Revue de la Société de législation. ed. Jacques Nicolas Léger, full run is 1 Apr. 1892 to 2 Aug. 1899-- [asked UMI for ...

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Revue de la Société de législation. ed. Jacques Nicolas Léger, full run is 1 Apr. 1892 to 2 Aug. 1899-- asked UMI for their yrs. 1-4, 1892/3 to 1895/6 will ask Harvard for their years 5&6
Physical Description:
Mixed Material
Publisher:
Port-au-Prince : H. Amblard, 1892-
Publication Date:

Notes

General Note:
4-per-1892-96
General Note:
http://www.llmcdigital.org/default.aspx?redir=31711
General Note:
Annex—Oversize: KGS 327 .D43x; Hollis 001560136

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University of Michigan Law Library
Holding Location:
University of Michigan Law Library
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Resource Identifier:
LLMC31711
oclc - 690018920
System ID:
AA00000843:00015


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2me Annee No 3 Port-au-Prince, le 2 Juin 1893.


REVUE

DE LA


SOCIETY DE LEGISLATION
Paraissant le 2 de chaque mois


Siege provisoire: chez Me J. N. LEGER
16, rue du Fort Per.


.COMITE DE DIRECTION ET DE REDACTION
M.M. J. N. LIGER, PRtSIDENT
GEORGES SYLVAIN, SECRETAIRE
A. BONAMY, TRtSORIER
JUSTIN DEVOT
EDMOND LESPINASSE
FREDERIC MARCELIN MEMBRES
J.J. CHANCY


PRO PATRIA


SOMMAIRE:
Seances de la Socikt&.
Seance solennelle du 14 Mai
Correspondance --
Nicrologie
Avis


Abonnement. i an P. 4 Le numrnro .... P 0.40

Adresser la correspondence au si6ge provisoire de la Societd.


PORT-AU-PRINCE
IMPRIMERIE DE LA JEUNESSE
1893.









- 35 -


Aux membres correspondans et aux
Agens de la Revue, d tous ceux qui col-
laborent, par leurs communications ou
leurs ci,' ~u ra~ 'ii r t l, au succes de notre
ceuvre, le nouveau Comite de direction et
de Ridaction, officiellement iziiwngII le 14
mai, adresse le ithmgiage public de son
affectueuse reconnaissance.

StANCES BE LA SO'ITE

( Extraits des procs-verbeaux )
Rdunion du S7 Avril 1893.
( Presents : MM. J. J. Chancy, Liger,
Sylvain, Bonamy, Jean-Joseph, Borno,
Viard, Bouzon. )
Prdsidcnce de M. J. J. Chancy.
D6p6t par MBonamy de son rapport sur
une question posee par M. David, mem-
bre correspondent A Saint-Marc.
Rdponse faite par M. Borno i une
question pose par M. K6nol.
( Discussions rdservees. )
Lecture ,lu rapport de Mr J. J. Chancy,
sur h1 meilleur syst6me dconomique ap-
plicable A Haiti.
RAPPORT


Messieurs et chers colleagues,
Vous m'avez faith l'honneur de me
charger de l'dtude de deux des ques-
tions les plus importantes actuellement,
et qui sont poses ou rdsolues provisoi-
rement, maintenant minme, dans tous
les Etats du globe : A savoir lequel des
deux syst6mes 6conomiques convient le
mieux d Haiti, celui du Libre Echange
ou celui du Protectionnisme.
Nous ne pouvons vous cacher notre
crainte d'envisager, ici, ces deux probl6-
mes qui se dressent aujourd'hui, par-
tout, menagants. Ces jours-ci, ils servaient
de plate forme electorale A deux grand
parties politiques dans une confdd6ra-
tion d'une prosp6rit6 sans gale. C'est


qu'A l'heure pr6sente, les questions pu-
eimcnt financi6res sont renvoy6es l'ar-
riere-plan. Elles sont revenues secon-
daires, parce qu'elles sont toutes la con-
sequence de la grande question icono-
mique, parce qu'il n'y aura jamais de
finances sans travail.
Or le travail n'4tant pas encore or-
ganis6 en Haiti, ce qui revient A dire
que les products d'6change n'existant
pas, il devient absolument impossible
de parler de libre-6change, IA ouf il n'y
a rien A changer. Nous cartons done,
forcdment et d priori, le system libre
dchangiste dans le regime iconomique
a appliquer a Haiti. 11 faut crier d'a-
lord, prot6ger en suite le travail natio-
nal, avant de penser A l'dmanciper.
*
Nous gallons nous ddgager de tout es-
prit de syst6me pour rechercher oA se
trouve l'intdrkt immediat de la Patrie,
et quelle est la meilleure pratique dco.
nomique pour le sauvegarder ?
Avant tout, jetons un rapide coup-
d'ceil sur le mintitieux regime fiscal
qui resort de la nouvelle legislation
douani6re de l'Europe et de l'Am&-
rique.
En France, nous nous trouvons en
presence de toute une 4chelle de tariffs
applicable A tous les pays, selon qu'il
existe entire eux et Ie gouvernement
frangais des accords commerciaux : ta-
rifs minima tarifs maxima tarifs
conventionnels, tarifs de traitement de
la nation la plus favorisde, tarifs de trai-
tement de rdciprocitd, enfir tarifs do mo-
dus vivendi. Ce sont ces derniers tariffs
que le Cabinet frangais a voulu appli-
quer i la Suisse, par suite d'une conven-
tion, que la Chambre frangaise vient de
rejeter A une tr6s forte majority, quoi-
qu'il fit fait appel aux sentiments de
reconnaissance que la France devait gar-
der Ace brave petit people qui avait si
fraternellementaccueilli, en 1871,les de-
bris malheureux de l'armde frangaise. -
On voit quelle cuirasse de protection
s'est donnee la France.
L'Allemagne, I'Autriche, I'Italie, I'Es-
pagne, ont dgalement renfored leur )ld-
gislation dans le sens protectionniste.











Quant it1'Amdrique du Nord, apr6s
avoirjbchou6 dans son essai d'dtablisse-
ment d'une Union douanierecomprenant
tous les Etats a mdricains, elle s'est ra-
battue sur le b:l1 Mac-Kinley que vous
connaisez trop pour que je vous en fasse
m6me le resume,
C
Ainsi, partout, c'est le syst6me non
pas seulement de protection, mais de
reprisailles, qui prdvaut.
Pendant ce temps que faisons-nous ?
Quel est notre systeme 6conomique ?
C'est encore celui que perpdtue notre
trop ddmod6 tarif de douanes.
Nous n'avons m6me pas su frapper
de droits exceptionnels les principaux
products des pays qui prdlevent sur no-
tre cafd, non pas des droits protecteurs,
mais ce qui est bien plus important,
des droits purement fiscaux.
II nous faut changer au plus t6t, car
tout change autour de nous. Il nous
faut embrasser sans d6lai une pratique
6conomique protectrice de l'organisa-
tion du travail national, particulire-
ment du travail agricole. Ce syst6me
de protection sera moddre, intelligent,
driergique, pour 6tre fructueux, et .ne
doit pas aboutir A ce beau reve des pro-
tectionnistes a outrance qui consiste A
vendre sans jamais acheter. 11 s'dtendra
surtout, et presque exclusiment sur I'A-
griculture, parce que grace A notre cli-
mat, A la varidtd de notre terroir, aux
belles qualitds de notre sol, nous devons
etre un people essentiellement rural.
En outre, a pour 6clairer A tous ces
Stages l'ensemble si compliqud des faits
6conomiques, il convient de se placer
d'abord dans une region moyenne, cell
de I'Economie rurale, 6galement dis-
tante de 1'dtat rudimentaire d'une socid-
tW dansl'enfance, ofi tout est concrete
et -rdel jusqu'A la grossi6ret6, et de l'6-
tat d'une socidtd avancie, of le signe,
I'abstraction et la fiction prevalent jus-
qu'a faire trop aisdment perdre de vue
la chose signifide, la constitution na-
turelle de l'homme, ses besoins, see
ddsirs et leur satisfaction effective., (1)
-(4) Counot. Revue sommaire des doetrines
deonomiques.


Mais sur quel concours devons-nou
computer en Haiti pour l'application de
ce systeme economique, tel que nous
l'indiquons ici ? Je le dis de suite : le
concours de l'Etat s'impose en premier
lieu, dans la situation actuelle de no-
tre agriculture. L'initiative privde vien-
dra ensuite. Plus tard, elle se mettra en
lieu et place de cell de l'Etat, s'ktant
fortifide A ses c6tbs. II le faut, parce
que les sacrifices, devant 6tre dnormes
et imm6diats, ne peuvent etre consen-
tis que par la communautd des citoyens.
Abordons le r6le de l'Etat.


Le Droit des gens nous apprend que
l'Etat est composed de la masse des con-
tribuables et de l'ensemble des institu-
tions et des forces d'une nation. Cer-
tes, l'Etat n'est pas une corne d'abon-
dance. II ne doit ni ne peout tout fair.
It ne saurait s'driger A volont6 en dis-
pensateur du bonheur, pourvoyant A
tout, pensant meme pour tous, ou, com-
me l'a dit spirituellement un cdl6bre
avocat, (2) ad6barrassant les citoyens de
toutes leurs affaires et de touted leurs
vertus.v
Non, nous ne demandons pas A I'E-
tat de jouer ce role, car, souvent, c'est
la bonne ou la mauvaise initiative de
l'individu qvi le conduit A la fortune
ou A la misere. Et ne voyons-nous pas
cette initiative remplacer avantageuse-
ment l'Elat, partout, en Angleterre?
Mais ajoutons que c'est particulier a la
grande natio1a anglaise.
Cependant, I'Etat ne peut pas non
plus a laisser fair et laisser passer b ,
se bander les yeux pour ne pas voir les
places des individus, se boucher les
oreilles pour ne pas entendre leurs gd-
missements.
Quand les individus sont menaces de
grands perils sociaux, provenant soit de
causes naturelles, soit de coalitions
spoliatrices, I'Etat doit intervenir dner-
giquement pour les secourir, les sauver,
s'il ne vent pas s'exposer lui-m6me. Au-
trement l'individu devient dangereux,
d'autant plus dangereux qu'il est igno-

(2) Me Rousse, de 1'Acaddmie Fran jaime.









- 37 -


rant. L'Eat est force de s6vir contre lui,
de s'amputer d'un membre qui, mieux
entretenu, resterait utile.
En un mot, I'Etat doit etre initiateur
partout ou l'initiative priv6e ne se
montrepas.Et IA ou elle se montre, l'Etat
peut 6tre rdformateur ou protecteur
eclaird, qu'il s'agisse d'agriculture, d'in-
dustrie, de lettres, de sciences, d'arts
ou de commerce. II imported qu'il pren-
ne cette attitude, au plus tot en Haiti,
car depuis quelque temps, grace A des
privileges inconscients, il s'est cr6d
ici une nouvelle puissance : celle des
manieurs Id'argent. Cette puissance est
devenue si formidable qu'elle menace
de tout emporter, et constitute une nou-
velle -servitude qui nous rend plus es-
claves que jamais. L'Etat seul est assez
bien arm6 pour la briser et nous con-
duire A notre salut kconomique.
*

Arrivons alors A nos conclusions, et
voyons quels moyens pratiques et im-
mddiats peuvent etre employs pour
atteindre la fin que nous prevoyons.
Nous le rep6tons, nos vues doivent etre
portdes exclusivement sur notre agri-
culture et les am6liorations a y appor-
ter. Pour cela, I'Etat doit favoriser son
d6veloppement de toutes les fagons, et
notamment :
lo par la creation et la r6fection des
routes publiques.
2o par la creation de chairs d'Econo-
mie rural dans toutes les dcoles supd-
rieures de la Rdpublique;
3o par la creation de chambres ou
conseil-s d'Agriculture dans chacun des
Arrondissements de la Rdpublique;
4o par l'organisation d'un. system
de primes A accorder aux products agri-
coles.
5o par 1'exportation de tous products
autres que nos denrdes, particuli6re-
ment de nos fruits.
*

Cependant, sans sortir des conditions
de ce regime agricole, cela ne nous
empechera pas d'organiser l'industrie,
afin de diminuer les products que nous


sommes obliges de deman ler A l'dtran-
ger, ou de crder des moyens d'dchange
qui nous permettent de nous procurer
en plus grande sbondance des pro-
duits strangers.
On pourra me demanderoa prendre
l'argent pour ces importantes am6lio-
rations. Eh bien, ilest tout trouvepour-
tant,sans emprunt ni imp6t nouveau. On
n'a qu'a y consacrer au moins la moitid
du produit des imp6t6 qui frappent
nos denrdes A 1'Exportation. Ce sera
de bonne justice parce que l'imp6t doit
4tre toujours reproductif d'utilitd, c'est
A-dire que si je donne dix gourdes:
l'Etat, il doit me rendre une valeur ega-
le en services de toutes sortes. Ce sera
moral en meme temps que scientifique,
parceque l'Economie politique qualified
tres sdyvrement l'emploi deJtoute3som-
me payde comme imp6t, et qui n'est
pas transformed en une utility 6quiva-
lente.
Ces v6ritds 6conomiques s'appliquent
d'autant mieux Al'Agriculture'haitienne
qu'elle n'a jamais eu aucune compen-
sation en retour des dnormes charges
qui l'accablent. C'est elle qui fait pour-
tant tous les frais de notre budget, en
y contribuant, soit par des imp6ts di-
rects, soit par des imp6ts indirects.
Pensons-y c'est lA qu'est notre -sa-.
lut; car c'est s'abuser dtrangement
que de chercher la solution de notre
gene avec des donnees financifres. Nous
ne la trouverons qu'avec des donn6es:
dconomiques et en cessant de nous
abandonner.
Pour mettre s6rieusement la main A
notre organisation agricole et social,
nous ne devons suivre qu'un seul sys.
tame 6conomique : celui -de l'Econo-
mie rurale tel que nous le montronsi
Et nous ne devons avoir qu'une seule
devise : x Le travail par 'Economie ru-
rale, l'dconomie rurale pour leTravail.t
I.J. CHANCY.
N, B. J'ei lu, Messieurs et chers col-
legues, avec la plus consciencieuse at-
tention, le memoire anonyme don't vous
m'avez co nfid P'dtude. C'est un travail'
tres appreciable, nourri de faits' a1a'
fois 6conomiques et historiques, en fa-








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veur du libre change, et, particuli6re-
ment, de la libre pratique en ce qui
concern le ndgoce du tatia dominicain.
L'auteur n'est pas seulement partisan
de la liberty commercial. II veut re-
mettre en honneur le tlaisser faire et
laissez passer j des physiocrates. Ce-
pendant, envisageant le role de l'Etat, ce
correspondent occasionnel pense qu'il
doit proteger I'industrie naissante, cell
de laquelle dUpend sa siretd, l'ind6pen-
dance du pays.
Nous sommes trop heureux de consi-
gner ici ce temperament fait A la doc-
trine physiocratique. II confirm plei-
nement notre rapport.
En rdsume, ce m6moire, fait avec ta-
lent, souleve de nouveau une question
tres important, touchant de ti'op pros
au grand problime social, pour passer
inapergue. Je vous propose de le faire
rapporter ou de le faire imprimer dans
la Revue de la SociWta. Vous po'ivez
d'autant plus le faire que l'anonymat
en est d6voild.
J. J. C.
M. Ldger. Nousjsommes en trop petit
nombre pour entamet la discussion d'une
question aussi important.
M. le Secrdlaire. Nous pouvons tou-
jours esquisser le plan general de la dis-
cussion, sauf a lui donner tout son dd-
veloppement et toute son ampleur A la
Msance prochaine.
M. Leger. Eh I bien, je pense qu'en
matibre dconomique, on ne doit pas
avoir de syst6me absolu. Les homes
d'Etat appelds a diriger un pays doivent
accommoder leurs theories aux besoins
et aux intdrOts locaux. Les lignes gdnd-
rales du rapport ne sont pas discutables.
Je crois pourtant qu'il donne trop a
l'industrie agricole. Que vous Ie vou-
liez ou non, il est dans la logique natu-
relle des choses que les centres, d'abord
agricoles, tendent de plus en plus A
devenir manufacturers. Il y a de cette
loi dconomique une remarquable appli-
cation dans le developpement de cer-
tains Etats des Etats-Unis du Nord.
Nous sommes en ce moment en pleine
p6riode d'dvolution. S'il est vrai qu'a
i'houre actuelle, la plus grande parties de


notre territoire soit encore agricole, on
peut pr6voir que, dans un avenir plus on
moins rapproch6, quelques-uns de nos
centres de production s'adonneront a
l'industrie proprement dite. C'est pour-
quoi nous devrioas des maintenant pre-
parer, en une certain measure; cet ave-
nement de l'industrie; qui sera pour
nous une condition et un signed du pro-
gr6s.
M. Bonamy. 11 y aurait, selon moi,
erreur A soutenir qu'au systeme agri-
cole doit se substituer compl6tement le
systeme manufacturer. Ce sont choses
qui s'enchainent comme tous les pro-
gr6s. Ce qui est vrai, c'est que le sys-
t6me agricole n'arrivera a son perfec-
tionnement que par le d6veloppement
du systeme manufacturer et p ar l'ex-
tension des changes, du commerce
en gdndral. Aussi est-ce servir les int6-
rets de l'agriculture que de preparer les
voies A l'indus'rie.
M. Ldger. L'experience prouve qua
IA od il y a progres indusiriel, l'agricul-
ture est chassde.
M. Bonamy. L'industrie manufactu-
ribre anglaise est la plus avanede du
globe, et pourtant I'Angleterre est aussi
le pays don't l'agriculture est la plus per-
fectionnde. II semblerait juste des lors
d'affirmer que l'industrie manufactu-
riere, loin de nuire, on se d6veloppant,
aux progr6s de Pindustrie agricole, est,
au contraire, pour elle un puissant sti-
mulant et un precieux auxiliaire.
M. Ldger. L'industrie manufacturikre
constitute aujourd'hui la vraie riches e
de I'Augleterre.
M. Bonamy. Le r6le en est plus ap-
parent ; l'agriculture attire moins les
regards, mais elle tient bien sa place.
Sa mission s'est 6largie avec l'agrandis-
sement du march national.
M. Chancy. Le rapport n'est pas ex-
clusif et permet de rdserver tous les
progr6s. Mais passez-moi une rdflexion.
En faisant de l'agriculture scientifique
nous quintuplerions nos revenues. Pour
nos manufactures, quels ddbouches au-
rions-nous ?
M. Jean-Joseph. II y a des indus-
tries qui se rattachent A la fois A l'agri-
culture et 4 la manufacture.








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M. LEger. D'une fagon g6ndrale, sans
chercher bien loin, on trouverait aisd-
ment certaines industries ont il nous
serait ulile de preparer l'avenement. 11
m'a sembl6 que le rapport, en disant
que le pays est essentiellement agricole,
ne faisuit pas assez la part des industries
a venir.
M. Chancy. Non ; j'ai fait tout oxpres
assez large les bases du Rapport pour
que tout notre avenir 6conomique plIt
y tenir.
M. Viard. C'est notre industries agri-
cole qui doit donner le branle aux
autres ; c'est A elle qu'il nous faut son-
ger d abord.
M. Bouzon. Jusqu'ici nous n'avons
rien fait pour introduire chez nous l'en-
seignement indutriel. A ce point de
vue, j'approuverais frt la creation des
course d'economie rurale recommandde
par le rapport.
La suite de la discussion est renvoy6e
A la seance prochaine.


Reunion du 4 Mai.


( Presents : MM. LUger, Sylvain, Bo-
namy, Chancy, Laforest, Heraux, La-
fleur, Brun, St.-R1my, Bouzon. )

Presidence de M. Ldger.
M. le Secr6taire rdsumeles arguments
et les conclusions du Rapport de M.
Chancy et le point oi s'estarrit6e la dis-
cussion A la stance pr6cedente.
Le principle du Rapport est toujours
en discussion.
M. le. President. Quand une industries
piriclite, il faut la prot6ger. Quand vous
avez int6ret A favoriser l'entrde de cer-
tains products, it faut abandonner la
protection. Rien d'absolu en cette ma-
tiere, surtout pour nous autres Haitiens.
C'est un sysl~nme mixte qu'il nous con-
vient d'adopler.
M. Brun. Qu'est-ce que voudrait
dire le mot libre-6change, au point de
vue haitien ?
M. le Secrdtaire. J'avoue que je ne
congois pas bien un system mixte. Ou


vous voulez du libre-6change, ou de la
protection. Or, le libre-echange ne rime-
rait A rien dans un pays, oi, come le dit
le Rapport, il n'y a rien A dchanger.C'est
done le syst6me protecteur qui est le
seul admissible. Cette sorte d'opportu-
nisme economique qui constituerait le
syst6me mixte, n'est autre chose que de
la protection, plus ou moins rigoureu-
se, selon les cas.
M. Bonamy. Je crois que le syst6me
du libre-6change est le systlme ideal
off l'on doit tendre pour la facility des
rapports' entire les peuples ;. mais ii ne
peut resulter que d'une longue sdrie d'ef-
forts, entire peuples a peu pres egaux
en civilisation et en richesse. Som-
mes-nous mirs pour ce progres ? Evi-
demment non. Tout ce que nous pou-
vons faire, c'est d'y aspirer par la
creation de l'industrie manufacturiere,
concurremment avec l'industrie agrico-
le. Nous n'y atteindrons que par le sys-
tlme protecteur.
MM. Bouzon et St. R6my se pronon-
cent 6galement pour le protectionnisme.
M. Brun.-- Mon avis est que dans I'd-
tat economique du pays, on ne saurait
se decider pour un principle. Ce qui
nous convient, c'est une idgislation fis-
calc adaptde aux circonstances. Ainsi
congois-je le system mixte, qui, plus
qu'aucun autre, nous permettra de cre-
er, non-seulement l'industrie manufac-
turiere, mais mdme I'industrie agrico-
le qui n'existe, pour ainsi dire pas,
chez nous.
M. Lafleur. --- Comment s'exercera
votre protection ? La production pres-
que unique, c'est le caf6. Allez-vous le
frapper d'un droit ? C'est alors le peu-
ple, t'indigent producteur, qui en souf-
frira.
M. Chancy. II ne peut y avoir de dou-
to sur les principles du Rapport. C'est
le travail national que nous voulons pro.-
tdger. II ne saurait done 6tre question
de frapper le cafd.
M. Laforest. Nous nous servons d'un
term impropre, ce n'est pas protec-
tion, c'est creation qu'll faut dire. Je
suis pour que l'on crde, sans autre ex-
plication.
M. le President. Pour moi, je le r6-








- 40 -


pete, il faut 6tre opportuniste; faire se-
Ion les circonstances, tantot du protec-
tionnisme, tant6t du libre-dchange.
M. Hdraux. L'opportunit6 actuelle,
c'est la protection.
Le compete de ces opinions diverse
dtant 6tabli, il en r6sulte que ]a majo-
ritd de la reunion est d'avis que le sys-
t6me protecteur est celui qui convient
actuellement le inieux aux conditions
dconomiques de notre pays.
M. le Prdsident. II nous reste A exa-
miner les moyens de rdaliser cette pro-
tection don't nous avons voted l'adop
tion.
M. le Secretaire. Le Rapport men-
tionne d'abord : 1 la creation et la rWfec-
tion des routes publiques. D
M. Chancy. Inutile, je pense. de d6-
velopper longuement l'urgence de cette
measure. A Hinche,, par example, faute
de pouvoir transporter les bois precieux,
les bois de construction, on les brAle ;
le lait, on le jette...
M. Bouzon. A-trois ou quatre lieues
de Jacmel, of il y a des bois .magnifi-
ques, pour tranporter un pin jusqu'a
la ville, c'est un luxe.
M. Laforest. II y a quelques ann6es,
on allait de Port-au-Prince aux Cayes
en voiture; on ne le ferait plus aujour-
d'hui. Les routes nationals doivent Wtre
crd6es par l'Elat. C'est son premier
devoir.
A 1'unanimit6, la reunion se range,
sur ce point, A l'opinion du Rapport.
M. le Secrdtaire. La second measure
indiqude est a( la creation de chairs
d'6conomie rural dans les dcoles su-
p6rieures.--
M. Hdraux. Quelle sont ces dcoles
sup6rieures ?
M. le Secrdtaire. II me semble que
les lemons de cet ordre seraient surtout
n6cessaires dans les ecoles pri-maires.
M. le President. Je proposerais alors
cetiamendement ; E :partir des:dcoles
primaires. v
M. Laforest. Non dans les ecoles
primaires. >
M. le Secrdtaire. Messieurs, je crois
le moment venu de vous signaler une
grave omission du Rapport,c'estla crda-
tioi des fermes-c'oles. Maintes fois, la


question a 6t6 mise a l'ordre du jour:
c'est devenu une sorte de lieu commun,
A l'usage des programmes politiques.
Jamais elle n'a eu de solution, parce que
jamais la rdalisation n'en a et6 sdrieuse-
ment entreprise. Que de pays n'ont pas
e6t entierement transforms par I'influ-
ence bienfaisante des religieux-agricul-
teurs !
M. Chancy. J'ai longuement r6fldchi,
moi aussi, sur cette questiondes fermes-
6coles ; et si je n'ai pas cru devoir en
parler dans le Rapport, c'est que je
suis arrive d la conclusion que pour
nous, elle n'est pas mare. II y a derri&-
re tout cela, une rivalitd entire deux Mi-
nisteres et entire deux 6glises. C'est ce
qui a emp6chd jusqu'ici d'aboutir les
efforts tents en ce sens. Gardens les
fermes-dcoles pour l'avenir.
M. Laforest. Je voudrais, au contrai-
res qu'on cherchAt, des a present, le mo-
yen pratique d'arriver A une solution.
Les fermes-dcoles proprement dies, A
mon avis, c'est une utopie. Mais les re-
ligieux-agriculteurs, c'est autre chose !
A difaut des Trappistes, A qui l'on
s'est, me dit-on, adress4, et qui font des
difficulties, il y a les Salaisiens qui don-
nent l'instruction agricole et enseignent
la pratique aratoire. Pourquoi ne s'en-
tendrait-on pas avec eux? S'il m'est per-
mis de vous citer un faith qui prouve
combien cette experience serait fdconde,
je vous dirai que, sous Geffrard, le G6-
ndral Philippeaux, commandant de l'ar-
rondissement de Nippes, avait fail inau-
gurer des lemons de choses dans les
ecoles primaires de son arrondissement.
Cela avail merveillejsement rdussi.
M. le Secrdtaire. Nous ne faisons
qu'indiqner aux gouvernemens la voie
ofu ils devraient s'engager. A ce comp-
te, les difficultis qui s'opposeraient ac-
tuellement A la foundation des fermes-
6coles ne pouvent nous empecher de les
recommander comme moyen de restau-
ration de l'industrie agricole.
La majority so rallie A cette opinion,
et vote 6galement la creation de chairs
d'6conomie rurale dans les diverse 6co-
les de la R6publique, notamment dans
les 6coles primaires.
Le troisieme article du Rapport por-











te sur (( la creation de chambres ou
conseils d'agriculture dans chacun des
arrondissemens de la RWpublique. -P
M. Bonamy. Avant cela, je propose-
rais la creation d'ecoles d'arts-et-me-
tiers. -- Jusqu'ici, nous n'avons guere
parld que d'agriculture. II serait temps
de songer aussi auxautres branches d'in-
dustrie, dont il a dt6 question a la der-
nibre stance, au d6but de notre discus-
sion.
M. le Prdsident. Je vois dans 'Ecole
libre professionnelle un embryon d'Eco
le d'arts-et-mdtiers, qu'il s'agirait d'en-
couragei. On pourrait developper aussi
en ce sens laMaison Centrale.
M. le Secrdtaire Je propose cette rd-
daction pour l'amendement de notre
Trisorier ; (( la creation d'dcoles d'arts-
et-metiers, ou du moins le developpe-
ment des institutions analogues qui
existentddj i chez nous a l'tat embryon-
naire. o
M. Bonamy. J'accepte volon tiers cetle
formula. --
M. le Prdsident. D'apres cela, 1'6cole
professionnelle deviendrait une cole
d'arts-et-metiers sup6rieure, formant
des maitres 6s-arts, tandis que la mai-
son central, mieux organisee, forme-
rait des artisans. Quel r6sultat admi-
rable pour la sociMt6 Des pires vau-
riens et vagabonds de la ville faire des
hommes utiles ; reformer leur moral,
tout en leur mettant entire les mains
le moyen de soutenir victorieusement
la lutte pour l'existence ; changer ces
non-valeurs sociales en agents de pro-
duction !..."
M. Laforest. Ce serait, en r6alit6, ren-
dre la Maison contrale a sa destination
primitive ; car c'est pour servir d'6cole
d'arts-et-m6tiers qu'elle a W6t fondue
par RichM.
M. Brun. Double gain, en definitive,
que l'amelioration de l'enfance combi-
n6e avec le perfectionnement de la clas-
se ouvriere.
L'amendement de M.M. Bonamy et
Sylvain est voted, A l'unanimitd.
M. le Pr4sident. Le troisieme point
du Rapport devient ainsi le quatrieme :
Chambres ou conseils d'agriculture dans
nos diffdrens arrondissement


M. Bouzon. Les Conseils d'agriculture
ont exists une fois chez nous. Une loi
les instituait sous Soulouque. En voyant
les noms de ceux qui y figuraient, on
s'expliquequeces conseils n'aientjamais
renduaucun service. La vdritd est qu'on
n'a pas de sujets pour remplir les cadres
d'institutions semblables.
M. Bonamy. On pourrait se contender
d'un Conseil Supdrieur d'agriculture
qui si6gerait pres du Secrdtaire d'Etat.
M. le Secrdtaire. Pour ma part, je
rains que par la creation de ce Conseil
Supdrieur, nous ne fassions autre chose
qu'augmenter d'un nouveau easier de
favors politiques ce fonctionnarisme
don't le poids nous decrase. Nous avons
un Ministre de l'Agriculture, un chef de
division, un chef de bureau, qu'entoure
un nombreux personnel d'employds .Et
cependant que fait-on pour amdliorer le
sort du cultivateur?
Des phrases au 4er. mai !
Il en sera tout de meme avec un con-
seil d'agriculture. L'esprit de progr6s et
la bonne volontd doivent partir d'en
haut. Si ceux qui sont commis de par
leurs functions a la sauvegarde des intd-
rots de l'agriculture ont conscience et
souci de leur mission,ils suffirontlarge-
ment A la tache. Si non, n'attendez pas
qu'ils se convertissent au devoir, par le
simple fait que vous aurez plac6 pres
d'eux quelques figures nouvelles.
M. Bonamy. Je ne serais pas loin de
me ranger A ces objections ; mais je me
demand encore si la creation d'un con-
seilsupdrieur ne serait pas une faeon de
sp6cialiser un peu plus le ddpartement
de 1'Agriculture, et de tenir en haleine
le personnel de ce d6partement.
M. Laforest. Je vois la un danger. A
c6t6 du chef d'un d6partement minis-
tdriel placer un conseil, c'est organiser
un antagonism nuisible au progres.
M. Hdraux. Quelles que soient 'les
difficulties actuelles, il me semble qu'au
point de vue th6orique ofi nous nous
tenons forc6ment ici, l'on peut 6mettre
le voeu de voir creer un ou plusieurs
conseils d'agriculture, sauf A ceux qui
sont au pouvoir a organiser ces conseils
de la fagon la plus pratique et la plus
favorable aux inter6ts g6ndraux.


- 41 --









- 42 -


M. Ie President. C'est A peu pr6s ce
que j'allais dire. Avec les progr6s du
syst6me parlementaire,les Ministres ten-
dront de plus en plus A devenir des hom-
mes politiques, et rien d'autre. D'ou la
ndcessit6 d'instituer A c6t6 d'eux des
spdcialistes, qui survivront A leurs pas-
sages successifs, et maintiendront dans
les services publics l'unit6 de plan etde
direction ndcessaire. Ainsi avons-nous
tous applaudi au projetde crdationou de
restauration d'un Conseil supdrieur de
l'Instruction publique. Le conseil supd-
rieur de 1'Agriculture aurait la m6me
utility.
M. Bonamy. Les membres de ce con-
seilpourraient 6tre, au besoin, d616guds
dans les ddpartemens..
M. Laforest. Les intdr6ts des d6par-
temens sont dissemblables.
M. Brun. Ce serait A eux de les con-
cilier.
La majority de la reunion, sous le
bdn6fice de l'amendement Bonamy, vote
le 3e article du Rapport, devenu I'art. 4.
5e article : x organisation d'un sys-
t6me de primes aux products agricoles.,
M. Hefraux. J'ajouterais ; V et aux
ouvrages ayant trait a l'agriculture.
M. Bonamy. Et moi: A la suite de
concours rdgionaux.
On vote l'article avec cette double
addition.
6earticle : i Exportation de tous nos
products agricoles, particulierement de
nos fruits.
M. Bonamy. Mesure excellent I
Nous avons, pour nous y encourager,
l'exemple de la Jamaique. Le gouverne-
ment anglais a facility les navires qui
venaient prendre descargaisons de fruits
en les exemptantdes droits de douane.
M. Laforest. C'est de la protection
bien entendue.
M.Hiraux. A Cuba,commed laJamai-
que, 1'exportation des fruits est en pleine
vote de prosp6ritd.
M. Laforest. Je proposerais l'addition
suivante : a la subvention des compa-
gnies de bateaux qui aideiont au trans-
port de ces products.)
M. le Prdsident. J'dmettrais dgalement
un vceu pour la creation dans chaque
commune, A la chargedes conseils com-


munaux, de certain batimens, du genre
des halles centrales, afin que l'agricul-
teur qui vient vendre ses fruits no soit
pas forced de lesjeterquand il n'entrouve
pas 1'6coulement.
M. Bouzon. Au lieu de s'en remettre
pour cette creation A la diligence des
conseils communaux,jeseraisd'avis que
ce ftft i'Etat qui y fit proceder, sous la
directionoule contr61e, si vouslevoulez,
des conseils communaux.
M. Bonamy. Non ; la commune peut
en garder la charge ; mais on rendra
cette d6pense obligatoire.
M. Bouzon. Messieurs, croyez-moi, il
faut nous placer sur unterrain pratique.
Lacommune a des d6penses obligatoires
qu'elle ne peut dx6cuter.
M. Hdraux. Encore une fois, nous
gmettons des vceux thdoriques. Aux gou-
vernemens a tirer le meilleur parti
possible de ces propositions.
M. le Prdsident. II serait aussi utile
qu'une loi fit obligation aux conseils
communaux de chercher des ddbou-
ches pour nos products.
Le 6c article est vot6,augmentd deces
amendments.
M. Laforest. Nous avons oublid un
point important, nne organisation effec-
tive le lo g 'ini r'-nerie rnrale.
Mr le Se.': *ti e- C'est affaire A votre
commit sij, i:ii;i.e du project de rdvi-
ion di caie l i rud, de nous sournmetre
sur co P'in_ : s id'ies. Mais on pour-
rait (itlettl un septiime voei : le de-
grevement de l'imp6t sur lous les pro-
duits nationaux, et notamment sur le
cafd. L'imp6t qui pose actuellement sur
le caf6 est une honte, on ne saurait le
crier assez haut. Le degrevement total
ne saurait etre sans doute rdalisd du
jour au lendemain; mais a ce progress
doit tendre l'effort constant denos gou-
vernans. C'est d'ailleurs le couronne-
ment logique des measures de protection
que nous venons d'adopter.
Plusieurs voix : Approuv6 I
M. le Secrdtaire. J'aurais encore ddsird
que le rapport dit un mot du perfection-
nement de 1'outillage aratoire. Nos cul-
tivateurs s'extinuent a la besogne, et
n'obtiennent, en moyenne, qu'un di-
xieme desrdsultats qui devraient r6com-









- 43 -


penser leirs efforts. Qu'on leur donne au
plus t6t des instruments perfectionnes
en les initiant A la faeon de s'ei servir !
M. Laforest. Je crois i6re fond A dire
que, dans l'esprit de la generation ac-
tuelle, la charrue r6veillerait encore
chez nous l'idde deplorable du servage
colonial. II y aurait done lieu d'en re-
server i'introduction, si avec les progres
de la science, it n'dtait djiA d6montre
que les machines permettent aujourd'hui
de s'en passer tolalement.
M. Bonamy.- Ce sera l'ceuvre des
fermes ecoles !
M.Heraux. Ou des conseilsd'agriculture.
M. le Secretaire. Quelque conscien-
cieus. et quelque feconde qu'aura et6
notre discussion de ce jour, je l'esti-
merais cependant imparfaite, si nous
n'accordions, en terminant,:un instant
d'examen a ce merveilleux moyen de
rdalisation du progres agricole, l'impor-
tatfon des travailleurs Otrangers. On
se plaint depuis longtemps chez nous
que agriculture manque de bras. Et
en fait, it ne sauratt en Otre autre-
m ent avec notre systeme barbare de
recrntement. militaire. Eh bien, tout
pres de nous, Ala Guadeloupe etIAla Mar-
tinique, l'importation des travailleuis*
hindous a donned d'excellents resultats.
CG sont des laboureurs 6mdrites, et
que l'on engage a des prix d'une mo-
dicitd sans gale. Pburquboi ne ferions-
nous pas, tout au moins, l'essai de cette
importation, A la Tortue ou A la Go-
nave ? L'isolement de ces iles. relative-
ment peu peupl6es,empkcheraitles occa-
sions de conflicts avec la population in-
digene,, et l'exp6rience en aurait d'au-
tant plusde chances de reussir.
M'. Chancy. La question est assez
importarite pottr fair la matiere d'une
discussion spdciale.
L'ensembule du Rapport est vot' par
la reunion.
Vu l'heure avanc6e, la seance est
levde.

SEANCE SOLENNELLE DU 14 MAT
Dimanche, 1'4 mai, la' Socidt6 de Le-
gislationt a fete, dans la salle du Petit-
Th'IMtre de Port-ata-Pririce, gracieuse-


ment prdt6e par M. Michel Sylvain'; Paif-
iiversaire de son inauguratioTi. Pour
ajouter A l'dclat de la solennit&, onf avait
recul jusqu'A cette date la reception
officielle de M. Am6d6e Brun.-
A 4 heures, les membres de la So-
cid(d, au milieu desquels on remar ue
M. Freddric Marcelin, Secr6taire d'Etat
des Finances et du commerce, prennent
place sur la scene. Dans l'enceinte, l'as-
sistance est dija nombreuse.
Aux premiers rangs; le regard s'arrdtd
avec complaisance sur un group exquis
et compact de dames, attirdes surtout
par le choix de la conference : i De la
condition de la femme en Haiti. a Ap rs
quelques airs de musique jouds par deux
artistes italiens, de passage en notre
ville, M. Ldger, Prdsident de la Soci6ti
ouvre la seance par l'l1oge de son inou-
bliable prddecesseur; Mr. S. Prestonr.-
Puis, M. Georges Sylvain,' Secrdtaire,;
rend compete, dans un Rapport gdndral,;
des efforts rdalisds par la Socidt6; pe'i-
dant, la premiere' annde de sofn exisi-
tence, et de l'a6cueil qu'elle i rencord-
tra aupr6s du public. M. Ame6d
Brun dit le passed, 1I pres'eiit e 16'avehai
de la femme en .Haiti. Selon la prati-
que, inaugurde it la reception de M. D.
Viard, M. J. N. Leger,, en souhaitant la
bienvenue au rdcipiendaire, fait lacri-
tique discrete de' sa conference. M'. F.
Marcelin, A la' fin'de la sdance,, dohiner a
la Socidtd une nouvelle assurances d concours sympathique du Gouverna'-
mert.

DISCOURSE DE M J. N. LEGER'
President de la Soe0.t6' de Lgislatiofi'.

Mesdames, Messieurs,
Laissez-moi cbnhimencer par remercier 'Af
colleagues de 1'insigiie honneur qui'ils ont bieni
voulu me faire, en me plagant k' lbeu tdte. La
reconnaissance est,- dit-on, lourde a porter.
Vous allez sans doute croire que c'est pouri
m'allger de ce poids qu'6'je tiens A leur payet
tout de suite mon tribute de gratitude.
Ce serait une erreur. Car, pourquoi issaie-
rais-je de le dissimuler; le suffrage de ihne'
collogues m'a d'aitant plus toucheli, d'autant-
plus flaltt qu'il a ~t6eenfquelque sorte spontanu,










- 44 -


impr6vu. Je ne m'attendais pas, mes chers
collgues, dans cette reunion ou l'on compete
tant d'hommes compktens, je ne pouvais pas
m'attendre A 6ire 6lu votre President. Vous
m'avez cependant fait cette surprise bien douce
& mon cceur.
Pour ne pas rester un ingrat envers vous,
je redoublcrai d'ellorts afin de m'acquitter de
la lourde lAche que votre indulgente amitie
vient de m'imposer.
TAche lourde non parce qu'il est penible
de diriger nos pacifiques et courtoises deli-
berations. C'est, au contraire, un plaisir que
de vous entendre. De sinceres eclats de rice
ont souvent 6inaille nos controversies les plus
graves. Nos discussions mine les plus vives
revetent toujours cominme un cachet de causerie
intime; comme un cachet de causerie de
freres cherchant ensemble le meileur moyen
d'ajouter au bonheur de la grande famille A
laquelle ils appartiennent.
La tAche me parait lourde, Mesdames et
Messieurs, parce que'je me sens comme 6cra-
sd par le souvenir de celui auquel j'ai suc-
cdd6, sans que j'aie la pretention de l'avoir
rernplace.
Une pieuse tradition veut que dans toute
Assemble l'on fasse l'Aloge de son pr6deces-
seur. VoilA pourquoi il me revient aujourd'bui
encore le douloureux mandate de rappeler a
votre m6moire celui que tout recemment vous
accompagniez A sa derniere demeure. J'ai dejA
parlA ailleurs des principaux faits de sa car-
riere ; je vous ai montr6 son existence toute
consacr6e au service de la Patrie ; vous n'avez
certainement pas oublid ce qui s'est dit sur cette
tombe, ouf s'ensevelissait une parties de nous-
memes ; sur cette tombe out l'on enfouissait
une de nos espArances pour l'avenir et notre
plus str guide pour le 'present. Je ne veux
pas attiser des regrets cuisans pour nous tous.
Mais peut-on, sans emotion, singer A Mon-
sieur Stephen Preston, trop tot ravi A notre
affection, trop tot ravi A son Pa3 s ? Son Pays !
Qui se peut vanter de l'avoir plus ardemment
aimb que lui ? Son long sejour A l'6tranger
n'avait fait, semble-t-il, qu'aviver sa foi en la
Patrie. II retrouvait toute l'ardeur de la jeu-
nesse, quand il parlait de l'avenir d'Haiti ; il
s'impatientait surtout de sa lente marche vers
le progres, causee par nos incessantes dissen-
tions interieures. II ne s'expliquait pas que
l'on put prendre comme un plaisir d'ensanglan-
ter ce coin de terre don't il serait si facile
de faire un Eden. Ml. Preston s'6tait 6iev6 au
dessus:des competitions de parties. II planait sur
les groups qui, sous le pretexte de faire notre
bonheur, ne visent qu'A satisfaire leurs app6-
tits. II ne voulait pas 6pouser leurs querelles ;


il ne voulait pas partager leurs rancunes. II
servait le Pays; et non les hommes! Aussi
bien, pendant quelque temps, il etait A Was-
hington, en quelque sorte, l'image rncme de
la Patrie! Les gouvernemens se succdaient;
Pr6sidens et, Ministres passaient; lui, comme
le Pays, il restait. II poursuivait, avec un in-
fatigable d6voament, I'accomplissement de la
mission que nous lui avions confieo; il conti-
nuait de representer A l'exterieur la dignity
national.
Et je peux dire, sans craindre de paraitre
exagerd, que le soin de sauvegarder notre hon-
neur au delhors ne pouvait etre livr6 A de
mneilleures mains. Aussi bien, M. Preston oc-
cupera, j:en suis certain, une place sp6ciale
dans l'histoire de notre politique 6trang-re.
On lui rendra surement justice. Des malheurs
immerites avaient brusquement mis fin a sa
carriere. Mais M. Preston n'avait gard6 de
sa disgrAce, aucune aigreur. Rentr6 dans le
rang, il ne recherchait que l'occasion d'etre
utile. L'on 0tail d'avance s0r de son concours,
quand il s'agissait d'un service k rendre au
Pays. Et l'on etait 6tonn6 de ne point rencon-
trer en lui qui avait assist A tant de spectacles
desolans pour Haiti; l'on etait 6tonn6 de ne
point rencontrer en lui ce scepticisme d6coura-
geant qui entrave l'essor des meilleures iddes,
qui ankylose toutes les bones volontes Au
contraire, il 6tait toujours pr&t A empicher les
d6faillances, a reconforter les Ames que pou-
vait attiedir le navrant tableau des choses
d'Haiti.
II accueillit avec enthousiasme l'id6e de
crier une Soci&t6 de Legislation, A Port-au-
Prince. Des les travaux preliminaires, son in-
contestable autorit6 s'imposait A tous. II etait
d'avance d6sign6 pour etre notre Prdsident. II
fuL done Alu avec empressement. II lui echut
ainsi la delicate mission de guider nos pre-
miers pas. Vous savez tous combien tout d6but
est p6nible ; vous savez tous ce qu'il faut da
tact pour Aviter les 6cueils qui entourent tout
berceau. Le moindre froissement d'amour-pro-
pre suffit quelquefois pour faire dchouer les
meilleures entreprises. M. Preston consacra
les derniers jours de son existence A la So-
cietA de Legislation qui est appele, pardan-
nez-moi cette illusion ou ce manque de modes-
tie, A rendre peut-6tre quelques services au
Pays. Son nom restera indissolublement at-
tache A notre oeuvre.
Et s'il nous est donn6 d'atteindre au sue-
cAs rev6, d'accomplir tout notre programme,
nous n'oublierons certes pas l'ouvrier de la
premiere heure, nous n'oublierons pas celu.
qui nous a puissamment aides A franchir les dif'
ficultueuses Atapes de notre venue au monde.-
Son souvenir restera profonddment grav6 en










- 45 -


nos cceurs. S'il vous est possible, Mesdames et
Messieurs, gardez-lui aussi, oh gardez-lui
au moins suncoin dans votre esprit!
Ce sera pour nous une des meilleures preu-
ves de votre estime et un precieux encourage-
ment pour continue l'cmuvre ardue que nous
avons jur6 de mener A bonne fin,
Est-il necessaire de vous exposer encore le
but que nous poursuivons ? Je ne voudrais pas
vous infliger le supplice d'entendre periodi-
quement l'un de nous vous faire part des chers
projects don't nous desirons la r6alisation.
L'annie derniere, avec 1'esprit que vous lui
connaissez et auquel les ennuis du Pouvoir
n'ont port aucune atteinte, il faut l'esp~rer
du moins, notre collbgue F. Marcclin vous a,
dans un brilliant language, indique notre pro-
gramme, qui a sansdoute peu de resemblance
avec celui que, comme Ministre des Finances,
il a dtl soumettre aux Chambres.
Nous avons pris A tAche de faire sentir A
chacun l'imperfection, les lacunes de notre
legislation. Depuis la promulgation de nos
Codes, que de progres acccmplis autour de
nous !11 ftut done harmonier nos lois avec les
exigences modernes, avec les mceurs que mo-
difient sitrement les nouveaux besoins que la
civilization entraine A sa suite. Des measures
utiles, indispensables au moment ou nous
venions de relevor le d6fi quo 'humamtd sem-
blait avoir jel A la race noire, deviennent
actuellement moins efficaces quand elles ne
constituent pas un obstacle A notre ascension.
II imported de reformer d'une main prudent
notre vieil outillage.
Et sans avoir la pretention d'~lre dos sa-
vans, nous pouvons esperer que les etudes
sp6ciales auxquelles nous nous livrons facili-
teront les modifications don't 1'exp6rience a
d6inontre la necessity. D'ailleurs nous nous
estimerions plus que r6compens6s de nos pei-
nes si nous parvenions A vulgariser les contro-
verses juridiques, si nous reussissions a int6-
resser lajeunesse du pays Ala science du Droit.
La pratique des lois rend tolerant. L'interpr6-
tation des textes nous accoutume A voir dis-
cuter nos opinions et nous porte A ne pas con-
sid6rer comme des ennemis ceux qui ne sont
pas du mAme avis que nous. Ce n'est certes
pas le sentiment predominant dans notre
chAre Haiti. Quand un homme ne pense pas
comme nous, ou contrarie nos vues, l'on se
croit souvent autoris6 a le convaincre de fagon
telle qu'il ne fasse plus entendre sa voix. Et
les argument perforans don't on 1'accable lui
donnent, avec le repos, le silence 4ternel. II1
faut r&agir centre une telle tendance.
Nous ne nous occuponis que de theories,
que d'abstractions. D'autres auront la mission


de chercher l'application des principles qui
font l'objet de nos discussions.
Grace au bienveillant concours du Pouvoir
Ex6cutif, grAce aux sympathies du public, nos
efforts n'ont pas 6t1 st6riles.
Plus d'un sourire moqueur avait accueilli
nos premiers tatonnemens. Des proph6tes de
malheur pr6disaient a 6chdance plus on moins
breve la dissolution de notre Societe. L'on
avail mwime essays de transformer en concilia-
bule de conspirateurs les tranquilles reunions
oft des hommes A qui il reste encore un peu de
foi ne cherchaient que les moyens d'amiliorer
la situation du Pays. Nous pouvons direaujour-
d'hui : Nous avons v4cu.
Les nuages qui paraissaient vouloir s'amon-
celer sur nos tetes se sont dissipes, parce que
M. le President de la Republique nous a loya-
lement prWtd son haut appui.
Des les premieres minutes de notre organisa-
tion, M. le GAneral Hyppolite A qui je suis
heureuxdetransmettre, au nom de la Socitr6
dontil est le Prdsident d'honneur, l'expression
de notre profonde gratitude, M. le GAndral
Hyppolite a senti que inous no pouvions Atre
un danger poor son gouvernement. 11 a senti
que nous Ations des auxiliaires pour tous ceux
qui travaillent sincArement au relevement de
la Patrie.
Et pour nous temoigner sa confiance, II prit
l'initiative de nous consulter.
Le premier, II daigna soumettre A noire
examen un projetde contract; et II nous fit,
avoc le conseil des Ministres, l'honneur d'adop-
ter purement et simplement les conclusions
votes par la Soci6et. M. le Secretaire general
vous fera bient6t connaitre que les Ministres
out depuis suivi l'exemple donn6 par M. le
President de la Rdpublique.
Nous nous plaisons A esp6rer que nous n'-
chapperons pas A l'attention des autres Pou-
voirs publics ; A l'attention du Corps LUgisla-
tif surtout.
La Societe est done sortie de l'enfance.
La meilleure preuve qu'elle a maintenant con-
fiance en ses propres forces, c'est qu'elle a os6
m'appeler A Atre son Prdsident. Elle a pens6
que, devenue majeure, elle pouvait rompre avec
le prejugd de l'Age. Et elle a bien voulu remet-
tre en mes fr6les et jeunes mains le soin de
consolider, d'aftermir les success ddjA obtenus.
D'ailleurs, comme le disait derni6rement un de
mes spirituels collaborateurs, la jeunesse est
un defaut don't l'on se gudrit malheureusement
trop vite.
N'est-ce pas aussi votre avis, Mesdames ?
QnantA moi, je voudrais pouvoir trouver pour
vous le secret de l'Mternelle jeunesse. Avec
votre sensexquis de la justice, vous devez su-
rement trouver strange que l'on fasse aux









- 46 -


homes comme un crime d ce qui est up.
cliarme pour'vous.
Ne yous laissez donepas effaroucher par nos
cheveux encore noirs, mais qui remain hllas!
ire64firont Aleur tour t'emblmne de l'innocen-
Pe. Pretez-nous toujours votre gracieux con-
cours et 'veuillez cont'inuer rehausser nos
Fetes par ''clat de revore pPrsence.Nous comp-
tons beaiuc6oqi sur voti pour faire passer dans
leks iioeuisles rfbormes que nou's prkcenisons;
car nouis sivons 'tous' que ce que veut la fein-
me, I'hibmme le veut atssi. La SocietO a pen6
qu elle dleant vous donner un temoignage spe-
cial de sa respectucuse solicitudee ; et, Mes-
da.mes, elle vofis a corisacr6'la conference de
cejour.



SUR L'ETF\T GENERAL

de la Socidtd de Ldgislation.


Mesdames, Messieurs,
Voulez-vous avoir Ia repette de l'in-
terview
Prenez un sujet dopn6. Rdduisez-le
au volume d'une question : faites bouil-
lir dans quelques cerveaux plus ou
moins htdrogenes; recueillez le pro-
duit- parfois indigeste- de ces opera-
tions successives; saupoudrez de sel fin
le ni6lange ; agitez fortement, et servez
chaud !...
Rapporteur, reporter : le mot est le
mime, avec un autre accent.
Charge par la Socidt6 de L6gislation
de vous dire ce qu'elle a faith pour
vqus, j'ai essay d'y arriver, on cher-
chant & connaltre ce que vous pensez
d'elle. Et c'est le r6sultat de ces in-
vestigations, dont vous me permettrez
de voius donner ici l'expos6 fid6le et som-
maire.

Le premier que j'abordai, selon la for-
mule, avec ma question toute pendante
aux lyr.es : <( Quel est votre sentiment
sur la Socidt6 de Legislation? ) dtait, A
sa manibre, un homme c616bre dans le
monde des homes da loi. Mariant en


une pratique habile la politiqupe la
chicane, it dtait 1'inventeur d'applica-
tions perfectionnees de 1'art du courtage
A la conscience des hommes publics.
o< La Societ6 de Legislation, v me re-
pondit-il en haussant les 6paules, une
pure plaisanterie Its sont la cinq on
six jeunes pontifes qui, parce qn'ils ont
dt6 prendre A Paris 'air des belles
phrases et des mots ronflants, s'imagi-
'nent qu'ils vont regdndrer la socidt6
haitienne.
Bel frangai pas l'esprit!
dll faut autre chose pour gouverner et
reformer ce pays, a savoir 'initiation
aux usages et aux mceurs, et la connais-
sance approfondie des horn nes...
adls proposent des changements A la
legislation; mais qu'est-ce qui doit voter
ces changements ?
-- La Chambre et le Senat.
Qu'est-ce qui nomine le Senat ?
Les ddputds.- Et la Chambre ?
Le people. Quel people ? Le
people souverain. .. >)
Ici une pause : mon interlocuteur
riait silencieusement.
II reprit : a Faire des lois Mais fhous
no faisons que cela depuis '1804 1 La
confection n'est rien ; 1'ex6cution, voila
le difficile !...
sdes d'hommes autrement competents
que celle-ci ; car, au bout du compete,
combien do nos illustrations juridiques
(et le bon ap6tre se frappait la poitrine)
combien n'en font pas parties? La pro-
cedure, la procedure, monsieur, n'y est
pas represented, ou si peu que ce n'est
pas la peine d'en parler !-
((De temps en temps, la jeunesse se
done ainsi beaucoup. de mal pour d6-
montrer au monde qu'elle vaut mieux
que les anciens, jusqu'a ce que, deve-
nu Vieux A son tour, on constate que
rien n'est nouveau sous le soleil, pas
mnme la prdsomption P
Et ramassant danrs un mot toute l'a-
mertume de sa rancune :
Poseurs, va conclut cet hom-
me bilieux.
n 'are
Ma seconde consultation s'adressa 4









- 47 -


un bureaucrat, employed sup6rieur ai
Ministere de... au fait, le nom vous im
porte peu Gazette vivante, i! consa
crait les nombreux loisirs que lui pa
yait le gouvernement A colporter deo
bureaux au bord-de-mer et du bord-de.
mer aux bureaux les divers bruits d(
la ville. Aucun potin no lui dtait etran
ger. II avait du nouvelliste, ou si vous
I'aimez mieux, de l'audiencier le ver-
be fluide et convaincu, le geste aisd-
ment descriptif et les mains accrocheu-
ses de boutons.
Comme une cavale sous l'dperon, au
premier mot de ma question, qu'il enten-
dit a peine, il partit d'un trait :
( Mais je les connais tous, vos Ldgis-
lationneurs! De gentils gargons, it faut
le dire, qui ont eu sans doute une idWe
bien bizarre, en decidant de so r6unir
toutes les semaines pour discuter sur
des textes de lois ; mais chacun prend
son plaisir od it le trouve. Au surplus,
il est probable que ce programme fund-
bre n'est qu'une etiquette, comme tous
les programmes connus. On les entend
parfois rire, de l'autre cotd de la Place.
Ce ne p'ut 6tre, A coup sir, du code et
de la jurisprudence.Je soupgonne plut6t
mes gaillards, quand ils se croient bien
seuls, de perpetrer de mauvais calem-
bours : ce qui serait un crime de 16se-
austdrit6. En revanche, ils publient cha-
que mois, une Revue sur des matibres
graves, graves, graves! Aucunejeune ille
n'a encore oeu, a ma connaissance,l'idde
d'en faire sa lecture favorite....
aCesont la, en some, des passe-temps
plus mdritoires que la p&che A la ligne,
etqui n'emnpchent ni les affaires d'aller
mal, ni les amateurs de l'assiette au
beurre, si j'ose m'exprimer ainsi, de la
nettoyer congrament.


C Voyez-vous, mon ami, 1'4cueil chez
nous pour les institutions semblables,
ce sera toujours la politique Ainsi
parlait, en veine d'dpanchement, dans le
cabinet sourd, propice aux confidences,
un de mes meilleurs amis, diplomate
de gofits et d'instincts, interrogd a son
tour.- De sa voix nette, habituee a bien
peser la valour des mots, il venait de


u m'avouer quelle dtaitsa sympathie pour
- l'oeuvre,vieilled6jd'uneann6e,etquelles
- esp6rances lebhommesd'dtudeetde refld-
- xion se croyaient autorisds a fonder sur
s elle. II me signalait la larger de vues
- qui avait prdsidd A la composition de la
e Socidt6 et A la r6daction de ses status ;
la diversitL des questionstraitdes: ,Etu-
des sur la nationality; Frontieres domi-
- nicaines Opposition en mati6re de
- divorce ; Loi budg6taire. R4forme ad-
ministrative ; Etat civil de ]a Banque
d'Haiti.--Loi Dubois; Liquidation judi-
ciaire; Article 7 ; Tribunaux d'ap-
pel. etc, etc.) Partout la preoccupa-
tion scientifique s'imposant exclusive a
I' esprit du juriste! A c6td du mal ou de
1'erreur ddnoneds, le remade prescrit ou
la v6rit6 ddvoilee! Et l'entente, 1'entente
cordial, se perp6tuant entire tous I On
avait certes le droit d'etre fier des rdsul-
tats obtenus. Mais devait-il en Atre tou-
jours de meme ?
<( Oui, la politique, poursuivait-il, I'd-
ternelle ennemie, que l'on trouve ine-
vitablement au travers de toutes nos
tentatives de civilisation ; l'esprit de
parti, qui dinature et trahit les resolu-
tions les plus g6n6reuses, trouble les
relations, brise le lien de solidarity ;
l'envie tUnace, qui, du succes de tout
Haitien,fait comme un vol au detriment
de ses compatriots, A cette Triple al-
liance de sentimentsperfides saura-t-on
resister jusqu'au bout ? i
II disait, quand, par ]a porte entr'ou-
verte, un nouveau visiteur dmergea a
la lumiere. Notre h6te battit des mains.
a VoilA qui est a merveille! s'dcria-t-il.
Nous avons un membrede la Soci6td de
Legislation pour nous donner la repli-
que. D
L'inlerpellN dtait un de ceux jui, sur
la sellette, affrontent aujourd'hui vos
regards. Libre A vous de lui prdter la
physionomie qui vous plaira le mieux.
Initid au theme de la causerie, il y
prit part de bonne grace :
a Ma foi! Notre Association n'appgr-
tiendrait pas A l'humanite, si, au course
de son oeuvre, elle ne devait rencontrer
de contradicteurs, ni d'envieux.
Etre contest, c'est faire preuve de
vitality. Qu'on incrimine nos iddes, et










- 48 -


meme nos intentions, qu'importe, pour-
vu qu'on nous ecoute ? Critiquer les
doctrines, en respectant les hommes, tel
est notre plan. II n'est guere probable
que la division s'introduise dans nos
rangs, tantquenousne d6vieronspasdece
principle. Or, a la garde de nos status,
un Comitd est spdcialement devou6, at-
tentif A entretenir le feu sacred des en-
thousiasmes primilifs. Ce sont les Ves-
tales de ]a Socidtd -
oLes censeurs qui, pour nous faire un
procis de tendance, nous reprochent de
vouloir tout reformei A nous seuls, nous
meconnaissent, je vous jure Nous ne
refusons l'aide d'aucune competence, et
surtout, d'aucune bonne volont6, ne sa-
chantpas marchander nous-memes notre
concoursAceuxqui se rdclament du bien
g6ndral. Etde cette abn6gation nousavons
dejAla doucerdcompense. De partout, en
eflet, nous arrive l'dcho joyeux de l'in-
t6rit qu'on attache A nos travaux; a
l'envi, chacun se confess A nous de ses
doutes dans l'applicationdecette science
si compliqunedu droit. Ilsy viennent, ils
y viennent, vous dis-je Un large con-
rant de sympathie et de confiance, sans
cesse ravivd par nos membres corres-
pondants etpar nos agents, nous permit
d'entendrepalpiterlecceurde la province,
qui se passionne A nos discussio.-s! ...
( Sur l'invitation de notre grand ami,
le President de la R6publique, les Mi-
nistres eux-mnmes, parmi lesquels nous
comptons trois des n6tres, nous appel-
lent, en terms louchants, A partager
avec eux le fardeau de l'elaboration des
lois. Conseil d'Etat au petit pied out
murmured discretement les railleurs. Et
pourquoi non, si, en vnitd, cette insti-
tution nous amanque? Mais conseil d'Etat
priv, libredanssonespritet dansses aspi-
rations,dansson recrutement etdans son
attitude. Car nous lesavons bien : notre
force, c'est notre inddpendance, capital et
fonds do reserve inalidnable!-A quoi se
r6duisent nos besoins ? Subvenir 5 la
.publication de la Revue, en conservant
dans notre coffre modest les mille et
quelques gourdes don't se compose notre
encaisse actuel, garder le droit de nous
isoler des rumeurs extdrieures. afin de
poursuivre en paix la rdalisation de


notre programme pacifique, que tra-
verse, comme un souffle ardent, I'amour
de la patrie qui tWtonoe dans les td-
nebres .
((Done, quel que soit le sort r6serve a
cotte oeuvre, n'eit-elle about qu'A pro-
pager autour de nous le goft des discus-
sions courtoises oet du labour ddsintd-
ressd, qu'il y aurait encore lieu dose fd-
liciter de la t(che entreprise.
D'autres viendront ensuite qui front
mieux sans doute ; mais du moins notre
example leur aura persuade que dans
l'elffort commun est l'espoir du salut a
X-
Sur cette phrase vibrant, noire ami
s'arreta,et je m'apergus que sans le vou-
loir, sans y penser paut-ktre, il avait
compos6 mon Rapport.
GEORGES SYLVAIN.

CO N FERENCE-
Mesdames, Messieurs,
Legouv6, le conflrencier dont le fauleuil de
cuir a son histoire et qui dans son discours de
reception a l'Acad6mie 6voque, pour l'immor-
taliser sans doutc, le souvenir de son vieux
pare et s'enorgueillit ainsi d'acquitter sa dette
de fils ayant eu peut-6tre l'heur d'ignorer les
autres, a marque, par un example pris dans le
monde des oiseaux, la puissance de sensibility
de la femme, le courage special de ces orga-
nisations d'6lite qui les faith se jeter le coeur en
avant, sur l'obstacle ou le danger d'un elan
brusque.
Par un de ces matins do soleil et de pluic,
comme on en voit dans l'ceuvre des poetes, et
un peuaussi dans la ature, la fauvette mtle,
surprise dans l'6cartement des branches vertes
out se balance sa couvde au nid, n'hesite pas
devant l'imminence du danger elle fruit de ra-
meaux en r',meaux jusqu'au sommet de Far-
bre, exprimant son angoisse par des cris de
douleur. Mais la mere, elle, denmeure en place,
c'uvrant le p6piement des oiselets deson petit
corps don't les plumes s'6meuvent. Une extra-
ordinaire emotion dilate ses yeux et elle qui
pourrait comme l'Nclair disparaitre tout d'un
coup, se laisse prendre, victim de son ma-
ternel devouemenl.
C'est pourtant de la femme, de cet Wtre
infiniment complex en son apparent
unite que M. de Bonald a pu dire qu'elle
n'est pas notre gale et ne saurait le devenir.
Car l'homme est une intelligence service par










- 49 -


des organes, ajoute le philosophy avec des
airs de Joseph Prudhomme.
Loin de moi, Messieurs, I'idee de partir en
guerre pour la revendication des droits des
files d'Eve et comme un preux attard6 en
cette fin do sikcle, d'attaquer du fer de lance
de ma plume les institutions don't I'acces est
momentanrment interdit A celles qui n'y ont
d'autres droits que ceux qu'exercent sur les
coeurs le po6me de leurs capotes tleuries.
Al'heure presente, il convient, A la porte des
assembl6espolitiques, de modifier les formulas
de la galanterie de Fontenoy, et 1'homme passe
brutalement avant celles don't le poignet, tout
enjoliv6 et cerclI d'or qu'il soit, ne pourrait
supporter longlemps ce qu'en bon style l'on
nomme le poids des affairs.
Mon project tail aujourd'hui de vous parler
de la femme haitienne, de ce que sa situation
dans le droit national peut avoir d'original,
de sa condition juridique, 6conomique, com-
par6eaux l6gislations 6trang6res don't les pres-
criptions sur ce point se rapprochent ou diff6-
rent des n6tres.
Mon intention do plus 6tait de vous fair
remarquer que grace a une soudaine illumi-
nation, nos 16gislateurs en 1849, eurent le
pressentiment du movement d'6mancipation
de la femme qui semble caractdriser notre Apo-
que contemporaine. La fameuseloi qu'ils 6dic-
t*rent alors el qui ne v6cut d'ailleurs que trois
ans, rendait possible pour les femmes qui
6taient marines, des contracts et des obligations,
inabordables autrefois, et depuis.*
Songeant A la ndcessit6 de mettre nos codes
A la hauteur des rWformes pr6conis~es un peu
partout, et trouvant A bon droit qu'il est vrai-
ment injuste que la femme soit soumise aux
lois, sans participer A leur confection; qu'elles
acquittent l'impdt, sans pouvoir le voter, et
qu'enfin elles ob6issent A la justice, sans la
rendre, je me disais qu'il serait int6ressant,
dans la parties de mon sujet concernantl'avenir
de la femme dans la soci6t6 haitienne d'en dire
un mot, apres avoir constat6 les effets obtenus
ddjA en Am6rique par la mise en pratique de
ces nouvelles iddes, lorsque, par une pente
irresistible de mon temperament,j'en vins, de
reflexion en r6fl6xion,a ne plus consid6rer que
le c6t1 descriptif, et pour ainsi dire plastique
de ma conference, si bien qu'aujourd'huije me
trouve avoir A vous parler du passe, du present,
et peut-6tre de l'avenir de la femme chez nous,
en essayant de la placer dans son cadre pri-
mitif on actuel, dans le mouvement6 du ddcor
oiu s'6coulait jadis et o6 s'agite de nosjours son
existence paisible, dans l'aisance et le geste de
sa naturelle attitude.
Je ne sais pas si c'est un plaisir que je fais
aux abonnes de notre Revue que de rdserver


A leur intention, pour une autre occasion, ]a
parties pour ainsi dire sevAre de mon etude,
entire un article fouill6 de mon savant coll6gue
DAvot et un compte-rendu de discussion 6co-
nomique. Mais c'est le parti auquel je me
suis dAcide, lorsqu'6tant remont6 jusqu'aux
antiques origins, je fus retenu au borceau
de verdure autour duquel les fees sylvestres
prddisaient A Hispaniola un avenir tourmentd,
tandis que dressant leurs grands corps tatoues,
les butios appelaient sur elle avec des gestes
annonciateurs de temps plus fortunes la bn6.
diction des Zem6s superieurs.
Si l'Mloignement et la distance prltent de la
po6sie A ceux qui en sont depourvus, effacent
dans un lointain vaporeux ]a saillie des angles,
et produit l'etrange illusion d'optique de ren-
dre beau ce qui l'est A pemne, combien digne
d'admiration doit apparaitre A nos yeux la nai-
ve et douce Eve indienne, la premiere habitante
6mue des bosquets de Quisqueya, que L'aube
vAtait de la fluidity de ses jeunes ors, et
don't les pAles lines de bronze s'enveloppaient
des rayons de nos couchants tropicaux !
L'Ame ouverte et bonne, come colle qui
chantait au fond de l'exubdrante nature;sentant
mel6e qu'elle Mtait A la vegetation voisine, un
peu de son sang rouge couler dans les ar-
bres, tandis qu'entrait en elle la seve vivace
des rameaux Apars, son amour avait la fran-
chise d'un coin de ciel, au printemps, et l'ap-
proche de l'Atre aim6 mettait dans l'eau
lumineuse et noire de ses yeux l'Aclair d'une
joie grandissante.
Combien sur ces creatures, don't les jour-
ndes se passaient A regarder turner les vols
changeants de perroquets, dut Atre impression-
nante l'arriv&e sur les flots,invioltsjusqu'alors,
d'un grand oiseau de mer, duquel 6taient
descendus des hommes tout blancs !
Les recits des voyageurs nous apprennent
que, les premieres, elles eurent 1'extreme au-
dace, le long des rivages oii leur besoin de
parure venait recolter les coquillages roses,
d'entrer en relation avec les providentiels ma-
rins, certaines qu'il n'est pas de mortels qui
r6sistent A la grAce innocent d'une nudity
qui s'ignore.
Colomb eut souvent recours A ces m6dia-
trices, apergues derriere la ligne blue de la
mer, sur les rivages 6maill6s de pirogues
echou6es, et les charge de porter aux indi-
genes la bonne parole de l'arrivee de la civi-
lisation dans les eaux hispanoliennes.
Le navigateur g6nois combla de presents
ces ambassadrices improvises, en emprison-
nant le torrent de leurs chevelures noires en
des anneaux de cuivre, et en remplagant par
de grossi6res verroteries le collier de coquilles
bigarries qui chantaient A leurs oreilles, aux













itetires d treverie, la plainte 6ternelle des flots !
Nos premiers peres, ces bons aieux qui
s' laisserent aller, tant F'ile avait de prix
pour eux,A la croire illimitee, et qui placerent
ingdnlment la naissance du soleil et de la
lune dans une caverne du Nord, eurent, au
sujet de la femme, une 16gende qui ne manque
pas d'une certain originality.
Au debut des temps, I'humanit6 ne se comi-
posait qae d'hommes, et la vie 6tait fort dure
A ces malheureux, Quelques-uns eurent l'heu-
reuse idWe d'aller promener leur dol6ances
par les forts et de confier leur chagrin aux
solitudes flenries. Un jour, 6 miracle I d'entre
les branchages, des chants d'oiseaux descen-
dirent sur leurs'fronts, m616s A des gouttes
de rosee. Et ce fut, au fond de cen. Ames primi-
tives, comme une surprise sous les grands
arbres, que l'6grenement de ces voix incon-
nues. Et its s'extasiaient, ravis, troubles. Et
une intuition divine les inclina A croire qu'ils
avaient enfin affaire A l'objet de leurs d6sirs.
Ils se prkcipit6rent vers l'arbre de merveilles.
C'dtaient en effet, des Ames, qui une fois sai-
sies, deviendraient femmes. La difficult itait
de s'en emparer. Aucun n'y rdussit.
Alors, le ddsespoir tfant grand, vinrent des
laboureurs aux mains rugueuses, pareilles
aux dcorces des troncs, qui apprdhend6rent
les oiselles fugaces et en firent des compa-
gnes', fiddles.
La lege ide, Messieurs, pour garder sa frai-
cheur, de'rait 6tre accepted et conserve tell
que la tradition nous l'a transmise. It est toute-
fois permis d'observer que la morality qui
en resort n'est guere a l'usage des gens du
monde. On, y pourrait d6couvrir que plus
l'homme est rude, plus il est assure de la sym-
pathie f6minine.Il est, en outre, incontestable
que Martine, dontente d'etre battue, trouve ici
des antdcedents inattendus. Cette glorification
du lutteur de foire meltrait aujourd'hui les
homes bien dlev6s dans l'impossibilit6 d'a-
voir aucun commerce avec les femmes.
Si Las Casas, avec beaucoup d'autres, n'a
pas assez' d'1loges pour les belles indiennes,
don't! il vante le caractere pacifique et les
douces manieres, it convient de dire que les
femmes caraibes dtaient loin de pouvoir s'at-
tribuer ces portraits.
O'nant leurs chevelures d'une diad6me de'
plumes, aussi belliqueuses que les hommes,
elles gardaient, armies, les villages en l'absence
de ceux-ci.
Tout le monde connait I'histoire Mde cette
Catalina qui se sauva de la caravelle de Co-
lomb, vers minuit, avec une dizaine de ces
compagnes. Seduite par Guaranagari, le ca-
cique antmi des blancs, elle se jeta A l'eau pour
le rejoindre sur le rivage. L'alarme donnde,


on se mit vairnement a la poursuite des intrd-
pides naiades. Dirai-je un mot de cette tani
ce6lbre Anacaona don't le moindre merile est
d'avoir popularise le porte Battier ?
Qui n'a admired le d6licieux motif de bal-
let tropical qu'offre sa venue au-devant de
l'adelantado, des fleurs rouges piquees
dans sa chevelure, suivie de ses compagnes,
don't les bras nus agitaient des palmes, ce-
pendant qu'alentour du cortege se d6roulaient
les areyfos dvocateurs des antiques prouesses,
et que l'Ame toujours fiddle des defunts ac-
courait et sortait des rochers veins d'or.
On n'a pas ici-bas tous les bonheurs, et si
Colomb fut l'heureux navigateur que l'on sait,
Barthdlemy, lui, put se feliciter co jour la
d'avoir fait la conqu6te de quelque chose de
plus grand qu'un monde, la conquite d'un
cceur, de celui de la belle fille de Xaragua.
Lorsque enfin, opprimes par tes envahis-
seurs, accables de travaux de tous genres,
perdus dans les entrailles de la terre A la re-
cherche d'un filon de plus en plusrare, les in-
diens eurent lentement disparu dansles profon-
deurs du sdpulcre que par une derision du
sort, its creusaient de leurs propres mains,
lorsque de l'antique peuplade ingenue,
candide, il ne resta plus un vestige un seul
survivant en qui le meurtre de la race eit
pu trouver, sinon un vengeur impossible, mais
un protestataire indign6, alors, sur notre fu-
ture patrie, St.-Domingue, de son nom
d'esclave, (1) se leva 1'6re souffrante des
inoules tortures.
Ure grande douleur traverse cette periode.
LA-bas, tout la-bas, dans les contries vivaces
ofi les fleuves d'argent sont comme des glaives
immense passes au cceur de la v6g6tation,
elles furent soudainement envelopp6es, les
inoffensives creatures, par des barbares
don't le navire, au large, attendaif, toutes
voiles dehors, I'humaine rdcolte. Apres bien
des angoisses, bien des hontes qui durent jeter
en leurs Ames l'6tonnement d'un chitiment
pour ui crime inconnu, nous les retrouvons,
dans ce passe o0 je m'attarde, sur les habi-
tations des maitres, obdissant en esclaves
soumises, aux caprices de ceux-ci, gagnant,
apres le coup de cloche du repos, l'humble
case oa it est permis de songer aux vieux
parents, morts peut-ktre, mais don't on tait
le souvenir A ceux ,qui naissent, par charitY,
pour leur 6pargner la suppliciante pens~e
d'un pays de liberty don't on 6tait le sauvage
citoyen.
Oubliant que chaine sur chain ne vaut,.
l'amour, plus tard, reconcilia ces farouches
avec ses doux liens.

(1) Bergeaud,


-66-












Le temps pass.
Et voici que tout A coup, comme si l'ange
precurseur de la patrie :eat embouchd au-
dessus de File un clairon prodigieux, l'ind6-
pendance chanta dans I'ame sonore des lambisl
Combien serait intdressante, si elle 6tait pos-
sible par un historien artiste, la consignation
du r61e de la femme noire dans 1'ceuvre de
notre affranchissement;
C'est elle, la d6positaire des secrets des-
seins des conspirateurs, elle qui tempere l'ar-
deur impatiente des revolt6s, qui passe son
niveau sur 1'emportement des bouillantes co-
lres, elle qui, condensant la revendication
supreme, est la base du magnifique portique
debout A l'entrde du sitele et au couronnement
duquel le symb6le de liberty rayonne comme
un phare.
Mine Pageot sauve Dessalines d'un pi6ge
qui lui est tendu dans l'Artibonite, Marie-
Jeanne, splendidement caricaturale avec le sa-
bre 6norme qui lui barre le venture, au ris-
que de perdre 1'amour du fougueux Lamar-
tini6re par son grotesque accoutrement, de
Lamartiniere qui ne l'aime que davantage, et
qui, en la serrant dans ses bras, quand les
balls lui en laissent le temps, croit embrasser
sur ses 16vres, l'incarnation douloureuse de
la Patrie, la Jeanne d'Arc noire oppose un
rempart fait de joncs mal nou6s A ceux quo
1'ombre des Hautes Pyramides avait covert.
Dessalines meurt : une folle, la Ddfilde, qui
I'avait autrefois regarded avec toute son ame,
de fagon A graver pour toujours en elle I'i-
mage du grand Libdrateur, le trouve, poi-
gnard6, saignant. Elle le ramasse, lui fait
un trou dans la terre, et I'y ddpose, en lo
baisant au front. -
Mmes Inginac, Paul Louverture, Henriette
St-Marc, Sannite, Jacques Maurepas sont des
modules qui demeureront 6ternellement
proposes A l'admiration dmue des g6ndra-
tions futures. C'est 1'dpoque des grands d6-
vouements et des actions hdroiques.
Ilfest pass pour toujours, le temps oA lapaix
et la resignation s'6tant faites dans les Ames,
les n6gresses dansaient la calenda, i l'ombre
des bananiers.
A l'heure oA, la guerre finie, les mais6ns
ddsertdes pour la defense de la Patrie ayant
retrouvd leurs h6tes de jadis, diminubs seule-
ment en nombre, combien la vie nouvelle don't
l'aube se levait, melde d'dtranges rougeurs,
dut 6tre attrayante alors, et quels soins les
bonnes menagbres durent mettre A apaiser le
courroux grondant parfois encore, de nos
terrible vieux grands-peres I
Peut-on dire ce que ce mot de liberty avait
alors pour ce people hier opprim6, de sens
heuroix? ...


Mais cest assez parler du pass6, et faisoris,
grAce au privilege du narrateur pour qui le
temps n'existe gu6re, un sautjusqu'A notre
pdriode contemporaine.
S'il e st des pays qui soient sortis comme
le n6tre des liens do l'oppression avec cette
grAce dans la violence, qui aient pouss6 du
pied les restes vermoulus des institutions
d6testables d'autrefois avec cette desinvol-
ture dans la brutality du geste, il n'en est
pas don't les progr6s dans les usages et 16s
moeurs aient 6t0 plus grands, en un aussi
court espace.de temps, dans une certain classes
de la soci6td. -
L'6ducation expdrimentale que la jeune
fille regoit de nos jours, au sein de la famille
haitienne est la meilleure encore que l'on
puisserever pour ces candidates au marriage.
A mon avis, les couvents et les pensionnats
d'Europe excellent Afaire, en gdndral, des Ifil-
lettes et des demoiselles quo leur sont confides
des poupees manidrdes, de jolies statuettes en
cire molle, des figurines de biscuit, bonnes seu-
lement pour l'atmosphlre de command des sa-
lons parisiens, et que l'ardeur do nos te np&-
ratures de bain russe on I'abondance de nos
diluviennes onddes transformeraient en quel-
que chose qui n'a de nom dans aucune langue.
II est hors de contest qu'en un tel milieu,
et avec les idWes que les homes so font de la
femme, il faut A celle-ci, pour ainsi dire, une
infiltration lente, l'intoxication necessaire
pour ne passe tiouver en mauvaise posture
au foyer domestique.
Or, c'est cet apprentissage de toutes les mi-
nutes, depuis lejour of son intelligence prdco-
ce s'6veille al'inquietude des choses, jusqu'au
moment oA petit A pctit la mere laisse envahir
son terrain de direction par cette sollicitude en
quite de manifestation, que la jeune fille fait
sous le loit deceux qui lui ont donnd lejour.
La maison paternelle devient de la sort
une cole d'existence pratique, une constant
legon de choses, don't les enseignements se
d6guisent et prennent mille forces, s'incrus-
tant dans la m6moire par leur rdpetition et
leur variWth mime. La puissance de rende-
ment d'un pareil fagonnage est dtonpante.
Vous avez alors, au lieu de ces products
agagants de sensiblerie, don't L'organisme est
fait de paper mAch6, don't la sentimentality
pleurniche aux bons endroits dans les ouvrages
des auteurs A qui ga rapporte, des creatures en
qui l'experience hAtive met cette douceurdans
le regard, dans les gestes, qui fait comprendre
de suite A nos fils de famille qu'elles les
d6sarticulent avec la belle precision d'une
operation (de chirurgie morale.
Les esperances fondues sur elles, disons-le
une fois, ne manquent que rarement de se rea-


-- t--











- 52-


liserjet ce n'est pas pour rien que leurs m6res
sont fiUres du travail A l'aiguille et A la chan-
delle de leurs caracteres.
L'homme qui les pouse march de ravissement
an ravissement :alors qu'il s'attend, au dAbut
de la lune de miel, A des tatonnements, A des
hesitations dans 1'ordonnance intime et la di-
rection du menage, c'est d'une main ferme
qu'elles en assemblent les renes, et qu'elles
font marcher le pot-au-feu.
Doit-on conclure de ce don de qualitds pra-
tiques qu'un pareil ddveloppement n'est
possible qu'au detriment de cet autre c6t6 de
I'esprit, que ne peuvent satisfaire les choses
du positivisme familial et don't loes exigences
s'exercent dans une sphere plus 4levee ?
J'entends parler de la l-.iliiiw.., reclamation
don't Boirot s'est fait l'interprtle en voulant
qu'apres potage on ph: causer.
Il serait certes, bien regrettable que cela ne
fit pas, car l'entente, quelque grande qu'elle
soit, de administration conjugale don't elle
sera plus tard I'ame, ne compenserait que dit-
ficilement le dfaut d'esprit chez la jeuue fille.
Comme la parisienne qui lit beaucoup, l'hai-
tienne don't l'intelligence est tant soit peu
6veill6e dAvore surtout les romans. Que celui
qui n'en a pas kt6 laivictime me jette les pre-
miers tomes de Dumas pere !
Mais sur un point dclate une difference en-
tre cells qui, bien que separees par deux
mille lieues, savent pourtant se rapprocher en
une second!
Tandis que la jeunefille A Paris ne lit que
les romans don't les pages ont pass sous le
lorgnon de sa maman, et trouve en general le
moyen, malgr6 ce systeme preventif, d'etre tou-
ch6e des atteintes de la ndvrose, l'haitienne en
est priserv6e par la salade russe de seslectures,
don't le choix, 16gArement neglige, est aban-
donnd au hasard de ses relations, pr6ser-
v6e suitout par la culture du sons commun et
cet optimism de bon aloi que donne la pon-
deration dans l'esprit.
La preuve m'en a 6t6 bien des fois fournie
par ces exercices d'imagination don't quelques-
unes sont friandes et qui consistent A former un
roman, apres en avoir parcouru une parties, puis
; rechercher quel denouement l'6tat de l'intri-
gue permetde pronostiquer. II m'est rarement
arrive de ne pas entendre tomber de leurs
lvres des solutions de sant6, je veux dire
qu'ob6issant A la tournuredeleurtemperament,
elles trouvaient le moyen de faire vivre un per-
sonnagecondamn6, dansl'int6rt d'une conclu-
aion honorable, des les premieres lignes, par
l'auteur. Dans notre pays oa l'absencedes bu-
reaux de placement, une certain iudepen-
dance farouche, rendent les services domesti-
ques si difficiles, tandis que la mrre est occupde


aux menus soins da la maison, quel frbre ne
s'est trouv6 dans la douce ndcessite d'a-
voir recours au travail de fee des doigts
d'une sour ?
Of trouver un pays oft les scoeurs soient plus
complaisantes et remplacent mieux cell don't
l'action, pour Otre repartie sur tout, ne pent
reellement tout pr6voir !
Tout le monde sait que ia femme est doude
d'une merveilleuse faculty d'assimilation ;
mais nulle part come ici, elle ne sait, si
elle est d'un echelon social nftrieur au mi-
lieu o0t elle 6volue, disparaitre sans discor-
dance dans l'harmonieux ensemble.
Quel que soit le soin donn6 a leur 6duca-
tion, quelque developpemen' qu'aient atteint
leurs facultes intellectuelles, elles ne font
jamais 6talage d'un vain savoir, ce qui nous
dispense de jouir ici de cette chose invraisem-
blable que l'on nomme 'un bas-bleu. L'hai-
tienne a trop le sentiment de la grace don't
son sexe est comme envelopp6, dans nos cli-
mats of la dause ne s'apprend pas, tant elle
est sparse et imprime son rythme au moin-
dre movement, pour fire abdication de son
rdle f6minin, en affectant des allures pddan-
tesques qui la diminueraient dans notre sym-
pathie.
Les amateurs forcends de couleur locale ont
souvent devant moi formula le regret que la
jeune fille de nos jours ne s'en tint aux
modes nationals, aux.fagons de s'habiller du
bon vieux temps, lorsque d'un rien artiste-
ment chiffonn6 elles se vftaient, plus belles
que des reines enveloppees de brocart.
A cela nous repondrons victorieusement
que s'il est vrai que, quand l'on est jolie, un
bout de ruban advantage, le mieux en mati6re
de toilette n'est pas ennemi du bien.
Aussi les bals d'aujourd'hui deviennent-ils
de plus en plus comme des salons de Paris,
reduction Collas, quelque chose de sembla-
ble A une sauterie du grand monde, vue
par le gros bout de la lorgnette.- Les jeunes
gens qui reviennent des boulevards d'oa ils
apportent le dernier mot d'une coupe ou d'un
nccud de cravate sont ahuris de constater
qu'il y a belle lurette que nos l66gants con.
naissent ca.
Seulement les grandes fortunes sont rare
chez nous et ne permettent pas de ces constitu-
tions de dot, grAce auxquelles, en Europe, des
tWtes de mi-careme, transform6es, montent
presqu'a des idfilites de madone.
C'est pourquoi, attifees, parses, luttant de
toutes leurs forces centre l'invasion de ce
prejug6 de civilisation que veut que le bail A
vie se solde par du comptant, elles revent
d'amener la gent masculine A reconnaltre
qu'elles compensent leur dMfaut d'apport par









- 53 -


des manieres distinguees et unephysionomie
oii les yeux sont comme des pierres precieu-
ses aux tons changeants et ouf la double ran-
g6e des perles de la bouche monttes en corail
est certainement d'un prix inestimable. N'est-
ce pas la, comme dirait un 6conomiste, du
capital en movement? Conclusion : A cette
escrime de salon, les plastrons blanes, bles-
ses au cocur, jonchent les tapis, criant grice.
11 en est parmi elles- pourquoi faut-il qu'il
yen ait-contre lesquelles, malgre les qualitds
don't je viens de parler, le deslin jaloux
s'acharne impitoyablement, et qui demeurent
sur la brAche, dans l'attitude de dRfi d'un
combattant pret A lulte. . Mais l'heure a
passA, et pas un plastron ne s'est pr6sentW, et
voici quo le geste provocateur est tomb6 le
long du corps, et que le double 6clair de la
batterie des yeux a disparu: apres avoir fait
les ddlices des salons, nous les retrouvons
dans ces companies pieuses, io les alleluias
dolents montent parnii les flots d'encens, A
travers l'arlifice des fleurs de m6tal, cepen-
dant que tremblotent, come sur l'autel, en
leurs ames, de petites lueurs q.ui naissent,
s'eteignent, renaissent, derniAres phosphores-
cences d'un brasier qui n'existe plus. Sans
field, indulgentes d6sormais au monde profane,
cc sont, dans les occasions graves, des ma-
nitres de petiles sceurs grises, avec la modes-
tie de lour mndaille blanche, A la place of le
coeur no bat plus.
Plus heureuses, qui sait ? sont cells
que la maternitD appelle A ses saints devoirs
et qui, au bras d'un 6tre aimed, gravissent A
deux 1'existence, le maria sur la hauteur, oelle
A mi-c6te, effac6e parfois dans les plis de ter-
rain, I'oeil pourtant toujours fix6 en haut.
Tandis qu'en France le marriage est pour les
jeunes filles comme une overture de cage
d'oa l'oiseau s'echappe pour aller s'Abattre
de rayons en rayons dans les magasins de
nouveautes, ici c'est 1'acceptation d'une vie de
claustration, c'est P'existence renfermie qu'6-
clairent heureusement les sourires d'enfants,
que secoue aussi l'orage de leurs col6res.
Aujourd'hui que les progrAs de la civilisa-
tion lui ont fait un sort moins malheureux
qu'autrefois et que les codes lui ont donn6, si
elle est fille ou veuve, les memes droits qu'aux
homes, mais en l'enfermantdans un r6seau
de sevAres prohibitions, quand elle est en puis-
sance de maria, la femme doit tendre de plus
en plus A Wtre autre chose pour celui A qui elle
a li6 son existence qu'une compagne ordinaire.
L'ducation et l'instruction lui permetLront
d'etre une collaboratrice intelligence de l'hom-
me, d'etre de mnoitiA dans ses reves etdansses
espdrances, de le soutenirde I'affectionde son
etre moral et physique dans les difficultis de


l'existence. La place de la fern me marine est au
foyer domestique et quelle que large que soil la
part faile au course du vingliAme sikcleaux droits
de celle ci, son r6le consistera A regarder agir
dans la spbhre nouvelle ou so dabattront les
intdrcts f6minins, cells que le veuvage aura
rendues A la liberty ou que la tentation du ma-
riage n'aura pas seduites !
Les 16gislalions a venir Mlargiront, au fur et
a mesure,lo cercle des attributions of se meu-
vent dans l'intfrieur familial, les meres sacr6es
don't la function est de grossir les rangs de la
garden que les citoyens se doivent A eux-memes
de toujours monter aulour de la Patrie !
Les vestiges surannes des antiques concep-
tions, grace auxquelles so sont attarddes dans
les codes des prescriptions dont le bizantinisme
saute aux yeux, iront s'effacant dans 1'agran-
dissement progressifde sapersonnalit civile.-
Les femmes ont dans ce pays tant d'empire
sur les homines que l'on pent prevoir, sans
crainte de so tromper, un temps of il s'agira de
discuter s'il ne convient pas, 6tant donnee une
revolution dans les moeurs, de retourner un
article du code et d'6 licter que d6sormais les
maris doivent obfissance a leurs femmes.-
Libre alors A cells qui, n'ayant aucuneres-
ponsabiliit et mentant A leurs destinies, se
seront laiss6es seduire par le rove d'dmanci-
pation de M1m doe Valsayre, d'envahir toutes nos
professions et do se substituer A nous dans nos
carribres! Libre A elles d'emplir le barreau de
leours crises de mots et d'4craser d'une Alo-
quence que souligneront de substantiels argu-
ments les pauvres hommes de talent que sont
les avocats !
Mais cc qui palpite et ce qui vit dans une
nation, I'616Aent qui en est i'ame, qui circle
dans les'profondes art6res populaires et bat a
grands coups commeunirrecusable tmoignage
de sa vitality, ignorera toujours l'existence de
cells qui no seront pas revenues des hommes
pour en avoir seulement usurp6 les titres et
qui, de la femme, auront tout perdu, laissees
qu'elles seront pour mortes sur le champ de
bataille des salons o 1l'on danse !
S'il est vrai que comme le dit Arnolphe A
Agnes, du c6tl de la barbe est la toute-puis-
sance, la femme, celle qui voudra demeurer
dans le r6le que la nature et notre tendresse
lui assignment, verra croitre A c6t6 de t'autre sa
domination, d'autant plus irresistible qu'elle
sera faiteode mille liens inapercus, d'une irame
don't les fils insoupponn&s enserront l'humanit6
entire. Quand, dans le splendid 6panouis-
sement de toutes les forces vives de son g6-
nie I'homme atteindrait ces limits au delA des
quelles il semble que les progress ne soicnt plus
possibles, dressAt-il, dans sa lutte con re la na-
ture et les 616ments, une digne montant jus-









- 54 -


qu'aux dtoiles, la m6re entour6e du sourire
reconnaissantde sesenfants, n'en demeurera pas
moins grande etsainte, incarnant danssesflancs
le prodige des g6ndrations futures. -


RUPONSE AU RUIPIEJNDAIRE


J'avais tout A l'heure raison de vous dire,
Mesdames, que vous auriez les honneurs de
la stance. En souhaitant la bienvenue A Mr.
Amidde Brun qui prend place parmi nous
sous votre gracieux auspice, je ne peux man-
quer de le feliciter du suce6s qu'il vient d'ob-
tenir. II est vrai que le sujet qu'il a choisi
est des plus intdressans. La femme a toujours
eu le don d'inspirer les belles choses. Et
quand on la met de son cdtd, l'on est toujours
str de forcer le triomphe. Qui pourrait ne pas
applaudir des deux mains, lorsqu'on vous cou-
vre de fleurs, meme de rh6torique ?
Vous devez prdf6rer A la l6gende de votre
naissance que l'on vient de vous revdler, le
touchant rkeit de l'Ecriture. Iloest, dans tous
tes cas, plus flatteur pour les homes de
croire que l'on a tir6 d'une de leurs c6tes,
cette merveille qui s'appelle la femme.
Nous devons remercier celui qui nous a dd-
barrassds d'un os genant peut-ktre, pour nous
donner la compagne qui doit partager les
joies et les ennuis de notre existence. C'est
avec raison que l'on peut ainsi direque l'homme
qui vit seul est incomplete: il lui manque, en
effet, sa c6te. Et cette c6te est d'une telle im-
portance que, quand, dans le marriage, nous
l'avons retrouv6e, elle devient, A elle seule,
notra chbre moitid.
Dans un bel 61an poetique, le spiritual con-
f6rencier a 6voqu6 l'image de l'Eve indienrie.
II semnble regretter que vous n'ayez pas con-
serv6 le m6me pouvoir qu'elle exergait autre-
fois par la magie de ses charmes. Vous 6tes
certainement sans inquietude A ce sujet. Vous
savez que vous n'avez rien perdti de votre
empire. Sans avoir besoin de vous affubler de
verroteries, vous avez le moyen d'adoucir les
plus farouches et de les soumettre A votre do-
mination. Le .confdrencier en fera t6t ou tard
la douce experience.
J'aurais aim6 l'entcnlre insisted plus long-
temps sur la situation d- l'esclave.
Sans la ferned, 1'dpopse de l'ind6pendance
serait-elle possible ? Il est certain que la
femme sent plus profondament que nous et
est prete A tous les sacrifices pour 6pargner la
moindre souffrance A ceux qu'elle aime. Quand
l'on parole de 1'esclavage, l'on a l'air de rap-
peler un cauchemar. Et, cependant, ces mau-
vais temps oat exist pour nos ancetres.


Et la femme d'alors devait sArement avoir
la revolte dans l'Ame ; elle ne pouvait ne pas
la communiquer A ceux qui F'entouraient.
Froissde dans sa pudeur de jeune fille, hu-
milite dans son affection d'6pouse, elle voyait
encore son amour maternel constamment sup-
plicid. Voir l'enfant que l'on a port dans son
sein livrd au fouet du commander, voir son
sang ruisseler sous les lanieres, voir ses chairs
dechirdes par la dent des chiens, quelle tor-
turante 6preuve pour le coeur d'une mAre!
Et quelle 6tait sa condition, A elle ? Des
plus infimes. Nos grand'meres 6taient consi-
derdes come des choses; elles avaient bien
l'aspect des Atres humans ; mais les maitres
ne pensaient pas que ces choses A forme hu-
maine pouvaient, comme eux, avoir une Ame.
Replide sur elle-m6me, dissimulant son mar-
tyre, la femme esclave a tout endure jusqu'au
moment ofi elle a pu armer les bras vengeurs
qui ont fait de nous des homes.
Et quand le lambi libdrateur rdsonna dans
nos mornes, il traduisait, pour nos sublimes
guerniers, les angoisses de la femme martyre;
il etait l'echo de ses g6missemens, 1'echo de
ses souffrances. L'Ame de nos meres passait
tout entire dans ce lambi qui jelait l'ardeur
de la lutte dans le coeur des combattans.
Les tortures subies ensemble, le souvenir
des mis6res supporters en common, tout de-
vait contribuer A faire de la femme haltienne
1'Agale de l'homme. Cola n'est pas cependant.
Le conf6rencier vient de vous montrer, dans
le manage, I'homme au sommet, la femme A
mi-cole.
Les maris m'en voudront pent-6tre; mais je
ne peux les encourage dans cotto voie. La
femme est l'ange du foyer. Elle est le conseil
plac6 auprAs de nous pour prevenir toutes les
bhvues don't nous sommes capable. Vouloir
la traiter en infdrieure, c'est se montrer in-
grat, c'est meconnaltre les services qu'elle
nous rend. Avouons, Messieurs, nos torts et
convenons que ceux qui refusent A la femme
la place 16gitime qu'elle doit occuper dans la
famille sont des Agoistes qui se prdparent de
cruels micomptes. La femme est 1'6ducatrice
par excellence. C'est A elle que revient la mis-
sion de fakonner l'enfant et d'en faire un 6tre
utile. Et l'on voudrait traiter en demi-esclave
celle qui remplit un pareil rdle I Ce n'est pas
abdiquer votre autorit6, Messieurs, que du
faire A la femme la part naturelle qui lui re-
vieut dans le menage. Nous portions atteinte A
sa dignity, quand nous la reltguons dans un
coin. Qu'elle soit notre confidence, la consola-
trice de nos ennuis Elle saura toujours avec
tact adoucir nos chagrins; elle trouvera le
moyen d'ensoleiller les heures, m6me les plus
sombres de notre existence.









-55 -


La condition de la femme haitienne, ai-je
besoin de vous le dire, n'est pas encore des
plus brillantes. Le conf6rencier a effleur6 ce
delicat chapitre.
Permettez-moi de m'y attarder uine minute.
Je rove pour le sexe faible un avenir meilleur.
Si les situations de fortune toujours precaires
chez nous obligent la femme A travailler, du
moins que le maria ne lui laisse pas tout le
fardeau, tous les soucis de la vie matirielle.
Et surtout qu'on lui render en affection, en
sincores tendresses, sp6cialement en respect, le
mal qu'elleo se donne pour qu'au foyer le pain
quotidien ne manque pas. La femme, instru-
ment de travail I Ce ne peut etre la vraie pen-
sde du Createur.
La femme doit rkconforter notre courage
d6faillant; s'asseoir a notre chewet quand nous
sommes malades ; s6cher nos pleurs. Mais le
travail est pour l'homme c'est par le travail
que nous devons apparaitre come la Provi-
dence A la femme.
La femme doit honorer sirement l'homme
qui la nourrit -le son travail et don't dependent
et son existence et cell des enfans.
TAchons d'amhliorer la condition de la fem-
me haitienne. Que l'avenir la trouve unique-
ment occupde aux soins du manage, 'a l'6du-
cation des enfans. Et reservons le travail pour
nous, qui nous appelons orgueilleusement le
sexe fort I
Vous avez du remarquer, Mesdames, que le
conf6rencier ne vous a guere parl6 de votre
situation juridique. Avec beaucoup d'esprit,
il vous a dit qu'il r6servait cette parties pour
le cadre austere de la Revue. II ne trou-
ve sutrement pas ce sujet trop sdrieux pour
vous. Car il sait que rien de ce qui interesse
la femme ne peut vous Wtre indifferent. Je
le soupgonne de s'dtre tu par galanterie. II1
n'a pas voulu vous revdler toute sa pens6e, et
il vous a cach6 la v6rit&. D'ailleurs les hom-
me so croient toujours oblig6s de vous dorer
la pilule. Permettez-moi de rompre ave:
cette pratique et de vous apprendre ce que
l'on a voulu vous taire. Pour les femmes
marines, la situation juridique se resume en
peu de mots ; elle est nette et simple: < Vous
dtes en tutelle, Mesdames. -
Et vous comprenez qu'un candidate au ma-
riage, comme Mr. Amedee Brun, ne se soucie
pas ae crier sur les toits cette facheuse con-
dition. DWs quo, Mesdemoiselles, vous aurez
prononed, devant I'officier de I'etat civil, la
oui fatal, le jeune home don't l'unique souci
6tait de vous plaire, qui vous disait qu'il se-
rait 6ternellement votre esclave, ce jeune
home devient immidiatement votre maitre,
votre tuteur. L'esclave, c'est vous! vous re-
tombez dans 1'enfance. Vous ne pouvez faire


aucun acte sans l'assentiment de votre suze-
rain. Et vous avez encore de la chance que
votre Seigneur vous laisse respirer et man-
ger.sans sa permission. II faut son consen-
tement pour tout, pour tout !
L'on vient de vous dire que I'Mducation
europeenne fait de la jeune fille une poupde
manieree. II n'entre certainement aucun de-
pit dans ce jugement que je trouve trop sd-
v6re et meme un peu exager6.
Dans tous les pays, quels que soient les d&-
fauts de 1'dducation, la jeuna fille qui aime
sincerement sait trouver dans son coeur tout
ce qu'il faut pour devenir une vraie femme.
La poup6e, ce sont les legislation qui la
crient. Dans l'6tat de nos lois, la jeune fille
que son education aussi experimentale que
possible rend habile A se bien diriger, re-
devient mineure aussit6t marine. Nos lois la
transforment en poupde m6canique; et cette
poupee, au lieude dire: oui papa, oui maman,
passe son temps A r6p6ter : consens-lu, mon
petit man ? ne consens-tu pas ? On ne vous
suppose, Mesdames, aucun discernement ; on
vous croit incapables de faire le moindre acte
serieux. -
Vous serez done certainement avec la So-
ciWl6 de Legislation pour nous aider & faire
refocmer cette parties de nos lois don't d'ail-
leurs, en reality, vous vous moquez parfai-
tement, Un seul de vos sourires suffit
pour faire oublier au mari tous les articles
d'un code qui est peu civil pour vous.
II y a malheureusement des hommes qui
craignent trop l'effet d'un de vos regards. Et
ils se croient suffisamment prot6g6s par les
infranchissables obstacles qu'ils opposent au
libre d6veloppement de votre esprit. Que de
precautions ne prend-on pas pour vous ren-
dre inaccessibles certaines branches de l'acti-
tivit6 humaine I
L'homme qui se proclame si pompeusement
l'6tre superieur craint cependant votre com-
petition ; il supprime la concurrence que vous
pourriez fui faire. Sa supdriorit6 risquerait
d'etre serieusement contestde et mise en pe-
ril, le jour oA la femme pourrait d6montrer
qu'elle peut aussi bien, si ce n'est mieux,
remplir les memes emplois. Je dis, Mesdames,
que vous vous acquitteriez mieux de ces fonc-
tions ; car, A votre intelligence, A votre es-
prit deli6, vous joignez cette grAce attirante
que l'homme ne peut songer & vous discuter.
p, Mais,l A quoi bon toutes ces restrictions,
toutes ces measures qui d6notent une defiance
injustifide? On peut faire tomber les entraves
et laisser les carrieres ouvertes 6galement
aux deux sexes. La femme n'abusera pas de
ses droits. La vraie femme sait que sa place
n'est pas au forum, mais bien au foyer. Pour










-56 -


elle, le berceaa ohf repose l'enfant, esi et sera
toujours le veritable autel de la Patrie.
Point n'est done besoin d'6tablir des dis-
tinctions que reprouve notre philosophies fin-
de-siecle.
D'ailleurs la femme trouvera toujours, dans
les tresors de son infinie tendresse, les mo-
yens de nous faire faire sa volonte. Entre ses
6l1gantes et fines mains, les homes ne sont
que des marionnettes, qu'ellefait mouvoir a
sa guise. En faith, I'homme se demene beau-
coup ; mais c'est la femme qui gouverne.
Quant A la question de dot A laquelle le con-
ferencier a fait allusion, elle est peu repan-
due A Haili. Ne vous en preoccupez pas,
Mesdemoiselles. Deux beaux yeux et unjoli
sourire constituent un capital mobile qui
fera toujours beaucoup d'effet sur l'impres-
sionnable esprit et le cceur inflammable de
I'Haitien.
Quoi que fasse l'homme, Mesdames, volie
regne n'est pas prns de finir. Pour Haiti,
il est A son aurore, votre empire commence
A peine. C'est dans la compagnie des fem-
mes que les moeurs s'adoucissent ; que les
manieres se policent. -
C'est vous qui nous ferez franchir les tla-
pes de la civilisatlon. Quand, grAce A votre
influence, le progres aura regu chez nous ses
lettres de grande naturalisation, nous di-
rons avec l'artiste : Gloria mulieribus Gloi-
re aux femmes !
Merci, Mesdames et Messieurs, d'avoir bien
voulu rdpondre A notrE. invitation ; et per-
mettaz-moi d'adresser un remerciment spd-
cial au represenlant du gouvernement qui,
en assistant A cette stance, nous donne une
nouvelle preuve do l'estime ofi le Pouvoir
nous client.
J. N. LEGER


DISCOURS DE Mr F. MARCELIN,

Secr'dtaire d'Etat dies Finances.


Messieurs,

a Je rdpete ce que chacun pense et je suis
he.u leux de le r6dpter : c'est un glorieux anni
versaire que celui de la Socidt6 de Ldgislation.
Dans une oeuvre mdritoire et absolument origi-
nale, vous avez cree une petite Acaddmni oif,
animds de la p!us noble ambition, cell de vous
instruire et d'instruire les autres, vous commen-
tez avec seirnite nos codes et nos lois. Combien
ces associations sont indispensables dans notre
pays I Ce n'est pas seulement par les rdsultats
obtenus et que la brillante periode que vous ve-
nez de parcourir a suffisamment d6montris, c'est


surtout par cetlte affirmation, cette constatation
solennelle que toutes les difficultis sociales peu-
vent se rdsoudre sfirement par la science et l'ana-
lyse, que des socidtds comme la v6tre, out droit A
toute la sollicitude des pouvoirs publics, don t
elles sont les vrais allies. Vous demontrez que
l'esprit national, lass6 des agitations stWriles, sans
profit aucun pour I'enrichissement de la Patrie,
tend A se retourner vers les profitable et ficon-
des discussions de la science juridique, laquclle
redress le jugement, fortified la conscience et
peu A peu enseigne A tons qu'il n'y a qu'une sou-
veraine, la Loi !
Complez done, Messieurs, comptez sur touted la
bienveillance du Gouvernement. Vous Otes un
peu son oeuvre, et une do ses plus belles, je me
hate de tole dire, car c'est grace a la Paix qu'il a su
fonder en Haiti, que avez pu avoir votre plein
ddveloppement. On n'Rtudie bien les lois, on ne
disserte efficacement sur leurs merites ou sur
leurs defauts, que lorsque le came rcgne dans
la rue. Vous avez raison de parlor, comme vous
venez de le taire, du President de la Rdpublique.
Personne n'estime, ne prise plus vote Socidtd
que lui. II ne laisse 6chapper aucune occasion
pour vous t6moigner sy confiance et sa sympa-
thie, pour vous marque'r toute la haute estime
dans laquelle it vous tient. Et chaque fois qu'une
difficultA se prdsente, chaque fois qu'un point
obscur merite d'etre mis en evidence, c'est enco.-
re lui qui nous crecommande de nous adresser A
vos lumieres et a votre patriotism !
Maintenant que le representant du Gouverne-
ment s'est afquitti de sa tAche, permettez, Mes-
sieurs, au sociAtaire, A celui qui fut des v6tres des
la premiere here, de souhaiter A la Societd de
Legislation un long avenir et de nombreux, de
tres nombreux anniversaires. Absorb par les
devoirs do ma charge officielle, je n'ai plus sou-
vent Ie loisir, helas de reposer mon esprit dans
ces luttes de la science qui firent naguAre ma
joie. Mais ma pensac n'a jamais abandonn6 votre
Socit . Le voyageur, poursuivant sa
marche dans la plain brillante et nue, oublie-t-il
les arbres ombreux, la source qui disaltere si
bien, la fraiche oasis ofi il s'arrita quelque
temps ? D


CORRESPON IANCE

ConnR. Gle No 356.
Le Secre taire d'Etat au Departement
des Finances et du commerce
A LA SOCIETY DE LEGISLATION.
IPort-au-Prince, 8 Mai 1893.

Messieurs,
J'ai I'honneur, au nom du GouTernement, de
vous transmettre, pour avoir votre avis, la l.oi
sur les timbres mobiles actnellement en vigueur.
Le Gouvernement desirerait que vous y appor-
tiez toutes les modifications capable de rendre










- 57 -


facile l'application de sette loi, et de faire surtout
de l'imp6t qu'elle crbe une veritable branch de
revenues publics.
Je ne vous dissimuleraijpas, en effet, Messieurs,
que la principal raison qui a port le Gouverne-
ment A en appeler.a vos !umieres, c'est qu'il
s'est apergu que, malgro le d6veloppement de
nos transactions commercials, malgr6 la modi-
citd de la quotit6 de la taxe fixie par cette loi, le
rendement des timbres mobiles est presque nul.
Permettez-moi aussi d'ippeler votre attention
sur ce fait que co sont les courtiers et agents de
change qui sont, en quelque sorte, pr6poses A
l'execution de cette loi, et que cela m'a amend A
arguer qu'il se pourrait bien que la difficult
d'application don't j'ai parld, rdsultAt de lacunes
existant dans la loi sur les courtiers et agents
de change,
C'est, dans tous les cas, A vous'qu'il appartient
de denouer cette difficulty, et me reposant sur
vos lumieres, je vous price d'agrier, messieurs,
l'assurance de ma haute consideration.
F. MARCELIN.


Port-au-Prince, le 12 Mai 1893.

Monsieur le Secretaire d'Elat,
Nous avons l'honneur de vous accuser rdeep
tion de votre lettre du 8 de cc mois, nous trans
mettant, au nom du Gouvernement, la loi sur
les timbres mobiles et exprimant le ddsir quo
nous apportions A cette loi toutes les modifi-
cations capable d'en rendre I'application facile et
de faire surtout de l'imp6t qu'elle cr6e une ve-
ritable branch de revenues publics.b
Le d6sir du Gouvernement cor.-espond trop
bien A notre programme d'amdlioration des lois
en vigueur pour quoe nous ne soyons heureux
de lui donner, cette fois encore, le concours de
notre bonne volont6.
En attendant qua nous puissions vous fair part
du rdsultat de notre examen, veuillez agrder,


monsieur le Secritaire d'Etat, l'assurance de
notre haute consideration.
Le President de la Socidtd
J. N. LIGER.
Monsieur le Secrdtaire d'Etatdes Finan-
ces, etc.
En son 116tel


NECROLOGIE.


La mort ne so lasso pas de frapper
autour des n6tres.
Qa et6 pour le mois de mai, 1'6pouse
de notre college et ami D. Viard.
Nous lui renouvelons, ainsi qu'A sa fa-
mille affligde, l'expression de notre
sympathie et de nos regrets.


AVIS.
ORDRE DES AVOCATS.
Bureau de consultation pour le mois
de juin :
Mes. Bonamy, Michel Oreste, T. La-
lo, i l'Ecole Nationale de droit, les lun-
dis et mercredis, de 2 i 4 hs. de l'apres-
midi.


Une Revue littdraire et humoristi-
que vient de paraitre en cette ville. II a
pour titre ( Ia Jeune Haiti, a Nous lui
souhaitons bou succas et jeunesse 6ter-
nelle.


GEORGES SYLVAIN, R6dacteur-G6rant,











TABLE PAR ORDRE DE MATIERES

( POUR LA 2e ANNAE 1893 -1894.)
SPages-

(a) Droit civil


Etndes sur le code civil, par Monsieur Justin Devot, 5,81,151,167,208
Sermeiit decisoire, jarispruilence, examen doctrinal, par Mr A. Bonamy 12
Loi du 15Juin 1840, modilication du code civil (abrogee) 32,72,92,107,163,180
Prescription d'un immeubie faisant parties d'une succession indivise rap-
port de Monsieur Louis Borno et discussion 75
Donation par contract de marriage: rapport de Mr Camille St-Remy et dis-
cusaion 133'
(b) Droit commercial.

Organisation des tribunaux de commerce : rapport de Monsieur
Louis Borno et discussion. 19
Introduction au droit commercial maritime, par Monsieur
Louis Borno. 181
(c) Ldgislation compare.


Le droit de propri6te et d'tiubaine en Europe et en Amdrique,
par Mousieur A. Poujol. 67
(d) Droit criminal. /


Jugement par d6faut dman6 d'un tribunal,correctionnel ; droit
d'opposition : rapport de Monsieur Bonamy et discussion. ,59
(e) Economic politique.

Libre change et protection: rapport de Monsieur J. J.
Chancy et discussion. 35, 39
La question economique: communication de Monsieur
Justin Devot. 60
La question 6cono-nique : communication de Monsieur
Louis Borno et discussion. I 95,99 ,
La question economique ; communication de Monsieur A.
Thoby, reponse a Monsieur Juslin Devot. 102
La question economique: replique de Monsieur Justin Devot. 41, 145
La question economique : nouvelle replique de Monsieur Thoby. 115
Le tafia dominicain : leltre adressde A la SociWte. 175
Consideration sur les rapports du droit et de l'6conomie politique,
par Monsieur Amedue Brun.---- 207
(f) Ordre des avocals.

Statuts de la Caisse de secours de la Magistrature et du Barreau. 15
Assemble annuelle de l'ordre des avocats ; rapport du con-
seil de discipline ; elections. 17









230 -

(g) Procddure civil.


Opposition A jugement par ddfaut rapport de Monsieur Ed-
mond Heraux et discussion.
Ordonnance' de r6f6r6 ; Saisie-arret : jurisprudence ; exa-
men doctrinal, par Monsieur Bonamy.
Comparution volontaire des parties en justice de paix : com-
munication de Monsieur Louis Borno et discussion.
Incompetence ratione materiwe.

(h) Droit public et administratif.


Pages


4

12

25
179


DNnonciation des biens du domaine de 1'Etat I
Concessions ressortissant au conseil communal 21
Timbres mobiles et agents de change 77, 80
L'impbt et le cadastre, par J. Bouzon 96
Timbres mobiles et agents de change ou courtiers: communication de
Mr. Louis Borno et discussion 426,185,199,204
Police administrative: rapport de MM. Lechaud, D. Jn Joseph et
A. Dyer et discussion 134
Maison central: rapport de MM. Louis Borno et Thoby, et discussion 439
Attributions de la Chambre des Comptes, en matiere de contrdle bud-
g4taire ; communication de Mr J. Bouzon et discussion 149,215
Le systeme m6trique, par Monsieur J. Bouzon 189
Nos constitutions republicaines et leurs metteurs en oeuvre, par Mr Thoby 202,218

(i) Divers.


Seance anniversaire du 14 mai 1893 : discours du President,
Rapport du Secretaire sur 1'Mlat de la Soci0t6 ;-confIrence de
Monsieur Amedde Brun et reponst du president ; discours
de Monsieur Frederic Marcelin.
Correspondance : lettre du Secretaire d'Etat des Finances et
reponse ( 8 mai et 12 mai 4893 ).
Reception au Palais National.
Reception de Monsieur SLtnio Vincent, laurbat de la SocietY.
(j) Bibliographie.

Les fronti6res dominicaines, par Mr. D. Jn. Joseph.
La Nationalist, par Monsieur Justin Devot.
Verba et acta, par Justin D6vot.


GEORGES SYLVAIN, Rkdacteur-G~i ant


93
180 184
194