Citation
Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne

Material Information

Title:
Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne
Creator:
Ligue de la jeunesse haïtieene
Place of Publication:
Port-au-Prince
Publisher:
Impr. de L'Abeille
Publication Date:
Frequency:
Monthly
Language:
French
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti ( lcsh )
Genre:
serial ( sobekcm )
periodical ( marcgt )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1re année, no 1 (20 fevr. 1916)-
General Note:
Title from cover.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
University of Florida
Rights Management:
The University of Florida George A. Smathers Libraries respect the intellectual property rights of others and do not claim any copyright interest in this item. This item may be protected by copyright but is made available here under a claim of fair use (17 U.S.C. §107) for non-profit research and educational purposes. Users of this work have responsibility for determining copyright status prior to reusing, publishing or reproducing this item for purposes other than what is allowed by fair use or other copyright exemptions. Any reuse of this item in excess of fair use or other copyright exemptions requires permission of the copyright holder. The Smathers Libraries would like to learn more about this item and invite individuals or organizations to contact Digital Services (UFDC@uflib.ufl.edu) with any additional information they can provide.
Resource Identifier:
001528667 ( ALEPH )
19032133 ( OCLC )
AHE2021 ( NOTIS )
sn 89020401 ( LCCN )

Full Text
This volume was donated to LLMC to enrich its on-line offerings and
for purposes of long-term preservation by
University of Florida Library




PREMlI ERE ANN1tE NumIi Ro 7, 20 AoUT 1916,
*< REVUE
DE
LA LIGUE
DE LA
J.EU NESSE)
HLAITIENNE
PARAISSANT LE 20 DE CIIAQJJE MOIS
ADMINISTRATION R19DAQTI0ON
1:,rue du Centre, M~5
PORT1-AU-PRINCE
I.MPRINIERIE DC LCAMILLE, 4, RUE Du FORT-PER




Pour lowe communications, s'adresser aii Bilreau da Comi1j, 1,2J, iwe dit Centre, Port au- Pi illci!.
C) MMe'-%.-L-1EzUE:
I BiClolin do la 11--ue de. haflionno. 1
a) Bapport sm- le, piL-ojel de slabilisalion dii chajiyt11 Le Patrimoine (.i a I (! e 1, Na I i
Illytienfit'. pj.jX dit. coiscom-i
de la Upit, Bnu-\ 9
III La SiOiation financi6re (I'llifti FI-BNAND I)t-N\[, 17
IV Nlift-ille F.
Le. Mille voix /a roill 1, H. DIMAND :10
V Po -ips
I milip, amoll'-plise 1.rc Gmmmll) 2:1
VI Ilisf(d ro diplimial iqlu d'l hlfti ( I V) Aw t, N. lF.(;Fit :15
V11 jol )mio et ses efivi, fill, (Iil) PAM;'T 7
Vill B bim ;rapllw Thi- 11ailiall 11'-vobflio l
Ce numdro content un suppldm nit lit 6rai-c 'UNE CAUSE:SANS EFFET,
Comedies en deux
i,. R UON LALEAU'ICT GEOricEs N. Ll"' U1
TROIS GWA DrS
Six NlolsU N A N .- .......- ............. .... ... .......................... .
1, H N UNI E' I I U N E G UP 1) H
11-7ir les Sadro -or (m fbirrait dit Cowile;, 1 ?,5, .Ile
Cetitre on d llinprintrrip de, I'Abeille, 4,.riee-du Fort, 11 l




REVUE,
1) E 1, A
JEUNESSE HAITIENNE
VOLT,)fx 11. Ao[',T 1916
ULLETINT DE LA LIGUE
B DE LA JETNESSE ITAITIENNE
Le Samedi, 29 Juillet, la (( Li1gue do ]a Jeunesso flauienne, )) a donn6 iA P6tionville, dans la salle du Presbyt6ve, une soir6e th6Atrale qui a eu le plus vif succ6s. Au prowarnme firyurait une corn6die on deux actes (( Une Cause sans Effet de Messieurs Uon Laleau et Georl-es N. L(Iger, A laquelle le public flt un accueil des plus flattOLIrS.
A la stance du 9 Juillet ]a Commis ;ion char-6o d'6tudiev le, project de stabilisation du change a pr6sen(6 le rapportsuivant, dont les conclusions ont 6t6 vot6es A l'unanimit6 par I'Assembl6e.
MESSIEURS,
La commission char-6e d'kudiev Ja. question suivante: EA-il de I'int6'rk national de voir la Gourde stabilis6e au taux de cinq conts, ou convient-il au contraim de SOLIhniter la




2 REVIT DE LA LIGUE
baisse du Change-? a I'lionneur do vous pr6se nter son rappo rt:
La promulgation du d6cret stabilisant ]a Goarde au taux
de Cinq pour tin, fit Fobjet d'appr6ciations tr6s diverse dans 4 notre-monde 6conomique. Deux ordres Wid6es bien distinctes surgirent, 6tablissant les advantages d'une baisse du change ou ceux de la stabilisation dont b6n6flcierait, la collecti00. Devant toute une kyrielle arguments pr6sent6s de part et d'autre, la corporation des cornmer(-,ants, qui constitute tine de nos individualists 6conomiques, fut invite 6triettra une appreciation et h indiqu.er le moven le plus habile d favoriser Fint6rk national. La m6me diversity d'opinions se present et finalernent, la question fut tranch6c pat- la consecration des terns du d6cret prkit6.
La stabilisation du ClILIn-0, Solution adopted pai- I'Occupation americaine, peut-elle nous offi-ir de rt;els advantages ? Tolle est la question primordial A se poser, car ceae mesure est appel6e A r6aNser une cortaine influence sur le sort d6jh bien d6plorable de routes nos branches d'activiO.
En jetant un coup d'wil r6traspectif sur lu situation 6conomique du pays, il se pr6sente 6. nou) tout le triste specticle des ravages exerc6s sur 1'6par-ne national par laxr6ation du papier-monnaie. D6s I'ann6e 1826, ((ce cancer qui offr, ]a certitude triste et cruelly d'une banqueroute d6nt les sympt6nies portent. la mort au pays )), prenait d6finitivement naiss-ance et devenait aux 6poques difficiles le Mcliew" expedient do nos fInanciers. Les missions successive, n'of-frantauctine -arantie, Clrentbai8ser graduellement la valeurde ]a gourde. La fortune publique et la fortune privee ne furent pl:is, Os lors, revkucs de cette stability si n6cessaire 6L leur (br-nation ; et, par suite, des oscillations dangereuses quel.agi )taae Ii-ua 1 notre si-ne d'6cfiange, ce fut la destruction de la rieficsse rationale qui n'avait plus de base fixe de ddvelojl ement, cc fdt ]a rnis6re qui s'introduisit- dans nos fa. milies. Forc6ment, il r6sulLa do cot Mat de hoses un long avilissement de ]a retribution du travail et une d6pr6ciation constant du prix de ]a propriW immobile( re.
La m nic situation se retrouve actuellen'ient cl)'ez' *O'**




DF IA jrUNFSSF ILMIENNE 3
et dans routes les couches socials la 6treint encore ceux-lh qui, pour fruit de lour labour, touchent un num6rai re ayant perdu consid6rablement de sa valour initial. Un examen quelque peu scrupuleux. de la stabilisation du Change nous indique done qu'elle cons,,icrerait maintenance la stabilisation de ]a mis6re et consoliderait Yetablissement da cours forc6 (( une parties du mal dont la nation soufTre aujOL:r d'hui.
Ces considerations d6notent que Fint&k national ne re(, tit pas toute Fattention qui lui etait due ot qWun mobile, certes bien different, inspire la stabilisation du Chang aux ffiianciers de I'lieure pr6sente.
En foulant notre so], les armies kran 'g6res trouOrent en proie d la d6tresse un people dont le sort s'acheminait ver-3 une ruine certain. Apr6s tin si6cle (Yinll- p2udan,,o, lil CIVilisation recherchait encore dans notre sein ses fa, ul(64 d'6volution et la majeure parties de la population 6tait d6pourvue de moyens existence par I'absence do toute industries, un des 616ments cr6ateurs du travail. Sans h6siter, 1'6trangerappel6 d6sormais & diriger ]a b.irquo do notre dostin- ,, promitde reni6dierau nial consomme et de faciliter Fintroduction de ses capitaux. qui doivent jeter parmi nous une lueuv d'esp6rance. Mais, les int6rks priv6s rivalisant avoc I'intdrk national, des measures pr6alables devinvent indiipensables pout, favoriser le jeu de l'or d i-6pandro sur no; places. L'id6e de la stabilisation du change fut admire au-itzit6t, car scule, celle-ci permettra aux capitaiistes d'obteiiii- :1 un prix d6risoire ]a propriW urlbiine et rural et do payer a peu de frais les services on g6n6ral.
Les partisans do la stabilisation invoquent constamment les examples de l'Argen'ine et do la Dominicanie qui en ont us6 pour I'am6lioration de leurs finances publiques. Bien que ]a concession d'u,ie bonne foi leursoit faite, nous sommescependant, b rn me d'arguer quejamais, ces deux nations no se trouOrent a 1'6poque de lour r6forme respective sous le coup d'une measure simifaire A celle applique cliez nous.
Quand se pr6senta A elle le proWme de la r6forme, I'Ar-gentine avaitt en effet, une knission flduciaire atteignant le,




4 DF LA LIGVE
chiffre d(, six cont cinqu.111to millions. La circulation aussi dense d'un paper, dont h d6pr6ciation s'accentuait p6riodiquornerit, recl:imait d'urcentes measures. On out alors recourse A une C iisso do Convorsion qui, par tin rouge m6canique et 'i um taw, pr6alablemont rix6- substitute au\ ancient de n-)uveawbillets -arantis.
En Dominicanio, le (aUX courant de 80o ne fut point chois comme base do la stabilisation. On le ramona A 5UO, bien quo Var-ont dominicain tenclait A so d6pr6cier advantage.
La situation do la nation haltionne no reflRe done aucun do ces deux cas. Lors de la prot-nulgation du d6cret do stabilisation ,in taux de cinq POUr Un, -sa circulation fiduciaire' cl u e d o 1 531,592 gourdes et elle avait un chan-einf6rieur A 10j 0/0.
D'autres adversaries do la bnisSe du change pr6sentent un argument d'ordro plus 61cv6 et rn ritant do la sorto une plus. grand consideration. Le paysan, pr6tendent ils, (( qui verraiE dirninuer la valour Cie SOS PI-OdUiti dont la baisso du chan-e influencerait lo prix, (( so d63int6resserait, tt la longue do ses plzintations )) et les consequences fAchouses rejailliraient sui 1'expoitation, une des principalo-s sources de, la richesse national,
Le producer indig(', no oprouvorait pe,,it ,,tro un certain (R COLIragement A recevoir pour IC fl-Ilit de son travail une r6fribution d'jnr6rio'rit6 num6rique. Le cadre de sa conceplion pr6selitc de's dinleI Zlons !.rop 6troites poar lui permettro do que le prix do sa production, quoi(lue diminuant num riquotnent, poss-Werait une puissanea acquisitive heaucoup plu.- grande. NJMI7,r('- copondant, la crainte naturelle, du ph6notn ,mo, dont les effects sernbleraient de prime abord pr6judiciables 't ses int6r .s, il so sournettrait ),raduellement i'i I'6vidence, on constalant Pacquisition revenue, plus facile do tous ses arti--les do consummation int6rieure.
La 116publique d'HaTti ne traverse pas 4a prerni re crise 6conomique. Elle out A plusieurs reprises h letter centre cel, le-ci et parvint A do-niner par des moyens erficaces In pertu-




DE IA JEUNESSE HAITILINNE 5
nation g6n6ralequi s'ensuivit ot h donner des ann6es ralmi vement prosp6res. Une nomenclature do quelques opinions 6mises et measures pratiqu6es a diff6rentes Opoques nous prouvera qu'aux lieures les plus difficiles de notre histoire dconomique, aux heures ot i to, chifti e clu paper monnaie 6tait de six cents millions, les effects d'unc sut-thilis,-ition tic furent point pr6conis6s, combine on to fitit si soigneusernent aujourd'hui.
En remontant a I'ann6c 1872, nous trouvons cutic, irculation do papers, pr6sum6e do, six cents miHions, que I'admi. nistration do SaInave avait 16-u c d ses successeurs. Le -ouvernement de Nissi(re, tena-iL alors les r nes du potivoir, r6solut dese d6raire de cette massed p:ipior, S:in, valour, qui avait rendu d6plorabloNtat do nos rinanco-i et j(',t6 tit! d6sordre ind6scriptible clans routes nos branches 6conol-ni ques. Une loi vot6o le 21 AoOt de la m6me ann6e., incarnant la measure qui lui parut (( u-ze des conditions essentielles de la r6-6n6ration do notre soci6t6 o et (( r(c.it I'accuoille plus favorable de nos populations en g6n(Ir,)tl d6cr6ta lo ro rait intc;gral et immOdiat des billets on Circulation. Mallieureu. segment, les beaux jours qui s'ensuivirent no furent pas tr s nombreuxcardix ans plustard, to papier-monnaic faisnilsa r6Apparition. Mais, d6s 'IS91, I'administrition du G n6ral Hyppolite comprit quo, mt me au prix' de lourds sacritices, il-fallaitimm6diatement on debarrasser to pays, Min (fzic( 1011der une precision a Hpar-no du people.
A une date encore toute r6cente, c'cs -it-dire le 25juin 1913, Aa Chambre do Commerce do Port-wi Trince (nnoH;ti[ lo, im'(];ins tine stance, (.otto me.-sure Iiii 1) iraki tit indis pensable centre la ruine fatale du cot-n-nerce natiowil, et lo papior monuaie fut d6sign6 comme u un mat qu'il rallail com-battre A outrance.
11 n'y aurait certainernent auction lionto a mettre en pra!ique les sages conseils do nos devanciers, appol s 't Coll IM i tre mieUx quo 1'6tran-er les Causes (to notre ruille (' conotlli,que. Maintenant quo la liberty indivicluelle sen-Ible phii tj. ble, maintenance quo la resource facile du paper i-nmin:lio tie pout plus naltro do Finstabilit6 po iticluc., it pirait Flwheux do constator clu'011 S'6%'ertuc a 11011" conserver le IlIzIl exis tant pout, ]a bonno raison quo d'aULI-OS PlJi SaIICCS OlIt I)I'0-




REVIVE IJL LA LIGUE
fIt6 de la s!abilisation du Change. Or, les moyens de reader le Nau ne manquent pas A nos maltras actuels et les premiers !!eraient fournis par cette parties do Fencais;o or affcct6e au retreat et qui, tout derni6rement fuyait, tout le monde sait comment, d bord d'un navire. Avee quelques sacrifices r6clam6s d la nation, habitu6c h6las h on faire de trt-s grand. on nous doterait d'une notivelle (Yourde ramen6e a sa valour initial et poss6dant le c,,icli(,t de s6rel6. que doit avoir tout signe d'6chango- De 1 sortirait le bion Lrc de la collectivist, do lh seulement naitrait la conCance, un des facteurs principaux du r6tablissement du cr6dit national.
D'ailleurs, cette -.76thode est d6sign6e maintenance comme dtant la meillcure ot pr6sentant le plus d'avantages aux na'tions anirn6es du d6sir de supprimer le r6gimo du cours forc6 auquel elles sont astreintes. Dans la. stance du 5 Juillot 1911 d la SociW d'Economie Politique de Paris, M. Georges Levy expose on effo', avec beaucoup de tnl, nt, la m6thode de stabilisation ernploy6e par I'Autriche, la Russic et 1'Am6rique du Sud, pour so garer centre les fluctuations dans le cours du change. Apr6s d'int6ressants d6bats A ce sujet, il ne fut pasmoins reconnu par les autorit6s flnanci6res pr6sentes quo (( la solution id6ale e-st celle qui r6tablit l'ordre des chooses ant6riL!ureso, c'c_,t-i'i dire celle qui conserve la j-nonnaie primitive et lui donne sa valeut- ori-inaire.
La Grke qui petit c-c f6liciter de Wavoir pas 6cout6 I" consoils en faveur d'unc stabilisation, b6n6CIcia tout particuli& recent de cette mMliode; (( I'Italie est reVOtILle au pairancien, bien que la monnaie niftillique manque encore A l'int6rieur, et I'Espagne s'y achomine. )) NPme le Nlexique qui so trouvp aux P r1ses avee tin milliard et quart d, papier-monnaie, es aya au commencementdc cette annoo do ramener d sa va leur do cinquante centiy.(-s ornmericain le peso qui actuelle6, m(,.nt a une valour de -,ix ou sept centimes.
Done, c'est la bonn-i m6thode, cat-, avec I'autre, la monnaie va toujours en se deprOciant, s'il se product plusieu0s erkes dan,. la vie d'un people. ) Le4 ia m!jre, dc la Coinknission
PwjwiL LAFONI'ANT, GEORGES N. UGER, PAut. BAIIJON, MAURICE ETHL'ART.




DE LA JEUNESSE IIAFFIENNE 7
EN PROV I NCE
Le Cap
GrAce A !'initiative et aux efforts intelli.-ents des Membi es de la Filiale Capoiso, I'Ecolo libre de Droit Ju Cap qui avait d i former ses portes par suite de la suppression regrettable de la subvention que I'Etat lui servant, a pu recommencer Ses Cour6.
Sont professors h I'Ecole Messieurs Marc Arty et Joseph Aug. Guillaume (Droit Civil, Edgard F. Pierre Louis, (Pro c6dure Civile Ls S. Mphirin, 'Droit International public) A. Acacia, (Droit international priv6 Charles Andt-6 (Droit Administration, )T B. Villehardouin Leconte, (Droit Commercial, ) A. Acacia, ( Droit Constitutionnel I ot NIM. Nlontholon Boisson et Ls. Marceau Locorps, professors suppf6antsC'e:4 IA Lill b0,lU SUCCCS (1011t it ConViellt (-I(-' f'-"liCiter ICS Members do la Filialo du Oil).
Gonaives
Une int6ressante F-Aliale a dt6, fond6o aux Gonalves ii ]a date du 16 Juillet. Le Comit6 de Direction est compose com me suit : Mix Missier, Pr6sident ; Fernand L-flanne, Vicepr6sident ;'86n6que Michol Secr6taire ; Louis Fils, Tr6sorier ; Paul Emile Sajous '\V. Richard et Ludovic Missier, Con,, sellers.
Le travail bat d6jii son plein et bient6t seront prks les rapports sur la question de Vabrogation de I'article 6 de la Constitution, et sur la question du Suftrage Universel en Haiti.
Bibliotheque de la Lique
Pat, suite des difficult6s et des lontours'nlises actuell, mont




8 R LVUL DE LA LIGUE
par les usines d ex6cuter les commander do paper, it s'est product un certain retard dans la publication des outrages que la Ligue doit 6diLer. Le paper 6tant enfin arriO, les travaux vont 6tre pouss6s activemont, ct la Ligue livrera pour to rentr6c (FOctobre, to Code do Proc6dure Civilo, ann ot,6 et mis A jour, par IIc J. N. Uger ; ensuite, (( Le Manuscrit do Alon ami, )) roman pat, Fernand flibbert, ainsi quo d'autros lives qui sont on cc moment sourni,-i au Comit6 do Lecture




DE LA JEUNEZSSE 11AFTIENNE
DE LA
NATION HAITIENNE(1)
En consid6rant 1'6tat do rneurtre ct do rapine oCr nous avons vdcu, dtat anarchique particulior aux soci6t6s on formation ou en decomposition, aux soci6t6s qui n'ont pas encore ou sont en train de perdre cetto communaut6 de pensdds et de sentiments qui fait la force des nations, los esprits. haRiens so sont pos6 cetto question:
QWest-ce att juste que le patrimoine social tie N lVation hailiellw, cownient s'est-il lorni6 ; yttels sont ses caracMres propres ? Quels sont, clans les circonstances actitelles, les inoyens pratiques tie le conserrer?
A notre point do vue, le patrinioine social d'une nation comporte des objets si divers et d'une si grande 6tendue q'u'.il deviant une compr6honsion oCi no sauraientatteindre 1'eftort le plus prodigious et la plus vaste intelligence, et c'est en vain que nous cherclions une for-mule n'offrant rien de sp6cial ni d'accidentel r6sumant vraiment cotte chose abstraite quo l'on sent sans pouvoir se 1'expliquer.
Toutes les luttes du pass6, routes les nianiVestations religieuseQ, artistiques, scientitiques et litt6raires do Yzime et de 1'esprit d'un people, tous ses eftorts vers le bien, le mieuN, le beau, tous ses faux-pas dans les sontiers de la civilisation et du progr6s, routes les aspirations collectives et individL]elles a un id6al moral et mat6riel, routes ses joies, routes ses souffrances, WUtCS, les pages de soa hisioire torment en effet cc legs dont F6tenclue est ind6ter.,ninee parce que sa source so perd dans Firnmensit6 des sHclcs passes, tandis que cheque jour lui apporte une contribution nouvelle sous une inflnit6 do formes.
(t) A cette 6tude a Ct6 attribu6 lo 1)rewier 1)rix do Cent (jourdes, du Coilcours do ]a Livite de la Jettitesse 11011enne.




0 IILVUE DE LA LIGUE
Avec cettecomplication, cepatrimoine embrasse done toutes les spheres de Factivit6 humane et sa compr6liension diff6re n6cessairernent selon les individuals, car elle s'61argit avec le d6veloppement cultural et nous ne pouvons en d6t!nir que la part que nous en avons personnel element acquire.
Pour le paysan haftien particuli reaient, sans culture, ce legs consistera seulement dans I'Ind6pendance conquise, et dans les faits d'avmes des a1eux; rDais celui qui a 6tudi6 notre histoire se mettra a penser que nous avons dans nos veines, ne serait-ce quune goutte de sang de ces peoples qui, avant 1492, ont moduI6 lours areytos A l'ornbre de nos chtnes et apprise d chanter h Ncole des rossi -nol,;.
Quandles fils de Louquo percent leuriiid6pendance, quand ils meurent A I'lieure mAme o6 Finstinct d- resistance ft Ioppression et t1la resignation des vaincus inspirent A la muc-ique de fours sambas deux nodes nouveaux, quand les tristes 616gies du d6sespoir et les savages chansons de la coWe succMent q la m6lodie pittoresque des choeurs d .Iicieux de runes files cheminant au solely des planes de Yayuana, quand les gallons do Quisqueya cess6rent do r6p6ter 1'6chc) des gracieux po6mes d'Anacaona qui av dont, a vec la nalvet6 la joie et la gaiW do Fenfance, finit u o p6riode do nc)tre histoire qui constituo un patrimoine toutaussi cher h noS.SOUvenirs que les si&les d'esclavage et les aun6es do guorres h6roliques de nos aieux imm6diats pour l'Itid6pondance.
Cette faCon d'envisager la question trace d'ores et d6jA aux patriots lour devoir: elle les incite it ti-availler au (16ve-.-loppement d6 routes IeUVS facult6sen function non seulement de la conservation de cot heritage mais encore en vue do son agrandissement pour sa transmission aux '-6n6rations futures. Elle condamne en m6me temps ceux qui d6precient la beauty et In grandeur des actes de leurs deVAnciers et ne veitlenten voir que la partic rouge de sang ou fatigease do d60 C3
faillances, car ceux-ld insufflent le m6pris d eux-m6mes dans le eceur des jeunes, d6truisent 1'esp6rance sur leur front et commettent ce crime afrreux d6c-oOter I homme de son pays.
Apr s avoir avanc6 quo le patrimoine social d'une nation




DE LA JEUNESSE HAITIENNE 11
est par 1'6tendue de ses composants difficile sinon. impossible a Mlnir. nous reconnaltrons volontiers qu'A Forigine de tou te communiuO politique, il v a toujours un grand acte, cons6quence d'une grande We, qui a amon6 les diRvents mombres do cette communaut6 d cherch m dans lear union la. force n6cessaire pour le triomphe de ce'te grand,, pens6e.
C'esteette id6e qui caract6rise lo patrimoine social d'une nation et clui en est comme le fondemeilt essential.
Pour nous autres HaYtiens, la Guerre de l'ind6pendance, entreprisenu nom du principle do I'Egaiit6 drs Races liumaincs, est en mkno temps l'id6c ct I'acte.
Un coup d'oeil rapidejet6 sur notre histoire fera voir au milieu do quelles p nibbles difficult6s r6ussit A triomphor 1'(E, uvre do Vlnd6pendance; et aussi comment dans les moyer),,s forc6ment employs pour son execution se trou vaient en germes les mallieurs qui nous accabl6verit par la suite, portent avee eux une nouvelle obligation, un nouveau logs.
Devenus maitres du sol d'Hafti, ap s des si6cles d'esclavage, les n gres avaient conquis I'md6pend ince, c'ei -h-dirc le droit do former une cornmunaut6 politique r6(gio par des lois choisies par eux, mais lit ponssl, e qui ,ivait soulev6 toutes les. populations du pays, n'('-tait pas uniquement lit r6vo!te d'une nation sujette, centre un pouple maitm, elle 6tait encore la protestation avouglo centre cotto iiiiquit6 clui faisait de I'homme noir une choso et une propri6t(_',.
Cette circonstance parliculi re de notro naissance comme peijple, nous donna. donc dt s l'origine une ph-ysionomie a part dans le monde; et notre legs cut, d6sormais com me fondement essential: la preuve h faire de 1'6-alit6 des aptitudes civilisatrices do la race noire avec celles des autres races.
Depuis le moment pique de la Guerre pour I'InVpendaricc, nos v6t6rans de cc Grand'Age avaielit, contract des habitudes qu*ils conserv6rent au detriment do HAffice Ipar eux fond6. Avee leurs Wes et leurs liabitudes d'une p6riode de luttes, il lour fut impossible d'orienter le Gouvornement ven un regime d'ordre et de paix. Ainsi se cramponna. au pouvoir une oligarchic dont le p wsonnel 6e rajeunissait, mais dont la. valour morale sinon intellectuelle allait diminuant.
Cette v6ritO volontiers constat6e fournit la Met d'introduction do notre histoire actuelle et d6flnit notre present dtat.




12 RLATE DE LA LIGUE
La br6che do Fassassinat do Dessalines avait overt la voic
des hearts entre les aspiratiorls nationals vers un r6gime do liberty et le despotism military o, et apr6s notre premier r siWe d'ind6pendance qui s'6coula rapid, inf6cond, le peuple pArut, attrist6, ongourdi, dkoura-6, an6mi6.
La consequence immediate de cette an6mie fut un oxc6s de nervosisme qui, violent les consciences et amenant les crimes do ces deniers jours, rompit Nquilibre entre notre grande mission do rehabilitation do la race et ies 6goismes individuals.
Le trait d'union (jui avait fait notro force dans le pass6,
'6tait relacM, la nation perdait son homog&i&M et il fallout la pr6senco do F6trancycr sur notre sol pour ouvriv nos yeux A ]a r6alit6. Alors seulement nous comprises que nous avions compromise Fwuvro des Meux qu'il fallait conserver coOte que coute; alors seulement nous nous rappelAmos que nos p6res avaient assume, avee un W-and bruit d*armes, on face de I'Univers, In mission de montrer digne de la liberty une race consid6r6o digne sculement de la servitude; et que, nous, les h6ritiers do cetto inission si honorable, nous n'avions fait quo donner au mondo Io --po, taclo de notre impuissanc e par des luttes intestine--, et st6riles; tandis que mouraient dans la mis6re, doms Foabli, les meilleurs d'ontre nous, touto une plMade do litt6ratours ot de pokes comme, Morme, Coriolan Ardouin, AMassillon Coicou, Pornmayrac, etc. ; do savants commc Xli-uel Boom-, do pensours comme Edmond Paul et Firmin, pour no citer que ceux-la, do COMmeroants avis6s et honn6tes (jui auraient pu nous guider, pour notre honneur, dans la voic du progr6s ct do la civilisation.
C'est ainsi clu',i c6!6 do nolio grande mission pren-ii6re s'inscrivit, comme pour specialiser d'uno fa(-on plus grande le caract6ro racial de notre legs, une autre obligation: Prou0 zn
ver par notre conduit a venir que, si pendant plus de cent ans, nous avons 6t6 lAclic'i et rn6prisables, cola no provient point d'Un d6faut parLiculier h la race, mais de ce quo nous avons 6t6 une inallicurcuse victim des maux qu'cngendre partout 1'(' ,'YoYsme de la brutali(6Le PaYs, ocjupo militairement, H6 par une convention, nous voyons 1'6tranger, parnotre imp( ritie, participor aujourd'liui presqu'en maitre L In condUitO do nos affaines nationd-




DE LA JETNEI;SP IIAITIRNNF 13
les. Quelle honte pour nous ot dans quells tristes circonstances nous nous trouvons a cette heure ployant sous la. double charge d'un pass6 do gloiro compromise par un pass6 de d6faillance
Et nous voilA, maintenance qu'il a W mis tin freiri A nw i.nu-. tiles bouleversements, maintenance quo nous avons perdu une parties do notre souvorainet6, en face de la r6alM, nous accusant nous-m6mes et nous demandant: (( N'avons-nous pas h1chement ali6n6 A jamais I'Mritage recu des p6res et nous est-il encore possible do to sativegarder on realisant la ,rande pens6e qui avait fait notro Ind6pendance ?
Bien quo notre cas ne soit jusqu'ici tout d fait d6ffi-ii, nous ne pouvons conclude en ce moment a notre condemnation. h mort, et on presence des maux du jour, nous ne prMierons pas Findiff6rence. et to d6couragement. Les deux seraient h craindpe an contraire; rien en eflet n'6tant pire pour une nation que I'auto suggestion de sa d6cheance.
Nous no saurions conseiller non plus une intransigence exclusivement inspire par des raisons de ignite. Ce serait la plus mauvaise des politiques : celle qui arn6nerait notre disparition h br6ve 6ch6ance. Songeons plut6t que dans l'oroanisme social haYtien, il y a une inconnue et cette inconnue c est I'immense reserve des travailleurs de la terre et des, professionals de tous m6tiers qui n'ont jamais pCi donner toute la measure de leurs forces dans le r6girno d'instabilit6 politique o(i nous visions. Que ceux-li't done unissent leurs fdrees et leurs capitaux, qu'ils forment des associations, s'ils le peuvent, pour la sauve"arde de leurs int6r6ts et la vulga.. risation de leurs products et quo Fimpulsion ancestral qui avait pouss6 nos p res A la r6volte, nous 6branle encore, non pas pour nous conduire, comme hier h des victoires sur les champs de bataille, mais aw, victories non moins glor.,euses remport6es dans la lutte pacifique du travail et du progr6s.
Ainsi nous aurons conquis ce que ni la Crke-h-Pierrot, ni 'Verti6res ne nous avaient donn6, car nous aurons lav6 dans la sueu r de nos fronts le pr6j ug6 de paresse dont nous avons
si solvent nceabl6s.




REVUE DE LA LIGUF
lei nou3 tOLIClion-3 it Fimportante question de l'or-anisation do travail. Question ardue, surtout cLins notre pays oft les capitaux sont extr(^!mement rares et oO manquent la plupart des 61 ments n6cessaires Ch la bonne march des enterprises agricoles et industrielles.
Cependant on announce 1'arriv6e procaine de capitalktes strangers qui v:,_,nncnt achoter ou affermer A long terme, ce qui est la m6me chose A peu pr6s, des terres et le:, faire travailler. Le regime de stability que nous avons actuellement am6nera probablement aus.3i les colons do moindre importance. 11 faut se garden de voir dans ce fait un bienfait pour no I us. Yen vois d6ja plut6t les funestes consequences, cat, c'est nolve expropriation du so], dani un temps plus, ou moin long, et la creation au deSSLF4 do nou 3 d'une aristocratic rurate et professionnelle Mvang, re, corn me notre ex propriation
0 1
du haut commerce a cr66 dans nos villas une aristocratic commercial 6(rang6re.
Vn eflet, I'agriculture qui est partout une science est rest6e chez nous une pratique empirique. Le propri6taire cultive sans r gles ni m6thode. La terre ne recoitaucun amendeZ17
ment, donne peu, et avec cela notre principle production, le caf6, support des charges trop lourdes. 'Dans de pareilles conditions, it a 60 impossible au proprikaire rural d'amasser quelque argent. Au contraire, pour vivre, it a dO emprunter et sa situation a empire par suite des 'gros int6r6ts qu'il a eu d payer. Aujourd'hui, it est A bout' de forces. It a fait tous les sacrifices possibles, it ne peut plus diminuer ses d6penses pour 6canomiser quelque peu bien que la sobvi6td et la parcimonie nationals se contentment du strict minimum. Et c'est A ce moment que vont arrived ces- capitalists et ces colons strangers.
La lutt@ sera certainement in6gale et j'entravois d6jA la situation qui attend nos enfants. Wailleurs, ces propridtaires eussent-ils des c.apacit6s agricoles, comment les utiliseraient-ils ? Notre reconnaissance des, chooses de Vagriculture West pas ws grande, mais el.le. est
I




DE LA JEUNESSE HAITIENNE
suffisante- pour nous tairo voir que pau. d'am6liorations se font sans argent.
Un proprikaire au courant des rneilleures m6thodes agricoles pourra certainement mieux administr-3p son domain, mais c'est tout. Pour aucymenter le rendement des terres, il faul. des amen-lements, done de I'argent. De I'arcrent encore pourconstruire des mai onsacheter du b6tail et des outilsete. De I'argent pour mange,- pendant qu'on songe d am6liorer. Personnel Wen a. Nos industries se trouvent dans le m6me C.as que nos agriculteui s.
La question reste donc pos6e: Comment amener le changement d'une situation konomique centre laquelle le tvavailleur haftien ne peut plus letter, et qui fera, timber au., rang de proletaire sinon de serf, le propri6taire et le patron d'aujourd'hui quand viendront des colons et des capitalistes kranoers?
On ne saurait attended quo des progr s do quelque ampleur naiss,,ntde I'hiitiative priv6e. La self-association dans un pays lonatein p-3 asservi West pas possible Est- ce trop demander au Gouvornement que d'attendra de lui qu"t vienne en ai de A 'nos propri6taires et h nos patrons d'industrie et de s'en consti tuer le protecteur ?Le salut ne peut venir que de I'Etat: et Cost lui qu'incombe le devoir d'ameliorer, par un ensemble de rnesuras soigneu-sement 6tudi6es les condition 3 UNvorables ofi le manque de viability met DOS eXplOitations a-ricoles et industrielles.
C'est en permettant aux citoyens d'6tre ais6s que nous lour perm.1ttront de s'instruire et de conserver routes les traditions qui ferment notre patrimoine social. Nous avons dit plus haut que rion, en eftet, West plus restraint que la conception du patrimoine national chez un homine sans cut. ture; Dous ajoute ,ons qu'elle est encore choz celui.lh une We va-gue qUi disparate deviant le d6, ,ir de vivre.
Si notre sort matdriel. depend de I'Etat en grande parties, notre avenir moral no Upend que de nous.
Youblions pas que nousavons MrM de la France, notre




16 RMIT DR LX LIGUF
vieille m6tropole ot notre m re par la league comme un pou,' par le sang, des sentiments de sociability, de sympathetic ra-' pide et de g6n6rosit6, avec une merveilleuse facility pour" comprendre, apprendre, juger et raisonner; cat- si nous no voulons pas 6tre absorbs, it faudra nous cramponner Apre-, ment d notre culture franchise, car seule elle nous permettra de conserver notre originality au milieu de la novel le invasion des homes du Notd.
Et si nous mettons routes ces facult6s h6rit6es do, la France en action dans la conduit de nos entreprises, en y adjoianant la t6nacit6, ]a hardiesse et le s6rieux de nos protec-, tours am6ricains, nous pourrons peut-kre, saver du naufrare notre nationality.
Mieure n'en reste pas moins critique et notre salut avec les destinies heureuses ou mallieureuses qu'it compote est tout sim element une question intelligence de vo!ont6 et d'6ner-ie de la part du Go'uvernement comme de celle des cit-)yens.
ADOLPHn BRUN.




DE LA JEUNES F 11AFFIENNE 17
LA,
SITUATION FINANCIER D'HAITI
L'article jer de la Convention quo nons avons sigrit',e avec les Etats-Unis dit (( Le Gouvernement des Etats-Uais, pat- ses bons offices, aidera le Gouvernement Haftien A d( veloppev efficacement ses resources agricoles, mini res et commercialles et a gtablir sur une base 7solide le. Fi ,(tnres haffiennes. )) Et le proc6s-verbal d'6 ,lmng des ratirlcation ; dre-376 A Wit, shington, le 3 Nlai dernier, tait ressortir que la Convorition a 6t6 conclude ontre les deux Pays (( dans le but de re srl er les liens d'amiti el. de rom9dier (4 1(t situation actitelle des Pinalices d1laiti.
A la veille, esp(wons nous, de la mise en appli,-ation des moyens necossaires pour atteindre le but indiquf, qui est, sans nul doute, un des principawK mobiles do FIntervention am6ricaine, il no sera pas inutile pout- les lectours dc la 110vue d'avoir sous les yeux un Uibleau, au si exact qw po-,s,ble, de notre situation rlnanci ,re, do corinnitre qti(.l est le montant denote Dette, de sp rnppeler les 616ment4 qui la ferment, de savoir comment nons pnvons 11111LIellOnlent P-)tll' les int6r6ts et son amortis oment, queiles sont nos roceiLi3i, quelled portion do Cos recottes lo soul s3rvico do la Datto absorbe, d'envisager avec nous les moyens qu'il conviendrait d'employer pout, augmentor nos resources, et ell Mtelidaut que ces n-iovens soient appliques (A porter lout's fruits, qwlles measure imm6diates doiverit 6Lre prises, pour dimiajor le fardeau, lourd pour nous, do la Detto publique actuelle.
Avons-nous besoin de dire quo nous no ponsoa'3 pas tin seul instant que les moyens et les measures quo rioai in liqa,rons soient infaillibles ni qu'or) n'en pui3se rja, trouper do moilleursTout cc qL)o nous voulons, c'c-,t, au moment oa ces questions vitals vont s'a-iter d6rinitivenient, cs:sayev




REVUF DE LA LIGUE
d'apporter, de bonne foi, et si modest qu'elle soit, une contribution A leLIr SOIU60n.
La Dette publique de ]a 116publique d'Ha*iti monte actuellementh Trente-Deux Millions de dollars environ et est constitu6e
ill par nos trois Emprunts ext6rieures de 1875, 1896, et 19'.0, dont le total en ce moment est de 22.671.010 dollars, auquel il faut ajouter plus de 600.000 dollars pour int6r6ts et arnortissement 6chus et non encore pay6s 2- par le, Emprunts Int6rieurs 1912; 1913; 1914, A. B. C. se chi ffrant A 2.263 226 dollars, le pr6t statutaire de la Banque 562.600 dollars et les soles des Conventions Budg6taires
1.151-547 dollars;
30 par diverse vaieurs dues par contract pour les travaux de Construction du Palais, des Rues et des 6oouts de la CApitale et des Cayes, garantie de Chemin de fer, delairage 6lectrique, cr ance Fouchard, effects publics arri6r6s, environ 2.500.000 dollars,et 40 par le Papier-Monnaie, le nickel et le billon en circulation, soit 16.531.598 gourdes qui au change de5 pour 1 repr6sentent 3.300.000 dollars environ.
En dehors de la portion constitute par la circulation flduciaire et par quelques erkinces peu considerable, toute cetto dette rapporte un int6rk d'environ 6 0/,.
Uinl6rk et I'amortissement exigent Quatre Millions, do dollars. par an, cc qui represented A peu pr6s les deux tiers de nos rovenus, soit 67 o/.. C'est vraiment 6norme et nous nous Irouvons d,)ns le cas de ceux A qui il faut un Concordat avec leurs cr6ancier-3, solon l'opinion do la plupart des 6conomistes. Car. dk;ent-ils, (( lorsque dans un budget le service de la Dette pr6l6ve plus de 35 0/,, I'Etat est tenu A une grande prudence; quand il d6passe 45 (,/. des revenues, la situation est inqui6tante ; lorsqu'il atteint 55, 60 O/o, il est certain que le moindre accident devra amenev un concordat entre I'Etat et ses cr6anciors. ). N
Orainsi que je l'indiquais, notre Dette absorbed 67 *J/0 de nos




DE LA JEUNESSE HAITIENNE
recettes, c'est-it-dire que sur une rentr6e annuelle de 6 millions de dollars, nous sommes oblig6s Wen consacrer 4A son service.
Nut doute que ce ne soit-1,A une situation vraiment alarman. te et ;h laquelle it faut, do suite, porter rem6de en augme ntant nos revenues et en diminuant nos d6penses non productives.
Mais comment augmented nos revenues?
It y a pour cela toute une s6rie do moyens et do measures dont les r6sultats peuvent les uns kre plus ou moins 6loign6s, les autres imm6diats.
It y a les grand moyens pour intensifier la production les chemins do fer et les routes publiques, irrigation de nos planes pour permettre exploitation de.-3 176-iO(713 leS Plus 6loign6es, la creation des grades industries du sauva, de I'at cool, du tabac, les exploitations mini6res et foresti6res, la vente ou. la location des terres du domain national misei on valeur par la construction de voies ferries et do routes. Ce sont 1A des moyens puissants, certainement, mais qui exi.gent un temps assez long avant de porter des fruits.
Or situation actuelle demanded application do mosures qui am( nent des r6sultats imm6diats afla do justement nous permettre la, disposition des vale'urs necessaires pour la mise en train des grand moyens dont nous venons do paler.
Parmi ces measures a r6sultat imm6diat, it y a tine po -ception de plus en plus vigilante de tous nos imp6ts ; il y-.t l'ordre et la s6curit6 qui, garantis, am6neront, d'uno ann6e A Yautre, une extension sensible de notre c9mmereo et do la production national; it y a la creation d'impots nouveaux, parexemple, celai sur Falcool qui constituo, on Dominicanie, une source s6rieuse de revenues ; it y a aussi une entente a faire avec, nos cr6anciers to concordat quo les 6conomistes indiquent a ux. peoples qui sont daris notre situation
-entente et concordat pour arrived d une diminution des charges quo nous impose notre dette.
Cost sur ce s deux points, mise -en oeuvre des brands mozn
yens A r6sultats plus ou moins 6loi,-n6s et application des measures d r6i,,ultats imm6diats que nous attendons, particuli6rement, 1!_ aide et la protection promises depuis bienteit




20 REVUE DE LA LIGUE
un an(( pour rcni6dior a la situation actuelle des FinancQs
d'HaIti
Ainsi done en ce moment, quand nous avons pay6 les in.
t6rks 4 1 Famortissoment de la Dette, il ne nous reste pour les autres servicesbud-6taires que deux millions de dollars, soit un million de nos taxes en or et Cinq millions de gourdes repr6sentant tin million do dollars, au change de5 pour 1.
Notre service mensuel d'appointe.ments, de location et autres, au dernierdouzi me publi6, celui do Juillet 1916, mon.
tait A 37t.517 gourdes et 26 637 dollars. En admettant qu'on puisse ramener ces chiffres d6ftnitivern ent A. 300 000 gourdes et 25-000 dollars, nous aurons done un Budget annual de
3.600.000 oourdes et 300.000 dollars.
Mais dans ces chiffres ne C 'gurent pas Fentretien de la Gendarmerie et du personnel des douanes. Jusqu'ici aucun document official n'a publi6 le montant do ces d6penses et il est impossible do les 6valuer m6me approximativement. Gest autant qui viendra augmented nos d6penses an-O nuelles et diminuor les resources qui pourralent roster pour les travaux publics dans Fkat pr6 ont do nos Finances.
Cc qu'iI y a do lamentable dans cette situation, c'est que toute cotto deLte constitute principalernent par des emprunts, n'a k6 contracted pouraucune d6pense productive. Ges em. prints Wauraient pas 6t(,, si lords it nos finances, mal-rd fours conditions on6reuses, s'ils avaient k6 faits dans un but utile et employs A ce but : construction de chernins de fer et do routes, qui auraient, conime partout ailleurs, au(yment6 la. valcur des r6sions deserves et amen6 plus facilement au riva-e nos products de Vint6rieur. Ainsi, vers 1888, les Colonies Australiennes, par rapportA lour population semblaient avoir unc detto 6norme, 833 millions de. dollars pour une population de O.G78.000 ames, ce qui faisait ressortir la part de capital A 225 dollars par t6te.
Mais tout le service de cette dette 6tait assur6, ot au-delA, par les revenues des chernins do fer qu'elle avait servi "t 6ta-




DE LA JEUNESSE 11AITIENIE 21
blir, et par la mise en valour des terres du domain national, traverses par les voies ferr6cs, qui 6taient venues ou lou6es.
Chez nous, nous savons comment et pourquoi ces emprunts ont W contracts. Lorsque nous les 6tudierons cliacun en particular, nous d6velopperons cc c6t6 de la question.
Nous avons done uno dett,3 qui so chiffre h Trento Deux millions de dollars et dont le service annual exi-e Quatre Millions de dollars. En admettant que notre p, populationn soit de Deux millions d'Ames, cc qui est un peu cxag6r6, la detto resort h 16 dollars de Capital par t6te et h 2 dollars d'int6r6ts et amortissement par an.
C'est peu et beaucoup a la fois.
Cc ne sevait pas grand'ehose pour nous, si routes les rnerveillcuses possibillt6s de notre sol et do notro sous-sol. 6taien" mises a contribution pour acquitter cotto dette. Ello, pourrait m6mo trc augmented, d condition quo 13 ou les nouveaux emprunts soient consacr6s aux grand travaux publics dont nous avons parI6 plus haut, chemin de for do p6n6tration, routes puhliques, ivriga6on m6thodique do nos planese, set-vices liydrauliqu s, assainissement do nos villas, etc., etc.
Ce qui rend notre situation 6conomique ot Cina nci6re sj critique, c'est que routes nos resources provionnent, on pout dire uniquement de nos droits de douane, et pour moiti6 do nos taNes A 1'exportation qui gr6vent, au deI4 de routes mesures, notre production agi-icole,
Si nous ;etons un coup d'ceil sur notre Budget, sur le der. nier Publi6, colui de 1914/1915, nous verrons quo sur un total de pr6s do cinq millions de dollars et autant do gourdes.
zn
les recettes autres que cells pi-ovenant des droits de douAne so chiffrent seulement A 3-21.518 Igourdes ot 151-155 dollar--. Et dans les cinq millions do dollars, les taxes h 1'exportation figurent pour2.'131-22.017.
. Nous savons cc (lu'il faut po'nser des taxes deportation. Si celles d I inipcwtation, A c6t6 do [out- earact ro Q -cal, peu -




22 REVUE DE LA TAGUE
vent aussi pr6tendre A une ideo de prAection do Findustrie national, les droits d'exportation sont, eux, univers6llement condnmn6s. Ils ne sont cornpris que lorsque le pays qui impose un product d la sortie a le monopole absolu de sa production, tels : le souffle on Italic, le Guano, au P6rou et les Nitrates au Chili. L'Italie, pendant un moment imposait ses vin-- d ]a sortie, mais elle a d6 abolir cette taxe et depuis sa production vinicole aeons! 16rablement aucymenW.
Notre Pays est loin d'avoir le monopole des denr6es qu'il taxe si lourdement d four sortie, et c'est tout juste si notre caf 6, notre cacao ot notre camp6che peuvent letter, imposes com me ils le sont, avee les m&nes denr6es des pays plus producteurs du Centre Am6rique et le Br6i;il. Ainsi done on envisageant Faugmentation de nos revenues, cc n'est certainement point du c6t6 de nos droits de douane
u'it faut regirder. M*eux, lorsque nous sermons arrives A raiiier cette au-mentation par ailleurs, if faudra alors se retourner vers nos douanes pour une diminution progressive des taxes exag6r6es que nous y porcevons, particuli6rement A 1'exportation.
Pour sorLir do la situation actuelle, if fant donc aup-menter nos recettes et diminuer nos d6penses c'est d6jd chose faite sur le deuxi me point en ce qui touche les appointements, location et autres, et nous avons m6me supprim6 en enter le D6partement de la Guerre et de la Marine qui, bon an, mal an, nous manceait pr6s do trols millions. Mais bien que considerable, cela no suffit point. Notre plus lourde charge, nous I'avons indiqii6, c'est le service de nos emprunts ext6rieurs. In6vitablement if faudra arrived & en diminuer le capital et les int6r6ts, A r6partir lour amortissement sur un plus grand nombre d'ann6es, A une consolidation de ces Irais emprunts sous une seule garantic, afin de pouvoir continuer 1),ir une diminution des affectations qui four ont W si royalement consenties, les resources n6cessaires aux grand travaux publics dont l'urgence ne peut plus 61re 61u. d6e, et qui sont le premier pas A faire pour une mise en valout- de notre Pays.




DE LA JEUNESSE HAITIENNE 13
Pour savor dans quelled proportion on pourra. toucher A ces emprunts, il faudra les 6tudier chacun en particular, rappeler les conditions si on6reuses pour la Nation, aans lesquelles ils ont W contracts, indiquer les guaranties qui leur sont affect6es, etc.
It sera n6cessaire aussi de consider une operation pareiile sur notre deLte int6rieure, parLiculi6rement sur la partie de notre dette flottante former par les effets publics arri6r6s.
Gest cc quo nous tA.-herons d'envisager dans uno prochaine 6tude.
FERNAND DENNIS.
%q'-( vil




24 11FVUE DE LA LIGUE
SOUVENIR DE JEUNESSE
Sainte TWr( se Da\-ila West 6urie'a
(Nis le d6fire de son exaltation mystique: (( Venfer est le seul lieu o Von
Wainic pas. ))
Mon premier amour date Wil y a que1ques ann6es d6jA. A quioze ans j'avais eoiiserv6 toute rrasonsibilit6 resserr6e dans une conscience droite, droite comme elle Fest d'Grdinaire au jeuneAge.
Toute Vann6e s'kai( pass(:' e au coll6go a entendre qu'il fallait Mro pur con-ime un beau lis do robust croissance, et le niot me 6tait !o mot profatie q oi me r6v6lait un tro fatal A I'li )mnie fort ; or A quin/: ans m,)n id6al 6tait do devenir un hornmo fort et la jouness- so croyarit tout possible je ni'kaisjur de Ptre ... m(^ me centre la fomme.
A Npr)que de nion promi,,r ;im,)ur, J'6tais A la champagne dans le Ucor f6ariq ue do n )s 1) )is o6 tout me troublait depuis la mugi,-jue bercouse du vent au.K tides hileines jusqu'aux cris des oi e_,,.Lix so poursuivant (Farbre on arbro proclamant une saints loi, que, sans co-mprendre, je sontaisexister et vou]oil M',Igiter.
D s les premiers jours de mon arrivele J'avais remarque une Cillette, femme (16j5 at-Ace au grand air ot ou solely, fruit nwrvoilleux m6ri par la chaleur des tropiques, une fIllette qui avait du fou daii les pruriolloi troublantes et dont les june-i seitis qui so mouvaient d'un t-nouvement impercept ble d6celaient toute I'ardour dont elle brCilait. Sa peau b-une avait emprutit", au fruit dLI P6011eP Son plus beau ra,e, deux nattes ma-:ifflques lui ondulaient on tresses soyeuses ju ;qu'aux 6p iules ot qu-in-1, les pieds nus, les jambes it dkouvert, H me seinble aujot)rd hui encore la voir passer de grand matin, svolle, souriante et belle, portent tin seau et se dirignant voi- !a source procfmin- j'6voclue toujours l'ililage do cluelque Samaritaine allatit, puiser de I'eau au puits de




DE LA JEUNESSE HAITIENIE 25
Jacob et involontairoment je me r6p,- te ces vors du poke do Cambo:
A'OiCi bieD, () Jacob, 1( geste dont tes files
L aventt ntN-aii atit(I'Linl)a-,jaitiaistiol)ptotiil)t
Souvenir Famphore sur leur front.
Comme je ne prisais pas trop les jeux s,)uvent brutaux auxquels so livraient losjounes ns do moa A-e, je restais au grand d6plaisir de mes parents plut6t dans les jupes. sauf aux ann6cs oo l'on r6coltait to mals. Les jours do r6colte fai. saint mes d6lices; v6tus d'une simplicity touto rustique nous enfourchions. une bourrique le fits du -,vant et moipuisrevenions, 6L travers bois, to sac de paille cliqr-6 d'6pis blonds. Cette distraction ellc-mkne me troublait, car Vid6e de mon ennernie, !a femme, m'y suivait. Les paysans occup6s oui sarcler ou d mettre les 6pis on tas Nvocluaient, en la chantant. Un do tours refrains pv6f 6r s'et qui revenaitcomme une incantation 61,ait
Darnhala oO lo, compt(- combine faimne. fr Do gaw, iiiij.
Ces rustres vous r6p6taiont cela.avec unesorte de volupt,6 c,)tnme enviant to sort de cc fr' Bo qui avait, tant do fernmes qulil faTtit 12s computer. Quelle puissance mi disais-je peut lone bien avoir cet 6tre pour clue ces hornmei frustes au milieu du solely et de, lour dur labout- proaancent son nom et semblent all6g6s du poids des p6nibles travaux ?
Or il y avait chez nous, d I'cpoque de moa premier amour, r6coltesuperbe. Leflisdup-iysan pat-taitsoul pourleschamps. Lesjupess6dentaires, sous leurgaloric, restaientseulesaussi. J'Allais,6colierthnide, do VALAVOcWduchemin, voirlabrune entrant qui me faisait r6ver. Je pus constater d6s Vabord que je ne lui 6tais pas indirf6rent, car (-Ile me relardait et chacun do ses re 'gards Mai, to reflot do quelque cho3e d'inriaiment troublant. Je ponsais : (t Lo m6mo travail qui s'op6re en moi doit so faire on elle. Pourquoi Dieu I'auraiL it con(,-uc diff.lrent e de ce quo je suis'?,) associate, surprise, POLIV la premi re fois l'idde de Dieu d I'id6e d'une rornme. Tantot j'avak; Fair dLr jeune homme qui ne compared pas, tantot deviant tant do jeunesse et tant do beauty j'afleGtais to maintain gouvt-n6 d'ua Jeune universities. Jamais, je tic me sentais assez hardi




,26 RLVUL DE LA. LIGUE
pQur lui dive la moindre effron.terie ni m6me pourlui envoyer un lointain kaiser. Parfois, me: rappolant Faust, jo me jurais dq rn'avancer vers elle d s le- lendemain et do lui dire: ((Ne pqrmetterez vous pas ma bello' d, moiselle qu'on vous offre le bras pour faire le chemin,) et le lendemain, je rri'arr6tais dens mes resolutions viriles do crainte qu'aussi fl re que bolle elle s'avisAt do me r6pondre : (( Non, Monsieuv, je ne suis ni demoiselle ni belle etjo n'ai pas bos oiu qu'o,,i me dcnne la main. ))
Cependant par une bleue et claire apr s-midi WM6, elle
me d6cida tout 'a fait. Elie 6-tait vkue avec sa simplicM accoutum6e, simplicity que no faisait que vehaussev ses cliarmes naturals. Je m'6tais instal 16 pou r la voi r ari i ver, au haut d'un petit morne qui bordait la route. Elie vint h passer, me Ivit, souritet adorablement belle s'6cria: ((Que faites-vous 14'?,) La rus6e elle savait bien pourqu(--)i j'etais th; je le voyais 4 son sourire triumphant; elle savait bien quet dieu malin m'avait perc6 de ses Uches, et je rou -is. Je rou (Yis, Wosant c:,oirq au bonlicur d'6tre aim6 de cette cr6ature qui personniflait pour moi I'Amour; je rougis autarit pour m'6tre vu devin6 que sous influence de tout un monde de sentiments que cette 111lette avait fait affluer A mon cceur ; je rougis en peasant que peut-kre son survive n'6taitque moqueria, qu'elle ne ni'aimait pas tandis que mon amour se trahissait 4 mes tnoindres 'gestes. Je ne pou vais rester boucho close et banalementj'entrai en mati6re. Comment vous nommez-vous lui dis:.je? Je m'appelle Mireille, dit-elle. C'ost un beau nom.
-- On me Ya diL parfois.
Ici, je dois avouer quo le paradise Mait on moi et que trop fortes sont pour un simple motel los jouissances c6lestes. Malgr6 le flot de sentiments qui d6bordait de mon coeur et i cause mtl-,me de ce tlot je ne savais que lui dive et cependant volant la retenirje hasardai Wimporte quoi : quel Age avez. vous ?
Elie h6sita, puis finit par m,., r6p3ndve, on faisant une mQue qui vous eut donn6 envie de la taquiner toujours afin Man jouir sans cesse que voulez vous faire de mon Age Monsieur?,,
A ces parole*; j'eus conscience d'avoir com mis une indiscrOtion et me ressouvins de cette phrase lue dans un romau




DL LA JEUINLS SE 1JA1T1LNNL
laiss6 sur une table d la mason etauquel j'avais touched pensant avoir affaire d un tout autre livre, Fhomme fort ne lit pas tous les romans, et parmi les auteurs ; mettre au pilori on'nous avait cit6 Pr6vost qui tout juste etait Fauteur de cette infamie, du moins cc devait en kre une car it paralt que cet homme aime beaucoup les fernmes, .- j'avais lui dis-je- : a Les fernmes dans leurs printemps comme dans leur hiver Waiment point A 6tre questionn6es sur leur Age. ) Mais j'avais tourn6 la pag sans plus approfondir la question car it s'agissait de la femme, cc fl6au des homes forts.
Ayant done eu conscience de mon indiser6tion je voulus faire oublier rna, faute dans la measure du possible et dis : (( Mireille, vous devriez-vous mettre un chapeau afin de prot6ger votre belle chevelure du solely. )) Comme Mireille s'6tait art-We depuis quelques in3tat-its, je d6gringolti du monticule et allai la rejoindre sur la route. Je me le figure, pendant cesmoments d6licieux mesyeux. d6rent briller du m6me 6clat que les siens. Pour mieux causer nous alldmes nous asseoir sur un Itrone d'arbre abattu qui barrait ['6troit clicmin.
Apr s avoir parl6 de mille riens d6licieux elle me demandasoudain sij'aimaisavecde l'inqui6tude dans la voixetsur le visa-e. Feminine, elle Ntait 6minemment, Mireille voyait surgir quelque rival entre elle et i-Y)oi. Une de ces petites mijaur6es A grand chapeau et robe en falbalas qu'elle voyait parfois le dimanche venir admirer les beaux sites de la campagne. Telle Graziella, elle ignorait qu'elle 6tait belle, elle ignorant le charge irr6sistible du cou et des *bras nus, et de deux belles nattes peasants lui tombant sur les 6 p a ul e s et volontiers elle cut troqu6 comme sa sceur immortelle, sa petite robe simple et belle comnie la nature, centre quelque toilette de simili rose A belles broderies fines qui 1'eut s6rement travesties.
- Mireille, lui r6pondis-je, d'une voix entre couple par I'dmotion ; vous 6tes la premiere ... la premi re femme que j*aime. Yh6sitai encore une fois h prononcer cc mot ; cc Jut la derni6re. Et avec surprise Mireille s'6cria vivement pouvant a peine me croire : Vous Wavez jamais aim6 ? ... paroles que je traduisis ainsi, comment as-tu v6cu, ami, toi qui jusqu'ici as v6cu sans amour. Elle me fit alors une promes-




28 BEVIJE DE LA LIGUr
se, celle do m'aimer mieux, disait-elle, d vin-t ans, et ses yeux aclievaient les pens6es que ses 16vres lais.iaient inexprimks puis, it arrive qu'elle so sentit troubt6e. Je m'enhardis alors jusqu'h tonir ses mains dans les miennes et n.ous
nous promises de rovenir !o lenden-min, tous les jours.
Dans ma timidity qui commen(.ait peino h s'6vanouir, je ne vis pas le kaiser qui 6tait sur ses l6vres quand nous nou i s s6parAmes.
A ce moment les feux mourants du solely jetaient une demi-teinte roussatre sur les vertes fronclaisons ; suivant Mireille des youx comme Booz contemplate Ruth la belle moabi.te, je me disais it est impossible. belle enfant que tu ne passes que glaner, ici-bas, it est impossible que tant de beauty soit pour des amours ificlignes 1 et dans mon beau r6ve de jeunesse je voyais Fanneau nuptial require h ses doigts. I NousconnOmes de bien deuces heures, Mireille ot moi. Nous 6tions ni .s pour routes les ivresses. E lle 6tait tenure, psssionn6e, mystique, mais d'unc tondresse, d'uno passion, d'un mysticism h elle, tout 6toan6s de so trouver A un. decrr6 tel chez cetto entrant, dont Nducation 6tait; A I'avenant. Je prenais plakir d lui raire de3 d6fenies d'amant jaloux et je I'aimais d'autaut plu- que j'6t iis ob i d )a leVre.
Je dis une fois ma m6rc (I (ii la regard iiL pass3v et la trou. vait belle que je )'6pouserais, ello se moqua de moi. Apr s notre s6,jour A la champagne jo la revis solvent. Jusclu'au jour oO ni'6tant absent du pays pendant quatre longues ann6es, j'appris d mon return qu'elle 6tait morte, morto h Vage ofi sa beauty resplendissait le plus ; j'allai voir sa tante avec qui elle habitat. (( Si vous aviez connu Mireille, Monsieur A dixhuit ans me dit la mall-jeureuse ternme on san-lotant.
Ayant connu la fillette d'alitrefois it no me fallut pas grand effort d'imacrination pour me rigurer quelled ange do beauty elledut Mre dans tout 1'6panouissement de ses dix-huit ans.
Elie aurait tout jUSte ZIUJOUrd'huit vir)gt ans )) ajouta-t-elle.
Vingt ans r6p6tai-je et, oppross6 par un souvenir ancient, je ne pus retenir une larme.
Quand je parties, j'eus d poine fait quelques pas que je me retrouvai dans to d6cor de notre premi6ro rencontre : Le tronc d'arbre aujourd'hui tout verdAtro de mousse barrait encore I'6troit chemin to vent remuait. doucement les arbres,




DE LA JEUNESSE HAITIENNE 29
les feux mourants du solely jetaient une demi-teinte roussAtre sur les vertes fraridaisons ; il me sembla, voir Nliveille ,,'Moigner, me jeter un dernier, reg ird, un dernier baiser tuut comme autrefois. Sa voix.. harmorlieuse r6sonnait A ri-ies oreilles et illusion. rut si forte quo quand elle it place .1 la triste r6alit6, J'eus le cceur encore plus rfieurtri. J'altai m'asscoir solitaire L Ir, place d'autrorois. Bient6t c, fut le moment er6pusculaire, puis la nuit, une splendid nuit aux reflects d'opAle qui me fit penser aux soirs onfuis, aux soirs 6coul6s ofi je lui conCais tous les secrets de mon cceur Wayant d'autres t6moins quo les 6toiles ; au.--, soirs o i la main dans la main nous parcourions les sentiers que parfumait I'Ame des roses tout en devisarit de -ailj lendemains, aux soir-s ot fr6missante olle se laissait enla3er ne pouvant dire unseul mot tant toutson 6tre d6bor-dait d'amour ineffable; aux soirs d'amour, d'extase, d'ivresses, de flies, de d6lires... Semblable d la, rose de Mricho qui une fois qu'elle s'est d6ss6ch6e s'6panouit do nouveau sous le kaiser de ]a ros6e, mon Ame, ce soir-ld, abattue par la douleur se sentit renaltre a la ros6e du souvenir d, celle qui pendant de longi mois fut ma
7)
bien-aim6o et 1'est encore mal-t-6 la tomba, malgr6 la mort.
Le lendemain, dans le petit cimeti6re do- campagrie baign6 de solely et fleuri de mille Rears savages o t les brLines tourterelles se pAment d'arnour, J'allai m'a(yeriouillor sur la froide pierre ot repos3 mon. amie. Depuis, J y suis retourn6 souvent chercher un. baume h cetto blessure faite a mon. cceur, blessure tr6s lente A se former car nulle femme n'a. su depuis la mort do cette onfant m'aimev d'un amour aussi infrangible que fut le sien.
0 Mireille, soisb6nie p,,tr delA la tombe toiqui sur le livre aux feuillets encore blanks de ma jeunesso 6crivis la premiere ce mot: Amour!
Fnri). DESTOUCHES.




IIEVTJE DE LA LIGUE
POESIES
LE, S MILLE VOIX DE LA FORET.
La fordt dans la nuit projette sa grande ombre Et, muette, repose en samajesItF sombre. Les oiieaux se sont Ins, et le vent seducteur Dans les branches reticent son nuirmure enchanteur: Les feuilles que l'Automne implacable ajaunies, Se torment dans les cris d1une lente agonize, Et rdlent sous le poids du pied qui les meurtrit A travers le feuillage une itoile sourit, Et se 21nire, belle de chaste nonchalance, Dans Ponde dtt ruisseau qui serpent en silence... Jerre scul au milieu de ce monde endormi W je venais chercker qiielque regard aini. Cest I'heure triste et vague oii plane le mysMre Ainsi qu'un grand linceul stir les c(eurs solitaires. Et le front dans la main au pied d'un ch4ne assis, A nt'endors, fatigitj de r ves impricis. Or voici tout-a-coup qu'unjoyeux babillage SYMve et le ritisseau, le vent et le fettillage, Et les oiseaux moqueurs et le gros chene vert, Tout ce qui aime et vibre en le vaste universe, Semble s'etre aninz sous ?in ellort magique. On dirait qu'un concert de voix melancoliq ties Yairive et je perfois ces mots me7odieux:
0 Poke, 4 2Aeur 1 Toi que sur terre Dieu
Envoya pour chanter son (euvre souveraine;
Toi dont le front qui touche aux denzeures lointaines
Impose un saint respect aux p ofanes humans;
Toi qui, te dechirant aux ronces des chemins,




DE LA JEUNESSE HAMENNE
T'envaspreckantpartout, vibrant, chantant sans cesse..
Qui apprends aimer, et sotffrir s-ans faiblesse; Toi qui sais nous ch6,ir; 10i par qui nos accents
Sont Imijours entendus, tendres ou menarants;
Tui dont la mission est crfle du prophet;
Poiti-quoi ce Iesespoir, noire frhe, o Po.'Ie ?
Es-lit done dejd las, toi qui Wa que vingt- ans ?
Qu'as-tu vu ? Qtt'as- lit fait? Quels travaux t!clatants ?
Non, non, releve-toi! L'muvrecst grandeelle est belle,
Et conme Weit, il fattqzt'elle soit immortelle!
Or tout est equilable en la crt ation: a A cdtd dit inauvais on troupe le bon:
Le plaisir chaquejour (i la donleur s'allie;
Et le rire et les pleurs t chaque heure se lient.
Celni qui fit la terre et le bleu firmanient,
Qui lit la for z sombre et le vaste ocian,
Qtti de es mains p(?Irit la (hair rose des femmes,
A it c(Pur de Phoinine mit cetie itincelle, 11dine,
Qni fit tons les oiseaux aux pluinat)es divers,
La chaleur des ilis, la glace des hiverg,
Qui donna cet delat et ce parfum aux roses, v Celui qni de son sein a lire'lant de chooses,
Ne leur a point donn4 tant de preuves d'amour Pour les abandonner ldchement quelcuejour!
Non, Hwy a jamais eit de mal en ce nionde;
Cest vous seuls qui render votre vie inficonde! u Comme voits, nous aimi, Poete, nous soulfions,
Et pourtant nous vivons sans abaisser nos front
Les pauvres animanx sont vo5 Vies de somme;
Les arbres, cesgeants, par ces bourreaux, les homes,
Par le fer et le fen sont ridnits en morceanx;
Vous delournez les eaux limpides desiruisseaux Poitr arroser vos champs; el la blanch- colombe
Sous vos plombs meurtriers sans un inurinure tombe,
Cepentlant, coinme vous ', nous soinmes ses enfanis;
Comme vons son armour infini nous defend;
Comme vous nous avons zinc dine, notre 4ve;
o Comme vou.c, nos amours, comme voits, noire relvo-! Et que de fois tout sombre et se fane et slenfitil .111aisjamais nous Wavons pour midire de Lui
Levi nos bras vengeurs, poussd des plaints vines, Et pour Iiii nous minions nos plaisirs el nos pines.
0 PoNe, la rie est un vaste jardin




32 REVUE DE 1A LIGUE
Oli l'OPlie t la rose a welli son vanin
La vie a ses doulpars! [a roqfi a son e'pilie,
flelles sont routes dpux Pt routes demv divines.
Prendv la lyrp, 4 Potlip., et rel ve cc front
Qtte rien ?v, doit courier, ni crainte, ni affronts
PoNe I ve-loi, reprend la lyre et change
a Malgre le doule alfy ettx, Itz satire merchant,
Jlalgr les vents grounders, malgre les dars chemins, Jla qre lon ca? tr meurtri que pr s5enl tes deux mains.
Pans les palais des rois el dans tumble chaumi re
Dans I-ombre de /a nuit de la lumierel
Combine im &h,) divin des grand cieux descendit Que loa chant noble el pur soit lonjours enlendit!
Fais que le riche att pativee accord une demeare;
Men-,zce le in-Chant; conqole ceux qui plettrent;
Dis lear que lot il sont enfan s d- art mbnp niett
Qu'il faut savoir donner pour meriter les cieux ; Dis leu), qulaimer, pleurer el soullrir, clest la vie, Et que lorsque notre dwe et cc monde est ravie,
Nos douleurs, nos amours, no.,- r(,'ves djcim s
Sont autant de bonhetw (pic wm auron.s seme's
pot'!1e, lt"ve- toi. .
El le babil slach ve.
Ouvrant des yeux surprise, loul embrumis de r('W,
A cherche en vain (i tracers les grand bois
D'oi't mlarrivent ainsices radiettses voix.
11 sernble que souril la forest loute enlWre
En s'eveillant sous les raisers dc la
Phwbu mystirieux enflamme Ilhorizon,
Tandisqu'attiour de moi dans- la vaste mason SYMve un hymne do7tx dexlase rayonnante.
Et mon dine a chassis la trislesse oWdanle.
Je sens descended en moi ime saints ferceur
Un grand lys &esperance est jelos en mon cmar M ...
19 10 L. HEABY Dt"BAND.




DE LA JEFNESz4'1 11AITIFNNE
AN I IT. k A N 10 U H 1 17 US E
f Ch ESCENDO
Be(garde! lejour mpm-1 el le sob- va veltil, Enrorp un soir qni noii sorpcend lit cefte place Llapr s midi p(dit, dt laille, df;j(i lasse, Laissaw comme un parfum, le sout enir...
Encore im soir qiii nons surprend ii u-Ite plat-e, Pevaid /a mel" allprA,;da 'nur, sm-Ir vielly Irow.; BieWol, le hot-izoiis )uoitis clears d'sparailrold. 0/1 dirail qn*llne Ch "Se ell /10 ts se de,'sciibire...
1.,aprtls-midi tudlil, di;faille, dj(i law, Et met ime penombi-e att dessoas de vos yea.,c W viria loire un reflard IrivIe el my lel-iettx Pared d tetle voile, au loin, qa'si!
Laissaw comme zin paifam flatter le srmcenij-, Lejoit.- s-en va, daits les metiaces tie,- 1-averse, Lejour Wen v(i... Le en 1drifes noms verse
Un adieii langooreux qui tie veid pa,; linir.
Begarde! lejour mem-1 el le soil va vetoir: Pour remplacer le solvil or)rIll, el sa 111111Wre, Ow tremblante Ioile apparail, /a premi;i-e! Comprends fii?,-amotir nad, I amilieva mottrir.
LP dernier vent tl-elefrissomie danv nw palms, bont ime brawhe basse achieve doitionir: Qae ces.iwirs de /a lin de seplembresolit calms Jleyny'de! lejour meart el le soil- va venir.
Un pan dit ciel est hie,,; le motit st? violacp El /a mec valangair Voits songiz 4 1 absew El je too- priix vot,,,; eotisoler... Le soir desceiid Eitcore 'if, soil- (Itti noas sarprPlid (i celle place...




34 REVUE DE IA LIGUE
nous surprend, r9vant tous deux, deviant la mer,
De 1'Wternel Stjet. L'amour qui vous enlace
Votisfait unpett plits pale, et, telle zin ceettr aniev,
Paprk- midi p4lit, dqaille, Wjti losse.
L'amour qui voits enlace et qui voudrait venir
ladder attiour de moi, comme une anzilW tenure, Qttlil mettre avec ce jour car, le soir va sYtendre Laissant lottery, comme un parfum, le Souvenir!
Luc GRINIARD.




DE LA JEUNESSE HAITIFNNE 35
HISTOIRE DIPLOMATIQUE D'HAITI
IV
P rriON ET CHRISTOPHE (Pin)
ha Wpublique el Hndipendance vMdzn8ienne: les scours de Pelion,
(i Bolivar, la question de Pesclavage, /a modestie dit President.
La Mission de FONTANGES ESMANGART (18 f 61: son attitude conciliante, ses propositions, son echec.
Appreciation de la politique des deux chefs d Haiti.
La [16volution haftienne ex,- rqa sur le Continent am6rieain h pou pr6s la m6me influence que 1789 sur I'Europe. A part les EtatsUids, le. reste de I'Am6rique SUbissait et la domination dtran.-6re et le regime do Fesclavago, h F p)quo o i Haiti cha, sait cle. se riv,3s les debris lamentable do Farm6o de Lecl-re et mpttait fin A J'odieux traffic inaugui-6 depuib le XIVe i6clo par les Portiigais, trafie qiii avalt pris des proportions si considkables A ]a dkoiiverte di Nouveau-Mondel A quel example I'Arn&ique Uathie doit-ello son affrancliissement des m6tropoles europOennes, aux colonio ;. ailglaisesou aux enclaves de Saint-Dornii)gue? 18N est assur6ment plus, human. plus grandiose que 1776!
L(,4 colons anglais no s'6taient r6volt6s que sous 11irijus'Lice des taxes prohibitive do la m6:e-patrie ; mais, aux Antilles, dans ufi, gesto superb et d6gal-d de toute question p6cuniaire, nou, ; nous Otion-, dresses, pour brisker nos clialnos sur la. t6to de nos m:iltres ., Pour abolir les premiers Pesclavage, pour donner A 1'6tre liumajin, quIabrutissaient des civilisos la. conscience do sa dignitO, de ses' facult6s morales et de ses capacit6s intellectuelles. L'Am ricain du Nord ne supprime chez lui l'infAme commerce de exploitation de I'llornme par I'llornme que plus de trois quarts de si6cle apr6s ]a Proclamation de son independence; il no tend aucune main g nd' reuse aux autres peoples de ce continent cherchant i s'6nianciper




'REYUE DE LA LIGUE
A lour tour. Llhaftien met fln au traffic et aux souffrances des Noirs d-1 jour ofi to succ6s de ses armes lui a donn6 la liberty et wernploic activement A libdrer aillours -ses congdn6res et A secourir les collectivit6s luttant pour la liboitd politique! Clest done dan's la rdvolte lieureuse des flaitions que d6s 1810, A la voix des Iturbide, des Hidalgo, des A,-tigas, des Saint-Martin et des Bolivar, to,; colonies espagnoles puisent ]a hardiesse qui met le feu A PAmdrique Ititio. Mats, pout, elles routes, les premiers efforts derneur6rent inf uctueux. Et Simoa Bolivar, qui poursuivait la r6alisation de Hnd6pondance du Wnku6la proclamde depuis 1811, dut, faute de ressources ot paralysd par le concourse donn6 aux espagnols par les Vancros, les savages des savanes, s'enfuir de I'AmOrique du Sud. Atw s divorces p6r6,grinations qui no lui apport6rent aucune ide, it se r6fu,,ia sur to so] haYtion vers la fln de Jkembre 18151 Et plus tard 1'escadre du Commodore Aury amena aux Cayes les principaux chiefs vl6nkufflens et Inur famille dans un complete dtat de d6nuement.
Les eselaves do la veille, qui so pr paraiont encore A la rdsistancc ;_,our laconsolHation de lour emancipation, Wlidsit6rent pas une second a embrasser la cause do Bolivar et do I'Am6riquo latrine. Its no so direct pa4; que la France Wavait pas encore d6sarm6, qu'il 6tait pout-Otro imprudent de s'affaiblir par un concourse effectir, et impolitique dose mettre A dos lamonarchie espagnole. La Rdpabli lue do Ntion prit iminddiatement position sahs crainie des resporisabilit6s, sans souci des reprOsailles possibles de Ildvenir. El. le ranime to courage des r6volutionnaire, et lour donne I'assistancc n6cessairo: des rations, dos armes, des munitions. E116 autorise m6me des IlAtions A prendro part d 1'exp6dition projet6e. La seule condition que p,).sq notre PrOsident, ot cotte condition est n6reuse et d(isintdressbo, c'est que l'ind6pendance des colonies espagnoles
fito A tous les hommos sans distinction et que la race DOII'e Sol affi anchie dans I'Amdrique du Sud! La proanesse solenne'l-1 do B)livar do ,)r,)clam,r (i la Libert6. gdn0rale des enclaves do la prbvinc-, d. Vdi_',z.1',la et de toatei autras provinces qu'il r6ussirait d r6unit, sous les drapaaux do I'ind6pendance ost certainement l'un des plus beaux suce6s do noti-6 diploMatie.
S!, en JUillOt 1816, to cliampion de Pind6pendance v nku6lienne ne lib6ra que quinze cents de ses propres eselaves,, la faute en est, 4on A lui, mais aux circonstances et aux obstac'es rencontrds. En




DE LA JEUNESSE 14AITIENNE 3tit out cas, dans I'Am6rique du Sud, et grdee A notre Chancellerie, to premier chalnon s'6tait A tout jamais Machd do ]a lourde change do Ilesclavage.
Pdtion ne prodigua pas seulement le r6confort moral et Vaide ,mat6rielle. 11 pr6cha Ventente parmi les chefs do l1exp6dition, Bolivar, Aury et Bermud6s qu'une question'd'argent avait failli diviser, et au plus fort de la querelle, lorsque los deux dernlers voulaient partir de leur c6t6 avec Fescadre, 11 intervint 6nergiquement pour emp6cher les navies de quitter les Cayes et do compromettre le succ6s de Fentreprise!
Tant de bienfaits ne pureat laisser insensible Bolivar, qui demanAa.4p PrOsident de la ROpublique la permission de le nommer, dans
' s&proclamation aux habitants du Wndzu6la et dans -les d6orets ._qu!iLallaitexp6dier pour la liberty des enclaves, comme Vauteur de .I'Inddpendance v6n&uMienne afin de (Iaisser A ]a post6riW un mo-nument irr6cusable de sa philanthropic,) (8 f6vrier) Lo Clief dEtat haltien ne voulut pas quo Fon so servit de son nom, prdf6rant couvrir sa modestie du pr6texte d'une consonance international A sauvegarder: le management de I-Espagne qui no s'6tait pas encore pronone6e centre nous d'une mani6re offensive.
L'exp6dition part pleine d'espoir et A la fin de mai op6re un d6barquementh Carupano. Mals en Juillet Bolivar est d6fait par les Aroupes espagnoles. Clest encore A notre terre tiospitali6re quIiI reVient demander desarmes et des munitions. Le 4 d6cernbre 1816
-au moment ofi, ses pr6paratifs terminus, it slapprdtait A alter recommencer la lutte, it ne put slemp6cher dIderire au G6ndral Marion, Commandant de I'Arrondissement des Cayes, que (( si les bionfalts attachment leshommes )) lui et sescompa.-nons ((aimeraient toujours to people haltien et les dignes chefs qui le rendent houreux.
Ces nouveaux scours haltlens, donn6s A une heure d&Asive, as,urent le triomphe. D6barqu6successivement a Nlar,,arita et h Barcelona, Bolivar bat to g n6ral espa,,nol Morillo.et march ensuite .do victolre on victolre. Le 17 d6cembre 1819, le Vdn6zu6la ot la Now velle Grenade form6rant la 116publique de Colombie, qui no tarcteI I a Pas d absorber A I Equate ur et A aider le P6rou A secouer la tutello kratio6re. Ntion ne devait pas voir tous ces 6v6nements. it' West pas moins certain, pourtant, que c'est h sa gdndrosit h sat6:nacit et au large con(;ours qu'iI fournit sans marchander, A une Pdriode critique dans I'lli.stoire dss efforts v6ti6zuMien,: que le con-




REVUE DE LA LIGUE
tinentsud-am6ricain dut Fencouragement -effleace qui facility ]a ,rdalisation de ses aspirations nationals.
Dans l'intervalle de la double expedition dquip6e ainsi sur notre territoire, et au lendemain do la publication de la Constitution do 1816, une nouvelle mission frawaise arrivait dans les eaux haltionlies. Elie 6tait compose de deux commissaries f 1). le Vicumte do Fontange z, lieutenant-g6n6ral des armies do France, et Esman'gart, me mbre du Conseil d'Etat; de deux commissaires-suppl6ants, Jou'ette, colonel d'infanterie et Cotelle-Labouterie, procurer au
-Tribimal de Glen et &un seer6taire--Ondral, NI. Laujon.
Elie avait pour objet, aux terms de 110rdonnance du Roi Louis en date du 21 juillet 1816 dont une copie fut communique au gJAe2'al Mion, do calmer les inqui6tudes quo les habitants do Saint-. Domingue poilvaiet:t avoir sur lour situation, faire cosser lour incertitudo determiner lour avenir et I gitimer les changements que les 6v6nements pourraient avoir rendus n6cessaires. Les agents f: aliqai 6taient en consequence habiles A wentendre avec les administrateurs actuels sur tout'ce qui tenant 6L la 16gislation de la coIonie, au ffgime int6rieur ot d1ordre public, aux fonctionnalres cl. vils et militaries, A 116tat des personnel ot au rdtablissement des relations commercials avee la m6tropole.
Cette mission dissimulait difficilement l'impuissance de la DeuXi6ffle Restauration. I-Whec des pourparlers do 1814, la brutalit0i exere6e sur Franco do Medina, les pr6paratifs de guerre qui avaient etfl, la cous6quenee de la divul.-ation des intentions seerkes de la France ne, pouvaient laisser aucun doute h I'ancienne m6tropole sur Tirnpossibilit6 do nous ramener par des negotiations a Ilancien ordredes chose s colonial. Elie Favait si bien comprisque, sans lesCent jourselle nousr servaitune formidable expedition militaire.Elle ne pouvaitr6ellement slimaginerqu'elledtait en mosureen 1816 denous convaincre par do simples arguments persuasifs. Et puls, c'est assez singulier de voir Louis XVIII singer alors A calmer nos inquidtudes et A faire lesser notre incertitude, lorsque la France ellem6rno subissait au Nord do la Loire ]'invasion 6trang6re et au Sud ia 'rorreur Blanche avee tous les oxc6s das Royalistes! Plus que jnmais elle devait done Wattendre a un non possums halffien.
ii raut rendre A ]a mission do Fontanges-E smangart cette justice qu'elle Wencombra pas les n6,goeiations de vines menaces. 11 n
(1) 11 y amnit un troisR-ine Cominissaire. M. D u petit -Thonars, capitaine de vusseau, qui inotirut en iner avant son arrive.




DE LA JEUNESSE HAMENNE
Wagissait plus do nous traquercom me!, des n6,-ros marrons et des savages malfaisants)) si nous n'6coutions, pas ses propositions On nous faisait grAce du spectre habitual do la Puissance do la France at de ses alli6s. On ne nous imposait plus an appleence aucunes conditions. Los armes francaises consistent an uti voca. bulaire do douceur, de moderation, do conciliation at on des croix de Lis, do St-Louis et de la L6gion d1honneur! D6s. les preml6res overtures fates le 2 Octobre, h bord do la Flora,), les agents do ]a Restauration mandaient A Ntion qua c'dtait A lui h indiquer tout cc qui pouvait 6tre pour le people un objet do d6siv ou d1inqui6tudes, ce qui pouvait assured sa prosp6rM at son repos, at plus tard ils 6crivaient encore : (( Coux qua vous redoutez viennent, l'olivier a i,-la,main vous offrir la s6curM at le repos. Le Rol qul nous anvoie, ne veut pas m6me choisir les moyens do vous les conserver; il craindrait encore de se trooper ; clest lul qui vous consulte sur ce qui pourrait vous les rendre. Parlez, at bient6t vous verreziusqu'oii pout aller la bont6 du Roi, sa moderation, sa jusA tice et son amour pour ses peoples I n
Le President de la 116publique rappela, dans sa r6ponse la per-fldie de 1814, tout en donnant I'assurance aux nouveaux agent quIen mettant pied h terra ils s'aper.cevraient qua le droit des Gans dtalt Sacr6 dans son government. Sa diplomatic loin d'6tre debutante comme celle do Christophe consistait h causer, A 6changer des vues, A essayer de convaincre. 11 6tait toujours pr6t & 6couter les propositions qui regardaient ]a bonheur at los droits du peuplci saufA ]as rejeter si elles 6taiont inadmissible. Une vaine etiquette n'embarrassait jamais ses n6gociation .
Une double d6ception attendant do Fontanges at Esmangart. Le 8 October ils sollicitaient un entretion particular. Ils ne furent re u quIen audience publique at an presence des principles autorit6s do ']a Rdpublique. fls croyaient pouvoir conserver la colonle h la m6re- patrie at faire du clief do 1,Etat un gouverneur-gWral ils durent apprendre le soir m6me de leur entretien qua le, lendemain, 9 October, Pkion allait 6tre 61u, conform6merit d la nouvelle Constitution, Pr6sident A vie d'HaIti. Cat &6nement allait sans nu douto & Ilencontre du but de lour mission, at pour ne subir aucune g6ne, ils prdf6r6rent quitter Port au-Prince dans la nuit du 8 au 9 Octobre. Ils allaient wonder, dans le'Nordj les dispositions du RoHPnry!
Mais 16 d6s I'abord, ]as agents frangais ne parent, gu6re conc6voir do doute sur le rbsultat n6gatif de leur mission. Christoph6 se refuse positivement a enter en relations avec eux. Arrive au. Cap, la frigate ((Ia Flore,, eat beau faire des signaux, ]a pilote du




:REVUE DE LA 'LIGUE
:-Port ne %P donna pas ]a peine del-r6pondre. De Fontangei 'et 46t colftue se rendirent alors aux GonaYves oft sous -le cotivoftdu commandant do la ville its krivirent)eLl 1-2 0(;tobre:au Geniral Chtistophe.
:*Ckait assur6ment feindre di-norer to caract6re et Pattitude r6.. cente do Phomme que do lui demander, comme le faisalent les pld. nipotentiaires do Lonis XV111, d,6clairer le people du N1)rd sur la %,tsiitd etles intentionsdii [lot, de faire-disparaltro tousJes routes que lit malveillance ou la ctipiditd powralent chorchtir A r6pandre sur le but de lit mission et de faire comprendre que la seu)6 intenI ion de S. M. 6tait de console ider et de 16-itimer tout ce qui pouvait Htre. a Nous ne dontons Pas un instant, ajoutaient its, quo vous
-ne saisissiez avee empressommt 1-occasion do prouver I v0s
-concitoyens, dans une circonstance si solOnnellp, qtfe vous-v6ulez .leur bonheur.,) Mats Christ)phe compren'alt si peu le -bonliour 'do .s)n people, comme Pentendait la Restaut-ation'quil renvoyal-stlir 11heure et sans louvrir leur letter aux agents fran ais- Si Pdtion avait acceptO, sans i-6crimination le simple qualificatif de ((G6n6ral., Jui, it consid6rait cette suscription comme ainjurieuse ot iniultante au people halti .n.))
L'Ochec du Nord Mait piteux. 11 fallait une revanche pourAe Prestige m6me de la miszlon. Elie pouvait 6chouer, mals pas Tune mani6re aussi lamentable, sans lutte, v)ar le m6pris I Elle r6vintversl)6tion, detemp6rament plus accommodate. (123octobre,) tTel dtait leur ddsir de r6ussir, quie les a.-ents francais contess6rent
alors tous les crimes do ]a m6tropole. It-, reconnaissaient que StDoininwip rut sans contredit, Is. terre, ofi la R6volution sldtalt Ihit !sentir avee to plu,; do force, (( le pays oU it a k6 commis'le plus :barbs rles,'d, i nj justices, de cruautds et do crimes. n Its demand6,rent I*oubli dii mal mutual que 1,on s,6tait fait. Its ne venaient pai
-dicter des lots, mais r6pondre aux ddsirs et au, besoins du people haltien. Louis XVIII w6tait pa- Pennem! dIllaTti. C-dtait un p xe, uqui apr6s avoir W abandonn6 de ses enfants, leur endait une mptin -ecourable, pour les tirer da pr4cipica dans leq tiel la plus teri-ible d s Rdvolutions les ajet6s. ) Les Haltiens devaient accepter le bonlieur, la'sOcuritd et le repos qu-on lour offrait, car c placed sur un volcano its nlosaient rien entreprandre, rien rdparer; tours masons Qont en ruins, leurs champs sont incultes, leurs campagnes sont seriess. Toujours inquicts des malheurs qui peu:vent fondre b-ir -euv. to lendemiin, its no songont qu'd se ddfendre, et leurs torch, 3 sorit prdte.; pour le;; dArulre eux-md'Mes.
Ce. tableau dtait vrai. D.,puis. douze ann6es quIl-Ifti avait second




DE, LAJEUNESSE RAITIENNE .41
U! tutOlle des frangais, elle nl6tait quIun vaste camp -et vivalt sPr un qui-vive continue].
Llattitude de 116tion futfermp, et 6nergique. 11 ne pouvait violqr u le segment sacr6 prononc6 'par un people indi-n6 et qui-dtait 10 palladium dela libert6 publique. )) A 116poque, aucun haitien n I au.1'alteonsenti sans d6shonneur et sans infamle A r6tracter le serment do vivre libre et inddpendant. Aucune force liumaine n1auralt pu le fait--- rovenir sur cette We-15, pour, laquelle on viva'it ..et pour laquelle cliacun d'av nce avait fait. le sacriflco de.sa.vie. Au,, Cune rausse dkiamation, aucune forfanteria n'alt6rait les terribles resolutions de jadis. Et force Mait A nos adversairesde crolre A la r6alit6 de nos menaces. Quand Pdtion 6crivait A de Fontange s et AEsman-art: ( Nous la poss6dons, cette ind6pendatice, notis nou&croyons dignes de la conserver; pour nous Iletilever, il Tawr drait'nous exterminer tous, -) il ne faisait que transmettre le4 multiples et sinc6res 6chos de I'Ame national. (25 octobre.) Les'agetits franQais semblent piqu6s de cette indbr anlable rdsolutions A no pas vouloir nd-ocier sur d-autre ba4;e que colic do la reconnaissance du Gouvernement lialtien comme libre et ind6poti. dant. Ils le font senior d Ntion, on lui doinandant comment Louis
pourrait reconnaltre un pays r6gi par.uno Constitution r1ente-rmaint des clauses tolles quo lo;z articles 33, 39 ot 4t, et q u I i 6tait tin ado d'lios'ilit6 enters 1,Europe, pui; qulil 6tablissait la diff6rence que la pliflanthropie de-puls un demi-si6cle s'effor(:ait de faire disparaltre entre les colours ?,) 11 somblait liable aux agents de ]a Restauration de raire ainsi do lour cause particuli6re une cause g6ndrale avec touts les Puissances do 11,Europe. impuissante 'A 'nous reconq,16rit- par la force, incapable da tious ramener par ]a persuasion, la France essayait do nous brouiller avec le vieux, Continent I
Notre loi rondamentale interdisait A tout Wane, qpelle quo f(It, Sa nation, de m3ttre le pied sur notre tert-itoirp, h titre de maltre 04 de propri6taire. Elie reconnaissait haitietts les blatics qui faisaient parties de Parmde, qui exerezienties functions civiles et ceux quil 6taient admis dans ]a ll publiqijo lors dela publication dela ConstiAution do 1806. Elie 6dictait quId Pavenip'nul autre tie pourrait'-pr6tendre au m6mo droit, ni 6tre employed, ni jouir'du droit de citoy'ert, ni acqu6rir de propridtd dans ]a 116publique.'Elle admettait--phhlii Gs it ationaux tout af'icain, indien et ceux issus de leur sang,,,nd$ des cOlutlies ou pays strangers, qui viondraient ha le,.p tys,,et




42 REVU DE LA LIGUE
leur confdrait les droits do citoyen' apr6s une ann6e do rdsidene I e.
Tout cola Mait vrai, mais en fait, les Europ6ens faisalent le commerce dans nos villas et aucune prescripti on de couleur ne les frappait. Les b"i'timents rangers fr6quentaient rios ports et nos navies 6taient 6galement re ,us aux Etats-Unis et en Europe. Mlon ne put pourtant dissimilar son-rossentiment de la critique adress6e A son Gouvernement qui rilavait pas eu Ilinitiative des dispositions constitutionnelles inerimin6es, puisqu'elles existaient depuis 1801 dans tous nos actes. 11 sentait quIon, le traitait dlesprit retrograde, en lui distant quo les Haitiens avaient combattu vin-tcinq ans pour souvenir le principle contraire d celui consign dans la Charter de 1816, qui ((6tablissait la distinction qu'au prix de notr e sang nous avions voulu d6truire.
Le Prdsidentlui r6pliqua que cheque paysava't ses loisetqueper sonne ne s'dtait immisc6 dans I es affairs de la France, lorsque Louis XIV avait r6voqu6 I'Edit de Nantes et exclu das Frangals mdme de ]a France, qu'Haiti voulait 6tre libre (( sous ]a seule forme qui puisse Vassurer de 1'6tre. )) Et pour cooper court d routes ces digressions et A ces pourpaiers qui prenaient une allure d6sagr6able A son administration, PRion signifla en ces terms, le 2 november, ,cong6 aux agents de Louis XVIII. Si vos pouvoirs Wont pas Ja ,latitude n6cessaire pour vous permettre de traitor sur ]a base quo ilai eu 11honnourde vous proposer, ou quevous nejugiez pasconvenable dlen falre usage dans cette circonstance, je dois vous prevenir.quejenecrois pas devoir corresponded plus Iongtemps avec Vous sur.11objet de votre mission. Fontanges et Esmangart avoil6rent que slils avaient coul;6 leur premier movement ils auralent imm6diatement mis a la voile, ils current prendre une revanche sufflsante on qualiflant notre ind6pendance actuelle de ((vdritable cliim6re, de pr6tention qui ne pout se souvenir ) et ils ne voyaient en elle que ]a volontd de m6connaltre les droits do Sa Majestd Copendant llint6r6t qulils .nous portalt 6tait tel quils ne pouvaient slen aller en d6pit do Ilexdat signifi6, sans tenter une dernibre fois de transformer en ind6pendance reelle Ilind6pendance fictive dans laquelle, d1apr6s eux, nous persistions I Et, pour fixer le bonhour du people, ils propose. rent les concessions suivantes :
1. Il strait diclari att norn du Boi, que Pesclavage est aboli d StDomingue, el qulil nly strait jamais retabli.




DE LA JEUNESSE HAITIENNE 43
2- Que les droits civil et politiq1tes Seraient acccordis tl totts'les ciloyens, comme en France el aux inginei conditions.
3- Que 1, arni je serait-mainten tie stir le m4me pied ott elle c trollve aiiiourdhui. Les officers gen6wix, les officers supt!rieurs et parliculiers, seraient confirmi!s par Ic Boi dans leurs grades respecti/s, et tolisjouiraient des* nu'ines traitements, honneurs et distinelions dont jouissent les armies dit Boi en. Fj;ance.
4. Que le R-)i n1enverrait jainais de troupes ettropiennes d StDomingue. La dense de la colonies strait toujours cfn1ii!c au cofirage et t! la fidelity! des armt!es indigines, qui ne scraient janzabz employies hors de la Colonic.
5.' Le Prisident de la B publiqtie, les Senateurs, conserveraient leurs prirt.gaiives, et le Senat ses auri61ttions. 11.5 resteraientainsi que les antorites administrative e1judiciaires provisoirement tels qulils sont, sauf les modifications que le Sinat proposerait et Orrelerait liti-int1ine, d-aecord avec les Commissaires de S. M.; et dans le cas de changement I I-avenii- its ne s-ellectiteraient que d-apr s le mode qui serail arrele' dans la rt4vision, de I acle Constittaionnel.
6. Que les anciens colons ne pourraient arrived el resider dans la Colonies, o7itlen se soumettant anx lois et ri!glenienls qui seraient tablis, notammew (i cux qui concern-n! /litat d,,,s persoInes et des droits civils.*
7. Qtv it strait lait pal- les atttorWs actwIles, de concert avec les Convnissair,-s da Boi un, re !jteincnt gpnv'ral sur les proprieties, afirt de faire lesser les incertitudes el ew Wchcr que de nouveaux trouble *ne vieniteni encore retarder le ritablissement de la Colonic.
S. Que le Pri!sident acluel 5erait itonzinii Gouvernettr-gen&al de la Colonic; le commandant-f1tindral actual de Parnwe strait nomilie lieutenant ginji-alau Gotivernement. Its conserreraient 11tin et l1autre les pouvoirs qui se Irotivent aujotird hai dans leurs attributions, sauf les modifications (Itte I itat de chooses potirraient commander; mais
-ccla lie se ferait (lite stir letter avis; Us seraient itomines, a l1avenir par le Boi, sur la pi-J.sentation de Iroi5 candidates choi is pat, le S61iat.
(-)tie les ports continueraiew*(i Ire ouverts (i routes les Pttissances, aux conditions qui sont itablies aitjour&hiti pour les Orangers. Le Senal, suivant les circ,)nstances el stir la demanded dtt Gouverneurgenji-al, reprisentant dtt Boi, pourrait en modifier les conditions.
10. Le Boiemploierait ses b.ons offices auprhs de sa Sainte.tj, pot(r




REVUE DE'LA LIGUE
obtenir tin 09chi pour celle colonic et tous les scours spiriluels qui doivent donner au people uneplus grande niasse de consolation.
f f. Toules les concessions du Roi sYtendraient au, Nord, conime atiSud-et d 110uest de la Colonic.
41. L'acte Constitutionnel strait revise, dans Ilannie,.par le-Sinat, pour, de concert avec MM, les Commissaires du Roi, en Coordonner loules les dispositions avec Pordre quIon voudrait 8ablir. Le Roi strait supplij.de vouloir bien Paccepter, ajvr s celle rftision, et le.garantirpour lui et pour ses successeurs.
A vrai dire, les agents de Louis XVIII no slattendaient pas h voir. accueillir lours propositions. Leur experience malheureuse avec Christophe ; Ilin6branlable fermet6 rencontr6c chez P6tion, 116tat d'Ame du pays, tout conc4dait A rdv6ler que nous Wadmettrions .que des propositions tenant A la reconnaissance pleine et entire
-do notre ind6pendance.Entransmettant ces propositions, ils 6taient ,si certain d'allar au deviant dun 6chec qu"Hs 6crivaient au Pr6si,,dent do la 136publique aNotre s6jour dans ce pays devenant inutile et m6me inconvenant, nous gallons nous retired, d6s quo vous nous aurez accuse reception de la pr6sente... Nous parsons avee le sincere regret de n'avoir pas r6ussi A faire ce qui pouvait rendre le bonheur A cotte colonies.
Le project do fraiO, soumis a-i Pr6sident le W november, aurait peut-6tre en d'autres temps satisrait les enclaves do St Domin.-ue; mais il arrivait trop tard, A unc 6poque ob les haltiens Wavalent. ,-.plus A mendier lour liberty et lour6mancipation En.1793 oft Von Wenvisageait que la liberty des Noh i, c'efLt dtd sans doute pour eux un progr6s inesp6rd; mais on 1816 un recul dpwivattable. Pkion ne voulut pas laisser une minute d'h6sitation A cot dgard dans I'esprit des pldnipotentialres de la France.
Le jour m6me, il leur r6pondit qu-il recevait avoc satisfaction Assurance de lour part qu'ils avaient reneontt,6 pendant leur sdjour dans ]a 136publique I'accuoil ot les 6gards qui lour talent dus. C-Wait en language diplotnatique confirmer son congd. De Fontanges et Esmangart durent partir le 12 Novembre, sine6rement con.vaincus de cette derni6re v6ritd, proclamdo par le Pr6sident, quas Fhaitien o savait quo sa.garantie ne pouvait 6tro quen lui-m6me, mais qu'iI avait mesui-6 toute la force ot I'dtendue de sa d mat-cho puisqu'il avait prdf6r6 so vauer A la mort plut6t que de revenir bur ses pas
Aprbs 116clice de cette mission, Mion et Clirlstoplie firent, appel au people. Le premier r6servait aux Fran ais, en cas do return agres-




DE !LA JEUNESSE HAITIENNE
sit, des cendres mWes de satw, du fer et un climate vengour 16 second, dans une longue declaration contresign6e par son Minisfro des RelaCons Ext6rioure -, indiquait qu.'il ne traiterait avee le Government de la Restauration que ((,sur le m6me pied, de, puissance A puissance, de souverain A souverain )) et sur la seule base de Ilind6pendance du royaume d'HaYti, sous la reserve qu'ane grande puissance maritime garantiralt la roi du trait A c,)nclure avee le Cabinet frangais. Jusque-IA il no recevralt aucun navlre de I'ancienne m6tropole dans leg ports du royaume, n! aucun fran-I qais. )) Dussions nous 6tro extermin6s, ajoutait-il dans une impr&-cation corn6lienne, par l'Univers conjure, le dernier des haitiens rendra sop. dernier soupir plut6t que de lesser d'6tre libre ot ind& pendant. -) (20 Novembre.)
L'id6e de ]a garantie A donner par une grando- puissance A- la Convention qui pourrait. r6glementer leg relations franco-haltibn-' nes t6moigne du m6pris dans sequel le Rol Henry tenant la paroI6 possible desBoupbons et jusqu'oft pouvait aller sa m6flance, d6s qu'il slagissait de negotiations avec leg Fran ais I on so demand' cependant. Wil pouvait s6rleusement croire d Ya r6ussite dluil teV programme. 11 wavait conflance quo dans la Grande Bretagne, et clest- cette nation qui, dans sa pens6e, devalt garantir tout erigagement que ]a Restauration consentirait A -prendre avec nous. Or.' I 'Angleterre Wavait aucun intdrdt A modifier son attitude de t814. L'insucc6s de Garbage datait de la veille, et leg avanta.-es commerclaux qu'elle poss6dait chez nous, un monopole dans le Nord un priviftge pour ]a reduction des droits d1importation dans la R6publique, ne pouvaient pas la determiner LL favoriser etA garantir ]a reconnaissance de notre independence. Le r6sultat le plug clair do cotte garantie. On ]a supposant r6alisable d1un c6t6 et acceptable de Ilautre, ne serait-il pas d1andantir ou de r6duire les advantages dont leg anglals b6ndfleiaient ? Et ceux-ci 6taient si. pei, d'sposds A y renoncer ou A leg voir limiter que de Ilaveu dos Comm'Issaisres de 1816, consign& dans leur rapport au Ministre de la MArine at d s Colonies, ils auraient de concert avee les a mdricaiDs du Nord, pendant tout le cours des pourparlers, ((calomni6, la France en ]a rendant odieuse A ce people ignorant, en entree.
nant la m6flance de Mimi, en ne aessant de lui r6p6ter que la France wa d'autre project que de le remettre sous le joug lui et les sians, en Ilencourageant dans la d6sob6issance. (1) Proclamer dans ces conditions qulil fallait, comme base prdalable A tous
(1) V. Lepelletier de St Rhuy, La Question Hartienne, 11, p. 25 80.




46 RENTIE bE LA LIGUE'
pourparlers avec la Restauration, le concourse et la garantie du Cabinet de Londres, cl6tait assur6ment se laiiser aller A de graves allusions et A une fausse conception des possibilities de 116poque.
La diplomatic de Ntion r6v6le plus d1liabiletd et plus de perspieaciO. Apr6s 1814, elle ne comptait quo sur ses propres ressources dans 11couvre de la Wgitimation international des victories halflennes. Elie teDdait toujours laisser aux Puissances dtrang6res' Ilimpression de la parfait correction du Gouvernement. Elie flt preuve de slides qualit6s dans les n6,gociations avec la preml6re et la douxi6me Restauration. Conciliante sur les questions de for-' me pour consider plut6t les r6sultats h atteindre, elle dtait toujours courtoise et respectait le caract6re des Envoy&s de France. Sa moderation n1excluait jamais la formot6. Elie encourageait le commerce m6me fran ais, sachant quo Ilintdr6t fait solvent fl6chir lorgueil, et sleflorgait de cultivar de bons ri-pports, corn-. merciaux avec I'Angleterre et les Etats-Unis, on envoyant dansleur portdes navies sous pavilion halitien. D6!i 1817 elle avait m6mo nou6 des relations de commerce avec Br6me. Une telle. politique ext6rieure, si elle ne gagnait pas retirement les autres, p ays alnotre cause, les portrait du moins A ne pas d6sirer voir HaYti retourner au rd.-ime colonial frangais. Elle nous attire m6me uncertain respect de la part do nos adversaries.
Tout cola est A 1'61oge, de POtion. 11 tint tr6s haut le drapeau national et tous ses actes ext6rieurs r6v6l(-nt un 'Souci tr6s carac-, t6ris6 de dgnitd et d'6nergie. Sa mort, survenue le 29 Mars 1818, causa une affliction g6n6rale. Aussi, est-ce d'une injustice criarde que, dans I'apprdeiation d'un6 6poque oft la vie national se r6sumait A obtenir la reconnaissance de notre independence, ofi tous les progr6s d1ordre interne dtaient subordonn6s 4 ce r6sultat, oil Horizon ext6rieur absorbait. toute I'attention, on ait pu dire de cot homme d'Etat quI (( il avait atteint les limits de la nullit6 poli-, tique. (1)
ABEL N. UGER
A suivre.
(1) A. Firmin: At. Roosevelt. president des Etats Unis ot la 114publique Paris 1905, P. 808.




DE LA JEUNESSE 11AITIENNE 47
JERE' MIE SES ENVIRONS
(Sidle et Fin)
Quittant Bordes nous pourrions en descendant le versant septentrional du morne, passer par ( La Source ), arriver aux (( C6tes-de-fer )) et m6me pousser une pointe jusqu,A
Nnse-d'AZLIP rnais non, gallons vers le Sud et, par -un chemin ou par un autre, agnons (( La Plaine C'est la
quest
]a vall6p o t la Grande Rivi6re
Wroule avee Jenteur, ainsi qu'un bleu ruban Son onde A ]a luunik)re.
Le fleuve suit la plane ainsi qu'un fol anjant:
Ft celle ei ,n pAine aux caresses tie Fonde Qui ]a reud A Neonde....
Des chalet s 616-ants dans le vert enfouis,
On ne distingoe-in loin quo ]a 116che MancOe Dopw 8atjt le fouillis
Des raweaux inurraurant ainsi qu'on voit dress6e,
Sous Fazur sans pareil de ce ciel printanier, La Mehe du pahnier.
Cett6 large plane ryiesure environ 25 kilom6tres de longueur. Jusqu7t deux lieues de ]a ville on troupe, dans la plane, des habitations coquettes, de nombreuses maiqons de plaisance, aux endroits d6nomm6s (( Le Bac)), (( la Digue la Passe )) et (( Buvette de Buvette on traverse le gu6 (c 'Reap-, geart)) pour se rendre A la (( Guinaud6e)), sur F (( habitation ofi naquit le 25 Mars 1762, le petit mulAtre qui devait We le, p6re de la lign6e des Dumas. Quand on prevent de la ( Di(yue,,),' A une bifurcation de la grande, route on troupe le chemin qui, conduit au pont m6tallique jet6 sur le fleuve de ]a Grand'-' Anse. Sur ]a rive droite du cours d'eau se pursuit la plane du '(( Bac )) qui monte d la ((-Saline puis,,I'on n'a qu'd con-' turner le morne Chateau )) et suivre le rivage pour trouV.e.r (( Testas-sur-Mer )),,(( Kanon )), o i se font d'importantes' exploitations agricoles et indusfrielles.




48 RENTE DE LA LIGUE
Des usine S'y 616vent : rnoulins A eau, Moulins ch vapeor ou A traction animal, distilleries, d6cortication de nos denr6es, etc. 11 en est de m6me dans ]a plane d (( Buvette.,,, J6bault )). A propose d'usines, je dois r6parer l'omission; que fai taite en parlant de (( Bordes )) comme d'une simple residence de plaisance non, le travail y est fort en honneur; IA aussi, on troupe des MOUliDS A'vapeur, des distilleries et une culture florissante en un mot, j'avais raison de vous di re q U r e A. 1,Util, e c6toyait I'agr6able...
Cette tite digression' m'dtant pardonn6e, nous gallons partir de la Basse-Voldrogue )) pour regagner Mr6rnie, en tra'versantTembouchure de ]a Grand'Anse, au li.eu de repasser sur le pont qu'a nous aurons laiss6 A notre gauche il faut vous dire que cette embouchure West pas solvent gudable; mais par une faveur pkiale, nous pouvons, nous autres,.excurSionnistes de la Ligue, ]a franchir sans encombre; nous verrons, en passant les oiseaux aquatiques se bereant paresseusement sur ]a Masse limpide qui d6vale sans murmure versla mer nous entendrons le bruit snore des values toujours tumultueuses en cet endroit, presqu'autant que sous les falaises des ((CMes-de-Fer )) ofi, je vous I'annonce, pour vous reposer, nous gallons faire une bonne halte et admirer le solely couchant. L'embouchure franchise, nous jetterons un coup d'oeil sur le mamelon vert du morne (( Omer)) ; et, sur le versant nord de la collins, nous verrons la belle, villa qui porte. le norn de (( Versailles,)), dont la toiture rouge
sur la verdure ambiance, et que de tr6s. loin on remarque en entrant dans la rade de Mr6mie ou en en sortant. Nous'longerons la longue art6re quest la rue du, Commerce puis, passant par la rue de la Ba,tterje, nous visiterons sans nous. y attarderi le fort(( La Pointe )). Si je vous dis que nous n9y resterons pas longtemps, c'est, pour que vous ne vous laissiezpas prendre au charge de cet endroit oo nous pouvons, rencontrer un grand nombre de promenousesqpi, presque cheque apr6s-midi, s'y rendent, le pliant sous le bras, des revues ou un volume A la main,.vont s'asseoir pr6s des c6tes d6chirdes, dentel6es de la Pointe pour y coatempler Fazur.des flots, entendre leur musique ou' bien savourer une conference de Richepin.'ou tressaillir en.6coutant les o.bservations psychologiques de cet i I comparable an aiyste del'A--




DE 1,A*JFUNESSE HAITIENNE 49
me f6minine. quest Marcel Pr6vost. Je vous le dis sans maice, Messieurs, car je vous connais vous scriez capable de me fausser companies, de rester plut6t aux pieds de ]a fortresses aux v6tustes paroi-;... pardon! au\ pieds de nos belles Je'reniiennes.
Mais, puisque nous ne nous y attardons pas, apr s avoir long6 1'6troite bande de rockers qui reste de 1'exW!me pointe et que la mer ronge de plus en plus. nous jetterons les yeux sup les vieux canons sans aff6ts, presque enfouk d-in, le sol ; et, dans 1'enceinie de cc qui fut le Fort-La-Pointe, nous versions la grosse pi ce de 100 quo les lih6raux y placi' M
rent en 1868 et (jui porte le nom de (( Madame Brice .), tine. autre de rnoyen calibro et entin tin carion revolver prk A bord du Croyant par les insur-Os de Rr6mie en novem!- re 1908. Mais ces engines A I'aspect terriiant, na-u6re ineurtriers, servant aujourd'hui de si ges aux promeneurs. Leur- voi.,, grondantes se sont tues, et lit rouille ronge leurs gueules qui
-vomissaient la mort. A queiques pas du mur d'enceinte, an Nord-Est, nous verpons la ba:!-e du (( Phare-Brice )) pour Finauouration duquel j'ai krit un A propose en ver:z. en vrier de I'ann6e derni6re. Le cyclone du 12 Aolit 1915 a emport6 le g6-).nt tut6laire, le cyclope au front toujours serein- Du pliare qu'6rigea notre sympathique ami Auguste DaumeC-fl nesubsiste que les tondem.nts ; et, A propose de cc phare it ne reste que mes pauvres vers qui, eux aussh, seront emportds par un cycloned'un autre genre, dont le souM2 pro. curseur se, fait d6j8L senior, mais dont nous p3urrons doles d6sastreux effects si ht (( Ligue de la Jeunesse HaYtienne)) atteint son but... Alors, lit digue sera pr6te, la di. gue A opposer 6L la mar6e qui monte insensiblement mais que nous observons, et qui Warrivera pas a submercre:- MaYti in tellectuelle.
Reprenons notre march, c6toyons le rivagi en pa ;Aant sur les rockers escarp6s qui le bordent, sans y prendre garde nou s aurons bient6t atteint la, malaise des C6 e-3 de f, r ; A notre gauche, nous verrons la rucrueuie v6g station des D r_5 _'
cactus aux fruits rnCirs et incarnadins, IiArkss &6pinez, p:,,-. mi 1'6meraudedes ( ralSiniers Au Cond du P MOV.-IFILI, 11MIS Pourrons-aAmirer les jolis villas aux touni svelte.-I. lei coquets chAlets de La Source ), et de (( Bordes (( dont la mon-




UENTE DE IA IAGUE
Dicy-ne, dans le lointain, se dresse tel Lin rempart do verdure
PI W6 IACOMID0 Pour emp,'eliev 1'escalade des cieux. Voici que se monte A nus yeu.K in ocher sa-illant que surplombe ]a mer brUiSS.Inte ; c'est IIA clue so trquvent trois petits banes de pierre qUe notre c6l6bro corifr re Etzer Vilaire a fait construire. Presque ch-que soir, au (eI nI)S OfI le 1).II..ILid-3 ne fr quentaient guo re ce lieu cl'61action do la po6sie, le eliantre de
Terre et Ciel )) y aimait promener sa re,,verie clue ne troublait pas la cotripm-nio des rares amis qui Fy accompagnaient et qui sentient aussi toute la douceur qui tombe du ciel d I'lieure cr6pusculaire, oi i la nature semble so r6veiller pour rendre Lin deriiier hommage d I'Aitiste incomparable
qu'i con(-ut sa structure.
Ce richer a ot6 appeal ((Le Rocher des Poo tes )) par Line j61.6mienno des plus cultiv6es, poke aussi elle m6me ; c*ette ,entille n-larraine, cette amie aussi instruite que modeste, ne
r- .
me par(lonnerait pas si jo commettais I'indiscr(Aion de r6v6ler son nom, je ne le ferai done pas, m'kant hAiss6 dire que cel, porte-mallieur de d6plaire aux femmes..
De ki haute malaise tro ,,s d6chiquet6o des (( C6tes-de-Fer won domine la mer qUi, !orsque souffle le vent du Nord, s'6h ve furieuse, bandit, lance des volutes d'ai-ent ou ses m.yriades
-lec ar --6- d'embrun, puis; rotombe pour;alde pei ; d is F-iir chai 0
ler. se brisker aux pieds do granite de la malaise, en des remous, snores (lu'on ne se lasse do contempler. Aussi les promeneurs y vont-ils en toule aux jours o6 la brise fait j'CIge,, admirer le WMLIIL de ces flots orageux. On se perd dans. la contemplation do ce spectacle grandiose, sans faire attention au poudrin qui lenternent, vous humeete le visage, les cheveux, les 0tements et, A la Vin, p6nkre ceux-ei litt6r,,ilement.
Majs quand I'aquilon ne souffle pas et que le ciet conserve son impeccable aZUr, il est beau, 6tant sur les C6tes-de-fer, de -voi;, le solely so coucher ; quand, lentement, il descend derrio ro les arbres, ses rayons, t6nus flls d'or, percent les br:Anches, tells do luminouses 6p6es so-irgis-sant (Fun taisceau; Hs Se jouent sur la mer etsur ]a montacyne, jettent ici Line tr.,ii*oA'6tincelIes et, Id-bas, variant les tons; de ]a verdure en Lin e -amme hifinie ; puis I'astre njeurt, lai'st--,ant d l'oc6an
--a luour purpurine. Ge -,t maintenaht I'lieure divine ofi lo cr6-




DE LA JEUNESSL HALTIENNE
puscule teint le couchant. des millo couleurs desa palette. Gest le r6ve, c'est 1'extase aux bords des tlots chanteurs, au pied des monts que l'onibro e stonipo, parmi les arbres que mordore une dorni6re refraction de la lumi6re on a[l6e
Laissons cc lieu de ddlices et, travers la futaie, frayowsnous un passage pour d6boucher sur la grande, route qui, do a La Source > mene d ]a ville par fe portal Noril. Nous y coulerons une nuit agr6able ; la fraicheur do nos bruises nous versera un sommeil paradisiaque, poup16 de r6ves Au
matin, apr s avoir 6pi6 les bleachers de 1'aube, now partirons gaiernent pour YAnse d'Azur ; nous remarquerons un tantet, on pas"ant, les cottages do ,La Source )) Cmer,-oant A peine de Vombre ; nous suivrons la route d6partementalo jusqu'h une distance do quatre l1JlOrD6tres ; a mi-chemin, au
Lundi )) nous verrons les, usInes au nom si-nifIcal-if de Fruit do la Paix ot, quoique attir6s par la bl-aute-do la large plane du (I Num6ro Dcu, o(j s'616vent une 616-ante Chapelle, don du rcgrett6 Georges Brice, et des usines ( mouzn
11ins, h vapeur et distilleries et autres, ) nous descendrons plut6t.vers [a mer par un petit sentier assoz scabreLl\, bord6 on parties, d'herbe, de Guin6e, ct, continuellement, d'uno fougueuse V6-6tation spontan6e. D6valons le CI)tezm et. allonsnous asseoir sur le sable d'or fin de la plage, et Hii ildmirons le beau d6cor do 1a nature
Gest ]a montagn.- aux flames abrupt et
Oft, datis h, itutme, ont orfi wille platites scuivages
lj(3 Herre et les Heliens (le iieurettes orms
Pelident le long des roos surplombaut le rivage
Ams le creux (III valloll. stir les rudos versants,
-J1Is(jU',LI1 filit(l (,VZ1Vt,1kIX (10 Lt bhUl'!J10 COMIlf-,
Des raisilders I-For vert st des goiainiers giants
Se dressent, (rune poudre saline
Le i)61icun i)60-teur, le rainier au (-orps brim,
Revienneitt s'y 1)erclter pour la nuit6e entiL re
11ais ils prenlient 1'essor &, s que clmsarit Vemb;-ii;l
Le solely reparait et vense sa ILMO,,re.
All le 11milwilt ex(juis imur voir I'Aiise (FAzur
Lu munw, a prow6, i *I,-im3, sa wa, be ,3uwbv,-




5 2 REVUE DE LA LIGUE
Et le jour, pen A pen, d'un pas lent, inais tr s s6r,
Dot'ruit, on I'estowpant, ]a pyramid d'oulbre
Alors. c'est la gaft6 d6bordant de vos coaurs
C'ert 1'exaltation aprts la paix du r6ve
La f6te du so leil dont les rayons vainqueurs
Pont miroiter la iner et rutiler la gr6ve 1
L'An--e d'Azur, IIessieurs. est on coin absolument pittoresque; la mer y est toujours bleue et d6ferle en cou vrant le rivage d on immense tapis d*6curne qui, en se dissipant fait, un chuchotement harmonieux entre les gravies que le jusant entrance.
Iluisque nous sommes ici en ramille, je ne vous cacherai pas que cette ravissan!e station baln6aire ( en fail, mais sans la letter ) ne porte ce nom po6tique qu'elle meritait bien que depuis trois ans A peine ; et c'est celui qui vous parle qui pensa d d6baptiser*(, L'Anse-d-Cochon )) (?) pour la rebaptiser (( L'Ange d'Azur )), denomination qu; depois I'dt6 '1913 a fait fortune c'est pourquoi dans ]a pi6ce de vers parue dans (( La Plume en AoCit 1914, pi6ce qui est comme le baptist( re de cette anse qu'un autre pc6tej6r6mien, Alib--e Fdry, avait appel6e (( L'Anse de Paroty, )) et dont je vous cities tout it Fficure on fragment, j'ai dit ceci
0 to! (ju'on d6signait (Fun nom peu gracieux,
Les bardes Cont venl-6e, en distant les inerveillos
De tort site enchantour, (juaud, refl6tant Jes cieux,
Ton tuiroir resplendit et que tu Vensoleilles
Xemporte daus won atue tin souvenir W,,s pur
De ces hours (Io joic aupr6s de toi go&6e; D*hutres iront to voir, 6 mon Anse d'Azur
Et tes beaut6s par eux seront inieux exalt6es! ....
Nous voil Messieurs et chers coI16-ues, a la fin de notre excursion. Y avez-vous trouv6 quelqlie int&M Je no sais;
mais je souhaiterais qu'iI en fOt ainsi. Si, cependant, je Wai pas so vous int6resser en vous parlant de ma ville, ne vous hAtez pas d'en inf6rer que Mr6rn ie jouit, dune reputation surfaite ; allez-y plut6t-un jour ; il est vrai que I'accueil ai mable




DE LA JEUNESSE HAITIENNE 53
qui v6us y sera fait, que 1'esprit d'hospitalit6 des habitants vous auront bien dispose A son 6-yard ; mais si toutefois vous en reveniez d6cus, ne nous accablez pas trop pour avoir cru au charme de notre ville et de ses environs, prenez-vous en aux visiteurs qui vous ont pr&6U, qui ont mat vu et dont les louange- nous avaient jet6 dans 1'erreur dont vous nous aurez tous ct.nvaincus...
Alors, nou cesserons de croire A la beauO de Jdrdmie, mais nous resterons quand rn mc lers de ce que nous cons*d6rons comme son titre Mit)aneur, 6L savor que cette ville a W, est et restera un des glorieux boulevards de notre Libert6.
Port-au-Prince, 20'Fivrier 19M
Ti.NIOTHft PARET.




IIEVUE DE LA 1116UI:
BIBLIO.GRAPHIE,
The Haitian Revolution. F. G. STENVAR6.
M. F. G. Steward a dt6 aum6nier dans Varm6e am6ricaine. 11 est rhaintenant professor d'histoire'h Wilberforce University. 11 a vom yage en HaYti et it a ou auparavant des relations avec beaucoup d'afr 6- a-me'ricams qui ont v6cu dans notro pays. 11 paralt avoir beaucoup In les productions des auteurs haitiens et it cite Hannibal Price, J. N, Ldtger, A. Firmin, Benito Sylvain, Ardouin, Madiou.
D'autre part it a In Schoelcher, Spen cer SWohn, etc.'
L'auteur6tudie la p riode qui sl6tend do 1789 d 180 11 fait d1abord le tableau de I'kat d,, la colonio do St-Domin-ae h la veille do, la Revolution: le Nord est en pleino prosp6rit6- Gest !a que les blanks sont to plus nombroux. Clest id au ;si que les affrauchis sont une infime minority.
1) y a done contact direct entro maltres et esc)aves. Aussi les esclaves du Nord sont-ils mieux dre ,sds, plus ttulfiv6s si j'ose dire.
Dans I'Ouest et dans to Sud an contraire les affranchis sont presque aussi nombreux que les colons. Its ferment une classes interm6diaire tr6s important.
Ainsi slexplique qu'h Pori.gine les deux movements r6volutionnaires n'eurent aucune rotation entre eux : colul des enclave,, du Nord combattatit pour lour libei-W et colui des affranchis du Sud et do 110uest luttant pour obtenir les droits du citoyen franqais.
L'auteur soutient cotto opinion quo la r6volte des enclaves dans le Nord a M d6s Pabord pr6parde par Toussaint Louverture dont Biassou et Jn-FranQois Wont dt6 que do simples auxiliaires. 11 d6veloppe avec beaucoup de clart6 etdoconeisicm la viectle r6ledeToussaint-Louverture, ]a lutte centre llfigaud, ]a champagne centre les ADglais, Ilexp6dition de Leclerc, et la deportation de Toussaint.
Puis it monte to r6le pr6pond6rant de Dessalines dans'la guerre de I'Ind6pendance. 11 nous laisse soup onner quo Dessalines seut a bien ou ]a pens6e do rondre son pays vraimant ind6pondant ot que pour cela it s*est d6barrassd do bonne lioure do tous los rivaux qui auralent pu contrecarrer s6s dessoins.




DE TA JEUNESSE IIAITIENNE
L'ouv,-age se termite par un rapid expos des destinies ult6rieures de ]a 116publique, Noire.
C'est un ouvra.-e a live. Souliaitons quIon en donne ane addition franchise.
Les vertus militaries des hafliens, le caract re unique de la R6volution haYtienne, sa signirication ot ses consequences dans Phistoire am6ricaine sont maoniiquement mis en relief dans un style simple et attrayant.
La simplicity du style charge d'autant mieux que ]a pr face avait I'allure du style un peu pompeux de ceux qui se nourrissent quotidiennoment do la lecture de ]a vieille edition anglaise do ]a Bible.
11 y a sans doute des mises au point faire.
Mais I'ouvrage strait profitable m6me aux 6co!es par sa grande clart6 et pat ]a ri,,ueur do son plan. Ajoutez a cola HnOrk que, lui donne une foule d'entreffiets dejournaux arn6ricains de 146poque et des documents inOdits-







Pnnubtx ANNAE NUMtRO, S.- 20 SEPTENIBRE 1916
*1 REVUE
DE
LA LIGUE
DE LA
JEUNESSE
HAITIENNE
PARAISSANT LE 20 DE CHAQJJE A101S
ADMINISTRATION RgDACTION
If5, rite du Centro, V 5
PORT-AU-PRINCE
lkil-RUMFRIE DE L'ABVIILE, 4, RuE L)u FoRT-PER




Pour ton tes communications, s'adresser aut Bureau da Conite',
125, rue du Centre, Port-au-Prince.
PAGES
I -Bulletin de la ligue de ]a jeunesse lialftienne g 57 11 Le Clerge en Haiti PAUL BARJON ;i9
II Gens d'autrefois ct Vieux souvenirs. (Correspondance 1no#dite de Boyer.) P. EUG. DE LESPINASSE, 67
IV Mademolseile LiON LALEAIJ 79
V_ -poesies Sonnet bddit OSWIALD DURAND 83
Disesp~rance CARL W~OLFF 84
VI Histoire diplomatique d'Ila~i ABFLI N. L9GER 85
VII Le mal de notre Si~cle Dr C. PRESSOIR 92
VIII Le Patriinoine s~ocial. 20 prix du
cocusde la Ligue WV. WXALTER 99
IX La Sdir~e tlidatrale Goldmann SPECTATEUR 104
X Chronique ALCESTE 1 Or
TRois iOS- 3 GOURDES
SI10
LE NUME1RO: UNE GOURDE
Pour les annonces, s'adre. ser au Bureau du Gomite', 12'5, rite dit Centre ou ci tmprimerie de I'Abeille, -4, rute dut Fort Per.




REVUE
Q ]ED 1H] ILI I^. ILI 11 C T-T IE; V
DE LA
JEUNESSE HAITIENNE
VOLMIF 11. SEPTEMBER 1916 IN, 8.
BULLETIN DE Lk LIGUE
DE LA JEUNESSE IJAITIEANE
L'AsSoCiation Mant on vacancy ; depuis le mois de Juillot, n'y a pas actuellement do rapports prks- p_-mr la publication. Les travaux reprendront d la rentr6e qui se fera dans la premiere quinzainq d'Octobre.
Le cornite 6tudie attentivement le. questions qui devront 6tre soumises a 1'examen do I'Assembl&. et qui comprendront les articles de ]a Constitution que l'on so propose de reviser.
Depuis la creation do la L.i-ue do ]a Jounesse Hivitienne, en Noven-ibre 1915, jusqu'aujourd'llui i-s pr')gr r&ilis6s par ]a SociW ont 6t6- constants. Ind6pendamment des Membres de la SociM6-Wre de Port-au-Prince, dont le nombre s'616ve & soixante-einq, auxquels il faut ajouter une cinquantaino




IILVUE DE LA JAGUF
de Members Honoraires, la Ligue poss6de des flliales dans les killed SUivanles: Cap-Haitien, Gonalives, Petite Rivi re de I'Artibonite, flotit Godve et Grand-G)ave, Nlirebalais, Mr&nie et. Aquin.
D'apr6s les rapports reQus le C,)mit6 a bon espoir d'avoir tr(' s prochainement des Filiales A Port-de-Paix, A Jacmel et
Nlirmoilne.
En tout, la Ligue compete environ 400 Nlembres actifs et Honcraires.
11 1 "el




DE LA JEUNESSE HATTIENNE
LE CLERGIt EN HAITI
Sous le fouet des malheurs, ]a n6cessiL6 do slimposer urie discipline chose trop ]ongtomps m6connue cliez nous a flni par, se falre senior, Elle slest manifested par le grand nombre d1associations qui so ferment un peu partout ayant pour programme de d6velopper les facult6s intellectuelles et morales do lours members. Nous Wen disconvenons pas; routes ces associations vi-6sentent un aspect impr6cis qui ddflnit mal et lour but et leurs moons d1action. Toutefois nous ne pouvons pas nous rallied au sentiment d'un journalists qui voit dans cotte pxisse o vot- l'unioll tin mal qui aurait pour r6sultat de favoriser un penchant vers le dillettantisme, ou pour mieux 6tablir la pons6e de I'Evolution, vers la paresse.
Certes, non; routes ce3 petites soci6tds sont filles des angols-,es du moment. La jeunesse actuelle, A quelque class qu'elle appartienne, sent bien que quelque chose lui deftappe; lors donc que, pouss6e par l'instinct, elle s'attache d ]a literature, elle le fait comma le naufrag6 qui s'accroche A sa planche do salut, avec Pospoir qu'elle porp6tue, par ces exercices intelloctuels, les traditions de I'Ame national, -la seulechose quil soit peut-6tre possible do sauver. Aussi, loin de la poursuivre do notra ironic, nous devotes, la soutenivet rechercher les moyeas pratiquesdo faire que cetto Arne haitienne resie intact,
La science social pout nous fournir bien des moyeas d'arriver A ce but: Vinitiative persoanelle, Pattacliement fld6le aux traditions sont des conditions essentielles pour la sauvegarde do notre langue et de notre culture. Mals nous croons fermement qu'audessus de tout cola nous demons surtout nous rapprociier du cler96 et lui demander do mettre 6L profit pour I'am4flioration dti POLIple haltien, Vinfluence quOL travers Fhistoire il a toujours ex('., crlo sur les populations.
Et cette influence qui se:-,t manifesto au milieu de routes los vj4




60 REVUE DE LA TAGUE
cissitudes du monde a fait que I'ow eignoment r" Ii-ieux, e'est-A-dire cehii profos-6 par los mernhre, ; du Clorg a W d s la plus liaute antiquit -a )a I)A,,e de toute duration popular. Lo r6le important quo cot ensoignem ,nt ajoa6 au Xl,)ycn A-, o' daris les temps Modernes a mal -r bion do ; as,4aut4;, datis Vhi toiro coatemporaine, aussi il ost impossible do nior quo sos raciness soDt proforidos, jamak d6cruites, toujours viva ces dans tovs les mihoux.
I En France surfout, le soin do d&-5-rossir l';'tm(, do Fenrant a toujours Pt6 conN6 aux oeel 6si astiq ties; aussi lorsque les d etrines dissidents commonc6rent h faire sontir lour influctice et que le mat6rialkme OLIt C011Q11 Vambition do supplanter le spiritualism on a OU, tout droiL a Ncole et on a arrach6 de soa bane I'liumble ft re do I'Instruction Chr6tionno.
Dans tous le- essays de colonisatioti qui fLirent faits durant le si6clo paAs6, en Arrique surtout, apr6s quo ladiplomatio ot les armos eurent conquis la torro, c'est :i la Mission qu'incombai t le soin do proJeter dans I'Ame do ces populations incultes les premieres lueurs de la civilisation. Bien plus h mission fort solvent a ouvort la route A la colonisation. Elie a k6i un moyeri expansion colonialo. Aussi eGt-bIIe incontestable Finfluence considerable que pouvent avoir sur lo people., ceux-la qui donrient cot enseignernent.
Etant en report direct avee les Ames ils sont letirs conducteurs aux houios do criso et clost uno v6ritu' Iiistorique que dans les grandos conflagrations, lo people s'ost toujour-i atta(-10 :1 son cler-6. Loi-que nous constatons I'ascandant quo lo pr6tre OKOrce Sur SOS adrnini 4r6s,, nous demons nous rendro ompte des services 6m!rents qu'il pout nous rendve dans notro wavro da pr6s3rvation 40 soCiale, si nous lui onions la mission do prop:i-or Vinstruction daus la masse. La c-ose du re,-,to sora absolumant 1'acilo; Car I'616ment religiiux on lla4i, qui so compo, ,o du Clergs skulier, dos 11 re- du Saint -;prit, dos Glit-6tiorineet desreligiouses
dos doux c mg[-6-ation-, ost recrutd uniq,,iornF nt parmi les populations fraii .iises; ce qui fa t que eelui qui lasso la torra natale et qui vient Sur nos rive- son mlnist ro, apporto daiis sa patrie d'61ection io po;-rectionnoin nt (to sa Ian gue et le forcoz., morale.-; qui sont :1 la ))a-;o do son 6duciti j.,i. S done, on I'k-it actu3l des chooses nous noas convainquoni une fois pour routes qu'it est plus quo temps que nous, lancions la masse du people datis une voie d'am lioratiori, ii est twit natuvol tpio n )s promiors regards, au double point do vue do la laiigao & d ,s in c-ir.s, so Pirtont sL'i* le cier,,6. Et ce rcuouveau do sympathies qui nous poussera vers lui pui! era a raisin d'6tre dan ]a crainto instinctive qui nous PO"te,




DE LA JEUNESSE IIAITIENNE 61
a nous, garordosessais -J o nod is pas d'uno6dueati(-_)n--ma is d'une mani6re do faire qui Waurait d'autre b-it et d'autre r6sultat que d'an6antir le pen de caract6re personnel q1io rious. avoris v ,iisi z! acqu6rir. Le temp lament am remain et swtoat avoc le pvoc'M par lesquelson tente denousl'inculquev, ri')u cond dra 'a coup sur A une r6,-ression; car 116,grol,-me en affaire qui a sa :-;ynth -;Q ans lo trust et lo foss6 qui spare, daus Vesprit arn'iricaiii, lo u6gve da blane, sont douK caus- s principles qui n3 permAtroutjamak A I'liaition n6-re ot d6pour iu do capitaux de tonter aucutio amslio!-ation mat6riollo. E t si au surplus noas his ;oni ab )1ir ti,)tro larig 10 et notre culture gr co-latiri,,, no -is somm s aus ;i condamq6s A ne plus pouvoi, attire Fattention par L s productions intelloctu3ile-; qui quoi qLVOR pons3nt noi d6L-acteurz; et parall eux, dos haftiens int6ross6s devraient 6tro le rn Aff d'an m.illour sort.
D'ailleurs avant m,^me la perp6tratiorl des raits qui justifient cetto marii6ro do voir, on avait toat,6 dlarv6tav le fort c,) x-arat. d. lal ci-ation Je Fo-isei.gnomont primilro. Monsieur T.-rtulliea Guilba!Id qui avait ddplo v6 do grand--; efforts pour or-,aniser uri personnel lalique A ]a hauteur do sa taclip, avait da abaridonnor le Nlinist6re de l'Instruction publi(pio deviant la attendance do Monsieur MichelOreste A cr6or des 6coles prosbyt6rales.
Pour notre part, nous no pouvons nous empMior d'exprimer notre re.-rot de voir que co project n1ait pas req.u. une compl6te execution, car lorsqu'un coniid6re loz; sorvica con ,iddrables rendus par cot onseign ,m,,nt eccl6slastique dans les autres de.-r6s do llensoignernmt public, on est on drolt dlesp ror que bien or.-anis6e.w;, ces i(xdos presbyt6ralos oussont r6alis6des pro,-r6s immenses dans la masse, d'autant plus quelejeurio paysan aurait vu S'ouvrir, on m6me temps que son intelligence, son cwur aux beaut6s de ]a civilisation. On aurait cortainoment tort do doutar fie ]a ndeessite do cet eriseilg-noment 66el6siastiquo.
A I'lieure a( tuello ', pour notre propro sauvegardo, nous sornm, s oblig6s tie raire ap
in peld des forces ind6pondantes des contingences
du torroir, et cola d cawse do la grande mobility pour ne pas dire de I'absence total de direction dans los affairs pu;)Iiqu iq, mobilit6, qui cause deg fissures clu'elle occasioned, lasso dos OuvePtuPes d tOus les 616ments do dislocation qui auroat pour but de rabaisser notre niveau intollectuel. or, c'est ]a ,;eule chose. quil. nous, soit possible de saver intOgralenient a I'lieure actuolle. et qui nous po:'mettra do saver notre natlonalit notre porsormalit6 in. tellectuelle et do plus, c' ,st par elle soule quo nous piurron., con-




62 REVUE DE LA LIGUE
server peut-6tre cette flort6 traditionnelle qui nous caract6rise. Auss! convient-il do nous accrocher comme des d6sesp6r6s 4 cette instruction pub] ique et do ne j amais permettre qu'aucune innovation vienne changer d6savantageusement pour nous, sa direction.
D6jA les premiers coups de co.-n6c ont W ports 5, VenseigneMent secondaire: les measures dites r6volutionnaires qui sont alljourd'bui en honour pour L, sauvetage d*Halti, no Font pas 6pargn6e. Nous i-norons quel sera soil sort. Mais cc qu1il y a de certain, Cest quo quells quo silent les douloureuses surprises que Pavenir nous reserve sur cc point, nous trouverons touj ours un refuse dans 1'ensei.-nement ecel6siastique.
I] est peut-6tre p6nible d'6tre oblige do constater que dans ces heures de crise nous ne trouvons pas en nous-m6mes les 616ments de lutte n6cessaires A notre preservation. Le mal provident justemenl do cc que Venseignement public A travers notre histoire n'a pas eu cc caract6re sacerdotal qu'it rev6tdans les autres Pays. Le recruitment du personnel de cot enseignement a toujours dtd fait all -r6 du favoritism. Comme routes les autres Institutions haltiennes, trop solvent, il a servi do moyen de government. 11 slensuit done que la carri6re professorale a'a pas dt6 6tablie sur des bases slides: cc qui a emp6cM l'Instruction popular de porter des fruits apprOciables.
Actuellement encore, les divisions politiques sont trop fertile dans notre milieu pour qu'aucune chaire d'onseigriemcnt, A part quelques exceptions honoraoles, no soit pas la recompense Wune opinion. Aussi convient-il et Dieu veuille quo Von eil saisisse la n6cessit6, d'orgamser un personnel d'eri-wi.-Mement format un a.gr. .-at slide, capable do remoter tons les courants hostiles, ayant le sentiment du devoir. Et nous w6prouvons aucune g6ne ii Yavouer: tin personnel arm6 de cetto force morale, no se trouvera pas facilement dans notre milieu ofi l'on voit des capitulations depuis les plus, grands jusqu'aux tr6s petits. Ce personnel d'enseignement ne so recrutera quo parmi le cler.6. Lui soul, pout avoir en cc moment, s'il le veut, une independence do conscience qui lui pormette de remplirsa mission.
Pour rendre ju-t ce h notre fa on do voir, il faut que l'on soit comme nous', convaincus qae notre instruction. :1 base do culture gr6co-latine, eirconstance qui a imprim.% un secau personnel A notre ame, est rnonac6c d'un effrondement total. On s'expliquera




DL LA JEUNESSE k1AFFIENNE W
ainsi notre insistan .0 4 chercher SOCOUPS la oa nous sommos su':l 4 de trouper la m6me league, pour Ilintelligenco, et une mo--ale qui
a r6sistd A routes les attaques.
Mais on nous ohjoctera ot m)a Dieu! cette crainto a ko exprim6e deviant nous par I'un des liomm s lei plus 6mlnont- d notre Pays que le clevg tal qu'il oit constitu 1 est c ).n Whommes qui conservent en eux le sontlin lqt d-is intdi-61-s do la Wre-patrie, et quo cc sentiment on dipit don liabitu13s, ot d2s affections qu! peuvent les Her A noas so manifestara toujours dans une direction utile h cotte patrie, qu'ils nlont pas cess6 do eh6r1r. Clest une constatation douloureuse mais vraia. randis quo I'Allemagne catholique, I'Autriclie, la 13.11,gique, la France, et plus pr6s de nous la Dominicanie, voient lourspr6trls vivre lours soufli-ances et se dresser p- ,ur elles, au nom d- I'liumari!O, n )ui voyons nous autres, un 6mu, savem iit. MAiS imdassible, on apparence, assisted froidement A tous no i mal hours. Cepondant d3ux an-, OjA pais6s, o -iblioux d, no s ir.Orks, n' coutarit quo la voix du c,,e ir nous nou, som.n3s unis h Iui pour accompa.-ner de nos chants d'esp6rancc ceux Ih qui partaient pour la grande ,uerre. Et lorsqu'ost arrive notre jour d'6preuves noui Wavons recueilli qu'une indiffironce profo-ile, indMi-ence motivde par lo soin queYon mAtait A no pas rroissor la suscoptlbiliO' des tr6s grands pays passant po ir noutres. E li bion, les nations qui voient leurs pr6tres so soulover A Finstar des moines d'Espagne, pour faire entendre la parole d'esp ,rance ot do vengoalic., sont cells qui tivent-lours pasteur, do leur sein. Nous, no'-us- Wavons pas un cler,-6. national. C-est la peut-kre notre mallieur. Aussi nous ne demons pas esp6rer cc maximum de bionfait. Du reste, c'est de cet attachment, au sol, de cet lionneur patriotic lue dont, nous avons justement besoin et 1'exemple que nous ont done don116 ces h-)mmes et ces remme exudi parni nous, n doit-il pas nous suffice cornme preuve que la Patrie West pas uniquement le Pouvoir clui nous procure nos jouissances on d6pit des liontes et des humiliations.
Si en ces circonstances pr6sentes nous avons int6r6t A nous rapprocher do notre clergd, il va sans (lire cepondant que le cler-d lui-m6mQ a ull illt6,76t sup rieur h nou i donuer son as0statice. Du re.ite le Vatican Ila certainement comprise. Le riouvel oi dre de cho-




REVUE DL LA TAGUE
ses qui dor6navant doit diritgorles dostin es fllaiti s'dtait a peine dessiII6 que Monseigneur Ch6rubini prosentait des letters Vaecr& dita nt cornme I Zgat apostolique h Monsieur le Pr6sident do la R6publique.
Cotte mission diploinatique dtait absolument inattendue et no s'explique, ',t coup sat-, quo pat- la crainte qu'a da inspirer A Sa Saintet6, llid6o de voir tin pays catliolique mlmac do sortir du giron do IT-lise. Monsei-nour Cli6rublni Otait ,I peino a Port auPrince que le Vatican 6lovait son ran- diplomatiquo on le nommant'Nonce, pout- cooper probablement, court a certaiues intrigueslesquelles tondaioatA river I'Envoy6du Saint Si6gedos pr6ro natives qui avaient fait de Monsei.-neurToriti le personage le plus en vue du Corps diplomatiqno d'alors. 'routes c,3s circumstances prouvent assez qu3 le Vatican est Omu do la mauvaiso situation future do FE.-Iiso d1lafti.
Cetto erainte du rosto West pas sans fondoment. UE-liso d1lai i d6jil avant la guerro europ6onno 6talt menac e d'une crise qui s'annoncait plus imminent do jour on jour. Bien que routes les communes do ]a 116publique fussent pourvues d cette 6poque d'un cur au moins, on constatait copendant que les 6varig lists de FEgliso r6form6o gagnaietit sensiblement un terrain quo no lui disputaient pas avoc assez d1acharnemont les servants des chapelles de nos campaigns.
La plupart des communes du Nord et du Nord de I'Artibonite sont maintenance -a.-nks au Protestaritisi-no ; los auteurs de Uogane ot do Ja(-mol no reconnaissent plus le cur et Pdtion-Ville ot ses environs sont l'objet d'uno 6van-61isati;,)a NVesleyonne A outrance qui no lasso aucun douto sur les vis6es des Missionnaires Protestants.
La raison on est quo le Missionnaire protestant campe son deole l,.t oft il pout. La Biblo (lu'iI expliqiio ost I uo pat- ses au4iteurs. 11 ne recliorcho aucuri contiat avec 111,,tat pour ons !igner. La religion eatholkIne triomphe au contra; re daus los grands bour.-S et dans les villas de la c6to pour la m6me raison, parce que ses Ministre, on grande patio exorcent lo proressorat. A part les quatre ou einq lyc6os do la R6publique, fonctionnant solvent an petit botilieur, PeaQeignoment sup6rieur est uniquernent aux mains des con-r -anistc!s. L'onoi-nem,,!nt laYquo soutient pout-6tre la conCLIMT11ce il iand il sagit do, Piristructioa des liom-nas; mai.s 1-6ducation de la jcuiw fillo haRi-entio cit j);-o3qit'cuti6rOrnout confi6e




DE LA JEUNESSE IIAITILNINE 65
aux religious des deux congregations qui vivent parmi nous. En somme Pinfluence du catholicisme en Haiti bion quo dispute dans les proportions quo nous venons d'indiquer, occupy. encore cei-taines positions qui lui permettent de no pas regarded I'avenir avec trop do scepticisme. Mais voilA quo la guorre europ6onne en clairsemant cons'd6rablement les ranzgs des mission ri.9ires remains rend do plus on plus delicate la situation du haut clerg.6 : Et cette situation A notre avis deviant absolumerit critique par co quo Pon est convenu d'appeler ]a crise lialtionno. Do fait la religion catholique estmenac6o do p3i;dro son. privilege de religion d'Etat. Bien des signs nous le font craindre: les pr6tres ne sent plus ontour6s des m6mes protections, no jouissent plus des m6mes faveurs. Le oulte public ne rovOt plus !o caract," ro grandiose d'hier. Dans le milieu liaitien. ce i)at IA do-; olonan's d'appr6ciation esti. males qui permettent do conclurO avoc beaucoupde chancesd,6tre dans le vrai quo les beaux jours du catholicisme en Haiti sont Compt6s.
Pourtant if n-y a pas lieu J-, DAIIS la lutto quo les
HaRiens devront entroprendre pour coaserver lour cWture latino, le cler-6 n'a qu'A se mettre braves mt da son ew et so lancer dans la m6l6o. Naturollornellt U110 toile attitude, domande un redoublement do sacriticos ot do d",votu, m,,.tit; mais lors (lu'il s'agit do sawyer utte E-lise, je ne crois pas (lu'il y ait do sacrifices au-dessus du courage d'un pr6tro.
Tout po. to d,)ne croire quo Ponvoi d'un. Nonce L Port-au-Prince ne Peut avoir d'autre bat quo do res error davaritagc le ., liens qui unissent Haiti au Vatican. Si telh- e-;t bion. ]a mission. do Monseigneur Chdrubini, 1'6rDinent pr6lat pout probablement, obtenir quelques succ6-; purement diplornatiqu s, mais qu'il ne so borce pas d'illusions. Les conventions (julil pourrait signer, n'auront aucune poWe, si le clor-6 reform r,,,crut6 pArmi les liomm3s de la trem. pe do Monseigawr Leroy, n., sint pas Won persucl,16i qu1ils ne conserveront uno Egliso d la que s'ilssortent victorieux
de ]a lutte morale qu'ils aurout it livr, r d la religion des Affa-Ires. Tr6s c ,rtainement dans les itIVOSU"AtiOUS qLl'il no doit pas manquer de faire Sur IlAfti, lo N mce a d i Ujii entondre Nen des rumzmrsgrondantes auteur du cler.J. N )us n!)us on voudrions d'6tre ici I'Ocho d'aucune afflrrnation, oisouie, mais lorsquIon consiq6re quo dopuls.tant6t un an 110u vivoni 10s les plus surpre. nantes, los plus incroyables, nous avons, bien le druit Cie nous 6mouvoir quand nous pressejjt,011 que do Zgrandes conces-




6W REVUE DE LA LIGUE
sions peuvent 6tre ]a raDqon des coups d'kat, toujours h pr voir- En definitive, et nous sommes I)i.-,n sars, quo le Nonce du Saint-Si6-o en sera bien parsuadd, Haiti n2 sera uno rille de I'E-lise que si le clergy use de son influence aupr6s des masses pour lui conserver son Ame lat;ne. It est done utile d'attiver Pattention de I'Envoy6 'du Saint Si6ge sup Vurgonte n6cessit6 do reformer solidementle Clerzg6 en Haiti. Da reste, d6ja les chers de I'Egli ;e d'Halti se sont 6mus de Firidiff6rence officielle enters lew cul te. ll y a peu de jour; Mrehev6 lue do Caha;;i;a, dari ; une letter pastorale an sujet des mirclids du dimanctie, so plaigriait do la to]6rance do I'autorit6. 11 so plaindra encore loagtempi tr(',,s crtainement, si rranchement it croit qi-aucurie aide no lui viendra du c6t6 ofi it slOtonne de no pas la trouper. L'erfort personnel, Vaction persuasive, le d6vouem, nt et I'ahnAgation. d,,3 p76tr3i sont les'seuls mothers -1 mettre en na-mmment pjur obtenir du people Observance des prescriptions anonirlues. L t r6formo du Cler-6, d'un cler,6 A l'instar do ce. ; vaillank champioai de la civilisation 4que INIonseigneur 1-,eroy dirin-eait en Nfrique, voil le salut du cattiolicisme Pn l1afti. Pour notpe part, nous suiv;-oris avec int6r6t 1,ceuvre do Monseigneur Cti(%rubini, car nous avons la form-, conviction wilun bon cler,6 tie pout que maintpnir lei aspirations de I'Ame lialtionne ce scra au moins cela, sauv du naufrage.
PAUL BARJON.




DE LA JEUNESSE HAITILNNE 67
ET
VIEUX SOUVENIRS
Co;'respondance inddile de Boyer)
A Monsieur Charles Dupuy.
L'histoire est ]A qui donne A I'liornme illustre son ran(, et sa place dans ses annals. Ceux qui furent brands ou puissants, qui dispos6rent du pouvoir selon leurs r ves et leurs caprices en surgissant subitenient do la foule anonyme des hornmes, sontjug6s par la pcst6rit6 qui laisse A leurs flgures une empreiate d6flnitive.
Les chefs d'6tatd6tentetjrs de la puissance sont entourds, plus notre 6poque s'61oigne de la lour, d'une aur6ole, d'un pre stige gallant en grandissant qui font regretter parfois aux g6n6rations qui viennent le bonheur solvent illusoire du bon vieux temps.
. Les directors de people r'ont pas dt(,- seulement cc qu'ils
sont rests. Comme nous, ilsont v6cu humainement, possW des families qui furent pout 6tre leur seule consolation et des enfants lour supreme espoir. Ils ont aim6 de toute lour Ame, souflert do tout lour ccour et nul no connaitra sans doute leurs joies seerkes et leurs ryiallicurs intimes.
11 strait int6ressant de les voir dans lour intimit6 et de connaltre pour a'nsidire les dessous de I'histoire. 11s perdraientA coup s r beaUCOLIp de leur majesty et m6me de leur prestige puisqu'ils ne seraient plus que semblables a nou I smemos. Nous versions avec 6ton nemen, les vices, les basses ses et les vertus qui sont do toute 6poque conduisant la pauvre nature humane, incompl, te et fra-ile.
zD
Gest cc que je voudrais faire pour le Pr6siderit Boyer qui fut grand mal-r6 25 ans de r6gne. Le lecteur to suivra depuis 1819, dans son intimit6 jusqu'ft sa inort: dans sa puissance




68 REVUE DE LA LIGUE
comme dans son exil. Le caract6redo I'lioname so inontrera sous son vrai jour, et l'on verra clue le successor de PRion n'dtait pas l'oore qui fut parfois d6peint, et clu'il 6tait pour son 6poque un esprit avance.
Les letters qui suivent, presque routes autographed s )nt des papers de famille. R3cueillies par les enfants et le ; petits-enfants de leurs auteurs, elles 6clairent d'une clai-O nouvelle les fi-ures do Jean-Pierre Boyer et do Joutte Lachenais.
.7 -ites dans la splendeur du Cher d'Etat sont
Les prerniere, 6ci
pleines d'abandon et do tendresse: c'est le cadre restroint du chez soi et. des families. Dans les derni6res, pir centre, le style deviant correct et s6v6re. Les personages ont chang6, se surveillant d'avanta-e sur la torre krang re. D ux oil trois de ces souvenirs intimes ont. 6t6 publi6s il y a quelques ann6es; je continue un travail d6ja com uenc6. Ea livrant au public ces pages i-nor6es, je no fais pas comme on strait tent6 de le croire Line wuvre d'6rudition, et pour cause; je ne serai implement pour le lecteur et jo m'en excuse qu'un accompagnateur effac6 et un cic6rone peu loquace.
Le lendemain de la mort do Ntion, Bover 6tait nornm6 president A vie par le S Imat, le 30 Mars, 18I.S. D.,uN,, d6partements alors formaientla 116puhliquo qui luttait do son mieu,.contre l'imp6rialismo d ,, Christoplie. Goman avec es bands continuaient do tormentor les populations daris le Sud -, aussi d6s le printemps do 1619 une exp&IiLion s'6tait rendue dans la Grand'Anse pour disperser les rehelles. 11 fallout pr i dune ann6e pour r6tablir la p-iiK dans coi r6oioni d6vast6es. Cost dans une tourn6o Tinspection danzi Favrondissement do Jacmel, de detour dans le department de I'Ouest et avant son entire A Port-au Prince, que le President d'Ha*N ayant hate d'aioir des nouvelles de sa farnille inau-uro sa correspondance avec sa (( bien airn e Joutte.
Jacmel, i Membre 18 19.
Dews mon depart, ma bien aimAe comm6ve, je wai pas cass6 de penser a vous et A vos enfants. Ifersilie (1) particuli6rement,
(I) Hersilie Ntion, fille posthume de Ntion et qui fut plus tard Madame Coqui6re




DE LA JEUNESSE HAITIENNEI 69
Hersilie que jlidoldtre est sans cesse dans mon cceur. Que J'aime cette enfant Soignez la, caresses ]a pour moi, je vous en prie.
Jedois partir pjur Mari-A veadredi nation. Je voudrais avoir &jA rait cette tourn e Pour' CLVe A m6me do retourner pr s do vous. Je m'ennuie cl ja ici ot jo sons plus que jamais qulil nly a que le devoir qui pout me retenir 6loi,n6 des personas qui font le charme de ma vie.
Conserve votre sanC6, vous savez combine elle m'int6resse. Ernbrassez Fine (1) et Ulie (2) pour lesquelles vous connaissez toute ma tendrosse et dites ]our de toujours son.-er A leur 6ducation, quo ]a douceur, la vertu, les principles de morale doiveilt former la base do cotte education. ot que ce West qu4en observant ces principles quo Pon acquiert les droits d 1'estime et d la consid6ration des honn6tes -ons. Dites lour enfin que mon attachment t pour elles mloblige do leur conseillor sans cesse de suivre la vraie route qui conduit au bonheur.
Quant A vous, (lu'ai-jo A dire de plus que tout ce que vous savez d6ji de ma vive affection ? Mes sentiments sont connus, its sont invariables. Ericore uno fois rates mille tendres caresses A ma ch6re petite Hersilie erl attendant que je puisse moi-mOrno 16s lui prodiguer.
Recevez cells que jo vous fais du profound de moa dme et croyez h ]a sine6vitd de votre malilleur et affectionn6 ami,
BOYER.
R S. Faites en sorte aNn quo ]a voiture aille m'attendre Dimanche surl'liabitation Brache.
Apr s que Jean Pierre cut caligraphi6 cette missive pleine. de bons conseils, renouveI6 ses d6clarations d'amoureux transi et donn6 des orders, it 6crivait le lendemain it sa ni"C' Antoinette Moulart. (jui deviant, plus tard la femme da Thomas Madiou, quelques mots ,iffectueux pour s'informer de 1'6tat da la fIlle de Bone B,)yer, sceur ain6e du Pr6s'ident.
Jacmel, ) Docembre 1819.
Je fais des v(eux, ma ch6re Antoinette, pour le parfait rdtablipasement de ta sanu. Depuis mon depart du Port-au-Prince je suis tou(1) Fine Laraque qui 6pousait en 1826 Pierre Faubert et qui fit tant parlor d'eIL en son temps.
(2) CMie WtiOll) fille (I'Alexandre Ntion (11805-1825,!




70 BEVUE DE LA LIGUE
I
jours inquiet de saver que je t1ai laiss6e avec ]a fl6vre. Je Vengagedo te d6cider encore une fols A prendre du quina, arin den Lre gU6rie et de Vempklier de Caffaiblir d'avanta.-e. Tu connais ma ch6ro ni6ee. t3ut mon attachment pour toi, au si n'Usite pas a suivre mas coaseils. J,3 sais persuaU Wavance que tu les, suivras et j'e 3p6re que tu t1en trouveras bien.
'ja ne tarderai pas h rotourner pr _i de la famille, mais on attendant, j'aurais W encliant6 do rocevoir de tes nouvelles.
-Embrasse ta m6re et toute la famIlle pour mol. Fais mes caresses a Az ma J) et re ,)is collies que je to fais du plus profound de mon c(Pur.
Ton affectionn6 oncle.
BOYER.
Dix mois d peitte s'6taient 6coul6s depuis la pacifIcation du Sud et le voyage pr6sidentiel que, de graves tsv6nements Se d6roulaient dans le pays. L'oninipotent Christophe, assistaii le 15 AoOt 1820 h la messe dans 1'6-lise de Limonade quand il fut frapp6 sur son tr6ne d'une attaque de paralysis. I C'6tait un coup de tonnerredans un ciel serein ; le roi an&
anti 6tait ramen6. dans son Palais de Sans-S ouci.
Les populations lasses du joug du monarque s'agitaient f6brilement. Saint-Marc, le 2 Octobre, se r6clamait de la R6pu blique et le G- du m6me mois, le g6n6ral Richard gouverrieur militaire du Cap se mettait A la t6te de Vinsurrection dans la Capital du roi Henri ; Boyer sans coup f6rir faisait occupier Saint-Marc et rentrait dans la ville le 16 Octobre 1820. (2) Sit6t instal.16 dans sa nouvelle conquMe il communiquait ses impressions d Joutte.
Saint-Mare, I Oclobre 18,20 A I I du soir. Je ne puis Vexprimer, ma ch6re Joutte, les (3) 1 ...... j'dtais hier, il eA vrai amplement d6domma-.- par les t6moignages d'af fection que le people me prodigua, mais je sons que mes forces m1ahandonneraient d6ja si I'amour de ma patrie tilentlammait de
(1) Az6ma Boyer, spouse Charles Bazelais. Elle Rait la fille ullique du Pr& silent Boyer.
(2 Voir Beaubrun Ardouin. Histoire d'Ifalti, tome 8, page 469.
(3) Le pointiw indique les parties, da texte rong6es par le temps.




DE LA JEUNESSE HAITIENNE
plus en plus Mon z613. To peindre ce qui so passe ici est une chosa impossible. Repr sento-toi une population ............. par la
plus horrible tyrannic reDdue tout d voup A ]a joie et au bonlieur, tu auras encore une fable We des scenes attendrissantes dont je suis t6moin. Mon impatience est d son comble; d6jA je voudrals We au Cap. Pai passd mes .
............................ ...........................................
et queje suis moi-m6me dans Vespoir d16tre en route, domain matin.
J'ai re u ce !natin quatre d6putds du Cap (1) que je viens d'exp6dier avec quatre de mes aides de camp (21). L'intention des chefs do cette parties de (de I'lle) est d'6tre alli6s avec nous, mais d'avoir un government s6par6- Comprands-tu . . . . . . .. . ... . . . .. . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .
quo je vais ddjoude rerait A du Mal A il
6tait r6alis6. Je ne perds done pas de temps, je brave tout et marehe en avant. Sois tranquilly il n'y aura rien de fAcheux.
Pai dprouv6 le plus doux bonlieur en relevant cc, matin des letters d'Hersilie, d'Azdma et enfln do tous rn, s chers enfants. Dis lour que jo Wai ps le temps de lour 6crire, mais quo je les porte dans Mon emur. Embrasse les pour moi et toute ]a famille, Hersima fille bien aimde est sans cesse
Adieu ma Joutte aim6eje Vaime . . . . .. et Vembrasse de mome.
Tout d toi.
BOYER
P. S. Dis h Antoinette, Az6ma, Fine et C61io do m,6cri,-e solvent, c'estle plus grand plaisir qu'elles pourront me fail-e.
B.
Christophe se sentant perdti et volant tenter une supr6rne reaction centre son r nal s'kait fait temper dans un bain d'alcool et de pitnent. La medication avait sembI6 r6uss'r'r; le roi avait m6me recouvr6 1'exercice de ses mernbres quand
(1) Les 6missaires du Cap 6taient les colonels j. j. Adonis, Edmond Afjchaud et le citoven Constant Saul. Lc norn du quatri me esit inconnu, B Ardouin llb tuire d-Ilaiti Tonte 8, page 471. 2) La d6l nation pr6sidentielle comprenait les c9lonels UIVss-e, Saladin, ,SOuIrrant et 13acker.
R. Ardouin ifistoire (1,Haiti- Tome 8, page 475,




72 REVUE DE IA LIGUF
deboutsur le p6ristyle do Sans-Souci, a u moment oO i I passait la revue de sa gar e qu'il orivoyait combattre insurrection du Cqp, ihs'affaissait d nouveau. La guerve eivile grondait au tourde son tr6ne ; alors seulement il comprit son impuissance d6finiti ve. Ram eb6 dans ses app,-, rtements et trop orguei Ileux pour recevoir les outrages de ses sui ets, il se traversait le eceur d'une balle de pistolet. Le roi avait cess6 de vivre le 8 October 1S20.
Les parties politiques s'agitaien dans le Nord sans trop savoirau junte ce qu'ils voulaient. Boyer qui cornprenait la gravit6 de la situations portrait en Uche sur le Cap-Henri et s'emparait de cette ville peu do temps apr6s 1'exp6dition de SaintMare. La famille est inforn-i6e de ces circonstances heureuses sur I'heure m6me
Cap, 26 Woke IS 20, 4 10 genres dit malin.
Depuis environ doux heures, je suis an possession de cette ville,, ctnlonprernier moment de loisir est consacP6 a m'entrotenir avee toi. Mon dme est Ornue a un tel. point que les expressions me manquent pour to donner une idde de ce qui s'est pass6 A mon en. We ici. Los larmes veulent cooler de mes yeux en tl6crivant ces lines. J'ai trop de sensibilitd pour tout ce que je vois daris cette memorable 6poque. La providence on me r6servant pour diriger des 6v&nements si extraordinaire et si houreux somble wavoir pas proportionn6 mes forces au courage dont elle m'a dou6 ; car je brfile dardeur pour server ]a patrie, tandis qu'elles semblent slarfaiblir. Toute ma gloire est d'avoir surmont6 des difficult infinies pour)a pacifleation du Nord, sans avoir d d6plover qu'une goutte de sang alt W vevs6. Ali! ma ch6re Joutte, je croirais avoir d6ja assez vdcu, sije n1avais ma famille que j'aime et qui a besoin do mes soins.
As6ma, Fine, Antoinette, Colie, Coqui6rine (1) trouveront ici Ilexi. pressing de Yattachement que j'ai pour elles. Pai requ leurs let tres, dis lour de continuer do m,6crire, elles me front le plus grand plaisir. Je leur dcrirai la prochalne fois d6s que j'aurai un rooment a moi, embrasse les du plus profound de mon ccijur sans oublier tout le reste de ]a famille.
Quant d ma bien cli6re Ifersilie qui est toujours pr6sente A mon esprit, couvre, ]a de raisers pour moi, parle lui de son clier papa et trends on le plus grand soin.
(1) Coqui rine Boyer; antre scour du Pr6sident Boyer.




DE LA JEI'Nr,,;SE HAITIENNE 7
SoiS; hour"u-so, ilia che re et bion aim6o compa-ne. jo t1airfin P t Vembrasse-de toute Mon Ame.
BOYEB.
P. S Cette letter dtant rest6n ici jusqu'it cc Jour, jo Venvoie ma proclamation d'ljier qui vient d'&tre DUNi6e.
B.
Lettresublime dans sa simplicity et dans sa tendresse Elle est 6loquento tout de m rne malgt-6 son style bizarre. Les faits qu'elles relatent talent plus qu'une page d'histoire. L'Ame de Boyer se monte telle qu'elle 6tait: belle et loyal. La proclamation dont parle le Pr6sident ne s'est pas retrouv6e dans ces vieux papers de tamille. L'original a disparu de ces souvenirs. on la rencontre dans Beaubrun Ardouin. Elle est pleine de simplicity et porte 1'empreinte d'une bont6 paternelle. (I) Trois jours apr6s la prise du Cap, P,11-tait Un courier en hate pour Port-au-Prince porLant la correspondan'ce officielle. Les instructions de Jean Pierre A JOUte Cette fois sont exclusivement d'ordre intitne.
Cap, 29 0(,Iobre 18 )O
Pexpddio pr6s do toi, ma ch6re Joutte, pour avoir do nouveau des nouvelles directed do ]a famille. Ma santd est assez bonnie; les arfaires se sont assez am6lior6es; mais n6anmoins Mon coeur
prove le plus grand vide; tu con(,ois que cola cst natural lorsqu'on est 61olgn6 do tout ce que Pon affectionne.
Dugu6 qui est cliarg6 Je la pr6sento to livrera doux males de lingo et d'effets que je Cenvole. 11 to fera aussi remise do quelques objets dont la note e4 ci-joitite, partni losquels se troupe un. planOtaire. La petite clef include ost collo du petit double qui le renferrrie. Je t'enl,a,o de no pts essayer d'en retired les pi6cesj usqv! Mon arrive, cat- no pouvarit les adjuster tu gAteras co pr6cieux iristrument dont nos demoiselles ont besoin.
Pai Orotiv6 la p] us P-and attend risseme tit ori lisant les IoUres dAz6ma. Golles do Fine, Antoinette, Ulie ot Coquiulrino m'ont aussi fait 6prouver la plus grande 6t-notion. Je to pria do les eml)rasI
(1) Beatibrun Ardouin Ifistoire d'Ift6ti, Torne 8, pagos 388-389.




14 'REVUE DE LA LIGUE
ser tendrement pour moi. Fals toujours mille teridres caresses A ma ch6re HerSiliC et surtout rais la bien -arder.
Tous Mes Compliments it mes soeurs; embrasse tondrement leurs entrants et enfin dis mille chooses affectuouses A ta m6re et au reste do la famille.
Jo suis fati,,u6 h llexc6 ; do mes occupations; il me tarde d16tre do return A Volant (1) pour me roposor; j'on ai bien besola je Vassure.
Sois houreuse, ma clt6ro et boqne compagne, compete sup mon arfection ot trends soin de toi.
Je Vembrasse de toute mon dme.
BOYER.
P. S N'oublie pas do dire h la bonne Amle quo jo ponse 6L elle et que j'esp6re lui donne r des Otronnes.
Dis h ma filleule Wzirino que.j'ai r0cu sa letter avec plaisir fais lui des compliments ainsi qu'A sa soear Antoinette qui m'a address Line iettre de reconnaissance pleine do sentiments.
B.
Lo m6me jour ayant deschoses imp')vtantes ii apprendre d sa ((Comm6re, )) le Pr6siderit d'[Jalti reprond febrilement la plume pour expliquer s _-t conduit onvevs les Clivistoplie... Celle ci fut remplie do tact et de d6licates attentions.
Cap, .29 Oclobre / 8,20, 8 hears dit soie. Lo Capitaine Duraigot (2) est chav-6, uia bion aimde Joutte, de to dire quelque close concernarit la Camille Christophe, et tu Sentiras, j'en suis s6r, quo daus ma position j'al du agir comme je fais, pour donner 1'exemple do la bout6 ot do la g6n6rosM qui malheureusemont sernhlont cheque jour s'arfaiblir dans tous les CCUU11s.
Je suis dans la plus grande imp-Itionce d'arriver pr s de toi,
(1) Volant-iezriicul propri V, priv6e. (It, PAion sur la route de Bizotun. GesL pendant le hat (IOD116 I)OUU FinauguraLion de sa rk iJenee que Wtion apprit 1'& sassinat do Delva (lans la jui-,ou de Nrt au-Prince. Beaubrun Ardouin accuse Boyer Wavoir C.,t6 16instigatcur (to ce forfeit. Voir -Aenytit les souvenirs historiques do Joan-Joseph Bonnet.
(2) Mot rotip' dans 1 t lottre. Norn douteux (2t incorLain.




DE LA JFVNi- SSE HAITIENINE
commo jo to l'ai d6jA marqu6i Que paxistence est p6nible lorsque Yon est 61oign de co que Yon aime I JO 31)LAre MI mettre en routele P, D6cembre, mais que le chemirl quo je dois parcouriv m, paraltra lonpr Enfin if faut se soutnettre A la llt cossiO.
Pdcris d la hAte et; flnis par to reenmmander la tr6s aimt'P llersilie, couvre ]a do caresses pour mo! jusqulh co qiiojo pijiise Ies h1i prodigUer. Cette infant est ma folio! pombrasso mos sce irs, leurs enfants et. toute ]a family.
Compto sur Mon invariable attachment. Je Vetribrasso un million do fois de tout mon cwur.
BOYER.
Le lendemain 30, son ccear Out rarnpli d 1'ab ente H c )afie A celle-ci ses impressiorii sur cc clifil a vi et l'imp wtance du r6lo qu'il joue et quo la Providenco lui r6sorvait.
Cap, 30 Oelobie 18,?0.
C-est avec un nouveau plaisir, m-i 0,6 ; clOro JoWt,3, qiv, jo m*ontreliens avec toi. Je suis toujours extr6meinout occup,, et tu coiiois quo cola ne peut pit, &,e autrotn rit dan d3; circonstances si c.\Oaoidinaires.
Jo t*avoue que dopui,; (fueje sui.s appoI6 A la, Oto h.; affA;11Y.;, Je Wai jamais encore W (]art-; ime position J irnj)o1anto ot "t )a fois si delicate. Fil-nire toi un pay.; si lon-temps livr, A la tyl all nie et aux forfeit,, un puple (jui avait I)e -&i pour ainsi dire son exi-;ten(,o m-wale (livil faut rbg"* n6rar ot _n wo tu rvaura,; (JI'LlIkO tr s peLite We du tableau quo.iai sous lo youx ot de.", effort-; qwi Je vais raire pour achevor Mon ouvral-o. Gr.'w, A lit Providttwo, jo parais avoi r col-nrnt, paJlicateur ,wiquk les ew irs, et j'(?:4p6r11 que la formettJ, la pruder.coot la jushce qui ni'animent front Io reste.
Jo cOmpte d,!miin visitor ron iroiL infernal appeh" Lafer)'Wre; je pa-;sorai aussi i S,,.my-Smici Jjt april's jo tni
inottrai en rowe pour pjj.c.o wir t-mle-; h-, corntntine-; do N wd. J as des traces (I'leje vais avoir oncoro
Donn,2 tnol fr,* (Iucrn nent (1.! te- nouvelles qt do colles de lit faMille 'I qui til as uraras de mon attachenwilt.
)[1-3,; tou _; A M.1 b ic
t, joul. !I CWro If wA'i;t quo jo couvre do baiSOIs heurouse, ma tenure amie, je Vembrasse do toute m,)n &rne.
BOYFIR.




76 REVUE DE LAI LIGUE
Le successor de P6tion, ne s'6tait pas arrM6 seulement A une correspondence politico sentimental avee Joutte; it derivait solvent d ses nombreuses 'pupilles. Voici deux bil lets de lui du Cap d sa ni&e de predilection Antoinette.
Cap-Haitien, .29 Octobre 1820.
Je Wal pas lp temps, ma bien aim6e ni6ee, de to renouveler Fassurance de mon attachment; je to recommended do m'6crire souvent, car tes letters qui d6peignent si bien ta belle Ame me font le plus grand plaisir. Sois toujours bonne.
Reqois mes embrass, ments et compete sur la tendresse de ton af, feclueux onele.
BOYER.
La Poste de Port-au-Prince entre temps, 6tait rentr6e avec des letters des.siens- it remercie sa nike Wavoir pens6 h lui et s'avoue 6mu du, contend de sa mi-sive.
Cap, 30 Octobre 1820.
Y prove en ce moment, le plus vif plaisir, ma bien aim6e Antoinette, en to renouvelant les sentiments de tendresse et dIattachementatie je t1ai voa s- L'expression vraiment sentimental de tes lett; es ma pdn6trd de sensibilitO. Je connais ton eceur, ch6re ni6ce, et j'apprdcie tes honorables dispositions. Assure ta m6re et ta tante Mariette do tout mon attacliement, je voudrais avoir le temps de leur crire 6galement, mais je no puis le faire. Embrasse tendrement leurs infants pour moi.
Tu ne to fl.-ureras pas combine 11 m'est p6n!blc d'6tre Moi,-W do la famille ; elle est toujours prdsente d mon souvenir.. Fais de bien vives tendrossos I-lersilie et reqois les tendres embrassements de celui qui to eliftit.
Ton affectueux c t attached onele,
BOYER.
Le Pr silent d*Halti rentrait d6jA A Port-au-Prince quand it recut en route ces quelques mots de C61ie Pkion. Its sont plains d*une nalvet6 sine6re et d'une gaucherie d6licieuse. La mallieureuse enfant n'avait que 15 ans et portrait timidement un nom beaucoup trop lourd pour ses 6paules. Son




DE LA JEUNESSE HAITILNINE 77
style ot son orth )-raphe sari:; doute, laisserit beaucoup A d6sirer; pauvre fillette, elle faisait ce qu'elle pouvait Etaiton tenu A cAte 6poque de pirler 1(3 franc.ttis ou do Bien certainement non. Tous caux qui uiaiarit. d,, h lail-i de Rabelais dont le m-irliem 3nt e.it certes diffIcile p -,)u v,:tient lour bonne Yolont6 ; et cola suffit. Jo m permits ici do rodresser l'orthographe tout en respectant le style.
Port- ait Prince, le 131 D cenz re 1820.
Combien il m'est doux do vous t6moigrieo toute ]a joie que j*ai ressentie en relevant do vos dh6res nouvelles que jo Wal W si longtemps pr-iv6es. Groyez que rien ne m'est plu;; doux quo Won recevoir. Mon eceut, fou do satisfaction en vous 6crivant, d peu de mots parcequil goa",e le plaisir do vo:is etitretenir. 11 me serai t impossible de vous exp I im )r le d6s!r do vous voir car iI est tel quo je no puts on avoir de mes souliaits et de vousoinbrasser bient6t sic
CftiE PETION.
Le voyage se terminate sans incident p.)ur le detour. Le chef d'6tat triumphant avait ra-a-n6 son Palais, sa tacho de patriots accomplice.
Pour ]a premi re fois il v.mait do sauvw- la 116publiqUe Deux faits saillants so d--i-ent de la premi6rc p-irtie de
0 zn
ces letters, je ne sais si le locteur s'en est rondu com pte. Le premier est I'amour tout paternal du Pr6sident pour sa fille adoptive Hersilie Ntion, et le soin jaloux qu'il prend dessiens dont-lesouvenirnele quitt,,,jamais. La mal lieu rewz.o orplie* i ije Wavait point connu son p6re et cola explique atri plemen't lit tendresse excessive de Boyer pour cette enfant. 11 n'est pas n6Cessairede chercher ici mati6rc d m6disance, quoique en pensent certain malveillants de 1'6poque ; les actos parlem d'eux m6mes. (1)
Le second par centre et le plus int6ressant sans doute, est un traitdc mwurs it reliever. Ons'6tonnora pout-6tredu ton tou(1) Voir Bonnet Afort do 116ti(jul.




78 IILVUE DE LA LIGUE
j061's afTectueux et tenure de ces missives pleines de recomin'lndiltiOI13 sur 1-6dicathri touto mwal 3 A donor aux enfants de la famille h une fernine qui ne fut, en somme, que la maitresso do Jean Pierre Boyer.
Celt, conduit rovait som-iro, j'on conviens, s i elle so pratiquiit do nos jours, u1ndis(lo'elic s'explique parfaiement si noui noui pla(:ons au point d, vuf- do nos gra'fids parents.
Le doux (( package ) do bon vicu.\ tempi n',tvait pas cc caract&re immoral et seabreux, qu'on semble vou.Joir lui attribuer d6sormais. 1,, s incMres en commett-int c3t acte con damn6 par la rnorale, qui n'est qu'une convention, contracta;ent dans lour pensee unc union parfait aussi respectable que le niari.i-e; ils no faisaient on rait que conserver une
zn
vieille tradition colonial. Leurs foyers 6taient done con6tilues d6(initivement et les int6rieurs do nos p res cr6o.s d'une ficon irr6guli re au point de v*uc droit no leur paraissait pas moins 16-itimes.
Presque routes nos families proviennent de cc-, unions l'ibre-s. Et quel e,,;;t done I'li Otion, (1,ji n'a pits, dans : za lio'n6e unc arri rc -rand'tn ro (JUi no fut N )ou-,o d, I'aloul que par voie do nature ?
Nous venons d'eri avoir la prove Cepondant la socik6 d'autrefois cut bien plus do vertus que colic d'aujourd'hui.
(A s,-(ivre, PIERUE EU(;tN;' DL; LESPINASSE..
Alva%
fp 0




DE, LA JEU-NESSF ITAITIENNE
MADEMOISELLE
C'est vrai, murmuva Calix deventi subitornoit ponsif', heaucoup do chooses 6cliappent A notre entendoment Et ea (Itilil y a do plu.s bizarre, Cest que bien solvent les faits quo nous no pouvons pas comprendre et auxquel.., notro ititelligeneo refuie tout%, explication, sont prdeis(ment les plus menus, les plus banalslosplus t6nus. lis .araissent bien simple -, bien claims parce quIls sont courants etque eli cunpourrait, rionqu'en iegardantun peuensoi, on. trouper toute une collection dans les roplis do son cmar. Mais on les a, A peine appeals deviant soi, pour les interroger, que s'apereoit qu'ils sont muets, 6ternellement muets. lis Wacceptent pas d'dtre approfoodis, tie vculont 6tre pris quo conimp ils se prc sentent et tie permettent pas quo Pon remote h lours causes. Coux qui trouvent A tout une explication, lorsque ces. petits faiti sont du domain du sentiment, tie manquent jamais do crier A la sympathies, A ]a t6lepathie, etc etc autant. do. mots, quicomme I'amour tie me semblent plus vouloir dire I.-rani close, d force d'avoir 6W profan6q.
Vous no yous imaginerez jamais comb en cette impuissance naturelic rait souffrir, ceux qui, comme mol, dprouvcnt du plaisir A analyser leurs affections, A puncher leurs esprits sur les moindres battlements do leurs coeurs.
Tonez, j'ai en ce moment, h ]a m6moire, un do cos betits faits Anexplicables sur sequel je grille de jeter un peu. de clart6. Je le livre A votre intelligence et. A votre sagacity. Oest 11histoij-0 de mon premier amour, sequel dail lours est. le soul amour que j'aie ou jusquici.
Pavais alors six ans.
Six ans, sldcria Pierre Lardent, il faut avouer quo tu 6tais pr6. COCO.
Nous nous m1mes A rire.
Riez-en. Messieurs, fit Calix, riez-en tout votre sa6u], il Won sera pas moins certain que la petite histoire quo je vais vous .Conter est vraie et (julelle a donnd d ma vic, jo tie sais quello teinte '.d-e M61ancolte ineffa( able.




80 REVUE DE LA LIGUE
Il slas:sit sur un des petits bancs en for de la Place du Champ
de Nlars. Puls ayant arrach6 A l'un de nous sa canne il so mit a on courier les cailloux de I'all6e, ot report ainsi Phistoire do son unique amour.
Jo ne vous dirai pas, NNIessietirs, le nom de ]a femme qui, h cot tenure, m'a insl)W cc tonace amour. Car elle vit encore et est maiVe- Et bien solvent, nou ; ]a rencontrons dans le monde, quoiquIelle soit ddjh assez vioille. Nous Vappellerons si yous le
volilez bien, Mademoiselle...
Nous levoulon, Wen, interrompit Lardent, souriant ot moqueur.
Oui, Mademoiselle, report Calix, comme l1appelaient tous ceux d qui ello apprenait A lire a cette 6poque lointaine.
La petite cole quIelle diri-eait et 6L laquelle appartenaient tous les enfants du quarter 6talt trbs voisine de chez nous, do telle sorto quIon outre des heUres de classes, je vocals encore Nladernoisollo assez solvent. J'6tais le premier arrive on classes et -je parties le dornier. Mes parents qui Wont rien soup .onn do cot amour no tarissaient pas de faire mon Mop aux visiteurs et do lout, dire combine -j'aimals 1'6Lud(-,. Le fait ost que pour ne pas recovoir un de ces roprooh- s siloncieux qu- Milarn)isello nous ralsait do ses grands yeux noirs, je restak bien avant dans le soir,
d6chiffrer conscioncieusement la page de Lecture graditie quo
ilavais A lire le. lendemain. Et cl6tait un bonlieur, le lendemain,
quand Mademoiselle, se tournament vers m)i, me disait: Et toi, est cc quo tu vions lire ?
Je rupondais toujours par le m&n goste. J'attrappAis mon livre
tachotd d1olicre, au passage, et leatern3nt allais a ello', Tr6s lentement, do manfe're 'a avoir le temps da trouper la pago, avant de m'a--seoir sur le petit esoabla-i q i-elle avait pr6i d1olle ot o(I toush tour do r6le, nous nous asseyions pour lire.
- Eli bion ? interrogoait, elle une fois que jkals assis.
Nlors 0mu. la voix tremblottaiti, j lis ik. J-1 lkais avo( on moi,
le d6licieux espoir do recovoir, apr63 avoir bieti lu, Finestimable recompense qu'6tait le sourive d-- Milem-)k3l1c. Oa dirait que je le vois encore, cc sout-Iro que j'aim tis tant etque j'appr6hendais copendant, car il mettait rin d ma lecon, caril en 6tait le point
0 tinal.
Quelquefois je mlembrouillais. Au lieu do lira, je suivais l'indox blanc do Nlad- molsollc quo terminate, un ongle d1un rose poli sur sequel luisait do petites teaches, Wanclies comme des




DE LA JEUNES ;E HAITIENNU
gouttes do lait. Les letters ex6cutaierit sowi mes yeux d1btranges rarandol es et un trouble' ind6Hriissable bourdonnait dans mon esprit.
Comme tu et, distrait, me disalt-elle alors, de sa voix'maternolle et si douce.
Et le rouge me montait aux joues. Et je balbutials des m,)ts qui rie disaient rien sinon mon embarrass grandissant. Elle me donnait une petite tape sur 116paule, ou me tiralt le mention en scuriant e t satis mot dire, mlindicluait rna place du geste tendrement autori-, taire deson indexde lait, A llongle rose..
je no safs pas, mais il me semble qua Mademoiselle sentait quo je Iaimais ot m1aimait, elle aussi, un pou.
))'Un matin jefus r6veiII6 plus t6t que do coutuma. Comme j1en faisais la remarque A ma m6re.
-Comment me r6pondit-lle, ta no roux pa's allor au mariago de Mademoiselle ?
Mademoiselle se marle, m'(,ci ial-je ?
))Et brusitiement plongeait ma tO'-e dans m,)n orcilleje me mis' A s.angloter. Nia m re quinecompronalit vienh mon subitddsespoir, me console de son mieux. Elle me dit quo Nladem,3iselle ne slon irait pas do cliez elle et quIelle P,,.sterait m')n professor, comme par le pass6 etjusqu'd cc quo nous fusions on Age Waller au S6minaire on h Saint-Louis.
L'idde quo ce bel homme b:-un quo j'avak vu parfois. le soir, cliez Mademoiselle et qu'instirictivement j'avais liaf. allait 6tre, ddsormais)e rnaltre de ses sout-Ires me fit mal, liorriblement, mal. Et A YEglise, tandis quo mes autres camarades slamusaient et paraissaient tout heureux de voir Mademoiselle si belle, dans sa robe blanche ot sous son voile fr6missant, moi, silencieusement je pleut ais, comme si, eD se maritint, elle 6tait morte a moll arfection, morto A mon amour. MaIgr6 tout ce que me disait ma m6re, mon coeur d-enfant sentit bi n, lorsque Mademoiselle s'en allia une journey de joie, au bras do son mari, quIelle ne reviondralt plus, jamals plus et que je perdais pour toujours Finestimable r6componse de son rose sourlre et le tableau silencieux de son index blanc gallant d'uno syllable A Fautre, sur les pages de mon livre de lecture.
Apr6s comariage, je refusal d-allor A 116cole do Mademoiselle que dirigeaft on soil absence sa wur cadette. Mes parents Wont




82, RENTE DE LA LIGUE
jamais su pourquoi, au lieu d'y retourner, mol qui craignais tant les professors en pantalon, je me r6signai, A me laisser interned au, Colfte Louverture dont le directeur 6tait d1une s6v6rit6 proverbiale.
Clest banal, nlest-ce pas. cotte histoire, clest courant. Quel est Penfant sensible qui n-a pas aim6 la promi6re femme qui I ui a appris A lire et a'on, a pas gard6 un. imp6rissab!e et doux souvenir ? Mais ce qui ost moiris banal et quIon ne mlexpliquo,-a jamais mossieurs, clest quo depuis,- il y a 26 aus de cela, jo nlai jamais eu le courage d'aimer. Je, n1ai jama-is p,,i, noa plu;;, rencontrer -Mademoiselle sans fr6mir, mais 1 commejo frSmksais au, temps lointAiii ofi, elle me sout-iait pour me r6compenser d1avoir bien. lu.
Etran-e tout de m6me, fit Pun de nous.
,)Etce quil y a de plus Otrange, continua Calix,, ot sa voix alors tressaillit d'6motion, c'est quo c4aquo rols q'au, bai, volant vous imliter, jo jette m,)a d6volu. sur urie j mo (!Ile pow flk d1uno ndit, q-iolquo cho3e d-au-;si brfilant qilun grand ramord,; mlentre dans Ntm m torture horriWem,,nc. Etje crols voir, du m,,)insje les voi s ZD-ranJ3 youx noirs do Maclemoisille qui, du fand do m )a p -;s me ront un d, c -; rapro- 'i is; silo i.-Iew: dont Pavais tant p ur ot dont ie s ) if fr_ at) -i, c )rn.n,, jadis, comme A cette Jointaine Opoquo oft elle apprenait lire au petit gosse amoureux quo. j*61.ais
M-bas, dans lo soir, llensei.-n3 vorto de Parisiana, do routes ses letters lumineuses nous appelait au Ciadma oft clique joudi, nous ne manquions jarnais d'aller. Nous nly Hmes pas attention. Nous 6tions, paralt il, tous qaatre proronddment 6mus, car Fun apr6s I'autre, nous nous en allAmes. Cliacun do nous 6prouvalt secr6tement, le besoin d16tro seul pour mieux penser, peut-Atre, A cette histoire strange et m6lancolique d'un amour dlenfance .....
L90N LALEAU.
, gt x,-




DF LA JEUNESSE HAITIENNE 83
POESIES
SONNET INED.'r
A. S. 1101MAIR.
A rrgardais par la feiOre ini disclose Sm, la champagne im vol de I qcjs papillons. Jamie sotillre, blanks bl'Its, ell i0yelix tourbill'uns" Its virevoltaient, fous, en I- ltmosph re rose.
Et le soled, couchant en une apoWosc A vivait tous ces ors, ces blanco, ces vermilions, Qui se fondaient en une gaze de papillons, Entre 1'e'ther flaide et la lerre morose.
Alfirs mes yelix que le dur hiver a voilis Revoient despapillons longlemps envoles.... A jainais plus
Pai, les persiennes d&loses,
C'elait des billels planes, Ott bleus, Ott verts, Olt rosc s Miettes d-amour que j' qrenais an vent du soir,
itipartaient, emporlont la jeunesse et Ilespoir,
2octobre 1901.
OSWALD DURANI)




8 4 REVUE DE LA LIGUE
DESESPERANGE
(Pages d'aitrefois)
Pourquoi changer? Pourquoi tant de soins a paraitre Plus humane ci ines yettx." Pen5ez-vo,,ts me calin er Par cet air de douceur ? Sous le reinords petit-dire Votre cceur attendri vent enfin Wsariner A quoi bon? Si I'amour de la pilij doit naiti e Ce it'est point de I'amour; garle:;-vous tie m1aimer!
De ines soucis constants, de toute ina lendresse Trop cnnfiante, h6las! ne dois je rccueillir Que eette obsession du dottle qui mloppresse.1 Car je doute et c'est bien ce qtti me fait sotillrir
4 D'un c zur apitoye quevaut tine caresses ?
Si volts tie in'ahnez pas, gardez-votts de mentor!
Le sort en est jete,'! A portrait ma peiric Sans me plaindre jarnais et sans volts implorer, De voire sotivenii 1'dme incessamment pleine. Et lorsque enfin la mort viendra )tie deliver, Prk de ma tornbe, zm jour, si le hazard volts m nc, ;ans nut 6noi passezz garden volts de plettrer!
C.' RL WOLFF.
U.




DE 1,A.,JEtJNFSSE HAITIENNE'
HISTOIRE DIPLUMATIOUE WHAITI
JEANTIERRE BOYER 1818 1843)
La pacification du pays et les intrigues de Sir Rome Popham. Incorporation de IIEst, la pn4paration des esprits, les anibitionf de Cacerez, llkabileM de Boyer.
L'Equipie de Saimana.
Ultdritage politique laiss6 par 136tion n'6tait pas IOUrd A recueil
car la situation oxtorieure Wavalt pas W compromise. AU contraire, notre liplomatie avalt bt-M Ileffort considerable tent6 par les deux Restaurations pour nous ramener au r&,gime colonial. Le tout, pour Boyer qu'ua d6cret senatorial du 1 30 mars 1818 nomma Prdsident d'Halti, 6talt de continuor)a m6me politique do ferffieW vis-6L.vis de Fancienne m6re-patrie. ,Un 616ment indispensable de cette politique, n6anmoins totalement n6glig6 pir Pdtion, 6tait l'ordre interne. Depuis .1807, des bands lnsurg es inqui6taient la Grand'Anse, et le Nord Malt toujouri; s6pard do la 116publique Le nouveau chef d'Etat so rendit fr6s bien compete quo pour fortifier I'aetion ext6rieure, il fallait d'abord commencer par mettre fln A routes les dissensions qu'exploitaient nos adversaries. Cola fait, et la p,artie do IlEst incor. por6e, ce strait, avee'la r6alisation des aspirations nationals, soustraire d6flnitivement I'ceuvre do 18M h 1'esprit de de"Aruction du government do Louis XVIII.
11 se mit rdsolument au travail. Pout, tie pas We contrarI6, 11 fitpartir, quelquesiours A peine apr6sson6leetion, une doublemlssion pour Kingston et San to- D ornin -0, char-de de tra nsmettre auDue de Manchester, gouverneur de )a Jamalque, et 6 I'amira) sir Home Popham, chef de la station naval dans les eaux de-. l4fle, de m6me qu'au gouverneur espagnol de )a parties de Mst, )'assuice dU d6sir de son government de vivre en bonne haemoWe avec les ang!ais et les espagnols




86 REVUE DE LA LIGUE
Si I'Angloterre lais -ii BoyOr r primer les troubles do ]a GrandAnse, elle intervint poiir I'emp6, her dIRra ;er Chriito;0i [,'appel que nt le Pr6sident. h se- troupes victorictisos, on dkant (livil let ir-restait encore pius a raire et clu'ellpq dov;flotlt Se tonit. I)i 6tes A au.ptamler signal A marcher avec lui IA o i il I'audrait arrive-- p,)mconsolider la stabiLt', et la -loiro nationa!e,) ful coiiisid %i-6 par le 116-ime Royal comme uuo menace A poifie d6gais6e. Le 13"d Henry quo 1'esprit. do d6oision de son no-ivowi cjI16,guo inquidtait, oubliant la rarouche dignity montr6o dans ses relations avoc la France, ri'li Ata pas a. invoquer Jos seco-ars anglais.
L'amiral sit, Hom3 Popham, accouru a son appol, accept la mission do convaincre le Pr6sident do la 116publique de la n6casdo ne rien entroprondre cont:,e lo Royaume du Nord et do 1-int6r6t do tous les Haitiens do vivro on paix, on unissant leurs ror, es pout, repoussor 1'ennomi commute: la France I Mais dupe ou non de 11officler anglais, qui e:;saya ver. )a flri d1avril 1820 de le persuader qtio les overtures venalont do sa propre initiative. et qu'il arrivait en droit, li-tie do la Janialique, Boyer refuse p remptoirement do faire ]a paix (, avoc un ex6crable tyran dont la domination slan6antirait avant Ion.ItOMP3.
On pout kre bon admiral ot plkre diplornate. Tel est le eas de sip Home, qui malgi-6 II&Iiec re:,, ontt-6 A Port-au ]?Anca, porsista A jouer la com6die d'aller dans le No.id soumettre h Cliri.s. topline les m6mos propositions do paix. Le 11+ Mai, avee une fvetd sans 6-ale, it ni-inda au Prd ;ident que (( le Roi (,tait sinc6rement dispose A enter dans urt arrangern nt de la plus parfait amiti6 avec ses amis de I'Ouest et du Sud Et il sloublia m6mo ju-,qu',i ajouter des menaces h sa letter, ne qe pendant pas compete que ce.; menaces no pouvaient pas en terms plus intelligibles traduire ]a faiblesse et les craintes do son prot6gd. ((, Ne pensez jamais ii I'aire la guorre, 6crivait-il; no tentez' pas d'avancer au dold do vos fronti6ros; car si vous le fates, ..je. vous consid0rot-ai comme agresseur ). L'Anoleterre voyait dans nos divisions un moyen ti 6s pratique de raire maintenir
monopole commercial dont elle jouissait datis le royaume du. Nord. Boyer fit ti-6.i. formomemOnt. savor h l'officier an.-lais qu'il 6tait temps do fmir av-,c I-ariarchic, qui i etardait le- d3stin6es du Pays.
Lo people, lialitien a 6tonnamment do resources. Boyer le fit bien voir A ]a diplomaLie britatinique. 11 tie provoqua pas des




DE LA. JEUNESSE HAITIENNE 87
vo tit pi icatiotvs, en s'attacluaitt ouvertement A Chris, topho. INIaLs pers0tino no pent affirmed quIl rosta indifferent wix trahisons;, aux d6fections et awx r6voltos qui alioutirent lo 8 octob,,,o 18. O au suicide do soji c oll6-w) du Nord otit la chute de la Royaute 147t llamflai,.z, concertt assist h la prise de possession par Boyer des deux nouveaux d6partemetits que les dvkierneuts avaient proeur s A ]a R pubhijue.
L'unifleation du Royaume et' de 11a 116publique, en ddpit dLj mauvais vouloir de ]a politique europdenne, btait une grande victoire pout- le president. Elle out uno large influence Sur les destinies ext6rieures du pays. Tout d'abord elle inspire confiance A nos voisins de I'Est. L'OrierLglio do B oy er lour plut, et pendant le s6jour de celui-ci au Cal), Justo de Sylva, muni-des pouvoirs des principaux habitank de Santo Dornin-.0, Mait verju Jui don''ner Passurance d'urie aide Offie,"ce, s1l voulait entreprendre
-la reunion A la R publique, do ]a partly espacqnoie. Lo commcdolle Aury, ari(.,ien lieutenant do Bolivar, lui fit les m6rne.ipropo sitions.
Le clief de 1,Etat lialftlen ne ponvait so lancer A Ilaveurriette dans aucune guerre do conqu6to 11 recorrim inda ]a preparation des espriLs, voulant d1un. rapproehoment saas effuAoii do san Et des 6missaires adroits commenc,6rent A travailler 11opinion publique.
Ndanmoins, d6s le 10 ddcOinb"O 1820, lo g6n6ral Kindelan, qIIi Ouvernalt ljj patio o3pAv.q)Io, Nkait d 11o'l-0 diplomatic de vivos remonstrances et ]a mettait m ro on dom)ut-o do d6. clearer sit elle avait o i non. conH6 a dei agents la mission d'en, tretenir les li.-fles frontiOres de la convenmc,, (to so rallier 'a'I'autorlt& haltienne. La !- pon-e do Boyer 6tait fore6ment rwiga, tive; elle calma les inq!06tudo., esp IImWes, bion qu'olle donnAt I'assuranca Oquivoque que le pr silent no ferait jamais- des conquOtes ensan-larit6e.j C'Otalt demander aux populationsdP I'Estde continuer la pj, oaratlxi do la 116W)luflori et c'est ce ql1i so fit en effet pendaut tout le cours de Vann e 1921.
Boy,2r out raison dQ tie pas brusquer lei ,v6nements, car Pac. cord nlkait pqs parfait cliez nos v_)isin sir les com qlicnces du coup d' 'at Projet6. Nanez de G-je3rez et une fable, mino. ritut vou.aierit YEsc en Etat ind pendant et ne conclure




HENTE DE LA LIGIIE
avoc HaTti quIun trait Iamiti6, d-'allianee et do commerce. La grande majoritO de la population, convaincue du caract6 re res.treint des moyens d'action dont elle disposait, aspirant A une 'incorporation pure et simple A ]a ROpublique d'Ha*fti. Cacerez sentait si bien lui m6me la n6cessit6 d1une protection 6trang6re, pour garantir le changement qui allait s'op6rer, qqe son intention 6tait de faire enter le novel Etat dans ]a conf6d6ration colombienne. Le Commodore Aury, lors de ses offers de service, avait mis Boyer au courant do cc plan; ]a diplomatic haitienne, pr6venue d temps, manceuvra si bien quIelle fut maltresse des dv6nements.
Quinze jours avant le coup d'6tat par loquel Cacerez chassa de Santo DoffliDgO le gouverneur Pascual Real (30 Nov. !8-21) Monte-Christi et Laxavon avaient arbor6 le pavilion haitien. Et d6s que le drapeau colombien flotta. sur les bords de 1'0zama etque IIEtat fut 6rigd en R6publique Dominicaine, d'autres places, tells que Puerto-Plata, la Vo,,ra, C)tuy, Macoris. Banica, Azua, San-Yague hiss6rent nos couleurs. C16tait ]Ala maDifestation d laquelle, depuis la rin do 1.8-20, travaillaient nos hommes d'Etat. La revolution triomphante fut impuissante A neutraliser ces tendances, et la maladrosse de Cacerez facility au contraire'notre action.
Son acte constitutif dLi Godvern3inont Provisoiro mscontenta Opinion. L'union de la Dominicanie A la Colombie, des distinctions anti-sociales entre paysans et militaries, entro riches et pauvres, le maintain de Ilesclavage, le d -oit de proprikd aux strangers, cIdtait autant do griers que vers ]a fin de d6cembre 1821 vint r6capitulov an president d1faiti une d6putation envoyde par ]a Junto central provisoire de San-Yague. Ses members, MM. Nunez Blanco, More] de Santa-Cruz, Jos& P ralto et Maria Salicedo, sollicit6rent sans ambages nos secours et exprim6rent le d6sir des habitants de FEst de se ran. ger sous la Constitution haTtienne.
La R6publique tie pouvait rester source A pareil appel. Comment aurait-elle pu tie pas saisir lloccasion de donner une rdalit6: A ]'article 40 de notre Constitution, qui comprenait dans notre territoire la parties de I'Est, et comment. pouvait-elle tol6ret* la Charter de Cacerez, qui allait A Ilencontre des principles m6mes de notre R6volution, maintenait le r6,gime do Fesclavage et appelait le blanc, au droit de propri6td fonci6re ?
Une telle crise ne pouvait durer; elle demandait une solution immediate, Le 2,15 d6cembre. Boyer questioned le S6nat sur ce qu'il faudrait faire s! les habitants do IIEst dtaient en tout




T) E L A J I U N ES: R I I j I f S .N 1, ISO
ou on parties, sounds A ]a voix pacifique de sort Gouvernoment. 11 re oit, six jours apr s, Fautorisation d'employer (( tons les moyens possibles pour contraindre los habitants do IlEst A devenir heureux
Une force exp6( Itlonnalre est aussit6t lov6d. Devant ces pr paratifs, Cacerez se rend A 1,6vidence des raits. Toutes los places importantes ont rerns6 de roconnaltre son auto W et fait appel aux scours haltien,;. B)yer mobilise. lit Colombin est loin, ot sa protection illusoire, A suppoqer qWello pCit onblier de sit6t la gdn6rosit6 de Pkion. En presence d*un polivoir aussi pr6caire, il prend le parti le pl us sage, col.ui de pres- ontir les intention,, du president ( 5 janv.'18-22 Boyer lui annoflqa. dans sa r6ponse, ]a campa-rio qn'il allait 6titreprendre. h h tka de forces imposantes, wi lui demandant Warborer aussit6l. A Santo-' Domingo (( l'unique pavilion qui cmivient A existence (Jos halitiens et qui est :-elui do la 116publique (11 janv. Apr .-;avoiv, dans un ordre du jour public en rran :ds vren es-pagno', avi,-;t) les populations do Mst qu'il ari ivait, il quitta lo 18jan vier a ca'pitale.
Les troupes sVevaient A 14 091 liomrn(,-; Ot dfaient 1.6parties en deux corps d'arm6e. Le G6n6ral Bimnot dovait eiivalfir le Nord-Est do la parties oriental; B)yer devait -,'a(.fliem;nor par Azua.' La jonction devait slopdrer A Sari Carlo-;, village, an dessus de Santo Domin-o. Lo plan s'ex6cuta tel qu'h avait Oto cplira et notre arm6o ne rencontra aucune resistance. (1.) 11 e.;Cv 'ai de dire que Nunez do Cacerez, d6-i la r6coption do lit r6f) onsa du President, avalt lAss6 le drapeau rouge et blousur la ville do Santo-Domin.-o.
Aussi le 9 ftvrier 1822, lorsqije Boyor so prdsenta A lit por;o del Cond&, il y trouva les members dn Corps mlinicipal de SantoDomin go, venus A sa roncontre ave., tout le cor moiial alor-existant. Nos troupes fivent leur oritr6o d Lri,; uri eritli,)u-ii;' ;m n6ral. Lorsque le Pr6sidant pAn6tra. daiis la ,alle municipal, Nunez do Cacerez, qui' 6tait jusque-la, ciier do I'Hdflit6, s;*aVanca pout' lui remettro Ins clefs de la ville, cornme symbolo de la sournission de toute ]a parties de FEst A la Ropubliqded IlAti. Avee un tact remarkable, notre ciier d'Etat rehisa le.-; clers, en expliquant quo ses sentiments nl6taient pas ceux dun corill rant, (( mais ceux d'un p6re, dun frbro, d'un ami qui vonait om-' brasser avee tout hipanchement du coejr, les nouveaux lialtions qui S'kaient r6unis A la famlile. (2) Un To Daum fut easuite
(1) Soavenirs historiques do Gov -Joseph Bonnet, Paris, 186f,
k2, Praoiiws, op:xit.




90 REVUE DE LA IAGUE
chanted h IlEgliso CatWdrale pour I'lieurouqo reunion des deux
pouples.
L1Inc(:",-poration do I-EA (Aalt un fait aceompli. elle ne cocita de
larmes A personnel, comme le proclaim le jour m6me le pr6sident d'Haiti.
Cc Wkait pw; tout qae nos forces occupassent paciflquement
le Lerritoire ci-devaut dkenu par ics espagnols. 11 y avait un travail de fusion h oprer, nos nj(_ e irs et n.);; habitudes & faire partager. Le people lialltien, n6 dhier seulement la vie politiqua, a, .iuma copendant aven conviction ses res:ponsabilil6s., Dans sa circulaire du 11 t6vrier, Boyer tra a h ses principaux, agents tin plan de condulte que pourralent envier beaticoup de f;
grando-A puis--aa es, plui avarie6es on conqukes en colonisation, et en civilisation.. 11 ne raut. rien lieurter, it ne faut rien pr&cipiter, Ocrivait-il; it faut dLudier to caract6re do-, principles persounes. l'iticlination do la ba-;so claAse, pour so mettre au courant do tout, afln de so comforter de toile sorte qu'on leur inspire de la confiance, pout-, par cc moyen, leur donner en con-' version et sous forme de conseils, la direction convenable...
Rappelez vous que votre mission West pas employerr ]a force Pour assurer la domination ; mals qu'elle est dans l'obligation d'emplo.
yer to latigago de la douceur. da la pcrsua ;ion pout- faire recliorcltw ot cli6rir catto doni'mation ). Aussi avec une pareille politiqw, les couleurs nationals allaient-elles flatter, pendant
vingt dcux annexes, du Cap Tiburon au Cap Enganol
La soule tinier-oclie vint da cot6 des fran,ais qui. bien qu'ils
Weiiqsent absolument ri3n A voir dans les dv6nements de la pahie de PEA, torit6rent tin effort pour nous emp6cher d-asseoir ezinjil6temonL notre domination. A Saint-Jean, pendant sa marvoi-s S into Domin-o, Boyer avait Wsurpris d'apprendre quo
!a fi-6-ate franoaise (( la Ducliesse de Berry ) avait tenO de comr-uniquer avee la capital do IIE--t, et nly avait retionc6 quIen voyant flatter notre drapeau. Son 6tonnement Mait dautant plus I EgWme que vers ]a tin de Novembre 18-21, le Gouverneur de, [a Martinique I'avait pr6vonu quP cette frigate croiserait sur les c6tes d Haiti, centre lespirates qui nui. ;aicnt au commerce frane-ais, entre La.-ran-e et les Gonalves, la pointe de Maysi et ]a GoWive.
11 acc6ldra sa march, et le icur m6me de son arrive A Santo-,
Domin-o, Nunez de Cacerez lui communique une letter recue de Samana du Capitaine D3uault. commandant de la Duchesse de Berily, poUr d-inander que notre pavilion ne fut pas arbor dans la presqu'lle. It pr6textait que le-3 fraik(;ais kablis h Samana dtaient




DE LA, JEUNESSE 14AITIENNE
A la veille do voir renouveler sur eux Ies 6v6naments affreux dont ils avalent d6jA 6t6 victims )). 11 ajoutait qu'il resteralt dans ]a baie j usqu1A la r6ception des objels qulil avait fait demander aux Iles du Vent!
Le Prdsient n16tait pas d1hurneur Aplaisanter. 11 envoy lul-m6me Pordre A l'offlcier franqais do ddguorpir imm6diatement, manacant de considdrev un s6jour p, us lonb- comma un acto d'hostilitd. 11 profit toute protection aux fran ais qui pouvaient rdsider dans ]a presquIlle, car (( les annals de la Rdpublique nlofrraient aucun example A l1appul des craintes manifestoes A cet 6,gard* Le Capitaine Douault r6pliqua qu'il voyait avec peine quo son s6iour dtait maljug6, mais qulil n1attendait pour partir quo les moyens sollicit6s du Gouverneur de la Martinique.
Tout ce myst6re ne pouvait reassure Fesprit inquiet at pr6venu du President. 11 expddia A Samana le G6n6ral Toussaint A la W.e d1un corps de troupes.
Nos soldats arriOrent une demi-journ6o avant les objels el les moyens si impatiernment attends, at qui consistent an. 'neuf' bAtim6nts do' guerre! Cette escadre ne put op6rer aucan d6barquement A Sarnana, qui 6tait occupy. par nos troupes. E Ile alla lefalre A Sava n nah-la-Mar, o6 nousn1avions qu'une petite garrison' de quinze homes. Boyer flt reprondre la ville. Tout ce qiia I 'amiral Jacol), qui commandant ]a flottille, put obtenir fat la per-, mission dlembarquer les colons frangais. Ainsi avorta la combinaison duCommandant de la ((Duchess deBorryo at du Gouverneur de la Martinique.
L'attitude des francais A Samana n1a jamais dt6 tr s nottement d6flnie, Pour les uns, ils auralerit db appeals par- Ids Espa.gnols afln do ]as aider A enlever lours ci-de-vant esclaves. Pour dlautres,' et Boyer est de ce nombre, les navireg deguerre no seraient versus que pour faciliter Pombarquement des frangais.
1 11 faudrait plut6t interpreter la demarche du Capitaine Douault, pour empdcher darborer le pavilion haftien, Parriv6e da Peseadre et la prise do Savanah la-Mar dans )a sons d'un effort pour contrarler la Politique 6trang6re do la Wpiiblique, r6tablir si p,)ssible. I'autoritd espat-nnole dans la p6ninsule do Samana, co qui n6cessiterait une action militaire ha-itionne dont on ne pouvait pr6voii- les consequences.
La Restauration ne Pouvait assur6rnent voir d, un ceil favorable,. elle qui ayait toujours spdCU16 sur nos divisions, la cessation non se ulementde:nos troubles domestiques, mais encore I lu nil cation de toute I'llo sous le regime haltien.
Par ]a Pticification du 'pays et Pincorporation de IlEst, Boyer




92 RtVUt, DE LA"LIGUE
kait A I'apom-k' do sa rorce A NnWrivur. 11 no mancinait d ]a gloire (1-c la 10publique. que lo trIompho aU dchors, a dire ]a regul.a-rvisation diplornatique do notro ind'Opendance do fait, et-notre participathn Par voic Ce Cons6cluence A la cornmurtaut6 doi E'Lats Anrr, N. 1,17GER.
LE MAL DE NOTRE S11 EG L E''
Le rnal de notre si&le n'est plus celui du pr6c6dent: c'6tait un pessimism qui ftAit ma1gr6 tout une mani6we d'aimev I'liomme et la n(AtUre. Au.jourd'hui c'est un seepticisme.. qui pout conduire tout droit au suicide ,J'entend-3 le seepticisme, qui dans son, sons original si-. gnitlait 1'esprit d'examen : I'esprit d'exam n pouss6 A ses derni6res, limits, c'est-_ -dire ono mobility perp tulle de I'es. prit qui conduit au d6go&, une agitation san-- Cin qui ne dresse un concept que pour leronverser auisit6t.
Le mal de notre si6cle ost la ran(-.on m6me du -6 nie europ6en. C'est le mal des savariti et dos. panaurs transport6 aux fouls. Cc sont les dramas des lab )ratoires et, des cabinets transports dans la soci6t6l.
Toutes les races ont fait de Li philosophic: mais elles se sont OCCLIP 0,; surtout du prol)16mo de la substance. Eiles en ont th-6 des relkyioni et des G )smog )nies,-. tan lis qu le g6nie grec qui est le vrai 'g6nie europeen a renonc6 A connaltre 1'essence des ch-)3es pour s envoler dAns le mondo des rapports et des Wes.
Et les succ s remport6s proviennent de cc que la pens6e grecque avaiL trouv6 la veritable utilisation du corveau.
H6riti6ro des Grecs, ]a eivilisation occidental suivra les %?Oies trac6cs par les maltres c6l6bres.
Tout d'abord il y a une IVIiitation. Les races nouvolles qui sont entrees d ins 1'empire remain ont de la peine A saisir 1'esprit do la civilisationgr6co-latine. C'est encore la philoso-




DE LA JEUNESSE HAITIENNE 93
phie qui les pr6occupe bien plus que la science. 11 est na me n6turel qu'il on soit ainsi, puisque Cost I'Eglise qui-est leUr dducatrice. Or, la. settle preoccupation des esprits r6fl6chis dans cetto dern.6ro, c'est la justiCication de 'la foi par la Logique.
L'6volution du g6nie e-uropeen reprendra au XVV si cln. A partir de cette dpoque le mauven*cnt vers 1'6tude des formes 'et des rapports sera g6n6ral.
Dans Its travaux. de Vike, Format, Galil6--, I'csp; it so d',gage de plus en plus do m6me de IA m iti&e potir so'
Chnrcher lui-m6me, s*6vader dacis I'abstraction pure et lit f, condit6 sans limits. Utait Vj un affranchissem.nt de ht pens6e que la. G6om6trie et la N16canique des Grec .
Remplacer de vulgaires considerations sur ]a ressemblaicc des ffaures par cc th6or6mo de Tha-16s sur la. similitude dps trian-les et en tiver une m6thode, pour mesurer la' hauteur de la grande pyramid d'Egypte, c'6tait une belle conq u6 te. S'61ever de IA, com me fit Aic istarque. A la measure tr s a p Proch6e de la distance de ]a terre au solely, c'6tait encore tr6s beau. Mais 1'esprit gardait le souvenir de la mati6re dan3 le4; formes g0om6triques. Vi6te r6alisa un pro r s immense e6 cr6apt I'Alg6bre, cette science dAchara ",o oO l'on no voit; qu'a,'-' Vec les yeux de 1'esprit.
Pour measure toute la. valour de la nouvelle m6thode, towt6 ]a puissance conquiie par 1'esprit europ,- en, q!je l'on lise dans I' ((Hi store des S-'iences,) da Maximilion Marie, le pt-oe6(1de resolution des 6quati,)ns du second de-v6 p.ir les Hindous et qu'on le compare a la. solution cla 3siqu,2 donnAe dan-3 les trAit6s d*Al(-,61)re,
Enfln Descartes virit... et il substitda (( A la consideration des propri6t6s inb-ins6ques des rgures celle de leurs rapPPI'ts A des axes, il delaira. I'Alg6bre par ['intuition g6o. 1116trique n ii f6conda la G6oi-nkrie par I'Alg6bre. Et 1'esprit S'illumina: cc novel et supreme effort de Il'imagination obtint plein succ6s. Partout des faits nouveaux. so. montraient et se liaient; des sciences nouvelles se cr6aient et In, math, mathique devenait magistra scientim-um.
Fairc.l'histoire.des destin6es scientiflques du Cart&iank.




94 REVUE DE LA LIGUE
me cc strait raconteur Ia plus grande parties des progr6s de Ia Science. Notre but, ici, est de montrer influence que Ia m6-thode Cart6sienne a eue sur Ia vie des soci6tds par le prestige que lui ont donn6 ses succ6s dans les sciences.
On va donc appliques Ia nouvell-- m6thode partout, m6me A ]a vie des soci t6s et pendant lort-tem ps personnel ne se demandera si c'6tait 16gitime.
Mais avarit Waller plus loin, voyons un peu les affirmations de ]a nouvelle nnkhode: (( Le savant dit Descartes avant m6me d'6tre descend sur le terrain de Ia r6alit6 sait qu'it poss de en soi Ia source d'ofi drive toute reconnaissance )
En constituent a priori Ia science de I'ordre et de Ia mesu. re, Fintelligence fournit le module auquelelle devra plier l'uni.vers. )) Cette derni&e citation est caract6ristique.
Ajoutons encore que ((Ia. science de Fordre et de Ia mesu-re,) tendra.de plus en plus A n6gliger ]a quality (( I*estimation des valcurs)) et par la leprobl6me Moral et religieux se ra d6flgut-6 ou lui 6chappera.
Admettons avec Bergson ((quo nos concepts aient 6td form6s A Fimage des slides, que notre logique soit surtout Ia Iogique des solides... que par Ih m6me notre intelligence triomphe dans Ia G6orn6trie ot se r6v6le Ia parents de Ia pan s6e logique avec Ia mati6re inerte ) que (, de ld devrait r6sulter que notre pens6e sous sa forme purement logique est incapable de se repr6senter Ia vraie nature de Ia vie Ia conelusion saute aux yeux ; Ia m6thode cart6sienne pretend rdgir Ia vie par les lois des slides, I R
De cette inversion nait le malaise et le d6s6quilibre.
Les d6veloppen-ients de cette m6thode conduisent de plus en plus A faire' f! de l'instinct et du sentiment. Le duel commence entre lecerveau et Ia conscience. Gest ce duel qui dans Ia civilisaLion contemn poraine bouleverse lei vies individuelles.
Sur le terrain moral et religieux d'abord, 1'esprit Cartdsien conduisit A des consequences surprenantes. Spinoza (( mdprise 1'e'xp6rience et d6clare qu'iI analysera les actions et Ies app tits des homes comme s'il s'agissait de lines, de plans et de slides. )) Leibnitz s'oecu ant du sort des damnds leur appliquera le principle des infininient3 petits et flnira par trouver ((que le mal ne laisserait Yas de paraltre presq.ue com-




DE Lit JEUNESSE HAITIENNE
rne rien on comparison du bien quo nd on consid6rera la v6ritable grandeur do la ciL6 de Dieu.
Or, le drame va passer 6L la vie des soci6t6s. Et c'est le mat du si6cle. Les savants peuvent se liv i-er A la perp6tuelle an,,lyse, A ]a demolition et A ]a reconstruction des principles Cc sont dramas de laboratoires qui solvent n'Influent pas sur four propre vie. Mais le jeu e,;t rn-iuvais pour le grand 1,11) ratoire que forme I'humanit6. 11 6branle les b-tiei do la v i e, en-endre le doute et arn6ne de &in-erouies d6raillances do la volont6.
L'dvolution ne fut pas fit m6me dans toute I'hurop-_ Pour appliquer la m6th)de nouvelle, il fallait des principles et des principles tiles qu: ne changent pas solvent.
Les Allemands trouvArent les leurs dans limitation de la nature et du primitif-Au reste I'atmosplj we do parith llism,06 four philosophic les faisait vivre facility I'application de la m6thode. En regard de la grande ftme universelle quo devenaient les dmes individuelles ? L'indi vidu p6rissable no de-, vait-il pas 6tre tra.46 comme ur.e simple chose r6gie par une, implacable m6canique?
Et nous avons vu expression derni( re do cette doctrine dans les batailles de la Prusse Orientale, de la Galicie ct nagu6re deviant Verdun : des masses d'hommes mancedvi'ant comme des values en flu\ et rellux dont 1'6eutr.e 6tait du sang et le moteur Fid6al allemand.
Les Francais platonis6rent. Ce West pas dans ]a Nature mais dans un Wal bien au-dessus, une cit6 module A r6aliser qu'ils cherch6rent fours principles. Et tout cc qui s'y opposaitdevait 6tre logiquement renvers6. C'est en suivant une march logique qu'on en arrivait A iteindre les itoiles Pt A ne Consider le drapeau que comme un chiffon de toile. Dans des directions diffdrentes, chez les deux plus -rands peoples du Monde le duel se poursuivait entre la raison collective et la conscience collective, la tradition.
Si la lutte est, tragique dans une conscience particuli re Combien plus doit-elle 1' tre'dans une sociW !
Les dramas qui se terminent pour las penseurs par le pessiMisme, le suicide, ou I'6branlement de la raison, quo seront-