Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne

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Material Information

Title:
Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Ligue de la jeunesse haïtieene
Publisher:
Impr. de L'Abeille
Place of Publication:
Port-au-Prince
Publication Date:
Frequency:
monthly

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
periodical   ( marcgt )
serial   ( sobekcm )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1re année, no 1 (20 fevr. 1916)-
General Note:
Title from cover.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
aleph - 001528667
oclc - 19032133
notis - AHE2021
lccn - sn 89020401
System ID:
AA00000450:00005

Full Text















This volume was donated to LLMC
to enrich its on-line offerings and
for purposes of long-term preservation by

University of Florida Library






20 MAI 19(;





OE LA

REVUE DE LA LIGUE

DE LA. JEUNESSE HA1TIENNE


.^ -- _ ~- __ _-



i POSItES COMPLETES
DE
CORIOLAN ARDOUIN














PORT-AU-PRINCE
. -- -- ---- _._- _














IMPRIMERIE DE (( L'ABEILLE
1, Rus AMNIRICANE, 4, RUL' Dc FORT-PEl.

1916








CORIOLAN ARDOUIN


POESIES COMPLETES




A IGNACE NAU


I
Mon ami. quand 1'orage gronde,
Quand I'dclair ~blouit nos yeux
Et qu'une obscurity profonde
Confond la terre avec les cieux,
Sous le nuage qui les voile
Il ne scintille aucune 6toile.
Et les oiseaux n'ont point de voixl
La foudre dclate dans les bois!

II

Ami! quand l'ouragan soul6ve
Les flots ecumeux de lamer,
Et qu'ils s'61ancent sur la greve
Ou violent se briser dans Fair,
Tant que n'a cess6 la tourmente,
Jamais la gondole riante,
Au bruit des rames n'a glissd
Sur l'Ocdan bouleversd.





Coriolan A;-doulin


III


Ah! lorsque la doulQur comme un cancer nous rongo,
Quand ledard des soucis, helas!dans noscoeursplonge,
Ut que no!re avenir en un plie lointain
S'obscurcit A nos yeux ou vacille incertain,
Attendons qu'il nous luise un rayon d'espr'ance,
Et p,,les, souffrons, dans )'ombrec et le silence!








LE SOMMEIL DE L'ENFANT



Sur sa natte de jone qu'aucun souci ne ronge,
Sos petits bras croises sur un cceur de cinq ans,
Alai'da sommeille hleureuse! et pas un songe
Qui tourmonte ses jeunes sens!


Co copur sans souvenirs, cette Ame que ne ride
Nullo ensOo humnaine, et ce tendre souris
Que 1'ange cut envio, cet air pur et candide,
Ces douces, cos paisibles nuits,


Sont aux infants L'enance est l'onde bleue et claire
Qui dort anu pid d'un roc dans son hassih d'argent:
Que font a Iliumble flot Ies vents et le tonnerre
Et les soupirs de I'Ocean ?




Podsies completes 3







LA JEUNE FILLE



J'entends la voix de mon bien-aime,
le voici qui vent sautant sur les mon-
tagnes etbondissant sur les coteaux.
Cant. des Cant. Chap. 2.

Pour 'avoir vu, je souffre et je ne puis doirmir;
Mon sommeil s'evapore en amour, en soupir,
Car depuis, je ne vois sur mis flts r'lie sa voile!
Jt* ne vois dans m.n c'el briller qpie son Rtoile'


Lortque la hcue en main, jo m'eoi val dans les hois,
Lorsque sous le palmier, jo m'arrdte t m'aIssCois,
Toujours il m'apparait et pursuit ma pnsOe!
Oui, ,)ar la brise ainsi la liano est hoercce,
Sous lo reuillage ainsi I'oiseau pursuit I'ois,-au,
Ainsi :'ange apparalt i l'enlant au horceaa.


Ilier soir, il 6tait venu sur la collins
Et de loin.j'entendis sa douce mandoline
Mais je n'ai point oul d'ici ce qu'il chantait.
Oh! serait-ce mon nom? oh! si son cowur battait


Pour moi! Beau Colib;-i, sur taut do fleurs closes
Promene tes couleurs! baiso toutes les roses
Dont le jardin s'emaillc-, et no vole jamais
Au souci, la fleur d'or, I'embleme des regrets.




6 Coriolan Ardouin


Seule, assise en ce lieu, vous r6vez, jeune fille!
Vous Mtes dans le ciel une 6toile qui brille;
Of donc projetez-vous vos doux et purs rayons ?
Sur la source isolke ou sur le haut des months ?


R6vez-vous au printemps ? R6vez-vous A votre age ?
Est-ce A l'oiseau qui chante? Est-ce au flot du rivage?
A ce vent embaum6 de l'essence des fleurs
R6vez-vous? R6vez-vous au plus pur desbonheurs,


Au bonheur d'etre aimde et d'6tre jeune et belle ?
Ou bien votre ame cst sombre et so dosole-t elle ?
Peut-4tre pensez-vous qu'il n'est qu'une saison
Pour briller en ce monde, et qu'au pale horizon,


L'6toile d'or se couche, dvanouie, eteinte ?
Ohi soit que votre coeur exhale une complaint,
Soit qu'il se berce onfin des roves les plus doux,
Je vous aime, et 1'objet de mes rOves, c'est vous !




Podsies completes 7


UNE MATINEE

Une Rleave sortait d'Eden pour
arroser tI jardin.
GINESE, Cbap. 2.

II1 a plu cette nuit, et la brise est plus douce
Et I'oiseau semble mieux sautiller sur la mousse
Et les arbres verdis portent des diamants
Qie suspend la rose a leurs rameaux flottants.

Fralche, riante et b( 113
La champagne 6tincelle
Sous des paillettes d'or;
Et la fort immense
Au vent qui la balance
Soupire un vaste accord

Le beau Ilouve voyez le tleuve, comme il c)ule !
En do longs plis d'azur son onde so deroule,
Et des bambous touffus on d6mo entrelaces
Etendent des deux bords leours rameaux balances,




Cora ta pirogue rapid 3
Arrive et t'appelle A son board
Apporte a l'Espagnol avide
Ces paillettes et les grains d'or.

Et le fleuve regoit la gentille indienne
Avec son panier d'or,





Coiriolan Ardouin


Et Nolisco gravit le sommet d'un vieux chAne
Pour ]a revoir encor.

Nolisco voit la barque, et la Ibarque avec grAce
Glisse sur les lots bleus,
Et le sillon d'argent que sur F'onde elle trace
Etincelle A ses yeux.





LA PLAINE

I

Quand I'eternel fardeau des ennuis de la villa
Nous p6se ; quand l'esprit qui se tralne servile
Veut secouer sa fange et marcher lihre et pur,
Que le ciel est de brume et sans un coin d'azur,

Que l'onde est sans murmure et dans l'argile coule,
Que le soupir du vent cede au bruit de la foule,
Comme un oiscau IAchd dans le bleu firmament
Le pokte ouvre l'aile et s'erivole en chantant.

II

11 aime la valley
L'ombre et le flot leger
De la source isol6e ;
11 suit toute une allde
De saule ou d'oranger.

C'est le troupeau qui bWle
Aux luisantes toisons.
C'est la folle hirondelle





Poesies completes 9


C'est la dalle oi ruisselle
L'eau qui descend des months.

Ce sont des chants d'ivresse
Qui se m6lent au vent,
C'est la fum6a, 6paisse,
C'est le moulin que press
La roue en tournoyant

C'est le boeuf qui rumine,
C'est le conteur du soir
Pin(ant la mandoline;
Elle pleure, Ameline
Et gemit au manoir 1

C'est la tonnelle ombreuse, *

*. . . . .






A UN AMI


La foule est insensible au vieux toit qui s'ecroule,
A P'oileau qui s'envole, au murmure de l'eau,
Et pour elle le monde est toujours assez beau;
Mais nous qui ne brilons que de la pure flamme,
Mon ami, notre monde est le monde de 1'me ;
Tout n'est qne vanitds, que misbres et douleurs;
Le coaur de I'homme just est un vase de pleurs.

La feuille o6 me trouvait la (in de la piece, manqcie dwne
le manuscrit.




10 Coriolan Ardouin


Ma vie est devenue ennuyeuse, je m'n
donnerai A mes plaintes et je parleri
dans Famertume de mon ame.
JoB, Chap. 10.




La tristesse n'est pas une fleur du jeune age.
La brise vole et chante et baise le fouillage,
La Rose vient d'dclore, et le Cygn? d'amour
Glisse sur les flots bleus oi se mire le jour.
Tout estjoie et plaisirdans le c(eur dujeune homme
II s'emplit des parfums don't la brise s'embaurne
Et comme sur le lac le beau cygne qui 'uit
Laisse A peine un sillon que la lame d6truit,
II glisse sur la vie et nage -i la surface,
Cette vie, ocean qui gronde et qui s'amasso,
Qui compto mille dcueils et qui n'a pas un port
O0 la vague Ocumante, un jour came, s'endort !


II

Oh! si mon ecour est plein de larmes, d'amertume,
Comme unconde de sable, ou comme un ciel do bruins,
C'est queo je n'ai connu que peines et douleurs,
C'est qu'enfant je n'ai bu qu'ua lait m'6e de pleurs.
C'est que le jour fatal ou m'a souri ma more,
Dans la chambre voisine, on couvrait d'un suaire
Le cercueil de mon pore, oh! j'ai bien vu depuis,
J'ai passed l'ceil ouvert, et mouilld, bien des nuits I
Depuis j'ai vu mourir A quinze ans pere et mre o
Tout le miel a tari, reste I'absinthe ambrel





Posies cotnplt~es 1


LES BETJOUANNES



Quand vous verrez que les lilles de
Silo sortiront pour danser aver des flt-
tes, alors vous vous 6lancerez des vi-
gnes et vous enleverez pour chacur. sa
femme, et vous vous en irez au pays
de Benjamin.
LES JUrES, dernier Chap.
Un negrier sur I'Atlantique
Courait sans lumiere et sans bruit.
IGNACE NAU. Poesies inedites,

I

LA DANSE

Comme une fille demi nue
Laisse les ondes d'un bassin.
La lune que voile une nue
Laisse l'oc6an indien

Joyeuse la mer sur la grtve
Vient soupirer avec amour;
Le p6cheur en sa barque r6ve
A ses gains ou pertes du jour.

Au loin les brunes Amirantes
Avec leurs sandales, leurs dattiers,
Brillent sur les eaux murmurantes
Ainsi que l'lle des palmiers.




12 roriolrin Ardottin


Spectacle ravissant Nombreuses
Comme les 6toiles des cieux,
Les Betjouannes gracieoues
Dansent A fasciner les yeux !

Voyez a l'eclat de la lune,
Rtinceler leurs bracelets;
Oh! qu'elles sont belles chacune!
Admirez-les, admirez-les!

Les sons du tambour retentissent
Bt vont dans la fort bien loin
So perdre; les bois rugissent
Aux alentours: mais c'est en vain..

La Batjouanne se balance,
Recule, viont, recule encor,
Mais cette fois elle s-'lance
Et plane au-dessus du Sotor;

El les mains battent en cadence.
It mille liarmonieuses voix,
Douce musique de la danse,
So prolongent au fond des bois.

Dansez, jeunes tilles d'Afrique !
Tandis qua vous chantez en cliceur.
Dansoz, la danse est poetique,
La danse *st l'hydromel du ceuar.





Posies camnpli~e.e


*1I

CHANT DE MINOR A

( C'est le son du tambour, dit-elle.
, Que m'importe a moi le tambour,
A Qu'importe A la lionne uneombre fralche et belle
a Si lo lion n'est alentour!

u Apprends moi, mon tleuve limpide
Apprends-moi, mon bleu Kouiranna
, Sous quels cieux ton unde rapide
A vu l'amant de Minora.

11 est parti malgre mes larmes
11 est parti son arc en main ;
SA W-il trouve la mort ? A-t-il trouvd des charms
,Itgrat' sur quelque sol lointain ?

SDsormais, errante et pensive
J'irai m'exiler au desert.
Le malheur m'a touch et pauvre sensitive
Je ferme mes feuilles a P'air

, Apprends-moi mon Ileuve limpide
Apprend-moi mon bleu Kouranna
Sous quels cieux ton onde rapide
A vu l'amant de Minora.

Puis suivant du regard le fleuve dans la plaine
Elle contemple encore son course majestueux.
Lui si came et si bleu, lui dont I'onde sereine
A vu tant de climats, passed sous tant de cicux.





14 Coriolan Ardouin



III

LE BAIN

Baignons-nous I baignons-nous, dit l'une,
Et toutes ont dit: baignons-nous !
Les feux paisiblos de la lune
En se melant aux flots, rendent les flots plus doux.

Et c'est Minora la derni6re
Qui laisse tomber de ses reins le beau santal,
Comme l'astre des nuits, reine brillante et pure,
Attend que chaque 6toile ait montrd sa lumiere
Pour faire luire au ciel son globe de cristal.

Le Koflranna g6mit d'ivresse
En entendant glisser sur ses ondes d'argent,
Ces vierges que dans sa vieillesse
II ose encore aimer comme aime un jeune amant.

Le nenuphar et les mimoses,
Etendant des deux bords leurs guirlandes de fleurs
Se confondent avec ces roses


Mais tandis que nageant ainsi qu'une Syrene
Ia Betjouanne fend les flots,.
S'y plonge et laisse a peine
Balancer son corps sur les eaux,

Un bruit lointain s'el6ve
II s'eteint. Est-ce un rve ?
Le bruit s'616ve encore et de nouveau se perd!
La Betjouanne timide
Abandonna toute humide
Le fleuve qui s'en va plus limpide et plus clair.





PojSies -Ornlpl~esIc


IV

LES BOCHISMENS.

Fuyez, filles tendres,
Fuyez de toutes parts!
Les Bochismens avides
S'dlancent. Leurs regards
Sqnt des regards d'hyenes,
Ils viennent vagabonds,
Par les ,hemins de plaine,
Par les- chemins do months!
Tout en eux est farouche.
De miserables peaux
Les couvrent..


lls bondissent de joie
Quand par hasard leurs yeux
Tombent sur quelque proie.

D'une ivresse infernale
Tout leur 6tre est saisi
Lorsque du sang coule
Colorant leurs cheveux,
Ces barbares en foule
M61ent des cris affreux
Aux cris d'une victim,
Singeant ses movements,
Et conviant aux crimes
Tous leurs petits enfants





16 Coriolan Ardouin


La Betjouanne 6coute : Un bruit lointain s'dleve
Encore et retentit. Ce bruit 6tait-ce un r6ve
Ou le simoun itnpur qui tournoyait dans l'air,
En vain Minora fuit et dans le bois se perd :


. . . . .* . . .

Et comme sous son aile, un vautour briso et ploie
Le cceur frrle et blanc du ramier,
Los cruels Bochismens en ont faith une proie
Qu'ils destinent au n6grier.




Adieu, les nuits d'ivresse!
Adieu, son du tambour,
Recits de la vieillesse
A la chute du jour,
p romenade rveouse
Le long du fleuve bleu
Et la tonnelle heureuse
Et le culte du Dieu
Qu'adorait leur jeunesse
Dans les bois d'alentour!
Adieu, les nuits d'ivresse,
Adieu, son du tambour :





pov's:.j~ eOmp/(!e.% I -


LE DEPART DU NEGRIER



Le vent soufflait, quelques nuages
Empourpres des feux du soleil,
Miraient leurs brillantes images
Dans les replis du flot vermeil.
On les embarque pele mile;
Le n6grier, immense oiseau,
Leur ouvre une serre cruelle,
Et les ravlt A leur berceau !

L'une, le front sur le cordage
Repand des larmes tristpment;
L'autre de l'alcyon qui nage
Ecoute le g6missement,
L'une sourit dars un doux rMve,
Se reveille et soupire encor,
Toutes en regardant la greve
Demandent son aile au Condor.

Minora, quel exil pour ton c(ur et ton age!
Son uil rdfldchissait le mobile rivage :
Elle 6tait sur la proue : on dirait a la voir,
Toute belle, et. des pleurs coulant sur son visage,
Cet ange qui nous vient dans nos roves du soir.

C'en est fait le naviro
Sillonne au loin les mers;
Sa quille entend l'eau bruire
Et ses matelots flers




Corio lan A rdouin


Aiment sa voile blanche
Qui dans les airs s'6tend
Et son grand mat qui poncho
Sousle souffle du vent.
Car A la net' qu'importe
La rive qui l'attend;
Insensible elle port
Et l'esclave at le blanco !







FLORANNA IA FIANCE.



I


Anacoana, la Reine,
Voyant que le ciel est pur,
Q'un souffle herce la plaine,
Que la lune dans l'azur
So perd, voyant sur la grove
La mer que nul vent souleve
Mourir tranquillo et sans voix;
Elle appelle ses compagnes,
Les roses de ses campagnes,
Les colombes de ses bols!
Elles viennent sur la mousse
Formant un cercle de scdurs;
Chacune est naive et douce,
Et toutes, brillantes flours




Poesies compl/e.s 1 9


Que perle une aurore humide
Regardent d'un (eil timide
La Reine Anacoana;
Soir voluptueux les brises
Des senteurs les plus exquises
Parfument Xa"agoa !


II

Innocence et beauty Toutes A la peau brune,
Luisante comme l'or i 1'dclat de la lune !
Moins fralche est la rose, et moins pur est le miel
Moins chaste, la clarte des dtoiles du ciel !
Floranna. la plus jeube et la plus ingenue,
Laisse voir sur ses traits son Ame toute nue;
Car la vierge rougit d'ivresse et de pudeur,
Car les pulsations do son candide eceur,
Disent quo Floranna, d'uno douce pensee,
Come l'onde des mers, cette nuit est bercee.
Des roses, des jasmins embaument ses cheveux,
Et de meme qu'on voit sur un lac aux lots bleus,
S'incliner mollement les longs rameaux du saule,
Sa cheveluro ainsi lotte sur -on epaule!
Oh! chez elle pourquoi cotte molle langueur,
Ces craintes, et ce front penchl common une fleur,
Quo la brise touch do son aile amoureuse ?
Oilh c'est quo Floranna, la fiancee hourouse,
Domain vorra briller le jour de srni hymen,
De 1a, ces battements prdcipit6s du sein,
Et ce regard voile qui so love ot qui tombe,
Et cotte reverie ob son ame succombe !
Quand vlle dormira, mille songs dores
Lui montreront la fdte, et les guerriers pares.
Et ses joyeouses scours, abeilles des alleges,
Lui composant un lit de ce quo les vallees,





20 Coriolan Ardouin


Les planes ou les months ont de parfums exquis
Pour embaumer l'azur et la brise des nuits,
Oh qu'un ange debout la contemple et la veille !
Qu'elle r6ve en silence, et qu'elle se reveille
A la voix des oiseaux chantant l'aube dujour,
Heureuse ainsi, vivant de rose et d'amour !











L'oiseau don't l'oiseleur a d6pouill6 le nid,
Et qui voit le barba-e enlever son petit,
Demande-t il au ciel de ternir son plumage
Ou ne chante-il pas, triste sous le feuillage?

II chante Le vallon l'entend chanter encore
Jamais plus douce voix! jamais plus doux accord!
Quo deviendrait l'oiseau, si ployant son cou fr6le,
Muct, il le couvrait des plumes de son aile,

Si sourd a toute brise, et ne cherchant ni grain,
Ni flot bleu ruisselant dans le creux du ravin,
Ni le chcne des months, ni l'orme do la plaine,
11 se taisait, la voix encore toute sereine!


. . . . . . . . .
. . . . . . . i[ . 1


-,'-- v-
A ~




Porsies compleies


Malhour A I'habitant de I'A frique sauvage
Qui buvant une eau pure et sous I'ombrage assis,
Voyant le sable au loin monter comme un nuage,
De la bont6 de Dieu n'aperqoit pas l'image
Dans le gazon des oasis I

Insense que celui dbont la pitid s'efface,
Qui n'a pas une larme 6 dorner au malheur,
Qui volt mourir le pauvre et detourne la face
En disant:
Pourtant voila le monde et dans celtt demure
OO notre Ame languit, voila co que toute here
Etale en spectacle A nos yeux.
La veuve et l'orphelin out perdu leur patrie;
Mais dans leur triste exil, I'esperance chlrie
Les console du moins on leur montrant les cieux.

Prions done, pour prier joins La voix A la mienne,
Comme ton pauvre a fuil ces temples de la haine,
Fuyons les perfides cites.
Pour qui sent Dieu partout, la fort West pas vide,
LA, son hymme plus put, sous un ciel plus limpide,
Monte mieux au sdjour des saints vdrites.

Cette pikce est uine reponse A des vers sur I'lndiff rence du
monde.




('oriolan Ardottin


LA BRISE AU TOMBEAU D'EMMA

Betirez-vous, aquilon, venez vent du
.midi.
CANT. DEIS CANT. Chap. IV.

Emma, lorsque tous doux assis dans une yule
Nousvoguions sur les mers, mon front sur ton Opaule
Et le tien sur mon coeur, ohi! c'taient do beaux jours!
Tu me disais, voyant courier les blanches lam-s,
Tandis que s'elevaient et retombaient les ramCs:
, Ecoutons soupirer la brise des amours, ,

Depuis nous avons vu s'ecouler bien des choses
Le soir a detached du rosier bien des roses ;
Et cette brise, Emma, si douc.- sur les lots,
Je l'entends aujourd'hui picuranto et solitaire...
Ah I si l'on pout encore outh dossous la terre,
Ecoutez soupirer la brise des tombeaux.



LE PONT HOUGE

Conunent les forts sort-ils tombs ?
Comment la gloire des armes a-t-elle piri 7
LES ROIs L'VRE II, Chap. I.
I
C'est la qu'il est tombe dans touto sa puissance
Celui don't le bras fort conquit l'Inddpendance!
Que lui faisaier.t a lui sa gloire et son grand nom ?
Sous son pied d'Empereur il foula cette gloire,
Et du sang fraternel il a tache l'histoire
De notre R1volution!




Posies comnp~les


Pourtant il etait beau, quand tirant nu son glaive,
11 s'dcria : ton jour, 6 libertO, se l6ve !
Cri de lion qui fit tressaillir les deserts !
Cri subimne I Et soudain les vils troupeaux d'esclaves
Devionnent des guerriers qui brisent les entraves
En s'armant de leurs propres fers!

II

Le blanc disait: Toussaint expire!
L'aigle est tomb6 dans nos filets !
Rage impuissante vain ddlire !
ils redeviendront nos sujets !.

v Et nous rirons de leur d faite
6 De leur orgueil, de icur espoir!
i La I borte n'dtait point faito
Pour 'liomme qui port un front noir.,

Ill

Dessalincs apparut super be, grand, immense !
Lii mime les p-.ndit a I'ignob:e potence,
Q I'elevi or.t pour nous leurs criminelles mains !
C'Mtai' pilie do voir la terrour Jani lour: Ames ?
PAles, on les prenait sous des habits de ft'emms,
Et leturs l6tes tombaient A paver les chemins !

Ohi s'il voulut drtruire apti s son pi opre ouvrage.
Si conf re des ecueils sa barque fit naufrago
EL s'il s'ensevelit sous un tristo linceul,
C'est quil raut que d'un ciel la clarto se ternisse.
Que le flot se m6lant au sable so brunisse,
C'est que la pure gloire appartient A Dieu seul.




24 Coriolan A:'douin






1'ETION


I

Quand le ciel sedorait d'un beau soleil couchant;
Quand il voyait le soir aux brises d'Orient
Jeter les premiers plis de son 6charpe noire,
Et qu'au pied du palmier quelques soldats assik,
Quelques vieux compagnons d'infortune et de gloire.
Contaient leurs pines, leurs soucis

II s'approchait alors toujours pensifet somb e,
Recueillait leurs aveux, se melait a lour nombl)re,
Et parlait ha chacun comme d son prnpre enfant,
Puis, il s'en retournait triste et melancolique,
Puis, quand la nuit venait, il la passait, r6vant
Aux destins de la Republiquie.

Et son cceur palpitait, et son front incline,
Dans ses deux mains tombaient de rides couronnd.
Oh quo d'illusions dans son ame berede !
Le present trop etroit ne peut les contenir,
Et sa pensec alors, sa sublime pensoc
Vole au devant de l'avenir !

II

Ainsi, lorsqu'au doux bruit des voiles,
Aspirant le parfum des mers,
Le nautonnier voit les 6toiles
Briller et flotter dans les airs.




Poesies compl/tes 25


II rive une lointaine plage
Quo ses yeux ne verront jamais !
Car bient6t la voix de Forage
RBveille ses sens inquiets,
Bientot le souffle de la brise
Cede aux fureurs de l'ouragan,
Bient6t c'est la nef qui se brise
Surles 6cueils de l'Ocean.

Ill

C'est le'mal qui triomphe et le bien qui s'exile !
C'est I'immense volcan de la guerre civil
Eclairant notre nuit de son funebre eclair !
Avidesde sang qt'ils no peuvent ropandre,
Ce sontdes insenses qui v(udront que sa cendre
Fit jet6 aux brises de l'air !

Helas en vain sa fille, ange du ciel venue,
Montrait A son regard son enfance ingenue!
Comme un astre pAli se plonge A I'horizon,
11 ablma son coeur on des lots d'amertume,
Et lorsqu'awprs la mort on ecarta I'ccume,
On vit le d6sespoir au fond !




26 Coriolan Ardouin



A AMELIA


Le vent frais de la nuit fait palpiter los voiles,
Lemarin, surles mers t'appelle. Amelia!
Vois comme ton esquif est couronne d'Otoiles,
Dieu te ramenera !

0 vagux, ne soyez qu'une mcurante lame
A la nef qu'embellit la brune qui s'en va !
La nef 1'emporte en vain : Amo. sour do mon Ame
Dieu te ramenera.

Helas Adieu. Saint-Marc, Ctonn6 de ses charmes,
La prendra pour un ange et se pro ternera !
Moi,je rest et je pleure Oh! pourquoi taut de larmes?
Dieu la ramnnoera.



MILA

Ainsique l'oiseau don't le chant
S'harmonie at ventdans la plain,
Que nos soupirs de voix humane
Montenf, musique aerienne,
Au dl6me du ciel dclatant I
Lorsque la liberty naissante
Vierfe ffuerrtre an front altier
Grandit cite: nous, belle et puitsante
Pleurons sur Mila, gemissante
More souts l'ombre du palmier.
C. A.


Helas je me souviensde ce jour que mon pere
Me dit la mort si triste et 1'existence amere







De Mila, la pauvrette, dteinte av'ant le temps !
Je me souviens encore de cet ange des champs !
Sa demarche 6tait simple, et son ame aussi douce
Que ia lune qui dort un beau soir sur la mousse.

Quand le vent du matin
Fait balancer les cannes,
( Et m'apporte au jardin
a L'odeur des frangipanes,
( Ce vent me dit:
( Fille d'Angole,.
( Le beau crdole,
Ta chere idole.
Dieu I'a b6ni !
Dieu l'a beni !,

a Sur sa maison de paille,
Quand le soir un oiseau
Chante petit et beau,
a Pour mon coeur qui tressaille!
L'oiseau me dit:
a Fille d'Angole,
Le beau creole,
Ta chere idole,
a Dieu l'a b6ni !
o Dieu l'a boni! ,

C'est Osala que j'aime c
Dieu, soyez son appui,
a Et rdpandez sur lui
Votre bont6 supreme
Et Dieu me dit;
( Fille d'Angole,
Le beau creole,
Ta chere dole,
( Je l'ai bdni !
< Je I'ai beni fI,


Poe'sies --onyl("Ies




F Coriotan Ardouin

Mila laisse dormir les herbes sous sa houe,
Et sur elle se penche et r6ve doucement,
Et regarded le vent qui joue
Avec la capne -au loin, comme eit fait un amant,

Oh que dq fois, Mila, la colombe plaintive
Enivre de ses chants la vall6e attentive,
Quand 'echlo trop ingrat a ses accents d'amour
La trahit, la ddcouvro aux griffes du vautour.


11

Mila, c'est une esclave, et lIa naYve aigole
Appelle Elbreuil mon miltr.,. Ain-i (qu'lIm:e crdole
Elle est bel'e, Mila! c'est la 11 nir du jardin !,
Oh I qui pour la cueillir ne tendrait pas la main !
Sabeaut6, doux rayon, flamme divine et pure,
N'attend pas pour brill r cl elt do Ia paur':
C'est l'6toil des nuits aux leux plus scinlillants
Lorsqu'un nuage obscur l'entoure de ses IIhnc.-

Lorsque Mila chantait sa chanson ingenue,
Elbreuil n'etait pas loin ; et, ravi, I'Ame 6mue,
Le colon ecoutait. la brise lui porta
Les paroles d'amour et le nom d'Osala.

ectenant ce nom, il s'avance.
II la voit sous un ciel brflant,
Travaillant avec patience.
D'abord son language est d'un blanc:
C'est unc pitid qui vcrs elle
Le conduit. Puis chiangeant de ton,
II lui dit qu'clle est la plus belle
De toute l'habitation !





Poesies completed S9

Ello est la fleur do la colline !
L'oiseau chantant sur le palmier !
Son Ame est la blanche aubdoine !
Sa voix est la voix du rainier !

Mais c'est vainement qu'il l'a press,
Le maltre ne peut la fldchir,
Car de son cceur elle est maltresse.
Le colon se sentant rougir,
.De fuir promptement se hAte,
Et craignant qu'A I'oeil de Mila
La rouguour de son front n'tclate.
Par tin sentier non loin de Ih,

S'dloigne et di'parait.
Une.noire pensee
Maintenant qu'il est seul, de son cceur elancee,
S'imprime sur ses traits : de mille eclairs ses yeux
Seintillent et Qa houche on un sourire affreux
Se ride. II est muet de lionte et de col6re.
Silencieux, il march on regardant la terre.
On dirait le demon du s6jour infernal
Revant profond6ment et ne revant que mal.


Ill

C'est la cloche argentine
Qui sonne le repos ;
Tout le troupeau rumine,
Couch6 pros des ruisseaux,
Le soleil monte et brille
Au plus haut point des cieux,
L'onde ardent scintille
Eblouissant les yeux.
Le rossignol soupire !
A cette here du jour,




30 Coriolan Ardouiti


C'est la vivante lyre
Du coeur et de l'amour.

A cette heure venez, venez aussi l'entendre,
Esclaves malheureux. Son nid est sur vos toits !
Ce chantre aim6 du ciel ne sera pas moins tendre
Si l'esclave ecoute sa voix.

Osala, c'est ce beau, c'est ce jeune creole
Qui s'avance en sifflant, a travers le vallon :
Le bonheur un moment brille aux yeux de l'angole
Et s'6panouit sur son front.

II arrive. 4 VoilA, dit-il, ( ma tendre amie.
Quelques fruits et des fleurs que je t'apporte, prends,
O Oh! j'aibeaucoupsouffert,mais ma peine est finie,
Car je to vois etje t'entends. >

Tous deux obeissant A la douce nature
Se parl6rent de l'Ame a 1'ombre des bois,
Etdouterent ensemble en leur ivresse pure
Qu'on s'aimit comme eux autrefois.

Ce soir, lorsque la lune au haut de la colline
u Montera disait-elle Osala chantera
, Quelques-uns de ces airs que sur sa mandoline
u II fit pour sa bonne Mila.

, Et moi je te dirai quelque histoire natale
, Comment on sait dompter le lion le plus fler,
i Et puis je d6peindrai la rise si fatal
( Aux habitants du grand desert.

Doux pays de l'Afrique, oh que je t'aime encore
Pour le tigi e et le blanc, Dieu fit un meme coeur !
, Plus je vis avec eux et plus je los abhorre !
Pour oux l'or, pour nous la douleur!




Poesies completes 3 I


Osola r6pondit: <, Mild, pourquoi ces larmos?
Au lieu do tant g6mir, adorons-nous piutOt!
< Tous rnes chagrins s'en vont quand j'admire tes charmed
,, Garde tes pleurs pour mon tombeau u

II dit, et l'embrassa timid et palpitante !
La vie est le Sarah, I'amour, c'est l'oasis
OP l'on voit, it I'abri de I arene inconstante,
Flotter le duvet do., Opis.


IV

Deux houres out sonne, I'e-clave aux clianmp.' revole !
Non, it n'a point d'ailes, 10 temps,
Lorsqu'il spare deux amatnts !
Quand viendra le soir qui console ?

C'estmourir qued'attendre! oh! quand viendra le soir
Ou tous deux ensemble au manoir
lis pourront so bercer d-une douce parole ?
Oi Mila contera quelques histoires d-Angole.
Oh le tendre Osala do son naif accent,
Et des sons do sa mandoline,
Montera saluer au haut de la colline
La lune clihre aux months, leur couronne d'argent!

Que b6ni soit le ciel et toi, Mila, respire.
,Regarde le soleil derri ,e les dattiers
Qui s'en va dans la mer. La pauvrette! un sourire
A couru sur sa bouche, ct les rayons derniers
De I'astre don't le disque a I'ocean so noie
Quoique tides, chez clle ont allure la joie.





Corio/aii A rdotii,,


V

Helas On voit du hatt du ciel
Briller des astres d'or la lumiere lointaine !
II1las deja la nuit est dans la plain '
Et d'oo vient q,-'Osala, sous le to:t pat rnel,
Se fasse desirer. Pauvre Mila son ame,
Qui ce matin encore dtait toute gait6,
Par mille chimeres de femme
Augmente los doulours do son sein agite :
a Marie a les yeux noirs, Maric a les dents blanchel,
t Et le serin qui chante entire les branches
Chanto encore moins bion qu'elle ; et le jeune roseau
Qui plie au gr& des vents sa taillc oubi-,sante
a La balance moins ol~ganto
Qu'elle on -marchant, son corps si beau
SEt ls hommines comment A leur vaine parole
a Se tier un moment ?
SLes lilies i leur c(pur sont ce quest une yole
Aux flots qu'elle ne pout qii'efoieurer soulement! *

Vous diriez a la voir touted pale et songouse,
S'dloignant de ses smurs qui I'entendaient gemir,
Vous diriez que Mila, naguire came, hloureuse,
Pressentait un sombre avenir


VI

Oh laissez-la plourer l.ui que sur cotto terre
Elle aime plus qu'un aime une sceur ou son fr:ire,
Osala, soii amour,
11 languit maintenant bieen loin; sa !onguechalne,
Car Elbreuil I'a voulu, sillonne une autre plaine
Oi courbd sur le sol, jamais il n'entendra
Ies jardins retentir du nom de sa Mila !




Poesies completes 33


Et Mila fut jadis la couronne d'Angole !
Aujourd'hui voyez-la reveuse et triste folle,
Partout elle porteses pas,
Sans cesse commen;ant une chanson crdole
Qu'elle n'acheve pas !

Oh c'est piti6 de voir une amante en delire !
Compagnes de Mila, cachez-lui done vos pleurs !
Mere, et vous son vieux pere, et vous ses tendres securs,
Couvrez d'un voile epais le mal qui vous ddchire !

Elbreuil, vois ta victim Une main sur le cceur,
Ses beaux yeux noirs leves vers le ciel, elle est morte,
Oui, morte avant le temps, et morte de douleur I
Et voici qu'on 1'emporte
Sans bruit, sans une fleur.
Sa famille, un vieux pretre accompagnent sa bibre
Au prochain cimetiere ;
Et dans la fosse Ie cercueil
Est bient6t couvert par la terre.
Puis pour elle chacnn adit une priere
Tout haut, en maudissant tout has le nom d'Elbreuil.



MARIANI

II1 y a un temps de pleurer, ot in temps
4d rire; un temps dc se lameonter Ct wur
temps de sauter de joie.
EccL sIAsTr. Chap. III.
Les barques sont pros du rivage :
L'air est serein et le nuage
Su-pend ses ranges dans l'azur.
Aux rayons mourant? des etoiles,
Notre flottille tend ses voiles,
Et sur le golie vaste et pur,





34 Coriolan Ardouin


S'elance et glisse plus rapide
Que Ie cygne, lorsque le vent
Gonfle A plaisir son aile humide,
Et qu'il s'abandonne en courant.

Chaque mat, couronne de roses
Qui la nuit meme sont closes,
El6ve son front radieux :
Et la brise qui le caresse
Court A son tour avec ivresse
Parfurner le flot amoureux ;
Et la rame en cadence tombe;
Et son bruit on frappant la iner
Est le bruit que fait la colombe
Voguant dans les vagues de F'air.

Mariani dit le pilote;
Et dans notre petite flotte
-Ce n'est pas un nom, c'est un cri !
Pour le mieux voir chacun se 16ve,
On le voit, on croit que I'on reve,
Et c'est pourtant Mariani !
Aussit6t chaquo barque est mise
A l'abri des flots et du vent :
On foule la terre promise,
On la parcourt en bondissant.

Ici, c'est une source vive
Qui couledu flanc des rochers
Et creuse un bassin don't la rive
S'ombrage de verts rangers.

Li, c'est une haute colline,
Oi s'61ve un simple manoir,
Que la nuit le ciel illumine
D'oi la brebis descend le soir.




Poesies completes $S


Et c'est au pied de la colline,
Aubord de ces flots enchanteurs
Que le barbaco s'achemine.
Passant sous des touffes do fleurs.

Et la troupe aimable et bruyanto
A formed ses cercles joyeux,
Et I'on s'assemble, on danse, on chante.
Et Y'on s'egaie en mille jeux

Et c'est un immense dWlire !
Et ce sont des voix et des ris !
Et c'est la flute, et c'est la lyre
Bergant les oiseaux dans leurs nids !

Quand le harbaco tourbillonne
Et vous enl6ve et vous suspend,
Quand il vous fait une couronne "?
De plaisir et d'enivrement,

Le temps est la biche qui court!
Jeunesse I oh c'est bien d'dtre folle !
Un jour come un oiseau s'envole,
C'est bien de t'amuser un jour !


A MON AME

Elle n'a point cesser de pleurer pen.
dant la nuit et ses joues sont tremp6es
de ses larmes.
JILRtMulE Lanmentations, Chap. I
Toujours des pleurs, mon ame, et jamais un sourire!
Et pourquoi no poux-tu que g6mir sur la lyre
Et chanter des douleurs ?
En ce monde il n'est rien qui t'enivre ou t'enflammel
Ni 1'etoile du ciel, ni l'amour de la remme,
La brise, ni les fleurs !






3t6 Coriolan Ardouin


Saule pleureur pench6 sur les ondes du fleuve,
Comme on voit sur le marbre une plaintive veuve,
Redresse tes rameaux !
Regardecheminer le fleuve de la vie;
Au lieu de se trainer, que ta branch fleurie
Se mire dans les lots !

Apres tout c'est la mort, la mort que rien n'Otonne!
Ozama, Meschasbe, S6engal, Amazone !
Meurent dans 1'Ocean !
Ils ont beau sillonner la surface du monde,
Ils rencontrent toujours la mer sourde et profonde,
Comme nous le neant !





MOI-MIEME

Pouvez-vous onus plaire n m'accabler,
rnoi l'ouvrage de vos mains ?... Mes peu
de jours ne finiront-ils point bient6t ?
Laissez-moi done, que je pleure un peu
ma misere, avant que j'aille sans retour,
en cette tPrre tdnebreuse, qui est aou-
verte de l'obscunrt6 de la mort.
JoB Chap. X.

Pauvre jeune homme age do vingt-un ans A peine,
Je suis deja trop vieux. Oui, 1'existence humaine
Est bien nue a mes yeux.
Pas une lie de flours dans cette mer immense !
Pas une etoile d'or qui la nuit so balance.
! Au d6me de mes cieux !

Desert sans oasis champagne sans verdure !
1Mlas I c'est le simoun, vent A l'haleine impure,
Non la brise du soir !






Poesies completes 53

C'est le cri du lion, non la voix de la femme.
Non des concerts d'oiseaux, qui remplissent mon Ame
D'harmonie et d'espoir I

Moi, j'ai le sort de ceux qu'on voit sur cette terre,
Tralner de tristesjours, vrais boulets de galore
Jusques A leur tombeau.
Car tu me r6prouvas, mon juge, 6 Providence,
Car un papillon noir, le jour de ma naissance,
Posa sur mon berceau.

Le demon'tend mes nuits d'un voile de t6nebres!
Sije rove, en rvant j'entends des glas funebres
Ou les soupirs d'un mort!
Un ange ne vient pas me bercer et me dire
Ces paroles du ciel qui me feraient sourire
Comme 1'enfant qui dort!

Ncn, de tout cela rien Vivre ou mourir, qu'importe
Vivre jusques au jour oft la tombe l'emporte,
Jusqu-A ce que le coeur
Plonge sans remonter et se noie et s'abime,
Alors c'est le repos 6ternel et sublime,
Alors, c'est le bonheur.