Citation
Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne

Material Information

Title:
Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne
Creator:
Ligue de la jeunesse haïtieene
Place of Publication:
Port-au-Prince
Publisher:
Impr. de L'Abeille
Publication Date:
Frequency:
Monthly
Language:
French
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti ( lcsh )
Genre:
serial ( sobekcm )
periodical ( marcgt )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1re année, no 1 (20 fevr. 1916)-
General Note:
Title from cover.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
University of Florida
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Resource Identifier:
001528667 ( ALEPH )
19032133 ( OCLC )
AHE2021 ( NOTIS )
sn 89020401 ( LCCN )

Full Text

















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20 MAI ill




DE LA
REVUE DE LA LIGUE

DR, LA. JEUNESSE HA1TIENNE





POtStES COMPLETES
DE
CORIOLAN ARDOUIN












PORT-AU-PRINCE
IMPRIMERIE DE L'ABEILLE n
1, Rus AmIoICANE, 4, RUE Dc FORT-PEki.

1916








CORIOLAN ARDOUIN








POESIES COMPLETES




A IGNACE NAU


I

Mon ami. quand F'orage gronde, Quand I'dclair dblouit nos yeux
Et qu'une obscurity profonde
Confond la terrle avec les cieux,
Sous le nuage qui les voile Il ne scintille aucune 6toile.
Et les oiseaux n'ont point de voixi
La foudre dclate dans les bois!


II


Ami! quand I'ouragan soulve Les flots ecumeux del1a mer,
Et qu'ils s'61ancent sur la gr6ve
Ou volent se briser dans Fair,
Tant que n'a cess6 la tourmente,
Jamais la gondole riante,
Au bruit des rames n'a glissd
Sur 1'Ocdan boulevers6.





Coriolan Azdouin


Ill


Ah! lorsque la doulQur comme un cancer nous rongo, Quand ledard des soucis, helas!dans nosceursplonge, Ut que notre avenir en un pile lointain S'obscurcit A nos yeux on vacille incertain, A ttendons qu'iI nous luise un rayon d'esp6rance, Et publes, souffrons, dans )'ombre et le silence!








LE RONIMEIL DE L'ENFANT



Sur sa natte de jone qu'aucun souci ne ronge, Ses petits bras croises sur un ceur de cinq ans, Alafda sommeille heureuse et pas un songe
Qui tourmente ses jeunes sens!


Co cpur sai souvenirs, cotte Ame que ne ride Nullo pens(ie humaine, et ce tendre souris Que l'ange cut erivid, cet air pur et candide,
Ces douces, cos paisibles nuits,


Sont aux onfantsf L'enfance est I'onde bleue et claire Qui dort anu pied d'un roc dans son hassih d'argent: Que foint I'liumble flt les vents et le tonnerre
El les soupirs de l'Oc an ?




Podsies completes 3






LA JEUNE FILLE



'entends la voix de mon lien-aime, le voici qui vent sautant sur les montagnes etbondissant stir les c6teaux.
Cant. des Cant. Chap. 2.

Pour [avoir vu, je souffre et jo ne puis dormir; Mon sommeil sYevapore en amour, en soupir, Car depuis, je ne vois sur rns tlati cle sa voile! Jo ne vois dans mm clel briller (pie son RtoileI


Lorsque la hcue en main, jo m'eo vals dans les hois, Lorsque sous le palmier, je rn'arrdte ca Mi'asseois, Toujours i m'apparait et pour-suit ma emsio! Oui, 'ar la brise ainsi la liano est hoco, Sous 1o reuillage ainsi I'oiseau poursuit I'oiseau, Ainsi I'ange apparalt i I'enlant au borcoaa.


Ilier soir, it 4tait venu sur la collins Et de loin.j'entendis sa douce mandoline Mais je n'ai point oul dici ce qu'il chantait. Oh! scrait-ce mon nom? oh! si son coeur battait


Pour moi! Beau Colib;i, sur taut do fleurs closes Promne tes couleurs! baiso toutes les roses Dont le jardin s'emaille, et no vole jamais Au souci, la fleur d'or, I'embleme des regrets.





6 Coriolan Ardouin










Seule, assise en ce lieu, vous rivez, jeune fille! Vous tes dans le ciel une 6toile qui brille; Ofi donc projetez-vous vos doux et purs rayons ? Sur la source isolke ou sur le haut des monts ?


Rbvez-vous au printemps ? R~vez-vous A votre Age? Est-ce A l'oiseau qui chante? Est-co au flot du rivage? A ce vent embaume de l'essence des fleurs Rbvez-vous? Rbvez-vous au plus pur desbonheurs,


Au bonheur d'6tre aimde et d'6tre jeune et belle On bien votre Ame est sombre at so dosole-t elle ? Peut-4tre pensoz-vous qu'il n'est qu'une season Pour briller en ce monde, et qu'au pAle horizon,


L'etoile d'or se couche, dvanouie, eteinte ? Oh! soit que votre cour exhale une complainte, Soit qu'il se berce onfin des roves les plus doux, Je vous aime, et I'objet de mes rOves, c'est vous !




Podsies complies 7






UNE MATINEE

Une leuve sortait d'Eden pour arroser to jardin.
GENgsE, Chap. 2.
11 a plu cette nuit, et la brise est plus douce Et I'oiseau semble mieux sautiller sur la mousse Et les arbres verdis portent des diamants Qie suspend la rose a leurs rameaux flottants.

Frailche, riante et bullc La campagne 6tincelle
Sous dei paillettes d'or;
Et la fort immense
Au vent qul la balance
Soupire un vaste accord

Le beau Ilouve voyez le fleuve, comme it c)ule En do longs plis d'azur son onde so dcroue, EL des hambous touffus on d6mo entrelac~s Etendent des deux bords lours rameaux balances,




Cora ta pirogue rapid,Arrive et tappelle A son bord
Apporte .1 l'Espagnol avide
Ces paillettes et les grains d'or.

Et le flouve regoit la -entille indienne
Avec son panier d'or,





S Coriolan Ardouin


Et Nolisco gravit le sommet d'un vieux chbne
Pour la revoir encor.

Nolisco voit ]a barque, et la Ibarque avec grAce
Glisse sur les flots bleus,
Et le sillon d'argent que sur Fonde elle trace
Etincelle A ses yeux.





LA PLAINE



Quand N'6ternel fardeau des ennuis de la ville Nous p6se ; quand l'esprit qui se traine servile Veut secouer sa fange et marcher lihre et pur, Que le ciel est de brume et sans un coin d'azur.

Que 'onde est sans murmure et dans l'argile coule, Que le soupir du vent cede au bruit de la foule, Comme un oiscau IAchd dans le bleu firmament Le pote ouvre l'aile et s'erivole en chantant.

JI

11 aime ]a valle
L'ombre et le flot leger
De ]a source isoloe;
11 suit toute une allde
De saule ou d'oranger.

C'est le troupeau qui bWle
Aux luisantes toisons.
C'est la tolle hirondelle




Posies competes 9


C'est la dalle ofi ruisselle
L'eau qui descend des monts.

Ce sont des chants d'ivresse
Qui se mblent au vent, C'est ]a fumda 6paisse,
C'est le moulin que presse
La roue en tournoyant

C'est le beuflqui rumine,
C'est le conteur du soir
Pingant la mandoline;
Elle pleure, Ameline Et gemit au manoir 1

Chest la tonnelle ombrouse, *









A UN AMI


La foule est insensible au vieux toit qui s'ecroule, A Poiseau qul s'envole, au murmure de I'eau, Et pour cile le monde est toujours assez heau; Mais nous qui ne brcflons que de la pure flamme, Mon ami, notre monde est le monde do Pime; Tout n'est que vanitds, que misbres et douleurs; Le cmur de I'homme juste est un vase de pleurs.

La feuille o6 me trouvait Ila (in de la pice; manque dwne Io manuscrit.




10 Coriolan Ardouin






Ma vie est devenue annuyeuse, je m' donnerai A mes plaintes et je parlez dans Famertume de mon Ame.
JoB, Chap. 10.



La tristesse n'est pas une fleur du jeune age. La brise vole et chante et baise le fouillage, La Rose vient d'delore, et ]e Cygna d'amour Glisse sur les lots bleus ofi se mire le jour. Tout estjoie et plaisirdans lo e our du jeune homme Ii s'emplit des parfums dont la brise s'embaurne Et comme sur le lac le beau cygne qui fuit Laisse A peine un sillon quo la lame d6truit, Il glisse sur la vie et nage -i la surface, Cette vie, oc6an qui gronde et qui s'amasso, Qui compto mille dcueils et qui n'a pas un port O6 )a vague 6cumante, un jour calm, s'endort!

II

Oh! si mon ecour est plein de larmes, d'amertume, Come unconde de sable, ou come un ciel do brune, C'est que jo n'ai connu que peines et douleurs, C'est qu'enfant je n'ai bu qu'ua lait m6'6 de pleurs. C'est que le jour fatal ou rn'a souri ma mire, Dans la chambre voisine, on couvrait d'un suaire Le cercueil de mon pore, oh! j'ai bien vu depuis, J'ai passed 'eil ouvert, et mouilld, bien des nuits Depuis j'ai vu mourir A quinze ars pbre et mre! Tout le miel a tari, reste I'absinthe ambrel




Posies completes 1







LES BETJOUANNES


Quand vous verrez que les illes de Silo sortiront pour danser aver des flittes, alors vous vous 41ancerez des vignes et vous enleverez pour chacur. sa femme, et vous vous en irez au pays de Benjamin.
LEs Jusus, dernier Chap. Un negrier sur I'Atlantique Courait sans lumiere et sans bruit.
IGNACE NAU. Po#sies inedites,

I

LA DANSE

Comme une flle demi nue Laisse les ondes d'un bassin. La lune que voile une nue Laisse l'oc~an indien

Joyeuse la mer sur la grve Vient soupirer avec amour; Le picheur en sa barque r6ve A ses gains ou pertes du jour.

Au loin les brunes Amirantes Avec leurs sandales, leurs dattiers, Brillent sur les eaux murmurantes Ainsi que l'lle des palmiers.




1t Coriolan Ardouin

Spectacle ravissant Nombreuses
Comme les 6toiles des cieux,
Les Betjouannes graciouqes
Dansent A rasciner les yeux !

Voyer A l'eclat de la lune,
Etinceler leurs bracelets:
Oh! qu'elles sont belles chaeune!
Admirez-les, admirez-les!

Les sons du tambour retentissent
Et vont dans ]a fort bien loin
So perdre; les bois rugissent
Aux alentours: mais c'est en vain.

La Betjouanne se balance,
Recule, viont, recule encor, Mais cette fois @lle s'lance Et plane au-dessus du Sotor;

El les mains hattent on cadence.
It mille liarmonieuses voix, Douce musique de la danse,
So prolongent au fond des bois.

Dansez, jeunes filles d'Afrique !
Tandis qua vous chantez en cleur.
Dansoz, la danse est potique,
La danse est I'hydromel du cuar.





Posies complies i







CHANT DF MINOR A

( C'est le son du tambour, dit-elle.
* Que m'imoorte f moi 10 tambour, A Qu'importe A la lionne uneombre fratche et belle
ak Si lo lion nest alentour!

u Apprends moi, mon fleuve limpide < (A vu l'amant de Minora.

11 est parti malgre me, larmes 11 est parti son are en main; aA -il trouve la mort ? A-t-il trouv4 des charms
Ingrat! sur quelyue sol lointain ?

Dbsormais, errante et pensive Jirai m'exiler au desert. Le malheur m'a touch et pauvre sensitive Je ferme mes feuilles d I'air:!

Apprends-moi mon Ilouve limpide Apprend-moi mon bleu Kotranna Sous quels cieux ton onde rapide A vu I'amant de Minora.

Puis suivant du regard le fleuve dans la plaine Elle contemple encore son cours majestueux. Lui si calme et si bleu, lui dont I'onde sereine A vu tant de climats, passed sous tant de cioux.





14 Coriolan Ardouin



III

LE BAIN

Baignons-nous I baignons-nous, dit l'une, Et toutes ont dit: baignons-nous! Les feux paisibles de la lune En se mblant aux flots, rendent les lots plus doux.

Et c'est Minora la dernibre
Qui laisse tomber de ses reins le beau santal, Comme l'astre des nuits, reine brillante et pure, Attend que chaque 6toile ait montrd sa lumibre Pour faire luire au del son globe de cristal.

Le Kofiranna g6mit d'ivresse
En entendant glisser sur ses ondes d'argent, Ces vierges que dans sa vieillesse II ose encore aimer comme aime un jeune amant.

Le nenuphar et les mimoses,
Etendant des deux bords leurs guirlandes de fleurs
Se confondent avoc ces roses


Mais tandis que nageant ainsi qu'une Syrkne
La Betjouanne fend les flots,S'y plonge et laisse 6 peine
Balancer son corps sur les eaux,

Un bruit lointain s'6lbve
11 s'eteint. Est-ce un rve ?
Le bruit s'616ve encore et de nouveau se perd!
La Betjouanne timide
Abandonna toute humide
Le fleuve qui s'en va plus limpide et plus clair.





Podsies conpldtes 15




IV

LES BOCHISMENS.
Fuyez, filles tendres, Fuyez de toutes parts! Los Bochismens avides S'dlancent. Leurs regards Sqnt des regards d'hybnes, Ils viennent vagabonds, Par les ,hemins do plaine, Par les chemins do mounts! Tout en eux est farouche. De misbrables peaux Les couvront.


Ils bondissent de joie Quand par hasard leurs yeux Tombent sur quelque proie.

D'une ivresse infernale Tout leur 6tre est saisi Lorsque du sang coule Colorant leurs cheveux, Ces barbares en foule M61ent des cris affreux Aux cris d'une victime, Singeant ses mouvements, Et conviant aux crimes Tous leurs petits enfants





16 Coriolan Ardouin

La Betjouanne 6coute: Un bruit lointain s'lhve Encore et retentit. Ce bruit 6tait-ce un rdve Ou le simoun itnpur qui tournoyait dans l'air, En vain Minora fuit et dans le bois se perd :




Et comme sous son aile, tin vautour brise et ploie Le coeur rrble et blanco du ramier, Los cruels Bochismens en out fait une proie
Qu'ils destinent au n6grier.




Adieu, les nuits d'ivresse!
Adieu, son du tambour,
Rcits de la vieillesse
A la chute du jour,
p romenade r~vouse
Le long du fleuve bleu
Et la tonnelle heureuse
Et le culte du )ieu
Qu'adorait leur jeunesse Dans les bois d'alentour!
Adieu, les nuits d'ivresse,
Adieu, son du tambour!












LE DEPART DU NEGRIER



Le vent soufflait, quelques nuages
Empourpris des reux du soleil,
Miraient leurs brillantes images Dans les replis du flot vermeil.
On les embarque pble-mile; Le negrier, immense oiseau, Leur ouvre une serre cruelle,
Et les ravlt A leur berceau

L'une, le front sur le cordage
R1pand des larmes tristement
L'autre de l'alcyon qui nage
Ecoute le gemissement,
L'une sourit dans un doux rMve,
Se reveille et soupire encor,
Toutes en retardant la grsve
Demandent son aile au Condor.

Minora, quel exil pour ton coeur et ton Age Son mil rdfldchissait le mobile rivage : Elle 6tait sur la proue : on dirait A la voir, Toute belle, et des pleurs coulant sur son visage, Cet ange qui nous vient dans nos roves du soir.

C'en est faith 1e naviro
Sillonie au loin les mers;
Sa quille entend Ileau bruire
Et ses matelots fHers




I *Coriolan Ardouin


Aiment sa voile blanche Qui dans les airs s'6tend
Et son grand mAt (ui poncho
Sousle soufflo du vent.
Car a la iel qu'importo
La rive qui l'attend; Insensible elle port
Et I'oseiave et le blan c







FLORANNA LA FIANCEE.






Anacoana, la Reine,
Voyant que le cial est pur, Q'un souffle herce la plaine,
Que la luno dans 'azur
So perd, voyant sur la grve La mor que nul vent soulbve
Mourir tranquillo et sans voix;
Elle appelle ses compagnes, Les roses do ses campagnes,
Les colombes de ses bols!
Elles viennent sur ]a mousse Formant un cercle de sdurs; Chacune est nalve et douce,
Et toutes, brillantes flours




Posies comp/te.s / 9


Que perle une aurore humide
Regardent d'un bl timide
La Reine Anacoana;
Soir voluptueux I les bruises
Des senteurs les plus exquises
Parfument Xaagoa 1


II

Innocence et beaut6i! Toutes A la peau brune, Luisante comme For i 1'clat de la lune Moins fratcho est la rosie, et moins pur est le miel Moins chaste, la clarte des 6toiles du clel Floranna, la plus jeube et la plus ing6nue, Laisse voir sur ses traits son Ame toute nue Car la vierge rougit d'ivresse et de pudeur, Car les pulsations do son candide ecour, Disent quo Floranna, d'uno douce pensie, Come Jonde des mers, cette nuit est bercee. Des roses, des jasmins embaument ses cheveux, Et de m~me qu'on voit sur un lac aux lots bleus, S'incliner mollement les longs rameaux du saule, Sa cheveluro ainsi flotte sur son epaule! OlI chez 011e pourquoi cotte molle lanqgueur, Ces craintes, et ce front pench6 come une fleur, Quo la brise touch do son aile amoureuse ? Oh c'est que Floranna, la fianeo houreuse, Domain verra briller le jour de son hymen, De li, ces battements prdcipit6s du soln, Et ce regard voile qui so live ot qui tombe, Et cotte reverie ob son Ame succombe! Quand olle dormira, mille songs dores Lul montreront lia f6te, et les guerriers pares. Et ses joyouses scours, abeilles des allies, Lui composant un lit de ce que les vallees,





20 Coriolan Ardouin

Les plaines ou les monts ont de parrums exquis Pour embaumer l'azur et la brise des nuits, Oh! qu'un ange debout la contemple et la veille Qu'elle rave en silence, et qu'elle se reveille A la voix des oiseaux chantant l'aube du jour, Heureuse ainsi, vivantde rose et d'amour










L'oiseau dont l'oiseleur a d6pouill le nid, Et qui voit le harba-e enlever son petit, Demande-t il au ciel de ternir son plumage Ou ne chante-il pas, triste sous le reuilage?

II chante! Le vallon l'entend chanter encoreI Jamais plus douce voix! jamais plus doux accord! Quo deviendrait loiseau, si ployant son cou frble, Muct, il le couvrait des plumes de son aile,

Si sourd A touted brise, ot ne cherchant ni grain, Ni flot bleu ruisselant dans le creux du ravin, Ni le chine des monts, ni l'orme do la plaine, 11 se taisait, la voix encore toute sereine!


. . . . .

.~ ~ .V- . . .




Posies compleies .2








Malhour A I'habitant do I'A frique sauvage Qui buvant une eau pure et sou, l'ombrage assis, Voyant le sable au loin monter comme un nuage, De la bonte de Dieu n'apergoit pas l'image
Dans le gazon des oasis !

Insense que celui d'ont la pitid s efface, Qui n'a pas une larme 6 dorner au malheur, Qui volt mourir Jo pauvre et detourne la face Eu disant: << cc n'est rien, ri-n, c'est la mort qui passe,
SC'est un indigent qui meurt I

Pourtant voilA le monde et dans cetto demoure Ou notre Ame languit, voilA co que touted here
Etale en spectacle A nos yeux. La veuve et I'orphelin out perdu leur patrie Mais dans lour triste exil, I'espirance cherie Les console du moins on leur montrant led cieux.

Prions done, pour prier joins La voix A la mienne, Comme ton pauvre a ful cos temples de la haine,
Fuyons les perfides cites.
Pour qui sent Dieu partout, la fort West pas vide, LA, son hymme plus pur, sous un ciel plus limpide, Monte mieux au sdjour des saints vdritbs.

Cette pikce est nue rdponse A des vers sur IIndifvrence du monde.




22 C(oriolan Ardouin





LA RISE AU TOMBEAU DEMMA

ftetirez-vous, aquilon, venez vent du midi.
CAN-r. DE 3 CANT. Chap. IV.
Emma, lorsque tous doux assis dans un yule Nousvoguions sur les iers, mon front sur ton Opaule Et le tien sur mon coe-ur, oh! c' talent do beaux jours! Tu me disais, voyant courier les blanches lam's, Tandis jue s'elevaient et retombaient les !amos: Ecoutons soupirer la brise des anours,

Depuis nous avons vu s'dcouler bien des choses Le soir a detached du rosier bien des roses Et cette rise, Emma, si douce sur les lots, Je l'entends aujourd'hui pleuranto et solitaire. Al I si lon pout encore outh dossous la terre, Ecoutez soupirer la brise des tombeaux.


LE PONT ROUGE.

Comment les forts sort-ils tombs ? Comment la gloire des armes a-t-elle piri ?
LES RoIs L'vRE II, Chap. I.
I
C'est 1M qu'il est tombe dans touto sa puissance Celui don't le bras fort conquit lInddpendance! Que lui faisaient d lui sa gloire et son grand nom ? Sous son pied d'Empereur il foula cette gloire, Et du sang fraternel il a tache lIhistoire
De note evolution!




Po'sies complies .23

Pourtant il etait beau, quand tirant nu son glaive, 11 s'dcria :ton jour, 6 libertO, s l6ve! Cri de lion qui fit tressaillir les disorts Cri subfline I Et soudain les vils troupeaux desclaves Devionnent des guerriers qui brisent les entraves
En s'armant dc leurs propres fers!

II

Le blanc disait: Toussaint expire
L'aigle est tomb6 dans nos filets Rage impuissante vain ddliro!
ils redeviendront nos sujets

v Et nous rirons de leur d faite
6 De leur orgueil, de icur espoir!
< La bertot n'dalt point faite c
Pour liomme qui port umn front noir.o

Ill

Des!salines apparut superbe, grand, immense Liji mime les p ndit a lignob:o potence, Q ielev6i ent pour nous leurs criminolles mains C'tai' pitie do voir la terrour Jane lours Ames PAles, on les prenait sous des habits do fenmme, Et leurs 16tes tombaient A paver les Chemins

O: s~il voulut dttruire apt 6s son pi opre ouvrage, Si conf re des ecueils sa baruue fit naunfrage EL s'il 9'ensovelit sous un tIristo linceul, C'est gril raut que d'un ciel la clarto se ternisse. Que le flot se m6lant au sable so brunisse, C'est que Ia pure gloire appartient A Dieu seul.




24 Coriolati A:-douin






P'ETION


I

Quand le ciel se dorait d'un beau soleil couchant; Quand il voyait le soir aux brises d'Orient Jeter les premiers plis de son 6charpe noire, Et qu'au pied du ptlmier quelques soldats assk, Quelques vieux compagnons d'infortune et de gloire.
Contaient leurs pines, leurs soucik

II s'approchait alors toujours pensif et somb! e, Recueillait leurs avoux, so m~lait i lour nombre, Et parlait Ai chacun comme d son propre enfant, Puis, it s'en retournait trite et melancolique, Puis, quand la nuit venait, il la passait, r6vant
Aux destins de la Ripubliquie.

Et son cceur palpitait, et son front incline, Dans ses deux mains tombaient de rides couronnd. Oh quo d'illusions dans son Ame berede Le present trop etroit ne peut les contenir, Et sa pensic alors, sa sublime pensdc
Vole au devant de l'avenir!



Ainsi, lorsqu'au doux bruit des voices,
Aspirant le parfum des mers, Le nautonnier voit les 6toiles Briller et flotter dans les airs.




Poedies comp/tes 25


I] rive une lointaine plage
Quo ses yeux ne verront jamais
Car bient6t la voix de Forage
Riveille ses sens inquiets,
Bientit le souffle de la brise
Code aux fureurs de l'ouragan, Bient6t c'est la net qui se brise
Sur les 6cueils de l'Oc~an.

III

C'est lemal qui triomphe et le bien qui s'exile C'est I'immense volcan de la guerre civile Eclairant notre nuit de son fundbre eclair Avidesde sang qtu'ils no peuvent ripandre, Ce sont des insenses qul vandront que sa cendre
Fi jet aux bruises de Fair !
Helas en vain sa fille, ange du clel venue, Montrait A son regard son enfance ingenue! Comme un astre pAli so plonge A l'horizon, 11 ablma son coeur on dos lots dlanertume, Et lorsqu'apris la mort on ecarta l'O'cume,
On vit le disespoir au fond!




26 Coriolan Ardouin


A AMELIA

Le vent frais de la nuit rait palpiter los voiles, Lemarin, surles mers t'appelle. Amelia Vois comme ton esquif est couronne d'Otoiles,
Dieu to raminera

0 vagux, ne soyez qu'une mourante lame A la ner qu'embellit ]a brune qui s'en va La nef P'emporte en vain: Amo. sour do mon Ame
Dieu te raminera.

Helas! Adieu. Saint-Marc, (tonn6 do ses charmes, La prendra pour un angel et se pro-ternera! Moije rest et je pleure Oh! pourquoi tant de larmes?
Dieu la rambnora.



MILA

Ainsique l'oiseau dont le chant S'harmonie au ventdans la plaine, Quc nos soupirs de voix hunaine Montent, musique adrienne, Au ddme du ciel dclatant I Lorsque la liberty naissante Vierge yuerrzdre au front altier Grandit che: nous, belle et puissante Pleurons sur Mila, gdmissante More sous l'onbre du palnier.
C. A.
I

Hilas! je me souviensde ce jour cue mon pero Me dit la mort si triste et I'existence ambre




Poesies 3ompl)Ies 27


Do Alila, la pauvrette, dteinte avant le temps! Je me souviens encore de cet ange des champs Sa demarche 6tait simple, et son ame aussi douce Que la lune qui dort un beau soir sur la mousse.

a Quand le vent du matin
Fait balancer les cannes,
a Et m'apporte au jardin
a L'odeur des frangipanes,
a(Co vent me dit: (Fille d'Angole, ((Le beau creole, Ta chbre idole. Dieu I'a beni Dieu l'a beni fo

a Sur sa maison de paille,
Quand 10 soir un oiseau
Chanted petit et beau,
Pour mon cwour qui tressaille!
L'oiseau me dit: Filled d'Angolo, a Le beau creole, 'Ta chNre idole, Dieu l'a b6ni o Dieu I'a b6ni!

C'est Oala que j'aime Dieu, soyez son appui,
Et rdpandez sur lui
Votre bont6 supreme
"Et Dieu me dit;
(Fille d'Angole, Le beau creole, Ta chbre ;dole, a Je l'ai bdni !
SJo l'ai beni fe




Corioran Ardouin

Mila laisse dormir les herbes sous sa houe, Et sur elle se penche et rvve doucement,
Et regarde le vent qmijouo
Avec la capne -au loin, comme eit fait un amant.

Oh! que dq fois, Mila, la colombe plaintive Enivre de ses chants la vallie attentive, Quand I'cho trop ingrat h ses accents d'amour La trait, la ddcouvro aux griffes du vautour.


H1

Mila, c'est une esclave, et la naYve aigole Appelle Elbreuil (, moti multroo,. Ain-i qju'ime crdiole Elle est bel'e, Mila! c'est la fl ir du jardin !Oh I qui pour la cueillir no tendrait pas la main i Sabeaut6, doux rayon, flamme divine et pure, N'attend pis pour brillor I'Belat do Ia parure: C'est I'dtoili des nuits aux feux plus scintillants Lorsqu'un nuage obscur l'entoure do ses (lhnc.

Lorsque Mila chantait sa chanson ingenue, Elbreuil n'etait pas loin ; et, ravi, I'Ame 6mue. Le colon ecoutait. la brise lui porta Les paroles d'amour et lo nom d'Osala.

Betenant ce nom, il s'avance.
11Ia voit sous un del brflant,
Travaillant avec patience.
D'abord son langage est d'un blanc:
C'est une pitid qui vers one.
Le conduit. Puis changeant de ton,
11 lui dit qu'clIc est la plus belle
Do toute l'habitation





Podies complheq *9

Ello est la fleur do la colline
L'oiseau chantant sur le palmier!
Son Ame est la blanche aubdoine!
Sa voix est la voix du rainier!

Mais c'est vainement qu'il l'a presse,
Le maitre no peut la fidchir,
Car de son cour ello est maltresse.
Le colon se sentant rougir,
.De fuir promptement se hAte,
Et craignant qu'A)'ceil de Mila
La rouguour de son front n'6clate.
Par tin sentier non loin de 14,

S'dloigne et di'parait.
Une.noire pensee Maintenant qu'il est seul, de son coeur lance, S'imprime sur ses traits : de mille 6clairs ses yeux Seintillent et Qa houche on un sourire affreux Se ride. II est muet de lionte et de col6re. Silencieux, il marche on retardant la terre. On dirait le demon du sbjour infernal R1vant profond6ment et ne r~vant quo mal.


Ill

C'est la cloche argentine
Qui sonne le repos;
Tout le troupeau rumine,
Couch6 prbs des ruisseaux,
Le soleil monto et brille
Au plus haut point des cieux,
L'onde ardento scintille
Eblouissant les youx.
Le rossignol soupire !
A cette heure du jour,




30 Coriolan Ardoiu in

C'est la vivante lyre
Du ceur ot de l'amour.

A cette heure venez, venez aussi l'entendre, Esclaves malheureux. Son nid est sur vos toits! Ce chantre aim6 du clel ne sera pas moins tendre
Si l'esclave Ocoute sa voix.

Osala, c'est ce beau, c'est ce jeune creole Qui s'avance en sifflant, d travers le vallon Le bonheur un moment brille aux yeux de l'angole
Et s'6panouit sur son front.

11 arrive. 4 Voild," 'dit-il, a ma tendre amie. Quelques fruits et des flours que je t'apporte, prends, Oh! j'aibeaucoupsouffert,mais ma peine est finie, Car je to vois etje tentends.

Tous deux obeissant A la douce nature Se parl6rent de l'Ame a l'ombre des bois, Etdoutbrent ensemble en leur ivresse pure
Qu'on s'aimit comme eux autrefois.

Ce soir, lorsque la lune au haut de la colline u Montera n disait-elle a Osala chantera a Quelques-uns de ces airs quo sur sa mandoline
II fit pour sa bonne Mila.

Et moi je to dirai quelque histoire natale Comment on sait dompter le lion le plus fier, Et puis je d6peindrai la rise si fatale ((Aux habitants du grand desert.

* Doux pays de l'Afrique, oh que je t'aime encore Pour le tigI e et le blanc, Dieu fit un m~me coeur Plus je vis avec eux et plus jo los abhorie !
"Pour oux l'or, pour nous la douleur!




Poe'sies compiles 31

Osola r6pondit: << Mili, pourquoi cos larmos? u Au lieu do tant g6mir, adorons-nous piut6t! < Tous mes chagrins s'en vont quand j'admire tes charmed << Garde tes pleurs pour mon tomboau f

11 dit, et Ilembrassa timid et palpitanto La vie est le Sarah, 'amour, c-ost l'oasis 0P l'on voit, it l'abri de I arkne inconstante, Flotter le duvet do., Opis.




Deux houres ont sonne, I'e clave aux camp revole I Non, il n'a point d ailes, 10 temps,
Lorsqu'il spare doux amanits !
Quand viendra le soir qui console ?

C'estmourir qued'attendre! oh! quand viendra le soir
Ou tous deux ensemble au manoir ls pourront so bercer d-une douce parole ? Oi Mila contera quelques histoires d-Angole. Ofi le tendre Osala do son nalf accent,
Et dos sons do sa mandoline, Montera saluer au haut de la colline La lune ciro aux monts, lur couronne d'argent!

Que b6ni soit le clel et toi, Mila, respire.
-Regarde le soleil derribre les dattiers Qui s'en va dans la mer. La pauvrette! un sourire A couru sur sa bouche, et los rayons derniers De l'astre dont le disque it I'ocean so noic Quoique tiddes, chez clie ont allumeic la joie.





.T1 Coriolai Ardoin,,



V

Hilas! On voit du haut .du ciel
Briller des astres d'or la lumire lointaine illas ddjh la nuit est dans ]a plane Et d'oi vient q-A'Osala, sous le to:t pat rnel, Se fasse dsirer. Pauvre Mila son Ane, Qui ce matin encore 4tait toute gait6, Par mille chimbres do femme
Augmente los doulours do son sein agit6: a Marie a les yeux noirs, Mario a les dents blanche. Et le scrin qui chanted centre les branches
Chanto encore moins bion qu'elle; et le jeune roseau
Qui plie au gr& des vents sa taill obbisante
a La balance moins 61lganto
a Qu'elle on 'marchant, son corps si beau!
El les hommes comment A leur vaine parole
Se tier un moment ?
Les lilies i leur corur sont ce quest une yole
Aux flots qu'elle no pout qu'efilourer soulemont!

Vous diriez i ]a voir touted pAle et songou-e, S'dloignant de ses sxours qui i'entendaient gemir, Vous diriez que Mila, naguiro came, houreuse,
Pressentait un sombre avenir

VI

Oh laissez-la plouror Luli quo sur cOtto terre Elle aime plus qu'un aimed une scour ou son frre,
Osala, son amour,
11 languit maintenant Wen loin; sa longuechalne, Car Elbreuil I'a voulu, sillonno une autre plane Ofi courbd sur le sol, jamais il Wentendra Les jardins retentir du nom do sa Mila !




Posies compl&Ies 33

Et Mila fut jadis la couronne d'Angole Aujourd'hui voyez-la! riveuse et triste folle,
Partout elle porteses pas,
Sans cesse commentant une chanson ordole
Qu'elle n'ach~ve pas

Oh c'est piti6 de voir une amante en delire Compagnes de Mila, cachez-lui done vos pleurs! Mre, et vous son vieux phre, et vous ses tendres seurs, Couvrez d'un voile epais le mal qui vous ddchire!

Elbreuil, vois ta victime Une main sur le cceur, Ses beaux yeux noirs leves vers le ciel, elle est morte, Oui, morte avant le temps, et morte de douleur I
Et voici qu'on l'emporte
Sans bruit, sans une fleur.
Sa famille, un vieux pr~tre accompagnent sa bibre
Au prochain cimetibre ;
Et dans la fosse le cercueil
Est bient6t couvert par la terre. Puis pour elle chacon a dit une pribre Tout haut, en maudissant tout has le nom d'Elbreuil.



MARIANI

11 y a un temps de pleurer, et oin teamps e Ore; tin temps dc se lamenter et ur temps de sauter de joie.
EccdsiAsTs. Chap. III.
Les harques sont pros du rivage:
L'air est serein et le nuage
Suspend ses ranges dans l'azur.
Aux rayons mourants des etoiles,
Notre flottille tend ses voiles,
Et sur ie golfe vaste et pur,





34 Coriolan Ardouin


S'blance et glisse plus rapide Que 10 cygne, lorsque le vent
Gonfle A plaisir son aile humide, Et qu'il s'abandonne en courant.

Chaque mit, couronne de roses Qui la nuit mime sont dMloses,
Elbve son front radicux : Et la brise qui le caresse
Court A son tour avec ivresse
Parfurner le flot amoureux ; Et la rame en cadence tombe
Et son bruit on frappant la iner Est le bruit que fait la colombe
Voguant dans les vagues de Fair.

Mariani dit le pilote;
Et dans notre petite flotte
-Ce west pas un nom, c'est un cri
Pour le mieux voir chacun se 16ve,
On le voit, on croit que I'on rbve,
Et c'est pourtant Mariani !
Aussit6t chaque barque est mise
A labri des flots et du vent
On foule la terre promise,
On la parcourt en bondissant.

Ici, c'est une source vive
Qui coule du flanc des rochers
Et creuse un bassin dont la rive
S'ombrage de verts orangers.

Li, cest une haute colline,
Oa s'61ve un simple manoir,
Que la nuit le ciel illumine
D'oi la brebis descend le soir.




Posies conpltes SA


Et c'est au pied de la colline,
Aubord de ces flots enchanteurs
Que le barbaco s'achemine.
Passant sous des touffes de fleurs.

Et la troupe aimable et bruyanto
A formed ses cercles joyeux,
Et I'on s'assemble, on danse, on chante.
Et Yon s'egaie on mille jeux
Et c'est un immense dWlire !
Et ce sont des voix et des ris!
Et c'est la flite, et c'est ]a lyre
Bergant les oiseaux dans leurs nids
Quand le harbaco tourbillonne
Et vous enl6ve et vous suspend, Quand ii vous rait unie couronne
De plaisir et d'enivrement,
Le temps est la biche qui court!
Jeunesse I oh c'est bien d'dtre folle Un jour come un oiseau s'envole,
C'est bien do t'amuser un jour


A MON AME

Elle n'a point cesser de pleurer pen. dant la nutt et ses joues sont trempies de ses larmes.
J~tuiliE Lamentations, Chap. I
Toujours des pleurs, mon ime, et jamais un sourire! Et pourquoi no poux-tu que gemir sur la lyre
EL chanter des douleurs ?
En ce monde il West rien qui t'enivre ou t'enflammel Ni 1'etoile du clel, ni l'amour do la remme,
La brise, ni les flours !






36 Coriolan Ardouin

Saule pleureur pench6 sur les ondes du fleuve, Comme on voit sur le marbre une plaintive veuve,
Redresse tes rameaux !
Regardecheminer le fleuve de Ia vie Au lieu do se trainer, que ta branche fleurie
Se mire dans les lots !

Aprbs tout c'est la mort, la mort quo rien n'Otonne! Ozama, Meschasbe, SenOgal, Amazone
Meurent dans l'Ocean!
Ils ont beau sillonner la surface du monde, Ils rencontrant toujours la men sourde et profonde,
Comme nous le neant!




NIOI-ME ME

Pouvez-vous Nous plaire A n'accabler, moi l'ouvrage de vos mains?. Mes peu de jours no finiront-ils point bient6t ? Laissez-moi done, clue je pleure un peu ma misere, avant que j'alle sans retour, en cette terre t~ndbreuse, qui est souverte de l'obscurit6 de la mort.
Joe Chap. X.

Pauvre jeune homme ag do vingt-un ans A peine, Je suis deja trop vieux. Oui, I'existence humaine
Est bien nue A mes yeux.
Pas une lie de flours dans cette mer immense Pas une etoile d'or qui !a nuit so balance.
Au d6me de mes cieux !

Desert sans oasis campagne sans verdure M6las I c'est le simoun, vent A l'haleine impure,
Non la brise du soir!






Podsies romplhees &3

C'est le cri du lion, non la voix de la femme. Non des concerts d'oiseaux, qui remplissent mon Ame
D'harmonie et d'espoir I

Moi, j'ai le sort de ceux qu'on voit sur cette terre, Tralner de tristesjours, vrais boulets de galore
Jusques 6 leur tombeau.
Car tu me reprouvas, mon juge, 6 Providence, Car un papillon noir, le jour de ma naissance,
Posa sur mon berceau.

Le demon'tend mes nuits d'un voile de t6nbbres! Sije rive, enr~vant j'entends des glas fundbres
Ou les soupirs d'un mort!
Un ange ne vient pas me bercer et me dire Ces paroles du ciel qui me feraient sourire
Comme I'enfant qui dort!

Ncn, de tout cela rien Vivre ou mourir, qu'importe Vivre jusques au jour oft la tombe l'emporte,
Jusqu-A ce que le coeur
Plonge sans remonter et se noie et s'abime, Alors c'est le repos 6ternel et sublime,
Alors, c'est le bonheur.