Lettre de M. François de Neufchateau, procureur-gén. au Con. souverain du Cap, a M. le P. Dup. : sur quelques réforme...

MISSING IMAGE

Material Information

Title:
Lettre de M. François de Neufchateau, procureur-gén. au Con. souverain du Cap, a M. le P. Dup. : sur quelques réformes à faire dans la lég. criminelle : suivie de lettres de M. le P. Dup.
Physical Description:
Unknown
Publisher:
Cap Français, Haiti? : s.n., 1787?

Notes

General Note:
2b-L/E- 1787
General Note:
KGS5404.F736 L488 1787, Rare books

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
ILLMC
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
LLMC31886
System ID:
AA00000737:00001

Full Text
























This copy of a rare volume in its collections,
digitized on-site under the
LLMC Extern-Scanner Program,
is made available courtesy of the

Library of Congress


I










LETTER E
DE

M. FRANQOIS DE'NEUFCHATEAU,,
PROCUREURfGANtRAL
"AU CONSEIL SOUVERAIN DU CAP;
A M. LE P.. DU P..
Sur quelques reformes a faire dans la LUgillation
Criminelle:
S U I r l E
DE LETTRES 'DE AM. LE P.. DUP..








6 7- i.
oyD-


. *


F73 G L-- '

1







Aus Cap le ir Avril 'S7.

JE les al lus M.oniiiur & cher Prdiidner 6 am;, ja lks
ai JerorCs, ces Moayens .'- j', x: Ii Fui P r, c, :l.
PA i.: '. -: ,.que vote ai'icid fouI's i tio f'ii doure,
que je puffe lire. J'ai regrcEEc amerement d'tre Ii luin
de vous. C'eft ce que mon naufi-sag a eu fir-tout lIe J:'-
faftretix. Mais enfin, je vais vous rejoindre. Je ne vous
ai ianias qtuirc f-p la pcnl.-. iE dans ce moment m8me,
je ne peux rdfifter la tentation de caufer un peu avec
vous.
Ne vous e~ Ta .ez pas du volume de certe Lettre.
Quelqu'oecupd queo vous foyez vous de.ez m'ou-
ter. Car je vais ramener F'bjet de mes idees h 1'objet
principal des v6tres.
Dans le t;lTu du bien public, tout fe tient, tout fe lie.
Les fils qui le compofent, s'entrelacent & fe rdpondent.
Ccla pofil, voyons fi je rduffirai a remplir quelques points
du fond de la grande taupiffcfne qui vous occupe dans ce
moment.
Vous avez le deffein de rdconcilier les Loix de la Juf-
tice criminelle avec l'humanitd. Cette tache fublime eft
digne de votre ame & de votre gdnie. Je n'aurai point
le tort de vous en dloigner ,ni de vous en diftraire; ji' krai
feulement me placer a votre rencontre, dans un coin de
ce labriithe don't vous dclairciffez les routes; & je
vous offrirai, peut-rtre, un repos a.'gr'able.
Arrntez-vous done un moment, & jcttia un coup j'oil
fur cette Colonie.






La crife embarraffante ot nous jette aujourd'hui la di-
fette du numdraire, eft un mal politique d'autant plus
dangcreu qu'on y propofe des remedes plus dangereux
encore. Dans cette circonftance, j'ai fenti ma main pleine
de quJl.llue vdritis uniles; & r,.ilgrd le pdril attached B
cette franchise, j'ai ouvert cette main.
Ceci ne vous announce qu'un project de finance mais
attended, & vous verrez qu'un project de finance peut ame-
ner des reglemens utiles.
J'ai donnd comme un des moyens de rigdndrer Saint-
Domingue, application qu'on peut faire a des travaux
publics, des fonds & des avances que l'on pourroit fe
procurer par un emprunt colonial, ou par des afaions.
Dans le nombre de ces travaux, je comprends fur-tout
les chemins qui fe font auilurd. hul par des corvdes de
Nigres pris dans chaque attelier ; c'eft dire, que ces
chemins font fouvent mal-entretenus, & que les portions
mieux faites font toujours affligeantes pour le Philofophe
qui fonge qu'elles font cimentdes du fang & des fueurs
des hommes innocens. Car voila les effects de cette hea-
reafe idee ffcale qu'on nomme la corvee.
C'eft ce que l'on voyoit en France, &, graces a notre
Monarque & a l'Arret de fon Confeil du 8 Nul.rc
1786, ce qu'on n'y verra plus.
Je ne fais pas fi je me trompe mais je penfe que ces
travaux, ces ouvrages & ces chemins, dans norre Colo-
nie, parviendroient a intdreffer cette bont de ccur, qui dif-
tingue fi bien notre ai, .flUi M :1,' i.:, i lul prdlentoit
routes ces entreprifes come une occasion d'effaccr la ri-
a:nu c i.. 1t i l-l i.c i cC ..; noI. Oe...' eull i ti0ar a la peine






de mort & Ba touics les aurres peines prononcdes contre
les enclaves, II ..Jina.nriaion aux ourrages publics, foic
pour toute leur \n luil paur Itn rems dc'rermin fui-
vant la nature des crimes.
On a ddjh dans S.i,,t-D m;ngu uine i.l e imparfaire de
ceque je propofe; & ce qu',an appclle .a c'-.t.': r s ,'r.-r
deferteurs en eft come 1'rTij mi> cct eiTai nmiere de
recevoir une autre forme & une exiftence,nouvelle.
Les Ndgres a la chaine font perdus pour leurs Maitres
pendant qu'ils y demeurent & font dgalement per.ius
pour le Public. Uls reftent dans l'oifivetr fe corrompent
les uns les autres & fortent de Ia geole beaucoup plus
pervertis qu'ils ri:! r.-.,,nt a leur entrde. Ces inconvdniens
font 1f gdndralement connus que j'ii va lis C. lan rgar-
der comme un ti..:-grani imnal IdtabilT:menin de 1a claine,
& les NN-rcs d Jill.urs n'en fonr nillement fflr e ,J.
Les Confeils fouverains de cette Colonie font devenus
tres-J-do:u & ctr' humans dans les iugemens criminals.
Les c:n lahnr,,i ..no a mort ne font pas frdquentes. Elles
le feroient moins encore Gi les Juges ttoient certain que
la punition d'dtre mis a la chaine imprimit dans l'efprit
des E.lc.ve coupables une falutaire terreur, & donnac
un example utile.
La difpofition des .,!.;ilrja. d. S.:. c D) i;n-,e leur
faith honneur fans doute. C'eft une preuve de I, ran',ii uni-
verfelle qui va tous les jours en croiffant, & qui doit t6t
ou tard teendre par-tout fon empire, i l'aide de I:m-
primerie & de la r',i :,.;:in les deux Arts les ~ l4. a I-
mirables & les plus utiles au monde.
II eft trifte Monfieur que 'efprit _i -; 'm.11: des






Tribunaux des Colonies roit conrrai 1, foir g6nd p r I'im-
perfellion de cette galere dIe erre don't je vous ai parle.
II en r'fulte aulfi, de la Fair de nos habitans, une cer-
taine averfion de li rcr au glj\e Ji, Loix les N6gres pre-
venus de crimes.
SEn ca; de peine cpjitle le prix de ces Efclaves eft
rembourfd au Maitre fur la caiffe municipal des droits
fupplicids mais ce rembourfement eft fixed fur. un pied
trop foible, & qui n'a trop fouvent nulle proportion avec
la valeur des El !i.cs.
11 en eft tel de ces Efclaves qui a coutd au Maitre cinq
a fix mille francs & s'il eft condamnd a mort, la caiffe
publique le paie a raifon de douze cent livres. On ne
fauroit changer ce taux, fans furcharger les Habitans, &
les Loix gic'oiraks ne peuvent gueres entrer dans les
exceptions.
Si 'Efclave au contraire n'eft que condamnd a la
chaine pour un teams limited, il s'y gite, & finite par n'tere
bon a rien.
Ces deux alternatives, expofant les Propridtaires a un
prejudice evident, forment done deux obitacles a ce que
les crimes des Noirs foient connus & punis a teams, ou
d'une maniere efficace. Auffi la Colonie a grand befoin,
a- c: i i, d'une police mieux concue.
Celle que je propofe rduniroic les j. antrjg qui.man-
quent a l'ufage fuivi jufqu'a prdfent. Elle s'accommode-
roit bien mieux avec les intdr&ts des maitres avec ceux
de la Colonie avec la clemence des Juges enfin avec
J s'nri, ., de nos Loix criminel!es.
Les N-grcs reconnus coupables devroient done dtre







'ddformais livrds ; pendant un certain terms; adjudica:
tires du defflchement des marais des remuemens des
terres, des fouiles drs cinaux ,de la confedion dIe routes
ou de leur eniretien enfin de ces travaiux Iquivalens i
ceux des mines, auxqaels les Efpagnols ont deiiind leurs
Criminels.
Ce que je voudrois ajouter a cette Pulice crpagnole ;
ce feroit de payer les journees de ces crininels aux dd-
pens du Public & de donner au Maitre ce que gagne-
roir fun ECfl..ve, d a diduiKtion die fraik de nourriture mo-
ddrdment dvaluds. On intmrefferoit ainfi 1'Habitant de la
Colonie h ddnoncer aux Juges les NMgres criminals, fans
craindre de fe voir fruftr par leur fupplice, des droits
fouvent coureur d: fa prupiic r'. L'rtat du Nigre efclave,
condamne aux travaux publics ne feroit point change
relativement a fon maitre, a qui le prix de fon travail &
le loyer de fes journdes continueroient d'appartenir.
Par ce moyen Monfieur on ne fauroit douter que la
Justice criminelle ne fit mieux fecondde & mieux admi-
niftrde. Les coupabl Icr.:.cni diLdrU' & punis leur chl-
timent feroit utile, & par l'ouvrage de leurs bras & par
1'exemple fubfiftant, fous les yeux des autres Efclaves, de
ces travaux forces & correaionnels.
De lar c6tr k, JuL[c. ,cladl tl hunins ,qu; lignent
a regret des condamnations H mort, a tbl.imrt infruc-
tueufes, puifque ces condemnations fervent I ddtruire des
ion '.-: [r i, .Ji !i. : I I : Ir.,'ill iur.:, c nem p rf'oo, ent
d'admettre unc L.i frj ur abl:. ,qui -.r pll;ic; double but
de punir les c..upatl:s d-- le air.i-', J e r.
Ce nouveau genre de fupplice feroit fur les efprits des







N'grec une imFrelTfon plus profonde que les potences &
les roues. Leur tournure d'efprir leur fait braver la more,
& Jals certaines ciiconftances, ils paroiffent la defirer.
Aulli le Nrre All 1I en general indifferent a l'appareil
des peines ca[ialesi, & il n'eft pas emu,

Quand if voit la Juflice, en grolfe compagnie,
Mener tuer un home avec cer6monie.
( DESPRiAUX).

Vous connoiffez, Monfieur, ces deux vers du grand
Sai, r;que ils auroient df peut- &ere, fire ouvrir les
yeux de fon fiecle fur l'lnuilre atrocity des executions,
come fes quatre vers, fur lejfae mot du Congrs eu-
rent le mdrite tres-rare d'influer fur opinion & la jurif-
prudence. Le Parlement ne rougit pas de ddferer alors a
I'.-i", .iun P:'.eie, pu)LI o.'rr;r un .;ijl .uiA- ; N la Cour,
en cela, fe couvroit d'une gloire vdritablement exem-
plaire,
Je vous difois, Monfieur, que l'afpel des fupplices
mime les plus fdveres, ne touchoit pas les Negres &
n'dtoient pas c.lCu.' rrinium til un moyen efficace d'arreter
le cours de leurs crimes.
II en feroic tout.autrement du fpe&acle continue de
ces Forqats livrds des Entrepreneurs par lefquels ils
feroient fans ceffe attaches aux travaux publics &
privds des douceurs que les Efclaves, bon fujets, goftent
dans le train ordinaire des Habitations. Ce parallel fi
frappant auroic un grand pouvoir fur 1'efpric des Ef-
plaves,







Les befognes les plus pdnibles ie les plus perilliufes
feroient le partage des Ngre; condani;dsi au dernier fup-
plice, comme le remuement des terres inondi.s, le def-
fdchement di marais &c. L'entretlen des chemins fe-
roit le lot des aurres, qui feroicmn conda-iii; aux galres
Stems. Cette occupicliin ne les corromproit poinc &
I'on peut [pfumr-r qu'elle en corrigeroit beaucoup. Leur
teams fini les Maicrs les reprendroient fans rLpu.aaince.
La craince eule de quitter Icur: hab;tudle & leur, carfs,
pour tre en proie a ees Itravux & aux prirations done
ils feroient accompagnds cetre feule crainte, dis je,
fuffiroic aiIclmbblAblcmcnr h contenic Jian leur devoir la
nmajeue pFaie d.', Ne.gre. Elle dparg.eroic bE;n des coup',
Licn de; I' iritEis quli ionr a prdl'enc r,n'c fiaitrcrs.
Par ces raifons, je crois M Sliscur, cet arrangement
praticable & m&me desirable pour perfetionner le Code
criminal & la Police gdn.rale de cette Colonie.
J'Sjoure une rtflcti.n.
La caiffe des SuppIhciCs, don't je vous ai parli, eft
rcelle oQ l'on perSoit les contributions de rous les Habi-
tans pour les indemnites qui rdfultent aux Maitres de-
la perte de leurs Efclaves. Cette caiffe eft adminiftrde
par les Confeils Supdrieurs, parce qu'elle eft en\viiig'e
ionme r~uic;ipral. -La confiance des Colons & du Gouo-
vernement ne fauroit etre mieux place. Ce regime, Mon-
fieur, s'adopte de ;ui cr.ie a I'arrajnemiernr propofd. Ces
contributions employees a payer, non le prix des Ef-
claves rgais le prix des travaux publics qui Icr-.'enc Iflrn
par eux, tourneroient d'une autre maniere & plus di-
rerte & plus utile, au profit da Public & dcs Inriir~C.






Aini, la parlrie defiance, qui croife fi fouvent tant
de penftes utile, ne gierroi[ point celle-ci.
S Voila mon vocu pu.ur Sain-DTomingue. Mais je ne perfi
me border l i car j'ai toujours les yeux fur la mere
patrie.
Ce que j'ofe indiquer pour les NIgr.s efclaves, pour-
roit s'exdcuter avec tout autant de fucces, mrme 'a ]'-
,arJ &s Blancs & des Libre; jugds dans les Cours du
R. n ,ime, li le Roi vouloit deftiner quelqu'une des An-
till.:, non encore tablese, a recevoir ces Criminels.
Je dis qu'il leur faudroit une Ifle non encore 6cablie
pji dei NIgn difclavc pace qu'il feroit imp.li;t.le d'of-
frir aux yeux des Negres d'une Colonie a E !b -.h le
rpe.Sacle de Blancs ddgradds a ce point, & vendus O des
Maitres qui pourroient les traiter plus mal que les N.-
gres eux-mimes ne le font ordinairement. II y auroit du
noins un danger evident a faire ce mi'lange a liew
qu'on peut, fans aucun lifque, placer ces Criminels, tranf-
fdres du Royaume, dans une Ifle particuliere, & leur
faire fubir une captivity Idgale, qui fatisferoic i la Loi
pour le chitiment de leurs crimes, rendroit en mime tens
Icur exijlcrcc utile la nmre. patrie, & leur laifferoit.nnan-
moins 1'efpoir de recouvrer un jour la vie civil G leur
condulte en 6toit digne.
i N'tc.i: pas une experience digne de la grandeur & de
lunmarnte du Roi de ~rfoudre ainfi par le-fait la quef,
tion rant agitde, de favoir fi des Blancs pourroient fuffire
i la culture des terres ficudes danis le voifinage de la Z6ne
Ioritude On ea doute commutnunent.. On foutient m6mew






le contraire; Stials la ndgation n'elf 'qu'une conjeture;
car on ne I a j)mais tend.
L'dpreuve en feroit important, quelle qu'en fft l'iffue.
En effect, fi ces Criminels ne pouvoient foutenir la-
tranfplantation & le travail de la culture s'ils ~oient
moiffonnds par les intempdries des clhmais li redoutables,
le problme don't iA s'agic, feroit une fois d cidd, & le
fa :iirice .J: jours de ces Coupables ne feroit pas de grande
confiddration.
Mais, s'il arrivoit, au contraire, que ces malheurcux
rduffiffent a ddfcicher une file & a la cultiver aufli-bien
ou mieux que les Negres ; ne feroit ce pas un moyen
tres avantageux a la France de fe ddbarraffer de beau-
coup de mauvais fujets ? Ne feroit-ee pas une 6poque fa-
vorable h l'humanitd glorieufe pour la Juffice nrtr '-
fante en politique que celle oh I'on verroit la peine de
mort abolie dans une infinite de cas, & les meurtres ju-
ticiaires igemerir convertis en une transportation fous
cette Z6ne ardent des Criminels jug6s par les Parlemens
edu Royaume ?
Si je peux hafarder ma foible divination fur un fi grand
problme tout me porte a penfer, Monfieur que ces
Blancs, bien conduits & bien dii,.linLs, fur[ iTc..ijnr
les Nigres dans routes les cultures qui font propres au
Nouveau-Monde.
Je n'en chercherai point la preuve dans les jardins &
les campagnes d'Alger & de Maroc de Mlahl.r. & de
Conflantinople fertilifs comme I'on faith, par les mains
des Captifs. Mais, fans aller fi loin, je di;r.i'quc le r -uple
en France & dans toutr 1'Europe, le p euple le plus libre
B2






des pays le. plus tempr s r'upporte dcs travauxs plau
grands, & des faifons plus diffic;lAs, & des befoins plus
durs & des privations cent fois plus douloureufes que
la claffe la plus charge des Elijaircs de Saint-Domingue.
Ceci a 'air d'un paradoxe. Je ne I'aurois pas avancd
quain. je ri conn.'aIT_'; Saint-Domingueque par les lives:
mais rie n' eft plus exact. J'ai vu de pros le people & fes
peines dAni l'Ancin-,M.jn.l:. J'ai pu compare a fon fort
celul des Noirs du Nouveau-Monde. Ceux-ci n'ont pas
lnl.ne I'ld.e de la mr.;-ire aiffiul e jI piugFpajr .- Payfans.
MI. de `Sint-Pierre a eu le noble courage d'dcrire qu'il
y avoit dans .le Royaume fept millions d'hommes fans
pain, fans v8temens & fans afyle.
Ces hommes font bien plus a plaindte que les Ngrces
dc; Colui.'I-.
Sans la Religion qui les foutient & les confole, ces fept
nIlion.j d'hommes fans pain fe livreroient au dl'efit.i.
Is ont cet advantage d'etre inftruits a croire en un Dki,
& d'efp6rer une autre vie.
Les Nggres fous ce point de vue, ne font pas touto
a-fait iull-t.in partagds. On a peu de foin de leur amne,
& c'eft un vice politique inexcusable a mon avis, d'au-
tant plus que l'efpoir d'en faire des Chrtiens fut le.ref.
peLahle motif qui ddtermina-Louis XIII a toldrer leur
de b.e.
C, % uce peur fe fJirer, quandon le voudra bien. Mais,
au phyfique, auquel fur-tout les Nigres font fenfibles.;
ils ne manquent de rien. Ils menent unc t ie qu 'o,i peun
dire heureufe & n'ont point a fouffrir les rigueurs de
hiverr, ni l'exaaion des impsts, ni les, foucis. de. l'av.e





S 3
nir ni tatt d'autres maux de tout genre qui font,
dans vos cjanpJ-r'. & dans vos villes mime, des fldaux
fi terribles pour la claffe des pauvre;.
Ces pauvres cependant meurent de froid, de faim ou
de douleur a la porte des m&mes homes qui dCuifenc
leur rhdtorique en declamations ridiculement ampouldes
fur le malheur des Noirs efclaves. VoilM l'inconfdquence
oh conduit la fureur de s'occuper d'aucrui, en s'oubliane
foi-meme. L'Affranchi d'Augufte a raison:

Peras impgfuit nobis Jupiter duas.

C'eft par l'effet de ces befaces .q'un a des entrailces
d'airain pour la f..ukl .3.-: mif.'ra-il' que l'on voit rous les
jours, don't on eft entourd ; & qu'on s'attendrit en pa-
roles fur le fort fIh'orn.m diloigns ,. que l'on ne connoit
pas, don't on n'a pas merne d'idde. C'c 11 ai'i i. que IEurcpe,
au fein de fon luxe bLict nt, ne ceffe de blamer la fer-
vitude amdricaine, & loin de reformer chez elle.l'inhof-
pitalid la duretd des riches, envers des millions de pau-
vres ele eft par tout rongde de la mendicitd de certe
lepre fociale don't la contagion triomphe de fa policique
& dishonore fa fageffe..
0 contradiction c'eft-a-dire, 6 efprit human !
L'Europe & l'Amdrique ont peutr-ere leurs torts; ma[s
ce n'eft pas ici le lieu de traiter cette question. Celle qui
nous occupe eft affez important, & fa solution rendroit
utile h l'Etat une foule d'indid Jju que l'on perd tous les
ans..
Sans doute il faut les retrancher de la focidt puif






14
qu'ils y ont porter le trouble. Mais on pent les en fdpai
rer, fans leur 6ter la vie dans des tourmens abominables,
don't la feule idde eft horrible don't le nom fouleve le
cceur, & don't la contemplation rapproche les folemni-
tes de la justice criminelle de I'afpea d.rg.,Gianr des re-
pas des Antropophages & des f&tes des Cannibales.
A un people doux & human comme ce bon people
Franqois, il faut, n'en doutons pas une autre Ldgifla-
tion. N... Loi) Ibiat trop loin de nos moeurs. 11 faut que
nos Loix s'en rapprochent.
C'eft dans cet efprit moddrd qu'on a imagine la peine
des galeres; je ne ignore pas. Mais vous favez que les
galeres ne font pas non plus fuffifantes pour contenir les
Criminels. Si vous 6tez la honte, i laquelle il fe trouve
encore des Scdldrats tres-peu fenfibles ; pour de certaines
gens du people, c'eft prefqu'un dtat desirable que la qua-
litd de Foraat.
Soyez bien convaincu qu'il n'en feroit pas de mrme a leurs
yeux, de cette tranfportation fous un ciel ddvorant, oh
un efclavage durable & des travaux pdnibles attendroient
les Galdriens. Ils en feroient plus effrayes, & par con-
fdquent, mieux punis.
Ceux qui en pdriroient, ne mdriteroient pas de laiffer
des regrets.
Ceux qui rdlifteroient au danger du climate, pourroiene
fe corriger & devenir meilleurs.
Je n'ofe prefque pas hafarder une autre raifon. C'eft
qu'en fuivant ce plan les mrprifes de la Juftice, s'il lui
en dchappoit, ne feroient plus irrdparables.
Je ferai plus hardi pour dire que ce genre de peine







perronnelle, n'impofant au Coupable qu'une efpece d'exil
& une di~parurion de la fociCde pendant un teams plus ou
moins long n'emporteroit pour les parents nulle efpece
d'ignominie; & qu'ainfi le Gouvernemenc excirFeroil dans
fa racine cet affreux prdjug6 qu'a fi bien combattu mon
ancien ami, M. de la Cretelle.
Sous tous les points de vue 'effai que je confeille
n'eft pas indigne d'un bon Roi, c'eft-a-dire, d'un Pere,,
qui en faifant punir fes Sujets les plus criminals, doit
regretter encore que l'autorite de fan nom ferve a 6gor-
ger fes Enfants.
C'eft a vous Monfieur, de juger de la valeur de mes
iddes, que je foumets aux v6tres.
En finiffant ma Lettre, affurdment trop longue, je re-
ois des nouvelles. Nous en manquions au Cap. Depuis qua-
rante jours on ne 6iLnaloit plus de navires d'Europe. En-
fin done ii en arrive un! Qn m'apporte l'inftant des
paquets de papers publics o je vois mon project exd-
cutd en Angleterre par l'dtabliffement de la Baie de Bo-
tanique, & bien mieux encore en Tofcane par 1'Edit ad-
mirable que le Grand-Due a public; Due vraiment bien
nommd vraiment grand en effect par cette attention
fuivie qu'il donne au bonheur de fes Peuples (*) () voyc
]es Lettres
Vous favez bien Monlieur que mon idde eft anciennee. fu@i n.
Je vous en ai ddji tourmentd dans mes Lettres mais au-
jourd'hui j'infifte. Ldopold de Lorraine & Georges de
Brunfwick confacrent cette idde. Ces deux autoritds me
femblent impofantes.







Joignez i ces examples celui d'Elifabeth & de fon long
-Regne en Ruffle fans goutte de fang rdpandue.
On ne manquera pas de me -dire que ce n'eft pas la
meme chofe parce que la Ruffie a une Sibdrie lieu
d'exil & de chatiment plus a craindre que la mort memie.
Je rdponds que la France a des poffefflions fous la ZBne-
Torride, & que Sainte-Lucie, ( en tranfportant ailleurs
I ; Ng res qui ,'y trouvent) ou, implement encore, l'Ifle
de la Gouave, ou bien de la Tortue, aupres de Saint-
Domingue, offrent pour ce project un local fpard, tout
anfli effrayant, tout auffi peu commode que les environs
de Tobolfck.
Mais oh trouver l'argent ?.... Oh ?.... Je crois l'avoir dir.
Dans les foufcriptions, dans les avances primitives, que
feroient fur ce point de gdndreux A&ionnaires, qui au-
roient le plaifir de faire une bonne oeuvre, & de bien placer
leur argent ?
Ainfi done, je perfifte dans mes conclusions str de
gagner ma caufe, fi votre voix s'dleve & range en ma fa-
veur opinion publique.
C'eft ce que je fouhaice a Saint-Domingue & a la France,
au nom de cette fainte & douce humanity dene vous
etes le Ddfenfeur Au nom de la Juftice, qui n'a pas be-
foin que fon glaive foit teint du fang des uns pour prote-
get les autres Enfin, au nom facr6 de la gloire du Roi,
qui, maitre de choifir dans les divers chemins de l'im-
mortalitd ouverts aux Monarques Francois, a requ du
Ciel m6me le don de prefdrer les fentiers de la bien-
faifance,







falfance, de la perfelton des Loix & du bonheur de fes
Sujets.

J'ai I'honneur d&tre, avec un rel'p.uIeux & sincere
ar[achermnt ,

Monfieur & cder Prelidenc & ami

Votre tCi-e humble
& trs-obdiffant Seiviteur.,
FRANNOIS DE NEUFCHATEAV.


A E RTJS SE MENT.

On a cru que le Public, apres avoir la ce que M.
de Neufckateau vient de dire fur le Grand Duc de Toj-
cane liroit avec intdrit ce que M. le P.. du P.. a icrit
fir le meme prince an 17.8- --. -
Les deux Lettres qu'on va lire font extraites d'un Re-
cueil de Lettres manuCcrites fur Iltalie. Celles-ci ont etd
publides dans /Effai (Ir la Nature Ghamp&tre, par M.
le Marquis' de Marnefia, C dans quelques Journaux.







Florence, I e 16 Avril 1789.

LA plus belle galerie du monde, mon cher ami,
a eft i Florence; mais je ne vous parlerai point au-
a jourd'hui de tableaux, de ftatues, d'images. J'ai vu
a Ldopold & fon people; c'eft de Ldopold & de fon
a people que je veux uniquement vous parler.
Ldopold aime fon people, & il a fupprimn les imp6ts
a qui n'dtoient pas ndceffaires au bonheur de ce people.
a II a licencid prefque toutes fes troupes : iln'en a gardd
a que ce qu'il falloit pour en conferver un module.
II a ddtruit les fortifications de Pife, don't l'entre-
Stien dtoit fort coiteux. II a renverfi les pierres qui
a divoroient les ho'mmes.
SII a trouvZ que fa cour lui cachoit fon people. Ii
a n'a plus de court. II a rtabli des ManufaEures. II a faith
a ouvrir par tout des chemins fuperBes, & a fes frais. II
a a fondd des hopiraux. On dirait que les h6pitaux dans
la Tofcane font les Palais du Grand Due. Je les ai
a vifitrs & j'ai rencontre par tout la propretd, 'ordre, les
a foins ddlicats & attentifs. J'ai vu des vieillards malades,
a ils avoient Pair d'etre fervis parleurs enfans. J'ai u des
a enfans malades, ils avoient I'air d'etre fervis par leurs,
a Meres. Je n'ai pI voir, fans verfer des larmes, ce luxe
*a de la mifdricorde & de 1'humanitd. Sur les ifaie.'.cj
a ces h6pitaux on a donned i Ldopold le titre de Pere
a des pauvres. Les h6pitaux feuls lui donnoient ce titre.
a II ell Jcd i M numens qui n'onr pas befoin d'infcriptions
a Le Grand Due vient fouvent vifiter fes pauvres & fes







b malades. II ne ndglige pas le bien qu'il a fait. II n'a pas
* feulement des mouvemens d'humanit ii a une ame
a humaine. I1 ne paroit jamais dans ce f6jour des angoiffes
a & des douleurs fans faire verfer des larmes de joie. II
a n'en fort jamais fans 8tre couvert de benddicions. On
a croit entendre la reconnoilTancc d'n peuple heureux, &
a fes cantiques s'd1lvent d'un h6pital.
a On peur 6tre prdfentd au Grand Duc fans avoir
a quatre cens ans de nobleffe, fans defcendre de ceux
a qui ont difputd la couronne a fes anc&tres. Son palais
a eft ouvert a tous fes fujets fans exception, comme les
a Temples. II y a feulement trois jours de la femaine
a qui font confacrds plus particulieremeni a une certain
a claffe d'hommes. Ce ne font ni les grands ni les ri-
a ches, ni les Peintres, niles Muficiens, niles Poetes,
a ce font les malheureux.
a Ailleurs le commerce & 1'induftrie font devenus,
a come les rerres, le patrimoine d'un ecitc noinbic
a d'hommes: Chez Ldopold, tout ce qu'on fait faire on
a peut le faire. On a un dtat, des qu'on a un ta-
a lent; & il n'y a qu'un feul privilege exclufif, c'eft le
a gdnie.
Les prices qu'on fait a Dieu pour lui demander
a des moiffons, ne font plus defcendre la famine dans
a les campagnes. Ce Prince a enrichi I'annde d'un grand
a nombre de jours de travail qu'il a repris a la fuperfli-
Stion pour les rendre a agriculture, aux arts, aux
p bonnes moeurs (i). Il eft occupd d'une rtiorne enciere

I[) Cct emxeple avoic t d dooun par la plus grande puti de. icnqiu






a de la Iglflat1on. 11 a -vu une lumitre nouvelle dans
a quelques livres de la France. II fe hite de la fair
a paffer dans les Loix de la Tofcane. II a commence par
a amplifierr les Loix civiles, & par adoucir les Loix cri,
a minelles. II y a dix ans que le fang n'a could en Tofcane
a fur un echaau.l II n'y a que la liberty qui foit bannie
n des prifons de la Tofcane. Le Grand Duc les a rem-
a plies de jultice. & d'humanit.
a Cet adoucilTl;mcr n des Loix a adouci les moeurs
a publiques. Les crimes deviennent rares depuis que les
a pines atroces font abolies. Les prifons de la Tofcane
a onet cd vuides pendant trois mois.
a Le Graind Due a port deux Loix fomptuaires"
p admirable, l'accufil quil faith la lfmplicite, & foto

a Quand le foleil fe lEve fur les Erats de ce Prince;
le Prince deja les gouverne. A fix heures du martin ii
,a etru\d bcn des larmes. Ses Secrdtaires d'Etat font
Sde, Cumrinis.
> Les .NoblIc trouvent qu'i ne les diftingue pas affez,
Sales Prctrir qi' 1jl ne les craint pas affez,les Moines qu'il
a ne les enrichit pas affez, les gens en place qu'il les
a furveille rop. .Dans fes Etats le jla.ltrra juge le
v Militaire fert, e Prilar rdfide, 'homrne en place fair
fa place; c'eft que le roi regne.
a Ses enfans ne f:,nc pa. cL Cl dans un Pjlia ; mais
d, dJa une nimirjn, i chchehe a en fiice eas holnmm

V.tus ,': I. ,







ms& non pas des Princes, car ils Ia font. L'education
a qu'on leur done. les rappioche fans ceffi dbs malheur.
3 donr leur condition Is eluione. On epo)fe'ler,.Qc.urs
Sa tout ce qui peur le uuvrr la l [LII ( aM p hitn-
a faifance. J'ai vu dans leurs mains les ouvrages de
. Loke.
a Je ne connois, difoitun jour le Grand Due, que deux
a fortes d'hommes dans mes Etats : les gens de bien &
Sales mdchans.
> II eft question dans ce moment de donner des f&tes
a au R..i & a 1. Rene Jd Napleg. On lui a propol pour
a fub i;r aux. fIai uunjn mpoliion foria n.IlJiquLe. Ma
a fimre, ai-c-il 4pondda, a eurin e pour .rIjj millions
s de bI.:us- C *
>. Le Gia'- Dua C; promrne (ul dileS rues de
a Florce & nuir re j & ce nu fcroit pas
Sun bon Prince
I Le G(an.i D Lc ci h.ur,.iU, car res peoples font
a heureux, & il croit en .)Du.
> Quelles doivent 6tre les jouiffances de ce Pr;nc,
a lorfque tous les foirs, avant que de former les yeux
a fur fon people, avant de fe permettre le fommil ii
a rend compete au fouverain Etre du bonheur d'un mil-
lion d'hommes pendant le course de Ia journey! figu-
a rez-vous un tel Prince dans une tell confidence avec
,,Dieu.
a J'oubliois une parole de Titus. On r,-re.ttrut un
a jour devant le Grand Due que fes Etats ne fuffent pas
a plus dtendus. Ah s'dcria-t-il, il y a encore des mal-
a heureux dans mes Etats.






SHeureufe Tofcane rais n'oubllons pas que la Tof-
* cane eft un petit Etat, que la France eft notre patrie,
a que la Reine et Ja foeur du Grand Due. Louis XVI.
a ft notre Roi a.







A Pife As // 179 k$

HIER en vous parlant du Grand Duc je ne vous ai
montrd que le rai3ln~ du fI;,LiJ; je v cu vous montrer
aujourd'hui Ile teaches, du moini celles qu'on lui repro-
che, celles que l'envie pretend avoir decouvcrtes, mais
avec fon oeil louche qui faifoit lui-mnme ces teaches.
On dit centre le Grand Dui:
Depuisqu'ila 6tabli la liberty abfolue du commerce
a & de 1'induftrie, les artifans font fans pain.
> Depuis qu'il a ddfendu d'emprifonner les dJbteurs,
a on ne prete plus aux malheureux.
Le Grand Duc protege la mndiicitd.
On dit enfin cnnrre le Grand Duc: n II haic le Fife
a & la Nobleffe, & il les vexe.
Ecoutez ma cornverfatidn fur les trois premiers chefs
d'accufation avec une perfonne trrs-inllruile. Nouu drd'a-
terons le'quatridme dans la premiere leicre.
J'ai vifite, lui ai-je dit, I'hopial de Pilc; je n'ai ja-
mais vu d'h6pitaux oa 'liuranici e i nmoinq h feplaindre
des Palais. L'infcription qui brille fur la porte ne flatte
pas. La providence de Ldopold pare des pauvres: Pro-
videntia Leopoldi patris pauperum. Je l'ai vue cette pro-
vidence, je l'ai vu, de mes yeux
On pourroit encore mieux fair, m'a rdpondu la per-
fonhe avec qui je parlois. Ces h6pitaux ontdu moins un
grand advantage; c'd it qu'll font trrs-adrds. L'air ell pour
la fantu le premier de; alinmrn & le premier des remrdes
pour la maladie. -Vous avez vu nos hopiaux ? Voui ne






vo,,agez done pas come la joule des Anglois ? Sur cen-
il r'j n1 a F.I. Jlcii qui chchgaLriht s'inftruire. Faire des
lieues par terre ou par eau ; prendre du punch & du thd
datus dci Jubergis dire da mal dJe .jutc lei au[iius ni-
iiuls, & uantcr l.in cefTf i lelur; ,ijila ce que i''...L
ei Anghlis iapplle vo;, .rger. Le livre de porte jil le feul
oa il s'inftruifent.
Ma*r, dites-mai, je vous fupplie, qg.l .fTie la libl;rid
inddfinie du commerce a-t-il produit ?
Unfi bo1 t ifit, que ie e cl.frillr..s ql; que ce fi'Ic
de tenter de [Lrablit le redime rL'glma;iri:ie. II feroit
lap;id par le people. J'ai lu tout ce qui a dtd faith &
dcrit dans votre pays en faveur ou contre 1i liLch r .
L'expdrience a reljlu la quefllioi .:r riivi L de 1 librted.
A anli tlle ii y eut en Tol.cail diul\ a.inn p'3uti rc, il
fallout que 'Etat achet.ic du L.I. ; il en ci:. a I E:ar
cent mille dcus; il y eut beaucoup de troubles, & P'on
aiperqut li famine. Depuis la l;btir- il eil frLuveIiu cris
annccs plus facheulfe. On :'a pas achetr de bled; on n'a
pas conmra=' de decies it n'y a pas eude troubles &
la T.f'lane a 'cu. Je crois a la vdritd qu'il faut, pour
quela librid Ju comm-erce foit falutaire, qu'elle foit
ildifinike. Quand on gene le course des rivieres il
y a tocAours des .jflgnarijn ou des ddL',r.- ,,l La
liberty du comminrce a ar.um.nrd iogiul;i're:mr.inI la
culture & tlinduftrie. Les laboureurs font. riches les
grtifins font a. lear aife. Les premieres anndes ont &tr pd-
iibles, Irais efli le fort des commencemens. Lorfque la
libered commence a marcher co,.u Ci:ule, elle faith tou-
J4tS quelqueh chite, mais chaque. ch6te Finftruit, &
chaque






rhaque pas la fortifie. Sans doute ai-je rdpondu; routes
les loix qui prohibent autre chore que des d'lils funt
oppreflives.
Jai demandJ enfuire fi le Grand Duc s'occupoit d'ex-
tirper la mendicitd dans res ears car la mendicid efIt
uie des grande plaire ell un des grands crimes des
fociht~d atuelles. La mendicied eft une exposition des
bommes.
Le Gouvernement s'en occupe, me rdpondit mon in-
terlocuteur; mais il re peuc aller vite. La mendicild ell
favorilfe ici par des prdjugds religieux & des intdrers
parti:ulicrs. On emploie ici les mendians i favoir ce qui
fe parfe dans les dgliles, qui y va ou qui n'y va pas,
combien on a bruld de cierges au SaLt quel Pr&tre a
office : & d'ailleurs on fait fire i ces mendians beau-
coup de petires commillions h peu de frais. Si le Gouver-
nement genoit la nmendicite Ja fuperllition crieroic a
l'impild'r & I'avarice au Jrfporifine. La iendicitc a done
en Tofcane des racines plus forces & plus profondes que
par-tout ailleurs; elle en a fous les autels.
Eit-il vrai, ai j demand enfuire, que la defense fair
aux crdanciers d'emprifonner les ddbiteurs ai &d caufe
qu'on a moins pr&t6 aux malheureux, & qu'ils ont moins
de relTources dans Icurs befoins t
On le craignoir; I'dvdineent a raffurd. En effect, ce
n'etoit jamais la caution de la liberty qui d6terminoit a
pr&rer, puilfque cette caution deoit toujours inutile ou
ondreufe. La loi a laiff aux crdanciers la fai:ie des biens.
Tout home malheureux trouvera toujours a emprunrer
fur fa probiir. Celui qui n'en a point ne trouvera pas,
D.






11 et vral ; mais cela meme elt un bien. On ne raurolt
rendre trop impdricufe la ndcelliTfr d're honnere homme.
Sacriiaic de ces rdponfes fi lumineures,quoique fr limples,
je demandai fi on avoic fupprimd en Tofcane la quellion
& la pine de mart. Ellcs le fone ,non par une loi,
mais par des oidres ; o atrend I'expdrience pour fire
une loi: -- en effer, elle feule revele tous lei bins fe-
crCts & tros les maux cchi's; & une bonne Idgillationeil
comme la bonne ph, tique elle doic e&re exp'rimentale.
II fauc effajer lei loix.
II for question encore des alM les fupprimid en Tof-ane,
& mainrenus a Rome ; dei abus & du Icandale de cec-
ulfage; de limpoiribiluid que 'dciac ecclialique f.u bLen
goutern'; d'une Lulle qui excom'munie rous ceou qui des
erais du Pape imporrent en Tolcane cercaines marchan-
dilis. Lii pa\ Ifn, me dit mon inrerlocutcur, rdpondic un
jour alTez plaifammrunr,a que ccre excommnunication ne lui
e Iwroi riic ; qu'cdle n, pouvoit bomber que lur I'n ine,
, qui feul porcoic la dcnr6e, & qui heurcufement avuic
r bin do;. Nc-us parlamesencure de la conveniiuin entire
tous Ics 'rars de I'ralhe de fe tendre les ctiminiel, ex-
ceprd eitr Genes a la Tofcine; cnfin de Leaucoup d'au.-
rFie cti.t:r d'icun'mnii puliiique.
Avec qui ai-je eu ccite converfarion ? A quiai-je flit
cc niLjctions ? Qui Ies a aiani rdfulues I Ell-ce un dcri-
i in, urn rnrgiltir u n par Culerl Cc'te! un1 S.-lu C a' n .
c'ell e Giand Due. C'eft lu qui n, dunnd une heure-
dfiudeince, qui a. p,.r;.is qu. jr le icquflini. (ff. queI je
Le prefflTrc que jc le cfit.iqualLf. C' cl le Giand Dus
qui a dir roujumus : 0. alu, .' Gr.), .i.,..ni f.A'.






qui jamais n'a parld de lui. C'eft le grand Due qui re-
poulToic cous mes loges, qui les paroit avec une adreffe
que je n'ai pu rromper que deux ou trois fois. C'eft le
Grand Duc qui m'a parl2 pendant une here debour,
dans un cabinet on une simple table eft un bureau; des
planches de fapin fans couleur un fecritaire; un bou-
geoir de fer-blanc, un flambeau ; car le Grand Duc n'a
d'autre luxe que le bonheur de fon people. C'ef Ie Grand
Due qui a ceete raifon, cette fimplicird, cetce facilird.
Ses loix ne regnent maiheureulement que fur la Tofcane.
En frrtant de cette audience, j'ai dtd admis a celle des
trois amins de fes enfans, don't le premier a Icize ans. Le
Conite Man Fridini leur Gouverneur, & digne de I'tre,
m'a ineroduit dans leur chambre, car leur appartemienc
el une chanibre & leur palais une maifon.
J'ai trouv I'amin lifant le livre de la grandeur & de
la decadence des Romains. Aonfcigneur vous ap-
prenez done I'hiitoire ? Oui, oni, l c'efl ma prin-
cipale rude, avec I'effai de Loke fur I'enrendement hu-
main. Monfeigneur vous tu-diez Loke! II vous fera.
bien utile lorfqu'un jour il vous faudra regler ou rionter
des cerveauix humaini dans vos Etas d'avoir d&.- r'opofd
& connu le mIdianifme du cerveau huniain d-ilr votre
cabinet. Mais Alonfeigneur permeitez-moi de vous in.
viter a joindre la l leure de Loke celle de l'Art de pen-
fer & fur-tour de la Logique de Al. 1'Abb de Condillac.
Nous favons que ces outrages exille'r nous les
lirons.
Nous avons caufn enfuire fur Loke & !ar Condillac,
far les avanrages de 'efprit m&caphyrique qui feul con-





,
duit Ala vritj, & de'l'erprit analydque, qui feul la trouve;
fur le fyiftjme de la liaison des iddes li fcon en vd-'
ritds ifipbrtantes, don't Condillac s'efl prdrendu I'inven-
teur, & qui tout enrier eft dans Lake. J'drois ravi, j'd-
tois actendri en voyant un Prince qui doict4gner un jour
a'effayer a l'art de rendre les homhies beareux en appre-
nant Part de comnbitre I'homme. Ce prince pourr gou-
-*nper par lui-meme car it connostra ;j.t:l a vifloir.
q. ,q manTn en me grposepant dans ]e .Iin. baot;lque,
j;ai rencpiatr- i- pcd enfant A qui un ddgnitlrateur fail-
fiir corioitre lea planes li? atoi p sc 4dTnind Grand
Due. J'aime a voir les enfass des Rois ayg? la urerA"
La nature devroic 6re te premier lirreqlesCtiSna & i
le dernier des vicillards. '-...
11 faut maintenant quitter le Grand Duc & ,ife &
caller chercher i Livourne. Le Grand Duc ed en elfct
dans tous fes Eats, & on le fair: c'el une pattie de fa
police.
SQuelqp'un me difoit: il ne faut pas favoir tant de gri
all Grand Duc d'aimer le people; le Prince de... 'aime .
aulL i.e Grand Duc ai-je rdpondu, aime le people,
& le pr'nce de... aime la populace,