Histoire de la révolution de Saint-Domingue, depuis le commencement des troubles, jusqu'a à la prise de …Anglais, by M. ...

MISSING IMAGE

Material Information

Title:
Histoire de la révolution de Saint-Domingue, depuis le commencement des troubles, jusqu'a à la prise de …Anglais, by M. Dalmas, Paris, 1814. (BCL-Williams Mem.Eth.Col.Cat. #557)
Physical Description:
Mixed Material

Notes

General Note:
4-tr-Dalmas

Record Information

Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
LLMC31683
System ID:
AA00000926:00001


This item is only available as the following downloads:


Full Text
















This volume was donated to LLMC
to enrich its on-line offerings and
for purposes of long-term preservation by

Google Books




&v-9 4/p

PRESENTED TO THE UNIVERSITY
BY THE RHODES TRUSTEES


< sz
32


s


34o.
2\


/V 9ofr,.


O23 1 t













HISTOIRE


DE LA REVOLUTION

DE


SAINT-DOMINGUE.



TOME II.


/Z'


- -- .---~C--






HISTOIRE


DE LA RtVOLUTION

DE


SAINT-DOMINGUE,

DEPUIS LE COMMENCEMENT DES TROUBLESJUSQU'A LA PRISE
DE JtRiMIE ET DU MOLS S. NICOLAS PAR LES ANGLAIS;


D'UN MEMOIRE

SUR LE RtTABLISSEMENT DE CETTE COLONIES.

PAR M. DALMAS.


TOME DEUXIOIME.


A PARIS,
CHEZ MAME FR RES, IMPRIMEURS -LIBRAIRES,
iRU DU POT-DE-F-PBk I 4.
1814.







HISTOIRE


DE LA REVOLUTION

DE

SAINT-DOMINGUE.


CHAPITRE XIII.

Betour de M. de Blanchelande au Cap.
Lettre de Pinchinat. Jugement sur ce
muldtre. Second commission civile;
son arrioee au Cap. M. d'Esparbes,
gouoerneur general de St.-Domingue,
sa conduit et celle des trois commis-
saires; serment prononcdparl'un deux
(Polverel) Y l' glise. Formation d'une
commission intermkidiaire. Etablisse-
ment d'un club. Arrieoe de M. de Ro-
chambeau au Cap.

M. DE BLANCHELANDE quita les Cayes le ix
aobt; il vit, en partant, cette ville plongee dans
TOM. 2. 1


vim"






2 REVOLUTION *
le deuil, et la plaine du Fond rdduite en cen-
dres. I1 promit d'envoyer de prompts secours;
mais les troupes de line etant partout occupies,
il ne put disposer du plus foible detachement
pour tenir sa parole aux habitans du midi. Leur
desastre, au reste, quelque affreux qu'il f6t,
n'dtoit rien moins qu'irrdparable. La tranquillity&
se seroit r6tablie d'elle-meme dans le sud, si les
rebelles du nord avoient etd soumis. Le nord
etoit le foyer de l'incendie qui etendoit ses ravages
dans toutes les autres parties de St.-Domingue ;
c'etoit la, comme ne cessoit de le dire M. de
Blanchelande, qu'il importoit de l'etouffer; mais
on ne pouvoit se flatter d'y reussir, qu'autant que
les mulAtres cesseroient de garder une neutrality
ddrisoire, plus fuiieste qu'une guerre ouverte et
declare. M. de Blanchelande avoit cru obtenir de
la loi du 4 avril cet heureux r6sultat. En effect, la
masse des gens de couleur, temoin de sa franchise
et de son impartiality, se montroit disposee A
concourir au retablissement de l'ordre. Le conseil
de paix et d'union de Saint-Marc, satisfait de
l'abolition de plusieurs corps populaires, en avoit
exprim6 publiquement sa reconnaissance au gou-
verneur, et lui avoit promise d'envoyer un renfort
de dix-huit cents hommes au cordon de l'ouest.
Cette promesse tardant A se r6aliser, M. de Blan-
chelande, reyenu au Cap, la rappela au conseil






DE SAINT-DOMINGU. 3
par les lettres les plus pressantes. Inutiles efforts!
soins superflus! il ne tarda pas h comprendre qu'il
avoit travaillk pour une caste ingrate et parjure.
Les secours n'arriverent point, rmalgrf le danger
que couroit le quarter de la Marmelade, attaque
presque toutes les nuits par les negres.
Bient6t le conseil de Saint-Marc se montraaussi
animn de esprit rdvolutionnaire qu'il y avoit patu
stranger jusqu'alors. Le mulAtre Pinchinat, son
president, accusa, dans une lettre imprimne, la
ville du Cap de ne renfermer que des aristocrates
dangereux, et designa le gouvernement come
leur chef et leur appui. Quoique cette letter an-
nonc&t les nouveaux principles qui commencoierit
i modifier la conduite des mul&tres, on ne fit prs
A ce premier ouvrage de Pinchinat toute l'atten-
tion qu'il meritoit. L'assernblde colonial y toit
jugee selon ses oeuvres;. mais les reproches qu'on
lui adressoit etoient moins longs, moins atmrs
que ceux don't on accabloit I'aristocratie. L'en-
thousiasme manifesto dans cet dcrit, por la pfus
glorieuse des revolutions 4tonna tout ceux qui
croyoient bien connoitre l'auteur. S'il n'avoit fait
que demanded la dissolution de l'assemblde co-
loniale pour la recomposer d'aprss les bases du
nouveau decret, Jon eAt applaudi & ses vues. En
.effet, les gens de'euledr etant appeals au par-
tage de la souverainete, il leur importoit d'ete






4 REVOLUTION
admis sans delai dans le corps deliberant qti
devoit constituer la colonie. Le raisonnement de
Pinchinat ~ cet 6gard n'avoit rien que de just;
mais les soupcons deplaces qu'il manifestoit
contre le gouvernement, les crimes absurdes
et meme ridicules qu'il imputoit aux habi-
tans du Cap, et la violation des promesses
qu'il avoit faites & MMX de Blanchelande et de
Fontange, etoient le comble de la perfidie et de
'ingratitude.,
Ce mulAtre a jou1 un grand r6le A Saint-Do-
mingue; c'est lui qui a etd le guide et comme
'oracle de sa caste. I1 avoit de l'esprit, de Fins-
truction, meme le talent de s'enoncer et d'ecrire
avec methode. Pour le bien connoitre et pour le
bien juger, il convient de diviser en deux parties
l'histoire de sa vie publique. Dans la premiere, on
voit un homme attentifA la march d'une grande
revolution, saisir avec adresse tout ce qui peut
etre utile a ses int~ts. Appuye sur les nouvelles
theories mais craignant avec taison de les voir
.pousser trop loin, il s'indigne que des gens 6tran-
gers et sans proprietis dans son pays veuillent le'
retenir, lui et les siens, dans une dependance
don't eux-memes se sent affranchis les premiers.
II met d'abord tous ses soins A gagner la confiance
des colons, en feignant d'unirsa cause i la leur.
II se montre & cet effet, autant et plus qu'eux,




I Y


DE SAINT-DOMINGUE. 5
ipouvante des consequences des principles revo-
lationnaires, et oppose & la naturalisation de ces
principles dans la iolonie. II ne cesse d'anathema-
tiser les corps populaires pernicieux, selon lui,
A Saint-Domingue; il se rallie au gouvernement,
et regarded lancienne administration de cette tie,
non-seulement comme Ia meilleure, mais comme
la seule qui puisse lui convenir.
Voili ce qui forme la premiere epoque de la
carriere politique de Pinchinat, ce qui lui valut la
confiance de plusieurs hommes d'un mdrite dis-
tingue, et restime de beaucoup de gens qui, ne
le connoissant pas, le jugeoient d'apres sa con-
duite. Mais si 'on passe A la second epoque,
la scene change entierement. A peine Pinchinat,
aide des vrais colons, est-il parvenu au but de ses
desirs, qu'il les trahit et les abaidonne les mu-
litres, devenus les egaux des blancs, conservent
naanmoins des interets, distinct de ceux de ces
derniers. Loin de seconder leurs efforts pour
iteindre le feu de la revolte des negres, is travail-
lent sourdement et reussissent a lepyopager dans
toute l'tenduede la colonie. Les corpspqpulaires,
qui leur ont paru si dangereux, sont a sule forme
d'administration qui, au dire de eurs chefs, soit
propre a Saint-Domingue. Les prjepdu aris-
tocrates auxquels Pinchinat lui-mneme doit sa c&-
lebrite, et peut-etre son existence, so4n accuses






6 REVOLUTION
par lui, de s'opposer & une constitution sublime;
et la revolution franchise, don't il ne parloit prd-
cidemment qu'avec effroi, lui parolt I'objet le plus
digne des voeux et des efforts de tous les sages,
I'epoque la plus memorable et la plus brillante des
annales du monde.
SDe deux choses 'une : ou ce mulftre etoit un
fourbe profound, un sceldrat aussi hypocrite que
pervers, ou il a eu des motifs puissans et secrets
pour charger tout & coup d'opinion et de con-
duite. De ces deux suppositions, la derniere est
la plus plausible: independamment des lumieres
acquises sur ce point, l'on ne sauroit, en ad-
nettant l'autre hypothese, concevoir que Pin-
chinat ebt pu en imposer si long-temps A une
foule de gens d'esprit et de sens, intdresses a le
pinetrer. Son changement, au reste, ne fait pas
plus d'honneur son jugement qu'& son caractere;
ct, sans lui refuser une certain tendue de ta-
lens et de connoissances, on peut se fonder sur
cette instability m me pour nier qu'il eit du genie,
come ses pr6neirs le pretendoient. C'etoit sans
contredit un bomme instruit, mais il etoit mu-
6dtre. Ce *dt dit tout, explique tout & quiconque
est familiar avec les habitudes, les moeurs et le
natilrel d'ne caste que l'on a mal jugee en France,
faute de ces donnees indispensables.
Dans I position de Pinchinat, un homme pro-,






DE SAINT-DOMINGUE. 7
fond eut sans doute, a 'aide des principles du
jour, tAche d'amdliorer son sort et celui de ses
pareils; mais, pour atteindre ce but, il n'eMt
point pousse ces principles jusqu'l Ja rigueur.
En desirant F'abolition d'un prejuge humiliaut, il
n'auroit pas perdu de vue que I'iateirt et I'exis-
sence m4me de sa caste exigeoient qu'il y eSt
dans rordre social, commune dans la nature, use
nuance qui distingut, aux yeux de l'esclave,
tes blancs de oeux qui ne l'etoient pas. 11 est
ambitionn6 le d~cretdu 15 mai 179 et se seroit es,
time tres-heureux de l'obtenir;mnais lenivellement
absolu de toutes tes couleurs edt t6 pour lai la
plus grande des calamit.s. Telle 6toit laposition
delicate et pr'caire des muldtres, qu'ils devoient
_tre les premiers A sy opposer. Places dans
le corps politique, comme 'est dans un jardin
la plante inutile et parasite qu'on y ta1de tant
qu'elle ne nuit pas, mais qu'on arrache d&s qu'elle
tend trop loin ses branches et ses racines, ils
auroient ddr6fldchir que, quelleque fit Fissue de
la lutte entire les blancs et les negres, e sort de
lacdasse intermn diaire etoit d'avoir les uins ou les
autres pour ennemisou pour mattres. Ilsauroient
dd surtout calculer les suites si diff6rentes de
leur expulsion et de celle des blanes hors de
Saint-Domingue. Premiere victim du triomphe
possible des esclaves, et contraint d'abandonner






8 REVOLUTION
sa propriedt colonial, le blanc ne seroit pas
pour cela, tout-A-fait sans resource; il trouveroit
dans la mrtropole sa terre natale ou originelle,
des parents, des amis qui I'accueilleroient, qui lui
offriroient un asile et des secours. Proscrit et
chass4 & son tour par le negre, apres avoir Ot6
successivement l'instigateur et I'auxiliaire de sa
revolte, le mulAtre ne rencontreroit en France
que des coeurs ulceis qui le repousseroient et
se rejouiroient de son desastre, come du just
ch&timent que le ciel inflige t6t ou tard au fils
ingrat et denaturd.
Dans un discourse prononcd par M. l'abbW,
deptuis cardinal Maury, quand l'assemblde cons-
tituante preparoit le decret du 15 mai, ces idies
avoient ite prdsentees avec beaucoup de force.
Sans tre motivee par I'ambition exclusive que
les .multtes n'ont manifested que plus tard, la
ndceseitd de contenir ces homes dans un 6tat de
ddpendance,,voit t6 dks4ors apercue de l'orateur
et sentie .des plus eclairds ou des plus raison-
nables de ses collogues. Si fassemblee legislative
n'eAt pas desire la perte des colonies, si la con-
vention n'ebt pas suivi le meme systenme pour.
quoi auroient-elles donnd leur confiance aux
homes de couleur plut6t qu'aux blancs? Oh
dtoit, pour la metropole,la garantie des promesses
que les premiers pouvoient lui faire? Quels gages







DE SAINT-DOMINGUE. 9
avoient-ils offrir de leur fidelity ? Inconstans et
capricieux par caractere, ne tenant par aucun
lien d'interet, par aucune affection du cceur A la
imrre patrie qu'ils nie connoissoient point, et'vers
laquelle ils n'etoient pas sans cesse ramen6s par le
charge des souvenirs ou par l'attrait de l'espe-
rance, ils sembloient devoir-,tre bien plus acces-
Ssibles A la corruption, plus capable d'ingratitude,
plus portes ~ desirer un changement, quel qu'il
fit, que les blancs, invinciblement attaches a
la France par leur origine, leurs besoins et leurs
habitudes.
Mais, je ne crains pas de le r pkter, l'assemblhe
16gislative vouloit la. ruine des ddpendances co-
loniales de la France. Son project, facile a deviner,
le fut de plusieurs colons et de tous les hommes
instrtits en Europe. Pinchinat auroit dd le pr6-
voir, s'en effrayer, et consacrer tous ses moyens,
toute son influence, & en empecher I'execution.
Mais, ou son g6nie tant exalt6 n'alla pas jusqu'A
lui faire dkcouvrir un project si desastreux, ou
lorgueil, excessif chez lui comme chez tous les
rnulAtres, lui en droba les funestes consequences.
11 ne put resister i l'espoir d'Atre quelque jour
un grand personage, au d~sir de jouer un r61e
brilliant; cette cdlbrite don't il se montroit avide,
don't la soif att6nuoit dans son Ame les craintes
inlpirees par la raison, il crut la voir dans le


~







REVOLUTION


tourbillon revolutionnaire, et 'attendit du sys-
tme girondiste, don't il fat I'ap6tre, et faillit Wtre
le martyr.
Les intermidiaires que la secte nggrophile
employa pour fire passer et rdpandre ses ins-
tructions h Saint-Domingue, furent le mulAtre
Raymond, correspondent de Pinchinat, et M.
Roume, 'admirateur de Brissot et son agent dans
la colonie. On vit cet ex-commissaire civil, pen-
dant son sdjour dans la province de 'ouest,
uniquement occupy du soin de propager, par
ses discours et par son example, une doctrine
qu'il avoit paru condamner jusqu'i cette epoque.
Le dicret du 4 avril avoit et' suivi de pris par
un autre, qui ordonnoit envoii & Saint-Domingue
d'une second commission civile et d'un corps
de six mille homes. Ces ,troupes 0toient des-
tindes, non reduire les esclaves oun tenir I'as-
semblde colonial en respect, mais I assurer le
triomphe du system de 1'egalit4. Brissot savoit
tres-bien, puisqu'il 'avoit dit des le mois de dd-
cembre 1791 dans le discours dont j'ai ddj& parld,
que I'assemblke colonial compose d'intrigans et
de factieux, meprisee de ses commettans, don't
elle trompoit le vCeu, ne pouvoit inspire au-
cune crainte A la France, quels que fussent ses
projects d'independance ou de defection. Les ha-
bitans supposerent avec apparence de raison que


.10






DE SAINT-DOMINGUE. I1
la force dcretee et attendue seroit employee
centre leurs negres. Is n'avoient mdme pas le
plus leger doute A cet dgard, faute d'avoir rflechi
sur le texte du decret. S'ils favoient seulement
lu avec attention, ils n'y auroient vu de precis,
de formel, que l'ordre donned aux ddl&guds de la
nation, de fire excuter, mdme par la force,
la loi du 4 april. Cet ordre et une recomman-
dation vague de retablir la tranquillity I Saint-
Domingue, sans determiner sur quelles bases,
formoient routes les instructions ostensibles des
nouveaux commissaires.
La crIation et I'arrivee prochaine de cette
autorite furent connues au Cap peu de temps
apres que M. de Blanchelade fut revenue des
Cayes. On apprit, en meme temps, que M. d'Es-
parbes dtoit nornme gouverneur general, et que
MM. d'Hinnisdal, de La Salle et de Montesquieu-
Fdzenzac devoient commander, le premier la
province du nord, le second celle de l'ouest, et
le troisikeme cele du sud.
A cette nouvelle, quelques deputies engagerent
l'assemblee colonial 4 se dissoudre, ne f utce
que pour epargner des depenses inutiles. Mais
elle rejeta un avis si sage, et continue son travail
sur la constitution, don't chaque jour elle arrdtoit
quelques articles. C'etoit une folie de croire que
la commission civil l'adopteroit, meme en lni








supposant des intentions pures, & plus forte rai-
son, quand on avoit quelque connoissance de ses
principles et de ses projects. L'ouvrage de l'as-
sembl6e colonial devenoit d'autant plus inutile,
que, par le silence qu'elle s'-toit impose sur l'etat
politique des hommes de couleur, tout son edifice,
don't cet article auroit dA, pour ainsi dire, "tre la
base, s'ecrouloit n6cessairement et ne pouvoit pas
meme fournir de matdriaux pour celui qu'il fau-
droit clever i la place.
Bient6t I'on vit arriver au Cap la Musette, b&-
timent de Nantes, faisant parties de la flotte qui por-
toit les troupes et les commissaires. M. Delpech,
secretaire de Ia commission, Atoit A board de ce
navire. 11 se rendit, en d~barquant, chez M. de
Blanchelande, et lui remit les pouvoirs des com-
missaires, avec priere de les faire enregistrer.
La foule des curieux s'etoit portee l'h6tel du
gouvernement; on 6toit impatient de juger, par
la religion du secretaire, de celle de la commis-
sion. Les personnel qui, d'apres les reproches
et les menaces faites par la legislature aux corps
populaires de Saint-Domingue, pensoient que la
mntropole pouvoit avoir concu le project d'y rd-
tablir l'ancienne administration, ne virent pas
sans etonnement, ni sans effroi, I'enthousiame
vrai ou simuld de M. Delpech pour la revolution.
Si meme il avoit fait preuve de jugement ou de


REVOLUTION


13






DE SAINT-DOMINGUE. 15
quelques connoissances, on n'auroit pas perdu
tout espoir; mais il ressembloit aux partisans les
plus fanatiques du nouveau regime, A tous lee
autres agens du parti triomphant. Un jargon
ridicule, compost de ces mots que la revolution
a crees ou mis en vogue, un enthousiasme ex-
travagant pour ses principles et, par-dessus tout,
une dose rare d'effronterie et d'impudence, for-
moient les traits saillans de l'esprit et du caractere
du secretaire de la commission.
On se flatta que les commissaires ne lui res-
sembleroient pas, et que d'ailleurs M. d'Esparbis
seroit revetu d'un grand pouvoir. Tous les colons
instruits avoient les regards tournes vers lui: on
esperoit qu'un homme de son nom,, de son rang
et de son Age, balanceroit au moins par son
autorite celle de la commission. M. de Blanche-
lande paroissoit attacher un grand prix A l'es-
time du nouveau gouverneur; il lui ecrivit par
M. Delpech, qui, apres avoir rempli la formality
que j'ai faith co-noltre, alla rejoindre le convoi.
Un plan raisonne de la situation militaire de la
colonies accompagnoit la lettre de M. de Blanche-
lande a M. d'Esparbes. Le premier ne cachoit
pas A son successeur que le se'our d'une armxe
venant d'Europe, dans une ville dichiree par les
factions, pourroit avoir des suites tres-dange-
reuses. 11 lui proposoit de diviser ses troupes






14 RElVOLUTION
tandis qu'elles etoient sous voile, d'en faire en-
trer une parties au Fort-Dauphin, et d'en envoyer
une autre au Limb6, pour fortifier les deux cor-
dons de l'est et de l'ouest. II lui faisoit observer
enfin que de la rapidity de sa march, de la
simultandith de ses efforts sur divers points, d6-
pendoient uniquement le retour de Iordre et la
soumission des revolts.
II est a propos de remarquer ici que, durant
le court sajour de M. Delpech au Cap, M. Daugy
recut, en quality de president de l'assemblie
colonial, une lettre que M. Cougnac-Mion, I'un
des commissaires envoys par elle a I'assembl6e
legislative, lui adressoit d'Europe. 11 la prevenoit
qu'une conjuration, ourdie en France pour dd-
truire Saint-Domingue, et par-la toutes les au-
tres colonies, etoit sur le point d'6clater. Non
content de donner des details sur les moyens et
sur lebut de la propaganda (1), it ajoutoit le conseil
violent de repousser par la force les nouveaux
commissaires, qu'il traitoit de brigands ayant la
direction du complot, et les troupes patriotiques
qu'il regardoit comme plus dangereuses qu'utiles
dans leurs mains. c Tout est perdu, mandoit.il,
( et le plan atroce des nigrophiles, ce plan qui
t doit fair couler le sang a grands flots, sera

(z) Nom done a la secte des Amis des Noirs.






DE SAINT-DOMINGUE. x5
( execute, si vous ne imettez toute la edldritw
possible dans vos resolutions, le concert le
( plus parfait dans vos measures, et ]'intrdpiditd
( du ddsespoir dans votre resistance (I). ,
M. Daugy ne communique point assemble
le contenu de cette lettre, parce que 'dnergique
expedient qu'elle recommandoit ne cadroit pas
avec ses vues; mais il en congut de vives alar-
mes. Les r6flexions les plus s6rieuses lui furent
en outre suggbries, ainsi qu'aux autres chefs
de la faction, par la conduite du secretaire de
la commission civil, don't unique soin avoit
ket de se rendre au gouvernement; par le droit
accord aux commissaires, de rechercher et de
punir les auteurs des troubles; enfin par le re-
fus du commandant de la Musette, de laisser
aucun cannot, venant de terre, acoster ce bti-
ment. On ne pouvoit plus s'abuser; I'assembl6e
alloit etre d&truite; l'esprit et la lettre du d6cret
6toient pricis: heureux encore si les membres
qui la composoient pouvoient en etre quittes
pour l'abdication de leurs places Mais il pa-
roissoit probable qu'on leur demanderoit compete
du temps perdu ou employed faire le mal,
des finances gaspilldes par caprice, de l'ordre
judiciaire mutild et proscrit sans raison. ls

(i) Cette lettre de M. Cougnac toit du 20 juillet 1792.







avoient lieu de craindre qu'on ne scrutAt leur
conduite relativement au project d'independance
qu'ils avoient laiss6 paroltre; qu'on ne voulAt
approfondir le motif de leur negligence A ins-
truire la metropole des malheurs de la colgnie ;
enfin qu'on ne leur demandAt raison de l'em-
pressement qu'ils avoient mis a reclamer le se-
cours de la Jamaique.
Dans cette circonstance, le parti patriote de
l'assemblee sentit le besoin de se rapprocher de
'autre, et fit les premiers pas pour operer une
reunion A laquelle il s'6toit toujours opposed. On
discuta les avantages et les inconvgniens d'une
coalition entire lassemblee et le gouvernement,
don't le rdsultat seroit de contraindre les commis-
saires i respecter 'organisation colonial, ou &
quitter Saint-Domingue, s'ils vouloient y porter
aucune atteinte. Cette resolution,que l'assemblde
devoit maintenir, quelles que fussent les appa-
rences, et qui n'auroit pas dA lui etre inspire
par les craintes personnelles de ses membres,
mais par le danger imminent ou se trouvoit la
colonie, fut encore soumise a de certaines con-
ditions. Avant de faire, dans ce sens, des propo-
sitions A M. de Blanchelande, I'assemblee voulut
ddfinitivement savoir A quoi s'en tenir avec la
commission civil. En consequence, elle arreta
qu'une deputation de trois merobres pris dans


REiVOLUTION


16






DE SAINT-DOMINGUE. ty
les assemblies colonial et provimciale, et dans la
garde national, iroient au devant du nouveau
gouverneur et des commissaires; et, sous prd-
texte de les feliciter, chercheroient 4 connottre
leurs intentions et leurs projects;
Les trois d6putis, partisans de la revolu-
tion, furent dupes des cormissaires, qui,j plus
ruses qu'eux, feignirent en leur preseace de
s'ecarter du butqu'ils brAloient d'atteindre. Auesi
lorsqu'i .leur retour, ces deputes annoncerent; &
l'assembl~e que la commission civile, unique
ment apim~e de l'esprit de la constitution, ve-
noit pour en r.pandre les bienfaits -& Saint-Do-
mingue; lorsqu'ils assurerent que, loin d'4tre
revenue centre les corps populaires, elle etoit
charge de les substituer i toutes les .autres
xnagistratures les craintes du part patriote se dis-
siperent, et avec elles s'ivanouit le project de se
lier au gouvernement. Bien plus, l'assembl6e co-
loniale, non content de renoncer brusquement
A la negotiation qu'elle avoit voulu entamer avec
lui, revint au project de le rendre seul victim
des malheurs de Saint-Domingue, et se charge
du r6le affreux de son accusatrice.
En consequence de ce plan, l'on vit bient6t
parottre une denonciation ,i en seite articles,
ceitre le gouverneur. L'assemblr e s'empressa d'
TOMe.'"2 4A *' '. *'. *a -






18 REVOLUTION
l'offrir A la commission, comme une preuve de
son civisme. Quelque absurdes que fussent les
chefs-d'accusation qui y 6toient enonces, M. de
Blanchelande sentit la nicessiti de parer le coup
qp'on lui portoit, et de dhtruire ce monument
diniquite et de bassepe. Il croyoit sa justi-
fication d'autant pihu indispensable, que la ca-
bale avoit obtenu l'assentiment de l'assemblhe
provincial & son ceuvre perfide. On est sans
doute dtonne de voir ce corps, qui avoit tou-
jours appuy6 les measures du gouvernement, 1'a-
bandonner dans une occasion aussi important;
mais, a cette poque, les homes honnetes,
prevoyant la dissolution prochaine des assem-
bdies populaires, les avoient laiss6 se former
de tons les intrigans qui n'avoient d'autre resource
que les honoraires attaches aux places de ddputds.
Dans un m~moire justificatif, M. de Blanche-
lande refuta sans peine ]a d6nonciation faite
centre lki, et dmonmtra clairement que les
crimes don't ses ennemis l'accusoient pouvoient,
a plus just titre, leur htre itaputde. 11 seroit
inutile et fastidiesi de fire connoltre en d-
tail ces deux pieces : la dnonciation se compo-
soit de tons les menspnges, de toutes 'les plati-
tudes que l!assemblke colonial n'avoit cesse de
vomir contre le pouvoir exdcutif. Le mdmoire,
fond6 sur la verit6 r6tablie des faith tiroit ses






bE SAINT-DOMINGUE. 1
mlyens de defense des rdflexions simples:et natu-
telles que dis-lors ils suggdroient.
Combien l'on doit regretter que l'assemble
n'ait pas persierd dans l'heurese id4e qu'elle
avoit eue d'abord I La reunion sincere des deiu
parts pouvoit seule sauver Saint-Domingue,
parce que le retour de la commission civil en
Europe en deveqoit une consequence ndcessaire,
L'assembl6e auroit eu d'autant plus de raison de
persister dans ce plan, cque, par l'adoption g&-
n6rale de la loi du 4 avril, la mission des com-
missaires n'avoit plus d'objet d6termin6 Le d6
cret et leurs instructions connues n'toient point
6quivoques. Ils n'auroient pas alors come
ils Font fait depuis, pousse l'impudeur jusqu'&
dire, cdrire et proclamer que l'abolition de l'es-
clavage, objet des voux de la legislature et de
la France, avoit seule dcid leur apostolpt. On
ne sait quele determination ils auroient prise,
si, dis les premiers instans de leur arrivCe, l'as-
sembl$e colonial et le gouvernement uunis leur
avoient dit:
a La loi que lon vous a charges de fair ex6cu&
a ter, Mnme par la force, a dte, copnne on devoit
cc s'y attendre, rescue sans nulle restriction, et
a n'a ,prouv6 aucune resistance. Tous les blanc.
a s'y sont soumis. II n'existe plus que deux classes
a d'hommes & SaintpDopiinge : la dasse libre,






3o REVOLUTION
t et celle qui ne Fest pks. Vos pouvoirs ne s'6tena
c. dent ni sur 'une ni sur l'autre. Votre presence
', et votre sajour ici ktant par consequent inu iles,
vous voudrez bien vous-memes porter la
i rmire-patrie le timoignage de notre ob6isdance
a A sa voloate. ,i
Qu'auroient pu rdpliquer lCs commissaires ?
Rien, sans doute; et en supposant, contre
toute vraisemblance, qu'ils eussent os6 mettre
en movement, pour leur querelle particuliere,
la force armee qui les accompagnoit, ne dispo-
soit-on pas, au besoin, des forts qui comman-
.dent la rade du Cap? n'avoit-on pas les vaisseaux
l'1ole et le Jupiter, sur les 6quipages desquels
on pouvoit computer? I1 ne falloit done que de
L'ensemble, des lumieres et de la fermetd. Mal-
heureusement, ces qualities devenoient tous les
jours plus rares A Saint-Domingue. Les com-
missaires eux-memes furent aussi surprise que
satisfaits de 1'exageration qui 6garoit toutes les
tgtes,:de la defiance et de la haine qui regnoient
dans tous les coeurs. Cet etat de choses les ser-
voit admirablement; mais ils avoient bien d'au-
tres sujets d'esperance. M. d'Esparbs, affaisse
par .l'4Ae, qu'ils avoient 6tudie pendant la tra-
versee, et don't ils connoissoient la foiblesse,
4toit, incapable de mettre obstacle a leurs
4esseins. L'-tat-major, qui l'avoit suivi, attache






DE SAINT-DOMINGUE. *I
A la revolution par interet et par principles, ne
devoit leur causer aucun ombrage. Les regi-
mens, choisis dans le nombre des plus insu-
bordonnds de l'armde francaise, avoient en-
core 6td pervertis par des pamphlets incendiaires.
En supposant mdme A quelques-uns de ceux.
qui les commandoient assez de sagacity pour
pin6trer les barbares projects de la secte anti-
coloniale, et assez d'dnergie pour vouloir s'y
opposer, leur influence ne pouvoit pas &tre bien
redoutable. Le point essential .toit "de n'avoir,
dans la premiere place, qu'un personnage nul,
insignificant, que l'ombre enfin d'un gouverneur;
et, pour remplir parfaitement cet objet, M. d'Es-
parbes 4toit l'homme le plus propre : il I'empor-
toit merte sur M. de Blanchelande.
C'est avec cette abondance de moyen&, sur les--
quels la secte avoit fonde ses success, que la flotte
vint mouiller dans la rade du Cap, le 18 sep-
tembre 1792. Les vaisseaux n'avoient pas encore
jete l'ancre, qu'un schisme funeste divisoit ddjA
le general et les commissaires. II. avoit pour cause
l'ordre donned par M. d'Esparbes, &9 cinquante
dragons, de le suivre A terre, oil ils devoient for-
mer sa garde. Les commissaires pr~tendirent
qu'il n'en avoit pas le droit, et que, tout gou-
verneur qu'il etoit de Saint-Domingue, le com-
mandement de la force publique leur appartenoit






s REVOLUTION
plutbt qu'l lui, 11s cddereit n6anmoins L son
vceu et aux prieres de M. de Girardin, present &
cette scene. Mais, au lieu de debarquer avec
M. d'Esparbes, ils allerent sur tous les bAtimens
de traiisport haranguer les troupes, et en rece-
voir le serment de n'obeir qu'd leurs requi-
sitions.
Le gdndral et les commissaires furent installed
le surlendemain de leur arrive. Selon l'usage,
"cette c6rimonie se fit A l'elise. M. d'Esparbes
n'y part qu'tn instant, une legere indisposition
l'ayant forc6 de se retire. Chacun des commis-
saires lut un discourse et tous trois firent, en
presence du people assemble, le serment de ne
jamais toucher i l'esclavage. L'assemblee natio-
nale, dirent-ils, en avoit reconnu la n(cessit6,
et leur avoit eijoint, par-dessus tout, de ras-
suter les colons A cet 6gard. Polverel ajoiitta
v Si, centre toute probability le corps legislatif
a venoit L se parjurer u jour; si, enttain- par
c4 le ilans d'rin enthousiasme inconsideri, 11
cc osoit jamais attenter a vos propridtes, je d d
Sclare et j'atteste ici 1'Etre supreme, que je
a n'obeirois point A ses ordres. Je fais plus : je
W vous jure, 6 colons! de me runiri alors A vous,
cl'abdiquer des functions et un pouvoir qui me
(c feroient horreur, et de vous aider de tous mes
i moyens i repousser, par la force j la plus horw






DE SAINT-DOMINGUE. a
c rible des injustices et la plus barbare des
Sperfidies. ,
Toute la ville du Cap entendit ce serment;
il ne rassura pas ceux qui avoient quelque con-
noissance des mystkres tdndbreux du jaoobinisme,
mais il en impose a la multitude, qui, pour juger
les hommes, regarded plus A ce qu'ils disent qu'i
ce qu'ils font.
L'empressement que les commissaires avoient
mis & faire enregistrer leurs pouvoirs, sembloit
annoncer comme tres-prochaine la dissolution de
I'assemblee colonial. Tous les homes sages ladd-
siroient, et l'on devoit supposed qu'elle 6toit vive-
xnent souhaithe des mul&tres. Une consideration
grave rendoit d'ailleurs cette measure inevitable. La
cause des malheurs de Saint-Domingue, que les
commissaires avoient ordre de rechercher et d'ap-
profondir, tenoit principalement a cette m4me
assemble, don't quelques membres, vraiment
dangereux,leur avoient etd signals par leurs pr6-
d6cesseurs et par l'assemblde legislative. Le gou-
vernement avoit d'autant moins lieu de craindre
pour lui-m&me, que les persecutions auxquellea
il s'etoit vu en butte, de la part des corps popu-
laires, et les insurrections dirigbes par eux centre
son autoritd, provenoient de l'appui qu'il avoit
constamment prdtd aux mul&tres; or, puisque
l'assemble national, rdalisant les .voeux qu'il






14 REVOLUTION
n'avoit cess de former, venoit de changer en lol
fondamentale une measure long-temps et ardem-
ment sollicit6e. par lui; puisqu'elle avoit attache
assez d'importance A cette loi pour en assurer
executionn par l'appareil d'une force de six mille
hommes; il paroissoit probable que, justice devant
4tre faite et chacun juge selon ses cntres, la
peine et le blame seroient pour le parti qui avoit
fait preuve de resistance; les faveurs et les louanges
pour celui qui.n'avoit cesse de donner des timoi-
gnages de sa soumission.
S'il en fut autrement, et si les commissaires
tinrent une conduit strange en apparence, le lec-
teur, A l'aide des lumieres qu'il a dedj acquises, peut
aisement se rexpliquer. Iln'y a plus pour lui d'obs-
curit6 dans leur march; la connoissance du but
auquel ils tendoient, rend raison des moyens qu'ils
ont employs pour l'atteindre. Toute incertitude
cesse quand on sait que lexkcution de la loi du
4 avril ne fut que le pr6texte de leur mission dans
une colonies' don't le bouleversement et la ruine
avoient et6 rdsolus en France. Loin de casser une
assemblee bvidemment nulle et inconstitution-
nelle, ils la laisserent subsister; au lieu d'en punir
les membres les plus factieux, ils les louerent de
leur civisme, applaudirent A leur 6nergie, et ac-
cueillirent leurs denonciations.
La tete des patriots eAt tournd & beaucoup







DE SAINT-DOMINGUE. 25
moins de frais; ils remporterent bient6t sur 1W. de
Blanchelande une victoire qui porta leur demence
au comble. Accuse par 'assemblee colonial,
comme on l'a d4jh vu, il eut ordre de partir pour
la France. Ce g~ndral n'etoit plus qu'un homme
priv ; sa garde, ses prerogatives, ses functions,
tout avoit passe & M. d'Esparbes; cependant l'as-
semblee le croyoit ou feignoit de le croire encore
redoutable. I1 y eut meme, A son sujet, des mou-
vemens tumultueux dans la ville du Cap. La
municipality poussa la petitesse au point de lui
6ter le logement qui lui avoit ete accord jusqu'k
son depart, don't rl'poque ne pouvoit etre eloignee.
11 Gonvient d'observer que l'arrkte de la com-
mission civil qui le renvoyoit en Europe ne
parloit pas de la d6nonciation qu'elle avoit rescue
centre lui, n'inculpoit en aucune maniere son
administration, et n'6toit motive que sur l'inutilite
d'un plus long sejour, dans la colonie, du general
don't le successeur y dtoit arrive.
Aussit6t que les commissaires n'eurent plus
aucun doute sur la desunion et la haine qui exis-,
toient entire les deux parties, ils firent une procla-
mation par laquelle ils s'attribuoient les pouvoirs
d'une veritable dictature. Tout devoit obbir A
leurs requisitions. Avec un gouverneurenergique,
cette pr~tention eit ete pour le moins discutee;
M. d'Esparbes ne parut rimme pas la remarquer.






t6 REVOLUTION
Ce general vouloit le bien, il 4toit venu pour
le fair ; il le disoit sans cesse; et d'abord on crut
pouvoir esperer d'heureux effects de son influence;
mais quand il fut connu, l'on ne se flatta plus.
La demarche qu'il avoit faite en s'expatriant 4 son
age, de soixante-treize ans, et en se chargeant
d'une operation de la plus haute importance sans
pouvoirs suffisans, ni moyens certain de succs,
devoit donner une foible idde de son genie
et de sa prevoyance. II 6toit impossible de s'a-
buser sur le compete des homes auxquels les
circonstances l'avoient associd. Le degoAt et 'hor-
reur qui naissoient de leur morale connue, ne
pouvoient Atre surmontes par l'homme honnete
condamnd 6 vivre avec eux, qu'autant qu'il auroit
le project et la certitude de ddjouer leurs com-
plots. Maisil falloit, pour cela, les gagner de
vitesse, s'emparer de lautorite, et notamment de
la force publique. Il n'y avoit pas de milieu entire
ce parti et celui d'abandonner sur-le-champ une
place ne presentant que peines, dangers et re-
mords A celui qui loccupoit.
M. d'Esparbes etoit trop vieux; tranchon le
mot, il etoit incapable. La distribution des troupes
necessita un conseil de guerre qui fut tenu &
l'h6tel du gouvernement, quatre ou cinq joure
apres l'arrivie de la flotte. Croira-t-on qu'un tel
sujet qui, par son importance, devoit 4tte traits







DE SAINT-DOMINGUE. 27
le plus secretement possible, fut d6battu sous
une galerie, en presence de deux cents personnel?
M. de Blanchelande ne put jamais parvenir A s'y
fire &couter; il montra pour la chose publique,
un zele qui contrastoit, d'une maniere frappante,
avec 'indolence et I'ennui points sur la figure de
son success6ur. Les autres menbres du conseil,
excepts M. de FEzenzac qui sembloit absorb'
dans ses reflexions manifestoient unepresomption
exclusive, d'autatit plus choquante, qu'ils par-
loietit d'un pays qu'ils ne connoissoient pas, et
d'une guerre qu'ils n'avoient janiais faite. Apr3s
deux heures de divagations et de verbiage, on se
sipara sans Atre parvenu A s'entendre, et par con-
sequent sans avoir rien determine.
Cependant la disette commengoit & se fair
sentir; la flotte n'avoit apporte de provisions que
pour deux mois. Les soldats ruinoient leur sant6
par I'abus des liqueurs fortes et par la ddbauchej
suite ndcessaire de l'indiscipline qui rignoit dans
tous les bataillons. On se demaidoit avec effroi
quel usage les commissaires civils comptoient faire
de ces troupes, quel toit leur but en paralysant
la force publique dans les mains du general. I1
sembloit, en effect, que le soin le plus important
ddt 4tre de reduire les esclaves, et la mani0re la
plus utile d'employer I'armie, de la conduire A
Fennemi. Neanrmoins la commission se vouoit







REVOLUTION


elle-m~me et condamnoit le gouvernement a une
immobility ddsastreuse. Quatorze jours, temps
pricieux et irreparable, s'etoient dj&a 4coulds,
lorsque, par une proclamation, elle rendit &
M. d'Esparbes l'exercice de ses functions, mais
en le declarant responsible des vInemens d'une
guerre don't elle devoit seule juger le resultat.
L'esprit soupconneux qui avoit dictd la pro-
clamation des commissaires eAt suffi pour inspi-
rer de justes craintes au chef le plus intrepide.
Que l'on juge du trouble qu'elle excita dans l'Ame
foible et tremblante de M. d'Esparbes sur qui
retomboit tout le poids de la responsabilite.
C'4toit la un de ces motsmagiqiies de la revolution
quie les gtneraux et les militaires n'avoient pas
encore appris A mepriser. Le vieux gouverneur en
fut abasourdi. Croyant ne pouvoir parer le coup
don't il toit menace qu'en suivant les traces des
commissaires, il exigea par une lettre, qu'il rendit
publique, comme leur proclamation l'avoit et6,
une telle quantitR de provisions, un attirail si
considerable de bagages, un nombre si prodigieux
de chevaux, qu'en supposant meme la possibility
de les trouver dans la colonie, il falloit plus do
trois mois A administration pour se les procurer.
On se figure aisement la satisfaction que dArent
eprouver les commissaires en voyant un concourse
de circonstances si propre a favoriser leurs projects.


.8





DE SAINT-DOMINGUE. 29
Cependant La rbussite n'en etoit pas encore in-
faillible, de puissans obstacles restoient A sur-
mooter. Le bon esprit du regiment du Cap
et du bataillon de Walsh qui composoient la
garrison, le devouement eclaire des volontaires,
celui des gardes nationaux & cheval, la considd-
ration que M. de Cambefort s'etoit acquise par
ses services, l'influence qu'il avoit parmi les gens
de bien, quitous le regardoient comme le dieu tu-
telaire de la ville, le grand nombre des addresses par
lesquelles on le supplioit, au nom de la colonie,
de conserver, malgrd les perils qui l'entouroient
et les degoAts qui 'abreuvoient sans cesse, une
place oh ii avoit 6te appele par la confiance pu.-
blique; tout cela en imposoit aux commissaires,
et balangoit les sujets d'esperance qu'ils voyoient
autour d'eux.
L'assemblke colonial, place entire 'ancienne
et la nouvelle autorite, pouvant maintenir rl'qui-
libre ou fair pencher la balance en faveur de
'une ou de l'autre, se prononca pour la commiS-
sion civil en permettant la lectureA:d'un me-
moire oiL l'on dinoncoit corner aristocrates le4
agens du gouveroement, et en particulier M; de,
Cambefort. Quoiqu'elle rejetAt -la motion de
M. Daugy, qui vouloit faire de ce irhimoire la
base d'une accusation national, les applaudis-
semens prodiguss a celui qui l'avaioitl et r6dige,







firent asses connoltre aux commissairesl'opinioin
de l'assemblee et de la multitude. Uie fois eclairds
cet 4gard, ils reFiplacerent(i) les assemblies co,
loniate et provincial, qui leur devenoient inutiles,
par un tribunal compose de douze membres,
don't six blancs et six homes de couleur, auquel
ils donnerent le nom de commission intermidiaire.
Elle devoit administer la colonie jusqu'& la for-
mation d'une nouvelle assemble colonial, qui
seroit constitute d'apres la loi du 4 avril, et
chargee d'organiser Saint-Domingue. Les com-
missaires civils 6vitreit de s'expliquer d'une ma-
niere precise sur l'poque de sa convocation. II
falloit, disoient-ils, cousulter les municipalities,
que l'oin n'avoit pas encore p ii tablir dans toutes
les paroisses. La n~cessite de cette measure n'etoit
rien moins qu'dvidente; le voeu de la colonie pou-
voit Atre exprimb dans les assemblies primaires.
La facon de raisoftner et d'agir des commissaires
sembloit propre a dessiller les yeux despatriotes.
Nul motif, d'apres le systime de ces derniers, ne
devoit retarder la formation d'une assemble
colonial. Une magistrature de douze membres
dcsigngs, non par le choix du people mais par.
celui de trois rangers, qui dtoit investie d'une
autorit4 d lguee par eux, et dont Jous les actes

(I) Proclamation d& ta octobre 1792.


REVOLUTION


So






DE SAINT-DOMINGUE. 5t
Otoient soumis a leur -approbation, nie pouvoit
pas tenir lieu d'une representation 16gale. Cette
-_troite d pendance ou se trouvoit la commission
interm&diaire, devoit, meme abstraction faite des
~~lmens objects qui la composoient, larendre l'es-
clave des volontes tyranniques et l'instrument des
riminels desseins des commissaires.
De tous les corps populaires, nul ne montra
autant de haine contre le gouvernement que la
municipality du Cap. C'etoit dans ses concilia-
bules que se prdparoit le coup mortel qui devoit
bient6t frapper Saint.Domingue. Le procureur-
syndic s'agitoit en tous sens pour circonvenir la
commission civil. La classes des gens de couleur,
si long-temps persdcutee par lui, devint tout i
coup l'objet de ses soins les plus empresses. Cela
n'6tonna point ceux qui connoissoient M. Larche-
y4que-Thibaut; mais ce qui surprit d'autant plus
que 'on avoit lieu d'esperer le contraire, ce fut de
le voir conserver sa place malgr6 les plaintes una-
nimes des mulAtres, et s'impatroniser chez Pol-
verel et Sonthonax, don't il se rendit le courtisan
le plus a usidu ce4-ci, au lieu de le repousser
come un agitateur dangereux, t de lui ferimer
leur porte, I'adiettoient dans Jeur intimit ,
&ceutoient ses impostures, et paroissoient. me
se conduire d'apres son impulsion.
Quelque grande neanmoins que fdt l'influence






5* REiVOLUTION
qu'il avoit dans la municipality, quelque empire
que celle-ci exercAt A son tour sur la multitude,
I'experience avoit trop prouvd & M. Larcheveque-
Thibaut que des requisitoires seditieux, des dmeu-
tes partielles 6toient des armes insuffisantes contre
un chef respect de son regiment et chdri de tous
les honnetes gens de la ville. La ndcessit6 d'electri-
ser de nouveau le people qui sembloit se refroidir
Al'dgard du procureur-syndic, fit imaginer a celui-
ci (i) d'etablir un club. La bienfaisance en four-
nit le prdtexte. On annonca que cette assemble
ne seroit pas publique, de crainte d'effaroucher
les habitans encore epouvantes du meurtre de
M, de Mauduit; et pour attinuer davantage les
impressions produites par ce funeste ekempleJ
on ajouta que les functions des membres du
qlub se rdduiroient A surveiller administrations
des h6pitaux, et A recueillir les dons que la ge-
ndrosit6 des citoyens les porteroit a faire en fa-
veur des braves defenseurs qui n'avoient pas craint
de passer les mers pour voler au secours de leurt
freres de Saint-Domingue.
M. Daugy presida le premier la nouvelle so-
cietd; son esprit turbulent et brouillon n'dtoit pas
fait pour calmer les alarmes qu'inspiroit l'Itablis-

(i) On croit, avec apparence de raison, que cette idde
lui fut suggedre pai lies commissaires.






DE SAINT-DOMINGUE. $s
sement d'un club; mais, .afin .de donner A ce
monstre naissant le temps de prendre des forces,
on part se border en effet A chercher dans le
silence les moyens de venir au secours de la' chose
publique. On rappela l'exemple de la mitropole,
on sollicita, par des addresses, le patriotism des
bons citoyens. La liste imprim&e de ceux qui
adposerent des dons sur l'autel de la patrie, eut
le double advantage de stimuler le civisme des uns
et de vaincre l'dgoisme ou l'avarice des autres.
Mais l'exercice de la premiere desvertus ne peuvoit
pas etre le veritable objet d'une troupe de conspi-
rateurs; bient6t le but apparent de ledr rdu-
nion fut, non pas oublie, parce qu'il devenoit
pour eux une source de richesses ,mais confonds
avec la necessity d'eclairerl'opinion publique. On,
discuta, dans le club, des sujets de politique et
d'administration; on nomma des secrdtaires, on
fit des proc&-verbaux et des arretes; enfin l'an
ouvrit les portes au public. Des-lors, semblable
au torrent ddborde qui inonde et ravage les
campagnes apres avoir force toutes les digues,
le club porta ses vues et ses rdformes dans les
diverse parties de administration, fit trembler
toutes les magistratures, et s'empara 'de toute
l'autoritd.
Une assemble deliberant et agissant sans mis-
sion, ni mandates, ni po0ivoiis cAlguWs, pr4chant
TOM. 2. 3







avee impunity dei dogmes subversifs de tout
ordre, de toute morale, de toute religion, sa-
pant ainsi dens sea bases ledifice social afin d'y
aubitiuer un regime fond sur 'imposture,
'athisrte et la terreur; une tplie assemble est
ua phinomnik e don't l'existence toit reserve A
totre atecle raisonnewr et an people francais en
4 dlire, power le punir det son ingratitude et de son
orguei. II faut avoir eth temoin de extravagance
et de la friensie qui s'emparerent de tous les
esprits, pour se faire ane ide de la secousse que
rctablissement du club imprima & la ville du
Cap. iH deviat aussitMt Ie sujet de toutes les
ow~versations, la cause et la fin de toutes les in-
triFQ3ne I'espirace ou l'cffrai de tous les ci-
toyens. Cette difference dependoit du parti que
'on vouloit fare triompher. Les patriots, ido-
lAtres d'une revolution dent le club cherchoit
& i tendre les domes, devoient naturellement
le tega der come un chemin facile pout ar-
river am honneur et b la fortune leks anti-
Srvolutionnaires que Faffiliation de better socit
A ceUe des Jacobins de Paris menei t d'une
maniere si eff~ragant ne ponvoient veir en elle
qu'un noveaue foyer de troubles' etdedimensions
don't ils seroient les victims.
Si une parfaite soumission des banc au gou-
verneimoi t aoit fond jidia et maimnten la tran-


EVOLUTION


54







DE SAIITT-DOMi(GUE. S5
qui#tltd de Swt'-Domingte, lM dseordre le plus
complete devoit ktre 1infaillible rcsultat de la rlsis-
tance que partoutL on opposoit a cette autorite.
C'estce qu'avoi-t lort h)ien comprise ceux qui aspi-
roient a renverser I'4,dilice colonial. Ils auroient pu
se reposer sur la soule demence des classes libres,
du success de leur funeste plan: mais pour miex11
Fassurer, ils prirent i t che d'1exciter 'arnmition,
de ranim r lresp-rance,d aiguiillonnrerles ddsirs des
esclaves. Cliaque jour les mots ibert, ,egalite',
prononces avec le plus vif enthousiasme, vc-
noient frapper leurs oreille.. Claque jour des
drapeaux ornis d'emblemes rivolutionnaires sur
lesquels on lisoit en gros caracteres: P -ire libre
ou imourir'! etoient d6ployes dans les airs. Les cris
dte Jilve la nation! iA la lanterne tous les aristo-
crates entremclcs des nouveaux chants, 'a i'ra
et Gallons enfans de la patrie I retentissoient de
[tuis coies et formoient la principal pompe dej
fetes patriotiques. 11 etoit impossible de semer avec
pliis d'apparence de success les germes d'une in-
surrecLion. Les factieux d6siroient que le regiment
du Cap en donnAt lui-mtme le signal et I'exemple;
toujours comprimes par la discipline de ce corps,
ils n'oublierent rien pour le pervertir, et tontetbis
its recueillirent peu de fruit de leurs efforts. L'in -
subordination part s'y glisser un moment, mai
4lle n'y fit jamais de brands ravages. Si O.uelquec






56 REVOLUTION
soldats manquerent aux appeals, se mleMrent parmi
les patriots, et oserent se presenter au club, la
masse resta inebranlable dans sa fiddlit A l'hon-.
neur et A ses chefs.
L'immobilitd de M. d'Esparbbs, les menses des
commissaires civils, le delire et les fureurs du
club qui avoit deji dressed des listes de proscrip-.
tion, determinerent ceux qu'epouvantoient ces
principles de ddsordre, A s'occuper de prevenir les
malheurs qui mena9oient le Cap et toute la colo-
nie. Ils convoquerent, dans cette vue, une assem-
blee de blancs et de4 mulAtres, laquelle les plus
kclaires d'entre ceux-ci furent particulirementin-
yites. Apris deux heures perdues A chercher des
expressions qui ne pussent pas offense les oreilles
delicates de ces nouveaux citoyens (i), on.redi-
gea une petition 4 toutes les autorites constitutes
pour les prier, de travailler sans delai & la reduc-
tion des esclaves ,rebelles.
Cette petition fut tres-bien rescue de M. d'Es-
parbes, et ,1ps commissaires promirent d'avoir
regard au veu quelle exprimoit. Santhonax
declara qu'iJ y voyoitavec plaisir les noms de
plusieurs mulAtres; mais cette feinte satisfaction
S n'toit qu'un piege adroit qu'il tendoit aux signa-
taires. Cependant il achevoit de depraver l'opinion

() Ils ne vouloient pas dtre appeals ci-devant de coaleur.






DE SAINT-DOMINGUE. 37
publique par le moy.en du club, et continuoit,
Ai aide de la municipality, ses attaqbes centre
M. de Cambefort. Tout secondoil ses vues et
lui promettoit le succas le plus brilliant. Les
mulAtres seuls restoient A insurger et, aeduire.
Comme its avoient toujours ete protge's du gou-
eremeent qui, naguere encorey 4ea evoit sol-
traits i la rage des patriotss, les iwmnissaires
craignoient que la reeonnoissance me Jea'ittachAt
ig6inciblement & cette autorild, qu;ifalUolt,-pour
la vaincre, priver A tout prixr de 4'ursoutieni.
Oette entreprise dangereusei sii elleich iouoity ne
pouwbitrtre tentei que par un multre asse
courageux ou assez vain pour mtnipserAes perils
qu'elle presentoit, et.asses preponddranit dans sa
caste pour l'entrainer pas son exenple; tel etoit
Pinchinat. La commission civil ,bien instruite
de son influence, le fit venir au Cap.
11 y 6toit depuis deux jours, quand les vi-
gies signalerent un petit convoi. A ce sujet,
mille conjectures, don't quelques-unes tres-bi-
zarres, circulirent d'abord dans la ville; mais
la vue du pavilion national et la direction que
prenoient les b&timens vers l'entree de la rade,
abregerent bient6t le chapitre des suppositions.
Ce convoi etoit I'escadre destinde pour les lies du
Vent; elle portoit 18oo hommes de troupes et
.trois gendraux qui avoient di remplacer les gou--






59 REVOLUTION
verneurs de 'la Martinique, de Sainte-Lucie et
de la Guadeloupe, mais qup les colons de ces fles
n'avoient pas voulu recevoir, et que le vaisseau
la Ferme et la fr6gate la Calypso, portant pa-
ilan blanc avpiemt contraints de s'loigner.
Ls compmisaires civils pouvoidnt, sans pa-
reitre prvoir leur malheur de trop loin, craindre
que I'ealsem des ties du Vent n'i$dSbt sur 'ees
prit public, oam adme ne ft pris pour mode &h
Saint-pomingue. Mais grAces i la municipalit6
et an reted&e la faction qui formoipnt le noyau'
du chub, 'opinion 4toit perYertie au point que la
commission put tirer part, pour l'accomplisse-.
ment de ses-prpjets, de l'6vinement le plus sus-
ceptible d'y mettre obataee.






DE SAINT-DOMINGUE.


CIIAPITRE XIV.


Journde du 19 octobre. Suttes de cet
de'nement. Resolution total dans l'Iad
ministration de la colonies.




C n'etoit pas asses d'n nouwean renfort de
jacobins alres de vengeance, d'un club frend-
tique, et de plus, animu par la cupidity, d'une
junicipaliti baineuse et jalouse 6ternele en-
nempie du gouvernement, d'une caste egaree par
ambition et prAte A turner see atmes contre ses
hienfaiteurs et ses peres, d'ne commission civil
.tramant dans les tenebres la rulne de tous lee
parties; il falloit, pour aggraver la position du Cap
et la reudre i.jamais deplorable, que M. Borel y
.int dpldoyer de nouveau sa rage et ses fureurs.
Cet hommae avoit si bien fait aupresdes mulAtres,
don't il avoit tapjours t l'ennemi le plus redoutd,
et en effet le plus redoutable, qu'il etoit parvenu
i sortir des prisons de Saint-Marc. Son influence


4f




4 1


4o REVOLUTION
dans le club. du Cap et ses nmendes dans la ville,
n'toient pas les moindres causes de la confusion,
du desordre et de l'dpouvante qui y regnoient. Du
contact de tant d'edlmehs opposes devoient re-
sulter une fermentation et un combat don't l'issue
impossible 4 calculer., ameneroit,. quele, qu'elle
fat, un nouvel ordre de choses. je club determine
l'explosion en denoncant M. de Cambefort, et
signalant, dans cet officer superieur, uni trMtre
qui marchoit sur les traces du gouverneur de la
Martinique (i). Cette. denonciation, d'abord sou-
mise A la municipality qui l'approuva, fut prd-
sentie aux commissaires civils comme le voeu
general de la commune.
Quelque temps auparavant, 9les journaux
avoient publiC une correspondence entire M. dtc
Cambefort et M. Laveaux, lieutenant-colonel;
commandant le regiment des dragons d'Orleans;
venu .de FranCe avec la commission. Habitue &
ce genre d'escrime, M. Laveaux s'en servit pour
calomnier celui qu'il regardoit comme sop adver-
saire, en l'accusant d'incivisme et d'aristocratie;
son style analogue aux iddes et au ton du jour, et
son opinittretd A ne point paroitre chez M. de
Cambefort, refuserr de lui les dnnetetes d'usage,
n'auroient paru que bizarre et plus ou moins

(M) M, de Bhague, ,






DE SAINT-DOMINGUE. 41
ridicules, si une difference d'opinion entire
ces deux militaires en avoit Wtd le seul motif.
AIais Al. Laveaiux nettoit danllis cott, n :it
U11l at'lcctalionl qui anitoncoit calteiin'it rin ('cll
revoit un NlAit; elle cltil en il;At, c_,.l Culcf,, )Ii
caar.r la multituidec. C<,:ll, -ci, ton ours lnttllmousiaslite
a raiSon de soin iniraiici, incapiall.,, ,I li corner
la sages^,s.s d.e hli-pocriie, la <:ritltd- l I[ .'il0lllO tItlrt,
applaudissoit a 1lI. I a,-1\ix\, qilI, n 11lii tiarlantl
sa.ls cC-se et son aiti1n. i.le. 1 r'I n init lp-s AI. le Cambe-
fort, qui, en la ra!ppclant A scs ldcvoirs, lui rd-
petit (I1 quo Ie 'ai I, lriotistme se r'C-couln it, non1
paS ai1x \ aroles, Ii m nm111 aux grandes actions et t dc iinobles sacrifices. Soit que
MI. Laveaux, sulbjuigu( par les raisonniciOelns de
1\I. de Camljefort, ccdlt 'a J:unlire d la veriti,
soit que, pour mienx e1 perdrei, it jn~gilt devoir le
trooper, apres a'\oi oltlenii u.e lii inc' exp ilication
par laquelle il sO tedclara toit-a-fait convaincu,
il lui plrodigua les L:mnoignages dr ie 'stitlne, et li i
ldotnn le baiser de paix en signed Wi'unec r-concilia-
tion sincer.
Quelle reoppciiiation! Quelle paix! C'etoit le
calme qui precede 'orage. Depuis plusieurs jours,
on parloit de proscription, de deportation; I'o
inrdiquoit cette measure comme la seule propre a
compl6ter le triomphe du system revolution-






RtEVOLUTION


naire. C'toit dans la journde du 17 octabre
que la foudre devoit eclater. Le signal de 'ex-
plosion fut la motion faite au club, de tirer par
force M. de Cambefort de -ez lui, et de le
pendre au premier reverbee, puisqu'il s'obsti-
noit A resister aux vcoux du people. Cet atten-
tat ne paroissoit pas facile & executer sans pdril
pour ceux qui oseroient I'entreprendre. La mtai-
son de M. de Cambefort, attenante aux casermes,
par consequerit, & portee d'4tre dfendue par sea
regiment, ,toit le rendez-vous de tous lee officers
de It garnison, et de ceux d'entre lea habitans
honnites qui 6toient assez hardis pour se mettre
en evidence. La plupart des homes de couleur
immobiles dans leurs quarters, et n'Ctant pas
initiks aux complots don't Pinchinat tenoit la
trame, ne nommoient M. de Cambefort qu'avec
accent du respect et de lareconnoissancc. Frappe
de toutes ces considerations, le club, ou pour
mieux dire, 1'esprit invisible qui ranimoit, ne
jugea pas le moment opportun, ne voulut pas
risquer dans une lutte incertaine le succes de ses
projects et la dur6e de son existence. II crut d'au-
tant plus necessaire d'agir avec circonspection,
qu'ayant des espions A la place d'armes, il sut,
que le parti du gouvernement, appuy6 par la
grande majority de la bourgeoisie de la ville,
se montroit dispose & vider lh querelle par


40






DE SAINT-DOMINGUE. 45
les armes. Sonthonax, agiti tour A tour par la
crainte de tout perdre, et par Fespoir de deuseir,
ne savoit & quoi se rsoudre, quand rarrivee de
M. d'Esparbis I la commission civil fina son in-
decision.
On aura peine A croire, et rien pourtant n'est
si vrai, qu'A neuf hemres du soir, danu le moment
de la plus rande Cffrvesence d ddub 4t du
plus grand tumulte b la place d'armes, ii falut
r6veiller le gouverneur qui dormoit profondemeat
dans son lit, sans se douter de c qui se passot
en vile. Rendu cbez M. de Canmbefort, il .y fat
informed des justes motifs qui faisoient craindro
une catastrphe. On le press d'emplpyer, pour
la prevenir, les moyens quo lti donnoit sa place.
Ce fut alors qu'on reconnut la foiblesse et la nul-
lit' de M. dcEsparbes; elles panirent mdme si 6vi-
dentes, qu'on ne put s'empcclier de regretter M.de
Blanchelande. Cependant, a force de prieres etde
solicitations, on parvint a convaincre le gouver-
neur qu'il ne pouvoit pe dispenser de prendre
un parti afin d'empcher le cloc qu tout sem-
bloit annoncer pour cette nuit. Celui auquel il
s'arrta, fut de se rendre a la commission civil,
accompagn6 de trois ou quatre habitans blancs et
d'autant dhommes de coulevr. LA, il declara aux
commissaires que l'existepce d'un club don't il






44 REVOLUTION
n'avoit pas approuve la formation, lui paroissoit
compromettre la tranquillity de a 'ville, et que
le pouvoir exerce par une semblable society
6toit illegal et tyrannique. a En consequence,
a ajouta-t-il, au nom de tous les officers, de
a presque tous les colons rassembles, et mime
v des mulAtres que ce club epouvante, je viens en
6 demander, en exiger la suppression. ,
Les commissaires, instruits du movement qui
avoit lieu, des precautions prises aux casernes,
et des forMes reunies au Champ-de-Mars, redou-
tant avec raison l'issue d'un combat qui pouvoit
leur etre fatal, eurent I'air de se rendre au.desir
de M. d'Esparbes. Telle etoit, dans cet instant,
la fermentationdu club, qu'on pouvoit craindre
que leur voix meme n'y fit pas decou.te. Mais
Sonthonax jouoit A coup sAr : premier :'ni.o
teu, de la secousse qui ebranloit la ville, il ne
hii dtoit pas difficile de l'arr&ter; aussi, :des
son. apparition dans la salle du club, le silence
le. plus profound y regna, et l'obbissance la plus
prompted suivit de pros la manifestation de ses
volontes.
M. d'Esparbes vint annoncer lui-meme la sup-
pression du club, chez M. de Cambefort, oui tout
le monde l'attendoit avec la plus vive impatience.
II s'applaudit beaucoup de la fermete qu'il avoit






DE SAINT-DOMINGUE. 45
mnontree, et assura les habitans qu'ils le trouve-
roient toujours empress de leur prouver son zele
A soutgnir et A defendre leurs droits. Des avis ult-
rieurs firent connqltre effectivement que le club
6toit ferme, le rassemblement de la place d'armes
disperse, et la tranquillity retablie dans la ville;
d'apres ces:rapports que tout sembloit confirmer,
on crut en avoir impose aux factieux, et chacun
se retira.
. On l s connoissoit mal. Le jour suivant, le
desordre ne fit que s'accrostre.'La municipality,
qui sentoit que ses arretes, et A plus forte raison,
ceux du club, ne pouvoient pas 4tre regarded
comme le voeu de la commune, convoqua dans
l'dglise une assemble g6ndrale de tous les hommes
libres. Les commissaires, prevenus des craintes
que cette measure inspiroit, repondirent froide-
ment aux personnel charges de leur en exposer
le danger, qu'ils n'avoient pas le droit de s'y op-
poser. Elle eut effectivement lieu le mnme jour.
Sur la motion et apr-s le longdiscoursd'un nomm6
Piquenard, que l'on recompensa bient6t par la
.place de secretaire de la commission civil, l'em-
barquement de M. de Cambefort fut resoki.
Le lendemain i9, au point du jour, on battit
la general. Les ofliciers des troupes de ligne, qui
en ignoroient la cause, coururent chez M. de
Cambefort. On eveilla M. d'Esparbes, on ordonna






REVOLUTION
aux deux regimens du Cap et de Walsh de se
tenir pr4ts A prendre les armes. Des avis sfrs
anmflmoient que les patriots paroissoient rdso-
lus & tenter le sort des combat. En vain la
iunitipalit, poignant I'hypocrisie A la derision
se montra dans lee rues pour recontmander la
pai i toes Ies partis, on ne fat pa. dupe de ses
exhortations perfides; on ne crut pas davantage a la
sincerity des bonnes intentions du capitaine-g6-
neral qui, ayant demands aux tambours en vertu
de quei ordre ils'basoent, la gdnirale, n'obtint
du chef de la bande que cette cpurte reponse,
paIr la todontd do people. A ces mots tout puis-
sas et mra#igques, M. d'Assas se retira seats tien
t6pliquer.
La presence de M. d'Espaobs enchatloit M, de
Cambefort; quoique celui-ci n'ignortt pas coribien
soW tvgiment avoit td travaille, il savoit aussi
qae le Majefure parties lui restait fiddle. Cette
foc4, joimte au bataillon de Walshr, suffiit pour
dipsrser toes les factieux.Mai i i impottoit de ne
pas perdre de tetnps, ii falloit se resoudre A une
attaque vigoureuse, Ia tenter avant que toutes lee
compagniesde district fussent rassembldes. C'dtoit
ce que proposoiekt deux officers ()), et ce qu'ils

(i) M. Deigoidtte, capitaine au rgimezit de ftoyal-
Aute rgi e, it uw oflkiier d Walsh.






DE SAINT-DOMINGUE. 47
offroient d'exdcuter si on vouloit leur donner
deux companies du regiment. M. de Cambefort
&toit trop &claire pour ne pas sentir i'utilit' de
eette inesure; mais le general n'avoit pas uw
caractre assez ferme pour Fordonner. Pendant
qu'il en pesoit les avantaies Ct tes inconviniens,
et qu'il perdoit a d dJbrer un temps que les pa-
triotes employalent A agir, on apprit que ceuk-ci
se portoient en foule i arsenal pdur en enlever
des canons et des munitions de guerre. Cinquante
portugaises distributes la veille, rendirent M.
Borel maitre du parcd'artillerie, quilui fut livr par
l garden. Cette nouvelle patut im moment rani-
mner M. d'Esparbbs. Les regimens du Cap et de
Walsh, ainsi qu'un d~tachemert de Bearn, tecu-
rent ordre de se metre en bataille dans le Champ.
de-Mars, et en prirent le chertni. Le bataillon
de 'fAiie esafi command& suivit lear example.
Bientat apr&s Fon vit arriver un 6fficier de
~ayal.Comtois qnu confirm It premier rapport,
et instruisit le gdndral que les patriots manifes-
toWtrle dessetu e marcher a~te drd enodn., aux
casemaes pour s' irprer de M. df Cambefort.
DIj~ M. dEspaBrbs lai arait ordow~d les ar-
r&ts. Aiini l'omne qui metti(? tbmf# une ville
en armes, auque4 on suppOseit le project horrible
d'exterminer les patriots qtil, a letir tour et
arec plts de traisembince, 14 menaoient du






48 REVOLUTION
sort le plus affreux, se trouvoit condamne & utie
nullitd absolue'par les lois militaires et par celles
de I'honneur. Sa cause toutefois n'6toit pas aban-
donnee. M. de Tousard deployoit, au Champ-
de-Mars, ses talens pour la guerre, sa haine pour
les factieux, et son ddvouement pour son chef.
II avoit A peine mille hommes, mais c'dtoient des
troupes de ligne bien sAres de vaincre un ennemi
qu'elles m6prisoient. Les gardes nationaux a che-
val, connus sous le nom de vestes jaunes, com-
mandds par M. Cagnon, vinrent se rallied au re-
giment du Cap. Le corps des volontaires pied,
compose de cette brave jeunesse si e6lhbre dans
les annales de Saint-Domingue, se rendoit aussi
aux casernes; mais, en passant devant l'h6tel de
la commission civil, il recut des commissaires
eux-memes la priere de les defendre. Apres
que toute communication eut tde interrompue
av.ec le Champ-de-Mars, ces volontaires eurent
ordre d'aller se reunir aux sautres companies de
district.
Telle 6toit la position de la ville i huit heures
du matin, lorsqu'on recut chez M. de Cambefort
l'avis certain que les patriots s'avancoient pre-
cedes de trois pieces de canon. A cette nouvelle,
l'indignation fut unanime. Les soldats, fremissant
de colere, firent retentir les airs du bruit de leurs
armes et des cris de vive M. le general M. d'Es-






-DE SAINT-DOMINGUE. 49
patrbes lui-meme, digne un seul instant de la place
honorable qu'il occupoit, se present au milieu
du carre que formoient les troupes, et mettant
l'edpe a la main, a Militaires de tous grades,
v s'ecria-t-il d'une voix ferme, vous qui composer
w la garnison de la ville, apprenez que des factieux
r ont ose forcer le pare d'artillerie confiC votre
~c garde, et sq sont empares des canons don't ils
c vont bient6t dirigei le feu centre vous. Cette
a offense faite 4 votre honneur ne doit pas rester
V impunie. Sensible come vous a une telle in-
( jure, votre general va vous montrer de quelle
f maniere on doit la venger. Soyez pr"ts me
t suivre; je vais marcher a votre tkte. ;
Si, sans plus diffirer M1 d'Esparbes avoit saisi
l'instant propice, et qu'il se fdit pricipit6 sur les
patriots avec lea troupes de line, cette popu-
lace, indocile et desordonnee, etit td disper-
sde sans peine. Mais au lieu d'entratner les
soldats par son example, de profiter de l'enthou-
siasme et de l'indignation qu'ils avbient mani-
festes, il negligea de si grands advantages, et,
de plus, fit la faute de consulter chaque regi-
ment. Walsh, Bdarn, Royal-Comtois, et le
regiment du Cap, promirent d'extcuter ses or-
dres. Le corps command par M. Cagnon jura
de le suivre et de perir jusqu'au dernier homme
pour sa cause. Mais le commandant du bataillon
TOM. 2. A






RI~VOLUITIO N


de rAisne, interrog6 & son tour sur le parti qu'il
alloit prendre, exigea qu'avant de marcher, le g-
ndral lui mo.otrAt la requisition des commissaires.
Dans impossibilitye de 1'exhiber, M. d'Esparbes
repondit qu'il n'en avoit pas besoin. A ces mots,
le commandant ramena son bataillon aux casernes,
et bient6t apres alia joindre la garde national a la
place d'armes.
La defection du bataillon de l'Aisne, I'absence
des volontaires, et l'immobilite dans laquelle per-
sistoient les mulAtres, d'autant plus etonnante,
qu'on avoit compte sur leur appui, acheverent de
decourager M. d'Esparbes. M. de Tousard, qui
connoissoit toute l'importance des moments per-
dus, essaya, mais en vain, de surmonter son irrd-
solution. II ne put obtenir de lui l'ordre par ecrit
de commander A sa place. Le general se flatta de
retablir la tranquillity par des moyens moins
violens, et se rendit a la commission civil. Dies-
lors tout fut perdu. Les commissaires jugerent
tres-bien qu'dtant maitres du chef de f'armee, ils
n'avoient plus A craindre aucune entreprise de la
part des subalternes; en consequence, ils firent si-
gnifier & M. de Cambefort l'ordre de se rendre
sur-le-champ & bord du vaisseau 'Eole.
On n'imaginera qu'A peine l'effet que cet acte
de despotisme produisit sur le regiment du Cap.
a Plut6t mourir cent fois, s'ecrierent unanime-


5o






DE SAINT-DOMINGUE. 51
maent les officers! jamais, non jamais on ne nous
separera de notre colonel n. Les soldats eux-
memes ne tarissoient pas sur le mirite de M. de
Cambefort. Mais l'd~vation d'nme de M. de
Tousard fut surtout remarquable en ce moment.
Cet officer, don't les talens etoient paralysis par
un concours d'obstacles imprvvus, ne put conte-
nir son indignation A la nouvelle du coup d'auto-
rite que se permettoient les commissaires. II fait
aussit6t former au regiment un cercle au milieu
duquel il se place, entoure des officers qu'elec-
trisent le feu de ses regards et sa contenance guer-
rzire. Son exaltation ne connoit plus de bornes: il
s'6crie au milieu du silence profound qui a succedd
tout a coup au bruit et au tumulte des armes:
c Camarades, une requisition des commissaires
( vous enlkve votre colonel, et le constitute pri-
u sonnier sur un des vaissecux de la rade. C'est
SlA le fruit dew s services. Le m4me sort sans
a doute nous attend tous. Mais puisque, pour
u recompense de toutes nos peines, pour prix
c de notre sang verse, l'exil et la proscription
c doivent etre notre partage, sachons les prd-
R venir. II n'est qu'un seul moyen de conserve
t notre honneur et de quitter la colonies avec
gloire, c'est de nous ruunir a notre comman-
(r dant. Quelle que soit sa destinee, elle doit
Setre la n6tre. Que les homes timides "a ui






52 IRiVOLUTION
( une pareille demarche repugneroit, le disent;
a ici, chacun est libre et ne doit consulter que
a son cceur. Quant t moi, comme premier soldat
a du regiment du Cap, je fais le serment, en
( presence .de tous mes camarades, au nom de
Sl'honneur tout-puissant sur des militaires fran-
a cais, devant ces drapeaux tent de fois illus-
a trds par la victoire; je fais le serment, dis-je, de
a toujours reconnoitre M. de Cambefort pour
a mon chef, d'unir ma fortune & la sienne, et de
( suivre partout ses pas.
L'effet de ce discours fut prodigieux. Sem-
blable au fluide dlectrique, 1'enthousiasme de
M. de Tousard se communique en un instant
g tous les soldats du regiment du Cap. Le ba-
taillon de Walsh l'dprouva au meme degree. Un
cri general et long-temps prolonged de vive M. de
Cambefort, retentit de toutes parts. Chacun jura,
militaire ou non, de le suivre 0t de partager sa
disgrace. On alla lui porter le vceu de son regi-
ment; il en versa des larmes de joie et de re-
cotnnoissance. Cette resolution ne produisit pas
le meme effet sur l'esprit des meneurs rassembl6s
, la commission civil, qui en vouloient aux chefs,
et non aux soldats. Les commissaires eux-memes,
attentifs A ne pas se laisser deviner, prepares a
risquer une attaque don't le corps municipal eAt
4td responsible si elle n'avoit pas reussi, ne






DE SAINT-DOMINGUE.


l'etoient point contre une measure qui pouvoit des-
siller les yeux du people, frappe du renvoi de
tant de braves gens auxquels on ne pouvoit pas
appliquer le mot magique d'aristocrate. Ainsi les
uns et les autres, par des motifs different, furent
d'avis qu'il falloit s'opposer A cet exces d'enthou-
siasme. Sonthonax crut que sa presence et ses
discours rameneroient sans peine des militaires
entrainds par un movement fanatique. 11 arrive
au Champ-de-Mars, decore du ruban tricolore;
il harangue les soldats, leur parole de leur devoir,
les engage se soumettre a la loi, leur intime la
volonte de la nation franchise don't il est l'organe,
les menace de sa vengeance s'ils n'ob6issent pas
A sesdecrets. Tout est vain, les cris impuissans du
commissaire civil se percent dans les airs: le regi-
ment du Cap refuse d'dcouter ses sophismes, et
persiste a vouloir partir pour la France, A ne point
abandonner son colonel.
Le rapport que Sonthonax fit de l'inutilitd
de ses efforts, aux chefs qui dirigeoient l'insur-
rection, les replongea dans l'incertitude. Le
feroce procurellr-syndic, vouloit que, sans tarder,
on marchit 4 l'ennemi. M. de Rochambeau, &
qui venoit d'etre defere le commandement de la
force armte, applaudissoit a cette measure, parce
qu'il iui tardoit d'en recueillir le fruit. La munici-
palite la provoquoit, se croyant sure du triomlfe;


55







54 REVOLUTION
M. d'Assas gardoit le silence; M: d'Hinnisdal seul
fremissoit d'horreur A la propositiondu procureur-
syndic, et s'efforcoit d'en ddmontrer le danger.
Enfin l'on adopta le parti qui convenoit & une
troupe de conjures rangers i toute idee grande
et magnanime, et habitues a n'employer que les
resorts les plus honteux. 11 fut decide que deux
membres de la municipality iroient engager M. de
Cambefort A~ resister lui-meme au vceu de son regi-
ment. En meme temps, on envoya aux casernes
un grand nombre d'embaucheurs charges d'en
pervertir I'esprit. Les resources qu'offrent la
seduction, l'intrigue, la cupidity, furent totes
mises en usage. Ces moyens reussirent sur les
soldats, mais ils 6chouerent auprbs de M. de
Cambefort. Son Ame s'indigna, son cceur fiit
vivement blessed qu'on eat ose lui faire une pro-
position aussi infAme. Un municipal, homme
de bien, le pressoit au nom de son inter't de fl&
chir sous la volont6 du people, ( II peut tout,
c repliqua M, de Cambefort, hors me desho-
' norer. Je n'ai point sollicite le vceu de mon
a regimcnt, mais certes il me flatte trop pour
c que je le rejette. Je connois toute l'horreur de
la position ol je suis reduit. Je ne m'aveugle
K pas sur ce que je dois craindre. La mort de
a M. de Mauduit est present a ma m moire. Je
Ssals qu'on me prepare un sort pareil, mais ij






DE SAINT-DOMINGUE. 55
u suis risigne a tout. J'emporterai au tombeau
U l'estime de mes camarades et celle de mes en-
- nemis meme. Oui, Messieurs, je verrois 14 le
< billot sur lequel on doit trancher ma t6te, que
i je ne changerois pas d'opinion ni de language.
* Un homme d'honneur ne balance jamais entire
u son devoir et une vie don't il sait faire le
u sacrifice. ,
Au moment oi le regiment s'9toit montre
r6solu a paftir pour la France, on 'avoit fait
rentrer aux casernes, croyant rdtablir ainsi le
came dans la ville. Cette disposition servit les
embaucheurs dans leurs projects, par la facility
qu'elle leur procura de parler en particulier A
tous les soldats. D'un autre c6te, la fermetd du
colonel ne fut pas plut6t connue, qu'il devint
impossible de contenir la rage de ses ennemis.
Quelques agitateurs coururent vers les patrio-
tes et firent la motion de marcher au Champ-
de-Mars. Les officers retires aux casernes, les
habitans reunis chez M. de Cambefort, ne sa-
voient a quelle cause attribuer le roulement de
tambours et les hurlemens qu'on entendoit i
Ja place d'armes. Ils avoient lieu de croire que
la connoissance de leur resolution contenteroit
leurs adversaires, d'autant plus que ceux-ci se
voyoicnt par-la maitres du champ de bataille sans
avoir eu la peine de combattre, et obtenolent






56 REVOLUTION
les honneurs de la victoire sans avoir couru les
chances de la guerre. Cependant, informs qu'on
marchoit A eux sur trois colonnes, les chefs des
regimens de ligne leur donnerent une second fois
l'ordre de prendre les armes, et de se former au
Champ-de-Mars. Une compagnie de celui de
Walsh fut chargee de s'opposer la colonne qui
s'avancoit parla rue des Casernes. Ainsi cette lutte,
que ses auteurs avoient resolu de rendre tragique,
fut une second fois remise au sort des combats.
11 etoit encore temps de punir les factieux.
Le peu de larger des rues ne permettant pas a
cette multitude de se deployer, il suffisoit, pour
la rdduire, de fondre sur elle avec impetuosite.
Mais le parti antirevolutionnaire, decided i repous-
ser la force par la force, ne vouloit pas qu'on pdt
lui reprocher d'avoir porter les premiers coups; fu-
neste delicatesse, qui servit trop utilement les pa-
triotes, don't elle assura la march jusqu'au Champ-
de-Mars, A peine y furent ils rendus, que la mai-
son de M. de Cambefort devint le point de mire
de deux pieces de canon charges A mitraille;
plusieurs fois la meche allumee avoit etd dirigee
sur I'amorce, et toujours la main du fanatique
avoit ete detournee A temps pour prevenir 1'explo-
sion. Quelques personneshonnetes, framissant de
la catastrophe qui menacoitla ville, couroient d'un
part a I'autre pour les porter a la moderation et






DE SA1NT-DOMINGUE. 57
& la paix. Celui du gouvernement y etoit dispose,
ses chefs ne d6mandoient que la libertY de quitter
une ville assez ingrate pour meconnoitre les ser-
vices qu'elle avoit recus, et assez aveugle pour ne
pas voir les malheurs qu'elle se preparoit. Le
parti des districts, enhardi par ses success, avide
de vengeance autant que de pouvoir, vouloit du
sang, et sembloit ne devoir 4tre satisfait qu'd ce
prix. Cependant l'on parvint A contenir ses fu-
reurs jusqu'i l'arrivde d'un ordre des commis-
saires, permettant A tous ceux qui voudroient
suivre M. de Cambefort de s'embarquer avec lui
A trois heures.
Cette faveur n'eAt point ete accordee, si l'on
n'avoit pas su qu'elle devoit etre inutile. Les em-
baucheurs avoient eu des succis aux casernes.
Trois officers de fortune, que la faction avoit
gagnes, entrainerent, par leur example, la ddfec-
tion du regiment. Neanmoins l'ordre des com-
missaires parut apaiser le tumulte. Les patriots
retournerent a la place d'armes, et le regiment
rentra au quarter. Les volontaires i cheval, don't
I'uniforme irritoit les companies des districts (),
furent invites ~A changer de costume, et se
rdunir aux autres troupes patriotiques. Quelque
pinible que fAt cette demarche, M. Cagnon y

(i) Par sa couleur qui rappeloit la livree de la maison
de Conde.






58 REVOLUTION
consentit, et quitta le Champ-de-Mars. Averti
du danger que couroit sa troupe, si elle se prd-
sentoit 4 la place d'armes, il prit un chemin
ddtournd, fila devant les casernes et gagna la
rue Espagnole. II n'etoit pas encore arrived au
couvent des religieuses, que M. Laveaux lui-
mnme vint A sa rencontre pour l'engager A s'eloi-
gner de la place Montarcher, occupde par les
patriots. II n'en eut pas le temps. Ceux-ci accou-
rurent en grand nombre, I'entourerent et l'acca-
blkrent d'imprdcations; 'un d'eux saisit meme la
bride de son cheval. Ce fut en vain que M. Cagnon
essaya de se faire entendre, les cris de la foule qui
grossissoit sans cesse etoufferent sa voix. Bient6t
des injures et des menaces, on passa aux voices de
fait: enfin un coup de pistolet l'abattit sans vie
au milieu de ces forcends. Sa mort ne suffit point
a leur rage; ils exercerent mille horreurs sur son
cadavre, firent des trophies de ses vetemens mis
en lambeaux, et de ses membres ddchires et
sanglans. Deux volontaires perirent A c6te de
leur commandant; les autres chercherent leur
salut dans la fuite. La destruction total de
ces braves colons sembloit avoir ete juree. Pendant
plusieurs jours on les chassa comme des betes
fauves; tout ce qui leur avoit appartenu fut livr6
au pillage. Cette malheureuse troupe, compose
presque entierement de jeunes gens bien nds, fut






DE SAINT-DOMINGUE. 59
forcee de s'expatrier pour se soustraire A la fureur
de ses ennemis.
Bien avant l'heure fixee pour l'embarquement,
les patriots, divises en plusieurs colonnes, don't
chacun etoit precedee d'une piece de canon, s'a-
vancerent vers le Champ-de-Mars et les casernes.
La ville entire etoit sous les arms. Cette force
eit soumis les negres dans quinze jours, si on
l'ebt dirigee centre eux. Le bruit du tambour,
et les cris de vive la nation, vive la constitution,
I'annoncent au quarter Aussit6t M. de Cambe-
fort fait battre l'appel. Tous les officers accou-
rent, les sous-officiers imitent leur example,
mais aucun des soldats ne se present, et M. de
Cambefort se voit abandonne par eux.
Cette defection dut lui Atre d'autant plus sen-
sible, qu'il avoit compte sur leur devouement. Ce
fut en effet le coup le plus douloureux pour son
coeur. II parut vivement le ressentir. Quelques
larmes coulerent meme de ses yeux; mais, repre-
nant bient6t sa fermete, il fit le sacrifice d'un sen-
timent qui l'avoit console jusque-ld de toutes ses
peines. Cependantl'impatience des factieux se ma-
nifestoit par les sympt6mes les plus effrayans; ils
parloient de foudroyer la maison de M. de Cam-
befort, et d'exterminer d'un seul coup tous les
aristocrates. Lui-meme voulut plusieurs fois, au
risque de sa vie, se mettre entire leurs mains; mais








les representations de ses amis, les pleurs et les
prieres de son spouse, le retinrent jusqu'A l'arrivie
du commissaire civil Polverel et de deux membres
de la municipality.
Leur presence sauva M. de Cambefort, et prd-
vint le plus affreux des massacres. Enin, A quatre
heures du soir, cet officer, suivi de l'ancien etat-
major, accompagne d'un grand nombre d'ha-
bitans qui n'avoient jamais voulu l'abandonner,
sortit des casernes. On engagea madame de Cam-
befort A demander le bras de Polverel. Ce conseil
produisit en elle un movement d'horretir don't
elle ne fut pas d'abord mattresse, mais qu'elle sut
bient6t etouffer pour l'intiret de son epoux. Le
Cap ressembloit A une ville prise d'assaut; les
rues par oi les proscrits devoient passer 6toient
bordees de soldats. Un fort detachement les es-
cortoit. Les dragons patriots, places en vedette
aux carrefourss, empechoient toute communi-
cation. Ce fut au milieu de cet appareil que le
colonel et les officers du regiment du Cap tra-
verserent la ville et se rendirent an bord de la
mer. Rien n'etoit pret pour leur embarquement.
II fallut attendre des chaloupes qu'on envoya
chercher. Teimoin de la chute des aristocrates,
la populace se livroit A une joie insensee, A des
esperances absurdes, et poussoit la lAchetd jus-
qu'4 outrager par d'indignes propos, par de sales


REVOLUTION


0 60






DE SAINT-DOMINGUE. 61
injures, madame de Cambefort, don't l'abatte-
ment, la pAleur et les larmes auroient dui desarmer
le courroux le plus legitime. Enfin, au moment
de s'embarquei, les deports virent changer leur
destination. Le vaisseau l'Amnerica, don't l'equi-
page, connu pour son jacobinisme, rassuroit les
commissaires, devint, au lieu de l'Eole, a bord
duquel un bon esprit rignoit encore, la bastille
ou l'on entassa tous les proscrits.
Le lendemain la ville avoit entierement change
de face. Semblables A des malheureux qu'une
tempete vient de jeter sur un 6cueil autour duquel
les vents, la foudre et les floats grondent encore,
les habitans, tonn6s et abattus, ne savoient ce
qu'ils alloient devenir, ni oi s'arrteroit un mou-
vement qui imenagoit de bouleverser la colonie
entire. Ils avoient d'autant plus lieu de craindre,
que les personnel qui, par attachment et par
estime, avoient accompagne les officers A bord,
y furent consignees prisonnieres pour etre. dd-
portees. Ce n'est pas tout": on connoissoit au Cap
un grand nombre de colons attaches au gouver-
nenent, et don't il importoit A la faction de se de-
faire. Aussi le club reprit bient6t ses seances., et
son premier arrete fut une longue liste de pros-
cription. Tous les gens riches, honndtes et ins-
truits, y furent compris, et n'en devinrent que
plus chers A la colonie. Tel a etd, tel sera toujours






6a REVOLUTION
1'effet de la persecution, qu'elle attinue I'horreur
qu'inspire un grand coupable, et augmente I'in-
ter&t et la pitie don't on ne peut se defendre pour
un innocent.
L'expropriation, et mnme la destruction de
l'espece blanche, project chdri de la faction anti-
coloniale, commengoit A s'effectuer A Saint-Do-
mingue. La haine aveugle des patriots servant
a souhait les commissaires, ceux-ci n'oublierent
pas de 1'exciter par I'espoir de la faveur et des
recompenses. Polverel disoit que, pour &tre utile
et salutaire, la revolution devoit etre total. 11
ne falloit, ajoutoit-il, avoir dans toutes les ma-
gistratures -que des personnel pendtrees de l'ex-
cellence de ses principles; on devoit 6ter les
places A tous ceux qui les avoient obtenues de
l'ancien gouvernement, se ddfier, et bien plus,
bannir de la colonie quiconque, en manifestant
des craintes, pourroit tre justement soupconn6
de ne pas croire aux bienfaits de la regendration.
II n'est pas surprenant que ces idees semees
par des hommes tout-puissans, dans une ville qui
contenoit un si grand nombre d'intrigans d'autant
plus dangereux que 1'exag6ration seule conduisoit
alors a la fortune, aient edt adoptees avec enthou-
siasme. On denonca les officers des bataillons de
Walsh, de Barn, de Royal-Comtois, et on les
obligea de donner leur demission. Ceux qui se






DE SAINT-DOMINGUE. 6
trouvoient dansles diff6rens postes, 6prouverent la
xndme injustice. On les remplaga par des prot4egs
des commissaires pris pour la plupart dans a classes
des muldtres. Tout, jusqu'a la marine, suivit le
torrent. MM. de Girardin et de La Villeon, que
leur loyautd avoient dedj rendus suspects, furent
destitues, et le commandement de la rade et de
la station passa dans d'autres mains.
M. d'Esparbes sentit enfin sa nullite, donna
sa demission et s'embarqua sur une frigate qui
devoit hient6t faire voile pour laFrance. M. d'Hin-
nisdal tarda peu i le suivre, ne voulant pas servir
sous M. de Rochambeau, delev6 au gendralat pour
prix du zele qu'il avoit montrd le 19 octobre.
M. d'Assas, fait colonel du regiment du Cap7
osa se parer de la ddpouille d'un chef qu'il avoit
fait proscrire. M. Laveaux herita du eomman-
dement de la place qu'avoit eu M. de Cambefort.
Le contr6le general de la marine fut donn6 & M.
Larcheveque-Thibaut; 1'emploi de capitaine de
port fut long-temps une pomme de discorde parmi
ceux qdi y aspiroient. L'inspection des frontieres
devint la recompense de Dufay. On nomma
Vergniaud sen4chal, et Garnier, digne par son
ignorance et son immorality d'etre l'acolyte du
nouveau juge, lui fut associd en quality de procu-
reur du Roi (i).
(z) Ces trois homes aujourd'hui oublids 4toient : le






64 REVOLUTION
Ces..dispositions etoient bien l'insulte la plus
grande qu'on eAt jamais faite au bon sens, a la
raison et aux moeurs. II faut avoir connu tous
les personnages que je viens de nommer pour
comprendre quel point la ville du Cap etoit
deshonore et avilie par ses nouveaux magistrates.
11 faut avoir ete le temoin de leurs exces en
tout genre pour concevoir jusqu'ou peuvent aller
la crapule, l'insolence, le mepris et I'oubli des
devoirs les plus sacres, chez des hommes plonges
dans le vice et dans la boue. 11 faut avoir vii de
ses propres yeux A quel point le people pousse
la sotte credulitO, le ridicule enthousiasme., pour
se fire une idee de la facility avec laquelle on
l'qgare et on l'opprime: jamais le despotisme ne
s'etoit montr6 sous des forces aussi hideuses;
jamais aucune nation ni'avoit courbe la tete sous
un joug aussi honteux; et c'etoit au nom de la li-
berte que le regime le plus intolerant s'etablissoita
Saint-Domingue; c'etoit sous le prdtexte d'une r&
generationudevenue necessaire dans les mceurs et
dans les lois, que la calomnie, la trahisot et le
meurtre depeuploient cette colonies de ses habi-
tais les plus recommandables.
Tout ce que l'esprit human en delire peut ima-
giner de plus fou, tout ce que le fanatisme peut
premier un ancien officer du regiment du Cap, et les deux
autres, des procureurs de la mdme ville.






DE SAINT-DOMINGU&. 66
inspired de plus atroce, la ville du Cap en offrit
l'affreux spectacle. Ce fut alors qu'on vit paroltr
les visions proph6tiques du mul&tr.e Cairou et les
homulies patriotiques du gr6nral Laveaux. Ce fut
alors qu'on fit au club la motion de pendre un
des prisonniers de 1'America, a chaque novel in-
cendie qui se manifesteroit dans la plaine. Ce fut
alors que le nom de Jacobin devint un titre
d'honneur dont.se paroient ceux qui l'avoient ob-
tenu, et un arrtt de proscription centre ceux qui
r6pugnoient a le prendre. Ce fut alors que l'on
nomma une deputation pour aller solliciter &
Paris l'affiliatiori du club du Cap avee la society
maere. Ce fut alors enfin qu'on jura de se soumettre
sans reserve i toutes les lois de lt convention na-
tionale. Jamais la fureur du verbiage, les pr4ten-
tio'ns de la vanity et l'exc"s de l'impudence ne
furentpouss6s, plus loin; jamais l'on n'a tant parl,
pour ne rien~dire, tant fait d'esprit aux depens
du sens' cmmun. I1 n'y avoit pas jusqu'au plus
ignare ies blanes, jusqu'au plus stupid des mu,
litres, qui ne se crntdoue du genie d'un Lycurgue
ou d'un Soloni, Rien n'etoit risible comme de les
entendre discourir sur les bases de la society. 11
falloit voir avec quelle suffisance ils parloient de la
souverainete du. people, quel ridicule abus ils fai-
soient des mots puissance legislative et executive,
A quel point ils ressassoient ceux de' rt~enaetii,
TOM 32.






66 REVOLUTION
de morale, de liberty. Cette manie 'toit d'autant
plus inconcevable, que dansaucun temps l'on n'a-
voit Wt6 moin.libre, moins alaird, moins ver-
tueux; on ne pouvoit pas t&m e s'aveugler a cet
6gard. Sans retracer ii la conduite de tant d'intri.
gans don't les actions formoient un contrast frap-
pant avec leus discoutsjje me borne A rappeler
Farritd que la commission internmdiaire prit, la
demand de Sonthorax, relativement aux fonc-
tionnairtepublics ports sur la l ste de pt~oscrip-
tion. Auctn de ces infortunds ne put trouver grAce
A ses yeux; tous, sdeon elle, rn~itoient nho-seu-
lement la deportation, peine trop ,1gere pour leurs
crimes, mais la mort, a laquelle ils ouroient dtd
condamanis &il lui avoit ftk.permis de prononcer
sur tlur sort. 11 est ixmpogsible de trouver dans
toute la evolution un tribunal qui se soit plus
colLpletemett degrad6 Si d'aitres, fl6tris par Lur
seale 6rtbmihation, n'boit pas craint de sacrifier
l'innocnt- et.d' tre les instrument de la tyrannie
la plus horrible, c'&tvit durant les risee violentes
le I'anarchie, ou sos le r'gne infernal de la ter-
reur. Mais, dans le cabe d'une dlibration libre,
regretter, apr8s une victoire don't on commencoit
A rougir, de n'avoir pas vn plus grand nombre de
victims A immoler, c' toit manifester une soif
de vengeance bien implacable, et un instinct de
criau- n bien degottant.
0






DE SAINT-DOMINGUE.


CHAPITRE XV.

Anecdote sur M. Ailhaud, I'un des cOnt-
missaires civils. II repasse en France.
M. de Fdzenzac est arretd au Mole, et
constitud prisonnier sur lafregate liInu
constant. Destitution de tous lesfone-
tionnaires publics. Taxe subvention-
elle.W Division entire les deutx co.mmis.
scares Polerel et Sonthonax & ce Sujet.
M. de lochambeau attaque les bri-
fhrids au Fort-Dauphin. Journde du
2i de&embre. Chute de la faction de,
Saint-Marc. Deportation de M. Lar-
cheveque-Thibaut.



Lkg demiiti b&ein par les commissrites civils
d'&poet, ds les autres parties de la colfnie, utae
rhdoltioi diermbtable celle du Cap fit qu'ils se
siparerent. Sonthonax resta dans Ie nerd, Polterel
se charge de 14 proviiice de fouest, et celle du sud
fut e partage de M. Ailhaud. Ce commissaire res-


67






68 REVOLUTION
sembloit si peu aux deux autres, son opinion etoit
tellement connue, sa reputation si bien ktablie, que
les patriots le d6signoient par 1'dpithete d'aristo-
crate. En effect, suspect a la faction qui n'avoit pu
l'exclure, pt don't il avoit penetre les desseins, reddit
au silence par l'influence de ses deux collgues
don't il connoissoit la perversitY, abandonn6 du
gouverneur qui avoit donnd sa demission, effrayd
du ddlire de toutes les tetes, prdvoyant enfin l'ave.
nir qu'on rbservoit & Saint-Domingue, il vulaut
s'epatgner le reproche d'avoir concouru & sa ruined.
L'arrangement qui, en s~parant les trois membres
de la commission rendoit chacun d'eux ind~pen-
dant, convenoit aux vues -de M. Ailhaud : 4ussi
s'empressa-t-il de partir pour sa province, afind'y
reflechir & ce que son devoir, son honneur et sa
conscience lui prescrivoient.
Dans une histoire aussi compliquee, il est im-
possible, il seroit d'ailleurs fastidieux de rapporter
tous les faits, ceux surtout qui ne sont relatifs
qu'& un seul individu. Aussi je ne rappellerois pas
I'anecdote qu'on va lire, si, en meme temps qu'elle
justified la conduite deM. Ailhaud, elle ne servoit
i jeter le plus grand jour sur les vraies causes
et sur les principaux auteurs" des ddsastres de
Saint-Domingue.
Parmi les victims de la revolution se trou-
voit le greffier de la sdnechaussee du Port-au-






DE SAINT-DOMINGUE. 69
Prince. Dabord, vole par son commis qui le
denonca au club, et auquel il fut oblige d'abau-
donner sa place, demandant depuis six mois un
jugement sans pouvoir 'obtenir, proscrit du
Port-au-Prince, oi il avoit etd plusieurs fois sur
]e point d'etre pendu, il crut trouver dans la corn-
mission civil une autorite qui 6couteroit ses rd-
clamations, et rendroit un libre course A la jus-
tice. I avoit d'autant plus lieu de s'en flatter, que
M. Ailhaudf celui des commissaires auxquels il
alloit recourir, 6toit son compatriote, et connu
de sa famille, aveclaquelle il conservoit des liaisons
d'amitie. Apres les premiers compliment, le
greffier persecutd voulut le mettre au fait -de la
question. Je crois devoir rapporter la conversation
qui s'etablit entire eux, parce qu'au merite d'une
piece original elle joint l'avantage d'abreger et
d'eclairer la matiere.

LE GREFFIER,
/
La circonstance de votre arrive dans cette
colonie m'intdresse plus que tout autre, M. le
commissaire. Je ne crois pas que sans elle j'eusse
pu parvenir etre juge. II seroit trop long de vous
raconter maintenant les refus, les ddlais;, les in-
justices que 'on m'a fait eprouver. Voici un m-
moire qui vous apprendra qu'il ne fut jamais un


-- I






.70 R VOLUTIOC
homape plus indignement trahi que moi, ni plus
injustement per~ecute.

LE COMMISSAIRE.

Je le crois sans peine et n'ai pas besoin de lire
votre justification. Je dois en outre vous d6clarer
que cela est inutile, et que je ne puis rien.

LE GRIEFFIER.

Comment,-vous ne pouvey rien! et quoi sert
le ponvoir absolu don't vous etes investi, si ce
n'est a rdtablir l'empire des lois et le rgne de
la justice? Je ne demapde ni gr&ce ni faveur ;mon
innocence est si evidente., la.friponnerie de mes
adversaires si bien reconnue, que je ne recuse
pas mnme ceux des magistrats don't j'ai juste-
ment & me plaindre. Je les crois d'autant plus
dangereux pour moi, qu'ils sont juges et par-
ties dans ma cause. N'importe; j'ai trop de con-
fiance dans sa bont6 pour les craindre et pour
demander leur 'loignement.

LE COKMISSAIRE.

Je voudroi pouvoir vous servir ,mais que fe-
roit ma recommandatioa ? 8i votre affaire res-
sortissoit des Cayes, peut-tre.... et encore....
Mais ici, je vona le rpkte Areget,mes ddmarches






DE SAINT-DOMINGUE. y
seroient infructueuses; c'est la v6riti, n'en dobtez
pas.

LE ZORFFIER.

Cela est impossible: tout flchit rous votre
volontd, fous ktes revktu de tous lee pouvoirs de
la dictature, vous avez oper6 une revolution total
au Cap, et vous ne pouvez pas obliger un tribunal
de justice tremplir le premier de ses devoirs?
Je l'avoue, je n'en reviens pas : vous n'etes done
puissant que pour faire le mal?

LE COMMISSAIRE.

Ma foi, vous l'avez devin. A la tournure que
*prennent lesaffaires, malheur tux homrmesriches,
instruits et hona~tes t Mais a v6tre, est-ele d'une
bien grande importance? S'agiti4 d'une some
tres-considdrable?

LE RIPFFIER.

Non. Et j'en aurois volontiers faith le sacrifice,
si ma reputation n'avoit pas souffert. La fortune
n'est rien, mais l'honneur.....

LE COMMISSAIRE.

Mot vide de seis, l'hon eur!....... Ah I i






7: RtVOLUTION
n'est plus de ce monde, c'est tout ce que je puli
vous dire.

LE GREPIIER.

Monsieur, vous me faites fremir, si je vous
connoissois moins..... Songez que cAst a moi
que vous parlez,

LE COMMISSAIRE.

VoilB pourquoi je m'explique franchement. Je
ne serois pas aussi sincere avec tout le monde;
mais avec vous je puis parler sans crainte; vous
profiterez de ma confiance sans en abuser.
'Vous avez cru, come tant d'autres, que nous
venions dans la colonies pour y retablir I'ordre
et la tranquillity. Desabusez-vous, il n'en est rien:
le premier et le plus ardent des voeux du pouvoir
qui regne en France, est la perte entiere'des colo-
nies. Quoiqu'il n'ait pas enpoue pu le manifester,
res deux colleagues sont charges d'opdrer cette
revolution. Ils emploieront A cet effet tous les
moyens possibles; le mode n'est pointencore dd-
termin6, il dependra des circonstances. J'avois
dout6 un instant de leurs succes, j'avois nieme
cru pouvoir etre un obstacle 4 leurs desseins:
mais tout les favorite et les second. 11 n'est pas
jusques aux colons qui, par leur extravagance






r DE SAINT-DOMINGUE. 75
et leur exagdration, ne concourent A l'ruvre de
leur ruine.
L E GREFFIE R.

Quoi! la France seroit assez barbare pour nous
envoyer des assassins sous le nom de d6fenseurs ?

LE COMMISSAIRE.

La France n'est pour rien dans tout cela; c'est
l ouvrage d'une faction qui la trompe, la d6sho-
nore et l'opprime.

LE GREFFIER.

Mais que front vos coUegues des troupes
envoyees par la, mntropole? II n'est pas probable
qu'elles se ,pr.teqnt k leurs projects, si l'on s'dcarte
de la loi.
LE'*B.pMMISSAIRE.

Le beau raisonne nt! on les laissera pdrir
victims du climate et de debauche.

LE GREFFIER.

Ce crime est trop affreux, je ne puis croire a
tant d'horreur?

LE COMMISSAIRE.

Vous ne pouvez y croire? l'experience peut-Atre


__







74 REVOLUTION
ou-s convaincra. Mais retenez bien ceci il n'est
rien de sacre.pour des jacobins. Venons & ce qui
vous regarded. Laiisew, croyez-rsoi, votre place a
ceux qui s'en sont empares. Avez-vous fait
Squelques pargi es? Ites-vous assez heureux pour
pouvoir disposer d'une some qui vous mette a
l'abri du besoin?
LE GREFFIER.

-Oui, sans doute, mais b quelle fin?

LE COMMISSAIRE.

Pour fuir une contrde destinde B parir, pour
vous 6loigner d'un pays qui va devenir le thWtre
de tous les forfeits. Si vos jours vous snt chers,
8i vous aimez rordre et la paix, partes pour le
continent; allez en Italie, en Suisse, aux Etats-
Unis, quelque part oi vous n'entepdrez pas par-
ler de revolution, ou r'on ne connottra pas le
jacobinisme.
LE GREFFIER.

Mais quels sont done vos deux collogues ?
LE ,COMMISSA/IMRE.
Deux sceldrats.

Voili exactement la conversation qui eut lieu
entire M. Ailhaud et le greffier du Port-au.Prince,






DE SATNT-DOMINGUE. 75
et que celui-ci transcrivit en eOrtant de lapparte-
ment du commissaire. Ce dernier ne poussa point
jusqu'aux Cayes : aprs s'Atre, ar t6 deux ei
trois joitrs & L6egane, il exkcut a Ia solution
lu'il avoit formee de retourmer en France, afin
d'tclairer cette metropole sur la' veritable situa-
tion de Saint-Domingue. Ce project, digne d'un
honndte home, est un titre a la reeonnoissance
des colons. Le succbs ne l'a pas ceurennr, parce
qu'au lieu de trouver, comme il sembloit taison-
nable de le croire, la faction de la (ironde eulbu-
tie, M. Ailhaud la vit edlever au fatte de ba gloire
et de la puissatiee. D4eors tout te fruit de son
voyage devoit 4tre et il f1rt Kn -'eftet perdti. La
convention national, instmite de son retour, le
fit mettre en etat d'ertestatlon.
Polverel, en route pour le Port-au-Price, se
proposott de e journer & "Saint-Marc; mais les
habitans, instruits dee f vbiemenos 'qui'*venoient
de se passer au Cap, ne voulurent pas permettre
qu'il s'arrktft dans leur ville. M. de Coagne (i),
A la tote de trois cents homes, lui signifia
que les citoyense ii routes les classes et de toutes
les couletirs, contends de leur sort, ne souffritoient
pas qu'on exerctt parmi eux les proscripti ns
--


(i) II toit propridtaire et au service.






76 REVOLUTION
qui avoient depeuple la capital du Nord. PoL.
verel, qui dej* s'occupoit de la formation d'un
club destined revolutionner Saint-Marc, con-
traint de renoncer momentandment a ce pro-
jet, obtint pour d6dommagement une some
de 400ooo francs, au moyen de laquelle cette
commune sestima tres-heureuse d'echapper au
danger qui la menagoit.
Le Port-au-Prince recut Polverel avec en-.
thousiasme, et en consequence du depart de
M. Ailhaud,les provinces de l'Quest et du sud ne
firent qu'un departementsur.lequel il regna bien-
t6t en despite. M. de Fkzenzac, commandant de
la derniire, n'y .prouva que des disagremens. Les
corps populaires l'abreuverent .de degoAts, e(
il fut payC d'ingratitude par los habitans, qui,
pour prix de l'prdre r6tabli par luidans la Plaine-
du-Fond, dopt trente sucrepies se trouvoient en
plein rapport, ne cesser,ent de l'accuser d'aristo-
cratie. Determine par ces motifs, bien convaincu
d'ailleurs que le temps et 1'exp'rience sont les
seules digues & opposer au fapatisme, spit religieux,
soit politique, ce g4ndral prit pusi le parti de re-
tourner en France. Le bAtiment sur lequel il etoit
embarque ayant At6 oblige de reldcher au Mole 4
cause d'une voie d'eau, Polverel, qui en cut con-
noissance, envoya la] municipality de cette ville
l'ordre de I'arreter. Une proclamationle constitua






D bE SAINT-DOMINGUE. 91
enpuite prisonnier sur la frigate lInconstante, oh
il rest jusquiKi lincendie dut Ca p.
Depu.is lolng-temps l's emplois militaires ne
donnoient plus qu'uln vain titre; tout le I ouvoir
avoit passe dans les mains des counissni aires. Pol-
verel travailla sans reliAclie .i rc<'ncer la ville
des Cayes comme cells du Cap et di Port-au-
Prince 1'avoient ,t& : c'st-a-dire, ique l.s anciens
officers furent remplaces par le is dclnonciateurs,
que les gens riches et instruits so virent proscrits
on eLprisonies, et que administration de cette
province pass, comnle celle des deux autres,
aux mnlAtres et a des Ilancs qui ne )poss(doient
a aucune propriedt.
Ainsi on suivoit A Saint-Domingue la mnartce
trac-e par la France. Polverel an Port-au-Prince,
et Sonthonax au Cap employvirent tons leurs
soils a rapproclher les petits blancs des hommes
de couleur. La chose ne paroissoit pas facile. 11
falloit vaincre ine antipathie mutuelle, et d autant
plus enracinme que ces deiix classes, exercant seules
les arts mecaniques, la jalousie, suite naturelle
de la concurrence ct le prc.jue product par la
difference des couleurs, entretenoient leur ani-
mositl. On invoqua i'esprit du republicanisme,
on proclama les avantages de l'galite. Les com-
missaires loucrent les premiers blancs qui don-
nerent l'exemple et fin de le rendre plus






78 REVOLUTION
efficace, eleverent aux magistratures ceux qui
sacrifioient aux idoles du jour et ncensoient leurs
images.
La Grande-Anse seule resta inebranlable. Elle
avoit promise de se soumettre i la loi du 4 avril,
et elle tint parole. Mais ni la crainte ni aucun
autre motif ne put rdsoudre lee habitats B ceder
,administration de la chese publique it leurs af-
franohis. Lots de 1'organisationh d'une municipality
etd'une garden national nouvelles, les geq de cou-
lear firent, conform6ment a a loi partic de nune
et de l'autre. Nanmoins la population blanche
l'emporta dans res elections, et conserva sa pred-
minence. Les mul&tres eurent la sotte vanity de
se plaindie : on leur rdpliqua que la loi-si fort
amrbiionnde par eux ayant eu son plein et enter
effet per leur admission atxx assemblies pri-
maima, il ne devoient s'en pretidre qu'. eux-
memes s'its n'avoient pas ith .iooirs de 1a
confiance publique,
La vile td Cap avoit adopt d'autres maxime$.,
Aussi rampant que haineux, 1e part patriots
achetoit pay les plus viles comnplaisanroes: poule
homes de. couleur le droit de perescuterceit,
qu'il appeldit; encore aristociates. 1i est vrai qae
ls mulAttes, ppI leur prdpoeddrance la< com-
misaiow interidiairen par le credit dent ils jouis
soient aupr di g6ndral Rochathbeau, livtd ex-






DE SAINT-DOMINGUE. 79
clusivemeat A leur sociedt, t ptir la protection.
dopt les couvroit le commnissair civil occupy"
A prevenir tous leurs souhaits, disposoient des
graces et de lautorite. Aussi furent-ils accueillis,
par M. LarchevIque-Thibault, adipif, lattale
de M. d'Assas, et re9urent-ils de leurs plus c9uels
adversairesautant de provenances qu'ils en ay9inpt
nagu.re prouvd d'humiliations. Ce rpproche-
ment 4toit-il sincere ? Non;, et' quand la suilq
des. 6vdnemens; ne justifieroit, pas les dpitem
qu'on avoit i cet gar, il.suffirait pour cel4 d,
reflechir A l'empressement et aux flagorneries don't
cette caste toitt; revenue to.t AcoUp l'0bjee. La
6vrite n'a pas un zeie aussi ardent: qu~pd ,4
cour sent, quand l'esprit est convaincu, l'art est
iputile. L rui'qwn des antirvolutionpaires ayea
les gens de couleur avoit 6te moins bruyante,
maias plus vraie, Au lieu de J a.clebrer par des
' r gie? patriotiquep, les preniers sdtoient sppmz
se bonne fpil la volont6 nationale, etil n'avoitpas
teon a eiy~pe les mulAtresi 6 lani s parF,euir ex-
peritemP e eiphcbassent ap i.iygn d'une q c
duite pqdejge et circonspe~c. 1. subversia de
la colonie. .
,Mais toutdevoit tre, inautile ]t la.primitive
gendreoi" t la pidvoyance ultirie4re des .raig
colons;, ill. lopit que les gaes Ade couleur Ersis-v
tassent a aiF vis de la rgsq~ aux conseils de






so REVOLUTION
hi sigesse, commle ils avoient etouffe le cri de ia
nature et de la reconnaissance; qu'ils concbu-
russent d'abord, come cause, et puis come ins-
*truiinent, A 1a ruine de leur pays. S'ils n'avoient
pas tde enlvres de la plus ridicule VainitP, ils au,
roient comprise que la commission interm6diaire,
tribunal provisoire, ne pouvoit pas, quelles que
fuss&nt ses attributions, tenir lieu d'une assem-
Ible cbloniale, ''qui seule appartenoit le droit
de constituer Saint-Domingue. Ils auroient senti
en outre que l'existence de cei pretedndu corps
populaire etoit un monstre dansl'ordre de chose
qu'ils invoquoient tans cesse; et que rien n'in.
Sttltoit davantage au dogme de la souverainete du
people qu'une assemble qui, formte sans lui,
exergoit-tous les pouvoirs sans son aveu ni son
assentiment.
Rien n'est moins connu de ce rnnme people
que ces principles si vantes, que ces droits si
dangereux au nom desquels on l'egare et on le
tyrannise. A l'appui de cette remarque, trop
coniplMement justifiee par la revolution de
Saint-Domingue il faut citer ui fait: malgre le'
pillage de toutes les caisses publiques, malgrd
l'enleverment fait aux notaires, aux curateurs des
successions *acantes, et aux exkcuteurs testatnen-
taires, des dep6ts qui leur avoient ktd confines,
piraterie ordonne et idgalisee par un arrftd de-la






WtE SAiNT-DOMiVNGtJ1. t
commission intermediaire (i), I'administration
1a'avoit pu subvenir aux besoins de la colonie qu'en
tirant sur le tresot de France. La recette qui,
pendant l'exercice de M. de Marbois, avoit ex-
cede la ddpense se troutoit diminu&e de plus
de moitid tandis que celle ci s'etoit accrue
d'une manibre effrayante. Les lettres-de-change
imises en replacement perdoient cinquante
pour cent. II devenoit presque impossible de let
negocier, m. me A ce prix, tant la chute des assia
gnats et le bouleversement de la France inspi-
roient de justescraintes. Cette m~tropole, en outre,
pouvoit se lesser de venir au secours de Saint-
Domingue. 11 falloit donc que la colonie avis&t
aux moyens de se suflire i elle-meme. C'est ce
que Sonthonax signifia & la commission inter-
mnddiaire, en 1'engageant & s'occuper sans rel&che
du soin important d'egaler la recette & la d&-
pense.
, Ce but important ne pouvoit 4tre atteint que par
la voie de l'imp6t. Les gouvernenens n'en ont
pas rdautres. Les operations par lesquelles ils ob-
tietnent de l'argent se reduisent tonjours & impo-
ser, quels que soient la forme et le norn qu'ils leur
donnent. Heureux encore le people lorsque ses

( ) Proces.verbaux de la commission intermediaire des
Set ay novembre 1792.
TOM. 2. 6






n REVOLUTION


administrateurs annoncent clairement les besoins
de l'etat! Ce n'etoit pas en prelevant,. titre de
subvention, le quart des revenues, que la commission
in termndiaire serendoit coupable; mais epa fegnant
d'ignorer que, dans une constitution derpocra-
tique,le droit d'imposer appartient exclusivement
au people. L'exemple de la metropoe,le texte
precis et ltteral de la ,1, tout ui disoit que cette
faculty ne pouvoit etre exerree que par une assem-
blee colonial. Les deux autre$ provinces lui en
firent I'observation., (La cornimission 6ivile, ldient-
a elles, n'? pu transmettre un droit qu'elle na pas
elle-meme. Le commissaire Sonthonax a eu
" tort de sanctionner Farre4e. La subvention n9
c peut devenir obligatoire que lorsqu'elle aura
ete. consentie par une asemblee colonial. ,
(('Polveiel approuva cette resistance par une pro-
clamation..,
Ce schisme, dans la commission civil, dura
jusqu a une entrevue, don't je parlerai, que les deux
commissaireseurent a Sait-Marc.11 ne faut as en
conclude que l'ouest et le'sud fussent exmnpts de
charges; on y sounit chaque paroissei pae, une
contribution. Mais comrqe la perception n'etoit
pas assujdttie e des former connues et ipnvriables,
ces sommes passerent dans des mains avides au
lieu d'arriver au fisc ;de sorte que les resources
particulibrcs s'dpuis'retit, les individus se trou-
t .


882






DE SAINT-DOlMINGUE. 85
verent ruins, sans qiue la chose publique recut
aucun secouis. Cete' measure sans doute convenoit
mierux A Polverel et A ses agens.
Le lecteur a d6jA d s'apercevoir que dans tout
ce bouleversement il n'a pas ete question des
negres revoltes. La, ndcedsitd de les soumettre
en avoit pourtant etd le pr6texte. Le people,
don't en vain Pon cherchoit A distraire l'esprit,
reveroit A'cet objet important, des que le ferment
anarchique cessoit de l'agiter; on n'avolt m'eme
pii le porter A l'insurrection centre le gouverne-
ment qu'en lui presentant comme certain la fin
de la rdvolte. Cependant, loin de mettre bas les
armes A l'dpoque fixde, !es brigands devenoient
tous les jours plus furieux. On commencoit A
murmurer en ville. Sonthonax, qui craignoit la
mobility de l'opinion, donna l'ordre a M. de Ro-
chambeau d'entrer en campagne. Aussit6t ce gd-
neral fit ses dispositions avec le plus grand ap-
pareil. L project d'attaquer les rebelles dans
yest et de les chasser d'Ouanamynthe., ayant
6te resolu, il embarqua des troupes et des muni-
tions, se rendit lui-meme au Fort-Dauphin,
march en personnel au camp qu'occupoit Jean-
Francois, s'en empaira sans coup frrir, et y dtablit
nn poste, qui rouvrit avec la parties espagnole une
communication depuis long-temps inteirompue.
Cette expedition, don't tous les joulrniux par-







lerent A plusieurs reprises pour en exagrrer
l'importance, semblable a tant d'autres, n'eut
pas des suites plus heureuses. Les negres, in-
capables de faire face aux blancs, s'enfuirent
dans les montagnes et, loin de les poursuivre,
M. de Rochambeau revint au Cap. La jactance
que Fon mit a annoncer cette victoire est d'un
esprit trop 6troit pour que le rapport qui en
fut fait doive 4tre exclusivement attribud au gd-
ndral. II est plus vraisemblable que sa champagne,
ses pritendus success, et la relation insirde dans
les gazettes, avoient 6t6 calculus d'avance pour
apaiser les plaintes des colons, et pour dpaissir
davantage le voile qui cachoit A tous les Fran-
cais les scenes d'horreur don't Saint-Domingue
etoit le thEAtre.
Cet objet en parties rempli par I'expdition du
Fort-Dauphin, il ne fut plus question des bri-
gands. De nouveaux troubles, excites & dessein,
vinrent diriger vers un autre objet I'attention
gendrale. Depuis long-temps les personnel ins-
truites avoient prevu que les functions du gou-
v-rnement, ambitionnees des deux parties, se-
roient la pomme de discorde qui les diviseroit.
La commission civil auroit manque totalement
son but, si l'autorite avoit pass dans d'autreo
mains que les siennes. La municipalitM fremissoit
de rage en voyant trois strangers lui arracher le


REVOLUTION


84






Dt SAINT-DOMINGUE. 85
prix de sa victoire, e3 s'opposer, avec plus de
success que l'ancien gouvernement, a executionn
de ses desseins. On ne sauroit dire oh ils ten-
doient; mais, a trav~rs le nuage qui les couvre
et dans le chaos oh viennent se perdre tous les
efforts de la municipality et ceux de la faction po-
pulaire, on apercoit neanmoins deux motifs bien
distinct: le premier est leur haine contre les mu-
IAtres,le second, le desir de parvenir i une domi-
nation exclusive. On ignorera peut-4tre toujours
si c'itoit pour lever la colonies & l'inddpendance ou
pour la livrer aux Anglais; il y avoit parmi les
chefs des partisans de l'une et de l'autre measure;
mais la plupart n'avoient ni une volont6 fixe,
ni an'but bien determine. Entrain&s par le Couts
des d~vnemens, ne se faisant qu'une idee con-
fuse des obstacles qu'ils aiuroient A vaincre, ils
cdoient & la vengeance et l'ambition; or, par
cela zp me que leur conduit etoit 'effet des
passions, I'opiniAtretd devoit en former lc carac-
te distinctif, la folie en &tre le seul guide,
et les disastres les plus affreux en devenir la
consequence.
Deptis quelque temps les six membres de la
commission intermidiaire, pris dans la classes
banche, et appartenant la faction des Lopar-
dins, s' toient apercus que toute l'autoritd r&i-
doit dans leurs six collIgues choisis parmi leS







t; REVOLUTION
gens de covleur, qui seuis avoient la codfiance
de Sonthopax. Les premiers, humilies de l'ascen-
dant qufprenoit Pinchinat, don't l'opinion 'em-
portoit tonjours, sentirent,,qu'une 'main toute
puissante dirigfoit centre eux-memes les moyens
qui leur avoient d'abord si bien rdussi;, et al'aide
desquels ils se flattoien. de parvenir leurs fins.
Sortir d'upe position aussi fausse devint le
premier besoind des meounurs de Ia faction; mais
c'est ddns leurs effort4,.pour atteindre ce but
.qu'on pent trouver la preu;v du disordre de leurs
idees,et de lincolhdrernce e lurs measures. Les
michpaipjpns des, crmoropssaires civil, le dgpart
dpe.M..iAlUud, les retards qU'eprquvojkt ans mrtfif
la co~vqcatin. de l1'ssembleq colo;iale, !lItino
1(rance deq,.mul4tr'es, rle repos des ,reuN da.s
Jequel qn, .issqit les;rdyoets, la lettre de M. Cou-
gnacq-Miotn, dopt M~ a4ugy donna poulement
alors convoissanc%;tputs.nroblit porter le peoplee
au diseapoir,'et par. site,F, l insurrection; E14
ne pouvoit, il est viai, eussir qu'h l'aide d'oin chef
entreprenant.et gudacigux, II falloitiun homme
qui, par ses talents, sa considdratipg ejon ca7
ractere, pit en imposerg yi rulAtres f, rallier
autour de lui la masse. des;cqlons honletostCet
homme nanquoit A la faction:, comppos6e d'in-
trigans sans merite, serve par de officers saus
experience, elle fut la prerpiere A .prouver 1a


0







DE SAINT-DOMINGUE. 87
reaction de la journde du 19 octobre, et ~'sentir
la perfe immense que la colonies avoit faite alors.
Uir choc entire les deux parties paroissoit inevi-
tabld, la vaniie des mtflftres en h&ta le moment.
Ndrr conters dd dominer A ia commission inter-
niddmitr, et fe fire: parties de 14 municialite,
ils pretendirent aux distinctions militaires ;bien
plus:, eles devinrentf robjet essential de leur
ambition; et sur ce point come sur tous les
autres, la' commission civil. les satisfit avec em-
pressemenit. ls furent promus au ran'gd'officiers
dafii'stols 'les regimens de ligne..,Cette faveur.
affligea d'autant plus les soldats, que les mu-
lAttes parvoenoienf aux grades supereurs sans
avoairasse par les rades' sbalternes es regi-
menns iaiiifisterent une extreme repugnance
ceAfdi u ia 1surtout, destine a rester dns la co-,
aifi 6, n,, it'pas sa''s indignation qu'on vouluit le
Sddriettrie 5 des affranchis don't plusieurs avoient
tAdaon^stiSques; 1l dmclara.positivement qu'il ne.
voiilo tque des offiEters idesbn choix, etque ja'mais
A WMietttrit iO'fIenneir e le commander ni.-
t + ,' t' '.
G ictte"esisthnce du regiment du Cap devoit
paoitp1sihconsequent6 apres l'adhesion qu11l voit
lonriC ie,'lk jg"oct6frl+a ,d Inouveaii syseme.
Totrefois dlle' tdi: jstifike par une singularite






88 REVOLUTION
tris.remarquable de la conduite des mulAtres: au
moment oi ceux-ci ambitionnoient avec tant
d'ardeur les honneurs militaires dans les troupes
de ligne, pour 6prouver, disoient-ils, la sou-
mission des blancs i la loi du 4 avril, its md-
connoissoient 1'esprit de cette loi en refusant
l'invitation qui leur 6toit faite de concourir 4 la
nouvelle organisation de la garde national, Cepen.
dant la fonte ties couleurs ne pouvoit s'op~rer
que 1I, et elle seule detruisoit toute espece de
predminence. Le refus des mulAtres paroissoit
d'autant plus absurde, qu'ils rkclamoient les avan-
tages de l'rgalite dans des corps oiu elle sembloit
moins naturelle et bien moins honorable pour eu,;
mais cormme il n'y a pas d'effet sans cause, et que
toujours des vues secretes, des motifs particu*
Hers, ont guided les hommes de couleur et ieurs pa-
trons, la resistance qu'ils opposoient au nouvel
ordredechosesqu'eux-m'mesavoientsiardemment
desird, provenoit de ce qu'ils sentolent i quel
Atat de foiblesse,.ou ,pour mie~x dire, de nul-
fite, les reduiroit leur agr6gation aux blanks. Ila
itoient puissans, rassemljla en un corps sdpard,
Je seul don't on eit soigned o'rganisatlon depuis
le i9 octobre; ils auroient etd sans influence,
dissmeines dans les companies de district qu'on
avoit ndgligies & dessein : c'est ce qu'avoit bien






DE SAINT-DOMINGUE. 89
sentiSontbona, 494n le despotisaae ne reposoit
pas:sur d'autlcese que le 4dvouement de la caste
intermediire .
C.pend4nt,Lesdivers corpeavoiontcde au Oeu
de ce owtraisswre, 4t op y v9yoit des homes de
couleur dans tous les grades. Le regiment dlu (Cap
seul, malgre les moyens ordinaires de reduction,
restoit inhbranlable. 11 fut reso!u qu'on emoploieroit
la force contre lui. En arrivant au Clamp-de-
Mars (I), ou il devoit tre passe en revue, cc rCgi-
rent vit un corps nombreux (d'lommes de couleur
ranges en bataille, arms de fusils et de pistolets
qu'ils chargren t en sa presence. Leur attitude me-
nacante, leurs gestes insolens, et surlout la pre-
caution qu'on avoit prise de ne point donner de
cartouches aux soldats, indignua ceux-ci au lien de
leur en imposer. Cette espece de guet-apens rd-
volta toute la ville, et dans la journey il v cut des
mouvemens insurrectionnels. Le lendemnain, on
entendit crieraux armes, et les tambours hattirent la
general. Les mulAtres, instruits que les patriots
s'avancoient avec du canon, se retir.rent dans
leur quarter. L'affront qu'ils avoient fait au re-
giment etoit trop recent pour que celui-ci noe
conservAt pas un vifdesir de se venger; et malheu-
reusement la proximity des deux casernes lui en

(n) Le 4 ddcembre .792.






90 REVOLUTION '
6ffroit Irocasion6 A la vue des mulatres ard ?;' it
fut impossible ode contenir' ls soldats; tine fiu-
sillade s'etablit/entre eux; les premiers, incapaibles
de resister a'itx forces qui venfient les attaquer,
sortirent:d 4 la ille-, et iiodrurent post du Ha~t-4du-Cap', d'ht ilS .'emparetnht,
faisant prisonnieirs les blanctqutr'y trouvoient.
SSonthonaxi effraye d'uni. i-ulrreciion-qu'fl-
croyoit adsdi igernrale que' elltdu 19 o6tobrie
abaudonne de Mt de Rochattheaun qul'und e`
ladies retenoitdawsl son lit,' tt;Al pir M.,Laveaux'
qtui;nepartft dejoiarib ultle tpat, e'lprivenu eontre
M. d'Assais qut'ill Ilpposoit:vendu la cable;
orut Re pouvrivd,eviter l e soit funeste. dotw ib
sdmhloit ,iaen n qiu'en offrpdt a lai nuuiciipalit
sd)diiissiim .iElle la refusal, etcetfut une: grmdde
faute..llfallaito eas dopnervdai nmlAtrtsile tempd
deisarecolnhoitte 1les poWSnire nt itnieux etfcdre
serwoparer Ac lur patronv;*qa'on airoit renvoy)
eirt rairrcel -Dkasaoi~l. liholeaet~jetto ca*te4 du
oit),.eu.. poml terpne' et .i ian titolbiltde tA
recai. ta 'bheb difficile Al rpefer.rSonthonax 'a
tendoit ;piutFgiee dagu lqta tesh de: ib arflt
iand;,ili s'apqrclt qud i,)dirrid peousseirt1iiA
asaritage8s ;tepatriates reakk tinmridBies?'.,
qu'au lieu wfdcider cette! 4tiele ,pailda SdW";,
1umuanici.pal.ltl hrchoit 4- rcmpeor par- a
ruse; quand il comprit quece moettemitn t A'etbit






DE SAINT-DOMINGUE. 91
dirige par aucun chef capable, l'esperance renira
dans son coeur.. DMs la nuit, il gagna quel-
ques agitateurs don't il craignoit l'esprit entre-
prenant. 11 fit dire aux hommes de couleur de
s'emparer du poste important de Belair et de
garder en otages tous les blancs du Haut-
du-Cap. A I'offre qu'il avoit faite de son abdi-
cation succida une proclamation par laquelle
il repdoit toutes les autorit4s responsables des
e6vnemens, et enjoignoit a la municipality et:a
la commission intermidiaire d'ouvrir avec Ies
mulAtres des conferences pour le retablisement
de-lapaix,. ,.
.,Ces conferences se terminerentpayr le retour
4ps hommes fle couleur,. C jour-la mdme, lr
cpmmissaire .ciil, dans un discourse pronocd6 an
Shnp-de-M ,rpapprouya en tout leur conduite6
erCs ut gr c eailpy.ens qu'iI,avoient mis ea
sage et leu r,. wpta plusieurs fei- que ta r sis4
lance .l'oppresgipLn toit un d4ritA~ turel et justei
CQette audace dof So hIlo ox .-teoltl re'sultat:de:la
fptbesse coqpue.;.e I'autre pa.;$L.'IxpdriqnuB
ji 'avpit appriie ql.pI. mass i4eagen hoi~p t
.ppvpit gcS np qlQpfidqaace dlansjes; patriots, ,t
.q":lle ne leur. pordfaineroit jamai la' chted
I'adcien gouverneaHet. Habila. hoggisir tousde
iypptgges, il pf.fAta,dq laha bhin:quitdivisoit les
Ji~ibt~n ,dlli^^^jE~ i ur~~e ;pa bbitede


I. II II It --' .- _- --








antirdvolutionnaires, il ne craignit pas de faire
une proclamation qui attribuoit aux coryphees de
]a faction de Saint-Marc tous les malbeurs d I la
colonie. Cette faction devoit dis-lors s'attendre
A Atre detruite. Plus d'espoir pour ellp que celui
de gagner de vitesse le commissaire civil, et de
prTvenir par un eoup de main cet ennemi aussi
puissant qu'intir6sse a la perdre.
Eclaird par la journde du 2a decembre sur la
faute qu'il avoit faite, Sonthonax s'empressa de
la reparer. De ce moment, les aristocrates ne
furest plus persecutes, et fa vigilance la plus
soupconneuse 6pia toutes les demarches de leurs
adversaires4 La foiblesse don't ceuxx-ci venoient de
douner de si grands temoignages fit naltre an
commissairo l'idie de leur en imposer par la
force. Tout & coup il prend ui ton menaiant;
los chefs de la cable cessent d'&tre'ses conseil-
lers intimeq. La commission intermidiaire mul-
tiplie pour eux les desagrhmens. M. de Ro-
chambeau, apiAs avoir puni le regiment du
Cap de sa rdeistaice, en l1envyyant au Port*
Diiphin, parcourt la vile 4-la tete de huit
dragons f'OrlIans, le sabe e fnu & la main. Le
elub prend u autre esprit, et change de lan-
gage; les personnes honntes ne sent plus l'objet
de ses denonpictions, et' les amis de l'ancien
regime, s'ils ne se vient pae aeaaeillis par es au-


92


REVOLUTION





DE SAINT-DOMINGUE. 95
torites constitutes, jouissent au moins de la tran-
quillitd don't ils ont etd privds si lopg-temps.
Cette politique ne fut pas petdue pour le
commissaire civil. On se trouvoit si fatigue de
la tourmente rdvolutionnaire, onsavoit un si grand
besoin de repos, qu'on 6toit pret A fire tous lee
sacrifices pour I'obtenir ; on sut done grd a
Sonthonax des measures rigoureuses qu'il faisoit
prendre. La ddfaveur des Le'opardins attinua
impression que sa conduite primitive avoit faite
sur les colons. Des propos 6chappds comme par
hasard, des promesses adroitement prdsenthes
ranimerent leur esp6rance. On affect de dire
que les premiers actes de la commission civil
devoient etre attribuds A une erreur involon-
taire qu'elle vouloit reparer. Sonthonax lui-
m~me accrddita l'espece de retractation qu'on lui
pretoit, apparente justice qu'on lui faisoit rendre
A I'ancien gouvernement; et cet exces de dissi-
mulation, on plat6t d'impudence, lui reussit. La
faction populaire, r6duite A ses propres forces,
se trouva seule en butte aux traits de la commis-
sion civil, don't les premiers coups frapperent les
dragons rouges, corps vendu depuis long-temps
- la municipality. Six d'entre cux,,y compris leur
commandant Michel, ancien bedeau de la pa-
roisse, furent arretis cdans la nuit du 4 au 5






94 *RiVOLUTION.
ddcembre 1792, et conduits A board de l'Ame-
rica. Ainsi les fauteurs de l'anarchie, battus
avec leurs armes par ceux qu'ils avoient serves,
occuperent a leur tour la prison dans 14quelle
ils avoient entasse leurs victines. M. Liegard,
qu'une maladie avoit empeche de partir avec
ses camarades les officers du rtdgimenit du Cap;
eut le plaisir, six semaines apres, de ceder sa
place a ses plus cruels ennemis.
Ces six individus toient si evidetnment re-
conntus pour des agitateurs, qu'on sut un gre
infini au commissaire civil d'en avoir delivre
le Cap. Cependant, quelque 'dangereux qu'ils
fussent, il restoit d'autres faetieux don't l'in-
fluence pouvoit dtre bien plus funeste. Le
coup n'avoit frapp que des subalternes; mais
c'toit I'eclair annoncant la foudre qui alloit at-
tdrer la faction en tombant sur la thte de ses
chefs.
L'intervalle qu'il y eut entire la premiere de-
portation et celle ouz M. Larcheveque-Thibaut
se trouva compris, fut marqud par l'entve-
ment de plusieurs clubistes.' La municipality,
d'apres uh requisitoire de M.' Lavergne, ami
et successeur de ce procureur-synrdic, crut de-
voir fire au commissaire civil des reprdsenta-
tions sur ine justice aussi nouvelle et aussi ar-






DE ajIVTDOM!NGUE. 05
iPtr* e. Elles j n furent point request, quoique
le, miire, 4 la .tcte;4 tout le Eaorps municipal,
yint.,ppur. les. prseptor chez MIVL de Rocham,.
bNhPg,. ou dinoi, jce: r 14 Sopthonax. Celui ne, prit pas la peine ide se !d'ager. Peu de
terps, apres, le. diral se.reeik~t .grand ma
6ti .lh6tel.,de Ja. 4 npmnission)civie avec un
fort d4tacheme g. cappqs ,d4e dragons d'Or-
lpa., et de uul&tres ;. des patrouilles noinbreuses
se mootrerent dans les rues du Cap; le commain-
dant d'un piquet de vingt hoMtmes, t6.s de
couleur, eut ordre d'aller, arreter pi. Larche--
yeque-Thibaut. Ai mame instantMM. Daugy,
Delaire, R botgau. et autres; patriotes, furent
enlev6s de leers naisons et conduits a bord.
Bient6t on vit l'anpiei procureursyndic, homnme
nae~re si. puissant j redoutable,: maintenant
proscrit et persdut ,, sortir de chez lui, te-
nant d'une mfjin sa fernme, quiirfondoit en
larmes, et de I'autre son fils ain.,,sumoommi par
le club lespoir de4 t patrie.'S'il amoiticompte sur
up saulevemept du peoplee ,: il voit fit uinfaux
calcul; la majeure parties des habitans. de la ville,
accourus pour le voir parut,.plutRt se rejouir
que s'attrister deo-.a disgrace.. ::.
La deporttion de ces perswnnagies, la cloture
du,clpb qui eut lieu immdciatement apres, la
defense que fit Sonthonax a la commune de s'as-






96 RiVOLUTION
sembler, et centre laquelle la municipality r~dlattm
en vain, rendirent de nouveau la commission ci*
vile toute-puissante( ).'T tt plia une second fois
sous son autorito; rien n'imtprtoit plus que d'ob-
server l'usage quelle alloit en fifire. Les partisans
de rancien gosuneNWett1nt moanVt ent plus de res-
sentiment que de pris vyawce en applaudissaint
la chute de la faction popul~te, sIas *tre siAs que
la reduction des estlaves et le retotr de 1'ordre
en seroia t Ie r6sultat. Pbour le fmomefrt, ils 'a-
voient fait que chager detyns: ainsi en jugkrent
ceux qui, *sez ages peir n'tre d'aucun part,
assez pdn6trans poirr apertvolri1es causeset lears
effects, ne Icrurent pas la volonie sauvve par la
proscription desLdoparndins. Quelle confiance en
effet pouvoient-ils avoir dans uwe autoritd qui,
au nom de la oi, ne faisoit que des choses ille-
gales; qui, envoyee pour r.tablir ta tranquillity
i Saint-Domingue, y perpltuoit le desordre et
l'anarchie; qui, sans cesse occupee des pr6tendus
droits des homes de couleur, humilioit et de-
portoit les blancs, quelle que :ft leur opinion,
et nagligeoit de rd&uire les n gres en r6volte;
qui, pouvant employer une force considdrable
A cette important operation, la laissoit se mtr-
fondre dans les camps, s'andaWtir par l'intem-
perie du climate, par les effects de indiscipline
() Proclamation de Soiithonax du 3o novembre 1792.