral
Latouche, fut destin6e & debarquer au Port-
au-Prince, un corps d'ermbe coqn and. par
le general Boudet; la second devait aller,
sons les, ordres du capitaie, lagon, diB
barqucr,A la baie de Mancenille, aI division
du g6n6ral Rochambeau, et seconder .:on
attaque sup lefort Dauphin : la troisibre,
inompos.e des forces que le g6n6raldLetleo
s*tait r6serv6es, fut destine :A emparve
de la ville du Cap et des quarters voisinwi
Le 13 au soir, tons les versemens des
troupes tant terminus et touted les dispo.
shions achev&es, Vainiral donna le signal
au.contre-amiral Latguohe'et au capitaine
Magon, d'exeoutr -leur mission ;-t le I:
an martin, il, se prbsenta l :-m6me devant
la ville .du Cap, aveo le reste de P'arm6e,
La rade du Cap dontce1-ces st diffioile
pour









pour les batimens ordinaires, nest pas
sans danger, pour les vaisseaux de ligne :
entiree d'ailleurs n'en est possible, qu'avec
la brise du large, qui s'elBve r6gulierement
vers onze heures du matin et souffle une
grande parties de la nuit. L'ainiral ordonna
donc aux frigates la Clorinde et PUranie,
et au cutter 1Aiguille de se presenter a
Pentr&e de la rade, d'observer si la passe
6tait encore balise, et de reconnattre l'1tat
des fortifications. Les frigates firent inuti-
lemnent les signaux de reconnaissance, et le
cutter s'tant engage dans la passe, le fort
Piccolet tira sur lui & boulet rouge.
SSor ces entrefaites, un mulatre nomm6
Sangos, exergant au Cap les functions de
capitaine de port, arriva a bord du vais-
seau admiral, et dkclara au general franrais
de la part dua g6nral noir Christophe,
que, si on refisait d'attendre le retour d'un
courier exp6di6 a Toussaint-Louverture,
dbs l'istant oi 1'escadre se dirigerait vers
6









la passe, tous les blapps de a14ville sbraient
massacres, et la ville alle-mzn&e livre aux
flames.
Le g6nkral Leclere, pesuad6 quaune r&so-
lution si fproce ne pouvait tte inspire
que par des crainto injurieu es pour le
gouvernement franuais, &rivit ~ C histophe
pour luifaire connaitre les intention bieai-
veillantes du premier consul, et tenter de
le ranmeper en 4'clairant sur sesa evoirs dd
militaire etde frangais. La lettre du g nilral,
A laquelle 6tait joiptun grand nombre d'exem-"
plaires de la prolaomatio du pretmir consul,
fat port6e au ,p pat Pelrseigne d vais-
seau Lebrun, qni, le lendemaii, rapporta
la confirmation de ce qu'avait amnendc I6
capitaine Sangos, c'est-A-dire, rfeas abso~l
de recevoir l'arm6e, et rLolutip Lopinidtrs
d'incendier la ville et les campageesr sil'es-
cadre avangait.
Une deputation de la ville du CaOp vinb
Pr ces entrefaites, conjurer he ratib








(59)
franais de prendr en considCration 1h
malhureutse position des habitans de cette
cited; ell itait compose du maire, di coni-
Inandant de la garden national, du cr6e et de
trois notables. Ces d6putbs assurbrenrt qu'ai
premier signal d'un ddbarquement, la vilfe
et la plain du Cap seraient incendies, et
tous les blanks massacres. Le g6n6ral en
chef renvoya la dtputation, en ordonnant
au maire de lire a ses concitoyeos la pro-
clamation du premier consul, et de les
.clairer sur lei intentions perfides de leur4
* chefs. La 4dputation rentra en effet au Cap,
.oi le maire, Cisar Tilemaque, nbgre vrai-
ment frangais, exieuta les ordres du g-
neral ep chef aved un zele et un courage
hbroiques,
pans l'anxiWt6 oi la solution connue des
noirp tenai4t kl esprits, le g(ntral Leclere
prit un parti qui pr6sentait quelques pro-
babilit's favorable l'humanit6, et qni se
qoiciliditavee l'uniquoaolet de P'expdition;


-- m_








(60o)
il pensa quAn portant toutess es troupes
sur P'embarcadaire du Limbd, i aurait le
temps d'arriver sur les hauteurs du (ap,
avant que les noirs exkcutassentleur atroce
dessein au moins dans les campagnes. En
consequence, tous les versemens.des troupes
n6cessaires furent ordonzns, et le g6nkral
fit route dansla nuit pour lembarcadaire du
Limb6. Leca pie ne iui permit pasmalheu-
reusement : s'y rendre avant Ie jour.
Cependantlexphdition du capitaineMagon ,
au fort Dauphin, avait parfaitement r6ussi.
Les noirs s\etaient opposes a son d6barque-
ment dans la baie de Mancenille, en criant:
Point de frangais! Point de blanes! et en
faisant des dchbarges de mousqueterie sur
les canots; mais le capitaine Magon n*en
ex6cuta pas moins son d&barquement aveo
autant d'activit6 que d'intelligence; et ds
que les troupes furent en march sur le
fort Dauphin, il fit appareiller sa division
avec la .m6me rapiditY, pour aller forcer









la passed troite et dangereuse qui conduit
a ce port. Le calnie enchaina pendant quell.
ques heures son'zele et son courage. Pen-
dant cet intervalle, le general Rochazibeau
eut le temps de turner le fort Labouque
et la batterie de fAnse, oiu les noirs se
dbfendirent avec une extreme opinittret6
Enfin, ta brise permit au capitaine Magon
de se presenter devant le fort de la ville,
qui l'accueillit t coups de canon : deux
voles ie rendirent mattre de cet 6tablisse-
mentotiil trouva une artillerie nombreitse,
en tres-bon tat; un amas considerable de
munitions de guerie, et, ce qui ne laissait
Plus aucun voile sur le plan concert par
les rebelles, des ordres &crits par le general
Christdpbe an commandant du fort, de
se ddfendre centre les frangais jusqu'd la
derniire ext4mitd, de couler fond leurs
vaisseaux, et s'il ne pouaail se maintenir,
de mettre le feu partout en se retirant.
Tandis que l'attaque du fort Dauphin





^^^








(6)
s'exeeutait, le general en chef s'avancait
vers 1'embarcadaire du Limb6; il y arrival
le 16, a trois heures apres midi: 'ennemi
y avait une batteries; mais le dbbarquement
se fit avec 1une telle rapidity, que les coups
de canon ne firent aucun malnLe gn6eal se
mit aussit6t en marebe vers le Cap. Toutes
les habitaiions etaient disertes, fes cultiva-
teurs s'taient sauvts; on leur avait faith
accroire les bruits les plus absurdes; on lear
avait dit que Pescadre 'tait composee d'es-
pagnols et d'anglais qui venaient conqu6rir
Pile et les passer au fit de I'Npe.
Suivant les ordres du g6n6ral en chef,
J'attaque de la,ville du Cap par l'escadre
Sdevait etre combintee avec sa march; en
consequence I'amiral Villaret, inform
parles signaux que la descent etait operee,
ordonna aux vaisseaux le Patriote et le
Scipion de se presenter a l'entree de la passe
pour attirer sur eux I'attenfionde 'ennemi.
A pcine le Scipion fat -it la portbe da


ha









Piccolet i qlwe tts les. forts dirige2t ttrl
une grble de bombers et de boilets. -
C'estdaas ce moment ques'e~ecuttl i p6i
vantable et horrible projet*des tibiri 'ind "
lumipew ropugeatre annong9 l Pescat~re Pmin
cendie de la ville :-ai Miit 'tui irA~ it Tendit
encore plus affreux ce spectdle 1t6bmt r'hor-
reur 6thit augmentbe A ohatqua instant pi
l'inmpissance oi lVon tait db porter2aatint
secours aux victims .de ce grand forfait.'
Eafil, le jonr pasut, et l'amiral se mettant
au premier souffle de la brise du large, &l
la tote de l'arme ordonna t tous les vais2
seaux de le suivre. Les forts Piccolet et?
Sainr-Joseph 6taient abandonn6s la bat-
terie de l'arsenal, les forts de 2Belair et ded
Saint-Micheltiraientencore; l'escadre gagna
le mouillage, sans tier un seul conp, et'
toutes les garnisons des vaisseaux futent
d&.barqu6es sous les ordres du capitaide de'
vaisseau la Roque.
Le g6akral Humbert, qui se trouvait avee






4' -'








(64)
.po homes A bord de la Rdvolutibt, prit
le commandement de tons les 4ttachemens;
Vi en forma un oorps de Iaoo homes, et
;purut s'emparer du fort Belair pour faci-a
liter larrivde du g6ndral en chef-il marchat
ensuite au-devnat de hii.
Lorsque, le g4nral Leclerc entra dans la
ville du Cap, totes les troupes de res-
cadre 6taient occupies A sauver lesruines
de cette malheureuse cit : sa presence y
ramena I'ordre et l'espirance; les victimes-
6chappbes au massacre se rallibrent autour
de lui. Parmicelles quelesbrigandsn'avaient
pa atteindre, dtait le brave noir Tdldmaque;
au moment oi des assassins le poursui-
vaient, des soldats frangais, arrives a temps,
PIavaient arrachb de leurs mains. Le gdniral
en chef, instruit des efforts qu'il avait faits
pour sauver la ville et ses habitans de la
fureur des noirs, le nomma sur-le-champ
paire de la ville ( xi ).


NOTE S










NOTES,


(r) C E.chf es tirs,dbiitties ,arociths quand
elles seioot kcritesi front f#6mir d'horreur, moua
rat de chagrin oa plut6t de rage quelque temps.
epris sa detentiohn a Saint:-Augustin. Quant &'
Bouckmant, apr&s avoif ; 66Iha6 aux armes de
D3iasson, don't il n'atait pas votlu reconnaitre lPau.
torit6, i[ frt dfait et tu6 dahs une affaire qui eut
lieiaux enairbtis du Cap; sa ttee fut plant6e sur
une pique au milieu de la place d'armes de ceite
ville, avec un 6critear portant ces mots: T te de
Bouckmant, chefdes rdvolteds. Jamais tIte de mort
neconserve peut-ttre a~ ant expression ; ses yeux
etaient ouverts, et semblaient encore etinceller.'
On eiut dit qu'il donnait 4 sa troupe. le signal d'iu
massacre. fl 6Cait tomb6 perc6 de balles et de coups-
de bayonnettes, en se defendant jusqu'au dernier',
soupir.
S(2) Toussaint-Louverture n*eut point pour com.-
plice de se barbare perfidie son compaguon d'ar-
mes,Jean Frangois auquel il avait uni jusqu'alors
sa destin6e. Ce dernier chef des noirs resta fiddle
Ai PEspagne. Jean Franiois est aujourd'hui a Cadix
avec le titre et les appointemens de lieutenant-g6-*
n&ral des armies du roi :il y Vit splendidement;
dix officers noirs sont attaches A son service, et sa'
muaison est devenue P'asile de Plaisance et d'-te
aimable libertY.
9








(66 )
(3) Proclamation sur le 30 ventSset

(4) Cet ami des pratres, qui se croyait r6con-
tili6 avec le ciel et avec lhumanit6, quand il avait
requ d'eux absolution de ses atroces forfaits ; c
fanatique ex6crable 6tait devenu le partisan le plus
ddclar6 du livre de Raynal, oi ii croyait lire sa
destin6e dans les chapitres qui traitent de lind6-
pendance probable de toutes les colonies du nou-
veaf monde 5 il en recommandait vivement la
lecture: tous les torts de Pauteur envers la reli-
gion et le sacerdoce s'effaeaient devant les principles
qui flattaient son ambition secrette. L'histoire de
Raynal et le chapelet 6taient le talisman en vertt
duquel ii agissait sur les esprits faibles et su-
perstitieux, pour les associer aux projects de son
ambition.
(5) Le gage qui s6duisit le plus ceux qui conser-
vaient encore quelques soupvons centre lui, et qui
6tait peut-8tre le r6sultat le plus profound de sa
dissimulation,fut lenvoi de ses deux fils en France;
on ne mit plus en doute la sinc6rit6 du phre,
quand on le vit abandonner A la France le sort do
sa famille. Paisse le gouvernement frangais, en se
d6saisissant si g6nereusement de ce d6p6t pr6cieux,
ne se repentir jamais d'avoir crt aux sentimens do
la nature et de la reconnaissance, dans un homme
qui, tant de fois, les a outrages et fouls aux
pieds !
(6) Cet officer distingu6, qui a jou6 un r1e si










(67)
dangereux et en m8me-temps si honorable dans
cette occasion m6rite ici une mention particu-
liere : elle est autant un tribute de justice rendu a
sa conduite personnelle, qu'un homage adress6
dans sa personnel a la classes nombreuse des noims
qui sont rests fiddles b la r6publique frangaise et
que ni les proscriptions, ni la misere, ni abandon,
n'ont pu arracher Aleur g6n6reuse constance.
Etienne Mentor, de la classes des noirs.libres, et
propri6taire Saint-Pierre de la.Martinique, ot il
6tait n6, en 1771 avait rec de la nature tous les
dons qui peuvent disposer a la constance et au cou-.
rage dans les grandes vicissitudes de la vie et d
I'ducation tous les principles qui peu.ent en embel-
lir les instans paisibles. La revolution vint le plonge;
comme tous les aulres noirs,. dans alternative de
sa defense on de Pesclavage. Quand la liberty des
noirs fut proclam6)e ,il deviat Pami de la France,
et ii lui voua pour jamais attachment et fid6lit6.
Elev6 au grade de capitaine des, chasseurs, de la
Guadeloupe, il combattit vaillamment contre les
anglais auxquels il ne c6da la batteriedont il
avait 6t6 charge., que lorsqu'il vit tous les siens
tu6s ou renvers6s A c6t6 de lui Fait prisonnier et
46porte en Angleterre i! conGut et ex6cuta. le
project, A la vue des c6tes d'Ouessant, de s'emparer
du batiment qui le conduisait en Aligleterre, et
de le mener A Brest. Cette audacieuse entreprise et
rendit a la liberty et A la France : incorpor6 a son
arrive dans un bataillon, il fit uue campague dans,









( 68 )
la Vendde sous le ge6nral Westerinann; il fut
:ensuite appel6 A Paris pour donner des repseigne-
'tnens sur la prise 'd fa Guadeloupe e et nommn,
en Pan 3, adjoint aux adjudans-g6n6raux pour
'Saint-Dbmingue. Il arriva dans cette lie aprbs
"P6v6nement du 30 vent6se, qui avait compromise
la libert6 etf a vie du g6n6ral Laveaux; il devint
le d6fenseur des agens du gouvernement franaais,
et lappui'des europ6enS opprim6s. Appel6 auprbs
ide Toussaint-Louverture, it m6rita par ses talents
'iilitaireset par la consideration qu'il avait obtenue
parmi les n6irs, d' trd admis dans la confiance
intime de ce gen6rti, et d'etre 61ev6 au grade
d'adjudant-g6n6ral de 'arm6e de Saint-Domingue.
-C'est dans les relations qu'il eut alors avec Taus-
,saint-Louverture qu'il p6n6tra le secret de son
ambition : son courage k la d6voiler lui valut des
fers mais le people dte Saint-Domingue ne tarda
pas a le d6dommager de cet outrage, en le nom-
imant d6put6 au conseil des cinq-cents. C'est-lk
que seul, ou presque seul centre les partisans
nombreux de Toussaint-Louverture,'il eut encore
la force, en Pan 6, de d6noncer le project d'ind6-
pendance du g6n6ral de Saint-Domingue et de
signaler sa perfidie. Les souppons de partialid6 et
de vengeance que les amis de Toussaint-Louverture
firent planer sur sa tte ne le d6couragbrent pas.
II en 6crivit au direcioire ex6cutif: plusieurs
journaux devinrent les d6positaires de ses vives
Vlarmes et il ne cessa de les'publier que lorsqu'il










( 69 )
vit les prventions si fort arm6es centre lui quil
n'y avait plus que du danger pour sa personnel,
sans aucune utility pour la chose publique, a insis-
ter sur ses denonciations. Cet officer ndir fat exclu
du corps 16gislatif au l8 brumaire. Barmi 16s traits
qui caract6risent son coeur boa et human nous
ne citerons que celui don't les joPurnaux oat renda
compete en niv6se an 9. II 6tait A Brest, sur ta
fregate la Crdole, lorsqu'un matelot tomba A la
mer et fut entrain6 par les flots. Tandis que des
spectateurs nombretX g6rnissaient sur son sort,
Mentor n'teoutant que son courage, s'lanea A ta
mer, et al4a, au p6ril de sa vie, arracher le mat-
heureux ma-telot une perte certain.
(7) Tous les colons -6migr6s de marque qui
commandaient ,es corps sous les drapeaux do
l'Angleterre, furent conserves dans leurs grades
.respeotifs, et passbrent avec leurs titres daus P1ar,
.m6e de Toussaint-,Louverture, oh ils sont encore,
-et oi il n'y a pas de doute qu'ils se montrent les
plus acharn6s centre les franai.s qui composent
I'exp6dition. On lit dans le journal de Anmi des
Lois, sons la date'du 24 messidor an 6, une lettro
du citoyen Etienne Mentor don't nous avois d6jA
parl6 qui donne une id6e de la capitulation
infime de Toussaint.Louverture. a Si la capitula-
tion que vous transcrivez diait cet efficier noir,
alors d6put6 au conseil des cinq-cents; est vraie -
dans toutes ses parties, le g6n6rdl fran9ais qui l'a
souscrite est digne do mort. Ce nest plus les anglais










(70)
qui ont capital c'est Torasaint-Lonvertare- ITi-
m6me; car celui-l capitule, qui revoit la loi dTe
I'ennemi I N'est-il pas inconceivable, en effet, que
ce g6n6ral, B la t8te de vingt mille homes devant
tne place sans remparts, et ouverte de tous cot6s.
ait permis & une garnison foible, et 6puis6e par ra
fivre jaune et par la d6sertion d'emporter, en se
retirant, 'argent, les marehandises, les munitions
de guerre et de bouche, les canons de fonte, et dte
mettre hors de service les pieces d'artillerie?
Comment a-t-il pu se laisser imposer comme une
loi, de garantir la vie et les propri6t6s des habitans
qui devaient rester dans Pile ? Si ces individus
sont de bons citoyens, c'est un outrage sanglant
d'oser soupponner qu'ils peuvent 6tre maltrait6s
par lui: s'ils sont 6migrs, on qu'ils aient tremp6
dans les complots de ceux qui ont livtr&aux anglais
une parties de la colonie ( territoire de la r6pu.
oblique ), et qu'ils aient port les armes centre elle,
de quel droit promettrait-il une impunit6 ? Je suis
fach6 de le dire, citoyen, mais je reconnais dans
cet inf&me trait6 la main, des pratres et des 6mi-
gr6s qui entouraient Toussaint-Louverture a mon
d6part de Saint-Domingue.... Ce serait peut-tre
juger trop s6vbrement ce g6nral, que de voir
dans sa faiblesse une connivence coupable aves
l'Angleterre, mais. la suit des 6v6uemens nous
apprendra jusqu'& quel point mes conjectures out
pu 6tre fond6es m.
(8) Comment les anglais auraient-ils pu oublier








(7i) p
la trahison infime don't Toussaint- Louverture
s'6tait rendu coupable A leur 6gard en 1795,
six ou sept mois apres le massacre des espagnols i
la Marmelade, et sa rentr6e sous les drapeaux de la
r6publique ? Ce trait, peu connu, m6rite d'btre
racont6. Le sieur Thomas Brisbanne, major des
troupes anglaises, occupait a cette 6poque la ville
de Saint-Marc et ses d6pendances: Toussaint-
Louverture, qui avait alors le plus grand int6rat
d'inspirer quelque confiance au g6n6ral Laveaux,
et de ramener la consideration sur lui par un coup
d'6clat, r6solut do s'emparer de cette place par un
stratagmme. En consequence, il fit dire au g6n6ral
anglais que, ddgottd de servir la rdpublique, te
desirant passer sons les drapeaux de PAngleterre ,
il itait pret t lui lirer les Gona;ves, les Verettes
Et autres places qui 6taient sous ses ordres s'il
woulait lui accorder un rendez-vous au pont de
rEster. Le cr6dule Brisbanne s'tait de' mis en
march pour se rendre au lieu indiqu6, lorsque
quelqu'un lui fit heureusement observer qu'il avait
affaire a un home sans foi, vieilli dans la per.
fdie, et qui se faisait un jeu de violer les pro-
messes les plus sacr6es. Ces observations le fireit
revenir sur ses pas. Cependant pour ne pas
.manquer une occasion favorable si Toussaint-
Louverture 6tait sincere dans ses propositions, il
vrut devoir envoyer A sa place un nomm6
Gauthier, 6migr6 frangais commandant en second
A Saiht-Maxc. A j a rriv e, 'o!J4saint- Louverture 3
4


1










fIrieux d'avoir manqu6 sa profe, le 'fit arreter et
conduire-au port d- Paix, oit il fut fusill6, pre-
mibrement come 6migr6, et en second lieu,
comme ayant voulu corrompre le vertueux g6neral
Toussaint-Louverture!! 1
(9) Un des intrigans les plus dangereux du
conseil secret de Toussaint-Louverture, le prin-
cipal r6dacteur de sa constitution, le mAme qui
avait r6dig6 les d6nonciations centre Santonax,
H6douville et Roume, et qui a eu l'impudeur de
se constituer propri6taire des deux tiers des habi-
tations du nord de Saint-Domingue, est le nomm6
Pascal, beau-fils de Raymond. 11 fut envoy au
Cap par le directoire ex6cutif, en Pan 4, en qua*
lh6 de secr6taire-g6n6ral de 1'agence. Cet home
est actuellement secr6taire particulier de Toussaint.
Louverture. II Pabandonnera, sans doute, afin de
conserver le fruit de ses rapines qu'il a eu le soia
de deposer aux Etats-Unis d'Am6rique.
(io) Parmi les traits nombreux qui attestent la.
profonde hypocrisie de Toussaint-Louverture, nous
citerons le suivant, qui, quoique li6b une cause
jqste, ne montre pas moins la perfidie de son
ame. A l'6poque de l'affaire du 30 ventAse, don't
nous avons parl6 dans le course de cet ouvrage,
et qui faillit devenir si funeste au 6n6ral Laveaux,
Toussaint-Louverture d6cid6 d6ja &Asoutenir ce
general, convoqua chez lui les cominandans des
places du Gros-Morne, de Plaisance, des Veretle~
et autres forts, tous chefs mul&tres, et leur apprit
en











-en confidence ]a conspiration ourdie centre -
gkn6ra1- Liavedux ajoutant qu'il allait- marchcrn
contre *lui .et le faire juger comme ayant voulu
enchatner les noirs et livrer Io colooie aux anglais.
Les chefs mulatres qui avaient tremp6:dans la
conjuration, et qui attendaient, en silence les r6sul-
tats de la journee du o3 veut6se pour se d6clareo
ouvertement, furent'charmes des bones disposi-
tions de Toassaint-Louverture; ils le flicitrentc
sur le pati qu'il paraissait dispose A prendre et
s'excusetent de ne lui avoir pas annonc6 plut6b
.leurs projects contre Laveaux. Alors Toussaint-
Louverture se levant brusquement s'6cria .
Gardes arrttez ces factious I Des soldats ea
effect, qui 6 aient caches dans les appartemens.
voisins parurent aussit&t et s'emparr.ent des.
mulAtres, qui furent jets dans es. fers au.Momre-
Blanc et la Petite-Riuiere. Des chefs noirs. de
Parntbe de Toussaint les remplachreut dans les. C
places qu'ils occupaient.

( x) Le rl'e A jamais honorable qu'a ojbu6 ce
noir dans la'terrible catastrophe de sa patrie, nous
engage A place ici une notice de sa vie, don't
chaque instant semble avoir 6t& consacr6 a des
acteS d'humanilt et de bienfaisance. C6sar-T61-
maque, Ag6 de pres de 60 ans', est nalif de Saint-*
Pierre, ie Martinique. II est mari6 a une fiancaise.
qu'il 6pousa A Paris il y a pros de 36 ans. II a'
demeur6 prbs de 49 ans dans cette capital; son
domicile 6tait rue du Sentier. Son humanity et sa
L Q ,










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6ouceur le firent nommer, en Pan 3, commissaire
de bienfaisance de sa section : le d6vonement
avec lequel il remplit les functions de cette place
pendant cette ann6e trop fameuse de la revolution,
le rendit cher a tous les citoyens : le malheureux
n ''6rouva jamais de sa part aucun do ces rebutl
qui rendent la bienfaisance quelquefois si ambre
et quand les secours publics lui manquaient, il y
suppl6ait de ses moyens. En l'an 4, il partit pour
Saint-Domingue avec Santonax: i son arrive il fut
nomm6 tr6sorier au port de Paix. Mais sa v6ritable
place 6tait celle que son ami Etienne Mentorlui fit
obtenir au Cap, en le d6signant au people comma
rhomme le plus propre A exercer les functions
paternelles de juge-de-paix. Dans cette place, il
merita lestime et la confiance de tous les gens do
bien: son nom seul inspirait le respect: les noira
se faisaient gloire de l'avoir pour compatriote, et les
europhens pour magistrat. Avec ce caractbre, il est
facile de juger quels out 6t6 ses efforts, sa sollici-
tude et ses dangers pendant cette nuit horrible qui
a vu le plus execrable des forfaits se consommer.
Digne et vertueux citoyen, regois ici l'hommage
de tous les coeurs sensibles: tu d6dommages Phu-
manite du crime de ceux de ta nation, et l'histoire,
en les racoutant, se plaira A reposer 'ame du lec-
teur sur tes vertus, pour le consoler du plus granJ.
des forfaits.
IUN.