Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne

MISSING IMAGE

Material Information

Title:
Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Ligue de la jeunesse haïtieene
Publisher:
Impr. de L'Abeille
Place of Publication:
Port-au-Prince
Publication Date:
Frequency:
monthly

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
periodical   ( marcgt )
serial   ( sobekcm )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1re année, no 1 (20 fevr. 1916)-
General Note:
Title from cover.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
aleph - 001528667
oclc - 19032133
notis - AHE2021
lccn - sn 89020401
System ID:
AA00000450:00011

Full Text















This volume was donated to LLMC
to enrich its on-line offerings and
for purposes of long-term preservation by

University of Florida Library





J)ENI'If:XE ANNf:E kUMERO 13 20 FiVRIER 1917


<< REVUE l
D) E

LA LIGUE
1) E LA

JEUNESSE

HAITIENNE

PARAISSANT LE 20 DE CIIAQ'UE MOIS

ADMINISTRATION REDACTION
1, riue dit Centre, 175




POBT-AI -PBI NCE
iM'RlMIEWEI DK I .'AlEIlII-,. 1, Hil 1)1D FORT-PER








Pour routes communications, s'adresser an Bureau du Comile,
S125,-ruedu Centre, Port-au-lPrince.


1. Bulletin die la ligue de)a jounesse hai'tinno
II. Quelques Reflexions sur la situation
finanaidre
III. S'il etait Dieiio lfiON
IV. LiEvolution do la Modecine (Suite el,


PAGES
1


i LA LEA U


fil) D U lIl-,N Af'DAIN
S' Sotnni t V M
V. ,Poosics : Are, CAIII, WOLF
S Too flaiser IAM(I.i.:s VIrIX
VI. lIistoire diploinaltique d'Ila.i X) An"-.', N I.:,;i:i'
VII. Armand Thoby (Stilte) Ii'LI.I MAs'AC
VIII. Frddric Marcelin '.Vftes e Siour"',i-) XX\
IX. So'lvenir- 'A at'eoois (Pl'ddI,'ic /' b-I'r5 j J. I,. CII-NIT


^ I>0l 11 (" 11sneat ':
'TRIS MOsI- P l --I- I % GIon 'I-:S
SIX MlS ........... -- ........- ...........
U N A N ..... ...... ................. ........... .... .. ... ....... l i. -

LE1 NUMIIHO: UNE GOI;1>'tI





I'Po' Irx annonrtc's, .'ad/rrsr'r mnl Ihriau tdu Cuomild. I 2.'3., ruil dii
Centre onu i linprimetrie de I'.Ibil.'e. 4, rite du Fort Pe'r.


*^









REVUE



DE LA


JEUNESSE HAITIENNE



VOLUME III. FAVRIER Mll7 N 13.


BULLETIN DE LA LIGUE
DE LA JEUNESSE HAITIENNE


La Ligue vient de reprendre ses travaux qu'elle avait suspendus
pendant la pdriode dlectorale.
A la stance du I I Fdvrier le Comit a procedd a un brpf examen de
la situation actuelle, et il fut decided que la lettre circulaire que nous
reproduisons ci-dessous serait adressee d tous les Presidents de Filiale
et aux Membres Representants :
Port-au-Prince, le 15 Fkvrier 1917.

MONSIEUR LE PRESIDENT,
Depuis plus d'une annie la Ligue de la Jeunesse Haitien-
ne m6ne champagne pour certaines idWes qu'elle croil indis-
pensables A la sa'uvegarde du patrimoine social de la Nation
HaYtienne. Elle a dtudi6, et elle continue A 6tudier, toutes les
questions vitales, et elle s'est efftorcee d'6tablir d'une faqon
precise, en debhors de tout esprit de parti et de toutes person-






2 REVUE DE LA LIGUE

nalit6s, ou sc trouvait au just l'interMt national, et quelles
solutions il convenait de preconiser.
Les conclusions auxquelles la Ligue est arrive s'imposent
d'autant plus qu'eiles ne se d6gagent pas seulement des tra-
vaux do la Societ, Mere de Port-au Prince mais q.i'elles re-
pr6sentent 6galement I'opinion des nombreuses Filiales qui se
sont constitutes dans les principles villes de la Republique.
En outre, l'on peut consider que ccs conclusions ont Wte ra-
tifi6es par la volont6 national; car cinq des membres de
l'Association -do6nt trois Pr6sidents et un Membre-Repr6sen-
tant viennent d'etre Mlus d6put6s au Corps L6gislatif.
La Ligue peut done se feliciter des resultats obtenus pen-
dant I'annoe 6coulde, r6sultats qui son't dis au devouement
ge6nral et A l'activit6 de tous les Membres.
Mais il imported de comprendre que l'oeuvre entreprise n'est
en some qu'd ses debuts et que l'heure approche ou il fau.
dra redouble' d.'efforts et so d6penser sans computer pour ne
pas perdre le fruit des efforts passes. En effet, dans quelques
semaines les Chambres vont s'ouvrir. Elles so trouveront en
face d'une situation des plus delicates, elles auront A tran-
cher toutes les questions don't la Ligue s'est inquietie, elles
devront assum2r des responsabilites tres grande et les d6-
cisions qu'elles prendront seront lourdes de consequences
graves et lointaines.
Pour mener a bien, et sans defaillance, la tache 6crasante
qui leur est roservee, les D6putds et les Senateurs de la R6-
publique auront besoin de se sentir puissamment soutenus
par I'Opinion Publique. 11 faut que dans l'oeuvre national
qu'ils devront coOte que coOte tenter d'accomplir ils aient la
ferme conviction de marcher d'accord avec le Pays et de
servir ses int6r'ts. Pour donnei' plus de force a leurs resolu-
tions et plus de poids A lours decisions, il faut que constam-
ment et de tous les points du pays leur viennent des assu-
rances reconfortantes, des encouragements, des exhortations.
Et pour leur faciliter le travail, it faut que toutes les gran-
des questions qui surgiront soient ktudides d'une maniere ap-
profondie par de3 personnel compktentes, qui fourniront ain-
si au Corps Legislatif les 616ments oO il pourra puiser large-
ment pour former ses convictions.
L'Opinion Publique doit done apparaitre plus vivante que






DE LA JEUNESSE HAITIENNE 3

jamais, mais elle doit apparaitre raisonnee, conscience. orga-
nis6e. Et pour tout dire en un mot, pendant la prochaine ses-
sion lgislative il faut que toute ['Elite et toute la Jeunesse de
la Nation soientdebout.
Dans ces conditions, Monsieur le Prtsident, vous saisirez
facilement l'importance des services que la Ligue peu*. ren-
dre. Elle sera l'interprkte de l'Opinion, qu'au besoin elle inet-
tra en branle et qu'elle dirigera dans le sens des intrciti si-
p6rieurs de la Nation. Chacune des Filiales, ainsi quo la So-
cidt6-Mere, doit constituerun veritable foyer d'activit6 et con-
courir par un travail de tous les jours a l'oeuvre com-
mune.
Le Comit6 est d'avance persuade que vous ne negligerez
rien pour donner a la Filiale que vous dirigez une vitality en-
core plus grande que dans le passe.
Exhortez tous les membres d redoubler d'activit6, faites
appel aux membres honoraires et A tous les adherents de
la soci6t6 afin que tout ce qui pense dans la nation collabore
Fl'oeuvre que nous avons entreprise et qu'il imported de rdali-
ser.
Le Comit6 compete plus que jamais sur votre zele et sur
votre.activitU, et vous prie de croire, Monsieur le Pr6sident,
A l'assurance de sa consideration distingude.
Pour le Comitd,

Le President
GEORGES N. LEGER.

A cette m6me stance deux Commissions ont Wte formdes, l'une
sous la direction de M. Louis Morpeau, I'autre sous cell d3 M.
Philippe Lafontant, charges de faire une enqu6to approfondie,
avec I'aide de Menibres Honoraires, sur la situation Financiere et
sur l'dtat du Commerce. Les travaux seront pouss6s active-
ment.
La discussion du Rapport sur le Projet de Constitution l6abord
par le Conseil d'Etat a Wte fixde A la prochaine stance de 1'Associa-
ciation.







REVUE DE LA LtGUE


EN PROVINCE


Aux Gonaives les Membras de la Ligue se sont rdunis le mois
dernier en Assembl6e Genbrale, et ont proc6d6, conrormement aux
Statuts, au renouvellement du Cotnit6 de la Filiale:
Ont ,t6 elus:


MM. Weberi Belfond Prdsident
A. J. Chdrubin Vice-President
Haudilon Lartortue Secrdtaire gendral
Brutus fils Secretaire adjoint
Louis fils Trdsorier
Parcelse Pdlissier Bibliothicaire
FMlix Pdlissier
Emile Latortue
Fernand Lalanne Conseillers
Thomas G. Pdrard


'Le Comitd Central pr6sente ses sinceres felicitations aux not-
veaux 6lus, et en meme temps ses remerciements aux Membres de
l'ancien Comit6, notamment A son Pr6sident M. Fdlix P.1is-
sier pour le concourse d6voud qu'ils avaient donni a l'ceuvre
commune.








DE LA JEUNESSE HAITIENNE


QUELQUES REFLEXIONS

SUR

LA SITUATION FINANCIERE


Depuis notre derniere chronique financibre, le malaise 6conomi-
que que nous avions signal, n'a pas cess6 de. croitre et d'embel-
lir. On peut dire qu'a aucune 6poque de notre vie national, cepen-
dant parfois si p6nible, on n'a vu semblable misbre ni semblable
d6tresse. La bourgeoisie de Port-au Prince, pour ne parler que de
celle quo nous avons directement sous les yeux, vit en ce moment
en pleine catastrophe. 11 faut convenir que si les circonstances ex-
t6rieures se rattachant A la guerre qui devaste l'Europe, entrent
pour quelque chose dans nos maux, rien n'a Wte fait ici pour les
pr6venir ou les attenuer.
Lors-de l'etablissement du regime nouveau, sous lequel nous
vivons depuis dix-huit mois bient6t, on avait pens6, sous la foi de
declarations solennelles, que la restauration de nos finances au-
rait W6t un des 616ments essentiels de l'6re de f61icitM qu'on nous
promettait. II faut reconnaitre avec tristesse qu'il n'en a rien 6t6
et que le Gouvernement actuel, sur ce point comme sur d'auti es,
n'a m6me pas montr6 le souci des int6r6ts publics qu'oa etait en
droit d'attendre de lui.
11 suffit de jeter un coup d'oeil sur les documents officials pour
constater le formidable grossissement de notre budget des D6pen-
ses. En effet, si les 2/3 des employs de l'Etat ont Wte jets dans les
rues, sous pr6texte d'6conomie, les d6penses pour la security pu-
blique et autres, ont cri d'une faqon colossale ; si bien que comme
consequence directed de cette augmentation de ddponses, les ser-
vices les plus 1egitimes, que nos Gouvernements s'6taient toujours
appliques A couvrir, sont rests en souffrance, sans qu'on s'en
preoccupe, au grand detriment non- seulement des classes bour-
geoises, mais aussi de ce credit extdrieur que les Gouvernements
haltiens, meme les plus d6testables, avaient su conserver.
Une dette flottante composee surtout d'appointements dus '
d'honndtes serviteurs de la Nation, attend, depuis dix huit mois
qu'on daigne faire savoir aux int6ress6s ce qu'il advicndra d'elle:









REVUE DE" LA LIGUE


Des porteurs do titres de la dette intdrieure, qui. quoiqu'on en puis-
se dire, sont de tres honorable cr6anciers de l'Etat. ayant plac6
leurs economies dans des dettes publiques contractdes sous la pro-
tection de toutes les loi-, au grand jour, dans des conditions fixees
au Moniteur Ila'lien et dans des souscriptions ouvertes par 1'en-
tremise dos Agents de Change, voient, malgre les garanties spi-
cialeo qui lour avaient Mtd accorddes, leur avoir dissipd et la mis6-
re s'asseoir a lour foyer. Pour peu qu'une semblable situation se
prolonge, c equi restait de I'aisance haitienne aura compl6tement
disparu.
On semble ignorer que l'activit6 6conomique s'entretient en
grande parties par la circulation et l'dchange des richesses, et par
consequent, si on ne paye pas ce que I'Etat doit, les habitants
d'Haiti no pourront acheter, construire, r6munerer l'activitd des
artisans, et que par suite c'est la Nation tout entire que l'on rui-
ne,


A qui revient la responsabilit6 d'un semblable dtat de choses?
Question delicate sans doute, mais qu'il convient d'examiner avec
inddpendance et impartiality.
II y a de cela quelques mois, a la suite de circonstances connues
de tous, uno portion notable du people haitien et la presque uni-
versalit6 do ses gouvernants d'alors, ont estim6 qu'il fallait A la
Republique pour vivre et se d6velopper, un secours stranger, I'aide
puissanit d'une grande Nation : et il a 6td organism un etat de cho-
ses qui devait permettre a I'dtranger appele, au grand people qui
devait nous aider, de rendre pour nous son amiti6 efficace.
Mais, pour que le secours que nous attendions puisse produire
tout 10 bien (lu'on en desire, ne faut-il pas que l'Occupation, puis-
qu'il faut 1-appeler par son nom, soit r6ellement renseignde sur nos
besoin!, sur nos possibilities d'action, sur nAtre constitution
social, on un mot sur ce que nous pouvons faire et sur ce qui est
indispensable A l'amelioration de notre etat ? Et ce devoir de ren-
seigner 'lOccupation, de lui montror lI oil son aide peut etre le,
plus officace, n'etait-il pas et n'est-il pas encore d'autant plus im-.
perioux, quio 'Occupant, ne parlant pas notre langue, apparte-
nant uno race difirconte de la n6tre, a une civilisation qui n'est
pas cell don't nous nous sommes inspires, ne peut que difficile-
minut, malgre la bonne volonte que nous ne pouvons lui contester
enter en contact avec nous et savoir ce qu'il peut Wtre utile de
nous aider A fair? II semble que les reprdsentants du people hai-
tien, quo l'activitd haltienne dans son ensemble, ont manque a ce









DE LA JEUNESSE HAITIENNE 7

devoir de renseignement et de collaboration q i seuls auraient
pu rendre generateurs de bien, d'une fagon comp!ete et s6rieuse,
les faits qui depuis deux ans, se succedent dans notre histoire et.
sur lesquels il n'y a pas lieu de porter ici un jugement.
Parcourez nos journaux : C'est tant6t ila politique, la politique
brutale do lutte qui en defraie les articles; tantMt si uI coin de
rue est balayd, si un effort quelque peu louable est tent, c'est un
cri de louange pour ce qui est nouveau et de blamepour c3 q'li tut
jadis.
Ces jours-ci la press etait en admiration devant une route pu-
blique nouvelle qui permet aux autos d'aller avec rapidity jis-
qu'aux premieres assises du ,, Morne-a Cabrits n. Certes le traced
d'une route publique est une excellente chose, et it faut 6tro recon-.
naissant envers ceux qui le font. Mais it ne fallait pas jeter la
pierre aux Gouvernemevts d'autrefois qui ne l'avaient pas cred;
car si ces routes n'ont pas Wte const'uites sans doute, c'est que
l'Etat d'Haiti payait a tous, et a bureau ouvertc, ce qu'il devait;
tandis qu'aujourd'hui, s'il ne paie pas, c'est que peut-6tre il cons-
truit la route. 11 aurait done fallu se demander des deux choses,
laqfielle Mtait la plus immediatement utile au point de vae dii bien-
Wtre general ; faire la route ou payer les dettes garanties de la' Re-
publique ?
.II demeure certain que I'opinion publique n'a pas dtudi6 la si-
tuation gendrale du Pays, ct quo rien n'a pu guider, au point de
vue haitien, le puissant collaborateur que nous nous sommes don-
ne. vers ce qu'il pouvait y avoir de mioux & faire. L'interkt de tous
n'a 6t& envisage nulle part; et il no semble pas qu'on puisse
trouver ni un article serieux de journal sur les questions d'intd-
r6t general, ni une indication important pouvant permettre a des
administrateurs on partic nouveaux, de savoir ce qu'il convien-
drait de tenter. G'


Cependant nous direz vous, il existed un Gouvernement haitien et
c'est A li surtout qu'incombe la tache don't vous parlez? HIlas!
II semble bien qu'il en a pris la contre-partie. D'aillours, sur bien
des points, le public n'est pas renseign6 sur ce qu'il fait. On sait
que dans unt but que la politique pretend expliquer, il a bris6 sans
scrupules la Constitution haitienne, en vertu de laquelle il est arrived
au Pouvoir et qu'on le voit invoquer aujourd'liui avec stupdfaction
dans des actes nouveaux.
.Mais quels sont ses projects financiers? Qu'est-ce qui est sorti
des deliberations du Gouvernement avecM. le Conseiller financier ?
\








REVUE DE LA LIGUE


Nous sommes 2.500.000 habitants d'-Ha1ti qui serions heureux do
le savoir. II est incontestable que Monsieur la Docteur Hdraux soit
un homme d'etude. II est Docteur en m6decine et avocat. II peut
en mime temp, 6tre deldgu6 dans un Congres de Science m6lica-
le ou chirurgicale et Wtre membre ou president de la Soci6et de L6"
gislation. Mais enfin il no faut pas que l'on suppose qu'il n'y ait
pas en Haiti unc 61ite capable d'6tudier et d'apprecier les projects
qu'il Mlabore avec le concours de M. Ruan. Si l'Occupation ignore
qu'il y ait chez nous une s6rie d'intdressds, A titres divers, au pro-
gres de la Rdpublique et A I'amdlioration de ses finances, il est uti.
le qu'on le lui dise. Elle peut trouver d'ailleurs dans le courant de
I'opinion publique, un appui qui lui facilitera sa tAche ; et ce n'est
pas aimer los institutions nouvel!es que de vouloir les voir cher-
cher leur voice en dehors des sympathies gendrales du Peuple hai-
lien.
En rbsumd, il est temps que des measures soient prises pour em-
pciher la ruine definitive de notre Commerce. II est temps que,
par un r6glement do cc qu'on lui doit, on permette A la bourgeoi-
.ie do ne pas mourir do faim dans ses foyers on ruines.
Des fous souls pourraient croire qu'il suffit d'une simple mani-
festation du Gouvernement et do I'Occupation pour ramener I'ai-
sance. Evidemment dos reforms successives pourront seules re-
donner A cette terre haltienne sa splendour d'autrefois. Mais il y
a des decisions qu'il faut prendre, des mesuros de justice qui s'im-
posent, il y a beaucoup de choses A fire, qui peuvent immediate-
ment soulager le people haitien: Et ce sera un jour heureux pour
le Gouvernement, pour l'Occupation et pour nous tous. que colui
ou l'on saura que des efforts .quitables doivent 6tro tents dans ce
but.


-~- A ffP/








DE LA JEUNESSE HAITIENNE


S'IL ETA1T DIEU...


A TURENNE CARRIE.

Comme un regard inditcret, le Soleil, par les interstices
des volets clos, coula un de ses tides rayons dans 1'6troi-
te et coquette chambre oi Madame d'Estal sommeillait en-
core, recroqueville6 et pale, sous la luisante blancheur des
draps. Le petit rayon s'6tira, s'allongea, et lentement, comme
avec des tatonnements de timidity, des frissonnements de
crainle, gagna le lit. Et, ainsi qu'un baiker 6mu qui s'attarde,
qui s'6ternise, en de voluptueux glissements, il aureola d'or
liquid, la neige frele du front de Madame d'Estal, mit com-
"me des luisances d'astres, dans la nuit profonde de sa cheve-
lure, accrocha des gouttes de lumiere A la fragility de ses cils
et accusa davantage tout le rose delicieux de la fleur don't
un sourire effeuillait les p6tales, sur ses hlvres, a ses joues...
Elle se r6veilla... Longuement, paresseusement, elle s'6tira
avec des baillements que ne closaient pas le geste rapi'le de
ses mains et au fond desquels, comme une rangee de perles
enchassees dans du velours, brillaient ses dents de petit.
animal. Elle se souleva... s'appuya du coude sur son oreiller
et d6dia un furtif regard avec de l1g6res peurs d'y voir,'rd-
flet@e, la fatigue de son visage, au grand miroir qui, en face
de son lit, avait des airs de se pencher vers elle... Son sourire
so melancolisa. La danse avait chiffonndl'6clat de son minois
aux lignes gamines. La lassitude avait cercl6 de bistre la
gaitd claire de son regard et froiss6 la corolle pourpre de
ses levres.
Elle s'6tait tellement amuse A ce bal... Elle s'en 6tait don-
n6e tellement A coeur joie... Le cr6puscule l'y avait amende
et c'est I'aube qui l'avait emmenee chez elle...
Aussi 6tait elle courbaturee, se sentait-elle les membres
crass et toute la chair, toutes les cliairs meprtries, si deli-
cieusement pourtant Un dernier regard au grand mi-








REVUE DE LA LIGUE


roir d'en face et elle s'abima de nouveau sous la fraicheur
neigeuse des draps, toute prte A subir l'agr}able assault des
chers souvenirs et a s'y laisser vaincre...
IIs ne se firent pas prier, les chers souvenirs. Comme le
petit rayon de soleil, avec des f'issonnements de timidity, des
tatonnements de craintes, ils gagn6rent doucement son ame,
toute son atme ; ilsconquirent insensiblement, sa pens6e, tous
les recoins de sa pensee... Et ce fut par tout elle un alanguis-
sementaussi doux que le sommeil,aussi doux qu'un sommeil
divinis6 de raves 6blouissants don't les caresses se poursui-
vraient toujours, sans les inquietudes des r6veils stupides...
Le visage de son flirt Jacques Remy se dressa alors en elle
lel qu'il l'avait tant de fois admire au course de la nuit oil
tant de fois, la tragilit6 de sa grace avait frissonn6 dans l'd-
treinte vigoureuse de ses bras. Elle le revit anxieux, inquiet,
le regard assombri ou illumine par des alternatives de doses-
pcrances ou d'espoir, mais toujours souriant, mais toujours
beau de retl6ter le plus grand et le plus respectueux des-
amours.
Un souvenir 6tait plus persistent que les autres, plus des-
potique. 11 la tenait, la poursuivait, tintait en elle comme un
infatigable grelot. accompagnait les battements de son coeur
et le movement de sa pensee d'une musique exquise, insi-
niante et sensuelle.
Aprs un tour de valse long, si long qu'elle avait pens6 que
s'}taient r6alisis ses souhaits de ne le voir jamais finir, aproes
un tour de valse o(u vibrant d'amour, tous deux, ils s'6taient
tus pour ne pas troubldr les confidences que se faisaient
leurs coeurs sous l'aile du Silence et oO il avait os6 poser I'.-
motion de ses hlvres sur la candeur de son front, il s'6tait
&cri6 en se jetant sur le siege qu'un geste de sa petite main
lui avait indiqu6:
Ah si j'dtais Dieu...
Si vous 6tiez Dieu, lui avait elle demand, qu'auriez-vous
done fait ?
II s'6tait return, ; son regard p6tillait d'amour. Ses lvres
fr6missaient de volupt6 et la teinte pourpre des d6sirs irr&-
sistibles avait color ses joues..11 allait parler. II allait crier
enfln ce qu'il avait li, au cuwur, ce qu'il aurait fait pour bri-








DE LA JEUNESSE HAITIENNE


ser tous les obstacles qui se dressaient entire elle et son
amour.
Mais brusque, elle lui fit signe de ne pas parler. Un petit
caprice de femme venait d'6clore en elle et auquel elle ne se
sentait ni 1'envie, ni la force de resister. Elle d6sira ardem-
ment avoir chez elle, dans le compartiment secret of elle
cache les choses derobeesaux yeux de son m'ari, quelque
chose de son flirt aim6, quelque chose qui fut lui et qui, de
temps en temps, lui rappellerait le pieux sentiment qui cour-
be son Ame et son front d'orgucil devant son minois aux
contours mutins.
Se tournant alors vers lui, souriante et un peu emue, elle
lui avait dit:
Ecrivez-moi de preference ce que vous alliez dire.
11 se retraacha derriere do vaines protestations, balbutia de
timides excuses. Elle insist si tendrement, so tAcha si deli-
cieusement de ce refus qui, en v6rit6, n'avait pas sa raison
d'etre, qu'il se laissa vaincre et promit. II promit formelle-
lement. Et pourlui donner une nouvelle preuve de son frd-
missant amonr, il lui dit:
Tenez... Je vais veiller a votre intention et vous 6crire a7
peine entr6 chez moi.
Bien vrai ?
De telle sorte qu'A votre reveil vous puissiez lire ce que
pour vous j'aurai 6crit.
Elle en fut heureuse. Elle lui en manifesta sa reconnaissan-
ce, au depart, en laissant dans sa main, un peu plus long-
temps que de raison, sa petite main soyeuse et d6licate...


Madame d'Estal est loveo enfin. Un 16ger peignoir
blanc, frissonnant de dentelles et troue de broderies, caresse
maintenant les lignes fines et ondoyantes de son corps.
Elle attend.
Et pour tromper I'ennui de I'attente, pour oublier la fuite
de l'heure qui. parait-il, se fait plus lente, pour le malin plai-
sir de prolonger ses souffrances. elle essaie de se donner aax
menus soins de sa toilette, aux distractions d'un manage
dans sa chambre 6troite et coquette... Mais h6las!'tout est








REVUE DE LA LIGUE


vain... Elle a cass6 son vaporisateur parce qu'en le tenant
elle pensait A ses yeux... Elle s'est bless les doigts parce
qu'en se faisant les ongles, elle se rem6morait le tremble-
ment qu'elle avait eu, en laissant, au depart, un peu pids long-
temps que de raison, sa main frle, dans sa main a lui.
Elle ne peut faire qu'une chose: attendre... Elle attend,
haletante au moindre bruit, palpitante des qu'un pas sem-
ble s'attarder pres de la porte de sa chambre... Nul ne saura
jamais toutes les angoisses, toutes les transes par lesque'lles
elle a passe depuis la minute, oil glissant ses pieds dans ses
babouches, elle a laiss6 son lit, jusqu'a la secondeoii la bon-
ne lui a remis enfin une grande envelope partumee... Tout,
de suite elle reconnait l'ecriture qu'elle ne connaissait pas
cependant... Nerveuse, d'autant plus nerveuse que son d6sir
en est a sa r4alisation presque, elle a des gestes saccad}s et
impatients pour d6chirer 1'enveloppe... La page sillonn6e de
la virile 6criture qu'elle aimait deja sans I'avoir jamais vue
s'6tale devant elle, s'offre a la convoitise de ses petits re--
gards alertes quivont d'un rnot A un autie mot, avec la d6-
concertante agilit} de doigts exp.rimentes virevoltant sur les
touches d'un piano. Elle lit, montant la game de toutes
les emotions, passant, sans s'y attarder, par toutes les sensa-
tions que conseille la Volupt6, que command l'Amour
qui, peu A peu, sains momln qu'elle s'en doute, ont pris
en elle, le visage male et ,nergique de son Jacques R6my.
Rien n'existe plus pour elle, sinon cette page q,''il a derite
de sa main et qu'll a intitul6 amoureusement :
SI J'FETAIS DIEU
< Si j',tais Dieu..., j'arreterais d'un geste l'horloge qui
r6gle tout ici-bas; et alors que la vie cesserait d'exister, aussi
bien dans les montagnes, que dans les planes, aussi bien sur
mer, que sur terre; alors, qu'il ne serait plus possible d'en-
tendre le grondement des canons et le sifflement des balles
sur le champ de bataille de l'Europe; alors, que par ma toute
puissance, j'aurais tenu l'iinivers entier sous le poids d'un
sommeil de plomb et d'un pesant silence; alors, que tout se
tairait etque meme les oiseaux ne pourraient plus nous voir
et nous charmer; alors, to pregnant dans mes bras... mon
adore, je m'61ancerais 6perdument dans l'inflni...






DE LA JEUNESSE HAITIENNE


Si j'6tais Dieu... je changerais tout ici-bas, et les.souffran-
ces qui me rongent et te tourmontent feraient place A tout
ce qu'on peut rover de bonheur et de joie Et pour que notre
amour eut encor l'indicible attrait des choses d6tendues, je
te laisserais A ton foyer; mais tu ne vivrais que pour moi,
que par moi. Je te conserverais pure et chaste ,et tout ton
6tre moral n'appartiendrait qu'a moi.
I Si j'etais Dieu enfin... moi qui pourrais tout... qu'il me
serait doux de n'6tre que ton esclave! Tel un chien flddle,
je serais toujours pret A te d6fendre ou A recevoir tes ..
coups.
( Mais h6las! je ne suis pas Dieu. Ma vie est d6jd faite et la
tienne aussi, mon adore et, je ne puis que t'aimer pieuse-
ment, en silence, sans espoir peut-6tre, cachant autant qu'il
m'est possible, un secret qui me fait tant souffrir.
T'aimer... pourras-tujamais savoircombien je t'aime... Ma
folie, elle ne date pas d'hier... Rhponds-moi que tu t'en sou-
viens?J'aitout fait pour metaire. Mais h6las! j'ai parl6unsoir,
sans le savoir; et, ce soir a marqu6 le d6but de mes angois-
ses. Tu ne sauras jamais combien j'en veux au sort de nous
avoir tant 6loignds etdenous avoir assign des routes contrai-
res. Mais songedonc! je tetrouve surmon chemin ;je ne puis
que te saluer; je passe devant ta demeure, je t'apergois A ton
balcon: je ne puis que te saluer; je te rencontre dans le mon-
de, IA ou au hasard d'une danse, je puis te sentir plus pr6s
de moi, tout centre moi, je ne puis encore que te saluer... et
te murmurer que quelques vagues mots d'amour. Ah com-
prendras tu maintenant pourquoi je ne cesse de r6peier si
j'6tais Dieu... Oui, si j'6tais Dieu, je briserais tout ce qui m'6-
loigne de toi pour ne plus me surprendre A la veille d'un
krusque depart, parodiant tristement ces versdu tendre poete
des a Roses et Camilias :

Puisqu'il le faut partir et rompre tant de. charmes
Appuyant mon regard sur tes yeux pleins de larmes
Je t'ai dit : ( Souviens -toi! Moije me souviendrai.
Souviens-toi decette here amoureuse oit, conquise.
Tu m'as fait savourer la jouissance exquise
D'un baiser don't mon cceur est encore enivre.






REVIJE bE LA LiGUF9


Tit pa.rs, ohl! promels-moi d^'tre toujours, quand meme
Mon bonheur du present et mon espoir supreme!
Et si loin que tu sois de n'oublierjamais
Tous tes serments d'amom !...
Te voilh poss6dant moncoeur A nu, en retourfais-moi I'au.
m6ne d'un peu de piti6 comme tu jettes l'obole A la misere.
Laisse-moi toujours t'aimer... mon adore et quelquefois
vers le soir a 1'heure du silence et de la solitude, effeuille sur
mon souvenir, avec un sourire lhger, les p6tales frais de la
petite fleur de ta pens6e... ,
Quand elle eut lu etrelu cette page f:'emissante d'amour, et
ofu il y avait, par moments, des acc6s de sinc6rit6, des cris
d'une pu6rilit6 attendrissante, ofi parmi le d6sordre des phra-
ses tintait le rire des voluptes, Madame d'Estal sentit une pe-
tite larme d'orgueil 6clore au bord de ses prunelles .. Com-
me il m'aime! murmura-t elle. Et elle pensa, sans le dire,
Et corn me je le lui rends avec usure, moi!
Et elle continue A penser.
S'il 6tait Dieu... notre amour n'aurait pas d'obstacles,
nous ne connaitrions pas le mensonge des attitudes etla pro-
tonde douleur des adieux qui doivent paraitre banals puis-
que le monde est IA et qu'il guette tout pour en fair une
proie A la calomnie. S'il etait Dieu, nous serions certaine-
ment heureux. Mais aurait-il le meme visage ? Aurait-il en-
core ces yeux aux nuances d'eau, ces sourcils 6pais qui se
joignent et se confondent A la racine de ce nez si impertinent
qu'il semble jeter un continue d6fl au sort? Aurait-il cette
bouche oui le D6sir a mis son empreinte et connaitrait-il ces
mots qui endorment les iernieres resistances et muselent les
supr6mes scrupules ? S'il 6tait Dieuenfin m'aimerait il autant?
Cette derni1re interrogation jette en elle un tel trouble qu'el-
le s'dcrie, sans s'inqui6ter de la presence, dans la chambre,
voisine, de la bonne...
Ah! non je prejere encore qu'il soit homme.
Et vaincue, lasse, elle s'affaisse de tout elle dans une
dodine, 6vanouie presque A l'id@e qu'un jour, elle le sou-
haite tres prochain. elle d6faillira dans 1'6treinte volup-
tueuse et enveloppante des bras experts de Jacques R6my,
l'eternel, I'incorrigible Don Juan...
LtoN LALEAU.






DE LA JEUNESSE HAITIENNE


L'EVOLUTION DE LA MEDICINE


CONFERENCE prononcde au Thidtre Parisiana, le 15 DWcembre 1915
par le D, LEON AUDAIN &

'Suite)

MESDEMOISELLES
MESDAMES,
MESSIEURS

Une des causes du retard de.l'6volution de la medicine, en de-
hors de celles que je vousai cities, a t'el'absence de mdthode dans
les travaux scientifiques, ou plut6t l'existence d'une mauvaise mo-
thode. Dans une science toute d'observatiin et d'expdrime4itation
comme la m6decine, le fait n'etait pas A la base de I'edifice. Le m6-
decin imaginait, dissertait, philosophiait. Pouvait-il en 6tre au-
trement ? et les m6decins de ces dpoques meritent-ils les railleries
spirituelles don't nous nous sommes tous amus6s ? Il serait injus-
te de le pr6'endre. L'etude d'un fait ne peut etre profitable que lors-
que nous avons les moyens materiels d'ktudier ce fait et de l'ap-
profondir.
Je vous ai montre que les mddecins d'antan ne les avait pas : au-
cune des sciences auxiliaires de la m6decine n'existait. Chacune
d'elles, cherchant sa voie, etait trop chitive pour pr6ter h la science
maltresse un concours bien efficace. L'esprit human est ainsi fait
qu'il ne peut etre frapp6 par un phinomne de la nature sans
s'efforcer de l'expliquer. Depuis les temps les'plus recules, cha-
cun explique A sa maniere, c'est-A-dire d'une mauvaise ma-
niere, la vie et la mort, la sant6 ou la maladie. On l'expliqua mal
parce que, dans l'impossibilite ofi so trouvaient m6me les plus
grands esprits de connaitre les rouages ddlicats et multiples des
corps, ils cherchaient dans leur imagination, cette maltresse d'er-
reurs et de fausset6s, des explications hypothbtiques, parfois bel-
les et ingdnieuses, mais souvent trompeuses.
Est-ce a dire qu'aujourd'hui cette m6thode est absolument aban-
donne ? Le pr6tendre serait faire preuvo d'ignorance. Mais de nos






REVUE DE LA LIGUE


jours, I'hypothese scientifique est toujours basee sur un fail expd-
rimental. Un petit example vous fora comprendre ma pensee. Si
vous prenez une goutte du s6rum'du sang d'un individu atteint de
fievre typholde et que vous mettiez cette goutte dans un bouillon
de culture ofi vivent des quantit6s formidable de baci'les de la
typhoide, dits bacilles d'Eberth, vous voyez se produire un ph6no-
m6necurieux. Les bacilles qui 6taient mobiles, separes les uns des
autres, bien constitute, .s'immobilisent, se rassemblent en petits
tas, se fragmentent et se d6truisent.,Comme dans le serum qui a
produit cette action il n'y a rien de visible meme au microscope le
plus puissant, on suppose (voila lFhypothese ) que les microbes du
corps ou les globules blanks ont par measure de defense fabriqu6
une substance spiciale qu'on n'a pas encore ddcjuverte. mais
qu'on cherche activement a isoler, l'antitoxine de la fiRvre ty-
phoide.
Quelles qu'aient et6les erreurs des conceptions medicales an-
ciennes, il n'est pas moins interessant de les connaltre quand ce
ne serait que pour constater les progres aacomplis.
Qu'dtaient la sant6 et la maladie pour nos ancetres de la me-
decine ?
En Chie on admettait 1'existence de cinq dldments : le bois, le
feu, la terre, le metal et 1'eau, agents des cinq grandes planktes.
Ces 616ments qui s'engendrent P'un par l'autre, comme dans certal-
nes theories cosmologiques grecques, doivent 6tre considdrees
comme les essences creatrices de toutes les substances mat6-
rielles.
A ces derniers elments correspondent cinq sen-, cinq vis-
ceres.
Les- qualit6s l66mentaires consistent en deux principles don't l'un
qui represente le chaud et le sec, I'autre l'humide et le froid.
Le premier plus 1eger a la tendance de se porter toujours vers
les parties superieures, c'est le contraire pour le second. C'est I'6-
quilibre parfait mais instable de ces deux principles qui constituent
la sante.
Les deux principles .circulent en permanence, transports dans
les divers organes par les canaux avec le sang et l'air vital re-
nouvel6 par la respiration. Mais cette circulation est facilement
entrav6e par l'action de la pesanteur et aussi par les frottements
normaux ou accidentels qui seproduisent dans les vaisseaux: d'ou
rupture d'6quilibre et maladie.
La thdrapeutique doit remddier A ces inconvdnients. Pour y ar-
river il faut d'abord chercher le point sur lequel s'est produit le
trouble. On y arrive par l'examen du pouls ; celui-ci 6eant consi-






bg LA JEUNESSE HAITIENNE


derd come product par les ondulations localis6es de l'air vital et
du sang il6tait rationnel qu'onl'examindt partout. Il y a des pouls
normaux, virupteurs, externes, internes. Chacun d'eux pout 6tre
superfcleil, moyen, profound. fort, faible, etc. En les combinant de
diverse manibres on arrive A obteair 200 varidtds de pouls. C'est
lA-dessus que reposait le diagnostic. On enfonqait alors dans les
tissus une aiguille d'or A laquelle on imprimait des vibrations plus
ou moins fortes pour faciliter le r6tablissement des mouvements
des humeurs et de l'air et.leur 6quilibre. Le mddecin expert devait
connaltre impertubablement les 388 points du corps ou l'aiguille de-
valt etre enfonede I C'est simple, n'est-ce pas ?
Pour Hippocrate, la sante est 1'6quilibre parfait dans les propor-
tions et les qualities des quatre humeurs radicales : le sang, le
phlegme ou pituite, la bile Jaune et la bile noire. Cette harmonies
forme la crase des humeurs. Des que la erase est trouble, il y a
maladie. Le proc6d6 par lequel s'effectue le retour A la sante s'ap-
pelle la coction.
Au moment de la coction,1'lrganisation s'efforce d'dvacuer les
humeurs vicibes. C'est la prliode critique, la crise ; si elle se fait
mal il se produit des apostases, ou dep6ts d'of les tumdfactions,
les engorgements, les gangrenes, les 6rysipeles, etc.
Les maladies dans lesquelles il n'y avait pas de coction dtaient
dites incurables.
La doctrine physiologique de Galien est la pleine efflorescence
des doctrines humorales d'Hippocrate reposant sur des donn6es
cosmologiques. II admet les quatres substances 616mentaires pri-
mordiales, les quatre corps simples des philosophes physiologis.
tes : le feu, l'air, l'eau, la terre don't tous les corps sont forms :
puis les quatre qualities 61lmentaires le froid, lo chaud, le sec et,
'humide, puis les quatre humeurs fondamentales le sang, le phleg-.
me, la bile jaune et I'atrabile.
L'6tat de sante c'est l'dquilibre parfait des quatre humeurs eni
proportion, en force et en quality. La maladie c'est la rupture de
ces proportions.
Ces theories crd6es par les deux plus grands m6decins de I'an-2
tiquit6 r6gnerent en mattresses jusqu'au XVII siecle.
La conception de Descartes estplus 6lev~e et moins simpliste.
Pour lui, la pensde immat6rielle s'oppose a la matlire 6tendue et
divisible A l'inflni. II nie la pensde chez les animaux qui sont de
simples automates. Le corps de l1homme luim4ma n'est qu'une





18 HEVUE DE LA L+GUiE

machine soumise aux lois de la mdcanique, lois ndcessaires gou-
vernant dans le monle le movement don't la somme est conrs-
tanme.
11 place entire le corps et 1'Ame les esprits animaux qui dmanent
du cPrveau et vont determiner les movements qui s'accomplis-
sent dans les diff6rentes parties du corps, c'est-a-dire assurent
son ronctionhement vital.
Au XVIII siecle, les systemes mddicaux continent de reposer
sur les hypotheses sans base et le raisonnoment. C'est a ce mo-
ment que nous voyons paraltre le syst6me iatromecanique et I'a-
nimisme.
Dans le systeme iatromdcanique la vie ne repose pas soulement
sur des facteurs mat riels, mais aussi sur des facteurs dynami-
ques.
L'l66ment du corps c'est la fibre don't la propriWto fondamentale
est le ton,) c'est-A dire la faculty de se contractor et de se dilater
qu'elle reqoit du fluide nerveux qui nest lui-memo qu'une portion
de 1'6therrepandu dans la nature. ,
Dans I'animisme, c'est I'ame qui selon Stahl preside aux ph!no-
menes plastiques. Elle possede A la fois des facultds superieures
avec conscience et raisonnement et des facultes infdrieures, (in.
tuition sourde, instinct, sagesse sans raisonnement.) L'Ame rai-
sonnablle est done en m6me temp,' le principe de l. vie.
Nous voici A I'aurore du XIXe siecle le grand siecle de la medecine
commeje vous le disais plus haut. Toute la gloire des merveilleu-
ses decouvoertes lui revient-elle ?
Les grands g-nies no so torment pas en un jour: ils sont la rd-
sultante des efforts accumul6s pendant des sitcles, et tous ces tra-
vaux'"dont je vous ai parl6 trs succintement qui parurent st6riles,
touts ces discussions A certain points do vue oiseuses Pt pueri.
les ont eu leur utility et ont contribute en quelque sorte au rayonne-
ment splendide du XIXV silece.
Chemii I'aisant, jo vous ai signaled les progres que divorses scien-
ces avaient rdalises : vous avoz vu la physique, la chimie, la
physiologie, la mecanique, l'emlhyologie, 1'anatomie descriptive,
l'anatomie pathologique, I'liistologie, progresser d'une facon reel-
lement remarquable. La botanique et la zoologie qui, au point de
vue medical ont une si grande importance, avaient egalement
march A grand pas : prdparant A la lmodecine proprement dite la
belle, 'voie ofi elle allait s'engager.







DE'LA' JEUNESSE HAITIENNE 1

Toutes les scierices que je viens de citer;veuillez bien le remar-
quer, ne pr6tent gubre A discussion, mais A l'observation des faits
et A l'experimentaticn. La medeciae va les suivre dans cette
voie ; la methode fructueuse va 6tre ritablie. Le regne des mode-
cins imaginatifs et beaux parleurs va 6tre clos. Les homes do
science vont se longer dans le silence des sales d'autopsie et des
laboratoires.
C'est A Prinel, mddecin frangais, que revient la gloire d'avoir af-
firme que les methodes d'observations applicable aux autres scien-
ces 1'etaient aussi A la mddecine et il eut la prescience de l'union
intime qui devait exister entire Vanatomie pathologique et la chi-
mie, le premier decrivant les lesions don't la second avait re-
connu les sympt6mes sur 1'6tre yivant. Des que ce grand princi-
pe fut pass du livredans la pratique, 1'ecole moderne dtait fondue.
Aujourd'hui l'observation, I'induction, l'experimentation sont de-
venues les guides habituels du mddecin.
L'anatomie pathologique, 1'histologie pathologique, la micro-
biologie, la biopathologie, la connaissance des lIsions etdes causes
immediates des maladies, donnent aux ciiniciens la raison desphd-
nomenes morbides qu'il peut desormais classer et tenter de gu6rir.'
Chaque maladie a desormais sa caracteristique : les sympt6mes
Sen sont connus et classes.
Telle est la difference profonde'qui se'pare notrc e'poque des siecles
precedents et c'est la UN PROGRES GENERAL CONSIDERABLE.
Pour bien vous faire saisir dans tout leur d6veloppement les
progr6s de ]a science medical, il faudrait vous signaler ceux qui
ont 6td rdalises dans chacune des branches accessoires de la me-
decine et m6me dans chacan des chapitres de la m6decine propre-
ment dite. Travail encyclopedique gigantesque auquel 11 faut re-
noncer. Contentons-nous de vous signaler les faits les plus frap.
pants. Ils suffiront A vous convaincre.
Bichat a marque le premier un progres immense par ses recher-'
ches anatomiques et physiologiques.
Laennec(1781-1826)invente l'auscultation, le mode d'investigation
le plus important peut-6tre que poss6de la m6decine; mais I'aus-.
cultation marchait de pair avec 1'etude des lIsions qui avaientpro-
duit les signes observes chez les vivants.
Ce fut grAce A cette mdthode de description symptomatique et de
contrble des 16sions anatomo-pathologiques que Louis (1777;1872)
put nous donner sa remarquable description de la fl6vre typholde,
et Cruveilher, le grand anatomiste, ses admirables pages sur l'ulc~,
re rond de I'estomac et les cirrhoses du foie ; Bretonneau (1821) les
caractdristiques de la -diphit6rie.






REVUE bt LA LIGUE


SEn Allemagne et en Angleterre, I'dvolution m6dicale bien que
tardive, s'effectua sous l'influence des iddes franqalses. II con-
vient de citer le nom de Richard Bright, qul, en 1827, publia une
description des plus exactes des ndphrites. Avant lui, la patholo-
gle n'existait pas.
L'influence des autres sciences sur la m decline proprement dl-
te factlita considdrablement ses progres. Mais de toutes ces scien-
ces, la physiologie fut la plus utile A ce progres.
Or la physiologic n'existait pour ainsi dire pas avant le XIX* sle-
sibcle. Admirablement service par des esprits hors ligue, parmi les-
quels je ne citeral'que Magendie, Claude-Bernard, Vulpian, Marey
et Francois' Franck, elle atteignit presque d'un bond son apo-
gee.
La physique, alli6e A la mdcanique fut A la m6decine d'un prix
inestimable par la construction d'une foule d'instruments enre-
gistreurs insoupqonnds jusqu'alors. On peut, grAce au cardiogra-
phe, ou sphygmographe, ou spirometre. 6tudier presque math.
matiquement la circulation, le pouls et la respiration. .
Le laryngoscope, le cystoscope,l'ophtalmoscope permettent d'ex-
plorer le larynx, la vessie, le fond de 'oeil.
Le thermometre nous permet de mesurer d'une fagon precise la
temperature du corps.Je w'en finirais pas sije voulais vous signa-
ler tous les appareils eleztriqubs qu'emploie de nos jours la m6-
decine, tant pour l'exploration que pour la guerison : rappelez-
vous seulement la radiographie et la radioscopie, qui nous montre
le squelette meme des Chefs d'Etat, lorsqu'ils daignent se prdter A
ce genre d'expdrience.
Et chaque jour do nouvelles d6couvertes illustrent notre science,
La Chimie don't je vous ai montr6 la ch6tivitd, m6me au XVIII1
sicle, a prWte son aide au medecin non pas seulement par la d6-
couverte de plus en plus grande d'une foule de -corps nouveaux,
des series organiques ou des Alcaloldes, mais surtout en lui per-
mettant d'analyser d'une facon complete et exacte les humeurs
de l'organisatlon et d'entreprendre l'Mtude intime .des cellules que
par leur reunion formc la masse du corps. Malheureusement, bien
des ph6nombnes 6chappent encore aux investigations curieuses de
nos grands chimistes. Un jour viendra peut-dtre oh coniue analy-
tiquement.A tous les points de vue, on arrivera par une intbres-
sante synthbse Acrber cette petite substance de rien et'de tout, le
protoplasma, base et origine de la vie animal et v6ghtale.
Jusqu 4 Davanie et Royer, jusqu'A Pasteur surtout don't ce si6cle
meriteralt de porter le nom, la cause intime des maladies 6tait in-
co nnue. C'est a Pastetir, ce sir-hommo gigantesque, que nous do-








DE LA JEUNESSE HAIT'lENE- 21

jons de connaltre'dans leur essence un grand nombre de maladies
infectieuses.
Autour do ce grand g6nie se groupbreat quelques homes re-
marquables qui, sulvant la f6conde voie tracee par le maltre, de-
couvrirent la cause primordiale d'upe foule de maladies. Vous ci.
ter le nom de tous les microbes trouves, capable dd produire ces
maladies, serait trop long et fastidleux. Qu'il voussuffise de sa-
voir que les infiniments petits, don't s'occupe une science nouvelle
et sp6ciale, la bactdriologie, ont &t4 d6couverts en grand nombre,
que leurs mceurs, leur morphologie out 6td decrites, qu'il est possi-
ble de les reconnaltre, de les cultiver, de les spdecifler et de re-
produire A coup sLr par -l'experimentation la maladie qu'ils deter-
minent.
Mais 1A ne s'arrdterent pas les investigations de nos savants.
Ils 6tudi6rent egalement avec soin les cultures dans lesquelles
avalent vdcu les microbes et reconnurent quo ces infiniment pe-
tits fabriquaient une substance toxique, la toxine microbienne;
don't l'injection dans bien des cas produisait les mdmes effects
que l'injection du microbe lui-m6me.Ils purent,on att6nuant par de
remarquables proced6s la virulence de ces microbes ou de ces to-
xines,trouver le moyen d'immuniser, c'est-a-dire demettre l'orga-
nisation A l'abri de Faction des microbes ou de leurs toxines: vous
avez tous entendu parlor du setum anti-rabique, anti-diphtdrique,
du serum anti-tdtanique, anti-pesteux, etc, et tout derni6rement du
serum anti-typhoidique.
Comment l'organisme envahi par les microbes pouvait-il s'immu-
niser, c'est---dire 6tre inhabitable pendant un temps plus oni moins
long pour des microbes de m6me nature ? C'est ici que nous vo-
yons prendre position une science merveilleuse en ses effects, la
Biolqgie, dans laquelle domino de toute sa hauteur, un des grands
disciples de Pasteur, Metchnikof, mort tout r6cemment.
La biologie simple 6tudle les rdactions do l'organisme A l'tat
de sant6; la patho-biologie l'dtat de maladie.
Par sa d6couverte de la phagocytose, c'est it-dire cette faculty
pour les globules blancs du sang, les leucocytes, de d6truire non-
seulement les vieilles cellules organlques alterees ou mortes,
mais aussi d'explorer les corps strangers ea gdneral et les midro-
bes en particuller dans la petite masse vivante de leur cellule, Ie
proto-plasma, Metchnikof a rendu & la science mddicale un service
inapprdclable. Cos petits l66ments qui n'ont pas plus de 14 millie-








REVUE DE LA' LIGUE


mes de millimetres et qui A l'dtat normal sont au nombre de 7000
par millimetre cube de sang ont aussi la faculty, apres avoir tu6
les microbes, de rdpandre dans la masse du sang une substance
dite anti-toxine qui neutralise l'effet de la toxine microbienne du
m6me ordre. Et lorsque cette imprdgnation a eu lieu, l'organis-
me est l'abri pour un temps plus ou moius long des mefaits de
ces microbes. C'est ce qu'on nomme l'immunisation.
Ces vasfes 6tudes microbiologiques et patho-biologiques avaient
clairement montre que dans les infections deux grandes m6thodes
de traitement s'imposaient: ou tuer les microbes par leurs pro-
pres products rendus inoffensifs par une technique spdciale (c'est
la serotherapie) ou les tuer en augmentant le nombre des globu-
les blancs, destructeurs du microbe methode leucogene). La natu-
re livrde a elle-m6me emploie P'un ou I'autre de ces procedds,
mais infiniment plus souvent la leucogenbse.
, Impressionn6s par l'6clat des d6couvertes pastoriennes, les sa-
vants tendirent tous leurs efforts vers la voie fdconde de la s6ro-
therapie, negligeant par trop, A mon avis, la second voie qui leur
6tait offerte. Tout en admirant inflniment la jccouverte de Metch-
nikof, ils ndgligerent de l'exploiter et leurs importantes 6tudes
du sang porterent beaucoup plus sur le sang lui-m6me que sur
ses rapports avec les maladies.
Nous leur avons montrd combien dtait feconde la second voie a
laquelle ils n'avaient guere pens6. Ils commencent A s'y ache-
miner, lentement il est vrai, mais ils y viennent, et dopuis quel-
que temps, on constate que les medecins europeens emploient
empiriquemeni, c'est-a-dire sans donnee scientifique certain et
connue, sans bien comprendre le pourquoi des choses, la m6dica-
tion leucogene. Comme il a Wt6 dit pour certaines marques com-
merciales : a l'employer c'est I'adopter. ,
En Haiti, nous sommes au point de vue de la pathobiologie des
infections et de leur traitement beaucoup plus avances que les
m6decins de l'Europe. Nous savons, nous compronons et nous
agissons suivant une m6thode bien ddflnie. Certain mddecin hal-
tien, en effet, en Mtudiant avec une grande perseverance le sang
dans les infections est arrive A dccouvrir certaines lois biopatho-
logiques qui expliquent d'une fagon tr6s nette les ph6nomenes cu-
rieux qui se passent dans l'organisme infect. II a bien 6tabli
les reactions diff6rcntes qui se produisent dans.le sang suivant la
nature du tissu ou siege l'infotion, ce qui 4.contribu 4 -'donner









DE LA JEUNESSE HAITIENNE


au diagnostic une base tres seriouse. D'autre part, en suivant
scientifiquement cequi s'est produit dans un grand nombre d'in-
fections, il a jet6 unjour lumineux sur la gravity rdclle ou l'inno-
cuit6 des infections et donned au mddecin qui connait la methode
et sait bien suivre lesindications de I'lhmatologie un puissant mo-
yen d'arreter, de modifier dans un sons avantageux et par conse-
quent de guerir les infections Sans doute tous les maladies ne
pourraient 6tre sauves, maisla proportion de ceuxqui meurent a de-
jA considdrablement baiss6 et le jour ofi la chimie nous fournira des
medicaments leucogenes encore plus puissants que ceux que nous
possddons, elle diminuera encore.
11 serait injuste de ne point signaler, avant de clo:o cette conart-
rence, les efforts immense et les progr6s qu'ont fait r6aliser A la
medecine los parasitologistes. La parasitologie so divise en doux
tres vastes branches: la parasitologie proprement dite, comprenant
les parasites microscopiques c'est'A-dire visible A l'ceil nu, ot mi-
croscopiqueset les champignons ou moisissures, don't 1'etude porte
le nom de mycologie.
Nombreuses sont les maladies d'ordre para-itaire : les teignas,
les corates, don't se rapprochIld boussarole que nous avons dtu-
dio en Haiti, l'actinomycose,'kle'mycetame au pied de madurce, le
muguet qu'on voit si souvent dans la bouclie des enfants affaiblis;
le pytiriani vernicolor qui couvre certaines parties du corps de ta -
ches jaunes si abhorrdes des femmes, I'amite de la dyssenterie
avec ses redoutables complications suppuratives du foie, le trypa-
nosome, qui produit Ia maladie du sommeil heureusement incon-
nu dans notre pays; les spirochites de la syphilis, de la tievre recur-
rente, du pian; la coccidiore hlpatique de l'homme: les hemospo
ridies de l'homme, cause de la fi6vre paludeenne si bien otudide A
certain points de vue par l'dcole haitienue ot si bien diffdrencide
par elle des fibvres intermittentes intestinales ; 'les vers parasi-
tes nombreux qui portent leur action non seulement sur les intes-
tins mais encore sur le foie, le rein, la vessie et qui par les 16.ious
parfois minuscules qu'ils produisent, peuvent engendror les infec-
tions les plus graves, come nous avons beaucoup contribud a le
ddmontrer;la filariose si frrquenteen Haiti,dont une des manifesta-
tionscliniques les plus interessantes, la colique filarienne, a td si-
gnalde par nous; les acariens aved les maladies auxquelles ils don-
nent naissance, entire autres la gale ; les demodex que Baret con-
sid6re comme l'agent do transmission de la lIpro et des cancers








REVUE DE LA LIGUE


cutands ; les dipteres mouches ts6-tsd propagateurs de la maladie
du sommeil; la sarcophyn magnifinedont les larves terrible enva-
hissent dans certaines conditions nos cavitds naturelles ; les mous-
tiques qui transmettent la filariose, le paludisme, la fibvre jaune et
sans douto bien d'autres maladies ; les puces propagateurs de la
peste. Cette longue enumiration qui peut-dtre vous a fatigues vous
donne une faible id6e de I'etendue des recherches des parasitolo-
gistes et leur importance.
Aujourd'hui il ne suffit pas de connaltre A fond les maladies et
les sympt6mes auxquelles elles donnent lieu. L'auscu station, la
percussion, I'examen attentif des organes n'ont certes par perdu
leurs droits. La clinique reste debout, mais elle west serieuse et
vraiment utile que si elle est fortement appuy6e sur la microbio-
logie, la mycologie. la parasitologie et 1'hCmiatologie.
Cela vous montre et vous explique I'importance, l'utilitd, l'indis-
pensabilitd des laboratoires dans la m6decine actuelle. Un fait
6tabli compete beaucoup plus que deuxheuresde dissortation.Lacau-
se, la cause du mal, voilA ce qu'il faut chercheret decouvrir: Abla-
ta causa, tollitus effects.
Nous sommes loin come vous voyez de la m6decine de Mo-
liire.
Je crois, Mesdemoiselles, Mesdama< et Messieurs, avoir atteint
mon but et vous avoir prouvd que Ia 0idecine a 6volu6 et qje do-
renavant vous no forez plus une money d6daigneuse, lorsqu'on
vous parlera ae 1'6volution do la medicine.
Elle prosperera encore, car elle n'est pas encore arrive A son
apog e. Une science I'atteint-olle jamais?
It me reste A vous remercier de I'attention soutenue que vous
m'avez acc-)rdee malgr6 les difficult6s et peut-6tre l'ariditO pour
vous du sujet que j'ai trait et A remercier cette belle jeunesse de
la Ligue haftienne, ardent au travail, amoureuse de science, cons-
cieute des devoirs qu'elle a envers la Patrie, consciente de ses
responsabilitds prdsentes et futures, consciente du grand r6le
qu'elle aura un jour A jouer pour la conservation de notre natio-
ialite.


Dr LUON AUDAIN. *









DE LA JEUNESSE HAITIENNE


POESIES





SONNET


Monsieur Georges Leger, je le troupe charmant,
Ce grand bonheur que vient de consacrer le Code;
Simple temoin requis, des quatre, c'esl la mode!
On m'apprdhende pour le pompeux compliment.


Je ne sais pas du tout en fire, heureusement...
Je sais rire, aiguiser ma tolide en maraude,
Causer un peu, pas trop, car ce n'est pas commode
D'avoir sur soi braquds tous les yeux fixement.


Germaine, mon vceu cher est concis, mais sincere :
Qut lIe tris noble Amour croisse en la jeune serre,
Que votre cweur, toujours, en reste parfume...


Les ours roses vont lui'e, au foyer... sous les lampes...
Et, bien plus tard, quand l'dge argentera vos tempos,
Vos sourires diront : L'on s'est beaucoup aimed !
V. M.
Sonnet lu-par l'auteur au marriage civil de M. Georges N. LUger
et de fMademoiselle Germaine Roumain.









REVUE DE LA L'GUE


AVEU


Oh! ne redoute pas que d'une dme insensee,
Je m'dgare jamais d froisser ta bontd ;
Chaque fois que vers toi s'en ira ma pensee
Ce sera je te jure en toute humility. 4


Je ne suis qu'd tes pieds; c'est de li que s'edlve
Mon regard I'admirant comme l'dtoile aux ciux,
Et je te vois bien haut, oui bien haut, dans mon rdve
Oe mon caeur s'extasie, humble et silencieux.


Je fais de toi mon culte el veux que ma pribre
Comme un encens vers toi monte soir et matin,
Et tu m'apparaitras, bienfaisante lumire,
Avec ton bon sourire dclairant mon chemin.


De toi je fais mon culte, une adorable idole
Qu'd genouxje revere et qui porte, d mes yeux,
Le nimbe don't le front des vierges s'aurdole,
Un nimbe saint et pur, d'dclat prestigieux.


Tout nous scparait... tout! )Du sort, triste victim,
J'hdsitaisd chercher d'un regard la douceur
Et le lien m'est venu Du fond de mon abime,
Je t'ai crid : ,, Merci pour mon cwur de douleur ,


Bayonne en ta beauty, ton charm, la puissance !
A ces dons precieux fais ton dmine s'unir ;
Recueille en ta pitid, doux ange d'esperance,
Ge cweur qui n'a de paix qu'd ton seul souvenir.


Et ne redoute pas que, d'une dmine insensde,
Je m'egare jamais d froisser ta bontd ;
Chaque fois que vers toi s'en ira ma pensdec
Ce sera je te jure, en toute humility.
CARL WOLF.
Janvier 19 17.









DE LA JEUNESSE HAITIENNE


TON BAISER


Aprcs ta nuque, offre tes lMvres,
Avec mon amour et mes fievres,
Et mes desirs, j'y poseyai
L'enivrement de mon baiser.


Elles sont roses, je les aime
Elles sont comme la fleur mdme
De ton corps souple et fre'missaut
Qu'appellent mes nerfs et mon sang.


Donne la bouche d ma tendresse.
Tu vibreras sous ma caresse,
Et dans ma chair la voluptd
Mettra son tropical dtd.


Notre ivresse sera certain.
Toute autre offrande sera vaine,
Car pour le cour inapaisd,
Rien ne vaut l'ardeur du baiser.

DAMOCL*S VIEUX.






7









IEVUE DE LA LIGUE


HISTOIRE DIPLOIVATIQUE D'AITI



JEAN PIERRE BOYER (Suile)


Ileclamation de la parties de l'Est par I'Espagne (1830) ; echec
de la mission de F. de Castro.
La Revolution de / 830 et les pourparlers de AM. Saint.lMacary
d Paris.
DIsaven de Boyer. Analyse des traits du 2 Avril 1831.
Ilupture des relations franco haitiennes.

Ce n'est pas sans calcul que la Restauration avait, pour rompre
les n6gociations de 1821. agit, brusquement la question de I'Est
et d6clar6 A nos commissaires qu'elle ne pouvait stipuler que
pour l'ancienne parties francaise. Elle entrevit la le germe, facile A
exploiter, de nouveaux ennuis internationaux pour la Re6publique
d'Haiti. La concession, I'annoe d'api 6s, de l'inddpandance aux souls
,, habitants actuels de la parties fran-ai,-e de Saint. Dorningue ,, 6tait
on eflet un rappel direct A la Cour de Madrid de son inaction dans
les Antilles, depuis I'incorporation en 1822 de la parties orientale.
La France r6servait ainsi los pretondus droits espagnols, moins
par scrupule que par l'envie de nous prdparer de nouvelles diffi-
cult6s. Quoi de plus ais6, onsuite, que de chatou.ller l'amour-pro.
pre de ses voisins d'au-dela les Pyrdnees, de rappeler qu'elle leur
avait en 1814 r6troced6 la parties orientale, qu'ils devaient sous
peine de dicheoir en Europe, r clamer leurs droits 16gitimes!
La Peninsule Ib6rique tomba t6te baiss6e dans lo pibge. Elle re--
sentit I'humiliation de voir une autre puissance d6fendre bruyam-
ment ses interkts et prendre A son endroit un air protecteur. Aus-
si, dans le courant de Janvier 1830, Fernandez de Castro, intendant
de Cube, venait officiellement r6clamer au Gouvernement de Boyer
la restitution A son souverain du territoire de I'Est I (1)

(1) Voir les documents au sujet, de cette mission dans L. Pradi je, op. cit.,
T. V, pages 311--328.







bE LA JEUNESSE IIAITiENNE


Tout en parlant de recourir aux extremites, le plenipotentiaire
espagnol avouait, des le d6but des pourparlers, que le decorum de
la couronne etait en jeu, que les autres nations 6taient spectatrices
de la conduate du Gouvernement de Ferdinand VII, et qu'il fallait
agir pour le rang de dignity que son pays occupait parmi elles.
Mais l'Espagne choisissait bien mal son moment pour e tre-
prendre aussi A la ladgre la reconqu6te du Departement, de 1'Oza-
ma, actuellement province haitienne. Elle' avait dejA perdu pres-
que toutes ses colonies de l'Amerique. Livr~e d'autre part aux
intrigues europdennes depuis le Congres de Vdrone, elle avait subi
Intervention francaisejusqu'en 1828 et assist ensuit3 aux trou-
bles constants entretenus par i'Angleterre dans la Catalogne. Hu-
milide de voir retablir un de ses rois sur le tr6ne par la Sainte-
Alliance, elle croyait pouvoir retrouver le sentiment d'honneur, per-
du sur le vieux continent, dans sa demarche aupres du Cabinet de
Port-au-Prince.
Seulement la diplomatic haitienne ne seo prta pas.A cette com-
binaison. Les pourparlers s'ouvrirent des le 17 Janvior et la ha-
taille s'engagea presque aussit6t. MM. Inginac, J. F. Lespinasse
et Frdmont d6fendirent nos droits avoc une parfaite intelligence
des questions de fait et do droit soulevdes par I'Espagne, et avec
une indbranlable energie, lorsque I'agent de FerJinand VII persis.
tamalgr6 tout dans sa reclamation.
D'apre? la these de la Cour de Madrid, si I'Espagne avait, par
le trait de BAle, ced6 le territoire de I Est A la France, elle I'avait
cependant reconquis en guerre solennelle on 1809, ce que sanction-
na le trait de 1814. Elle ne pouvait admettre que le soulIvement
de,, quelques factieux ,, en 1821, pat avoir pour effet de compro-
mettre ses droits. Elle ne s'explique l'occupation haftienne de I'Est
que comme momentande, dans un but do sicurit6 ot de pr6serva-
tion de la contagion de I'anarchie. Les relations amicales existant
jusqu'ici entire les deux pays doivent faire considered cette occu-
pation comeme une simple jouissance temporaire d'un pays
neutre i.
La replique de no, agents d6montra que la portion oriontale de
I lie, si elle avait dt6 ced6e A la France par le trait de 1795, avait
Wte effectivement occup6e en 1801 par le cessionnaire et comprise
en consequence dans le territoire que, pour leur sqret6, les Hal-
tiens avaient arrach6 a la mdrc-patrie ec declar-6 independent et
affranchi de toute domination 6trangere. La Constitution haitienne
de 1806 ne reconnait pour limits du pays que colles traces par
la nature. Les guerres intestines avaien, seules empech6 Haiti de
protester contre I'occupation espagnole de 1809 A 1821, et la Cour






REVUE DE LA LIGUE


de Madrid pendant tout ce laps de temps n'avait pas song A re-
criminer contre notre texte constitutionnel.
Mais A l'objection de M. de Castro que la Constitution invoquee
n'a jamais 6t6 signifi6e A l'Espagne, nos commissaires r6pondent
par cette formule lapidaire que a les constitutions se proclament
et ne se signifient point )) I D'ailleurs ajoutent-ils, les habitants de
l'Est sont revenues d'eux-memes au giron haitien d6s la mort de
Christophe. L'ordonnance de Charles X ne peut ni attdnuer les
droits d'Haiti, ni fortifier ceux de l'Espagne, car nous avions la
possession de fait de toute l'lle ant6rieurement A cette ordonnance.
La Cour de Madrid est sans quality pour r6clamer des droitsts per-
dus .,. La possession de l'Est imported a la s6curitO national. Le
Gouvernement d'Haiti n'a rien envahi de ce qui appartient A S.
M. Catholique; il n'a rien A lui restituer. II n'abandonnera pas
non plus des hommes qui se sont rdunis A lui dans la ferme es-
perance O d'etre proteges ". (Note du 21 janvier.)
L'expression de a droits perdus ", employee dans la communica-
tion de nos pl6nipotentiaires, froissa M. de Castro. Il trouva dd-
place un pareil term de la part d'un 6tat nouveau ( don't l'exis-
tence de fait peut seulement se calculer par lustres, et don't celle
des droits sanctions n'en compete pas encore un seul ), A l'a-
dresse a d'une nation grande, opulente et magnanime, don't le
principle et l'origine se percent dans l'histoire des siecles. L'Es-
pagne ne pouvait, d'apres lui, perdre ses droits pour une simple
constitution a congue dans l'exaltation d'une guerre cruelle contre
ia France n. L'acte du 17 avril 1825 ne 1egitime la propri6t6 des hal-
tiens que pour la parties occidentale. En acceptant cette ordonnance
Haiti a confess la 16gitimit6 des droits espagnols au territoire de
l'Est. Et, puisque la chancellerie haltienne se refuse A considerer
l'occupation comme celle d'un pays neutre, I'Envoy6 de S. M. Ca-
tholique demand la reparation de l'injure faite au Roi d'Espagne,
en le ddpouillant d'un de ses domaines, a moins que nous consen-
tions i une transaction don't la restitution serait la base. La monar-
chie espagnolene sera pas responsible des maux que tout refus
entralnera (note du 21 janvier.) On en arrivait aux menaces.
Avec non moins de decision, MM. Inginac, Lespinasse et Fre-
mont, fatigues de toutes ces steriles recriminations, oa la faibles-
se s'alliait 6trangement A l'intimidation, retorquent que la R6pu-
blique a se croit fondue A conserver le territoire de l'Est qu'elle
occupe, et que si l'Espagne pense autrement, les Haitiens remet-







DE LA JEUlSESSE HAIT1ENNE


tront avec confiance I'arbitrage de leur cause entire les mains du
grand regulateur des destined des nations ) et ils consid6rent en
outre comme terminee leur tache, si 1'agent espagnol n'est pas
autoris6 a nigocier sur d'autres bases.
M. de Castro considira 6galement que sa mission avait pris fin
et le 31 Janvier il quitta notre capital. On peut appricier l'Oten.
due de son dchec, en se rappelant qu'il etait charge, aux terms de
ses instructions, de reprendre possession de l'Est, d'y r6tablir toutes
les autorites et toutes les branches de l'Administration publique!
Le jour mdme de la rupture des pourparlers, pour montrer la
parfaite determination de son Gouvernoment, Boyer ordonnait A
tous ses commandants d'arrondissements de l'Est de se tenir sur
un pied de guerre, et dans sa proclamation du 6 f6vrier 1830, apres
avoir r6sume les n6gociations. il declara que le pays etait pret A
la guerre, si l'on violait aucun point do son territoire. On ne salt
trop comment l'Espagne sauva, par la suite, sa digpfit6 compro-
mise dans le concert europ6en, mais ce fut la seule demarche
qu'elle entrepi'it pour recouvrer son ancienne colonies.


Apr6s l'Ochec du Baron Pichon A Port-au-Prince, Boyer, on se le
rappelle, avait fait aussit6t partir M. Saint-Macary pour la France
Mais il ne paraissait pas dispose A laisser 6terniser les nouveaux
pourparlers. Ses instructions recommandaient A son agent de no
pas sojourner plus d'un mois a Paris et de reclamer ses passe-
Ports, s'il ne pouvait faire valoir les vues hartiennes.
II s'agissaitde reprendre les n6gociations au point ofh elles avaient
6td arretees, c'est-A-dire a la question des articles additionnels
que M. Pichon n'avait pas voulu admettre. Le success est tout
entier, ficrivait le President, dans l'acceptation de l'une ou I'autre
de ces clauses. Elles consistaient a obtenir pour nos denrees ex-
pedides dans l'ancienne m6tropole en vue du paiement de 'in-
demnitd des droits moins dlev6s que ceux pays par le commerce
frangaisou a faire b6n6flcier des o petits droits les denrees hal-
tiennes en general, A l'exception du sure. En Ochange les vins et
les huiles du crul de la France seraient frapp6s implement, en
Haiti, de demi-droits.
Moyennant ces facilities et la suppression des ambiguit6s de l'Or.
donnance de Charles X, nous reconnaitrions devoir le sold de I'in.
demnite et de la premiere 6cheance, soit fr. 120.700.000. Si notre






REVUE DE LA LIGUE


proposition etait par impossible rejetee, M. Saint-Macary devait
retourner A la formule de 1829, convenir que les paiements se fe-
raient chez nous, au pair de la gourde haitienne ou ne consentir
A payer les intrkts que sur les annuitds ou sur les portions d'an
nuites laiss6es en souffrance.
Le minister francais design le Baron Pichon pour reprendre
la conversation lnterrompue. Le choix n'6tait pas de bon augure,
puisque notre agent etait principalement charge de faire accueil-
lir les textes m6mes djA decart6s. Mais les conferences allaient s'a-
journer, A peine commencdes, sous l'empire des circonstances.
Les combatants de Paris venaient de substituer la monarchie or-
16aniste aux Bourbons, au clergy et a l'ancien regime.
Le President estima, par la suite, que les journ6es de juillet
avaient de plein droit mis fin aux pouvoirs de son pl6nipotential-
re et que celui-ci, sans nouvelles instructions, n'avait aucune qua-
litd pour potirsuivre des pourparlers avec I'administration de Louis
Philippe. Mai$, dans le nouveau regime, il y avait des hommes fa-
vorables a notre cause, qui, selon I'aveu meme de Boyer, a avaient
proclam6 des principles en faveur d'FlHati et condamn6 hautement
les exigences exorbitantes du Gouvernement d6chu. n II voulut
jouer au plus fin. 11 ne rappela pas Saint-Macary, ne lui envoya
pas non plus de nouveaux pouvoirs. 11 le laissa en connaissance
de cause, continue les ndgociations, pret a en b6neficier, s'il y
avait eu lieu, et a d6savouer le cas d6ch6ant.
La Monarchie de Juillet, des la fin de 1830, chargeait une com-
mission preside par le Comte Lain6 de lui faire un rapport sur la
question haitienne, Mais le Ministtre rejeta les conclusions de ce
document recommandant la reduction de moiti6 du solde dut sur
l'indemnit6, avec la garantie du Tr6sor francais qui servirait des
interits A 3 0/0 sur les 60 millions aux anciens colons. II no vou
lait pas entendre parler de garantie. N6anmoins dans les premiers
mois de 1831, les pourparlers furent repris entire MM, Pichon at
Saint-Macary.
Mais des qu'il appcit les conditions que d6battait ce dernier, le
President se hata de le d6savouer au prdalable, le 30 avril 1831, par
un avis official public au < Trl6graphe , en invoquant la caducitd
de ses pouvoirs par le changement survenu en France en Juillet
1830 et en blImant la prolongation de son s6jour au delay d'un ter-
me fix6 dans ses instructions !
Lorsque Saint-Macary revint ala Capitale, porteur des deux trai-
t6s qu'il avait signs avec M. Pichon le 2 Avril 1831, il trouva que
son Gouvernement I'avait mis en disgrAce avant m6me de prendre
connaissance du texte ddfinitif de ces instruments diplomatiques.






DE LA JEUNESSE HIXITIENNE


La France vit un certain parti-pri-k dais cette'maniere d'agir, car
si Boyer, il est vrai, avait recommand6 a son plenipotentiaire de
ne pas sejournerau-delA d'un mois a Paris, ce ne peut Otre une excu-
se pour Iui d'y avoir laiss6 M.Saint-Macary toute une annee, sans
le rappeler ou lui envoyer de nouvelles instructions. Une discus-
sion aigre douce s'ensuivit entire le secretaire g6n6ral Inginac et le
consul g6n6ral Mollien, au sujet du ddsaveu presidentiel.
Le disaccord s'accentua, quand Boyer, apres avoir pris commu-
nication des traits dejA ratifies par Louis Philippe, lear refusa
carrement son approbation. La Convention financiere rendait le
pays d6biteur de francs 120.700.000 pour le sold de l'indemnite, de
francs 4.848. 905 pour les avances faites par le Trdsor public de
France pour le service de l'emprunt, de francs 27.600.000, montant
des obligations non rembours6es de l'emprunt, et les interets
dus sur cette some depuis le 31 Decembre 1828, lesquels -a capi-
taliser jusqu'au 31 decembre 1831, mettraient A cette 6poque le
capital de 1'emprunt A francs 33.196.000
A l'extinction de ces diverse dettes, la Rdpublique" s'engageait
a affected. A partir du ler Janvier 1832, quatre millions de franc-, a
partager entire le service de I'indemnite et celui de I'emprunt.
Nous devions encore avant le 31 decembre 1833, rembourser au
Tresor Franqais toutes les avances qu'il avait consenties pour le
service de l'emprunt tant en principal qu'en inter6ts fix6s A 3 0/0.
Le Gouvernement de Louis Philippe n'avait pas oubli6 la suppres-
sion des demi-droits don't b6ndficiaient les marchandises et les-na-
vires frangais, A leur entree dans nos ports. Il ins6ra, dans le traitO,
une clause secrete, aux terms de laquelle nous avions, avant
tout change de ratifications, A restituer directement aux parties
int6ressdes ou au Consul Gen6ral de France tous les droits que
nos douanes avaient prelev6s en sus de ceux d6terminds par 1'Or-
donnance du 17 avril.
L'atitre trait& fixait les rapports politiques et commerciaux entire
les deux nations. II accordait le privilege, jusqu'ici rdservd A l'.-
16ment national, de faire le commerce en gro. et en detail. Les
Francais avaient un d6lai d'une ann6e pour disposer de leurs biens
au cas oi des lois limiteraient ou interdiraient aux strangers le
drolt de propridtd. Clause assez curieuse, si l'on songe que de-
puts notre premiere constitution l'dtranger ne pouvait deve-
nir chez nous propridtaire foncier M. Saint-Macary acceptait
d'autre part, en violation des regles de neutrality, que les arme-
ments franqais fussent regus dans nos ports avec leurs prises, en
cas de guerre maritime. II andantissait de plus les lois douanieres
Xlstaantps, en roodiflant la base des evaluations offleielles pour






REVUE DE LA LIGUE


les droits A percevoir dans nos douanes : c'6tait nous ravir tout
simplement la faculty de remanier nos tarifs a l'avenirl
Le suvces 6tait trop considerable pour la France pour qu'elle ne
mit pas une tres vive insistence A l'obtention de la ratification
haitienne.
Boyer, fort de 1'appui des sedateurs et des grands fonctionnai-
res de l'Etat, oppose un refus formel A toutes les solicitations du
Consul Mollien. II ne peut accepter des conventions renfermant
des clauses qu'il juge contraires A la neutrality et A l'ind6pendan-
ce d'Haiti, qui n'offrent pas A la Rdpublique les avantages recher-
-ch6s, et conclues par un agent don't les pouvoirs Mtaient nuls par
!.uite des 'changements survenus en France.
A partir de ce 'moment on march A grands pas verse la rupture,
Le 2 Juin 1831, Mollien notifle au Pr6sident qu'il a simplement I'or-
dre de s'enqu6rir si oui ou non il consent A ratifier les deux traits
du 2 Avril. Deux jours apr~i, en terms aussi sees, le secretaire
general r6plique que Boyer lui avait dji- fait savoir que cette ra-
tification n'aurait pas lieu. II ajoute que les motifs de cette ddter-
mination seront exposes dans une dep6che qui sera remise A M'#
Pichon: ils, porteur des deux traits et qui allait repartir. Le Con.
sul de France rdtorque que le Gouvernement haitien aura A choisir
une autre voie pour faire parvenir ses communications, < car ses
motifs ne peuvent 6tre accueillis quels qu'ils soient. 11 ne s'ar-
rkte pas 5 cette grossieret6. II prononce la rupture des relations
et reclame la protection gouvernementale pour ses compatriotes
que leurs affaires pourraient retenir encore, '< malgrM ses avis pres-
sarts de quitter le territoire de la Republique. Et il s'embarqua
effectivement pour la France.
Mais les Frangais, confiants en la protection de I'administration
de Boyer, se refus6rent en grand majority A 1'exode g6ndral con-
feille par leur consul.
Le people et les autorit4s militaires, aussit6t avertis deces 6v6-
nements, au lieu de s'en montrer pein6s, s'en r6jouirent. La rup
ture des relations fut accueillie avec un enthousiasme gan6ral. On
voyalt en elle la liberation de la dette national, la rehabilitation
de Boyer, la revanchq sur l'ordonnance de 1825. Le peuole, fidele
A ses vieilles traditions se prdpara alertement A la guerre. On crea
tout expres pour les besoins de la defense national, la vil'e de
P6tion, A La Coupe pour recevoir les archives publiques, le ma-
teriel des arsenaux et des magasins de I'Etat, et pour servir le cas
echdant de si6ge du Gouvernement.
Les haitiens en avaient assez de la ( cession de leur ind6pen-
dance. L'heul'c avait sonn&'ot si la Frauce d6sirait des relations







DE LA JEUNESSE HAITIENNE


avec la R6publique, elle devait consigner ce ddsir dans un traitO,
librement negocid et donnant pleine satisfaction a la nation, lui
reconnaissant formellement, sans arriere-pensde et sans 6quivo-
que, ses droits A la liberty politique et diminuant les lourdes char-
ges imposes dans le passed.
Boyer venait de rachoter do haute lutte sa faiblesse de 1825. En
ddpit de la rupture des relations et des menaces de guerre du Con-
sul de France, rien n'ebranla sa fermetd. Dans un geste tres digne,
il s'6tait rang6 du c6te de son people pour combattre ceuxqui, sous
pretexte d'dmancipation politique, s'ingdniaient A contrarier notre
essor et A nous humilier par des exigences sans cesse renouve-
lees. II eut le flair de comprendre que la nation avait atteint ce mo.
ment d'exasperation oft elle aurait prdf6r6 tout sacrifier dans une
supreme resolutoin plut6t que de continue A vivre avec 1'ancienne
-mtropole sur le d6sastreux pied de paix armee qui dtait son sort
depuis 1804. II serait just, dans ces conditions, de tenir compete A
Boyer des sinceres efforts qu'il effectua pour gagner les sympa-
thies populaires.
Dans la vie des peoples, chaque 6poque a ses tristesses, ses de-
ceptions, ses ruines; mais elle a aussi ses moments de reaction,
d'dnergie et de dignity. 1825 a sans doute 6te une fatality dans le
regne de Boyer. Mais l'erreur a 6te grande du c6te de la France.
de s'imaginer que le Gouvernement haitien, pour. avoir c~dd une
premiere fois, lui cederait ensuite 6ternellement. Cette conception
erronde des d6vnements a dt6 cause que la Republique vecut pen-
dant treize anndes dans un malaise Opouvantable, nos anciens
maltres mettant un rare acharnement A ne pas demordre de leurs
prktentions, et le Gouvernement haitien une inflexible volonte A
r6parer sa maladresse et A obtenir le redressement -i'une inutile
humiliation.

(A suivre)

ABEL N. LEIER.






REVUE DE LA LIGUE


ARMAND THOBY'"
(Suite)


C'est inn6 chez l'haltien de fonder de grades esperances
au debut de tout Gouvernement ; et pour les voir presque
toujours s'6teindre les tines apres les autres, it ne se lasse ja-
mais d'en fonder de nouvelles tout aussi optimistes. La cer-
titude du succes est incontestablement une force qui cepen-
dant demeurera inefflcace, si elle est irr6tflchic. II convient
toujou!s de computer avec les revers, ne serait-ce que pour
en attenuer les eflets. Nos sinceres enthousiasmes ne nous
ont point 6pargn6 des d6convenues, aussi les hommesde:
grande clairvoyance agisssent-ils toujours avec beaucoup de
reserve. 11 serait exagere de prkter A Monsieur Thoby au
debut de 1870, ces raisonnements qui demandent pour 6tre
appliqu6s un came parfait, mais ses principles que nous
connaissons d6jA les lui suggeraient pour ainsi dire et l'em-
pechaient de partager pleinement i'engouement des uns et
des autres. L'6pisode de notre histoire que nous avons rela-
t6 n'6tait pas de nature A dissiper dans son esprit toutes les
inqui6tudes. Monsieur Thoby avait constamment devant les
yeux l'image du pass. II sentait la n6cessitd d'en tirer des
leCons pour l'avenir. Cette image le hantait, nous en avons
la preuve dans les multiples souvenirs historiques que nous
ielevons dans ses discours au Parlement. II ne s'6tait done
point laiss6conqudrir tout-A-fait par 1'enthousiasme general
qui accueillit la Revolution. Sans nullement douter de la sin-
cerit6 des chefs, il savait avant tout que ceux -la 6taient des
hammes et qu'ayant durement combattu, ils devaient forc6
ment apres la victoire en venir aux repr6sailles. D'autre
part, tout en gardant sa foi dans I'avenir, il n'ignorait point
qu'on ne pourrait l'assurer que par une lutte constant en
vue de corriger les mille ddfectuosit6s de notre mentality, de
nous assouplir pour le r6gime parlementaire. II n'oubliait
(1) Voir nummro du 20 DIcembre 1916.








DE LA JAUNESSE HAITiENNE


pas surtout que nous 6tions tin people enfant, prompt A I'en-
thousiasme autant qu'A la rdvolte. 11 craignait les excus des
gouvernements provisoires ; aussi jugea t il prudent do n'ac-
cepter aucune function officielle dans celui de 1870, atten-
dant le complete retour A la l6galit.Ce qu'il redoutait par des.
sus tout, arriva. Le Gouvernement provisoire prit une s6rie
de measures arbitraires et inconstitutionnelles, bien que la
RPvolution fit faite aiu Nom de la Constitution 1867. Les p3u-
voirs publics n'6tant point r6organis6s, aucuane sanction n'6-
tait possible ; du reste, c'6tait le pr'ovisoire,. c'est-A-dire la
Dictature. Parmi ces measures il en est une cependant Alaquelle
M. Thoby dut s'associer, malgr6 lui. Ce fut le decret do 3J,
DWcembre 1869 convoquant les Chambres de 1867 don't I'art.
1" est ainsi concu : Art. 1".- Lee .Membres de la C'itanbre
des Representants el ceur du Sdn'i de 19,87, qui n'ont pas exerci,
souy le qouvernement dcchui des functions dint l'acceptation en-
traine la perte du Mandat de lieprdientant ou de S !aateur, c)n-
forme'ment aux dispositions de la Constitution sous le rdgime de
laquelle ils avaient did elus, se rduniront f la Capilale le I" FPi
vrier prochain pow reconstituer leurs Corps Respecti/s. Outre
que dans son application, le sens de cot article faut singalibre-
ment 6tendu, le decret du 3) DAce nbra 1839 ord'nna les
elections complimentaires et disposa nc son art. I q'1i3 ( dans
les localilts oil c ilne serapiv possible u C'n :eil C )',n a.i( p ir sui-
,le de sa ddsorgan isation d'exercer les attributions qui lut sont devolues
" en matiere dlectorate.il y sera procddd pir le commandant de lU
<.Commune assist du juge de, paix a ddfaul de celui-ci du prdpi.
s sd d'administration, 4 dd/aut de ce dernier d'un adjoint de place
,,et de son secrdtaire. Tout cela n'avait rien de tr6s rdgulier,
et le pire c'est que le Mandat des Reprosentants qui de-
vaient se r6unir le 1ie Fwvrier 1876 avait pris fln depuisle 10 Jan-
vier. Autant de circonstances propres A diminuer la confian-
ce de M. Thoby. 11 r6pondit quand m6me A I'appol du g)u.
vernement provisoire, se rappelant sans douto que c'e-t i
ses membres qu'il dut de rentrer dans son pays. Le 23 FA.
vrier la Chambre se constitua, et A la stance du 25, MAn-
sieur Thoby lui adressa sa dmnission ainsi que Monsieur
Dalbdmrnar Jean. Joseph.
Sans dclat il quitta done la Cli imbre et s'ea fut pr:p waer ses
elections, conformdment au ddcret do convocatioR des as-







REVUE DE LA LIGUE


sembl6es primaires.du l9Fvrier 1870 aux fins d'61lire les mem-
bres de 'la 13c Legislature.
La 13e LUgislature, l'une des gloires de notre histoire parle-
mentaire, devait, contrairement A la prdc6dente, exercer
pleinement son mandate sous les auspices d'un Pouvoir exd-
cutif que des circenstances exceptionnelles rendirent respec-
tueux des institutions nationals. Elle comprenait une majo-
rite intelligent, fortement imbue de liberalisme et conce-
vant le mandate l6gislatif dans un sens tres large. Le Parle-
ment ne fut point A cette dpoque une cole d'dloquence ofi
les jeunes s'exer.aient a parler en public et les adults A
faire montre de leur talented de leur science, il 6tait encore
moins une institution cre6e dans le seul but de contrarier les
tendances du Pouvoir Exdcutif par une opposition syst6ma-
tique. Sainement compose, il 6pura nos moeurs politiques en
nous habituant au regime parlementaire, drigea le contr6le
financier dans toute sa rigueur, effectua une grande retorme :
le retrait du paper monnaie et accomplit ainsi une cauvre
consi'ldrable qui malheureusement fut gAchee apr6s coup.
Cette oeuvre fut assure par une collaboration si intime des
membres du Corps L6gislatifqu'jl est difficile de determiner la
part de chacun d'eux. Aussi y fixer le r6le d'Armand Thoby,
c'est un peu 6crire I'histoire de la 13g Legislature. Heureu-
sement que nous y trouvons un guide sur dans sa( 13* L6gis-
lature et le President Nissage Saget ,, histoire condense et
complete des travaux parlementaires de 1870 a 1873, qui m6-
rile de retenir notre attention, parce qu'elle met en pleine
lumiere les tendances de cette 6poque. Ca livre est en ma-
jeure parties inedit, aussi nous y arrkterons noes quelque
peu.
II1 n'est rien d'aussi difficile que le reglage de la machine
gouvernementale. une fois qu'elle est declanchee. En Haiti
plus que partout ailleurs on sent la justesse de cette v6rit6,
en raison de nos multiples'bouleversements. En consdquenee.
la bonne foi du President Nisage Saget et ses belles promes-
ses ne sauraient suffire pour rdaliser, apres tant de d6-
sastres, les bienfaits de ses quatreann6es de presidence, sans
un heureux concours de circonstances. Dans les deux pre-
miers chapitres de son ouvrage Monsieur Thoby s'6vertue A
mettre ces circonstancesen lumiere. "Une chose digne de re-








Dt L-A JEUNESSE HAITIENNE


marque la Chambredes Repr6sentants n'avait pas dtc 6lue
pour 61ire un Chef d'Etat, et aucun de ses Membres ne son-
geait A se poser comme le successeur 6ventuel do Nisage
Saget. On 6tait alors le representant de la l6galit, de I'intd-.
ret general, de I'opinion publique, sans que l'on fut accuse
de meler aux preoccupations du bien public les calculs d'u.
pe ambition personnelle. Le Pouvoir Executif pouvait,
s'irriter du contr6le LUgislatif et essayer, de s'y sous-.
traire; il pouvait briser violemment la 133 Legislature, il.
6tait impuissant A la discr6diter. ) Nous avons vu, en effet,,
le gouvernement provisoire convoquer la Chambre de 1867;
ce fut elle qui, contrainte par les 6venements d'opter entire.
Michel Domingue et Nissage Saget, fixa son choix sur le-
dernier, parce qu'il avait la reputation d'etre bonhomme au,
fond, de' ne pas aimer a verser le sang. I1 faut beaucoup
computer avec ce choix. L'Assembl6e Nationale, croyons nous:
eut la main heureuse, car le parti liberal ne pourrait avoir,
aussi pacifiquement raison du gd6nral Domingue. Son 6lec-,
tion A la Presidence serait peut-6tre une nouvelle issue ou-
verte aux revolutions, car les rvvolutionnaires qui avaient,
le plus pay6 de leurs personnel et qui representaient. a just
titre le courage, l'intelligence et I'honneur de la revolution,
ces rdvolutionnaires 6taient presque tous des 16gislateurs et
presque tous de la fraction liberale Ils ne manqueraient cer-
tes pas de protester 6nergiquement control toutretour au rd-
gime qu'ils avaient combattu et I'entetement du general Do-;
mingue aidant le choc serait inevitable. Enfin les s6nateurs,
et d6putds qui dans la Rdvolution n'avaient joue aucun r6le
prdponderant, Armand Thoby 6taieut do ceux 1a se dis-,
tingu6rent par leur p'triotisme dclair, leur pass, impeccable.
et leurs principles franchement libcraux. Toutes ces circons-
tances: Ind6pendance du Corps Lgislatif, la presence dans
son sein des principaux rdvolutionnaires et la probity de la
majority de ses membres, contribu6rent a rehau-ser aux
yeux de la Nation le prestige de la 13, Legislature et 5 jui
faciliter la grande tAche qu'elle allait accomplir:
Dans d'autres chapitre de-son livre, Monsieur Thoby passe-
en revue toutes les branches de 1'activitd gouverncmintaleet,
precise la part aff6;'ente au Pouvoir Legisli'tif. 11 n Ju3 m )n-,
treble p-euplemettant peu i pe'i sa confiance dans ses manda-







REVUE DE LA LIGUE


tahires, recourant aux petitions pour reclamer ses droits et
protester contre la violation de sa' liberty. II 6num6re et
comment les diff6rentes r6formes faites en vue de consa-
crer les grands principles qui doivent presider A la confection
du Budget.
Le Budget de I'Etat, dit-il, est digne du nom qu'il porle
sous deux conditions: I La recette et la d6pense certifies
dans des documents authentiques doivent 6tre discut6es et
votees librement par le Corps L6gislatif ot rendues publi-
ques avec son luxe de details et de pieces a l'appui.
S20 La recette et la d6pense ainsi votees doivent 6tre sui
vies dans leurs m6andes hdriss6s de chiffres par 1'oeil scru-
tateur de la Chambre des Comptes don't le rapport est un
61ement indispensable de la d6charge L6gislative.
' La Chambre des Comptes fut reorganisde par les diflfrentes
lois suivantes: celles des 10 octobre 1870, 16 aott 1871, 23 Juillet
et 19 ao0t 1872. La loi du 16 septembre 1870 avait deja dten-
du ses attributions afln de rendre son action plus efflcace. Ce
Corps rendit de pr6cieux services a la R6publique en re.
dressant de nombreux abus.
Tout cela ne se fit point sans heurt. L'Executif, sans la
nouvelle orientation qui 6tait donn6e au Pays et qu'iI com-
battait par son inertie, sans la fermete in6branlable des 1lgis-
lateurs, verserait dans les memes erreurs que les gouverne-
ments pr6c6dents. L'on eut des la premiere ann6e la satis-
faction de discuter.et de voter le Budget, non point "en bloc
et au bruit des verres de champagne trinques avec le
Pouvoir Exdcutif mais apres I'avoir s6rieusement dtudid
et opere les reductions n6cessaires. L'on finit par faire pr-.
valoir le grand principle d'6conomie dans la confection de
ce document important. Une classification intelligence et pra-
lique fut faite des dettes de la R6publique; de telle sorte que le
pcuple put se rendre un compete exact des charges qui pe-
saient sur lui. Les r6sultats obtenus furent ddja beaux, M*
Thoby les mcsurant n'hesite pas A proclamer que ale budget
n'6tait plus une frime, un simple decor parlementaire don't on
put faire fl; on sentait que sous ce vieux titre moqud de Budget
de I'Etat, un principle nouveau et tres sdrieux avait surgi;
qui obligeait les volontes les plus rebelles. )
Toutes !es rcformes demeureraient vaines, d'apr6s M. Tho;








DE LA JEUNES"S HAITIENNE


by, sans le retrait du paper monnaie. Le Budget devait
m6me Otre consider comme inexistant, tant que notre sys-
t6me monetaire ne serait pas stabilisd. Faisant I'historique de
la question de 1813 A 1870, ii met A nu tous les malheurs que
cet instrument d'dchange nous a causes. Les habitudes vi-
cieuses de nos gouvernants ont Wte entrenues par le papier-
monnaie, et bon nombre de citoyens pour ne pas 6tre en
dtat d'int6riorit6 vis-A-vis du Pouvoir ont fabriqud de la faus-
se monnaie. Aucune industries haitienne n'a 6t6 aussi floris-
sante que celle des faux-monnayeurs, ( toujours prosp(re,
elle finira par mdriter l'indulgence du public.) La 13e Ldgis-
lature prit A coeur de donner une solution definitive A cette
question.
Toutefois, apres ce luxe d'6mission que le Gouvernement
de Salnave et les rovolutionnaires venaient de se permettre
il ne fallait point penser extirper ce mal tout d'un coup. La
loi du 14 Juin 1870, vint quand meme preparer le terrain en
d6cidant que cToute mission nouvelle de paper monnaie
est interdite.
Un project de substitution prdsentd par I'Exdcutif et qui fut
repouss6, vint crder une dissidence entire les Pouvoirs Ex4cu-
tifet L6gislatif. Une vivecampagne de press entretint les sen-
timents d'animosit6 et une crise ministdrielle s'ensuivit.
M. Darius Denis appeld au Ministere parvint par une tran-
saction A faire accepted la substitution. 11 promit formellement
d'entamer la rdforme mondtaire A la session prochaine. Elle
devait effectivement s'op6rer grAce aux tristes effects de la
substitution et 6 la presence au Ministare des Finances de
Monsieur Liautaud Ethdart, partisan de la rdforme.
VoilA I'ceuvre d laquelle Armand Thoby a collabord. II a
soutenu une lutte de tous les instants pour en assurer le suco
c6s. En parcourant son livre, on sent qu'il a Wte heureux d'y
avoir contribu6; c'est A sa gloire. Malheureusement il consa-
cre le dernier chapitre aux dvenements futurs qui ont com-
promis le laborieux travail de la 13e Ldgislature et jette son
lecteur dans une profonde tristesse.


( suivre)


FtLIX MASSAC.


_____ --U _____








REVUE DE LA LIGUE ,


FREDERIC MARCELIN


NOTES ET SOUVENIRS


Je voudrais parlor un peu de lui, avant que l'ineluctable nuit
P'ait pris tout entier, avant que sa physionomie aux traits si carac-
teristiques se solt effacee de la memoire des homes.
Hdlas 1 en ces tristes jours qu'il nous est donned de vivre, plus
encore que dans la ballade, les morts vont vite 1 Is d6filent avec
une telle rapidity sur 1'ecran, qu'a pine avons-nous le temps de
saluer au passage, les plus connus, les plus renomm6s d'entre
eux ; et que d'Otres chers se glissent inaperqus, dans la funeste
cohue, qui meritaient de pieuses larmes, et de plus longs adieux I
Je voudrais parler un peu de lui ; mais ce n'est ni l'homme pu-
blic, ni l'dcrivain, ni le publicist que je voudrais 6voquer ici. Sur
ce cercueil A peine ferm6, sur cette tombe encore entr'ouverte,
les haines inassouvies, les passions politiques, les mesquines ri-
valit6s. accourraient aussit6t, tristes oiseaux de mort, d6peceurs
de cadavres, et je ne voudrais pour rien au monde aider ou assis'
ter A cette profanation !
. Non I l'heure viendra pour lui comme pour tous les autres, oft
l'Histoire, son flambeau A la main, descendra d'un pas tranquille
dans les t6nebres ofi il va reposer, et sans colere, sans parti pris'
prononcera sa sentence !
Celui que je voudrais retenir encore quelques instants dans la
pleine lumiere, et montrer A ceux de la g6n6ration qui vient et qui
ne I'a pas connu, c'est l'ami de ma folle jeunesse, le gai compa-
gnon des lointaines equip6es, qu'on aime encore A se rappeler au
d6clin des jours, ne serait ce que pour convaincre ceux qui nous
dcoutent qu'on n'a pas toujours 6te Ie vieillard froid et compass,
au pas lourd, aux yeux tristes et sdv6res que les plus jeunes ne
voientpas sans uno secrete inqui6tude so glisserparfois parmi eux.
Les hasards de la vie nous avaient reunis au seuil de la vingti6-
me ann6e : -








DE LA JEUNESSE HAITIENNE


Moi, un peu plus miir, plus fait, qu'on me pardonne la triviality
de 1'expression, par mon long s6jour dans l'Universit6, et mon
contact avec ses alertes nourissons; lui, un peu desempari, souf-
frant visiblement du manque de direction doande a ses premiers
efforts.
Comme il n'acceptait pas d'etre rejete au second rang, comme il
entendait dtreparmiceux qui prendraient la 16te de sa generation, il
comprit vite que tout dtait A refaire en lui, et sans tarder it se mit
au travail. 11 m'a souvent fait le plaisir de me dire, dans ses heures
d'dpanchements intimes, que j'avais et6 pour beaucoup dans cette
orientation nouvelle donnee A sa jeune vie. C'est possible et j'en
garde un touchant souvenir, mais certes, 6e qu'il ne devait a per-
sonne, c'est cette opiniAtret6 dans l'effort, cette assiduit6 dans la
preparation, qui ont fait de lui ce qu'il fut depuis.
Ces dons brillants don't il pouvait plus tard s'enorguillir, il .e
les tenait ni de la nature ni d'aucune hMredite atavique. II ne les
devait qu'a son energie, qu'd sa volout6 de les acqu6rir.
I decrivait mal au debut. Ses premiers essais de journalism,
6taient d'une plume lourde, d'une conception travaillde.
-II sut assouplir sa plume, dompter sa pensee rebelle, et deviqt
I'auteur de tant d'ceuvres charmantes qui compteront dans notre
litt6rature.
II parlait difficilement, son geste etait saccad6, son d6bit em-
barrasse !...
II devint I'orateur que l'on sait : tenant tote dans nos assem-
blWes aux plus farouches tribuns, exergant sur son auditoire une
indiscutable fascination. Ainsi tape par tape il acquerait de hau-
te lutte toutes ces brillantes qualit6s que nous admirions en lui;
et sans crainte d'etre ddmenti il pouvait dire qu'il n'dtait 1'el've de
personnel, qu'il se devait tout A lui-m6me. Et il avait raison. Tous
les actes de sa vie politique ou administrative 6manent de lui, de
lui soul : Nulle trace d'ing6rence amicale, d'une influence dtran-
gere.
Mais ce superbeisolement,cette solitude morale ou il se complai-
sait avait aussi son mauvais c6t6. Que d'amitids chores, 6grendes
tout le long du chemin, decourag6es de cette sdcheresse apparent,
de cette indifference de command.
II s'en apercevait dans ces derniers temps, et il s'attristait A
computer ce qu'il lui restait encore de fldles J'tais du nombre.
La vie nous avait beaucoup spares. Apres chacune de ces lon-
gues absences nous nous retrouvions avec le mdme plaisir. II me
revenait plus aflectueux et plus tendre, A measure que sur nos
fronts s'accumulaient les ann6es.








REVUE DE LA LIGUE


Nous n'etions pas toujours d'accord. Oh non mais 11 acceptait
avec tranquillity mes observations et mes critiques, n'6tait-ce que
pour avoir le plaisir de me d6rouler un de ces affreux paradoxes
don't it avait pris g(,ht chez Anatole France, et qui cadrait si- bien
avoc sa maniere propre, et quand il avait rdussi A m'horripiler au
point de me faire sortir de mon calme habituel il eclatait de rire et
me criait: tu te fAches, done tu as tort !
A mon dernier voyage dans ma douce France, pr6venu de mon
depart, il m'attendait avec impatience. L'accueil qu'il me fit rue
Thbodule Ribot me toucha profondement. Nous causAtmes long-
temps du pays. 11 dtait navre des revolutions annuelles qui entra-
vaient sa march. 11 voyait nettement s'approcher la catastrophe
finale qu'il avait si souvent predite.
Je m'informai de ses travaux : Je ne fais plus rien, me dit-il, a
quoi bon il est trop tard, il n'y a plus qu'A se regarder mourir.
Je ne l'avais pas plus t6t quittS, que je recevais un petit mot de
lul m'invitant & d6jeuner dans un des meilleurs cabarets de Paris
ou il fr6quentait de preference : <1 Nous avons tant de chose A nous
dire encore, m'decrivait il I Et attables tous deux dans cette gran-
de salle, nous isolant du rest des consommateurs, nous repre-
nions notre entretien interrompu.
Y On m'avait laissd comprendre, me disait-il, que tu passerais
l'hiver. J'en 6tais si joyeux I j'avais formed mille projects ou tu en-
trais de moiti et voilA que tu me parles dejA de depart I
Viens avec moi Turgeau et la maison Tranquille s'attristent
de ta trop longue absence.
Un nuage de mdlancolie l'enveloppa soudain. Oui, fit-il,
doucement, come dans un r6ve, Turgeau, la Maison Tranquille,
je devrals., Mais A quoi bon Assister, impuissant A la lente ago-
nie de tout ce qu'on aime. . Non. .. je ne reviendrai pas.
Le soir tombait ddjA quand nous nous quittAmes enfin, nous pro-
mettant de recommencer souvent cette petite fete avant mon da-
part.
C'ktait une de ces tristes apr6s-midi de fin d'octobre oh I'on sent
r6der I'hiver dans les carrefours, ofi dans la plainte du vent, dans
le fr6missement des feuilles qui roulent sous les pieds, on perqoit
I'adieu mystdrieux des choses qui s'en vont.
Hdlas I je ne me doutais pas que je lui serrais la main pour la
dernl6re fois, je ne me doutals pas que ma bronchite habituelle,
celle qui A chaque voyage me sonne si brutalement la cloche du
depart, me guettait dans l'auto qui me remontait le long de I'A-
venue.
J'al IA sous les youx le petit billet si affectueux (il etait absent de;






IE LA JIisUNESAE HAITIENNE


Paris) par lequel it me souhaitait bon retour au pays du Soleil.
C'est le dernier que j'ai regu de lui. Je le savais souffrant et myme
gravement atteint ; mais fiddle A ses habitudes it cachait avec soin
A ses proches l'Ntat de sa sant6 et ses apprehensions de la fin pro-
chaine.
Et vcil que la funebre d6pdche nous apprend qu'il est parti A son
tour !
Je me sens une peine infinie de n'avoir et6 de ceux qui I'assis-
thrent en ses derniers moments, et qui par la grande ville indiffe-
rente, sous le ciel triste et bas de Janvier accompagnerent sa de-
pouille au Champ du Repos.
Et c'est pourquoi je rdsiste mal A I'invitation qui m'est faite de
parler encore de lui ; et de lui dire un dernier adieu ici, dans cette
Revue hospitalibre, oft tant de jeunes et charmants esprits s'ds-
saient, avant de prendre leur essor d6finitif, asile sacr6, dernier
refuge, ofi s'dpanouira dans une supreme et radieus, floraison, pe
qui reste de notre culture Haitiano-Latine avant qu'une, domina-
tion Neo-Saxonne l'ait a jamais 6touffee sous ses pines et ses
ronces.

Janvier 1917.
XXX.






46 REVUE DELA LIGUE





SOUVENIRS D'AUTREFOIS



FREDElIC FEBVRE
-0-

Notre illustre ami Fr6ddric Febvre,mort octogdnaire rdcemment,
s'6tait accord le titre d'Haitien Honoraire. 11 aimait sincerement
notre pays et y comptait de nombreux amis. Febvre 6tait, en effet,
notre compatriot honoraire et moritait le titre qu'il avait bien vou-
lu s'attribuer, en souvenir du vif accueil qu'il y trouva lors de sa
memorable visit avec Madame Febvre, et de son excursion a la
Guinaudee ofu naquit le G6neral Davy Dumas, l'ancitre des deux
Dumas.
Parmi ses amis haitiens, plusieurs ont eu le plaisir de jouir de
son aimable hospitality a Paris, rue Saint Fiacre, et a o Champs
surMarne dans sa charmante ( Villa Fritz, ainsi nommde en sou-
venir du r61le qu'il avait marque de son empreinte d'artiste dans
l'Ami Fritz.
J'ai eu la faveur de la bienveillante hospitality de Febvre &
Champs ), en compagnie de mes deux amis C. Fouchard et Eu-
gene Poulle. J'ai toujours en m6moire les deux bonnes journees
passees A la Villa Fritz ofi mon tres regretted ami nous requt en
bon prince, pendant que Madame Febvre nous accordait le t6moi-
moignage de sa bienveillante sollicitude.
Dans sa demeure de ]a rue Saint Fiacre, je fus convi6 A un
un diner oui Fouchard et Poulle dtaient aussi du nombre des con-
vives. Parmi les autres personnel del marque invites a ce diner
j'y rencontrai le comte de Burnay, le grand banquier de Lisbonne,
I'ami du roi de Portugal, Carlos ler, et a qui ce souverain conc6da
le monopole du Tabac dans son royaume, ce qui causa sa chote :
il fut assassin en 1908. Les autres convives etaient M. de Saint-
Marceaux, membre de I'Acad6mie des Beaux-Arts, l'auteur du torn-
beau de Dumas fils et de sa statue a la ( Placce des Trois Dumas,
at Paris, le c6lebre Dr Victor Chaufdl, I'inventeur du Vin des Iles *
tonique a la mode ; Monsieur de Saint Arromand, auteur drama-
tique.






DE LA JEUNESSE HAITIENNE


Au diner de Febvre, j'eus l'honneur de r6pondre au toast A Haiti
et A son ami Alexandre Bobo dont il fut l'h6te A Port-au-Prince. Je
conclus ma reponse a Febvre en deux mots, bien que I'ami Poulle
craignait queje ne fusse (( devant jour : ( Mon cher compatriote,
notre attachment A la France tient A notre origine : elle est de
vielle date; mais depuis que nous avons eu l'honneur de votre vi-
site en Haiti avec Madame Febvre, les liens sont devenus plus.
solides. Mon ami Poulle dut, apres cela, me remercier d'avoil' r6-1
pondu au toast de Febvre, sans 6tre a devant jour ) selon la
coutume du- terroir, qu'il faut toujours eviter 4 Paris, .
Febvre eut une brillante carriere au theatre. II avait d6butd au
HAvre, don't le th6etre dtait dirigd par M. Juclier. Le fils dR ce di-
recteur de theatre etait alors mon condisciple au Lycee du HAvre;
il fut plus tard 6l6ve de l'Ecole Polytechnique, d'ofi il sortit officer
d'artillerie.
J'eus le plaisir d'entendre Febvre au th6Atre du HAvre des son
debut. 11 retourna A Paris, oil il appartint successivement A I'Am-
bigu, A la Gaitd, au theatre de la Porte Saint Martin. II fut engage
A I'Oddon en 1857, ou il cr6a surtout le rble du jeune Gandin Cl1es-
tin, dans le ( Testament de Cdsar Girodot. Le cachet que Febvre
sut.donner au type du gandin contribua au grand success de cette
piece, laquelle passa ensuite au Theatre Frangais. Engag6 au Th6-
tre du Vaudeville, Febvre y joua le r6le de Didier dans ((La Famille
Benolton en 1865. II me semble le revoir en scene dans ce role
qu'il encadra de sa verve de grand artiste.
Admis A la Com6die Francaise en 1866, comme pensionnaire,
Febvre 6tait regu Societaire huit mois apres. II se retira du theatre
pendant qu'il etait vice-doyen de la Com6die Frangaise, et que Got
en etait le Doyen.
Fredddric Febvre a laiss6 dans tous ses roles au thdAtre l'em-
preinte de la marque de son grand talent de diction, et d'attitude
propre au role qu'il jouait; notamment : Don Salluste, dans Ruy
Blias, et le notaire, dans les Corbeaux d'Henry Becque. J'ai eu le
plaisir do le voir et de l'entendre dans ses principaux roles: dans
Mercadet. l'A mi-Fritz, le Fils Naturel, l'Aventuridre, le Demi-Monde'
les Corbeaux etc.
II a crO6 dans cette derniere piece le role du notaire ; et j'ai en-
core l'impression ineffaqable du tabellion peint par Henry Becque,
et que Febvre repr6sentait sur la scene dans toute la duplicity du
personnage.






REVUR UZ LA IAUE


A part son grand talent d'artiste dramatique, Febhvre etalt uu
conteur impeccable. Ses amis ont conserve un agr6able souvenir
de sa diction et de ses gestes.
II W et6 d6cor6 de la Croix de la L6gion d'Honneur.
Outre un Album de la Comedie Frangaise d6di6 A son ami le
Prince de Galles en 1880, Febvre a public les Souvenirs d'un Come.
dien, qu'il ma fit l'honneur de m'adresser avec son t6moignage
de bonne amitie.

J. R. CHENET.

















COM1TE DE LA LIGUE DE LA JEUNESSE HAITIENNE


POUR L'ANNEE 1917


GKonGcAS N. LEGER ............
PAIL, iAR.JON ..................
FuhID IC DUVI(iNAUD .......
I.KO LAL EAU....U ....... ...

Fvi.IX MASSAO... ..............
I'lir.'i'Pi LAIFONTANT .........
fluJItl SA.M311 )UR ..............
M THEART .............
1'. Eti. i I,KESI'1NASSE .......
AD I IKN 8COTT .................


Pri.sideit
Vice-p rd.'iden t
Secretaire odneral
Secretaire de la Re-
daction de la Revue
Bibliothacuire
Tr.esorier



SConseillers






DEUXIfEMEANNEE NUM]ERO 14 20 MARS 1917


i,


<1 REVUE >
DE

LA LIGUE
DE LA


JEUNESSE T

HAI'TIENNE
PARAISSANT LE 20 DE CHAQUE MOIS

ADMINISTRATION REDACTION
1M5, rue dut Centre, 125




PORT-AU-PRINCE
IMPR'IMERIE DE I.'AITIIP.' 4. RIUR DI FORT-PER







Pour touted communications, s'adresser au Bureau du Comile,
125, rue du Centre, Port-au Prince.


P ,G FS


I. Bulletin de la ligue do li jeunesse hallionno
II. Le 161e des-nouvelles Charnlh-ps G,.:oRGi:s N. l.1Gi;i'.
III. Oe la Criation de la Legislation
du Travail en Haiti PIFRRR Eun(. ID [,1,E;-IP A'-sI"
IV. Du Statutlegalde lanouve.le As-
sembilee
V. Histoire diplomatiq'ipId'llaiti (Suitie) ABI:., N I.IK:ER
VI. Posies Apaiseinent I1. HIIENRY DURAND
( LeItre une dam blanche xxx
VII. Ce qu'il rant faire iciCn \R) SALNAVE
VIII. Armand Thobv (Suite) Ffi.ix MA-SAC
IX. Chroniq(ie financi6ie C CI rI s
X. Les Livres : La le'publiquie d Ilaili
sa laillite, sa I?'dd~mpioni L\ CnilriQ'j,:


TROIS MOI ,- 3..3
SIX MS ----...-----.------...
U N A N -..--- ..... .. .. .. ....................................................... ........ 1 0


LE NUMERO: UNE GOURDE





Pour les annonces, s'adreps.er an birteaut du Conite., I 25, rue dui
Centre ou d I'Imprimerie de I'A bil,'e, 4, rue du Folrt Per.


GOI' EI)E









| REVUE

BULLETIN DE LA LIGUE LIG E

% DELA


JEUNESSE H ITIENNE



VOIIiMK III. MA RS liWl ._".14.


BULLETIN DE LA LIGUE
B DE LA JEUNESSE HAITIENNE.

Les travaux de la Ligue se pourpuivent activement. L'int6-
ressant rapport sur le project de Constitution 6libor6 par 1.,
Cpnseil d'Etat est presquc ac'hevc; il sora mis en di-,.---in-
A la premiere seance de l'Association et sern li\vr au .public
avec la livraison d'Avril de la Revue.

:La Ligue coritinue la srie de ses conff, rence.; sur la Fem-
nie Haitienne. Successivement MM. Emmnnuel Ethduart et
Dantes Bellegardese sont fait eniendre, oe leur succhi a ti M
des plus vifL -
L'imporlance des conseils donnas au course de ces caus.-
ries n'a pas 6chapp6 A l'auditoire, plus nombreux cha.que
.fois, et compose en grande parties do dames et do jeunes-.lil -
les. Dans les prochaines conferences, qui contiendront pour
ainsi dire les conclusions qui so degagent de toute la srie,. il
sera traits des devoirs qui incumbent at la Femn.me tiHtie.ie
en presence d I.a. situation,,cr6de.A la NatiQn par .'InterYen-.,
tion am6ricairie.






REVt'E DE LA LIGUE


LE ROLE DIS NOUVELLES CHAMBRES


Les 6lectiGns. que le pays avait attendues avec impatience,
ont cil lieu dns le plus grand ordre. Le Corps Legislatif, ar-
hitrairement dissous au mois d'Avril dernier, est sur le point
d'etre reconsiituO, et une tAche d'une importance considera-
ble pst ruservce aux Depults et aux Stnaleurs. 11 n'est pas un
HaT:ien qti ne sent plus ou moins confusement que de la
partic qui va Qe j,)uer dans quelques semaines dependent les
desino-es de Ia R('Ipublique d'Haiti. 11 imported donc, avant la
r'-.union des nouveaux Representants du People, d'essayer
de voir clairdans la situation et do se demander quel sera
exactement le r6le que devra jouer le Pouvoir L6gislatif.
A lire cerfains articles de journanx (ttHcieux publi6s il y a
quelque temps d(,ja, il semble que dans la pensie du Gou-
vecrnement la mission des nouvelles Chambres dot ktre pu
rernnt, ou en tout cas principalement, administrative. Dans
cesjournaux, la thlise a 6te soutenue que les (,faits accom-
plis pendant !'annde couplee 6chappaiont ncessairement A
l' On leur concede pour tolt droit celui de statue sur les me-
.*,res que I'ro vonlra bien leur soumeitre, notamment sur
Ie project de Constitution Mlabore par le <( Conseil d'Etat ), et
howrnat 1i lurs pouvoirs, on en arrive A cette consequence
pinlUt surprenanit qu'il demeurerait d6fendu aux DeIputds et
iu;i\ S)nat;eurs de s'occuper de la politique gOn6rale du Gou-
'lrnemtent.
Qutlques br<'ves considerations permettront d'etre flx6 sur
la valeur de cette thise.


Tout d'iaihod que I'on rie perde pas de vue que nous som-
mes on pys A regime 4imocratique et A suffrage universal.






DE LA JEUNESSE HAITIENNE


Si ces institutions ont un sens, olles impliquent evidemment
a une minute donn6econtr6le et sanction des actes du Gou-
vernement par les Repr'sentants de la Nation. Sans doute
le D6cret du 5 Avril a fauss6 mofnentanment le jeu de ces
institutions, celui du 22 Septembre ea a modifi6 certaines
modalit6s, mais ni l'un ni l'aitre n'ont p p))Irter atteinte al
principle et substituer I'autocratie a ia republiquo. Si mn :n ~
I'on y regarded d'un peu plus pros, non seulement ['on recon-
naitraque le principle rest debut. mti I'oi c )nstatera qui
1'annae politique a 6t6 rempli pir la lutte de qu lq eos ho.n
nies centre ce principle, l'on verra qu'ils ont t)ut fait pour le
d6figurer, I'an6ai;tir, et qu'en definitive ils not etc vaincus
par la force morale qui so degage de ces institutions 1{1\,
dans leur superb, ils prktendaient m 3ttrre a n iant. C ir 1.'
ri6canisme parlomentaire dtregl,. touted la m tcliine s'en est
ressentic, et la vie publique en Haiti a 6t6 come su spiim-
due d'Avril 1916 jusqu' Iliheureactuelle. D'oO cc malaise gi-
n6ral, ce m6contentement croissant, et m lg'. la paix publi-
que assure, cette longue et penible impuis-at;ncei a apporter
la moindre am hlioration morale ou ma1r'iell, it la situ Ition du
Pays. En fin de compete, l'Egxcutif a eu beau so d mener, il
n'a pu que reculer l'cliehance. Toujours l'on gardait I'impres-
sion tres nette que la Nation attendait au guichet. Et il a
fallu quand m6me en arriver ai la consultation national, pre-
lude du contrOle et de la sanction parlementaires.
D'autre part que l'on veuille bi-n considlcr-.r que tout cc
qui s'est fait en Haiti, au point de vu de p iliti jue intirienir',
depuis Juillet 1915, a W6t accompli sans la p irticip ition d:
Peuple Haitien. Les Chambres ont et6 occup~-s pres-que ex-
clusivemient par la discussion et Ie vote d l.i Convention
Haitiano-Americaine; la session prit fin presqu'aussit6t april's.
C'dtait done bien au mois d'Avril 1916 que l'on esperait voir
s'ouvrir les debats sur lesactes gouvernementaux ayant trait
A 1'administration interne du pays. L'Opinion Publique atten-
dait febrilement ces dfbats, d&sireuse qu'elle dtait dc voir le
grand jour se faire autour de maintes questions Ppineuses ou
1'honneurmeme duGouvernementse trouvaiten jeL', d6sircuse
aussi d'etre renseignee sur la direction que I'Exccutifenten-
dait donner a la politique haitienne Mais sous le pr6texte
pu6ril de conspiration parlementaire ,, A ce taux toute







HEVUE DE LA LlGUE


interpellation devi a (tre qualified de ,, conspiration I'Ex,-
cutif so jeta hardimenit dans I'illgalit6 et par le d6cret du 5
Avril parvint i sed' tober A toutt contrile de la part des Cham-
bros. et par consequent de la part du Pays. Voici cependant
que lo Crp- LC6gislatitf renait: il renait avec touts les pre-
rogatives pour le-quelles il a si vaillamment combattu au
printemps dernier Or l'un JI sos droits les plus clairs est le
le droit d'interpellation, e'est-h-dire le droit de demander
compete de toi Iours acts aux hornets au Pouvoir, et, selon
lque les explieations donnees sontsalisfaisantescu non,de leiar
;ncorder oi u de lIor refuser, au noin de la Nation, un vote de
conflance.
11 est oic evidentt que les Charnbres auront uin rle politi-
que conmid-rable ia jouer. Avant routes closes, il lear appar-
tiendra d'approuvel ou de bl'tner la con.lnite du G )ver'ne-
ient, et cela en considdrant non seulement Io pre;enit mais
en remontant juiqu'd la*minute precise ou le contr6le parle-
mentaiir, l is ,de notre systime d(1 goulvernoment, a cess6,
c'est-a dire a IhDcembre 1915, date o6 la Convention vote, la
deuxieme session de la 28,". Legislature a pris fin.


Une autre consideration renforce cette these, et fait de la
sanction pinlinii e des Chambres non plus une fault .et un
droil, mais une necessity et un devoir. lfe Gouvernement, fai-
sant ii',te d.sz Li- ot d li Constitution, a proedde pendant
des mois par une serie de coups d'Etat. De son propre gri il
est sorti du cadre constitutional et s'est lanec, dan.s une sui-
te d'aventureo qui flise le regime rvodlutionnaire. On ne voit
guere, ein eft, au point de vue (Iii I)mit, quelle peut eire la
difference quii s Ipare le decret do 5 Avril do celui du Comit6
lHivolutionnaire. en date du Aoit 1915. dis-olvant les m,-
mes Cliambres. Or les coups d'Etat no se consominent qu'a-
vec I'appui de la Force, et ne se justirlont, si taut est qu'ils
se pui-,'nt i stiler, que pir I'assentirnent de la masse. En
Avril le Gouvernemnent, au bout d'in tnnin da d~nmarches qui.
n'ont i a ipreci-si' ent reliauss, son litestige, parvint a obte-.
nir l'appii lde In Force Etrangreo, et, perpetuant son coup
d'Etnt, d ina a l P',rt-au-Prince ',o spectacle qu'aucain Haiitien
n'oubliera : la dispersion, a la pointe des baionnettes, des







DE LA JEUNESSE HAITIENNE


S6nateurs de la R6publique. Mais il lui rest la justitier cc
coup de Force, et il ne le peut qu'en dernmontrant I'absolue nd-
cessit6 de cet acte arbitraire et on oe f'aisant raitlior p ir ]5
grande majority des citoyens, ratification qui, en l'occuironce,
devra se manifester par un vote do confi mce. aprs d.?batt,
des nouvelles Chiimbres. Seul un plbhiscito aurait pa en-
tenir lieu mais le plebiscite n'est pas d ins nos mine rs Di
reste le Gouvernement lui-mime sent bien l'oblig Wtion im-
perieuse on il so trouve de rechlercler un vote simn de con-
fiance, mais au moins d'absolution, et c'est ainsi qu'il a 6to
amend A glisser insidieusement, parmi les derniers alinhas
de son projetde Constitution, la toute petite phrase suivanto :
< Demeurent approuv6s les dderets et actes rendus par le
Pouvoir Executifjusqu'A la promulgation de la prdsente o,)ns-
titution. ,
II1 a 6galement, dans une camp igne de press men6e, il est
vrai, assez tinidoment, essay de rop inldre cotton idi o qu'il
convenait de lui accorJ(or un < bill d'iniiJ .n:lit,, p )ur t,)us
les faits passes. C'est done qu'il comproend parfait'ment (qI'il
lui faudra s'expliquer dova:t los Reprsoeatatiis dti Pays, Et
l'on saisit d('s lors la puJcrilit6 de la mn-u inIvre tend'ant
a le soustraire quan( mimn,' na 1d actionn dles (Ci i. mb,'os, acti, n
qui sans doute pout lui Ctre favorable on dLf.tvorable. mais
qui est indispensable et inevitable.


Allons plis loin. Cons-idro)ns los chi)oss un p u erti nmt,
dans leur rdalit6. A !a tite du p-ys so triuvient ai:ue.lemcin.t
quelques hommeCrn qui l'adminis lreont. Au debut, ils frrmaiint
un Gouvernemient constitu.5 reog ilii'6re n it. soIon les L)i.- d,
la Republique. Volontairmeont ils out romnpu les ;tiiwlh s
constitutionnelles qui les liiiient it la Nation, on plult ,qiii
lidient oeux la Nation. [Is soat d.-ven is un p)uvo ir l., ;i.t,
agissant non plus selon les voices traces p.ir nos disp )sitioAiS
orgahiques, maissi-lon leur volont6 propre, et sans a.*.ie
lien avec la Filpublique J'Haiti que le bion qu'ils p murraiont
lui faireet la reconnaissance qu'elle en pourrait garJer. Ea







54 REVUE DE LA LIOUE

face d'eux se dressent actuellement les Repr6sentants du
Peuple, c'est-A-dire la Nation elle-mrme. Eh bien, au point de
vue juridique conmmeau point de vue materiel, il est impos-
sible qu'avant d'aller plus loin, ces h-mmes ne cherchent
pas d'abord a e'gulariser leur situation, onsuite n'essaient pas
de savoirs'ils ont encore la confiance du Pays, et ne se fassent
pour ainsi dire renouveler le mandate qu'on leur avait don-
n6 mais qu'ils o0t d6truit en on d6passant consid6rablement
les terms. 11 faut remarquer que les nouvelles Chambres
sont particulierement aptes A ce r6le un peu special qui leur
est d6volu ; car les Hai'tiens, d'une fagon g6n6rale, ont 6t6 A
l'urne en parfaite connaissance de cause, comprenant bien
qu'il s'agissait en some, et avant tout, de blamer ou d'ap-
prouve r les actes passes du Gouvernement; d'un autre c6t6.
sauf quelques exceptions, les 6lec'ions, grace au contr6le de
la Gendarrmerie, ont eu lieu dans des conditions asiez satis-
faisantes et permettent aux D6put6s, et partant aux SInateurs,
de se consider con me les re'pls Repr6sentants de la Nation
Haitienne. A ce titre,, ils sont souverains, et 'on ne s'expli.
que pas par suite de quelle exag-ration monstrueuse de la
conception de son pouvoir, I'ExAcutiftsongerait .a limiter I'ac-
tion des mandataires de la R6publique d'Haiti ou A imposer
de sa seule volontd, tel ou tel ordre A leurs travaux. Le man-
dat qu'ils ont requ du Peuple est d'autant plus large qu'ils
ont aussi mission, s'ils le jugent A propose, de remanier de
toad en comble la Cihirte Constitutionnelle, et de voter les
measures rendues n6cessaires par les circonstances nouvelles
o i sc trouve la B6publique.
VoilA done.des Chambras qui ont le pouvoir de porter la
main sur les institutions du Pass6, des Chambres qui doivent
as-umer la responsibility de poser les assises sur lesquelles
s'edifiera I'Avenir du Pays. et elles n'auraient pas le droit
d'examiner Ihs actes de quelquces individus! Emanation de
la Volont6 Nationale, elles devraient s'incliner devant la vo.
lontd de cinq ou six citoyens: Cola n'est-i! pas pour faire
sourire ?







DE LA JEUNESSE HAITIENNE


Cependant it est fortement bruit d'un changement de Mi-
nistere avant la reunion des Chambres. Li Gouvernement,
conscient de I'6chec subi aux 61lections, et 'dsireux de faci-
liter le vote 6ventuel de quelques projects financiers impor.
tants don't tout le monde pirle sans en rien connaitre. so se-
rait decidd, parait-il, A jter du lest. Des Inmmes nouveaux,
n'ayint pas pris part aix derniers dvdnments politique'. so-
raient appelds A ramlplacer les Ministres used, et, se presen-
tant les mains pures et la conscience lisse devant es lReprd-
sentants du Peuple, il n'y aur.it plus lieu pour ceiix-ci d'oi-
vi-ir aucun debat sur la p'litique pa;-,sde ni de leur dem in-
der compete des actes don't ils sont iflnoconts. Voyons ce qu'il
convient de penser de pareille thorie.
r'out d'abord, W'oublions pas que certaines des questions
irritantes qu'il impo*'te d'6claircir depatssent singuliirement
les habituels d6b its parlementaire., et qu'il s'y trouve enga-
gd plus que de simple responsibilities ministdrielles. Des
accusations tres graves ont Mte port6es publiquement au su.
jet du maniement des foods de l'Etat. L'aff-ire Rigal, entire
autres, est prdsente dans routes les mminoires. ,e G)iverna -
ment ne r6pondit A ces accusations qu'en faisant emprisonnt, r
leur auteur, et le Pays eut I'impression. justice on nhn, qup
la vraie raison de la dissolution des Citnmbres fut Ie dtsir do
la part de I'Executif do so soustrair, 7i toute explication sur
ce sujet. Cela constitute un fait grave, et it imp')rte qu. Ie
Gouvernement, Ie Gouvernemnent tout entier, se lave devant
le Pays de ces soup(:ons pr6cis, et hdlas par trop vraiserrbla-
bles. Tant qu'il ne I'aura pas fait, it sera mal place p')ir de-
mander le vote d'aucun project financier, et surtout d'un pro.
jet aussi considerable que celui do'it on parle. C ti s'il e.t
vrai, conime I'a decrit fort justernent I'a;ctu 'I Ministre d -s Vi-
nances A que la temme de Csisnr ne doit p-its tre soupc- )n-
ni ,, cela est encore plus vrai de Csar lui-mmte.
D'autre part, en supposant que les Cliambres consenltis-seti
A passer I'6ponge sans ddbat sur les viotltion-;s la I instil'i -
tion et sur le regime de coups d'Etit qui en fut la cous6quen-
ce, et cela parce qie les nouveaux Ministrs nw pjurraient
pas 6tre tenus pour responsables de ces ,, faits accomplish ",
il n'en demeure pas moins certain qu'il faut abholument,
pour qu'il y ail travail ulile, qu'il y ait a:cord parfait Ot bar-







O0 REVUE DE LA LIGUE

monie complete entire les Pouvoirs Expcutif et Legislatif.
Conqoit on oune collaboration fructueuse entire gens divis.s
par d'incessantcs inquietudes, de sources rancunes, de. se-
crets desirs de vengeance ? Or l'on ne pout se teacher que le
gcrme de lout oe malaise existed dans la situation actuelle. Sep.-
le, une explication franclie, decisive, at qui peut pirfaite.
ment demeurer cordia'e, entire le nouveau Ministere .ven-
luel et le Parlement pourra dissiper ces nuages. L'accord 6ta-
bl i,-itout marcihera a soulh dit, les angles s'arrondiront, les co-
I res -.'apaiseront, et I'on aura pour la premiere fois depuis
Avril 1916 cette chose indispensable: des Gou.vernants qui
collaborent avec la Nation au lieu de la combattre. Cet ac-
corJ permettra le vote en toute tranquillitM des grades me-
sures legislatives don't depend le sort des citoyens haiti.ens.
Li'on voit que tout le monde, nussi bien Gouvernement
que Deputes et'Sn.ateurs, tous ceux qui veulent le retour de
lan paix morale dans la Republique, totis ceux qui d6sirent
quo l'on n'ait plus de part et d'autre, d'autre preoecupatto.n
que I'amlioration du sort materiel du Pays, tous ceux li.ont
interkt a ce que s'oIvre dans les conditions sus-indiquees la
2910 l-Vgislature.


En resutmn, l'on peut dire que les nouvelles Chambres Obt
pbur-premier devoir d'accomplir leur r6le politique, de doo-
ner, au nom de la Nation, une sanction aux actes du Gou-
vernement actuel, et d'6tabiir accord et-cornmunaut6 de sen:
timents, qui seuls perlmel ront d'accomplir oeuvre utile, entire
les deux Pouvoirs. Proc6der autrement, ce strait risquer de
rendrc impopulahtie et instablei toute modification apportee A'
In Constitution, co serait risquer do voi,r intervenir sans ces-
se, dansles plus graves debats, les questions'de personnel,
ce sernit risquer de rendre sterile une session qui doit etre
frucitueuse, ce serait enfin perpituer I'etat de malaise et d'a-
gitation dans lequel in N;ition 6touffe depuis des mois. 'Ni les
Chamnbres, inoui en souinmes sCrs, ni le Gouvernement, nous+
voulons le croire, re consentiront a so lancer dans pai'rile'
aventure.
GEOHGEs N. LEGER,
S 9 Ia l 7 /1ptti/' ,/f t I P ineir, d,. I' ,-a u- ritce. : i* .






DE LA JEUNESSE HAITIBNNE


DE LA CREATION
DE LA
LEGISLATION DU TRAVAIL EN HAITL


A Maitre EMMANUEL ETII'AIl:.
Hommage respectueux d'un jeune
confrere.
P. E. L. :.
Une des principles manifestations de certainement la creation de la grande industries en Haiti.
felle peut ne pas se produire A notre profit, mais elle ne sera
pas moins une des transformations sociales de ce pays.
Sans double des milliers de bras, victims innocentes jadis
d'une politique sans grandeur, trouveront un regain de vita.
Jit6 dans les usineset les ateliers. Pour pouvoir tenir et ga.
gner honnetement sa vie, il faudra a la classes laborieuse
la protection de l'Etat et celle du L6gislateur, car la lutte:
pour' 'existence plus Apre qu'autrefois, sera souv3nt penible!
et decourageante.
.L'organisation industrielle moderne introduite chez- nons,
va croer des 6tats de faits nouveaux et des situations juridi-
ques nouvelles que nos lois n'auront point prevus.
D6jA, le ph6nomene 6conomique se prod'it et 1'industrie
civilisatrice q'est peut-6tre pas bien loin. Nous. avons, ayant.
pris corps parmi nous, la Haytian-American Sugar Compa..
ny et l'un des derniers Num6ros du Aloniteur O//'iciet annon':
;-aitau public la creation d'une soci6t6 anony me dans le butj
d'exploiter certaines regions petroliferes de la Republique.
La reaction ouvriere ne tardera pas A se faire sentir; l'i
solementet la faiblesse de I'artisan, deux causes certaines
de mort, forceront les salaries a s'unir pour resister efficace-
ment a l'imp6rialismc probable des patrons et faire accepter
le'urs revendications. La coalition ou plutot l'organisation des
proldtaires serait en pleine preparation puisque, s'il faut!4n,







REVUE DE LA L1GUE


croire le Nouvelliste du 27 FEvrier Ccoule, Monsieur Georges
H. Jacob aurait.cr6, A Port au-Prince une association ouvrie-
re sous forme de mutuality. Que celte tentative n'aboutisse
pas, l'union entreles travailleurs ne se fiora pas moins plus
tartl. Elle prendra alors los allures menacantes du syndicat
qui est une des qrtnes redoutables du salaried.
Les deux adversairc.s, .chefs d'entreprises et ouvricrs von.
bientut se trou0er en p i eon H-iTti. 11 hiudra qu md me-
me maintenir I'equilibie entire ces teornels antagonistes,
d'autant plus que le capitaliste sera stranger et le travailleur
haitien : d'oi la nkcessilt de lois opportunes pour pr6venir et
cembattre des contlits d'intdrtts inconi's jusqu'ici Alors nos
16gislateurs, s'inspirant des principles regissant en la malirce
les pays plus avanc6s quc le n6tre, auront A jeter au hasard
descirconstances les premieres bases de la LAgislation Indus-
trielle. Et pour parler d'une fa;(on plus pe(cise, il leur faudra
organiser le rouge complex et d&licat de-la Legislation du
Travail et de la Prdvoyance social.



Le problmre po.te, une premiere question qui ne manque
pas d'importance so prese.ate t I'attention do tous. A quelle
source d'information, me dircz-vous, I'Etat et nos 16gislateurs
devront ilspuiser pour I'6laboralion des lois et decrets concer-
nant cette imporlante imtiere ? La rdponse nest guire dou-
teuse il me semble. C'est A la France, qu'il nous faitlra en-
core avoir recours car ce sont se-; institutions que nous avonl
toujours calqudes ct ce sont ses principes juridiquei qui
seul~speuvents'adapter, le plus facilem *nt, it notre Mtat social,
a notre education latine recue par tradition et A notre situa-
tion ethnologique Tous les peuples fnont pas les memes ten-
dances et la mume conception do vie; do. lI la divergence
profonde des mccurs et des 16gislations. Presses de prs peut
6tre par les 6vdnements, nnus ne pourrons gia3re improviser
ce qui ne s improvise pa'. c'est-a-dire la confection des lois.
Ncsdirigeants aurom la delicate mission d'dtudier la Ltgi--
lation Industrielle de la France avant de pouvoir doter la 110-
publique d'une Lgislation du Travail autonome ne ressem-
blant en.rien &.celle des Etats-Uni.






DE LA JEUNESSE HAITIENNE


Voyons maintenant dans les grandes lines I'histoire de la
science social en France. Bien que la protection du Travail
ait une origine fort lointaine, la L6gislation Industrielle n'i
pas de passed De creation moderne, elle ne remote qu'a la
second moiti6 du XIXe siecle et ce n'est que vers 1874 qu'el-
le commence a croitre et grandir pour devenir A I'heure ac-
tuelle une des branches les plus importantes du droit fran-
. cais. Sa caracteristique est sa formation pour ainsi dire si
multande chez toutes les grandes puiissances sous I'empire
du developpement de la grande industries. Son but est de
maintenir I'harmonie entire les tendances contraires des pa-
trons et des salaries. Les uns n'aspirent qu'A regner par l'or
tandis que les autres ne revent que de soulager leur misAre.
Son nom change parfois: on I'appelle indifftremment LU'gis-
lation Industrielle ou Legislation Ouvriere et plus speciale-
ment la parties qui nous interesse porte la rubrique de Li-
gislation du Travail et de la Prvoyance social.
L'histoire du Travail, en France, est intimement lide A
I'histoire des Corporations. Celles-ci d l'origine poursuivaient
un but philanthl'opiquc et religieux et constituaient en plein
Moyen-Age un puissant moyen de protection pour Ie d6ve-
loppement de 1'Industrie et des Arts. Mais, les corps de me-
tiers utiles au debut pour la conservation de l'industrie, de-
vinrent bien vite avec le temps un instrument de routine
pour la production et une contrainte au servage faite au pro-
fit des maitres et au detriment des apprentis et des .ou-
vriers. Loin d'6tre supprim6s, ils furent au contraire couverts
de la protection royale et prospererent A l'ombre di tr6ne,
La monarchic vendait des privileges aux corporations et.
voynit en elles une source certain do revenues. Le regime
corporatit s'affirma done au XVIC et au XVIle siecle par les
6dits de 1581 et de 1597. Enfin Colbert en 1673, afln de fournir
des funds A Louis XIV qui guerroyait en Hollande. ordon.na
la creation des corps de m6tiers dans toutes les grandes vil-
les de France.
La measure fut desastrouse. Longtemps aprus, sous LouiA
XVI, l'opinion semblait pr6te a accepter la suppression des
corps de mdtiers. Aussi Turgot appeld au minist&re, tenta la







REVUE DE LA L-IGUE


r6forme par le celebro dit de Fevrier 1776 qui supprimait
les maitrises existantes sans indemnity. L'6motion fut profon-
de A travers le royaume et ( il semblait, 6crivait Monsieur
Foignet (1) qu'on ne pouvait toucher an privilIge'd'une caste,
si modest qu'elle fur, sans 6branler 1'*difice tout eniier de
l'ancien regime. n
La cable triompha do Turgot qui tit renvoyS, et les cor-
porationsse reformerent comme p'r le pass>'. (2) Les jours
de la Monarchic 6taieiit compt6s et rien no pouvait arrtler .la
march des e6vnements. La Constituanto dans son dcret du
2-17 Mars,1791 en proclamant la liberty do travailt(art. 7) abo-
lissait pour toujours une des grandes injustices sociales de
I'ancienne France. Trouvant la measure insuffi-ante, elle re-
vint sur cet important problem, trois mois apris, dans son
decret du 14 -17 Juin qui, tout en confirmant I'independance
de I'ouvrier et la liberal du travail edictait des pines save-
res centre ceux qui tenteraient d'un fatcon indirect de ere-
-venir au systime corporatif. Le decret de Juin porte Ie nomn
de son rapporteur Le Chapelier.
:,3L'oeuvre de la Revolution concernant la classes ouvriere A
peino biTuchte fut interomnpuie par les circonstances. Cepetn-
dant, par la force des chjoese, lo paLron Atait devenu I'egal
de. l'ouvrier de par la volont, de la loi. En fait, -il n'en etait
rIenT, puisque le contract de louage de services on principle sy-
nallagmatique se m6tamorphosa on contract d'adhesion. L'ou"
vrier- isolI, inaccoutum6 a l'effort individual, perdit tout'
prestige devant le chef d'entreprises omnipotent. Alors re-
comimence pour le proldtaire on nouveau servage; il va
r'dncontrer sur sa route Ihostilit6 de I'Etat qui prend fait et
cause pour les patrons. L! Consulat, inspire par le despotis-
me de Bonaparte. on haine des salaries prom:nulga la loi d i
22.Germinal an XI (12 Avril 1803); cell ci encourage les
associations patronales ,pargndes par le decret du 2-17 Mars

(tl) Manuel Elementaire de L&"gislhiton Industrielle par Rdn6 Foignet et Emii-
le Dupont, page 20
S(32)&idit.du4Mois d'Aout 1776.






DE LA JFEUNESSE HATIE[NNE U .it
17pl et decr6ta en outre la creation du livret ouvrier. La
classes ouvrireo traina apr&s elle ce bouletjuslu'en 1890.
Tou}ours poursuivant de ses rigueurs la masse des travail-
leurs, le Code civil de 180' ne le'ir rut guere favorable. L'art.
1781 concernant le louage de services disait express6ment:.
Le maitre est cru sur son affirmation :
," Pour la quotit6 des gages ;
:,.Pour le payment de l'annde 6chue :
,, Et pour les acomptes donn6s pour I'ann6e courante. ,
La procedure ddict~e par I'article 1781 survacut pendan
1ingtemps et ce n'est qu'en 1868 que disparut cette monstruo-
site juridique.
Le code pinal de '1810, accentuant la tendance du 16gisla-
tetur de 1' poque vint surench6rir. II voulut empecher'le sala-
ri6 de so defendre et interdit la coa'ilion dans ses articles 414,'
415, 416 Ces sanctions rigoureuses abrogeaient les penalit6,
prevues par ie deci et du 14/17 Juin 1791 tout en supprimant en
partie la loi du 22 Germinal an XI.
La Restaurationne s'occupa pasde la question ouvri6re et
ce-n'est que sous la monarchic de Juillet que I'Etat intervint
e.fflcacement dans le conflict entire les salaries et les patrons.
La loi du 22 Mars 1811 vint interdire 1'emploi des enfants de
moins de 8 ans dans les usines et les ateliers. Le d6veloppe.'
ment de la m6tallurgie au commencement du siecle avait fait
n:iitre une grande activitO coanm'niqu A travers la France.
Les campagies accouraient voters les villes, les salaires subis-
sani alors la loi de l'offre et do la demand Mtaient tomb6ss
des prix drisoires. En 10 ans, 6crit Monsieur Capitant, de
1833 a 1816 la population de la France augmente de 2 millions
mais cette augmentation se produit exclusivement au profit
des communes de plus de 3,000 habitants ) (1) La classelabo-
rieuse r6fugi6e dans les faubourgs des grandes villes vivait
mishrablement. Les caves de Lille, au dire mere des con'
temporains. sont restoes trisLement c6lebres. Au milieu de

(1) Cour: de Legislation industrielle professes A la faculty de Droit de Paris,
et des pl is, intrepssants.






REVUE DE LA LIGUE


ces souffrances. des epid6mies firent des ravages, des 6meu-
tes dclatirent un peu partout et celle de Lyon, memorable,
mit.:en 6moi tout le royaume. Avec la Rdvolution de 48 seu.
element, triomphe la classes ouvriere. Louis Blanc et Albert,
president et vice-pr6sident de la Commission du Luxembourg
entamerent les reformes. Successivement il fut ordonn6: 1 le
28 F6vrier F'ouverture des ateliers nationaux ; 20 le 2 Mars la
diminution du travail journalier qui est reduit a 10 heures A
Paris et A Il heures en province, puis le marchandage fut en
outre supprime.
Une loi du 9 Septembre limitait d 12 heures la journde de
travail dans les usines Enfin la Constituante fit du prol6tai-
re un citoyen en lui octroyant le droit de vote.
Le second Empire a partir de 1860 tenta de s'appuyer sur
les ouvriers pour combattre efficacement I'opposition inquid.
tante de la droite. De cette combinaison politique sortit la
loi du 25 Mai 1864 qui rendit licite la coalition c'est-a-dire ac-
cepta implicitement le droit de greve. La measure liberale
causa une vAritable revolution dans le mqnde des salaries.
L'.difice dlev6 avec tant de soins par I'Assembl6e Constituan-
te et le Consulat s'6croula comme un chateau de cartes puis-
que la nouvelle loi abrogeait les articles 414 et 415 du code
penal. Les Chambres inspirees par Emile Olivier, rapporteur
de la loi du 25 Mai, cr6erent de nouveaux ddllts resultant par-
fois du fait des groves et l'article 416 lui-mrme fut abrog6
en 1864.
Avec la troisi6me Republique, la 16gislation industrielle
prit v6ritablement sun essor. Grace a la sollicitude du pou-
voir en faveur de la masse laborieuse, les reformes radicales
purent s'op6rer; de 1 l'dclosion successive de lois carac-
thristiques. Nous avons tout d'abord la loi du 9 Mai 1874,
votee par 1'Assemblde Nationale qui organise l'inspection
du travail et couvre d'une protection certain les femmes
et ,les enfants travaillant dans I'industrie. Elle abroge les
dispositions de la loi du 22 Mars 1841.
Nous trouvoqs dans leur ordrechronologique, les lois du 21
Mars 1884 sur les syndicate professionnels; celles du SNovetn






DE LA JEUNESSE HAITIENNE

bre 1892 et 30 Mars 1900 sur le Travail des ternmes, des en-
fants et des hommes qui travaillent avec cux;
Les lois du 12 Juin 1893 et 11 J.uillet 1903 concernant I'hy-
giene et la s6curitd des travailleurs dans les 6tablissements
industries et commerci-ux ;
La loi du 9 Avril 1'98surles accidents du travail;
La loi du 13 Juillet 1906 sur le repos hebdomadaire :
La loi du 6 Avril 1910 sur les retraites ouvrieres et pay-
sannes.
Pour guider l'interventionisme de I'Etat allant en s'accen-
tuant, des institutions nouvelles furent criees, afin d'aider le
16gislateur dans sa lourde mission de conciliateur. Successi-
vement virent le jour en 1891, le Conseil superieur du Travail
et le Ministere du Commerce s'augmenta de l'Offlce du Tra-
vail. Enfin Ics diffirents services s'occupant de la classes la-
borieuse forent groups en one administration unique et
censtituorent le 25 Octobre 19o5, le Ministcre du Travail et de
la Prcvoyance social.
On tenta ln codification des lois existantes qui forment en
realit6 la Legislation industrielle. Une commission extrapar-
lementaire en 1901 s'organisa celt eflet. Elle proposal un prone
jet de code en sept lives. Son rapport accept en principle par
le Gouvernement est en instance devant les Chambres. Ce-
pendant les deux premiers livres furent votts et promulguds:
le premier par une loi du 28 Decembre 1910 et le second pa'r
une loi du 26 Novembre 1912.
VoilA en un resume qui est malgrd m.i uh peu long, I'hjs-
toire d la L6gislation du Travail et de lal Prevoyance so-!
ciale.


Quel profit pouvons nous tirer de cet arnas de lois qui for-
ment dans leur ensemble une science nouvelle? Tout d'abord,
avant de 16gif6-er sur le sort future du proletaire en Haiti, ii
faudra rajeunir nos diff6rentes institutions juridiques et plus.
sp6cialement notre code civil. Nos ldgislateursde 1825. s'ins:
pirant de la legislation franaise, reproduisirent souvent sans
variantes les textes qui leur servaient de modules. C'est ainsi
que l'article 1781 du code Napolon concernant le louage des






64 EVUE DE LA LIGUE
domestiques et ouvriers, reproduit in-extenso devint I'article'
1551 du code civil haitien. Notre code penal de 1835 ignore les
articles 414, 415 et 416, mais ceci n'empeche pas que si une
coalition de salarids,A l'heure actuelles'organisait, et qu'il yeut
une greve dans des usiaes ou ateliers, les manifestants press.
que certainement entrains aux violence ne tomberaient
pas moinssous le coup de la loi pdnale et seraient poursui-
vis.
Ainsi done, nous avons embrass6 sans le savoir, la cause du
premier Consul en partageant ses ressentiments contie la
classes ouvricre, puisque l'article 1551 du code civil trappe ri-
gou~reusement 1'armde de prol6taires.
Le travail de rajeunissement, de modernisation de notre 1e-
gislation doit se produire le plus tot possible, tout d'abord pour
avoir des lois neuvelles correspondent A i'existence et aux
moeurs de notre 6poque, en permettant pour l'avenir, la crea
tion d'une 16gislation du travail base sur les principles de
justice et d'dquitd.
Je livre A la meditation du Corps LUgislatif qui vient la so-
lution du nouveau probleme qui sollicite son attention. II ne
faudra pas, je le redpte, que nos dirigeants et nos 16gisla-
teurs oublient que la protection accordde au travailleur hai-
tien doit Otre d'autant plus grande qu'il est ignorant et faible
et que surtout ses patrons seront des strangers.
Je me permets en outre d'attirer I'attention de I'Etat sur
quelques lois qui peuvent dans ur. avenir prochain trouver
une application dans ce pays : ce sont les lois du 14 Mars
1W04, sur les bureaux de placement qui facility la recherche
de l'emploi A l'ouvrier sans protection ; celle du 12 Janvier
1895, garantissant lesalaire contre les cr6anciers de l'ouvrier:
la loi du 9 Avril 1898, sur les accidents du travail ; celle du
13 Juillet 1907, sur le salaire de la femme marine ; enfln la loi
du 19 Mai 1874, concernant la protection des femmes et des
enFants dans l'industrie.
Alors, je l'espere, sous la saine impulsion des lois industriel-
les, A une 6poque oif nous ne serons peut-Otre plus, le people
haltien retremp6danslasouftrance et le travail pourra, cons-
cient de sa torce, s'(lancer vers de plus grandes destinies.


PIERRE EUGeNE DE LESPINASSE.


MArs. 1917..






DE LA JEUNESSE HAITIENNE


DU STATUT LEGAL,
DE LA
NOUVELLE ASSEMBLE

Dans les premiers jours d'Avril prochain, une nouvelle as-
semble legislative haitienne va se constituer. Vers elle ten-
dent toutes nos esp6rances. On souhaite qu'elle mette un
terme d la pdriode pdnible que nous vivons depuis bientot
deux ans. Aussi importe-t-il de savoir quelle sera la v6rita-
ble nature.de cette reunion des mandataires du people, quels
seront ses pouvoirs, en un motde quels traits speciaux elle
sera marque dans l'histoire de nos assemblies politiques,
qui de notre premier Senat jusqu'd ce jour, onteu sans doute
de nombreuses faiblesses a leur passif, mais aussi leurs jours
de gloire dans la paix come dans la guerre.
11 convient de s'arreter quelques instants a ces questions
d'un palpitant int6ret et de se demander ce qu'on a le droit
d'attendre des 61us du 15 Janvier dernier.
Et d'abord que sont-ils'? Sont-ce des repr6sentants de com-
munes ou d'arrondissements ? Forment-ils une branch du
Corps Legislatit? Quelle est la signification des pouvoirs qu'ils
auront A vdrifier, lorsque solennellement reunis, en vertu de
traditions ddj6L sdculaires, sous la presidence de leur Doyen
d'age, les plus jeunes d'entre eux Mtant les Secr6taires de leur
bureau, ils auront a soumettre A leur propre examen leurs
actes respectifs de naissance A la redoutable vie publique
qu'ilsvont commencer d vivre?


Peur examiner ces questions, il faut rementer plus haut,
et dans un brefraccourci nous remettre en m6moire les cir-
constances qui ont amend les Mlections du 15 Janvier.
Au milieu de la tempkte tant phy-ique que morale que nous
connaissons,- M. Sudre Dartiguenave avait .t6 appeal a.u su-






REVUE DE LA LIGUE


prAme honneur de diriger les destinies de la R6publique,
certainenient A I'heure la plus p6nible de notre histoire. Upne
force Mtranger3 occupait et occupe encore notre territoire et
tn officer de la Marine des Etats-Unis d'Am6rique, dans cet-
te reunion tristement celebre de Parisiana, avait annonc6
aux repr6sentants du Peuple haYtien qu'on venait rendre A
la Nation l'honneur et la skcurit6. Sans doute, pour y parve-
nir, une convention diplomatique avait W6t sugg6rde et le
Corps LUgislatif. moins onze Sdnateurs et quelques rares
Deputes,. leurs noms A tous sont encore dans toutes les
m6moires, -l'avait vote, il faut le dire, aux applaudissements
du public.
Quelque temps apres, pour des motifs que nous n'avons
pas A appr6cicr ici, le Gouvernement de M. Sudre Dartigue-
nave crut devoir sortir de la l1galit6 et briser A coups de d6
crets ce qui re3tait encore debout de la facade constitution-
nelle de la Patrie.
Un coup d'Etat peut il, dans certaines circonstances, Wtre
gdn6rateur de droits? La supreme violation de la legislation
peut-elle dans certain cas. enfanter un Droit nouveau ? Cer
tes l'histoire des peuples et 1'6tude du Droit Constitutionnel
permettent de repondre affirmativement.
Quand les trois ordres des Etats g!neraux de France, sur
la proposition de l'un d'eux se reunissaient, contrairement A
ia vieille Constitution du iioyaume, en une assemble natio-
nale nouvelle fondatrice d'une ere de grandeur et de Justice,
ils puisaient dans l'assentiment presque unanime du people
frangais la sanction n6cessaire A la creation d'un Droit nou-
veau.
Quand plus tard, A differentes p6riodes de I'histoire de la
France, les Bonaparte en appelaient a la Nation contre les
Institutions, le people francais impressionnd par leur gran
deur, decr6tait la 16galite de leurs actes et constituait le droit
plbiscitaire imperial. C'est qu'aujourd'hui, dans la conception
du droit Moderne de presque tous les Etats, le veritable sou-
verain, c'est le people lui-meme. La ddligation des pouvoirs
est issue d'un contract social dans lequel 1'universalitd des ci-
toyens delegue 1'exercice de leurs droits A quelques hommes,
suivant une procedure arret6e A l'avance. Si cette procedure
ne convient plus, qu'on en appe!le au people et si ce dernier






DE LA JEUNESSE HAITIENNE 67
consent A la changer, c'est une nouvelle 16galit6 qui Hait ;
mais il taut pour cela qu'il n'y ait point d'intervention de
tiers. Si le coup d'Etat, au lieu de s'appuyer sur la volont6
populaire, ne trouve la force qui lui est n6cessaire que dans
la baionnette 6trang6re, it reste sans fondement 16gal. II ne
peut crier un droit nouveau qu'd partir du jour ou sans con-
trainte il est accept par la Nation qui le 16galise et lui don-
ne la sanction de sa souverainet6, et qui ,nodifiant volontai-
rement ses anciennes formu!es h1gales, cr6e an droit nouveau
qu'elle juge n6cessaire.
Quand M. Sudre Dartiguenave viola sans ambages par des
actes successifs notre charte Constitutionnelle, ce furent les
officers strangers qui signifirent aux S6nateurs de la R6-
publique qu'ils devaient abandonner leurs sieges. Comme
ceux qui portaient ces ordres parlaient au nom d'un people
de 80 000.000 d'habitants et les intimaient aux S6nateurs d'un
petit Etat poss6dant a peine 2 millions d'Ames, il n'y a eu
dans le geste de M. Sudre Dartiguenave qu'une simple mani-
festation d'une force toute puissante. Il est 6vidant en effet
que le Peuplehaitien n'aurait pas pu sans folie recouriralors
A une protestation armie, puisque le droit de Revolution
cree par notre disposition constitutionnelle qui confle la Cons-
titution au patriotism de tous les haitiens, nous 6tait, a tort
ou A raison, effectivement retire.
Mais comme la force ne peut rien cr6er de durable, com-
me elle n'est pas gne6ratrice de droits, une here vint ou
ceux qui en avaient us6 comprirent que si l'on voulait avoir
un droit nouveau,il fallait recourir A lasouverainet6 national.
De lA les d6crets de Septembre et les 61lections du 15 Janvier.


On a dit qu'en allant au vote on avait sanctionn6 les de-
crets. Jamais theorie plus illegal n'a Wte exprim6e. Certes
la procedure de vote cr66e ne reposait sur aucune loi; mais
le people haitien opprim6, trouvait l'occasion sans lutte ar-
mde, dans la paix, de faire entendre sa voix. A la bete en-
chainee, on laissait la liberty de sortir par un moyen de sa ca-
ge et de se dresser. La bete couchee n'avait qu'un moyen de
se lever, elle s'est lev6e. Bien plus la force etrangre qui
avait appuy6 le coup d'Etat, par un de ces justes retours des






REVUE DE LA LIGUE


choses d'ici-bas, ou plut6t par une de ces si constantes ap-
plications du principle que la Justice doit triompher, inter-
vint pour assurer la liberty de la consultation national et
par suite pour la creation d'une assemblee aussi respectable
aux yeux de l'Etranger et dans les rapports internationaux,
qu'aux yeux des haitiens eux-memes.
C'estcette assemble qui, aux premiers jours d'Avril pro-
chain, pregnant possession du Palais du Corps LUgislatif, va
renouer la tradition criminellement interrompue des assem-
blies politiques haitiennes.


Cette assemble, quels seront ses pouvoirs? Une constitu-
tion n'est pas seulement faite des textes 6crits de la derniere
constitution vote; son essence se trouve dans la tradition
national toute entire, dans les vieilles chartres d'autrefois.
qui no sont d'ailleurs abolis par les textes nouveaux, qu'en
ce qu'ehes leur ont de contraire. Notre Droit public, de son
origine a ce jour, comme d'ailleurs le Droit public de pres-
que toutes les Nations modernes, puise sa source dans la
souverainet6 national. Cette souverainet6 reside A son tour.
dans l'universalit6 des citoyens. Quand cette souverainet6'
s'est manifestee, quelque soit la procedure employee pour y-
arriver, le mandataire est souverain comme son mandant lui-
meme.
L'Assembl6e prochaine, representant seule le Droit dans
I'Etat haitien, sera done une assemble souveraine. Usant de
sa sou\erainete et la completant conform6ment aux tradi-
tions constitutionnelles d6ja centenaires du people haltien,
elle s'adjoindra un S6nat. Les deux Corps reunis, dans les
formes qu'ils 6dictoront, et dans ces formes seulement, repr6-
sentoront la volonte nationa!e et d6cideront sur ce qu'il con-
vient de faire. Nul ne peut leur contester ce droit. et si la force
devait intervenir un jour pour les empicher de l'exercer, cet-
te force ne serait qu'une force brutale ne fondant rien et ne
pouvant rien cr6er.
Pour que la Nation soit engage dans I'avenir, pour que,
pour prendre un example, le capitalist qui lui pr6te, ait une
creance 16gitime qu'il puisse faire respecter envers et contre
tous, il faut que la nation haitienne consent a lui devoir,







DE LA JEUNESSE HAITIENNE


c'est-A-dire qu'il faut que son assemble souveraine vote. Ce
n'est pas le Gouvernement de M. Sudre Dartiguenave qui,
avant d'etre Prdsident du Senat et Prdsident de la Republi-
que dtait un avocat du barreau de sa ville natale, qui pourrait
contester ces principles. II les a d'ailleurs proclam6s tout au
long, dans l'oeuvre issue des longues ddlib6rations des amis
qui l'entourent; car dans le project de Constitution pr6pard pour
lui par I'assembl6o qu'il a qualifide du nom du Conseil d'Etat,
n'a t-on pas ins6rd une disposition qui ratifie les actes don't
ses Ministres et lui ont assume la responsabilit6 ?
L'Assembl6e d'avril sera done souveraine et non seulement
souveraine. mais juge souverain. Son premier devoir sera de
I'affirmer des qu'elle se sera reunie : puis la Nation lui de-
mandera d'examiner avec justice et impartiality la pdriode
trouble qui a commence au coup d'Etat du 5 Avril et qui a
durd jusqu'au 15 Janvier dernier. Dans cet examen elle ne
devra mettre ni passion, ni colre intempestive. Elle se rap-
pellera que les hommes cedent parfois A des circonstances
puissantes et que some toute, il estjuste de reconnaitre que
le Gouvernement de M. Sudre Dartiguenave n'a pas cr66 les
circonstances dans lesquelles il est nd. L'assemblee ne devra
se laisser guider par aucun sentiment d'intdrkt personnel.
II faut que chez ceux qui la composent, le patriote fasse dis-
paraitre l'homme priv6 pour ne laisser vivre que I'hdritier
des traditions nationals. Le pays a soif de paix. II faut que
l'assemblee crde cette vraie paix, celle de l'esprit par la Jus-
tice, la Sagesse et le Patriotisme.
Quelle grande tache income acette assemble du 15 Jan-
vier! Quand j'examine ses membres, je la vois formde
d'hommes pour la plupart nouveaux et tres jeunes. A peine
quelques rares veterans de nos administrations d'autrefois,
siegent-ils parmi eux. Qu'importe Los generations ddjA mt-
ries, m6me chez ceux qui ont constamment combattu le
bon combat, se sont quelque peu fatigues. C'est A la jeunes-
se qu'appartiencent le present et l'avenir. Des assemblies do
jeunes ont fait ailleurs de grandes choses. Je veux quand min-
me avoir foi dans mon Pays et j'espere surtout qu'avec une
sagesse que la gravity des 6v6nements lui inspirera, notre
assemble nouvelle saura faire do patriotiques et justes cho.
ses.








REVUE DE LA LIGUE


HISTOIRE DIPLOMATIOUE D'HAITI


XI

JEAN-PIERRE BOYER (suite)


Aprbs la rupture. Les avances du due de Broglie (1832).
Les nouvelles propositions haitiennes.
La mission Dupetit Thouars (1 835): son enqudte. Opinion de Thiers.
Les traits du 12 F1vrier 1 838.

L'enthousiasme qui suivit la rupture des relations donna force-
ment une certain autoritd morale au Gouvernement de Port-au-
Prince. Le Pr6sident en profit pour se montrer conciliant. II ne
voulut pas laisser la responsabilit6 des torts a son adminis-
tration. En depit de I'affirmation officielle du Consul Mollien
que nos raisons ne seraient pas admises, quelles qu'elles fus-
sent, notre Chancellerie persista a fair connaltre, par 'entre-
mise d'un negociant anglais, nos vues au Comte Sdbastiani, qui
dirigeait alors les relations exterieures de la monarchic de Juil-
let. C'etait peut-6tre le meilleur moyen, en l'absence d'un envoy
politique A la Cour de Paris, de contrecarrer des rapports inexacts
de I'agent consulaire francais. II important aussi de dire ce que
nous voulions, afin de bien pr6ciser les motifs pour lesquels on
allait se battre, si lutte il devait y avoir. Cette 6ventualit6 ne mo-
difia en rien notre programme ext rieur : la reduction de la dette,
des facilities de paiement, la reconnaissance du pays comme Etat
libre, indtpendant et souverain. ,>
Mais la France songeait A detruire, par la force des armes, notre
volont6 tenaco do reparer le ddsastre de 1825. Pour la premiere fols,
depuis l'Ocliec par Ile fait des Cent-Jours de I'expedition pr6par6e
par les Bouibons. elle envisagea s6rieusement une invasion de no-
tre territoire et le blocus g6ndral de nos ports. La R6volution de
1830, il est vrai, avait &garW les Frangais qui, exagdrant de beau-
coup la portoc international des journdes de Juillet, crurent qu'ils







DE LA JEUNESSE HAITIENNE


allaient monter A I'assaut de l'Europe pour retrouver les dchos
des marches de la Convention et de I'Empire. ,
La question haitienne pouvait-elle constituer une menace pour
de tels hommes I
La r6alite fit cependant tomber toutes leurs illusions. Les chan-
celleries du Vieux-Monde prirent leurs precautions, et le brig de
guerre francais, le Cuirassier), qui se rendit dans nos eaux,
apr6s le depart de M. Mollien, dut se convaincre que les Haitiens,
s'ils 6taient attaquds, sa dffendraient avec 1'energie de leurs peresl
Le ministere franqais chercha alors un moyen d'entrer en relations
avec nous, sans y entrer.
II le trouva dans les formules subtiles des diplomats et recourut
aux a(notes verbales La premiere que recut le President 6tait da-
t6e du 23 Septembre 1831. Elle insinuait que le Cabinet de Paris
aurait pu nous consentir la remise de l'indemnitd, si celle-ci 6tait
le prix de la reconnaissance de l'ind6pendance, mais que, malheu-
reusement, la Rdvolution d'Haiti, qui n'avait rien de common
avec les autres revolutions avait 6td marquee par la spoliation des
propri6t6s. )> On nous accordait charitablement un d6lai de cinq
mois pour soumettre de nouvelles propositions.
Cette Note.mit le successeur de Pdtion dans tous ses 6tats Dans
sun ignorance du style diplomatique, it vit dans la forme emplo-
yee une injure personnelle et un m6pris pour le Gouvernement
haltien, I[ s'adressa au Senat pour avoir des conseils, le meme Se-
nat sur lequel, dans une r6cente proclamation, il rejetait la res-
ponsabilith de I'acceptation de l'ordonnance du 17 Avril. Par ran-
cune le grand Corps ne lui indiqua aucune solution. Six mois apres
le 22 Juin 1832, pour sortir d'embarras, en faisant connaitre ses
vues, il se resolut A s'approprier la forme qu'il critiquait et dans
une Note verbale qu'il adressa A son tour au Ministre des Affaires
Etrangeres de France il releva aigrement le terme de spoliationon .
considdr6 comme un outrage A la Nation, proposal d'annuler l'acte
de 1825, de reconnaltre la Rdpublique d Haiti come Etat libre,
ind6pendant et souverain, de conclure une convention pour ramr-
ner l'indemnite A 75 millions et d'arrOter, come annuity, le chif-
fre d'un million par an, et d'un autre autre million poir l'em-
prunt.
Dans l'intervalle, les anciens colons ne restaient pas inactifs. Si
la cessation des relations dtait un acte ndcessaire A la dignity du
tr6ne, elle cadrait en tous cas mal avec leurs int6rdts en sunffran-








REVUE DE LA LIGUE


ce. Ils saisirent leurs chambres par des petitions, et A la seance du
29 Ddcembre 1832 de celle des Ddput6s, le due de Broglie, president
du Conseil, dans une allusion aux 6venements de 1831 et a la No.
te verbal de Boyer, soutint que la France ne pouvait <, faire l'a-
vance des nouvelles relations. Le pretexte, c'est que le Gouverne-
ment s'6tait carte dans sa r6ponse, < des biens6ances qui s'obser-
vent entire les nations civilisees.
Des interess6s, sans doute adroitement style s, insinu6rent au Pre-
sident que le language ministdriel Mtait une invitation A Haiti de
proposer de renouer les relations diolomatiques. II se laissa con-
vaincre et le 20 Mai 1833, nos grands fonctionnaires, Imbert, Vol-
taire et Inginac, suggererent au Cabinet frangais des conditions
sensiblement les memes que cells faites par Boyer, dans sa note
verbal, mais avec cette difference qu'ils offraient de r6gler imm6-
diatement les frcs. 4.848.905 que le tr6sor public de France avait
jusqu'ici avancds a la R6publique, pour compete de l'Emprunt. La
rdponse du president du Conseil montra que l'ancienne m6tropole
n'dtait pas dloign6e d'admettre une reduction de l'Indernnit6. Elle
se terminait neanmoins par la menace que si les prochaines nigo-
ciations n'aboutissaient pas, les deux pays se retrouveraient.pla-
ces dans la situation of elles 6taient avant 1825.
Notre chancellerie ne voulut pas entendre de cette oreille et sou-
tint que, quoique non ratifies par nous, les traits du 2 Avril cons-
tituaient une reconnaissance authentique de l'inddpendance hai-
tienne !
La admission du ministere de Broglie, renversd par un vote des
Chambres en Avril 1831, interrompit la correspondence entire les
deux Gouvernements. Les Ministres pouvaient passer, mais les
anciens colons, auxquels s'6taient adjoints les porteurs des obliga-
tions de l'emprunt de 1825, tenaient toujours la champagne. Leurs
r6clamations et leurs recriminations incessantes obligerent le.gou-
vernement frangais A reprendre la conversation. C'est ainsi qu'en
Janvier 1835 arrivait, en notre capital, le capitaine de vaissea.u
Dupetit i'houars, charge de demander le remboursement des avan-
ces faites et d'enqu6ter sur la situation financiere exact du
pays.
La caisse publique ne contenait pas une valeur suffisante pour
opdrer ces remboursements. On ne voit pas trop pourquoi.Boyer,
dans sa premiere entrevue avec l'agent de' Louis-Philippe, promit
sans rdflexion d'acquitter immddiatement ces avances. II fallut
recourir A des combinaisons pour sauver la parole pr6sidetitielle.
Finalement il se trouva un n6gociant anglais pour donner au- Gou-
Svernement haitien une lettre de credit sur tine maison'de: Londres,







DE LA JEUNESSE HAITIENNE


A la condition de recevoir de la R6publique les valeurs n6cessaires
en papier-monnaie, aux fins d'achat de cafrd ou autres denrdes du
pays et don't ia vente on Europe devait produire l'6quivalent des
sommes A computer A l'ancienne m6tropole.
Cette operation, au point de vue franqais. n'dtait pas tres brillan-
te, vu les alas qu'elle comportait. M. Dupetit Thouars en accept
cependant les conditions.
II testait A le convaincre de la pauMrete de nos ressoui&cs, MM.
Inginac, J. F. Lespinasse, Viallet et Bsaubrun Ardouin s'acquitt6-
rent facilementde cette tadie, A l'aide des comptes gendraux d'Hai'ti
de 1818 A 1833.
II faut rendre cette justice au pldnipotentiaire de Louis Philippe
que, de retour A Paris, il fit ressortir dans un rapport tres cons-
clencieux, l'accueil hostile fait par le people A I'Ordonnance du
17 Avril, I'impbpularitd presidentielle qui fut la consequence de
acceptationon de ce document, les nombreuses conspirations ten-
dant A renverser le Gouvernement et, entin, l'etat vraiment mis6-
rable du pays. 11 conseilla de rdduire l'in emnit6 de 120 A 60 mil-
lions et de nous accorder tous delais n6cessaires. Et une commis-
sion, pr6sidee par le comte Simdon et former spdcialement pour
examiner le rapport de M. Dupetit Thouars, 1'6tat des relations on-
tre les deux pays, entendre les dolances des colons, 6claire:, en
un met la question haltienne, dut conclure dans le rrmme sens.
Les Fran;ais, en ddpit de leur mauvaise humeur, de leurs mona.
cos et de !a rupture des relations, se rangeaient insensiblement
aux vues du Cabinet haitien !
Aussi, n'y eut-il rien d'etonnani A ce que M. Thiers, Presi-
dent du Conseil et Ministre des Affaires Etrangeres, admit lui-md-
me la n6cessitd d'une reduction du sold de l'indemnitO. En Juin
18"6, de la tribune des deux Chambres, A propos d'une pouvelle
petition des colons, il tenait un langage des plus moder6s. II n'6-
tait plus question, come en 1831, de la preparation d'unoe expedi-
tion militaire pour nous enseigner la docil.it aux volonteW de I'an-
cienno mere-patrio. Le Ministre proposal aux indemnitaires de se
grouper en syndicate pour faciliter des changes de vues, afin d'a.
boutir rapidement A une entente. II 6tait enfin convaincu que. la
Republique, comme I'avait marqu6 Boyer dans son message aux
S6nat du 11 Janvier 1835 ne pouvait s'epuiser en sacrifices pour
1entiere liberation d'une dette politique, sans avoir pr6alablemenrt
obtcnu les garanties pour losquelles elle a consent de la souscri-







REVUE DE LA LIGUE


re n. Malheureusement M. Thiers fut remplac6 par le comte
Mole, avant d'avoir pu donner une solution pratique au problem
haitien.
La Chance!lerie de Port-au-Prince sentait cependant qu'on 6tait
i la veille de renouer les rapports politiques. Boyer disait, en effect,
dafts sa communication aux S6nateurs du 3 Juillet 1837 : < Par suite
du.remboursement fait au Trdsor de France du capital de 4.848 905
francs don't il avait fait dans le temps I'avance pour le service de
1'emprunt de 1825, il est possible que le Gouvernement frangais re-
pr.enne les n6gociations deja entamdes. Et de fait, vers le mois
d'Qctobre 1837, le bruit se r6pandit d'une nouvelle mission que la
France nous envoyait, aux fins d'une solution definitive de la crise
ouverte en 1825.
L'attitude du President fut en l'occurrence des plus fermes. Dans
une proclamation au people, qui etait un avertissement indirect
A Louis-Philippe, il s'6criait: < Si le commissaire don't on announce
la prochaine arrivee, vient dans un esprit de conciliation, il trou-
vera dans le gouvernement haitien le d6sir sincere de se preter A
tout arrangement compatible avec I'honneur national. Si, au con-
traire, il s'avance, entourd de l'appareil de guerre, avec la pr6-
tention de nous imposer des conditions que tout people libre doit
rotgir d'accepter, la nation so rappellera sa premiere Onergie. -
Comment reconnaitre dans ces fires paroles et dans cette attitude
pleine de dignity patriotique, l'ouvrier des instruments de 1825 ?
La faiblesse I'avait presque perdu ; la fermet6 forgait la France A la
conciliation. I
Le 28 Janvier 1838 d6barquait a Port au-Prince le baron de las
Cases, membre de la Chambre des Deput6s et C. Baudin, capitaine
de vaisseau, en quality de pl6nipotentiaires de la monarchic orlea-
niste.Ilsvenaient,sans appareil de guerre, n6gocierla reconciliation
sinicre des deux peuples don't la t6nacit6 de I'un n'avait pu jus-
qu'ici faire fldchir la volont6 de I'autre.
Nous opposAmes cinq commissaires aux agents frangais : MM.
Inginac, Frdmont, Labbde, B. Ardouin et C. Villevaleix ain6. L'en-
tente sinc6rement recherche cette fois, se fit apres quatre oucinq
conferences.
; La France accept de reconnaltre la RBpublique d'Haiti comme
Etat libre, ind6pendant et souverain. Elle n'agita plus la question
de 1'Est.et so soucia fort peu des droits de I'Espagne. Elle proclama
qu'.il:y aturait "






DE LA JEUNESSE HAITIENNE


dsux pays. Ces differentes clauses firent principalement 1'objet du
trait politique du 12 Fevrier 1838. Nos anciens adversaires essal-
ybrent bien d'inserer, dans cette convention, des clauses relatives
a la question d'indemnitW, mais sans succes. Pour la premiere fois,
notre diplomatic s6parait tres nettement la reconnaissance de la
Republique des questions financi6res. Les destiny es du pays n'&-
taient plus, comme par le passed, subordonnees a des embarrass
nomiques.
II y eut plus de tiraillement pour la signature du traits finan-
cier. Nos agents avaient pour instructions de n'accepter que qua.
rante-cinq millions de francs comme sold de l'indemnit, A payer
en quarante-cihq annres. Le comte M)ol avait recommand6 aux
sieps de ne pas aller au dessous de 70 millions, valeur A amortir
en 20 ans 1 II fallait arriver A un chiffre interm6diaire. Nos com-
missaires propos6rent 59, puis 55, enfin 60 millions. Cette derni6re,
some fut agrede A la condition d'etre propose par npus, afin
de couvrir MM. Las Cases et Baudin qui affirmaient n'avoir pas
de pouvoirs pour transiger sur ce chef.
C'est en vain que la France voulut ajouter, dans cette conven-
tion, des clauses au sujet de I'ordonnance de 1825, des stipulations
comminatoires, et mtihes des garanties territoriales, pogr le cas
oil la Rdpublique n'exdcuterait pas ponctuellement le nduvel ar-
rangement financier. Apr~s l'6chec de I'dquipdo de Samapa, I'oc-
casion semblait bonne de se rdserver un pied A terre au M61e Saint
Nicolas.
Boyer sentait si bioe: que l'ordonnance du 17 Avril dtait le cau-
chemar du people haitien que non seulement il ne voulut pas qu'on
mentionnat cet instrument dans les traits de 1838, mais encore il
ne permit pas qu'on y ins6rat le sold des frs. 700.000 qui restait
df sur le premier cinquieme de l'indemnitd.dc 1825. La diplomatic
haItienne aurait preferd rompre les pourparlers que d'autoriser la
moindre allusion, la moindre insinuation A tout ce qui se rapportait
A la mission du Baron de Mackau. Elle refusa avec la mgme 6ner-
gie, toute clau ;c comminatoire ou do garantic. En un mot, il fal-
lait ou nous donner entierement satisfaction ou nous laisser trani-
quilles.
La France comprit notre determination. Elle n'insista pas et
d'est ainsi que furent signs les deux traits de 1838 si satisfai-
sants pour I'amour-propre national, Ce resultat si simple, on le
doit & treize anndes d'efforts, A I'6ne-gie et a l'habilete de Bo-
yer.
Les deux traits, ratifids par le 'Cl ?f de I'Etat, furent achemi-
uds auSnat en vue de leur sanction. MM Inginac et S.- Villeva-







REVUE DE LA LIGUE


leix alone dtaient charges de fournir'au nora de l'Ex6cutif, toutes
explications n6cessaires. On 6tait loin de la edr6monie a d'ent6-
rinement wde jadis !
Approuv6es le 14 f6vrier dans une stance A huis-clos, les con-
ventions furent sanctionn6es, A la seance publique du lendemain,
et aussit6t une d6putation sdnatoriale alla feliciter le Pr6sident
de Issue heureuse des pourparlers.
11 ne restait plus qu'A obtenir I'approbation de Louis-Philippe et
i proc6der ensuite A 1'dchange des ratifications, pour que cos ins-
truments liassent d6finitivement les deux nations. MM. B. Ardouin
et S. Villevaleix aln6 requrent la mission d'aller remplir ces for-
malit6s. Ils avaient en outre pour instructions, d'op6rer le verse-
ment de I'annuit6 de 1838, de reprendre l'obligation de 30 millions
souscrite en 1826 par la Rdpublique. Us devaient, au surplus, fai-
re bien saisir par le Ministare francais que les deux traits 6taient
par leur nature indivisibles, et que le refus de I'approbation de l'un
devait lentralner par. voie de consequence la nullit6 de l'autre.
Renversant les r61les, nous posions maintenant des conditions I
Le 21 Mai, le Roi des Francais acceptait sans difficult les nou-
veaux accords, et le 28 du mdme mois eut lieu l'6change des ratifi-
cations. Le 9 Juin, nos envoysd, furent admis A remettre A Louis-
Philippe, au Palais des Tuileries, une lettre autographe de Bo-
yer don't ils 6taient porteurs. S. M. leur fit un accueil des plus
flatteurs, se montra tres satisfait de la solution de la question et
marqua l'espoir que les a Haitiens se ressouviendraient qui'ils
avaient 6te frangais, et quoique independants de la France, se rap
pelleraient qu'elle a WtA leur metropoie, afin d'entretenir avec elle
des relations de bonno amitie et d'un commerce r6ciproquement
avantageux. Le 4 Juillet, les agents haltiers furent pr6sent6s
& la eine et A la famille royale, et invites A diner a Neuilly. Le 15
septembre ils 6taient de retour A Port-au-Prince.
Boyer put s'dcrier A just titre, dans le message qu'il adressa
au S6nat au sujet de ces dvdnements (, qu'ainsi se trouvait accom-
plie I'oeuvre de la reconnaissance de la Republique comme Etat li
bre, souverain et ind6pendant, oeuvre qui, depuis vinqt-deux ans,
ttait I'objet de la plus vive sollicitude du Gouvernement.,
Cet aveu 6tait A la fois sa condemnation et sa rehabilitation
Maid, injustement, le people haitien aima mieux se souvenir do
1825 que de 1838, oublier le succ6s pour se rappeler I'humiliation,
chercher m6me plans la grande victoire finale des 616ments pour
renouveler, ,avec plus de furie, la formidable opposition A laquelle
10 President croyait avoir donn6 une ldgitime satisfaction!
(A suwvre) ABEL N. LEGER.






DE LA JEU!NESSE HAITIENNE 77






POESIES




APAISEMENT


11 semble qu'en mop coeur ina souffrance s'est tue,
Depetis que'sur son front j'ai scelld le pardon !
Les clameurs de ma chair sont at jamais vaincues
Et jusqu'au souvenir cuisant de 1-abandon !


Rien ne subsiste en moi de la douleur cruelle,
Ni fiMvres, ni raneaours, ni cris de passion ;
Car le Temps sur mon dinme a fait glisser son aile
Et laisse sa douceur d mes illusions!

Son image n'a point ddsertd ma pense'e
Et mon rdve incaincu n'est point enseveli
Dans les plis douloureux d'une haine insensde!
Ce n'est plus le desir, mais ce nest point l'oubli !


Ma blessure sera longlemps encor beante,
Mais j'ai si) ddpouiller mon immortel amour
De souvenirs amers, de rancune exigeante,
Afin qu'il reste pur ainsi qu'au premier jour !


M a souffrance n'est plus aujourd'hui que trislesse,
Et, si parfois je songe encore a son baiser,
C'est que, skul, son parfum, endormant ma detresse,
Fait renaltre un espoir en mon caeur apaise.


L. HENRY DURAND; '


fi]vrier 191,7







78 . HREVIIE DE LA LIGtJE


LETTRE A UNE DAME BLANCHE


Vous n'arez cerles pas gardi la souvenance
Madame, dupetit sergent, soldat d'~n sou.
Que son train emportait ld-bas, on ne sailt o',
Et qui vous salua, d'un tel: u Vive la France :

Que la gare s'emplit, d'une clameur immense.
ILe eonvoi s'arretait sous ce lourd soleil d'Aozit,
Les tites s'dchauffaient. Des bruits joyeux et fous,
Couraient, gonflant les ceurs, d'orgueil et d'esperance.

Vous passiez toute blanche, et longiez lentement
Les voitures, offrant t :hacun quelque chose,
Vous passiez toute blanche, au corsage une rose.

Devant notre sergent, vous arrdtant gaiement :
a Et vous, que vous faut-il ? Parlez, on me reclame
Plus loin ? Ah donnez moi votre rose, Madame !



a Elle me gardera ld-bas, du mauvais sort;
Bien que trop vite, hilas, fande et dessechee,
Elle refleurira dans mon coin de tranchie,
Son parfum me rendra moins hideuse la Mort !

Ici. vieux chef grognon, j'intervins, etj'eus tort
Je grondai mon soldat. Vous en futes fdchde
Vous tendites la fleur du bouquet detachee,
Et son remerciment vous fit rire bien fort !

J'avais oublid tout, 0 douce Dame blanche
Dont on m'a dit le nom, quand hier je me penche
En le voyant tomber; et mes doigts frdmissants,

De la balle cherchant la trace meurtrihre,
Dans un humble sachet, avec sa croix de guerr2
Sur son cceurfai trouve la fleur rouge de sang.






DE LA JEUNESSE HAITIENNE


CEE QUJAIL. FAUT FAIIE2][ !



L. force d'une nation rCside innin.
dpns la lbisance do ses armnies,qua.
(atins la coIImmunant, d(le sentithntat
engendr:e par la solidity de son tm ,A
);i io:i l le. "
Dr. (IusT'rCA LE BoN:
( A pho'isine., dit ti mps present, )

11 a Mt6 public ici, il y a un an pres, sous forme d'article,
le programme qu'applique notre Soci6td pour atteindre le
but qu'elle se propose :sauver ie patrimoine national. a Ce
qu'il faut dire est, en eflet, un plan habilement esquissd;
suivi avec m6thode et esprit de suite, il donnera des r6Sul-.
tats tres appr6ciables. Deja cette Revue a public, toutau long,
les sensibles progres qui en sont d6coulhs. Pour ne prendre
que cet example entire tant d'autres, quel adolescent, en lisant
, Tenir ", cc petit 6crit bien pens6 et finement tourn6 de no-
tre ami Fred. Duvigneaud, n'a pas senti grandir dans son
coeur l'ideal de la jeunesse actuelle. quel ain6 n'y a pas puise
un regain d'energie, d'autant vive qu'il doit l'employer A pre-
server le pays de la derniere faillite. Ce palliatif, certes, si
simple, soit-il, a eu la magique influence do faire revivre des
illusions dUcues, des reves evanouis.
Notre debut encourage done : cependant, il est un fait qui
demeure. L'Haitien le plus optimiste ne peut voir, sans une
crainte 16gitime, une tristesse d6chirante, planer sous notre
beau ciel d'azur l'oiseau de fatal presage, cet oiseau ltoile
don't les ailes, large come des voiles, semblent jeter de.
I'ombre sur nos planes luxuriantes, nos mornes A la verte
chevelure, toutes ces choses qui ont. jadis, frissonnd aux
tiompettesdes batailles, au clairon de la victoire, au cahon.
de :804.
La d6cevante r6alit6 a 6branhi sa foi. lui qui n'a jamais dd-
sespkr6 de la Patrie. Somme toute, pourquoi en serait-il au-







REVUE DE LA LIGUE


trement? Ne sait-il pas I'histoire des peuples civilis6s, n'en a-
t-il pas lu les pages don't ses yeux garden encore la rou-
geur ?...
11 nous income A nous de r6agir contre ce mauvais prd-
cedent. L'on s'accorde gdndralement pour dire que ceux A la
succession desquels nous viendrons n'ont pas Wtd trop pr6i
voyants, ce serait pire si les generations qui naitront de la
notre avaient A pAtir de notre indifference. Indifferents, non ;
nous ne pouvons pas 1'itre; au contraire, pour alleger notre
lourde tAche, nous manifestons le d6sir de collaborer avec
tous: les haitiens qui viennent de poindre, et ceux que I'ex-
pdrience a mtris, le malheur, grandis. A notre humble avis,
c'est le meilleur moyen de coordonner en un solide taisceau
et d'orienter vers le salut les forces croissantes qu'engendre
notre chaud climate.


En remontant le course de la vie des peuples, nous en ren-
controns un, tr6s glorieux, don't la maxime politique avait
rendu les conquktes faciles. Je nominee l'odieux divide et impe-
ra de I'ancienne Rome. Point n'est besoin A l'dtranger qui
nous emboite le pas de s'en servir chez nous; il ne saura
que trop profiter de notre division existante. Alors le cata-
clysme que nous conjurons sera accompli : on nous invitera
sans violence, avec le protocole qui convient, A descendre
r1'chelle social que nous avons p6niblement gravie, don't
chaque echelon est un os de nos ancktres.
Le moment est venu de prendre des resolutions viriles'
trop longtemps nous avons r6sistd aux sollicitations de notre
coeur: dbnnons-nous franchement la main, et, dans notre
march &n avant, rechantons ensemble la chanson des aYeux,
ces vaillhnts immortels don't la situation ne pourra jamais
6tre comparable A celle que nous traversons. Pour en sortir,
eux, comme il convenait alors, avaient mis leurs gantelets
de fer, tandis que nous, avec les temps qui sont changes,
montons la garde autour de nos droits sacr6s. Du rest, la
lutte pacifique se pr6te, elle aussi, aux actions dclatantes,
aux prodiges de valeur; les champs de la pensbe, aux ma-
gnifiques sillons. Nouveaux Croises d'une Croisade nouvelle,
nous d6sirons que les.plus nobles idWes soient rdpandues-par







DE LA JEUINESSE HAITIENNE


tout le pays, que la parole d'union et de concorde que nous
adressons A la conscience do chaque haitien y trouve son
6cho.


Monsieurde Mun, dans un discours prononc6 au Cercle de
Luxembourg, A Paris, le 4 Juin 1903, s'est ainsi exprimn :
t L'avenir appartient alx homes de lutte et do combat quo
les nuages de leur temps ont ;etds dans la bataille et trouvis
tout arms pour elle. Exergons nous A avoir la trempe de
ces hommes-lh ; instruisons-nous, formons-nous le caractLre,
c'est lui surtout qui confere le pouvoir. Dussions nous peiner
bien des ann6es, souvenons-nous que nous sommes l'espoir
d'une race qui ne demand que le droit de vivre et la liberty
de s'instruire. ,
11 me semble entendre balbutier dans les rangs de nos de-
vanciers ces paroles de Chaleaubriand : c'est aux saints ge-
nerations de nos entants a rdparer le mal que nous avons
fait; la jeunesse vaudra mieux que nous, si nous proenons
soin de lui marquer nos erreurs. Sans essayer de voir si
oui ou non ces erreurs s'0talcnt dans toute leur... beauty, met.
tons-nous A l'ouvrage sans d6faillance. Puissions-nous. quand
le temps sera venu pour nous de descendre dans I'arene
puissions-nous presenter a nos adversaires, A la tacon des
gladiateurs antiques, nos torses d'airain.
En attendant que notre tour vienne, comme In pilote qui
dirige sa barque par une nuit d'ouragan, veillons, c'est la
consigne. Veillons sur tout ce qui a 6te peniblement at diffi-
cilement bati : ayons le culte du pass, de ce pass qui ne
meurt jamais, qui vit en nous-nieme toujours present.
Voilta ce qu'il faut faire pour conserver intact le patrimoine
qui nous a etd 16gud au prix du sang, et don't nous nous
r6clamerons sans cesse : ce sont les misires et les gloires de
nos peres ; la Ravine A Couleuvre, les Trois Pavillons, la CrC -
te A Pierrot; c'est Toussaint-Louverture expirant an Fort de
Joux, Dessalines et POtion s'unissant pour la grande oeuvre ;
c'est Rochambeau capitulant A Vertieres ; le patrimoine na-






REVUE DE LA LIGUE


tional, c'est I'acte memorable de notre Ind6pendance, c'est ce
coin de terre don't les vallons en fleurs miroitent au soleil
des tropiques, ce sont nos crdpuscules aux teintes mille fois
varies; le patrimoine national, ce sont nos moeurs et nos
institutions, nos belles aspirations, les volontaires haitiens
jonchant la plane de Savannah et puis aussi, c'est mille pe.
tits riens qui ne se dfrinissent pas mais que nous sentons
qui vibrent en les plus mntimes recoins de notre Ame.
Jeunes et vieux, haitiens, acquittons nous honorablement
de notre mission pour que, dermain, les strangers parlant
d'Haiti, disent : Haiti, petite terre, grande nation.

RICHARD SALNAVE,






DE LA JEUINESSE IAITIENNE


ARMAND THOBY"'I
(SLuite)


Armand Thoby, ainsi que do nombreux liberaux, revint
singer A la 14" Lgislature. Devant cette nouvelle AssemblAe
la grave question de l'Mlection pr6sidentielle se posa. Un
coup d'Etat la rdsoltt et la transac',ion de 1870 produisit son
plein en entier effet. Le part liberal qui voulut prevonic I'a-
venement de Michel Doniingue A la Prisidence lut dfait et
frapp6 d'ostracisme. Armand Thoby gagna le consulate es-
pagnol et quitta Port-au-Prince en juin 1874. II s'en fut A Pa-
ris avec toute sa famille et y s(journa jusqu'en novembre d'ofi
il se rendit A Kingston. Edmond Paul, son ami. qui commit
l'imprudence de I'accompagner au Port le jour de son d6-
part, dut 6galement s'embarquer et partir pour 1'exil. Boyer
Bazelais et ses trois freres, renfermes au consulate espagnol
rejoignirent A. Thoby A Paris, un mois plus tard, puis A
Kingston vers Ddcembre 1874.
L'exil est le plus rude chatiment que l'on puis'e infligr A
un grand patriot. Sans cesse torture par une accablante nos
talgie, il se voit condamn6 a l'inaction et priv6 du droit le
plussacr6 celui de ddfendre ses interkts personnel, ceux de
safamille et de sa patrie. I1 decouvre chaque jour de serieu-
ses raisons d'agir, en meme temps que la conscience de son
impuissance se fait plus claire en lui. Tournant et retournant
cette question : ( En quoi et jusqu'a quel degr5 les sujets doi-
vent-ils obeissance A leur gouvernement? la scrutant anxieu-
sement, il sent sourdre en lui de vagues instincts de conspira-
teurs. Et les conspirations de s'ouvrir dans cette f;econde ima-
gination se donnant libre carriere. aussitot concues, aussit6t
executdes, sans trove et sans solution de continuitl, olles se
poursuivent, abattent les tyrans, r6tablissent le regne de !a

(1) Voir let numn ros de la Revne depnis DW eeniure 1916.







1-EVUE DE LA LIGUE


16galite, jettent par contre la desolation et la ruine dans les
families, versent le sang et plongent la soci6td dans les som-
bres mis6res qu'entrainent les guerres civiles. Et voila le bra-
ve coeur qui se surprend en flagrant ddlit de d6faillance,
h6site, se sent mourir de disespoir et se d6bat dans les affres
terrible de son inextricable dilemme.
Cette lutte, il n'est pas de lib6raux qui ne 1'aient soutenue,
car ils ne purent demeur'er insensibles a 1'dcroulement de ce
qu'ils avaient ,difid pour le bonheur de la patrie.
D'autre part, le people dans ses soufIrances aspirant A une
reaction, somblait jeter ses regards vers les premieres vic-
times de la tyrannic. Une plus longue abstention de leur part
friserait I'iidiffdrence et ferait sans doute planer sur elles
one responsabilit6 morale qu'clles craignaient, aussi firent-
elles de leur inieux pour delivrer le pays du regime odieux
qui l'avilissait.
Armand Thiby sous I'empire de ces circonstances et sous
la pouss6e gnii('rale y apporta aussi sa contribution. 11 crut
ainsi continue de travailler au triomphe des idWes purement
lib6rales, seules propres A assurer le bien-Mtre au people. 11
mesura le m6contentoement g6ndral et soutint les tendances
rdactionnaires qui s'affirmaient.
1'eu enclin toutkfois ai l'exaltation, plut6t mod'ri et r6fl6chi
il ne manqua point de constater combien les recents succrs
parlementaires avaient alterd les principles dans les esprits.
lls avaient enfantd de nouvellos ambitions qu'une logique
crede en consequence devait justifier. Lesquestions g6ndrales
perdirent de leur interit pour faire place auv questions par-
liculiires, voire i des considerations de personnel. On allait
rentrer de plein pied dans les mesquineries haitiennes au de-
triment meme de cette nation haitienne.
Sous Nissage Saget, les libhraux bien que pr6nant le par-
l'menilarisme t'frent assez sagzes, pour ne jamais briguer un
minist6re. Ils savaient alors manager le. susceptibilitds, no-
tamment celles du general Doiningue aux yeux de qui ils se
se sentaient su-pects. Fermes A leur poste, ils veillaient, re-.
dressaient les abus, faisaient des concessions, transigeaient,
aver I'Executif quand il le fallait, n'en rdalisant pas moins
l'(cuvre que nous savons.
iMtaintenant, craignant de nouvelles d6faites, ils crurent de







DE LA JEUNESSE HAITIENNE


bonne politique de les prevenir en executant tout d'un coup
leur programme don't le point capital desornniis etait I'avene-
ment d'un des leurs A la Presidence. UIs s'arrogerent en outre
le privilege de le designer au suffrage de l'Assembl6e Na-
tionale tout en laissant pressentir qu'un autre ne saurait con-
venir, car lui soul avait les capacitds requises. La thlorie de,-
droits de la plus haute capacity politique etait n e et on la
formulait ainsi : <, De tous.les hlommines politiques d'Haiti, voi-
, ci le plus capable, la pr6sidence de la Rpublique lui re-
, vient de par lesdroits de sa plus haute capacity., ,
L'on crut d&couvrir le remede efficace, la panache qui al-
lait gu6rir tous nos maux, rgen6rer pour toujours la Repu-
blique, reformer notre mentality, abolir nos prejuges, uni-
fier les Partis, retablir le r6gne de la Justice, de la Libert6 et
de la Paix, ,< faire reculer la Misere ,, une merveille enfin
qui devait engendrer d'autres merveilles et donner le spec-
tacle d'une socikt6 unie et forte, discipline et lab)rieus., sa-
vante et riche, d'une petite R6publique module gouvernee
par la race reprouv6e et qui imposerait silence a I'humanit6.
S6duisante et belle thdorie, mais combien subtile et chim6-
rique, anti-libirale en quelque maniere, puisqu'elle rendit
dogmatique ses partisans, dangereuse surtout, car elle pro-
mit de grandes choses, sans priciser comment les r6aliser,
pr6dit un iago d'or, on faisant abstraction des contingencies,
alluma dans les coeurs un fol enthousiasme qu'on crut 6tre
la seule manifestation du vrai patriotism.
Les partisans de la nouvelle throrie ne tardorent point Ai
devenir intolerants, voire iniustes Les v6ri,6s les p[lu;s vi-
dentes 6chapp6rent aux mnieux dnrts. 1is m connurent les
lois les plus el6mentaires .e la psychologie poli;ique en pla-
qant une personnalit6 au-dessus des principle; ls s',carle-
rent ainsi de la ligne de conduit qu'ils avaient siiivie de-
puis 1870 rompant de la sorte les lions qui unissaient los
membres du parti liberal et cr6ant une affreuse dis,;Ience.
Armand Thoby, ami des principles, ne crut pas ourre mes'i-
reA la puissance de ces homes, surtout quand ilk se me-
laient de crier un 6tat de fai' que rien n'avait prepare et no
justifiait. Nous I'avons d'jih dit et nous ne ces-erons de le re-
p6ter, Armand Thoby s'inspire beauoonp dIu pasu-, il I'inter-
roge sans cesse ; ce n'est pas pour rieon qu'il a si bien appris







REVUE DE LA LIGUE


IPhistoire de son pays. Cela lui permit de zaisir dans ses traits
essentials l'ame du people haitien et de ne jamais rien con-
cevoir qui no put s'adapter A elle. Si les R6volutions sefont fa-
cilement en Haiti, il n'en conclut point quo I'Ame haitienne
se puisse aussi lacilement modifier. 11 combattit done la thdo-
rie de la capacity prosidentiello qui lui parut one chimere d'i-
deologue. 11 no comprit point qu'en 1876 un group d'hom-
mes put imposer un chef d'Etat, q'uand depuis 1804 les cir-
constanuces seuIes resolvaient cette question. II1 comprit en-
core moinsqu'on eot os6 produire un candidate qui ne valait
que par ses seules connaissances administrative ou gouver-
nementales, quand .depuis 180' la Prisidence de la Repu-
blique a toujours 6t0 le patrimoine du militaire. Le people,
facteur principal dans ceite passionnante question de 1'dlec-
tion pr6sidentielle, lui qui mhabituellement joue le grand r6le
et dicte ses volontis, fut n6glige. Notre histoire prouve assez
quo si par ailleurs, notamment dans les elections 16gislatives
le people se laisso conduire, c'est lai en revanche qui nom-
me ses Prcsidents et les Assemnblhes politiques no sont pas
libres de ratifir ou de ne pas ratifier ses decisions. ( Orquel-
Sle est la competence du people pour resoudre la difficile
, question de l'li3mme politique le plus capable ? Vraiment
, notre souverain encore si imparfait, si naif se doute-t-il de
, la question posee sous ce titre par le liberalisme transcen-
, dant ? Pour qu'il le comprit et la resolit d'une fagon quel-
, conque il aurait tallu que d<'ja il s'abreuvdt comme ses
( queslionneurs aux sources de la meme vie intellectuelle et
, morale et que comme eux, malgrd de profondes in galit6s
, do lumieres et d'etat social il poursuivit le meme iddal. ,
L'incomp6tence du Peuple rendit la thdorie injustifiable.
Poussant encore plus loin son argumentation, M. Thoby fit
remarquer que si par hasard lavolontd du people se trouvait
en accord avec hl tliorie, non seulement d'apres lui, le peu-
ple se serait laiss6 guider plutit par les opinions de I'homme
capable quo patr ses aptitudes gouvernementales, mais il ne
croit pas que la plus haute capacity servirait beaucoup darns
tn gouverneren t parlementaire.







DE LA JEUNESSE HAITIENNE


,, Les qualit6s maitresses qui font un chet de parti ne sont
pas les qualities mattresses qui font un Chef d'Etat: la plus
haute capacity politique, peut etre un chet de parti, un ex-
cellent leader parlementaire et par cela meme ne p-s ktre
< un bon president de republique parlementaire. ,
Quoi qu'il en soit, ces reflexions fort justes meritent d'etre
apprkcides, car Armand Thoby n'est pas de ceux-la qui con-
sentent quoiqu'en pensent ses adversaires a hisser au
pouvoir un ignorant dans le seul espoir de consacrer li po-
litique de la doublure et se manager ainsi des prerogatives
extraordinaires de ministry gouvernant et administrant. C'est
mal connaitre Liautaud Etheart et C. Archin, pour ne ci-
ter que ces deux que de penser qu'ils tolereraient de la
part d'un collogue, mi~me quand il s'appelle Armand Thoby,
une ingdrence dans les affaires interieures de leurs Dipar-
tements respectifs ; c'est encore les mal connaitre que de les
croire de temperament a approuver purement etsirnplement
tout ce que M. Thoby proposerait ou voudrait imposer. Ce n'est
done point paramour du Pouvoir personnel, ni qi'il fut par
temperament conservateur que M. Thoby fit dchec au can-
didat du liberalisme transcendent, c'est tout simplement qu'il
voulait que chaque reforme inauguree par l'Mlite intellectuel-
le pfit etre en quelque facon assimilke par le people et ainsi
plus facilement accepted, et que lentement, progressivement
I'on parvint A extirper de l'ame des masses cette curieuse
tradition du Gouvernement par les militaires.
Les elections de 1876 confirmerent les opinions d'Armand
Thoby. Le courage des adeptes.de la nouvelle religion ne fut
point pour cela abattu. Le dogme de l'infaillibilit6 du candi-
dat du lib6ralisme transcendent se raffermit au contraire et
le ziledes proselytes n'en fut que plus ardent. Les vainqueurs,
d6sireux d'unifier les deux fractions du parti, voulurent
transiger. Ils ob6irent en cela b l'un des principles les plus
incontestesde la science politique. Ils se heurterent a l'intran-
sigeance des vaincus, et Armand Thoby devenu ministry du
nouveau gouvernement, se vit harceler par ses anciens amis,
il dut entreprendre une lutte opiniatre pour empecher les em-






REVUE DE LA LIGUE


pidtements du Pouvoir L6gislatif sur les attributions des au-
tres Pouvoirs publics. Les reproches les plus injustes et les
plus contradictoircs lui furent adress6s. On lui reprocha tour
A tour sa mollesse et. son despotism. Finalement ces ma-
nceuvres aviverent les ressentiments r6ciproques, et des fric-
tions continues, jaillit I'6tincelle qui mit le feu aux poudres.
La guerre civil fut rallumee par ceux-la m6mesqui 1'a-
vaient tant abhorr6e, et par une tiisle ironie du sort le part
liberal, qui avait d6pens6 ses resources en luttes inutiles. se
ruina lui-meme ; etcomme pour 1'empreindre d'une aureole
de gloire en re.ompense des precieux services qu'il a jadis
rendus au pays, cc m6me sort permit que I'6popce de 1883
s'accoip plit.
Cette scission d'un parti -en qui reposaient toutes les 16-
gitimes esp6rances du people haftien. en raison de ses saines
intentions, de la superiority des intelligence qui le dirigeaient
et de la profonde sincdritl, don't il avoit donn6 une preuve si
eclatante en 1870, nous autorise A penser que les fatalit6s
historiques n'ont point 6t6 pour rien dans ces d6plorables6v&-
nements qui en furent les consequences, et que meme elles y
ontjou6 un tres grand r6le.
(f suivre)
FEux MASSAC.






DE LA JL'UNESSE HAITIENNE


SCHRIONJQUE FINANCIEBE


Doru.\''-vnenomnts out domind la situation depuis I'a'ppari-
tion dn dernier Node la Revue. Le premier, la erainte d'une
guIrro etotre I'Amerique et I'Allenmagne et les consequences
qmiii pourraient en dpconler pour nous, a 6te decrescendo. Le
(dfeixibm,. la question de 1'emprunt, a Wth au contraire cres-
citl,' et ious intmresse beaucoup plus. C'est A son sujet que
'uI ol 'oil riins dire quelques iots.
D ni i in d u otiuI.-i qftidi.nsd(u moist dernior, M. A. Lilavois fai-
sar -i t*'sa(-rtii un IAtliintiq uempent les consequences flnancie-
r-sT' 4 %Toifrtihiiii (.i la situatii qi i inous serait faite apres la
Sti'';iliaiiiit e I'appli;.tiiom d 'l'eemprtunt de 30 millions.,Ce se-
'iThi l,-.i avi.1 tl ihl dH icit ianii el d'un million de dollars --et
d'a(riniiI' ile gurtiles. Comine on ne connait paA encore les
(I1,ii r iiii s. ifiriniis. iue- de 1',p 'ration, taux d'6mission et
('itt(i]"I't. ail(uitii etc., c',st suVr des probabilities que, forc&-
inilli. NI.1i.-i,'iir Lilaviis a di raisonner, probabilities bashes
c pertii,.ii A-urIla situation 6coirnmiqie actuelle du imnde.
li' l:'ii 'eI sint pas les conditions finannieres encore in-
-iihn''is (I- de I'nmprpunt que nous vouidrions envisager ici,
co si la condition primordiale exig4e pour qu'il soit souscrit
'I,, rI', iitllie it., dI'-s mnaintenant, delaConvention pour
uWIP attire period de (lix- nattes.
.-qi,'an iminotnit ot niius 6crivons ces !ignez, 1'emprunt a
*ltl'oiii'lt dlr'di'ux coimmn nicalionw de MoN nsieur le Conseil-
-Ir' 'Fii;tier, antant dire du Goiuvernement Amtricaia au
' G ,ou rlU'n- lle n t H liono.
SCed4'eu[xpices n'nynnt. jimnai- 6t, pubhlires offlciellement,
IIiI'l'i parlI s Silt r les fc"li' h iiti -onit arrives dans le public,
'(h"lios qui doi vent itre vrais, puisliu'il. n'ont pas encore 6td d6-
'meitis.
"'I'ains la prpeniAre cornm nii'ation il parnit qu'aprts avoir
iuli'|iiin la ndceps it( de I'emprunt, pour noii-, antn de liquider
Snoitre situation financie6e, (racliat et unification de no, det-





90 . : REVI DE .LA LIGUE

tes ext6rieure et interieure, piomrnent d(o-; intor!ts (t amo, t.is-
sements en retard, remboursement de la detle flottantle etc.)
0 on, faisait ressortir que la minute prisente Mait la plus
propice poutr racheter surtout notre dottp ext''iie i e. Ldol-
ltr 'valant actueliement 6 francs an lieu d(j 5 0,) rin'iii '5 31,
la R6publique realiserait de ce chepf seuleimeint un hi'nli'oe
se chiffrant A dos millions do dollars.
Les dettes rrachetees, un bii lhgrt. si-i cro. nr. top nol t:r i ,,l'' li
bre -6t;i bli, et aussi sinf6rer nent C l ni tt te miniii, X.i .r c. ia irt
I',re de prosperit6 pour 11 tii dp[)is si l. i..i. ain.i o;1.,-,
qui 6'lorait enfin. ,
S. Ni le taux d'dmission. ni ce'ui' de I'intortt, ni nmiun1I d'.-I
.conditions ordinaires do tout.emprunt. n'j tnioln. i ilkdj',lp,, .
On estimait seulement qii, Il', nprii, t ser'iit d',tY)v,it>u tiMiti
millionsde dollars et on ua'sslrait.'qull le Q,i' oriimiii-iit A'nIo
.ricain pr6terait ses, bos offices anpir lpi ? hs ll iO ia.ito-Sp')Our
,fai.re aboutir l'op rirl'ion,. N; is. il y, a I.i, !iq 11l1i .1 .,i ,'' .
_tue le rnoeud. df- la -ituaiion., ntias ,.jlotn i l JI I jiiti-. r'jiin
que.les capitalistes, a .n.) *ic i ni. 1 V I i, r. Itit. Iiur g it
que-tout a itan llt q i'i k sori it ca rt ii ,i I 1 4 1' Tr. l .reui.bolujsr(
Sa,\ant I'echSance doe ,la p riodpt d'appliri;ioim di ..th i;iveiln-
ion Or, avee les r'vents.nctuels.de la R .l,,ililiiii.e lHii il
Snilait pas Io Siblll dle, rembl)).ti;er Jes.3 m illioii., ,.i a l t'
ini' 1iI', d;tns les -I iiit ann ies ePt qu lq quies, :n is li re-lnt,
encore A courir'A '6re de, Convention,do.ic il. f'illait I 'le il.i-
res et dcj. lI't Con.vention fut prorw.gAe pourrdix, answ.A .ue1tte
s. ~iie cQ. ditionii l'tp ntiolln l))uv.lit u -i'.:,. ,. -..
Telle .serait; peu ptfs la leneur .de la. prcmiere,otL' sur
iIquelle nous revieidron- plIs loin.. . +,:,:;,ti ;- s ,
Dans lh'deuxiimne..tous .os arguments' dle la; pr,'li .iiO'. an-
.raipnt: di repris et. pii .ajou ia q(le, deppiii-. loiigetolips ,itAjia,
,e. serviced lt e tlo les letlltes 1laI l piti bliquii -.lvwlittCi sus-
pendu presu', nti remn lolt. qu'on avait,.pris. la-riespollsaibihluit
do Jei.t iire pour p[n vir .stbven ir aiw\ il|)xiisoss colira H dii
Pays, qu'ol .) yavait agi, ani l-i p'!rco,' t', in ava;ilt en ovie.cet'me --
prunt qui devait lott roggili'iseren, pipe.rn lt Int il: ['; p;ay r t_. it.
l'arrilro de la d(,Itc dnt les porteurs conmrinenaiient A ier :
qu'il devenait imn p,,fs.ible de con iui,, nr.a no. paIm' i %.vo P lt 1ren-
- 'tndre rur.-,-ju-tes protestations.,l toe poml) r-le r' d tniler Slitis-
faction; si I'e In p;ul t I so t Ii.s iil pas -(iyveC bicn.t entindt' in






DE LA JEUNESSE HAITIENNE 91
clause de renouvellement de la Convention), on se verrait
oblige de ne plus continue A payer les depenses courantes
du Gouvernement, autrement dit on suspendrait le, service
des appointments des fonctionnaires et employs publics.
Ainsi, A l'obligation faite dans la premiere note venait s'a-
jouter pour le Gouvernement, s'il .n'y souscrivait pas, je ne
veux pas dire la menace, mais la dure perspective de voir le
service des appointments suspendus.


Mais pourquoi cet avertissement, j'allais dire encore la
menace, de la deuxieme note?
Pourquoi ? Parce que dans l'intervalle entire les deux com-
munications l'opinion publique bien qu'elle ne se fut pas
encore manifestde dans lesjournaux aux premiers dchos
qu'elle avait eus de la premiere note s'dtait dtnue A 1'ide-de
voir, dejA, se renouveler une Convention don't A I'heure ac.
tuelle on est encore A attendre 1'application, bien qu'elle
ait dt6 acceptde depuis Septembre 1915 par les Pouvoirs Pu-
blics Haitiens et agr6de depuis Mai 1916, par le Gouvernement
Americain.
L'opinion publique, disons-nous s'etait 6mue et cette
motion n'avait pas 6td sans se communiquer au- Gouverne-
ment et lui paraitre quelque peu ldgitime etjustiflde. Peut-
Wtre meme le Gouvernement s'en fit-il l'interprete, I'inter:
prete timide, dans les conversations au sujet de l'emprunt
avec les maitres de I'heure. Dans tous les cas on I'a dit. et
on serait autoris6 A y ajouter foi en voyant l'empressement
qu'il a mis Adivulguer le contenu de la deuxi6me note don't
Monsieur le President de la Rdpublique, lui-meme repre-
nant pour une fois la vieille habitude des audiences prdsiden-
tielles des temps passes a fait le sujet d'un entretien pum
blic avec les visiteurs dominicaux de la Prdsidence.
Ce serait done comme une douche d'eau froide, jjt6e suir
la 1dgitime motion soulevde par la premireq note et' pour
couper court A toute velliit6 d'attention que le Gouvernement
voudrait accorder a cette manifestation de 1'opinion. publique







I EVUE :'DE LA 'IAGUE

que, sansdoute, I'argument de la deuxieme communication,
I'argunient ad ventrem, fut lance.
L'dmotion ce inoment se change en stupeur chez les
uns, en indignation chez d'autres. Puis. peu a peu, a la rd-
flexion. le gros bon sens du public reprit le dessus et se dit
que le pdril n'6tait pas encore imminent pour cequireste en-
core despauvres employs publics ainsi menaces, car avant
d'arriver A leurs maigres appointments. la .logique el le
haut-souci de justice qui doit animer les dispensateurs ac-
tuels dn nos revenues, de notre argent, les porteraient, tr6s
certainement, A suspendre d'abord les d6penses pour travaux
publics don't le montant, pour inconnu qu'il soit officielle-
ment,- ne doit pas .tre pour cela moins respectable. Car lo-
giquement un Pays, come tin simple particUlier, quand it
n'a pas de quoi manger, ne peut pas penser a construire.
Bref, la deuxieme note ne fit done que croitre I'6motion
soulevie par la premiere a laquelle il nous faut revenir pour
teacher de trouver le m')bile de la clause de renouvellement
de,14 Convention, clause qui doit conditioner principale-
ment la r6ussite de I'emprunt.


,Oui pourquoi cette clause ?'
- Pourquoi cette clause. lorsque I'article XVI de la Conven-
tion dispose que ( le present traits restera en force et vigueur
pendant une dur6e de dix annies, a partir du jour de I'6chan
ge.des ratifications; et, en:outre pour une autre periode de 10
ann6es si, suivant des raisons pr6cises formulees par 'une
on 'autre des Hautes Parties Contractantes, les vues et les
6bjets de la Convention ne sont pas accomplis. ,
D< D.s la signature de la Convention, le people Haitien ne
s'etait pas mepris un instant -ur le sens de I'article XVI, it
avait parfaitement comprise que, virtuellement, la Convention
6tait pour 20 ans, car il n'y avait pas de doute qu'au bout des
dix, premiere anndes, des, raisons precises seraient formsi-
l6es-.par, I'une ou r'autre .( trts certainenment ce serait par
I'autr-e .) des Hautes Pu:Lti.es CQn tractantes pour fair, ressortir






DE LA JEUNESSE HAITIENNE ,
que les vues et objets de la Convention ne sont pas accom-
plis.
Sachant cela les Haitiens n'arrivent pas A s'expliquer I'o.
obligation qu'on veut leur imposer, en ce moment, pour avoir
Uin emprunt, de renouveler, des maintenant, une Convention
dout ils sont encore apres plus d'une ann6e qu'elle a Wt6 vo-
1te, a attendre la mise en pratique.
Naturellement on a cherchM, car on n'a pas accepted, mais
mais la pas du tout, la raison invoqude des preteurs qui veu-
lent 6tresfrsqueleurs capitaux leur seront rembourses avant
1'dcheance de la Convention. Si c'etait 1A la vraie raison, les
craintes de ces capitalistes pourraient 6tre facilement apai-
sdes en leur indiquant en supposant qu'ils ne la connus-
sent point la clause de P'article XVI permettant de proro-
ger la Convention au gr6 de l'un des Contractants.
Mais il parait que ce n'est pas contre nous,, mais plut6t
Scontrc le Gouvernement Amdi'icain que les pr6teurs pren-
.draient cette precaution. Oui, si extraordinaire que cela puis-
se paraitre, c'est la raison qui a Mt6 doande pour justifier ia
fameuse clause. Les preteurs ne sont pas certain qu'A 1'e-
chdance des premieres dix anndes de la Convention. la poli-
tique du Gouvernement Americain sera la meme qu'en ce
moment vis-a-vis de Haiti et demandera le renouvellement
de la Convention.
Ah le bon billet! Voyons, raisonnons unc second. Si I'Amd-
rique est intervene, de la fagon que l'on sait, dans'nos af-
faires, c'est parce que disait-elle it fallait en fifiir avec
les revolutions qui sevissaient A l'Itat enddmique chez nous
et compromettaient tous les int6rkts d6dj engagds en Haiti, en
m~me temps qu'elles empechaient d'autres d'y venir pour le
ddveloppement de nos richesses. L'interventiondoit dqrer jus-
qu'A ce que Pordre soit rdtabli en Haiti, l'ordre au point de
vue de la sdcurit6 publique aussi bien que i'ordre dans, les fi-
nances. Or, it ne peut pas suffire d'un changement de Gou-
vernement aux Etats-Unis, oH d'un changement dans I'dti-
quette politique des Gouvernants, pour changer aussi la poli-
tique am6ricaine A notre endroit, encore que son but n'aurait
pas t atteint- I'dtablissement de I'ordre ddfinitif en Haiti.
Tout le temps que le Gouvernement -Amdricain, dirigd par
des Ddmocrates ou .des Rdpublicains, estimera que l'ozdre







94. -U-VE DE L-A kIwrE
partout, dans' la rue common e dans les finances, ne rcgne pah
d'une fagon absolue en Haiti, intervention continuera. A c,
point de vue, rien done A craindre pour nos futurs prkteurs...
I-,D'autre part., si au bout do la premiere decade l'interven-
tion cessait (nous prion., de croire que ce n'est IA qu'une sup-
position tellement iypothetique, que nous sommes les pre,
Mniers, en sourire), c'est que I'ordre aurait 6t0 retabli d'une
fa ed'absolue et dans la rue et dans les finances. Et alors
quels dangers pburraient courier les interets de ceux qui
s'appretent A nous prater les 30 millions, car si malgi'r tous
nos 'ddsoedres passes, nousavons tonu, avec des retards quel-
qtiefois, mais tenu-quand meme nos engagements, ce n'est
pas apres quee ('ordre aura 6t6 maintenu pendant dix anndes
consecutives dan .le Pay., apres que nous aurons eu tout ce
temps l'exemple 6difiant de la r6gularit6 dans la comptabi-
fitM publique don't depuis presde deux annees ddjA nous
6proUvons les remarquables bienfaits que nous pourrions re-
tp'urn'er a nos desordres passes.



N'a t on pas 6t6 jusqu'A dIire que la Guerre Europdenne de-
vant finir.un jour, il se pourrait fort, lorsque les GranJes
Puissances d'Europe, laa France, I'Angleterre, et I'Allemagne
aussi, auraient achev6 de r6gler leurs querelles, qu'Elles
viennent en Haiti voir un peu ce qui s'est passe pendant leur
absence, toutes choses auxquelles Elleson'avaient le loisir d6
Vir6ter une attention guffisante A I'heure oti clles s'accdimu
plissaient ? Et alors peut Wtre que si on attendait i'ech6ancd
de la premiere decade pour que l'une ou I'autre des Parties
Contractantes formula t des raisons precises, indiquant que
lps vues et objets de la Convention ne sont pas accomplish,
peut-6tre q.u'A ce moment li, I'Allernagne et les autres do-
manderaient A voir de. plus pres I'instrument diplomatique
,de Septembre.'1915et A en caus?r; et qui sait si tout cela
passerait.aussi facilement, qu'A la. minute prsente ? Or ibe'4t
topioUras.toieuux pour .un. ttrs-grand peuplce; lorsqu'il a: affair:e