Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne

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Material Information

Title:
Revue de la Ligue de la jeunesse haïtienne
Physical Description:
2 v. : ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Ligue de la jeunesse haïtieene
Publisher:
Impr. de L'Abeille
Place of Publication:
Port-au-Prince
Publication Date:
Frequency:
monthly

Subjects

Subjects / Keywords:
Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
periodical   ( marcgt )
serial   ( sobekcm )

Notes

Dates or Sequential Designation:
1re année, no 1 (20 fevr. 1916)-
General Note:
Title from cover.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
aleph - 001528667
oclc - 19032133
notis - AHE2021
lccn - sn 89020401
System ID:
AA00000450:00002

Full Text















This volume was donated to LLMC
to enrich its on-line offerings and
for purposes of long-term preservation by

University of Florida Library





PREMIEIRE ANNIEE NUM1ERO 1 20 FI1VR1ER 916 4


I< REVt
1- bE

i LA LIG
SDE LA

'EU NESSE


UE
UE .


HAITIENNE.
PARAISSANT LE 2.0 DE" CHAQUJE MOIS

ADMINISTRATION IiDACTION 1
Sl.t,, rue di't intre, 1?'




OR1T-Al -PBINCE
. IMIPIMERIF DFE 1 'AKILi ;, I 1 I)V ,'o i rT-PE A







Poutr touted communications, s'adresser au Bureau du Comile,
127, rue du Centre, Port au-Prince.








PAGES
I Bulletin de la ligue de lajeunesse haitienne 1
II La femme haitienne J N. LEGER )
Ill Lettres d'une amoureuse F. HIBBERT 12
IV La maladresse Je la mission Larose-
Rouanez ABEL LEGER 18
-V- Tendre Idylle LEON LALEAU 22
VI Po sie, V. MANGONES, D. VIEUX 26
VII La plaine de I'A tibonite ADRIEN SCOTT 29
VIII Culture Graco-Latine L. MORPEAU 33
IX Sur les etudes scientifiques M. ETHEART 41
X Compto-rendu de Ih f6te de IT 'Essor SPECTATEUR .'2
XI Chronique financiere ANDRE LARIVE 14
XII Chronique des tribunaux LIGUEUR 46
XIllI Bibliographie X .48





Abonnemnents :

TROIS MOIS ..... ____ 3 GOURDES
SIX MOIS------_ .... ........ 5 -
U N AN -- -- ............ ....... ...... ............. ............. ... .. 10 -

LENUMIRO: UNE GOURDE




Pour les annonces, s'adresser.au Bureau du ComitM., 1 7, rue du
Centre ou t I'lmprimerie de I'Abeille, 4, rue du Fort Per.









I REVUE



DE LA


JEUNESSE HAITIENNE



VOLoUMK I. FV RIER 1916 "


BULLETIN DE LA LIGUE
B DE LA JEUNESSIh HAITIENNE


La Ligue de Ia Jeunesse H iionne a 6t fondoe A Port-au-
Prince le 14 Novembre 1915. Elle cdmptait a sa naissance
une vinglaine Ile membres actifs, mais elle ne tarda pas i
voir le nombre de ses adherents s'accroitre. Actuellement
elle group /A Port-au-Prince cinquante-cinq Membres actifs,
plus une quarantainede Membres Honoraires. Elle possedc
dans chaque ville de la R6publique un certain nombre de
Membres corresporidtants, et elle a trouvi'l parmi eux un tel
concours que le Comit6 a d6 organ;ser en flliales ces divers
groupements. Nous publions plus has la lettre-circulaire
adress6i, cet effect aux Membres Reprdsentants choisis par
le 'Comitl.
Le succ6s de la Soci6td provient dece q iuellerdpond i un I),-
soin dae l'heure. l.a Nation Haitienne est aux prises avec les
problemes les plus graves et les plus menacants Elle souf.
fre dans sa dignity, et, jusqu'd present, l'on cherche en vain
la solution capable de sauvegarder mme Ics intcdrts mat&-








SREVUE DE LA LIGUE.
riels. C'est done A l'initkitive individuelle quo revient celte
double et glorieuse tAche : defendre le prestige hatlien, d6-
fendre les inter6ts hailiens.
-'Telle est prkcis6ment la mission que s'est donnce et qu'es-
saie d'accomplir. dans la limited do ses forces, la Liguc de la
Jeunesse Haitionne.


Des le moi- de Deembro 1915 le Comit6 adressait la lettre
circulaire suivan.te aux Haitions 6minents don't. it d6siraiL le
concours en quality de Membres Hoinoraires:

MONSIEUR,

11 vient do so tonder i Port-au Prince une Association inti-
tituhlo Ligue do la Jeunesse Haitienne ,, qui a pour objet de
grouper on un faisceau uni le plus grand nombre possible'
de leuc;es gens haltiens.. Le Comit6de Direction vous demnan-
de la permission d'exposer bri6vement I'idde qui a donn(
naissance a cetto Ligue, et qui est la su'ivante:
1'ar suite do la.signature et du vote do la Convention Haitia-
no-Anm6ricaine, on pout prevoir I'arrivGe en Haiti d'urn certain
nimilbro do fiamilles trang6res. et la f)rmnation eventuelle,
no bout d'utn temps I)lus oi moins long, d'une soci6t6 com
pos2e eln lnijouro parties d'o d merits trii gors. Ceito soeci6t.,
quiln'aura nile o meni esprit, ni la m6uie langue, ni Ia m>,-
me conception do la vie que la soci6t6 haitienne, va cr6er
dans no- villes et dans nos champagnes, et dans routes
le branches do I'activit6 humaine, uie concurrence re-
dotitiible ablx grndration--; montantos do la Nation Haitienne.
Cotte 'concurrence sei'a d'autant plus menacante qu'elle pour-
raIs'ppuyer siru los capilaux 61rangers qui, parait-il doivent
c;tre rpaiid s bienlot dans touto la Rlpu blique, et qu'elle
sera n ;1'-c di's con na, i-) s nces et des m thlodes les plus mo-
dernes.
C(fo (.ntI ces considerations qui ont portL un certain nombre
dso j.'iL es;igen-~ de Pm't no Prince A so grouper, nfin d'otu-
dier ensemble les conditions nouvelles qui vont leur Ntre fai-
tes, et do i clhercheior les moyvns le.1 plus efficaces de se
pre'parer A cette lutto don't depend, en quelque sorte, ['ave-







DE LA JEI3NESSE iAlTlILNNE


nirnon seulement dela nation, mais encore de la race Hal-
tienne. La Ligue de la Jounesse Haitienne, nee d'un besoin
de defense 6conomique et social, aura pour but de faciliter
1'6tude et I'6change des idWes entire ses Membres au moyen
de conferences et de rapports fails au course des seances, et
de. propager ces iddcs par la creation d'une Revue. Pour me-
ner a bien leur liche, les rnembres de la Ligue ont besoin
du concours de leurs aineis, de ceux qui, ayant deja l'expe-
rience profonde des choses haltiennes, connaissentles points
faibles de la cuirasse, de ceux qui peuvent, par des conseils
pr6cieux, les guider et les Oclairer dans leurs efforts pour
preparer l'avenir.
C'est pourquoi la Ligue de la Jeunesse Haitienne s'adres-
sea tous les Haitiens dout la carri6re a marqud, et notam-
ment a vous, Monsieur,- pour leur demander d'adhdrer en
quality de membres honoraires a la Soci6td, de prkter leur
concours efficace en assistant le plus souvent possible aux
seances, en y pr)nant la parole, en un mot, de prouver
aux jeunes homes d'une nation qui no veut pas mnourit
qu'ils sont en symipathie et en communaut6 de pensee avec
leurs ainds.
Nous vous prions d'agrcer, Monsieur, les assurances de nc-
tre parfaite consideration.

Pour le Comitd : Le President,
GEORGEs N. LIGER,

Les rdponses les plus cncourageantes ont At6 rescues par
le Comite. Le dossier qu'elles forment est malheureusement
trop volumineux pour pouvoir 6tre public, maisil donne aux
jeunes gens de la Ligue la certitude qu'ils marchentla main
dans la main avec leurs ainds, et que ceux ci suivent attenti-
vement leurs efforts arin d'6tre prits, le cas och6aant, A los
seconder.


EN PHIOVINCE.

Voici la lettre ci:'culaire q ie viont d'onvoyer aux Membres
Repr6sentants le Comiid de la Ligue








4 REVUE DE LA LIGUE

1" Fdvrier '196.

MONSIEUR,

Le Comit6 de la Ligue de la Jeuness( HaYtienne vient de
prendre la decision de designer dans chaque ville de Provin-
ce un Membre Repr6sentant, pris parmi les adherents de la
Ligue, et don't les attributions sont ddfinies par les r6gle-
ments que vous trouvercz ci-inclus.
Le role de ce Membre Repr6sentant consiste principale-
menrit A servir d'intermddiaire entire le Comit6 de la Ligue et
les Membres Correspondants, et par ainsi ai rendre. leurs
rapports plus simples et plus fertilos en rdsultats pratiques.
C'cst sur lui notamnment que le Comit6 comptepourorganiser,
d'aprcs les rcglements et les status de la Ligue, les r6u-
nions bi-mensuelles des Membres Correspondants, c'est lui
qui, dans ces reunions, dirige les travaux, et qui administre
les fonds qui auront pu etre reunis pour I'oeuvre ; c'est en -
core lui qui correspond avec le ComitL etqui l'entretientde
la march de la Socidt6 en Province. Enfin il est agent de
la Revue do la Ligue, il group ot expedie au Comit6 les ma-
nuscrits qu'il juge dYgnes (l'tre publids, it p3rQoit le mon-
tant des abonneoments, et d'une maniere ganirale fait dans
s; ville cc que le Comit6 essaie de faire A Port-au-Prince.
Comnme vous le voyez, c'est de ces Membres Represeptants
que depend en grande parties la r6ussite de 1'action de la Li-
gue do la Jeunesse Haitienne en Province. Le Comitd, en por-
tant son choix sur vous, pour 6tre Membre Representant
dans la ville de . .. vous remercie d'avance pour le
concours precioux que vous allez lui donner: it vous remer-
ciede collab)rer avec lui et de vous depenser pour une cau-
se qui est la cause do tous les H aitiens.
11 vous envoie par mnmec courier la listed des questions d6-
jd mises lA'tu 1 p1 i la S)ciat,' do Port-au-Prince et qu'it
serait heuroux de vous voir soumettre aux Membres Corres-
pondants; il attire d'une mniniere touted sp6ciale votre atten-
tion s ir le C mcois de la Ligue, auquel soAt affects deux
prix de Cent et de Cinquants Gourdes.
En vous print do vouloir bien accuser retception dela pre-
sento et de faire, des que vous le pourroz, un rapport sur la







DiE LA JHJNrSSE LIAITIENNE


situation exacte de la flliale 'de In Lijueque vous aurez orga-
nis6e conform6mentaux reglemiits ci-inclus. nous vous re-
nouvelons, Monsieur, les assurances do notre parfaite consi-
deration
i'our tl Comit6: Le fre'sident,
GEORGES N. LINGER.


Par mrme courrier, les r nseignements annoancs dans la
lettre qui precede, tirent ndrcss6s aux Membr's Reprston-
wlInts dans la circulainre suivante, quo nous publions d'au-
tint plus volonliersqu'elloe ontientl I'numraltion des ques-
tions auxquellestravaillent actuellement les diftorentessecc-
tions do la Liguc :

Por/ au-Prince, le Fiv'rier 19 16.

Yonsieur, Membre-lleprdsenlant de Ia Ligue,

A
MONSIEUR,
Pour compldter la lottre eircula]iro do note Pesident .j vowus
envoio queliques ronseigrnem nts suir notroe fl'aue et sur les ques-
tions actuelloment a !'.tude ") la < Ligne do la Jonies-ct IHaftionnui ,
questions (quote lOU serious hloureux do vous voir so inettrl' a.x
membros corroeponda nts A I'uno do vo) plui proc!i>is e- ionril.c
La Ifecue parait le 20 doe chaque mnois et public des articles de
tous les adhireats de la Ligue. Le prix du umn irn e.st d urne-our-
de ; los conditiMis 1'alon, nment soit les suivantoes : trois -mois,
trois gouides; six mois, iinqI gourdes ; un an, dix g)urdes.
Pour clhaque villo de Province, le montant des abonnements
est per(u par le Mernlrc Roepri'entaut, qui l'expodie au ComidO do
la Ligue. Je vous serais done reco)iinlaissanlt dc me I'aire savoi' r I10
nombre exactd'abonn6s que nous pouvon.- avoir dans la villo ou
vous nous repres6,ntez, ainsi que le nombre dos numeros que vous
es-timez pouvoir vendro eon doelors dsde abro n,, (afin qucn hnque
mois il vous soil oxpodi6 uno quantity sul'(i nt d'cxImfilairUs.
Common le premier num.ro do la fl.;ue parait co mois ci, je vous
pricrais de bien vouloir m faire avoir cos ren-ieigneimn"'its le plus
rapidement possible ; et vous pouvez des a present ab manner et per-
cevoir le montant des abonnements.








6 REVUE DE LA LIGUE

Los questions actuellement A l'Mtudo A la Ligue sont les suivan-
tes:
A). -- Section Economique.
Trois commissions ont 6t6 form6es,et chacune d'elles feraun rap-
port sur les sujets qui suivent :
1. Quelles sont les cooperatives que 1'on pout essayer de creer
avec quelque chance de succs en Haiti ?
2. Quelle est la situation du contribuable haitien comparati-
vement A cell du contribuable dans les diffdronts pays strangers ?
3. -- Quolles sont les cultures ot lesindustries dont on doit favo-
riser le d6veloppement on llaiti ? quels sont los moyens de creer.
le materiel dconomique ?
B). Section scientific : CWtto section 6tudie actuellement les'
points suivants:
10. Calcul de la some des carrds des N premiers nombres en-
tiers A l'aide de la seule progression arithm6tique.
2. Le renflement ampoulaire observe au haut du stipe des
palmiers est-il d'origine physiologique ou parasitaire ?
C).- Section litleraire: Deux rapports sont en preparation sur les
questions. que voici :
1.- Peut-on songer a I'heure actuelle a supprimer la gratuity
de Penseignement secondaire ?
20.-- Etude sur Edmond Paul ; sa vie et ses oeuvres.

Le Comite de la Ligue ne fait, bien entendu, que vous suggerer
l'6tude do ces questions. Si d'autres sujets paraissent dim inter6t
plus grand aux Membres Correspondants et a vouw, nous serions
heureux de vous les voir traiter. Vous- voudrez bien, je vous prie,
nous tenir au courant 'de vos travaux.
Concourse de la Ligue. Le Comit6 met au concours la question
suivante :

,(Qu'est-ce au just que le patrimoine social de la nation liaitien-
ne? Comment s'est-il form ? Quels sont ses caractere.- propros ?l
Quels sont dans les circoastances actuelles les moyens pratiques
de le conserver.
Un premier prix de Cent gourdes et un second de Cinquanto
gourdes seront ddcernAs aux deux meilleures dissertations, apres
decision d'un jury composed do trois mombres honoraires de la Li-








DE LA JEUNIESSE 11AITIENNE'


gue. Los envois dovront 6tro signo .' ;i pseudonym et. sous on-
'veloppe cachet6o qui no sera ouvorto qu'apr6s 1'attribution des
prix, devra etre inherit Io norn correspondent au pseudonyme. Leo
r6ponse soront recques jiisq'au premier Avril.
Le Comitd vuils demand do vous ocmuper d'une mani6ro toute
specia'o do co Caic !mrs, au luel il attache uno grande importance.
No'ts saisisson-; avec plaisli cotte occasion pour vous rcnouve-
ler, Monsieur, les assurances do notre parfaite consideration.

Pour le Comil : Le Secretaire.
MAURICE ETH1EART.



Comme on le yoit, 1'action de In Ligue en Province s'or'-
ganise d'une maniere pratique et rationnoll:' Nous donnie
rons dans notre prochain numdro la lisle des Membres Re'-
presentants et des Membres Correspondants, ainsi qu( les
rapports qui nous seront parvenus sur lesfilialesde la Ligue.



CONCOURS DE LA LIGUE.

L6 Comit6 de la Ligue met au concourse la question suivan-'
te:
Qu'est-ce anu just que le patrimoine social do la nation
haltienne? Comment s'est il formed? Quels'sont ses enarncires
propres? Quels sont dans les circonstances actuelles les ino-
yens pratiques do le conserve? e r
Ce concours est ouvert A toun les Hlaitiens indistinctonent,
qu'ils soient ou non mombres dela Ligue. Un iprmie-r prix
de Cent GuurJos et un second de Cinquante Gourdes secont
d6cern6s atX deux me-lleures dissertations, qui seront en ou-
tre public ( ins la Revue. L.s envois, signs. d'un pmildo-
nyme, pourront 6tre adress6s au Comit6 de la Ligne jusqu'au
1" Avril, date A laquelle le concours sera irr6vocablement
clos.
On cst pride d'envoyer, dWs aprdsent, ma:s sous enveloppe cache-
tie, la clefcorrespondant au pseudonym.







iIEVUE bE LA LIGUE,


lIIBL3LIOrHIEQUE DE LA LIGUE

La Bibliotheque de la SocJitd so monte petit A petit. Des abonne-
ments ont 0t6 pris A toutes les grandoes Revues d'Europe, et le Co-
mitd dressed une liste d'ouvrages en vue d'unecommande. Plusieurs
Membres honoraires ont fait des dons en livres A I'Association,
et, si cet example est suivi, en peu do temps la Bibliothlque de la *
Ligue pourra rendroe do rdels services afux Membre; actifs.
11 sera fait dans la Revue une analyse critique do tout ouvrage
remis en double exemplaire au Comite.
Disons enfin que la Ligue de la Jeunes- Hlaitionne editera les
ceuvres des ecrivains haltiens, qui vo.idront s'adressor A elle. C'est
ainsi qu'en ce momefit m6me elle s'occupo do fair' paraltre un Co-
DE DE PROC9DURE CIVILF, nnnotd et mis a jour, par M. J. N. Ldger,
et un roman de M. Fernand Hibbert.
Ces oivrages, actuellement A l'impression. pourront 6tre livres
au public d'ici trols m is au plus tard. Nous en reparlerons.







DE LA JEUNESSE~ UJAI'IIENNE


IA FEMME HAITIENNE

SON R6LE DANS LE PRESENT ET DANS L'AVENIR.,


Qaund l'on se trouve subitement aux prises avec l'une de cos si-
tuations qu'on est convenu d'appeleri critiques, il faut avoir le cou-
rage de la regarder en face. Perdre son temps on lamentations,
en recriminations steriles, no convieont pas aux ames fortes.
Apres toute une seriese d'erreurs, de fautes lourdes sur lesquelies
il n'y a plus lieu d'insister,la nation se voit accul6e a de supplician-
tes dpreuves. 11 s'agit pour elle de les traverser bravement et d'en
sortir avec le plus de dignity, le plus d'honiieur possible. Et quand
on parole de dignity" d'hopneur, comment no pa- penaer tout:de
suite A la femme, an role qu'elle joue, a colui qu'elle devrait jouer.
N'est-elle pas la gardienne ven6r6e de I'honneur, de la dignity du
foyer ? En ses fr6les et d6licates mains, no rcmettons- nou; pas le
ddp6t sacr6 des traditions de la famille ? Et la famille n'e-ot-elle pas
le raccourci de la Patrie ? Ne d6daignons done pas cette autre moi-
ti de I'hlumanit6 que l'on appelle A tort le sexe faible et qui est
pourtant I'un des plus fermes pilier- del'ldifice social.
N'oublions pas, en efftet, qu1 commit m,'ro la femmr p6trit en
quelque sorte !'Ame de l'enfant,forme le co~ur du jeune homme,
inculque au future citoyen les prmncqes qii en foeront un 6l6ment
utile ou nuisible. Son incontestable ddvouement, sa vaillance bion
connue m6ritent qu'on fa-s-e la part la plus large A son action. As-
socions-la sans crainte aux efforts a tenter pour sauver, dans l'or-
dre social, et peut-6tre national, tout ce qui peut-6tre conserve. A
mon avis, le r6le de la femme lialitienne est jusqu'ici trop efface, et
i'on peut sans doute decouvrlr, dans son influence trop restreinte,
une des causes occasionnelles du relachement des caracteres.
Les femmes a principles nettement arr6t6s, aux convictions pro-
fondes et sinceres, a la foi vive, ont presque toujours eu h leurs
cOtes des homes qui ont marque par la dignity de leur attitude.
A moins d'6tre ddnu6 do tout sentiment d'amour-propre, Y'homme,
mari ou fils, tient a conserver 1'estime de I'ange du foyer. Et quand
I'on sait qu'une action deshonorante ou seulement d'une morality
douteuse, n'echappera pas aux ye.ux clairvoyants, ai la conscience









BEVUE DE LA LIGUE


droite, de cello qu'on pourrait appeler la sage du logis; quand I'on
pense a ce language muet dit regard qui dd-approuve on tormes
plus 6nergiques, plus elo ueuts, quo les discours los plus 6mou-
vants, I'on se sent. malg. soi, inii( iel; I'ou liesite: et souvent I'on
s'abstient. Que d'hommes, au bord de l'ablme, prets a fair 1 irre-
parable, ont did sauvcs on quolque sorto d-ouxf mfOes par I'atten-
drissant souvenir de cello don't ils allaient brisTr la vio ou lo cejar!
La femme, plus soen-ible, et plus exubOrante que son compag :on,
souffre et ressent plus proroaddment. Los liumiliations ;ui sont
plus penibles. Et l'on pout computer sur olle pour les 6pargner a
l'Ytre aime. Dans loe- nouvelles conditions do l'existence qui s'on-
trouvre pour Haiti, il y auraliceessairemonent dos froissnoments, des
hearts, des chocs. 11 y aura dos defai!lances a prdvonir. des coura-
ges A soutenir. L'intervention de la femme, toujours douce mrme
quand elle est dnergique et formp, est toute indiqude. 11 faut qu'elle
prepare la jeunesse des deux sexes iA cetto lutte pour la vie qui
s'annonce grave et serieuse; il faut qu'eile aide coux qui, sans 6troe'
au'rancart,' ne so' peuvent plus croire do, jeune7, i transformer
leurs habitudes. II faudra demanded au'travail, quand il sera or-
ganisd, les moyens d'exislence que jusqu'ici onaucoup recher-
chaient dan's les emplois publics. Les meres doivent done, des
maintenant, turner I'attention de lours His, de, leurs filles, vers
touts les branches oh leur 6nergle pout trouver tn rdmunnrateur
debouch&, oi leur activitM peut gagner le 'ameux pain quotidien
don't le probl6me est si angoissant a I'lieuro actuello. L'dducation
dela volonte doit commencor sans tardor ; et cette oeuvre appar-
tient a la mere, a l'dpou e. Nos homes de domain soront, sous
ce.rapport, ce qu'en aura 'fait I'habile potiere; ot les liommes d'au-
jourd'hui, sous inspiration de ses sagos conseoils, pouvent 6tre au-
tres.
Au point do vue social Vaction do la femm3 ser'a encore pilu quo
bienfaisante. Nos malhouroeues divisions, nos masquines rivalitds,
meme nos haines en apparence feroces et implacable, proviennont
souvent de regrettables malentendu,. L'on ne so connait pas, I'(n
n'a pas I'occasion de s'dpanchier dans les charmants tote a-tdte dos
salons ; en un mot, I'on no -,e volt pas assoz. Une explication de
quelques minutes' dans I'intimit6 d'une causerie suffit parfois a
faire tomber )ien dos pr.ventions, a dWssiper dos co;tres en vote
de formation. L'on s'labituo il la contradiction, aux discussions
courtoises;'et la tolerance an decoule. En presence de la femme,
l'homme est oblige de surveiller son language, sa toilette, meme
ses gestes: on devient plus raffind. Les honnes faqons qu'A son in-
su I'on acquiert impressionnent favorablement mdme des adver-







DE LA JEUNESSE HAITIENNE


sair'eos t deviennent une sort de passport qui permet d'aller un
pou partout.
L'action de la femme devient done indispensable surtout dans
la period de transition qui risque de durer quelque temps. Une
society nouvelle pent se dresser on face do la n6tre; faisons en sor-
te que celle ci n'ait pas tous les desavantages. Et h cet effect il nous
faut absolument le concurs do la femme. Ausi hien, jo suis d'a-
vance. certain d'enfoncer une port ouverte en domandanta mes
jeunes amis de la Ligue de la Jcunes-e d'associer !a femme A leurs
efforLs. de ne pas la laisser de rs hode leur C(evre. Ils trouveront
facilement les moyens pratiquesd'utiliser son gracienx contours,
en organisant au hesoin une '-orte de groupement paralltle..
.Que la femme haltienne, don't le grand coeur fait I'admiration do
tous, nous aide A transformer on vivanto reality l'union de tous les
HaYtiens. union dont on parle tant. Et ello aura rend t un inappri-
ciable service a la Patrie.

Ft'vrier 1916. J- N. LEGER.







- RJEVUE DE LA LIGUE


LETTRES D'UNE AMOUREUSE


Cette amoureuse est une ha'tienne et ses lettres tres ar-
denies ne sont pas dresses A de-s amants comme celles de
la religieuse portugaise' et, de Julie de Lospinasso. mais A son
maria, ce qui est nous 1re dirons pas plus moral-I'Eglise con-
siderant Iamour passionn6 come un p6ch6-mais plus con
venable.
L'auteurdeces letllres, FineLaraquo, 6tait lafilledc la belle
Joute Lachenais qui I'ut plus lard lhi presidentede deux pr6si
dents selon Ijoliecexpression deGustaved'Alaux, etlde Marc-
Joseph Laraque, limme de couleur habitant du Boiucas-in et
Commandant do la Commune de I'Arcahaie qui fit mourir
beaucoup de ses fr'res pendant la lutte entire Toussaint et
Rigaud. pour sauver sa peanu peau qui lui fut ravie par les
parents de ses victims, dans :a r,'actioh qui suivit 1'exp6di-
tion Leclerc, en Fevrier 1802.
Fine naquit A Porl-nu-Prince, cinq mois apres la mort vio-
lentedo son iere, Ie 28 Juillet 1802. Co tut A peu press a cette
epoque que Joutt s'6tablit avec Alexandre P,'tion P3tion suc-
coda t il directement A Laraque ou bien Dupuy fit-il I'int6-
rim entire Laraque ct P-tion. come advancee quelque
part Josplih Saint R,-iny ? L'histoire ne nous cilaire pa- du
tout sur ces points. Et A la v6rit6, nous po;ivois parfaite-
ment nous passer de ses lnmiere-s IAl dessus L'important est
que Petion consid(lra Fine comme sa propre fill. Qmand le
PrN-6ident (li1 venir do Kingston M e Drury, cotte anglaii.e dis
tingude par son instruction, ses moeurs et sa connaissaicti de
la langue frangaise, afin de fonder un pensionnat a Port au-
Prince, il lui confih Fine qui apprit 1Aa a ricee le franc >i s ad-
inirable que l'on va lire.



Son instruction ct son i"du':ation acliov(es, Fine entra dans
le monde. Mais A vingt-trois ans, elle Mtait encore une jeune
file A marier taut parait-il. JOite et son -nouvean ,, maria P.
le president Boyer, 6taientdifficiles sur le choix d'un gendre.
Mais un jeune home du meme Age qu'ello venait








tiE LA iEUNR~sE HAITI ENNE *


d'arriver de France oO il avait fait ses 6tudes; c'dtait en
1825 I'annec de I Ordonnance; il s'appelait Pierre Fau-
bert, 6tait fils du h6ros des guerre.s de la Libe',td et avait dd-
jA compos6 quelques posies qui sentaient leur Millevoye
d'une lieue. 11 vit Fine et s'epritd'elle.
Travaill par uno ide on ne peut plus louable: l'ide du
marriage, il 1'exprime en ces ternmes : McI par le desir de
, contribuer, mme dans la sphlrec dc la vie privie, A la rd-
, g6ndration morale de la jeune society don't je fais paNtie, en
, augmentant le nombredes families quis'y 6taient fort'ines
, sous I influenceci vilisati ice du clhristianismie, je crus attein-
, dre men but eachoisissadrt pour compagne une jeune fille
,,qui, quoique dlev'e au sein des grandeurs, promettaitd'a-
, voir toutes les qualitcs de l'6pouse et de la mere de famil-
a le.
PierreFaubert .demanda Fine en marriage. et futagr66. L'an-
n6e suivante il I'dpousa devant Dieu ct devanit les hommes.
Voici la premiere lettre qu'il riqut de Fine, peu apres la cd-
r6monie:

aJe ne te le cache pas, le ciel met dans mon Ame un sentiment
brfilant de jalousie: Ia moindre assiduit6, la inoiidro demarche
aupres d'une remme, t'itt-c memo dans I'intention la plus pure, to
fermerait pour jamais mon c ur. J-osc pour la derniere fois te re-
p6ter que si mon binheur, si mon repos test chor, c'e-t de V'absto-
nir d'aller dans aucune maison, de renoncer A touto communica-
tion avec les femmes, meme tes plus proclies parents. C'e.st te di-
le assez que je ne te permet- point ni de les accomptgner, ni de
leur parler. Je ne veux point qiue tu quittes jamais Io Port-aii-Prin-
ce; ni tes oncles, ni ta sorir. tes '.'-,e-, ta mere rnm m ,, si elle exis-
tait, n'aurait plus le droit do disposer de toi.. Tu m'n;ppartiens, tu
n'es pas libre et par consequenl, tu no putix disposer do ta person-
ne. *

Seize mois apres le marriage, le 18 avril 1828, elle lui ecri-
vit :

Ofi es-tu mon cceur ? Quel lieu te ddrobe A ma tendresse ? Pen-
Ses-tu i ton amie, come elle pense a toi? Sens-Lu comme moi,
mon souverain bien, le hosoin de no nous quitter jamais? A /! si
tu connaissais morn c(e ir, mes sentiment. pour toi, ti verrais qui'il
n'existe pas un amour aussi pur, aussi vrai que Ie mien. Tu t'e'-
forcerais de m'aimer, non autant que .je t'aime, mais un peu plus
que tune fais. Chaque jour jo ?ens accroltr" mon amour pour toi.
ut ton empire sur mon cceur. J'prouve plus que jainais le desire do
te complaire en tout. Sois assure, cher amour, que tu es ce que j'ai-
me le mieux au monde, et que tu es mon I'rere, mon ami et
mon tout. Je sens mon coeur so ddchirer en t'ecrivant. Mon
mie est triste : j'at'ribue cet 6tat a ton absence. Eh quelle
pout 6tre la cause de mon chagrin si ce n'est cel ui de ne pas te voir









IIEVt'E DE LA LIGiUE


aupres de moi. Je ne serail heureuso t tranquille que lorsque jo te
sentirai te r poser sur mon ceuur, co couir don't chaque battement
est un serment qu'il fait de t'aimer toui.jours. .

Remarquez qu'a ce moment elle 6tait mere d'un fils Ag-
de six mois nommn Potion le tutor clef des tirailleurs de
Geffrard- et qu'a 'cencontre deshaitiennes quigdr.6ralement
vouent A leurs enfants. la tendresse qu'elles avaient pour leur
mari celle-ci semble oublier son enfant et rencherir sur
sa passion. En effet, comme si cet hymne d'amour que nous
venons,de citer lui parut exprimer trop f'aiblement le senli-
ment qui 1'embrasait, Fine, des le lendemain 19 ayvril, 6crivit
ceci Ason mari :

( Toute ma co isolation c'est de parler do to!, ou de t'exprimer
mon amour. Tu ne sauras jamais, cher ami, ce que tu es pour ta
Fine : tu es le souffle de sa vie et sans toi tout est neant pour elle.
Alh! si je pouvaiste donner une petite idle de ce quest mon amour,
de co que j'fprouve sans cesse pour toi. combien to m'es necessai-
re. il ne te viendraitjamais dans la pensee l'ideo do me causer du
chagrin. Tu repousserais avec horreur,j'en suis persuade, I'ombre
memedu mal. Je t'aime trop, Faubert, pour t'aimerjamaisavec secu-
ritd. Tout ce que je rais, tout ce que je to dis, mrme l'indifference
simulde queo je to monte quelquefois, vient de I'exces de mon
amour. Common moi, je voudrais que tu n'eus-es d'yeux que poutr
me voir, de coeur que pour m'aimer, car tu ne sauras jamais assez
me montrer de attachmentn. Je to chiris comme nul ne le 'ut ja
mais. Mon bion aimd, apprends-moi, je t'6n supplies, A me passer
de toi : apprends-moi a t'aimer moins, A ne pas te rendre si nd
cessaire A mon bonheur : alors je pourrai to voir t'l1oigner sans
douleur. )

Et cette autre datee du 4 novembre de la meme annee, a
2 heures du matin pros de laquelle paiit, en vdrit6, la fa-
meuse Ode de Sapho:

Je no puis dormir. Tu as emporte aveoc toi mon Ame et mon re-
pos. Je sens avec desespoir que je ne peux plus me passer de toi.
Tu es ma vie, tu es mon souffle. Si tu pouvais lire dans m')n Ame,
si tu pouvais s-avoir ce qui s'y passe, tu verrais, chlr ami. que rien
ni'dgale la tondressa exclusive que je te voue. Je suis mallieureuso
parce que jet'aime avec exces. Je n'ai plus cette secuiitM qui 6loi-
gne le doute et raffermit la confiance. J'ai tout perdu. Mon Ame
est sans cesse agitee. Te I'avouerai-je ? la pure et simple amitie
j.ue tu temoignes quelquefois A tes amis, une attention do toi pour
une autre que moi me port ombrage. Suis-je A plaindre ? Entoure-
moi de soins. Donne le change a mon ccur trop exigeant si tu
veux queje croieencore aubonheur. Ne me laisse pas supposed que
Ie marriage produit sur ton cmcur son oeffet ordinaire sur des Ames
vulgaires. Pour moi, loin que la possession de 1'objet aim6 affai-
blit cet amour frendtique que je ressens pour toi, le temps, la con-







D)E LA ,IE[NESzSE IIAVIUNNV,


naiss~ nce intime do tes quallps, I'hiabitudle que je me suis faite de
la pr('sence, tout le porte a 1-exaltation. ,

Quatre jours apr(s, le 8 novembre, elle eut un novel Mian
lyrique provoqu6 par des soupcons quo r':en no justifiait :

SQue tc temps me paralt long Je compete avec impatience les
jours qui doivent s'dcouler encore, avant que j'aie et bonheur de te
presser sur mon creur. Alh si tu savais quelles sout les idWes qui
me bouleversent, vraiment tu aurais pitied de m-i. Non, je te rends
justice. Tu es incapable de me faire do la pe'no. To m aimes asscz,
je to croi-. pour me dire toujours la verite, an risque m6me de me
donner la mort. Quel coml)at quellc s craintes Ciel s'il etait pos-
sible que tu fusses jamais !... Reponssons ces chimeres, elles me
d c.hirent. Songe a moi et ton eceur sera mon avocat, j'en suis
sore. J'ai besoin do m'Mloigner d'ici ; j'ai l'ame trop triste, je t'ap-
pelle en vain. je te cherche partout et no te trouve que dans mon
cemur. C'est 1~ que tu es adore, comme nul ne le fut jamais. ,

Et cela se lermine par ces quelques lights assez signifl-
catives :
o Pdtion devient plusclharmant dejour en jour. Aussit6t qu'il voit
on homme, il Mtend ses petits bras et I'appelle papa. Tous les ma
tins, it vient me dire honjour et va se mettre ;') ta place Mais te le
dirai-je ? meme lui, lui cet enfant clihri, n'est rien pour moi au-
pres de toi. ,
A cetle Ph1idre 6chevelee. il out fallu pour partenaire.
llercule lui-meme et encore Hercule avec l''Ame chaude
; de Catulle. Or, Pierre Faubert n'avait rien, ni de I'un, ni de
l'autre. C'6tait un intellectual pale et ddjh mystique dont le
bonheur supreme 6tait de lire et de relire les oeuvres deF6ne-
Ion qu'il admirait au point de donner le nom du doux prelat
A son autre ils qui naquit quelques annies apres et qui
se couvrit do gloire, dans la suite, en remportant le prix
d'honneur de Ah6torique au concours general des Lycees de
Paris et de Versailles.
Le caractlre de Pierre Faubert 6tant connu, I'on devino
son eftdrement, en relevant la lettre extraordinairesuivante,
datc(e du 12 Novem broe 1828:
Je me venge, hoer ami, de ta froideur par 1'exces do mon amour.
Cetle expression de ma tendresso to paraltra stirement Otrange;
mais elle est vraio. Quoique tu me laisses voir que je ne te suis
plus aussi chlre qu'auparavant,je t'aime et ne puis cesser de t'ai-
Imer. HlE.las tu m'as faith trop entendre que ton e ur n'otait plus to
mime. Ta maniere d'aimer et de sentir est si oppose a la mienne,
tu me montres si peu d'amour que, si je n'avais l'espoir de to voir
encore pour moi cette tondresse exclusive, cet amour qu'il t'etait
si doux de m'exprimer, je serais more de douleur. Selon to, chler









16 REVUE DE LA LIGUE

ami. la possession de l'objet aiml doit n6cessairoement affaiblir Ie
sentiment e quelquefois m6me I'andantir Tu me I'as dit cent rois
et certes tu n'a- pas besoin do discourir beaucoup pour le prouver,
car tu oflres l'exemple-de cette verile. Cependant, it est heoureuse
ment des exceptions. L'amour illimito don't je t'ai donno tant
de prenuves, me done le droit de te parler de moni. Oui. je puis
assurer et je le prove sans cesse par mes action-. jo puis assurer
dis-je, que les liens qui m'unissent a toi, loin de diminuer I'ardeir
de mes sentiments, loin d'affaiblir le besoin que j'Oprouve sans
cesse dc ta presence, ces liens-la n'ont fait que to rendre plus chler
a mon c(eur, et d.iubler ton empire sur mon ame. 11 n'est rien d'6-
tonnant que je t'aime plus (tue tout au monde, puique j.i trouve en
toi tout ce qui fait aimer et tout ce qui attache Io coeur. Les qua-
litcs que je dpcouvre chaque jour en toi ; ce j i ne sai quoi qui te
rend maltre ahbolu de mon Ame, tes charm's. le bonlieur de te
chlrir., tout enfri t'assure des droits eterneis i mon adoration, je
to v n'eo come mon Dieu. Je t'idoldtre avec I'renesie. Mon coeur.
mon ame, rien ne suffit ii l'exces de mon amour Tit n',is pas ma
vie, tu n'es pas mon Dieu. tu es mieux que tout cela. Je sens, oui,
je sens qu'il n'est point d'expression qui puisse peindre l'a-deur
de mon amour, il est unique, il est sans bornes Je to respect com-
me la divinity hL quije rends des hommages. Je ne sais s'il 'allait
choi'ir ontre Dien et toi si tu ne serai. pas le pr r'ere. Oui, tu le
serais, puisque jo puis me passer do tout et ne pou'rais pas vivre
sans toi amour. Rends-rnoi digne. 6 mon tout renis inoi dignedu
bonheur que tl me doines. Pr6te-moi Ie charme ,ui t'environne
pour t'enchalner a mon c(unr.
Tu esunique, tu merites I'idolatrie de tous les coeurs Non, je ne
te vaux pas, tu moritais mieux. Je ne pouirrai jamais to donner
tout le honheur que tu me 'ais goater. Laisse-moi Ie le dire, mon
ami, mon doux ami, jo suis folle de toi; je dois A ton amour cot
aveu, il fait mon bonheur. Oui. Fanibert, tu es fait pour itre clihri,
tu es fait pour d nner I'amour de la vertu. Je suis fibre de toi c'est
toi qui me fais aimer co qui est grand et beau. C'est toi qui animes
mon etre, et lui donne de la vie. Cher ami. lors m6mo que.je serais
assez malhenrense pour avoir line me ordinaiie, la noblesse de
]a tienne, I'l&6vation de tes sentiments me forceraient a me ren-
dre digne de toi. Cette connaissance de ta personnel me rend fibre
d'etre ton spouse. Je place en toi mon orgunil et ma gloire. Tu es
mon tr6sor, c'est le seul qui excite en moi do I'ambition ; A chaque
instant, je crains de le perdre, jeo voudrais ouviir mon cawur pour
'y enfouir. Que.je series heureuse alors La, personnel ne te ver-
rait. Tu no serais point expose A m'Otre ravi h chaque instant.
Environment do soins et d'amour, tu finirais, j'en sni4 sire. par t'ef-
forcer d'aimer ta prison, tu serais hleureux, je to I'assure; car ou
tronveras-tu* jamais un c(eur qui sacho t'aimer comme le mien,
(qui t'idolLitre avec cot abandon, ce bonheur don't rien ne pout don-
in'r I'idoe. Oi en trouveras-tu ? il n'en exist point Cher ami, je
suis encore amante, amante passionnde, et je le serai toujours,
jusqu'l la fin de ma vie. ,

Je d6fie que I'on me cite une seule lettre de Julie de Les.







DE LA JEJUNESSE IIAITIENNE 17

pinasse o6 l'on trouve tn tel souffle lyrique, of les memes
' 5 mots qui reviennent come tn balbutiement d'amoureuse
qui n'en peut plus.' qui se relIve cependant et reticent I'aim6
en so grisant des sentiments qui d6bordent do tout son ktre
d.6semparde
Cette lettre inspira une sorte d'effroi A Pierre Faubert. II
s'ecrie, dans le commentaire qu'il en fit'; (( Non, ce n'est pas
ainsi que doit aimer une spouse, ure mere de famille ; ot
j'apprehendAi involontairenment que cello qui allait jusqu'i
prd'6ter son mari i Dieu rnme, no fHitca able un jour de
sacrifier ce mari a une autre idole. ,
Les o'aintes de Pierre Faubert talent pr6rnatures, Fine
devait I'aimer longtemps encore.
Voici une nouvelle lottre de i'amonurruse qui est la dernie-
re de l'annec :828, et que nous exranyons, conmme les pr"ed-
dentes, du m6moire rarissiume public par le mari en 1817.
Elle est date du 22 novembre.

STi m'oublies, tu m'ahandonnes, tu rie songes m6me pas A
tranquillicrr mon ame To la laisses aNipntlie sous le poids de la
douleur. Scrait-il po-sible que ? .. Non. it me 1-aurais (it ;je crois
A ton amour, jo crois a ta confiance. Oh mon tout quehe dou-
leur I quil. sont penib)les (es doites que j'opr(uve .. Oui, don-
fie-moi la mort, mais ino me cache jamais la v3rit&... Jo suis fachee
centre toi. tu tie me donnes auciun detail de ton voyage. Tu no me
dis pas cliez qui ti es I.ogo, quelles sent les personnel que tit vois!
J'ignore tout coque tu rais. ,.t ee Itt ceoq ueto m-avais promise ?N'es-
tu pas ma prop,'ite? Poirquoi nmR, il- end- tii pasczmpte de I'usa-
to que tu fais de mon bien ? Tu meltras en avant tes affaires ; mais
elles no doivent pas t'empecher do me prouver ton amour (-t de
rassurermon cemur contir les crainltes qui le dechirent. Certes,
j'ai de la: confianie en t'i, urie confianie illimitke ;je to vonere
trop pour ne pas en avoir. L'amour divin, cet amour celesto que jo,
te voue est ingenieux A so c cer des fanl6mes.
Le d6sespoir seil a dict lo commencement de c:'tte lettre. Je la
termine en t'assuraiit que ton Euplhrosine n'a d'autre bonheur que
de penser a toi., et d'appeier de tou- ses vweux le moment heuieux
qu'clle doit t-enlacer dans ses bras ,

,,Ton Euphrosine! Fine se donned Ie nom d'une des trois
Gr'ces. Elile est modest. Fine 6tnit dou6e de 'qielque chose
qui manquait completement it ces trois personines: pile avait
de I ame Trop d'A me mrnme, Ot (lit son iiari, I'admira-
tour de Fdnelun et le future npgociateur du Concordat.

FI..INAND IHIBBERT.
( suivre.)







is


REVUE DE LA LIGUE


SLA MINALADRESSE

,. E LA

MISSION LAliOSE-ROUANEZ




Apres la rupture on 1823 des negotiations de Bruxelles, tendant
i la reconnaissance de I'ndepoendance d'Hal'ti, la Restauration ne
cessait d;impoi tuner nnotre Gonverneine nt de la necessity du regle-
mi nt dtfinitif de la que-tion haitienne. Elle domnnit. a chaque occa-
-sion, par l'entremise de ses. agents, I'as-ui anco que ses intentions
'seraient simpless, ju-tos ot rnoderees,,, marquant par Ia .-on d6sir
absolu d'on finir. Aussi, 1'ancienne mLtri)oinle sit A poine dsguiser
,a satisfaction, lor-gqlue Boyor accepta en 182I d'euvoyer uine Mis-
-sion reprenire on France la disca-ision intorri.mvo I'annee pre-
cedentc.
Le Prdsident d'Ilaii no comorit-il pas la nature des avances qui
lui (taient raites et ieu.- signification ? On no sauirat le croire. II al-
rait leanmnins da.ns sos instructions, et romp-ni oen cela avec, les
';pourparlei s anterieurs', ordo'inr at sos agents do in )lifier la for'me
dans laquelle notre independance dovait Otro reconn'e par Char-
les X.
Cette orientation nonvelle, qui devait jIto i'un omlr)" si triple
sur la gloriuseo adninis't:alion extdrioure do B >yor, 6tait-elle justi-
fleo par les circonstancos ? Eut-il raisin de rovoilluer los instruc-
"tins donn ies mn geonral J.. Bovi. note agent anx conferences do
'Bruxelles, d'admetiro a nouveau la possibility d'indemaitd-,directc
en favour de la France, an lion do s'en tenir ;aix avantages comr
merciaux dLja offers ? Enfin, la Reotauratiori no io monaQait elle
d'une expedition militaire et etait-ell i en m.-sure de donner" suite.
i ses menaces, si Inous n'accaptiins pa-.l'octrol do notre indopen-
dance par voice d'ni nerdoIIna(nce royale >
Un simple aporqu do'l'(lat diplinuatique de l'Euroipe, a cote dpo-
que, sulfit A i-montrer I'inexp'icahl e chanpgment opore dans la
ipolitiqueo oxtrieire de la RBPuhl)l;que.



l)e la Sainte Alliance, orgaiis,'e aptis WVateri'li -pour s-au\ ei la
I'rancet ft ,ervir on meme temps les interits de la Russle en
O ient, le t gue des siimverains europien, cont-e les iniuvrges d'Amdrique. Por-
ler ces souverains A secourir Feedinand VII, a jeter des troupes







DE LA JEU.NIL'SSiZ HAITILENNE


sur le Nouveau Monde qui 6tait en feu, c'6tait une mani6'e habilre
pour la Chancellerie de St Pktersbourg de d6tourner I'attention ot
les forces de I'Europe des,Balkans !
Mais I'Angleterre veillait. Des le ddbut, clle se dres.a centre cet-
te entreprise si prejudiciable a4 ses intcr6ts commerciaux. Elle n'a-
vait pas laisse porter la question des colonies Ospagnoles an pro-
gramme de la Conference d'Aix-la-Chapelle ; elle sut faire circons-
cr ire les travaux du Congres de Troppau o0t la ltussie esperait
prendre sa revanche doeux anndes plus tard, a Vdrone, la qu s-
tion des colonies avait Otl encore Oearteo. Les Anglais so posaient
done comme les champions fcides do I'indcpendance des Repu-
bliques sud-americaines.
SApre I'exp[dition francaise do 18-23 en Espanoe, ils prirent une
attitude franchement hostile A la Rostauration. El, pour bri.-or dft-
nitivement los efforts de la Sainte Alliance. a irater I'Mlan frangais
apris les victoires remportOes dans la p0ninsunle lb~rique, Canning
alandonna la politique d'ob-Iructionl jus(ui ici poursuivie par I'An-
gleterreo et i au igura un sy-lttne plus positif'. I'Europo le te devait
plus songer A intorvenir par la forecco des'armes en Am6 ique.
Ce principle do noii-iltiervention no constituait pas une oi iginalit6
"ourolpdenniec. D Pj~., en 1818, loi sque Ic tsar de Russie conviait I'Eu-
'rope a se ruier sur les insurgOs amoricains, Adam-, secretaire d E-
tat de 'Union Nord Amdricaine, avail pass des instructions A Ba-
got, son ropr('sentlart a Londi es, pour contrecareor cette politique.
,, Aucune intervention des Puissances- europeennes, dcrivait-il, tie
seraa heurouse que si ellodecide I'E-pagne a reconnaitre *indepen-
dance des Colonies americaines."-
Avec une admirable profondeur do vues, los Anglais, po-ir ne pas
perdre leurs avantag.es commerciaux evi Amdrique et compromet-
tre le sort du Canada et do leoirs pi; ,seions des Antilles, s'ktaient
mis loyalemenpt avec les am6ricains duNord pour utiliser lcur for-
mule de non-intervention, pour on I'aire line doctrine po'itiquo en-
ropecnne. rour pnusser A I'emaneipation des pays insurg6s. aln die
pouvoir bdn|ficier dela *-econnais-ance de ces i)eu)le-s qu'ils de-
vaient plus tard so vanter a d'avoir appel6s t la vie ,. II apparalt
clairement, disait Canning, que si titlne grande partis.du izlobe -reo-
tait plus longtemps sans existence reconnue et sans relati ns poli-
tiques avec les gouvernements 6tablis d'Europe, la consequence
serait tre6 dangereuse pour les interkts des Natioms europdennes ,.
Et, pour en.arter cc danger, il invita le Gouvernement de la Restau.
ration A imiter la Grande-Bretagne, dtanti dcidO, on cas do refus,
- ne lui permettre aucinne intervention armee on Amerique. -
L'opinion'francaise s'Ctait houreusem 'nt modifito Le- Ministres-
de Charles X ne so souciaient plu-i do se lancer din a;ictine illelr-
re en Amdrique, malgro toutes le.- sollicitation.!s possibles de- P.,is-
-sances intcressees, et les Royalistes mjmos qui avaient tant ap-
plaudi en 1823 a l'expedcition conire l'Espagne s'dtai-int eauc.itin
calmds. a L'opinion grndrrale, mimeo 'opinion rovyiliste est r'r't ti6-
de, 6crivait Cfiateaubriand sunr la pointde Minisire qui ne fit cra 6s'il s'engageait dans une parel'et
affaire. ,
SAussile Minist re Villele, gagu pa la poitique britauniqute,de.si-
ralt un r6glement pacifique1 envisageai la reconnaissance des nou-








20 REVUE DE LA LIGUE

veanx gouvernements de i'Amrrique et parlait meme de donner
l'exemple en commencant par St Domingue. Lo 9 octobre 1823,
Polignac, ambassadeur de France a Londres, pour scellnr I'entente
Pve Il'AngleIerre, echangea un memorandum avec Canning d'ofi it
risultait I'impossibilit6 pour los Puissances de ramener I'Amri-
que A son ancient (tat et la volon'*, do no point agir control les co-
lonies par la force des armes.



Ces explications talent indispensable pour fire comprendre la
maladresse queconstitue l'envoi de la mission Larose-Rouanep. Bo-
yer aurait pu eviler cotto maladresso. Renseign6, comme il l'tait,
sur les &vnements d'Amdiique et d'Euiope, il auraitdi, en se d6ci-
dant sur les sollicitalions rp types de la Restau action A fair partir
eon 1824 uiee mis-ion pour solutionner la question deo la reconnais-
.*ance de note Ind6penidance, s'absteniir dans ses instructions de
cotisentir des con.cessions quo los exigences frangaises avaient
.abandonnces Au dedans, depuis la r union d(u Royaumeo a la R6-
puhlique, depui-z (que I'Est s'Otait. rallip sons la blnni6re de I'Ouest,
depuis la realisation du rtev do Dessalines d'liie Haiti don't les li-
mites seraient constitutes par la mer, le G'iiveornement po-ssdait
i ne grande antorite morale pour negocipr la ieconnaissanco do no-
tre independanco. A 1-exteriour, la France prco'ni gleterre la politique do non intervention on An,'riqie at ses hom-
rnes d'Etat talent press de reglor la question liaitionne Aux
Etals-Unis, la doctrine MonroO avait 6to proclaim rno et soustayait
los trois Ameriques A la colonisation ouropi)nne. Jamais circons-
tain'es do routes sores o'avaient tid plus favor'ables Ai Biyer.
Copendant, le point capital des instructions du 28 av:-il 1824 con-
.si-tait pour nos, agents a obtenir ,*< no rdou'd iltnanctI royale par ,la-
qptlle Sa Majc-t6 ties Clihrtienne reconnaltia est libre (t ind6pvnda t ,,.
Solliciter 1une ordrnnance royal. 'e'oait acccrder anux frangais ce
,.qu'ils avairnt demand depnis, 18i4, comme cadrant avec la dignity
.t 1'orgueil de leur souverain. C'etait accepted tie0o independence
6ianoe de la grace du loi e octlroy(e en vertu doI son droit divin.
C'ltait avoubr nott e ftaibhlesse, A un moment o Ile Gouvernement
Mtait plus fort. plus sltablo qui jamais, et admettre que la R publi-
iue tiP p mivait trailer d'egale 6 gale avec la France. C'Atait reve.
Sniri male con r'lousermett sur les efforts fructueux do no.tre diploma-
tie (iii avait dtj' fait admettre a Bruxollos 'e plinripe (de notre re-
,coinnia inic palr Irailt C'-tait pour Boyer, pirsonnellement, ro-
voqniir s. iin-ttrii actions dn 5 mai 1823 an GArndral .1 Boy,. dans les.
S-nitel os it pr-estrivait la conclusion d un trait qui decra avoir pour
'ba.,e la reconnaissance de 1'Indipendance d'Hatli ,.
l.s ni.,S n'oiatii ns d(, Br1uxel.es avaient 6t1 rompulo! sur. lo soull
i dans toutes les lettres d'Esmangart et de Lau.ion, les negocia-
. "teurs 'rancais, -ect qui provoquroent l'envoi do la Mission I.aro-
i.j~'f puanez, on insistait vivement aupris du Prisident d'Hali[
pour qu'il ,repit la discussion d'un trait. Jo ne doutai pas tin







DE LA JEUNESSE HAITIENNE 21

soul instant qu'un traiit ayant pour bI- l1ind6pendance ne fut si-
gne ,, decrivait Esmangart A Laujon, oti faisant allusion aux pour-
parlers de 1823.
Et voila quo par une singulibro conception puis6e on no salt ofi,
pour des rai-ons que l'histoire n'a jamais pu d6terminer.-notre
chef d'Etat, renoniant aux avantages obtenus par notre chancel-
lerie. abandonnant son propre point de vue, a un moment ou la
politique de I'Europe subissait un changement radical, en cc qui
concernait les affaires d'Amerique, ofu la France en particuliers'in-
terdisait dans des acvnrds internationaux d'intervenir par la force
arm6e. ,;'avise subitement de solliciter une ordonnance qui nous
fprait'don de notre Ind6pendance 1,
La lecon allait 6tre dure pour Boyer. On lui fit bien voir que du
moment qu-il implorait une grace il ne pouvait plus s'agir de, ne.-
gociations. La Restauration, la veille si cajoleuse, congddia nos
agents et, P'annde d'apres, pour r pondre a la suggestion, -,aition-
ne, elle nous gr< tifiait, sans consultation prdalable, de la d6sas-
treuse et humiliante ordonnance de 1825 qui blessa profonddmnt
I'orgueil national, sema un tres vif mocontentoment dans. tout Ie
pays et provoqua des soul6vements qui raillirent renverser du Pou
voir le Pr6sident d'Haiti...

ABEL N. LEGER.


I 4.







REVUE DE LA LIGUE


TENDRE IDYLLE



J'ai recu,' ces jours derniers. de France. line lettre bien
triste. Je la public, en ne changeant seulerent, et tout le
monde comprendra pourquoi, que lonom du pauvre dispa-
ru qui en fait l'objet.

MONSIEUR,

Vous serez bien dtonii6 do recovoir cette lettre de moi, d'une per-
sonne qui vous est certainement indiffdrente et que vous avez. a
peine connue. Mais vous me pardonnerez, sans doute, la liberty un
peu trop grande que jo prends envers vous quand vous saurez la
nature du sentiment qui me fait m'adresser a vous.
Je viens d'apprendro par les journaux do votre pays la mort do
mon clier ami Pierre Dolang. .Vous ne pourrez jamais vous imagi-
ner la douleur dont.j'ai en toute I'am l)broyee a I'annonce de cotte
nouvelle aussi terrifianito u'itatteiindue puisque vous lie save
peut-etie pas. quelle affection irtuptible me liait aco pauvre ami,
qui dtait aussi volre ami.
Sije me oormpts do vous ,ocri,'e pour vous entr3ten.ir .pociale-
ment de lui c'est que, d'ahord, du(Iant les tris delicicux mois que
j'ai pass-A dan- vote meorveille do petite capital, da,.tous les hai-
liens quej'ai rencontres. vo'i- 'm'dtiez I'un de-s p'lu sympatiiquies ;
et, qu'ensuite. je vouii ai to ,ijou'ir omptd panni le b1) )rins camera
des de Monsieur Dolan,. Jo vo)ti ai rarement vti I'nn -ans I'aitre.
Vous I'accompagniez pro;4que touj ir-; a I'.Iarisau i our j'allais qioll-
qucfols, moi, avec mon maria. El c'Mtait souvetnt vcus, ris souvent,
le compagnon qu'auChamp do Mars, of j'avais I'habitude de levoir.
11 abandonnait pour me rejoindro. N'est ce pa- que vous avez dir.
m'en vouloir de vous ravir ain-i, les soir- do promenade, votre
interessant copain, ces soirs de clair de lune oO l'air friksoiine d'u-
ne tell gaiete qu'on dirait que ses souffles charrient do la joie et
du honheur. Ces soirs-la, il trouvait toujours l'occasion de me par-
ler do vous. Et, me parlant db vous, il avait dans la voix, de tells
inflexions de sympathie que, sans vous connaltre, je vous at ais doe-
venue une lointaine et silencieuse amie. Plus d'une foi-k meme. jo
lui at demand de vous emmener avec lui. II a toujours eoi un init
aimable pour refuser ou une gentille blague pour s'excuser do ie
pas tenir sa promesse. Tanty a que j'avais fini par croite que,
par une diegaute discretion don't interieurementjo vous savwi- i
gr6, vous aviez toujours refuse de l'accompagner lians ses lents
flAneries avec moi, pour ne pas jouer lo trouble fWte et 6tre cette
banquise quest toujours entire doux coeurs qui s'aiment, un tiers,
v







DE LA JET'NESSE 1IAITIENNF.


rut-il tn ami. Vous aviez sans do te ,I.vine nos relations. Je sais,
il 6tait si discret, qu'il ne vous en avait jamais parole.
Nous nous aimions. Mais nous Otions deux amoureux scrupuleux
et n'avions jamais pn aller an del:A des chooses permises A l'amitie,
le hasard helas qui a-range parrois si mal les choses ayant deci-
d6 qu'il en serait toujours ainsi. Je ne cachais pas cependant to
'rrmissant amour qui me prosternait toute, devant la tristesse do
son sourire. JPttais si heureuse d'etre aimeo de lui. Toute ma per-
sonne s'en 6panouissait. Mon Ame en f'rissonnait d'orgucil, tenez,
comme ces freles fleurs jaunes qui de lour satin fragile ponctuent
le vert velouteux de vos gazons savent [risonnor, sous les conti-
nuelles larmes parfumbes de vos 7etites rises fureteuses. 11 6tait
si bon, si aimant et surtout. oh surtout, si courageux!
Si je ne craignais de vous ennuyer, je vous dirais, 'Monsieur,.
certain details de notre amour, le calme sourinnt qu'il oppo:ait
A mes, jusles inquietuces et A mes angnissants pressentiments.
II etait si didaigneux du danger! II jouait si bravement sa vie
pour son amour que certain soirs jo me sentais, a ses bras,- mon
Ame hien seirrie centre lasienne,-prite a affronter touted los aven-
tures sans une ,parole de crainte, sans un mot de donlour. Ces
.oirs-lA, je verrais devant mes pas s'ouvrir les portes de la mroit
que je n'en tremblerais pas.
Quel dommage qu'il n'ait pas -reQu, avant de mourir. la, l1ttre qu'e
je lui ai dcrite, qui m'a Wt- retourne, avec la nouvelle do sa'mbrt
et que je'conserve ja.ousement cormme si c'dtait une reliie Cet
qu'ello me vint d'un Saint. Comma il aurait te heireux de savoir
que Maria-Nita ne I'oubliait pas, ne pouvait pas l'oul)lier.
Maria-Nila Si vous saviez comme it disait bien qe petit fiom
qu'il m'avait lui-mome donn6, avec ce leger accent castillan et cet-
to intonation voluptueuspment chantante qui me donnaient 'illlu-
sion que .j'avais pros de moi un do ces amoureux ardent- et runs,
aux clieveux de tOnlbre, do l'ancienne Castille et qui m'aimait et
qui m'adorait. Non je n'ai pas pi I'oublier. I:Et lui, pensait it quel.
quefois h moi ? Dites moi. o ,i, dites lo moi, vous parlait-il paro-lis
de moi? Que je voudrais le savoir ot que cc donut me fait mal !
Pauvre, pauvre ami. 11 ne me -rete mome pas la co.-oilation d'es-
perer qu'un jour it me sera permis d'aller pencher vers sa tombe
. toute mon Ame et murmurer A son ombre, sous forme doe rieics.
ces mots haletants et dmu-; que je lui disais si souvent jodis et
don't le souvenir pleure en moi avec la melancalie et la monotonie
de cos petites pluies fines do chez vous, lorsque votre nature, tou-
Jours limpide, so farde do brume, comme par caprice et qu(11w yIr
S ciel faith nord comme on le dit si bien dans votre ragofitaiit
crbole.
Je suis (loignde, et pour toujours 6elas'! du lieu ou il repose, En-
tre mon amour et sa tombe, P'atlanli iuo d ,(I rno o 'infliii IdWoi d," s'-
vagues et les continues soiibresauts- deo e- In' m J .- Ii1-1i ptlol-
gnee do sa tombe,lui don't le souvenir cepend nit est si prt-s de mon,
lui don't le sourire melancoliqueest tevrnellemtnt eraivO en moi 1'
Tenez. Monsieur, je vais vous demander de m'Otre ag' eablt. Je
'uis stre que cela ne vous deplaira pas, surtout si vous vous rappie-
I ez que. c eque je vous demand vous Ie terez un peu aiiussi pour 19
S -e am!. Dans cette lettre vous trouverez quelques violettes.qued'a'







REYVUE DE LA LJGULei


cueillies en pleurant, parce que je los ai cueillies on pensant i lui.
Allez, -oh! je vous on supplies, -au cimetibre oCi on I'a enseveli et
jetez-les sur sa tombe,pdtale h petale,comme s'&grinent des larmnes.
-Elles seront froissees, meurtries quandelle vous arriveront. Qu'im-
porte. Je suis persuade que lii du moins, notre cher disparu. en
sera heureux tine minute, si de I'autre c6t6 des tombeanix on voit
encore les gestes aflectueux faits par ceux que l'on aima. Pensez for-
tement a lui on les effeuillant. Et pensez aussi A mno, tin p)en. Pro
noncez son nom, et aussi le mien. Prononcez les ensemble. Con-
fondoz, emmelez leurs.syllabes. 11 me sembile qu'ainsi, malgid la
mort, il m'aura eue une fois ani moins, lui que j'ai si folleoijent aimed
et qui n'a jamais su comprendre les appeals de ma chair tendue
vers lui ou qui les a d6daignes peut 6fre..
Et alors, quand vous m'ecrirez.-car vous m'ocrirez nest ce pas?
pour m'apprendre que vous avez fidelement execute mon vwu, par
Iez-moi'de lui. Parlez moi de lui comme vous en av\ez "oarle dans
l'article que vous lui avez consacr(e, aves emotion, avec'douleur et
toujours avec sineirite. Come on sent que vous I'avez bien connu
A lire cetto necrologie. Pa lez moi doiin do lui, longtemps, tout le
temps que vous le pourroz Celane me fatiguora jamais. Au contrai-
re. Vous me donnerez l'illusion qu'il vit enicore et que par les soirs
de clair de lune, il se promene lentement, en votre compagnie, par
les allies caillouteuses du Champ de Mars et qu'il vous entretiont
quolquefois de cette Maria-Nita qui I'a tolloment aims que m6me la
mort -n'a pas attinue son amour.

MARIA H .. .


J'avai Aipeoine achev6 de lire ctte lettre que je me rendais au
cimeti6re. D'ordinaire. jo, n'y vais pas, n'ayant nullement besAin de
mecourber vers leurs toimbes pour consacrer un pea de ma pen
see aux morts qui me furent chers.
I['apres midi etait fraiche quoiqu'ensoleillee. 11 n'y avait pas eu
de nombreux enterrements cejour la. parait il. Le cimtiroe 6tait
presque solitaire et semblait endormi dans le silence. A de tr6s
grands intervalles, la voix d'un fos,,oyeur fusait dans l'air, puis.
brusquement s'kteignait dans un fracas de riro rappelant a! rdveur
attard6 quo l'on s'amuse aussi au Champ des morts.
-Du c6t6 de ]a chapelle, G(6nral, me repondit un journalier ai qui
j'avais demand ofi se trouvait. le caveau do Disjoint oI repose
encore Ernest Dolang.
Voulez-vous queje vous accompagne m'offrit-il ?
Je refusal. II me fallait une entire solitude pour accomplir ce
qui me paraissait 6trc un pieux devoir.
Aprcs avoir longtemps cherche et m'6tre heurtd combien de fois
aux pierres abandonn6es que drape le rev6tement verdAtre des
lines folles. je trouvaienfin celle sous laquelle dort Ernest Dolang.
Je crus du moins ]a trouver car aucune inscription n'y 6tait grave
alors pour confirmer ma persuasion.
Lentement, avec des gestes presque sacramentels, come si el6l
itait IA, autour de moi, l'ombrddu cher ami A qui, au nom d'u.






DE, LA JEUNESSH HAITIENNE


amour que je n'avais pas ignore mais don't jamais it no m'avait en
tretenu, common si elle Mtait pr6; d moi, 1-ombre do I'ami A qui
j'allais parlor je me d(coivris et sortis la lettre de Madame Maria
H.. Et pensant fortement A colui qu'elle'avait aimr. et un pen aus-
si A elle, comme elle me I'avait demand, je me mis en confondant
les syllabesde o urs nom- a effeuiller au pied du caveau le; vio-
.lettes qiuelle avait crreillies, en pleurant, parce qu elle les avait
cueillips, en pensalit A lui. Je les effe.iillai, petalc a potale, comme
s'egr6nent deslarmes.


Insensiblement, sur ]a face enflamme et tumdfiee du .soleil cou-
chant Ie crepuscule dle-cendit sa voilette sombre. Le silence se fit
plus grand. Les tormes simpi eciserent. Les arreles des tombeaux
disparurent et sembl6reit o-e delayer dans Pombre Seole la stele
an haut de laquelle uti hubste prpotuii I o souvenir d-Edm mld Paul,
lutta encore control la init c )mmenie Q itnto. Er, (c )min si elles
dtaient des Ames do moi t qui avec 10 soir propi<.e venaient de sou-
lever les couvercles de leurs tombeaux. des volees doiseaux bro-.
dOrent I-atmosphlre de zizgags rroufroutants et emmrent I'obsen- ,
rit d'appels brefs et timides. L-orchestre des grillons dissemin6
dans tous les coins du cimetiere sgrena les notes iudes et sacca-
does de son concert mystorieux. Non loin de moi, sur une pie~rre
vers laquelle, courbee en une profonde humility, s'immobilisait la
silhouette noire d-nne femme, une bougie s'alluma, petite fleur
- de clarte vacillante eclose dans le silence et I'ombre, qui m'ar-
racha de la reverie profondeofi mn'avait plonge le triste souvenir de
mon malheureux ami.
Je m'engageai dans I'alleo qui s'oivrait devant moi. J'y avais a
peine raitquelques pa-s que sous me- youx di-traits se d6noua un
couple que nonait la plus intime des Cttreinte.s. Je passai saus voir.
Et Iongtemps aprs- moi j'entendis la voix sacrilIge de I'homme et
le rire gros-ier de la femme, rappeler au rdveur attardd qui s'en
allait, qu'au champ des morts, sous le manteau propice du Soir, on
vient s'aimer, quelquefois. .

LEON LALEAU




, i







Zb REVUE DE LA LIGUE







R POESIES





TES MAINS...

Tes mains, tes douces mains de rdve et de tendresse,
Elles me verseront I'hymne imnmadriel ;
Je vis de leur bontd louchan'e, enchanteresse.
Tes mains, les douces mains aux onctions de miel...

Tes mains, tes donces mains d'espoir et de promesse,
Elles me guideront dans la nuit des chemins ;
Je mnenivre de leur foi d-endormeuse ivresse,
Tes mains de claries ferventes, tes douces mains...

Tes mains, tes douces mains de fe ot1 de dei.'se,
Elles me berceront longlemps, lonylemps. lone lmps!
Je meurs de leur trouiblante, amottreuse caresse,
Tes mains, tes douces mainsde charm et de printemps...




Crogqui halitens...

LA PET.TE CONFISEUSE
SONNET
11 est d'acajou neuf d bords en denletures,
Le o bac n ot), cnit, le sucre assemble s.s cuiuleurs
Bdtons de sucre d'orge, d la mince encolure,
Coiffds d'un gai turban cochenille en rouyouur...







DE LA JEUNESSE 11 kITIENNE

Douses au lait cremeux, a savoureuse allure,
Cdte cdtle, en carre's parfails, sans epaisseur ,
Tablcttes de coco don't les fines hachures
Talent leur chair rose on blanche de douceur ;


An milieu, dans le ton, et poursuivant la gainme,
Pdtes de goyave, en roux paralldlogramnmes...
Tout est propret, lout est luisant, pvesqu','nchanleur !


La vendeuse, encor plus, attire 'acheteur.,
Car ses yeux sont de braise en ses quinze ans mi-sages,
Et ses seins, dedj lourds, lui crhvent le corsage...

VICTOR MANGONIES





PASSANTE


Tu passes, sains songt,'r anx rves insensIs
Que les yeux de candeur. en mon dme. out fail naitre,
Un regard altendri, sur ton ch/emit, lai.sd,
*M'etdl donnd tant d-espoir, ( ton invt pent Otre.
Tu passes, chaqute jour, Iranquille, sais dmoi,
A ccc ld premiere ombre, d( l'ihe/re des dltoiles,
Elt par de clairs matins mon rvde le reoilt.
Sans que Ic doux secret de Inon cwaur se deoile
,Pourlanl, malgre le course implacable des jour's,
J'allends di. cretement la minute divine
Ou, chevalier d/i pour un fervent amour,
Je prendrai, de la main, la rose incarnadine.






Ae parle pas t ma Irislteise.
T'u ne la comprendras jamais,
Elle est trop grande, ddsormais,
Pour se bercer de ta lendresse.






REVUE DE LA LIGUE


Mon dme a perdu sans relour
La riante et candid joie,
El sous lIoutrage des ours ploie.
Pour se dresser coming une tour.


A vril, dans la brise, chemine.
Je le sais. La terre l'allend.
Le clair printemps, en ray/onnanw,
Va fleurir pre', al et colline.


Les oiseaux, eperdus d'air pur,
Entonneront dans les fataies.
Dans les buissons et dans les haies
L'hymne du triomphal azi.


Printemps Enchantement qui passe,
Moment illusoire du Temps,
Que le fatal ecoulement
Fail disparaitre dans l'espace.


Alirage ephe'mbre et divin
Aime des vierges et des roses /
- Ah laisse que mon front repose
Sous ta fragile et douce main.

DAMOCLES VIEUX.







DE LA JF-IJNIESSE IIArriENNE


LA PLAINE DE L'ARTIBONITE


Conference faite a la L. J. II.

MESSIEURS.
Nous sommes ainsi faits. Nous savons, ou nous croyons
tout savoir de I'ctranger; nous savons, par example exacte-
ment comment Madame Sarah Bernhart interpr6te ses r6les,
nous savons, A quelques homes pres, quel est le montant
des effectifs actuellement aiigncs sur les champs de bataille
ou I'Europe s'dvertue A abatire i'hdgdmonie allemande, et,
depuis la Guerre, nous avons acquisune erudition redoutable
sur la Gdographie d'Europe tiree des communiques offlciels
et des compte-rendus d'Epopces, petites ou grandes. Mais.
faut-il le redire A vous qui le savez autant que moi, puisque
c'est I'un Jes motifs qui nous ont -portC a crier notre Ltgtue,
nous ignorons tout de nous-memes.
Eh! sans doute, nous savons, sur la foi des affirmations
rep6tees don't, un siecle durant, nous n'avons cess6 de nous
abreuver, que notre pays est trs beau et que los richesses y
pendent des arbres. Mais cette certitude ne parait pas nous
avoir emu jusqu'ici, puisqu'en definitive on pourrait les
computer ceux 1A qui ont jamais tent un essai loyal de mise
en valeur de ces richesses. si ce n'est parfois. tres souvent
meme, dans les douanes de la bienheureuse Princesse, au
grand scandal des esprits chagrins qui s'avisent, ai tort, de
leur trouver une function toute autre que de servir A un es-
sai communist de la repartition de la richesse.
Or, on aura beau me dire que notre goLt pour le fonction-
narisme et pour bien d'autres chose, nous vient de notre
culture latine et commiunaulaire, par consequent, suivant la
mot cherA l'Ecole de Le Play-Desmolins, je pou-: avoir tort
et beaucoup d'excellents esprits ne demanderont pa- mieux
que de me le prouver, claircomme cau deroche, maisjecrois
que notre absence de documentation sur nous mnme, c'est A-
dire l'absence de motifs immddiats et prdcis de nous interes
ser sincerement A nous-memes, n'est pas pour rien dans le
farniente, tant6t h16gant, tant6t insipide, que depuis centdou-
ze ans, tous a tour de r61e, nous nous plaisons A proclamer
le caractere speciflque de l'Haltien. Oh j'entends bienj tous,







-REVUE DE LA LIGUE


tant que nous sommes, nous savons bien, aveoc Dantes For-
tunat, Henri Chauvet et les autres, cque- I'Ariibonite, par
exem,ple, regorge de riz et do bestiaux et quo loe mines d'or,
d'argent et autres m6iaux pr6cienx so sont, A I'cnvi donn6es
rendez vous dans le sous-sol de I'lle.
Mktis ces connaissances pricieuses nous Ios avons acquises
avoc tant d'ennui, tout I'ennui degag6 par I'6loquence endor-
meuse et fCrocement minutiouse de.- professeurs, que nous
n'avons rien en de plus press que de tout rejeter d'elles,
pour ne retenir, au maximum, que le nom de quelques gran-
des villes, just ce qu'il faut pour savoir, quand un ami nous
dit que Gonaives a pris les armes.ou que Jhramie n'est pas
tranquille, qu'il n'entend pas parlor de I'Afrique nu-trae ou
de la Chine extreme orientale. De sort que la g-ographie
d'Haiti s'est A ce point d6colorde pour nous, qu'elle n'ap)pa-
rait plusque comme un-pAlecanevas de coordonn6es .gogra-
phiques et encore, oO se distingue A pine la geographic plus
vivante et combien plus interessante qui ostl intimement lide
A la vie de plusieurs eentaines de milliers d'Mtros humain-,
qui palliitent et qui peinent, et que. dans nos acc's de fritter-
nihl endimanchis, nous appelons, la voix tremblante et la
larme t l'oeil, "nos chers concitoyens ) on nos, frres des
campagnes ,, A la grande indifference des consommateurs, be-
nevoles et rosignes.
Je n'ai cerles pas la pr6tention de combler le vide que lais-
se un pareil etat d'esprit ni mreme de 1'entamer. Je vous de-
mande simplement la permission de vous presenter, j'allais
die,. une oeuvre de bone foi, maisje me rappelle Montaigne.
de vous presenter done quelques pages de bonne volonte.
quite A m'arranger avec notro President, Maitre Georges Ld-
ger. qui n'a aucune misericorde pour les manifestations o6
1'on chercherait en vain autre chose qu'une immense bonne
volontd.



Le 15 Mars 1913, mon cher maitre et ami, M. Fernand
Pressoir et moi nou-s prenions passage A bord du Vertieres n
que tous vous devez connailre, comme 6tant l'une des meil-
leures units A qui- en cc temps IA, -d tait confide la garden
des c6tes haYtiennes. Le bienheureux sabot, A force d'a-
voir tird del'aile et train du pied, pendant dix houres, flnit
par fire une entree triomphante dans la rade dos Gonaives
toute ensoleill6e et au board de laquelle le sel dos maisons
mettent des'scintillements de gemmes. -On se bouscule, on
descend. Une journde de repos bien gagnde passee A I'Hotel
St Michel, l'unique de la ville, une visit au Palais de I'Ind6-
pendance et nous voila prets A partir pour notre destination.







DE LA JEUNESSE HAITIENNE 81
a La Chicotte sur I'Estere ,o oi nous devons achever le mon-
tage d'un pont m6tallique, que dans leur sollicitude bien
connue pour I'agriculture national, les Pouvoirs publics
avaient decide de placer sur la riviere I'Estere ( en vue sur-
tout d'etre agr6ables at deux honorables agriculteurs, conces-
sionnaires du pont).
Nous laissons Gonaives th 10 heures do soir en carriole so-
lidement, trop solidement attel6e meme.puisque en course de
route. M. Pressoir a failli perdre une main par suite d'une
,ruadede l'excellente rosse qui nous conduisait. Puis. sans
autres incidents, qu'un beau plongeon que carriole, b6te et
gens ont failli faire dans I'EstAre h cause d'une erreur dedi-
rection. nous arrivonsA la Chicotte dans I'[tat de gens qui
ne veulent plus rien voir que leurs lits (decamp) 6tat que
je risque de provoquer bien des fois chez vous au course de
cette causerie, si vous n'y mettez de I indulgence, toute vo-
tre indulgence.
Une fois installds et t'ompu aux miscres irreparables de
la vie d'ing6nieurs j'eus I'ideede profiler de mion s6jour pour
diminuer ;non ignorance de la Plaine de I'Artibonite que
les g6ographes appellent a l'envie l'une des plus belles de la
116publique sans le prouverjamais. Qui m'aime mie suive !


D'apris Moreau de St Mdry et les ingenieurs du Roy en
mission A St-Domingue, ln plaine de l'Artibonite comprend
ioute la portion bornee au Nord par I'Estire, de son embou-
chure au pied de la montagne dIu Piton ; A I'Est, par I'extr6-
mit6 infdrieure des montagnes qui, de celle Ju Piton, vont
courant A peu prds au Nord-Est retrouver le morne de la
Tranquility dontle pied baigne dansl'Artibonite ; et.sure la ri-
ve gauche de cette rividre par une petite portion plaine que
termine le bourg de Veriettes; au Sud, parole bas des mon-
tagnes qui forment un massif don't le prolongement court de-
puis le Mirebalais jusqu'auprds de la ville de S'-Marc, et A
I'Ouest par la mer depuis 1'embouchure de l'Estere, jusqu'au
boucan des Folleuse, ofi la c6te commence A devenir c6te de
fer. La plus grande longueur ne doit se computer qu'A partir
des Verrettes jusqu'A la mer, parce que plus haut et vers
I Est elle est trds resserrde entire les montagnes et couple de
monticules de facon A n'6tre plus qu'une vallee 6troite qui
mene au Mirebalais et A la parties espagnole. Elle a environ
quarante-cinq kilometres ( 11l lieues) sur une larger qui
varie de quatre kilomdtres(1 lieue) A vingt kilometres
( 5 lieues) donnant une moyenne de 16 kilom6tres ( 41lieues)
soit 45 lieues carrds (1)

(1) colnprif t l.a s::perflcie dep ronte. ,







-REVUE WE LA LEAGUE


- La plaine de I'Artibonite est arrosee par plusieurs rivie-
res d'inegale importance. La plus considerable, qui lui a don-
ne son norn, la traverse dans sa longueur. Au Nord de celle
cise trouvent: I'Estere, le Cabeuil, la Riviere A l'Inde. la sour-
ce d l'lnde ou Petite Inde, la Martcageuse, la Petite Rivibre, la
Riviere a Jean-Adam, la riviere Espagnole. et au Midi se
trouvent: la riviere des Verrettes, celle du Tapion et la ri-
viere Salde.
L'Artibonite qui format la limited M6ridionale du royaume
du Marien sous Guacanagaric, prend sa.source au group du
Cibao. Grossie dans son parcours sur le territoire domini-
cain par les apports d'une multitude de rivieres et de ruis-
seaux et notamment par le Guyamunco qui lui meme a requ
un immense appoint auquel est meld celui de la riviere du
Dondon. elle arrive a la frontiere et traverse de l Mirebalais,
ouf elle s'auginente de la Riviere du Fer a-Cheval, de In Gas-
cogne et dela Guayamouc, puis elle parcourt toute la plain
appelde comme elle, r6unissant les eaux d'un grand nombre
de gorges et toutes celles fournies par le penchant des mon-
tagnes qui I'avoisinent.
Le course entier de I'Artibonite, mesurd en ligne droite, d'a-
pros les ingenieurs du Roy, est d'environ 240 kilometres don't
A pen prfs 12o kilometres sont en territoire Haitien. Mais si
l'on veut suivre lessinuosit6s. seulementdopuis qu'elle quite
les limites de Mirebalais, c'est-A dire h partir du moment oui
elle commence A se decaisser jusqu'a son embouchure. dis-
tante d'environ 18 lieues ou 64 kilom6tres en ligne droite et
dans laquelle elleestdirigde de I'Est, Sud-Est ouOuest, Nord-
Ouest, on trouve quarante cinq lieues on 180 kilometres.
Le volume-des eaux-de I'Artibonite varie beaucoup ainsi
que la vitesse. Pendant la saison spche, appelle le see par les
paysans de la region, et qui dure du nois do Novembre A ce-
lui de Mai, elle n'a gutre quo deux ou trois pieds do proton-
deur et meme moins etje me rappelle I'avoir passe A sec au
bacd'Aquin. Maisdans la saisonpluvieuse qui vadeMai A No-
vembre elle acquiert depuis6jusqu'A 12 pieds d'eau de plus
Quelque'ois I'61lvation do ses rives, qui va jusqu''i 18 et 21
pieds,nesuffit pas pour lescontenir et aprts avoir surmontd
ses digues qui ont depuis six jusqu'A 10 pieds de -haut, elle
se rpand dans la plaine.
La vite.-se de I'Artibonite dans les basses eaux qui sont
d'environ 3 a4 pieds est 6valude, par los hydrographes du
Roy, envoys en mission d'etude dans la region, A un pied et
demie par second; la larger Mtantde 180 pieds on en dd-
duit de droit un 6coulement do 810 A 1089 pieds cubes par
second.


(~ suvre)ADRiEN SCOTT,-


(4 suivre)






DE LA JEUNESSE IJAlTIENPNE


CULTURE GREGO-LATINE



MESSIEURS

Les adversaires de la culture gr(co latino et ils se fontL
nombreux ont accoutumd, dans les assaults plul6t mal con-
duits qu'ils lui' livrent, do se ineltre A la remorque de ccr-
tains auteurs, ious moins connus les uns que les autreset
d'essayer, par a-insi, d'en imposer aux naits. S'il est de lion-
ne guerre de ret mrner centre 1'ennemii se-< propres artmes,
pourquoi n'emploierions-nois pas centre eux, nous, peut-Otre,
holes derniers appelds an banquet dos muses ), un procdd6
analogue. Cclasoit, dit, M'i-sieurs, en maniere d'exorde.

Ci que dit EMILE FAGUET
"Je no me (donnprai pas lo ridicule,* i nio vous ferai I'injare de
vous presenter M. Emile Faguoet. La prodigieuse lecondit6 de ce
magniflque ouvvrier doe lttres a inonde le monde do beaux ouvra.'-
ges et vous avez. cortainement, djAi recueilli un peu de la man-
no spirituolle quo, illassablemnen, r'pand, M. le professe.ar Wil-
motte a trouv6 l'apellation just ca, semeur d'idees. On ie s'i-
magine pas M. Emile Faiiet ne preianiit paS position diais la ba-
taille engage autour des himaniits. 11 a placed son mot dans le
d6bat et do l'a(;to retentrissanto. l,a page que je vais vous lire etque
j'ai extradite de son 6tude : a La crise- du francais et l*enseigneiment
en Sorbonne n renrerme la quintessence do ses idWes sur le sujet
en question.
a L'liabitude dii latin apprend : derire en l'an;ais : d'abord, par-
, ce qu'on ne sait le sens mieme des mots frant;ais que quand on
, salt Ie sons qn'ils avaient en latin et elle avait Ijien raison, cetteo
d dame a qui j'a /ais reproclie d'Ocrire preterer que **, et qui me
r rptiondait que voulez-vous ? Je no sais pas le latin et, certal-
a nement quiconque sait ce que venut dire prfrer lieno peut pas. y
" mit il toute sa mauvaise volont6, ne peut. pa< derire pr0l'erer (iqe ;
" ensuite et surtout pare que 1'habitudo de mettre dii trai(;ais en la-
, tin et du latin en francais, force A rfl`dchir sur le sens do, mots.
'a en voir 1'exacte porter, la limited exicte et t ne pan prendre It
" mot pour quelque chose de vague et do flour, qui vent dire appro-
, ximativement quelque chose ; jamais un home qui .n'aura pas
Sflait, et avec la volont6 qu'ilts soient bien taits, force thlimes latins
St force versions latines, n'aura, saurcertain genie inu6, qui est
Q tres rare, la moindre precision dans I'expressiop; enifln parce







34f REVUTr 1)b LA L1GUPi

,, que I'habitude du latin donne le gout d'une phrase consl tite ot
<. non pas inveriebre, g.)ot que, jo le reconnais, la commerce de
Bossuet, de Rousseau, de Chateaubriand ou de Brunotihre peut
procurer, maisRnon pas si pleiiement que celui de Tite-Live ou de
Ciceron, .


Le cas de M. MARCEL PROVOST

M. Marcel Pr6vost aura connu toutes les gloiros. Des d6butants
pleins do bonne volont eot ne doutant do rien, I'auront imit6, par-
fois m6me.un peu internpestivement ; des jeunes files aussi sa-
ges quo -ls autres, apres tout- l'aiiront pris pour directeur de cons-
*.itnce ot de gravel, masioeurs. )6Jagogues attitr'.-, p)edagogues do
piwol'ssion auront fait de shoes sentenco- la lo et les prophites.
Les Exposes de la Sit nation vouis inttre.-sent ils ? Je vouti avoue-
rii qu'ils out me-; faveoirs, car, parfois, on y trouve des perles.
Aifi-i I'expos6 de 1915 D) partement de I'listructiori publique -
rdvele:.. A ceux qui I'ignoraient, q(l'unn commission avait kt6 priee
4l'6lal)orer .e i plan (d'0tdes nouveau, et cette cammissio;t aurait
'apliO ( te oci :. < Marcel Provost a dit -. CoUX q(ii voulnit appl))rn-
dre le' latin << apprenez d'abord A fond votre langue mateornlle l .
-Or la langue fran(aiso n'est pas notre lan iuie rnatornolle, etc. etc. ,
Le syllogisme est tout. co)Atruit. Si 1, franu:ti-W li'est pas notre
languei maternelle. pour remplir cet office, il oe rest qu'i fair
appel ~.la blonne volontd... du creole. Et cwe. t comme si la Commis-
.ion de :l'ordo do I'enseifrnement disait aux jounes haitian-. -
*Marcel Pr6vost servant de truchement.
/, Avant d'apprendre le latin..appronoz d'awo'-'d, A fond le creole -.
El nwinc plaudile cives. Si j'6tais de Marcel Prevo-t, je proteste-
rais avip ladeorniere 6nergio. Mais voil) M. Marcel Prevost n'est
pas an courant de ce quii so passe on Haiti sur laquelle, pretend-
o.i dd.temps en temrs, I'Europe, que dis-je, lo monde entier a les
yeux fixes.
Cette fameuse phrase qui, dans les Anges Gardiens, si j'ai bonne -
souveiiiince s'dtale.... dans toute sa beauty. Marcel Prevost
1i6 I'a ocrite qu'a propos des langues vivantes, des langues etran
gores. La vraie opinion do Marcel Provost, la vici : Sos Letlres a
15.rancoise. si varies ot si instructives, nous I'offrent. ou il a mis
an service do so-; nieces inconnuos son talent do moraliste ot de
psychologue sub'il, connaisseur des nuances mBme tinues de la-
me rfininine,


1. 11 faut etre mal dlved comme LHorac, pour fire des compli-
nmeit-s Y une jenie denmoisolle aux d6pens do sa mrcno.
lliorace'? Quel Horace ? le poete latin !
Precisement. Vous savez tout.
Je tie sais pas le latin, assurement, r6pliqua madame X... d'un
ton in pobu pique. Je laisso cela aux demnoiselles nouveau style que
; -,,s.vant-1z dans vos lives.
C' cl fI't dit, vous pensez bien, d'un ton assez malveillant, et pour







DE LA 'JUNESSE IHAITIENNE 3

les demoiselles quo jo suis cense yanter, et pour mol m~me.. Je tA-
chai do reparer mon impair.
-- Mon Dieun, fis-je, soyez assure, chore amie. que je n'ai aucun
goit pour los p6dantos. Seulement. Jo n'ai Jam'is compris pour-
i iuoi les languies ancLonnuo, prtieOd1ies. idik-peinsable. aux horn-
mes cultives seraient. interdites aux femme-. S'il existe un rap-
port entire le sexe de 61'elve et le fait de connaltre un certain lan-'
gage, ce rapport m'dchappe.
Madame X... repliqua Les homes ont b2soil du latin et du
grec pour leurs professions.
Quelles proves, ions ?
Pour etre avocats, m6decins, pharmacieons; que sais je.
II me semble, chere ami" qtue vous ne vous faites pas une idde
exact de telles Mtudes. On n'apprend pas I greec et le latin hux
homes pour qu'ils puissent lire dan-; le texte Justinion ou Aris-
tote, ni pour qu'ils puissent ecrire sur dos locaux < Acetuni bori-
cum n au lieu d'acide horique.
Alors, poarquoi ?
Si vous tenez a le savoir, je voui; dirai, arans onus fatiguer par
I'expos6 de doctrine-; couraintes, mais iiucontestables, sur l'lihr6di-
tc, que nous sommes des laitins, et (qui toutes les notions gdnera-
les'de vie social, d'histoire, de politiqui et meme d'industrie. en-
trent d'une fa(gon particuliervment aisee dans l'esprit d'un barn-
bin IranQais par I'intermediaire du latin.
lhMeux que par l'intermidiaire di franiais ?
Oui, en ce sens que la comprehension est plus large, plus sim-
ple, remote plus avant dans les origines. On pent dvidemment ac
qutrir ces notions sans I'aide du latin, mais de la.mdme faqon
qu'on peut lire un roman dans un volume oh manquent les cint-
quante premieres pages.
Et legrec ?
De grace, 6patgnez-moi: et croyez-moi stir parole si je vous
dis que le grec, balbutieminnt divin des premieres civilisatilons,: des
premiers arls oui les n6!res out pris leur source, est egalement des
plus favorables h la culture complete d'un esprit traniiais


ALEXIS DI, TOCQURVtL..E, La Dedmocratie en Amerique et la'
Culture qre&,o latine.
,, Le plus grand dereglement de I'esprit, c'cst de croire sles cho-
ses parce qu'on veut qu'elles soient et non parce qu'elles sont ern
effet J'invite mes concitoyens a mediter cette phrase de Bos-
suet, surtout ceux qui pairleit de I'Amdi ique sans .savoir souVent;
out. meme, elle est situe.
D'aucuns, pr6neurs fervents de la culture anglo-saxonn6 Vous
servent avec une constance vraiment remiirquable, celto sempiter-
nOllo raison.: L'Amdri(lue (1) ost le pays pratique par excellence.'
S() Aux Etats-Unis des Jcoles qui sesont dn6i I['unique mission dtie fournirle
monde d'ingenieurs, d'electriciens, etc. n'onuvrent lours portes qu'A ceux qui
. Piro.vent leur connaissance du grec et du latin en subissant des esamens tr6
serneux sur ces matires. M. Doret en sait quelque chose *








*30 tiVt'E tE LA LIGtAK

Comment y enseignerait-on lo grec et Ie latin. II faut suivre l'exem-
pile de cptte riche nation. Plus de grec et de latin.
., Quoi de plus Caux, si le a Classical jouit des f'avours du Yankee
et si. nulle part, a t on pu affirmer, on ne 1'enseigne mieux que dans
certaines 6coles des Etats Unis.. M. le protesseur Cli. V. Langlois
.nousen donne Ie motir.
'L'edutication americaine se propose le d6veloppement de l'indi-
vidu : permettre a l'individu de tirer parti pour le mieux de sos
virtualites dans la'vie dans la vie pratique, conque comme ine
mn'oe tel est le programme. Mais tous les individus te sont pas
pareils ; tous n'ont pas les m6mes b.,soin-. 11 est done avantageux
lu'il y ait a la disposition dii public, un jeu varied d-enseignements,
.en vue de toutes les eopeces, on plut6t, car c'est impossible, des
irrincipaox types d'esp6ces. Entre ccs enseigtnoments que chacun
choisisse, suivant ses gofits ot sos intentions, A ses risques ot p6-
rils, sous sa responsabilit6. De I) viont que non seulement tes
course d('tudes different, aux Etats-Unis, d' n Etat A I'autre, d'une
ville 'i I'auttre, mais encore que chtlque eco'e se I'ait hornneur d'en
prloposer plusieurs. ,1
Quelqu'un qui possdait ii fond son Amdriqiue et ne parlait de
d6mocratie qu'en connaissance de amuse M. Alexis de Tocqne-
villP' qu'Emile Ollivier a magnifiquement appeal le u Montosquien
du 19* .iicle M. Alexis ode Tocqueville, dans tui chapitre de sa
monumental Dimocratie en Amnriquie a ipoclam6 la necessity de
la culture gr'co latine. Puissent nos iconoclastes entendre sa voix:
-' 11 suffTit de jeter,les yeux sur les decrits que nous a laisses 1-An-
tiquit6, pour decoiivrir que, si les derivains y out manqu6 quelque-
-rois de variftW et de I''conditd dans les s-ujet-, de hardiesse, de
imouvemenit et de g6enralisation dans la pens0e, ils ont toujours
fait voir un art et 1n soin admirable dans los details; rien dans
leurs jeuvres ne somble fait Ala hdte, ni an hlasard ; tout y ost 6crit
-:liur I s connaisseur,, pt la reclherche do la wi)putl ide: le s'y mot-
'tre sans cosse. /I n'y a pas delitterabure qui imeu/le plhs en relief que
celle des Anciens. les qudlits qui manyquent natinre/llement aux ecri-
vains des dmnocratie's It n'eix/se done. point de /ille'ratuire qu'il con-
vienne mieux d-dtudier dans les siccles d6nocraliques. Celtt 6tude
e*st do toutes, la plus propro ;'I combattre los (de ats littiraites
inhdrents A ces i6cles ; (imnt leurs qualit0s naturelles, Plles
nallront bien toutes -oulos sans q('il soit be.-oin (I appren Je
a les copier. C'ost ici qu'il est besoin do bien s entendre. Uno
elude peut Otre' utilo 6i la litt'rature d'un people ot no point
'.tro' ap| ropi ie ;i ses hosoins s'-,ciatlx ot politiques. Si I'on
s'oobstibait a irens.pigner que les s es olis lettrs. dans line snci6td oif
iliactiin serait habl)ituellomeut cond'iit a fair'i de violent efforts
pour 0 accroltlic ,a Iortunelc )o pour la maintenir, on aurait des cito-
vyens tres polis et tr6s dangei'eux; car I'6tat social vt politique leur
d-i'nant, tous les jouis,'des besoins que 1'6d'ication ne leur ap-
l"ondrait jamais A satisfaiie, ils troubleraient I'Etat. aa nom des
(i c s et des liomains, au lieu de le f6conder par leur industries.
, It est evident quo, dans les socictes democratiques, I'intdret des
ijldividus, aussi. bicn que la sfirete do I'Etat, exige que 1'educatioh
d(i plus grand nombie sdit scientifique, commercial e., industA.iel-
le plutOt quc littdraire






DE LA ]EUNESSE IJAITIENNE


Le grec et Io latin ne doivent pas 6-or ononignds dani totios.le.
keoles ; mais il imported que coux quJ ltiur nature ou leur fortune.,
destinent acultiverles lettres ot predisposenth lesgotAer. trouvent.'
des 6coles ou l'on puisse so rendre parlaitement maltre de la litto--
rature antique, et so p6entrer entierement de son esprit. Tous ceux
qui out Ilambition d'excellcr dans les lettres, chez les natiins-dd-
mnocratiques, doivent souvent we nourrir des oeuvres de I Antiquife.
C'est une ltygine salutaire Ce n'est pas que je considOre les pro-
ductions littbraires des anciens comme iirrprochables. Jo pense,
soulement qu'elloe out de4 qualit6s speciales qui peuvent mcrveil-
letisem3nt servir a contrebalancor nos d6fauts particuliers Elle.
[nous soutiennent par le board oui nous penchons. ,



Une conversation acec un ami.
Depui.k quo. un peu grace A vous, Messieurs,- de nouveau me Je-
tient la question greco-latine. des camarades ne tarissent plus sur-
ce sujet. Sans retard, ia precieuse thdoric de l'influx psychique en.-
trera en line do compete et. tres aisement, sans effo: t,. d'auciifii
trouveront dans la telepatliie, I-explihation natu; 1lo et... ne,-
sairo do ce 'ait. ( Dppuis quelque temps, la telepathic expliqtlu iil
peu beauco ip do plhlniombnes, no trouvez vous pas' .


Qet do bruit poutr ien, me disait un ari. A pine, nos. gonver-
nemlnts sont-ils etablis que nous en avons plein lo dos et lio'
constitutions n'ont pas encore et6 utilisees que nous les, remeltoins.
a la lonte. T,'us les deux ans ot. sans grand profit pour l'instl tic-
tion publique, nots infligeons une revision complete, i nos )latts.
d'etudes. Mais la rlforme actuelle devra consister s;tirtoui'dit.(ii.,
dans la suppression du grec et du latin des programmes. Qti.l bo.fi-
he0ur. ce sc-a le triomplie de mes idWes.
Mais enfin. itiels sont les torts de ces 'angues, et pourquoi
cet acharncmenit que, li. joe nI m'expliqne pas du tout.
Je vals to renspigner. L'Haltien, mon petit, est un amaftotr do
belle-, phrases et. un idio)logte par dessus le march.. Lni tii- ei-
gner le gree et le latin, c'est lui fournir un moyen de persove'rer
dan, cette vole. Mettons an rancart I'Mtude de ces languos (t par
la, nous lui imposons une tournure d.'esprit pratique. Trop -il'i:
vocals, de m6decins et d'ecrivains II nous I'aut maintenant des
homes de science et des liommes prepar6s pour les hatailles de
*la vie patr 'utilitaire enseignement moderne. De l'anglais, de l''es
pagnol, encore .t toutjours. Mais plus de grpc et de lalin. Formons;
des hommes. Ces langues mortes .ont inutiles. Etl's no-. ,v,'iit
mnme pas A la connaissance dil frangais. Done, que nts (culiersi ie
sole't plus astre.nts A les apprendre. Les prbgrammes 'eli seront
allkegs ( autant et les tludes don't le niveau avait int pen I)tisst,
se relveront cmme par enchantement. Les humanities classiques,
voillb l'nnemi !
Eh! come tu y vas, mon ami, lui rdpondis je. Ton r6quisithii-'







IEVUE DE LA LIGUE


re nc prove pa3 6normdment' do chses : pout-6tre ta maitrise a
I'attre la grosse caisse dos rmots sonor'es. II to montre a'fligd des
d6fa'its m6mos don't tI raillais tes cmncitoyen', il y a un pou moins
de cinq minutes. Pourtant. tu n'es pas intolerant comrneem x ; It mo
permettrasdone do to faire connaitre mes raisons a n'6trc pas do
ton avis.
Id- ologues, dis-tu, des-haitions., le grec et le latin leur inf'useront
uine seve intellectuelle qui ne les meltra que mioux a memo de cul-
liver lteor pich6 mignon. Tenir pareil propos, c'est. proprement
vouloir tirer on cffet d'une cause qui n'eon est point unc. Mais c'est
aussi avouer que l'qtude de ces langines prpdi-pose aux idocs gont-
rales et rend 6legre la discipline dela mrnthodo. DIordinaire, ils out
solidity de jugement et strete de golt. coeux qui out bien fait beau-
coup do green et do latin. Contemple la plilado do nos bonls
derivains parus ces vingtderniercs ann6es et qui out mis A 1'index
la phrascologie chi6re ) nns grands phres, et conf'esse que sans
leurs excellentes humanitls, ils ne seraient pas entiroement ce
qu'ils sont.
Une de tes pr6tention,, i j.e t'ai bien suivi, c'est de nous inocu-
ler les services des langues mortes rel'us6s un esprit positir.
Tu n'as done pas ressenti les -ontre-coups de cet ,utilitarisme qui
nous submerge? Tandis que les jeunes qui montent avec, au coeur,
le d6sir de plus do poesie dans la vie haitienne, s'en prennent de
bien des vilenies A notre morcantilisme, toi, tit voudrais qu-il aug-
mente. Songe seulement aux consequences et tu reviendras i une
meilleure conception des hoses. Un people ne vit pas uniquement
de pain.
Penntre-toi des raisorns d'Alfred Croiset ,, 1'tude des lettres est
aussi une dtude de choses, etde choses qui sont an premier rang
parmi les pilU; tiles. Los lettres onseignent les t'aits humans.
C'est I'humaniito tout vntir', presente et passe. qui vit dans les
livres, non seulement par le souvenir d'e ses actions, mais aulIsi
chose p!us important, par I'expression de ses idees, do ses senti-
ments, de ses reves, de ses passion- qui sont en parties le fond Oter-
nel de la nature humaine. A un age oui 'ent'dat ne peut encore con-
naltre par son experience personnelle le- horirmes d'aujourd'hui,
il pnketre par la litterature dans 1-humanit6 en gOneral. et s'initie
de la sorted une vie intellectuelle et morale plus complete, plus
.laige que celleA laquelle il sernblait d'alhord destinC. Ce ne sint pa-
seulement des raits qui se revelent a lui ; c'est le sentiment du hIen
et du beau. Son Ame se nour-it, iA la lettre. de tous les sues du pas-
sf. et y trove une source d'cnergie et de lumiere polmr la vie pie-
-ente. Car il n'y a nulle opposition quoi qu'on en di-.e, entree la rie
et une education litteraire bien comprise ; celle-ci pirparie c/ile h di
rectement, puisqu'elle alimente la feune intelligence de routes les
forces don't elle aura besoin pour vivre, et lui fait connaitre a l-avan-
re un pen de ce monde human dans lequel elle aura phus lard a de-
plmayer ses energies.
1 Et qual 6ducateur plus s6vere que le gdnie latin, p!u u p-odiguo
en hbonnes lemons de conduite sensOe ? Sa quality primordial c' (,,st
la tendance a t'universalit6. La fantaisie est individuelle, la roalitti
universelle. Qui veut 6tre universe ne saurait se tenir trop pros do
la ralit. 1%







DE LA JEUNESSE HAITIENNE -9

Trop d'avocats et do medecins, as-tn dit ? D'abord. admets qu'il
en faut et, ensiiite, remarque quo ni l laltiu. ni io green no sont
pour quelque chose dans cotte ploh liire don't tu te plains. Qui a re-
qu ses diplcmes, n'a lo choix qu'entro deux ou trois carri're.s..
Ju'on en ounle d'ainireos; Qu'on cree le travail, pas sur Ic paper,
mais dans la rpalito ct tu verras. Des liommes de culture scienti-
tique font hoe-oin ii notre pays, mais aissi unI elite d'orga nisation-"
iintlolel'cr ille hlOv'o. Les langues inorles, on no sera jainais
qt'une minorile a les ap'rend:e..
Penserais tu qu'on est plus attach6o a la routine, moins partisan
de ln march on avai, par ie fait seul de pouvoir tiaduire Virgile
on Homere et qu'nn oat un caractbre, parcequ'on so si a imp'regbo
do la culture moderne. Les rares idoes qui ronstituenit la force d-
la thdorie utilitaire sont comme los batons flotlant-. -

De loin c 'es quelque chose et de pros, ce n'cst rien

Considere commn Ie latin ot te grec- oxigent ot d v Aloppent la
persoveranco. Se colleteroavoc un text, Ie former vous conlior
le sens qn'il caIhlait, puis le vetir du slyle qui lui couvienite, mais "
'lpn de plus propre a rebuter les iconslants. "' '
Et consid6ro encore comme les oeuvres de .es .nciens, cliheze. s-
quels Ie bimin tre particultier et le plaisir baissaient pavillin' dew-"-
vant le devoir, nous spraient un stimulant a acqulrir cu qui nous' -
manque tant: Ie caractbre et la faculty do so devoer;
Tu-en veux encore a ces pauvres languies de la haisse des Mtudds.
Je ni sais si nous sommes aussi on decadence au point dro vun
scolaire Los vraies raisons on soraient Ie mainque de profes-g'rs
prepares, Ia mrediocrit des appointments ot la situation dupaysi.ay ,
qui ,no permet pas aux Ml1vos de fair normalement leurs cldases.
Enfin tu as avance quo le ftrancais se veoIt Iben connaitra sankii
latin nti green. Cost une erreur profonde Nul, pent ctre, n'ost arrive '
ainsi A It possder dans sa pe section. Leo Irancais, ayant pIout'-.-
Sources, Ie grec Pt le latin, leur otMud est uicessairo pouir W! con-"
naltro intimement. Le moindre raisonneelnt, le prove. Et e'-14 li
d'ailleurs ineo vorite vieille do je no sais combieii do sichles. Ni)us-, -
qui sommes des al o latins, don't I'eprlt est un terreaui do rnilrore
latine eL In lanigioe oflatiellk, le fran(:lis, nous i'avon- qii'il sui".
vr-e to chermin que nons indi(ientl11t l aguel, uin ticlh'epin tet-inld.
oien nois in ivera, rmolilsl 1pi nious ne deslrioi1is qliuo nll iirjs.
intellectuals parent < unt frantais moins franitais ,. llypo)hlC- pIos-
siblo api es tulit. .
Si j'vais lorcillo dos mattres de l'heuro ji o leur tiandrai. A In u.
Pr6 cos p( ropos et qui sont coinx dc plretiq o to it l!a j iii ti -st i--
tuelle:
Areoz ;es programmes; divisoz les en sections,' rious no d( man-
dons pasmieolx. Car ,, line iln aliin (qli so pw]r') ,osp s toi it ilon-
ft ser dans ui oeslrit. d'onlaunt des nO"tioins utii'- e-t \ ra;lin tl, lo
contraire d'une education : ello sterilis intelligence qu'elle Iem-
plit.
No metteo pas do cjtce les langues vivantes. Elles south tiles. No-,,
r"6duise pas trop la part des sciences. Elles sont indispensables....
I our ceux qui en ont la bo.se. Mais.







I1EVUE DE LA 1(;UL


Arrlte bucheron, suspends un peu ton bras

Mais.de grace, n'expulsez pas le latin et le groc de nos plans
d'dtudes. Ils ne vaudraienit pas lourd. Diversifiez les, doe acon que
les vocations on gormes se d6veloppent liibrement. Ceux qui desi
reront fai'e di latin. prmettllez leir d'en fire et avec profit, en ls
mettant t mime d'en commence le'lud.d le plus 1dt possible,.car, a
agir antrement. its perdraient letr peine et leur temps Et vous n'au-
rez print a le reg better si, 6 ce6l de moderni-ants soucieux de li-
vrer le pays h, la science, des lettres a l'intelligence ouverte, au
cerveau ploin de belles former, parvenaient A en constituer l'orne-
ment et la force morale par les idWes nobles, la conception gend-
reuse de la vie qu'ils auront acquise dans lo commerce des grecs
ctdes latins.
Et, sur ces mots, mon ami et moi, nous nous separAmes.
Co n'est pas sur ces mots que not' nous quite ons, messieurs
mais plut6t sur ceux ci et qui sont d'A//red Croiset membre de
I'lnstitut. Doyen de la Facult6 des Leotres de I'Universit6 de Paris.
<, 11 nous faut une w ganisation logique et rialiste qui tienne
compete des faits aussi hien que des plincipes et qui, sans vien de-
truire de ce qui vit, soil. do natut Ai en tire le meilleur parti, car,
il faut y regarder a deux fois avant de porter. la main sur les cho-
ses vivantes. II faut avant de d6truire ce qui existe, 6tre abpoiu-
ment sur que ce qu'on y substituera vaudra mieux. Je lisais quel-
que part, il y a pen de temps, un mot 6crit par Taine en 1890, ofi il
Otait question u du divorce croissant entree I'dducation et la vie ,
Je no ciois pas que cette appreciation tranchanle ait jamais te
tout a fait just. En tout cas, je crois quo si l'on vent fair en sorte.
qu'elle no Ie soit pas du tout, oe n'est pas du c6te des systems
pretendus pratioue:s et urililaires qu'il rant chercher. mais plut6t
du c6t6 de ce que j'appollo une education rationnelle ot harmonicu-
se, qui, au lieu de poursuivre la chimere d'uno preparation director
aux mille emplois accidentels de la vie, se preoccupe avant tout
d'assurer aux jeunes generations. par un heureux m6lange des
lettres et des sciences, la possession du fond essential et irrempla-
gable, et partout applicable, de toute culture vraiment liumaine, jo
v('ux dire, la morale, P'art, la raison.


Louis MOHPEAU






DE' LA JEUiNESSE HAITIENNE


SUR LES ETUDES SCIENTIFIQUES



Pendant que les adversaires de la culture greco-latine poursui-
vent leur ceuvre de denigrement, les partisans farouches do cette
culture prennent i parties les etudes scientitiques qu'ils accusent
de dessecher l'esprit et le coeur, et de former I'ame A tout noble
sentiment. <. L'homme de science assistant impassible aux de-
roulements des faits aussi indifferents les uns quo les antres, finit
par terdre la notion du bien et du mal ". Cortos. cos accusations
percent de leur force quand on examine la vie de cerlains savants
disparus, lels que Claude Bernard, Pasteur et Henri Poincare.
qui furent aussi de nobles coeurs; mais jo tioens a les rel'uter et
prouvor quo loin d'enlever la i motion du hien et du mal, les 6tudes
sciontifiques, conduites avec methode accoutument I'esprit A cer-
taines disciplines.
Une v6rit( que tout le monde se plait a reconnalire clest que
lihomme e,-t natuirellement port ia introduire dans sa vie ordi-
naire les habitudes qui lui viennent de sa profession.- --rles
"etudes scientifiqnoes engendrr'nt hez, Iliomme des habitudes .qui
transporters dans la vie ordinaire constituent un appoint indis-
cutable a la morale.
D'abord la sincerito. premitei condition do toute bonno observa
tion scientifique.
Ensuile la recherche des causes qiii, devenue uno habitude, vous
porter 6 analyser Is mohiles doe no actions ; co, qui. fait. avec
sincerilt, constitute la plus claire manifestation de ce conti61e mo-
ral qu'on appelle la conscejice.-
Enfin Iidec do causalitO, de cet enchainement indifini do plino-
menes dil endant les uns des autre -et que rien no pout arrler ;
celle de lirrcversibilitO des phinormines do la nature, se transror-
mant incessamm(,ntet sans retouir posille. contrilbieront a deve-
lopper chcz nous la notion do responsabilitO, puisque ls cons6-
quences de ins aces nous paraitroint indefinis et ineffapables.
Illustrees pour les jeunes gens par des examples corrects, cos
deux idies les meltront en ga:do contre les peccadilles de jeunes-
se, lourdes do resul'ats l'ututs, souvent improvus, toujours
graves.
Queo la morale ainsi failed soil ililtaire, j-en conviens: mais elle
ot severe puisqu'elle ne concoit pas do reparation possible a une
mauvaise action ; qu'clle soiL d6terministe, j'en conviens enco-
re: mais elle nous incite plulot A agir qu'a subir puisqu'elle
no nous enleve pas l'illuqion de notire iibre arbitre, et que c'est
justement cotte certitude de ne pouvoir. line fois un acted accom-
P"i, clapper A ses consequences immOdiates ou lointaines, qui
determinera notre conduit au mieux de notro vie future.








'42 R-EVUE DE LA LIGUE

VoilA les habitudes quo l'oon contrae?', all coiir- dest ftude.Q scion-
tifiques et not' z qtie je wai pias parlo6 dui d(~slnt~eozsemont qui doit
y presider. Mais .i, allart plus Ilil. nli-; VOtilotis examiner lolM
but s quo ]a science ifits proposw. quo vo 'yons- nuns qui l ie soi t
noble Pt dlev6 I'a bord 60 e utilo aux mutrtl-, pufi -qIn chl(aq u' dl-
cou VeiO -zwientinOquec do qiteiqiro importance, a prodir it. i11t ;im6-
'lioration all !ort doe I lomme, sli pt en li ~nhrogoan ltIe~s (ista:-,comz,
soit oin nettant, A sa di!tposition ( ila prod iri i in M~ant. sloeenule pl us
f'adIo ) bon nomlbre d'vrv]lct.s- do premil~re ni~oo-sitO aiiparavant ina -
bordables, par leiir's pri x elo%,s. i Ltno et I'autro doe co' fleuix
flns, disait deorni~ ement, uri savant lrrinnais,, ont incjtO do, horn7-
breux d~vouemenits et l'histoii'e do ]a science qui le-; ripporte lie
saurait Otre s~par~e des btudes scientiflques. "t Et uo toile cu'tare
nl'016ver'ait pas IKtmc?
Sans aller jusqu'A d~sircr quo les M'udes sciontiflqrros Aient le
pas sur les autres, jo roconnais quwelhos- remplissonit les conditions
nwecessaires pour 6trc la b~ase dun syst~me do CURLture g~ndrale et
Jo demand qtri c6td de!, lettres elies aient-uno large part dans
Jes programmes do nios 6coles secondaires.

'MAcinict: ETIIE-AI3'






LA SOIRE DE LESSOR



C'eut iovriiit line Falle caynble, -~ Parisiairld, b~ri d. 'tit lit 1,'. (.,0 q'uir-ha.
pie Ic saitteui 1[2 f~virier. M.A. Mph 11 'tn'1 ,.q to Piii Vittr,1. 11; utip Dor
stville, a vec l'afinalble coneo Ii*'i (to, 1elle ~ily raldy et 1,c q iellq 'tes alata.
tel, r ex(ciitirreint'I jot i prol),raineili de ll, Ptc vri-4iw~eAll ;ritrotir, (to I Es" 'p.
doiot, tes ciejrltn ii-cnes ci e flolis connnig~ovrs tolls. p uiir enl Lvoi~r piti. p1ils
oil Il1i~lls. at, aiclt sil~~ispeduIi apjptitioli ulep iis 41 ll-'iei temrps, Ij(e li~ilbieodi
lai Capital-. liii pas iiti,,Aapilortelr at ees jell lies,.,eiis (I Ii All- s- Coll olajenti
pas1 dI aitvil- vi casser les ail-s A Itler GE-S'ir, FIeIioirAg-elle It- d(' Sit p)*:l)Ctoc PC
l'airprohntioii di- sa syjpi thie.
Unie fois Ali phil. it it av-miz prrivere q i'i 9*e4. pais in eiAW,uiu- wit cohsea4 1
lepi'pt. et. quie ti partois it rnt. ii rit a gorr.e d-splloy.e ai t eiailrnjrs Its4 phis
lmithovriqie Ic Il'ii Iramio. ii lie reste. pas~ p)otr #Ida ind iff.1retii m~aix efforts lie
ti~iX qni tci'i. lillit. pir,,pagewii Fll,, et-, mat lait inotierie- des mis et Fll-
Vic n11plilssliit.- ties a'itres, Ontriio-.eiit Colil raei~es.-Ilolet l c (~i'e tde I'lc~rjixaio.
PEt de cela. it mtrait iiiillitO ido, lie, ills hil ti-iii -oiptlIt I) ilieiirs Mi. It. 1)or-
"fiiiille. li-iiii n111 fl ellS cit (I ,,iii le'extIil)It I 111s sa hslle adloii .stjiott. Elie at
eti gonlt'rl-almllliit go tfo- et liuiei applal ~idie Ce West pv is A tort. ell
voitjts. Car dell iltajt. Wiell toari,-IJI. alert~l -.ni 'i troliq'ilet or, ce, 1'it it- g itt
rieii, (lite. di, -citiv froll, hiott it lie diC(, *iiwiir.tenidit, q~iil trell~tll it 0
ne o iiiprra phiis dirle (liti' 11 l).11,r,.ii l. sach tilt (1,11 ell m bea wit 1) fitit A
touted Ooccasionf parade Wtesprit et, ci-e sansq c, it o- ;-aqiO~li ile- smiiiire.
Wivnormit, pas qnti'i sonrit hiert. Novi cette foius le Direnetetr dto YEs-or nulls a
fitit, iiiiie xiai~eo~li alloctition et. alevrt lI" it ihI ic qu 1l l11owitait, i ni ar*P-es it a
wiihj6-im ti iistanti q~lii its'appt'lle pil'tui- H1 'tor et, (li it a de, Fesllrit t, (lii it
est tin di-nitaire do cette princitiantit &ii Itipe don't it parlait tilt jo it- A pro-
+~os d'Aimilar Liuval.







DE LA JELUNESSE IIAI'rIENNE


43


C'esl ensuite M. Christian Morpeau qui dit aimablemant le Quadrille de
quatrains, moroses do notre potte Oswald Durand. Puis M. A. Henriquez
devant un apparel de justice criminelle rnusji. P)re Jean troubla.nt, fait le
recit du crime don't il e4t prevenu et qui est une des consequences de la
Grive des Forgerons. M. Henriquez a profondeIment fouilld l'6tude de son
personnage. 11 l'a inearnO avec bonheiur. Et si 1on pent dire, il a fait sienne.
l line de e vieillard de 60 ans qui a tu6 parce qi'il ainait sa fenmne, qui a
assassinI parce qu'il ne pouvait supporter l'id&e de voir ses petits mourir
de faint. II aeu des accents vrais. des cris dichirants qui out port. Tous ses
gestes 6taient a point. Etce n'est pas un dloge de command de dire quo du-
rant tout son rteit il a tenn son public haletant d'lmotion. Sil fallait chi-
caner l'on ne pourrait reprocher a M. Henriquez que quelques notes trop
basses qui parvenaient a pine liwine at caux qui 6taient alx premi6rei ran-
goes Certains mots. des phrases entitLres q'lelquefois s'airrtaient A sa gorge
en un bruit de sanglot et on sentait, qu'A ne pas les entendre, on perdait
quilques sensations rares Aussi -tait on conmlle void chaque fois que cela
arrivait. Mais M Henriquez est-il responsible Ne serait-ce pas la salle mi6-
nie qui en est cause ?



Je croyais que Servir reprIsento chez nous et par des ainal eurs ne pourrait
ktre qu'un four on quelque chose d'a pprochant. Et bien que je lisais dans
le Nouvelliste que cette soirde serair, unique je me disais a pirt imoiqu'elle
serait A peine un succd-s II me p:iraissait sinon impossible a- tout le moins
tres difficile d interpreter ce dramni patriotique don't cheque personnage
comine disait M. Renid Donmic est une idee et don't out le mntrite est
dans I'exprpssion de certninets idpes qui sont a F ordre dii jour de la conscien-
ce franqaise. Je im'ltaistronupt. J en suis heireux et c'est avec joie que je
le crie.
M. Simonetti dans Pauline, devenue homitnm, asu donner du relief a un r6le
tout A fait secondaire.
"M Maurie- Laudii dans M. Mosmier a Ot< un Ministre de la Guerre excel-
lent qui maniquair pourtalt. quelqnefois de -obri(t6. Et an de-nier acte oft il
eut dtd pathustique rien qu'en ,tant simple, je ne sais pourquoi il b'est mis
en tate qu'il fallait declamer ses mioindres mnots.
Mais il ftt parfait. son geste d adieu an Colonel E-llin. Ce geste d'adieu
doit Ctre comptui aussi a M. Eda-. Laforest quii mi'a, paru un 8Gneral Girard
beaueoup trop jeune. II ne suffit pa- pour tranhlier du veillard d'avoir des
mouistaches qui s'affaissent et le se pondrerizer la tete de blanec Je luni ai
trouv6 1'allure trop vive, des gestes parftis trop prinesautiers. Cc que je dis
n'est rien qu'ai ddbut de la pioce. car an cours de la representation, M. La-
forest a peu A pen pris conscience d- son r6le et a td A la fl i admirable et
vrai.
M. F6lix Viard dans le fils du Colonel a, t. tour A tour. un beau lieute-
nant inalgrl soi. ,1 fils tendre et eo/tx ponr la vieille Mine Elin. Hau
tain dans les explications avee le Colonel, enthousiaste dans le rcdit de sa
decouverte. subitement emball6 (uand le coup de canon announce que la
guerre estd celarde, etc, M. Viard a fait ressortir touts les nuances de son
role, avee intelligence. Certaines de ses attitudes, nombre de ses gesteset
totes ses expressives contractions de visage. ont aidl( A mnettre son person-
niage en relief S il fallait quand meime lui reprocher qielque chose ce tie se
rait que quelqnes di'faillances dans la voix et son cri qui ,ter'-ine le ler acte.
Au lieu d etre un eprothe indign6 oil iie,protestation vigoureuse. il a paru
6tre iin aiecent de s(ouffrance physique. C'a 6tU, un cri dle la chair. ('aurait
(1 etre, lat seiiihle t il. un cri tie I tAmi. En tout cas c'est Ogal. Ce n est pas
"n cri Mal lanes qni peut diminuer le beau suteefs que s'est taill6 M. Folix
Viard dans Ie lieutenant Eulin.
Melle T'FllY a h tP ,livte Mine Eilin accoimplie. More Oprouvie, eponuse dd-
esprde, elle' a s1 fire reindi sol role tout ce q il a de pathetiques souf-
frances. Tait v a qiIe les larites qu'elle :: pleurtes out aussi coul6 sur bien
des jones dans la sale. *
cit3. Alphonse Henriquez, il n'est pas n6eessaire de dire pourquoi je le
Cite en dernier, -'a 6td, a n'en pasdouter, le hdros de la soir6e. Le vieux Sar-







tMEVUI DE~ LA L16iUE


cey eut dit de lni qu'il a (.t lIa Reine d(i Bal. Avec tine p'iiisante originalitY,
et line belle inaltrise. il a extiri'iris( tonls les sontiiients dIo t est faite I Aine
d'Eulin et lmis en evidence tons les coins de ce teinip64ramienit militaire qoii
pour se consoler de ne plus ctre soldat et qui pumr servir q,,and illllIP. fotit-
lement, th inbl-men-t West fait espion. e.)pion pnir / attjapte et la defenvre
de sonil Pa!tl, expion (ii l'oli de sa graiwlelr et de. si .svc rit6. epioit pat-
sinnn. Si je ne craignais do earesser pour lui Iht h, imn,rv des)i resseiblatncs
lointainiev et stirtout. si je in apprihendais q ie M II tnec D 1 rsinville ne
li'en fit publiquemient le reproecl- A I',ne des procih intes fftes de I'Essor.
j'ecrirais de Ini ce que I'on Oerit tie M. Guitry qii a. cri' le r61e du Colonel
Eulin, que sois .xe traits., on a vii vraimeinit viore Pt agir le hlrosx orndlien.
de M, Lavedan. Et ce serait le plus bel loge que je p Iurrais fire de lui,
parce que le pins vrai.


Cette f6te a (tC6 n succs. un grand succs. Elle a etit nne soir6e de triomn-
phe pour ceux qui f'ont organism: de plaisir artistique pour cenx qui y ont as-
sistW:et enfin une soiree inonbliable pour tous. Je Ia coufond. dans line nin-
uie admiration avec la preiniibre d'Au clair de la rLune de (Charles Moravia
et la soireeo( Mine Jules I)evA fit applaudir son talent d artiste inecomparaLle
et incarna delicieuseinent la Sylvie du Passant.
j Spectateur.






Chroniquce financiers



LE PAIEMENT PAR CHitQUES INDIVIDUALS

Parmi les dvinemonts financiers du ml's dernier, il I'aut signaler,
comma 6tant I'un des plus importants, I., paiemindt sur li ch les in-
dividuels des fonctionnaires liatiens, que viennent d'inwtituer los
agentsde I'Occupation Amd6ri!aine. Cette insure comptenaturel-
lement des partisans et de(s adversaires: maik elle mdrite qi'ni eon
parole, car elle opere tine veritable revolution dains Ios mo.' Jdes
affaires haitiennes.
Auparavant. en effet, les r6los de paiement- d-ess-; (ot minda-
tes, les valeurs etaient verses aux Payeurs dos DWpartements mi-
nistdriels, qui avaient mission de les transmettre aux intercssds
tant A Port-au Prince qu'en Province.
Aujourd'hui l'Administration des Douanes 6'met un cheque indi-
viduel an nom de chaque employ. Ce cheque doit 6lre prdsente A
la Banque par le hIneficiaire en personnel, ot il n'on rct;oit pavement
qu'apres avoir Otabli son identity
Les avantages de ce sysltme -iot los suivants : tout d'ahord on
met fin A des abns rdels, Ot bon nombre de pauvres morts pouvent
ddsormais dormir en paix. ils n'ont plus la hantise de voir figure
leurs noms sur les listes pour dos valeurs don't on peut dire, en
toute impartiality. qu'ils ne bdndficiaient pas. Rnsuite, et voila le
grand point,- cheque fonctionnaire est desormais stir de recevoir,







DP 'LA JEVNE'SSE IIAITIENNE


a date fixe, le prix de son labour; il n'aura plus besoin de courir aux
guichets d'escompto of des lauxusuraires Ie d pouillaient des
quatre cinquiemes do ses appointments. On a done la certitude
it I'avenir, dans les foyer.-, de pouvoir disposer le budget familial
d'apr6s le salaire du Chefde famille.
En d6pit de ces avantages, une certain opposition semble Wtre
faite A cette measure. Celle qui provient des spdculateurs qui d&-
tiennent dans leurs portoefeuilles des feuilles arrierees peut pour
ainsi dire etre iapgligde. Sans douto une grande pertubation en re-
suite, et ces Messieurs. qui enlevaient sans souffler mot des 80o/0
de la poche deceux qui traitaient avec eux, crient comme des 6cor-
chds a la perspective de ne pas realiser les ben0fices escomptes.
Mais I'achat des fuilles n'etant qu'une spc'ulation,doit avoir le sort
do toutes les speculations: gros rendements en cas de succ6s. ren-
dements nuls en cas d'insucc-s. 11 n'y a pas la do quoi s'emouvoir.
Plus serieuse nous apparait la critique adresede au syst6me par
les creanciers, -j-allais dire de bonne foi, des fonctionnaires.
Beaucoup d'employds ont contracted, dans des conditions norma-
les,des ohligationsqu'ils doiventacquitter. Or les biens dudebiteur
sont le gage de son cr6ancier. La loi fait dejA une situation privi-
I6giee au fonctionnaire public, en no permettant do saisir arreter
que le tiers de ses appointments. Encore ne faut il pas lui assurer
I'impunitd absolue en derobant meme ce tiers a I'action des crdan-
iers. Jusqu', present aucun compete n'est tenu offlciellement des
opposition taites es-main- des agents americains qui cmettent les
ich~ques individuals: il pour'ait en resulter. qu'en violation flagran-
des principles g6enraux etr des textes pr6cis de nos Codes, le debi-
teur employ public parvint a soustraire la totality de ses appoin-
tements a ceux 'I'i, sans cette garantie, n-auraient pent 6tre pas
trait avec lui. 11 s'ensuivrait un prejudice reel et injjustifiablo don't
seraient responsables les administrateurs qui l'auraiont cause.
Enfin, il nous apparalt que des temperaments devront etre ap-
portes dans la n6cessite qui est faite aux intdresses de se presen-
tor personnellement aux guichet- de la Banque. II faut prevoir le
cas.d'emphcliement materiel, pour raison de sant6 par:exemple, et
,"rganiser une procedure qui, tout en donnant la certitude que I'ar-
gent ira hien a la poclie A laquelle il est destine, permette sans
trop de difficulties la perception de cot argent.
Tels sont actuellement les avantages et les inconvenients, dans
I'ordre piriv, de cette measure, qui dans son ensemble a et bMien
vue par I'opinion public ie. Nous ne doutons pas qu'avec le temps.
si les raison-z qui Pont fait inaugurer obligent A la continue. on
n'arrive A faire disparaitre jusqu'aux plus petites imperfections, et
a assurer d(4ns la pratique un mode de pavement faisant justice a
tous los intiArts. On est en droit do le dem'ander A l'Occupation.

AND7E LARIVE








B EVUE DE LA LIGUE


Chronmq ue des Tribunaux



DU DE1LAI DE GRACE

Depuis quelque temps les avocats du barreau de Port-au-Prince
font de,grands efforts pou'- porter lesjuges du Tribunal Civil de
ce resort A modifier la jurisprudence qui a toujours accord des
ddlais de grace au debiteur meme quand le creancier est nanti
d'un titre executoire.
M" Frangois Mathon et apres lui Me Emile Deslandes, dans la
quinzaine qui s'achbve, ont tour A tour soutenu quo les delais que
le juge accordait en pareil cas 6taient octroye- A I'encontre des
textes. violaient la rigle qui veut que la convention librement con-
* sentie est la loi des parties, et aussi le principle de la separation
des pouvoirs.
II est A regretter que Me Jules Rosemond, parties adverse dans
l'une des esp6ces, se soit content de rtclamer pour son client le
benefice de I'art. 1030 C. C. en se basant uniqueoment sur le motif
d'humanit6 qui est 1'une des causes de cette disposition du lgisla-
teur, sans tirer parties des onseignements de la doctrine qui rend
1gitimes les decisions hasdes sur cette jurisprudence incriminee.
En effet, I'article 103t) C. C. dispose que les juges peuvent
neanmoins, en consideration de la position du dMbiteur, et en
< usant de ce pouvoir avec une grande reserve, accorder des ddlais
moderes pour le pavement, et surseoir A l'execution des pour-
suites, toutes choses demeurant en 6tat. ,
En accordant done un d6lai le juge ordonne de surseoir aux
poursuites. Or un cr6ancier ne peut exercer des poursuites que
muni d'un titre ex6cutoire, et ce titre ne peut 6tre qu'un jugement
ayant acquis la force de chose jugde ou un acte notarib avec la
clause de voie parade et revetu de la formule executoire. Comme il
est certain que le legislateur ne pouvait avoir en vue un jugement
definitif quand il permet de faire surseoir a l'ex6eution des pour-
suites, il est6vident qu'il s'agit bien d'un acte notari6 avec clause
de voie par6e.
C'est du reste l'opinion de Baudry Lacantinerie renforcie de
celle de Planiol qui dit que l1'existence d'un titre ex6cutoire entire
les mains du creancier ne s'oppose nullement a la concession d'un
terme de grace ,.
D'un autre c6t6 il est impossible d'admettre que le jugo viole la
r6gle que la convention est la loi des parties quand dans 1'espece
il accord des delais. puisque le terme do grAce est tn bIn6fice
d'ordre public et pour cette raison les parties no peuvent- pas
d'un commun accord s'y soustrairo.
Pour ma part, je crois done, quo le juge no viole pas les texts,






bE LA .1 'ES~HAITIENNE -4


et qu'il est d'accord avec la doctrine lorsqu'il se soumetr a cette ju-
risprudence. L'opinion de Me Etienne Mathoin parait done plus ra-
tionnelle, lorsqu'il deman'de au judge d'accorder dos u delais mo-
derds.
Et do fait tout I'int6r6t do la question repose sur !a moderation
avec laquelle le jugo usera du droit qui lui ost accord par I'arti-
cle 1030. Dans le course de ces dernieres annees. la misere et la g6-
ne 6taient telles qu'il 6tait de r6gle que les d6bhiteurs ne pouvaient
pas faire face i lours engagements. Cette situation p6nible eut
pour consequence. qu'A la favpur de la misere gdn6rale, elle donna
lieu a des abus : Le juge qui etait sous Vimprassion du malaise
ambiant, avait toujours tendance, on vertu de la maxime que la
bonne foi so presume, a accorder les d6lais qui lui 6taient de-
mand s.
De l1 ces decisions qui, froissant considerablement les interets
du cr6ancier, rendaient in6vitablement le credit oriv6 fort li-
sitant.
II1 n'y s done pas lieu de s'etonner si en raison de ces circons-
tances, l'usure s'est developpie chez nous d'une fat;on si na-
vrante.
En r6sume le juge applique sainement la loi lorsqu'il accord des
delais de grace. meme quand le creancier est anti d'un titre exe-
cutoire ; mats il ne doit pas non plus oublier les sages conseils du
l'gislateur qui lui demanded d'user de co pouvoir avec une grande
reserve.
LIGUEUR.
(P H






,r '"[ t+


1 47








HEVUE, DE LA LIGUE


BIBLIOGRA PHIE


La Ligue de la Jpunesse lHa'tienne qni se propose de rappeler dans
tons les genres d'activitd. les efforts et les slcces de la nation, manquerait,
il semble, A tous ses devoirs, si elle n'examinait les nornbrenses public
tions haTl iennes faites dans le pass et si elle ne tentait de mettre dans un
raccoirci rapide sons les yeux de ses lecteurs, les teuvres principles qui ont
marqud dans la bibliotheque national.
S'il est incontestable que sur plus d'un point, notre intelligence n'- point
fourni ce qu'on pouvait attendre d'elle. it est cependant just de reconnaitre
qu'en ce qui tonche 1'effort littdraire, ce reproche ne pout Inki rtre address .
Des priodesd'origine a nos jours. die nomwbrenix scrivain 4 so sont efforts.
et non sans snuens, de crter une bibliograrphie haltietine don't pins d'in
oivrage ferait honneur A la littdrature d'un' pils grand people. Nots
n'allons pas tenter aujourd'hui dans ces moelestes lignes le commlencer I'd-
tude qui doit 6tre faite ici plus tard, luais nous vo ionu' attirer I'attention
de nos lenteurs sur tn outrage' d'un caractre special, d( ne utility touite
particnlibre ei qui, qnoiqul decrit depuis d'assez nombrnous-s anndes, semble
emnprunter un regain d'actnulit(, an r6Ive de reltvelnent economlIiqlie qule ca-
ressent quelques uns et don't tons venlent avoir I'espoir.
Certe-, dans de nombreuses bibliorh'q tes se trove Ie dietionnaire g"ogra
phique de S. Rouzie'. O'est die tet otuvra-ge qui bien que trK.s coinnt, ne
l'est pas suffisainment A notre gr.S, que notis voulons entretenir le lecteur.-
II nest point necessaire, pensons-nous. de rappeler an public" haftien et en
particulier au public de Port-an PrineP la personnltitd4 i1e AM. S. Ronzizr -
qui ne connait ce laborieux et modest travaillentr. quli, passant son tenmps
dans des recherehes historiques et gloarraphi(qes, dressed sans grand bruit,
Inais avec une opiniAtretd et une intelligence admirable. re q'ton pourraic
appeler nn invettaire intellectual et matdriel d0 notre nationality. Avez-voius
besoin d'un rense'gtement -nr un personnage de notre passes, on *voulez-vons
savoir quels sont les faits historiques qui se sontsticedd sur tel point doter-
mnind dn territoire, allez a M. S. Ronzier, vous Ates certain (d' tre rensei-
gnd. II cherchera dans ses papers, vousfera peut 6trerevenir le lendemainl
mais vous pouvez 6tre assnur qu'il vons dira tout on presqe tout de ce que
vousdisirez savoir. 11 a fouillA dans tant d'archives, il a recteilli taut de notes,
In tant de livres que les choses haltiennes pour lni n'ont point de mystere.
C'est une parties de ses iummenses et patients travanx q(ie M S. Rouzier a
mise dant son dictionnaire. II n'existe auenn ouvrag- str Hatti poivant
fournir sur le pays plus de renseigneinents divers et p us de prtcis'on.
Dans l'ordre alphabptique, vous y trouverez des indications completes.
historiqnes et g ographiques, non seulement sur chaque ville de notre tPrri-
toire, Inais aussi surchaque commune. chaque quarter. et inielme clhaqnt hJi.
bitation important ; vous pourrez y lire dans une forine succinte et try's
claire, des explications geologiques et miniralogiqines sur cette terre haftien-
ne que uons vondrions voir enfin livrteeau travail et au labeur de tons.
,I lfaut rfgretter. lorsqu'on parole d'nne oenvre aussi tile. que deux volu -
ines seilement sur cinq en aient dtdW ditts. Ce serait vraiment iendre ser-
vice A tons que de pousser a l'impression des trois derniers qui n ont pas
encore parn. Les haltiensqtii dsirent que leur pays soit contni. les ttran-
germ *qi chierchent tn emploi a letrs capitaux et a leur activity, trouve-
raient dans cet ouvrage, s'il (tait entit.rement imiprii, des renteigneiments
d'une importance incontestable. Aussi la Ligee de la Jetunes.se I[atien-
we qui considere l'ouvrage de M. Rouzier corinme nn des plus ilmportants
qui aientparn dans un ordre special sur la Republique d'HatTi, miet elle le
vceu qu'une edition complete du dictionnaire puisse paraitre bient6t et soit
livrre an public. II demenre constant que nul ouvrage plus que celui la,
n'aidera A fixer un passI qui est d'hier et un present qui peut encore6tre utile.

if /J :'' x.^ ~sy^-



















COMITE DE LA LIGUE DE LA JEUNESSE HAITIENNE

POUR L'ANNEE 1916



(KEOi F Ht N. LEGER ................... President
PAIL BARJON ......................... Vice-pr6 dent
M1AURIC(K ETH I A RT.................... Seereta re
ADIIEKX SCOTT.......................... Bibliot/hicaire
PHILII'PE LAFONTANT................ T'/-."orier
Lous MORPEAU...... .............. )
CAT'S PRESSOIR..................... i
/




PRILfitERE ANNEE NUMf:o o 2 ) MAMS 191ti


<1 REVUE E
I)E

LA LlGIJUE
D)E LA

JEUNESSE .

HAITIENNE
PARAISSANT LE1 20 DE CHAQUE MOIS

ADMINISTRATION REDACTION
I' 1:-'7, rne ddu O t, re. 147




POT'-.AIT-PIlINCE *
IMTPRIMEliK! DE L'A EIILLE. ,"RUiU'DU FOI{T-.PEI *l







'..Po'- tales communications, s'adresser au Hureau du Comite,-
1. 27, rute da Centre, Port au-Princei .


I Bulletin do la liguc de lajeunesse haltienne
Rapport de la section lilitrraire sur la gratuitd
de l'Enseignenient. ;
11 La force et sa discipline sous le regime
de Pintervention L
III Lettres d'une amoureuse II) F.
IV Figures fugitiveA de ;.otre histoire.
Coriolan Ardouin P. E. DE LES
V La question scolaire D. BELI
VI- Posie Fides. Sp' x T''MO
APoesx itoess LC
VII Maximes pour iie .
III La plainre do 1'Ai tibonitf (suite) ADRIE
IX L'ouvriior ha'ftin et los cuopdratives
de credit F. DEs
X Deihl3 la oilce RICHARD
XI -" Les haitiens et la guerre europdenne PAUlJ
II Chronique.financire ANDRI
Il1 -' ChrGanique des-tribunaux
IV- Les lives : Mon petit Kodak.
,- "+ Sonnets Indiens


I 49


EON NAiJ. 57
HIBBER'l". 6C

,PINASSE 68
LEGARYE 77
E PART 8:2
N VIEuX M.
L.'L. 84
1N ScoTT 85


TOUCHESS
SALNAVE
BARJON
LARIVF
LIGUEUR


CRITIQI 97


Ce num6ro content un supplement thdatral:
UNE AFFAIRE D'HONNEUR
"An FERNAND HIBBERT



Abonnements :
TROIS MOIS. ---- ---- 3 GOURDES
Six Mots --. .----- --. 5 -


UN AN -........ .....


.................... .. .. 10


LENUMIRO': UNE GOURDE


Pcur les annonecs,. s:adresser au Bureau du Comitd, 1, 7, rfe dlu
Cvntre.ou. 4.lmprimerie.de I'Abeille, 4, rue du Fort Per,


V V
v




.-
X'









REVUE



DE LA


S JEUNESSE HAITIENNE



VOLITMK I. MARS 1916 No 2.


BULLETIN DE LA LIGUE
D DE LA JEUNESSE HA1TIENNE

Les differentes filiales de la Ligue de la Jeunesse haitienne
ont wtd fond6es dans les villes de province. Nous en reparlons
plus loin. 11 semble qu'A travers le pays la jeunesse qui se
trouvait come d6concertee par les 6v6nernents, se ressaisit;
il semble qu'elle comprend ce qu'avec doe I'nergie, de la
droiture et du travail, on peut encore sauver de la nationa-
litd haitienne.
A Port au-Prince 6galement les adhesions se font de plus
en plus nombreuses. Et le 19 F6vri6r la Ligue a pu avec
plein succes donner une fete th6atrale, au course de laquelle
une com6die de Monsieur Fernand Hibbert a 6td jou6e. Le
public n'a pas marchand6 ses applaudissements : nous no
pouvons mieux nous exprimier qu'en disant que q'a 6t' un
succes pour M. Hibbert d'avoir cOcrit sa pikce, ct un succs'
pour la ,-1igue de 1'avoir jouee.

A la stance du 26 Fivrier, le rapport suivant a 6t6 lu par








It EVIUE DE 1.A IC-11E


M. Louis Morpcau,' rapporteur de la Commission charge
par la section littdraire d'dtudier cette question : Peut-on
songer Ai I'heure actuelle A supprimer la gratuity de 1'ensei-
gnement secondaire? ?

Nlr:SSiEuIS.
Nous avons I'honneur dc vous soumeltre le rapport sui.
vantsur la question d'un si grand int&rct en ce moment, et
que la Section litteraire a porlde A son ordre du jour : Pent-
on songer, A I'hieure actuelle, A supprimer la gratuity de l'en-
seignement secondaire ?

La question au point de vue constilutionnel.

Nos constiulions n'ont pas toutes en un article 2i ainsi
concu en un de ses alindas: L'instruction publique est gra-
tuite i tous ses degrds. En 1879, et-dix ans apres en 1889,
nous sentimes one fois de plus la n6cessitl do remettre A lai
fonte notre pacte fundamental, et nous adimimes, entree au-
tres innovations, la grafuitd de l'instruction bl)li(-ine A ses
trois degr6s. Jusqu'A nos jours la Charte de 8j n'a jamnis &r6
offciellement rcmplacde par une autre, ni I'arlicle 21 modi-
fil. On no peut done sans violer de fa(on visible la Constitu-
tion porter atteinte At la graluito de I'enseignement secondai-
re ou superieur.

Ce que disent tes adversaires.
Ce qui repondent les partisans.
La RWpublique est pauvre etelle doit beaucoup. De mime'
qu'un home poursuivi par une 10gion dt cr6anciers no se
permet pas do largesse, la Rdpubliqne ne pout qu'Atre dco-
nome, toujours plus 6conome. Eile ne doit A ses fils que
l'instruction primaire parcel quo soule cotton instruction est
obligatoire. l'ourquoi conlinurernit-lle ;\ leur fournir pio deo
les deux autres? ['argent qui assure la march des lyedes
Sirvirait A distribuer plus largement I'instruction primaire.
L'argument est faible Certes on a tont6 de mettre sur un
assez bon pied nos 6coles secondaires et lyedes. Mai si, il
n'y a pas longtemps, nous avons entcndu-parler de 1l'tpou-
vantable igpo'-ance de la grande niajorit5 des haltiens ,, no-









DE LA JEUNESSE HAlTENNE


tre enscignement secondaire, qui ne cotite pas si cher A la
R6publique, peut-il en 6tre tenu pour responsible?
* Ncus gagnerions infiniment A m6diter le mot d'Alfred
Croiset : f II faut y regarder A deux fois avant de porter la
main sur les closes vivantes. 11 faut avant I dudl truire ce
qui existe 6tre absolument sltr que cc qu'on y substitura
vaudra mieux. )
Et notre enseignement secondaire est. A n'en pas douter,
le seul vivant, ou pour etreplusjuste, leplus vivant des trois.
Qu'on organise bien d'abord I'enseignement priimaire. On
pourra s'en prendre ensuite au secondaire qui. en v ~'ilt, n'a
pas seulement fabriqu(: des d6classs mais aussi d(s hon-
mesde haute culture, Firmin. 0. Durand, Delorme, D. Vieux,
Janvier, etc., des homes qui tous ont jet(! de la gloire sur le
pays.

.'n deuxleme argument des adversaires
Haiti est peut-eire la seule contrec o6 I'instruction public .
.que soit gratuile A tons les degred. [,A l1'ratnCe. I'Allenagne,,
I'Animrique, etc., ne se sont pa.; intligl6 p ircil ridicule. 11 faut
s'empresser de suivre leur example.
Outre que les examples ne sont pas tous bonds A suivre',
Haiti aurait elle tort d'accorder la gratuity des trois ensei-
gnements par le fail seul que d'autres p'uples no I'admet
tent pas? Noroe vie national, pir la fa'ite dei I'Ett, est d'une
6tourdissante instability. L'initiative individuelle a toujours
6td bris6' par u1n Etat omnipotent, et Ic travail, en d6pit de
cipculaires sonores et d'innombrables proclamations, n'a ja-
mais'exists, n'existe pas, n'existera pas de quelque temps.
N'oublions pas qu'en France, par example, le june fran-
Qais, A sa sortie d'une bonne cole prim tire o6 c'est .a lanqfue
qu'on lui a enseig.r, peut tris aisement l1argir son instruc-
tion. ThtItres, cinemas a bon march, oeuvres post scolaires,
conferences le plus souvent gratuites, so le disputent. II en
est de mrome dans tous les autrcs grands pays. En Haiti rien
de semblable n a encore vu le jour.

Position de la question
On va cr6er le travail I1 faut done inculquer aux enfants








REVUIC DIE LA L.I(EJE


pauvres l'amour des professions manuelles. VoilA la supr&-
me raison qu'invoquent nos adversaires. Mais cornbien d'an-
n6es faudra t-il A cc miracle pour qu'il s'opere? Depuis 1804
on va toujours crer le travail! Depuis sept mois on nous pro-
met months et merveilles de l'occupation 6trangare. La foule
toujours grossissacre des meurt de-faim "trouve-t-elle A tra-
vailler ? La meilleure preuve du peu de credit qu'inspire cette
instauration magique du travail en un pays ou tout est A re-
mcitre en Mtat, c'est que, clique mois, six cents A mille pay-
sans des cotes du Sud mettent le cap sur Santiago ou Guan-
tanamo.
Ne nous embarrassons pas de theories.
Un Etat organis,' doit-il l'instruction gratuite a tous les
degrs ? Une r6ponse negative est seule possible. Mais nous
pensions toutefois pour les raisons suivantes qu'Haiti la doit
. toujours a ses fils.
Une mi.sre affreuse s6vit sur le pays. II n'y a pas de tra-
vail. Les families sont presque toutes ruindes, et elles so
competent celles qui ne se saignent pas pour payer, l'6colage
de leurs enfants, pauvres petits qui, souvent, n'ayant rien at
se mettre sous la dent, se rendent en clause le venture vide,
1'estomac criant famine. Les liaitiens ais6s n'ont pas, d'une
facon gnd6rale, jou, de la graluitd, et il ne convient pas que
i'Etal, qui vient d'enlever le pain quotidien a tant de inalhoeu
reux, enlveA leurs fils le pain intellectual.
Dans les D1partements, il sera extrimement difficile A des
particuliers de fonder des 6coles secondaires et des colleges
convenables. Les routes n'existent pas. Un nombre de plus
en plus restraint de families habitant la Province tenteront
i'aventure d'entrotenir leurs enfants au Lycee de Port au-
Prince.
Mais I'Etal, dil-on, accordera des bourses aux enfants pau-
vres ijais intelligents.
11 n'est pas bon d'etre trop sceptique. Mais l'Ame d'un peu-
pie no so trans.forine pis trfos vite, et le n6potisme semble
vouloir continue de florir. Malgr6 d'excellentes lois nous
savons tous comment se distribuaient les bourses. Qui pout
jurer que ces ddtestables habitudes sont mortes A jamais ?







DE 1,A JI.UNESSE LIAITIEN-NE


Conclusions

Des pays en plein progres peuvent ne pas fournir gratiii-
teinent I'itstruction a ses trois degrds. Haiti, A I'heure prd-
sente, n'a pas i suivre Olur example. Sa Constitution ne Ie
lui permet pa<, d'ailleurs
Quand la misit're sera moins grande ; que ie travail Cnfin au
ra dtd reellement organism : que la stability financiet'e et politi-
que regnera dans la R6publique, porsonne, -- la majority
6tant A mnime de payer ct I'Etat distribuant des bourses A la.
minority pauvre mais intelligence, personnel ne verra
d'un mauvais tcil la limitation, disons plus, la suppression
de la gratuitd de I'enseignement secondaire ct sup6rieur.
Au moment present, nous ie rdpCtons, cette suppression ne
s'impose pas, et ses consequences seraient plus que d'plolm-
bles, elles seraient funestes.

Les Membres de la Commission :
Paul BAH.JON, Maurice ETHI8ART, LUonce DUI'lTON.
Pierre Eugene de LESPINASSE.
Le Itapporleur, Louis MOI PEAU.

Ce rapport, mis en discussion. fut I'objet d'ur asscz long
d6bat. De nombreux membreos prirent la p'lrole, los rai-
Pons pour et centre ft'urent examine es, ainsi qu I,-; co isfe-
quences possibles do la measure projetdo. Finalomrnt I'As-
sembl)l passa au vote, et adopta i la nijor!iti de Itrente
Membres sur trente trois presents,les conclusions do rapport.
Depuis la veille, le Jomit6, desirant connaitre I'opinion i dsi
"iliales sur la question, avait adress6 nux Membres lHp')ed-
sentants la letire circulairueque I'on va lire :

Port-au Pl ii.ce. lt 26 Fedvi ir 1916.
M ON.II..I i
Mlembre Ileprsentant de la Lique
A
MONSIEUR,
J'ai Ibonn.2ur de porter a votre caonnr Ais-;an:e quo It; rappo: t 'do la
Commission de la Section litterairo de la LiUue do la Jeunes5e
haitienne clia-'ge d'dtudier la question suivante:.








REVUE DE LA LIGUE


,. Pout-on songer actuellement a supprimer la gratuitO de I'ensci-
gnement secondaire?,, est achevd, et que les conclusions de ce rap
port vont 6tr3 discut6es, et un vote rmis, A la seance de domain de
la Societe.
Nous serions heureux d'avoir I'opinion de tout le pays sur la
question. En consdquence nous vous serious reconnais;ants de
raire faire par la Filialo do la Ligne que vous dirigez in rapport sur
ce sujet, deo l'ire voter. et de no is t.,ansmettre le plus rapidement
possible l'opinion qui auia etd aloptoe par la m-.jorit6 des Mem
1ares; les votes qui parviendront en temps utile seront publics
dans le numero de Mars de la Revue, les autros dans le num6ro
d'Avril.
Veuillez agrder. Monieu-, les noavelles a'suranc's de ma par-
faite consideration.
Pour le Comite : Le PrJdident,

GEORGES N. LEGER.

II taudra naturollement un certain temps pour quo les Fi-
liales, qui viennentui pine de so constituer. et don't quelques
unes sont implement on,voie .d'organisalion, puissent fair
le rapport' et 6meltre le vote demandS. Le Comit6 espere
cependant avoir ces renseignoments dans le dMlai n6cessaire
pour qu'ils soient publids dans le numero d'Avril de la Re-
vue. La Societ5 pourra alors dire d'une manidre precise ce
que pence l'opinion publique du project de suppression ac-
tuelle de la gratuil6 do l'cnseigneoment secondaire.

En Province.

Au Cap a 6t6 fondue une Filiale, qui gale on importance
la SocWtd Mere. Plus de quatre-vingt membres so sont grou-
p)s sous la residence de M A. Acacia, Membre Reprdsen-
tant de la Ligue au Cap' et, en constituent la filiale, ont af-
firm, leur foi en l'oeuvre, et ont joint leurs efforts aux efforts
qu'elle tonte..
A Grand Goatve et a Petit-GoAve, d'aprs les d&rnicrs rap-
ports reus de M. Ant6nor Lafontant, Membre Reprcsentant,
la Filiale comptera plus de trente Membres. La sance ina;u
gurale se tiendra tres prochainement, et le Comit6 songe h
d616guer un ou deux de ses Membres pour y assisted.







DE LA JlEUNEIE IIAITIENNr


SA Mirebalais, les adhirenk~~t nu nornbre do seize sou-;
la direction de Me Le6on Charle~s, Memnbre Repr~sefltaInt.
A JMr'6rie, ine Filliale d'environ trente Niemrbres est en voie
d'organisaition (leflillilive. et tout f~iit csp~rer qu'elle pon rra
tr~s prochmtnemnent co-n ueonerv s~i trvvau'sz. NP~ lhimotee
Paref, Memrbre Ropr,'sentini, so trouvant ;ictuellemelt. A1
P o- r~ince, .il a f'ait iI Ia si, since do l a Sacic~t- d u 26
F6Vr-iel, uric tre Wie (A tre ) .tf C)l'~'fl U St1 Vi lie
mitale i nCoefI'IC reic qe 1non- s u )1 icron lii u a pro : wl ti liu
m1,i6o, e F~ranrck Boncy a pirs Ia direct ion provi. ioird ela I
S0c66t6. Le Cornit6 (IC Ia [igue liii on expri no ses renliercic.
ments twit particu~eis.
A Aquin, le Xlenlhre Repr&seritantest MI. iet lNeptune. A.
-hen ofe [lolls i~cri von-; son r~ipp irt sur ht cost iiutioi e
Ia Fili' cliestCAII, ull en roursern ii lt pa-3 eCore1, pai*vCII u, et
nous ne I)oIvons-doflflr de ddtail Ai cc su~jet.
Ali, Cayes, Me Emmanuel Morpeau a pu grouper line
trentaine d'adh~rents;; mais dcs cit-constancvs Iiai'iculieres
ont c pechi6 jusqu'Ai pr-ent hit con-tititutioni eff~cmlyve (dune
F'iliale. L.(, m4~Inne fai t regrettable dolt etrot constat(II poiii la,
yulle dc Jacmel, o~i en uis'[)it do tr~s nOi-lbrens;es adli6sions
inidividuelles, NI. le Dlr N~rette St-mri~ al-i-gr ses efforts,
na pus en -#e p. pour los m6nc.ne i*.utoni, -,u-mr ht Flija Ic.
Le Conflt6 dc h, Ligue ne d~sesp~re pa.; do v uii 16' o'i t~irf
Iun 1)01 SC fa i ie paril V in u~ressin te j !Ul ( e I,, tics 4'Ic x
Viules.
Auix (ionajveVS, le COniii6 Mttend In veponfs,3 de Iuitdb 'went,
chlOsi comrneo Membre ~opir6-entann; A'nrAVa enlin,
INI Lebr i I Mnode vlen t d-thre nomm .rnn N mbre I 'opr.son1-
tallt, et ul ra rpport est attend(ii incessalm enct Sul. I I' p)isibi-
Iitc lie ton~ler une filiale dans COtte ilbI ntrsi'titCt citt'!.
'Dison j encore qiuo de tou;s loes I- )Iuts doe Ia I.plib~if -p di -S
ad~lidsionls i nd ividucl les: arrvntVC)t, not:) III 'fl('it 11I '. aPti.l I Ri -
vkw do V'Artjbonjite, et de Dameo Ma~riec.
(3 Mars 19163.
Cwonoms de (a Liyte.
D t nonibrecux en vois o It 6stj reois p,)ir le corcouirs de la
11i19ie, don't 1I1 datte do cle~turc 'dereurc iri-6vocablcmcnt,
rlxcan I"r Avril. Riappelons qu~un prc~miicr prix% deCent Gotir-








56 REVUE DE LA LIGUE

des, ct un second de Cinquante Gourdes, seront decern6s aux
deux meilleures dissertations, et que la decision sera rendue
par un Jury composA de Trois Membres Honoraires.
Le sujet du concours est le suivant : Qu'est-ce au just
que le patrnmoine social de la Nation Haitienne? Comment
s'est-il form ? Quels sont ses caracteres propres ? Quels sont
dans les circonstances actuelles les moyens pratiques de le
conserver? Que les. retardataires se hAtent.

Coiurs d'Anglais et d'Allemand.
Le Comit6 a pris la decision d'ouvrir des course d'Anglais
etd'Allemand, auxquels pourront assister les Membres ac-
.tifs de la Societe. Cette decision ayant et0 approuvree par
l'Assembl6e. 'les pourparlers ont ete engages avec des pro-
fesseurs comp6tents, et le Comit6 a bon espoir que les lemons
commenceront dans le courant de ce mois.

Les Confdrences de /a Ligue.
La Ligue organise au Tlatre Parisiana une s6rie de con-
ferences publiques. A, cet ,ffet, eile s'est assure le concours
des hommes les plus 6minents. La premiere conference,
qui roulera sur Le Bilan de In p6riode Haitienne de la R67
publique sera faite par M' Lespinasse, Membre Honoraire
de la Ligue.
Biblioth/eque de la Ligue.
Ainsi quo nous I'annoncions dans le derniermumero de
la Revue, deux des ouvrages qu'6di'e la Socidte sont actuel
element a l'impression. Le Manuscrit do Mon Ami ,, roman
par M. Fernand Hibbert, pourra etre livr6 au public fin
Avril. Le Code de Procedure Civile n ahnot6 ot mis a jour
par. M. J. N. Ldger, nesera pr6t que dans lecourant-de Juillet.
Le succes de ces deux publications est d'ores et dejA assure.
En cequi concern la Bibliotheque de la Socidte, le retour
du Bibliothdcaire, M. Adrian Scott, qui dtait absent de la Ca-
pitale, a donn6 une nouvelle impulsion a son organisation.
Le Comit6 fait appel A tous les Membres Honoraires, et re-
mercie d'avaice ceux qui, par des dons en livrcs ou en es
pieces, voudront contribuer A la constitution de 'cette Biblio-
theque.







DE LA JEUNESSE HAITIENNE


LA FORCE ET SA DISCIPLINE

SOUS LE HI-GIME DE L'INTErVENTION



Dans un livre qu'il intitule, < La force c'est 1, droit, Bun-
ge, en un language qui'il a su maintenir bien nu des-us des
trivialitis ordinaires aux trivoles improvisation-. Inais-e I'imi-
pression que nla force impliquoe ito ours l'ide d(II just. Pour
6tre lapidaire, a ftrmu6e tne renf'erme pus moins do multiples
exag6ralions.
On In pett iran:ener A la measure raisonuable of 1'enietede-
ment juridique et social congoil que la notion prnliiqiue du
droit suppose encore, a notroe poque. I'appui f6,'ond de in
force. Le droil, en son expression g6ndrale tbligntoirt'. quii
est la loi, r6gil. les volont(-s solon l'adh>s-ion sponlaooi e du mi-
lieu ou selon une nctuielle co ri'rition, par nla force publique.,
D'aucuns cepenidant. verraliell. n I l'efficacile l5gale par
acquiescement volontair,, le soouvenir, ianns sa d6forltiion
r(Osiduaiire,d'ex('cutions fori es. jandis subies. Conx-lh foltbot n
imarcho de I'lionrog-neild psychique, qui so rencontre sou-
vent, en travail d'uinification morale, dans touie agglomera-
tion liurnaine, en d6pit de la diversity des caract'res et de la
variet6 des intelligence. Quand la loi marque la correspon-
dance, la coincidence entree .Ies sentiments do ceni qil I, 1'-
dictenil et les besoins moraux ou aitres d1 milieu d'applien-
lion, cllc est conime un r6sutllnto de la coiinscience -ocile
ct s'imn pose sails recouirs 'i In force.
Les nilOurIs u(i clhangent pour so regler sur la loi, les in-
tIrets auxquels on a corCsenii d'aIitris n 'pp)o t-S en vn d'iun
nouvel 6quilibre, juridiqueumenl deterrnminn', ii'nit sonivent
collnu auiune d(Is moda(litesde In cotnlrainte.
Pourtant les cas'ot I'intervention de In fi'ree sont en realisa-
lion du droil no o-e comptleni ntillemeil lt l s(it qu'aux yeoiX
do tous et A certaines 6poques. Ic priticip .juriilique nit man-
quo d'6vidence, soit qclu In linssion de Iliolm rn I'iiportn'
trop souvent, lorsque se.- inlllit s el ses colinlloditls y sont
contraires une ,j ifillcalion do l. foco., en pvireil ca-. ne cons-
titue lulle part, un el ;ilb:rrIas a l;i c r.iscince d1i sociolfogue.
Des moralistes ne protessent pas niioinS une m6flance ab-
solue A I'dgard de la torce., Leur tort n'est que relatif, puis-







o~1 EVUE DE LA LIGUE
que cedtains aspects do la force expliquent trop bien d'invin-
cibles repugnances.
L'humanitM ne perdra, en tout cas, rien A so rapploer quo
le droit n'est pas dans touted manifestation de la Force. fhlle
gagnera A no point exag6rer et A ne point prtendre. avee,
Antonin Eymieu, pair example, que tout ce qui est, fort est
dangereux. ,
Une derivation possible de la Force A I'appui d'intcdrts que
meconnait le droit, que condainie la morale, n'Mtant pas,
moins A craindre, le souci du moraliste doit oire d'y parer.
Pour n'tire pas uni danger toute force doit so disciplineren
discernement Sous peine de se dlgrader en d'inutiles violen-
ces, elle restera, an service d'intri'ts sociaux, '.expression do
la raison pratique tell qu'elle so degage du concept national
Une premiere obligation essentielle du rdformateur qui
s'impose par Ia fcrce consisle done A scruter celui ci pour
en connaitre les besoins de tous ordres. C est done le travail
d'une representation intellectuelle et affective. exacte et
complete, qui s'impose d'abord. II sera ulilesi une certain
finesse d'esprit permet de saisir dans le discord des did-
ments et la contrariidt des inter6ts la r gle applicable, slcon
qu'on so trouvo en presence do senlime,. t impliquant le jen
de force de cohesion social on d: proc6dds inspires de ddsirs
,purement anarchiques.
Ceux qui croient trouver une excuse A leur defaillance, en
donnant utn mobile exclusiverment disintbressd aux gestes
d'intervention d'un people dans lesaffaires d'un autre, ne doi-
vent point s'dtonner qu'on no mette anucun emnpressement A
partager leur naYvet6, sinon la rancoeur cons6culivc A la d6
reption d'cgoYstes calculus.
Les actesd'entidre gnd'roil se coneoivent seuiloment dan,
les relations do la vie privde. Un gouvernement de people.
fort, s'il avaitia divine stupidity d'y songer, manquerait iota-
lement de la liberty d'y parveni;'.
Entre nations, la politique utilitaire s'est substiluee a I'au-
tre qui, panache de sublime, si I'on veul, n'a pas moin- did6
fertileen casse-cous. La pouss6e puisiante < des nouvelles c'ju-
ches coincidant avec I'dvanouissnment des roves humani-
taires d'un romantismrn politique,A In mode vers la (in du der
nier slicle, a fait d'autres ressorts A I'Ame de. peoples. Les
divers groupements qui so partagent I'empiredu monde sont
de plus en plus, attirc.- vers les jouiisances mailrielles. C'est
plus d'argent cl plus do richesse., sous toutes sea former,
qu ils rrclament. D;ns ces conditions la course A I'htg^mo-
ni'e n'est, en son fond, que la course A la clientele
II fait q 01'o n con cuvienlile, I'po.,toltal oi religieux on sim-
plement moral n'anime plus les pouples. Los croisades ont
change de but et les flancs des mastodontes qui traversent







DE LA JEUNESSE HAITIENNE o

I'ocean, des wagons qui roulent sur les continents, sont rem-
plisd'autres choses que de cathechismes ou do manuels pour
morale laique. /
Maik il est dit que I'humanit6 ne saurait, sans en g6mir,
s'affranchir de touite honn6tet6. Et si le souffle de vanito qui
emporte les peuples et lour fait renier toute obligation mora-
le favorite les entreprises des forts. les d6pr6dationsinterna-
tionales ont pourtant une limit.
II suffit qu'elle snit une fois franchise pour que les inti6rls
apeurbs, d'une extorsion impose auitrui, voient la menace
centre laquelle il fautse pr6munir.
* 11 n'y a pas lieu de chercher ailleurs les raisons de mani-
festations publiquesinternationales qui, en attendant rmieux,
vengent, par lan msestime, les honteux abus de la force.
C'est aussi bien la raison de la sagesse relative de certain
peuples. IIs tachent que la poursuite de I'int-rbti, la pr6para-
tion de la clientIle par I'extension des besoins, n'excluent pas
certain devoirs: On ne les accomplit pas cepend.nt en se
substituant au people chez lequel l'intervention existed.
S1 en pourraitl r-illter les plus grand malheirs. PespeLe-
ter son intdgritd. en disposant an profit do son idal la torce
ordonnie qui lui imanque pour carter les r'sistnnces r1lro
grades, y est plus propre et conduit plus sirement au deve-
loppement d'une vie politique ot social pe'rfeclionn-e.
Mais le cosmopolite, sceptique par jalousie, destructeur par
'lachet6, croit dProber le fonI d sa conscience sous l'interro-
gation: Faut-il encore quo le peuiple qui subit l'interventiOn
nit un ideal do vie social et politiquie cmnuii sur un module do
civilisation? On rnconnait la v6rite. et on no tient nullement
compete de I'enseignement de I'histoire on refusant au people
haitien toute conception sur los facteurs d'une organisalion
propice A I'ordre, ia la liberty, au travail et par consequent au
progres.
La synthese mental haftienne real'ise une notion de la Pa-
trie toute semblable a celle des peoples civilis4s.
L'HaYtien n'a pas tant invo lu6I los h6ros de sn) indpen-
dance, il n'a pas tant songS anx fl >ts. de sng que lui a cout6
ce sol, sans avoir senti s i s,)lid trit ave,- 1-s gen6ration- an; -
I6rieures et la nicessit6 morale de conI-rveIr,a' se- succes-
seurs, I'h6ritage colleciifdes aeoux.
Politiquement, il ne se scra Im- conduit selon la tendance
patriotique de ia conservation du sol et de nla p6rennii, en
leur identity national, des diffronftes classes do la socidto
haltienne.
Tous les peoples out connu les bouloeversenments qui ont
retarUd I'evolution haltienne. A leur ddcharge si I'on peut
dire qu'ils cherchu ent alors les voices Jusciu' eux inconnues








BEVUE DE LA LIGUE-


de la civilisation, c'est A condition do no pas oublier l'origine
et la formation du milieu ha'ilien.
Au lendemain de 180", sur les ruins amrnnceldes par I'Ceu
vre gigantesque des victoires de In liberty et l dans I'efferves.
concede In rupture violpnte do loul lipns, il out 6td putril de
penser A l'institution d'une society ou entrerait uine majority.
de sages. Le colon egoist n'avnit point furiwn, I'esolave d'hier
au role qu'il s'etait attrbii eot le sentiment do.la liberty no
pouvait 6tre d6jA I'espril de nla liertd.
De li les titonnemenws et les culbutes, quelque fois reton-
tissantes, d'efforts pourtant intlasablhos.
Que l'envieuse mauvnise volonte do quilques uns so soit
complu A y trouver une congAnitble inforioritO, il n'y a IA
rien qui doive 6mouvoir outre mosur7
Mais lesappetit, de I'lmp6rialisme ne deviennont pa- plus.
purs, parceque, (iepruntant la voix do quilquos sociologues,
les peuplescolonisateuri sattachentallasupldioriltspci lquede
la race l'exercice de leur force chez nutrui. IPour exeuser letrs
procedds et afin d'apaiser I'alarme qu'ils suscitentdansles es-
*prits, ils nient I'unitd psychologiqii dos ra'op humaines, en
refusant A quelques unes la possibility d'att"indre A une dld-
mentaire notion du progres.
On serait plus coupable de nini-e credulitl que respectuoux
do la v6ritd, en r6ptaint avec les dotr.icteuro du pouple lhai
tien, qu'il ignore tout des exigences de la civilisation. Scr le
plan des milieux d6mo-ratiilues. am-naiger, en ui n. 6quilibre
harmonique el auton')me.tout-es les tianitfestation. do I'activite
national. solliciteret protgo'r. Ai cete fin, la collaboration de
toutes les classes, favoriser allx toinols avaMnedes do relies ci,
la capilarit6 social, par to travail, souis ttou.s ses fori.PLs, et
aussi par i'instruction en se sotivenant avoc Ziegler que(" toute
reform social, pour etre efficanc doit rapproclir les di'tan-
cei, rendre les homines 6gaux jusque danns leu rs plaisirs ct
leurs dela-;sements t telle est, en sa pI.splectivo la pi mno-
deste, la difficile tAclhe laquelle n'ont jmains fair d6l'fnut ni
la ferveur citoyenne do beaucoup, ni Ic ddvoucnment do quel-
ques uns.
Les peuples les plus civiliods no s'en sont jamnis propose
une meilleure. Leur success e(latant, a tenu la In consliltuion
dans leurs lites,selon le mot do Dugard d'une force 6volu-
trice interne n enrichie de li lente, maiis sire accession. des
n masses. C'est le alleur,dloreirent expid,de la nationalist la'i-
ti enne don't les penclhants, Ics iddes de I'dlite,-sont rests di
t out temps strangers aux masses.
Un esprit attentif y voit comme t'efft de In survivance
dans les lois et les priatiques politiqucs du vieil esprit td I'dpo-
que colonial. La vie pub:ique lhatienne, cent onze ans apres
i'abolition du regime de I'esclavage, n'avait pas cessd d'etre







Drl Lt, JEUNEIS51 H4AIT[ENNfr


dominec d'une organisation batie sur le principle du coin-
mandernent, partant du privilege. Destinde a le proltger et
fortifier, elle :a fait les castes, I'une A l'autre hostile.
La grande peine de I'heure est le resultat de qeicrelles in-
cessantes entire des minoritis asservies aux faciles jouissan-
ces du pouvoir et insoueieux des intdrits d'une masse ilerte.
D'autres veillaient.
Ils sont intervenus et contre d'inpxplicables resistances,ils
font les apprts d'une organisation h fin purement adminis-
trative, c'cst A dire ouverte, par la liberty, a la collaboration.
Ce sera un bienfait, si la rancon n'est point la fin d'une
national t6.
LIEoN NAU.








Ui









. IEVUE-DE LA LIAGIE


LETTRES D'UNE AMOUREUSE




En 1829, Fine donna naissance A une fille : Celie (1) sans
que sa passion pour son mari en fat le moins du monde
attfnude. Les lettres que nous allons reproduire d'elle sont
de 1831, c'est-a-dire cinq annees apres son marriage et la
montrent tout aussi ardente qu'au premier jour.

15 Juillet 1831.

Hier matin, tandis quoe j'6tais encore au lit tout occupde de toi,
cherchant h me rendro raison de ton silence, on est venu tout a
coup me pr6senterta lettre. All! quel bien elle m'a fait. II y avait djah
sept jours que je n'avais requ deo tes nouvolles Figure toi, cher
ami, quelle devait etre m in inquietude; tu ne peux te fire une
idWe combien if m'est difficile de m'accoutumer a toni absence. A
chaque foisqu'il faut queje me's6pare de toi, j'dprouve une dou-
leur amere, mille inquidtudes qui me rendent vraiment malheu-
reuse. II n'en est pas de m6me de toi. j'en suis sfu'e; car tu as mil-
le distractions qui absorbent ton 'esprit et t'empdchentd'etre saisi
par le chagrin. Tu as encore ce que jq n'ai pas: le courage ju de-
voir qui t'apprend la resignation; mais moi je n'ai pour me soute-
nir que mon amour et le triste esp-ir de ne to voir que dans deux
moist peut-dtre. Mets-toi A ma place, et vois ce que jo dois souffrir.
Adieu, je suis trop triste pour continuer.-,. Adiou, mon tout, je ne
te laisse pas, puisque je d6pose mon coeur sur ton coeur. ,
P. S. <. Au moment ofi j'allais former ma lettre. Sanveur (2) m'a
remis A la I'ois deux lettres de toi. Quel bonheur Je te remercie,
je reprends A lagaietd, tant elles me causent de joie. Que puis-je
te dire, mon bien, que puis-je en ce moment Rien. Jo t'aime trop
pour qu'il me soit possible de te dire comment je t'aime. >

( 1) C'est elle qiii. devenne en .85' Madame Joseph Maiin.ler. devait, donner
plus tard tant de tnblatures It la diplhtuatie lattieune avee une reclamna-
tioni qui. pour ceinx qui l'examiineit de bone f'i n'est qi'uun chaiirage.. (LK-
GERI CAUVIN, L'affaire Maunde', p. 41); puisqt,'.tuisi bien Joseph Miauidern'd-
tait pus anglais et qu'il 6tait haltien. *Le Foreign Office, 5crit M. I.ger Can-
vin. a dfl 6tre la dupe d'une haItienne. Rappelons, que le gouvernemnent diu
P'r sident Salomon fut oblige de payer 160.000 dollars an rteglement de cette
rdclaimation fantaisiste. (1887)
(2) Sauveur Faubert. jeune frHre de Pierre qui fnt Professenr an Lyedee
Sdnateur, Ministre-rdsident & Madrid sous Geffrard; Secretaire d'Etat des Fi-









DVI LA .11?1;Nl:'SE lI.\ inIE'NNE


Port-au Prince. le 24 juillet 1831.

Je viens t'nitrotenir, non pour to donner des nouvelles dui jour'
je n'en connais pas et no puis voniloir in en occiuper, mais pour te
parlor de mf)n amour, et toujours do mon amour. On dira;.t quand
il s'agit de toi que c'e-t le soul sentiment qui domine mon ame,
tant il est vrai que tu occupe, exclusivernent toltes les facult1s
de mon etre! Faubert, tu ne sais pas encore ce que tu os pour moi,
tu ne le sauras peut 6tre jamais. Puis je t'aimer et ne pas t'aimer
comme tu le merites ? Pui,-je cro:re A la possibility de vivre hen-
reux loin I'unde I'autre? Non, c'est unte chose que le ciel ne permet-
tra pas. Jo nie puis vivre que pour toi; ton armour est I aliment et
le souffle de ma vie. Si j'ein doute un in-;tant, tout "-t dif, mon sort
est rempli. Toi seul mon ami, as la puissance do m faire connal
tre un honlhour (ternel ou de me rendre A jamais la plu- malheou-
reuse des spouses. Je to le r.pete ici, Faubert, tu m'aim s assez
pour connaitre les scripules de mon cawur ot les exigences de mon
amour. Je te connais assOz pour que je n'aie pas besoin de m'ex-
pliquer davantage. Sois toujours pour ta Fine cette chimere que
tu as si bien realis0e. C'est to dire tout ce que je puis dire. n

26 Juillet 1831.
J'ai hisitd longtemp-, mon hien-aimJ. av.nt do t'ci ire cott'
lettre. J'ai Iame si triste que.j'ai cra:nt de cornmm iniquiir a la tien-
In le malaise qui m'acealilo. Voudrai,.tn croiro. in )i ami, quej'ai
te6 jiis(qu'a d( tLor de toi, .jIlsqi'A me figlirer (quiP t t as pu un mo-
mrnent m'oublior et 6tro infidhlo it Iton amie! Ciel qu(Iello horribl)l
pensce! Sens tu combien Ia mort. me serait .loucee si jamais. i'avais
A to reproclier un tort semblabe ? Si tii veux (qie je soiso lhouruse,
laisse moi toujoiirs la ceriltude qu'il Cot'st impossible do me rien
caclier. Prends note des moindres impressions que tI poiurras
|oprouver pour pen qu',lles soient douces, alin qu'a ton retour tu
me passes une confession since eot vraie. Songe que c'e-t travail-
lerh mon onhoieur que de Inortifier cliaq e. jour ma confiance, par
la certitude que je connais ton Ame ot qu(etu n'as pas une idde que
.je ne sois la premiere ia on 6tre instruite. ,

7 Aofit 1861.
t Jo n'ai pas pu t'ecriro, mon blien aim6, fanto d'occIsion. Je sais
trop comlien il m'est donx d'e(panclehr dans ton coeur tout le clia-
grin qui oppresse le mien, [oiir (qie je n'eIusse |ioint piofit" des
rmoindres occasions pour m'eniiretenir avee toi Tu recovras .en
m6me lemps que ctto lottIi e ci deux autres que jo t avais e.rites et
qui 6taient restIes A la maison. Tu ne m'as pas dit o(t tu es des-
fenldu aux Cayes? Tu ne m'as pas dit quelles sont les Ielles que
tu aw remarcutes, avec lesquelles tu as cause avee le plus de plai-


""laees, du Commneree t (dts relations Extorieurs de Nis age Saget ; SeCrd-
istre d'tat de la Justie. de 'Instruction publiqne et des Cultes. plis Mi-
ta't r Paris sous Bolsrond-Canal. II mourut a Port .mu-Prince en 1886. C' ,
un tomine capable et probe, mais de caractere difficile.









REVUE DE LA LIGUE


sir? Tt n'es paq entree dan'i a-;ez d, dtai'.s avoc moi. J'ai le eceur
gr6s contre toi, parce que je soupC hti[ q0ue tI noU me dis pas tout.
Tu no m'aimes pas assexz pour sonui r to it co que jo doi- so iffri'r
loin do toi.
SA venout I toute force m'entrainer avec elle a la Coupe; je r&e-
siste 5 se dssirs parc' qu'il m'et impossible do go(tter aucun plai-
sir sans toi. Jo veux ktre de pri c-romme de loin entirRement a mon ,
ami. Adieu, je no quite pas ton coeur.

Port-au Prince,,12 Aotft 1831.

SJ'ai ref;u tous les petits souvenirs que tum'as envoys et que je V
conserve preciousement Quand done te prosserai.je centre mon
cceur? So pout it que o11011 rostions encore une quintZaine do jours
sans nous voir? H1las! je sens que mon vcourago s'Opuise ; je ne
pEux plus supporter cette absence, le chagrin que j'en eprouve est
tel, qu'il laissera, je crois, des traces qui ne s'effaceront de long-
temps. Je suis triste. j,'prouve un ennui insurmountable de la vie.
e t'attends pour chasser cette melancolie profonde qui s'est em-
par6e je moi et don't ie ne puis me soustraire.
,, Maintenantj-ai la douce esp6rance de te rendro pere bient6t
d'un nouveau gareon (1). No t'en inquiete pas, je suis bien, trs
bien. Jet'attends pour que je soisparfaitement heureuse. Je le sens '
maintenant plus que jamais, tu e-, mon seul, I'unique ami de ce
cceur qui n'a de souffle que pour t'idolatrer. Tl seras trop content
de voir CUlie et POtion. il, se portent mieux que jamais. Celie ap-
pelle A tout moment son papa, son cher papa. ,



Apresla naissance de Claire, la sant6 de Fine s'altera.
L'annee 1832 se passa dans des alternatives d'aggravation
et d'amdlioration. En mars 1833, Pierre Fauhert en sa qua-
lit6 d'aide de camp du Pr6sident Boyer, partit avec celui-ci,
pour une tournee dans le Nord. Le 25' mars, Fine lui 6crivit
ceci:

SJ'envoie avec plaisir cette lettre a D*** pour to la romettre, car
tu dois Otre en c) mm-oat bien iniliiot ie m')n indi-p -ition. Tran-
quillise-toi, chler amour, ton amie ne souffre maintenant que de ton j
absence et do ne pouvoir te presser sur son coeur comme elle en
eprouve le liesoin. Je ne veux et, ne puis to tromper; je suis encore
maigre, tresmaigre; mais le vil'ddsir que j'ai de to rendre hen-
reux a ton retour semble dejh me faire entrevoir un commence-

(l)Ce fit d'une fille qu'elle acconeha, Claire. -La petite fille du c6labre Fau
bert (Trois bouttilles, )- lnn des plus brillantes illustrations de notre guer-
re de l'Ind~pendance, Mile Claire Faubert est entree aussi dans l'aristocra-
tie nobiliaire en devenant marquise de Crdny par son marriage avec un officier
distingue de I'arinme frangaise, alliance de deux races guerrieres, signe ton-,
chant de la reconciliation de ceux dont le sang a coih, autrefois sur la terre-
de St. Domingue, dans les deux camps opposes." (PRICE, de la R4habilitationu
de la race noire, etc., p. 685 ). .









DE LA JEUNESSE HAITIENNE


ment d'embonpoint. c'est-a-dire, j'ai la certitude qu'avec les soins
quoje me donne, tu me trouveras au retour aussi bien que tu le
desires. Sois sans inquietude, je t'en supplies. Ne t'imagine pas que
je sois plus malade qu'on to l'a dit. Tu dois Otre persuade que je ne
puis jamais concevoir la pensee de te tromper sur rien; ainsi sois
certain que, qnoique bien faible encore, je suis Iien, trs bien. Je
pense Atoi, je reveau bonheurde nous revoir et do nous redire,
non par des paroles, mais par nos actions, ce que nois sommes
P'un pour l'autre,
Petion a eu la fi6vre: l'acc6s a Wt5 un peu long; mais il est en-
tibrementtombe. II s'amuse maintenant avec les autres enfant
qui sont parfaiterent l)ien; ainsi tu vois que la c!mose n'e4t pas si
mal que tu pourrais le croire Mes seules inqnuiitudos m'intenant
sont pour toi. No te laisse point allor au chagrin, cher ami; lu doik
savoir combien tu e; nceeso-aire u Ia onhon- (a CeUx q,(i I'aiment
et combion te- peine- d6chirent le coeur de ton amie. S,)inw, q(uo i(,
enlantsattendent te- sinls p)our marcher d'un pied feran' dan- la
route iice line de la vio, et que (,s n'ei t que s )u- ta dlir'i tiin
qu'ils peuvent 6tre sars de devenir des 6tres vraiment diguis do
1'estime et de l'affection des homes de bien. Songe a moi et tu
ser'as fort pour aneantir tout ce qui t'afflige.
Adieu. je t'embra.se et to serre longtemps 6ontre ce cceur que
tu rends si houreux.

- Le lendemain 26 mars, elle lui ecrivit de nouveau :

liier j t'ai 6crit une longue lettre par D***; n6anmoins com-
me 'eprouve sawl ce-seo I besfin de communique avec toi, jO
profile avec plaisir de eltto occasion pour t'envover cette let're. Tio
verras par mon exactitude A tL'crire combion les reprochl-4 quie tit
me fais de n(gliger de to donner des noiivelles do la famillo sent
peu merits. Coest le soul plaisir que j'ai loin do toi que de me li-
vrer an bonhoeur si doux do t'exprimor mep. snltimonts, (que (I to-
parler de tes enfdnts, de ces petits 6tres intr'essants et qui tani-
ment d&ja d'une affection si vraie. Sins oex, s II- le soins qupe j
leur done en vue do to faire p'aisir, combien Ltn absence mei s0-
rait diffcile supporter Pourtant. malgr6 ces petites componsa-
tions, je souffre bien de la triste n(cessitr, do nous spictrer! T''l no
sons pas autant que moi combien cela faith mal! Nonje no le cr(is
pa-,; car ton amour in'galera jamais celui que je e's-ens pour toi,
lequel somble redoubler de force loin do s'afflTailir par les annides.
D'ailleurs, il est natural que nos affection soient ing les ; jo no
ulis prtendreo inspire ce que la seule connais ance do ton Otre
command impOrieusement.
.0 Oh! ta sant, je t'en prie, co)n;rvO-la hien prod'ii ~nem nt,; s.A -
ge quele eposs et 10 honheur de ton amie depenJ uaiqi temi 'Int 1 e
1'6tat de ton ceur at de ton corps.
l Et le retotur ? t1no m'e, parle'1 pis d tL,i Sora t ., 'e
'ongtemps loin d3 mn i ? Ottoo question m'attriste.

Adieu, je laisse monl coieur ur le lien. *








R~EVUE DE LA LIGI3E


Enfin le 5 Avril, elle lui adres3a la derniere lettre que l'on
ait d'elle en 1'ann6e 1833 :
II s'est ecoults bien des jours, cher ami, sans que j'aie pu ni
t'ecrire, ni recevoir de tes nouvelles. Aussi tn dois Otre persuade
quej'ai f biMin souffrir do cot Otat de choses. Enfin.voici une occa-
sion que je crois honne. ('est un express que T'" exp6die au Cap
pour demander au Prdsident son pa-se port. J'en profit pour
t'envoyer un bout do lettre. Au moir.s, j'ai I'espkrance que celle-ci
ne sera point perdue et to sera remi-e; car il paralt qu'on n'a pas
dt6 exact A te remettre toutes cells que je t'ai ecrites. Ce peu de
mots sirement no pourront vien to dire de mon amoir; ils n@
pourront jamaik t'exprimer tout ce don't j'ai besoin de to faire com-
prendre; mais forte de ton eceur, je sais qu'il est lA pour interpre-
ter tout ce qui se passe dans le mien ; il to parlera de mes priva-
tions, de mes chagrins et de mon impatience. Que de choses jeo
voudraiste dire Q,'il me serait doux de te presser longtemps sur
mon sein, Faubert Ali se sparor toulours et continuellement
d'un ami qu'on aime et don't on est aimee, n'est pas chose si fa-
cile h supporter. Je noe le sens que trop. Sois sans inquietude sur
ma sante: elle est boone maintenant.
Adieu, au retour j'e-phre que tu ne seras pa- aus-i malheureux
que tu -emblais le craindre a ton depart. Tii viendras retrouver
tote la famille t'aimant toujours davantage et bien portante. ,
Elle 6tait pourmant on ne peut plus souffranto -au point
que son maria reat'.r6 A Port an-Prince se d6cida A 1'emmerier
en France sur I'avis des mddecins de In capital, qui decln-
rerent qu'il n'y avait que Ie climnat de I'Europe qui pourrait
r6tablir la sant6 de la malade. Pierre Faubl)ort partit pour le
Havre avec sa femme et ses enfants le 13 Juin 1833 Charles
Bazelais, gendre du President Boyer, lui confia ses trois fil-
les, de premier lit, Stella. Lanassa et Adl6da, qui allaient
achever leur education A Paris.
Gralce aux soins devouds don't I'entoura son mari et A I'ac-
tion du climate, Fine ne tarda pas A recouvrer la sant6 peu
apres son arrivee A Paris. J'itais A peine rassu:-' sur la san-
., t6 do ma femme, ecrit I'ierre Faubert, que le ciel me sou-
, mit encore A une bien cruelle 6preuve: I'ainde ,de mes
Sfllies. fut atlteinte d'un catarrhe pulmonaire qui mit sa vie
, en danger. Aprs sept mois d'un trailement assidu. I'en-
fant fut sauv6. Ce ful au course de celte rmaladie que la crise
religieuse, quii travaillait Pierre Faubert depuis longtemps,
aboutit enfin A une conversion complete au callholicisme.
La lecture de I'llisloire de Finelon du Cardinal de Bausset 1'y
detcrmina, A ce qu'il raconte. ( Je ne connaissais jusqu'alors
que le moerite lilttraire de 1'Archeveque de Cambrai, dcrit-il,
j'ignorais que son ame fut encore plus belle que son intelli-
gence. J'appris dans ce livre comment au moyen de la foi, la
sensibility la plus profonde pouvait s'allier avec le courage
le plus inWbraplable.,








i)E LA )EUNFESSE HAMTENNE


En octobre 1834, Pierre Faubert laissant sa tamille A Pa-
ris, rentra 4 Port-au Prince pour tncher d'y reunir quel-
ques fonds ;, o ses resources pecuniaires ayant beancoup di
minu6 n, par suite de la maladie de sa fernme et de s fille.
Pierre Faubert 6tait on home serieux, ordonne et qui
avait le souci de I'Mducation h donner nt ses enfants- et Fine.
en bonne haYtienne, les gAlait A plaisir, par tendresse ma-
ternelle mal entendue et aussi pour ne pas se donner du
mal. D'un autre c6t6, Fine 6tait assez occupde a s'essayier
dans I'art de peindre et A se perfectionnersur la harpe et le
piano. Le maria 1'encourageait, tout en lui recommandant de
s'efforcer A acqudrir d'nutres ,, petits' lalents qii vont si bien
A la mere de famille. Toutefois. il est hien evident que les
deux 6poux n'avaient pas la nime conception de la vie.
D'une lettre 6crite A bord du navire qui le ramenait. en Haiti,
et date du 11 octobre 1834, Pierre Faubert cherche A ame-
ner sa femme A se reformer, si j'ose dire.

Nous gaspillons notre vie come si nous 6tions immortels et
que nous n'avions aucun devoir a' remplir en ce monde . Ma
bonne amie, je t'adresserai on grave reproche : cost a toi en gran-
de parties qu'il faut attribuer ce mtlliher. Tu es paresseuse, insou-
ciante, et tu no taisaucun efrort pour to corriger d, ces ddfauts.
C'est tonjours moi qui te stimule; et tonte I'a-tivit6 de mon esorit
vient s'epuiser centre ces l'acheuw es dispositions de ta nature. N'y
aurait-il done aucun moyen d'y remOdier ? Et faudrait-il se resigner
A passer toute sa vie de la sorte ? 11 y aurait' de quoi se desesperer.
jusqu'A mourir. Non, ee n'est pas un sort fatal que nous ayons A
subir; notre volont6 est toute puissante centre le mal. Ayons d'a-
bord de l'ordre dans I'esprii; commencton, par en sentir I'impor-
tance, et appliquons cet ordre a touted nos actions. Pour y parve-
nir, occupe-toi en premier lieu de ta santo et de ton regime ali-
mentaire et hygi unique que tu negliges plant . Tu ne t'es jamais
peut 6trp bien reprdsente toutes les obligations que tu auras a rem-
plir envers tesenfants. Co n'est rien que de leuir donner des soins
materiefs dans les premieres annfes de leor vie; combiqn West-il
pas plus essential de former leu- coeur et d'y inculquer ces p)rinci-
pes de vertu sans lesquels ii est si facile-de se degrader dans le
course de la vie! ,

Fine,; qui depuis la ferveur religieuse de son mari, avait
de serieusesinqui6tudes sur l'dtat me.ital de celui-ci. crut en
relevant cette lettre. que le malheureux 6tait devenii fou
pour de bon.
Comme quoi, il na fj.t jam1;ai p riler rai-son a certnines
femmes.


( A s,;c~e ',FERINAND HIIIBEtiT.


( A sll;vre ',








IIEN'UTE Dr LA LIGUE


FIGURES FUGITIVES

DE .

NOTRIE HISTOIRE



CORIOLAN ARDOUIN:
1812-1835

A nia cousine Ma]daluie I.o0rs 3BAZKLAIS
petite ni'fce du grand poi'te.

Pour los dilettantes, amateurs des choses du passed, pour touu ceux
laii -'occupent encore do notro histoire, au milieu des complot-; et
du tonnerre do nos guerres civiles doe I'poque, so dressed, .-iibit,-
menlit et tout Mtolnn6e pout-kio do so trouver dan- des pages sanglan-
tes, Ic pile visage de Coriolani Ardouin.
La gin6eratiun actual' noe le co'inalt plus et ceux qui raromeint
out entendu parler de Ini lie sav nt irosque i!(ii doc cetto. figure
fugitive : d ce e.iune hornme qui fit do si beaux Vers et que le
temps impitoyable a recouvert aussi de' 1'iinmense lineeul de
l'oiblli.
Ses fi 6res, Beaubrun et Cligrny, sont rests dans le drame. mais
lui, saIs doute, (liii a chant. dans sos slropho- les vaiites ldes cholt-
ses humaines. n'a d(i 6ro que o Irp .atlislait de dispairaltre de la
scene et de cettie tPre q(ii lii a WtC inclmento. Qu'impml te, pen-
dant queiiues iiistan;its je vais essayer de faire revivro, inodcste-
ment d'alieur.s, la vie do co g niiial eiifant qui fut au banquet do la
vie. pareil a Gilbert, unl inl'ortune conlvivOe.
Les documents et los d(htails sur la vie d'Ardo0in sont extre-
memlnlit rare d3 nlos jours; onl peout dire mimoe qii'ils n'existent
plus. Q taltr vintiL-1 anr s int pa-Ass6s deplis sa mort et I'incendio
quii no resp cle rio' a consume sans doute co que Ic temps avait
peut 6:re Opratlt'1. Si jo me suis souvent trornj)m dans telle esquis-
sc, pie cix q(1 ii lil-it cos lines me pardonnont et m'eclairent
car j u ai- p cClih dc bin'll o foi.


Coi io!an Ard ouin i. t nid le 1t DJceinbre 1812 au Petit Trou de
Nippes. noin oin de l'Ane A Veat qii f't Ic b'rceau de :-es prees.
Dei nir fil- d'une n(lointire -e fainille, la I'atali'd. avant m6me qu'il
lie fI't lit, semnblail pser suir son destii. Qiellipies moist avant sa
i.aisianice le douil s'etait abattu su., se parents. Sa m6re avait ait







DE LA JI1UNESSE HAITIENNE 69

peino s6chli ses larmes que le joii" m6mo do sa vonue au monde
elle perdait tin autr, de ses entraiis.
Le jeune Ardouin so ressentit des emotions maternelles : naquit
faible et d6bile, sujet it dos convulsions nerveuseis. Son enfaiice
maladive entouir'e de soins affectueux rut pareille a celle de.- an-
tres enfants, mais a I'Age de douze ans. epoque oft les tendresses
sont les plu- t ncessairos,il perdait successivement son pere. un ne-
veo avec lequel il vivait c uinme un tr'reo, sa mere et sa soe ir ainoe!
Cette suite de catastrophe.- familiales b,)uleversait A tout jamais
I'ame de cet adolescent sensible Coriolan vaincu par la maladie et
le chagrin deviant prol'ondement m6lancolique malgre le- efforts de
ses camarades de classes, Emile et Ignace Nau, Masson Dias, e16-
ves come lui de Jonathas Granville.
Sa tristesso devint incurable quand sa fiance Emma Sferlin qu'il
a chanthe sous le noin d'Amdlia, rut atteinto du mal qui devait
1'emporter. Leur union a dte de cinq mois A peine, puis Emma A son
tour descendait dans la tombe. Vraiment la vie avait W6t trop dure
pour ce coeurdesabuse. Ileureux enfin do partir, Coriolan Ardouin
s'Wteignait sans bruit h Port au-Prince en 1835 a 1'age de 23 ans.
La posteritr a conserve de lui le souvenir de ses ma hours et la
beautW de ses vers.



Si les details sur la vie d'Ardouin sont ignores du public, son
oeuvre I'est un peu moins. Qu'a t-il laiesd a ses oontemporains,?
.Rien ou presque rien: une vingtaine de pieces dispersdes dans ses
papers -et retrouvoes apres sa mort. Emile Nau, on souvenir du
chir dikparu, les reunit en une brochure sous te titre de ie/iques
d'un pokte ha'ilien. Ce premier reueil part selon tnutes probabi-
lilt vers 1837 A I'dpoque de la formation de la society crboe in vue
d'ecrire I'histoire d'Halti. Cette addition primitive n'exi-te malhleu-
sement plus de nosjours.
B13 il)ubr Ard')uir voulut reprendra la noblicati n ldo- (:e lvies
do sim fr"re d-ine faqon pl is complete, m'tis la mnrt le smirprit en
plein'travail ,t co nest qu',iu 1881 que les poesie- de Coriolan Ar-
douin virent ,i nouveau le jour, grace a Ritt EtLeart, petit, nevenu du
grand pokte. Cette publication ne put d'ailleurs se faire qu'A I'a ide
d'une sou sont retirds definitivement de la sedno.
Les ve.'s d'Ardouin n'6taient pas destines it la piihlicit,, bien
(l"'il'- parussent dans les journauxdu temps et sl)pcialement dans
i'Union, journal littdraire d'alors. II restait a les classer, (hle- pie-
ces ) A reunir les feuilles parses que Coriolan a derites an cil-
rant do la plume afin d'offrir 1 coux qui desiraient connaltre un
Svrai po6te haltien, un recueil aussi complot que. pos'silPle -. ecri-
vait Ritt Ethtiart dans la preface de la :toirv .*,| deliii ii dl 18,t.
Si les vers etaient dparpillhs un peu paritout, I- ii'u W rent pas
moins les honneurs des grandes revues de Paris. Le talent d'Ar-
donin a etW flatteuseiont apprpci6 par Mn-ieiir- dA'aix dans la
Revue des Deux Mondes.., N d0e inai 1852. daus son etude sur La
litt'rature .Jaine-. et Mbhsieour Ponheau dan-r la Revue Contempo-
raine, N- du 15 DWcembre 1856, lti consacrait do belles pages dans







REVUE DE LA LIGUE


son article sur Les Noirs, les Jaunes elt la literature francaise en
Ha'iti. Enfin chez nous., Delorme, dans l'Opinion Na.tinale en 1865
rendait hommage a sa memoire.



Le volume intitule. sans gloriole, Poesies que je is avc pi6-
16 est rarissime A notre 6poque. A premiere vue il ne repr6sente
pas grand'ch ;se ; I'on dirait un vieux recueil de psaumes jauni par
I'Age et sentant tant sbit peu le renferme. II a subi bien des trlbu-
lations dans sa vie Trente cinq ans d'oubli, n'est-ce pas la nuit
complete pour vingt pieces de vers ?
En le feuilletant la pi emibie impression vite disparalt. Le lecteur
comprend alors quo toute la vie d'Ardouin, toute son Ame:sont
marquees ineffacablement dans ces pages. 11 est d6di6 a l'ami lgna-
ce Nau qui ne devait lui survive que 10 annees et mourir A son
tour A 33 ans La d6dicace est toute la philosophic du poete. Ecou-
tez plut6t:


Ah lorsque la doulear come un cancer nous ronge
Quand le dard des soucis hilas! dans nos cceurs plonge,
Et que notre avenir en un pile lointain,
S'obscurcit a nos yeux ou vacille incertain,
Attendons qu'il nous luise un rayon d'espirance
Et poktes, souffrons, dans l'ombre et le silence !

Pauvre Coriolan il n'a r6ve qued'etre ignore et de souffrir en
stotque. II no put tenir a sa parole, car chacun de ses vers est un
cri de d tresse.
S'etant surprise un jour admirant le came d'une enfant endormie,
il 6crivit ces strophes exquises :

LE SOMMEIL DE L'ENFANT

Sur sa natte de jone qu'aueun souci ne ronge,
Ses petits bras croises sur un cour de cinq ans
Alalda sommneille heureuse! et pas un songe
Qui tourmente ses jeunes sens!
Ce oeunr sans souvenirs, cette Ame que ne ride
Nulle pens6e humaine, et ce tendre souris
Que l'ange eut envi6, cet air pur et candide,
Ces douces, ces paisibles nuits,
Sont aux enfants! L'enfance est l'onde bleue et claire
Qul dort au pied d'un roe dans son bassin d'argent :
Que font a 1'humble flot les vents et le tonnerre
Et les soupirs de l'Oedan ?

Cette d6tente dans ses pensdes moroses fut de court durde, car
Ardouin reprit bien vite sa tristesse maladive.








DE LA Ji:UNESSE HAITIENNE


S'inspirant d'un verset de Job. cr s.ouvenant do la poriode do i-
loureuse de son enfance pendant i;.quelle il perdait pirc et mece; il
Ocrivait ces vers amers cn pleurant sur lui memoe.

I

SLa triwtesse n'est pas une fleur du jeune Age.
L.a bribe vole et chante, et baise le feuillage,
La ro"s vient. (d'clore et le Cygne d'amour
G4lisse sur leK flots bleus oft se mire le jour.
Tout est joie et plaisir dans le ceuir du jenne hoiuile!
II s'emplit des parfuwns don't la brise s'embauiue.
Et commune sur le lac le beau cygne qui fuit
Iai-se A peine un sillon que la lame detruit,
11 glisse sur ]a vie et nage A la surface,
Cette vie, oedan qui gronde et qui s'amasse,
Qui compte muille dcueils, et qui n'a pas un port
Uft la vague ecumnante, un jour calune s endort!

II
Oh! si mon ceeur est plein de larmes, d'amertumne,
Comine une onde de sable, on coimmne un ciel de brume,
C'est que je n'ai connu que peines et douleurs,
C'est qu'enfant je n'ai bu qu'un lait mw16 de pleurs,
C'est que le jour fatal oti m'a squri ma mere,
Dans I chambre voisine, on couvrait d'un suaire
I.e cercueil de mon frbre! oh! j'ai bien vu depuis!
.I ni pass, I'cil ouvert. et inouilld. bien des n irts!
Depuis j'ai vu muourir A quinze ans p6re et lmU're!
Tout le mniel a turi! reite l'absinthe atmire!

Sceptique, vaincu par la vie avant quo d'avoir vdcu,Corio!an fai-
salt parvenir *\ un ami, rlinace Nau peut 6tre, sa rdponse i la cro-
yance do celui-ci dans la justice des hommes.

La foule est insensible an vieux toit qui s'tcroule.
A l'oiseau qui s'envole, au muriuire de l'eau.
Et pour elle le monde est toujours assez beau;n
Mais nous qui ne brclons que tie la pure flaniine,
Mon ami, notre monde est le monde de l'Aine.
Tout West que vanitds, que mnistre et doilesirs:
Le cmur d'un hoimme just est un vase de pie .rs.

Los romantiques de F,'ance A coup sCtr i'auraieut pas desavoud
cette grAce aisee et cette simplicity de lIangige. La jrunos-e litt(-
raire d'alors ne vivait que par Millevoye. Andr6 Chenier et La-
marltine. Le premier surtout otait le favori d'Ardouin. D(pui's l'In-
dependance, des lettres avaient taquinde a muse avec quelque suc-







REVUE DE LA LIGUE


ces il est vrai, et l'on cite encore Chanlatte, Duprd et Romane. Mils-
cent le plus connu de tous, Directeur de notre premiere Revue
litteraire, l'Abeille haitienne,, rapport Morsieur Sylvain dans son
volume Confidences et Mdlancolies, a publiait d6s I'ann6e 1817 ses
fables et sa comedie du Philosophe Physicien qui le classent par-
mi nos plus 61egants ecrivains. (page 11) Co nest que bien
plus tard que cette vague poetique s'etendit stir la Republique. La
paix assuree dpfinitivement on 18-25, les esprits plus tranquilles
so mirent A cultiver avec ferveur le Romantisme qui venait, a tra-
vers l'ocean, d'arriverjusqu'A nous. La tendance de cette nouvelle
litterature fut national; puis, prosateurs'et poktes se souvenant
qu'une race avait hat)it6 Haiti avant eux se mirent A chanter les
Caraibes. Ardouin, iubissant la tendance, Mcuivait a son tour les
Betjouanes qui occupent une grande place dans son oeuvre modi-
quP. Sontcompris sous cette rubrique locale: la Danse, le Chant
de Minora, le Bain, les Boschismens et le Depart du Negrier.
Pourtant, le jeune Coriolan tout langui$sant, s'ktait fiance a la
fr6le Emma Sterlin.originaire des Gonaives.Celle-ci partant une fois
pour son pays natal, le tendre amoureux se prit a desespdrer I!
lii semblait, comme s'il on avait le pressentiment, que I'objet ai-
me allait lui Otre ravi. Tout meurtri par cette separation et ne con -
fiart ses secrets qu'5 ses muses, il d6diait A Amelia, en rdalit6 Em-
ma, ces vers quand meme pleins d'espoir:

L.e vent frais de la nnit fait palpiter les voiles,
Le marin sur les mers t'appelle. Amelia!
Vois conmme ton esquif est couronn6 d'etoiles.
Dieu te raminnera!
0 vague! noi soyez qu'une mourante lane
A la nef qu'embellitr la brune qui s'en va!
La nef I'emporte en vain: Ame smur de iuon Alme,
Dieu te ranmnera!
Helas! adieu. Saint Mare. 6tound de ses charmnes,
La prendra pour un ange et se prosternera!
Moi, je reste et je pleure. Oh! pourquoi tant de larmes.
Dieu te ramenera.


Le destiny vouluit qu'elle survecut quelque temps. Les Ardouin, qui
connaissaient la sante maladive d'Amelia, avaient resiste A cette
union de deux 6tres si fragiles. IUs c~derent volontiers devant
l'insistance du pokte. Le jeune manage ne vecut pas six mois.
Emma la premiere s'6teignait de la poitrine aprbs (oes souffrances
de plusieurs annees. Atteint dejd de cette toux implacable qui
devait 1'entrainer a la tombe, Coriolan devint d'un mysticism,
exalt6. Desormais, il ne vocut qu'au cimetiere au milieu de ses
chers disparus I
Une aprbs midi qu'il s'Itait abime sur la tombe de sa femme, la
brise mourante du large lui vint caresser le visage. S'inspirant a
nouveau d'un verset de la Bible; il out un trait genial : a la Brise
au Tombeau d'Emma etait nee. ,








DE LA JEUNESSE HAIT1ENNE


LA BRISE AU TOMBEAU D'EMIMA


Eultnil. lorsiqe tons deux assis danm une yole,
Ni w; vog iii,,ns siur les iters. III,) front stir ton dtanile,
Et Ie tieti stir mlt c llur. oh c'taielnt de beatix joiirs?
Ti tie disais, voyant courir les blanches lai-s.
Taiidis quoe s Ole'aleiit et retoithaieiit La-s rainies:
Eoutoius soupiirier la brise d 'S amours !

*;;

)Del)uis notis avonis vin s''conler bill des chases,
Le soir- a ditach, du(I rosier bien des rosps:
Et vetti brise, Emm'ia. si donece suir le- floats,
.Ie I extends atijoiur I hui pleurante et solitaire ..
All! ti V'on pent coreoe oit1'" dessonts in terre,
Ecoute soupirer la bri e des tombeatx.

Ces vers furent sa slprem pens'0oo a la d'tiito. No s'apitoyant
plus quo sur lui meme il so dediait deux de ses dernieres pi6ecs.
I.a premievo intitulon A Mon Ame cut pour on 16toe In exrait des
psau:nes tli: des Lamentations de JTromie et la secunde: t Moi Me-
me r fut extradite d'un chapitro de Job.

A MON AME


Toujoinrs des p'enrs mon 1 iAme, et jainis mi sourire!
Et pourquoi tie penx-tni (ije ;inii r sur la lyre
Et chanter des donleurs "
En ee mioide it n'est rien quti tenivre oi t'enflaminie!
Ni I'ttoil Ido eiel, ni I'iamoir tle la feitnie,
La brise ni les lleuir,!
Saule pleureir petiehO sur les oitdes in fletive
Coinimie on voit str le iiiarbre iune plaintive veive,
Redresse tes rAiinealtx.,
Regarde eheininer le fletive lie la vie:
An lieu de se trainer qtle ta braitmhe Ileurie
Se inire dails le4< tots!
Aprbs tout <'est la ilmort. Ia mtort (tine rien Ii'.toinnie'?
Oznia,, Aleschab.;. Si"',dal, Aninizone
)Mtellreit, dlans I'h ;rn I
1 out b"aii tillouner li stirf'i'e d(I mtoide.
11s Irenlleotrent tonijouirs lat ni-r soulrde et profonde;
Co1iine noiut le anut!

o 11to teiidatn'e al ln i t('ialisme ni f.ile ,Io s'ac 'o.etupr dans
Moi-Nr w. LOe po0te coi.,tatant doulureu-emenit eon faisant allu
Sion llamort do son frroe' le jour do sa naissance, qnii papilloin








REVUE DE LA LIGUE


noir s'6tait pose sur son berceau A sa venue au monde, fait un su-
preme appel a la mort
Je m'en voudrais si en terminant cette etude je ne citais pas les
deux pieces cdl6bres qui constituent son oeuvre maltresse : ,"Ption
et le Pont-Rouge. La dernibre est considdree a.juste titre par le
fin lettrd Liautaud Ethdart come diant son chef d'oeuvre. Laissant
cette fois-ci sa lyre plaintive, Ardouin s'exhalte at souffle de I'E-
popee. Sa voix devient puissante et redoutablo. Ses deux h6ros
sont Petion et Dessalines. Justice, impitoyablement est rendue a
l'Empereur don't la gloire est immortelle malgrd les fautes qu'il a
pu commettre. La posteritd chez nous malveillante fit le silence au-
tour de ces strophes; elle leur reproche leur vi acitM. Mais lcs vers
d'airain des deux pieces sont 1t et ne meurent pas.

LE PONT-ROUGE

I
O'est IAt qur'll esttombd dans toute sa puissance
Celui don't le bras fort conquis I'lndipendancel
Que Ini faisaient A lui sa gloire et son grand now?
Sous son pied d'Empereur il foula cettegloire,
Et du sang fraternel it a tachl l'histoire
De notre revolution !


Pourtant itl tait beau, quand tirant nu son glaive.
II s'ecria ton jour, 6 libertO se leve!
Cri de lion qui fit tressaillir les deserts!
Cri sublime! Et soudain de vils troupeaux d'esclaves
Deviennentdes guerriers quii brisent leur- entraves
En s'armant de leurs propres fers!

II
Le blanc disait : -Toussaint expire!
L'Aigle est tomb6 dans nos filets!
Rage impuissante, vain delire!
Is redeviendront nos sujets.
Et nous rirons de leur dc'faite.
De leur orgueil. de leur espoir!
La liberty n'etait point faite
Pour I'lhominiie qui porte un front noir.*

III
Dessalinesapparut superb, grand, immense!
Lui-mnime les pendit A l'ignoble potence,
Qn'6leverent pnur nons leurs crimninelles mains!
C'6tnit pitid de voir la terreur dans leurs Ames! -
PAles, on les prenait sons des habits do femmes,
Et leurs tctes tombaient A paver les chemins!


74








DE LA JEUNESSE HILTILNNE

OhI! Wul voultit (Vt1riiire. aprNe son proper oh vrag"0
Si enntr ties 4l& 1vueils sa bar(lpiei- t nail trti `tC
Etr qull s'ezsevelit soua tin triste linceiil,
(Yestb gull f~aut que d'uu ciel la clartA se terhlitte.
Que le flot se wtinitiatui sable so branisize.
C~est qiie ]a pire gfloire appartient A Dieu seull.

Colri'ld:1z Mtait il devenit proph~le vers Ina tin de sa vie? AvaiL ii
pr1'vloil euu is: notre -ittiatinui actuelle ? 'li-I(loI-C SCjlle plus tard
jug(1'a le; paIndes du blanc




PLIN



Q'land Ile ciel re tiorilit d 'tin b~eaul sojeil enuivoli~itt
(."iAnt ii voynit le soir auix briseP4 tFOriciat.
Jeter Iej premiers plis de son (Miarpe raoi'e
Ht q i'aii pie~d (]t~n I tiler q ueiqules soldI'ts assis.
Qiielqiics Vieuxt coupaigiiols d'iiifurriiiep et de ghdpre.
Contai.nt leurs peineg, leirs soilcis;


Is'approlra.hit alors. tnuijouuir pen-i f P-t somiihr'.
ReCIcitl latit leiirs tvptix se iii(lait At Liar nomtbre.
Er' itarhiit, A 0-01111~ eotiaiuue CA -tn prolate eiifalat.
P'lls. ii s'en if'tttiiiimit triste ef111,11:uiiuvol(Ilte.
P~iis. (luifltIn himuit, vultrit.. ii Iat mi-t.iv;ulit
AuLx tiestins die Iila. ltUiibAIuie.,


Et t-or cai-mr pr-liitait. et sore front Iiicliiiel.
Deits ses derax mains tourb-ilt, tie riii es (ollrolif..
Oh!I que d'lliisiois ulaus son finet. berete!
L~e prventei trot) Mtruit tie p~ent Its e~itoteii r,
EtSIR p~eiist-e alors. Lot s~ililiiiie penls'.p
Voean (Jevaiut tie l'avepir!




Aspirant le par fin dles finers.
1 e flautolrdner Vo(it if's #*tfojlvt
Britler et flottelr denis les airs,
11 rave tine lointitine ptlage
QUe be$ Yeux tie verrorit jamnais
Car bleiat~t Iii v'oix de I'orrige
RWveille 1set tens illquiets







[IuF.VUFbL LA LI'GULE


Bient6t les sonflIes de la brise
('de anix fiiretirs de l'o iragtanl,
Bient6t "'est la nef qiii se brise
Sur les dcueil, de I O0!:an.

III

C'est 1' nal qni trioniphe et le bien qiii S'exile!
C est I inuinense volcan de la guerre civil
Eclairaint notre niit de son fnueb'e ieclair!
Avides de sonsaang qu'ils tie penveit r'pandre.
Ce sent des ineseinss qui voudraieiit qite sa cendre.
Fut jete aux brises de 1'iir!


HBoas, en vain sa fille, ange (di ciel venue.
Montrait A. res regards son enfance inigS1ipe!
'onmine un astre pAli se plonge iA I'horizon,
11 abinia soni e(nir en les lots d amiiiertiinio,
Et lormiWn'apri)s sa Imort on 6c.- rta I'tciline,
On vit ledesespoir au fond!

Eh oui la guerre civil ne .s'est pas seulement arritee au gouver-
nement de P'tion. Nous ressenlons de nos jours le tristo rosultat de
sonweuvre nr'astv. Los, derniersvers do la sirophe final, s'adresspnt
aussi au cieur du po6te. Peu de lemps aprbs I'ecl)sion de c ttoe pi6co
Coriolan Ardonin descondaitdans la lombe.
Que le lecteur me I)ardonno la longueur de cette esquisso qui n'est
pasaussifugitive que son sijet. La vOU itU et que.jo me suis permis
d'insister sur la vie et I'ceuvre din ehantre d'Emma afin de fairecon-
naltre un pen de sa por.-inne. de sa vie ot de ses verse. a coux qtli
I'ignorent ou ne le coiiiiis.ent plus.
J'ai cru n cossaire do parlor longuernent de lui parcel qu'il frut
longtemps oublid. La melancolie qui .se d&gage de la vie quo je
viens d'edudier n'cst olMe pas. du rested do mis e dans les triste liheu-
res quo nous traversons ?

PIERRE EU(;'NE de 1 ESPIN !SSE.
Ce 23 Fdvrier 1916.








DiE LA .JEUNESSE HAIATIENNE 7


-LA


QUESTION SCOLAIRE,'




Le plan de rdforme scolaire soumis au Prdsldent de la Republi-
que par M. le docteur Leon Audain soul6ve quelques questions de
principe. Je voudrais brievement les examiner avant de passer en
revue les moyens d'application que propose le nouveau ministry
do I'instruction publique.
I
En un livre de courage et de foi, !e docteur Audain aborda na-
guere le probleme de 1' education populaire et 1'etudia avec la fran-
chise fougueuse qui est l'un des meilleurs traitsde sa g6nereus, na-
ture. Brutalement il d6voila le mensonge qui se cache derriere la
lacade de notre legislation scolaire et montra combien Mtait peu
sdrieuse et mal comprise l'organisation de notre enseignement.
On avait voulu lever un monument qui ffit grand par ses propor-
tions et of I'on prdeendit fair entrer tout le savoir human. Mais
on ndgligea delui donner des assises solides. L'in:,truction primai-
re, qui devait en 6tre la )bae, f t justement celle don't on s'occupa
le moins. Le lyc(e de Port-au Prince est 'une des premieres dcoles
i6nddes en Haiti et il faut arriver jusqu'h Geffrard pour constater
un effort mkthodique verse. I'organikation de 1'enseignement primnai-
re. Or cet enseignement constitute le premier, le plus indispensa-
ble besoin d'une democratic, parce que c'est par lui qiie u partici-
peront A la vie intellectuelle ceux qui :, participent A la vie natio-
nale ), c'est A dire tons les Haitiens
L'enseignement primaire est !'enseignement ddmocratique par
excellence: il semble qu'on I'ait particulibrement oublie dans les
discussions passionnees qu'a provoquees le rapport du docteur
Audain. C'est en effet chose Otrange que I'on puisseaccuser de vou-
loir faire (euvreant.-dbmocratique le ministry qui, justement, affir-
me sa volunt6 do donner tous ses soins a 1-instruction primaire, A
celle qui s'adresse a la masse de la nation p-ur diever son:.me.
lui inspirer lesentiment de 1'ideal et faire d'elle, comme dit Gabriel
Seailles, < un people qui, soutenu par la volont6 du meilleur. soit
convaincu que la science du possible permet seule a 1-energie pa-
tiente de fire sortir, greffant l'idde sur le reel, de ce qui est ce qui
dolt tre .
Sans doute, I'1cole primaire, telle qu'elle existed actuellement en
talti, Wnest point capable de remplir ce beau r61e. M'ais c'est. pr,


. 77-









REVUE DE LA LIGiU1E ;,;


cistiment a la rendre digne d'une telle tacho que le ministry de i
V'instruction publique veut consacrer ses efforts. 1.noe aut Ipas ju.
ger I'( nieignemeunt primaire par les resultats medioqre- qu'il nouI '
drone : qitand it aura ete organism comme il doit 1-tre. on ver;ra
quels beaux l'iuit- nious en recolterons Etpeut ktre entelld rotns iit6t till joinutr it ie nos homes d'Etat faire des coles primaires d-lialti
la magnifique bloget que le 28 janvier dernier, M. PainlevO, mini,-tre
de I'int-truction ptubNique et des inventions, prononqait au Miuse
Social en I'honnetur de-; instituteurs fran(ais v On se dermiandait
ce que serait I'Ame d'un grand people, dlev6 en pleinos.idtes d-.
moeraliques.? Ce- derniers mois ont repondu : elle est d-un metal
-olide et d( hon aloi... L'dcole primaire a figonnd cet'e Ame. saints
laqItllo [ n y aurait dans to monde ni joie, ni.justice, ni libeite
C'e.t elle qui la conserve a. Elle maintiendra, bris es, ces cloisons
que I'on ti i yait si slides, Mlevees entire citoyens d'un miOmr pays;
elle fera un people qui, apres avoir monte comment il s;it mourir
pour nl ideal, saura fire voir comme il sail vivre pour le progrei
humain.
On meconnalt g.neralement on Haiti le but de l'anseignement
primaire. On tne -ait pas ou l'on ne veut. pas savoir qu'il rorme urn
tout par lui m6me et qu'il se propose, comme leS autires disciplines
tducatives, d'agir sur I'homme tout entier : corp-, esprit, sen-ibi-
litn. 6inorgie, pour le rendre capable de lutter dans I'Apro combat
de hi vie et aussi pour le fire participer aux biens los meilleurs :
4 intelligence du vrai. la jouissance de la beaut.,, la pratique de la
vet ttl. ,
L'c-ole p. imaire n'a certes pas la pr6tontion do fair do se. 61e-
ves dos sa;\ants, ides historians, des philosophiw. Mais lisez Ie.-
priogrammos qui s'y appliquent: vous verrez (|qu'ils coitieliinent
toute la science, toute I'histoire. tout. la morale. Georges CIh men-
ceau a r6.-um6 ces programmes en un raccouiri admirable que
l'on me permettra de reproduire ici intdgralemout :
Ti vois bien dit I'instituteur a I'enfant tu vois iern ce s,'-
leil. ces astres, cette terre qui t'emporte A travers I'espare, jo vais
te fair leur histoire et te mettre A ta place dans I'univers.
SJe to parlorai des saisons, des plihnomenes atmoqpl)hriques,
du vent.de la pinie, qui te saisiront tout A I'heure sur ton clicmin.
et que itu subk-, comme le mouton de ton troupeau, sans te demand
der il'o c. la vieint. Tu connaltras la joie de to poser tti meme.,
aux liens, les premieres questions sur ce qui t'eonvironne et I'rapie
ton intelligence soudain 6veillie.
+ Et puis, nous causerons de cette plar.nte ofu nous vivons, de sa
formation, do son histoire. Tu vois ces montagnes bleues A I'hori-
zon ? Til satuas de quoi.elles sont faites et comment elles ont ap-
paru IA. Je t'expliquerat l'ocean et ses mardes, le fleuve qui vient
des montagnes neigeuses et se jette dans la mer-, pour retourner A
sa source par la voie des nuages. Je to feral I'histoire des pierres
de ton champ, ot si tu rencontres un coquillage fossile, tu con-
naltras d'ofi it vient et ce qu'il atteste. Je te dirai la graine qui ger-
me. I'herhe qui pousse, I'arbre qui vit de la mime vie veg6tative
qui est en toi. Je te dirai les animaux, leurs besoins, leurs moeurs,
lour vie. etceux que tu frequentes, et ceux que tu n'as jamais vus. \
Etfin c'est I'homme qui to sera reveJl. Je te ferai connaltre tot-
',


,78,








DE LA .JEUNESSE HAITIENNE 7'

m6me a toi-m6me. Je te montrerai quels liens t'attachent A tout ce
qui t'entoure. Jo te ferai saisir la grande loi d'(volution, depuis la
cellule naissante jusqu'au ddveloppem nt de vie le pinl intense et
le plus complex No is menerion- litomme de la cavern primitive
aux grandes ,ites dii monde. Non-n verrons detiler HI'kitoire des
societes humaine-s, des idde,, des sentiments par lesquels elles so
developpont et progressenit. Nonus tudieron.s lcs moeurs, les lois, les
rtgles de morale qui font I'dvolution social des races liumtines.
Et dans I'histoire de tous, ;e piacerai l'histoire do ta race, de ta pa-
trie, ton histoire. Ainsi tu auras tine conception dii monlde et do toi-
meme conform A cc qp'il peut t'etre donn6 de connaltre. ,
Remarquez que cot apereu Prnhras-pe l-astronomie, la gealogie,
la paleontologie, la hiologie, 1'listoire, la morale ... to-tes les ma-
tieres de lPenscigniimentsecondaire et de l'enseignement sup6rieutr.
Mais oui Ce que I1on eonseigne a I'ep'ant, c'est cc que le jeune
homme apprend an lycde et cc (pie les savants eux memes 6tu-
dient dans leurs laboratoires on par lA vaste monde. Toute la dif-
frrence reside dans lI methoded'enseigner etdans I'6tenduedes de-
tails enseign6s. Car ce west pas pour fair de I'enfant ung6ologue,
un botaniste on un historian quw'n lui parle de tant de choses mer-
veilleuses: c-est pout- li apprendro quell place il occupe dans la
creation, quelle universolle sympathies 1-unit aux 6tres et aux cho-
ses, pour lausser son am a ux preoccupations sup6rieures que
cr('o la vie civilis6e ct aux obligations imperative que nliomme
on naissant contract envers sa patrie. Cos notions si haites et si
complexes, tout Iart doIl'in-tituteur consistera A les retdre accos-
sibles intelligence de l'enfant, en les pr sentant sonusla forme la
plus simple, la plus claire. la plus attrayante, la pl-s capable d'6;
veiller et de captiver la curiosity ondoyanto do son 6leve.
Mais I'6cole primaire ne se content pas de former I'homme
dans I'enfant et de le rendre apte A romplir ses devoirs de citoyen:
elle le prI-eare A la vie de tous les jour-, vie de lutte et de la-
boeur, oil chacun doit gagner son pain A la sueur de son front. De
ses 6leves elle entlend Fairee des travailleurs conscients qui, en
poursuivant leur propre lien Otre, contribueront A la richesse na-
tionale. Elle forge I'armature solide de la soci6td dans le metal
pur de l'enfance.
Le docteur Audain devrait etre considered comme le meilleur des
ddmoerates s'il arrivait a mettre I'ecole primaire A la hauteur de
son r6le. Ce n'est pas chose facile, et il lui faudra consacrerb cette
oeuvre heaucoup d'effort, et beaucoupjd'argent. L'organisation sO-
rieuse de 1'enseignement primaire exige en effet des conditions mo-
rales et mat6rielles indispensables: preparation des maitres, cons-
truction de maisons d'6cole, frequentation scolaire.
Pour appliquer le programme que jo tra(:ais plus haut, il faut
ies maltros instruits et ayant acquis la preparation profession-
nelle n6ces-saire; et pour les avoir tels et pouvoir les r6partir dans
mtoes les ecoles de la RHpublique, il faut leur assurer des traite-
Ments convenables. II faut pour toutes nos dcoles des hAtiments
construits suivant les regles de i'art et pourvus des installations
que ndcessitent les besoins d'un enseignement pr6parant A la vie
pratique: ateliersde travaux manuelsdans les villes, champs desti-
0s aux travaux agricoles dans les campagnes, L'enspignernejq









R 4vTJ DE LALIGUE


doit transformer la ma.se paysanno comme le people des villesr
il doit etre aussi serieusement organis a" Ranquitte qu'au Cap Hal-
tien, A Port-au-Prince ou A Jacmel. c'est A-dire que l'ecole primaire
de Ranquitte no le doit ceder A aucune autre, ni au point de vue de
I'installation matirielle, ii au point de vue de lacomp6tence profes-
sionnelle des maltres.
Ces OcoleA ainsi constitudez, il fautleur assurer la clientele de
lous les enfants pouvant aller en classes Ne croyez pas que ce soit
la parties la plus aisee de la grande tAche. Ceux qui ont essay d6
raire de l'obligation scolail e quelque chose de plus qu'une fiction
constitutionnelle peuvont dire quelle resistance ils ont rencontrbe
aupres des families, surtout celles de l'interieur, quand ils ont essa-
ye d appliquer la loi. Un grand changement s'est produit cependant
dans notre vie politique qui pourra rendre plus facile la a police
scolaire ": nol n'a le droit desormais de vivre dans l'ignorance et
il raut contlriindro a s'elver dans la lumiere toute la jeunesse du
pay-.



Pour compldter I'ceuvre de I'enseignoment primaire, le docteur
Audain so propose do crier cinq -coles primaires superieures qui
rempla:cerout los lycees provinciaux.
Je dirai plus tard ce que je pense doe l'enseignement de nos ly-
cees et de la part qu'ils peuvent prendre a'la constitution d'une eli-
et national'. Mais je voux protester toutde suitecontre lem6pris que
quelques-uns affichent 6 I''gard des eco;os primaires superieures.
Le ministry de I'ini-tructioin'ullique lui meme me semble avoir m6-
connu le caracIero deces ecoles on cciivant, dans son rapport. qu'elles
eOroont organis6ees de facon f permettre le passage de leurs l66ves
dans I'enscignement secondaire,- leur pro'miere classes ayant me-
me programme que la derniere du lyc(e. C'est 1a une erreur queje
me permets de signaler A l'attention du docteur Aiidain: il ne peut
6tre (|qu stion dans son esprit quede l'Poole primaire 6lmentaire,
don't les 0lve-. munis du certificate d'dtudes primaircs du 1" degree,
peuvent itre admis dans la 6e d'un Lyede.
L'6,cole primaire superieure, telle qu'elle exisle on France, est au-
tre chose qui'une annexe du lyceo charge d'alimenter ses classes
6le0nmeiai vs. Klle donne un enseignement autonomy qui pretend
se suufirvt lui m6me. Paraclievant I'ceuvro de 1'ecole primaireet des
course complementaires que la loi permit d'y annexer, elle prepare
ses l66ves border avec avantag-, les professions actives du
commerce et do I industries, et a ceux qui d6sirent aller plus loin
elie rournit les moyens de trapper a la port des grande ecoles
Sscientifiquie, comme l'Ecole superieure des Min)(s et I'Ecole Cen-
trale. Des l6ves- en petit nomhre, il est vrai so'-tis de l'un de
<;cos tablissements I'Ecole J.-B.-Say ont pu enter do haute
lutto a Saint-Cyr, a Polytechnique, A l'Ecole Normale Superieure...
La Ville de Paris possede cinq ecoles primaires supdrieures de
garc.,ns: I'Ecole Turgot, I'E :ole Colbert, I'Ec)le Lavoisier. 1'Ecole
J.-B -Say, I'Ecole Arago et doux de ftitles: I'Ecole Solhie-Germain
et I'Ecole Edgar-Quinet.









DE LA JEUAESSE HAITIENNE 81

11 me paralt intdressant de rdsumerici, SL.ivant M F. Lavergne (1)
le programme des ecolesde gari-ons:
< Laduree des etudes estde quatre annees. Lesdeux premi res an-
nies sout consacrees a I'enseignement general. Elies constituent
pour les 6leves comme une periode de mise en obl,ervation. LPonr
aptitudes s'y revelent; aussi leurs guots. Le choix d'une carriero
s y determinee ou tout au moins s'y entrevoit. A la fint de la deuxi6-
me annde, I'enfant peut savoir ce qu'il vent et ib il va Dans tons
les cas, il est A m6me de le savoir. La specialisation soe faith L'lwvne
quipasse en troisiemo ainmev entire, soitdansla sectionconmmi ciale,
soit da.us la section industrielle. oi il ret oit iun n-eigniement ett
rapport avec les exigences de la carrimre ia laquelle il se do-tine.
L'enseignement general n'eWt pa- sacriifi. mais il perd (4d son irn-
po. tance; il revet, dans I'uno et I'autre section, in carac ier prati-
que, et, dans quelque mesiure, profes-ionnel. Ajoutons (lue les min-
mes matieres sont enspignpes;' que le temps soul varie. Dans in
section induntrielle, c'est alnx matiores scivntifiques qii'il e.-t faitia
plus grande part. Par contre. dans In section commei ciale, l'6i1ii-
iibre est rompui au profit de la coriptat ilite, d, la geogra pli.,
de la physique eI de la chimie envisages a un point devue surmotlt
usuel;enfin, del'arithm0tiqieet de I'alg6bro dansleurs application-
aux operations coirantes du commerce et de la Banque.
<4 En quatrieme annue, I'eniseignement commercial so retrouve;
de meme et surtout I'enseignement industriel... A l'Ecole lurgot,
l'organisation do la quatri6me annie compor e deux sections : la
section mixte don't les programmes sont tr6s varies et tr.s com-
plets, s'adaptant aux exigences les plus dverses, appropriees aux
besoins des jeunes gens qui se destinent au commerce, a I'indus-
trie, ou qui se prdparent au haccalaurdat moderne, au brevet su-
perieur, A I'Ncole municipal de physique et de chimie ; la section
de l'Ecole Centrale des arts et manufactures, 6galement ouverte
aux 6leves qui veulent se presenter a l'Ecole des Mines, a l'Ecole
des Ponts et Chaussbes...,
Ces 6coles, installeesdans des batimentsspacieux et pourvuesd'un
materiel approprie aux besoins de leur enseignement. out vu ve-
nir & elles une nomoreuseclientele, parce qu'ellesoffrent I'avantage
d'une preparation plus rapide en permettant a leurs 6leves,
apres seulement quatre annres d'dtudes, de se lancer dans la vie
active du travail.
Si Monsieur le docteur Audain devait nousdonner des 6coles eta-
bliessurcemod6le et pouvant rendre les mtmes services, le verrais
disparaltre sans regret nos vieuxlyc es, ou nous nous obstinons A
faire Anonner du grec et du latin A de pauvres enfants que menace
la plus redoutable des concurrences cell de I'hommo bien ar-
mn pour la lutte du travail et qu'!ls vont trouver devant eux do-
main dans les champs libres de l'activit6 national.

(d suivre) DANTAS BELLEGARDE.



(1) Rapport sur les 1coles et les ouV'res tunicipales d'enseignement de la
Ville de Paris (1871.1goo).









REVUE DE'LA LIGUE.


POESIES




FIDES, SPES


AU PATRIOTE

Seul tu .-estes debut, dans l'orgueil de ton geste ;
Et ton front souverain laurel par la fierie'
Garde un calme imposant parmi 'heuire ffunesie
Oit gisent les dedris de notre Liberie.

La splendeur de ton rece illumine tes yeux.
De leurs rayons puissants ils fouillent le mysitre :
Un cortege lointain d'espoirs prestigieux
Passe dans l'Avenir. OHi va ce group austere ?

Ton esprit scrulateur veut trouver dA Destin
Le mot mysterieux que le faible apprdhende.
Ayant dans ton vouloir come un ddfi haulain,
Ta grande dine fait face d l'enigmie si grande.

Au sein de I avenir est l'immense creuset
On bout le flot divin des chose antdndes ;
En des modules divers entire d'diranges ais
La main de l'Absolu coule les destinies.

Or, aprks le spectacle a/freux des ours vicus,
Oeu dans la peur tremblaient des dines prostern'es.
Oit s'alignaient des fronts maculds de vaineus
Sur lesquels a passed le vol lent des annees








DE LA JEUNESSE HAITIENNE


Apres aroir little pour le Juste et le Beau,
Et vu l'avortement des efforts et des rives
Pour lesquels tout un people apprdiait un tombeau,
Tu persistes d'aimer le soleil et les groves.

Malgrd l'effondrement de l'ouvrage ancestral,
Parmi la sombre nuit, tu churches la lumiere,
Ne pouvant renoncer an sublime iddal
Qui d'un libre pays fut la gloire premiere.

Devant 1'enlizement ozi hurlent des records,
Ton dinme ddbordant de sa bontd pldnijre,
Prend plutdt en pitid cev ldches presque morts,
Qui vdcurent sans honte en leur immonde ornib e.

?u dis : < De ce passed fuyons le souvenir.
Le jour doit succeder d la nuit tdndbreuse :
Regardons tout lt bas monster dans l'avenir
L'enorme floraison de la foi vigoureuse !

Plus de torses courbds au temple Indignild !
Puisons dans la science une force eternelle;
Car seul l'esprit nous mine d l'immortalitd :
C'est d son souffle pur que l'dme ouvre son aile!

La Vdritd n'est qu'une. Ainsi les nations,
Tels les individus, pour gouverner leur dtre,
Ont besoin du Savoir aux magiques rayons :
'lIgnorance est la nuit. Y vivre est disparaitre.

Secouant le silence, ainsi ta voix vibra,
Patriote obstind, fier semeur d'esperance.
Tes accents remueront le.%[dmes et les bras...
Vois dejd les surgeons de ta sainte sewnence ;

Fermes, ils grandiront, au souffle de ta foi.
A ton appel, hdraut, c'est djai la croisade ;
La phalange s'apprete d letter comme toi :
Cwest totle la jeunesse, oh la belle pldiade :
Jdrdmie, 8 Jancier 1916 TMo'rTH E PARET.









- REVUE DE LA LIGtE


AUX ROSES


Le jour brlant, sans cesse ecoule sur v'os fronts
Tout un flot de spleideur eblouissante, Ioses !
Et le frile velour de vos. petales roses,
Les luinultes de vent d'etd le froisseront.


Vous etes an jardin, de solitude pdles,
Car vous vous affligez de langueur et de maux
Que la game d amour indicible des motI"
Ne saurait apaiser, 4 fleurs, dines fatales I


Et le soir va venir, tel un devil, sans rayons,
Vous trouvant en emoi d'esperances lassees,
Mais dans I'a.tente encor, come des fiancees,
Des amants d'ideal qui votus accueilleront.

93 Juin 1914

LIJoN VIEUX




T-31TVES CEPOT-UJ:EL I.J1M1E

Ceux qui reviennent A nn ancien amour me font 1'effet deplorable de ces
riches ruint's qii ?trennent les habits d6inods et usCs que dn temps de lear
splendeur ils avaient mis au rebut.



Une des nomibrenses suptriorit, s de la feinme sur l'homme est qni les yena
et le sonrire de celle IA sont pr'sqne tonjours a son ',ne, ce qu'est la double
voilette. A. ses ye-ix et A son sourire,



La eonflanee en soi est coinmme tn titre de noblesse on tn blasop. Elle n'est
ridi -nie qne quand on l'a sans en avoir le droit.



Cer.fjues (fli.itations rappellent le geste cnnuy5 et contraint quiont les
demii av'ares lorsqu'ilH font l'aum6ne.







DE LA JEUNeSSE IIAITIENNE 5o


L'amour n'ots tellement pns 1 Ia por'te de tout le no1jde (14e, ma. i&lgr
Copp6e, on a toijours un sourire ironique pour un cooeher et unie bonnie que
l'on dit s'aimer.


L'opinion publi(qie egt line reine. Mais coiune tonte reine. p"'e a ses ca-
prices. Elle pent, co'nim e H I16n, ai de certaines heures. s'eneoiffer d'ui patlre.


Celui-14 est digne d'avtir du talent quii ne se console pasde ne pas en avoir.


L'ainour C?.. C'est la permniiion de nu'tre plus poll envers ine fetimire...
b IL L.





PLANE DE L'ARTIBONITE

(Suite)


I 1.'E-ltre qui 0ct la r'ivire 1, plus consid rablo anpre's I'Ar-
tibonile, prelld sa source dans les montagnos des Cahos et
cou( t en s'l6evantvers le Nord, des qu'elle arrive dans la plai-
nie Assez ab,'ndante durant ,, les pluies ,, pour infvlido'r cha-
qii annee tine grande 6tendue de terrain, Alio arii. dnils Ies
temps sees poor n*6lre qu'une suite de lacs int6riuii;- : aipi-
de pendant quelques lieues, clle finit par manquer de chMlte
asP.oz loin.de son embouchure.
Le Cabenil, qui vient de la CrAte des monti;iges pIanc '1 s
ai Nord de cells des Cahlo6, se decharge dans I lEstir. aipri'
avoir r'rCu In riviere du Mornie Houge, et si I'Eslroa vail tin
lit. lour's onux r1,unies procurermionm Un couri's f'n-innol.
La riviere de I'inde on de la Coif)( 'i. I;li le. atiirl( par
les espagrolk, riviere des Indicus, viein de lai Cr'te de la
Monlagne de la Coupe a I'Inde, situde dans In parnii Nord-
EIs de la Commune de la Petite Pliviere el an Sud de I'arroI-.
lissementde M'.hliahd. ElIle s jelth tlanns I'E-;ire,. anu-desa-s
du point ou cellc ci regoil le Cabeuil. Elle ne tarit point.







REVUE DE LA LIGUE


La riviere A l'lnde ou Petit-d'Inde, qui vient des environs
du Morne de Cabeuil, suit an Sud le course de la riviere A I'ln-
de et y tombe au dessus du confluent de cette derniere avec
l'Es~tre. Elle conserve de 1'eau darns toIues les saisons.
La Marecageuse est, comme les prdcedentes, former par
les 6panchements du morne de son nom, et va 6galement
dans I'Estere don't elle est tres voisine.
La Petite Riviere nest, A proprement parier qu'un apure-
ment de I'EstAre don't (lle est extremement rapproch6e, et
elle tirit exactement comme elle. Les sources Tonain, qu'on
peut corsiddrer comme une derivation souterraine de I'Este-
re et qui sont tout prts de la Petite Rivi6re fournissent une
augmentation de volume A la Petite-Riviere.
Plus au Nord, tout pres de la fourche de la Crete-A-Pierrot,
est la ravine de Jean Adam, formde par cinq sources sans
importance, qui tarissentpresqu'entierement dans les temps
sees.
Mais, durant les pluies, cette ravine reonit toutes les enux
des mornes de son nom, du morne a Tobie. de la Crete A-
Pierrot et du morne Tranquillil6, qui en font un torrent trAs
rapide et assez encaisse ofi les eaux croissent en deux heu-
res de .cinq A six pieds, et qui arrnte les communications
pendant quelques heures. Elle apporte toutes ces eaux A I'Ar-
tibonite.
La riviere Espagnole se jette de hAnme dans I'Artibonite,
grossie dans son course, en venant des montagnes qui bor-
dentla rive droite de cette riviere, par les eaux de plusieurs
autres ravines, notamment celle de la ravine des Perroquets
et de la ravine a Tambour. Elle tarit comme la ravine A
Jean Adam et grossit comme elle avec. les orages. Elle a sa
source dans les months du Figuier-Maudit et de la Plaine aux
Chevaux.
La rivieredes Verrettes, qui a environdeux lieuesde course,
sort du massit des hautes montagnes qui separent entire elles
les Verrettes du Mirebalais, de Saint-Marc et de i'Arcahaie;
deux sources 1'entretiennent ; A peu pres vers les deux tiers
de son course, elle recoit Ia petite riviere du Pont de Pierre et
une autre source I'augmente encore un peu an dessus du
bourg des Verrettes. Aussi a-t-elle dans tous les temps une
eau pure et salubre qui a encore quelquefois16 A 17 pieds de
large sur un pied de hauteur dans la secheresse.
Le Tapion, qui est A trois liuones dans I'Ouest do la rivibre
des Verrettes, est un torrent oun un 6gout de la montagne
assez abondant. 11 taritenJanvier. C'est, prs de cette riviere
qui se rend dans l'Artibonite come cell des Verrettes, qu'&-
tait dans la plaine, l'6glise de la Paroisse primitive de I'Ar-
tibonite et quelques maisons qui formaient une esp6ce do
bourg.






DE LA JEUNESSE HAITIENNE


La rivi re Salde qui nest autrh chose qu'un ancien lit dc
1'Artibonite, part presquc doe I rive gauche de 'ette rivibre
et gagne la mer en parcourant environ quatre lieues et de.
mie en ligne dioite. Elle.recoit leseauxde plusieurs sources.
C'est exactement une espece debras de mer qui hausse et
baisse, come les mares ju'il recoit.
Independamment de toutes les rivieres et les ravines cities
plus lmut. la plane de I'Artibonite a un nombre infini de
sources, de trous on de foss6s qui prouvent que les grands
coul'ants d'eau qui I'arrosent ont des infiltrations plus ou
moins considdrables.,

LIE SOL
Le.sol de la plane de I'Artib)ni'e est 6videmment formn
par des dl'p6ts tertiairesassez rocentscommne l'indiquent les
tossiles que charrie la riviere. Ju.-qu'a une tre-i grande pro-
fondebr il a l'aspect d'une terre limoncuse et sablonneuse
analogue A celle des montagnes voisines. Les parties sablon-
neusessont plus considerables pres des rives : les parties ar-
gileuses Pt un peu fortes qu'on appello turre franch." snnt A
peu de distance des rivijros. En creusant h trentc pieds on
distingue assez bien les differentes couches de dep6ts ', cl.s
ont depuis vingt cinq jusqu'A trente cinq centimntres d'dpa s-
seur et quelquefois, d'apres Moreau de Saint Mdry, (lui cite
M. Cindreau, M. de la Lasle, M. Fauconnier et. M. Peyrotte,
el'e 3soht indiqudes pat' desfeuillages, des branches d'arbres
et d'autrefois par des madr6pores, des f6tiches et des vases
dindiens en lerre cuite.
Enfln si I'on veut aller plus loin, I'existence d'un sable ma-
rin, imprpgn( d'une eau saumAtre, prouve bien fijie la mer
allait aulrefois jusqu'au pied'des mornes et que la 'an'ec par
consequent a 6d tormnic par lesapports nds dtie a Itvire.
( A stuirre. )
ADII- SCOT I'.







REVUE DE LA LIGUE


L'OUVRIER HAITIEN

ET LES

COOPERATIVES DE CREDIT


11 serait interes.ant do savoir potirqulOi los chefs d'un atelier,
d'une industries quelconque, en Haiti n'orntjamais seriehsement
ppn-.6 s'unir dans lo but soit di rasemmhlor lears capitaix soit
d'acheter les premieres mati.'es indis.ensables A la confection do
leurs ouvrages. Serait-ce la conviction que la petite, propri6t, 1-a
petite industries est plus productive quo la grande ? Ca la tien:-
drait il aix circonstanicos inhirontes au milieu ? II se pourrait
que ces cau-es ne rkissen:t pas sans influence snr tant d'apathie,
mais les raisons qui, poar mon humble part, sPmblP)nt dti-e le,
plus plaus-ibles sont d'abord le manque de culture intellectuelle d'
notre cla-,se ouvriere chez qui les lumires ne soont guere suffisan-
tes. Savent ils ns ouvriers cordonniers, monuisior.-;, pbenistes,
sellers, qu'il exist ailleurs des cooperatives bientaisantes et com-
ment elles fonctionnent ? .,
L-ignorance, tell est la premiere c tusc de ce manque do solida-
rite. Chierclhons-eon in second dans la mentality m6pie de I'hai-
tien. Qui sait, pout 6tre sans connaltre 1-idee des cooperatives, nos
industries en out iis senti la neessite et pens6 aussit6t. ,, A quoi
bon faire un essai qui me conduirait A tine ruine fatale? Moi. je suis
s(ur de ma morality landi- que jam-is je n'aurai connaissance des
tr'fond,; de I'Ame do mon associe. II faut done accuser du peu de
solidarity existant entire nos fabricants : la defiance, base sur 16e
pen de garantie morale qu'offrent les Haitiens. Ai-je besoin de dire
qu'il y a de notables exceptions ?
Mais, arrivons A une question plus interessante. L'ouvrier hat-
tion est-il capable d'art? Avons nous des industries dignes d'-tro
alimentdes par une source de credit quelconque? La question dart
doit nous interessoer dans la matire (ique nous1 envisageoni, car. a
moins que de vouloir inonder lI monde do camelote comm, cer-
tains btats, il raut de l'art dans l'industrie. Je dois m'expliqiuer suir
le sens particiulier qu'a ici ce mot. J'entends par art, la tournore
quo par son habilet6 et sa siuret6 d'oeil et de goat 1-ouvrier sait
imprimer A la substance.
L'ouvrier Haitien a-t-il cette s.rete d'ceil et, de goat qui I'ait
la valeur de I'ouvrier veritable? L'affirmative doit 6tre recoitnie
et I'histoire nons le prove par une anecdote: Sous le reene dl
tres fastneux IIhnri Christophe vivait un orffvre, a lhaitien hai-
tiennant inculte, nous sommes A I'aurore de notre ind6pandalic. .
Or, le roi ayant re;u, d'un de ses courtisans, un canit, fin joyau
d'ancienne orf6vrerie aux dessins magnifique;, s'avisa d.tns sa
royale fantai-ie, d'en commander un tout pareil au pauvre orf6vre,







DE LA JEUNESSE HAITIENNE


le menaqant en cas d'insucces, de chAtiments terrible. L'orf6vre
flt un chef d'ceuvre digne, parait-il, de figure dans les 6crins d'un
Charles Quint.
Mals, nous n'avons pas que des preuves tires d'anecdotes histo-,
riques. Les ouvrages memesde nos ouvriers plaident en leurfaveur
que de fois, n'avons-nous pas admire devant Ins ateliers, leurs tra-
vaux soign6s, les sculptures presque merveilleuses des lits nup-
tiaux et de tout I'ameublement de nos salons, OU done nos ou-
vriers ont ils puisd tant d'art ? Est-ce d'une mission 6trang6re qui
jadis vint dans le pays et y forma une geIniration d'ouvriers ? Je'
n'en ai point m6moire, que mes aln6s me renseignent. Si jamais
nos artisans n'ont 0t6 guides et de faQon spdciale, leur habiletd ma-
nuello, 'eur go- t artistique, la s.retA de leur coup d'ceil leur sont
innds. L'Allemagne du XVII" siecle fit des progr-6 dans I'industrie.
celle des glaces pomr W'en citor qu'une, aide qu'elle fnt par l'emi-,
gration de co que la France avait de meilieur parmi Aps industriels'
;i la suite de !a revocation de l'Edit de Nantes: la F'rane(, I-Anglo-'
terre, toutes les nations civilisees, so sent m ituelleinmt perfec '
tionn~es par leur.frottement rociproque. En fait, de frottementpou-
vons-nous haptier de ce nnm celui inintelligent de I'dpo que colo-
niale? Non, I'esclavage, on le sait dbfl wre tout et le corps charge de
chalnesz, I'homme conf'ondii avec la brute, I'esprit nor va pas jun-,
qu'd admirer intelligemm int les b.aut- do qiql(ie ordro qu'elles
soient
Nous venons de constater I'art don't sont capable nos ouvriers
dl)enistes, maik que dire de la perfection avec laquelle nos cordon-
niers et selliers as-soiuplissent le cjir Los premieres n'ott rien A
envier, pour la plupart. aux cordoninries Italienne et Cuhaine 6ta-
blilies dans te pays; quant anx seconds. je sais que leurs travaux
attestent leur talent.
Avec ces qualitds tres rdelles pourquoi 'industrie national vd-
g6te-t elle ?
Polurquoi le< miuiiles, par exemrnplo, an lieu d'etre commands
on Haiti, ce qui diminueraitien parties 1'exode do notre or, sont ils
demands en Europe on aux Etats Unis ? Pour certain. c'est par,
pIr snobisme,d'autres ont en vue I'Wconomie a raliser,ils traiuvnt
A I'dtranger des meuh'es A meilleur compete. Mais, la cause prin-
cipale reside dans les lentoirs apportees par les ouvriers dan<.
I'exdcution de leurs commands. C'est A dse'perer les futurs. J'e
done comme reason principal de la prfltrence accordde aux ate-
liers strangers le.s lenteurs dans I;a on l'ction et non 1'iconca.ie A.
rdaliser, car plus d'un consentirait i payer ine plus-value n (.itte-
avoir des meubles confectionnCs avec le bois du pays, don't la
hbaute gale la solidit5.
AMaIis ce retard de I'execution d'n provient il ?
Nons pou)vons dire qt'il a sa source premiere dans le defait
Prof re Ai 'lhiati n, qui n'est guire sot,.iioux deo la parole donnce. 11
Irouve tout nature, on dit moins i! trouivera mill' rai-zon<,car il et
diplomate. pour julitifier n retarld d'un mois: trop hiereiix, le cli-
ent, s'il n'avait i palientor que pottilan ti p Impis aunsi brief Une se-
conde (c;a is (to lolingulurs dad.ns cI'aXOCIIO|| des conmmalndes est le
dafaut de capitaux et. par voie de consequence, de matdriaux.
Pour so priocurer:ces facteurs les-cdo'perativds de credit soeit







REVUE DE LA LIGUE


toutes ddsign6es A nos fabricants. On sait les hienfaits incalcula-
bles qu'elles ont r6pandus en Europe, particulierement en Allema-
gne, sur les industries. On sait aussi quel but elles poursuivent,
pr6ter des capitaux aux ouvriers offrant des garanties morales et
jusqu'A un certain point p6cuniaires, leur venir en aide A un taux
non usuraire et avec certain avantages.
Cette id6e d'une cooperative de credit n'est pas chim6rique ii suf-
firait a nos divers industries de vouloir la realiser. Ils y arrive-
raient en placant A la tote de leur Banque un homme de pers6ve-
rance, de discipline, rompu aux affaires et surtout honn6te. Par
une entente, tous les ouvriers de la R6publiquo pourraient alimen-
ter de leur p6cule la Banque de credit qui devrait 4tre unique : car
mieux vaudrait un capital concentre et puissant quo des capitaux
morcel6s et faibles. La Banque offrant un interdt raisonnable, il
serait loisible aux simples particuliers d'y d6poser des fonds; cela
ne manquerait certes pas de d6velopper 1'esprit. d'6pargne chez
nous.
La question du credit industrial rdsolue, la production devien-
drait plus grande, !es materiaux seraient plus aisement trouvds,
d'oui une diminution dans lc prix de vente.
L'Etat pourrait intervenir, alors, utilement afin do protgeor l'in-
dustrie national centre la concurrence 6trangere. Que nos indus-
triels sachent vou'oir et l'industrie national connaitra des jours
prosperes.
F. DESTOUCHES.




DEFILEE LA FOLLE



Jadis. en Juillet 1825, lorsque Ie President Boyer, pensant assu-
rer la paix A Haiti, ratifla, de bonne foi, la fameuse Ordonnance
du Roi Charles X, un frisson d'indignation secoua tout lo pays.
Los veterans de I'Epopee Ndtionalu qui avaient arrosd de leur
sang, les plains du Nord et de I'Artihonite, s'indignerent. Et comn-
me ils ajoutaient foi A l'existence des revenants, ils croyaient en
ce temps IA entendre les morts gdmir dans leur tombeau, lorsque
le vent de la nuit murmurait plaintivement dans les grandes feuil-
les du v6ndrable Palmier.
Aussi. se rendaient-ils en foule au cimetiere pourinvoquer ia mi-
moire de Dessalines, don't le nom 6tait sur touted les.-lvres ?
Cependant, de tous ces pelerins, pas un ne daignait accorder une
simple pens6e a Defilee la Folle, qui reposait dans quelque tombe
abandonn6e, perdue sous les follies branches des verts buissons
qui tapissent le triste sejour des morts. C'est grAce A elle. pourtant,
que nous possedo[s la depouille mortelle de I'Empereur, et c'est
pour la rappeler un instant A notre mrmoire que nous allons essa-
yer deorelater, on deux mots, sa malheureuse existence.







DE LA JEUNESsE HAITIENNE -1

Nde, dans les environs di Cap Francais. de parents esclaves,
Ddd6e- tel dtait son vrai nom (*) dtait devenue, vers iftae de dix-
huit ans, la proie du colon, son maltre. Leurree pa:' de folitres pro-
pos elle succomba A la tentation et s'abandonna corps et ame a
son sduicteur.
Elle s'0prit d'une veritable et ardent passion pour son amant,
alors que celui ci frivole et inconstant, ne voyait e" eole ql'un ob-
jet d'amnuement. Ainsi toujours avide do sensations nouvellps
quitta-t il bient6t.son rsclave pour cihoisir une i.ouv'(ll favorite
parmi tant d'autres qu'il avait -ous s.a d'pendance.
Eni apprenant cotte fatale nouvel!e, le deseypoir (d1 Pabandonnhe
fut si grand qu'ell devint folle : l'ivi e-se du mallieur emporte sa
C'est alors qu'errant sur los habitations d'alentouti, elle fut appe-
lee D6filee la Folio.
Bien des annies s'etaiei.t cou;des depuis et lo sinittre lambi re-
tentissaitdans la plaine que l'infnrtunee n'avait pas reconvre I'n-
sage do la raison. Et c'est encore dans cet etat qu( Ini parvint la
notivelle de la mort do ses denx fr' res massacres, avec blen fau-
ties noirs, dans la ville de Fort Libertd.
Mue par une sort d'in4tinct, elle suivit a travel's los gorges des
monitagnes. et slur tons le- chlimps do hataille, les n6i 's rovolt@.-s.
Elio porlait bien cc nom, Defilde la Folle. Api 56 los grande., llttes
et les exploits don't, s'dtonne 'li'umaniti et qui abolitirett A I'*cle
solennel de 1801, eile continue sa vie d'aveuture jusqu'au jour ou
Port au-Prince la trouva mnorte sur une vole publique.
Cependant. dtrant lo course de sa vie errante, il lui avait Wte r0-
servd une noble et triste mission Elle se porta en Octobre 1806 du
c6td de Pont-Rouge : un cadavre dtait Ih, qui gisait, depuis vingt-
quatre lieures, dans du sang coagulO.
Machinalement, elle s'arreta devant cc tableau havrant et, avant
do continue sa march, ell mit leitement dans ses loqups. sans
savoir le moins du monde I'importance de son goste. le corps de
Dessalines et le porta en terre.
Ce fait passa presqu'inapertiu, et de nos jours c'est A peine si on
lul conserve une ligne dans nos lives d'histoire.
N'est-il pas triste do penser que, sails Dfilde, le plus grand do
nos h6ros n'aur'ait pas de sepulture; que des chiens devorants
se seraient dispute -a chair oen lambeaux?...
11 nous chagrine de no pouvoir i'aile revive devant vous cette
vieille femme telle qu'elle ktait deux jotrs apr-s I'attentat de Pont
Rouge, les yetux hagard-;. Ies cheveux on ddsordre, empoi-tant dans
so-n caraco flettant les restes du Fondateur do 1-Independance
N'est-il pasjuste de lui accorder ilie plus grande place dans no-
ire souvenir ?... .

Fdvrier 1916.
RICHARD SALNAVE.

) 'Nous tenons certaius ren'eignements d un veillard octogenaire presque,
Mi.doudol, qui est un des rares survivants de lafamille de DWoie. R. S.







REVUE DE LA LIGUE


LES HAITIENS ET LA GUERR EUROPENNE


Depuis quelques jours les bulletins de la guerre imprimes par
Monsieur Chauvet sont arrachds avec une impatience fdbrile. La
grande bataille qui se livre autour de la place forte de Verdun
semble dtre pour les haitiens d'une telle importance que ceux-ci
oublient facilement les malheurs qui s'abattent sur lour pauvre
pays pour s'occuper avec anxiety des rdsulta's d'une lutte qui
pense t-on, d6cidera de la victoire Et cette victoire ils la desirent
pour la France. Ils la lui souhaitent avec une foi ardente et lui te-
moignent ainsi une sympathies profonde qui des le debut de la guer-
re s'est manifestos do toutes los f'aons: enthousiasme-ddirant
lors du depart des r servistes fran(ais, cris d'allSgrcsse a la vic-
toire de la Marne, douloureuse emotion A la premiLre advance alle-
mande et actuellement elle se traduit par une anxi0et profonde,
causee par la sanglante bataille qui se livre autour de Verdin.
En some cette sympathie ainsi manifestee est A la gloire des
HaTtiens. Car elle montre que malgrO les reproches amers qui leurs
sont adresses de toutes parts, ils conservenc encore un sentiment
qua les grandes chancelleries out depuis longtemps banni do leuir
mobile d'action: c'est le sentiment do lalovautd.
Certos, Hlaili tient la France par mille liens: la m6me langue.
les mOmes mceurs, une literature inspired par les grand maitres
de la lyre frangaise, lo gofit de I'art raffine par le contact de la
France. la mdme religion, la meme Ihgislation on pout dire les me-
mes defauts sont bien Jed attraits quirendent irresistible le courant
qui nou-A porte vers elle. II n'y a done rien d'ctonnant si dans les
momPnt- tragiques qu'elle traverse, nous lui cnvoyons parade IA
les mers nos souhaits de victoirp.
Cependant combien nou, avonw, tort do nous laisser aller A ce
beau monument. Dons cc s:ecle d'Ignisme I'inlti.. sopnl st le
mobile des actions et cette v rith vicille comme le lon.iold; )hrille
aujourd'hui de s,'n plis lbrillant kclal: tant do millions d'hommes.
m'urent A I'heure ac(tuhlle s-tr les vhlmps do bataille d'Europe,
uniquement parcel qu'un grand conflict d'int6pits met aux prises
toutes los nations de I'ancion continent. La France luttl en dises-
perde pour reconquOrir les pinvinces per(dues on 1870, I'Allemagne
que sa surpopulatio'n Mtouiffe convoite ni plus grand territoire ot
I'Angleterre mefiante faith la. guerro pour arrOter le development
de la marine Allemande. L'Autriclih et In Rusio so di-puttont pour
la preponderance dans la ppnin-uilo. I'ltalie n'hbsite pas it aban-
donner I'Autricheo pour lui enilever les provinces qu'elle convoite.
Meme les Etats Unis ne manifestent envers I'Allemagne un mau-
vais vouloir si pr',nonc p quo pm ce lqe Ia position g-ogfraphique
des nationii hellig-eratltes le, r perm t doe tiafiquer avec les Allii0s.
.Si done. en preso-eni d- ces examples (Iue leur donne le mondo eu-
ropeen, s'6ditre-dechirant pour la sauvegarde de ses interdts les








DE LA JEUNESSE HtAITIENNk yd

haltiehs font des vceux pour la France podsses seulement par la
sympathie ils manifestent, A coup sor un sentiment qiii leur fait
honneurr. mais par contire ils font prouve d'une imprivoyance A
l'abri de laquelle devaint los imetre, los dures lee )IS reQues dans
le course do leur existence e de peup!e.
Ii est pout-6tre inutile de rappeler les heures doulourouses que,
nous avons v cucs. Les mallieurs qui nous accablenit aijourd'hui"..
sonttrop pesantspourque nous nous plaisions A soulever les iontes
du passe. Mais ce que pous ne devons pas oublier c'est qu'A aucu-
ne epoque. en aucune cireonstance la sympathie n'a portL une na-
tion quelle qu'elle soit, non pas--, nous secoirir, mais a nous dire
mime un mot do consolation. Si la honte du 6 ddcembre nous a
humili6s, ilie nous a permis aussi de mesurer I'etendie de I'indif-
f6rence don't nous sommes l'objet ; et rien que cet example devait
nous suffire comme une leqon de moderation.
Quoiqu'on veuillo penser il ryste encore une nation haitienne.
Avilie, mutilde, si 1-on veut, mais elle subsiste quand meme et avec
un pfu de bonne volont elleo pout encore so reliever; mais pour
cela elle doit se d&gager des mille entraves qui avaient arrete sa
mai che jusqu'ici et au nombl)re dosquelles nous ne devons pas he-
siter a mettre son insouciance de ses intbrits.
Et en ce moment surtout que N'issue de la guerre europdenne
est si probl6matique, nous devons nous.garder de manifester au-
cua sentiment qui no serait pas en accord parlait avec nos intdr6tq.
Ofl sera cat int'r6t? on ne peut pas le dire, mais il est certain qu'il
existe. II imported de le rechercher et au moment voulu do tirer
profit des circonstances.

PAUL BARJON.










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94


RE-VUE DE LA II6UE


Chronique financiOre



La suspension des Pensions civiles.
S'il faut noter parn.i les 4venement financiers du mois la hausse du cam-
p~che, et la reprise du brilement des billets de bauque dejA performs,- deux
6venetments qui ont contribute A amener un leger recul dans le change, -
tres certHinement le fait sensationnel du mois a Wtt la decision du Gouver-
nemnent de sispendre le service des pent-ions et des rentes.
II v a pluiierrs categories de pensions, qui toutes out AtM cretes et regles
par des lois encore en vigueur, et que par coni(tqiient Ion s',ttendrait A voir
respecter. Tout d'abord I'Etat sert une sorte de ren e viagere A des indivi
dus nyant dans le temps occuip certaines functions, et. cette rente est
pour ainsi dire coinine une recompense que la loi accord A ces ancieas fone-
tionnaires pour les services qu'ils sont census avoir rendiis A la Nation. Tel.
les sent les pen-ions des ancient Chefsd'Etat, Dispotis. S6nateurs, Ministres,
I etc. L'on concevrait A la rigueur que pur iiii loi I'Etat HaTtien pur se dlgn.
ger tie la nm;cessit que lii fait la loi de servir c"' pensions. Car it n'y a en
l'eslpece aucun lien contractual entire celui qui sert la reate et le bdtiticiaire.
La question change entibremant en ce qui concerne les fonetionnaires pour
qui la pension na constitute nullenient une faeitr du Wtgislateur, mnais bel
et bien Mun dr,it qu'ils out acquis a prix d'argent. En effet, ils out abandon-
Sni tn premier capital sons le titre de douziAme d'entrce en fouction. un se-
cond soust Ie titree de douzieme d'augmientation: en outre pendant 25 ans ils
s tubissent une retenue reguliere et niensuelle tie I"/, sur leurs appointments.
Pendant ces 25 ans i'Etat a en la libre et entire disposition de ces ponds t.e-
cutnluits. Et si I'ou vent bien considerer qu'au Inoment o ces retentes se fai-
saient la gourde 6tait an pair, alors qu'aujourd'hui elle est a plus de 400 o/" ;
si l'on vent bien consid4rer que les tables de mortality permette;it d'affirner
que plus d'un tiers des d(ipositaires disparait. soit par aiort ordinaire. soit
par mort accidentelle. fusillade. etc., avant d obterair inl livr-t de pension. et
qn'une parties seilement tie leursdroits soit reversib!es sur leurs avant-droit,
on est oblige de reconnaitre qu'en ce qui coneerne cette categorie de pel-
sions V'Etnt a fait lune bonne aflfaire. En tons cas, bonne on n:atvaise. c'est
umn affatre. 11 y a engagement foranel, il y a veritable contract, et I'Etat, A
noins de commettre tte banqueroute inquHalifiable, n'a pas quality pour sub-
pendre mnaane provisoiremnett le service de ces pension-. Qtant i les suspen.-,
dre dftinitivemnent, ce serait se lancer dans une iniquitr telle, qu'elle aait-e.
rnit en correctionnelle toute entreprise privae qui voutrait agir ie Ailne
mianiere.
11 faut esp6rer que 1'Etat aura la sagesse de comtpren.lr injustice flagran-
te de sa decision, et. sans fausse honte, de rdvoquer une measure q'li porte une
raelle atteinte A son credit et a son bon renom. Les bandficiaires des pensions
sont pour ainsi dire descapit-ilistes quiont conti lenur argent, etA in taux rela-
tiveme',t tres bas. A 1'Etat. Si l'Etat n'est plus en tuisure de piyer les pensions
qui reprosente l'in'trdt de cet argent, it doit au moins retdre le capital A
eaux qui n'ont en qu'.an tort: celui d'avoir 2ontiance, et de croire que les lois
de la RIpubliqune sera'ent toujours respect6es, anu noins par I'Etat hattien.
ANDRB L.ARIVK.