"Les coins d’histoire de Me. Victor Cauvin ont été publiés dans Le Nouvelliste au cours de l’année 1943.", reprint

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Title:
"Les coins d’histoire de Me. Victor Cauvin ont été publiés dans Le Nouvelliste au cours de l’année 1943.", reprint
Physical Description:
Unknown
Publisher:
Bibliothèque Nationale d’Haïti, 1999.

Notes

General Note:
4-tr-Cau.-1943-V
General Note:
Widener, Hollis 009348504

Record Information

Source Institution:
Harvard University Libraries
Holding Location:
Harvard University Libraries
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Resource Identifier:
LLMC31340
System ID:
AA00000909:00001

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SI[PFM R IBRARI
HX MZU I H

VICTOR CAUVIN




COINS

D'HISTOIRE







VICTOR CAUVIN








COINS D'HISTOIRE



















































Tous droits reserves
D6p6t legal: 97-09-283
libliotheque Nationale d' lalti
Premier Trimestre 1999
Imprimi en I laiti







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Coins d'histoire


NOTE DU NOUVELLISTE

Du 7/8 /1943, no. 21476.


Me Victor Cauvin, .i\.,il pris ses vacancies depuis la fermeture des
T, ihlimiiu a moentanennmnt suspend ses "COINS D'HISTOIRE" que
nous publions chaque vendredi.
Tout come nos lecteurs, nous deplorons cette "halte" de notre
prestigieux collaborateur qui s'est .in,.i.d a reprendre des octobre prochain
sa i l iq hpc A laquelle le grand public a fait le plus bienveillant accueil.
Nous remercions d'une facon particuliere nos \ nimplllhiInc confreres
de la Prcsse qui, pour marqucr l'iii.. qu'ils attachcnt aux C('oins
d'Histoire" dans notre journal, en ont reclame instaminent la publication en
brochure.
C'est 6videnmment un homage rendu A notre collaborateur Me. Victor
Cauvin pei ,nelllcieiiI mais don't Le Nouvelliste prend une large et
Idgitime part.











* Les coins d'histoire de Me. Victor Cauvin ont ete publics dans Le
Nouvelliste au course de I'annbe 1943.





Coins a 'hf:,;"
!"- .,ii du N )U II I1. I I' "' du 10 t'-, irr 1971, d'un article de
Gerard i, l I, r; a l'occasion de la mort de Me. Victor Cauvin.



UN NATIONALIST

I e debarquement a Port-au-Prince des soldats des Marine
Corps des E.LU. le 28 Juillet 1915 amena F.L.Cauvin et son fils
Victor aux premiers rangs des nationalists luliiinii, qui se dresserent
en vue de defendre la p6rennitd de notre patrie. Plus que jamais, le
pere et le fils se souvinrent du iiC Iloricil\ de leur euiclcii, Jean-
Baptiste Covin dans notre guerre de lilhi.ili,iin, celui-ci traverse les
lignes pour aller renseigner Jean-Jacques Dessalinnes sur la situation
de Port-au-Prince assi6ge en Septembre Octobre I S',, servir
d'iLcin .iill t avec les chefs de la garnison fran;aise encerclee (ce.
en compagnie notamment d'Inginac et de Zami Lafontant) et i Ii
I'un des principaux -Iiid., qui, en ce jour memorable du 11 Octobre
1803, conduisirent la marche triomphale du Pere Charismatique de
notre \N I!'i,, par le point du Petit P:1.1dil le chemin de Lalue, le
Poste Marchand et la Porte Montalais.
Les deux firent parmi les fondateurs, en 1916 et en 1920, de la
Premiere et de la Seconde "UNION PATRIOTIQUE", association
'.!,l;ill iIc constitute po'I: stimuler la flamme de nos populations,
galvaniser les energies et former un faisceau puissant centre
l'occupation americaine....





Coins d'histoire


En guise d'avant propos, nous publions la note suivante tiree du
Nouvelliste du 2 1//45.


AVANT PROPOSE



MON KODAK



Voyez-vous cet honmme Il..i. .'i-' portant encore beau et qui
d'un pas rapid, nerveux et tries alerte prend chaque matin, au i up de
dix heures, la route qui conduit au Palais de justice ?
Vous ne le reconnaissez pas ? C'est un avocat qui depuis
quarante ans ne fit que cela. Mais suivez-le. 11 porte en vrac sur Ie
bras droit sa toge cependant que la main continuellement secoue ,,,.
sa nervositd port sa serviette ot' s'entassent dans un desordre qui
n'est qu'apparent, les dossiers qui vont fire l'objet de son pl.lid.. ,
de ce martin.
En coup de vent, it penetre au I'.li.lis, rapidement se o l de sa
toge, gagne la barre el impatiemment attend son tour de parole I" '.'
defendre avec acharnement et passion la veuve et I'oi plh,.ii et au
besoin, la liberate bafouee.
1I trouva en son berceau en guise de fortune, un nom illusi re
dans la judicature, le barreau et le Parlement. E I'ainour de la chose
pil',,.]ic au norm du liberalism, mais d' un liberalism ;iiL .-iij,:ntii
qui s'.iI il a Montesquieu et ne s'apparente pas A la I~liil,,..,ili,-
politique moderne.
Volterien ne, je le soupconne, vu la facility avec laquclle sa
plume manic I'ironic, d'itre n lecteur fervent de France.
II tient de son oncle qui s ilih .11 I aux ( ,i..iJ lors du vote dc
la (Constitutio de Il,'" ct de son petire, incarnation vivante au 1arreau
de :' t- et atl iI s 1u1s ( 1 : e






Coins d'histoire 7

l'Orateur, I'amour des joutes oratoires et celui de 1'humanisme en
dehors d(hicl preche-t-il chaque jour avec raison, il n'y a pas de
vraie culture.
L'etude de l'.inirilI; latine forme le civisme, L'elegance de la forme
ne se puise que chez les Hellenes..
11 .Ip tiilr ... la l i'alii..i, do de ceux qui se dresserent contre
'Occupation. 11 rest fiddle A son Credo Politique et vingt ans durant,
nuit et jour, ii sonna la charge.
La i,..,>.ii .iic.- !ol.iuil i A bon droit s'en souvint et
Ienvoya en 1930 singer a la : hi mre Basse.
11 n'y retourna pas .Ip'i' les Elections de 1932. Trop instruit
pour ne pas comprendre que le i .lilion;!ianl integral n'est qu'un 6tat
d'ame, une doctrine d',pp.- .lii I nidgli\ c, il ne joua pas le IlL.
auquel le destinaient et sa grande culture et sa grande autorit6 morale.
II ne tut pas un Leader de la Chambre de 1930 pour n'avoir pas su
vider de son outrance :le n.in iin .C victorieux aux elections de
1910
Voila le theme des -'iv c.,i lion, du cher N.iinc entire deux
plaidoyers dans les P.lIp: il'w du Palais. Mais, voici midi. Midi, Roi
des I "I' rcite-il. Un brefc Jip de clochette. L'audience est levee.
De son pas tranquille, lentement cette fois, il Icua.lnc son
cabinet d'avocat. II se remet a a iia h. ecrit des coins d'histoire et
offre en example a laI nlic-'-.. qui I leit les traits de courage et de
vertu des Heros de L'Iind'ICnddIn c


Jhean MAX II






Coins d'histoire 8


LE TEMPS PASSE


Dans un article intitule:de post a poste et paru tout
dernierement dans Haiti -Journal j'ai lu ce passage :
Et puis, en ce temps-la heureusement aboli d'aillcurs et pour
jamais, la liberty n'ctait qu'un mythe et un mot que I'on osait a peine
prononcer, I'esprit pour 6tre la dignity que I'on salt, se voyait
oblige de se liver a de quotidiennes acrobatics el ce n'ctait pas assez
d'un lii., -i ,*Il.- de routes les heures pour la sauvegarde contre tous
les assaults d'une soldatesque ignorantt, vaine et brutale". Et sur
ce ton, le contempteur continue son persiflage...
S'il connaissait f epoque '1,111I i aI: ou si, la connaissant, il ne voulait
pas ignoree, il en aurait certainement proclame I'excellence sur les
temps actuels. Nous avons de justes raisons d'etre fiers d'un passe
qui malgre ses faiblesses, content encore plus de belles pages que
n'a voulu le rc.'lniiii Il'ecrivain d' laiti-Journal C'est sans
benefice d'inventaire que chaque hui itc doit accepter notre glorieux
passe, ce legs de tous nos devanciers.
On a tort d'induire le public en erreur, de chercher a fausser le
jugement de lajeunesse en denaturant notre histoire, en travestissant
les fits. Une pareille tendance affaiblit les forces de l'imne '1,1ii I,'.c
quand eclle e les ruine pas completemient. t ce n'est pas le pays qui
en profite. Je ne pretends pas que tout etait rose dans les periods
que l'on se propose de discrediter II n'y a pas de regime p.lliii,.
qui, pour salutaire ct progressiste qu'il ait lte, se soil developed
selon les regles strictes de la morale pure M/ais le temps passe avail





Coins d'histoire 9

sa grandeur et sa beauty et c'est cela qui s'en va qui se perd.
Chacun, a l'envi, veut le condanmer ou denier tout merite ou toute
vertu a tel ou tel i;r .,oii.li Aux strangers les moins pi' d cQon', on
fourni, par cette icIni. i, ... des pretextes de calomnie centre nous.
Les preuves abondent qui plaident en faveur de la liberty don't on
jouissait a certain -, nimct, de la fayon don't alors on respectait les
droits Ill'.ii des adversaires et des humbles. Je cite au hasard de la
i,,,ir,,, des fits entire mille. Ecoutez : en 1841(plus de cent ans
deja) des d6putes du Sud i lo.*.L.c',l leurs circonscriptions. lUs sont
tous de l'opposition. Tout au Ion- du voyage, ils sont accuvIll par
des ovations. Au course des Ji w I qui leur sont offers, les di. uiii s
,I 1k Sl sur la politique. De \ lii ,'.l,.inc aux Cayes, F'accueil est le
Iln c n autant en faveur du depute de I::i :co.can que de ceux
d'Aquin et des Cayes.

Pe-sonne n'a ere inquiete1 L'aninee suivante, les electeurs
renvoyerent ces mimes dp Ili ~- si Cr ai la chambre. Bien pil,. dans
d'autres circonscriptions, Port-.aL-Pi iice en l'te avec ses trois
d(11','i, opposition fut victorieuse malgre les efforts du
gouvernement jp 'ii lai I li' iin-1'c ses candidates. Dites si cela
re '.cnle a il'emprisonnement de Jolibois, a la veille des elections du
10 janvier 1932; dites si cela resemble a l'emprisonnement de
Kebreau, candidate a la ii-'i. iltiure communal de l'Arcahaie, qui
ne laisse la prison que pour .ilcl mourir et don't le crime etait de
mi.i 1i..i avec J ,iilli, ; dites si c'est ainsi que l'on a use pendant la
I' lI i ode electoral de I 11l qpiiild des candidates furent molestes par
la soldatesque qui n'etait pas ignorant, pas brmtale, n'est-ce pas ?
Aux elections de 1876, on a vu la plus haute autorite militaire
de Port-au-Prince, pour se defendre de certaines accusations de ses
adversaires, ccire au IPresidcnt de I'Assenblee primaire, en appeler





Coins d'histoire ()

a son temoignage au lieu d'user d'intimidation ou de menace. I'i!
tard, en IS '-, le President de la Rtllibliqiii' est alley ostensiblernent
voter dans un dernier effort pour essayer de sauver son candidate. Ce
fut son adversaire qui triompha. AII,^'i Is-nous une minute pour
avoir de l'orgueil. Et comment, apres cela, peut-on se rejouir, au lieu
de s'attrister, de voir abolies de pareilles epoques?
En I',", Monsieur Stenio Vincent, Secretaire du bureau de
l'Inspection scolaire de Port-au-Prince, public, dans un journal
Inll i..i qui s'editait a Paris, des articles sur notre situation financiere.
Pour Mr. Frederic Marcelin, alors Secretaire d'Etat des Finances,
ces articles avaient ebranli le credit de la RpltllipiL] a I'Etranger. I1
demand la revocation du jeune et imprudent ,plihtr cc qui lui fut
accord. Vincent ne fut pas inqui6t6, on ne pensa pas a l'envoyer
pourrir en prison. La justice d'alors n'aurait pas admis cela. Peu de
temps ipi,',. une charge de Secretaire-Redacteur du Senat etant
devenue vacant, Stenio Vincent la .',ili-.iij et il I'obtint. Les
Senateurs ne s'inquieterent pas de savoir si le postulant etait ou non
en odeur de saintete aupres du Secretaire d'Etat des Ii in, II --. Mais
depuis ? Apres 1915, le Senat est alley jusqu'a abdiquer en faveur du
pouvoir executif son droit de choisir son personnel.
Un Secretaire d'Etat, en 1 896, imagine de fire saisir toute une
edition du journal "L'IMPARTIAL'' avec defense d'en continue
la publication. Immediatement, ce fonctionnaire fut assigned en rdefre.
Le cas etant urgent. Le juge F. Baron, deldgue par le doyen du
Tribunal civil de Port-an- Prince, entendit l'affaire et, sans plus
tarder, rendit sa decision. 11 declara illegal la saisie des numerous de
I'Impartial, en ordonna la remnise immediate, ordonna egalement la
reapparition dui journal donI la publication etait arbitrairement
suspendue; I'ordonnance executoire sur minute IuI respected 1e
executdee M e Pierre I' i.'.1' in, .i: ... te I' l ,I I rc rr a e





Coins d'histoire I

possession des numerous saisis don't la vente connut un grand et
.ip-idk success. Sous le regime de 1915, l'imprimerie de Jolibois a
Port-au-Prince, celle d'Adhemar Auguste au Cap furent sabotees.
Sous ce mime regime de 1915, on a vu la police traquer des
cito-. dii, de province voyageant pour ,Til.iic.. leur refuser, sans
raison legale, le droit de demeurer, mi6me une journee, a Port-au-
Piii ict et les c.-ii iiquci de force dans un camion de la Garde d'Hai'ti
ou ils n'etaient admis a descendre qu'a leur arrivee chez eux. Tout
cela parce que leur presence a la capital deplaisait au President de
la Ik< p1i.n jiic En 1940., un Secrdtaire d'Etat de I'linlli cII sans loi,
de sa propre fantaisie arbitraire, par un avis au moniteur, creait une
l' in'.-, la pine de bi.m ,L;..c. Itci a a Gonave, contre de malheureux
I-il,. D n]! qui n'avaient rien fait, centre (li il n'etait: el'. & ni crime,
ni delit, ni contravention don't tout le peche etait d'lci inconnus des
autorites de la C' iril, h,- Q.( m 1o a-t-on jamais vu pi.n cll chose avant

L'article 193, 2eme alinea de la Constitution de 1889, s'exprime
ainsi : "'Elle (la (n 1i liitii in) est confine au patriotism, au courage
des Grands C, pi de I'Etat et de tons les citoyens".
Sous le Gouvernenent du President T.A.S. Sam, a I'ecole
: iii..nale de Droit, Ie jii.'i-sclii de Droit Constitutionnel, pour
expliquer cette di.pl, .i!im dit en resume, ceci aux etudiants
1,. '*.,c-i,ii il n'y a pas d'autres explications a vous donner de cet
article que de vous I.pi'ichci a vous qui etes des citoyens, que
I qIii la constitution est violee I'insurrection devient le plus saint
des devoirs". I'echo de cette eloquent legon de civisme et de
pl.ilii i i n parvint au (Gouvernemenl el Tancrede Auguste,
Secretaire d'lltat de I'lntricur, n'a rien dit, n'a rien fait. I,a liberty
n'etai done pas toujour-s un mythe, un mot. Point n'etail besoin a
I'esprit de se liver toujours a des acrobatics pour sa sauvegarde,





Coins di'hiitoir.r


Sous le President Nord Alexis, N I. Michel Oreste, avocat, revenant
d'un voyage d'Europe, s'est vu interdire le droit de descendre du
bateau. On lui reprochait, parait-il, d'avoir come avocat, donne une
... i.,iuir ti, i sur une affaire litigieuse entire son i. li-iI un clli.ii., i. el
le gouvernement luiliiit 'ilI inform de 'II incident, Me IT. aleau,
. .' .0l, Secrctaire d'Etat de la justice, .ill trouver le President de la
Republique, lui expliqua que c'etait bien le droit de son confrere de
donner une consultation sur une question de droit a un client qui la lui
reclame qu' il etait impossible de 1' .'iii l ei de rentrer chez lui pour
la raison invoqude et qutI, cela etait contraire aux lois et aux droits de
l'avocat.
A la suite de cette intervention, je ne dis p ,. courageuse tant
pareils gestes etaient courants et naturels a 'lp..hi li Me. Michel
Oreste rentra tranquillement chez lui et ne fut point inqui&et de ce
chef
Je n'arrete a ces faits. Je n'aurais pas tini d'en citer, tant ils
abondent. Est-ce que c'est tout cela iii'il y aurait lieu de se 1;i," ihi
de voir abolir? L'auteur de I'article "De po6te a poete" n'aurait rien
a gagner. Les il. refuserniii-i i de ressembler aux peres?
En tout cas, mon choix est fait.
Voila mres gens, voila come il faut en user
Voila l'exemple enfin qu'il se faut proposer.













"JE N'AIME PAS LA CUISINE ANGLAISE!"

Au course de I'insurrection qui eclata dans le Departement du Nord
en 1865 centre le president GC ; ,lJ, les insurges, :,aiii .s de la < ilkl
du Cap-I l.:;,.-ii, enleverent du Consulat de Sa Majest6 Britannique
i" i'll,'.- individus qui s'y etaicnt ilil'-,iS Ce n'6tait qu'une faible
measure de represailles contre la marine anglaise qui, au course du
conflict, ne s'etait pas ..,i .' pour prendre parties dans la lutte en aidant
le (jouvernement i ,iil-
(et incident regrettable, Ihl.ii I, de gravity, aurait pu
i. ii.i-~ 1 1 i trie regle entire les deux pays sans froissernent,
I'',ill. n. aI II it exploit contre ses auteurs. 11 donna en outre a
I'Angleterre, alors im.diii.slc du monde, I'occasion de tenter
d'humilier notre faible petit pays en nous infligeant un traitement
aussi injuste que violent. iUn' venger ce fait, en some banale, un
navire de guerre .,1112l.,i. le "II1,LL DOG" coula le bateau des
insurges et bombarda la ville du Cap, causant la mort d'innocentes
victims. Des enfants, des fenmmes, des vieillards sans defense, qui
n'avaient rien fait aux narins du' II .LDOG" perirent ce jour li.
II i'y a pas, dans notre hisloire, un autre example de plus brutal abus
de la force et de plus foirmel attentat au droit des gens.
L'armee qui ddlendait le Cap-lT.iioiin avait su repondre a
I' .,.. .; ln bhritannique ILes fortifications de la ville riposterent. Un
obus atleignit la machine du I II L)OG" qui, devenu inutilisable,
tut dltruit sur I'ordre de son ,i I Pour venger cel echec,


Coins d 'histoire 13





Coins d '" woirV I'

d'autres bateaux de la marine de guerre britannique, parmi lesquels
le "GALA I III \", arrives de la Jamaique, bomibarderent le Cap
.il..-il joutrs plus tard faisant de nouvelles victims, cc qui
augment l'Ir,.!,i.t,' n' de lout le people ..,',. ,i
UIne grande deception s'ajouta a cette -:lt, i,.i\ i. quand I pays
apprit que notre Gouvernement n'avait p.i, essays d'llil.;c .,-' ces
actes barbares et qu'il en avail mnme profit pour attaquer les
insurg6s par terr...... ainsi a aggressionn de la force etrangere
centre des haitiens.
DWs que ce second bombardment ful decide, les chefs d'a.rme
recurent chacun, selon le role qu'il devait jouer, les instructions pour
une attaque sinrultanee. PNtion Faubert commandait les ir.!Iii !(1 II
avait fait son education militaire dans un Iunlilhi ou les mots I io, *,L in
et Dignite avaient une signification reelle et representaient quelque
chose de sacred et d'absolu.

Pour lui, le citoyen qui avait embrasse la carriere des armes
faisait volontairemnent le sacrifice de sa vie A a i'. I! il assumait la
charge et le devoir, avant et plus que tout autre, de veiller a son salut
et de la defendre en tous temps, en tous lieux, sans jamais consider
quel est I'adversaire. Tout coup qui fi.Ip" la IP.rie c frappe d'abord
le soldat dans son honneur militaire.
On L. -ni, i'il combien I'humiliation a d6fi i rude pour ce soldat
aux principles sev&res, d'assister impuissant a la destruction d'une
des principals villes de la Republique par une marine etrangere, la
marine anglaise Aux douleurs qui assaillaicnt son aime, lui don't
I'.iII... i- avait dans le DepartIement du Sud, a cote de Rigaud.
combattu les A -.1I 6i. est venu se joindre le souvenir de nos malhCurs
passes quand, appeles par les colons Il jii .,ii, pour les aider a* I II ,
I'esclavage, d'aultres anglais, les devanciers du( 1 i I I', -( G ei du





Coins histoire 15

"GALATHEA" debarquerent sur la terre de Saint-Domingue et
(',W,~i ii entreprendre la conqlwiue du territoire pour executer leur
project barbare et inhumain. 1I a fall tout I'heroisme de nos peres
p'I,1i chasser la coalition des colons inaliabl, autant
qu'inllpiit.ile, Et Petion Faubert, le coeur ulcere, l'esprit tout
rempli des souvenirs d'un passe qui excite vainement son patriotism
et ravive heureusement sa haine des anciens mait re, cruels, se prend
a lmfljlilj ceux qui. charges de la plus noble des teaches, celle de
defendre l'honneur national, la vie des (,,ncito\e ns et de maintenir
l'Indlw'-pna1,Ik du pays, trahissent la conliance qu'ils ont su inspire
ou manquent a la foi juree...
Ainsi travaille par les sentiments les plus nobles et les plus
diiic\, ce militaire est trouble a l'idee qu'il doit ou contribuer a
l'humiliation de sa patrie, ou desobeir a l'ordre d'un chef qui, a la
'i .ii, aurait dui cesser de l'cil e puisqu'il a oublie son devoir et son
ci nI i alais pour on si grand coeur eL un si fier soldat, pour Petion
Faubert, le trouble sera de court duree "Le vieux sang des aieux
qui s'indigne et qui bout" dans ses veines lui command une
lin ,nplc decision. Elle est prise. Le General sait qu en tout etat de
cause, il doit d'abord obeir a la Patrie 11 n'a pas le droit de se
joindre aux Anglais.
11 trahit la Patrie celui qui manque i ses devoirs envers elle et ses
ulib,.l niiiis ne lui doivent plus obeissance. Aussi, tandis que
d'autres officers lancent ino nsiidileinliii leurs troupes a I'assaut de
la ville, Petion Faubert refuse de faire participer les siennes a une
hI.i,1illc ou les attend un success assure, mais sans gloire et sans
I, ,,nn, ii. II refuse de forfaire...
Apres le combat, quand le Presideni, deja install dans la ville,
recevait les compliments des thuriferaires don't le destiny est, par leur
flatterie, de perdre les gouvernements plultt que de les sauver,





Coins d'histoire 1,

Petion Faubert a ce moment gagnait son cantonnement lentement,
tristement. Et quand il eut tout r6gle, tranquillement, il alla au
President.
Le chef de l'etat etait fort contrarie de l'abstention des tirailleurs.
Son mecontentement etait visible quand Petion Faubert, leur chef
se present devant lui : G6ndral, vous arrivez apres que la table
ait Wte desservie" lui dit le president qui croyait ainsi confondre le
militaire qui ne s'etait pas battu.
Mais notre General, car de tous c'est lui qui a droit A cc titre non
seulement par ses connaissances, mais surtout par son sentiment
patriotique et sa conception de l'honneur militaire, notre General ne
fut pas desarme; il ne se laissa pas prendre au depourvu. II fit cette
response cinglante qui 6tait sa vengeance et sa victoire : pour une
bonne raison, Monsieur le President, je n'aime pas la cuisine
anglaise ,.
Le chef de I etat n'insista pas. II venait de perdre la plus
important bataille, la bataille de la dignity national et du
patriotism. Pour une lecon, celle-ci en etait une. La posterite en a
fait son profit. A l'exemple de Petion Faubert, les haitiens
continent a ne pas aimer la cuisine etrangere.





Coins d'histoire I7


DEFENSE DES ELEVES
ET DE LEUR DROIT


Sous le President Salnave, les eleves de province, pensionnaires
au lycee Petion furent surprise t Port-au-Prince par la lguIe e des
cacos. Is durent bon gre, mal gre, rester dans l'etblikciLcnc La
charge devenait lourde et delicate pour le directeur.
Qitelqluetlc-l-, de ces 6eleves, a la l0M'iiue furent s~'upconned, de
i', .i1'sil des sentiments hostiles au .11' eI 'nemeni parce que leurs
parents, en provinces revollees, etaient pal mi les insurges. L'autolite
t1ilil.imc tenta d'incorporer ceux d'entre eux qui pjri.w-ient capable
de porter les armes. Le directeur du Ivcee, Monsieur J.Fin.mis,
Cauvin, dut intervenir sans cesse pour les defendre. Sans crainte de
P''i di I sa charge (aujourd'hui on dirait placement son cheque ou son
job), il reclama toujours en faveur de ses 6elves devenus ses proteges
Le 'ci,,l,tir c d'Etat de l'lnstruction Publique approuva pklinelmeni ses
dIi,.j.lli's et partageait ses raisons. 11 condamna vehementement, lui
aussi, les entreprises denoncees, contraires a I'education de la
jeunesse, a l'avenir national et contraires egalement aux vrais interets
du -,iii crnement. II fallait neanmoins 6ire, tout le temps, en eveil
pour dejouer les persecutions et les grief invents centre ces jeunes
W-k.i I ,
Le secretaire d'etat de I'lnstruction Publique et le directeur
du lycee elaient d'accord pOLur reconmaitre que I'autorite militant





Coins d'histoire Il

doit s'.ii i tl.'i a la porte des ecoles. Ce qui s'y passe, en tant que fait
scolaire, ne relieve que d'une seule categories de fonctionnaires, seuls
qualifies pour le comprendre, I'apprecier et apporter la solution
just. Les discussions entire eleves, les opinions emises, les querelles,
leur travail et tout ce qui concern, en general, la vie des ecoliers ne
regarded que les maitn ue ou les parents. II n'est pas, non plus, permits
de contrarier ou d'entraver les 6tudes scolaires pour une raison ou
pour une autre. C'est une science, special, qui enseigne comme on
doit instruire et eduquer les enfants.

Elle exclut dans sa pratique, toute violence, toute s6cheresse et
durete de coeur L'enfant est enclin a la bont6 et a la sincerity. 11 ne
comment, ne peut cornmettre, dans l'intention, ni crime, ni delit, ni
contravention, 11 est faible et demand naturellement a 6tre defend
et protege. Le devoir de chacun est d'y penser et de s'en preoccuper
routes les tois que sa conduite ou ses rapports avec les eleves et
ineme avec les parents sont determines par un fait scolaire ou par les
intLreit de FIenfant. Ce petit etre est impressionn6 de faqon different
selon la forme employee dans les relations.
Ce serait mal que de vouloir appliquer, par example, en matiere
scolaire, conine moyen de correction ou de contr6le, les lois penales
edict6es pour la repression des pervertis, des criminals. lr-niCer des
collegiens dans I'armee avant la fin de leurs etudes n'etait point un
moyen d'etendre leurs connaissances.
Quoique I'on fut en pleine period de guerre civil, notre
Secretaire d'Etat de l'Instruction Publique ne crut pas devoir laisser
a I'autorite militaire I'appreciation de la conduit des eleves ou la
decision des sanctions a y apporter.
[,'enfant est constitute d'une patte rolle qui demand, pour etre
faconne, une connaissance special des conditions de son






Coins d'histoire I

Il 'cPl 'pciiKii 11 sera detain ce que ses m.iil I c en auront fait. 11
taut .llic avec lui doucement, patiemmrent. Le ,,lil I. doit I'attirer au
lieu de le repousser. C'est cela qui est enseigne et partout
r'--I 'i lllii, iih' 11 serait bien miserable celui qui, dans un cas
I'cklhI...Iiqii-, recourrirait i la force pour essayer de r6gler par des
in\li,,, tortionnaires ou par des violence morales, une question
pI,',..'r;n]iw ou scolaire Ii..l!rlkLqu- qui interesserait I'ecolier
d ihL ,'i.lml .,111 1 Ou iiU iL i T-'n i'-'lit
Dans les circonstances i.ippi.kc,- le Secretaire d I i,;t avait
o ,r' i, son devoir et son ',lc, il avail compris que l',nij6lc!i 'en de
ces jeunes gens aurait cree au gouvernement qu'il servait plus
d't[.,,!Lcii qu'il n'en aurait pu d ,1nll''mbLcCI.
I'.,r principle et par raison de .,iyc,-.c politique il comprit
line II III son devoir et le remplit loyalement. C'est pourquoi il fit
d 1.1ii aux demarches du directeur du Lycee en assurant la quietude
des potaches.
P,,iII demontrer coilihllb' le resultat est funeste et deplorable a la
j' ic...,- quand on s'ecarte des regles inflexible de l'Jdic.'tioj, il
imfili de rappeler le nI.ilhiei.i qui a suivi le geste d'un instituteur qui
n'a pas su manager le [I..:nilpd .n111 si fragile des 6leves.
En 1910, un 'liiil, \ du i -rl'.l i Ilie,! de I'Instruction Publique
i 'iInnui iqi.i au jeune Cesar C, qui allait se presenter aux examens
du Baccalaureat, le sujet de la composition francaise. Ce postulant
etait un brillant eleve et n'avait pas besoin de cet .,ppoini I en parla
en riant, a ses .. nii., ipl',' Au jour des c'..Ili.lII I'on constata que
les renseignements ctaient exacts. Cela fit du bruit dans le monde
uli -risitaire, scul intdresse d'.iillLcI. Le Departement de
I'lnstruction I'nlii ,i! nommna une commission de trois membres,
trois instiluteurs come bien l'on pense, pour rechercher I'auteur de
l'indiscretion. A peine avail ii recu la depeche ministerielle que l'un






Coins d'histoire 20

des commissaires se i.I i ci chez 1'eleve C.... qui ne pensait deja plus
au sujet de la composition. ,'enqu6teur s'introduisit pIl.'-' iil!,Iln cll
chez ce jeune home el I'iici p1ell.,' a brile-pourpoint : "Vous "',...
bien Cesar C "Oui repondit il tout interloque et ne sachant pas
ce qu'on lui voulait. Ce visiteur ne s'apercut malheureusement pas
du trouble de son interlocuteur. 11 continue a poser des questions
entrecoupees de cette exclamation : "C'est grave C'est grave!"
Le collegien avait fini par perdre tout c, r i nil e de soi et pi c.-i I, .
la raison; i crut, qu'apres cela, i! ne lui etait plus permis de soutenir
la vue des siens et court avaler du poison.
On ne sait jamais ce qui peut advenir quand on se I* Iid mal,
m6me sans le vouloir, come c'est le cas de cet honorable
clilllc[ lc, pjii r reprimer un abus ou I.',!ii'on choisit sans
discernement les agents ou les moyens. La pine ne doit jamais
d6passer le faith a reprimer et ne doit surtout pas trapper I'innocent.
11 iaut aulssi savoir distinguel les degrees dans la culpabilite. Pour tout
cela, les roles doivent 6tre definis et separes. A chacun son metier et
les boeufs seront bien gard6s. I'exemple que je viens de rappeler est
une Icon.
















LE SECRETAIRE D'ETAT RESPONSIBLE


C'etait en 1 :' le 22 mai au martin tandis que le President de la
R p!i',(IC-, le General Florvil I\ pplilic, assistant aux ceremonies
S-li';. I ....-, de la F6te-liL... des coups de feu eclatent a Port-au-Prince.
La prison etait envahie par des citoyens arms qui lib6errent les
I 11 i iiii i politiques surtout. C'etait le .i'nl.il de I'insurrection. Mais
il resta isole. Les autres p.i.--. ne furent pas attaques quoi qu'ait pu
i"!'._ ie plus tard un ordre du jour du gouvernement.
Ceux qui avaient In in 'll .c le movement s'6tant rendu
'iic. 'ipic qu'il avait 6choue se 'p.4ll'f... c l et coururent se mettre a
,I ,.i-.rt pour echapper aux inevitables repr6sailles des autorites. Le
lIwrf de 1'Etat, qui pensait dcja se r6fugier dans une l,.ati,,L se
',.''.,.i; alors. Ayant repris confiance, il decide de chliici les
'"l',.ilc-. 11 le fit et comment.
Pendant deux ou trois jours, Port-au-Prince resta atterre des
t.ll.-!,.-. renouvelees et inutiles auxquelles se complaisait le
1!*' h.itJ i Hyppolile. Fusillez-lui Jl;.iil il. a ce que I'on a racont6,
11, I, '"p fois qu'un In.lillcinreux etait .ii11ix ii tort ou a raison, plutot
a tort. On devenait coupable des qu'on etait .;.ii..l.. commune suspect.
Partout, on se demandait nvec angoisse quand cela finira-t-il ?
11 ne s: iaf iill plus de repression puisque le movement n'avait
,' Ce dure et l'on a compit qLu'un miort du co du co dgouvernement.


Coins dl'hial,,,, ,' 21





Coins d'histoire 22

11 s'agissait encore cmoins de chaitiment car les responsables I : a !.-la
n'etaient pas decouverts. C'est en vain que l'ordre du jour avait
indique certain citoyens cormme organisateurs ou chefs de I'action.
L'un d'eux clait en prison et n'en etait sorti qu'a la faveur du i.
de main sur ce pose.
Le jour mirme de l'attaque on pouvait, a la rigueur., croire aux
motifs de justifications alleges ; les autorites pouvaient pretendre
qu'il s'agissait de retablir l'ordre. Mais le lendemain '? cLes jours
suivants ? Une fois la paix retablie, les ;i p.l-hi avaient droit a la
justice des tribunaux de droit communal qui seuls, desormais, avaient
jurl. ii. 1ii. sur eux. La loi gardait touted sa force. Ainsi pensait-on
partout, ii'II. dans les spheres officielles. Le Secretaire d'Etat de
l'lnterieur, Monsieur Nemours Pierre-l.otuis, luttait dejai pour mettre
fin a. 'etat d'inquietude qui regnait parmi la population de la .,iiill


II partageait le sentiiniet general et attendait I'occasion propice
pour le manifester lorsqu'en entrant au Palais National, un ou deux
jours apres I'attaque, il trouva que le President se preparait a sortir.
Son cheval I'attendait. Un bataillon de soldats etait deja la, sous les
armes, pret a accompagner le chef de 1'Etat. Le Secrelaire d'Etat
comprit mais ne laissa rien i, rIct;i. Monsieur Nemours Pierre-Louis
etait un home et, a cc titre, ne craignait pas de parler A un home
Tres came, ii interrogea le Pil ,ilk ii come c'etait son devoir.
Ou allez-vous, President demanda-t-il'
Je vais fire une tournee au Morne-ia-Tuf ou j'ai appris cq'il y a
un certain rassemblement de gens suspects.
Dans cc cas, repartit le Sec rtaire d'ltat, cc n'est pas a vous a
sotlir, c'est a moi, responsible de l'ordre public et de la security ,
qu'il ievient de vem, a o... maiinlien. C'est moi o i qui s I
contr6ler, imais 1no10n vous





Coins d'histoire 23

11 me faut defendre mon (!) gouvernemnent. J'irai faire cetle
tournee, affirma-til. Le President Hyppolite disait, mon
gouvernement, mon people, mon armee selon Line conception anti-
S,.1, ,i' .lii e et erronee du pouvoir.
C'est une erreur! dit le Secr6taire d'Etat, c'est moi que cela
leu'lllde. C'cst ma function c,,en.iielle de delicnlhe et vous et le
5.','. I. I I'n n.Iii de la Republique tout enter. Je suis Secretaire d'Etat
de I'lnterieur pour cela vous ne sortirez pas.
La dessus, une discussion s'engagea violence entire le President
qui persistait a vouloir sortir et le \ IIm-ii c qui s'y opposait.
Celui-ci tint bon, re \ nil...ii, avec courage et dignity le droit
d'exercer les i:L ;..t.cs de sa function sans Ipai ,_e, sans aucun

I. ',,..nr'.i.i ,i du i'l .ile ii augmentait autant que la resistance
du Secretaire d'Etat demeurait mll,\irk 'le. Monsieur Pierre-Louis
n 'etait pas de temperament a se laisser emouvoir par la colere
I'l I'l. .I illk A un certain moment, I lk'l.Ilile, tout hors de lui,
1111im!l de rage devant cet home qu'il dut re'pectu. ddclara en
in-lii-Kie de defi : J'irai quand ninlwii et, au hb.. .il je lii-lllc i ceux
que je trouverai en faute.
La menace etait lancee et le Secretaire d'Etat I'attendait pour
jouer le tout le tole tout. 11 releva le defi : non President, je vous le
r~'pi,.' vous ne sortirez pas tant que je serai Secretaire d'Etat de
liki iJ.n,. En cc moment vous ne fusillez pas des revolutionnaires,
vous assassinez du monde.


Comment done! s'ecria le IPi .'-ii lal de plus en plus furieux. Oui,
t'l:.'!.~i ,em111. !- s Pierre-Louis, ce n'est pas fusiller, c'est iss.~i .,ii
du i,, i lc maintenant. La repression pouvait se justifier, il y a un ou
deux jours, mais maintenant plus rien ne la justifi. Je n'accepte pas






Coins d'histoire 24

a assume de i ilc. responsabilites.
C'6tait au Pr6sident, cette fois, devant ce courage et cette
inebranlable fermet6, a c ri surprise et a rester coi.
Ceux qui ont assisted a cette scene et qui ne furent pas nombreux,
disent combien elle fut tragique et combicn le Secretaire d'Etat fut
admirable de decision et de came. 11 jouait son pci left -iil... et i1 ini
sa vie pour la protection de celle des autres.
Son attitude ranima certaines personnel pr6sentes qui oserent
appuyer son point de vue no voulant pas que, detain, on leur
reproche in ilcnice criminal.
Quand le Chef de F'Etat se vit ainsi desapprouv6 et devant la
noble attitude de son collaborateur responsible, il se calma peu a
peu, revint de son erreur et, en fin de compete, renonca a son fnieste
project. Cette heureuse solution fut autant a son honneur qu'a celui
du Secretaire d'Etat qui l'avait provoque.
Monsieur Pierre-Louis savai[, a I'avance, a quel exces son
.lillpln. pouvait porter le President Hyppolite. 11 savait qu'il risquait
personnellement beaucoup. Qu'importe! La crainte du danger doit
di.p,1..lillc quand le devoir a command.
Monsieur le Secretaire d'Eltat de I'lnterieur ne s'. I', i pas la.
Pour montrer qu'il entendait resolument assurer la security de tos,
il publia, sous sa seule aulorite, un iin I par lequel il ordonnait de
cesser toute fusillade et menacait des rigueurs de la Justice
repressive lout fonctionnaire qui aurait enfreint cet ordre. Ia
confiance renaissait et I'autorite ministericlle en fut accrue au
benefice du Gouvnenement. lIa position de Mr Pierre Louis dans
I'opinion s'elait fortifiee; il devenait plus indispensable au pouvoir.
Loin de lui avoir nui, son attitude I'avait grand. On gagne done a
totLjours faire son devoir Ce n'est qu'un an plus tard que Mr Pierre
Louis deiissionna. [Jn hominie venait de laisser le pouvoir
















LE DEVOIR AVANT TOUT


Mon enthousiasme de jeunesse ,h.i hdl:iil chaque fois que je
revenais d'une de ces grades seances du Senat de l'annee 1' ; ou
s'etait discut6es il 11 I .'-. importantes questions d'inint, el uei ;al Des
debats toujours eleves, une chaleur de conviction qui se tdeu&, iteil des
paroles des orateurs et qui galvanisait les auditeurs, un came et une
sereine gravity qui regnaient au milieu de I'assemblee dirig6e par un
de ses membres les plus prestigieux el les plus eclaires tel etait, en
raccourci, le spectacle qu'offrait ce ', nil corps.
J'ai la iii.li,.!e de ces beaux jours et de ses grands d6bats qui
faisaient croire a I'avenir Dessalinien du pays et qui (L. eplp;icilni,
chcz les citoyens, I'amour de la liberty sainte. Partout, autour de soi,
I'on sentait battle alors des coeurs d'homme, Alors, on \ i .it la
lutte etait function de existence. La destined de I'homme est d'cil i
toujours pi. it a se defendre. Celui qui, sous une forme ou sous une
autre, renonce a la lutte, abdique, par li, tous ses droits et se soumet
d'avance a la volonte et, le plus solvent, a I'iniquite d'autrui don't il
devient dcsormais I'esclave. La gloire de nos peres n'est-elle pas
d'avoir compris la saintetd et la necessite de la lutte?
Ces grands sentiments animaient encore ces legislateurs de 1903,
deputies et senateurs, don't la conduite faisait la force et le respect de
I'institu ion 'i 1 !, ils 1 ,i 'i :'. ,, Ils la rendaient inaltaquable


Coins ,i 'histoire 25







Unc entrceri.i contre elle est tout de suite jugee temeraire et perd
fatalement celui qui la tente. Les eclipses du Parlemennt lui preparent
tooujours une brillante resurrection.
11 advint done qu'a la session extraordinaire du debut de 1903,
le pouvoir executif soumit I il i't projects de loi au vote du Corps
Legislatif Leur examen a etc laborieux. A la ( iIl.rI, -,I deputies,
certain projects avaient subi d'assez profo.ndes modifications ce qui
avait creek une certain tension entire deputies et Secretaires d I rt.i
interesses.
Au Senate, on alla plus loin. On decida d'ecarter certain projects
et de leur en substituer d'autres plus conformes aux inil': pa du pays
et plus adapts aux necessities de l'heure. 11 n'en I.11 liI pas
d'avantage pour exasperer des fonctionnaires a court vue de
I'entourage du Pr6sident de la Republique. Incapables de
comprendre Ics raisons des s6nateurs, ils se sont, helas imagines
que c'etait un besoin id'opposition qjui aiiniait is auteurs des coiliiie-
projets. Cet etat d'esprit, cree au course des discussions a la
Chambre, se fortitia et s'anplifia devant le Senat.


Mais nos intr6pides Peres Conscrits n'en avaient cure. Ils
poursuivaient leur besogne sans s'inquieter des clameurs de la
meute.
Pour essayer d'avoir raison d'eux, tous les moyens ifurent mis en
oeuvre. 11 taut dire a la gloire des Senateurs qu'ils dedaignerent
jusqu' l la fin de considered les proc6des d'intimidation. Ils defierent
tous les chantages. Ils firent leur devoir incontinent. Forts de leur
position, les fauteurs de ces manoeuvres, quoique dcsapprouves par
les Secretaires d' Etat eux-memes, ne continuerent pas moinis leLurs
menees tenebreuses A la veille de chaque seance, une 1'i !" iii.1
etait lancee plus precise, plus extiravagante ique la precdce det. ILeurs


Coins d'histoire





Coins d'histoire 27

auteurs en assuraient I'authenticite et affirmaient que la source etait
sure. Et nos senateurs, c'ep!qlles continuaient a travailler en
conscience, suivant leurs opinions, ne tenant point compete des bruits
qui circulaient sans jamais se realiser en fait.
Quoiqu'il fut avere que les agents de l'intimidation ou de la
pression ne depassaient pas les menaces, ii arrival cependant qu'un
jour, au fort de la crise, certain, sans .l'i convaincus, gardaient
I'impression que, mame a l'insu ou a I'encontre des Secretaires
d'Etat .I,m lo:- cerveaux briles, IntlIeds etaient d6cid6s a tout
braver et a tenter un coup centre le senat ou contre les s6nateurs.
C'est ici que se place un des gestes les plus admirables et les plus
emouvants d'un membre de cette assemble qui comptait tant de
membres coutumiers du courage et de la dignite. Le senateur Arthur
Bourjolly etait malade et retenu au lit par un fort acc6s de fievre. 11
apprend ce qui se dit et que, pour beaucoup de personnel, il ne serait
pas impossible Lqu'on essaydi queique mauvais coup. Que faire
Lui, le senateur, ii ne i iili guere A tant d'audace de la part des
meneurs. Mais si cependant, malgre tout, ils allaient tenter quelque
chose ? Comment expliquera-t-il son absence? On sait qu'il est
malade. lki, jusqu'ai quel point cette maladie l'excusera-t-elle aux
yeux du public? 11 est perplexe et ne trouve qu'une solution i cela.
C'est d'&iic d son poste. 11 rassemble toutes ses forces, et MENS
AGITANS 1MO! .I', sans une minute d'hesitation, tlraInqiiill, il se
rendit au Senat. Son arrive flit une surprise. On ne pouvait
s'cxpliquer cc geste. Malade, Bourjolly venait se fire excuser. II
fut I'objet de I'interrogatoire curieux de ses colleagues. Pourquoi
cette imprudence ? Qu'est-ce qui vous a determinTe a venir? Le plus
naturellement du monde, il dit ce qu'il avail appris, sa perplexite
pour le cas ou6, malgre tout, une aggression aurait ete tentee en son
absence. Non, dit-il, senateur partageant vos idees, ayant les






(Coins d hliifiri 28

mrmes buts, je dois subir le sort common. J'ai appris que le senal
peut :ii, attaque aujourd'hui Premier Secretaire du bureau, je suis
venu occuper mon post et courier le danger qui nous est announce >.
La grandeur et la beauty de ce geste 6murent les autres
scnateurs, come bien I'on pense, et leur admiration pour tant de
magnanimite se communique a l'auditoire quand il fut renseigne. La
seance ne dura pas et le senateur Bourjolly en fut incontestablement
le heros. On parla longtemps de ce geste. Nr.c faut-il I..I en garder
le souvenir pour les generations a venir, leur apprendre, !p ainsi,
qu'un pays qui a eu de tels enfants merite de vivre.
















LA FORCE CEDE AU DROIT
Le 20 Novembre 1896, le tribunal correctionnel de Port-au-Prince
jugeait avec I'assistance du jury et pour ddlit de pII cLc, Messieurs
Le onidas Laventure, Pierre Fred6rique ct Camille N. Numa. lls
etaient prevenus i avoir 1'. i la voie des journaux LE I I.I .I. 111 EN
et L' I N'ARTIAL, outrage le Secretaire J! lil des I,1-alc~ dans
I'exercice de ses functions et a 1'occasion de cet exercise.
Quoi! dirent quelques jeunes gens mal avertis des choses du
passe, !(qu i leschoses ii' ii .. ainsi a vant '15 Parti respect elai
professes en ces temps-la, par les homines au pouvoir, pour la loi et
les droits des citoyens?
Oui, Messieurs, chez nous la loi a toujours eu son temps d'.-ia ll
ct les forces du droit et de la liberty ont constamment livr6 la lutte a
I'arbitraire et a la tyrannic. Le pI. oil, quel qu'il ait ete, s'est
toujours preoccupe, un peu phIh un peu iini i.. de l'opinion
publique. On en tenait compete. Et quand I'equilibre etait trop
violeimment rompu, le pouvoir l'apprenait a ses depens. C'est pour
I'eviter que la loi servait de boussole aux plus reflchis. A cette
epoque, le pays cherchait sa voie. Nos bouleversements politiques
avaient leur signification favorable. Ils etaient, en some, moins
desastrecux que plus d'une greve chez ceux qui nous critiquaient. Et
il y avait quelque chose de just et de noble au fond de nos
revendications que provoqluaient un besoin idealist e de mieux dire


Coins i 'histoire 29





Coins 11 lnhim 1, 30

moral et materiel tandis que leur greve s'inspire le plus souvent, de
la hainc, de I'ecnvie et de satisfactions materielles.
C'est le sort des belles idees et des grands iI i ip, de servir de
tremplin et de porter en eux Ic chitiment de ceux qui les exploitent
pour des fins cgoistes. Tout est dans la lutte. Hlle scule permit, par
progression, la realisation relative des grands ideaux. Ainsi va le
monde et, pour notre part, nos 1.il inc1icI salutaires auraient fini
par nous fair trouver la route A la lpoursuite de laquelle tant de sang
genercux a couple. II tut souhaiter le retour de nos 1,,. ',.. periods
d'agitation et de luttes. L'etat statique en politique, est un etat de
regression.
Le process du Ralliement et de I'lmpartial reprcsentait la lutte de
t'autoritarisme et de la liberty. Opinion publique .. n ..i i,
l'arbitraire de sevir et foria le pouvoir a def6rer les journalists
prevenus a Ides juges, a Icu s juges naturels: le tribunal correclionnel
avec assistance du jury.


Le tribunal etait, au jour du jugement, preside par Ic doycn
titulaire. Monsieur A Dycr. A cause des liens spirituels qui
m'attachent a ce grand disparu, j'eprouve une grande joie a proclamer
ici ce qui, aux yeux de ses contemporains, le laisait estinmer et le
signalait come un module de magistrate. II se distinguait par sa
science et par sa probity auxquelles etaient joints son ;ii'I'.k ii.dii et
son sentiment du devoir. Un jour 1'homrnage le plus eclatant et le
plus d6sinteresse f'ut rendu it nos juges, en sa personnel. ILe president
du Tribunal de Premiere instance de la Seine, choisi pour fixer
I'indemnnite que rdclamait un sieur Alexandre, miinii'ii,.1I Ii ,,,.;
etabli a Port-au !'iL ., exprima son etonnement de voir nci malgre
la belle et jusIt decision du tribunal civil de Port-au-l n, 1 rendue
sous la presidency de Nr le dIc yn IDye re jetlan les plrtentioins du





Coins d'histoire 31

I.ilIiin.lu i.iii ,ri.i. on ait admis le principle de la reclamation. Aucun
ii ii ii.il I i a s.i ,. selon lui, n'aurait pu mieux juger.
C'est ce model de magistrate qui presidait I'audience
correctionnelle du 20 Novembre 1896. Tandis que le commissaire
du gouvernement exposait la prevention, le commandant de
l'Arrondissement, qui etait dans l'enceinte depuis un moment, se
1.u I ,.I; vers les prevenus et, designant Mr. Laventure, ordonna a ses
hommnes de l'arr6ter. Jamais geste ne souleva plus d'indiunailion
que cette insulte a la justice. Le Doyen du tribunal etait
heurcusement de taille a reliever le defi. II ne saurait accepter une
!',w -ilk tache a sa dignite de Magistrat. 11 haussa son energie et son
sentiment du devoir a la hauteur de la situation. 11 sut fire reculer
le representant de la force. Ce jour les armes 'ont cede A la la I'-'
Pour qui C.,in.it l'omnipotence de l'autorite militaire, il est facile de
se rendre bien compete du o ,ic.'c que representait 'attitude du
DIoyen repoussant, canie mais ferine, ia provocation injustifice.
L'assistance eut aussi sa reaction et n'hesita pas a manifester sa
repulsion pour cette vaine tentative d'intimidation. Solon Menos
pour la parties civil, Isnardin Vieux, Luxembourg Cauvin et
Labedoydre Cauvin pour les pr6venus se solidariserent spontan6ment
avec le tribunal en cette circonstance qui aurait pu devenir tragique;
le Doyen Dyer n'etait pas home A reculer surtout devant le devoir
impose. Un i.i, ii 'i assez vif s'engagea entire les deux autorites.
Les journaux n'ont pas rapport toute la scene et pour cause.
\l"V.,ici,'i le Doyen, quoique surprise et indigne, ne fut pas
desempare
De sa voix forte et grave, il cria au militaire "Qu'est-ce que vous
venez faire ici, General ? Ne savez-vous pas que les prevenus sont
sous ma seule autorite et 'c.'. seul j'en responds? Vous n'avez ici
aucun droit. A I'audience, vous dependez de moi. II n'y a qu'un chef






Coins d'histoire 2

ici, c'est moi. Vous meme devez ob6issance a mes ordres. Je ne vous
reconnais pas le droit d'agir ainsi. Veuillez vous retirer"
Li-dessus, un exchange de paroles. Le Doyen, de plus en plus
indigne, refuse d'entendre le Commandant de I'arrondissement. II
prevent I'oflicier de police en service ce jour au tribunal qu'a lui
seul, le Doyen, 1'escouade doit obeissance au nom de la Loi et qu'il
ordonnera, a l'occasion, de faire sortir de la salle n'importe qui
troublera l'audience. "Je ne represent ajouta-t-il qu'une force
morale mais l'armee et la police doivent executer mes ordres et me
pi" cic leur concourse "
Le Commandant de I'arrondissement pour sortir de ce manvais
pas s'empressa de saisir l'occasion que lui offrait cette categorique
declaration et repondit au Doyen : Notre concourse vous est
assure.
L,'attitude general et la fermete du tribunal ayant fait echouer la
ianoeuvie, ic miiiiaire s en alia et ne reparmii pius jusqu ta a iainH du
process. C'ctail .. I11 fut assurement heureux de trouver un moyen
de se retire de l'impasse ol il s'etait malencontreusement engage.
Le came r6tabli, ;:.c.i i l'energie -itii.nIii i iic, ,i, du Doyen, le process
se deroula sans aucun autre incident d'importance (1).
La situation de Me. Solon Menos, avocat de la. parties civil, fut
particulierement gne6e .ipi ,' intervention de la soldatesque brutal,
selon la courageuse expression de Me. Isnardin Vieux, avocat du
prevenu Laventure. Mais la parties ful belle pour les avocats des
prevents. Ils parent aisement montrer que I'accusation servait de
pretexte a~ un essai d'etranglement de la justice aussi bien que de la
press. "La parole, disait Me. F.I Cauvin, avocat de Pierre
IFrederique, a mis en question le droit de tous, le droit qui appartient
a chacun de nous de surveiller et de controler la gestion des at'aires
publiques et quti ne se peut exercer, qui devient un vain mot, sans la








liberty de la press politique; cette liberate si necessaire au bon
government des societies, si feconde en progress chez les nations
modernes, don't I'abus ,nii .,. est moins deplorable que son absence"'
Le jury, a I'unanimite, renvoya les prevenus de la prevention. Ce
fut une belle et reconfortante journey 'i i'i la liberate, pour la justice
et pour le Doyen Dyer qui, ce jour, les avait personnifiees. Le
civisine avait vaincu les forces d'intimidation.


(1) A la suite de ce Coin d'histoire. Me. V. (auvin r6pondit al une note du Journal ILe Matin
date du 25 du mime o ois et signie IlIX.
P.S.- e Matin du 25 de ce moois, sous la signature dc son collaborateur Lux, trouve
quelque pcu normal un incident que j'ai rappeld dans mon article paru ici vendrcdi de la
sinaine pass6e.
Lux dit : ILc prdvenu (L,. Iavcnture) tail sous la main mise de lajustice et mnme de
I'autorilC; or arrter uin prdvein ou on accuse dans cctte position, parait quelque peu
aniot 'nral"
P'arni les prdvenus, suil M. Laventure etall en liberty, les autres 6taient d6tenus. Soul

suspension d'aIudiencce et Imne id'aller chez li si I'affaire devait c0re continide hle lndemain
par example, saul i revenir a I'heure Iixee.
('esl cc que savait, sans doute, le Commnadadant de 'arondissement et c'est pourquoi
il a tentd son coup. Au fond, ii n'entendait qu'essayer une manoeuvre d'inlimidation.
1a iifomet et le courage e tous ont tout faith echouer.
I effect produit par cette manoeuvre 1'ul si deplorable que le lendemain le SecrCtaire
d'Etat de la Justice M. Faine a rendu visit au Doyen du Tribunal Civil pour lui exprimer
les regrets du Gouvernemenit eIt 'a felicitl d'avoir sauvegardl le pI ..... .. i.. la magistrature
et dtfendu la loi et le doil des citoyens.V.C


Coins d'histoire





Coins ( 'I mm iri, 34


LA JUSTICE QUI NE REND PAS
DE SERVICE


Voici un hommnme : Mr Polynice Joseph Janvicr. 11 n'a pas fait dc
bruit dans les [onctions qu'il a occupCes et cependant ii a, et6 un
home de temperament et de caracterc. Place, une fois, dans
I'alternative de manquer a son devoir et a son honneur ou de mourir
de faim par la perte possible de sa charge, il n'a pas hesite une minute.
II a choisi la voie de 'honneur et de la dignity Que lui important, apres
ccia, de si level in jour sans pain n'ayant pius que ia lhim pout ce
soir et la mort pour remain".
Son attitude, contre son attente, lui a plutit bien value. Rien ne
doit cmouvoir, en effect, !''iNii.: home et ne peut ebranler sa
volonte ferme de rester vertucux et de n'avoir pour guide que ses
principles austeres 11 lui suffira toujours, pour sa satisfaction, d'avoir
I.ci ce qu'il devait fire. Tant qu'il sera dans la voie reguliere, sa
conscience sera legere et I'avertira qu'il n'a pas devide Rien done ne
sera perdu et il grandira en valour morale imposant a tous respect el
admiration.
La compromission a tente un jour Polynice Janvier I11 etait alors
juge de paix de la section Sud de Port-au-Prince L'histoire vaut la
peine d'etre contie Ilie est tout a I'honneur de ce magisral et de
ceux qui ont su I'encourager a se maintenir dans la route du devoir
el lui rendre I'lionmmage que medritail sa conduit





Coins d'histoire 35

J'ai dit que Mr. Polynice Joseph Janvier ne connaissait pas
d'accommodement avec le devoir. II avait conscience de la grandeur
de la tache qu'il etait charge d'accomplir et il pensait qu'une certain
intransigence seyait en pareil cas.
Un haut fonctionnaire de l'ordre militaire le requit pour des
perquisitions chez une certain dame que I'on avait denonc6 i tort
ou a raison, comme ayant un dep6t d'armes et de munitions. 11 se
rendit sur les lieux en compagnie du fonctionnaire. On perquisitionna
et, apres avoir tout N iilc. on ne trouva pas merne un vieux fusil. La
femme denoncee n'avait pas froid aux yeux. Elle causa une grande
surprise au general qui la persecutait, parait-il, en lui apprenant
qu'elle etait francaise et qu'elle allait s'en referer A sa legation.
Trouble du general.

Si I'on pouvait dire que des fusils ou quelques balles avaient ete
trouves'? L.e general tpcnsa tout de suite a s'assurer la complicity du
juge de paix, fonctionnaire revocable et sans protection. Conmme il
s'etait trompe Come ii a ignore combien ce juge de paix etait un
reel juge et par ,Coii.L'ql,[ll un home.
Lejuge Polynice Janvier refusa net de se prdter a aucun acte de
complaisance. Et le general, avec insistence, lui dit : "Rendez-moi
ce service, personnel n'en saura rien. Je vous prornets que si vous
m'aidez a me debarrasser de cet ennui, je vous en tiendrai compete "
"Mais, repondit le magistrate indigne, vous ne savez pas ce que
vous me proposed et a qui vous le proposed? Quand j'aurai 6te seul
a savoir que j'ai commis pareille action, ce serait deja trop Je ne
connais que ma conscience, Vous avez ete imprudent, tant pis pour
vous Je ne dois tire que mon devoir". Ln depit de toutes les
insistances, de toutes les menaces, il refusa et econduisit le potentat.
Le Secredaire d'Etat de la Justice, (I) ainsi que le Presidenl de la






Coins d'histoire

Republique furent mis au courant de I'incident. Le juge fut felicite et
sa position en devint plus solide. Toutes les manoeuvres qui auraient
pu dii tentees centre lui furent ainsi ruinees a I'avance. Le general
s'en rendit compete. Et ce qui s'ensuivit acheva de le d~Lol.... i.
Quelques mois apres, deux charges de juge au Tribunal civil de
Port-au-Prince devinrent vacantes. II y eut beaucoup de candidates.
Le Secretaire d'Etat de la Justice, apres elimination n'en retint que
six et soumit leur nom a I'agrement du President de la iRtlpilli'.-lc
II indiqua les tires qui donnait a chacun d'eux des droits a la
nomination : le nom de Polynice Janvier figurait rii.ti ciilniciii sur la
liste et quand le secr6taire d1 i;lii de la Justice rappela au clh.:- de
1'Etat I'incident qui avait revel le temperament du candidate et
justifiait, avec ses connaissances jpalrji'iic,, son merite et la
recommendation, le President de la R,'Iibil;li n'c le General
T.A.S.Sam, repondit : "''.iir celui ci, il n'y a pas a hesiter. 11 a
droit a cette promotion. Nous devons le rendre inamovible. Sa
conduit est un c-.,iiile qu'il faut encourager. 11 s'agit de combler
I'autre vacance". Mr Janvier lii si bonne figure au tribunal qu'il
passa, iuLclqtnics annees apres, au tribunal de Cassation ou il i,.' ..'..
jusqu'a sa mort.


(1). Me F. Caiuvin















COMMENT ON REPOND

AUX MENACES

Lc;-., ik nm.,ni i! de I,'iiI;.' avail pu unjour, faire oublier la grande
dccption et la terrcur organisce qu'il constituait al Iinterieur par les
reactions de dignity qu'il montrait contre Ics manoeures d'intimidation des
puissances : il .i. qui mnettnt si facilement lcur force au service des
reclamations niilii-, les plus injustes et Ics plus scandaleuses. En ccs
moments de danger national, ii savait qu'il pouvail computer -ii tous Ies
l.,i R;,i adversaires ou partisans, pour I aider, dans une trivc. i reliever tout
deli de I.'li -I. insolent. Et, de leur .,,i les citovens ctaicnt
reconnaissants au pouvoir de cette conliance dans Icur patriotism ct clur
sens de l'honncur national.
C'cst une vertu ductemperament l. iin- d'etre toujours pil;l a oublier les
fautes a I'intericur, pour ne plus penser, en cas dc peril, qu'a la patrie a
deflindr ensemble. A domain les rdcriminations centre les administrateurs!
11 s'agit mainlenant du patrimoine comimun i sauvegarder. Et alors, en avant
Vivc le pouvoir.
Toujours, dans ces circonstances, Ic patriotism de I'l.I1i'I ::.*l. sa
generositd. Mais, par centre, malheur aux gouvernants qui ne Ic comprennent
pas ainsi, qui aident i abattre la ficirt de la nation et I'abandonnn nt n pl.iif i
ia la calomnic et ai Fappetit des metcques Ilibustiers. Soutouquce sut evitcr cet
dcucil e c celt malddiction par son altitude 'i I ,,i iii.- autant que di.iic quand
Ic contre-amiral Victor D)uqueisne, au noin de son I. r.. ..ii..n II N vint
apl)iyer la rIclamnation des I li, nI poi-tlurs dc litres dc la dett extcricure
dl" I aiti.


Coins Il'/rn r'Il i 37





Coins d'histoire '"

Notre situation financiers .,ll.n, en s .1. -i. .1.1p depuis I' clction dc I 's i
et pour faire face aux dcpenses cs plus urgentes le Secretaire d'Etat des
Finances dut suspendrc nmomienanemene nt Ic i.'v-. I des annuits de la dettc
exterieure, Cette circonstancc ful Ic pr6texte c I'cxpedition Iuqucsne.
Quclques annuitds en retard et la I, ,i:- fr'anaise detail dirigec centre nous:
La reclamation fut presentee sous former d'ultimatum et, n I. ,11' par
le charge d'.I di,. de I i!i. Mr Maxire Rk' ha.d qui ne nous aimait pas,
1'Amiral i'i'I -n. I y joindre 1 intimidation.

On represent a I'Empereur, deja iii,.-..' tout cc que Ics procedes
brutaux :-'i'l." a ', en cctte circonslance contcnaient d'humiliation et
d'impcrtinence pour Ic prestige de son gouverncment et pour I' ,i.-!
national II lallait relcver cct affront. 11 ne faut pas quce nous ayons I'air
d'avoir peur de defendre nos droits et notre honncur. Gendralment cecs
menaces sont dirigees contre nous parce que l'on nous -,p !, assez laches
et assez indigncs pour y souscrire.
I'lmpcrecuir pensa que cos conscils tlaicnt salitaircs cl ue la scule
response a fire a IFamiral c'ctait de sc preparer, en cas dc ndcessilc, a ouvrir
le feu centre Fe'scadre. Toute I'armde li't immddiatement misc sur pied.
L'artillerie stir Ie i.' .-, etait pi, i ..'ii centre les bateaux de I'escadrc
tandis que I ir.mi.1i .- en bataille attendait d'entrcr en action. Le people de
Port-au-Prince se solidarisa sans r6serces avec le gouvecercment. Le charge
d'affaires de France et admirall fiurent alors obliges de ceder et d'acccpter
nos conditions. Pour effacer le mauvais effet de cette deplorable demarche,
le gouveement desavoua son charge d'affaires el son admiral Et Soulouque,
pour s' -ii, cantonne clans le chemin de I'honnrur national avail fail
triompher notre droitl






Coins d'hitolir 39


LE PARQUET FAIT RESPECTER LA LOI

La guerre civil battait son plein dans le Nord. Le President
Legitime qui d6tenait le pouvoir a Port-au- Prince n',jipa un;iit rien
pour avoir raison des i 'S.."., Cependant l'insurrection ne rl iNIs.,l
pas. Les necessities d'une situation ,i s' ,l-I.a,,il obligeaient le
government ai prendre les measures les plus energiques. Parfois, on
mettait m6me la I'.,ll ,.' en vacancies. C'est ainsi qu'il fut decld, a
un certain moment, d'envoyer la garde national i la guerre.
IUn martin donc on vit defiler en direction du port, au son du
clairon et du tambour, la garde national composer de peres de
families, de I'.u -,ois presque tous employes publics. Le
commissaire du g,'oi clr ciicii et ses deux substitute etaient a leur
bureau quand passait devant le parquet cette garde national don't la
mission legale 6tait de veiller A la defense de la ville. Cette ill6galit6
part inadmissible au chef du parquet. 11 lui semblait qu'un certain
devoir commandait a chacun d'aller representer au Pr6sident de la
Republique la necessity de revenir sur une measure qui, sans parler de
son illegalite, 6tait impolitique a plus d'un point de vue. Mais qui
oscra le dire au ;I' .It ni11i En pleine guerre civil quel en sera effectt
et comment tout cela sera-t-il interpreted si le parquet entreprenait
cette demarche ? Le commissaire du gouvernemeit h6sita cependant,
non qu'il en eut quelque crainte (il n'en a jamais connu) mais parce
qu'apr&s tout, pareille demarche ne rentre pas dans les attributions
precises et defines de sa function N'importe! En tant clue






Coins d'histoire /I

representants de Il loi et charges de I'appliquer, les membres du
parquet peuvent, quand m.me a ce titre, justifier leur intervention.
Au surplus, une question d'humanitd veut que soient defends des
malheureux qu'on envoie a une mort certain, car ils vont se baltre
sans preparation contre des militaires aguerris.
Apres avoir convaincu ses substitute, le chef du parquet
s'entendit avec eux pour se rendrc immediatenent, en corps, au
Palais National et essayer d'obtenir du President de la Rp'blihi.ll,-
qu'il fasse annuler I'ordre du depart.
L'entrevue fiul tragique. Le commissaire du Gouvernement avait
a pine indiqu6 l'objet de la visit que le President rentra dans une
furicuse colere, contrarie de s'entendre rappeler a l'observance de la
loi et d'etre oblige de rc I'niiilIc, au fond de lui-mnmne, I :. i
d'une measure deja connue peut-dtre dans la ville.

Vous voutx ic/ alce ie jen de ties cnnmclis, a-i-ii dit V)Ius ne
voulez pas que le Gouvernement se defended? et le rest a I'avenant.
Mais le chefdu parquet ne se troublait pas facilement. 11 en avait
deja, dans sa vie, vu bien d'autres, II semble qu'il se complaisait a
ces situations nl,l'- 'nr .'u 11 ne les recherchait pas mais ne les
evitait pas, pour l'ordinaire. Non, Monsieur le President, repondit-il.
Nul d'entre nous n'aurait la ,.I I,: de penser ainsi. us, d6fendons
la loi que vous nous avez charges d'appliquer. C'est a vous a. nous
aider, sinon notre tiche est vaine. Non seulement la loi defend
d'embarquer ces citoyens de la Garde Nationale, mais encore
l'i i.- i1 politique du gouverInement vous l'interdit. Ces malheurcrux
que vous voulez expedier dans le nord ne sont pas assez entraines
pour aller se battle contre des soldats aguerris, habitues l' i,! des
mois a la vie des camps. Ils vont 6tre immoles. Et chaque famille en
deuil, dans cesC conditions, vous deviendra hostile. Ce nest srtement





Coins ti "iif 4

pas li le but aucIul \ous tendez. C'est dans l'inkll r. bien entendu du
gouvernement que nous venons vous rappeler les prescriptions de la
loi. F1 les substitute soutenaient de leur attitude egalement
enm. _ir!lc. la discussion a laquelle ils avaient pris une part
courageuse. Le plein accord du parquet augmentait I'exasperation
du President. Le c ll,,n,, s'6tait a ce point envenime qu'a un
moment le chef de l'Etat, tout a faith hours de lui et d'un geste brusque
qui ne lui etait pas coutunier, se retira, laissant au salon le
commissaire et ses substitute. Tout etait g. et la situation allait
apparemment tourncr ral. I1 n'y avait plus d'espoir pour la
conciliation et I'accord.
Le parquet etait compose d'hommes de la generation de trente
ans de cette epoque. Jamais, its n'auraient hesite i sacrifier les
meilleures situations i.iii.-l 'i c s'ils devalent les gagner ou les
conserver aux depens de la v6rite ou de leur dlinilc Pour qui les
connaissait ii n'y avait pas de doute conine ii etait certain qu iis ne
s'en iraient pas du Palais sans avoir dit son fait au President. Tout
I'arsenal du Pays n'aurait empiche le chef du p. rquct de fire sonner
les verites de sa plus forte voix et de tout son courage. Et I'on s.il
s'il en a'iil. Dieu merci! forte voix et in. Il c iO.gc, le commissaire
du Gouvernement. Avisant I'aide de camp de service, il lui demand
d'aller dire au President que le !P.i qlcl dtait encore la, qui
l'attendait. A ce moment, le chef de I'Etat reapparut. Son visage
etait visiblement calme, les yeux reposes et le regard pliiinl,
tranquille. Mais le ~I ,~!ii i-. ,di du Gouvernement n'en a cure. II se
levc, tout bouillant d'une colere sourde et retenuc et, decide, comme
d'ailleurs les substitute, a jeter ensuite leur admission. Monsieur le
i'P. i. rni dit-il, savez-vous cc ,111, vous venez de faire.........

11 n'eul pas Ie i !.I de continucr. ILe President I gitirme






Coins d'histoire 2

I'interrompit brusquement et, d'un ton came, s'adressant aux
membres du i;.,i!i.' iI -. i.ic I s, dit il, je vous prie de n'exculser
de mon (_- I.1 de tout a I'heure. Mais a, quelque chose in l!'., v- est
bon. Cela m'a permnis de reflechir. C'est vous qui avez raison. Je me
rends compete, a present, que vous !'e. reellement des amis du
gouvernement et des fonctionnaires loyaux. Je vous remercie de
votre demarche. Je vous demand mi`'i'iL toutes les fois !;I. vous
constaterez que je suis dans la mauvaise voie, e m'en avertir
comme vous venez de le fire"
FI n'etait plus possible apres cela de rien lui dire. En verite, me
disait I'ancien chef du (j i!II'l q(ui ima raconte I'histoire, je ne
pouvais pas me defender d'une certain notion devant ce geste du
President de la R!-p~ li i,. reconnaissant son erreur et le i.vmt .. ,.
i ses fonctionnaires. Ce geste d'un liberalisme rare et qui tmnoigne
d'une grandeur d'lli. el d'une larger d'espril de civilise de grand
slyie, mie ipari d i'ne beaute incomnparabiie il i'a emu ce jolr au
point de laisser en moi tune impression i, 11'1I, Ilble. Quel dommage
(qu'un pareil home n'ait pas pu achever son mandate!
Et quel dommage, ajoutai-je a mon tour, que les chefs d'Etat
n'aient pas toujours cu, a leurs c6tes, des homes d'un pareil
courage. Mais j'allais oublier de iii c quels ont et6 les membres forts
du parquet !ui ont montre une tell conception de leur mission. Le
commissaire du gouvernement s'appelait Iluxembourg Cauvin et les
deux substitute. Messieurs Anvienor Vieux et Emile Deslandes, nati
lmelioribus annis l e lendemain de cette entrevue, on faisait donner
une explication quelconque pour justifier la tourine" de la Garde
National en ville.






Coins d'histoire 43


LES ETATS-UNIS
MENACENT DE LA FORCE

Un citoyen anericain (son nom imported peu) ach6te des articles
a bord d'un bateau en trade de Port-au-Prince. Quand il en descend,
il est .irC, et remis a la justice !por delit de contrebande.
Condamne, il s'adresse a sa legation qui prend sa cause en mains et
present pour lui une reclamation. Cette reclamation est produite
directement au I'll.id, t Hlyppolite. II renvoya le diplomat au
Secretaire d'Etat des Relations Exterieures, seul qualified pour
discuter la question, Le titulaire du portefeuille etait alors Me
'dmiond l.espinasse II nous etait demand de de librer le condamnu
citoyen 1tilL.ii de l'indemniser, avec, en outre, des excuses ou
des regrets. Un delai etait fixe pour donner satisfaction et dans
I'intervalle, la legation .'ipLiiL lil toutes relations avec nous. C'etait
net et c'6tait violent. Le procede etait Il .intl- et inusite. C'etait la
premiere fois qu'une grande puissance s'avisait d'en user dans ses
relations avec nous. Le President et le secretaire d'Etat des
Relations exterieures rcconnurent tout de suite que ce n'etait la
qu'un pretext. Au fond, on profitait de cette occasion pour Idc.l1
un autre compete, un compete plus important. A ce iomeicni ii se
discutait entire les tEats-Unis et la Republique Dominicaine la cession
ou le bail de la baie de Samana. E1. le Gouvernemenet halliiIn se
denenait, conmne de raison, pour fire echouer cc project dans
l'inllI i- cominmun des deux peuples et pour IFequilibre du continent.
I.e Secretaire d'Etat des Relations I Ai ~.l1,ILIn essava d'entrer en






Coins d'histoire


relation avec la legation des Etats-Unis pour discuter. Ce n'est
qu'apres des efforts reit6res qu'il put obtenir une response a sa
.ip.L-lhc L a legation n'entendait reprendre formellement les relations
qu'apres l'acceptation de son ultimatum.
La situation paraissait vouloir s'.a'r.i, or. Eit le Secretaire d'Etat
des Relations Exterieures, Me Edmond Lespinasse, a un certain
moment, dit loyalement son sentiment au gouvernement. Pour lui,
I'attitude du Cabinet, ses demarches pour faire echouer les
pourparlers de I'affaire de Samana ont determine Ie gouvernement
de Washington a prendre cette voie de pression. Le but reel etait de
cr6er une crise minist6rielle qui determinerait, public -cle, le nouveau
Cabinet a renoncer a s'int6resser a la question de Samana.
Mais le President Hyppolite 6tait toujours en eveil chaque Ifis
qu'il s'agissait de l'Independance et de la Souverainete Nationale.
Eh bien!, dit il, ses Messieurs se trompent s'ils pensent me porter
a changer de cabinet. il d ailiCeurs je n accepterai jamais que
l'etranger me force la main Je n'entends pas qu'il intervienne dans
ce qui ne le regarded pas. Ce serait m'indiquer, de f~acon detournee,
qu'il n'accepte pas d'entrer en rapports avec telle ou tell personnel.
De Ia a' mr'indiquer, qui je dois choisir pour lui plaire, il n'y a qu'un
pas. Non, seules les Chambres peuvent m'obliger a renvoyer mon
Cabinet. Secretaire d'Etat, vous pouvez dire au Ministre americain
que 'rrIIm si le Cabinet doit ttre modified, il ne le sera que quand
cette reclamation aura 6te completement reglee.
Quand la communication flt officiellement faite par le Secretaire
d'Etat et que, des jours passes, la .egation s'aper ,ut que ce n'etait
pas une declaration vaine mais I'expression du sentiment de dignity
d'un Chef'( ui n'entendait pas recevoir des ii .' -i il insolites ou
une indication deplacee sur les individus a nomrner, elle dut se
designer a ,i I ,.h I. les pourparlers.





Coins I'histoire 45

Piur11; manager son credit a travers le Continent, le Gouvernement
de \\' ashington evitait, autant que possible, le retentissement des
reclamations :,in .i. ou de la pression pour des fins imp6rialistes. II
:.I n,,,. a ses tentatives de menace et se decide A regler l'affaire
amiablement pour montrer, selon la formule, son desire de maintenir
les bones relations. Mais, ni le President, ni les Secr6taires d'Etat
n'en furent I.l ,,.- Ils avaient ..I I c.-.a-de la dignity n..iiio nlc en
decourageant I'intervention etrangere dans nos af'aires aussi bien
que la tentative de nous .,5,'_I'i qui doit Cii, nomme ou ,!ui ne doit
pas ci l.. nomne.




Coins d'histoire 4(


CONDUITE DE SECRETAIRE D'ETAT

A propos de measures qu'il avail prises contre certain chefs de
service de son .!l-p, element, le Secretaire d'Etat des Finances, Me.
Edmond I .-1.pin.- .c futi invite, au course de la session legislative de
1903, a repondre a des questions qu'un depute se proposait de lui
poser.
Une parcille intervention part inaccoutumec et. dtrange; I'on se
demandait comment le depute allait justilier son attitude et comment
le Secretaire d'Etat considerera cette ingerence parlementaire dans
une alTaire d'ordre purement disciplinaire.
"la parole est au depute Kernizan", i I le president de la
Chambre. I,'orateur expliqua sa position en quelques rmots et, a la
fin, demanda au Secretaire d'Etat de dire les raisons qui I'avaient
determine a suspendre deux de ses employes.
Le Secretaire d'Etat gagne la tribune et, en guise de rtponse,
In.,i un defi superb, inattendu au depute. Je le revois encore, Me.
Edmond Iespinasse, de sa demarche cadencee montant i la tribuinc,
came, tranquille, commune si rien ne se passait sous cette tdte portant,
dans tune cicatrice hislorique, le temoignage qu'il n'a jamais craint de
manifester ses sentiments et d dde fendre ses idees. C'est pour
affirmer son droit d'agir et d'exercer I'autoritde sa function qu'il
va risquer son portefeuille.
Son potrleleuille' Ii n'ien a cure. Ce fe'csl pas de cela qu'il
s'inquiete c'e st son prestige, c'st sa dignity qu'il s'agil de
defend e II ahandonnera volontiers IC '.!in.i .1 ... si ces attributs de
son caractlec doivent tre discutes Aussi. \v'-t milnt rea qu ncW




(Coins d'histoire 47

tient au pouvoir que dans la nmesure o6, en I'excrCant, il conserve
assez d'autorite pour imposer le respect et rendre ses decisions
cflicaces ct pi,, i,.: a la collectivite.
"Ce n'est plus votre opinion personnelle qu'il me faut en ce
moment, Monsieur Ice, i ,. cria le Secretaire d'Rtat des Finances,
de sa voix percante a '.!,i I...lk la chaleur de la resolution mettait une
note original et la rendait communicative. Votre approbation ou
votre d( '.i;i-.!'bation ne me milil pas. 11 me faut celle de toute la
Chambre ct, par ainsi, du pays enter. Pour pouvoir repondre a vos
questions je vous prie done, au besoin je vous some de transformer
votre demand en in l l ,l li. ,it"

Le public, generalement frondeur fut gagne ce jour a cette
attitude d'un \ I 1 ..e qui lance un defi qui peut lui i .O[l son
pol. .-il,. Quand le depute transform sa demand en
ine peli attion, ie Sccretaire d'i tat s', .1.iIi. ., o u du moins ii ni
s'expliqua pas du tout. 11 se content de revendiquer hautement son
droit de rapper tout employee qui tenterait soit par paroles, soil par
ecrit, de s'ecarter du respect qu'il doit A ses superieurs ou qui
commettrait une Iaute sujette a sanction.
Cela fait, le Secretaire d'Etat regagna sa place, indifferent aux
suites. Apres Ie vote d'un ordre du jour favorable, il se retire ayant
raftn'rmi son a.utorite par I'approbation qu'il venait d'obtenir d'une
rnajorite parlementaire ecrasante.
Une telle attitude etait alors monnaie courante. Un Secretaire
d'Itat, soucicux de sa dignity, demissionnait ou jouait toujours son
portefleuille sur des questions de .:iii.;i.. Son autorite et son
prestige personnel se rnaintenaient a cc pix.
A la m1ime dpoque, nt autre in embre du mitme cabinet, Monsieur
Nere Nuna, Secretaie e d'l'1tat dcs Travaiux Publics, se demnettait de





Coins d'histoire 48

sa function pour une question de principle ct le i d-,! I de son
autorite et de son prestige.
Ah! quel home! 11 avait une s6renite qui d6celait une .'ic
ili1,'] tl droite et une volonte inebranlable. Le jour de sa admission,
il n'avait pas change d'une line. En home conscient de ses devoirs
et de ses responsabilites, ii paraissait plut6t soulag6. Aussi, ii n'6tail
nullement emu. Beaucoup d'autres, i,.'l-il -,'1, laisseraient fire pour
rester en function. Mais lui, il ne le pouvait pas, il ne Ie voulait pas.
Pourquoi cette admission? Voici : du Palais National on lui avait
exp6die, un jour, une commission que le I i', .w I ii de la Rlepblique
avait signde en faveur d'un citoyen contre la nomination duquel il y
avait de serieuses raisons a fire prdvaloir. Le Secretaire d'Etat des
Travaux Publics estimait que l'investiture 6tait impossible et qu'on
devait renoncer a cette nomination faite d'ailleurs a son insu. Apres
avoir entendu les explications du Secretaire d'Etat, le PI'..i I..iii de
la Republique paruit tre d'accord avec ui.o Mais quelques jours
apres la m6me commission ilut expediee au Departement. Ie
Secr6taire dI I .i. comprit. 11 la retourna et, cette fois, l'accompagna
de sa admission.

Ces manifestations de rectitude, ces reactions de la dignity chez
nos homes publics etaient normales, presqu'inaperues alors, tant
on les trouvait naturelles et parce que cela devait Ci on ne s'en
faisait pas un merite, leurs auteurs 6taient dignes en dehors de tout
eloge. "Vous 6tes pur, disait Hugo, parce que vous Oit., pur".
L'hermine n'a aucun merite a itre blanche. Ainsi pour ces
homrmes. De i.llc.., conduites servent de legon et d'exemple. ('est le
ble qui leve. Voyez comme il tait bon de semer le bon grain. Ces
deux concitoyens sont parties, mais l'exemple de leur conduit
indique encore la voie ai ceux qui veul bient ie faite, ii profite leurs





Coins d'histoire 49

descendants qui entendent les continue. Me. Pierre rll'rkllk
Lespinasse faith honneur a son pere. Monsieur \cire Numa, a pour
continuateur intransigent de ses vertus des fils qui lui ressemblent
et parmi eux, Me Edgard Numa, l'une des plus belles figures de
notre milieu. Et considerant le patriotism, la science du li i le pere
aurait pu, content, repeter les mots d'Horace: NON OMNIS
-1I )RIAR.






Coins d'histoire 50


EXAMPLE DE COURAGE

Au course de I'annee 1895, il y eut quelque agitation politique
aux Cayes. Cela donna lieu A des tiraillements entire diverse
autorites de la ville. Le gouvernement pour tirer la situation au clair,
manda A Port-au-Prince, certain individus qui lui 6taient .;,:,li.
parmi lesquels se trouvaient, Monsieur I'ii lp,.- Argant, Lannes
Apollon, Ili i, Roux. Quelques-uns etaient ii.,'n' des
fonctionnaires. A en croire les rapports, les uns travaillaient au
replacement de certaines autorites de la ville et les autres etaient
suspects de propaganda en faveur d'un candidate a la presidency
Colerique a I'ordinaire, le President souffrait mal de telles
attitudes d'independance. Aussi, des le debut de l'entrevue qu'il
accord a ses citoyens, un dimanche martin a Carrefour, en sa villa de
Mon Repos, manifesta-t-il la contraricte qu'il eprouvait des activities
vraies ou supposees de ces messieurs.
Vous c-i des inconsequents, vous voulez me fire revenir sur un
etat de choses q(ue vous niil"wl avez cree, N'est ce pas vous qui
m'avez faith appeler, au post qu'ils occupent, ces personnages don't
vous demanded le replacement leur dit-il.
Un pareil debut rendait assez difficile la conciliation et I'accord,
les "inconsequents" justifierent leur attitude passee et expliquerent
comment elle ne pouvait indefiniment ni les lier ni lier le
Gouvernement. PI'l les responses 6taient justes, plus le CIwr. de
I'Etat s'encrvait au point de perdre toute measure. II menayait avec






Coins d'histoire

des eclats de voix. Vous etes des ':n.- p,,i.,Iuln.. repetait-il en y
ajoutant des inots de o ,!-. en plus durs, ne se rappelant plus qu'il
etait en presence d'amnis ou de partisans don't la loyaute ne faisait pas
de doute, el qui, avant tout, etaient des citoyens et entendaient jouir
de leur droit d'opiner sur les aflaires publiques qui etaient les affaires
de tout le monde et non la propriety du Chef de 1'Etat. C'etait done
le.ur devoir de i.: .i..-i ce qui leur paraissait plus convenable et plus
confomne a l'evolution de leur department t et a l'i lli general du
pays. Le Gouvernement de la R'o,,ini,~p'i etait essentiellement
ip.,..i ii et .k'ii i ,iqii,- L[ 'etat d'esprit du President lui avait
failt, ,iuli i tout cela, surtout qu'il avait des homes en sa presence.
I'!plpp. Argant, l'un des plus jn..,, i. se charge de le lui rappeler.
Ah! lajeunesse! Comme elle est belle et admirable quand elle abrite,
pour les defendre on les fire valoir, I'honneur, la dignity et la fiertd.
Philippe Argant estimait qu'il n'y avail plus de rnesure a garder en
presence de qui la depassait.
Ce n'est plus le moment de defendre ou d'excuser son altitude.
I.e terrain est autre. Argant se leva et d i au President : Je ne peux
pas permettre que vous me parliez ainsi, Monsieur le President. Je
ne I'ai jamais permits a personnel. Et si vous n'etiez pas President,
jamais vous n'auriez ose me parler de cette facon. Je ne l'aurais pas
tolere."
LIon raconte que le Chef de l'Ftat n'a !iI eu ce jour la presence
d'esprit de se ressaisir ii'ni 'Ji.irn.I rl Le coup etait, en effect, dur.
II se leva et allait a Argant en vociferant tandis que son interlocuteur
repondait sur le I.,-ic ton.
Ie gendre du President intervint, et aide des assistants, il fit
partir Argant et ses coinpagnons. I'incident n'eut pas de suite. Le
'i. l. ,I~I Hyppolite savait souvent t .. *,ii.iit, ses fautes ou ses
crreurs. Ccs Icssietlurs, qui etaient des fonctionitaires, nc tILrent c .. .





Coins d'histoire 52

re6,w-il m'a affirmne \I C. ., iI, ..il, I'un des temoins de cette
scene. Le President s'est rappele, sans doute, le concours devouc
qu'ils lui avaient done peu de temps auparavant. 'i lui avait aussi
fait iciii..n!ilci que c'est le droit de tout citoyen de penser, s'il a des
raisons I',li,.ille qu'un fonctionnaire n'est pas a sa place; que cela
ne doit pas Cii..- impute a crime. Celui don't on voulait le J..) -l. c-ni- !!i
ne garda point rancune a ses adversaires. Quelques-uns sont devenus
ses amis dans la suite.
P'c! apres I i udeIo, ces honorables citoyens rentrerent chez eux
etc i'': c'Lii leur post, I'llihl.pc Argant ne fut point inquiete. ( i
avait respected l'homme en lui.






Coins d'histoire 53


JE VOUS EXCUSE...

On a beau dire du General Nord Alexis, President de la
Republique de 1902 a I "' Sa residence i 'iic'i e lennie lui a
i' .,i. de donner la measure de son temperament combattif a
I'etonnement de tous ceux q.iI; considerant son .-~1lnd age, lui
supposaient moins d'ardeur a la lutte.
Sa politique interieure ctait arbitraire ct tyrannique, c'est
dommage: Et il I., I'en NI.lin. i sincerement. Nl,ti, ii en allait
autrement en ce qui concern sa politique extirieure. Par sa
conception de nos relations avec les puissances etrangeres, it donnait
au pays une l,.-_liil, satisfaction et il rejoignait directement ceux qui
1nous ont cree la patrie luilil'li.
Avec Nord Alexis, la dignite national etait cn'l.linui ni
sauL\ i .n.% ,. Aussi, l'etranger tioLus I,",p' -li.i il, au moins chez
nous. Aucune de ces attitudes .111..i-iilcs derivant de I'absurde
conception des blancs de leur supdriorite .i.i.il- n'etait toleree. Les
ressorlissants des plus puissantes nations etaient obliges de se
montrer humbles et reserves et de se conformer a l'orthodoxie
politique du gouLvernemcnt. L'on sentait revenir en nous I'orgueil
des .i i'i ,t qui, les premiers, sorlis d'une race que les blancs
proclam6rent inferieure, avaicnt, sur les i i.ini,! de bataille d'lh.til
demontre la superiority de leur genie militaire sur celui des soldats
fianiais, les soldats de Bonaparte.
Notre glorieuse campaign e de 803 n'a jamais etc jugee a sa






Coins d'histoire 54

valeur exact. I l. est d'une iip, iI Ir.'ce historique considerable. Elle
constitute une date inoubliable. Et il faut attendre cent deux ans pour
trouver une nouvelle et pareille ecrasante defaite infligee par une
nation de race dite inferieure i un autre piilc!. de race
blanche ... .......
Nord Alexis resumait ceux don't il voulait retablir le culte,
respecter et suivre les traditions; il se rapproche de Dessalines. Ce
n'est pas lui qui aiderait a fire le silence sur ce grand genie de la
race noire don't, sans s'en douter, on dirninue la gloire et le merite en
lui opposant des pr6decesseurs qui n'ont pas pu r6ussir ou des
collaborateurs qui, loyalement, se sont inclines devant lui qui avait
la force et le genie pour tous.
Nord Alexis etait un Dessalinien sans reserve. 11 ne ml;,-' l' ; pas
de le laisser pI.11ii, c lorsqu'il lui fut propose d'accepter, pour clore
un incident diplomatique, de presenter des excuses ou d'exprimer
des regrets aux Miisres de Fanc et de ance et de pile d'Ailemagne. Un
fonctionnaire avait, un soir, blessed I'un d'eux d'un coup de pierre
lancee contre la voiture de ces diploinates qui n'avaienl pas voulu
obtemperer a l'ordre de rebrousser chemin; la route dans laquelle ii
s'6tait engage 6tait interdite des six heures du soir. C'est la route qui
est situ6e a l'Est du Palais National.
Ni excuses, ni regrets, avait dit le President. Et c'6tait grave, car
il n'dtait pas facile de faire revenir ce vieillard sur une decision qu'il
avait prise. Cependant, le Secr6taire i II I des Relations Ext6rieures
insist et fit taut que le Chefde 1'Etat accept. Mais, BON DIEU
PUNI'M (a) avait-il di (c'etait la son juron familiar et le seul
d'aprds ses amis et ses collaborateurs) ils n'auront pas envie de
recommencer C(elte r6flexion rendit les uns et les autres ii 1r1c, l.
Quand mrme, on .11m Ie la visit.
Au jour fixe, les diplomats fii.,,mi et allemand, d'accord pour





Coins it "i, r.ie e 1 551

la circonstance, se c i,, hicin au Palais National, fiers et superbes.
I eur morgue iil ii, encore ue Ibis, humilier l'orgueil du negre. Ils
durent vite dechanter. A leur .1I i c ,I,. le President Nord Alexis se mit
a leur refaire le recit de la scene au course de laquelle Fun d'entre eux
(le Ministre e I.,iiI,' flut blessed. I1 leur .pppecl.i que le fonctionnaire
avait une consigne et n'avait pas le droit de ne pas 1'executer sans
s'exposer a subir les plus dures sanctions. "Vous .les en promenade
ct votre voiture passait par une route interdite a cette heure,
continue le I'P,'in. aii Ce n'est pas de la faute du soldat. Vous avez
ete dans I'armee, chez vous, Messieurs, et vous savez ce que c'est
qu une consigne mii 1 ii. Aussi, je vous excuse"'
Et le Pr6sident se tut.
On pretend Ic,,- le ~ni ,i:.. d'Allemagne, Monsieur Von
Zimmerer, ouvril de grands yeux et regard son college, Monsieur
Paul Desprez, cornme pour lui demander si, par cette phrase, le
general Nord Alexis avail r.:.ii ini, adresse ies excuses reclamnees.
Mais le 'm I .ii.. de France avait des instructions formelles, p, ail-il,
d'eviter le plus possible des aftaires avec notre gouvernement. Aussi,
fit-il semblant d'tle c satisfait et sans aller plus loin, voulant fair le
rnuIII1 il s'IIIpi.... de repondre : "Eh : bien, oui, Monsieutr le
P'lr c ilIIi, nous comprenons, vous regrettez l'incident et vous nous
faites des excuses'
Mais le President n'entendait pas du tout en fire. II repartit :
C'est cornme je vous dis, le fonctionnaire aurait pu fair feu sur
vous, a cette hcure of ii faisait deja presque nuit. Et c'est une chance
Ci'il ait employee des pierres au lieu de se servir de son ii!,il Aussi,
je vous excuse.
.Une ou deux lois le lini I.. de France a cherche a rectifier et a
porter le Chefde l'Elat a' ceder Ce ftt peine perdue. Chaque fois le
vicillard repetait, ip)erturbablement ''je vous excuse"





(,Coins d'histoire .i

in s'en ili.m, I le 11 i1 de France confia a l'un des Secretaires
d'Etat d'alors la surprise que lui causait un pareil language, car, en
ait, les diplomats furent mystifies. Le Secretaire d' tat, pince sans
rire, renforya la mystification en distant au n.;! ili N faites oi..il
attention a cela, ce nest qu'une question de syntaxe". la !.
donnee fiut reNue. Et elle servit a convaincre tout le monde qi' Nord
Alexis n'etait 1., home a se courber devant le blanc, encore moins
a s'avouer .' I!; I11,' quanld, au contraire, il avail pleine raison; qu'il
n',i..'|]l iii jamais a abdiquer les droits de la Patrie qu'il avait jure de
defendre centre 1'6tranger.



(a) Que I)ieu I Im puni"se.





Coins d'histoire 57


JEUX D'ANTAN

Nous sommes en l'annee 1897. Un matin, come a l'idin1ianie,
les autorites charges de la police de la ville, venant au .ippolt
comme on disait, tendirent au Secr6taire d'Etat de l'IntBrieur un
placard oU etait 6crit :" Vive le Senateur Steward. A bas le
Gouvernement!" On en avait, la nuit, affich6 de pareils, un peu
partout, sur les devantures de i,.i_.l.inN de la ville. Le Secr6taire
d'Etat de ; I (L-c,.ur comprit tout de suite, mais fit semblant de
prendre la chose au ] ..'I, tic
Le procede etait classique. Qui veut noyer son chien I'accuse de
rage. Comment le Senateur 'c, i ird venait, il y a a peine un an, de
refiser la presidence de la Republique 11 ne dispose d'aucune force
Celles qui existent a la Capitale sont commandoes par des
fonctionnaires qui n'ont aucun r'r.I1-J..llni1cl politique avec lui et qui
sont tout d6voues au ItL ci iic'ieni qu'ils servent. Et c'est a ce
moment que ce citoyen s'aviserait, dans son isolement surveille, de
cr6er une .tgii.lion sans complc qu11tie, par ce moyen qui serait le
coinble de la Ina i ii il ail averti l'autorite de ses intentions. Non,
il n'y a que les gens du ,uIC ec,' I'linctl pour avoir fait cela, se disait
le Secretaire d'Etat de l'lnterieur, Me F.L. Cauvin. Dans quel but?
On le devine.
Quoi qu'il en soit, le Secretaire d'Etat n'etait dispose ni a creer
des ennuis au Senateur '!.' iid qui n'etait pour rien dans cette
machination, ni a autoriser, sous la rubrique de security publique, des
sorties de fonds pour reiforcer d'inutiles measures de police puisque
les autorites charges d'assurer I'ordre et la paix etaient les






Coins d'histoire 5

premieres a savoir qu'il n'y avait rien et que cette affaire de placards
n'etait pas serieuse, c'etait simplement machiavelique! II y avait
cependant urgence a la regler.
Le Secretaire d'Etat envisageait la question a un autre point de
vue : 1 pensait qu'il etait imprudent de jouer avec le feu. Qu'il etait
criminal de la part de fonctionnaires ou d'amis du gouvernement,
d'inquidter de paisibles citoyens, de career de I'agitation, d'alarmer
les esprits.
Le devoir est autre et celui qui y manque comment une lourde
faute, va a sa perte.
1I ne communique pas son veritable sentiment a ces j .'..iii .i et
se mit pluttt a considered avec eux ce qu'il .!ll,Iii fire pour mettre
rapidement un term a ce jeu Je regretted seulement, leur dit-il, i ,i-
vous n'ayez pas trouve 'afficheur sur i'heure. J'espere toutefbis que
remain matin, au plus tard, vous m'apprendrez qu'un coupable, au
moins, a dce at-rete e defere a iajustice.


Nous allons travailler dans cc sens", repondirent-ils.
Et I'audience se deroula normalement. On parla ensuile d'autres
affairs. Le lendemain, pour toute preuve de leurs activities, ccs
m6mes autorites rapporterent de nouveaux placards et avouerent
apparemment contrariees et confuses, que, malgre leurs cIT: Ii elles
n'avaient pu encore retrouver les delinquents.
"Eh! bien, \lMesleurs, leur dit le Secretaire d'Etat, je vous
accord un dernier delai de vingt-quatre heures pour me trouver les
afficheurs. Sinon, ce ne sera pas la peine de vous presenter ici, je
n'entendrai aucun i.pll, t de vous!.
ILe delai expire, quand les autorites revinrent au rapport, le
Secretaire d'Etat Icur dit a bhrle-pourpoint:
Avez-vous reu.ssi a poser la main sur des coupables'Y





Coins d'histoire 5')

I.eur response fut celle des deux jours precedents : Toutes leurs
recherches etaienl jusque lai infructueuses.
"Dans ces conditions, Messieurs, je vous dispense de tout
rapport jusqu't ce -., vous ayez trouve les coupables", rdpliqua le
Secretaire d'Etat.
Peu apres leur depart, le Chefde la Police fit made d'urgence
par le Secretaire d I i ii de I'lnterieur, Ientrevue fut breve.
Le Chef de la Police etait parmi ceux qui venaient au rapport
chaque martin.
"Voila trois jours, dit-il a cet officer de police, qut, dure cette
plaisanterie d'affichcs" sans Itic l'on ne puisse me trouver les
responsables. C'est vous le Chefde la Police et pas un autre : Vous
avez jusqu'a detain pour me trouver celui qui pose les placards.
Donc, si detain martin vous ne me le donnez pas, vous cesserez
d'dtre I 'iI.de la Police, ou je cesse d'etre Secretaire d'Etat de
i'llerieCr. Etje vous prviCens, en outIr, cque Cel ordre doit rester
secret entire vous et moi et ne doit etre su de personnel, ni du
commandant de 1' i ,i ,ini.,im-. noi ou de la I'l.iLc ou tout autre. Vous
devez agir seul avec vos subordonnes de confiance et sans le
concours d'aucune autorite. Vous m'avez compris, j'espere?
J'ai Ires bien comprise, Secretaire d'Etat, repondit le Chef de la
Police avec un sourire ligniilc.ilir qui indiquait sa .,i'fi,,ci io di de
constater que son chefn'etait pas dupe....
11 partit, et dans la nuit l'oiseau etait en cage.
Joyeux et fier du coup de filet, il vintl 'annoncer au Secretaire
d'Eltat de IInltdreiur Le Senateur Steward n'avait aucun rapport
avec I'oflicicr. Celui que I'on avait .ni i etait un parent du
commandant de I'Arrondissement te aide-de-camp du President de
la Republique.





Coins d'histoire (,


LE PRESIDENT RELIEVE LE GANT

Monsieur Paul Desprez, m\III IN de France en l l.mi: en
rejoignant son poste en d&cembre 1903 apres quelques semaines de
conge, apprit que le General Nord Alexis, president de la
Republique, devait aller aux G. n.l ..-, commemorer, le ler Janvier
1904, le centenaire de notre Ind6pendance.
Ce prochain depart lui part convenir p',iur servir de pretexte a
une nouvelle demarche en faveur de certain de ses ressortissants,
europeens authentiques, alors en prison a Port-au-Prince sous
mandat du juge d'instruction. Deja la e1gation de France avait essay
d'obtenir leur /l.'i .-.iii eil Toujours, elle s'etait heurtde a la min..-
reponse : le pouvoir executifn'a pas les moyens legaux d'intervenir
dans une affaire deferCe a l'instruction.
Sans se decourager par les refus successifs et pressed par certain
de ses o,,p.illi.,ti., Mr Dcsp c/ sollicita regulierement, par
I'intermediaire du Secr6taire .I 1 I.1 des Relations Exterieures, une
audience du President de la Republique.
Que l'on ne se meprenne pas : Nord Alexis, ii faut le rc~, niiiis.
a sa dignity, n'aurait jamais abdiqud les privileges de sa function
come aussi le prestige du pays en permettant a un agent stranger
quelconque, quelqu'ait 6t6 son I.1.-- de se presenter A l'improviste
au Palais N.I. ii.- l, comme plus tard, a partir de 1915, le i.n ..1 inl
impunement les americains tels les Butler, les Russel, les Bailly
Blanchard ou mime de simples secretaires de legation. IEt nos
Secr6taires d'l i.I, des Relations Ixterieures d'alors n'auraient jamais
manquet de relever i, ;! i '.,I Ii. illi.lli an protocole. Le corps





Coins d'histoire 61

diplomatique d'ailleurs le savait bien.
Au jour fixed, le Ministre de France se present au Palais Naiil, 'nl
accompagn6 de Mr Emile Rouzier, chancelier de la legation. Le
diplomate communiqua au President les ;'i,..'l.ii.,'ii e que lui
causait le prochain depart des nmembres du Gouvernement pour les
G. ln .,. c., I1 se fit I'interprete des inquietudes de la colonies francaise
qui pensait que, durant I'absence du President et des Secretaires
1I 1 1.1 les prisonniers seraient exposes a tous les ennuis et aux pires
traitements susceptible mnme d'entrainer leur mort. Pour apaiser
toutes craintes et fire cesser les bruits, il venait demander la mise en
liiu.v de ses ressortissants.


Le President de la I::.p ,,Ii!ii. protest centre ces allegations
gratuites, injustifices. "L'autorite dit-il, en I'absence des membres
du Gouvernement, sera exercee par le commandant de
i'aiiondissementi et les autres tinctionnaires civils et militaires qui,
par leurs functions, ont charge de maintenir I'ordre. J'ai pleine
confiance en eux et dans leur sens du devoir, dit le chef de l'Etat. Je
vous garantis que rien n'arrivera pas plus a vos compatriotes qu'd
aucun autre detenu. Je vous ai deja explique l'impossibilite de
considered une demand de mise en liberty. Cela relieve
exclusivement des tribunaux iI'.,i'.1 les interess6s peuvent
s'adresser"
Mais, Mr. le President, repliqua le Ministre de France l'on a deja
accord la liberty dans ces conditions a des prisonniers; je ne vois
pas pourquoi, avec les excellent (1) i.ipp1 ts de nos deux pays, vous
n'agiriez pas de la mlme dI.i, n a votre tour?
c'Je n'ai jamais su qpii pareille chose avait en lieu dans le passe,
repartit le President Hn tout cas, ce n'est pas Ia pour moi une raison
sulfisante d'agir U[Jn acte irii'.,,-'il no doit pas servir de precedent.





Coins dl'hiioir' 62

II restera toujours irregulier."
Apres quelques minutes de conversation, Mr Desprez, s'etant
convaincu que sa demarche avait echoue, se decida a jouer le grand
jeu de l'intimidation. La Il.nce etait alors puissante. Et Ie
Gouvernement Lifiic'n le savait. Juste A ce moment un croiseur
francais "Le Troude", je crois, etait en rade de Port-au-Prince. Le
Ministre de France s'en autorisa pour lancer cette menace:
"Monsieur le President, dit-il je suis au bout de ma carrier. Je ne
peux accepter de la terminer avec une note d6favorable et, pour le
cas on un malheur arriverait A ces messieurs en prison, avec le
reproche de n'avoir pas su les d6fendre convenablement. Pour leur
protection, je serai oblige de fire descendre immediatement des
marines du croiseur en rade"
Casse, courb6 par I'.lic, le President Nord Alexis opera
presqu'un miracle par la brusquerie et la rapidity avec lesquelles ii se
leva et sortit du fauteuil ou ii etail enfince. Cela n'etonie pas. Une
telle menace devait produire fatalement cette reaction chcz cc
vieillard juli tyrannique et insupportable quant a la politique
int6rieure, n'admettait jamais de l'etranger ni defi, ni atteinte a la
dignity national. On se rappelle son attitude, sous Nissage, a
I'6gard du capitaine Batsch. Cet officer de la marine de guerre
allemande, en laissant Port-au-Prince apres son abominable conduit
vis-a-vis de notre gouvernement, toucha le Cap- l.lniii) I voulut
profiter de son passage dans ce port pour aller visitor la i i:,il.lIc
Lafferriere.

Le General Nord Alexis, qui commandait le department du
N,'id, prit sur lui de s'y opposer et refusal de laisser le capitaine
entreprendre cette excursion. I1 n'admettait pas que celui qui venait,
a quelques jours d'intervalle, de nous humilier par l'abus de sa force,





Coins d'histoire


voyageat 'impunement dans l'interieur du pays. Et Mr Desprez
croyait pouvoir intimider cet home si sensible a la moindre insulle
de l'etranger i son pays:
En verit6, le calcul etait mauvais et la manoeuvre denotait un
manque complete de sens psychologique.
Le President ne repondit pas. 11 poussa cette simpe!1k exclamation : Ah!
puis, s'adressant ia 'aide de camp de service qu'il avait appele, il
ordonna : Allez il, au G(neral Darius (a) de mettre tout de suite la
Garde sous les armes. I! se retournant vers son visiteur temeraire, le
Chefde I'Ftat lui repondil alors: Comme vous, Monsieur le Min, iie,
je suis au bout de ma carrier. .'ai toujours souhaite de mourir en
defendant ma Patric. Je vous serai reconnaissant de me donner
I'occasion de c, ,i., ce r&ve. Eh! bien, faites debarquer vos marines.
Je vous done ma parole qu'ils n'aborderont pas le rivage. Jc fais
couleI I'un apres l'autre les canots qui les transportent. MNIi-midm1e, je
ierai ouvi ir le ieiu ct je cominencerai par vous. Nous serons peut-cire
obliges de payer iune indemnity pour vous, mais vous serez bel et bien
mort. Je vous le dis, Je vous attends. Et l'audience prend fin.
Mr. le \ l.i n.i, Desprez se retire. 11 n'osa pas realiser sa menace.
Le sentiment de la dignity personnelle chez Nord Alexis, sentiment
qu'il tachait t, '!i ,iii -, d'elever a la l hauteur de la ignite national,
I'orgueillcux souci de ne pas laisser humilier la nation dans la
personnel de son chef, d'itre toujours prdt a reliever les defis et la
preoccupation serieuse de ne pas commettre deliberement des
faiblesses devant I'tlranger, de fire son devoir sans hesitation,
routes ses preoccupations otn toujours servi de guide a I'ancien
President dans ses relations avec les represenlants des nations
etrangeres. Aussi etail-il I -! i ,- et, ijose dire, generalement craint
par eux.
Mr Desprez/.., un juste rlourO des closes, est sorti lui-menme






Coins d'histoire 64

diminu e de 1enlrevue le l...,'. 1 Nord Alexis ne s' tait I. laisse
ebranler par la I ,.i ii !I'. ri.,.i;.,, 11 avait su la defier. in ; nun
intelligite....


(a). ()nhi pelai gein'ra li clnl ainsi de soil priotll e g ieial IDarius i I ',1i conmmandat iten chi.e
de la garde du goutvernicnrnl.






Coins d'histoire ,5


L'ORDRE ET LA LIBERATE
La champagne electoral battait son plein en Janvier 1873.
I,'excitation populaire etait a son comble, comme il arrive en ses
p6riodes de consultation ou les parties politiques s'affrontent
aprement, nerveusement. Les candidates aussi bien que les agents du
.',i, .i -lrirn. ont peine a calmer leurs l;i l ..ins
L'ancienne loi electoral compliquait aussi la situation. I IkI
prevoyait I'etablissement d'un bureau provisoire qui devait presider
a I'election d'un bureau definitif, apres quoi les citoyens etaient
appel6s a. elire les deputies. A Port-au-Prince, ii y avait A 6lire
successivement trois deputies. Un seul bureau pour tout cela! les
operations etaient torcement lentes surtout avec les mille et un
incidents qui surgissaient, crees bien souvent par la mauvaise foi. On
ne pout pas, aujourd hui L ,: tout se passe on uLne Jornee, se fire
une idee de ce que representait une election en ces temps-la. A Port-
au-Prince la loi accordait vingt-cinq jours pour les elections et ce
delai suffisait parfois a peine.
L[a I.-. ic etait delicate pour tout pouvoir qui entendait a la l u'
maintenir I'ordre et assurer a tous, adversaires ou partisans, le
complete exercise de leur droit d'electeur.
De semblables i'ri' i, permettent d'apprecier la sincerity d'un
gouvernement, la probity des dirigeants, leur respect des liberties
publiques. I,'iliqll.i n'I est pas c(ilu des homes politiques
assembles en gouvernement jeltent a toute occasion les mots de
li,' rte, de democratic ou de droit, mais qu'ils demontrent par des
faits el par tune conduite constant que les actes accomplish sont
conformes a leurs declarations,
I n I 873, Nissage Saget, notre president le plus liberal continuait





Coins d'histoire 0()

encore a respecter le serment qu'il avait pict' en montant au
pouvoir, 11 n. ci lnil selon les principles democratiques consacres
par nos lois et notre constitution.
Cc-i c, personnel ne sera assez simple pour exiger qu'un
gouvernement soit dupe du respect des droits des citoyens jusqu'a
se desinteresser du resultat des elections qui constituent pour tous
les barometres de la confiance populaire. 11 peil il doit chercher a
obtenir dans les chambres une majority qui lui assure la realisation de
son programme d'action. Mais que ce ne soit pas en employant des
moyens de force, en recourant a I'arbitraire, A l'illegalit6, au crime.
Le President Nissage Saget le comprenait ainsi et c'est en pleine
liberty come en toute sincerity que les elections eurent lieu. Les
agents de I'autorite savaient que cette period amene toujours de
l'agitation, des troubles. C'est la consequence ineluctable de toute
competition politique. Le gouvernement est Ia justement pour les
controller, les empecher de depasser ies limits, les refrener ou les
reprimer meime si cela devenait necessaire. Mais ii ne lui est point
penis, sous pretexte de trouble ou d'agitation a eviter, de i)Iill iiUri
les candidates ou leurs pin i f, d'etouffer la voix de la nation ou
d'adulterer le resultat de l'urne. C'est un crime de lese-democratie
que l'h rItc Ni''.,; Saget ne se serait jarnais permis, n'aurait
jamais tolere.
Dans le courant du mois de Janvier 1873 don't la plus grande
parties fut absorbee par les elections, le gouvernement eut l'occasion
de montrer combien le pouvoir s'ennoblit et se fait respecter
lorsqu'il use du mandate qui lui est confie dans les limits de la loi ou
pour le niaintien de I'ordre. Deux jours apres I'ouverture de la
period electoral, une 11-Al iut organisee chez le senateur Gateau,
Secr6taire du Comite permanent du Senat. Vers dix heures du soir,
un detachment qui faisait la patrouille, i *r-'1 .iii. sans doute dans un





Coins d'histoire 67

but de police a cause des elections, voulait in -Ui un pere de famille
qui rcjoignait sa mil I la i, Malgre l'intervention du Senateur
devant la mason duquel I'incident cut lieu, les soldats voulurent
amener leur prisonnier au post.
Au course des explications, le senateur recut un coup de 1,lii.
i'll, un second pace n!i'il voulait, apres le premier, prendre son
agresseur au I ILil Un invite requt un coup de I.ii ,,icile au dos.
Aux militaires, !Ii..lqu'un cria: feu! A cc moment, le Substitut du
Commissaire du Gouvernement, Mr. Arthur Bourjolly, don't le
sentiment, du devoir egalait 1Ic t.ii.I: chez qui, I'un et I'autre
n'etaiciit janais pris en default, s'elance au milieu des soldats, et
s'ecrie : Je suis le Commissaire du Gouvernement. Au nom de la loi,
je vous ordonne de vous .,I Icll!
Le I l de de la legalite fut ecoute et les militaires obeirent. 1I
est bon de noter que le ( hi Fide cette imllll'.'ic etait ai I'arricre. 11
hata ses pas quand ii einendit ie Nbuit. ii at riva a temps pour tai e
respecter I'i ionction du Co 'iii,.,. du gouvernement. Cet
officer, cc representant de la force que j'ai connu plus tard, ce
civilise qui savait se decouvrir et forcer ses subordonnes it se
decouvrir devant le I'pi, -.lil.l i de la loi, s'appelait Deschamps
Lambert. Je I'ai connu sur ses vieux jours, depuis que j'ai et6 instruit
de son geste d'obeissance i la loi, lui qui, politiquement, etait
I'adversaire du group du Senateur Gateau, il n'a paru meriter
autant d'estime et d'admiration que le substitute Bourjolly. Ies deux,
a I'epoque otaient j,c1 i'' jelunes de trente ans environ...
Ils avaient la probite de leur age et le courage des responsabilites
librement acceptees. Wes que les autorits tfurent irises au courant de
celte aaire, il, ordoninerent I'arrestatioln (du militaire coupable iiii
i deferet a la justice, judge et condamnne





Coins d'histoire


LA LECON D'UNE FAUTE


Depuis quelques temps deja, I'opinion pildbliii, reclamait du
President Boyer certaines r6fbrmes de administration. Comme la
Constitution reservait alors initiative des lois an Pr6sident de la
Ri'phtlliiuc la ( ilmihr des deputies se vit .collom i cI ,.il' aussi, de
s'adresser au Chef de I'Etat pour montrer son adhesion aux
reclamations du p.,.
A l'ouverture de la session legislative de 1838, le President
Boyer proclama lui-meme que certaines reforms etaient
indispensables "pour d6gager I'administration des entraves qui en
ralentissaicnt Faction". Jn pareil aveu fortifia 1'espoir des partisans
d'un changement serieux dans le system de gouvernement demeure
stationnaire, ou presque, depuis vingt ans environ, 11 encourage les
deputies qui en profiterent pour fixer, dans un message au President,
les details de quelques ameliorations A envisager immediatement.
Le President Boyer admettait bien la n6cessite des reforms mais,
par un defaut de temperament, il ne pouvait souffrir les projects ou les
idees d'autrui. In faux orgueil le condamnait a repousser tout ce qui
ne venait pas de lui. C'est ainsi que 1'ebauche de plan continue dans
le message Ic2'.Jlll d'Avril 1 ;s rencontra son hostility. II ne
voulait tenir aucun compete des recommendations de la Chambre des
deputies a 1'epoque interpreted reel des sentiments de la Nation.
C'est le pire des destins pour un chef de gouvernenment de se
laisser griser par son rpropre pouvoir et de n'avoir, a ses i,.
petsonne capable de lui ouvrir les yeux sur les dangers en lui
indiquantt ss errleCtrs on ses fates 11 va a I'av(igle sans but,






Coins d'histoire 69

jusqu'au moment ot le gouffre qu'il a creuse sous ses pieds le recoit
II est encore regrettable pour lui d'.tle atteint du mal de la subite
omniscience. A cela, plus de remede. Le ridicule de sa position
fantasque l'emportera s'il ne trouve pas un consciller coLur._eCII\ ou
un ani loyal pour le ramener ai la modestie de son peu de m6rite.
Pour n'avoir pas ',ili' l., que I'indiel, de son gouvernement
come son devoir de chef etait d'eviter ces ecueils et de satisfaire
les aspirations legitimes de ses .,,Iiiir ii le President Boyer vit le
pays, qu'il pouvait encore gagner, se rallier peu a peu aux
i.'.1., iii ,il a ceux qu'il .I.' i ..i- il sous le nom d'opposants. C'6tait
dommage! car la jeunesse 6clairee de 1 '..; constituait une force avec
laquelle on aurait d6i .urpli-. 11 y avait quelque chose de just au
fond de ses demands.

Surtout cette generation, issue directement des homes de 1804,
avait de ia conviction el un coeul leur battait sous la !ii.Ii, I li Us
n'admettaient pas ce system d'acceptation passive de toutes choses
qu'on sembnlait vouloir leur imposer. "Vous avez un ''i, en iii. IIiil
mauvais, ai-je lu quelque part, vous le supported en vue des
advantages de la paix. Mais sa tyrannie devient insupportable et vous
Ic supporter toujours pour ne pas vous agiter. Vous employee les
moyens mnoraux, vous parlez, vous ecrivez, vous vous contentez de
cette paix I. lr,, '.. fiuneste, au sein de la servitude. Voila oO
menerait cette inconceivable doctrine de la resignation en politiquc
s'il n'y avait, au dessus de tois les droits, le droit suprIme de
renverser I oppression qui etouffe le droit". Ainsi pensaient ceux
don't les aspirations legitimes etaient deCues.
Ses jeux etant ainsi iaits, les revendications allaient devenir plus
pressantes ILes deputies allaient prendre relleemnent la cause de leurs
mandants. Ils ne pouvaienl pas v faillir. l.ia elail leur devoir





Coins d'histoire 70

Pour essayer d'echapper ou croyant 6chapper a la realisation des
reformes reclamees, le pouvoir recourut a la pression, aux
manoeuvres d'intimidation. Quelques deputSs s'etant laisses
influence, la majority du corps fut d6plac6e et le gouvernement put
realiser son plan de fire carter de la Chambre les membres les plus
influents. Les -li ici;r\ elimines ne se sont pas tenus pour battus. A
partir de ce moment ils lutterent plus ardenmment pour le f p-ih, iplle de
leur programme. On n'arrive pas i effrayer ni a desarmer ceux qui
sont conduits par une sincere conviction au service de nobles et de
justes idees.
La reception enthousiaste faite a ces mandataires, dans leur
cii.c.,o!m -|liinl apres leur exclusion de la Chambre aurait Jii1
indiquer au pouvoir le danger auquel il s'exposait en persistent dans
son attitude. 11 ne part rien comprendre. Etait-ce le travail de
Jupiter? Le pcpl-l avait pourtant assez iiliqli'i qu'il n'entendait pas
abandonner ses vrais represenuants, ses sincere defenseurs, Ie leur
cote, les David St-Preux, les Herard Dumesle, les Lochard, les
Lartigue n'etaient pas hommes a se laisser abattre, a se laisser
intimider. Illegalement exclus de la Chambre, ils entendaient prouver
que ce sont eux qui representaient les aspirations nationals. Sans
crainte, dans le mepris de la security, ils continuerent a rester en
contact avec la ville et la champagne.
En 1842, au renouvellement de la Chambre des d6putes, le pays
rdcompensera leurs efforts courageux et patriotiques. Its furent elus
i nouveau et, en meme temps, beaucoup de leurs amis furent choisis
par d'autres circonscriptions. (ette bataille fut dure. Partout et dans
tous les camps, on deploy une energies feroce, une activity sans
borne pour fire echec i son adversaire.
II faut le dire, personnel ne fut inquiete pendant la period
electoral. Les ditflrents groups parent aisdmenit faire leur





Coins d'histoire 71

S..:i. r. I '. .lii ,.i chacun etait decide a se ddefndre contre tout
abus de la force.
', Li!.I:. nI .. ~i. ,'!, le (ouivernement ne se resolute pas ai respecter
la volonti du l..*,i*, souverain. L renouvela ses manoeLvres. 11 fit
exclure e la Chambre les anciens l.' I'il:.- de 1839 et quelques-uns
de leurs amis iciilil,. .. elus aussi en I L .. Lcs trois deputies de
u'. ."t-au-Prince furent elimines. C'6tait deplorable a tous les points
de vue.
Peu de temps apr.s, le i' cidi! o. Boyer iut renvers6 du pouvoir.
I .i.'i ii alors combien il etait imprudent et dangereux de la part
d'un gouvernement de :-*i. li, aux institutions fondamentales et de
crder I'inseccLrite dans Ic pays.





Coins d'histoire


CHATIMENT D'ESPIONS

Nos eclatantes victoires sur les soldats de N.li n, J,-i .ii les measures
de security qui les ont suivies et I'etat d'alerte constant dans 1.ii !
nos aieux de 1:1, 4 maintenaient la patrie qu'ils venaient de creer,
n'avaient pas suffi a determiner la France a renoncer a ses
pretentions sur l'ancienne colonie de Saint-Domingue redevenue

11 important a la nation vaincue de r6tahlir son prestige et son
influence que nos armes venaient de ruiner dans le Nouveau i\ I nd,
Et les anciens colons, don't elle partageait I'aveuglement, la
poussaient a preparer une nou ii. expedition pour la recolnqute de
I'lle. Pour 1.iilliii le success de cette chimerique entreprise, le
gouvernement franyais comptait obtenir, au moment voulu, le
concours d'agents de renseignements (on ne disait pas encore
cinquieme colonne) panni ses ressortissants don't le sejour, pour des
raisons diverse, etait tolere sur le territoire d'll, ili
C'est ici qu'il faut s'.irl ie'l une minute pour celebrer le genie
pr6voyant de notre iI.ir.I Dessalines qui, comprenant le r6le
dangereux que pouvait jouer, a I'occasion, ces l66ments disciplines
et solidaires, avait decided et fait executer des measures energiques et
salutaires pour parer a tous les Ilu.c' d'un retour offensil des
l'i. ll,.i;. Les evenements sont venus le justifier.
l'n matiere de prelude, le gouvernement II nr.. -. envoya des
agents secrets en I lmlii charges de recueillir des renseignements tiles
et de semer la division parini nous Notre action viilante detail frire






Coins d'histoire 73

avorter ces demarches. I"'c de temps apres la capitulation du
savage marquis Donatien de Rochambeau, deux agents de la France
arriverent dans le pays. Considerez la perfidie du jeu nouveau : ce
sont deux negres de la Martinique, un noir et un iinulli. i. Chacun
d'eux accept la mission d'exciter les individus de sa couleur contre
ceux de l'autre nuance. Ainsi, une division naitrait entire les deux
groups et, periodiquement renouvele, ce travail aboutirait a une
degradation qui assurerait le success de l'invasion projetdc
Aux temps revolus de la colonies, cette manoeuvre avail si bien
reussi uii'elle permit a la France de diviser Rigaud et Toussaint
jusqu'a la guerre i ik. Mais Dessalines et les aulres _idler.Ii\. tous,
des cinic jusqu'aux soldats, tous, venaient de fire I'experience d'un
passe regrettable et d'une situation qui ne reservait que ruine et
misere a tous les negres sans distinction et ne laissait de benefice
qu'aux seuls blancs qui l'avaient provoquee et reglee. Nous etions,
ous tain que IIous unliles, les dindons de ia ia ce, les inarionnetles
don't on avait tire la ficelle.
11s n'ont rien appris, rien oublic, disait-on des emigres, en
France, apres la restauration des Bourbons. Ceux qui c-l uivernaient
Ia-bas, depuis 1804, eux aussi, n'avaient rien appris des lemons que
nos generaux venaient de leur donner, rien oublie de 1'echec de leurs
intrigues qui n'ont pas pu leur assurer la domination definitive qu'ils
avaient rIvee sur Saint-), ,iiii-.,i Le resultat, imprevu par eux, des
successives missions d'c'.-li' .-.:c. fut d'assurer I'union des forces
I1i ni I ik. toute fremissantes encore au souvenir de la barbarie des
colons.
Un de leurs deux espions, le nomnme D)ucoudray, tit IIiiii' et
conduit a Dessalines. .'imagine I'etat d'csprit ou plutot I'etat d'Aime
de I'ancien "general en chef de I'armee indigene". O,,-l,. legitime
colOre IInlc- de mepris a du etre la sienne devant cet .,!'i .Ji Quoi!





Coins d'histoire 74

malgre tous les crimes et les atrocities des fia.ism.i centre la race
iL-el c, ii s'est trouve deux negres pour servir d'instruments contre
des negres et contre quels negres? Contre ceux qui venaient
justement de rnontrer a leurs congeneres encore infortunes la voie a
suivre pour assurer leur bonheur, se cr6er une patrie et jouir de la
liberty qui, decidement, n'est pas un bien reserve sur la terre
seulement aux blancs; contre ceux qui venaient, par le plus glorieux
des examples, de demontrer qu'il n'y a pas d'inegalite de races et
qu'a tout prendre, les n6gres, au moins ceux d' ll lii valaient leurs
anciens dominateurs blancs, ceux enfin qui venaient de donner a
toute une race malheureuse l'espoir en des jours meilleurs.
L'homme qui conseillait a Miranda le ". 'i, p' 1,1r 1f I u -..! c i ll "
ne pouvait se dejuger ni manquer d'energie et de decision. 11 fit
executer I'infanme Ducoudray, honte de l'humanite et de sa race. Et
le gouvernement qui avail employ cet agent a si hasse besogne
S'abanidonna e n eui pas ie courage de ie defendre. Le dernieir mot
resta a Dessalines come il restera toujours a tous ceux qui, a son
example sauront 'lie des hommes. L'adversaire respect ceux qui se
font respecter, ceux qui n'abdiquent jamais leur droit et leur dignity;
ceux qui, en tout temps et en tous lieux, savent d6fendre l'honneur
et l'in uci. de leur pays.
Cette lecon infligee ne decouragea ni les anciens colons, ni leur
'u_ ,.ci Lmleil ls recommencerent leur jeu plus tard. Avec un
caractere official, une nouvelle mission ldh.l 'ii.I en Ilti pendant
que I'administration du pays etait partagee entire les gouvernements
de Petion, de Christophe, de Borgella. L'occasion part belle pour
reprendre le travail commence. Les membres de la mission, au
nombre de trois, etaient s6parement designs pour entreprendre des
pourparlers avec celui des trois chefs qui lui etait indique. Le
President de la commission avait ecrit au roi Henri p)our lui annoncer





Coins d'histoire 75

I'arrivee du membre Franco de Medina. Deja, Il ministry du
monarque avait dans sa response, declare au colonel Dauxion -
I.avaysse, president de la commission 'Nous n'accepterons jamais
aucun traite ni aucune condition capable de compromettre l'honneur,
la liberty et I'lndependance du people d'Haiti". Mais les Francais
n'avaient rien appris, rien oublie. Franco de Medina parut fort
suspect au roi qui le fit .ie tci come espion. Interroge, il fit des
aveux complete sur le but occulte de sa mission. 11 etait, avec ses
colleagues, charge de travailler a ramener I L.ii sous l'autorite du roi
de France. Les papers qu'il avait en sa possession revelaient que
I'expedition militaire qui devait suivre, en cas de success de sa
mission aurait recommence les noyades et les autres crimes des de
Noailles, des de Rochambeau de la period colonial. Decidement
ces messieurs n'avaient rien appris, rien oublie. La publication des
documents saisis fit une telle sensation en Europe mnmc et
pjinicipaieemnt en Angieterre, que e gouveI emei t fianyai dut
s'expliquer et, dans son journal ofticiel, desavouer ses agents. La
farouche energies deployee sans cesse et pa-tout par nos chefs d'Etat
qui s'appelaient Dessalines, Christophe, Petion fit echouer
constammnent ces menaces attentatoires a notre souverainete. '11 ne
tallait pas, disait Petion, que les 'l.uilis. s'ils venaient, trouvassent
un seul ajoupa pour s'abriter centre les intemperies du temps".
C'etait le sentiment general des hormmes de l'epoque don't le courage
et la virile resolution n'avaient jamais connu de bornes. Pour
maintcnir leur oeuvre et pour la fortifier, c'est par ces beaux cotes
qu'il faut leur ressembler. Leur solide \vetu ni'a jamiais admis de
faiblesse. C'est cela qui a toujours assure leur respect et notre
tranquillite. N'oublions jamais de fire coimmie eux et mdme plus
qu'eeux. La est notre salut














L'AFFAIRE LEON MONTHS A LA
CHAMBRE



L'un des premiers soins du rIn'Ial Salnave, devenu maitre de la
situation apres le renversement du President Geffrard fut de
poursuivre les anciens serviteurs du -, ie, c i inimcn dechu. Le general
Leon Montas, a ce titre fut riii id, il etait encore en prison ~I -pi
election de Salnave a la presidence de la Republique et la
reconstitution du cabinet Malare toutes les demarches, I'autorite
refusait de le liberer ou de le livrer a ses juges naturels. De guerre
lasse, Madame Montas adressa a la Chambre des Deputes, le 5
octobre 1867, une petition o6 elle exposait la situation malheureuse
de son maria sur le sort duquel couraient mille bruits de plus en plus
inquietants.
Les persecutions centre les citoyens, les attentats a la liberate
individuelle ont toujours discredit les gouvernements qui y
recourent On peut dire, en considerant nos bouleversements
politiques, que ce sont les gouvernements eux-iii'-inc qui les ont
toujours provoques et rendus necessaires par leur tyrannie et leur
mepris de la loi ou des principles.
Ia Chambre des Deputes ne pouvait pas rester indifferent a
la plainte de Madame Montas Elle interpella le Cabinet Ah! Ces
chambres d'autrefois: Je ne peux pas y penser sans emotion et sans


Coins d'histoire 7(





Coins d'histoire 77

un profound regret que comprendront et partageront tous ceux qui
s'attachent encore a notre passe qui, s'il content des erreurs ou des
fautes, est aussi parseme de beauty et de grandeur. 11 n'y a qu a
vouloir pour y trouver sans peine des examples qui instruisent autant
qu'ils fortifient dans les coeurs sinceres I'espoir d'un ineluctable
renouveau national. Car il faut avoir F'espoir, il faut, avoir la foi tant
que I'on respire et que 1'on contemple encore l'horizon qui cache
dans son inconnu, pour ceux qui croient conmme pour ceux qui
doutent, 'inevitable realisation des buts longtemps reves de
prosperity et de grandeur nationals.
Le genie tutelaire de la Patrie est la qui dit a tous que la beauty
des actions heroiques accomplies par nos aieux et le maintien de
notre souverainete et de notre independence dans I'honneur et la
dignity de 1804 a 1915 auront des lendemains resplendissants. Les
nuages qui obscurcissent notre soleil s'evinouiront un jour plus tot
quc noteC impatience patriotique tne ie souiiaile. AimH, assagis ec
reconciles, nous nous mettrons tous ensemble a I effort pour
racheter.
"Par cent pas en avant chaque pas en arriere".
De tels sentiments et de telles idees animaient aussi nos peres
don't les luttes marquaient toujours, dans ane atmosphere elevee, la
preoccupation d'arriver a l'evolution et au progress propres a notre
genie national. Pour eux, le pouvoir executif n'etait ou ne devrait
6tre que la representation des principles. I etait constitute pour fire
appliquer les lois, faire respecter la justice ct les droits de tous
come aussi pour ecouter les critiques et les doleances des
administres, reparer les erreurs et les iautes qui lui sont signalees
sous peine de voir les citoyens s'ecarter Ie lui, lui tourner le dos
Nos deputies de 1867 ne conce\aient pas autremem le
gouvernementl la lettre de Madaiie MN(ntas leui pennettait de faire





Coins d'histoire 7/

comprendre au pouvoir ex6cutif, par I'interpellation immediatement
decide, que leur adhesion au gouvernement n'impliquait pas une
approbation sans discernement de tous ses actes meme les plus
irreguliers. Une telle conduit aurait et6 le fait d'esclaves et ne
pouvait pas 6tre celle des hommes libres et independents qui allaient
montrer, au course de l'interpellation, combien ils etaient conscients
de leur rl1e et a la hauteur de la mission qu'ils avaient accepted du
people.
Dans notre histoire parlementaire, on ne rencontre aucune seance
plus impressionnante et plus pleine d'enseignements que cette
orageuse seance du 11 octobre 1867. Pas une faiblesse a reprocher
a nos deputies, pas une exaggeration non plus et surtout pas une
hesitation. Tous au devoir. Du plus sage et du plus ponder, je veux
dire l'illustre president de la ( iinhriic, Monsieur le depute Alfred
Menard, jusqu'au plus intr6pide et au plus enthousiaste (il s'agit du
deputee de Si-Marc, Monsieur Armand Thoby, jeune pariemletaire
de 26 ans don't on ne sait ce qu'il faut deja le plus admirer en lui, sa
science, son courage ou son patriotism) tous ont justified ce jour la
confiance de leurs mandants. Quand reviendront ces beaux jours
d'antan et de semblables moments?
J'ai, dans ma vie, a l',ge des belles illusions et des grands
enthousiasmes, assisted a des seances tumultueuses de la Chambre ou
du Senat don't je garde encore le fremissant souvenir, mais je
m'imagine que celle qui eut lieu cet apres-midi du 11 Octobre 1867
n'a ete d6passee ou egalee par aucune de celles quej'ai vecues. La
seance est ouverte, Mr le President Menard accord la parole au
depute Armand Thoby qui rappela que le despotisme (despotisme
d'un seul ou despotisme de plusieurs) est, de temps en temps, abattu
par la colere populaire. 11 avertit le cabinet que les nuages que le
despotisme amoncelle convent assez souvent la tempete




Coins d'histoire 79

revolutionnaire; la ,.'li'.l de Madame Montas signal un fait
deplorable: la violation du droit par ceux qui revendiquaient le
droit... Nous devons resister a une ;,.in cilk tentative, ajouta-t-il, de
toute la force de noire conviction, de toute la puissance de notre
autorite morale ......
Cc discourse fut i,:. ini,,i:! par un incident tries grave. Le
commandant de I'. ii .. i.-'i i'lntl d'un air 1iin .' ani.j penetra dans
I'enceinte reservee aux membres de l'Assemblee. II etait deja aux
abords du local avec sa force dans le but d'essayer d'intimider les


Une tourbe encanaillee de I,, i..i,.',. de femmes ramassees dans
les plus mauvais lieux de la ville, lui servait de cortege et de sbires.
Comme les deputies n'en paraissaient pas emnus, notre general
s'introduisit dans la salle des seances, pensant par Ia, sans doute,
mieux rdussir da.ns sa manoeuvre.
ie deputy Brice se leva immrediaiement pour reciamer, avec
plusieurs de ses colleagues, I'expulsion du militaire oublieux de son
rcle de defenseur de l'ordre et de nos institutions.
"Vous -,,, venu, dit le commandant de l'arrondissement, pour
attaquer la revolution, je me presence pour la defendre". Toute la
Chambre alors prouva combien ce chantage de l'intimidation 6tait
vain et inutile en se levant commre un seul homme pour protester
centre cette violence. Les deputies unis et solidaires, d6clarerent:
"quL'aucune menace ne peut les intimider et qu'ils sauront s'offrir s'il
le taut, en holocaust pour defendre les ; ni-,'- 1. du people" et sur le
tard, nos representants etaient encore en seance, attitude renouvelee
des peres conscrits remains
Rien, mais rien n'avail pu trouble ces hommnes qui
s'appelaient Ail.-.I Menard, Armand I '.h D)ominnique Debrosse,
lerrus I,; Fidlec, Chassagne, Brice I'audacicux qui devail I ,-,l. plus




Coins d'histoire so

lard, I1un des chefs du famneux debarquement de )ecembre 1869 a
Port-au-Pi ii1. c j'en passe........
En province, les premieres violations de droil avaient provoqIu la
reaction salutaire. Les cacos avaient pris les armes contre Salnave
qui les avaient deyus par sa politique arbitraire et attentatoire au
droit des gens.
L'attitude du cabinet, au course de lajournee du I 1 Octobre 1867
et apres, allait mettre le comble a la measure. Le commandant de
l'arrondissement fut invite par le president de la chambre a quitter
l'enceinte Se croyant fort de la lie du pcuple don't il s'etait liii
accompagner pour sa triste besogne, ii refusa de dtferer a celte
invitation. Alors, Mr. Menard, de son fauteuil presidential, se dress
et, decouvrant sa poitrine, dit au general, en rupture de discipline:
m, i sommnes ici sans arms, si vous ;iVl-. venu pour nous atlaquer,
commence par mioi". Ces energiques paroles, galvanisant les
-iii, ilendietli I aasscmibie houleusc. i,'auditoiie lui-miiie e ii
entendre n muturmure d'indignation assez comprehensible. Cette
disapprobation general determine le Secretaire d'Etat de
I'Instruction Publique a intervenir. 11 fit quitter I'enceinte de la
Chambre par le Commandant de I'Arrondissement. le came retabli,
le d6pute Armand Thoby a toujours la parole. I1 n'a pas flechi sous
la menace. On le constate a ses paroles.
Comme si rien ne s'etait passe, c'est la memne phrase qu'il
continue. C'est que dans la rafale il avait garden Ilesprit came et liir,
sans trouble aucun.
Une double surprise etait reservee a la ( ,l.iii quand elle vit
qu'au lieu du Secretaire d'Etat de la Justice on de celui de
I'lntrieur, cc fil leur college de I'Instruction Publique qti repondit
a l'interpellation el que, au lieu de sc justifier et d'cssayer de fire
absoludrle c gouvernenmeit, il se nmil a accuser son prisonnicr. 11 cut,





Coins d'histoire 81

an course des d6bats, cet aveu scandaleux en parlant du g6n6ral
Montas: "Suspect, il a du ,' Ii .i, ,il'. C'etait peu, en v6rite, pour
justifier 1'emprisonnement. Cela indiquait, en tout cas, les
ilisl sii i In, arbitraires des d6tenteurs du pouvoir.
Le depute Eugene Margron intervint ensuite. 11 doit a son
li Ij ,.'nu,. a sa droiture et a son patriotism d'avoir etc elu plusieurs
fois ddput6 de Jeremie. On peut dire qu'il a toujours justifi6 le choix
de ses mandants. Autant I!. Thoby, il fut superbe d'in.lidLpLdin.c
et de courage. "Sans la liberate individuelle a-t-il dit, la liberty de la
tribune ne serait q 'une decevante illusion, la liberty de la press,
Line vaine chimere. Sans le respect de la liberty individuelle, vos
discourse, vos actes, vos lois, la constitution, le pouvoir li.I iil' Ic
pouvoir judiciaire, tout ne serait que iucin'.-IL, le pouvoir execttif
seul serait une reality et cette reality, Messieurs, ce serait la
dictature"..
Car, continua--ii, ie di,,. dans son bon -.. ii, comprend
qu'avec la legality il aura la paix, la prosperity, tandis que sans la
legalite ce serait I'oppression, ce serait la misere, ce serait la guerre
civile..."
Arrivant a 1'emprisonnement de Leon Montas, I'eloquent d6put6
declare: "Ce que la Chambre sait, c'est que contrairement a tout
principle humanitaire, contrairement a la Constitution, le general
Montas, apres avoir ete ii lr: illegalement, subit un traitement que
rien ne justified. Ce .1:, la Chambre sait, c'est que ce citoyen est
encore dans les fers apres cinq rnois d'une detention illegal et qu'il
n'a pas ete livre a ses juges, inalgre l'injonction foi inil., de
I'assemblee constituante... Voila pourquoi elle vient vous dire: ou le
general Montas est coupable ou it ne l'cs1 pas. S'il n'est pas
coupable, de quel droit avez-vous in'' un inno,, nl' S'il est
coupablc (et je veux admettre qu'il le soil) de quel droit I'avez-vous





Coins d'histoire "I

mis aux fers avant qu'il soit juge? de quel droit ne voulez-vous pas
le juger depuis cinq mois qu'il est aux fers?" Helas! On ne sut pas
chez nous cette eloquence entretenir, come dit le fabuliste. Puis
vint le tour du Depute Brice. 1I cria son indignation d'hommrne libre
et de Depute soucieux de defendre les droits du people. "Lorsque
I'arbitraire, dit-il frappe sans i lpiikil' les homes qui lui sont
suspects, ce n'est pas seulement un individu qu'il persecute, c'est la
nation entire qu'il indigne d'abord et qu'il d('-i.idr. ensuitc".
Ce qu'il fallait a nos parlementaires, c'etait I'execution des
lois et le respect de la liberty Ild. ikicI-ll- par ceux-la mnme qui ont
charge de la proteger. Pour ne pas souscrire a cette injunction
l&,iili Ic le gouvernement prefera recourir a la plus grave des
measures, a la dissolution inconstitutionnelle de la Chambre. 11 a Ji',
dans la suite, regretter cet attentat qui, par un effet contraire, done
de nouvelles forces a la revolt deja inauguree contre lui. II allait 6tre
oblige, ciaque jour, de ve\rsei davantage dans I'ai iiiraiie, soulenii
ses rigueurs par d'autres cruautes, sonner lui-inMme son glas tandis
que ses adversaires sonnaient, a travers le pays, le tocsin de la
legality el des liberties en peril. C'cst toujours une faute et line faute
en politique, que de ne pas avoir regard aux droits et aux immunnites
du pouvoir legislatifou d'outrager la liberate individuelle.
Quand la Constitution esl violee, I'insurrection est Ie plus saint
des devoirs, a-t-on dit. Si le gouvernernent avait respect la
Constitution et les institutions, s'il avait obei i la volonte du people
exprimee par la ( Im .lii des deputies, s'il avail ic.*.i., I les droits
des citoyens, s'il avail, en un mot, une saine idee de sa mission, sa
popularity, loin de s'evanouir aurait grand. (Comme Ie disait
Monsieur Thoby, I'oeuvre de la C'hambre des deputies etait appelec
a turner au profit du gouvernement mais celui-ci tn I'a pas compris
malheureusement. II aima mieiuIx violet la (onstit tion et les lois.





Coins d'histoire 83

Cet episode de notre vie parlementaire suffit nous rappeler que
nous avons eu des deputies qui furent de veritables defenseurs du
droil et de la Justice. Eleve dans les principles qui font se soulever
l'aime et le coeur en ..:1- de lajustice et de la liberty, rues amours
tres chores, je me sens emu, au delay de toute expression, a
I'evocation de ..cX1.->I glorieux de notre vie national et j'accorde un
souvenir de respectueuse sympathie et profonde admiration a ces
grande figures liniii. ine qui les ont accomplish. Elles ont marque
leur epoque d'une incontestable 1,11 ih id en y semant de la gloire et
en la rendant belle.
On oublie trop vite, d'une generation i l'autre, ceux de nos
cornpatriotes qui out travaille a career ou a fortifier en nous les
sentiments d'orgueil et de dignity. Nous oublions trop facilement nos
devanciers de valour et de merite et m6me leurs actes. Ainsi d(i1i il
y en a qui semblent ignore que, de tous les points du pays, quand le
soi national tUIh envahi par ies forces miliiaires ameriicaines, en 191 5,
il y eut centre les envahisseurs un movement de revolte et
d'inidliutiijn, qui, en certain endroits, se manifesta par les armes;
que tous les grands fonctionnaires de province, civil et militaires,
dtaient disposes a ic.,_'ii qu'il y en a meme qui firent leur devoir
dans la measure de leurs moyens et tant qu'ils resterent en function.
S'il en est ainsi des evenements de 1915, relativement recent, jugez
combien peu parni nous sont au courant des faits des anciens, des
evenements de 1867. Non, nos devanciers meritent plus de souvenir
et plus de gratitude. Prenons la resolution de leur vouer desormais
un meilleur culte, de leur accorder plus d'amour.





Coins d'histoire 84


RESISTANCE A L'ARBITRAIRE

Au Tribunal correctionnel de Port-au-Prince, en l'ann6e 1895, un
ancien Secretaire d'Etat de I'ntdrieur et des fonctionnaires militaires
etaient cites pour repondre d'un delit d'abus d'autorite et
d'emprisonnement illegal et arbitraire que leur I npi ,chait un modest
citoyen, ancien eii!pl\, du \ IiirIcr.. Ileureux temps! Ileureux
justiciables!
Me. Michel Oreste representait le plaignant. Nul choix ne
pouvait &tre meilleurr Par son eloquence, son courage et sa science
juridique, i'eminent avocat s'etait de bonne here acquis au barreau
de Jacmel, sa ville natale, une place enviable, la premiere j'ose dire,
parmi ses confrrers. Quand en 1 ',, apr6s son election de depute au
Corps L6gislatif, il vint s'etablir a Port-au-Prince, ii n'eut gucre
d'effort a faire pour occuper le rang qui lui revenait dans ce nouveau
milieu. Sa brillante reputation l'y avait pr6cede. En mime temps qu'il
comptait parmi les ii.lil, i'. du barreau, il 6tait alors un des ddfenseurs
les plus notoires et les plus decides du droit viol&. A la barre du
tribunal come a la tribune du Corps ILegislatif, it etait toujours
parmi ceux qui r6clamaient en faveur de la justice ou de la liberty en
danger. Ce process convenait donc bien a son talent et a son
caractere; sa parole cinglante etait A la rmesure de la cause qui lui
etait confide.
Sans s'inquieter de savoir si, parmi les prevenus, il y en avail qui
etaient encore en functions, Ic couraseux av\0iiat stit'Ralisa. ulne






Coins d'histoire 85

nouvelle fois, les auteurs des actes arbitraires et illegaux don't la
pratique provoquait justement I'i.i.-'n1.ll ii, et I'impatience du pays.
Me. lMichl Oreste fut averti, peu apres I'audience, que ses
!,I,0.c., avaient provoque la colere du Commandant de la Place de
Port-au-Prince egalement implique dans le process. L'honorable
avocat n'en fut guere trouble. A peine rentrd chez lui, il recut une
lettre de cc foictionnaire qui reclamait des explications sur la
plaidoirie. II y repondit sur le champ et par le porter in'Lnc du
message. On ne pouvait donner **..ii'.Lii ni plus vite, ni plus
co mp' l "t'i I)111
Les avocats de cette generation ne s'emouvaient pas de la
menace ou de la colere des puissants. Ce n'etait pas dans leurs
moeurs el dans leur temperament. Its etaient des liomic, et ils
savaient le montrer. "Ia vie de notre ordre, a dit l'un d'entre eux et
non des moindres par la science, la probite, le courage et
I indepenidance, la vie de no0re ordre, a dit Me. IEdiond il,.,pii.i,..
jadis se pourssuivait dlans une atmosphere de lutte et de combat et ii
avait pour devoir, au milieu des passions, de reclamer pour tous ceux
qui souflfaient et de protester pour tous ceux don't on violait le
droit". "On I'a vu, a dit encore Me. Les';ir.l'' au milieu des
revolutionnaires triomphants, clever la voix, sans crainte, sans
hesitation, avec la plus complete ill.-ll.ill,-,,imc pour defendre le
President Sylvain Salnave". C'est une tradition heureusement
conserve dans le barreau de savoir braver les perils, de souffrir
misere et persecution pour deflendre la verite, le droit ou la justice.
Avant :ni-II. que la response parvint a destination, le
correspondent occasionnel se rendit chez Me. Oreste en ayant la
precaution de se fire preceder de sbircs dissemines tout autour de
la maison I)es qu'elle enlendit rapper, Madame Oreste, de' .i-i.lni
son mari et relevant ses domestiques, alla elle-mnme recevoir le






Coins d'histoire

visiteur, F1li- avait pressenti, comme de just et a cause de l'heure
indue, que c'etait le Commandant de la Place. Sans se deplacer, elle
avertit son mrari qui, avant de se presenter eut la precaution de
s'armer a toutes fins. Ieureuse id6e! Dans la pensee d'un .IJn'lel
possible, Mme. Oreste comprit que son devoir etait de rester la, a
cite de son maria. Elle ne se retira done pas. Quid fallere possit
amantem?
Notre histoire resplendit de cette categories de i minle, fortes,
courageuses et devouees, bien imbues du role qu'elles sont appelees
a jouer i cote de leurs maris, qui consentent a ne pas empieter sur
les attributions ou la mission de I'homme et trouvent assez beau de
s'evertuer a ei i.- la reine du foyer.
Leur amour conjugal decuple leur courage et leur devouement
quand arrive pour le mari 1'epreuve des heures d'ennui ou de danger.
Stoiques autant que genereuses, elles savent encourage les
rsoiuionIs les plus eier ,i conunec eiies conseilient les pardons
les plus magnanimes. La pratique des vertus domestiques, saine
ambition, absorbait assez leur temps pour les empecher de divertir
a autre chose. Les fences d'a present sont bien loin de ces moeurs,
pouvons-nous dire avec le poete. Madame Oreste etait de I'ancienne
ecole, la bonne, I'eternellement vraie. Quand l'entrevue devint
tragique, elle fut la pour soutenir courageusement son mari menace
dans son propre domicile par un de ceux don't la t.clic est pourtant
d'assurer la protection des citoyens.
Des le debut, la conversation prit un ton aigre et, en quelques
minutes atteignit son denouement. Aux propose ImciI.s'l.nit du
,ndil Me. Oreste repondit en lui montrant la porte. Sur un geste
imprudent et significatif de I'ctrange visiteur, Me. Michel Oreste,
avec une promptitude salutaire, degaina son revolver d'une main en
mtime temps que de I'autre il saisit le bras de son adversaire. Puis,





Coins d'histoire 87

I'arne au ", .i! : ii tin t cct .:.I .. I en respect, l'obligeant a gagner
la rue a reculons.
Alors, de sa voix de stentor, il dit piiliiqiiciii et durement son
fait a cette autorite toute I'l;.ii-'l-. ce qui attira les voisins au
dehors. Les ;', '..!iii\ s'etaient .ii ic' emerveilles de tant de courage,
tandis q.c demeuraient atterres ceux don't le commandant militaire
s'etait faith accompagner pour le but manque. Un voisin limitrophe,
l'honorable Mr. Racine aine que le bruit avait fait ipp.n.i iil e, en fut
si indigne qu'il tourna le dos et ferma sa porte au general qui faisait
eI geste d'aller lui expliquer, a sa falcon, la regrettable scene. C'etait
une legon et line premiere sanction.
Comine ule train de poudre, la nouvelle de cette inci, \. able
aflaire se repandit dans la ville et I'emotion qu'elle provoqua fut
grande. Les autorites militaires jusque-la manifestaient une autre
conception de leur mission, jamais auparavant un avocat, reclamant
Imeil coe COMIC ies abus d on hoinne au ()ouvoir, n avai ete mis a
pareille epreuve. Ce qui fait, en to1u temps, la force de I'autorite et
assure le prestige qui l'accompagne dans I'exercice de ses functions,
c'est la protection iq'elle accord a l'individu ct le respect qu'elle
professe pour les droits de tous les citoyens, adversaires ou amis,
riches on pauvres, humbles ou puissants. Quand le fucli 'nnire
oublie son I-Ile ou sa mission en mesusant de son pouvoir, il
provoque le mecontentement ou l'inquietude de ses administres; il
cree les causes d'irritation contre le regime qu'il dessert par sa
inauvaise conduite et prepare la reaction d'une colere qu'il a
provoque et qui, sans ui., ne serait pas ndee Toutes les revolutions
parent des violations du droit ou de I'i.plid;IIdc a le proteger.
lihomme d'etat tfit nalufage contre ces ecueils quand ii oublie les
p)rincipes essentiels (qui doivent servir de base ses moindres actions.
ians I' '. .s s liti et Ic le ndemain Ie barreau les '.i' .11i.i,





Coins d'histoire

mncic les fonctionnaires revocables, toute la ville peut-on .iin., Jl-i!
chez Me. Oreste. Ce fut ]a labis un temoignage de sympathie pour
I'avocat et une manifestation de protestation contre l'.i., i-. ,i
Me. J. N. Leger etait Bltonnier de l'Ordre des Avocals du
Barreau de Port-au-Prince. De la lignee de nos grands avocats, il
continuait la liste des Bn.aioiici, qui ne savaient pas transiger avec
le devoir accept de defendre en toute occasion I'ordre qu'il
representait et les avocats qui I'avaient charge de cette mission. Sit6t
qu'il fut mis au courant de I'attentat, il convoqua le conseil de
I'ordre et, des le lendemain, au nom de la lilhrte individuelle qui doit
L11e IC.t ail aux avocats dans la dctlcn-,.- de leurs clients, il adressa
une energique protestation au Secretaire d'Etat de I'interieur centre
l'agression sans precedent don't un membre du Barreau avait l.ili,
8tre victime de la part d'une des principles autorites de la ville.
Dans de pareilles circonstances, nos governments par calcul
sinon par prlincipe, complienaient toujours ia lnecessite de donnel
satisfaction a I'opinion publique. Le Secretaire d'Etat de 1'lnterieur,
Mr PNpill'nr prit I'affaire en mains, ltnu I'acte, son auteur dut,
dans un rapport que ses chefs exigerent, regretter sa conduit et
presenter de formelles excuses.
Sachant que sa vie restait quand imemc en Jlun','ci, puisque
l'agresseur n'etait pas d6place, Me. \llclle'l Oreste decida de se
rendre a l'etranger tant que son adversaire sera en function et meme
s'il le faut, jusqu'a la fin du inandat du President de la Republique.
Mais Mr Le Secretaire d'Etat de 1' lntrieLur refusa net le passeport.
II le fit savoir a Me. \ Ihiel Oreste "Je ne peux pas signer ce
passport, a-t-il dit. Le signer ce serait proclamer que, sous mon
administration, les citoyens n'ont aucune garantie et que la liberty
individuelle n'est qu'un vain mot. Ie depart dans de lelles conditions
d'un ll.li..i de valeur tie peut que nuire aul gouverltnellent "






Coins d'histoire

Sur les instances du Secretaire d'Etat de l'Interieur et du
Secr6taire d'Etat de la Justice qui representerent surtout le
tdijplo1tblc effet de la conduite du Commandant de la Place sur
l'opinion, le Pirsidcni de la R6publique consentit a recevoir Me.
Michel Oreste et a lui renouveler I'assurance que, deja, 1'ordre des
avocats et lui avaient recus, a savoir que l'incident etait regl6, et
qu'il etait assure de toute garantie pour lui et pour sa famille, qu'au
surplus, les autorites militaires etaient prevenues qu'elles devaient
respecter les droits et la liberty des avocats. Le cOuilce.
l'independance et la pratique du devoir venaient de triompher.
L'armee leur avait present les armes.






Coins d'histoire


CURRICULUM VITAE DE VICTOR CAUVIN

Ne a Port-au-Prince, le 17 aofit 1882
SFludcL' classiques A Port-au-Prince.
*D'abord i I'Ecole Polymatique et ensuite au Lycee Petion jusqu'i la
philosophic.
4Baccalaureat en Aofit 190 1.
-Avocat du Barreau de Port-au-Prince, licencie en droit.
-Plusieurs fois membre du Conseil de discipline de I'Ordre des Avocats.
-A occupC les emplois et functions:
*Employ6 au Departement des Travaux Publics.
*FimIplo 1 au Dpartement des Relations Ext6rieures.
*Prolesseur au lycee Petion.
*Chef du Bureau au Departement des T.P.
*Depute de Port-au-Prince au Corps L6gislatif 1930 1932
*Membre du Conseil de Gouverement I''"
*A et6 d>"i'.id par le Gouvemement Haitien come membre de la Cour
Permanente de La lHave 1945
Decorations:
*Ordre Francisco de Miranda Venezuela
*Oflicier de I'Ordre National Homnnur et Merit, Haiti
*Commandcur de I'Ordre Pdtion Bolivar, II.mili
-Commandeur de I'Ordre Isabelle la C.ialhlilqiic Fp:I'lyn
Membre fondateur de la Societe Bolivarienne d H a ll i
*Vice-President de cette society en plusieurs fois et aussi President de
cette society.
Directeur honoraire de l'Institut Chileno-Haitien.
QCollabora a plusieurs journaux I;mticn' :
*La Poste, L'Essor, Le NoWu cllic. Le Matin etc...
-11 fut aussi, a c6td de son pKic Me. F.L C.lu in I'un des fondateurs de
I'UNION PATRIOTIQI'E a I'cpoque de Foccupation Americaine et
secretaire de cette society sous la Presidence de Mes. Georges Svlvain et
Perceval Thobv.
-II public dans le Nouvelliste une s6rie d'articles sous la rubrique
"SONNONS LA CHAR(;E".
-Connut la prison pour d6lit de Presse sous Borno. II fut aiiciC en
compagnie de Ernest Chauvet. Ch. Moravia, Jn Ch. Pressoir, Clamart
Ricourt. Luc Fouche, Me Perceval Thoby etc... El sous Vincent, lors de
I'affaire Calixte, en WIllll.ldnii. I de Me Scymour Pradel etc...
-Decde le l Fe8vrier 1971





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TABLE DES MATIERES


Note du N ouvelliste ... ... ......... .. .............. 4
U n nationalist ............................... ...... ......... ... .............. 5
A vant-Propos ............... .................. ...... ....... ............ 6
(Choi', de ie'\'
1 Le temps passe ............... .................. ... ...... .....- 8
2. "Je n'aim e pas la cuisine .n .lisie"......................... .......... ........ .. 13
3. Defense des 616ves et de leur droit .. ................ ............. 17
4. Le secretaire d'Etat responsible ............ ..... .............. 21
5. Le devoir avant tout ..................................... ........... ...... ....... 25
6. La force c6de au droit ......................... .. ....... 29
7. La justice qui ne rend pas de service ................................ ........... 34
8. Comment on r6pond aux menaces .................... ...... ............ 37
9. Le parquet fait respecter la loi ...................... ....... ............. 39
10. Les Etat-Unis menacenl de la force ..... ..... 43
1 1. C onduite de secretaire tl I1.1 ................ ... ... .................. 46
12. Exemple de courage .............. ..................... 50
13 Je vou s ex cu se .......... ........... ................ ... .............. 53
14. Jeux d'antan ................ ... ............. .. .. ... .......... ... 57
15. Le president relive Ic gant ....................... ...... -.... ....... ........ .. 60
16 L 'o rdre et la lib erte ....... ........ ... .... ..... .......... .. ........ .. ... 6 5
17. L a lecon d 'un e faute ........................ ...... .. ...... ......... ........... 6 8
18. C hfitim ent d 'espions ..................... ... .... ..... .. ................ 72
19. L'affaire Leon M ontas a la Cham bre .................. ................. 76
20. Resistance a I'arbitraire ..................... ........... .. 84
Cunriculum Vitae de Victor Cauvin ........... ....... ..... .... ....... 90





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Infographie et Impression: M6dia-Texte, 25 Ruelle Chavannes, W: 22-,,'.. '