Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne

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Material Information

Title:
Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Ligue de la jeunesse haïtieene
Publisher:
Impr. de L'Abeille
Place of Publication:
Port-au-Prince
Publication Date:
Frequency:
monthly

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
periodical   ( marcgt )
serial   ( sobekcm )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1re année, no 1 (20 fevr. 1916)-
General Note:
Title from cover.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
aleph - 001528667
oclc - 19032133
notis - AHE2021
lccn - sn 89020401
System ID:
AA00000450:00004

Full Text















This volume was donated to LLMC
to enrich its on-line offerings and
for purposes of long-term preservation by

University of Florida Library







'02 AvitI 1 1,




DE LA

IEVUE DE LA LIGUE

DE LA JEUNESSE II1TIENNE








LA RECLAMATION HOPTON
C-l.70e t i l fv fielo..v
P AR F
FERNAND IIIfnElRT










P.)IlT' AIJ PRill NJ L-
IMPRIMKtIlK K., I,'ABETLE
4. RUE DUL FORTl' PR 1. IUE AMfltICAI1.
1916






















LA RECLAMATION HOPTON
Comndie en deux acles
reprsentde stir le Thadtre Parisiana,
le 19 F',rier 1 9 6, par les membres de la
LIGUE DE LA JEUNESSE HAIiTIENNE









20 AVRIL 1916




DE LA

REVUE DE LA LIGUE

DE LA JEUNESSE HAITIENNE






CE NUTTERO CONTINENT


LA RECLAMIATION HUPTI
(JomntWie en deuxz acles


D AfR


FERN&AND HIBBEFIT


4. nul, zir, 1,onl' 1'jen 1. RNA MP.ICAINIC.


ON












1*












LA RECLAMATION HOPTON

COMEDIE EN DEUX ACTES



PERSONNAGES


Iaucour, Se'cretaire d'Etat
des Relations Exterie ures.
Renaudin, Chefde Division.
Jolicceur, employed supdrienr
Le Payeur. . . . . .
Dalegrand, garcon de bureau
Curtiss, charged d'Affaires de
Pensylvanie . . . .
llopton, citoyen petjylva-
nien.. . . . . . .
Vriscar, Chef de Division a,
Ddparlemcnt du iCommer-
ce . . . . . . .
Le g0nderal Occius, chef des
Movements du Port . .
Me Zonzon, avocet. . . .
L'Inconnu . . . . .
Filius, huissier. . . . .


MM.
GEORGtES LE;GER
Louis MonPEAU
L ON LAIHENS
PAUL BIA.ION
LION LALEAU

EvirEMIOr.T CABIIR]

PRlE. EUG. 1)E LESPINASSE


PHILIPPE LAFONTANT

CHInlSTIAN MORPEAU
GEORGES LAFONTANT
FREDERnIC DUVIGNEAUB
X.


ACTE PREMIER


Le theddre )eprdsente le carrd du Secrelaire
d'Etat des Relations Extdrieures ca Port au-Prin-





6 LA RECULAMATION JIOlelU


ce. A gauche, le bureau du Secrdtaire d'Etat. A
droite, le bureau du chef de Divsion. Au- milieu
de la scone lne table ronde sur laquelle trainent
beaucoup de Nos du MONITEUR et un No de l'I,-
LUSTRATION de Paris. Autour de la table des
chaises, deux fauteuils.

SCENE PREMIERE

HENAUDIN, .'eul a son bureau, annote la cor
respondance, puis CUIRTISS et HIPTON.
HENAUDIN, au bout d'ni instant it appelle:
DALEGRAND !
( Le garfo de bureau entire par laporltedu fond )
Remettez ca au chef de bureau et dites lui
que c'est pressed.
( Au moment oit le garCon allait sortir par la
porte du fond, paraissent Curtiss et Hopton. )
CURTISS, fort accent anglais, il parole trbs
haul, crime meme.
Est-ce que lo miniktre est lA?

DALEG.2AND
Non.
CUIRTISS
Et le chef de division ?
BENAUDIN qui s'dtaitremis au travail, se lcce.
Entrez done, monsieur le charge d'affaires.
CURTISS, serre la main a Renaudin.
Je vous present Monsieur Hopton... (A hlop-





LA REULAMAT'ION HOPTON 7

ton. ) Monsieur Renaudin, chef de division au
Ddpartement des Relations Ext6rieures.
RENAUDIN
Tres heureux . ( poignee de mains; lie-
naudin'leur design des sieges et tous Itois s'as
seyent.
CURTISS
Depuis hier, je cherche A voir votre minis-
tre, Monsieur Baucour, et.je ne parvians pas
A le rencontrer. 'Je suis all6 deux fois chez
lui.. je suis venu deux fois ici . .
Oft done est-il ?
H EN,\ AUDIN, diplomaliquement.
Au Palais, sans doute.
CURTiss
All!
RENAU)IN
Oui... ou bien au minist6re do la JdAtice...
car il est aussi ministry de la Justice.

CURTiss
Je n'y avais pas pens ..
L'affaircdont j'ai ia l'entretenircst simple et
pout so rcgler tres facilement. Jo vais vous
I'exposer; vous la lui soumettrez etje no dou-
to pas qu'il passe imm6diatement des ordres
Pour ]ia iolutionner.
RENAUDIN
De quol s'agit-il ?





S LA RECLA IMATION HOPTON

CURTISS
Voici l'affaire. Monsieur Hopton, mon res-
sortissant, est arrived A Port-au-Prince, il y a
huit jours avec deux caisses de marchandises
qui furent ddbarquees en m6me temps que
lui sur le wharf. Malgr6 toutes les d6marches
possibles et imaginables, le chef des mouve-
ments du port refuse de lui remettre ses deux
taisses.
RENAUDIN
Permettez moi de vous rappelor, monsieur
le Charge d'affaires, quo la loi sur la matierc'
veut quo tout coli-; d6barqu6 sur le wharf
soit achemine A la douane; les marchandises
qu'il renferme, declardes, vdrifides: puis les
droits acquitted la remise en est faite au
destinataire.
CURTISS
Je no I'igno'e pas. Aussi bien, Monsieur
IHopton no demand qu'd remplir les formal.
1es de la loi ot A payer les droits. Mais In chef
des movements du port fait semblant do no
pas comprendre.
R ENAUDIN
C'est tout de m6me un peu fort! I11 appellc)
Dal grand ( Le garron de bureau parait. )
Descendez au ministere du Commerce et di-
tes au chef de division de venir me trouver
pour une communication pressante.
( Le garcon sort. )





LA RICLAIA TION HOPTON


CURTISS
C'est la premiere fois que Monsieur Hopton
vient on Haiti II no parole pas du tout le fran-
(ais. 11 a apport6 cosdoux caisses de marchan-
dises dans le dessein d'tablir une maison de
commerce Ai Port-au-Prince, si ces marchan-
dises s'6coulaient bien. C(Test un essai.

RF.NAUDIN
Ces m'archandises sont de quelle sorte !
CURTISS
Des toileries, des articles de bonneterie.

(Parait Vriscar.)

SCI;NE II

LES MNiMES, VRISCAR.
HENAUDIN, Ie p'rescnlant.
Monsieur Vrisc:r. chef de division au De-
Partement du Commerce, Monsicur Curtiss,
Charged d'affaires do Pensylvani . Mon-
Sieur Hopton... f Poignees de mains.)

VRISCAR; a Hoplon
You speak french?
HOPTON
No ...
VRISCAR
Je regrette.





10 LA RECLA MATIhON HOPT'OV

lHoPTrN, d Vriscar
You speak english ?
VRISCAR
No . .
HOPTON
I am so sorry.
RENAUDIN, a Vriscar
Monsieur Hopton, arrive a Port-au-Prince
il y a huit jours, avec deux caisses do mar-
chandises, so trouve en butte a touted sort de
difficulties pour les avoir. par le fait du chef
des movements du port. Cependant M. flop-
ton est pi t A payer los droits.
VRISCAR
Voulez-vous me dire, Monsieur le charge
d'affaires, les raisons quo donne le chlef des
movements du port pour s'opposcr a'la re-
mise des colis ?
CU;RTISS
Aucune. a ma connaissance.
VRISCAR
C'est strange. Est ce quo M. llopton a fait
la declaration de ses marchandises dans les
delais voulus.
CURTISS .
Oui.





LA RECLAMATION HIOPZOON


VIISCAR
Je vous rappellerai, Monsieur le charge d'af-
faileF, quo sous peine de nullite, la declara-
tion doit Otre signed par un negociant impor-
lateur patentV.
CURTIss
Cela a 6te fait ainsi.
VRISCAR
Alki Monsieur le Cliarg6 d'affaires, il n'y
plus qu'A ve rifier les marchandises de Mon-
jieir Ilopton etl los lii reimettre contre le
paiemcnt des droits.

Cuwriss
C'est prchis(ment ici qu'est toute la diffi-
cult. Le Chefdesmouvements du Port refuse.

RENAUDIN, a Vriscar,
Le Chef des movements du Port n'a rion a
refuser. C'est I'affaire du Directeur de la doua-
n11. Aussi, m'est avis que le DNpartement du
Commerce ecrive au Directeur do ]a douane
Pour lui demander de faire le necessaire dans
la circonstance.
VRISCAR
Parfaitement. Le ininistre est en bas, je
Vais. lui on parler. (a Curtis's) Monsieur le
charge d'affaire, je vous donne l'assurance
qu'avant une helure, le Directeur do la doua-
lie aura reou les instructions necessaires.





1" LA RECLAMATION HOPTO2V

CURTISS
Je vous remercie beaucoup, messieurs." Au
revoir. (Poigndcs de mains, Curtiss et Hlopton
s'en ront ).
SCENE III

RENAUD:N, VRISCAR
RENAUDIN a Vriscar
Ne perdons pas dd temps, allez tout do suite
faire la lettre...
VRISCAR
J'y vais. Mais,dites moi, quest ce que vous
comprenez dans la conduit du cl-ef des mou-
vements dut Port ?
RENAUDIN
Au fond de tout cola. il y a certainement
une combinaison du chef desmouvements du
Poi t pour d(pouiller IHopton de ses marchan-
discs. Mais allez vite faire la lettre; si nous
no parons pas le coup, nous 2llons avoir du
tracas et cc pauvre pays aura encore A
payer...
VBISCAR, se savant
Au revoir.
RENAUDIN, allant d la porle du fond.
taldgrand, ne laissez entrer personnel.
DALIEGRAND, du -dehors.
Oul, division.







LA R11'OL.AJfATION IHMPTON 13

SCENE IV

R ENAUDIN, BAUCOUR (II entire par la gaucke,
accroche.son chapeau a une paltre pris de son
bureau, ddpo.se sa canne, ouvre son bureau y
place sa serviette.
BAUCOUR
Division, honjour.

RENAUDIN
Bonjour, Socr6taire d'Etat. ( Ils s'approchent
I'un de l'autre et se serrent la main ).

BAUCOUR
11 me revient que le Charge d'affairesde Pen-
s3Ivaniie inm cherche comme une epingle...
Est ce qu'il vous a vu ?

RENAUDIN
II vient de partir d'ici, il y a deux minutes.

BAUCOUR
Ah I ... Qu'est-ce qu'il y a encore ?... a-t-il
caused avec vous 7
RENAUDIN
Oui... II voudrait voir remettre A un de ses
ressortissants deux caisses de marchandises
sur lesquelles le chef des movements du Port
a pos6 son grappin. J'ai fait venir le chef de
division au Commerce et it nous deux nous
avons faith le necessaire.







1 LA R,,LA JMTI'ON HOPTON


BAUCOUR
Tant mieux done r ( Ils'assied i son bureau,
Renaudin est au sien et annole la correspondan -
ce. Le ministry lit des lettres privees. Apres cha
que lecture il de/hire la lettre et la jette au pa-
nier ).
BAUCOUR, de sa place
Renaudin ?
RB ENAUDIN
Secretaire d'Etat.
BAUCOUR
Quol est le nom du ressortissant de Ctirtiss.
RENAUDIN
Hopton.
BAUCOUR
All diable... Vous savez que le chef des
mouvements du Port F'a denonce au President
comme 6tant un conspirateur... un agent tres
dangereux des exiles de Kingston.
RENAUDIN
C'est dMlirant.
BAUCOUR
Le President est furieux II m'a parle tout a
1'heure de ce Hopton et voulait quand mime
firee prendre un arr&t6 d'expulsioncontro lui.
RENAUDIN
Ah bien, par example !







LAILA RA JI-.1{TI7ON ft OPTO1V


BAUCOUR

II1 parait quo quand le chef dos movements
du Port dinonce queolqu'un, il le fait a fond...
Nous avons eu toutes les peines du monde,
mon collogue de I'lnt6rieur et moi, a emp6-
cher le President de prendre cette measure.

RENAUDIN
Vous avez bien fait. ( silence ).
BAIJCOUR, lit des letltres, puis brusquement:
Ah I Renaudin...

RENAUDIN
Secretaire d'Etat.
BAUCOUR
TUl6graphiez A notre ministry a Paris pour
lui dire de hater l'oxp6dition des dix mille ca-
rabines'et du million de cartouches.
R ENAUDIN
Tres bieon.

SCENE V

LES MI\MES, JOLICtEUR, UNE FEMME
( JOLICtoUR entire ave: la correspondence.
RENAUDIN la parcourt, fait des corrections,
Puis lui dit: apportez a la signature.
(JOLICIEUR prdsente les lettres au ministry.
Pendant ce temps une femm3 d tignon blanc,







i1' LA I7U('CLAMA TION IHOPTON


parvient a pendtrer par la porte du fond, et
demand l'aumdne a Renaudin : < Division,
meme dix centimes RBenaudin lui done une
pidce de monnaie. AprAs qu elle s'est retire,
Renaudin va a la porte du fond et s'dcrie *
Dalegrand, je vous rep6te qu'il ne faut
laisser entrer personnel :
DALEARANO, du dehors.
Oui, division.
Le ministry a fini de signer. 11 fall signed Jo-
licceur d'emporter la correspondence, mais Joli-
cemur ab6orbd par des images podtiques est com
me en extase. Le ministry est oblige de le rap-
peler a la reality.
BAUCOUR
Voyons, emportez-(ca I
JOI.IC(:UR
Ah! tres bien, Secrdtaire d'Etat.., excusez-
moi.
I II sort avee ta( correspondence d'un air in -
pire).
SCi'NE VI

BAUCOUR, RENAUDIN
BAUCOUR. Qu'est-ce qu'il a, cet employ( ?
II est fou ?
-RENAUDIN
Joliccur... Non. C'est un pokte et le meil-
leur employee du d6partement.






LA- Ill I. iA .L''t-,., I1I'Tou.V

BAUCOUR
Ah il taquine les muses.

RENAUDIN
II ne les taquine pas seulement, il les
tourmente, il les secoue, il leg comprime et
au besoin, il les viole, si j'ose dire.

IIAUCOUR
Ah! bah ; . lui qui parait si doux.
RENAUDIN
L'homme est'doux, mais chez lui, Ie potle
est un terrorist qui ( faith basculer la balance
lhimistiche,, et voler le vers de la cage ce-
sure.,

BAUCOUR
VXous m'en diroz tant!

SCkNE VII


LES .M1~MES, DALIAGRAND
DALIGRAND
Secretaire d'Etat. le ministry de France
est ld-oui.
BAUCOUR
Ah !
DA LG.RAND
11 vous attend dans le salon de r option.






i I A ltl'Cl.AMA 'I'ON HOI'PON

BAUICOUR
C'est hon ... j'y vais. (I! sort d droite ).

SCENE VIll


IES MIfMES, LE GENERAL OCCius
Occtt;s, en uniform, Ir-s arrogant
Est ce que votre ministry est 1i ?
DAL.GRAND
11 est en conference avec le ministry do
France.

R1ENAUDI N
Entrei done, general. (Dalegrand sort.)
Occius, descendant en scene, d Blenaudin.
Mon cher, conseillez A votre ministry de res-
tor tranquille ?

RENAUDIN
Qu'est ce A dire ?

Occius
Vous me comprenez parfaitement. Aussi je
vous recommande une nouvelle fois de con-
seiller A votre ministry de cesser ses manoru-
vlres.
RENAUDIN
Quelles manceuvres?





i 71 LA':.II TION X 0JOPTON I9

Occius; furieux
Votre ministry vout m'entraver !
RENAUDIN
Comment ea ?
Occius
II a empechi le Pr6sident d'expulser un
mauvais sujet, un perturbateur, un brigand du
nom d'Hopton que les exiles de Kingston ont
envoy ici pour organiser une vaste conspira-.
tion.
RENAUDIN
S'il en 6tait ainsi, les agents du gouverne-
ment A I'Mtranger eussent signalI Hopton A
I'attention du Departement. Or, cela n'a pa,
6te fait.
Occius
Les agents du Gouvernement A I'1tranger
Ine font pas leur devoir, voilh tout.
RENAUDIN
Vous qui prktende. faire le v6tre, quelles
preuves avye-vous contre Hopton ? Donnez-
nous une preuve, une scule, et immediato-
ment no.us ferns le necessaire.
Occius, baissant le ton
Une preuve...
RENAUDIN
Oui, une preuve valablo.





t LiIdi' RL iLAMA7IaN HOPTOIY


Occius
Et mon flair 1? Qua faites-vous. de mon flair
dans tout ea ?
IRENAUDIN
Votre flair...
Occius
Oui, mon flair. Da moment que je signal
un individu, qu'il soit haTtien ou stranger, au
gouvernement, des m-sures do rigueur dol-.
vent ktre :'rises imm6diatement centre lui.
RENAUDIN
C'est lA une conception que le Ddpartement
ne saurait faire sienne.
Occius
Ce IWest pas dtonnant, vous 6tes un tas de
conspirateurs dans cc bureau.
RENAUDIN
C'ext fa.
Occius
Seulement, vote ministry paiera pour tous.
Dites lui que s'il continue Ai me corntrecar-
rer dans I'affaire Hopton, il tombera du mi-
nistere.
R ENAUDIN
Je vois que vous ne connaissez pas du tout
Monsieur Baucour. Si c'est pour I'effrayer que
vous faites toutes ces menaces, je vous aver-






LA RULAMJ I TION HOP'TON


tis que vous perdez votre temps. Sous ses
apparences aimables, c'est un home tries
crAne et surtout trbs droit. II ne laissera p'ts
expulser Hopton parcequ'il n'y a pas de preu-
ves contre Hopton. Cherchez donc autre cho-
se.
OCCIUS
Ah !.. Eh bien vous direz A votre miniistre
que..,
RENAUDIN
Je ne lui dirai rien du tout. Mes devoirs de
Chef de division sont nettement limits et je
les remplistresconsciencieusement. Jene stis
pas plac6 ici pour fire les commisionfi des
autorites militair'-. Si vous tenez quanmd md-
me a adresser des menaces au Secritaire d'E-
tat. attendez-le, il va venir, il cause en ce mo-
ment avec le ministre de France.
Occius, se radoucissani
Bi'n... lien... Alors vous croyez que Bau-
cour, malgrd tout cc que jc pour:ai I'aire, ne
se laissera pas iuntimider c'est en ami que
je vous parole.
RENAUDIN
Vous perdez votre temps c'est en ami que
je vous reponds.
Occius
Merci. ( 6 part ). Je vais employer un au-
trei moyen contre ce Hopton. ( Tendant la






Vt LA RECLAMATION HOPTUN

-main dARenandia). Vous 6tes un homme franc,
vous me plaisez. J'aime les homes commc
.vous. Au revoir.
RENAUDIN
Au revoir, general. (Occius sort.,)

SCINE IN


1YNAUDIN, seutl, puis, BAUCOUR
: ENAUDIN, seul,
Tant que ce miserable sera chef des mou-
vements du port, il nous faudra lutter au d6-
partement, pour empecher toutes les forimes
d'abus...
(Entre Baucour, il patait trrs prdoccupd Re-
naudin, s'assied et ecril.)
BAUCOUR
Qui est-ce qui criait comme (;a ici, il y a un
instant ?
RENAUDIN
Le Chef des mouvements du Port.
BAUCOUR
h'. Et qu'est-ce qu'il desirait?
RENAUDIN
Son intention 6vidente est de vous effrayer
pourque vous ne vous opposicz plus 1 l'expul-
sion d'Hopton.





LA R('LAafATIO~Y HfQJTON


BAUCOUR
M'effrayer... co).nment m'cffrayor... it me
pread pour un lAche ?
R ENAUDIN
II voudrait vous effrayer ep vous menagant
de vous faire perdre votro pQrtereuille.

BAUCOUR
11 croit done que j'y tiens tant quo ga .. Ne
nous occupons pas do cet imbecile... Ecrivez
au D6partement de la Justico pour de.mander
une enquete au sujet des mauvais traitemnents
que des hommes arms, .,; diguis-s e i mili-
laires, auraient rait subir, hiir soir, au Se'rti-
taire de la Lgalion de France.

R- ENAJDIN
Co i... comninuet Encore une inuvclle ar-
rairc !
BAUCOUR
Toujours. ( II dd'pose une lellre sur le bureau
de Renatdin. ) Voici la Iettre officiello du mi-
Dnitre de France, qu'il m'a remisa lui-meme.
par laquelle il !e plaint do la conduite d'uu
group de soldats et d'officiers haitiens A 1'6-
gard d'un des principaux membres du person-
'nel de sa Ldgation. Accusez reception et pro-
Inettez I'enqu6te et la punition des coupables
qui nesauraient 6tre des soldats et des officers.
Je viens de discuter ce point avec le ministry.
-Car le Ddparttment des Relations Ext6rieures






.4 LiA RJX(LAMATI'ON IHOPTON

se refuse A admettre quo ceux qui sont prepo-
ses au maintiendel'ordre public puissent 6tre
accuses d'6tre des fauteurs de dosordres. Les
coupables, se sent lej milfaiteurs que la der-
nibre revolution a faitsortir do prison, et qui.
deguises en militaires, commettent toutes
sortes d'excs en, ville, la nuit. La police est
sur leurs traces. Telic est ma these... tell est
la these du Departnmcnt des Relalions Ext6
terieures.
RENAUDIN, accc admiration, 4 part
II est 6patant !
BAUICOUR
Et comma la police a. on effet, commence a
capture un certain nombre de malfaiteurs
auxquels laderniere revolution avait ouvertes
toutes grande', les portes do la prison, bient6t
le Secretaire de la Legation do France sera
invite se rendre en prison pour constater si
parmi ceux-li, il no reconnait pasaquelques-
uns do -es agresseurs.
R ENAUDIN, dans le ravissement
C'est ga... c'est (;a... quel esprita resources!
Tapage d la porte. bn. individu cherche a f'or-
cer l'entree. Dalegratnd le repousse. Le ministry
intervient et fail enterr i'individu.
SCENE X

LES IMMES., L'INCONNU
L'INCONNU
Secretaire d'Etat, deux mots! J'ai deux mots





LA RtCLAMA7TION f OPT0 3

ha vous dire "en particulier. C'est tres ur-
gent t
Le Ministry descend pres de son bureau ,'l'ii-
connu l'accompagne et lui parl .d voix bass,
avec force gestes. Le ministre parait vouloir se
ddrober aux demands de l'inconnu... Celui-ci le
press. RInaudi' travaille. )

BAUCOUR
Cela n'est impossible ... C')mment voulez-
vOUS?..

L' .NCONNU *
Mais, ministry, un cadavrc ti'attend pis!
BAUCOUR
Eli bien !... (avec intention.) J'olfre le cer-


L'INCONNU, ddconccrtd. d part.
Aie K... Jesuis pris,

BAUCOUR, itnlement
A deux lieures, je vous ouvoio le cercueil.
C'est encore ce (qUi coito le plus clier.

L'INCONNU
C'cst bien. ministry, c'est bien .. Puisque
vous me refuse la valour queje vous deman-
de, il u'est pas nicessairc que vousm'envoyiez
de cercueil. Adieu.

BAUCOUR
Le cercugil ou rien '





6 LA4 IECULAMATION HOPTON

L'INCONNU, s'en allant
Gardez-le pour vous. (Furieux et nmenafant:
Cd bon !... (11 sort)

SCENE XI


BAUCOUR, RENAUDIN, puis DALAGRAND.
BAUCOUR
C'est aiasi que je pare le coup du parent
mort... et Va me reussit toujours.
11 s'assied i suon bureau, puis consulle son
camel de note.s. Au. bout d'un instant. it ap-
pelle...
Division :
RENAU DIN
Secretaire d'Etat.
BAUCOUR
Et la dCepkclvi cliiflrde A notre ministre A Pa-
ris relativement A I'expddition des armnes et
.des munitions.
RENAUDIN, dcrivant.
J'y travaille en ce moment.
BAUCOUR
Bien . bicn.
(Daligrand entire et ca parler bas d lienaudin.
RENAUDIN, sans se deranqer.
Allez I'annoncer au ministry.






LA llbLAM.ITIIN HIOPTON- -7

DALEGRAND A Baucour
Secrdtaire d'Etat, c'est le Charge d'affaires
dt Pensylvanie avec son hommc ld.
*f BAUCOUR
Quel home ?
DALIGRAND
Hopton.
,BAUCOUR, i'air contrarie
Faitos-les'cntrer.

SCENEE 'XI

BAICOUR, RENAUDIN.CURTISS, 1lOPTON-CCes
deut derniers descendent en scene bien roiues et
allendent une secotnde on deux.
BAUCOUH, s,' levant de son bureau cl allant d
eu, monl cher Charge d'affaire-...
CU.RTISS
.Mousieur le Secretaire d'Etat... ( Poigneie de
mainbs.) Jo vous presente Monsieur Hoptoo.
BAUCOUR -
Eir;hantc '... ( Poignde de mains)
( Itenaudin, se leave de son bureau, s'incline,
s'excuse et se remet a sa depdche chiffrde.) Sur
i'i citation de fiaucour, on s'assied.
CURTISS
Monsieur Renaudin qua j'ai vu ce matin a






?8 LA ftJ'cLAJIATION IHOPTON

propose des vexations inouies que le chef des
movements du Port fait subir A mon ressor-
tissant M. Hopton, ( il le design de la main )
aessayd de me dinner satisfaction, miis...
BAUCOUR, I',rrirt'nt
Je vous demand pardon, mon cher Charge
d'affaires, mais j'imagine que 1'expression que
vous yenez d'employer A I'gard d'unn auto-
rite constitute de la Republique, a depass6
votre pensee. Le chcfdes movements du Port
a pu Wtre s6evre dans application de la loi.
mais de IlA affirmer qu'il a faitsubirdes vexa-
tions inouies ;i votre' ressortissant Monieur
Hopto ..
CURTISS-
Parfaitoment. J.I maintions I'expi'ession ilt
j'ai employee.
BAUCOUR
Pour ma part, jo ne saurais 1'admettre.
CURTISS
Je n'inlwisto pas Ia-dessus, n'ayant p s d'in-
ter&t a faire devier Ia question... Ce a quoi je
tenais c'est que I'aflaire Hfit r6glee a l'amiable.
Et je constate que malgre ma bonne volont6.
malgr6 les efforts du chef de division des Re-
lations Ext6rieures et de celui du Commerce-
loin d'6tre reglee, 1'aflaire s'est compliquec...
RENAUDIN, se levant, de sa place
ComnmentI Le Directeur de la douane ne
vous a pas dMlivrd les colis aprbs verification"






LA RECLAMATION HOPTOH N X :

BAUCOUR, machinalement.-
Comment Le Directeur...
CURTISS, avec force
Le Directeur de la douarne n'a pas pu le fai-
re, parceqbe le chef des mouvements du Port
a saisi les deux caisses et a deposd tine
plainte centre Monsieur Hopton, qu'il declare:
avoir prig en flagrant delit de contrebande.
RENAUDIN, a part.
Patatras (11 retombe assis devant son bu-
reau. )

CURTISS
Voici la citation que le commissaire du
Gouvernement vient de faire signifier A Mon-
sieur llopton pour le sommerde comparaltre
devant le Tribunal civil en ses attributions
correctionnelles.
BAUCOUR, ferrmd,
Ah 1
CURTISS, se levant ( Hlopton se Mrve aussi et.
a1t.sSi Baucour.)
Je protest centre ces proc6 Jds Et mainte-
nant, je ne demand plus que les colis de
Monsieur Hopton lui soient remis- jo rdecla-
me 6nergiquement quo le government hal-
tien paie A Monsieur Hopton le montant de
Ses uarchandises, avec un dddommagement
POur le temps qu'on lui a fait perdre et les hu-
tniliations qu'on lui a fait subir. ( Mtire de sa






Si L.A IEOL.j1,.TJTI ONV Po\'V

poche une envelope. ) J'ai I'honneur de vous
confirmer par dcrit la rAclamation, qu'ai
nom de mon government, je viens de vous
faire.
BAUCOUR, doucement et fermement, avec le,
geste de repousser le paper.
J'ai l'honneur de vous d6clarer, monsieur
le Charge d'affaires, que le D6partement de4'
Relations Ext6rieures ne peut que, repousser'
une pareille reclamation, vu i'imposslbilite
ou je me trouve 5 la discuter.
CURTISS
Et pourquoi ?
BAUCOUR


Parce que I'Affaire est devant la Justice.
'i CURTISS
Et si I'affaire reste un an, deux ans, devant
la Justice.


BAUCOUR
Cela tie sera pas... car je vais agir. ( se tour-
nant vers Renaudin, avec decision.) Chef de
division, 6crivez it mon collgue de la Justice
et denmandez-lui de faire le n6cessaire pour
que 1'affaire Hopton passe it la plus prochalne
audience du tribunal civil.
RENAUDIN
Tris bien, Secretaire d'Etat.
CURTISS


Et... qui est-ce, le ministry de la Justice ?






L.A 10:'CLAVATION I(I.V J'jl'lvY


BAUCOUR
C'est moi.
CURTISS
SAh! ... Vous ecrivez a vous-mdme?..
BAUCOUR
Oui... et je reponds. -.C'est comme ca.
CURTISS
Enflnl Pourvu que ;a aille vite... Je d6sire
que rienn'altOreles bonnes relations qui exis'
tent entire nos deux gouvernements.

BAUCOUR
C'est mon v(eu le plus cher... Je travaille
constamment a resserrer les liens qui unis-
sent Hatti la Pensylvanie...
CURTISS
Et la Pensylvanie LA HaTti.

BAUCOUR
Voild.-- Et comme vous affirmez que le hoa
drolt est de votre c6te, je suis convaincu quo
Monsieur Hopton va rentrer tr6s prochaine-
ment en possession de ses colis avec les sa-
tisfactions ndcessaires.

CURTISS, vivement
I hope so ... pardon! ... je veux dire" je
loesp6re. Malhoureusement, il va falloir que,
Roon ressortissant constitute un avocat.






.? I 1 ,fl ..\l .A 'ioN }I.'7TO.V

BAUCOUFt
C'est inevitable.

CURTISS
Monsieur Hopton n'a pas les moyens de
faire tous ces frais. C'est .un malheureux. II a
mis tout son petit avoir dans ces marchan-
dises sur la vente desquelles il comptait pour
avoir un peu d'argent en mains et se db-
brouiller.

BAUCOUR
Je comprends... assur ment. rials...

CURTISS, d Hopton
You must calse on attorney !
HOPTON disespird, les yeux au plafond.
Good gracious I am quite exhaust, ed...
you will help me ?

CURTISS, le remontant
Yes, yes. Newer mind.
(t Baucour) Au revoir monsieur'le'Secrtaire
d'Etat, et je compete sur Votre Excellence
pour faire active les choses.

BAUCOUR
Vous pouvez computer sur moi, mon cher
charge d'affaires. Au revoir. '.Poignde de
mains. l/s 'ortent par le fond. ) Aprks avoir lid Renandin.






L.A lii'(LA.IATIth) IH l'TON Ss,

SCENE XIII

BAUCOUR. RENAUDIN.
BAUCOUR, nerve.
Non, non, non... Mais quand done 'igno-
rance *cessera-t-elle de nous donner des tra-
cas au D6partement des Relations Ext6rieu-
res ?

RENAUDIN, narquois.
L'ignorance...

BAUCOUR
Oui, l'ignorance.
RENAUDIN
Alors vous croyez que c'est par ignorance
quo le chef des movements du Port a agi
commeil ]'a fait?
BAUCOUR, apr s une pause
Au fait, Renaudin, qu'elle est votre pensee
la-dessus ?
RENAUDIN, cachetl.
Mon Dieu ...
BAUCOUR, vivement
Renaudin, ce n'est pas le ministry des Re-
lations Ext6rieures qui parole a son chef de di
vision... c'est I'ami Baucour qui s'adresse a
son ami Renaudin et lui demand de lui dire
sa pensee intime sur cette affaire.






[ LT 7R':CL.1AJATTINY 1PT'7'ON

RENAUDIN
Ell bin jo ponse que le chef dos mouve-
ments du port veut s'approprierles deux cai-
ses de Ilopton et dans ce dessein, il cherche
a tout embrouiller.

BAUCOUR
Renaudin, je pense comme vous.

RENAUDIN, liii errant la main.
Tres flattd.

BAUCOUH
Seulement, je ddjouerai sa combinaison.

RENAUDIN, imilant Cutriss.
.1 hope so !... :ardon... je veux dire : jo P 'es-
pere.
BAUCOIIR, riant.
Nous rions... il n'y a pourtant pas de quoi.
RENAUDIN
Si l'on ne riait pas dans ce pays, mais. ..
I'on 6toufferait. On rit pour ne pas Mtoufler.
That is the question.

BAUCOUR
Si bien que rire est une cure.
RENAUDIN
VoilA. ( Un lemps. Puis doesignant son bu-
rean, ii ajoute ) Voulez-vous signer le t~ld-





LA RI'CLAMATION IIHOP'iON


gramme chinfre au ministry A Paris et la let-
trIe a votre collegne de la Justice ?

BAUCOUR, SOUril, puis viVemenlt.
Signez-les vous mime par autorisation (II
va s'asseoir d son bureau )

RENAUDIN, s'assied devant le sien, sigiie les
deux pieces, puis appelle :
Dalegrand ?

DALf`GRAND, parail au fond.
Division.
RENAI'DIN
liemettcz cutte lettre au chel d(o bureau.
Qu'il l'exp6dic au Ddpartcment de la Justice
sans retard.

DA IEf.;RAN(1
Bien, division.

1RENAUDIN
Al En mrmo temps, dites au paycur de v'-
hir me trouver immediatement.

DALEGRAND
Oui. division. ( II sort aver la letile. Silence.
Les deux homes restent a leumr place. Le minis
11'e feuillette un recueil de loisei parait soucicux
ltenaudin lit des leltres quil-annote.
Entre le Pa!u'ur. 11 est trbs (/ros ct poric une
setciette extrritement bourre'.






,7 LA fitCLAMATIlON HOPTON

SCENE XIV


LES Mif MES, LE PAYEUR.
LE PAYEUR, bon enfant, rieur.
Vous m'avez fait appeler, division.

RENAUDIN
Oui, payour. Vous reste-t-il des fonds en or
pour les tel6dgrammes?
LE PAYEUR
Peu de chose, division.
RENAUDIN

Nous avons 1l une dpeclie urgente a expb-
dier A notre ministry a Paris.

LE PAYEUR
Si elle est longue, /c ne pourrai pas-non, di
vision.

RENAUDIi
GrAce au Code Pieron, il y a en tout six
mots.
LE PAYEUR
En ce cas, vous pouvez me ]a donner. divi-
sion. [lienaudin lui remet un paperr) Je puis
me retirer, Jivisisn.

RENAUDIN
Oui, oui.





LA RIECLAMATION HOPTON


(Le Payeur va prendre sa grosse serviette trop
b'urre'e sur la ta6le di milieu. 11jette un coup
d weil /u lif du c4de d- Baucour puis du cMdi de
Henaudin el come il constate que les deux
homes travaillent il en profile pour ramas-
ser ie plus qge possible de journaux et de vieux
papers qu'il fourredans sa serviette. Puis il sort
en tapinois.

SCENE XV

BAUCOUR, RENAUDIN
BAICOUR, preoccupe'.
Decidement, il faudra que je prenne lines
precautions... sans quoi, cette affaire Hopton
me causera de grands d6sagrdments. ([ se l-
ve ets'adressant d Renaudin.) II n'y a plus rien
A signer ?
RENAUDIN
Plus rien pour aujourd'hui.
BAUCOUR, (11 ferme son bureau, se coiffe, prend
serviette et sa canned )
Dites done, Rettaudin?
RENAUDIN
Secrktaire d'Etat.
BAUCOUR
Faites dire au chef de division de la Justice
devenir me trouver a la maison etqu'il am6-
ne avec lui le Commissairedu Gouvernement.
C'est tres urgent.





S LA RECLAMATION HUOPTUI'

RENAUDIN

Tres bien.

BAUCOUR,- ui serrant la main.
Au revoir, Renaudin.

RENAUDIN
Au revoi; Sccretaire d'Etat. (Biaucour sort)
(Rideav)

FIN DU PREMIER AC ,E.










Io- j






Li lcLA!fT~u IOPT'CN


ACTE DEUXI EME.


A Mfme decor. luitj ours aprks.

SCENE PREMIElRE

DALIGRAND, seul, lisant le Monileur ,)
,, ... Oui, mes chers collogues, nous avons
pour devoir d'assurer ledevenir du pays,en le
lane;ant rdsolumentdansla voie de la civilisa-
tion. C'est pourquoi je me felicite, en levant
la voix dans cette enceinte, non contre le pro-
jet quo l'honorable Secretaire d'Etat des
Travaux publics nous a presentW, mais contre
le chiffre qu'il demand. Car plus j'examine
ce chiffre de cinquante-mille dollars que le
Gouvernement exige pour l'edification de ce
pont, don't je suis le premier a reconnaltre
l'urgente necessitW, plus mon patriotism
hien connu se cabre. Aussi je le declare hau-
tement: si nous voulons que I'oeuvre soit par.
faite; si nous voulons que la dignity de la
Chambre soit sauvegardde, ce n'est pas cin-
quante-millo dollars que nous devons voter
pour une entreprise d'une si haute portee mo-
rale et materielle, ce n'est pas cinquante-mil-
le dollars... c'est cent mille dollars!... (Ils'in
ltrrompt).
Quel orateur instuit que ce Lajarte Et







40. LA IL'GCJL.IMA T'ON HouPTON

comme c'est bien dit I De tels discours me
grisent positivement et on ne los trouve que
dans le Moniteur. Aussije lis toujours le Mo
niteur. Continuons. (Sur ces derniers mots,
entire Jolicur.)

SCENE II


DAL9GRAND, JOLICLEUR.

Bonjour Daldgrand... Comment! le chef do
division n'est pas arrive encore ?
DALtiGRAND
Vous voyez.
JO IICCEUR
C'est qu'il est dix heures et demio et
d'habitude A dix heures, il est toujours la.
DALUGRAND
Comme on a tire quelques coups de feu au
bureau du port cette nuit. le chef de division
a du aller au Palais se faire voir sans quoi
ceux qui veulent avoir sa place diraient qu'il
est avec les ",brigands').
JOLICCEUR
Quels < brigands, ?
DALUGRAND
Tous ceux qui ne sont pas avec le gouver.
nement.







Jol:c.U:UR
Au fait, DalIgrand, que s'est-il passe cette
nuit au bureau di port ?

DALEGR AND)
Je ne sais pas... Le chef des mouvements
du port pretend qu'il a 6te attaqu6... En ville,
on n'en croit rien On dit que c'est une cum-
b/ilaison...
JOICI(EUR
Une combinaison...
DALtGRAND
Oui.. Seulcment, le chef des movements
du port a fusill6 un homme.
JoLICU:UR
Qui est ce ?

DA L(G;RA ND
Les quelques personnes qui out vu le ca-
davre croient que c'est un pauvre malheu-
reux nommne Occident.
JoIICoIUI
C'est bien triste des choses come ca.

DALEGRAND
Ce qui est encore plus triste, c'est qu'on a
Profit de ce brigandagee, pour arrcter un tas
de gens. D'autres ont gagne .les consulats
Tout le monde salt pourtant que cette atta


),.I 1:1,"CLAHATIoN J10117''(AN





j' I LA tL'(LAL.-I.1T'i'O HOPITON


que est une invention. II n'y a de vrai dans
I'affaire que I'ex6cution du pauvre Occident.

JOuIctUR
Ce n'est pas le chef des mouvemeit-s ill
port qui r6velera sa combinaison, n'est-ce pa-?

DALEGRAND
On saura... D'ailleurs, ca ne nous regard
paQ.

JOLIC(EOUR
Vous save quejo n'ai rien entenda. Cepen-
dant j'ai travail trys tard aux dorniieos p;i-
ces qui doiventcompl6ter mon recueil de vers
que je compete publier *. la fin de l'annee.
Vous aimez les vers, Dalegrand ?

DALAEGRAND
Pas beaucoup... Je prefere les discours.
Vous avez dui remarquer quo je lis souvent le
Mloniteur

JOLIC(:YUR
Si fait... j'ai re:narque
DALI(;RAND
Eli bien, c'est pour les discours de nos ora-
teurs a la Chambre ct au S6nat... Le pays a
produit dnorm ment d'orateurs.

JOLIC(:OUR
Enormement (un lemp-.) Et mes vers, Dale-





LA IRPi7.i/AMA 'foN iHOPTON


grand, les lisez vous quand ils paraissent
dans les journaux ?

DALPGRAND, clignant de l'w'il
.le les lis... c'est tres fin.

JOLIC(EUR, ravi.
Vous avez dit le mot, Dalegrand, c'est tres-
fin. Je suis stir qu'un critique n'aurait pas su
apprecier avec ce sens just des petits chefs-
d'reuvre faits de rien, mais pleins de grAces,
de sentiments, de sonorites, de...


SCk'NE III


LES M\.MES, CHRTISS. fHOPTON. Me ZONZON,

I.'IlISSIuiR

CURnTiss, (11 reste coif'I)
Bonjour. Estco que le ministry des; Hela-
tion. Exterieures est-lA ?

.I0 [IC(I,:'R
II n'est pas encore arrive.
CURTISS
Et le chef de division ?
JOLICC(UR
II sera ici dans un un instant.






LA1 RE!'C',LAMATION If (P'IA'

Cuniiss
Vous voudroz hIlio inrloprm r MIOOIeu ie
Ministre, quc le Chiarg6 d'arfairoe, de Pon,;zl-
vanie etait venu pfr6s de Iui pour tine commiu-
nication im'portanite...
JoiicwunJ s'inclinant.
'Pz6.- bWen, Nionsleur le Cliargdd'a frairos
Cunnrs s
Et que je rcviendrai ici ii midi.

JOLICU]-'uR, s'inclinvia
'1Ills Wocn, M. Io Clbrg6 d'AITalcs

CURTiISS
Bojour, (tt Ilopton) You must b,- her-e twelve.
LIOPTON
\Ve ii.

('iirt .od' par- le fond s uitii des teois maurev
d la PilC)

S C fNE I V

JOLIC(EUR, DALItLRAND. Plls FIENAUI)N
JOI.TCl IR
11 se passe queique chose
DAIAGRCAND
Ca so sent.
(En/re lienaudin par la di-oile.)






1,A RLI LAJMA'I ION OT11011'i1


JOLIC(EUR
All bonjour division.
RENAUDIN, oucrant son bureau, ct dcposant son
chapeau, sa canne ce sa serviette dessus.
Bonjour Jo, ic( Ir.
DALEGRAND
Bonjour Division.

lhENAUDIN
Bonjour. Comment Qa-va t-il, Dal'grand ?
DA (ll lnA N)
( a va oui, division.
Fl', NA UD IN,
Ne laissez cntrer personnel, heinu
DAIEI: AND. a(llan d la port et 'se WIWttllln/ dc

Bi n, divisi- i.

SCRNE V


1'NAUDIN, JOIICIEI'R.

JOLICMEJ;U
Division, le Charge d'alfaires de 1'cn \lva-
nie 0lait vot.u avc(c le sic ur llopton, 1'avocat
de celui ci et un huissier.

RIENAUDIN
All!






4 4 I LA (L.'LiMhl(A'N I('I"'TON

JOLIGTAIR
11 a dit qr'il roviendrait a rhidi pour uno
communication pressanto au Ministre.

H ENAUDIN.
C'est bon. J'ai laissc l mini-Ire in Palais.
II1 va venir. Jo dois m6me ili preparer une lot.
tre quo vous allez mo dactylograpi'r.(ll//s'as
sijd t son bureau et 'critl. Eli hien Jolij eur,
qu'est-ce qu'il y a de ncuf .
JOLil'EUR, hesitant
On no parle, en ville que... do cclle alta.
que... do cotte nuit.

RIENAUDIN, ironiquic
Attaque. .. Est-cc qu'on croit sdrieusement
A une attaque ?

JOuIC(EUR
On n'y croit pas.
ENA U DIN
Ali

JoLIC.EURI cro/anti s'.'re 1rop acancl
C'est-it-dire... los uns croient... les autres
110 croient pas...

H{ENAUDIN
Et Vous, Jolicctur, que croycz-vou'?

JOI.IC(EUR uvivement.-
Vous save, moi, je n'ai rien entendu.






LA JUN'IAMIJTIU1Y JI1OiY)N


R ENAUDIN
Continue comme <:a, Jolicwvur, vous ferez
votre clhemin.
Jol1icUiUR
C'est vrai.. Jo n'ai rien entendu... Ceper.-
dant j'ai travaillN assez tard hier soir... J'ai
mme composed une petite pi6ce impression-
niste que jo vous d6die. Jo vous attendais
pour vous la lire.
RENAUDIN, riant.
Ah Jolicoeur, vous oubliez le ver. cdli)ro :
llo te iti pli enl clItttle.d r pjici lt ],e l u' b rtle
J LICE,:Ul
Mais .j no savais pas quo Rome brilait... Jo
veux dire que le 13ureau du Port diait attaque.

RENAUDIN
Voyons..jo vous taquine... Dites-moi vos\(t i,-

JOLICUEUR, Vacc t/an.
I\IESSS c'est to titre.

RENAUDIIN
Et lo titre mi ravit.
JoLIC EUR, acLc Ur/cil(.
(CYst trbs important, le titre.
RENA'JDIN, pince-sans rire.
Je vous croi Et souvent le titre impoite
Plus que la piece.






1,4 LA JRECLAJfA TION HOPTUON


Jol Ic(I;UIn, ravi.

Ce qui mo plait avee vnus, division, cest que
vous comproencz divinomerit cos nuances dd-
licates... Ainsi, le volume contenanit toutes
mes posies do clioix... et qui va paraitre A
la fin de l'annio... Save vous comment jo
l'inlitule ?

H1ENAI DIN

Quaind vous me le dire/, jo !e saurai.

JOLIC(EUiR, avW(' onction.

(Les Glaieuls). Sentoz-vous la nuance mn'-
lancolique, I'dm,)i abindonri ot tondIro, los
tristesses sentimentales qu'uii paroil litre -
Les Glaiculs dvoque ?

RENAUDIN, tOuo tours pince-sanv rile.

Oui, il y a du bemol la dedans.

JOLIC(EUR, l/rity qc.

Du bomol... c'est (;a... du bdmol .. vous avez
trouve Ie mot.. lo mot just qui s'adapte... le
mot...

1ENAUDIN

Calmne vous, Jolicueur et dites-m6i biei vi-
to votre pousie, apris quoi, au travail. II y a
la covrespondlance it ptrparor pour lo courricr
do domain.






LA RECLA NATION JIOP ON


JOiICe:UR, avec utn nvuvel dlan.
IVRESSES!


Dans 1'air subtil qui s'iri e
lHottent dos vapours, dos vents.
Le jet d'eau rit en pleurant
Et Io gazon moq'eur brise
L'essor hautain des espoirs,
Des raves et des chimrres
Que l'athllte en ses devoirs
Consume par des nuits chores,
Nag r&e dlabor,... Mais...
Mais... ilience. Jo me tais.
(/I s'arr'le el attend bien roide).
P ENAUDIN
C'oUt tout ?
JOLIC}1fR
C'(st tout.
IENAut DIN, fic/'f alliq ?uI'iIIc nt.
Mes compliments.
JOLICEUR
Et... comment trouvez-vous ce bijou ?
R ENAUDIN
Bien... 11 y a des iddes... mais, entree nous,
,a nc vout rion dire.
JoL(la:r'l:
Vous touchez la A tout le miritc de la piece.
Et, vous savez... pour exprimi.r des senti-
meonts si vagues, il faut du g6nie.






5O LA RiG'LAMA l1ON HOI"PTON


RENAUDIN

Vous 6tes modest.

JOLICaXUR, pique.
Je ne sais pas si je suis modeste... mais
vous avouerez avec moi qu'il faut bien quo
je fasse sentir les beauties enchAssecs dans
mes wouvres A ceux qui d6pourvus du sens
artistique, seraient tents do ne pas voir cc
que j'y mets.

RENAUDIN
Allons! ne vous fAchez pas. Nous recausce
rons de tout ceci. D'ailleurs vous avez hean-
coup de talent... Pour aujourd'hui que le po6-
te s'evanouisse et que 1'employd reparaiss-!
Allez me dactylographier cette lettre et faites
vite (Jolicwur, furieux, sort az droile).

RENAUDIN Sell, le regarlatl s'cn. a/llr.
!ls sont amusants.

SCENE VI


RENAUDIN, BAUCOUR.
BAUCOUR, entire (i gaiuche, outvre suo bureau,
etc., etc.
Eh bion, Renaudin, et cette lottre que jo
vous ai demand, au Palai,, de me preparer
sans retard ?






Li l< LA MI IION IHP'I'ON 61

RENa1lDIN
Elle est t'aite. L'employd est en train do la
copier a la machine.

BAUCOUR
Bion... blen... All Renaudin. il Iaut telc-
graphier a) tous nos cheers de legations pour
l.ur annioicer la prison d'armes do cette nuit
et lo prompt rdtablissement do la paix.

IENAUDIN
Quullc prise d'armes ?

BAUCOUR, feli'd.
Cette alfaire mysterieusc du bureau du port,

RENAUDIN
Vous croyez vraiment A une attaque du
bureau du po.t?

BAUCOIR
.laik... jo no sais pas, moi... C'ost Ic Pr6si-
dect qui m'a dit do toldgrapiior A nos agents
a l'ftranger... Alors je t616graphie.

RENAUDIN, sechement.
Los f'onds on or du douzi6me en course pour
le t.il0,rammos sont dpuises. Veuillez me
fair savoir otf le Dpartement prendra de
tluoi faire ces nouveaux Irais.
BAUCOUR
J'avancerai la valeur au payour t ui me
remboursera le mois prochain.






52 LA RECLAMATION JuIl'TrOjV

RENAUDIN
Tres bien. (soupirant) A la Iracas !
BAUCOUR
Renaudin, vous avez quelque chose.

RENAUDIN
Je n'ai rien du tout.
BAUCOUR
Renaudin, cc n'est pas lo minister qui parlor
a son chef do division, c'est I'ami Bancour qui
s'adresse a son ami Rena'ldin et qui lhi dit :
( Henaudin, que pensez-vous do l'affaire dn
bureau du port ? ,
R NA U DIN
Eli ien L'ami Ilenaudin ripondra, avec
sa franchise habitnellc, i I'ami Baucour, pour lui, i'affaire du bureau du port n'eAt qu;
la suite naturelle de l'affaire lIopton.

BAUCOun, se rapproc/tant.
Hein ?
R1 ENAI:rIN
Tolle est ma pensdc.
BAUCOULH
Expliquez-vous. Carjc no vois pas...
B ENAUDIN
Vous save copendant quo vendredi dernier
un jugement a ete rendu par le-tribunal civil







en fave ir .,J 1 ),ton -jugement qui recon-
nlait q'l lo dilit (d contrebande n'e iste pas
et ordonna que les deux caisses de marchan-
Jises de tH'pton soient expedices a la douane,
verifies, ete, conformnment a l'article 91 de
la loi sur les douanes.
BAUCOUR,
Je suis inform de tout cala ; aussi d -puis
vendredl l'atfaire. Hoptoa a cess6 d'en Otre
une. C-'st pourquoi ie suis 6tonne...
RENAUDIN, continuant impertur n.ablement
Le jugement ayant L6 rendu vendredi, la
journide de samedi s'est passe en formalit6s
- dimanche, ferm.ture; e'est aujourd'iul
lundi que les caisses devaient 6tre vdrifioes
etlivroes i tol ir pr >prietaire centre pavement
des dr.its et par un singulier hasard, il se
trouve que le bureau di p)rt a dte attaqu6
cotte nuit. Comprenez-vous maintenant?
BAUCOUR, frappd.
Mais... mais alors ?... (dnergiquement) non,
'non. je ne comprends pas... jo no veux pas
comprendre !
SRENAUDIN
C'Pst le mime prix.


LA REVI-LVAVIOX 11OPPON






.; LA R.t1I AMATION JOP'TuN

SCENE VII


LES NMIfMES, DAL~tGRAND
DALAGC.RAND, entre, A Baucour.
Secrdtaire d'Etat, le Ministre d'Allemagne
est lh-oui.

BAUCOUR
Ah!
DALEGRAND
II vous attend dans le salon de reception.
BAUCOUR
J'y vais.
( II sort par la gauche, premier plan,.)


SCENE VIII


RENAUDIN, JOLICU:UR
JOLICOOUR, louj0fris furicetax d Renaudin.
C'est la lettre au Ministre do France.

RENAIIDIN
Bien, attended un instant. Le Ministre va
venir. ( Tout en parlant, il observe Joliewir. )
Dites, done, Joli-cce'ir, vous avez I'air de m'en
vouloir de ne pas admirer outre measure vos
vers.





LA 1IfU'LA i 'ION HOPTON


JOLIC(EUR, SeC.
Nullement.
RENAUDIN
Je vous rdp6te que je vous trouve heaucoup
de talent, seulement...
JOLIC(PUR, a(ec hIattleir.
Seulement...
RENAUDIN
S.ulementj'aurais aim6 vous voir ertplo-
yer ce talent, cette passion que vous avez
pour leslettres A autre chose qu'a confection-
ner de petites machines qui n'ont aucun .ens.
JoiucMun, etou ffant.
Chelf de division, prenez garde !...
HENAUDIN
Je vous parole dans votre interet. Le but de
l'art est de donner du plaisir ou de 1'6motion-
et pour atteindre ce resultat il faut restcrdans
le vrai et s'inspirer toujours de la r6alitM. Je
vous conseillerais d'entreprendre sur ces don-
nees une meuvre de longue haleine.
JOLICO:nR
Qui vous dit que je n'ai pas entrepris un
travail de ce genre 7 Qui vous dit que je n'y ai
pas mis d&jA la derniere main ?
RENAUDIN
A la bonne heure! Bravo, Jolicteurl Qu'est-





J6 LA lilCLA NATION HIOPT'oN

ce queje desire, moi ? Quo- voiius soyeiz un
derivain lu,aim6,appreei6... que vousjetiez un
peu de gloire sur notre Haiti,
Ce pays qui fiu pourpre et n'cst D/us que haillon
pour citer le vei s pi'toresque de Victor
Hugo, votre illustre confrere.
JOL'C(L'UR, attendri.
Je vous remercie, division, de ces bonnes
paroles. Vous avcz su me toucher plus queje
ne le puis dire.
lIENAUDIN
Donnez moiquelquesdotailssur notre grand
ceuvre.
JOLIC(EUR
Je vais vous dire d'abord le titre.
RENAUDIN
C'est ea... le tit'e ?

JOIIC*,:UR
La Colombe et la Chauve-Souris.
RENAUDIN
C'est une fable ?
JOLICU(IUR

C'est un roman un roman sentimental.

IIENAUDIN
Ah!







JOLICO-':IR
C'est ma propre histoire. La Colombe re-
presente une jeune fille que j'ai aimde aver
tout le feu de mon Ame passionn6e. Cette jeu-
ne fille m'a abandonnd pour dpouser un d6pu
t0 riche et bete... la chauve-souris, quoi!

RENAIDIN
Ahl !

JOLrICaCun
C'est un roman allegorique.
RENAUDIN
C'est-t-dire quo vous choisissez une forme
ddsukte, ridicule, pour exprimer des senti-
ments et une situation, qui contes simple-
ment pourraient interesser et omouvoir.
Jol.lC(I:u'R, vexe.
Une forme west jamais ridicule quand ell e
est belle.
RENAUDIN
L'allegorie a toujours 6t0 un genre faux.

JOI.IC':UR
Vous me permettrez de n'6tre pas de notre
avis.

RENAUDIN, t part.
Dkcidiment, il n'y a rien a faire ave- lui.
Co strait loute une education .1 entreprendro


LA leh"CLA.11ATION 11011TOjr






r,S LA RECLAMATION HOPT'ON

SCfINE VIII


LEIS lME.MES, BAUCOUR
BAUCOUR
Ouf !

RlENA UDIN
Le Ministre (J'Allemagneest part ?

BAUICOIIR
Si fait
HENAUIHN
Un nouvel ennui ?

BAUCOIIR
Que j'ai dvitd. Une bourde de la Commune -
mais j'ai arrange les chooses. ( apercevani
Itenaudin qui remel la lettre d Iolicamur. )
Qu'.st-ce que c'est que (a ?

R ENAUDIN, lui presentlant la lettre.
C'est la lettre par laquelle vous demanded
a la Lagation de France la remise au gouver-
nemont haitien, du refugidpolitique Nathaniel
afin que celui-ci soitlivr6A sesjuges naturels.

BAUCOUR
I,- President tient beaucoup a ce qu2 nous
passions cetto demand. Tout en parlant il
silne la lettre. ,






LA RA(JLAMAPN 'fuxfouI'TUN


RENAUDIN
Naturellement, la Legation rerusera.
BAUCOUR
C'est certain.
RENAUDIN
A quoi bon alors ?
BAUCOUR, avec force.-
Quand on nous aura oppose un refus, nous
protesterons !
RE.NAUDIN
Ah! ( apart) Enfin' (II passe la lettre a
Jolicwur. ) Dites au Chef de bureau de fair
le n6cessaire.
JOiLICaOUR, pince.
Trbs bien. ( II sort.)

SCENE IX

BAUCOUR, RENAUDIN.
BAUCOUR, pensif, brusquement
Renaudin, je crois que nous n'en avons pas
fini avec cette affaire Hopton- et que proba-
blement elle va entrer dans sa phase critique.
RENAUDIN
Le fait est que depuis ce matin Hopton, son
avocat, I'huissier commis h 1'ex6cution du
jugement et le Charg, d'affaires de Pensyl va-







co LA l]t I .AMA JIATK iO'PTON

nie a leur tete se baladent en ville comme des
cliens fous. On ne voit qu'eux. lls sont venus
iri vers les onze hoeureset ont annonct a Jo-
liconur qu'ils reviendraient A midi... ( Dat'
grand rie,,I ).ar/lr has Bea fiudin. j T'Fwz, co
sont eux I
BAICOUl, S' raidiss, nt.
Faites entror.

SC(:N I: X

LES \iMhfS. CRTriSS, .Su ici( la file d. 11 OPTON
DE ZONZON ET DE LI'IJISSIER.
B 3r'coUIR, srrrant ia main d e Curtits P/ sa-
htant ils aulres dt geste.
Mon cher Charge6 d'affaires... Messiour....
Vous voyez, mon cher Charge d'affaires, que
j'avais lion raisondo voius dire, il y a huitjours,
(qie justicee serait rendu1 ih vote reAsortis-
sanlt.
(2IRTISS
Oui, mais les deux caisses ne lui ont pas
Mte rendues.
BAUCOUR
Comment! Le directeur de ia douane ne
s'est pas empress de faire verifler... En veri-
td, je ne comprends pas
CURTISS, a Zonzon
Mailtre Zonzon, veuillez, en votre ,qualit(
d'avocat de l'ionorable Hopton, donner les





L-1 ld.?LHATIUN'11 IIU1TON


explications necessaires A M. Ic Secretaire
d'Etat des R( lations Extdrieures.

M8 ZONZON, parlant poinlu.
Secrdtaire d Etat, conform.ment au juge-
ment du Tribunal civil do ce resort. en ses
attributions correctionnelles -jugement exe-
cutoire. sur minute nous nous sommes
transport au Bureau de la douane et avons
constatd que l'huissier Filius ( il Ie desiicne
de Ia main), commisa cet effect, avail faith com-
mandoment, au nomr de la loi, a Monsieur Du-
verdier Dorvil, directeur d(- la dite douane,
d'avoir a remettre, apres les formalit6s 1ega-
les, les deux caisses apportees par 1 lionora-
blo John IHopton et saisies depuis eI mois der-
nier par lo g-nrral Occius, client des mouve-
ments du port de la Capitale,comme objets ido
contrebande. A quoi, ,e dit directeur d- la
douane arepondu qu'il nepouvait obtempdrer
au dit commandement attend que les sus di-
tes caisses nw s )nt jamais entrees a tla doua-
noe.
BAUCOUR
A-t-on jamais vu ?
M'e ZONzoN, verifiant un paper qu'il tire de sa
serviette.
Voici le proces-vcrbal signri du Directour
do ladouane, du ::otaire depositaire de la mi-
Rute et de son coll6gue, de I'huissier Filius
et de nous, maitre Zonzon, avocat du sieur
John Hopton.





" IP LA BLU!LAMATION HOPTON

CURTIss, prend le proces-verbal qu'il fourre
dans une grande envelope qu'il tient d Ia
main ).

BAUCOuIR, e/fard.
Alors que sont revenues les doux caisses ?

CURTISS
.( I fail le g/este qu'elles out/ it escamotJics ).
BAUCOUR, it;li;,lin
Oh . ( t Ilenaudin). Comme vous aviez
raison ( lls dchangmnt iune p,,i',,l''- de main de
condoldances en la patrie ).
R ENAUDIN
11 faut exiger la destitution dugtnd'ral Occius.
BAUCOUR
Le President n'y consentira jamais. 11 dit
qu'Occius est un bras.
CURnTISS
Maitre Zonzon, veuillez complete les expli
cations, qu'en votro quality d'avocat de I'ho
notable John Ilopton, vous donniez a Son Ex-
cellence Monsieur le Secretaire d'Eta' des Re-
lations Ext6rieures.

Me ZONZON
Secretaire d'Etat, apres la deception que
nouseprouvames en douane, nous dirigeAmes
nos pas vers le bureau du port ofi nous es-
perAmes que nous serionsplus heureux. Nous






LA4 RJYLAMAId 'IN HOPTUN


vimes le general Occius. chef des mouve-
ments du port A qui I'huissier Filius ( il le dc'-
signe de la main ) fit le m6me commandement
au nom de la loi et on vertu dujugement sus-
pa"16 d'avoir a expedior a la douane de cette
ville les deux caisses appartenant a l'hono-
rable John Hopton et daisies pricedemment
come objetsdecontrobando par le ditgeneral
Occius, chef des movements du port. A.
quoi le dit general Occius a repondu qu'il ne
pouvait Oxpddier les dites caisses A ladouane,
parceque dans la nuit d'hier A aujourd'hui,
le Bureau Iu. Port a Wte attaque et apres
I'attaque, il a vules do ix caisses appartenmnt
a I'honorablo John Hopton a uno ass 'z gran-
de distance du Bureau du Port. Ayant deman-
d6 des renscignements A ses collaborateurs
immddiats, coux ci lui apprirent que les cais-
ses avaient Wte pillees pendant l'attaque. Au
moment of le goncral ()Ocius se dipo3ait a
aller verifier le fait, les doux caisses disparu-
rent enlevoes il nesait comment. A la
suite de quoi, le gindral Occius a exprimd les
regrets de ne pouvoir obhemperer au com-
mandementa lui fait par le dit huissior Filius.
( I1 dsigne l'huissier de la main ).

BAUCOUR, ntavre.
A-t-on jamais vu ?
Me ZONZON, tirant da sa servielltte un noueau
paper,
Voici lo proc'si-verbal sign l-i gc n ,'ral Oc
cius, dos deux notairos, do l'huissier Filius






LA LA RIECLAMA TION 110I'TON

et do nous, maitre Zonzon, avocat Il -ieur
John llopton.

(CuaRTIss cueille le promc's- verbal qui'l fourre
dals sa grand"le enceloppe ).

I{ENaLl)IN, (i part
Pauvro pays !

BAUCOUrt, ti parl
Pauvre pays

CURTISS, solelnnel, reic/lltant l.a ranutde enjve-
loppe a Itaiucour.
Monsieur le Secrdtaireo d'Etat, j'ai I'honnour
do vous remott'e, an nom do mon gouver-
mont, la ri'clamiation ci-incluse, en favour do
inon rossorti-sant, I'I )norablo John Hopton.
.Te demande lo pavement immediate.

BAICOUJ, april's avoir parcouriu le paper
principal tired de l'enveloppe.

J'accepte, vu los circonstances, le. principo
de la reclamation. Mais je no puis accepted le
chiffro de douze cent-; dollars auquel vous
evaluez les pertes et los Irais supports par
Monsieur Hlopton. J'dvalue, pour ma part, les
marchandises do M. Hopton, y compris le b6-
nefice qu'il poutrrait on tire, a 600 dollars au
plus. Jajoutedeux cents dollars pour les frais
du procbs ot le prejudice qui lui a Wte cause.
Total : Huit cents dollars. C'est tout ce que je
puis admettre.






LA RLtGLAfA~PION 1IOPTO1V


CuIrTiSS, prend Hopton d parl el cause aved
hti. Aprbsquoi, ils'dcrie:
J'accepte votre proposition, Monsieur le
Secrdtaire d'Etat, si la va!eur doit Wtre comp-
t1e A mon ressortissant aujoui d'ihui mm'c.
BAUCOUR
II m'est impossible de payer aujourd'hui
m6me A Monieur Hopton La val2ur va 6tre
port6e au douzieme qui s3ra public la semai-
ne protliaine. Monsieur Hopton sera payd
daus quinze jours au plus tard.
( Cu rTiss, .cause a voix basse avec Ilopton,puis
revient t Batucour. )
CURTI5S, a IBaucour
Dans ces conditions,.jo repousso votro pro-
position, Monsieur le Secr6taire d'Etat. Mon
Icssortijsant com,)tait partir p ir le b iteau da
demain. Paisqu'il lui t'a't attendre quinze
.iourspourttre paye, it convient dcprdvoirses
fraisd'H6tel et autres. Je propose mille dollars.
BAUCOUR, excedd.
J'accepte. Je porterai la question au Conseil
demain matin et je ferai adopter ce chiffre.
(A Renaudin) Faites m)i appele:' 1c payeur ?
RtNAIIDIN, va d la porte du fjnd, i Del.grand
qui est dehors.
Appelcz le payeur de la part du Ministre I
CURTIss, parole bus t Hoplon.
HOPTON
Yes yes .. Thank you.






66 LA RECLA ATION HIOPTON

SCENE Xl



LES MgMES, Le PAYEUR, ( 11 arrive arec sa scr-
viette bourre'e. Sensation. )

LE PAYEUR, avec son bon sourire.
Vous m'avez rait appeler, Secrdtaire d'Etat ?

BAUCOU-R
Oui... Vous porterez au prochain douzieme
une valeur de mille dollars pour la reclama-
tion Hlopton.

LE PAYEUR
Bien, Secrttaire d'Etat.

CURTISS, pregnant congd.
Au revoir, Excellence, et bonne santo !

BAUCOUR, trWs digne.
Je vous remercie... Veuillez pr6scntcr mes
hommages h Madame Curtiss.

CURTISS
Elle sera tres touchee... J'ai I'honneur.

ItOPTON. tapant sur l'dpavle de Gaucour.

GooJ fellow... Good Jellow !





LA RECLAMATION .HOPTON


BAUCOUR, se redressant, tres digne.
II1 est d'une familiarity !...

( es autres saluent. IUs sortent n la file. Curtiss
en tdte et l'huissier en queue. )
LE PAYEtiR
Je puis me retire, Secr6tatre d'Etat "

BAUCOUR
Oui... Gui.

( Le payeur sort. )

SCENE XII


BAUCOUR, RENAUDIN, is sont assis respective-
ment devant leurs bureaux.
BAUCOUR, se lMve brusquement, apres avoir
parcourv son carnet de notes (a Renaudin.)
Chef de division, vu la n6cessitd do parer
au retard probable de I'expidition des armes
et munitions que doit faire au Gouvernement
notre ministry A Paris, le Conseil des Secre-
t tires d'Etat, sur la proposition de qui de
droit, a pris une decision don't la prdvoyance
gale la haute utility. En consequence, veuil-
lez tel6graphier A notre ministry a Washing-
ton d-avoir A faciliter la maison Crokett, de
New-York, A laquelle le Gouvernoment a ca-
ble Ics fonds necessaires pour une nouvelle






6 LA R,CLAMATION IIOPTOY

coommandle de cmin mille carabinom4 et d-un
million de cartouches. (11 se rassled.)
IIENAUDIN, Sutfollqu.


(Ilideau)

Fitt du deuJxibne et derirr Ae Acl.