Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne

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Material Information

Title:
Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Ligue de la jeunesse haïtieene
Publisher:
Impr. de L'Abeille
Place of Publication:
Port-au-Prince
Publication Date:
Frequency:
monthly

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
periodical   ( marcgt )
serial   ( sobekcm )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1re année, no 1 (20 fevr. 1916)-
General Note:
Title from cover.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
aleph - 001528667
oclc - 19032133
notis - AHE2021
lccn - sn 89020401
System ID:
AA00000450:00007

Full Text















This volume was donated to LLMC
to enrich its on-line offerings and
for purposes of long-term preservation by

University of Florida Library






20 JUILLET 1916






DE LA

REVUE DE LA LIGUE

DE LA JEUNESSE HAlTIENNE


ROSES ROUGES....

P A It

L. HENRY DURAND












PORT-AU P1{INCE
rM1PRIMERIK Dm, L'ABEILLE
1, RUE~ A,.%tFRI(,'A1YE 4, RITE FORT~ PE~R















ROSES ROUGES...





UN BOUT DE PREFACE


Je livre aujourd'hui au public ces quelques pieces
qu'il connail dedjd pour la plupart, pour les avoir lues,
dparses dans les journaux et recvies de la Capitale.
Elles n'ont, certes, pas la prdtention d itre parfaites;
elles n'ont peut-dtrepas acquis lear forme ddftnitive, et
la plupart d'entre elles, sans doute, an course des annies.
ne se reconnaitront pas de cells d autjourd'hui. C'est di
re assez que je lesjette aux vents de la Critique et de la
Renomm6e sans orgueil, come anssi sanits craiile; je
dirai meme ave: une cer:aine indifference paresseuse,
tne certain insouciance pleine de chat me, qui me font,
StIravers les nuages de ma rdverie nonchalant. les voir
tournoyer et bomber line ai une, pareilles aux feuilles
mnortesque l'orageemporte et ensevelit dans quelque coin
solitaire et ignore.
Petites fleurs Acloses atn jardin nmystrieuri de mon
dime, sous le soleil d'une passion aussi ardente que pure:
Ljys aussi immacules que Son dine de vierge; htoses blan-
ches. de neige et de rose, aux transparences ecocatri-
ces de Sa chair; Hloses rouges, dmes de fibvre et de feu,
pleines de frissons inconnum, de douleurs muIttes, d'es-






prances iternelles, de i rsignation oryiueilleuse ; je les ai
semies une d une dans les jfornantux, come on effeuille
en se jouant la marguerite ait cteur d-or don't les pdtales
ldgerssontjetis aux bras de la brise amoureuse. Je n'au-
rais pas dtd, peut-dere, les rdtni' en volume, on du moinms
j'aurais dil attlendre que le Temps, ce grand mailre du
monde et des choses, ait pass sur leur fragrance la dou-
cevr douloureuse de son aile! L'insistance -de quelques
amis, l'offre gracieuse de LA LIGUE DE LA JEUNES-
SE HAITIENNE ,, le secret ddsir, peut dire, de Lui lais-
ser un jour, un souvenir inWaltrab'e et vrai, toujours
vivant, m'ont dicidd.
Soupirs dtou/ffs, sanglols longtemps contends, larmes
jalousement caches. dWsirs farouches, esp!rances crain-
lives, blessures m')rtelleen"nt ddlicieuaes: voild tout ee
qu'y trouveront ceux qui prendront la veine de! lire ces
quelques ver.s. Ecrits au fill de l'heire, sans recherche,
selon I'acuitd de l'dmotion domininte, its n sont pas
sans defauts.- On y trouvera peut Atre fa et /I quelques-
iddes rie'ptdes et transformies par le sentiment du mo.-
ment; des hiatus frequents, pour la plupart volontai-
res; car j'ai souvent sacrifir la rigle d la jdistess? de
i'expression et plus souvent au rythme. Pour m oi toule
la podsie est Md: le mot propre et la musique des vers,
et je redis souvent avec Verlaine:

Car noIs voulons la iil.IInca encor
'T]ar Ia conleiir. rieii qii.e la N'iincne!
Wil! la iNiince senle liatice
Le r6ve a l r6ve et Ilt i1ite atn cor!....

IDe la musique encor et toujouirs
Que ton vers soit la chose envolhe
Qu'on sent qui fuit d'une aine en all\e
Vers d'autres cieux ~ ( d'attres amours... etc.
On y trouvera certainement quelques autres imperfec-
tionsqui,si je voulais m'y attarder,feraient demon uBout
de Preface n une Prdface toute entibre... J'ai vouin
simplement prevenir le lecteur que ces vers ne sont point





le /''ruit d'une 'lude suivie, d'un travail opinidtre et as-
sidu ; mais des impressions profondds, des emotions ar-
demment iproutvees, des minutes douloureusement et divi-
nement vtcues qu'unedme quelque peu mielancolique et
rdeeuse m'a poussd traduireen ces quelques prices. No-
ire double essence ne permel pas, semble-t-il, qu'uneseut-
le parties de noire slre jouisse on souffre ; et lorsque l'd-
me de quelque facon est emue, il parait que le corps,
en dtpit du contre-coup de l'Dmotion qu'il a certaine-
nwnt ressenti, client d en avoir une representation male-
rielle,-comme lii. Peut-t1re est-ce de cette necessity que
ces vers sont nd!s!... Aussi je ne cacherai pas au lecteur
que Je les aime, non pas par re qu'ils sont de moi, mais
par ce qu'ils s)nt r mnn rive, pour ainsi dire matdrialise,
uine tranche de ma vie loute pleine de purete', d'amour
et de passion fervente....

Juin I!) 6 L. 11. D.
















SONNET DEDICACE


A toi ces vers faits de mon sang et de ma chair,
A toi ces vers de par ta beauty souveraine,
De par l'Amour-et la Douleur don't je suis fier.
A toi ces-vers divins, 6 Princesso lointaine!

En mon cceur j'ai brisd les antiques autels;
Les Dieux se sont enfuis en jetant l'anath6me,
Et j'ai bA'i ton temple a jamais immortel
Sur les debris tumants aux clairons des blasphemes.

E', sourd au monde faux qui s'insurge et reclame,
Du lieu saint j'ai ferm6 la porte A double tour
Pour y pleurer la nuit et m'endormir Ie jour!...


A toi ces vers, A toi ma vie, A toi mon ame,
De par ta voix, de par la douceur de tes yeux,
DWodei, a toi ces vers caresseurs et pieux! ...




Roses rouges


ROSES ROUGES.




Roses rouges I Roses de flames et de sang!
Rouges come ma passion, come tes 16vres,
De mon sublime amour symbol incandescent,
Je vous aimed pour vos douleurs et pour vos filvresI

Vous 6tes de grands cceurs fliers et incandescents,
Vous qui saignez et qui brClez d'ardentes fl6vres ;
Et dans le soir, tout ce d6sir et tout ce sang,
Et tout ce lourd parfum de chair monte A mes lvres !

Roses rouges! Roses d'amour, de foi, de sang.
Levres de feu qui palpitez, troublantes ':vres,
Et qui hurlez dans les grands soirs incandescents
Vos sombres desespoirs et vos tragiques fl6vresi

Roses de pourpre et d'or aux cours incandescents.
Qui portez l'Esporanoe en vos Ames de filvres,
Je vous aime pour cet orgueil et pour ce sang
Qui fait trembler vo< fronts et qui rougit vos 14vres!

Je vous aime, roses rouges comme mon sang,
Pour I'am6re douceur que je gofte A voA 16vres,
Pour vosespoirs, pour vos frissons incandescents,
Confidentes de mes amurrs et de mes lievres! !




floses rouges 9


VAIN REVE ..


Jo voudrais une amie aux yeux couleur de song,
Aux yeux rieurs d'enrant douloureusement doux.
Pour que mon Ame, nid que le doute affreux ronge,
Y be'rqt chaque jour son cher reve de fou !

Jo ne parlerais point: son coeu saurait m'entendre,
Quand 1'ombre se ferait, le soir, autour do noui;
Et de sa blanche main, avec des gestes tendres,
Elle caresserait mon front sur ses genoux.

Chaque fois quej'aurais, dans la lutte brutale,
Sur la route laiss5 un lambeau do mon cour,
Ma tristesse luirait dans ses grands yeuxd'opale,
Sa voix douce d'enfant bercerait ma douleur !

Rien ne viendrait trouble notre bonheur intime,
Ni craintes, ni mepris. nii mots envenimes;
Heureux nous irions vers I'ombre oCi tout s'ablmc,
N'ayant a nous tous deux qu'un seul cemur pour aimer.,.

Mais ce n'etait qu'un r6vo, un I)eau reve d'artiste,
Qui s'est 6vanoui aux souffles des z6phyrs ;
Et rien plus ne m'6gaie et rien plus ne m'attriste,
Car mon vieux ceur est las, mon vieux emur sans d6&irs !..

Les choses di'i bas sont do divins mns3nges,
Les larmes, leos baisers ardemment desires,
Et lescceurs purs do viorge auxquels, Isoir, on songe,
Quand descend lesilence etqu'onvoudrait pleurer I!!...

Oh I Te rencontrerai-je, Amie aux yeux de songe?...













ATI'ENT...


J'ai laisso tomber mon cmPur, par mdgarde,
Sur la route, un soir d'6et parfume;
Un buisson joli tendrement le garden
Jusqu'a ce qu'il trouve un lewur pour I'aimer:

Plus d-une a passe, voild des annecs,
Pr6s du cher tr6sor dans I'hlrbo cachli:
Et dans un linceul de roses t'anecs
Nulle n'a pens6 qu'il 6tait couches.

Cependantje sais qu'il Iaut qu'ello vienne,
Peut 6tre aujourd'hui, pout 6tre domain,
Celle qui, pour 6tre enfti toujou,'s micnne,
Devra richauffer mon cwvur daris son scin.

Et toujours j'attenids la minute exquise.
Pourtant sans angois-e, oh croyez-le bitn,
Ou vous accourrez, hergere ou marquise,
M'off'ir votre cumur en gardant lo mien,

Et sans faux orgte.'il, et sans grne aucune.
Vous viendrez it moi sans m'avoir connu,
Etje vous tendrai la main sans rancune,
Puisque je serai longtemps pr6vcnu:

Et d6ja je vois votre beau sourire
Vos grands yeux calins, vos gestes froleur s,
Et vos blanches mains, c'est si doux a dire,
Essuyant mes yeux d'ot coulent des pleurs!!:...


Bvses




Roses i"11.eqe'


QUIETUDE...


Tu viendras,je le sais. quand Hioure aura sonne.
Sans m'avoir par advance annoncCe ta venue;
Et je te recevrai sans en etre etonnd
Car il me somblera t'avoir longtemps connue!

Je sais que tu viendras, car chaque heure qui fuit
Mysterieusement l'un a l'autre nous lie;
Et je sais que tes youx sont couleur de la Nuit.
Et que ta voix est teadre et ta lwvre jolioe!

Nous nous rencontrorons sans crainto et sans 6moi,
Sans serments mens-nge:'s, sans paroles troublantes;
Tu diras simplement en souriant: C'est moi!
Etje prendrai ta main tlais mis ileutx mains trimnbllantes.

Sans nous 6tre rien dit nous nous serons compris;
Le grand silence en nous sera plpin de tendrese;
Sur tes genoux je poserai mon front mourtri
Pour calmer le d6sir inconnu qui m'oppresse!

Je t'attends a toute here, a la nuit, au matin.
J'ai purified mon crur des anciennes souillures,
Pour que rien desormais du Passe fol et vain
N'eflarouche on ton cwur la tendresse future.

Tu viendras, je le sails ; sans hiate je t'attends.
En moi le vieux Passe tristement agonise,
Et pour toi j'enfouis dans mon cmur palpitant
Tout un tr6sor d'amour et do douceur exquise::...




Rloses rouges


OFFRANDE



Je t'ai fait de mon ct'fiur un autel, 6 ddesse,
Un sanctuairo saint digne de ta beautO;
Dans son obscurity que ton regard s'abaisse.
Ton beau regard si doux do divine bonte!

Vois : je P'ai ddcord do fleurs do toutes sorts,
De roses au teint pAle et do grands lys troublants,
Et j'ai mis des bouquets aux fenetres. aux portes,
Et j'ai jonche le seuil de fins p6tales blancs.

Entre, et sur le tapis tout mcelleux de tendresse,
Oi gisent mon amour et mes r6ves dores,
Pose ton pied mignon, sans crainte qu'il se blesse,
Etlaisse sur ta l'vre un doux sourire error !

Viens, j'ai fermn la port au bruit du people infamy ,
Afin que ton beau front pur no rougisse point;
Etj'ai mis la sourdine aux cordesde mo'i Ame
Pour ne pas effrayer tes beaux reves divins!

Dors; je t'ai fait un voile d'ombre et de silence,
Et I'encens parfumr brulo dans I'encon-oir;
Seul brille, garden pur de ta blanche intnocence,
Dans la lampe Wternelle un 6ternel Espoi,'!...





Hoses rouges I~


MADRIGAL



Oui, de toutes lcs fleurs vous 6tes la plus belle,
Et, si je pouvais 6tre un charmant papillon,
Chaque jour, en passant, sur un coin de mon aile,
J'emporterais un brin de vos pbtales blonds!

Oh! sije pouvais 6tre un charmant papillon,
Je voudrais reposer ma pauvre Ame meurtrie
Dans votre beau coeur d'or. votre coeur si profond,
Et de votre parfum me griser pour la vie.

Chaque jour, en passant, sur un coin de mon aile,
Je viendrais, pour garder I'6ternel souvenir,
Appuyer doucement votre pine cruelle,
Pour que votre blessure un jour me fit mourir I

Je volerais un brin de vos p6tales blonds,
Car do toute les fleurs vous 6tes la plus belle,
Et, si je pouvais Wtre un charmant papillon,
Je vous emporterais sur un coin de mon aile !!...





14 hoses rouges


TES YEUX


Tes yeux, c'est l'immense ocean
Qui tour-h-tour menace et pleure:
C'est 1'inconnu, c'est le NWant
Oft mon rive discret demeure.

Tes yeux, c'est le miroir troublant
Ou se mire ton Ame blanche;
Le lac tranquille ofu, cygine blanc,
Mon amo pour boire se poencle.

Tes yeux. c'est lo bloNi firmament;
C'est la pale dtoile qui brilie
Au c(Pur triste de ton arnant,
Tes graind-i yeux on I'Amnour babille.

Tes yeux, ch6re, ('est le tombeat
Oft quelquejour me,, roves roses
Reposeront friles et heaux,
Tes yeux tri-tes, tes yeux moroses.

Tes yeux riours, tes youx d':,zur,
C'est mon tourmenit et cest ma vie:
C-est le rayon ardent et pur
Qui chauffe moln amie acsorvie

Comme des aveux ils son doux,
PAles come des chlr. santliemes;
Ce sont mes prtcieux bijou ,
Tes yeux reveurs, tes yeux que j'aime.





Ro.es ,ip


VOUS VINTES



Vous vintes par un soir timide et langoureux
Ohi mon reve impuissant sanglotait dansles branches,
Telleje vous portais on mon ceur douloureux :
Avec des yeux tres doux et de fr6les mains blanches!

J"dtais seul; j'6tais las d'avoir beaucoup souffert,
D'avoir sem6 mon cour par morceaux sur la route,
De m'etre tant do fois si vainement offer !'..
Mais je savais qu'un jour vous viendriez, sans doute!

Vous vIntes; tout A coup les cioux fulrent plus beaux,
L'air fut plus parfumn, plus troublantes les roses,
Et le vaste jardin s'emplit do chants nouveaux,
Comme oveillo par vous, jouno feo aux doigts roses!

L'ombre se dissipa sous votre regard clair
A I'entour de mon Ame indolento et lassee,
Et le parfum troublant et lourd do votre chair
Fit frissonner mon 6tre -t bondir ma pensde!

Vous vintes, blanche et fire en mon triste chemin;
A votre sein brillait la fleur d'or de mon rove,
Etrange et frole fleur que do brutales mains
Froidement, par plaisir, effeuillerent sans trove.

L'Espoir, comme une etoile, illumina mon ceRur,
Au son de votre voix si suave et si tendre,





S6 lHoses rouges

Avec votre sourire, avec votre douceur,
Avec tout ce qu'en vous je crus voice et entendre.

Vous vintes; vous m'avez rendu la chore fleur,
En un geste timide et divin do madone;
Mes youx tristes pench6s vers vos grands yeux rnveurs,
Entremblant je vous dis tout has: Je vous la donne !

Et vous l'avez gard6 dans votre coeur d'enfant.
Le REVE qu'un soir aux branches silencieuses
Vous avez su cueillir d'un gostes triomphant,
Et rdchauffer longtemps sous vos l'vres pieuses !

Vous vlntes; maintenant qu'importent les douleurs,
Et les chagrins d'un jour et les larmes d'une heure !
Je sais qu'il est aussi de doux et divins plhurs,
Et qu'en Vous, Eternel, mon beau reve demure!

Je sais qu'il est des mots profonds come les cieux,
Des mots divins d'amour, doux ccmme des caresses;
Et mon amour, qui vit aux lamrnmes de vos yeux,
Attend I'heure propice aux sublime,; tendresses :!!




Roses rouges


IDOLATRIE



Je t'ai construit la-haut une blanche chapelle,
Dans un ciel bleu des anges m6mes inconnu;
Et par mon chant sublime, ardent et continue,
0 Vierge,je t'ai faite A jamais immortelle!

Par mon superbe espoir son dOme est soutenu;
Pour voile je t'aimismon rove strange et frele,
Etj'ai mis mon amour dans la lampe 6ternelle,
Et mon ccaurpourcoussinsoustespiedsblancs et nus !

Sans regrets arrachant mes antiques croyances.
Mes chers pensers et mon aveugle confiance,
J'ai consume mon Ame aux llammes de tes yeux.

Et, n'osant plus fouler le divin sanctuaire,
Sur les marches courbd, j'adore en la lumiOre
L'Idola qui sourit d'avoir detr6n6 Dieu !




SS lioses rouges


NUAGES GRIS ...




Quelque chose sanglote on mon Ame, cc soir,
Ce soir triste, co soir douloureux do Novembre.
O4 lei grants eieux pensils, sons leurs longs voices noirs,
Souls jettent leur eclat sombre on la vaste cliambro.

Autour de moi s'616ve un parfum lent ot Joux
De chers dd-irs 6teints et de d6funtos roses,
Et dans mon comur ou. git un r6ve strange ot fou
J'entends pleurer tout bas I'ame m6me des hosese.

Los souvenirs discrets, beaux ot grands papillons,
Mystrieusement glissent dans la penombre;
Ln vain jo veux chassor l'5nervant tourbillon,
11. tournent,ot leur.scrissontdes rAles dans 1'ombre...

O toi qui maintenant tie is man ece ir asservi,
Petite Ido'e alx yo. i, -i A )ux. a'1x miin si blanches,
Quo n'es tu l1a ce so)i, p ) ir que m)n front m iurtri,
Mon front las, doucom mtsur ton sain blanc se penche ?

Que n'es-tu li ce soir, co soir mystrrieux,
Oi mon dme a besoin d-un souffle de tendresse,
Ce soir off tout so meurt en mon ueur ddjh vieux,
Oft languit mon amour et sourit ma tristesse ?...




Roses rouges 19


MURMURES...




Petite hien aime, oh! dis-moi que tu m'aimnes !
Jo voudrais que ta I6vre encore me le dise,
Pour que Mon coeur seuldans ton cear', ce soir, le lise,
Et queje croie une hliure a de divins blasphlmei.

Oh! dis-le moi, veux-tu? co mot chor, ce mot doux..
Pour que I'azur de tes grands yfux, tos youx d'enrant,
Soit un instant voilI par un p:eur triomphant,
Et que pendant une here encore je sois rou !

Dis le tout bas, bien ba-. de ta voix langourouse,
Pour que mon cocur qui sur ton coeur chaste ri'Op)se
S'enivre, ainsi que du parfum flevreux des roses,
Pendant une heure encor de I'ivresse trompouse !

Dis-moi tout bas : ((Je t'aime et ne dis rien de plus !
Les mots que tu dirats m'ont menti tant de fois
Qu'en leur douceur ddja, Chere. je n'ai plus foi...
Dis : ((Je t'aime et tais-toi Une heure j'aurai cru .




20 Roses rouges


1)ANS LE SOIR. ..



Je pense A tol, ce soir, petite bien-aimeo
Qui tendremont me tend les bras et me s )urit,
Et rep6te tout haut les mots que je t'ai dits
Aux portes de la Nuit par ton souffle embaumee.

Toute la paix du soir et toute sa douceur
En mon Ame avec toi s'infiltre et me p6netre,
Et le vent qui caresse et fait frwmir mon 6tro
Emprunte A ton baiser sa bralante saveur.

Tois qui vins la dernibrc et la plus dosirde,
Viens: J'ai gard6 pour toi mon ame vierge encor,
Et dans le soir qui meurt drap6 de pourpre et d'or
Je to dirai tout bas les paroles sacries.

Jo te dirai ,,los mots qui font qu'on aime mieux, >
Los mots qui font g6mir, qui font se fondre l-ame,
Ls r mots frileilrs, les mots troublants, les miots do flamme.
Que j'ai pour toi ravis a P'infini des cieux.

Mots lumineux comme des gouttes de rose,
Clairs et polis come des bagues A tes mains,
Doux comme do3baisers aux points do tes seins,
Qui front frissonner ton Ame inapaisdoe '

Le vent sora muet dans l'ombre autour de nous,
La nuit sera zans fin et le ciel sans 6toiles.
Et, ma main lontement faisant tomber tes voiles,
Je bercerai, vivant, m,_n reve a tos genoux .





Poses )-ouqes !I


BOUQUET. '





Je lui dis.ais: a Voici des lleurs, do grands lys blanc;,
a Des roses, des jasmins, dos chrysantliemes pales;
< Voici des Ciamants, des saphirs, dos opales,
, Et puis voici mon coeur anxioux et tremblant.

, Vois : j'ai laiss6 timber en bouquet sur ta robe
U Un peu d'azur du ciel, do r6ve et do printemps,
U Un pou do la douccur du grand soir tromblotant.
, Un peu do la beauty fi issonnanto de l'aube.

, Pour qu'il soit do la vie un rollet nonpareil,
, J'y ai mis un sanglot de la vague 6cumante,
r Un soupir do la brise, une larmo d'amant?,
Et j'ai noue le tout d'un ray )n de so'eil.

, Et maintenant voici mon ame touted blanche,
, Mon Ame confiante ot pour toujours A toi,
Mon Ame d'enfant pur 6voilloo a ta voix,
A Et qui vit aux rayons de tes youx de pervenclie.

S.Je ne demand rien oen retour; ma tendresse
< Est faite d'indulgon(e et do r6veo tr0-i fous ;
, Je saisqu'ap'rs lespleursles regards sontplus doux.
f Et Paurore plus belle apr6s Pombro traitresse !





22 Roses rouges

a Je neveuxrien ; tout monbonheurestdans tes yeux,
Dans ta 16vre mignonne etdans cette heure exquise
* Of je redis tout bas tes mots tremblants quibrisent,
i OH mon amour muet frissonne en tes cheveux I ...

4 Ne reponds point!... Tais-toi, pour que moncceur 6coute
L Le chant fervent d'amour que murmure ton coeur,
Toncoeur tendre d'amanto ettoncoeurpur de sceur...
* Tais-toi ... Jaloux, undieu nous guettesur la route!..











*9






Hoses roituqcs


SEDUCTION


EllI me disait : ,Vions, car cette lieure est a nous;
t L'un A l'autre enlaces, nous irons dans 1'alloe
Parmi les ro.-es, les iilas, les azalees,
k Dans l'6tincellement de nos rOves si doux I

4 J'ai mis.la robe quo tu aimes, la corolle
, Ou vibre, touted blanche et tremblante, ma chair,
, Et sur mon cceur qui t'appartient, 6 mon tres cher,
, Brille de notre amour la rose rouge et folle !

a Dans le soir bleu j'ai donou5 mos longs chvli3ux;
, Je t'apporte ma l6vre vierge, fleur ardent,
a Le rubis de mon coeur, mon Ame frissonnante.
a Et ces bijoux divins et purs que sont mes yeux!

< Et tu boiras mon Arnme toute et mes pensees,
< Toute mon Amo eparse et vibrant dans P'air,
a Dans los parfums mourants et dans les arbres clairs,
u Dans le silence ot dans la brise cadence !

, Je suis I'Amour Je suis le Revc et la Beautd!
SJ viens des profondeurs de ta lointaine enfance,
, Rose ot fr6lecomme ellect qui chanto et qui danse:
Je suis la Vie et I'Eternolle Volupto !

* Toi qui m'aimes avec ton cuwr, avoc ton Ame,
Viens, je suis la derniere et la premiere aussi,
" Moi que tu poursuivis sans tr6ve et sans merci
t Dans les baisers et dans los yeux des autres femm s ...

Et le grand soir voluptuoux et parfum6
Tombait, comme une femme en des bras bien-aimds..





24 Roses rouges








LE POISON




L'Olymuo garden encor la divine ambroisie,
Source d'ivrosse pure ofi s'abrouvent les dieux;
Et d'infernaux poisons les secrets olieux
Gisent aux profondeurs de la lointaine Asie;

II est des parfums lourd', dos philtres prdcieux,
Partage des sorciers do la bruno Arabl)ie,
De perfides nectars (qui font que l'on oublie,
Eaux claires du Leth6, vonins capricieux !

Aveugles fossoyeurs. ils s'en vont par le monde,
Et, meurtrisant les (eeurs, les tames et les sens,
Leur march inconsciente on tomboaux est ftcondo.

Mais aucun n'est plus sur, aucun n'ost plus puissant
Que tasalive douco, ardent ot parfumee,
Qui lentement rongd ma chair, 6 bien-aimAe !...





Roses rougesV


ETERNEL VAINCU



Tu m'as donned ton coeur, du moins tu me l'as dit.
Et ton baiser ardent sans doute en t'ut la preuve.
A quoi bon te soumettre 9 quelque dure epreuve
Pour savoir si ta lbvre avait deux fois menti ?

L'Amour, je Ic sais bien, est un r6ve 6phdmbrc,
Trop immense et profound pour remplir un soul coeur,
Et pour qu'il vive grand, sans chagrins, sans ranca nrs,
11 raut former son m" aux tristosses am'bros.

La femme est un beau diabll, adroit, rusd, charmant;
Son coeur un papillon qui jamais no se pose.
Sa lvre, 'rical eo fleur, grise ainsi qu'une rose,
Lorsque sincroe elle est ou qiand elle nous ment.

Pourtant ii faut aim-r, pui-quo aimer c'est la vie !
Mais du combat toujours le destiny est fatal :
La ruse vain: toujours I'effort m6me brutal,
La franchise au menponge est toujours asservie.

Done meme quand tu- mns je suis encor vaincu!
Et, si mon cceur jaloux centre toi se rebelle,
Je songe quo domain quolqu'autro Eve aussi belle
Me fera regretter les jours que j'ai perdus.

Eternel vaincu, je veux croir eon tes mensonges,
Pourvu quo ta caress endorme ma doulour,
Et quo l'illusion d'un immortel bonthour
Replace le souppon qui flourit dans mes songes !..





26 Roses rouges


AUTOMNE




L'Automne frileux est venu,
DWja les freles hirondelles
En bande vont dans le ciel nu,
Fuyant au loin a tire d'ailes.

Los arbres ont un air de deuil :
Une A une tombent los feuilles,
Et la terre est un grand cercueil
Qui pieusement les recueille.

Tous les oiseaux se sont enfuis,
Jusqu'au retour du Printemps rose;
Les ruisseaux ne font plus de bruit;
Tout esttriste, tout est morose.

Le ciel a mis son voile noir,
Sa.robe de cedrmonie,
Et les 6toiles, chaque soir,
Brillent pour la lente agonies

Le vent so tait dans les buissons,
Et les bosquets tristes et sombres
Ne resonnent plus de chansons,
Ni do baisers discretsdans l'ombre!





Roses rouges S2


Les choses meurent lentement,
Sans une plainte, un vain murmure;
Et c'est comme un apaisement
Dans les coeurs et dans la nature.

En soi descend une langueur
Qui vous Otreint et qui vous grise,
Et dans le came de mon cceur
Divinement I'Amour s'irise ...










g, rog





28 Iloses rouqes


HIVER...




De son pas grave et lent, I'llivor trite est venue;
Tout est vile et muet; seule la froide bise
Desesperement hurle aux rameaux blaincs et nus
Los mornes desespoirs do son Ame insoamise.

Le ciel maintenant gris a perdu sa splendour;
L'Automne tide a vu mourir les frdles roses
Et dans les cours pAlis s'dteindlr la forvour .
L'Hiver glace dja les Amoins et los chooses !

Dans I'Atre l'on en'end crdpiter le b )is mort;
Les volets sont rormes ot do fr'aii rideaux roses
Etouffent dans leurs plis les doileurs du deliors:
Et nous sommestous deux dans la chambre bien close!

Mais malgr6 la tiddour do 'air et sa doucour,
Et malgrd tout l'amour que j'ai mis a te fire
Ce nid si do-ix, si ploin do tout notre bonhour,
Tu restes IA tremblante et ne poux que to taire.

Je sais: A pas furtifs l'lliver on toi descend,
Et tu trembles, frilouse, ot tu n'oses sourire,
Car dans ton cueur craintil timidement tu seis,
Ainsi qu'un frl.1 oisoau, notrc amour qui soupire !




Roses rouges


Approche toi, dans mes bras forts viens te blottir,
Petite aimee au regard clair, A l'Ame pure,
Que I'amour et le froid ensemble font g6mir,
Petite aimee inapais6e et qui r.urmure !

Je hercerai ton cher amour sur mes genoux;
Ma Ivre a le secret des divines caresses,
Et mes baisers, sur tes seins nus et sur ton cou.
Feront s'enfuir 1 IHiver aux glaciales tendresses '




30 Roses rouges








CERTITUDE.



ChOre Enfant, je le sais, tu m'aimes malgrd tous!
Le Tomps, ce destructeur, n'usera point en nous
Notre r6ve invaincu plus fort que la mort meme,
Et I'oubli ne saurait ternir notre pofme!

J'eus ton vierge baiser; tes desirs les plus fous
Furent toujours pour moi les ordres les plus doux;
Et toute la blancheur de ton dame elle-mdme
Est 6toilee encor de mes divin. blasphemes!

Notre double serment est un lien sacred.
Qu'importe que le Sort tpmdraire et farouche
Ose parfois souiller ton visage adore,

Puisque mon coeur ardent est vaste comme un cial,
Et qua, demon ou dieu, nul ne peut sur ta bouche
Bannir de mon amour le parfum 6ternel!!!...




Roses rouges 3


CONFESSION.



( J'aime invinsiblement. J'aime impla-
cablement.)
A. SAMA N.

Malgre mci ve;s ton cceur mon cemur s'en e.t all6;
Mes luttes n'ont servi qu'A mieux m'ensorceler,
Et maintenant, ainsi qu'un prisonnier farouche,
Je suis A toi. liH par le sang de ta bouchel

Je t'aime, je l'avoue, et mon cceur dans ta main
Comme un oiseau chdtif tremble et s'agite en vain ...
Quo t'importe apres tout, Cruelle, que je t'aime!
Je suis A toi, toujours et malgr6 toi... quand m6me!

Ta 16vre m'a versd le cher poison qui tue,
Qui fait que je t'entends apr6s que tu t'es tue,
Que je te vois encor meme en fermant les youx,
Et me ferait pour toi renier jusqu'a Dieu.

Tout ce qui n'est pas toi me semble pale et vide,
Et I'amour infini don't mon cceur est avide,
Comme un fMlin sournois qui s'apaise et s'endort,
8'6veille en rugissant, plus terrible, et me mord.

Je sens en moi bondir tous mes sens subjugues,
Contre ta tyrannie impuissamment ligues;
Et leur meute affamene avec des cris sauvages
Fait de ma chair meurtrie un ignoble carnage.




.32 Roses rouges


Souriant, je me livre a leurjuste fureur,
Jusqu'a ce que, repus, ils s'endorment vainqueurs.
Et, plus bautain qu'un roi et plus heureuxqu'un faune,
Je porte ma souffrance ainsi qu'une couronne!...

Sacr6e est la douleur qui rend fort et enseigne:
Qu'importequ'aujourd'hui mon cceursetordeetsaigne,
Et que ma chair au vent s'dparpille en lambeaux!
Je resterai serein jusqu'au souil du tombeau !

Car mon rove que rien no corrompt ni n'altere,
Infini comme Dicu, profound comme un mystere,
Sera, malgre los v:mts, los loups et les chacals,
Noud superbement d son l'auve Ideal! .




Hoses rouges


VOIX DANS LA NUIT...




Une ivresse palpite et frissonne dans l'air
Qui trouble le regard et fait trembler la feuille :
Et c'est toute la vie et le reve qu'on cueille
Aux branches des rosiers et dans les arbres verts.

O toi toute ma vie et toute ma pensde,
Par qui toute douleur et tout plaisir m'est cher,
Toi qui versas mon sang, toi qui broyas ma chair,
O Rayon 6ternel de mon ame insensee!

O toi mon r6ve, 6 mon amour, 6 ma beauty,
Pour que j'ai reniO Dieu, l'honneur, la patrie,
De ton baiser ma 16vre est encore meurtrie,
O toi laSainte, 6 toi I'Unique Deite !

Vois. le ciel est en fete et la nuit fralche et came;
Les roses aujardin frissonnent de bonheur;
Le grand silence tend son linceul sur les coeurs,
Et les baisers du vent font tressaillir les palms.

Et je suis la tout seul, aupr6s de ma douleur
Qui veille en moi comme une flamme et qui me brfile;
Car I'aurore est pour moi pareille au cr6puscule,
Puisque tu as gard6 tous mes r6ves en flours.




!?o.(!s roityes


Oh! Viens, toi qui m'es tout, toi ma raison de vivre,
Toi mon amante, mi compagne, mon infant!
Tout mon desir en moi claironne I'oliphant,
Mon cher desir qui to caresse ct qui t'enivreI...

Est-ce tci qui, ce soir, me tente. 6 Souvenir?
Pourquoi prends-tu sa voix, dis, sa voix qti me brise,
Et son regard si doux ot ses levres exquises,
Et ses mains faites pour bercer et pour b6nir?

Ou bien, 6 ma lointaine, est-ce toi qui, souffrante
Comme moi d'un ddesir mal eteint et qui m3rd,
Descends vers moi, centre la loi, centre le sort,
Me livrer le secret de ta chair haletante?

Toi que j'attends depuis longtemps, depuis toujours,
Tu sais que je suis tion, tu sais que je t'adore;
Je te l'ai dit cent fois et le redis encore,
A genoux, A la Nuit plus sainte que lejour.

Oh! Viens, je calmerai tes secretes alarms;
Viens reposer ton front douloureux sur mon sein:
Mes baisers, sur ton corps se posant par essaims,
Vaincront de volupto ton orgueil qui desarme!

Du frisson de ta chair mon Otre est altered,
Car ta lIvre A ma Iwvre est djamais unie !
Viens, abandonnons-nous A l'ivresse infinie
Qui tombe avec la nuit en nos cceurs ulcerds!

Viens, donne-moi te-; yeux ot donne-moi ta bouche,
Donne-toi toute, 0 mon aimee, et que le ciel
Ddjd parr, cc soir, pour l'hymen 6ternel
Soit l'auguste lincoul de l'Ptreinte farouche !...





[Roses rouges


REGARDS DANS L'OMBRE




Demain, quan j'aurai fui cc domain duleurre,
- Car le sort implacable a sur mon front pali
Pose son doigt fatal ot dejh proche est I'heure
Oh je gravirai soul la route de l'oubli, -

Aux bonheurs anciens tu penscras encore;
A mon amour limpile et clair comme tes youx,
To'jiours p ir Ct fid'!e, au soir 0 omme ; I'aurore;
A nos serin mnts dlivins changes sous les cioux;

A ma tendressoe tes pieds blanes agenouille;
A nos baisers entrecoupis de longs soupirs;
A ma tite sur ta blanche epaule appuyee;
A nos rvecs lgers, aujourd'hui souvenirs,

Qui vivaient dans tes yeux et chantaientdans tonrire.
Ttu to rappelleras les mots queje t'ai dits,
Ceux qui tont fait pleurer, ceux qui tont fait sourire,
Ctux qui t'ont 6tonnee et que ton emur dpris

Buvait piousement comme on regoit I'hostie.
Et tu les redira-, comme on songe, tout bas,
Afin qae ,lans la nuit ma pauvre aime asservie
S'approche cucor de toi d'un vol timide et las.





Roses rouges


Tu to rappelleras les larmes que j'ai buses,
Le frisson de ma main en lissant tes cheveux,
Et routes les clameurs de nos chairs dperdues.
Et les appeals plaintiffs de nos regards en feu...

Tu penseras A tout cela, ma hien-aimde,
A tout cela qui fut tout notre cl'er bonheur.
Le Passed ne meurt point ; et dans I'Ame enfermde
Son haleine surnage au-dessus des rancoeurs.

Et lorsque vient le Soir menant la Solitude,
Pare de ses atours glorieux et fans,
Spectre de nos douleurs ot de nos lassitudes.
II revient, souriant ainsi qu'un nouveau-ne.

Et l'on tremble A sa voix et I'on rit et l'on pleure,
Et l'on ferme les yeux sous son baiser brfilant!
L'une apr's l'autre l'on revit ces saints hcures,
L'on sourit, Y'on soupire ot l'on rdve longtemps!..





Roses rouges


REDEMPTION




I

ous avez eveille mon c(Bur desen.hantd,
Encore tout saignant de recent. blessures!
Car, en vous penchant sur mon sein ensanglaute,
Vos lIvres ont ferme l'infAme meurtrissure!

Atin qu'il no fut plus de souvenirs hante,
Votre main blanche I'a lavd de ses souillures;
Et vous avez berc6 ses songes enchants
Au parfum de votre ame imperissable et pure!

Et lorsque, grAce A vous, il eut tout retrouve,
Sa foi dans l'avenir, son r6ve et ses chimeres,
Qu'il eut crd dans vos yeux voir .'amour s'elever,

De vos ongles fouillant ma chair ardente et flWre,
Vous avez de ce emur lentement bu le sang,
Et vous vous 6tes endormie en souriant!..

II

Aussi je veux, afin qu'A jamais il se taise,
Plongeant ma main fAbrile en mon sein encor chaud,
Arracher de ce cour les debris noirs et faux,
Et les jeter vivants encore en la fournaise I





Roses rouges


Pour que toute I'horreur en mon Ame s'apaise,
Je veux mettre a la place un marbre altier et beau
Que le Temps ou I'Amour, la Haine ou le Tombeau.
Ne saurait ni plier, ni briser a son aise !

Et j'aurai tant d'orgueil A vaincre la douleur,
Tant de joie a noirci" mon regard de froideur
Que, quand vous 6veillant de la cruelle ivresse,

Vous tendrez de niouveat vers ntoi vos mainis traitresses,
Votre l6vre vermeille encore de mon sang clair,
Vous fuirez, oubliant vos bagues dans ma chair!

III

Vous irez aux bonheurs quo reserve la vie
A ceux qui croient encore en ses charmes trompeurs,
A toutes celles qui, faute d'ame ou do cur,.
Sont reines aux banquets, par leur beauty services.

Vous serez de ddsirs et do plours poursuivie.
Dans le troupeau banal devant votre splendour
Courbde et qui sourit pour masquer sa froideur
Semant sur votre route et I'Amoir et I'envie.

Mais, regardant vos mains vouvos do toutes bagues,
Vous chercherez en vain .-ans le trouver jamais,
'Le soul aim6 de vous, le seul qui vous aimait.

Et laissant dchapper un soupir lent et vague,
Vous passerez, distraite et d'un pas grave et las,
Tout pros, tout pr6s de lui, mais ne le verroz pas !!

IV

Et moi, le barde errant du pays de Bohbme,
Qui porte au front I'Etoile et dans l'Amo la foi
Qui seuls rendent ogaux los humbles et les rois,
Tant6t sur los chemins chantant, vibrant quand m6me;




Pos~es rougqes


Tant6t semant aux vents mes douleurs en blasph6mes,
Jetant aux eceurs l'Espoir et I'Amour et l'Eftroi,
Je lancerai, hautain sous le poids de ma croix,
Au monde votre nom ainsi qu'un beau po6me.

Car, malgre tout, esclave de votre beauty,
'Qui pour I'Art 6ternel m'aura ressuscite,
Je veux que l'univors vous honore et vous chante !

Et. fliers d'avoir 6t0 par mon sang rarhet6s,
Corn.me PNtrarque et Laure et BMatrix et Dante,
Nous entrerons vivants dans I'Immortalit6!'.