En Haïti : planteurs d'Autrefois négres d'Aujourd'hui

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Material Information

Title:
En Haïti : planteurs d'Autrefois négres d'Aujourd'hui
Physical Description:
Book
Language:
French
Creator:
Aubin, Eugéne
Publisher:
Libraire Armand Colin
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Record Information

Source Institution:
MANIOC
Holding Location:
MANIOC
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 13436391
System ID:
AA00000097:00001


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41


06-










Ar.













-P-R-FACE




IA faveur des circous tauces m1a, Fmkr deux
fois as
AWles. Pai habitA Qrk
(V6rk6zu6la),enI887AO9; Port-au-Prinoe(HaM),
en 1904-lN6. Bifte1ei4o, j,'ai vWU.toutes lea
gmudes Antilles, q*Upa-uues des petitea, et.
fait, de longs voyages augoii biewsur la %te
Ferme I quau tmvers, du watineut nord-smAri-
Min.
jx'exjO* pA4 en. Am6. e, rd*
it*tdl qtLe Us Antilles. ta natare y eut. p luo
-que partout aiReurs U.melief du 8.0
'414 0 CAI* Varine 0 eat k lpe
V* 'V*,D dn Bud efle fut aiael 'Imomm4e pv leg Eipa.
coafteat sud-awkicain, aprM 14
4es An






splendeur de la v6gdtation tropical retten
ertaines petites lies, notamment notreo
tidque, la parties franaise do SaintDomingi
et lee Montagnes Bleues de la Jamalque,
nombre de ces terres b6nies, qui, parsemant
mer des Antilles, ocean Indien et roceanPa
fique, font, A notre globe, dans la zone des tr
piques, une ceintard de paradise.
Quelque glorieane.qu'elle sit pu htre.au
nd, raventure franaise en Am6rique n'a nul
p.ai6t pins brillante, plus varide,.plus prolo
gde qu'auz Antilles. Aucune ie, sam peut-f i
li Iarbade, n'a dchapp6 Ila course de nos
liuierBs, & l'itablissement,de nos colons.
toutes, la culture tranailse a p4s6 M mar
'une heure quelconque de lPhstoire, su- t
lle a ais6e des traces plus onu oins pr" 4
et le Jour est sans doute assez prche, o*ei
face de Pmriajbi nisme envihissant, il no pI
sister plus dans ces fles, cotumme soieonir d"
dsatkon europdennei. cA6 del -1 eg
S gaol.ieCulbet Porto-Rico, que lee u
dim~ min6 del'anciane vie crBle.io
, '4. piq ,. dea 6arrivains colonnut doam st16 MIJ
Sebole. ar tot 6e qui estorignamades coxiosAliW M
Rfia eht a lient di.debho.. ., ,

:: ti:. ": ii i:






'"t-Dooiiugue fut, de beaucoup, la.plue in-
Portanw do no$, possessions aux Antilles. Le
hasod des d6oQuvertes en avait fait le premilor
Mabliwemo* de Ghristphe Colomh et le com-
merreemolotAe llempl;* qspagnol en torre amAri-!
caina. En 1630, des Bibustiers dotoutes platio4s,
ayant W chassft do Saint-Christophe, vinrent
s'dtablir dans I'lle de la tortue, au nord de
gran4 terre ;.de 1A, les boacmiers, banchs-
sant 116tteir anal, se r6pandirent, la poursuito
des bwoh sauvages, dans la partie, occideuUdg.

npidement. le dessus; si bion'. qu)en 164140
$OuyoMedr: g464jot des Iles fran 'G, de
ftm4riquo, Wors ." Ii A saint-christope
evvOyaLe Vassoor, up de ses officiers, qui fat
% "art( eoinmondut pour levoi. A la Tortue
et c6te de gaiutDomingue
trdt4 de Hyswiok Wt. par recon-
I oft M',,- W1,1 6tht de choses et la it par fra4-
'" t-Domi v pvt se. d6vetoppor
t jeir YOM du droit public. U11k gii"
4UMOk "is ourtout apAo fa gaerre do Sept Avoi
f W-volution nou.s pogs6bmes, da'
maondej, & plogriche, 44 ia olum 16





IV EN HAInT
des colonies europdennes. Un ddit royal et
Code Noir de 1685 avaient r6gli, dans son
oipeole statut colonial. Le Cap-Frangais, anj
d'hu Caj-Hatien, dtait le port commercial;
ForsDauphin, aujourd'hui Fort-Libert6, l'
bliesement militaire. Au milieu du dix-huiti4n
si6cle, Port-au-Prince devint la capitale, o
r4sidaient lee a administrateurs de Saint-Do
miigue r, le g6nral et lintendant, PUun
taird, I'autre civil, nommds pour trois *annnee
Dea commandants en second gouvernaient l1
troia a parties v du Nord, de l'Ouest et du Su%
SLa justice relevait des Conseils sup6rieurs d
Port-a-Prince et du Cap, qui.avaient rempia
ceux de Logane et.du Petit-Goave : iH efnr
gistraient lees dits ro yaux ;lees r6glean
des administrateurs et formaient, avea cesde .
aiers, l'asse blde colonial pour le. consent
meat de P-ip6t. Capueina, Dominicaina et
states t se partageaient rl'vang6lisatiaetdh
,S . 1 '". .I
i. La pearie faai de Saint-Domingue 6t*alt.
dsn prfBauures apStoIfquMe per Ie courM dV~d
Ai di I'ost et du SBud appwteatt a D
de I NlotEt at Capacpinp0siu am J6lunitem.;
4uzix Ccpudtlaiibit~a ts mUjEiijflatoslit I'sOrdre.-L'NtB
S 'ba to-fl pai. piet doe Pnde oceidentS 'arl
oatt artdr;*~.mir.op.dlita..





PRtFAGN v
colonW 1U4o petits pmison de troig r6giments,
euvoy6s de F raw. *n I ea pailices Ot la mar6chius-
s(w colonial" sarautissaient Fordre et la
qdcurit& Dam les. grandes, plaines, lea, a habi-
unto IV cultivaient Nndigo, la canne A sucte et
jo odtou;tgudU. queles montagues ffe, trouvaient
r6serv4es auxcaffi6reset Odlevage-Desa6gres,
impows &Afrique, travaillaient aux pla0m_
tious; des mulAtre:0affranchis, n6s du coiiict
des, Mauca avee la race noire, formaient une,
classe, iutermOdiAire. entre les ma4res ot les
esclaves. -Lea conceasions royales, les.mariageo
avec lea filles 4p plauteursearxichis, avajeut in..
ttadin't., h Saint-Dmiague lea plua gtaudo
huAlles do la nobleae Imigaise et lea goins
'O' S 4`.Attaqa iLux '( hahiw
A la flnOe 19 pkiode, O" iale, ou
O"pWt Onvirom 7.40G propyi4t6a j4ecommerco,
fe6le,"It it pi-&de 200 millions frftcs (700
jiftbu d'4. livres touirn6is)j Aont les treis quAA
'4 (Roou 1.5oo navire% Pkgeit 220.000
ue]Oai" annuellemout lea Porw
entrafna.j ', pert4ung

pendaht toutes lea guer.r":,4u
K





VlI IN HAITI
dihuitieme siecle. Chacun des mouvemen
revolutionnaires de la metropole eut sa
percussion dans 'fle lointaine. Les divers 61
mentsda petit group frangais se virent succ
sivement dissoci6s, opposant les planteurs a
autorits coloniales,les grands aux petits lane
A la favour de ces dissensions, se produisireo
I'agitation des mulAtres, guis le soul6veme
deo nugres. En 179A, des 16gions d'6mign
francais, appuydes par une force anglaise, ch
sbreat de Port-au-Prince lee commissaires de
Convention, d6fendus par lee gens de couple
Bref, un noir, Toussaint Louverture, deviant
maftre du pays. En 1802, la fire janne d
truisait expeditionn du g6n6ral Lecleic; i'ind
pendanee d'Ianti, proolade le 1" janvier 180
6tqit suivie d'an massacre gn6iral des Franca
La totality dea colons 6taient morts on dispel

I s avaiept 6 pigr en foule, d6s1793, a
re6mancipatio K Noire. PIusieurs rentr
i0 Prance; d'autres gagnurent la LouisiLae, 1
s'eparpiilrent dani lea Antilles : quelques
passe6ent A la Jamarque, beauctap aGsu0Ma,.
Etats-Unis, il y eut des rifugids tf s d
J





VII
41
Virgm-e, dans le Maryland,
le Dolawam I Toxmqlvauie et le New 1,600.eyf
Jos w Yoik ot dausle MassaAussets, la
pliqje6tablirent &.Philadelphie, qui 6tait alors
la oapit;de dela Upublique. Le gouvernomefit
Ad6ral et plum'Ours Atate votarent des subsides
en. leur faveur. Iktienne Oirard, do Bordeaux,
n6gociant et apmateur, qui mourut en 1831, Ws-
sant-une fortunede jaillions et demi de dollars,
la plus grande qu'i I y out alors aux 9ts-
Unis, etdom la g6ndreuse fondation pepkue
la m4moira i Philadelphie, la famille, ori L
vaire 4e la: Tourainet dont, naquit Paul Tulauo,
q6 Aduna sonnom & rUniversM.de la Nouvelle-
Ortmiks, furent atfiros on Araori(twe pa la
'aaouie- frAUWAO; do S*iutDaminjzuo.# On cal-
dula, qu'& k fin d4k la R6volution 'if exist it
6.001knigr& do Sgint-Domingue, dispers6s en
tormw6ricdhe, aussi bion sui le continent,
iftka dAm Ift,1, on delms do nos posses

Ui* aM4 de Is Vattini-que; Moreau de Saiiit-
j,'i,'0if4V-X0mbra du Conseil sdp6ri#uf I a
'oom'P086 1 'WW volumineus'e descrip-















deur & jamais disparue. Unis dans unpi
sentiment, Francais et cr6oles, attends a
fitats-Unis par cette dpoque de troubles, col
triburent aux frais dela publication; parz
les souscripteurs, en majority colons de Sais
Domingue, r6fugi6s& Philadelphie, figurent I
noms de John Adams et de Jefferson, Adet,
nistre de Frace ; Louis Philippe, Kosciuszk
LaFayette,Talleyrand,Volney, LaRoc&heoucait
Liancourt, lee g6npraux Hddouville et Rochae
beau. Ainsi parurent les deux ovragee fons
meitaux, relatifs i la pdriode colonial daats'
de Saiat-DomiggI e; P Desc*iption topogrd3
phigae ef poliliq de e la Partie Espagnola di
firt d. Saint-Do mingue, per M, L. B. Moresa
do Spt-M6ry, membre deo i Soid0t philoto-
pliya de Philadelphia. Philadelphile 1-




I
PWIFACS
Irowe ches FA-uteurt jogYrimear-
JAajrell au com'.de PPont et de Walnut slrddi
no 84, 1796; YOL in-seavee carte;, 2.0-Pes-
,cription 16pographique, civile, polifique ef hislo-
riqw de la Parlie Franvaise de I'fle cle Saint-
DoIningue., A vie des observations gdnifrales sar
sa populatioal. sur lo.canxeldre et les mcours do
;ep divem habitats, sur son climat, sa culture,
880::prodadions; son. 4dministration, etc., etc.
Accompagnie$. des Mails les plus propre*
foire 'Cannaftre Pilaf de cefte bolonie & PdpoqLte
da 18 odobre 1789, Philadelphie'. 1797, 2 vol.
0
iA-A
Vaut"roomoewAit ainsi son (A Discours pr4-

a A cette vhit,, depuis si longtemps rdpftoe,
quo #en u,,ast aussipeu conuu quo lea colonies
4ea 401les, pe r6onuMt, pout-mrabient6tTim-
POSS6046 de conDaltre celle qui -a 60 la OUS
!eatre. Oues, si j6 ne me hitais d"offrip
de 8A plp#m pass6e,.. Je
iAla deV*Wnd,8. ejonie de Saint
a f w j justemont -onvi,6e
qi leo isaAvts, qui %t r eil 46 14
1019040400' Nquvftu Mondeat &ut Ih, "Pros..





R UN HAITI
p6ritd, faite*pour 6tonner, 6tait Iouvrage d
momis d'nn siucle et demi... 1I ne pent jamai
6treindiff6rent, il est encore bien moins innut
de montrer ce que le genie frangais avait crO:
deux mille lieues de lam6tropole, d'exposerasv
details ce que ce g6nie, trbs souvent coutrari
par le gouvernement, 6tait parvenu & produir
presque en un instant, et avec une sup6riorit
qui laissait loin derriere elle tout ce que le
autres nations ont entrepris de semblable. a
Par ailleurs, l'6trangetd de son sort, lee mui
tiples variations de sa fortune valurent & Saint
Domingue une immense litt6rature. Lee vi
gleux franvais furent ses premiers historians"::
P. de Charlevoix, J6suite, public l'isifire d
Ilate Espagnole on de Saint-Domingue, 2 vol.
Paris, 1780. Lee PP. Du Tertre etLabat, Doni
nicains, en trait6rent dens l'Hisaire gdndrsoe d
SAntilles habitldd par les Frangais, 3 vol., Parik
1067, et dans le Noaweaa oogage anm ties de I~
adrique, 6 vol.jParis, 1722. Un aventurier ol
landais, A.. 0. Oexmelin, se fit historiann Ade
jlibustiers es boucaniers, parmi leequels 3 1e.
trouvait eagag6 (Htsfoiraede auentsarirs flibns
fiers qu ati.s sonI gnalds doew les Indes, A vol.












glstait d li. colonie, Hilliald d'Auberteuil
(CGnsidtreaions ear F(dta present de la colo-
ni.e :frtgaie. do Saint-Domingue,.2 vol., Paris,
1776),oftdebeaucoup le plus conu. Raynal pu-
li, iaoir c6t6, an Essai sar FAdministration
dSi.dn,-Domingue (1 vol., 1785). La R6volution
. i: w det passions ltouvelles: les a troubles a
lea 't dif" atres W. de Saint-Domingue rent
ol4est4 d4tuIrables rdcits. Le g6ndral baron
aphii&Nt dL aeroi raconta,dans ses Mfnmoires
peararih' E 'histowre de la rdvolhion de
&liNriaOngv.e(s vol., Pari,. t19), les douse
a"''.ea ignes, qui pre6 'Frent l'ind6-
jf0iaC -vtane. Descourtil narra ses
2P44 naentlu dtas tea Voyages d'an nath-
A*I. rr, 1809. Quand partit Flexp6-
2 b Leclea, n publicist tzrsp
1t Diis 4 aviit aufsemhitImne:an
: AEf.. ..L.i~ini-.i.ag. (.vol.






Paris, 1802) & 1'usage des futures planted
La point de vue haltien ift pr6sentd:
MM. Placide-Justin (Histoire politique et sta
lique de tie d'Hayti, I vol., Paris, 1826); ;
mas Madiou (Hisioire cdHarti, 8 vol., Port-
Prince, 1847); et C6ligni Ardouin (Essai a
I'Hisloire Halti, 4 vol., Port-ay-Prince, 1865
Jusqu' la reconnaissance de l'inddpendan4q
les colons d6poss6dds ressassbrent leurs grie
sugggrant les moyens les plus divers, afin
restituer sur 'Ile l'autorit francaise. L'inde
nit6 unea fois rgl6e, les int6ress6s s tarent
La nouielle r6publique n'attira plus qu'b-
sociologues, d6sireux d'6tudier I'aptitnb d t
population noire & se gouverner ellemA
L'empire.de Soulouque valut A Haiti la r-
lerie universelle et 1'effet n'en a point eneor
disparu. Lea Hastiens y r6pondirent p dp
virulentes protestations, conques danse ;styl
ddelamatoire, qu'ils tiennent de leurs origin
rAvolutionnaires. Pour a'en nommer qi'tn
M. Hannibal Price, ancien president de is
Chambre de Communes, mivit um owarge
v nger itulE : 1D i r abilitaion de i.s ac.
naore par la #puablipd'Haifi (1 woIe P*5rsl
4, .




Pk&ACX
j>rhUV' bour 061MIS anglais donn6ftnt
woew dlijit6ivounts souvenirs do carri#r6.
)1'*. Charles, Mackenzie vint on 1826, parcourat
umw, I'lle et juge&;,gans malvefflarkee'le s'"t6me
dw Prdsident Boyer (Notes on Balli, 2 vol.,
Lorafret, 1004i-, i: -0; r do 1868, sir
7L- parti Soencer.
SainWohn Adda une vingmine d'ann,6es i
Port-,atf-Pfinee. 11 conwit Geffrard, SaInave et
Salomon; ": W*-olutions$ qui firent passer le
poavOir dea raulAtres aux n6gres, lui pararont,
rftr&ensibles,. 81 bien qu'il envisag-ea le nou-
:veau f6gime avee la 'plus Lextrdme s6v,6rit6
la Mpublique noirc Triad. West, 1 vol.,
P047-1416K.-lu Indwo auemand, M. Gntil
TipponbAuer,, :a publit uuo monograpkie die
InselHaifil I vol, Leipziq, 4808) et
V-'Aux- Ao eartographie. Unfin le SI&
cro dooiit-,depuisl'iUd6perLdance,!a vu la for-,
mWoA Xuae litt6raturs proprement haltionAe.
VA4WqV'-e da prosaltio-s el poatjs 4rlns.
Por"li-Prined, 1965:fut 66 par
I'MadAimie FianValso Ja citerai les 'vers do
It, Oawdd DurA4' les rotion's de M. Fr,6d*te
moqhtk* '100 Apuvsues det MM. Jus" Wriii.
46"er Antoine Win'o6ent.






Bien que Pind6pendance de la R4publi
n'ait 6t6 reconnue qu'en 1825, par une ord
nance du roi de France, et la question dfinit
cement tranch6e par un trait6 du 12 f6rier 18
moyennant 'indemnisation des families
planters ddposs6dds, Haiti se trouvait, dep.
tiOA, virtuelle4ent ind6pendante, done
measure de d6velopper sur son territoire
r6gime, qui convenait le mieux au exigency
du pays et aux gofts de la race. Si, au
Gonarves, sur i'autel de la Patrie, dans le pr
mier feu de sl liberty, les Haltiens s'taie
jur6s. a de renoncer pour jamais & Ia France
is n'en ont pas moins conserve, par la fore
mAme des choses, notre langue et nos ides, e
un mot notre culture: et ce fut cet heritage d
la colonies frangaise, volontiers accept, q'
maintint, entire eux et inous, un indissolu
lien. Involontairement, I'opinion frang9ase con
tinue de s'int6reseer au sort d'Hafti; inco
seiemment, les Hantiens participant A nos eii
situdes. Non point qu'ils aient gard6 intact ,
d6p6t qu'ils avaient regu de nous : refaissan
avee 1'ind6pendance, les traditions africine
out naturellement dtfornlp ce qqe les pophll




Xv
u4greg tenaient.de nos-enseignoments. Le
Sao fraDws Creole est difficile & com
roAoe, et I& christiani sme hattien. devient
M46-eonAalsmllo' sous Une couche Ae
kichtsm.e. Ainsi: se,. forma, peu A peu, en Hat Iti,
pl"'partibuli6remsent dans Pint6rieurAw Me,
Une faon do ou Iture nouvelle, domin6e par loor
tendauces.ancestrales, mais oA se retrouvent
intacws, sous une apparence do sauvagerie
abicalhe, les"Vieffles habitudes do notre vie
cr,601e.
tes condition, dans Iesquelles so produisit
l'ind6peadauce, 16termMi6rent 1'6volution du
qst6we hartion: la nation 6tait n6e dlun
vementleuroux tontre los blancs.. 11 en r4sulte
quellevit oncoreencadrde dans uno, armature
MfliUite et repli6e sur elle.m6me, A r6cart des
bkpc,,mpels elle, intordit, th,6oriquemett, la
empriow -ok qwelle parqq da.ns les ports ou-
V'5'vl*4"'f Akeuftww' diWentfibremoutles pro-
mw'*64ustitutiqu# no pouiramettre le pied our
ce torlto titm de,: inaltre, oud proprid-
taire. )' HOW "re a P rd,6 les aivisions.admiuig-
trat V,
04*40kob,46 -Jecauiotistdeveawlasec-..
a C&bmune; le qmmier,



&A




ITT En HkIn
rarrondissement; la partie, le d6prAteme
Maio Olle a connu toutes lea variations de l'o
nisme politiqe' avec la %Wtiplicitd, des
titions. La premi6re datait de- 18051
abrok6e I'anniSe suivante. CqVe de 181.
ju tie'nig&6.llyeneutdenouvellesen:186I
'48% et 1879; la. dorni6re eat de 1889, Haiti p
s6da des gouverneurs g6n6raux, des prote
teurs, des president, des rois, des emperour
lea uns nommds A vie, lea autres A t"U'
totta farent soldate amends par llntervezi
derarm6e etse maintinrentau POUVOIrpar led
potisme militaire 1. Lea premiers, Dessdin
1. 11 ask Rm.que lea pr6aidents d'Halti solelit I
61as par Us Chambres, r6unies on Aasmbl6e Nationale,
termes &s diverses mustitufloaq, On chef m1htaire p
WOW d'un mouvement d'oppMtion; lea exiJ6"-s, acco
de ]a )gunalque et de Saint-Tho=s, tenteak un d
ment -, U slensult une p6riode do troubles, et m6me.
UNWa, avec des tfiedft pen nombroul at deg roacon
Pau sanglan1w. Si le, niummt r6ussN le c=r4ovo
tionnalre, Aisposant do It 1,6mc la plus grmde ltap*so
Maldont de, on choix, an so d6siazant lop hts S'ouveat 1,
meme. Une fois ]a ch of a proclaia6 pour Rapt ann6es,
baudo vaincues dAlment lea arm" -,*t tiot le "
acoppto Is fait wompli, an attendant la r6volixti6v
ohainp. La.plupart des che& haltleiis bank Venus da N
Touse"t, L'Ouvarture, Desmftesl- ckdo'015hal Pi
Geffrard, saaaves $90mon, Hippolyle, Tir,6sias Simira
r(ord A.1oxis. Mian *t Boyer 6Went de Flort-au
,Njagage-Saget do SaWt-Maro; Soulonque, de rAq"IT
1s prWdept &clue[, to 0&6ral Antoine lhtwn' eo
dea Cayes. Le'pfk. aingi infroduR -par I& force arm





PMFACZ xVH

I 'Chr Ntio a 159ypr, avaient 6t coma-
goono & t6wssaint Louverture; lesigWraux,-
teur suce6d6rout, so 'virent d6siOS..
tim qpupes, eomme grand .s propri6-
OU OAS Vers6a "us tes mystkeq. VAq-11:
douxi.'
ma *ji dAut -& lind6pendance, I'lle s"6 it
ga an deux r,6glonsl,, q6i imposbreat..alter-
ativ" 4 kui ten'dozoes le No-rd, ofi k colo-
fralicaise avait A6 plus 860M et plus
,0) oDuout les grands fiefs milit6ires, la sm-
to autocroEe-du roiCbristophe, unerace plus
iiieat n6ire et plus vigoureuge, et chose -
A
uU moin&,* attachemeat aux supem-

Cor" do I& gar&,k m 0 hommes dleffoew 6&6do
VUSO"tOArWQrs et grenaabr% eomu"dio
CoftfiWe et augment6s do deux eseadrom
"'la eapitale comPorte quate
U94 akpa rqmplte par aa coVe
s le nouveau pr6sideat de scm
6o dons I& *Ue on am enyirow4
Vr`wmer appel. Le Fort Nau0nal,
Oat naturellement, Cow% &ak
I'aala I-Jao0er, analypt-
-We dor$4re.,*,
a" Pautol de la.,patrie, ai-
"oppow* re*
X16

nk,






titions aWcakes. Le Sud: jo'uit, au 'Con.trair
d,'Un. r6gime-plus doux; lee blaucs, taard veau
pinkrM des Id.des philosophiques du 1 0 T
tibme SiMe, traitreut plus humainomeiit 16-'
,esclaves 'et Proer66rent un plus grand nomb
do mulfitres; FautorM y proc6da a u pirts
mUtodique des terres, Ierms les yax4.,s'Ur--I
di4wtiisements Vandoux ot tomb& doe lei:-
tosies do rempereur Soulouquc Dau4
revolution lialdeunes, le, Word repr6unto 1P
u m6ius la domination des n6grbs; et L4r
cipe dautori%; le Sud, une reprise Winfte
des Mubtres.et 41" Wes plus 116raliew
4, . I* ; ... . -
smfjou Sant Produke an eours zzngma&
PAV,01won. L-8 -mulAtre Ikigaud umeft 16,
*Uvolque, leugre, Tousm.W Louvorwe"
mattre au :16rd ; les deux pka an *bUVA,

'90 crurom', rao"S i1w lb JLO
miAres =m6es au dix

Prihcel'tmdis, q-w A, doirivafle n6gre
phe, devenuSen6 I-, i4awt 8
4ftAgorm6 on CAP-Mordi LA 16A p eopr6g,
4k boyer r6unit Oute. Ile soue'rautorith






Fl6volution, qui le renversw an 1M,
do $,oulouqua ixmUVw&'eM la dOmi-
Okn6grea. dtt Nord, qui jeed po *v mi
qtns inter ruprtion jusqu'k op. jour.
actuolle, il nexiste daus I'lle quune
colowe de blancs, Atr"ers. Oopuislq
1860, qui dOlivra. I'Agl*e d:*

e siteceialoii do pr6trIes.. intor-
canOot A Una mission socialiol
u6 ement recrot6o parmi le cler916
ir*o'* y out des paroisses, des 6(*W,
4wervis, par des religieux frau-
des Pbrpa du Wat-Esprit.
do Plofrmeli. ift, Smun do
JFglos do 14..$"s

MISS1011VU& a'

t4w"" Presque
Ge
.04kaij*om, aeovdmie les P res in IU-;
or -prJaWleve"t
rea cte Plodftel, le cofte 80int-
ours do, Unt-Joseph do Qft
Q-I*. A Uml;-Ies fines de 14 Sagoso,
du ftcr&Omur. Au, He_

tft Pam do le"rTik












en Prance, et encaisse les recettes y affect6es
1e cable de la Compagnie franzaise des CabO
sous-marins touche lee principaux ports de I'd
qutil joint avec New-York, Cuba, 'aip petitW
Antilles 'et la C6te Ferme. Lea navires d6i
Compagnie Transatlantique desserrent inse
suellement lea c6tes haltiennes.
Dans les ports ouverts les seuls o0 soit toll

wMrns de Sain-oseph de Cluay et Ois Filles de la Sagsi
avaent ouvert, eo 105,78 6colis, avec mne population l
laire 1d .11 eantate. Lee deux congrdgations e hmii
deeervient, on outre, ixs hopitaux.Poart*i-Prline,
Cap-aOtiXen, at GBone 0 L swa sCee.
1. De=uiZ amprlhti.btisjiw 6 plaos Mer s
di Pau : l reipnt Do Mi il 8 ( La d em
a.op) 10A qh6 l CIOtl id dfLs inddel es dam hdnitliai
ax plita tIapo, sae 6d6 per l'iid6penadcia e
Mlaoe; laiar t e I dW de million m p. 100.l11 Ixi
e otute, one dote htMrlse, amalgameu. 'ni rdiU
bhtade petie easpmrat, cuemus depuIls. 1856 iea dhej
Spe .t asgoiaats de Part-aL-Rnes. et qoi e'dietA
1tsPl, pbitde S i alllbns. Le service de ern divs
lmt-t -.16trt et atu morta lemAnt- eat llt pa la61
g FaIWMu m bar 0n.isu e elti1s1.oj
t'l t popr mqa aet leW Iw s do l 4ji


i'lkl. g alt, sea EJb le, ltesti A 44Mia i4





PF*IcR xv
ro)I* pr6senceles autres blancs font lecom-
iaw64e gwi Lsapremiers temps do rind6perL--
A4noj ne leg avaient point admis. Dessalines crda
aescwiviM*M,*nPpubli* seuls autoris6s A vea-
drelesorgaisoisd6barqu6esdes navires. Chris-
tophe,,-ayant pormis av commerce 6tranger do
P-WWrses pwpresagents, des maisons mulk-
lre4446,946r6nt-sur I& c6te. Promptement, lea
fRCI&4*,EAeqursnt.Favoris& par les. d6fiapces,
don 6
tla^];i dans les ports; mais il nen rests plus
'ourd'hvi,, non plus que dAmdiicains.
0ionavot le milieu du dernier si6cle, lea n6tres,
"w4es Ha.rfiegs, commenc6rent & pren
plac4reut jo av-"' des, filles de
tauleurlet 6111VIrilrent, des aompoivs.
4fftoxers Allemand 6Went
0 vollus da"
ftv% is 4 cb db.
entreprise iL C my, Ome, HE; f Urent, 'iw-
-,.ardopolis, pras du. M6-le:,%int
I& culture di, Cal kt

a lea di*Ou d4s bbauO
464#4onva lea dr&ts.' do 4toyen, at 1w
u0i". Ila WeMP10*04tvai


UAL







reste, A le m6riter et se perdirent parml
h4gres. Un nouvel afflux d'Aflemands, venu
vifles hansdatiques, s'accentua vers -ISMW.
sieurs entr6rent eomme employ6s chez lea
Rociants francais, 6pous6rent leurs Mles
Aeinrpnt leurs sucoesseurs. Depulis lors,
courant co'nstant Bleat kabli, et le comme
al 16maAd prend une part eonsiddale 41kno
ports haldens, notamment i Port-au-Priuc.
C"-HattienetdanalaplaineduNorduncereolo
corgi(j, WS prosp6re, maintient dans lee a'fta*'
une autorit6 indiscut6e. A c&6 deux, plusie
centaines. 4e Guadeloupdens et de Uardzxqu
oni 6m*
W6 en Haiti; ils y ent 4
pratiqu e pe
m6tieri et, Oce A leur couleur, parvie exit a
f.aufiler daus FinWrieur 1. Les Syrins dO'Iv ent
b0iod avantage 4.1a. soupIas do Ic
1,1 p6n6treixt 4au tous les coins' A# Ae, co-
V'Archands'Pt colporteurs, se 194sant exp
4i4n eAdroitlpurrep" tre sur un aut.re.
,flaruosWuoijA se tr,uvelak RaW, I--6W gemm de nos'
I WWGAO"Oup"m. L88 H&JU too dAs
6021 =86 *Tdet At moueds, N C6==t & vouir
Pabolition do rmwUvago. Pla

au fleft






tit'* 'Manca bt a.pirs, lea mulAtm servent
orm airea, rQuits A jouer le r6le qui
vkvfaot toute communautd peu nombreuse, res-
skj4o witrp des groupements tiis forts. Ila four-
k plus jrad nambre des courtiers' ot
es awfoons blanches. Plu's fina, plu's
itd W,,plus instruits que lee u-6 AS
Olit'AWWiquel"es ind ustries, envahissentrad-
""tiou et les minikhres. Seuls, le, pr6si-
&;v 40, Is Rdpublique, les d6l6guds dans lea
J I : , - '6nts lea com andants darroudisse-
*dut et do commune sont gdnAralimnent Abgrem
,.au,gar.la c6tela'prOpond6rance
4 militAire a do 1'616meni n6gre do'
Parn'n* lea Iffattiens, la disparidon
10, a mulfitres Une wris
qui tient 1'exploitation4e son PrI
13'appuyani 0 lea blaocs pow h6nie-=
AOX n6grei, suirles, UA
Oiw Maws. 9*1 lea: muktres 46 riaw
i4wenewelft onains A 86 P60".
4696 Moire, could." Vines, Par&4mm-
-nder
46 ra rocher des blaucs-blOr"U
p -
it d4jh que 0 lea -
Y




XXIV W4 HAITI
trsses affeetaient une sorte de d6dain po" A"
mulAtres P. 4c Jes mulAtresses, disait, de
660, Hilliard d'Aubertsuil, aiment lea bleaco .
d6dai ent lea mulAtres a; il. raUlait la. s.
sance du petit blanc, souvent adventurer
vagabond, quiressentait ainsi, au d6barqu4, I`
avanuies do se couleur.
Eu modifiant lea institutions, l'ind6pendan,
d'Hafti na point r6ussi k changer ces mw
Au-dessus do la capitale, remontent lea qu
tiers.lombra& de.Turgeau, du Bois-"e,
du Boia-Verna, oA r6side la soci6t6 do coule,
1s femmes, sou-fent fort claires & "int YA
gentilles et raffindes, d'une .6 a A;
tion; la vin6ration du sang bla ne persiste,
elles. Avec une certaine dot, elles
nent #'ordiuaire &.se marier chez laou. a at,
perd"t dans. le milieu fr.ang-kis. Maim,.
U660, elles.recherchent avidkment en m-
104-q sdes, maisons Otran0m:-Aes:
sons de Port-au-Prince, jeentend car ces dem
Selles. maNuent,-pour lea pg,;U de 14 o6tp,
mgme avorsion que leis jauues fiUes4e P
ppur 4 via i-4epovince. A pein rrf"Iej
.. 11 1.. I o: Ae
AIJOjpaAy 1110degteMe4t 46C16 46
4'sur i0i, b6rds






~t E oiu do peiuie i d~brouilleir 1 secret
fi ~mt~ oui joculea ob 1'dchaage commer-
wdy' Mi des operations plus lucra-
j~iei0 que la ndgociation des emprunts
le' traficdes feuilles d'appointement
*f4~u at saris change. Lee hommages,
Wof chez lesgeni do Tuirgeau, lui P6-vf-
ant It noblesse insoupcoMu6e de
Md.. wo :A-t-il realis quelque dpaigne, il
rot pledre une petite mulktrosse en
chaq~e soir, Is twoupe imp6-
o sries et pharmacies ger-
.*est ontb orgueXileuselmeit vers see
1 l Maip voici que, dans lea Antilles,
qalleurs, IAllemand,. nagnBre
Y......... j tnantevabi d'ardeurs pmags!-
N'. alpplique. 'k germaniser coo. ties
Po4& pile.re & '6poux, lho a dames
( 4. ai iH ldmoiguent vokotfers d~ua
-v2diga & lrdgard d'une mIntopole
kr: Mation suuiviautteo It ts
~ *nlonu, s4 f0ndent ilneoaatim~me
_c;Sadle.
2:t t-.





M MITI
tribunal de Cassation, leg onze tribuiiauxx
lee douze arrondissem4ats. financiers, le
iherce blano, la swidth de coulour pft6tr6e
leg marriage Arangers, leg codes, lea I
la Presse, la litthrature franceise cr6olo,,
repr6sentation nAtionale, avec, saChambre
Communos ou Corps 16gialatif ot sm UnIat,
le ;. grand Corps ainsi que le d6sigue le
Peet hAttien, tout celi plus ou molus'PAN
sur nos propres institutions, no sont qu
facade axtdrieure de la RApublique d'Ha
ViAt6rieur eat tout autre et se. passe do
app.,areil superfiti. Sur leg ridnes de 19 '001011
tion franVaise, sms grand souci'd'admiftl
tion, un million et demi I de n6gres se .
actaellement on possession de I'ancienne to
&shlancs, dout its vivent la: culture Ab
p4m; b !is, toiz404 daXIS la pi*
parde cht*pays? uns'4imocratie rurah,,-
d* Par, unb PO&O militadre I ayaut .. pea
,bOAqihpj jarquW' tin Agal ddyq1weiment
se$ pAitrft et "s gorciers, We au op

170, p4TAM16 de otflellr "vDo*b*-
6M,000'iftdividua; lea guerree do I* Rdvol
k.iftttlstmut it 40000.






Os diiCode Rural, acceptant pour
6j6'Jes jimites de Ia. commune, sane ddsir
"416r plus 1, in jai des gouvernants ni des
.-Deautoup wnf ais6s, I& plupart semblent -
Uti; jer me ero: is pas qu'it y ait au monde
T148 hbu ..
P reux ni plus tranquiRes, taut
'Po4tique 11-Intervietit PQiut dane'leurs
Ouque Ia i4volutionreste it distance do
Pratiqu6s par eux-m6mesle M i
et la justice sommaire ne semblent pas
1,6W #ewr; la, Iimplic*M. dix sysMm,6 r4pond
14rex4ent A 'Wra cAvenan.cea. Ce systhme
IL6A'Vod- Iailleu*i d6s origines M'dmes de la
'v a A ;'
1311 -10 li nae- III jamais RM,6e europ6erwe,
*' '! mise
U"'U'NbOil de Lacroix, i)a 60 sou
in p16 ed 6re que nd le farbut
"-dp ToussainfLouverture. Cb!kqu'e
-iandait le stdIet i la main et avait
et de mM sur'ses, stibafteraei. a
on a_
gard6une iidiftenee rdsipee
i'ahus'411 -POUVOIr. AriSOA Pw
Wahs, dit Te proverbe cr6ole,
la plus gTizide parttio d'H.afti*,
Alto des wissio"aires.. d1doi
ac, "i y ait, depais long-






temps, parcouru d'aussi longs timeraires. a
dans la plane du Cul-de-Sac, oi les chemins s
praticables aux voitures, j'ai tojours voy
A cheval, accompagn6 de domestiques ng'|
Lea autorit6s militaires m'ont conduit de po
en post; das lee bourga, lea pr6tres bre
m'ont donnd l'hospitalit. D'autre part, la c
plaisance d'amis haftiens on de Frangaiscr6.
m'a, mis en contact avec la superstition po
laire et le cult du Vaudoux. J'ai vu des rep
des danses, des c6r6monies africaines; jiai'4
site lea sanctuaires de sorciers r6put6s, P1
que quiconque de ma couleur, je crois Mi'W
trouv6 en measure d'observer la costume
campagnes hattiennes. J'avoue y avoir pris
extreme plaisir. Dans un cadre magnit
j'avasi sons lob yeux ue suite ininterrom
manifestations populaires, d'une op
dtranget, qui se produisaient dans' n idW
issue de notte laigue, sons des foras,
1origine africaine; se trouvait infuenoes
neare culture at par notre hisi.tire.
Les lieux mames gardaient le t6moignage
Leo pas80 frangains Dans lesxplaines, lea vie
moiirs Asuere, lea conduites d'eau, les barrage






Wi1aaonie persistentsoup lee feul-
i. plaina du Nord, oi la Icolouisa-
I. pha. intense, lea portes monumen-
ta esuil des babftationa aban-
~1Kvieilles 1ntaines ornent encore lea
C e de Fort-Libertd; la citadelle de
w40LflnrJpbiz garde ses bastions st see
kiiues. Sui'la cime d~un morne, so
j'bdtel'norme fortereuse de Ia Ferrikze,
-Clt.istophe voulut faire le rdduit do
'ml,,ieM~ nu retour offensif des Fran.
k.a rute du Cap aux Gonaives, Is
'14mtnue. h gravir ls empierrementa
JA Colnale. A Saint-Marc, l'Ar-
ineo, subsistent lea dglisem
05 sons, Souveut, lee rues des
elft, eco. lea noid. emprunte s
Au: dix-huitibme 9i1cle; les noms
P-.4*t."at le soluveni rii "..86mver-~i
404 fond6s, tell 4%Efitfy et Va1.
dea habitatidns n'a poiat
,;% fimille 'frnnajcsa. si.ue. &s
pout retrouver,
$ widis dit Mi aimron; p0
4naeiw do- see. see m.4




xx lwbm
Sur u.nec*rw de la plaine 4u Nord, se 1.
encore iA n9pis des. hsj)itation Clisparw
Vaudreuil, brW IDUrlicown aux, PUP
.Daux,,, Dup
Cb4itenop, 'Odfiffet, de M6, Choiseul, -ja
do Charitte, L6 Normant -do Wzit.-etc. Le s
1
do jOrdmie no manquej# point do cond
1eqrs visiteurs A Phabitatibu. Olbbre,.64,,
lluwa& d'uh colon franos avoc Una th
naquit IeZWral DUMAS.
Tin voyage dau-s les grandes AntiUes per
do retrouver, on maint endroit, la d6k-efi
des Omigrds do Saint-Dominguie, chwwwO6,
s6volu#on. Cuba&aut Nle laplus proebo,
Iclse, r6paudireut dans toute la pquiooriien
alors A peu prbs d0sorte.-. une co.lonie, n.omb
ae.groupa au pied dela Sierra Maestra'qt

$audas:q-de-Gu4,- K Saiut-Yagq"Plr.Oub
disw ut nos ordoles -juisqu'au d0i 4 Gu
ummo. La pWne y eat wt 6nWre plant6e
oaAuts,,6tuombreO'usizw"04tpelp deF'
is, gens.,d Nara, anuuReluout appew p
,"mpape sucri6re. Paus Iss colWws,... caf6i
:et Capapybres fum.t 0 "'s par 14 Vqugi
SWutDomiu#z oa






Won quo la paru*e orieutale do, -
rewplie do -04grop
16 '.Ws, quimaintietment keur indii!-

Wj," serjont- dtt t4mbour et non do
rotiounput learasorciard pro-
T, A des a6grell espagnols. L'expaA-
5
Oguigr6s avait'&6 telle, quelout
trouva niturellement Ira
ODA 'CAiin krivit eu vers francais.
ant gFos do nos colon.9,
4ayaA" Vera I'ouest. Mine Fr6-
**pwer et R.-H. Dana racontent,

6tes 4'un 6mi M do Saint-
Aevenu, Pun, des principox &U-
lovix",de.

de families franWepoyintro.
-W6 et le cacao dans les Mon,
,Si la oolouie fra-agaise, de Cuba
t'-I-PgCtb Ot vivacei oil, 40 to
"t, peu Dr6s d6comP0860'...16 Peii
enouvela point Comme,
VA.Mi6riquej 1! 11 exiode V6*






lEurope amat~ u* cimmun6ment la marquee
Sacck, lea p'lnteurs enrichis rentrreant
France; acg qui 6chonurent rent socnheh
mlatres:,ine rested plus q'un groupe.in
de cr6oles blancB, portant des nomse t
donscients de leur origin fran4Lise. L'un*4'
M. Maabre, est notre agent cetsulaire Ki'
ton. L'6gliw catholique y 6tait naguarefrm
et ce firent hoe missionnaires qui lui proc
rent une communaut6 n6gne. La a Pared
porte la statue d'un jusnite savoisien, le :
Joseph Dupont, qui, toute sa vie, desservit
paroisse ot mouret en 1887.
De mime qu'i la Nouvelle-Orlians,. B6a*
et Corses ont pris coutume de se rendre
SAntille: hon nombre.de B6arnais e soata1
blia a la Havane et dans la piarti ocei t
de I'fle de Cuba; nous trouvogi .quAM
Coses dans la R6publique Do lt iul
colojie fort important & Porto-oPQi^ 8w
des Francaiesqui se trourpet & Saiiansm es
Ponce, employXd an chemin de fee oun 1
icre ies, nos compatriotes corese paossxdM
pt. vAa lie quart dds caSi4hra dasa I' .m0 s
iebptagen di owd. Lee pLa ns'erv ireat4


ait ~


M HAiPn





PMFACK

A jitftun biklw; etle 0mrant
wftll"O''s!est mainteau. Wmaicoup firent
pikefit la terte nk*: A Skia.

Obd*8; qoi' mlest plus, que Pompbre dVefle-
*Wjw; pe"100 4e souvenir dft n6treff, qai s'y
la splendaur do I'lle, n,6*e
Ot des: r6yolations voisines -, il
groupe do deux ceaft p6chours,
*a&l4e Unt-,HarthAlAmy et de Saint-Martin.
-fokdaitt;,pift s6jour on Hani, du voyageaut
A,4'm' Us,-.,mndes AmWet, favals. recueffi
gar tout ce qui restait de
4A I'activith franoi0e ha.
A tours: des: uois d#rniers si6cles.
tkire,.un. t6lealm complat dece
do. J# Frabam,,en fimaut ni dtat
in -par dawtm*g,
*46'a afte-mam- -do emole 'Ot le,
u i". T ,influence, amdricain& Nowo
'k IL
aux choeft Au dohm,
iiwgTo"69 franvabAe Mn6rkhe
Alaotme
de, linvi.neible, *persioftce d-6
&IRIVii"i. pArtout I oil eh1:4%4





zmtvr me RaM
oqaep ler ischasnede adc ieBte vi; crdolel
gaise dpAntillest qui paraftbien avoifr tA.
diiPniti6uekaeb le, la former la p-is plai"
d EBrlTvier caloniale.. ~Mgrt6 areos eSreuMneto
dissolutio do .lear vie, aostplauter v
easport6 danm les lies toJr. 1 xanfia n
leiertnbmps: ilsemblequtilen aieat-mis.
qil ehde dtaus leur contact ee la T raw a
et qu'iei iient lu, hieta.:que les Angleti'
lesGlpagaols, maniuer oees populationsal
ti meet jouir de Ia beait6 destropiques.
IaI tsort a voulu que ces trois en&
a6en6 msaietemflsen b iJn oin dei Aatt
Deputs lors,'ai it t e public. at long y
en Peri i:je me tr6uve &a 'heare actdewe,
te BDaitEh an mliea aPfaires.d'S tm
immadidat, a orq wie lesa AntillesI lera
et 1aibitrnpesparmiuentinjwateratei
cohralelaiintaie let daj prsiqedi" j Al..

bomtr~ irAnfr, das.t p -~ieaelt ,lttme,
lidiea eoytelauBnM s4r4lald liV a,ped,
.. .... .." .. . 8. r, .. .
1, AwSl de a w s Japoa, Letadio Heam'ti
.I..CO- ls. V.b vieq
satjn"fI. Mdll~o~"
-~ ~~t~tY~~~~p~ ~ Sc"ijSjI-





P=hFA.(M 3cm
an Ham. Om lattres. no 6hfiemaant
Aq iption compl6to du psp ellm
j
cours'desqudles pli rOGUA" k
m'pentents possible sur les mAmurs
haffiazu( et les souvenirs de notre
adjoin &a
4" Affaim ftmagbresfa bion voulu,
-,W dou cartes jointes A ce livre.
Owmacription des mots cMdes, dew

*"a soit soavent varble, de I& tome
vatWe per le P.. Labet, Momu de

d'auW plus.de pWair & rAunir on
J'aoqaaa 4%v* las Antilles- 4Ae
iuance. Les Ajours quefy, As
AU;;, jO Ik'6PrQUVSi BU6. fan am-
omplet do solitutte at &Indopea-
foent ainoi sans doute Im mmww

v.wWe ea'un amfinel anchuktio



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OauWM @UI*UAL. POVM SBAA-MAT-N


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&,Obidiu. Poum IUvhN




- --------------- -- - -- -------------- ------- ---------------------------- ---------- - --- - -- -------- ------------------------------ -------------- ----- -------- ------- - - ------- - ------- --------------







.i A ..ITI
L


.: .dCx... im .... ",

CHAPITRB PREMIER


LE BASSIN GENERAL

iieidu. C l-Sac. -- Do temps des blasce. Ce
I ll des irrigations de la colone. Lea deiz yser
M io tisie Grine et Rivibre Blanche. Le chef de la
otieon doe Petite-Bois.- L'habitation Lamar-
S;brgtraWent d'qau; les syndice d'irrigaiton.


Port-au-Prince, 1906.

d Ies Franais s'6tablirent 4 la c6te de
dukingue, leure premieres installations
ieutes fent crd6es au ul-de-Sact.

aCaul-dcSe, dens snos lee, one brle trWe
l sji aterre.. A la Guadeloupe, le. deux baies
to! Spa 1* Il ean deux pitles, se noma*aient
Ph'|:t_. 1^ plodadiet chacun 'app~n i
t 0u1-*S flop. (la bade .at!. doe FoAde -
ele. c.nu
W a" l i..iiiia i i





*X ENr aitn
Le nwdei'~fie avait abau bien ipar4jiaa
dtablissements des fibustiers et boncauii
qui, deleur r.duit primitif dans F'le de la T
tue, essimaient, par petits groups, le long
c6tes, depuis la baie des Cayes, et multipliaient leurs a boucani
dansl'intdrieurde la grande there. En 1660
' P. de Charlevoix estimait leur nombre & 3.0
parmi lesquelslapluparides FranGais dtaient;i
ginaiwes de Normandie.: il y en avait 250 a la 1
tue, 60 & Port-Margot, une centaine dans
cantonsvoisin vers Port-de-Paix, 20 Ldogq
Maia, jusqu'au moment oi le trait de Rysw
eut fix6 le droit public dans. hle e d Saint
mbji & la, Imenace conatante des BEspa
ne permettait gubre lee cultures dans la pi
dn Nord, Les Espaghols attaquaient & tout
meit le Cap-Francais, les Franuais p6n6trai
iusq'u'A Santiago de Ia V6ga, et le ~oura d'p
q u es6pare encore les deux parties p, futj
tement nomm6 la 'Rivire du. Masacre. A r
Strdmit6 mdridionale, Ia plane du Fond de 1

digainmee a B smAjrinei4Je Cu--de-8ac do Ldogape q
ea:tai lat die a. 1ill. .e. r ei0, A i 1

lasa.. -


S 1














rwqm urn as IouvaImerU, cnmuuem. urn
Wt .:.l Espagnolo, prit pied & Ldogate.
tii ks, de chasse. devenant. moins abon-.
# situ *allut vivre des cultuires, qu'llm.
OW. jusqulau. Petit-Goave. En i665, Is
mmuri M. ,d'Ogeron, qui ftait de l'Anjaip
~pi~ )~'ees colonsangevins. En'1667,
4Wd0E4X -carguisons suceessives d6
ae~s qui, miss 4 P'eucan, trou-
rtapide d4bit: ce furont, seltm rex.
tin4icaiue, 1le meres de 1i coloiie.,
4p19'i.capitulation do Saint.Christophe t,
0Qr:f4fugids daus Ia. plains de i'Artibo;.
~#ta aa Cul-do-ac. DoDe toutes lee
4edo ties francaise.s de I'Awriqe,.
4j~e. dAe G:Chaarlrevoii,'celle de Saimn.Chris.4

do Ilk do S- iSWO A -fWepbhe-naou
,P~i p~xaix ~ii. Rpws*lic; ~*ts .yaat do~ cei-r
W, dus4 n lUj2bu4. i sag de4. Ida-
04. 1*~ MflYji~v*m4 psdu..u tSimW






tophe avait toujours 6t6 la mieux r6gl6e: e
plus police. LT, dispersion, qui s'en fit daens
autres, y porta des manibres, des sentiment
des principles d'honneur et de religion, q.
n'y conauissait gu6re suparavant. v. L'a
euivaute, on comptait, dans le Nord, un mi.Q
d'individus, concentrds an Cap-Franugis et.
dans les parties de I'Ouest et du Sud, d
200 & L6ogane, les plus aises de la coloa
90 aux Grand et Petit-Goave, 50 au Cul-de-
En 1606, il s'y joignit. 1i7 families, transe
t6es de Saifte-Croix, don't la m6tropoleo
ordonn6 'abandon. La tranquillity n6e. de
paix dea Rywick, amena le rapid develop
meuntde SainutDomingue; colons blanc e
claves n6gres commenc6rent d'y .asfier.o.
premiiees cannes furent planties an CuGde-s
en179A. Six ans plus tard, des barrages fla
6tablis sur les deux rivibres et up syst6me a
plot d'irrigation r6parti dens touted la R6
'Lee habitations se multipli6rent, cociedmd
dea colons entreprenants, i des foacti<
owdes.magistratsooloniaux, auxquels leart
tdon valait certaines exemptions dans Ise p
ment de la capitatto des nAgres,. eaSta
seigneurs de la.ow. ddeirade feir. anux
nies des plaenaiae a tjan u
1" as.,"-' Il".





le BaSSm GtwIGaa.
itaient grandss propridtaires, pro-
des deux denrbes coloniales lee- plus
ided Fdoque, & savoir le same et 'in-
SA bnelitamton de plain, qui portrait leur
4:tait g~~6nraletient annex oan c corail )1,
i ele bois voisin, o& s'6battait le menu
i.U wl.is particulibrement les porcs, do 'es-
adit, cochons de Chine a, qui, ouns le
iisiK intequi, upullulaient dans la colonie.
Sdistince, dans les mornes, la plupart
g*giduieat des terrains affects a la culture du
it~l~ does vivres; apr6s avoir cr66 de rapids
,le prix du cafe Etait devenu moims rd-
*ldpateur; i y avait en surproduction et le
ipblio pr6f6rait le caf6 de Surinam i celui
a omingue. Sur les crtes, oun dans les
harMirebalais, des battes a 6taient 6t-
rt le'lvage du gos b6tail. Ces divers
ents se compl6taient les -uns par
et attachaient & autant de lieux le nom
e colon. Les grands planters des cam-
oaes tituaient 1'616ment stable de la
;t*si mime leur Eat de frtune leur per-
d. aspaol corral, coar, andos.
,.:i' jiiat ai ka, ral centre d'tlevage. Bean-
it 0 '2a"tep mats D-ete dLanm '-tfaals
.. .. a .ise d voadteae et def',-
Bgateitl entre 6a dead partta de .ir.





* En saltI
mettait de s'etablir-en France, ls restaienti
par leors inthr6ts sax habitations familialei
la difference des habitants des viles, qui, PM
la plipart, so bornaient l y touched barre,-j
recherche d'un enrichissement rapid. ,
D'apr6s illiard d'Auberteuil, il y avait
4775, dans la line du Cul-de-Sac, 80 sucrem
produisant 9.3886 milfers n de sucre blani
17,780 de sucre brut- sans parler des ii
goteries, a guildiveries a pour la fabrication
I'alcool de canne, fours & chaux et bri4
series. IE est rested dais le pays touted I
1geade sur la splendeur de eette ancieinn~
c16't colonial, qui s'enrichisusat rapideate
*eqidrait, en cas de besoii, la noblesse &
F fortune et d6pensait en parvenus. -Un -v
dieton des Antilles francaises marqualt la pl
p4rit6 relative de nos diverees possessiollnu
difsit r Les seigneurs de Saint-Domingun
gentilahommes de la Martinique, Mesvieonii

I. U miltiM tr salt 1.00S liHes; deumilliers, n' ton
.. A. at.Ef rw ulo, do .ta.t prttitIe p ir lei
atinm a d'ui emlreie: ce ublK qui sitop
P.ias6es plus lein lonles op6rattp. neaent le scre
d'irs N BleN & haninlent 1 ia distlation de r4e9W
* n pea paRiivemantit agl6 #fqldae dana es in .
. aivet m"uvsa$iSioy" *i a ouit de i~a
^'t .te ... .' * :. ... .' "r!!






,ppo.ot4p gene do C nue,vMA!Au-
-cite
;pi g ua en L7A8;. US no poss6daient aluam
'eptre eux mo t pik 07q;
5ftit is" wtim la terre seigneurio(le do
lieu, AesA, naissance, qu'il avait rdussi .4
vmno, habitation sucri,6re de 400 car-
IAaus. plaine du Cul-ide-Sac, habittiqp.
wnmoe encore le m6me Uom . Plus
q choix, 1.50,0.000 livrestouraois
qu jrrwo, autant daus la qolopie. Get
cAon.n'oubliait pas los infants. do c ou-'
m -,,sme sea fr6res. et Ini avaient eus de lours
'AOsO il-I(jur Idguait une-grande indigojenio
tnkobauooup, de n4gres. G dtait FOpoq,4e o,*
= Frmqpis o'kablissaient.4 la c6te de ajnt-
guq;, Ikk colonie, abaorbaut i elle: se,41pje
'Aiveptmmerce ext6rieur de la Franqpj $on
suffiso t A 1,..,onri4hissement de noa ports,
do jBoOpaux, do Nant6s et 4n Ifaype,
gadmwA m Wes p"i3tent encomeeft
papres frdnokw
Urrains a'y empt4mt p4r cameandr, soit 100 p" Ae
(k1w RU c6a"61 Otrix"m mblru. Ort6s. Un Pau
'lull Tel- dWt, du tooira, le earreau
gut i 11 UIA Isep plus *V d4M 4
3 litres M fert.A mmuimr 1"-Hquid I&
so Yeadent A F", dev 4t poacat AS 41 m, 161h






La Revolution detruisit cette prosp6rit&e
lee colons disparureunt
Peonrtnt, Ie si6ele could n'a pas plus eb
la vieille empreinte Stancaise de la plain .
Cul-de-Sac que des autres rEgions d'Hafti. I
nom des habitations y conserve toujoara led s
veair des planters blancs, un peu dEform6 pf
fois dane h bouche des n6gres; des noms coi
muns dans notre pays restent attaches & tol
lee recoins, & c6td de nons illustres coma
Sdgur, Noailles, La Ferronays, Vaudreuil (
Soissons. Lee habitations morcelees ont bMi
garden leurs appellations: primitives, en y jo
gnant un qualificatif susceptible de distingmu
leis parcelles; a grande a et a petite place
atptent l'endroit o se trouvait naguAre la mr
soi du propri.taire, ou l'atelier d'esclaves. U
cdails d'autrefois sent devenus des c boes a,'
lat larger des anciennes routes s'e
mainteaue, elles sent maintenant defonc~
d'ornibres, coupes par les conduites d'irrig
tion, bossu6es par les tayaux d'eau, impro
cUes ux vditures pendant la saison plieud
Eatri les habitations courentdes chemins cret
que leA crolesappellent des a corridors a; efi
* le itiers, Xogeant let aqueduct, pronn|
Ie nom de.a X a dallte voisine.




Siiii~iS A NBIR AL 9

que colonial, lea travaux d'irrigation
S1:$-h gloire et la richesse de la plain do
S.,Les deux court d'eau, venus du
3j I uivt G-ise ou Grande-Riviire du Cul-
.al i ~ vibre Blanche ou Rivire du Bou-
t comportaient des barrages a leur
tE ^ej'*1d montagnss Leurs eaux,.ainsi r6par-
a double systime, 6taient distributes
krkJ i eauxxtr6t it6s de la plain, qu'elles divi-
.Wtiepn trois parties: Petite Plaine, entire la
i L (Grise at la mer; Moyenne Plaine, entire
rivihres; Grande Plaine, entire la RiviBre
h i et r'tang Saum&tre1... A rheure ao-

fl'atroduction tardive de la culture de la cauue
-fiert franalse (dane la part espagnole, elle avait
Sdes.. Canaries, quelques ann6ee seulement.aprt
..i.. e), lee colons 6tablie au Cul-de-Sac durent prati-
*4 ita autr lee rivibres, afln de remedier per 1r-
l.labuence de pluses, cause par lee esi mois de
| | t..he. Les planteure 6talent encore peu nombrest.
Ja'y1 avail dea toute la plain que aD blanco,
oni mulaties, 8.04 nagree. Cependant des
atimhrtI pout le partage de I'eau, a bien qu'en
..laWettre & 1'Atude ane distribution gndra leet
a nomaineaion do syndices La guerre de SetAas
lImais ao traind. 'affaiare; les lenteur adminm'a-
l b lent' rested. En 17~ seulement, Is project des ir-
iF'at GradsReiv hlat approav6 par leetribunal
ainposA das administratear et de trois consillers
lS mup6rieur; son e ction o e a entre-
de Pati Le .spteme d61Sintif ma fat-ache .qu'en
Sla vIlle mume de IA bitaoltion. Les
&*Bgt mutct 4 millions, asauraat a I'rroseamnt
it diptaeant de 88 sureries, avti J48





10 .r eAlti

tuelle, il ne reste plus quo dee d6hris. Les
quarts de la, plane sont incultes, livr64 h:
yg6tgtion des acacias; des bayaondosn etj
dactus. IA oi il est encore possible drames
I'eau, prespirent les cultures de vivres et

po es courant par scoands -(Moreau de SaiahMAry,
Le iglement d'eau, intervene entire touse leh-ntresa
muna de la eenotion 16gale, 6tait strictement applique
Lea autree riviAres du Cul-de-sac, notammeat sla J
Deitaebe, avaient igalement 6t6 'objet de tvraax &I
tUn, maui d'uae importance beaucoup moindre.. 8
30.000crrseaux, qui formaieut ensemble del plaiae
M treouaaint r6ellemeit irrigu6s. Lenombredesowf
qui 61fit de a en 178a, avait paga6 a 118.
1. Bapeaitfe on Dabi A oaded. Ifate.un (Nsur
Dan. lea plainea haltienec., tou se kIea prUtieas
evahiaes par sla T6otation ch6Uve et inutie des b
1 i~d mle dso goammis, des aca eda et des eatEt es
Coaeffer, pald~ttoer et rai inbtr pouaents a boW1
.ier. Lea fortl. prodisent Iaosjot, le cova, Is Ichafeh
Seadlen, Ie. fafirs teaaloW quisout bois de cltienteb
momabi at lea emerinw donnent l'ombragse aux cai6ibre
'trEnitdIott dee palmlte et ia Nasse toute des Moai
.identeatoutsla vdgtation. Lsearbreasrultierp aant;'lea;
gtere. bnanniere eam itter, apf~l Wi, .etiifl^ a
soltes, papasn, etc. Lea piattamenaisrt, faWlnigai
.astn soree de poUrona), lea nMei on l mre Osale"89
aunieeauuMs brse, aot les ljgbames habitueldaoi'erwrpa
timau: ua.nd Ano eloems wapt a dumegmgr sla Se
A*Mtilla, eta da et d'appelltions indieaneslls.doa~
a an atw*rarres, Bsuiw, plaaote et liaeae aes sobebl
appipr~tl6 N aom A*a-jouet, dienalt Iesr6dsle. Ils d8
irnt lea hs b iaw, U. I6 d btd-aio e1, 6oh akrwrbd; .1
l .b tboa j fdaiabt Jre::f q e Qfm rarre aroe dkta
fA trme dew rauiua- ddsiggi 1 4Atu-owheoWrs e me;
4 t0 Auee.hewamt nomoW1't )meg Prr ; IN6p1boua1 tii
s a ~er nbrong, .qu.t.. Ol an prlnemper.tr
Vhe! ev oBtaUeuiI a pN ^ hcma s psizt-d





Lz MANO CANhUL
'"wnwooft en Intaisent lea conduites
seft on pratiquant sur lea rivi6rea
#vjso-s., nouvalles. Toutefois, lea traces du
4IjviSa#on,,Atabli par lea a6ftes, res.
Aw,'U00i6kedoes; A faut, pour lea retrodver
"pagne, un guide afir at une A"
Ae.narche. Ai fait cette promenade, le
e' 1* F fte-ffiieu, sous-- le grand, oleil de
Alois qua toutes. lea cases de I& P40a
1eim. c6l6bration de la Me, orzk6es des
'touges du flamboyant.
hous" de dheval. de Porww-PAnce, an
646"ken suivaAt le pied des =Q;Uoss
h4itatiolis Drouillard, Caradeux .. Soi--
Bois-Greffitk et FrAres, d'oA appkaft
4e lit Pivi6re Grise, per de.14 100
et lea chmps do cannes, ombrWa,.de.
Puls oh reraoute e la dalle de,
& wi .:k sentier %est bord6 do gujldive#
Mt le',siv-4,p -d". 14-sines proc as.,.S.tw
on Pornier, imbeistent, avoc: eig


"des A3MIes; Us tasetkwrfintak ce vajot
'Au* las ouvmre di6,Desc*nrWjt, -doff ]PP-m
Ubko Itul SAM404 igur lea moladi*% caftetAtee
nos 000,01, Owlews pro"AWS WIM"u-
Kv** d6 Ch: K4wslyj, At lad,, wh*w4 w mdau.
a des





3IS EN BaTI
colonial, la premiere, dit-on, qui fat insta
au Cul-de-Sac. A Platon, r6side.un a cabrow
tier tx fameux, M. Exum6 Jeanty; un de ses f
qui a achevd ses 6tudes & Paris, compete pat
les meilleurs mddecins de Port-au-Prince.
La region est arroade par le a grand-coi
sier a desservant la Petite Plaine ; jadis,
patait du barrage, franchissait, sur le p(
Fond-Vin, la ravine de la Rivibre Madame, pi
longeait le morne, avant de pendtrer
planee. il aboutissait aux abords de la ca1
tale. Aujourd'hui, la plus grande part en
6td emportee par les eaux; le canal eat simp
ment alimentd par une bondance, c'est-&-d
par ine coupure pratiqude plus has sur Jo
vibre. A $oissons, le bassin de distribution .
Srest6 intact; il faut le chercher parmi j
Shutes herbes, ombragd de mombins, sucrin
bananiers et bamboue; I'eau u'en dcoUde par si
portes magonnaes, qui, suivant des condui.

2. l.ftbrcant do eabr uoa, charrettes uill6ees dang
campaAnue hIaltienes.
S:' bscourwik 6"ort iadifflrmment tno&bhin, monbib.
ionbaim. LeP. L t appeRle ct arbre prunier de Xea
A'Laue de.la tonme dasee fruite. 1 observe qu'il tr
bIe& un acNeou et .qan le plante dana les evamoes
demier de t'ombrage au bestiaux pedant la gm.de.
SId jour.-- Po esrin w a: A fltirUit sar*t







du voisinage.
teal Gdnaral captait le volume entier
thirv*'e Grise, en barrant la gorge 6troite
par oa elle s'6chappe de la mon-
y aiur du barnage a 6td d6truit; lati-
i rp'ri*i son cotas normal dana n. lit
$ lUx rounds, que les crdoles comment
i galet 1. Cependant, sur une centaine
les mure lat6raux se sont conser-
Sque lee portes opposes des grands'
SSur la rive gauche, la port unique,
'de deux saillants arrondis, s'appelle
!a porte Saint-Martin, du nom do plus
| propri6taire dtabli dans la Petite Plaiae.
thive droite, la ports Dumde du nse
ion voisine est double. Ce grand-
Squ eat de beaucoup le plus important
|t Ame de l Rivire Grise, se partage aum-
S "'a trois branches, se dirigeant vers la
Plainse hauteurs intgales; le plus
*' grand-coursier proprement dit,muitle
~ des Enfants-Perdus .et s'en v versi o-

ttaeB crto taaie f mnte volountera ertairans n
'fie pluS, fIitolmuerule VA U io doe tote.a e
w tb at igaeant ripanda lean e (ia-e





14 HAITI 1
cheblanche, pour rejoindre, sur lhahitao
Jonc, lee condaitee venues de I'autre rivi&
-- A mi-c6te, le canal de Digneron passe pear
Ferronays; pour so terminer aux bourge 4d
Croix-des-Bouquets et du Pont-Beudet; i
deesous, le canal Noailles dessert la region iM
rieure. En nombre d'endroits, lee basstils:.
distribution, Ia magonaerie des foss6s, les pol
tres bas qui lee franchissent, sont presque 4
ti6rement conserves; ces constructions etaio
faites, dition, avec de I'argile cuite, m4ele i
cendre de bagasse, qui format une mast
tr6s dare, susceptible d'en assurer la durdej
An milieu de ces canaux divers, i C la ga
Dum4e e se trouve l a court m du g6ndral I
lista Calice, chef de la premiere section d
Petit-Beois, sur la commune de la -Croilr-
Bouquets : un vieux n6gre trapu, as nre. p
aplati encore qu'il n'est habituel ehez neux der
race; il nous recut envelopp6 dans un

.' On apple bapase, anx colonies, lee rdtidus de la ca
Us.ftfl qu'el a 6W6 broy6j pour .'extraction des Ju..
t i. M6Dnd&a, qui doina son nom a lI' tahlo, wir8a
wami ta d a-hbitimte si6le. II tenat 00 carreaux dEei
beaIuptre M. Dubois, eta avail aj out 2S pikrdee,cona
toam propmes. M.-DabeS tait an habitant dde Sit-QUl
fftohfr, qui Alat I tfpa'tablnaduad-dSac aptrir ja
ti.i!atna t.petie e SO p6ftn: wi.avals:4t i
ll de SaiMte-Croir, der4ie a ueas des Anltius





LE MLOM'fAN&AL is

.wwaode rese-k fleum rouges. Cette
"Mtowita w""t oil foncti.ons depuis
Oft 4ha, -i"Utant W soft'influence anx
aluccessife le calmede lavee-
coar, tr& vaste, cantient.. plusireilm
Ao Omhkistr& y twuvea one tormebpv'
*'*Oldre 1w jusfioe et- plus -Souvetit: -i
laAamsei &Y" tme, gagawe-pour les com-,
if pout 6galement leur donner quel,
-m6decineet passe pour Gpd-
,:jW,4us les cosAe foliO4 Le jardin eomperw
100, "`Uine de carreaux de terra, ofi r6ussis-
04ft, culturess: potag6res, Maio-, Maltioc, pa-
Wangagf. Les cocotiers 9'y multiplient-
grimpe i Farbre, y cueille. une: defti"
de UOAX wfires, taiHe rapidement de sa
40'6corcejAun nto
daus rtba. verreg. C,6",o fru*
rmplir:deux; puls, dpuh coup seci 1.4
00,#aneh6e. par-le milieu ;...a.vec one eqU
W'eh d6whe la pulpe blanchAtre,, qui:'. ale

aw tidiww emUbles des mwftagdg twilda,
Ov tap c6 sobt Ie6,9ft chotiz ow1hos vids fiow
e bfA tm long tOUtdaSUtIIt6&P"I"'D*f'oS
AnUltu et wfte mr Is C*Tdinon machete
11- k4kw eft a4laib L4 =8 cow
4 hid hem,, do i to, a4m de nath"ae4
errants qW lee Akbriqusiwd,






mange arerose de' ha Cean te Cpt4 i
ouite dans du sieop. de itnae, sea & a11i
lhmile doe 'co, -employde Mux Musgi *
tiquesBpairteau la pIables ....
VoiWd I grande g habi~tion i~ohehlaneh.
y a use viugtUne 'aaes, tlI wappirte
unrde nos cogpalriotea, ve enal ordat y
Mlcommierce e saltidss hritiqrs o pofttire
Lea champs de canuP 8s'6taendoetfr.Ipj
seets6:pe a bois d chiae A2, ia' etWeU.rs hl
teintdes do viult; quelques'aorieose~s o
as arnt de la Moyenn PkiWe. Le a orrdi
.,cheblmnche a est un chemain reto,. oMil:
croeaiet .le lines. aux fleurettes januse
S bonboniers rongeatreso et les jolies. Sla

1 Du teilip. de La olonle, la Toe24oha-
stii deja boiuiuemB oLque, 6tiuit edod'itcaniI
IIt Br mCBCremte tait 6s Ai& pliB 44s*; 0
tteide .i awr easul brmSe par M. nradboi:
ose *la dI hiseb. B ramimairsaCre. tPrl di:.
II d 9aii a Bierd Santo doAnasi a.ii. ,
fla Bude ii. b!t; la .ucnerif ignbresJ

4: di> B~Rl n'a dl commag
..... . .. . .! ...

S.ll..a, aii l..... l .. la ...s :,i .a de~ .ie .,,
ama: ,:u9:i#4EeB nt eea
sib.eot m a'ispt oMI ***1** 'T-B


ii l i i;










BI
















"!NupwrMaum u ILU umuru a zmuumlanu a -
W;W#i*I-mnsperdas; trois heureo a. cherin
ukB~auii Gi~n~ral.
troz"ent do la R6volution, II.4. Lamqr-
.a it prftureuw gdnBra an Coussilplitd-
kort-au-Prince; un des magistrats ea
lPqrtauts do la colonies. 11 avait dtabli. mir
pWb gusi oucrerie, fort bien conatruito elk-
= a pu rgpister au temps aet I'eLwe-
a.se bwoussailies; lee toits souls en
u aquedue en arcades so peMd qoos
4.0o0d4s; uz* arch. plus altong6e freihit
ijr4e long du moulin; les mure, la a ure.
Sia~ s'6cappsit rean & ]a sortie do la
~4biserAmtoil eS briiques ouvrwagoa, jus-
ag..ds dpo. FtR~ eot dsfeudtres, sou:
~:ia~4*U i Fqua lusiae oils mu,, "Ou-
to e oP&uin, Ua conduite. pour k..

... 54 ...o... q.SIa.$ u via qi




an HITI


Aupr6s de Finstallation colonial, le prop
taire d'aujourd'hni a 6tabli ses cases. Mulf
tries clair, M. Lamotte-Aigron tire son nom
la colonie et' rappelle avec plaisir le c6td
son ascendance qui le rattache aux a blancsf i
gais s. Nous le trouvous dans sa petite maisi
6tendu sur un hamac, fatigue, d6ej vieu3x
teint mat, les cheveux blancs ramens sur,
front; papers et journaux gisent eparpill6s d4
tous les coins de la chambre; quelques liv
lea Caracires de La Bruy6re, des vers
Victor Hugo rang6ssur une table. Fau
sister et desabus6, i'homme vit, depuis treCnt
un ans, dans cette solitude. Nagu6re, i PortA
Prince, le commerce le conduisit A la faillitd
la politique a la prison. DBgodtd de la villa
s'dtablit, au milieu de la plains, sur I'habitatl
U Meilleur; la revolution pass devant sa M
et brdla ses r$coltes. Alors, il prit le cheai*i
cette habitation perdue, dout ilne veut pluqi
tir; du moins, il n'y pourra plus entendre q
bruitlointain des coupsdefeundela guerre ci.
.tles chefs do section hlu 'argneront leurt
sites. Le dangerlui vientmaintenantdela ri
quand, a la fin des pluies, les a sources,
. .aeie au ionUC, lea Jus traits de la cane mane foie



ME





LB BASSIN GOtBRAL 19
S*t..de la montagne, envahissdnt tumul-
il tbat lee galets de la ravine. Sur quel-
opatelles, le bois a 6t6 coupd, pour fire
jiu cultures de cannes. L'exploitation de
,t imotto-Aigron est des plus simples;,le
01i4 mi par un cheval, fournit les jus, qui.
isit da s la uve sur un feu de bagasse. Le
yH&h'tulin, ainsi produit, plus clair et plus
i"e les sirops d'usine, trouve un ddbou-
:faeile parmi les revendeuses du voisi-

iiiine d'irrigation de la Rivibre Blanche,
fti pine trace. Le barrage d'antan com-
trf&ois portes, une central et deux lat6-
k*Le premier canal arrosait la Grande
p0ar O'Gorman et Vaudreuil; celui de la
oite prenait le long du morne dans la di-
a n village actual de Ganthier; celui de
lW- gauche se rattachait aut conduites de la
MW Plaine, venues du Bassin G6ndral.
rree que la Rivi6re Grise, la Rivi6re
aA tout emport6. En remontant la gorge
a taiosrt touffue de tchatchas, le cand6-
Fiiomas et da tendree-a-caillou 1, on at-
! ee.fSenes actuenemeot employes par lea iHa
Pri UC aab: A mo e Tendresaoqjo. LeL P.4lit
(u on eplqpwantm qu c bia Wit
.1 tl"" decision, A cane do son extreme daurWt.


.:







teint, i& aible distance de Lamardelle, un cr4
de terrain, oa persistent quelques .pierres,1
Wilieu des cannes et des herbes. C'est tot
qui rest du Bassin Joli, l'ancien basin I
distribution du canal central..'Pour r6pare
S mal, les habitants ont pratiqu6 de leur mi
des d6rivations our la rivi&re; mais, fante
barrage, la perte d'eau est considerable. Sl
lee arbres,les bondances s'embranchent en
sena, vers Boigne, Petits-Bois, Merceron,
tardI et Baug6.
A I'entr6e de la conduit de Boigne
aceroupiun june n6gre, M. Aristhene CG
syndic de 'habitation la Tremblaye; il
mission be surveiller, pour ses comment
le passage de 1'eau, de peur qu'il ne prIt
gene des Petits-Bois envie de la d6tomrner.
Les r6glements d'eau de la colonie sont

1: Cotard est one d6formation de CouBtadr, nom d'i
teur francae. On personage de ce nom At consei
*gremter Conesil.updrieur dmabli au Petit-Goav, at
egure daBs 1I'dl Royal de 1685. En 1786, M. de
almrs commandant en second de la part e 1e'Ouet,
nrfur iM&rbi aire dela colonie, aprbs le depart de.
Selecomuie et en attendant 'airr6e de M. de la L
itat chevalier de Saint-Louis et fat arrmte pendant
tations rvolationnaires. Aussitt apre la rdvolati
blria une o toi limian,. aurglmeen lee geds de
)Vtlfien Cou tard se dlftiUnua danes 'are de d
e I~somda l .Lebores desloigne appanrtt
diat las volulon,





LE BASSm GoMaRAL


4.n vigueur, consacr6s par le Code Rural
i: L'.eauest distribute par habitation, Si
#Mltino se trouve divide, un contract ecrit,
a proprpridtaires, determine la r6partitioi
jiourZ et heures d'arrosage, par nombre de
nuax de terre; chacun restant libre d'or-
eiir le roulement des eaux sur sa propre
Wit6. La police des irrigation eat con-
.i &un syndic, nomm6 par I'habitation,
m.Ows.m par 'autoritd. Ce fonctionnaire sur-
Slea conduites, en fait disparaitre les
~setions, signal aux intdressds les rdpara-
0, ~argentes et tient la main A la strict exe-
tdes contracts, sauf recours au chef de la
pqou. m6me, en cas de besoin, an juge de
doe la commune.
if utage des canaux s'effectue g6nrtalement
ao bre1, un peu avant la venue de la saison
iLa date en est fixde par le propridtaire,
le plus haut sur 'habitation; Ie long du
on s'avertit de proche en proche. Mais
lie syndic lui-meme qui convoque les ha-
at preside au nettoyage. La veille du
ht*oisi, an coucher du soleil, il monte sur
i j pour aire le a hele a. a Dinmain,
a 'eapdsntd nan W ie cannal power netfid
Iiuiai nous allots monster an bout du ca-





.a


E. HAITI


, al pour le nettoyer I o 9t, ajoutant quelquo
mbnaces A ladresse des rdcalcitrants dventueli
a :. qui pas vini, tani pis pour yo I Q
.enux qui ne viendront pas, prennent garden~
euxl .







.1














CHAPITRE II



S' LA PLAINE DU CUL-DE-SAC

It tteo Plaine. L'appropriation des terre aprbs rin-
a.nedanee. Systhme de culture; le m6tayage; les a do
P|l6t L'habitation Caradeux. Formation de la
te haitienne; lee negres creoles. La langue creole.
-6outumes earoles :l danme martinique; e folloldl. -
gsions d'Afique : l Vaudoux ehatien. M6dlage de
ame et de christianisme.-- Rite de Gulise et rite
gi Les toes. -Patpdrls, HBoagans et Phrs-Sanae.
culte familial. Lea sosi6te de Vaudoux. Les
r fs- Viite aux Papalols.- Le cmetlere de Cbh-
load.- L'abitation Freres. Un a dooteur-



si bien souvent visit la Petite Plaine, qui
e Port-an-Prince. Un de nos compatriotes
d dens M. Marc Boutin, reside A Cart-
;un peu plus loin, I'habitation Fr6esn
as u fils d'un ancieR Prdsident de la





at i asto
Rdpublique, M. Saint-Martin Canal, qui a fa
see etudes A Paris. On y acc6de par la grand
route de la Croix-des-Bouqqts, qui ddtache 4
c&emin sur la droite, verb Caradeux et SoN
sons. Lee collins boisdes, qui, de ce c0o
zitourent la capital, en remontant vers P6tio4
ville, portent le nom de Saint-Martin. Au temr
de la colonies, le domains considerable de M. t
Saint-Martin cultive en patates et en herbd
de Guin6e, Is rendait mattre a peu pr6s abso
des marches de Port-au-Prince; ja mais|
de champagne occupait les hauteurs du morn
Delmas; il poseddalt une maison en viI
Bien -n arri6re, a une dizaine de kilombtrd
un ebntre-fort s'avangant vers la plain,
more Sapotillier, isole l'habitation Frr6
-04 se trouvait alors use indigoterie; elle p
duisait, en outre, de la'chaux, du char
du bois, un peu d'herbe. Dans le plat.p
se succbdent les habitations Soissons, Mooqu
Chlteaublond, Caradeux, Fleuriau, du Moa.
- M. de Caradeux, Caradeux atnd s ainsi
1. L'indemait6 arrante i la place I vivrea
lUrtn ea k quinde inmmeeles, ses A Por-au-Prince,
vfeaA&o eoe peotis-ia, M. Eug ne de Md-Mabon, d6j
a li 'WaNe indeumnit, come 6lri*Us de son, pArd,
t ~igelpurie A l'Ans4-Vetu, uone easfterie a G
G&Atie Jt thls emplcement a Jadmel. .&)
.3, Jema-Baptitte de Caradeot (Catadeu)x shtn)i





L a PLAIN DU CUL-DEB-AC
sitsignnat lee documents dresses par lea
uitums royaux,tait, avec MM. de Saint-Mar-
frAd.e Rocheblanche, le plus grand proprid.
A.de I. plain; ChAteaublond et du Momra
jOivatdtd d4tach6s des biens primitifs de la fa-
.pftrtr la dot des files. Son nom rest,
PitSles n6gres, entourd d'une aur6ole de fast
l etde duret d16gendaire; an instant, au course
stations rvolutionnaires, il joua an r6le
rB derant, comme capitaine-gdndral de la
ME.rnationale du a Port-lRpublicain a; ils'en-
dktd-s 1792, avec un fort contingent de sea n6-
p, vtcut quelque. temps A Charleston, o0 Ie
6u.Vl Descourtilz, et mourut & Philadelphie.
.Sion estt embarrassed pour couper des tWtes,
'lt-la lettre d'un planteur farouche, qui fut
.eOtf la Convention,on appellera lecitoyea
6alru Caradeux, qui en a fait sauter une cin-
LOtain sur l'habitation Aulry, dans le temps
rn 6tait fermfer, et qui, afin qu'on n'en
* ,0 les fichait sur des piques, le long de
habitation, en guise de palmiers. n
t d6possed6 les colons par des coanfis

r tof lea grand planter de la plain. La
.do des tanle avarlnt 4pQa6 MM. CBhtaubl]oad
aettlesls marquis de.la Toieoa-Rocheblmncie et
xduM Wbinai.





6s EN HAITI
cations successives, Is R6volution avait livl
aux autorites n6gres ensemblee des terreso
Toussaint Louverture les afferma aux esclavi
6Eancipds, qui durent ainsi rester sur leurs he
bitetions respective. La question de proprife
nefutd'abord tranch6equ'enfaveurdesmulAtrii
capable de justifier de leur filiation & l'dgard do
anciens propri6taires blanco; 'affranchi h6ri!
de son p6re natural, le planter. Ce fut une dd
cision de Dessalines. L'appropriation des autre
terkes fut plus tardive. Dans le Nord, Christq
phe, devenu roi, cr6a des majorats au profit 4
Is noblesse h6reditaire qu'il avait fond6e.. Daiu
r'Ouestt le Sud, une sort de loi agraire d4te6
mine la partition, selon lea functions et I1
grades, Is mise en vente on l'affermage des pam
cells, non attributes aux vdt6rans on aux soj
dats. Aucune concession ne devait 6tre inft
rieure & 5 carreaux do terre et les premibrq
datent de 1809. L'appropriation du Cul-de-.i
n'eutlieu que vers 1812. Dans les mornes, A lafi
veurde la petiteculture, lapropridtd se divisa;
plain, o I' industries sucriere exigeait plus d4
concentration, lea officers sup6rieure regure
desfhabitations entiAres; sibien, qu'A c6td depsl
titscultivateurs, desdomaines dequelqueimp4
tancecontinuentkso maintenir. Come de jui





LA 'PLAIN DU CUL-DB-SAC 2.
.pi" mipaux de '6poque avaient mis ai main
iAia meilleures terres. Le president, lea mem-
0diGouvernement, qui6taient alorale Secr6.
Lg n ral,le Grand Jugeet le Tr6sonerg6n6-
lattribu6rent lee plus belles habitations, voi-
B4e la capital. Pdtion revut Tort aur la baie
ob'ouillard en plain. Le fond du Cul-de-Sac,
p^. route de l'Arcahaye, garde le nom du g6-
iLerebours, qui commandait alors l'arron-
le4tent de Port-au-Prince. Dans toutes lee
gqamunes de la R6publique, lea Commandants
.lceprirent les propridt4s leur conveyance.
iatd, qui avait 6t6 chased de 'ile par Tous.
0u tLouverture, revint de France, en 1810,
pwrreprendre, aux Cayes, son agitation r6vo
Aiunaire et s'approprier 'habitation LaBorde,
~l a rich de la plain du Fond.
taradeux 6chut au g6ndral etienne Magny,
We.omanda la garden de Toussaint Louver-
p puls 'arrondissement du Cap-Haitien.
- o que crdd due de Plaisance par Henri I", il
donna pour embrasser la cause rdpubli-
We. Caradeux fut sa recompense. Fr6res re-
iau colonel Jean Dugantier.
ia PeffiNcait des measures priseM pa
ft. int Louverture, la plupart des n6gres
i Wt 4td emp6ch6s de quitter lea campagnes,







et le permit de circulation, exig6 du temps 4
L'eclavage, restart maintenu apr6a l'ind6pea
dance t. Si bien que lea nouveaux propridtaiq
1t Toute a population des campasues haltiennes vit go
Is rigtmrt da Code Rural, qui, flant Is sort de Lj preea
totalt6, eat, en faith, I lol oaudamentale de la Rdpubltqi
Le Code Rural actual date du I7 oetobre 18M t reap
qelul de 18i6. Comme son deancier, U a pour but unique d
rSgUiepnter la police dee campagnee. Cette police eat fb
triste et (Sit pses r s urpeuple entler an 6troit coatn f
qu'rappelle, par beaucoup de c6tde, lea temps de I'esa
fage, I'itL so substituant aux anciaen mattree. Chaquel
bitation est obligatoirement soumise uone visit mensue
du chef de section, bebdomadair du chef de district. 1d
details de s vie individually sot mnsuioUeuament ridMi
Le 16gislateur. s'tant avis6 du goat immoddir des n6gq
pour Is tambour, prescrit qua lea jours ouvrables, a dari
at fsti na s pouvret as prolonger au dsel de minuitjdj
termed du Code Noir, aucun enclave ns devait quitter f1i
bitation do mattre sane un ballet rempll des indicallons l
plup pr6oises. Siuon, ii pouvalt dtre arretA par le p
mler venu. La mAme obligation persisted :tout home, s'a
seStant plue de vngt-quatre hures de son habitation, sa
permit de circulation dlivr6 pr le chef d district, eat c
dErM comme vagabond et cseilli par la police. Subisaw
e aeme altont les oasife, meme s dentaires, incapablh
de Juatiber d'oecupationa edrieunes.
Des .dispositions asset veatoires Be justilebt par ld
uilit6, car, dans toutes lee Antilles, te n6gre envisage vI
battle le droit de ae. promsner et do me rim fair, comli
le premierivilge de Ilibert6. Bftons-noue d'jouter q0
lee prescriptions dee codes haRlien ne soat paa touJot
Appliqudea au pied de la letter. Le Code penal edicts biH
leo pines lea plus a6verea contr toeua faJaeurs de qou
gbi e.prelates, vaudoua, donpadres, macandalt et arii
sortibfge* Toutes dneu at eautrea pratiques quak
aesa, sp6etfe rartiee 40k, qii seront db nature A entirely
dias leg population l'aprit de f6techime et-oe ol i
son. qrost considered commae artil6gea el puaies#
m eM painea. A E nn Hti, come aillaurs, tee IloIs Ie
bi*a*t pa&a pr6valair egptre le se. m







I airplane trouv6rentencore un bon nombre
i Sliitant & fixer sur leurs grandes terres,
Wil'kttirance des mornes, ex la culture,
ioacile, du cat6 et I'appropriationade petites
ipItsa, rdpondaient, mieux que le travail de
h&be, &A iindolence national.
Laque habitation circonscrit une a court n,
bae i recevoir lea families de see travail-
~*r tout individu pent devenir un a de moi-
I, c'esmt--dire obtenir un jardin, un empla-
ieat oft btir sea cases, et Ia faculty de cou-
iA:.la propridt6 le bois n6cessaire i leur
jpbiration. En dehange, intervient un contract
ki'atayage, qui oblige- le a de moiti6 & a culti-
R .tws terres du propridtiire, centre la moitid
| colte.
is lee champs de cannes, le carreau de
pe.utdivisd en 8 panneaux, le panneau en'6
4awnaus de plantation n, d'environ SO pieds
fDbugn s6pards par lee rigoles d'irigation.
ad'ufsage d'attribuer aux a de moiti6 ) naou
M'psnneaux de cannes. Si quelqu'un d'entre
otpbutt devenirchef de a moiti6 ., engaged
ia: niets 4e moiti6 , sous-mtayers don't
i r 0deonsable, et entreprendre aneo-' U
*.uP6teindue,on 3im cone jusqu'& deuns sa-
Do..e ,ter.- te domain d'un chance est
S t "





so EN HAITI
encadr6 par des allies. Une fois installs,
cultivateurs doivent au ptopri6taire le travail.
la canne; Ia canne- violette, dite de Tahiti,
mdrit en un an environ et repousse aind
ment Le moment pr6cis de la r6colte
chaque panneau eat fix par le mattre de 'h
station. L'int6ressd rdunit alors tous les au
a de moitid a et forme avec eux un coumbilte, q
assure la coupe des cannes par les homm
leur a amarrage a par les femmes; & l'occasi
prochaine, il devra rendre A sea voisins le mI
service. Toute la culture s'est faite aux
des a de moitid a, qui r6munbrent, en outre,
syndic d'irrigation, le grant et le conducted
des travaux de i'habitation. Le propri6taire n'
tervient que pourle transport des cannes.Cell!
ci une f6is onlev6es, la paille br l6e engral
lee champs et, jusqu'A la pousse nouvelle, o
do de moitid a penvent y cultiver, pour leur p .
pre compete, des pois et des patates. Pr6f6re'
ilse quitter l'labitation, chacun eat libre -
le faire A tout moment, en abandonnant I

I. La canne done au Cul-de-Sac dtrhs beaux 6su
it Moreau de Saint-ry; on troOve, Bur I'habtl
(idleik, an canton de Bellevae, des rejetone, qui na
litwaut pas sarnte aprs. vingt amn, d'accorder ce qu.
cltivateur an attend pour prl dose asoine.
3; Ca ffMte, d repagagio conoife, ta.vitation.


lll
*.9!!!





LA PLU.N DU CUL-DE-BAC


Wt mlurs de sa case; en cas de d6c6s, lea con-
ewd4 metayage, preserits par le Code Rural,
Itn turellement repris par les h6ritiers. Et,
Sun tel systhme, le propridtaire r6ussit &
sir a terre sans fire la moindre advance
jib coulte.
isradeux est une habitation de 480 ear-
ix; 52 de moitid, et 82 cases pour unepo-
on de 5 & 600 Ames. Ces gens alignment
maisons le long de la route, parmi lee
andes; constructions modestes, avec lee
jusen terre battue, blanchis A la chaux, les
Spa ille de canne; plusieurs sont munies
galerie extirieure, d'un a avant-corps s,
Jleo r done meilleure apparence.
e c:uanal passe entire la cour et lee cultures
aboutir au moulin; il y arrive par un vieil
,long d'une soixantaine de mtres; a
:*des piliers s'adosse une rotonde en pieces,
:-rmonatait jadis le pavilion du surveillant
4avaux. A 'entr6e de l'aqueduc, an mur
marque remplacement de la maison
Tdconome, aujourd'hui 1'6cole; le propri6-
*ortit la .case; i'ltat r6tribue le mattre
i do 25 gourdess par mois. Dans les
tit u consitae I'aniRt mon*tre d'Hlneum, ele
ua dol't, mals' sabit lae ehages 1B.







plains hatieanes, les aqueduct de 6il
.4oloniile e sont frquemment onserd i;
rares ont. les moulins. Los moulinu 'sucre
abs colonies itaient gdndralement ,dimeat
Ieau, liaon l'on en pouvait amener. Aiileuasi
4taient mus par des b6tes, bmufs, chesua
mulets. I1 existait m6me quelques moulins4k
datslescazbesferres des flee du Vent, C'est-"c
sar lee c6tes de l'Oc.an, plus expos6ae '
souffles da large. Je n'ai vu d'intact, au Cu
Sac, que IL moulin A eau de l'habitation Mocq
coastructiod carr6e et massive, recouvert
tiles hiroioes. Les suereries sogt de .
r6tet ;.quelques appareils vinrent de Frana
plupart des ]tats-Unis; les usines produisei
uceeeristallis6i qui so vend i Pe rt-u-Prine
lhiaque habitation posabde son dip6ftL. v

p e jflbdiattee. La grde argent ttt cotntt o 0 1*d
4aest plus Upie. nppr6eet6e que par du p pier- moot
'q atabdivine ea prices d'argent de 0 et 106 'its,i e .i
'te.0 r de 5, oenpieLes b to culim.de 2set I e).
I gourd hadItmei est un heritage he la m dtield
n Wt lvieat de IealMntme otminle esiagos e .I



"d i- tIia ii upaprte doOeWft
ei tisr to d.lawe at li nftde pri- dte la

..mr,


It .


AN ma B"





















IWAwon MOactr. Vs u moM D L' OQuo COLOMNAL


B. ... P IIt


L$F






































































F











ViU .sP *tU LUB U UtS u ruKIM ua muB-
i t et de soubasements.
1Ji6'atre c6t6 du canal, des lignes de pierre
*piet, encore, dans sea contours, la r6ai"
6ise de M. de Caradeux. Au dehors, trbis
ais rondes servaient d'dtuves, pour achiever
lobrisation du a sucre terr6 s, eelon 1e pro-
'a' uag'd & Saint-Domingue. Le o terrage i
ie~aequi donnait la cassonade, Mtait une
~~mrs industries, autoriedes par le syst6me
audal; encore n'6tait-il point gdndral et bead-
~elucareries continuaient -4 voindre leur
i 'n Erut >. A la sortie des chaudi&r8,,
destiny s au terrage, e6taient velsie
afoimes ente re; au.bout d'une Tvin
t ours, Ia matidre passit dans des sea
fton "ispendait aux poutres "horizontals
~ ves. Sou s 'influence d'une chaleur'douce
ue,. Isa concentration s'opdrait et l pM
Li sd6taache dulsucre, s'6gouttait ar .ti
Sdb es etuves demeure'intacte, aiev
d tales; leasracines d'an fieir
2enR0asO i tout le pied de Ik taur.





w BRaT


Au milieu des vestiges de 'habitation eo
iale, ai.s'lVe Ia maison.dn propridtaire actue
ine construction .en -bois, selon r'usage de
plain, avec. des galleries xtdrieurest
maobi~ir .ommaire. ,
La population nIgre, qui vit.aur ette te
impr6gude de son pase. franouis, est venue
divers points de la c6te d'Afrique, du Cong44
86ngal. La transplantation, qui dnra deleA
du 4x-seepti6qe si6le a Ia Rfvolution, fut, p
le Afriaiaus, uae terrible dpreuve; la M
talit6fet dpouvantable; on calculait au hutii
4de 'la'gaisoiLle dpchet du voyage en mer
ntu tiera dei.,individus ddbarquee la perte
trPispaeniA6ree anades. La eant6 gndrale. r
AciriMet,jauquk l'aoclimatement dfinitif..
amp*tiAdt. par former le ngre cr6ole; la
Jaitienae uequit asini d m6lange des dive
pplsdes africaiqes, affect par le climat
4*U11 ., Iintroduction .d chistiani
'W sontn~ l atecenoues., Lea6.grep dAmUri
*qntfenoadiffuenmts les uas des autree .;
le hagrea. cr olea, cosx. de langue
si'out ries. coimnun aves lea Anglai
E.pagnaos; tous soat exempts de la
Wttflu su ainfgre des tats.Unis.
.* e i type n lt04ge*t ssaoodifiaiit; ildt





Fi LA PLAMI BU CUL-DI-SAC b
Kqu e .i trsais caracthristiques de 'Africain
U rent. L'dvolution d ngreo creole, qui
U porWpera so transformait rapidement
ro peow fin, n'avait point 6chappd6
I$ertion de nos colons. Au contact de'la vie
lei leI n6gre perdait sa lourdeur et ea
i 4i primitives; son corps devenait plus
p et plus adroit, mais il d6pouillait, e
-temps, as simplicity naturelle, son carao-
it e falsaiit egotste,, son esprit plus afflnd
uidt vain et turbulent. L'ind6pendence a,
jmie etaine measure, ramend ti shoes
row*,lse I6gre harden. D'ordinmai, hommee
Mdit, tranquille et soumis, mais porter sur
enolin un rire immod6r6 et sujet i
jezysmies qui peuvent 'entratner id'ex-
aires violence. II est superstit eteZ
*et phapardeur : si lea menus lar ld
aoiuents danss lee campagnes, sl sacdnith
Udole.. Avec un pet d'indulgence peat-
mimsioinnaires se plaisent A dire; qu'en
tdlS: villes, il n'y a point de gens ma-
:adse Biea, Ie people marque-4.il au
sitselles et temporelles 1 rev-
Ip tea' hant. Par contre, rhoamme
*j..pa- excas d'ausurasce. Sut
l luli dotuiafment-eoins rare, fsurtotit





ts an san
dans les ranges dlev6s, il est vague et tumai
tueux, violent et entAtd par pure igno'ran
iniolent par incertitude de lui-mAme et manu
de sivoir-vivre. La femme eat entendue et I
tive; jeune, elle est volontiers coquette, sea cl
veux crpus et rebelles, rdunis en petit
matter sur tous lee points de la tite, sont dii
mulis par le foulard de son tignon ; quand el
yvet, elle s'habille proprement d'une robe I
cotonnade ajust6e la taille; mais elle s'dpaiij
de bone here, at, chez elle, la vieillesse vii
vite, i la difference du n6gre, qui se conseW
beaucoup plus longtemps que le blanc. 4
Les divers idiomes africains ont dispai
quelques mots isol6s persistent dans le lang
oreole, qui a pris leur place. Celui-ci est nd spj
mandment des relations journaliAres entire
tres at eaclaves;'c'eat du francais en cons
ddformation, se bornant a rendre les sons'1
Foreflle des n6gres Etait capable de percev d
avec des elisions dans les mote et une
maire simplifide par la paresse cr6ole. Les
jugasons principles sont indiqu6es pf
simple, auxiliabre; les parties du dims
rduitet aum aset, Vete et coaipla6met :
coup de vieill expressions 'non
bretonnes ent p6n6trt dans la lan g .





LA PLAO DOU GUL-DE-BAC


~bmhroux terms de marine, quelques mots
Set srtout espagnols, enfin plusieurs
i d'origine indienne, pour designer lea
im, Bspciaux i I'lle. Bon nombre d'expres-
: vrieillies ou m6me disparues de notre
se mont conservees dans l'idiome creole.
ia. oles le trouvent fort joli: il est enfiatin,
Jli de tournures pittoresques fournies par
plieu ambiant, propice sux manifestations
p~e4resse II possede une fagon de litt6ra-
er. avec des contest, des proverbes et des
i pBe ppour la danse. Son expansion est con-
4pable aux Antilles : on en parole les dia-
tes dans la plupart des tles du Vent, de Ia
waeloupe & Trinidad, dansles Guyanes, sur
piaeorientale de Cuba et jusqu'en Louisiane.
i 'eet onstitu6e une culture creole, greff e
culture frangaise, issue du regime colo-
iA- embrassant lea divers details de la vie.
empliflaut ia Iangue primitive, toe les dialeete
oat galement d6fobrme dns un seae dlff6terie et
e, comme pour mieox Iadapter a caractbre en-
S qaceui I'employait. Ea er61oe f gais, la sl-
qu et dir petit et aonWtament applquep
abanx aone propre. Le wNdle espagnol tod
taos adios (adieu) deieat edaiatl; achre (main-
11 ulte), chorita ; la plupert des mote poeWlat
adimlautalv: manea. no ia (Ie aote, r
de la loage eat peun4tre maods
da reslprit, do moshm das la forms da





s tmn maer
Par une chaude journ6e de juillet, nouw
e mes A Caradeux toute une fte cr6ole. Le d
jeuner comporta un calaloa de crabes et u
tnassa d cog d'Inde. Le tassau eat une viad
sachde an aoleil; le calalou une soupe de god
bos faite avec cos grands etabes gris, gtt
datn lea lieux humides,auprbs des rivibres, d
mar6cages on des conduites d'irrigation et,
Fon prend, le soir, aux lumi6res. L'adjonctie
de petite champignons du pays, oamm6e gui
gnions, done du goot au bouillon, avec un
couleur noire. En m6me temps que le dalloi
il eat d'usage de manger le tomnom, pate
bananes, de patates et de malangas.
Une tonnelle, recouverte de palmes de co
tier, avait6t6 dress6e devant la mason d'ecol.
Les danseurs s'y r6unirent peu & peu, aut
des professionnels, charges des divertisse ne

1. Lea gombos (1e P. Lsbat, qui vlvait & Isner
- a plkplle6 gufagem6bs) Bont lee ptites goumes itae
Agusrt on Oriat, Bsou e nom a be rames, dau tous
r1ao6ts de la cuistne grecque. Its sont ounvent empli
das a Ie duln, aut Anauis et 'a Loutl-ae. DeaW
ad. restaurant de New-York, on serle go o o
4 est upotti e do giombbs o mag A lii N
IUfalalo est one soupe ipalsae, thite dherbee b Wi
sdalgImediiu, piarte lbphiels aoit 1fgurr Ise gaib6.
L' Iw da. i'deagtEol tlae )- eat. s visdei.AI,
p6 e- a*dielttle, frotte as ja de citron et
olea. (Deasortlz.)





sa


LA PLUIN DU CaL-DID-AC


pialibitation. Squl, le samba pr6fra i'abstenir:
j oit)risr dni moulin, Xl. Paul Mervilien, le
iiri doe contes n, qui narre, amu veilldes, les
iii, threi des heros habituels de la fantaiei
i lee aieurs Bouqui et Ti Malice; il fad
~ tV t pas de tirer conies grand'j er. Toun
s talent lI. Un chef de moitih, M. At*
II;ie Eugbne Ti Michel, i califourchon saur uat
Iii bour, Ie frappait des deux maine, avec des
iio, rsions de tout son corps. Le movement
ijie la danse tait donn6 par le codaliar, tapant
vl.Reades baguettes sur une caisse de bois vide,
|Ii~.-pao leI singalier, muni d'un morceau de
Il~i Un cultivateur, M.. Marcellus1 ancin, maxd-
A d de la section, faisait office 'deeatilierv
*m i'Ie,' dd Fleuriau, tenant le tunmbudui
esoex6cutants accompagnaientla daose Ma-
,lliu nae danee du venture tr6s aceentate.
e dame choisit un cavalier qui s'agite .av
ls d'elle; quelqu'un veut-il etrer. daena
SIso- tepresente, use pice de dmeaiiaiet
pour a payer sortie aux cavaliern rdb
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Li ban nous I'agenl,
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apporte. des boiseons trang6res. Que Ie bon Dieu
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yie 1i

La contre-danse et une valse lente, la,
a ringue, exigent an violon et un accordion.
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de lilabitation Goureaud, criait les i ct
d4 cheque figure: c En avant A vos dame
PatoiSr mmie, il arritait sa musique et i
vait una anseur maladroit: .Oh I 'eit on,
gdt Isle, moni cha a a.A
L'asistanee comprenait routes les a
Ws da voisinage: le chef de la deuxi6me





IA PLAUB DU qUL rDW-AC I
biuevue,danala commune de Port-au-Prince,
l edence A Caradeux, le colonel Gdlia Ndret,
' nfilitaire, 6pais et court, en grand uni-
ie,- k6pi galonnd, dolman bleu, pantalos
Mice, venn avec sea deux enfantas ua
igarfon, M. T6l6maque, et une fille bone
riverr Mile Deuxgraces; le notable a de
station, M. Raymond, avec sa.fille, Mile As-
l:flles, un nom frequent dansles families
"urdes d'un exces de prog6niture feminine;
|i.le ppaploi de du Mornay, l'un des plus
atres de la plain, M. Aurdlien Bernard; une
'i ploi moink achalandde, Mamb6 Zisine, qui
deasn localit6; M. Rendlas Rend, le mattre
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ppostres de l'habitation, le marechal Fidl e.
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EUGNE AUBIN EN HATI 32 phototypies et 2 cartes en couleur hors texte PARIS LIBRAIRIE ARMAND COLIN 5, RUE DE MZIRES, 5 PLANTEURS D'AUTREFOIS NGRES D'AUJOURD'HUI

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EN HATI

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LIBRAIRIE ARMAND COLIN OUVRAGES D'EUGNE AUBIN Les Anglais aux Indes et en gypte. Un volume in-18 jsus, (4* DITION), broch 3 fr. 50 (Couronn par l'Acadmie franaise. Prix Furtado). Le Maroc d'aujourd'hui. Un volume in-18 jsus, 3 cartes en couleur hors texte (5 e DITION), broch 5 fr. La Perse d'aujourd'hui (Iran-Msopotamie). Un volume in-18 jsus, 1 carte en couleur hors texte, broch ... 5 fr. En Hati : Planteurs d'autrefois, Ngres d'aujourd'hui. Un volume in-18 jsus, 32 phototypies et 2 cartes en couleur hors texte, broch 5 fr.

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GRESSIER ROUTE DE PORT-AU-PRINCE A LOGANE LES CASES DE M. BLANC CYRILLE AU FOND D'OIE ROUTE DE LOQANE A JACMEL

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EUGNE AUBIN EN HATI PLANTEURS D'AUTREFOIS NGRES D'AUJOURD'HUI 32 phototypies et 2 cartes en couleur hors texte LIBRAIRIE ARMAND COLIN 5, RUE DE MZIRES, PARIS 191O Droits de reproduction et de traduction rservs pour tous payer

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FRCopyright nineteen hundred and ten by Max. Leclerc and FRH. Bourrelier, proprietors of FRLibrairie Armand Colin.

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PRFACE La faveur des circonstances m'a, par deux fois, ramen aux Antilles. J'ai habit Caracas (Vnzula), en 1887-1889 ; Port-au-Prince(Hati), en 1904-1906. Entre temps, j'ai visit toutes les grandes Antilles, quelques-unes des petites, et fait de longs voyages, aussi bien sur la Cte Ferme1 qu'au travers du continent nord-amri cain. Il n'existe point, en Amrique, rgion plus attrayante que les Antilles. La nature y est plus belle que partout ailleurs. Le relief du sol, la 1. La Cte Ferme est la partie septentrionale de l'Amrique du Sud ; elle fut ainsi nomme par les Espagnols, qui touchrent le continent sud-amricain, aprs la dcouverte des Antilles. FREN HAITI. FRa

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II EN HATI splendeur de la vgtation tropicale mettent certaines petites les, notamment notre Mar tinique, la partie franaise de Saint-Domingue et les Montagnes Bleues de la Jamaque, au nombre de ces terres bnies, qui, parsemant la mer des Antilles, l'ocan Indien et l'ocan Paci fique, font, notre globe, dans la zone des tro piques, une ceinture de paradis. Quelque glorieuse qu'elle ait pu tre au Ca nada, l'aventure franaise en Amrique n'a nulle part t plus brillante, plus varie, plus prolon ge qu'aux Antilles. Aucune le, sauf peut-tre la Barbade, n'a chapp la course de nos fli bustiers, l'tablissement de nos colons. Sur toutes, la culture franaise a pos sa marque, une heure quelconque de l'histoire, sur toutes, elle a laiss des traces plus ou moins profondes, et le jour est sans doute assez proche, o, en face de l'amricanisme envahissant, il ne per sistera plus dans ces les, comme souvenir de la domination europenne, ct de la langue espa gnole Cuba et Porto-Rico, que les restes partout dissmins de l'ancienne vie crole 1 franaise. 1. La plupart des crivains coloniaux donnent le nom de crole tout ce qui est originaire des colonies, par oppo sition ce qui y vient du dehors.

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PRFACE III Saint-Domingue fut, de beaucoup, la plus im portante de nos possessions aux Antilles. Le hasard des dcouvertes en avait fait le premier tablissement de Christophe Colomb et le com mencement de l'empire espagnol en terre amri caine. En 1630, des flibustiers de toutes nations, ayant t chasss de Saint-Christophe, vinrent s'tablir dans l'le de la Tortue, au nord de la grande terre ; de l, les boucaniers, franchis sant l'troit canal, se rpandirent, la poursuite des bufs sauvages, dans la partie occidentale. Parmi ces aventuriers, l'lment franais prit rapidement le dessus ; si bien, qu'en 1641, le gouverneur gnral des les franaises de l'Amrique, alors tabli Saint-Christophe, envoya Le Vasseur, un de ses officiers, qui fut le premier commandant pour le roi la Tortue et la cte de Saint-Domingue En 1697, le trait de Ryswick finit par recon natre un tel tat de choses et la partie fran aise de Saint-Domingue put se dvelopper librement, en vertu du droit public. Un sicle durant, mais surtout aprs la guerre de Sept Ans et jusqu' la Rvolution, nous possdmes, dans ce coin du monde, la plus riche et la plus belle

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IV EN HATI des colonies europennes. Un dit royal et le Code Noir de 1685 avaient rgl, dans son principe, le statut colonial. Le Cap-Franais, aujour d'hui Cap-Hatien, tait le port commercial ; le Fort-Dauphin, aujourd'hui Fort-Libert, l'ta blissement militaire. Au milieu du dix-huitime sicle, Port-au-Prince devint la capitale, o rsidaient les administrateurs de Saint-Do mingue le gnral et l'intendant, l'un militaire, l'autre civil, nomms pour trois annes. Des commandants en second gouvernaient les trois parties du Nord, de l'Ouest et du Sud. La justice relevait des Conseils suprieurs de Port-au-Prince et du Cap, qui avaient remplac ceux de Logane et du Petit-Goave : ils enre gistraient les dits royaux ou les rglements des administrateurs et formaient, avec ces derniers, l'assemble coloniale pour le consente ment de l'impt. Capucins, Dominicains et J suites 1 se partageaient l'vanglisation de la 1. La partie franaise de Saint-Domingue tait divise en deux prfectures apostoliques par le cours de l'Artibonite. Celle de l'Ouest et du Sud appartenait aux Dominicains ; celle du Nord fut aux Capucins,puis aux Jsuites; elle revint aux Capucins, aprs la suppression de l'Ordre. L'archevque de Santo-Domingo, primat des Indes occidentales, s'arro geait l'autorit mtropolitaine.

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PRFACE V colonie. Une petite garnison de trois rgiments, envoys de France, les milices et la marchaus se coloniales garantissaient l'ordre et la scurit. Dans les grandes plaines, les habi tants cultivaient l'indigo, la canne sucre et le coton; tandis que les montagnes se trouvaient rserves aux cafireset l'levage. Desngres, imports d'Afrique, travaillaient aux planta tions ; des multres affranchis, ns du contact des blancs avec la race noire, formaient une classe intermdiaire entre les matres et les esclaves. Les concessions royales, les mariages avec les filles de planteurs enrichis, avaient in troduit Saint-Domingue les plus grandes familles de la noblesse franaise, et les noms les plus illustres s'attachaient aux habita tions A la fin de la priode coloniale, on comptait environ 7.400 proprits ; le commerce s'levait prs de 200 millions de francs (700 millions de livres tournois), dont les trois quarts l'exportation ; 1.500 navires, jaugeant 220.000 tonnes, frquentaient annuellement les ports. La Rvolution franaise entrana la perte d'une colonie, qui avait efficacement rsist aux at taques anglaises, pendant toutes les guerres du

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VI EN HATI dix-huitime sicle. Chacun des mouvement rvolutionnaires de la mtropole eut sa r percussion dans l'le lointaine. Les divers l ments du petit groupe franais se virent succes sivement dissocis, opposant les planteurs aux autorits coloniales, les grands aux petits blancs A la faveur de ces dissensions, se produisirent l'agitation des multres, puis le soulvement des ngres. En 1794, des lgions d'migrs franais, appuyes par une force anglaise, chas srent de Port-au-Prince les commissaires de la Convention, dfendus par les gens de couleur Bref, un noir, Toussaint Louverture, devint le matre du pays. En 1802, la fivre jaune d truisait l'expdition du gnral Leclerc ; l'ind pendance d'Hati, proclame le 1er janvier 1804 tait suivie d'un massacre gnral des Franais. La totalit des colons taient morts ou disperss. Ils avaient migr en foule, ds 1793, aprs l'mancipation des Noirs. Plusieurs rentrrent en France ; d'autres gagnrent la Louisiane, ou s'parpillrent dans les Antilles : quelques-uns passrent la Jamaque, beaucoup Cuba. Aux tats-Unis, il y eut des rfugis franais dans

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PRFACE VII les EN-usCarolines, en Virginie, dans le EN-usMaryland, le EN-usDelaware, la Pennsylvanie et le New Jersey, jusqu' New York et dans le Massachussets ; la plupart s'tablirent Philadelphie, qui tait alors la capitale de la Rpublique. Le gouvernement fdral et plusieurs tats votrent des subsides en leur faveur. tienne Girard, de Bordeaux, ngociant et armateur, qui mourut en 1831, lais sant une fortune de 7 millions et demi de dollars, la plus grande qu'il y eut alors aux tats-Unis, et dont la gnreuse fondation perptue la mmoire Philadelphie, la famille, origi naire de la Touraine, dont naquit Paul Tulane, qui donna son nom l'Universit de la NouvelleOrlans, furent attirs en Amrique par la colonie franaise de Saint-Domingue. On cal cula, qu' la fin de la Rvolution, il existait 6.000 migrs de Saint-Domingue, disperss en terre amricaine, aussi bien sur le continent que dans les les, en dehors de nos possessions. Un crole de la Martinique, Moreau de SaintMry, qui fut membre du Conseil suprieur du Cap, avait compos une volumineuse descrip tion de la partie franaise de Saint-Domingue,

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VIII EN HATI au moment mme de la Rvolution ; il la EN-uscomI plta par une description, plus courte, de la partie espagnole, que nous cdait le trait de Ble, en 1795. Aprs avoir pass Paris les premires annes de la Rvolution, Moreau de Saint-Mry gagna Philadelphie ; il s'y fit impri meur et libraire, afin de publier son uvre, qui reste le plus prcieux tmoignage d'une splen deur jamais disparue. Unis dans un pieux sentiment, Franais et croles, amens aux tats-Unis par cette poque de troubles, con triburent aux frais de la publication; parmi les souscripteurs, en majorit colons de SaintDomingue, rfugis Philadelphie, figurent les noms de EN-usJohn Adams et de EN-usJefferson, Adet, mi nistre de France ; Louis Philippe, Kosciuszko, LaFayette, EN-usTalleyrand, Volney, La RochefoucaultLiancourt, les gnraux Hdouville et Rochambeau. Ainsi parurent les deux ouvrages fonda mentaux, relatifs la priode coloniale dans l'le de Saint-Domingue : 1 Description topogra phique et politique de la Partie Espagnole de l'le de Saint-Domingue, par M. L. E. Moreau de Saint-Mry, membre de la Socit philoso phique de Philadelphie. Philadelphie. Im-

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PRFACE IX prim et se trouve chez l'Auteur, imprimeurlibraire, au coin de Front et de EN-usWalnut streets, n 84, 1796; 2 vol. in-8 avec carte; 2 Des cription topographique, civile, politique et histo rique de la Partie Franaise de l'le de SaintDomingue. Avec des observations gnrales sur sa population, sur le caractre et les murs de ses divers habitants, sur son climat, sa culture, ses productions, son administration, etc., etc. Accompagnes des dtails les plus propres faire connatre l'tat de cette colonie l'poque du 18 octobre 1789. Philadelphie 1797, 2 vol. in-4 0. L'auteur commenait ainsi son Discours pr liminaire : A cette vrit, depuis si longtemps rpte, que rien n'est aussi peu connu que les colonies des Antilles, se runirait peut-tre bientt l'im possibilit de connatre celle qui a t la plus brillante d'entre elles, si je ne me htais d'offrir le tableau fidle de sa splendeur passe... Je publie la description de la colonie de SaintDomingue, qui a t si justement envie par toutes les Puissances, qui fut l'orgueil de la France dans le Nouveau Monde et dont l'a EN-uspros-

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X EN HATI prit, faite pour tonner, tait l'ouvrage de moins d'un sicle et demi... Il ne peut jamais tre indiffrent, il est encore bien moins inutile de montrer ce que le gnie franais avait cr deux mille lieues de la mtropole, d'exposer avec dtails ce que ce gnie, trs souvent contrari par le gouvernement, tait parvenu produire, presque en un instant, et avec une supriorit qui laissait loin derrire elle tout ce que les autres nations ont entrepris de semblable. Par ailleurs, l'tranget de son sort, les mul tiples variations de sa fortune valurent SaintDomingue une immense littrature. Les reli gieux franais furent ses premiers historiens : le P. de EN-usCharlevoix, Jsuite, publia l'Histoire de EN-usl'Isle Espagnole ou de Saint-Domingue, 2 vol., Paris, 1730. Les PP. Du Tertre et Labat, Domi nicains, en traitrent dans l'Histoire gnrale des Antilles habites par les Franais, 3 vol., Paris, 1667, et dans le Nouveau voyage aux les de l'A mrique, 6 vol.,Paris, 1722. Un aventurier hol landais, A. O. Oexmelin, se fit l'historien des flibustiers et boucaniers, parmi lesquels il se trouvait engag (Histoire des aventuriers flibus tiers qui se sont signals dans les Indes, 4 vol.,

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PRFACE XI Trvoux, 1775). Quand, aprs la guerre de Sept Ans, la diffusion des lumires et le rgne de la philosophie encouragrent les colons prsen ter leurs dolances contre le systme colonial, il y eut toute une closion de mmoires et de brochures, parmi lesquels l'ouvrage d'un ma gistrat de la colonie, Hilliard d'Auberteuil (Considrations sur l'tat prsent de la colo nie franaise de Saint-Domingue, 2 vol., Paris, 1776), est de beaucoup le plus connu. Raynal pu blia, de son ct, un Essai sur l'Administration de Saint-Domingue (1 vol., 1785). La Rvolution souleva des passions nouvelles : les troubles les dsastres de Saint-Domingue firent l'objet de dplorables rcits. Le gnral baron Pamphile de Lacroix raconta, dans ses Mmoires pour servir l'histoire de la rvolution de Saint-Domingue (2 vol., Paris, 1819), les douze annes de campagnes, qui prcdrent l'ind pendance hatienne. Descourtilz narra ses propres aventures dans les Vogages d'un natu raliste, 3 vol., Paris, 1809. Quand partit l'exp dition du gnral Leclerc, un publiciste trop press, S. J. Ducurjoly, avait aussitt lanc un Manuel des habitants de Saint-Domingue (2 vol.,

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XII EN HATI Paris, 1802), l'usage des futurs planteurs. Le point de vue hatien fut prsent par MM. Placide-Justin (Histoire politique et statis tique de lle d'Hayti, 1 vol., Paris, 1826) ; Tho mas Madiou (Histoire d'Hati, 3 vol., Port-auPrince, 1847) ; et Cligni Ardouin (Essai sur l'Histoire d'Hati, \ vol., Port-au-Prince, 1865). Jusqu' la reconnaissance de l'indpendance, les colons dpossds ressassrent leurs griefs, suggrant les moyens les plus divers, afin de restituer sur l'le l'autorit franaise. L'indem nit une fois rgle, les intresss se turent. La nouvelle rpublique n'attira plus que les sociologues, dsireux d'tudier l'aptitude d'une population noire se gouverner elle-mme. L'empire de Soulouque valut Hati la rail lerie universelle et l'effet n'en a point encore disparu. Les Hatiens y rpondirent par de virulentes protestations, conues dans ce style dclamatoire, qu'ils tiennent de leurs origines rvolutionnaires. Pour n'en nommer qu'un, M. EN-usHannibal Price, ancien prsident de la Chambre des Communes, crivit un ouvrage vengeur intitul : De la rhabilitation de la race noire par la Rpublique d'Hati (1 vol., Port-au-

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PRFACE XIII Prince, 1900). Deux consuls anglais donnrent sur Hati d'intressants souvenirs de carrire : M. Charles EN-usMackenzie vint en 1826, parcourut toute l'le et jugea sans malveillance le systme du Prsident Boyer (Notes on Hati, 2 vol., Londres, 1830) ; partir de 1863, sir Spencer Saint-John rsida une vingtaine d'annes Port-au-Prince. Il connut Geffrard, Salnave et Salomon ; les rvolutions, qui firent passer le pouvoir des multres aux ngres, lui parurent rprhensibles, si bien qu'il envisagea le nou veau rgime avec la plus extrme svrit (Hati ou la Rpublique noire. EN-usTrad. West, 1 vol., Paris, 1886). Un multre allemand, M. Gentil Tippenhauer, a publi une monographie de l'le (Die Insel Hati, 1 vol., Leipzig, 1893) et d'utiles travaux de cartographie. Enfin le sicle, coul depuis l'indpendance, a vu la for mation d'une littrature proprement hatienne. L'Anthologie des prosateurs et potes hatiens (2 vol., Port-au-Prince, 1905) fut couronne par l'Acadmie Franaise. Je citerai les vers de M. EN-usOswald Durand, les romans de M. Frdric Marcelin, les nouvelles de MM. Justin Lhrisson, Fernand Hibbert, Antoine Innocent...

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XIV EN HATI Bien que l'indpendance de la Rpublique n'ait t reconnue qu'en 1825, par une ordon nance du roi de France, et la question dfiniti vement tranche par un trait du 12 fvrier 1838, moyennant l'indemnisation des familles de planteurs dpossds, Hati se trouvait, depuis 1804, virtuellement indpendante, donc en mesure de dvelopper sur son territoire le rgime, qui convenait le mieux aux exigences du pays et aux gots de la race. Si, aux Gonaves, sur l'autel de la Patrie, dans le pre mier feu de la libert, les Hatiens s'taient jurs de renoncer pour jamais la France ils n'en ont pas moins conserv, par la force mme des choses, notre langue et nos ides, en un mot notre culture : et ce fut cet hritage de la colonie franaise, volontiers accept, qui maintint, entre eux et nous, un indissoluble lien. Involontairement, l'opinion franaise con tinue de s'intresser au sort d'Hati; incon sciemment, les Hatiens participent nos vicis situdes. Non point qu'ils aient gard intact le dpt qu'ils avaient reu de nous : renaissantes avec l'indpendance, les traditions africaines ont naturellement dform ce que les popula-

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PRFACE XV tions ngres tenaient de nos enseignements. Le dialecte franais crole est difficile com prendre, et le christianisme hatien devient parfois mconnaissable sous une couche de ftichisme. Ainsi se forma peu peu, en Hati, plus particulirement dans l'intrieur de l'le, une faon de culture nouvelle, domine par les tendances ancestrales, mais o se retrouvent intactes, sous une apparence de sauvagerie africaine, les vieilles habitudes de notre vie crole. Les conditions, dans lesquelles se produisit l'indpendance, dterminrent l'volution du systme hatien : la nation tait ne d'un soul vement heureux contre les blancs. Il en rsulte qu'elle vit encore encadre dans une armature militaire et replie sur elle-mme, l'cart des blancs, auxquels elle interdit, thoriquement, la proprit et qu'elle parque dans les ports ouverts. Aucun blanc, disaient firement les premires constitutions,ne pourra mettre le pied sur ce territoire titre de matre ou de propritaire. Hati libre a gard les divisions adminis tratives de la colonie : le canton est devenu la sec tion rurale ; la paroisse, la commune ; le quartier,

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XVI EN HATI l'arrondissement; la partie, le dpartement; mais elle a connu toutes les variations de l'orga nisme politique avec la multiplicit des consti tutions. La premire datait de 1805 ; et fut abroge l'anne suivante. Celle de 1816 dura jusqu'en 1846. Il y en eut de nouvelles en 1867 1874 et 1879 ; la dernire est de 1889. Hati pos sda des gouverneurs gnraux, des protec-teurs, des prsidents, des rois, des empereurs ; les uns nomms vie, les autres temps; tous furent soldats amens par l'intervention de l'arme et se maintinrent au pouvoir par le des potisme militaire l. Les premiers, Dessalines, 1. II est rare que les prsidents d'Hati soient librement lus par les Chambres, runies en Assemble Nationale, aux termes des diverses constitutions. Un chef militaire prend la tte d'un mouvement d'opposition ; les exils, accourus de la Jamaque et de Saint-Thomas, tentent un dbarquement ; il s'ensuit une priode de troubles, et mme d'hostilits, avec des effectifs peu nombreux et des rencontres peu sanglantes. Si le mouvement russit, le chef rvolu tionnaire, disposant de la force la plus grande, impose le Prsident de son choix, en se dsignant le plus souvent luimme. Une fois le chef proclam pour sept annes, les bandes vaincues dposent les armes et tout le monde accepte le fait accompli, en attendant la rvolution pro chaine. La plupart des chefs hatiens sont venus du Nord : Toussaint Louverture, Dessalines, Christophe, Pierrot, Geffrard, Salnave, Salomon, Hippolyte, Tirsias Simon Sam, Nord Alexis. Ption et Boyer taient de Port-au-Prince ; Nissage-Saget de Saint-Marc ; Soulouque, de l'Anse--Veau. Le prsident actuel, le gnral Antoine Simon, est arriv des Cayes. Le prsident, ainsi introduit par la force arme

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PRFACE XVII Christophe, Ption, Boyer, avaient t compa gnons de Toussaint Louverture ; les gnraux, qui leur succdrent, se virent dsigns aux suffrages des troupes, comme grands propri taires, ou gens verss dans les mystres Vaudoux1. Ds le dbut de l'indpendance, l'le s'tait partage en deux rgions, qui imposrent alter nativement leurs tendances : le Nord, o la colo nisation franaise avait t plus svre et plus longue, connut les grands fiefs militaires, la san glante autocratie du roi Christophe, une race plus purement noire et plus vigoureuse, et chose curieuse un moindre attachement aux supersdans le Palais National de Port-au-Prince, y vit entour des quatre corps de la garde, 300 hommes d'effectif chacun (artilleurs, chasseurs, tirailleurs et grenadiers), commands par des officiers de confiance et augments de deuxescadrons de cavalerie. La garnison de la capitale comporte quatre rgiments soigneusement tris et se complte par un corps de volontaires, venus avec le nouveau prsident de son lieu d'origine et dissmins dans la ville ou aux environs, prts se reformer au premier appel. Le Fort National, qui domine Port-au-Prince, est naturellement confi aux mains les plus sres. Deux fois l'an, le 1" janvier, anniver saire de l'indpendance, et le 1" mai, fte de l'agriculture, le prsident d'Hati apparat sur l'autel de la Patrie, en tour de toute sa garde. 1. Le ftichisme hatien est gnralement appel reli gion du Vaudoux Certaines peuplades ngres, notam ment les Aradas, dsignaient, sous le nom de Vaudoux, les tres suprieurs, tout-puissants, surnaturels. EN HAITI. 6

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XVIII EN HATI titions africaines. Le Sud jouit, au contraire, d'un rgime plus doux ; les blancs, tard venus, pntrs des ides philosophiques du dix-hui time sicle, traitrent plus humainement leurs esclaves et procrrent un plus grand nombre de multres ; l'autorit y procda au partage mthodique des terres, ferma les yeux sur les divertissements Vaudoux et tomba dans les fan taisies de l'empereur Soulouque. Dans les rvolutions hatiennes, le Nord reprsente plus ou moins la domination des ngres et le prin cipe d'autorit ; le Sud, une reprise d'influence des multres et des ides plus librales. La scission s'tait produite au cours mme de la Rvolution. Le multre Rigaud tenait le Sud, alors que le ngre Toussaint Louvertute tait matre du Nord ; les deux partis en vinrent aux mains, ds 1799, sitt que les gens de couleur se crurent dbarrasss des blancs. Les pre mires annes du dix-neuvime sicle connurent le multre Ption, qui gouvernait Port-au Prince, tandis que son rival, le ngre Christophe, devenu Henri Ier, rgnait au Cap-Hatien, transform en Cap-Henri. La longue prsidence de Boyer runit toute l'le sous l'autorit d'un

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PRFACE XIX multre. La Rvolution, qui le renversa en 1843, et l'empire de Soulouque inaugurrent la domi nation des ngres du Nord, qui s'est poursuivie presque sans interruption jusqu' ce jour. A l'heure actuelle, il n'existe dans l'le qu'une petite colonie de blancs trangers. Depuis le concordat de 1860, qui dlivra l'glise d'Hati d'une longue succession de prtres inter dits, en la confiant une mission spciale 1, presque entirement recrute parmi le clerg breton, il y a partout des paroisses, des coles, des hpitaux, desservis par des religieux fran ais. La congrgation des Pres du Saint-Esprit, les Frres de Plormel, les Surs de SaintJoseph de Cluny et les Filles de la Sagesse se 1. Compose d'excellents lments, la mission d'Hati a promptement restitu la dignit ecclsiastique ; elle comporte un archevque Port-au-Prince, deux vques au CapHatien et aux Cayes; avec quatre-vingt-quatre paroisses, desservies par des missionnaires, presque tous Franais, que forme le sminaire spcial de Saint-Jacques en Guiclan (Finistre). Pour l'enseignement secondaire, les Pres du Saint-Es prit entretiennent Port-au-Prince le petit sminaire-col lge Saint-Martial ; les Frres de Plormel, le collge SaintLouis de Gonzague ; les Surs de Saint-Joseph de Cluny, le pensionnat Sainte-Rose de Lima ; les filles de la Sagesse, le pensionnat de Notre-Dame du Sacr-Cur. Au Cap-Ha tien, l'vch a institu, pour les garons, le collge de Notre-Dame du Perptuel Secours. Dans toute la Rpublique, les Frres de Plormel, les

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XX EN HATI sont multiplis dans la Rpublique. D'autre part, la Banque Nationale d'Hati, socit franaise, constitue, en 1880, au capital de 10 millions, fait le service des emprunts contracts en France, et encaisse les recettes y affectes 1 Le cble de la Compagnie franaise des Cbles sous-marins touche les principaux ports de l'le, qu'il joint avec New-York, Cuba, nos petites Antilles et la Cte Ferme. Les navires de la Compagnie Transatlantique desservent men suellement les ctes hatiennes. Dans les ports ouverts2, les seuls o soit tol-Surs de Saint-Joseph de Cluny et les Filles de la Sagesse avaient ouvert, en 1905, 78 coles, avec une population sco laire de 12.161 enfants. Les deux congrgations de femmes desservaient, en outre, six hpitaux Port-au-Prince, au Cap-Hatien, aux Gonaves et aux Cayes. 1. Deux emprunts hatiens ont t placs sur le march de Paris : 1 l'emprunt Domingue de 1875 (19 millions envi ron) 5 p. 100, qui liquidait le solde des indemnits dues aux planteurs franais, dpossds par l'indpendance ha tienne ; 2 l'emprunt 1896 de 50 millions 6 p. 100. 11 existe en outre, une dette intrieure, amalgame d'un grand nom bre de petits emprunts, conclus depuis 1896 avec des grou EN-uspes de ngociants de Port-au-Prince, et qui s'levaient, en 1905, plus de 65 millions. Le service de ces divers em prunts intrt et amortissement est fait par la Banque Nationale d'Hati, qui encaisse les recettes y affectes, savoir des tant pour cent sur les droits payables en or, l'exportation des cafs, cacaos et campches. 2. Il y a, en Hati, onze ports ouverts : Cap-Hatien, Portde-Paix, les Gonaves, Saint-Marc, Port-au-Prince, PetitGoave, Miragoane, Jrmie, les Cayes, Aquin et Jacmel,

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PRFACE XXI re leur prsence, les autres blancs font le com merce de gros. Les premiers temps de l'indpen dance ne les avaient point admis. Dessalines cra des commissaires publics, seuls autoriss ven dre les cargaisons dbarques des navires. Chris tophe, ayant permis au commerce tranger de choisir ses propres agents, des maisons mul tres se fondrent sur la cte. Promptement, les facilits s'accrurent. Favoriss par les dfiances, dont nous restionsl'objet,quelques Anglais s'installrent dans les ports ; mais il n'en reste plus gure aujourd'hui, non plus que d'Amricains. Bien avant le milieu du dernier sicle, les ntres, mieux vus des Hatiens, commencrent pren dre pied, se placrent avec des filles de couleur, et ouvrirent des comptoirs. Les premiers Allemands taient venus dans la colonie en 1764 ; dbris d'une colonisation mal heureuse, entreprise EN-usCayenne, ils furent ins talls Bombardopolis, prs du Mle Saint-Nicolas, et y prosprrent dans la culture du caf; ils taient un millier, lors de la Rvolution. L'in dpendance hatienne les distingua des blancs franais, leur donna les droits de citoyen et le nom gnrique de noirs. Ils s'employrent, du

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XXII EN HATI reste, le mriter et se perdirent parmi les ngres. Un nouvel afflux d'Allemands, venu des villes hansatiques, s'accentua vers 1860. Plu sieurs entrrent comme employs chez les n gociants franais, pousrent leurs filles et devinrent leurs successeurs. Depuis lors, un courant constant s'est tabli, et le commerce allemand prend une part considrable dans les ports hatiens, notamment Port-au-Prince. Au Cap-Hatien et dans la plaine duNord, une colonie corse, trs prospre, maintient dans les affaires une autorit indiscute. A ct d'eux, plusieurs centaines de Guadeloupens et de Martiniquais ont migr en Hati ; ils y pratiquent de petits mtiers et, grce leur couleur, parviennent se faufiler dans l'intrieur1. Les Syriens doivent le mme avantage la souplesse de leur caractre; ils pntrent dans tous les coins de l'le, comme marchands et colporteurs, se laissant expulser d'un endroit pour reparatre sur un autre. 1. On estime qu'il se trouve, en Hati,1.500 gens de nos les, principalement Guadeloupens. Les Hatiens les dsignent sous le sobriquet de Moucas. Ils commencrent venir vers 1850, aussitt aprs l'abolition de l'esclavage. Plusieurs Guadeloupens possdent en Hati d'importantes maisons de commerce ; EN-usMM. Boutin, Saint-Marc et Port-au-Prince Gaston EN-usRevest, Port-au-Prince ; Chriez, au Petit-Goave

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PRFACE XXIII Entre blancs et noirs, les multres servent d'intermdiaires, rduits jouer le rle qui revient toute communaut peu nombreuse, res serre entre des groupements trs forts. Ils four nissent le plus grand nombre des courtiers et employs des maisons blanches. Plus fins, plus intelligents, plus instruits que les ngres, ils ont tabli quelques industries, envahissent l'administration et les ministres. Seuls, le prsi dent de la Rpublique, les dlgus dans les dpartements, les commandants d'arrondisse ment et de commune sont gnralement ngres purs, marquant, sur la cte, la prpondrance de l'autorit militaire et de l'lment ngre de l'intrieur. Parmi les Hatiens, la disparition des blancs a fait des multres une aristocratie de couleur, qui tient l'exploitation de son pri vilge, en s'appuyant sur les blancs pour mieux s'imposer aux ngres, sur les ngres pour mieux utiliser les blancs. Si les multres de l'int rieur sont naturellement enclins se perdre dans la masse noire, ceux des villes, particulire ment Port-au-Prince, tendent, dans la mesure du possible, se rapprocher des blancs. Moreau de Saint-Mry observait dj que les mul-

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XXIV EN HATI tresses affectaient une sorte de ddain pour les multres Les multresses, disait, de son ct, Hilliard d'Auberteuil, aiment les blancs et ddaignent les multres ; il raillait la suffi sance du petit blanc, souvent aventurier ou vagabond, qui ressentait ainsi, au dbarqu, les avantages de sa couleur. En modifiant les institutions, l'indpendance d'Hati n'a point russi changer ces murs. Au-dessus de la capitale, remontent les quar tiers ombrags de Turgeau, du Bois-Chne et du Bois-Verna, o rside la socit de couleur; les femmes, souvent fort claires de teint, y sont gentilles et raffines, d'une excellente duca tion ; la vnration du sang blanc persiste en elles. Avec une certaine dot, elles parvien nent d'ordinaire se marier chez nous et se perdent dans le milieu franais. Moins fortunes, elles recherchent avidement en mariage les employs des maisons trangres : des mai sons de Port-au-Prince, s'entend ; car ces demoi selles marquent, pour les ports de la cte, la mme aversion que les jeunes filles de Paris pour la vie de province. A peine arriv, le jeune Allemand, modestement clos sur les bords de

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PRFACE XXV l'Elbe, n'a point de peine dbrouiller le secret des transactions locales, o l'change commer cial sert recouvrir des oprations plus lucratives, telles que la ngociation des emprunts intrieurs, le trafic des feuilles d'appointement et les spculations sur le change. Les hommages, qu'il reoit chez les gens de Turgeau, lui rv lent brusquement la noblesse insouponne de son origine. A-t-il ralis quelque pargne, il se hte de prendre une petite multresse en lgitime mariage ; chaque soir, la troupe impriale, issue des piceries et pharmacies ger maniques, remonte orgueilleusement vers ses foyers croles. Mais voici que, dans les Antilles, aussi bien qu'ailleurs, l'Allemand, nagure paisible, maintenant envahi d'ardeurs pangermanistes, s'applique germaniser ces les rcalcitrantes. Pour plaire l'poux, les dames allemandes d'Hati tmoignent volontiers d'un patriotisme rsign l'gard d'une mtropole inconnue. A la gnration suivante, les enfants, ns de telles unions, se fondent insensiblement dans la masse crole. Le gouvernement, l'administration, la justice hatiennes, le conseil des secrtaires d'tat, le

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XXVI EN HATI tribunal de Cassation, les onze tribunaux civils, les douze arrondissements financiers, le com merce blanc, la socit de couleur pntre par les mariages trangers, les codes, les lois, la presse, la littrature franaise crole, la reprsentation nationale, avec sa Chambre des Communes ou Corps lgislatif et son Snat, le grand Corps ainsi que le dsigne le res pect hatien, tout cela plus ou moins calque sur nos propres institutions, ne sont que la faade extrieure de la Rpublique d'Hati. L'intrieur est tout autre et se passe de cet appareil superflu. Sur les ruines de la colonisa tion franaise, sans grand souci d'administra tion, un million et demi1 de ngres se trouvent actuellement en possession de l'ancienne terre des blancs, dont ils vivent par la culture de leur petit bien. Ils forment, dans la plus grande partie du pays, une dmocratie rurale, enca dre par une police militaire, ayant peu de besoins, marquant un gal dvouement pour ses prtres et ses sorciers, fixe au sol par 1. En 1789, la population de couleur Saint-Domingue ne dpassait pas 500.000 individus ; les guerres de la Rvolution la rduisirent 400.000.

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PRFACE XXVII les dispositions du Code Rural, acceptant pour horizon les limites de la commune, sans dsir de chercher plus loin ni des gouvernants ni des juges. Beaucoup sont aiss, la plupart semblent contents; je ne crois pas qu'il y ait au monde ngres plus heureux ni plus tranquilles, tant que la politique n'intervient point dans leurs affaires et que la rvolution reste distance de leurs cases. Pratiqus par eux-mmes,le rgime militaire et la justice sommaire ne semblent pas leur peser; la simplicit du systme rpond entirement leurs convenances. Ce systme drive, d'ailleurs, des origines mmes de la nation hatienne. Jamais arme europenne, observait Pamphile de Lacroix, n'a t soumise une discipline plus svre que ne le furent les troupes de Toussaint Louverture. Chaque grad commandait le pistolet la main et avait droit de vie et de mort sur ses subalternes. L'Hatien en a gard une indiffrence rsigne pour les pires abus du pouvoir. Prison pas faite pour chiens, dit le proverbe crole. J'ai visit la plus grande partie d'Hati ; abstraction faite des missionnaires, il n'existe sans doute aucun blanc, qui y ait, depuis long-

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XXVIII EN HATI temps, parcouru d'aussi longs itinraires. Saut dans la plaine du Cul-de-Sac, o les chemins sont praticables aux voitures, j'ai toujours voyag cheval, accompagn de domestiques ngres, Les autorits militaires m'ont conduit de poste en poste; dans les bourgs, les prtres bretons m'ont donn l'hospitalit. D'autre part, la com plaisance d'amis hatiens ou de Franais croles m'a mis en contact avec la superstition popu laire et le culte du Vaudoux. J'ai vu des repas, des danses, des crmonies africaines ; j'ai vi sit les sanctuaires de sorciers rputs. Plus que quiconque de ma couleur, je crois m'tre trouv en mesure d'observer la coutume des campagnes hatiennes. J'avoue y avoir pris un extrme plaisir. Dans un cadre magnifique j'avais sous les yeux une suite ininterrompue de manifestations populaires, d'une incomparable tranget, qui se produisaient dans un idiome issu de notre langue, sous des formes, don l'origine africaine se trouvait influence par notre culture et par notre histoire. Les lieux mmes gardaient le tmoignage de leur pass franais. Dans les plaines, les vieux moulins sucre, les conduites d'eau, les barrages

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PRFACE XXIX d'irrigation de la colonie persistent sous les feuillages. Dans la plaine du Nord, o la colonisa tion fut le plus intense, les portes monumen tales demeurent au seuil des habitations aban donnes ; les vieilles fontaines ornent encore les places du Cap et de Fort-Libert; la citadelle de l'ancien Fort-Dauphin garde ses bastions et ses fosss en ruines. Sur la cime d'un morne, se dresse intacte l'norme forteresse de la Ferrire, dont le roi Christophe voulut faire le rduit de son peuple contre un retour offensif des Franais. Sur la route du Cap aux Gonaves, le chemin continue gravir les empierrements de la route coloniale. A Saint-Marc, l'Arcahaye, Port-au-Prince, subsistent les glises et de vieilles maisons. Souvent, les rues des villes gardent encore les noms emprunts la France du dix-huitime sicle ; les noms des bourgs perptuent le souvenir des gouver neurs qui les ont fonds, tels d'Ennery et Val-lire. La nomenclature des habitations n'a point vari, et chaque famille franaise, issue des colons de Saint-Domingue, peut retrouver, sinon quelques pierres, du moins son propre nom, rattach la demeure de ses anctres.

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XXX EN HATI Sur une carte de la plaine du Nord, se lisent encore les noms des habitations disparues: Vaudreuil, Brda, Dhricourt, Daux, Duplaa, Chastenoye, Galliffet, de No, Choiseul, Butler, de Charitte, Le Normant de Mzi, etc. Les gens! de Jrmie ne manquent point de conduire leurs visiteurs l'habitation clbre, o, de l'union d'un colon franais avec une ngresse, naquit le gnral Dumas. Un voyage dans les grandes Antilles permet de retrouver, en maint endroit, la descendance des migrs de Saint-Domingue, chasss par la Rvolution. Cuba tant l'le la plus proche, ceuxci se rpandirent dans toute la partie orientale, alors peu prs dserte : une colonie nombreuse se groupa au pied de la Sierra Maestra et dans la rgion montagneuse qui borde la cte, depuis Santiago-de-Cuba Saint-Yague-de-Cube disaient nos croles jusqu'au del de Guanta namo. La plaine y est tout entire plante en cannes, et nombre d'usines sont peuples de EN-usFran ais, gens du Barn, annuellement appels par a campagne sucrire. Dans les collines, cafire et cacaoyres furent cres par les rfugis de Saint-Domingue. Beaucoup d'esclaves suivirent

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PRFACE XXXI leurs matres ; si bien que la partie orientale de Cuba se trouve remplie de ngres, de langue et de nom franais, qui maintiennent leur indi vidualit, possdent leurs socits de danse particulires, se servent du tambour et non de la guitare, enfin entretiennent leurs sorciers propres, l'cart des ngres espagnols. L'expan sion de ces migrs avait t telle, que tout l'Est de Cuba se trouva naturellement francis ; Hrdia, n Cubain, crivit en vers franais. Certains, s'cartant du gros de nos colons, s'avancrent davantage vers l'ouest. Mme Frdrique EN-usBremer et R.-H. Dana racontent, qu'au cours de leurs voyages, en 1851 et 1859, ils furent les htes d'un migr de SaintDomingue, devenu l'un des principaux plan teurs de la province de Matanzas. D'autres colons s'taient rfugis la Jama que : une centaine de familles franaises y intro duisirent le caf et le cacao dans les Mon tagnes Bleues. Si la colonie franaise de Cuba est reste compacte et EN-usvivace, celle de la Jamaque est peu prs dcompose : le petit groupe primitif ne se renouvela point. Comme, en certaines parties de l'Amrique, l'exode vers

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XXXII EN HATI l'Europe constitue communment la marque du succs, les planteurs enrichis rentrrent en France ; ceux qui chourent firent souche de multres : il ne reste plus qu'un groupe infime de croles blancs, portant des noms franais et conscients de leur origine franaise. L'un d'eux, M. Malabre, est notre agent consulaire Kings ton. L'glise catholique y tait nagure franaise et ce furent nos missionnaires qui lui procur rent une communaut ngre. La Parade porte la statue d'un jsuite savoisien, le P Joseph Dupont, qui, toute sa vie, desservit la paroisse et mourut en 1887. De mme qu' la Nouvelle-Orlans, Barnais et Corses ont pris coutume de se rendre aux Antilles : bon nombre de Barnais se sont ta-blis la Havane et dans la partie occidentale de l'le de Cuba ; nous trouvons quelques Corses dans la Rpublique Dominicaine, une colonie fort importante Porto-Rico. En dehors des Franais, qui se trouvent Saint-Jean et a Ponce, employs au chemin de fer ou aux sucreries, nos compatriotes corses possdent peu prs le quart des cafires dans le massif montagneux du sud. Les premiers vinrent du

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PRFACE XXXIII cap Corse, il y a bientt un sicle ; et le courant d'migration s'est maintenu. Beaucoup firent fortune et regagnrent la terre natale. A SaintThomas, qui n'est plus que l'ombre d'ellemme, persiste le souvenir des ntres, qui s'y enrichirent, durant la splendeur de l'le, ne des guerres et des rvolutions voisines ; il y reste gar un groupe de deux cents pcheurs, venus de Saint-Barthlmy et de Saint-Martin. Pendant mon sjour en Hati, en voyageant dans les grandes Antilles, j'avais recueilli d'abondantes notes sur tout ce qui restait de nous dans ces les, o l'activit franaise fut si grande au cours des trois derniers sicles. J'aurais aim faire un tableau complet de ce qui s'y conserve de la France, en fixant un tat de choses, menac par le progrs des temps, la disparition ncessaire de la vie crole et le dveloppement de l'influence amricaine. Notre opinion, indiffrente aux choses du dehors, inattentive aux groupes franais de l'Amrique ou porte vers d'autres contres, ne se rend point compte de l'invincible persistance de l'empreinte franaise, partout o elle s'est pose. A la lumire du prsent, j'aurais voulu EN HATI. C

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XXXIV EN HATI voquer le charme de l'ancienne vie crole fran aise des Antilles1 qui parat bien avoir t, au dix-huitime sicle, la forme la plus plaisante de la vie coloniale. Malgr leurs erreurs et la dissolution de leur vie, nos planteurs avaient transport dans les les tout le raffinement de leur temps : il semble qu'ils en aient mis quel que chose dans leur contact avec la race ngre et qu'ils aient su, mieux que les Anglais ou les Espagnols, manier ces populations enfan tines et jouir de la beaut des tropiques. Le sort a voulu que ces trois dernires annes m'aient emmen bien loin des Antilles. Depuis lors, j'ai fait et publi un long voyage en Perse; je me trouve l'heure actuelle, dans les Balkans, au milieu d'affaires d'un intrt immdiat, alors que les Antilles, leurs peuples et leur histoire apparaissent injustement comme choses lointaines et dj presque du pass. Il me faut donc renoncer faire le travail projet et me borner runir, dans le prsent volume, les lettres envoyes au Journal des Dbats, pendant J 1. Avant de se fixer au Japon, Lefcadio Hearn sjourna la Nouvelle-Orlans et A la Martinique. Il crivit, dans cette le, une charmante description de la vie crole fran aise EN-us(Two years in the French West Indies).

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PRFACE XXXV mon sjour en Hati. Ces lettres ne contiennent pas une description complte du pays ; elles racontent simplement une srie de promenades et d'tudes, au cours desquelles j'ai recueilli le plus de renseignements possible sur les murs des ngres hatiens et les souvenirs de notre colonie. M. G. Hutin, gographe adjoint au ministre des Affaires trangres, a bien voulu dresser les deux cartes jointes ce livre. Dans la transcription des mots croles, des noms d'arbres et de plantes, je me suis servi, bien qu'elle soit souvent variable, de la forme gnralement usite par le P. Labat, Moreau de Saint-Mry et Descourtilz. J'prouve d'autant plus de plaisir runir ces lettres que j'acquitte envers les Antilles une dette de reconnaissance. Les sjours que j'y fis ont t dlicieux ; je n'prouvai nulle part sen timent plus complet de solitude et d'indpen dance, et ce furent ainsi sans doute les moments les plus heureux d'une vie, qui s'est coule, travers le monde, en un continuel enchante ment. Herkulesbad, juillet 1909.

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LE BASSIN GNRAL. PORTE SAINT-MARTIN LE BASSIN GNRAL. PORTE DUME AUBIN. En Hati. PL. EN-usI

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EN HATI CHAPITRE PREMIER LE BASSIN GNRAL La plaine du Cul-de-Sac. Du temps des blancs. Ce qui reste des irrigations de la colonie. Les deux sys tmes : Rivire Grise et Rivire Blanche. Le chef de la premire section des Petits-Bois. L'habitation Lamar-delle. Le rglement d'eau ; les syndics d'irrigation. Port-au-Prince, 1906. Quand les Franais s'tablirent la cte de Saint-Domingue, leurs premires installations permanentes furent cres au Cul-de-Sac 1. 1. On appelait Cul-de-Sac, dans nos les, une baie trs enfonce dans les terres. A la Guadeloupe, les deux baies profondes, qui sparent l'le en deux parties, se nommaient le grand et le petit Cul-de-Sac. A la Martinique, les Culs-deSac taient nombreux et portaient chacun une appellation dtermine : Cul-de-Sac Royal (la baie actuelle de Fort-de-rance), des Galions, des Salines. A Saint-Domingue, les EN HATI. 1

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2 EN HATI Le nord de l'le avait connu bien auparavant les tablissements des flibustiers et boucaniers, qui, de leur rduit primitif dans l'le de la Tortue, essaimaient, par petits groupes, le long des ctes, depuis la baie de Samana jusqu' celle des Cayes, et multipliaient leurs boucans 1 dans l'intrieur de la grande terre. En 1660, le P. de EN-usCharlevoix estimait leur nombre 3.000, parmi lesquels la plupart des Franais taient ori ginaires de Normandie : il y en avait 250 la Tortue, 60 Port-Margot, une centaine dans les cantons voisins vers Port-de-Paix, 120 Logane. Mais, jusqu'au moment o le trait de Ryswick eut fix le droit public dans l'le de Saint-Do mingue, la menace constante des Espagnols ne permettait gure les cultures dans la plaine du Nord. Les Espagnols attaquaient tout mo ment le Cap-Franais, les Franais pntraient jusqu' Santiago de la Vga, et le cours d'eau, qui spare encore les deux parties fut jus tement nomm la Rivire du Massacre. A l'ex trmit mridionale, la plaine du Fond de l'Ile anciennes cartes marquent le Cul-de-Sac de Logane. Il per dit ce nom avec la dchance de la ville et resta, ds lors, innomm, tant le seul Cul-de-Sac de la colonie. 1. Les boucans taient les lieux habituels, o les bouca niers faisaient rtir ou fumer les viandes, provenant de leur chasse. \

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LE BASSIN GNRAL 3 Vache, qui s'tend derrire les Cayes, se trouvait trop loigne ; si bien que la scurit de la partie de l'Ouest dfendue par ses tangs et ses montagnes, garantie par la fai blesse relative des Anglais de la Jamaque, y attira, avec les dbuts d'une colonisation du rable, ceux de l'organisation coloniale. En 1654, un gros de boucaniers, chasss du Nord par les Espagnols, prit pied Logane. Les terrains de chasse devenant moins abondants, il leur fallut vivre des cultures, qu'ils tendirent jusqu'au Petit-Goave. En 1665, le gouverneur, M. d'Ogeron, qui tait de l'Anjou, attira dans l'le des colons angevins. En 1667, il fit venir deux cargaisons successives de 50 filles franaises, qui, mises l'encan, trou vrent un rapide dbit : ce furent, selon l'ex pression amricaine, les mres de la colonie. En 1690, la capitulation de Saint-Christophe1 amena 300 rfugis dans la plaine de l'Artibonite et surtout au Cul-de-Sac. De toutes les colonies des les franaises de l'Amrique, crit le P. de EN-usCharlevoix, celle de Saint-Chris1. La partie franaise de l'le de Saint-Christophe nousfut restitue par la paix de Ryswick; mais ayant d capi tuler une seconde fois, ds le dbut de la guerre de la Suc cession d'Espagne, elle fut dfinitivement perdue au trait d' EN-usUtrecht.

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EN HATI tophe avait toujours t la mieux rgle et la plus police. La dispersion, qui s'en fit dans les autres, y porta des manires, des sentiments et des principes d'honneur et de religion, qu'on n'y connaissait gure auparavant. L'anne suivante, on comptait, dans le Nord, un millier d'individus, concentrs au Cap-Franais et 700 dans les parties de l'Ouest et du Sud, dont 200 Logane, les plus aiss de la colonie, 90 aux Grand et Petit-Goave, 50 au Cul-de-Sac. En 1696, il s'y joignit 147 familles, transpor tes de Sainte-Croix, dont la mtropole avait ordonn l'abandon. La tranquillit ne de la paix de Ryswick, amena le rapide dveloppe ment de Saint-Domingue ; colons blancs et es claves ngres commencrent d'y affluer. Les premires cannes furent plantes au Cul-de-Sac en 1724. Six ans plus tard, des barrages furent tablis sur les deux rivires et un systme com plet d'irrigation rparti dans toute la rgion. Les habitations se multiplirent, concdes des colons entreprenants, des fonctionnaires ou des magistrats coloniaux, auxquels leur situa tion valait certaines exemptions dans le paie ment de la capitation des ngres, enfin des seigneurs de la cour, dsireux de faire aux colo nies des placements avantageux. 4

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LE BASSIN GNRAL 5 Ces gens taient grands propritaires, pro ducteurs des deux denres coloniales les plus prcieuses de l'poque, savoir le sucre et l'indigo. A l'habitation de plaine, qui portait leur nom, tait gnralement annex un corail situ dans le bois voisin, o s'battait le menu btail, plus particulirement les porcs, de l'es pce dite cochons de Chine qui, sous le nom de tonquins, pullulaient dans la colonie. A faible distance, dans les mornes, la plupart possdaient des terrains affects la culture du caf et des vivres ; aprs avoir cr de rapides fortunes, le prix du caf tait devenu moins r munrateur ; il y avait eu surproduction et le got public prfrait le caf de Surinam celui de Saint-Domingue. Sur les crtes, ou dans les savanes du Mirebalais, des hattes 2 taient ta blies pour l'levage du gros btail. Ces divers tablissements se compltaient les uns par les autres et attachaient autant de lieux le nom du mme colon. Les grands planteurs des cam pagnes constituaient l'lment stable de la colonie; si mme leur tat de fortune leur per1. Corail, de l'espagnol EN-uscorral, cour, enclos. 2. Halle, de l'espagnol hato, haras, centre d'levage. Beau coup de mots espagnols ont ainsi pntr dans le franais crole de Saint-Domingue, cause du voisinage et des rap ports frquents qui existaient entre les deux parties de l'le

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EN HATI mettait de s'tablir en France, ils restaient lis par leurs intrts aux habitations familiales. A la diffrence des habitants des villes, qui, pour la plupart, se bornaient y toucher barre, la recherche d'un enrichissement rapide. D'aprs Hilliard d'Auberteuil, il y avait, en 4775, dans la plaine du Cul-de-Sac, 80 sucreries, produisant 9.384 milliers de sucre blanc et 17.730 de sucre brut sans parler des indigoteries, guildiveries pour la fabrication de l'alcool de canne, fours chaux et brique teries1. Il est rest dans le pays toute une lgende sur la splendeur de cette ancienne so cit coloniale, qui s'enrichissait rapidement, acqurait, en cas de besoin, la noblesse avec la'fortune et dpensait en parvenus. Un vieux dicton des Antilles franaises marquait la pros prit relative de nos diverses possessions ; on disait: Les seigneurs de Saint-Domingue, les gentilshommes de la Martinique, Messieurs de 1. Un millier faisait 1.000 livres; deux milliers, un tonneau. Le sucre brut ou moscovado tait produit par les premires oprations d'une sucrerie: ce n'tait qu'un sirop solidifi. Pousses plus loin, les oprations donnaient le sucre blanc ou cassonnade. Les guildiveries servaient la distillation de l'alcool de canne, primitivement appel guildive dans nos les. Le mot de guildive est souvent employ en Hati, au lieu de guildiverie. 6

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LE BASSIN GNRAL 7 la Guadeloupe et les gens de EN-usCayenne. M. d'Auberteuil cite trois frres, venus d'Anjou SaintDomingue en 1748 ; ils ne possdaient aucun bien. Le dernier d'entre eux mourut en 1770 ; il laissait ses hritiers la terre seigneuriale de Baug, lieu de sa naissance, qu'il avait russi acqurir, et une habitation sucrire de 400 car reaux 1 dans la plaine du Cul-de-Sac, habitation qui conserve encore le mme nom ; plus 600 ngres de choix, 1.500.000 livres tournois placs en France, autant dans la colonie. Cet heureux colon n'oubliait pas les enfants de cou leur, que ses frres et lui avaient eus de leurs esclaves ; il leur lguait une grande indigoterie avec beaucoup de ngres. C'tait l'poque o 30.000 Franais s'tablissaient la cte de SaintDomingue ; la colonie absorbant elle seule le quart du commerce extrieur de la France. Son trafic suffisait l'enrichissement de nos ports, surtout de Bordeaux, de Nantes et du Havre. 1. Les anciennes mesures franaises persistent encore en Hati. Les terrains s'y comptent par carreaux, soit 100 pas de 3 pieds et demi au carr, ou 12.939 mtres carrs. Un peu plus d'un hectare et quart. Tel tait, du moins, le carreau de Saint-Domingue ; il tait un peu plus petit dans d'autres colonies. Le gallon, de 3 litres 75, sert mesurer les liquides; la livre de 500 grammes est l'unit de poids. Dans les magasins, es toffes se vendent l'aune de 44 pouces, soit 1 m. 18.

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EN HATI La Rvolution dtruisit cette prosprit et les colons disparurent. Pourtant, le sicle coul n'a pas plus effac la vieille empreinte franaise de la plaine du Cul-de-Sac que des autres rgions d'Hati. Le nom des habitations y conserve toujours le sou venir des planteurs blancs, un peu dform par fois dans la bouche des ngres; des noms com muns dans notre pays restent attachs tous les recoins, ct de noms illustres comme Sgur, Noailles, La Ferronays, Vaudreuil ou Soissons. Les habitations morceles ont bien gard leurs appellations primitives, en y joi gnant un qualificatif susceptible de distinguer les parcelles ; grande et petite place marquent l'endroit o se trouvait nagure la mai son du propritaire, ou l'atelier d'esclaves. Les corails d'autrefois sont devenus des bois Si la largeur des anciennes routes s'est maintenue, elles sont maintenant dfonces d'ornires, coupes par les conduites d'irriga tion, bossues par les tuyaux d'eau, imprati cables aux voitures pendant la saison pluvieuse. Entre les habitations courent des chemins creux, que les croles appellent des corridors ; enfin, les sentiers, longeant les aqueducs, prennent le nom de la dalle voisine. 8

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LE BASSIN GNRAL 9 A l'poque coloniale, les travaux d'irrigation taient la gloire et la richesse de la plaine du Cul-de-Sac. Les deux cours d'eau, venus du sud, la Rivire Grise ou Grande-Rivire du Culde-Sac, la Rivire Blanche ou Rivire du Bou can-Brou, comportaient des barrages leur sortie des montagnes. Leurs eaux, ainsi rpar ties en un double systme, taient distribues jusqu'aux extrmits de la plaine, qu'elles divi sent en trois parties : Petite Plaine, entre la Rivire Grise et la mer ; Moyenne Plaine, entre les deux rivires ; Grande Plaine, entre la Rivire Blanche et l'tang Saumtre1... A l'heure ac-1. Aprs l'introduction tardive de la culture de la canne dans la partie franaise (dans la partie espagnole, elle avait t apporte des Canaries, quelques annes seulement aprs la conqute), les colons tablis au Cul-de-Sac durent prati quer des prises sur les rivires, afin de remdier par l'irrigation l'absence de pluies, cause par les six mois de la saison sche. Les planteurs taient encore peu nombreux. En 1739, il n'y avait dans toute la plaine que 530 blancs, 62 affranchis ou multres, 8.024 ngres. Cependant des litiges naquirent pour le partage de l'eau, si bien qu'en 1758 il fallut mettre l'tude une distribution gnrale et provoquer la nomination de syndics. La guerre de Sept Ans retarda la mise en train de l'affaire ; les lenteurs adminis tratives firent le reste. En 1773 seulement, le projet des irrigations de la Grande-Rivire fut approuv par le tribunal terrier, compos des administrateurs et de trois conseillers au Conseil suprieur ; son excution confie un entre preneur de Paris. Le systme dfinitif ne fut achev qu'en 1785, c'est--dire la veille mme de la Rvolution. Les travaux avaient cot 3 millions, assurant l'arrosement de 7.988 carreaux, dpendant de 58 sucreries, avec 3.130

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10 EN HATI tuelle, il ne reste plus que des dbris. Les trois quarts de la plaine sont incultes, livrs la vgtation des acacias, des bayaondes1 et des cactus. L o il est encore possible d'amener l'eau, prosprent les cultures de vivres et les pouces courant par seconde (Moreau de Saint-Mry ) Le rglement d'eau, intervenu entre tous les intresss et muni de la sanction lgale, tait strictement appliqu. Les autres rivires du Cul-de-sac, notamment la Rivire Blanche, avaient galement t l'objet de travaux d'irriga tion, mais d'une importance beaucoup moindre. Sur les 30.000 carreaux, qui formaient l'ensemble de la plaine, 13.000 se trouvaient rellement irrigus. Le nombre des sucreries, qui tait de 32 en 1739, avait pass 118. 1. Bayaonde ou Baie ondes. Mimosa urens (Descourtilz). Dans les plaines hatiennes, toutes les parties incultes sont envahies par la vgtation chtive et inutile des bayaondes. Il s'y mle des gommiers, des acacias et des cactus cierges. Cocotiers, paltuviers et raisiniers poussent au bord de la mer. Les forts produisent l'acajou, le coma, le tchatcha, le candlon, le tendre caillou, qui sont bois de charpente. Les mombins et les sucrins donnent l'ombrage aux cafires. Le tronc droit des palmistes et la masse touffue des mapous do minent toute la vgtation. Les arbres fruitiers sont : les manguiers, bananiers, camitiers, sapotilliers, cachimentiers, coros-soliers, papayers, etc. Les patates, ignames, malangas, giraumonts (sorte de potirons), les mirlitons, qui poussent sur la liane-concombre, sont les lgumes habituels des vergers hatiens. Quand nos colons eurent dnommer la flore des Antilles, et dfaut d'appellations indiennes, ils donnrent souvent aux arbres, fleurs, plantes et lianes des sobriquets appropris, des noms-jouet disent les croles. Ils distin gurent le bois laiteux, le bois de soie, le bois marbr, le bois de fer, le bois jaune, le bois lzard, l'arbre crocs de chiens... La forme des racines dsigna le bois-couleuvre ; ses noix purgatives firent nommer le mdecinier ; l'panouissement des fleurs rouges, qui le recouvrent au printemps, valut son nom au flamboyant. L'observation de la nature tropicale constitue peut-tre le

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LE BASSIN GNRAL 11 champs de cannes, soit en utilisant les conduites anciennes, soit en pratiquant sur les rivires des prises nouvelles. Toutefois, les traces du systme d'irrigation, tabli par les ntres, res tent nombreuses : il faut, pour les retrouver dans la campagne, un guide sr et une forte journe de marche. J'ai fait cette promenade, le jour de la Fte-Dieu, sous le grand soleil de juin, alors que toutes les cases de la route taient, en clbration de la fte, ornes des fleurs rouges du flamboyant. Deux heures de cheval de Port-au-Prince au Bassin Gnral, en suivant le pied des mornes, par les habitations Drouillard, Caradeux, Sois-sons, Bois-Greffin et Frres, d'o apparat la gorge de la Rivire Grise, par del les rizires et les champs de cannes, ombrags de palmistes. Puis on remonte la dalle de Chteaublond ; le sentier est bord de guildives, distillant le sirop des usines prochaines. Sur l'habitation Pernier, subsistent, avec quelques, restes de vieux fosss, les ruines d'une sucrerie principal attrait des Antilles ; les renseignements ce sujet abondent dans les ouvrages de Descourtilz, des PP. Du Tertre et Labat, qui s'tendent sur les moindres caractres des plantes de nos les et sur leurs proprits thrapeu tiques. Le livre de Ch. EN-usKingsley, At last, contient une minu tieuse description des forts de EN-usTrinidad.

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12 EN HATI coloniale, la premire, dit-on, qui fut installe au Cul-de-Sac. A Platon, rside un cabrouettier 1 fameux, M. Exum Jeanty ; un de ses fils, qui a achev ses tudes Paris, compte parmi les meilleurs mdecins de Port-au-Prince. La rgion est arrose par le grand-cour sier desservant la Petite Plaine ; jadis, il partait du barrage, franchissait, sur le pont Fond-Vin, la ravine de la Rivire Madame, puis longeait le morne, avant de pntrer en plaine; il aboutissait aux abords de la capitale. Aujourd'hui, la plus grande part en a t emporte par les eaux; le canal est simple ment aliment par une bondance, c'est--dire par une coupure pratique plus bas sur la ri vire. A Soissons, le bassin de distribution est rest intact ; il faut le chercher parmi les hautes herbes, ombrag de mombins, sucrins2, bananiers et bambous ; l'eau s'en coule par sept portes maonnes, qui, suivant des conduites 1. Fabricant de cabrouets, charrettes utilises dans les campagnes hatiennes. 2. Descourtilz crit indiffremment : mombin, monbin ou mombain. Le P. Labat appelle cet arbre prunier de Monbin, h cause de la forme de ses fruits. Il observe qu'il ressem ble un acajou et qu'on le plante dans les savanes, pour donner de l'ombrage aux bestiaux pendant la grande cha leur du jour. Pois sucrin ou acacia fruits sucrs: Mimosa Inga.

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LE BASSIN GNRAL 13 distinctes, la dirigent vers les moulins ou les cultures du voisinage. Le Bassin Gnral captait le volume entier de la Rivire Grise, en barrant la gorge troite et boise, par o elle s'chappe de la mon tagne. Le mur du barrage a t dtruit; la ri vire a repris son cours normal dans un lit de cailloux rouls, que les croles nomment une galet 1. Cependant, sur une centaine de mtres, les murs latraux se sont conservs, ainsi que les portes opposes des grandscoursiers. Sur la rive gauche, la porte unique, prcde de deux saillants arrondis, s'appelle encore la porte Saint-Martin, du nom du plus grand propritaire tabli dans la Petite Plaine. Sur la rive droite, la porte Dume du nom de l'habitation voisine est double. Ce grandcoursier, qui est de beaucoup le plus important du systme de la Rivire Grise, se partage aus sitt en trois branches, se dirigeant vers la Moyenne Plaine hauteurs ingales; le plus lev, le grand-coursier proprement dit, suit le morne des Enfants-Perdus et s'en va vers Ro-1. Le franais crole fminise volontiers certains noms masculins; de plus, il fait sonner le t la fin des mots. Ce Franais ^ galement rpandu chez les Canadiens-

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14 EN HATI cheblanche, pour rejoindre, sur l'habitation Jonc, les conduites venues de l'autre rivire; mi-cte, le canal de Digneron passe par La Ferronays, pour se terminer aux bourgs de la Croix-des-Bouquets et du Pont-Beudet ; audessous, le canal Noailles dessert la rgion inf rieure. En nombre d'endroits, les bassins de distribution, la maonnerie des fosss, les ponts trs bas qui les franchissent, sont presque en tirement conservs; ces constructions taient faites, dit-on, avec de l'argile cuite, mle la cendre de EN-usbagasse 1 EN-us, qui formait une matire trs dure, susceptible d'en assurer la dure. Au milieu de ces canaux divers, la galet Dume 2 se trouve la cour du gnral Caliska Galice, chef de la premire section des Petits-Bois, sur la commune de la Croix-desBouquets : un vieux ngre trapu, au nez plus aplati encore qu'il n'est habituel chez ceux de sa race ; il nous reut envelopp dans un pei1. On appelle EN-usbagasse, aux colonies, les rsidus de la canne, une fois qu'elle a t broye pour l'extraction des jus. 2. M. Dume, qui donna son nom l'habitation, vivait au milieu du dix-huitime sicle. Il tenait 700 carreaux de son beau-pre, M. Dubois, et en avait ajout 256 par des conces sions propres. M. Dubois tait un habitant de Saint-Chris tophe, qui tait venu s'tablir au Cul-de-Sac, aprs la capi tulation de la petite le. Son pre avait t gouverneur de l'le de Sainte-Croix, devenue l'une des Antilles danoises.

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LE BASSIN GNRAL 15 gnoir de cotonnade rose fleurs rouges. Cette grande autorit est en fonctions depuis trente-sept ans, assurant par son influence aux gouvernements successifs le calme de la section. Sa cour, trs vaste, contient plusieurs cases; ses administrs y trouvent une tonnelle, servant rendre la justice et plus souvent abriter la danse, avec une gagaire pour les com bats de coqs; il peut galement leur donner quel ques conseils de mdecine et passe pour sp cialiste dans les cas de folie. Le jardin comporte une trentaine de carreaux de terre, o russis sent les cultures potagres, mas, manioc, patates, malangas1. Les cocotiers s'y multiplient. Un garon grimpe l'arbre, y cueille une demidouzaine de noix mres, taille rapidement de sa manchette 2 l'extrmit de l'corce jaunissante et verse l'eau dans nos verres. Chaque fruit peut en remplir deux; puis, d'un coup sec, la coque est tranche par le milieu ; avec une cuil ler, on en dtache la pulpe blanchtre, qui se 1. On donne aux racines comestibles des malangas le nom de tailleau ou tayo : ce sont les choux carabes de nos les. 2. La manchette est un long coutelas utilis par les ngres dans toutes les Antilles et mme sur le continent EN-usmachete en espagnol, matchet en anglais. Les crivains colo niaux crivaient machette: de l le nom de machoquet, donn aux marchaux-ferrants qui les fabriquaient.

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16 EN HATI mange arrose de rhum. Cette mme pulpe, cuite dans du sirop de canne, sert fabriquer l'huile de coco, employe aux usages domes tiques par toute la plaine. Voici la grande habitation Rocheblanch1. Il y a une vingtaine d'annes, elle appartenait un de nos compatriotes, venu de Bordeaux faire le commerce en Hati ; ses hritiers l'ont vendue. Les champs de cannes s'tendent fort loin, par sems de bois de chne 2, aux fleurs blanches teintes de violet; quelques mornets isols les sparent de la Moyenne Plaine. Le corridor de Rocheblanche est un chemin creux, o s'ac crochent les lianes aux fleurettes jaunes, les bonbonniers rougetres et les jolies fleurs vio1. Du temps de la colonie, la Toison-Hocheblanche, du canton de la Grande Roque, tait considre comme la meil leure sucrerie de la paroisse de la Croix-des-Bouquets; on y produisait annuellement 1.400 milliers de sucre brut. La sucrerie Brancas Creste tait la plus tendue ; c'tait une terre de 3.000 carreaux forme par M. Grandhomme, grandpre de la duchesse de Brancas-Creste. Prs de la Croixdes-Bouquets, la sucrerie Santo donnait aussi de 13 1.400 milliers de sucre brut ; la sucrerie Digneron, ct de Rocheblanche, tait rpute produire le meilleur sucre de la plaine. (Moreau de Saint-Mry.) 2. Le bois de chne d'Hati n'a rien de commun avec les chnes de nos pays. Il en est de mme des bois de frne, bois d'orme, abricotiers et amandiers. Ce sont des arbres, auxquels les premiers colons franais se sont plu attribuer des noms familiers, sans qu'il y eut entre eux la moindre ressemblance.

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AQUEDUC DE L'HABITATION LAMARDELLE LA GRANDE RIVIRE DU CUL-DE-SAC AU BASSIN GNRAL PL. II AUBIN. En Hati.

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LE BASSIN GNRAL 17 lettes, qui, pour leur forme, ont t baptises de fleurs cur Puis l'habitation Turb grande et petite place Descloches; et nous tournons, au carrefour Letellier, pour atteindre les galets de l'habitation Lamardelle. C'est l'endroit mme o la Rivire Blanche sort de la gorge forme par les mornes Maroseau dformation de mare Rousseau et des Enfants-Perdus; trois heures de chemin depuis le Bassin Gnral. Au moment de la Rvolution, M. de Lamar delle tait procureur gnral au Conseil sup rieur de Port-au-Prince ; un des magistrats les plus importants de la colonie. Il avait tabli sur sa terre une sucrerie, fort bien construite en pierres, qui a pu rsister au temps et l'enva hissement des broussailles; les toits seuls en ont disparu. L'aqueduc en arcades se perd sous les bayaondes ; une arche plus allonge franchit la route, le long du moulin; les murs, la tarevanne, par o s'chappait l'eau la sortie de la roue, la frise du toit en briques ouvrages, jus qu'aux gonds des portes et des fentres, sont encore intacts, ainsi que l'usine et le mur, sou tenant, depuis le moulin, la conduite pour le vin de canne1 1. Les colons de Saint-Domingue appelaient vin de EN HATI. 2

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18 EN HATI Auprs de l'installation coloniale, le propri taire d'aujourd'hui a tabli ses cases. Multre trs clair, M. Lamotte-Aigron tire son nom de la colonie et rappelle avec plaisir le ct de son ascendance qui le rattache aux blancs fran ais Nous le trouvons dans sa petite maison, tendu sur un hamac, fatigu, dj vieux, le teint mat, les cheveux blancs ramens sur le front; papiers et journaux gisent parpills dans tous les coins de la chambre ; quelques livres les Caractres de La Bruyre, des vers de Victor Hugo rangs sur une table. Fantai siste et dsabus, l'homme vit, depuis trente et un ans, dans cette solitude. Nagure, Port-auPrince, le commerce le conduisit la faillite et la politique la prison. Dgot de la ville, il s'tablit, au milieu de la plaine, sur l'habitation le Meilleur ; la rvolution passa devant sa porte et brla ses rcoltes. Alors, il prit le chemin de cette habitation perdue, dont il ne veut plus sor tir ; du moins, il n'y pourra plus entendre que le bruitlointain des coups de feu de la guerre civile; et les chefs de section lui pargneront leurs vi sites. Le dangerlui vientmaintenantdelarivire, quand, la fin des pluies, les sources, des canne ou uesou, les jus extraits de la canne, une fois broye dans le moulin.

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LE BASSIN GNRAL 19 cendant de la montagne, envahissent tumul tueusement les galets de la ravine. Sur quel ques parcelles, le bois a t coup, pour faire place aux cultures de cannes. L'exploitation de M. Lamotte-Aigron est des plus simples; le moulin, m par un cheval, fournit les jus, qui cuisent dans la cuve sur un feu de EN-usbagasse. Le sirop ti-moulin, ainsi produit, plus clair et plus fin que les sirops d'usine, trouve un dbou ch facile parmi les revendeuses du voisinage. Du systme d'irrigation de la Rivire Blanche, il reste peine trace. Le barrage d'antan com portait trois portes, une centrale et deux latrales. Le premier canal arrosait la Grande Plaine par O'Gorman et Vaudreuil ; celui de la rive droite prenait le long du morne dans la di rection du village actuel de Ganthier ; celui de la rive gauche se rattachait aux conduites de la Moyenne Plaine, venues du Bassin Gnral. Plus resserre que la Rivire Grise, la Rivire Blanche a tout emport. En remontant la gorge travers la fort touffue de tchatchas, de cand-lons, de comas et de tendres--caillou1, on atl. Ce sont les formes actuellement employes par les Hatiens. Descourtilz crit : Acoma et Tendre-acajou. Le L P. abat crivait Tendre--caillou, en expliquant que ce bois avait t ainsi nomm, par drision, cause de son extrme duret.

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20 EN HATI teint, faible distance de Lamardelle, un creux de terrain, o persistent quelques pierres, au milieu des cannes et des herbes. C'est tout ce qui reste du Bassin Joli, l'ancien bassin de distribution du canal central. Pour rparer le mal, les habitants ont pratiqu de leur mieux des drivations sur la rivire ; mais, faute de barrage, la perte d'eau est considrable. Sous les arbres, les bondances s'embranchent en tous sens, vers Boigne, Petits-Bois, Merceron, EN-usCotard 1 et Baug. A l'entre de la conduite de Boigne tait accroupi un jeune ngre, M. Aristhne Chri, syndic de l'habitation la Tremblaye; il avait mission de surveiller, pour ses commettants, le passage de l'eau, de peur qu'il ne prt aux gens des Petits-Bois envie de la dtourner. Les rglements d'eau de la colonie sont en-1. Cotard est une dformation de Coustard, nom d'un plan teur franais. Un personnage de ce nom fut conseiller au premier Conseil suprieur tabli au Petit-Goave, et son nom figure dans l'dit Royal de 1685. En 1785, M. de Coustard, alors commandant en second de la partie de l'Ouest, fut gou verneur intrimaire de la colonie, aprs le dpart de M. de Bellecombe et en attendant l'arrive de M. de la Luzerne. Il tait chevalier de Saint-Louis et fut arrt pendant les agi tations rvolutionnaires. Aussitt aprs la rvolution, les blancs une fois limins, surgissent les gens de couleur. Coutilien Coustard se distingua dans l'arme de Ption. Le nom de M. Leborgne de Boigne apparat galement pendant la rvolution.

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LE BASSIN GNRAL 21 EN-uscore en vigueur, consacrs par le Code Rural hatien. L'eau est distribue par habitation. Si l'habitation se trouve divise, un contrat crit, sign des propritaires, dtermine la rpartition des jours et heures d'arrosage, par nombre de carreaux de terre ; chacun restant libre d'organiser le roulement des eaux sur sa propre proprit. La police des irrigations est con fie un syndic, nomm par l'habitation, reconnu par l'autorit. Ce fonctionnaire sur veille les conduites, en fait disparatre les obstructions, signale aux intresss les rpara tions urgentes et tient la main la stricte ex cution des contrats, sauf recours au chef de la section ou mme, en cas de besoin, au juge de paix de la commune. Le curage des canaux s'effectue gnralement en octobre, un peu avant la venue de la saison sche. La date en est fixe par le propritaire, situ le plus haut sur l'habitation ; le long du canal, on s'avertit de proche en proche. Mais c'est le syndic lui-mme qui convoque les ha bitants et prside au nettoyage. La veille du jour choisi, au coucher du soleil, il monte sur la dalle pour faire le hle Dinmain, crie-t-il, n'ap mont EN-usnan tte cannai pour netti Demain, nous allons monter au bout du ca-

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22 EN HATI nal pour le nettoyer Et, ajoutant quelques menaces l'adresse des rcalcitrants ventuels : qui pas vini, tant pis pour yo Que ceux qui ne viendront pas, prennent garde eux

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CHAPITRE II LA PLAINE DU CUL-DE-SAC La Petite Plaine. L'appropriation des terres aprs l'in dpendance. Systme de culture ; le mtayage ; les de moiti L'habitation Caradeux. Formation de la race hatienne ; les ngres croles. La langue crole. Coutumes croles : la danse martinique; le loiloidi. Religions d'Afrique : le Vaudoux hatien. Mlange de ftichisme et de christianisme. Rite de Guine et rite Congo. Les lois. Papalois, Houngans et Pres-Savane. Le culte familial. Les socits de Vaudoux. Les houmforts. Visite aux Papalois. Le cimetire de Ch-teaublond. L'habitation Frres. Un docteurfeuilles J'ai bien souvent visit la Petite Plaine, qui touche Port-au-Prince. Un de nos compatriotes guadeloupens, M. Marc EN-usBoutin, rside Cara deux ; un peu plus loin, l'habitation Frres appartient au fils d'un ancien Prsident de la

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24 EN HATI Rpublique, M. Saint-Martin Canal, qui a fait ses tudes Paris. On y accde par la grand'route de la Croix-des-Bouquets, qui dtache un chemin sur la droite, vers Caradeux et Sois-sons. Les collines boises, qui, de ce ct, entourent la capitale, en remontant vers Ption-ville, portent le nom de Saint-Martin. Au temps de la colonie, le domaine considrable de M. de Saint-Martin1, cultiv en patates et en herbes de Guine, le rendait matre peu prs absolu des marchs de Port-au-Prince ; sa maison de campagne occupait les hauteurs du morne Delmas ; il possdait une maison en ville. Bien en arrire, une dizaine de kilomtres, un contre-fort s'avanant vers la plaine, le morne Sapotillier, isole l'habitation Frres, o se trouvait alors une indigoterie ; elle pro duisait, en outre, de la chaux, du charbon, du bois, un peu d'herbe. Dans le plat pays, se succdent les habitations Soissons, Mocquet, Chteaublond, Caradeux, Fleuriau, du Mornay. M. de Caradeux, Caradeux an 2 ainsi que 1. L'indemnit affrente la place vivres SaintMartin et quinze immeubles, sis Port-au-Prince, fut verse son petits-fils, M. Eugne de Mac-Mahon, dj titu laire d'une indemnit, comme hritier de son pre, pour une indigoterie l'Anse--Veau, une cafterie au GrandGoave et trois emplacements Jacmel. 2. M. Jean-Baptiste de Caradeux (Caradeux an) tait ap-

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 25 le dsignent les documents dresss par les arpenteurs royaux, tait, avec MM. de Saint-Mar tin et de Rocheblanche, le plus grand propri taire de la plaine ; Chteaublond et du Mornay avaient t dtachs des biens primitifs de la fa mille pour la dot des filles. Son nom reste, parmi les ngres, entour d'une aurole de faste inouetdeduretlgendaire;un instant, au cours des agitations rvolutionnaires, il joua un rle prpondrant, comme capitaine-gnral de la garde nationale du Port-Rpublicain ; il s'en fuit, ds 1792, avec un fort contingent de ses n gres, vcut quelque temps Charleston, o le trouva Descourtilz, et mourut Philadelphie. Si l'on est embarrass pour couper des ttes, disait la lettre d'un planteur farouche, qui fut prsente la Convention,on appellera le citoyen gnral Caradeux, qui en a fait sauter une cin quantaine sur l'habitation Aubry, dans le temps qu'il en tait fermier, et qui, afin qu'on n'en ignort, les fichait sur des piques, le long de son habitation, en guise de palmiers. Ayant dpossd les colons par des confisparent avec tous les grands planteurs de la plaine. Des femmes de sa famille avaient pous MM. Chteaublond, Digneron, Cottes, le marquis de la Toison-Rocheblanche et M. Boissonnire du Mornay.

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26 EN HATI cations successives, la Rvolution avait livr aux autorits ngres l'ensemble des terres. Toussaint Louverture les afferma aux esclaves mancips, qui durent ainsi rester sur leurs ha bitations respectives. La question de proprit ne fut d'abord tranche qu'en faveur des multres, capables de justifier de leur filiation l'gard des anciens propritaires blancs ; l'affranchi hrita de son pre naturel, le planteur. Ce fut une d cision de Dessalines. L'appropriation des autres terres fut plus tardive. Dans le Nord, Christophe, devenu roi, cra des EN-usmajorats au profit de la noblesse hrditaire qu'il avait fonde. Dans l'Ouest et le Sud, une sorte de loi agraire dter mina la rpartition, selon les fonctions et les grades, la mise en vente ou l'affermage des parcelles, non attribues aux vtrans ou aux soldats. Aucune concession ne devait tre inf rieure 5 carreaux de terre et les premires datent de 1809. L'appropriation du Cul-de-Sac n'eut lieu que vers 1812. Dans les mornes, la fa veur de la petite culture, la proprit se divisa;en plaine, o l'industrie sucrire exigeait plus de concentration, les officiers suprieurs reurent des habitations entires ; si bien, qu' ct des petitscultivateurs, desdomaines de quelque impor tance continuent se maintenir. Comme de juste,

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 27 les principaux de l'poque avaient mis la main sur les meilleures terres. Le prsident, les membresdu Gouvernement, qui taient alors le Secr taire gnral, le Grand Juge et le Trsorier gnral, s'attriburent les plus belles habitations, voi sines de la capitale. Ption reut Tort sur la baie et Drouillard en plaine. Le fond du Cul-de-Sac, sur la route de l'Arcahaye, garde le nom du g nral Lerebours, qui commandait alors l'arron dissement de Port-au-Prince. Dans toutes les communes de la Rpublique, les Commandants de place prirent les proprits leur convenance. Rigaud, qui avait t chass de l'le par Tous saint Louverture, revint de France, en 1810, pour reprendre, aux Cayes, son agitation rvo lutionnaire et s'approprier l'habitation La Borde, la plus riche de la plaine du Fond. Caradeux chut au gnral tienne Magny, qui commanda la garde de Toussaint Louverture, puis l'arrondissement du Cap-Hatien. Bien que cr duc de Plaisance par Henri Ier, il l'abandonna pour embrasser la cause rpubli caine. Caradeux fut sa rcompense. Frres re vint au colonel Jean Dugantier. Grce l'efficacit des mesures prises par Toussaint Louverture, la plupart des ngres avaient t empchs de quitter les campagnes,

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28 EN HATI et le permis de circulation, exig du temps de l'esclavage, restait maintenu aprs l'indpen dance1. Si bien que les nouveaux propritaires 1. Toute la population des campagnes hatiennes vit sous le rgime du Code Rural, qui, fixant le sort de la presque totalit, est, en fait, la loi fondamentale de la Rpublique. Le Code Rural actuel date du 27 octobre 1864 et remplace celui de 1826. Comme son devancier, il a pour but unique de rglementer la police des campagnes. Cette police est fort stricte et fait peser sur le peuple entier un troit contrle, qui rappelle, par beaucoup de cts, les temps de l'esclavage, l'tat se substituant aux anciens matres. Chaque ha bitation est obligatoirement soumise une visite mensuelle du chef de section, hebdomadaire du chef de district. Les dtails de la vie individuelle sont minutieusement rgls. Le lgislateur, s'tant avis du got immodr des ngres pour le tambour, prescrit que les jours ouvrables, danses et festins ne peuvent se prolonger au del de minuit. Aux termes du Code Noir, aucun esclave ne devait quitter l'ha bitation du matre sans un billet rempli des indications les plus prcises. Sinon, il pouvait tre arrt par le pre mier venu. La mme obligation persiste : tout homme, s'absentant plus de vingt-quatre heures de son habitation, sans permis de circulation dlivr par le chef de district, est con sidr comme vagabond et cueilli par la police. Subissent le mme affront les oisifs, mme sdentaires, incapables de justifier d'occupations srieuses. Des dispositions aussi vexatoires se justifient par leur utilit, car, dans toutes les Antilles, le ngre envisage vo lontiers le droit de se promener et de ne rien faire, comme le premier privilge de la libert. Htons-nous d'ajouter que les prescriptions des codes hatiens ne sont pas toujours appliques au pied de la lettre. Le Code pnal dicte bien les peines les plus svres contre tous faiseurs de ouan-gas, caprelatas, vaudoux, donpdres, macandals et autres sortilges Toutes danses, et autres pratiques quelconques, spcifie l'article 405, qui seront de nature entretenir dans les populations l'esprit de ftichisme et de supersti tion, seront considres comme sortilges et punies des mmes peines. En Hati, comme ailleurs, les lois ne rus sissent pas prvaloir contre les murs.

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 29 de la plaine trouvrent encore un bon nombre d'habitants fixer sur leurs grandes terres, malgr l'attirance des mornes, o la culture, plus facile, du caf et l'appropriation de petites parcelles, rpondaient, mieux que le travail de la canne, l'indolence nationale. Chaque habitation circonscrit une cour destine recevoir les familles de ses travailleurs; tout individu peut devenir un de moi ti c'est--dire obtenir un jardin, un empla cement o btir ses cases, et la facult de cou per sur la proprit le bois ncessaire leur construction. En change, intervient un contrat de mtayage, qui oblige le de moiti culti ver les terres du propritaire, contre la moiti de la rcolte. Dans les champs de cannes, le carreau de terre est divis en 8 panneaux, le panneau en 16 carreaux de plantation d'environ 30 pieds de long, spars par les rigoles d'irrigation. Il est d'usage d'attribuer aux de moiti un ou deux panneaux de cannes. Si quelqu'un d'entre eux peut devenir chef de moiti engager des valets de moiti sous-mtayers dont il est responsable, et entreprendre une cul ture plus tendue, on lui confie jusqu' deux car reaux de terre. Le domaine d'un chacun est

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80 EN HATI encadr par des alles. Une fois installs, les cultivateurs doivent au propritaire le travail de la canne; la canne violette, dite de Tahiti, qui mrit en un an environ et repousse indfini ment1. Le moment prcis de la rcolte sur chaque panneau est fix par le matre de l'habi tation. L'intress runit alors tous les autres de moiti et forme avec eux un coumbite 2, qui assure la coupe des cannes par les hommes, leur amarrage par les femmes ; l'occasion prochaine, il devra rendre ses voisins le mme service. Toute la culture s'est faite aux frais des de moiti qui rmunrent, en outre, le syndic d'irrigation, le grant et le conducteur des travaux de l'habitation. Le propritaire n'in tervient que pour le transport des cannes. Cellesci une fois enleves, la paille brle engraisse les champs et, jusqu' la pousse nouvelle, les de moiti peuvent y cultiver, pour leur pro pre compte, des pois et des patates. Prfrentils quitter l'habitation, chacun est libre de le faire tout moment, en abandonnant les 1. La canne donne au Cul-de-Sac de trs beaux rsultats, crit Moreau de Saint-Mry; on trouve, sur l'habitation Caradeux, au canton de Bellevue, des rejetons, qui ne se lassent pas encore, aprs vingt ans, d'accorder ce que le cultivateur en attend pour prix de ses soins. 2. Coumbite, de l'espagnol convite, invitation.

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 31 quatre murs de sa case ; en cas de dcs, les con trats de mtayage, prescrits par le Code Rural, sont naturellement repris par les hritiers. Et, grce un tel systme, le propritaire russit exploiter sa terre sans faire la moindre avance la culture. Caradeux est une habitation de 180 car reaux ; 52 de moiti, et 82 cases pour une po pulation de 5 600 mes. Ces gens alignent leurs maisons le long de la route, parmi les bayaondes ; constructions modestes, avec les murs en terre battue, blanchis la chaux, les toits en paille de canne; plusieurs sont munies d'une galerie extrieure, d'un avant-corps qui leur donne meilleure apparence. Le canal passe entre la cour et les cultures pour aboutir au moulin ; il y arrive par un vieil aqueduc, long d'une soixantaine de mtres ; l'un des piliers s'adosse une rotonde en pierres, que surmontait jadis le pavillon du surveillant des travaux. A l'entre de l'aqueduc, un mur ruin marque l'emplacement de la maison de l'conome, aujourd'hui l'cole; le propri taire fournit la case ; l'tat rtribue le matre raison de 25 gourdes 1 par mois. Dans les La gourde constitue l'unit montaire d'Hati; elle EN-usit nominalement un dollar, mais subit les changes les

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32 EN HATI plaines hatiennes, les aqueducs de l'poque coloniale se sont frquemment conservs ; plus rares sont les moulins. Les moulins sucre de nos colonies taient gnralement aliments par l'eau, l o l'on en pouvait amener. Ailleurs, ils taient mus par des btes, bufs, chevaux, ou mulets. Il existait mme quelques moulins vent dans les cabesterres des les du Vent, c'est--dire sur les ctes de l'Ocan, plus exposes aux souffles du large. Je n'ai vu d'intact, au Cul-de-Sac, que le moulin eau de l'habitation Mocquet, construction carre et massive, recouverte de tuiles noircies. Les sucreries sont de date rcente ; quelques appareils vinrent de France, la plupart des Etats-Unis ; les usines produisent le sucre cristallis, qui se vend Port-au-Prince, o chaque habitation possde son dpt. La vapeur plus fantaisistes. La gourde argent contient 100 cents ; elle n'est plus gure reprsente que par du papier-monnaie et se subdivise en pices d'argent de 20 et 10 cents, en pices de nickel de 5, en pices de cuivre de 2 et 1 cent. La gourde hatienne est un hritage de la colonie : son nom lui vient de l'ancienne monnaie espagnole : peso gordo ou piastre forte qui, ds l'origine, avait envahi nos les, grce aux bnfices raliss par les flibustiers sur les ctes espagnoles. L'importation du btail et le commerce inter lope de la partie franaise avec Monte Christi la rendaient trs abondante Saint-Domingue. La monnaie de France y avait toujours t rare et faisait une prime de 50 p. 100. Les monnaies courantes taient les gourdes de 8 livres 5 sols et les portugaises d'or de 66 livres, introduites par la traite.

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EN-usHABITATION MOCQUET. UN MOULIN DE L'POQUE COLONIALE EN-usHABITATION CARADEUX. RUINES D'TUVE EN-usA TERRER LE SUCRE AuBIS. En Hati. PL. III

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 33 se substitue de plus en plus la force hydrau lique. Devenue inutile, l'eau de Caradeux va se perdre, un peu plus bas, sur l'habitation Fleuriau, aujourd'hui abandonne. L'aqueduc y tombe en ruines, ct de dbris de mu railles et de soubassements. De l'autre ct du canal, des lignes de pierres indiquent encore, dans ses contours, la rsi dence de M. de Caradeux. Au dehors, trois tours rondes servaient d'tuves, pour achever la fabrication du sucre terr selon le pro cd en usage Saint-Domingue. Le terrage du sucre, qui donnait la cassonade, tait une des rares industries, autorises par le systme colonial ; encore n'tait-il point gnral et beau coup de sucreries continuaient vendre leur sucre en brut A la sortie des chaudires, les sirops, destins au terrage, taient verss dans des formes en terre ; au bout d'une ving taine de jours, la matire passait dans des sacs, que l'on suspendait aux poutres horizontales des tuves. Sous l'influence d'une chaleur douce et continue, la concentration s'oprait et la par tie liquide, dtache du sucre, s'gouttait sur le sol. Une de ces tuves demeure intacte, avec son clocheton de tuiles ; les racines d'un figuier maudit ont embrass tout le pied de la tour. EN HATI. 3

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34 EN HATI Au milieu des vestiges de l'habitation colo niale, s'lve la maison du propritaire actuel: une construction en bois, selon l'usage de la plaine, avec des galeries extrieures et un mobilier sommaire. La population ngre, qui vit sur cette terre, imprgne de son pass franais, est venue des divers points de la cte d'Afrique, du Congo au Sngal. La transplantation, qui dura de la fin du dix-septime sicle la Rvolution, fut, pour les Africains, une terrible preuve ; la mor talit fut pouvantable ; on calculait au huitime de la cargaison le dchet du voyage en mer, et au tiers des individus dbarqus la perte des trois premires annes. La sant gnrale restait prcaire jusqu' l'acclimatement dfinitif. Le temps finit par former le ngre crole ; la race hatienne naquit ainsi du mlange des diverses peuplades africaines, affect par le climat des Antilles, l'introduction du christianisme et son contact avec nous. Les ngres d'Amrique sont fort diffrents les uns des autres ; parmi les ngres croles, ceux de langue franaise n'ont rien de commun avec les Anglais ou les Espagnols ; tous sont exempts de la bestialit, attribue au ngre des tats-Unis. Le type lui-mme se modifia ; il advint sou-

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 35 vent que les traits caractristiques de l'Africain s'attnurent. L'volution du ngre crole, qui de ngre gros peau se transformait rapidement en ngre peau fin, n'avait point chapp l'observation de nos colons. Au contact de la vie coloniale, le ngre perdait sa lourdeur et sa rusticit primitives ; son corps devenait plus souple et plus adroit, mais il dpouillait, en mme temps, sa simplicit naturelle, son carac tre se faisait goste, son esprit plus affin devenait vain et turbulent. L'indpendance a, dans une certaine mesure, ramen vers ses origines le ngre hatien. D'ordinaire, l'homme est doux, tranquille et soumis, mais port sur le tafia, enclin un rire immodr et sujet des paroxysmes, qui peuvent l'entraner d'ex traordinaires violences. Il est superstitieux, dfiant et chapardeur : si les menus larcins sont frquents dans les campagnes, la scurit y est absolue. Avec un peu d'indulgence peut-tre, les missionnaires se plaisent dire, qu'en dehors des villes, il n'y a point de gens m chants. Aussi bien, le peuple marque-t-il aux autorits spirituelles et temporelles le res pect le plus touchant. Par contre, l'homme en place pche par excs d'assurance. Sauf exceptions qui deviennent moins rares, surtout

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36 EN HATI dans les rangs levs, il est vague et tumul tueux, violent et entt par pure ignorance, insolent par incertitude de lui-mme et manque de savoir-vivre. La femme est entendue et active; jeune, elle est volontiers coquette, ses che veux crpus et rebelles, runis en petites nattes sur tous les points de la tte, sont dissi muls par le foulard de son tignon ; quand elle veut, elle s'habille proprement d'une robe de cotonnade ajuste la taille ; mais elle s'paissit de bonne heure, et, chez elle, la vieillesse vient vite, la diffrence du ngre, qui se conserve beaucoup plus longtemps que le blanc. Les divers idiomes africains ont disparu; quelques mots isols persistent dans le langage crole, qui a pris leur place. Celui-ci est n spon tanment des relations journalires entre ma tres et esclaves ; c'est du franais en constante dformation, se bornant rendre les sons que l'oreille des ngres tait capable de percevoir, avec des lisions dans les mots et une gram maire simplifie par la paresse crole. Les con jugaisons principales sont indiques par un simple auxiliaire ; les parties du discours rduites au sujet, verbe et complment ; beau coup de vieilles expressions normandes ou bretonnes ont pntr dans la langue, avec

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 37 de nombreux termes de marine, quelques mots anglais et surtout espagnols, enfin plusieurs mots d'origine indienne, pour dsigner les objets spciaux l'le. Bon nombre d'expres sions vieillies ou mme disparues de notre langue se sont conserves dans l'idiome crole. Les croles le trouvent fort joli : il est enfantin, rempli de tournures pittoresques fournies par le milieu ambiant, propice aux manifestations de tendresse1 Il possde une faon de littrature, avec des contes, des proverbes et des chansons pour la danse. Son expansion est con sidrable aux Antilles : on en parle les dia lectes dans la plupart des les du Vent, de la Guadeloupe EN-usTrinidad, dans les Guyanes, sur la cte orientale de Cuba et jusqu'en Louisiane. Ainsi s'est constitue une culture crole, greffe sur la culture franaise, issue du rgime colo nial et embrassant les divers dtails de la vie. 1. En simplifiant la langue primitive, tous les dialectes croles l'ont galement dforme dans un sens d'affterie et de tendresse, comme pour mieux l'adapter au caractre en fantin de la race qui l'employait. En crole franais, la syl labe ti, qui veut dire petit est constamment applique aux mots et aux noms propres. Le crole espagnol abonde en diminutifs : adios (adieu) devient adiosito ; ahora (main tenant, de suite), ahoritica ; la plupart des mots possdent une dsinence EN-usdiminutive : tardecita, noehecita (le soir, la nuit). Cette dformation de la langue est peut-tre moins sensible, sinon dans l'esprit, du moins dans la forme du crole anglais. \

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38 EN HATI Par une chaude journe de juillet, nous emes Caradeux toute une fte crole. Le d jeuner comporta un calalou de crabes et un tassau de coq d'Inde. Le tassau est une viande sche au soleil; le calalou une soupe de gom-bos 1 faite avec ces grands crabes gris, gtant dans les lieux humides, auprs des rivires, des marcages ou des conduites d'irrigation et, que l'on prend, le soir, aux lumires. L'adjonction de petits champignons du pays, nomms guiongnions, donne du got au bouillon, avec une couleur noire. En mme temps que le calalou, il (est d'usage de manger le EN-ustomtom, pte de bananes, de patates et de malangas. Une tonnelle, recouverte de palmes de coco tier, avait t dresse devant la maison d'cole. Les danseurs s'y runirent peu peu, autour des professionnels, chargs des divertissements 1. Les gombos (le P. Labat, qui vivait la Martinique, les appelle guingambos) sont les petites gousses vertes qui figurent en Orient, sous le nom de bamyas, dans tous les ragots de la cuisine grecque. Ils sont souvent employs dans la cuisine, aux Antilles et en Louisiane. Dans les grands restaurants de New-York, on sert le gombo crole qui est un potage de gombos en usage la NouvelleOrlans. Un calalou est une soupe paisse, faite d'herbes ou de menus lgumes, parmi lesquels doit figurer le gombo. Le tassau de l'espagnol tasajo est une viande, cou pe en aiguillettes, frotte de jus de citron et sche au soleil. (Descourtilz.)

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 39 de l'habitation. Seul, le samba prfra s'abstenir : un ouvrier du moulin, M. Paul Mervilien, le tireur de contes qui narre, aux veilles, les aventures des hros habituels de la fantaisie ngre, les sieurs Bouqui et Ti Malice ; il ne convient pas de tirer contes grand jour. Tous les autres taient l. Un chef de moiti, M. Alcide Eugne Ti Michel, califourchon sur un tambour, le frappait des deux mains, avec des contorsions de tout son corps. Le mouvement de la danse tait donn par le catalier, tapant avec des baguettes sur une caisse de bois vide, ou par le singalier, muni d'un morceau de fer. Un cultivateur, M. Marcellus, ancien mar chal de la section, faisait office de catalier ; M. Ti Jules, de Fleuriau, tenait le tambourin. Ces excutants accompagnaient la danse Mar tinique, une danse du ventre trs accentue. Chaque dame choisit un cavalier qui s'agite audevant d'elle ; quelqu'un veut-il entrer dans la danse, il se prsente, une pice de monnaie la main, pour payer sortie aux cavaliers ordi naires. Le rythme est si furieux, la passion si forte que tous les ventres se mettent en mouve ment, mme ceux des assistants ; et rien n'est plus pittoresque que de voir les vieillards, les femmes enceintes et les petits enfants se tr-

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40 EN HATI mousser, les yeux mi-clos, en dehors de la ronde. La direction de la danse appartient la reine chanterelle, personne connue, honore dans la cour, qui jouit ce titre d'une relle autorit; elle chante, d'une voix criarde, les chansons traditionnelles ou improvise au hasard des circonstances. Ma prsence provoqua cette posie d'une inspiration facile : M l vini, Li ban nous l'agent, Li pot bossons trangers. Bon Gui fait li vini tous les joue', Pou li pot la vie ban nous M... est venu. Il nous a donn de l'argent; il nous apporte des boissons trangres. Que le bon Dieu le fasse venir tous les jours, pour qu'il nous apporte la vie La contre-danse et une valse lente, la m ringue, exigent un violon et un accordon. Le violoneux, M. Louis Jean, un petit propritaire de l'habitation Goureaud, criait les indications de chaque figure : En avant A vos dames Parfois mme, il arrtait sa musique et invecti vait un danseur maladroit : Oh c'est ous qui gt toute, mon ch L'assistance comprenait toutes les notabili ts du voisinage : le chef de la deuxime section

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 41 de Bellevue, dans la commune de Port-au-Prince, en rsidence Caradeux, le colonel Glin Nret, vieux militaire, pais et court, en grand uni forme, kpi galonn, EN-usdolman bleu, pantalon garance, venu avec ses deux enfants, un petit garon, M. Tlmaque, et une fille bonne marier, Mlle Deuxgrces ; le notable de l'habitation, M. Raymond, avec sa fille, Mlle As sez filles, un nom frquent dans les familles cures d'un excs de progniture fminine ; le papaloi de du Mornay, l'un des plus illustres de la plaine, M. Aurlien Bernard ; une mamanloi moins achalande, Mamb Zizine, qui vit dans la localit; M. Renlus Ren, le matre d'cole. Puis la foule des de moiti avec leurs familles; enfin, un groupe d'anciens soldats, les anctres de l'habitation, le marchal Fidle, le major Mriville, qui, il y a soixante ans passs, fut clairon du prsident Boyer, le capitaine Thlisma, le gnral Gilles fils, rcemment retrait aprs soixante-seize annes de services militaires. Tous ces vieillards ont conserv de vagues souvenirs du temps des blancs; le marchal Fidle tient de sa mre, qu' l'arrive des bateaux ngriers, un march d'esclaves, frquent par tous les planteurs de la plaine, se runissait au morne Visite, sur les terres

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42 EN HATI de Caradeux. Ti Michel, le joueur de tambour, est un personnage important de l'habitation, o il a t choisi comme roi du loiloidi. C'est un usage de la plaine du Cul-de-Sac, autoris, diton, par Soulouque, qui avant de s'lever l'empire, fut grant de l'habitation Mocquet, pour le compte du propritaire, le gnral Delva, plus tard grand-chancelier et comte de la Petite Rivire de Dalmarie. A la fin de la semaine sainte, une mascarade parcourt la plaine. La tradition veut y voir les soldats du Christ, partant, travers les terres, la recherche des juifs. Chaque habitation forme son groupe, revtu des oripeaux du car naval; l'organisation, les exercices prpara toires ont commenc depuis le jour de l'an. A midi, le jeudi saint, le roi sort, accompagn de sa suite, avec drapeaux et tambours. Nuit et jour, les promenades et les danses se poursui vent ininterrompues; le matin de Pques, on rentre au logis. Le plus souvent, ces dbauches annuelles ont de dplorables consquences pour la vertu des jeunes personnes qui y participent. En deviennent-elles enceintes, le chef de section s'emploie pratiquer la recherche de la pater nit et le coupable fait rarement difficult de

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UN CHEF DE SECTION. LE COLONEL (JELIN NBET AUBIN. En Hati. UN PAFALoi. M. ASSB PL. IV

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 43 payer 50 centimes, par semaine, pour l'ducation du petit tre, n des excs du loiloidi. Il parat que la conduite gnrale des petites ngresses est bonne et qu'elles sont fort rserves en temps normal; mais les excitations leur sont dangereuses ; les danses peuvent mal finir. Le dommage n'est pas bien grand, s'il devient le point de dpart d'un placement heureux. En matire de mariage, les ngres ont gard les vieilles habitudes du temps de l'esclavage ; ils se constituent rarement une famille unique et lgitime. La multiplicit des femmes est l'apanage de la richesse et de la puissance ; chefs de section et papalois possdent des mnages dans tous les coins de la rgion, et les jeunes filles, blouies de leur grande situation, met tent un rel empressement leur procurer des enfants dehors En fait, dans l'habitation comme dans la famille, la vie ngre est domine par les vieilles superstitions africaines, c'est--dire par le culte du Vaudoux. Bien qu'on en signale encore des traces nombreuses aux tats-Unis et dans cer taines les des Antilles, il n'y a plus qu'en Hati, o son dveloppement reste libre. Ailleurs, il se borne l'exploitation de sortilges au pro fit de quelques malins, ce que l'on appelle

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44 EN HATI obeahism dans les colonies anglaises1. L'volution historique de Saint-Domingue est seule cause de l'exception hatienne. Tandis que, dans les autres les, le ftichisme tendait, sinon dis1. Bien que moins gnralement organises, les supersti tions africaines persistent dans nos les, o le papaloi prend le nom de quienboiseur. Les coutumes du Daho mey, crivait orgueilleusement EN-usJ. A. Froude EN-us(The English in EN-usthe West Indies), n'ont pas encore fait leur apparition dans les Antilles anglaises et elles ne pourront le faire, tant que l'autorit britannique y sera maintenue. Plusieurs crivains anglais, mieux informs par un long sjour aux Antilles, ont dcrit le ftichisme des colonies anglaises, notamment la Jamaque, o le papaloi, sous le nom d'obeahman, remplit des fonctions analogues celles de ses confrres d'Hati, dans la clbration des ser vices et la confection des ouangas (obeah). Il n'y manque mme point le docteur-feuilles intitul bushdoctor. Les tribunaux jamacains ont beau condamner les sorciers, le mtier marche toujours. M. Hesketh Bell, qui vcut la Grenade, a consacr tout un livre : Obeah-Witch-crafl EN-usin the West Indies, raconter par le menu le fti chisme de ses habitants. A Cuba, le papaloi s'appelle un guangatero et opre dans des houmforts, centros de guan-gateria, o, sous couleur de danse ou de bienfaisance, s'organisent des socits de Vaudoux. J'ai vu, dans la partie orientale, de vritables pristyles analogues ceux qui abondent en Hati. Les ngres franais, venus la suite des migrs de Saint-Domingue, ont conserv, leur rite spcial, leurs danses et leurs tambours, dans les deux quartiers de Santiago et de Guantanamo, o ils sont tablis : ils ne frquen tent point les mmes centres que les ngres espagnols. Il semble que les pratiques Vaudoux soient plus rpandues chez les premiers que chez les seconds ; d'ailleurs, ces pratiques auraient tendance diminuer et l'autorit cubaine ferme doucement les yeux. Elle se borne mettre sous clef le Dios Nuevo, c'est--dire le sorcier trop achaland, qui surgit de temps autre, et dont la renomme, dpassant les limites de son habitation, lui vaut une clientle de proportions inquitantes.

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 45 paratre, du moins se dissimuler devant l'ac tion du christianisme, appuy par une domina tion extrieure, l'indpendance d'Hati entra nait la marche parallle, voire la confusion des deux croyances. Tous les esclaves de la colonie taient plus ou moins chrtiens. L'article 2 du Code Noir prescrivait de les baptiser et de les instruire dans la religion catholique, apostolique et ro maine ; d'autre part, les religieux de Saint-Do mingue firent de leur mieux pour ne point appa ratre en ennemis de la race noire. Lors de la rvolution, ils n'hsitrent pas suivre les bandes souleves contre les planteurs ; le cur du Dondon fut aumnier de Jean Franois, l'un des premiers chefs ngres insurgs ; un capucin consentit sacrer Dessalines empereur, au lendemain mme du massacre des blancs. Nanmoins, les progrs du christianisme furent entravs par l'invitable retour aux origines africaines, et la religion du Vaudoux parvint garder ses prises. L'observation du ftichisme hatien n'est pas chose facile. Ceux qui traitrent ce sujet, l'ont fait avec colre ou sans prcision. Les PP. Du Tertre et Labat y touchent peine. Ce dernier se borne laisser percer une certaine dfiance.

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46 EN HATI Les ngres, crit-il, font sans scrupule ce que faisaient les Philistins ; ils joignent l'arche avec Dagon et conservent en secret toutes les supersti tions de leur ancien culte idoltre, avec les cr monies de la religion chrtienne. Une n gresse affide et intelligente apprit peu de choses Descourtilz. Comme toujours, Moreau de Saint-Mry fut le mieux inform des crivains coloniaux. Les croles cultivs affectent une igno rance absolue de choses aussi grossires : en eux survivent inconsciemment les vieilles pr ventions, du temps que le planteur se sentait mal assur dans son isolement parmi les ngres, redoutait leur culte mystrieux, leurs associations secrtes, leurs malfices et leurs poisons. De son ct, le ngre reste attach ses coutumes, respectueux des initiations: Z'aff mouton pas z'aff cabrite. Les affaires des moutons ne sont pas celles des chvres, dit le proverbe crole; les choses des noirs ne regardent pas les blancs. Quelque grossier que puisse paratre le culte issu du ftichisme hatien, la faute n'en est point au principe mme de ses croyances, qui se bornent rechercher les manifestations de la divi nit dans les forces de la nature. C'est un pan thisme comme un autre, log la mme

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 47 enseigne que le paganisme antique ou les reli gions de l'Inde. Le grand tort des ngres fut de se gter l'existence, en exagrant le carac tre malfaisant du monde surnaturel et en envi sageant l'univers comme peupl d'esprits gn ralement mauvais, parmi lesquels les lois et les anctres jouent volontiers un rle agressif l'gard de l'humanit souffrante. Ils en con clurent qu'il fallait conjurer ces nfastes in fluences par des sortilges, des offrandes, des sacrifices ; aux papalois ou sorciers, gens instruits dans les mystres, reviennent la charge et le bnfice de ces conjurations. Le christianisme une fois entr en contact ncessaire avec les religions africaines, les ngres s'empressrent d'introduire une divinit nouvelle dans leur collection de dieux et d'admettre, au-dessus et en dehors des esprits tra ditionnels, le dieu suprme rvl par notre dogme. Peu peu se constitua un mlange intime de christianisme et de ftichisme, o chacune des deux croyances ragit l'une sur l'autre, d'une faon assez analogue celle dont l'ancien paganisme slave continue de pntrer le chris tianisme orthodoxe, dans certaines parties de l'Europe Orientale. Selon les tribus, les rites, les traditions diff-

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48 EN HATI raient. De mme que les ngres de SaintDomingue afflurent de toute la cte d'Afrique, le Vaudoux hatien rsulte de la confusion de toutes les croyances africaines. Il a cependant dgag deux rites principaux, comportant cha cun un culte distinct, le rite de Guine et le rite Congo Bien que les noirs de la colonie soient venus en plus grand nombre du Congo que de la Guine, la clientle se partage peu prs galement, selon les origines ou les conve nances des familles; mais cependant les supers titions de Guine exercent une influence pr pondrante sur les doctrines actuelles du Vau doux. Dans chacun des deux rites, les gens experts relvent une srie de subdivisions, correspondant aux diverses tribus du nord et du midi de la cte d'Afrique. Arada, Nago, Ibo appartiennent au rite de Guine ; il semble que la cte nord ait eu le ftichisme plus doux et admit volontiers les esprits du bien. L'Arada serait le culte le plus simple et le plus pur de tous, ne connaissant point de malfices. Les esprits vnrs la cte sud sont plus frquem ment mchants : ces derniers abondent dans les subdivisions du rite Congo, le Congo franc, le Ptro et le Caplaou. Les scnes de cannibalisme, qui se produi-

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 49 sent encore parfois (un fait de cette nature a t jug, en 1904, par le tribunal criminel de Port-au-Prince), seraient l'uvre des adhrents, heureusement peu nombreux, certaines frac tions du Ptro et du Caplaou ; quelques-unes pourraient tre imputables au Mondongue, dont le caractre est un peu spcial, bien qu'appar tenant au rite Congo. L'apport de tous ces rites a cr une vri table mythologie dans le Vaudoux hatien. Les lois, les saints, les mystres peuplant la nature, ont reu le nom d'anciens rois d'Afrique ou bien des localits, o ils ont t diviniss. On y ajoute le qualificatif de matre, papa ou mon sieur. Legba, Dambala, Aguay, Gud, venus du rite de Guine, sont l'objet d'un culte peu prs gnral ; Matre Ogoun, EN-usLoco, Saugo, Papa Badre... et il y en a ainsi une infinit d'autres. Le Roi d'Engole (Angola) et le Roi Louange (Loango) appartiennent au rite Congo. Chacune de ces divinits possde un caractre particulier ou revt certains attributs qui lui sont propres. Legba est l'esprit suprieur des Aradas ; Dambala prside aux sources ; Aguay, aux eaux de la mer ; Gud est le dieu de la mort ; EN-usLoco, celui des forts ; Saugo, de la fou dre ; Badre, du vent. Dans leur incarnation, les EN HATI. 4

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50 EN HATI mystres du Ptro franc reprsentent la svrit, Legba personnifie la sagesse ; Dambala Oueddo, la force et la bont. Lui et sa femme, Ada Oueddo, sont considrs comme les anc tres du genre humain. Aguay est le navigateur; Legba, le lgislateur du Panthon hatien. Ces lois habitent de prfrence les vieux arbres et les ttes de l'eau1 Ils ont une reprsentation tangible ; Aguay a pour symbole un petit bateau ; Dambala, la couleuvre ; la plupart se sont con fondus avec les saints du christianisme, et les images de pit s'adaptent aux mystres Vau doux. Ogoun est devenu saint Jean-Baptiste ; EN-usLoco, saint Jacques le Majeur. Le saint et le loi clbrent leur fte le mme jour. Il est entendu que l'Adoration des Mages s'applique aux Rois Congo. Chaque divinit a sa chanson spciale, qui, dans les crmonies de son culte, se chante, en faisant les ronds sur un air uniforme. La navet en est extrme ; voici le dbut de la chanson de Matre Legba : Legba EN-usnan houmf moin; (rpt trois fois) Ous-minmes qui mtez chapeaux, EN-usNan Guinin, parez soleil pou moin Legba est dans mon houmfort. Vous autres qui portez chapeau, en Guine, prservez-moi du soleil2 1. Les croles appellent les sources les ttes de l'eau. 2. Ce couplet crole a besoin d'une explication. Legba

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 51 Tous ces lois veulent tre servis ; et le service en appartient aux papalois. Leur minis tre se limite-t-il aux bons lois, c'est--dire au rite de Guine et quelques lments du Congo, on dit qu'ils servent d'une seule main ; ser vir des deux mains entrane galement le culte des mauvais lois, divinits impitoyables, avides de sang et de vengeance. Les houmforts, sanctuaires de ces esprits multiples, abondent dans les plaines, o les habitants, plus riches, tiennent entourer leur ftichisme d'un appa reil considrable, inconnu dans les mornes. Le papaloi est un homme instruit dans les rites, par l'hrdit ou par l'tude, qui s'est lev peu peu dans la hirarchie Vaudoux, a parfois frquent les houmforts renomms des plaines de Logane et de l'Arcahaye, reu les initiations les plus secrtes et subi l'preuve d'une ordination. Quand les crmonies der nires sont accomplies, le nouveau papaloi se prsente aux fidles et, possd par l'esprit, il entonne la chanson propre au loi, qui, sa vie est dans mon houmfort veut dire : ce dieu me possde, est en moi. Me voici en Guine Vous autres qui portez cha peau, prservez-moi du soleil c'est--dire : garez-moi des coups de soleil, dfendez-moi contre le soleil. EN-usNan Guinin, dans un sens extensif, signifie : au pays d'A frique. Le chanteur ici sous-entend : o je suis transport et o le soleil darde.

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52 EN HATI durant, sera le matre-caye, le matre-tte, et au quel sera consacr le houmfort, o il va en trer. La base du culte Vaudoux se trouve dans la famille. Chaque chef de famille, revtu du sa cerdoce familial, honore l'esprit des anctres et les lois protecteurs des siens. Une pice de sa case contient un p, c'est--dire un exhausse ment en maonnerie, qui sert d'autel un culte restreint. Une fois l'an, la fin de l't, le pre remplit le devoir en clbrant la fte de la famille par un manger-ignames. C'est le repas en l'honneur des anctres, auxquels on offre ainsi les prmisses des produits du sol ; il com porte des ignames, des haricots rouges, du poisson sch l'huile. Dans cette circonstance solennelle, les enfants accourent de tous les points du pays se grouper autour de leur au teur. L'office du papaloi se borne au service des anctres et des lois reprsents dans son houmfort. A ces offices, le houngan joint l'exer cice de la mdecine, la confection de sortilges, d'amulettes et de ouangas. Ces malfices sa vent aider les vengeances, retrouver les objets perdus ou vols, favoriser les amours, carter les influences mauvaises et assurer le succs.

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 53 Le houngan se prte dvoiler l'avenir. Aux consciences en peine, il prodigue les conseils, impose les pnitences ; il ordonne un lointain plerinage, le don du tchiampan, c'est--dire de provisions portes aux prisons de la ville pour la nourriture des prisonniers, une messe la chapelle prochaine. Le papaloi serait le prtre ; le houngan, le sorcier du ftichisme hatien. Dpouille de son appareil Vaudoux, la mamanloi est le plus souvent une simple sagefemme, rpondant aux besoins des femmes du voisinage. Ds le dbut, l'ide chrtienne avait profondment pntr le Vaudoux. Pour plus de sret, les esclaves se prsentaient au baptme diverses reprises et faisaient dire des messes tous propos. Ils font dire des messes, crivait Hilliard d'Auberteuil, pour retrouver ce qu'ils ont perdu ; il y a tel capucin qui reoit jusqu' 20.000 livres par an pour dire des messes. L'habitude s'en est maintenue : elle exige, ct du papaloi, la prsence d'un pre-savane, pour procder aux prires catho liques, intercales dans tous les services. S'agit-il de clbrer de grands services en l'honneur des anctres, de concilier les lois de la famille ou ceux de l'habitation, l'interven tion du papaloi devient ncessaire. Les papalois

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54 EN HATI sont coteux ; ils exigent plusieurs centaines de gourdes, moins que l'on ne soit affili leur socit propre. Chaque habitation de la plaine du Cul-de-Sac contient un ou plusieurs houmforts ; la population pratique presque tout entire et gravite autour de ces lieux d'lection. Si le rite en est unique, les habitants de l'autre rite se rattachent au houmfort le plus rapproch, relevant de leur dnomination. Autour du houmfort, le papaloi a group les siens en une socit hirarchise selon les degrs de l'initiation ; cette socit possde ses drapeaux qui lui servent d'insignes. Le papaloi est assist de servants houngunicons qui deviendront papalois leur tour ; les adhrents, hommes et femmes, se partagent en hounsis-canzos et hounsis-bossales1 : ces derniers sont les aspirants ; les premiers ont seuls une instruction suffisante pour savoir servir et desservir le zain ; ils portent en ta touage la marque EN-usdistinctive de la socit. C'est avec leur concours que le papaloi procde aux 1. Du temps de la colonie, on appelait bossales les ngres encore sauvages, qui arrivaient d'Afrique et n'taient, par consquent, ni acclimats, ni dresss. S'ils venaient mou rir au moment de leur dbarquement, on les enterrait dans un cimetire spcial, qui a maintenu le nom de la Croix-des-Bossales l'un des quartiers de Port-au-Prince.

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 55 services : services de famille, quand il s'agit, aprs la mort d'un hounsi-canzo,de brler le zain, pour retirer le mystre du cadavre, ou de con cilier l'influence des jumeaux par l'organisation d'un manger-marassas ; services gnraux en l'honneur des lois du houmfort, notamment lors de la fte de la maison Certaines poques sont affectes des exercices dtermins ; le culte des aeux se poursuit de la Toussaint la Nol ; de Nol aux Rois, au moment des grandes ftes chrtiennes, Pques, c'est la dvotion aux forces de la nature ; la Pentecte fournit le moment propice aux initiations. Chaque service comporte un ensemble de crmonies signes cabalistiques que l'officiant trace sur le sol avec de la cendre ou du mas moulu, une procession aux reposoirs des divers lois, des sacri fices expiatoires, surtout et toujours des danses Vaudoux. Au son de trois tambours de tailles diffrentes, battus selon la cadence et accompa gns des chansons spciales au loi intress, la foule s'agite pendant des journes et des nuits entires. Quelquefois, la socit s'en va par la campagne : il n'est pas rare de rencontrer un papaloi, suivi de son groupe, accomplissant ses rites, sur le grand chemin, prs de l'eau ou au pied d'un arbre. Au bas des mornes du

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56 EN HATI versant nord de la plaine du Cul-de-Sac, une source servie la source Balan, que les superstitions populaires veulent habite par les mystres, attire les plerinages de tout le pays. Aux abords de la capitale, la Petite Plaine est remplie de houmforts rputs. Papalois et houngans y comptent moins sur la clientle locale que sur les gens de Port-au-Prince, scep tiques de leur nature et pratiquant sans rgu larit, mais ramens de temps autre par un retour d'atavisme africain. Je n'ai pas eu la bonne fortune de faire, au bourg de la Croixdes-Missions, la connaissance de M. Durolien, qui fut le papaloi de confiance du prsident Hippolyte ; j'ai toutefois visit deux de ses plus illustres confrres, M. Asse, l'Eau-de-Cazeaux, et M. Aurlien Bernard, du MornayLaboule. M. Asse vit au bord de la grand'route, qui va vers la Croix-des-Bouquets; il occupe, avec les siens, un groupe de cases, dans un enclos marqu par un alignement de troncs d'arbres; une tonnelle, abritant un tal de revendeuse, est installe sa porte. M. Asse, de son vrai nom EN-usRomulus Jacques, dit Asse, est un homme dj g, corpulent, les cheveux et la mous-

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 57 tache coups en brosse; il prtend appartenir l'une des meilleures souches de la Guine, et, dans sa famille, on est papaloi de pre en fils. Relevant du rite Arada, il passe pour savant dans son mtier, strict dans sa doctrine et ne consentirait servir que d'une main. Son houmfort est prcd d'un pristyle, qui sert aux services et aux danses Vaudoux; c'est une vaste pice, avec un sol en terre battue, recouverte d'un toit de paille ; sur trois cts, les murs s'lvent hauteur d'appui; sur le quatrime, figure l'inscription : SOCIT LA FLEUR DE GUINE Roi d'Engole indiquant le nom et le patron de la socit, laquelle prside le matre du lieu. Le houm fort est une case ordinaire, un peu plus grande que les autres. Le sanctuaire comporte un p principal, occupant, sur un des cts, toute la longueur de la chambre, et un autre, plus petit, dans un des coins. Ces ps sont de larges au tels en maonnerie, dont le soubassement est orn de curs et d'toiles en relief; au-dessus, des draperies pendent du plafond. Le p latral est divis en trois compartiments. Il y a donc,

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58 EN HATI en tout, quatre sections, consacres chacun des lois servis dans le houmfort : Aguay Aoyo, Dambala, Ogoun Badagry et EN-usLoco, roi Nago. Matre Aguay est reprsent par le petit bateau coutumier; un mdaillon est consacr Monsieur Dambala, tenant deux couleuvres en main; sur un tableau figure cheval Ogoun Badagry, ct d'une femme portant un drapeau ; Papa EN-usLoco a son image en grand uniforme ; il fume sa pipe et agite un ventail. Les murs sont tapis ss d'images de pit. Le fond de l'autel est occup par de nombreuses carafes en terre cuite, nommes canaris, qui contiennent les zains, c'est--dire les mystres recueillis dans le houmfort; devant, se trouvent des bouteilles de vin, de liqueurs, de vermouth, qui leur sont prsentes en hommage; puis des plats, des tasses affectes aux mangers-marassas, des cru cifix, des clochettes, des assons, calebasses emmanches d'une tige, auxquelles sont fixs des osselets de couleuvre et que l'officiant agite, pour diriger la danse ou appeler les lois ; des assiettes remplies de pierres tailles, venues des Indiens, pierres-tonnerre symboles de Dambala, que Saugo, le dieu de la foudre, lance du ciel dans l'enclos des papalois favoriss. A ct de ces pierres miraculeuses, se

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 59 trouvent plusieurs monnaies de cuivre ou d'argent. Les lois, servis par M. Asse, poss dent ainsi de vieilles pices de Joseph Bona parte, roi d'Espagne, au millsime de 1811 ; de Frdric VII de Danemark, 1859; de Charles IV d'Espagne, 1783, et du prsident Boyer, ans 27 et 30 de l'Indpendance. A terre, est pla ce une lampe huile de coco; dans un coin, les drapeaux du houmfort et le sabre de la place de l'homme qui, dans les services, fait fonction de matre des crmonies. Dans la cour, le pied de quatre arbres privilgis, un cirouellier, deux grenadiers, un mdecinier bni, est entour de ronds en maonnerie. Ces reposoirs sont habits par les lois Legba, Ogoun, EN-usLoco et Saugo. M. Asse appelle ses deux petites-filles, Mlles Charit et Lamercie, qui s'en vont prendre sur le p une bouteille de genivre consacre aux zains, la dbouchent et servent gentiment boire aux htes de leur grand-pre. L'eau de Cazeaux remonte l'ombre des figuiers francs ; auprs du ruisseau, rside une mamanloi rpute, Mamb Zra. Mlle Zra Vieux est une jeune femme, exerant la fois en plaine et en ville ; il parat que sa maison de Port-au-Prince est volontiers frquente par

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60 EN HATI les politiciens locaux en qute de conseils et de renseignements sur leur avenir. Le houm fort, prcd d'un pristyle, est masqu par une range de cocotiers : une grande croix de bois garde l'entre du domaine. Quand nous y passmes, en quittant M. Asse, Mamb Zra n'tait point chez elle; son mari le colonel Bois, exprima le regret de son absence et s'informa discrtement si nous avions besoin des services de la dame. Ce militaire est fils de M. Cadeau Bois, qui tint un houmfort rput sur la route de Ptionville. A la saline Cazeaux, le btail vient pturer une herbe courte auprs de mares saumtres; puis se suivent quelques jardins de petits pro pritaires, qui envoient au march de Port-auPrince des bananes, des patates, du mas, des gombos et de l'herbe de Guinel. Les fourrs de bayaondes reprennent; les restes d'anciens fosss d'irrigation et les portes de bassins de distribution persistent, moiti enfouis dans le sol. A du Mornay-Laboule, entour d'une haie de cactus candlabres, se trouve le houmfort de M. Aurlien Bernard, un ngre 1. L'herbe de Guine est une herbe large et forte, d'un vert un peu jauntre, qui pousse en herbages pais dans toutes les rgions d'Hati et est employe, frache, la nourriture du btail.

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 61 mince, dans la force de l'ge, aux cheveux courts, une large barbiche autour du menton. Plus clec tique que M. Asse, M. Bernard fait, en mme temps, le culte des deux rites ; chacun de ses services est double; il travaille d'abord dans le rite de Guine, qui passe pour le plus ancien, puis dans le rite Congo. Ses parents exeraient dj le mme mtier; le pre oprait en ville, la mre du Mornay. On dit qu'il servirait des deux mains et serait plus houngan que papaloi. Le houmfort est divis en deux chambres, l'une consacre Dambala, avec les canaris, les tasses, les pierres-tonnerre, les bouteilles et les images de saints, en usage dans ces sortes de lieux; l'autre rserve au rite Congo, moins meuble et dcore de quelques chromolitho graphies reprsentant l'Adoration des Mages. M. Bernard sort d'une petite malle le symbole de ce rite, le paquet Congo, c'est--dire le chapeau royal, avec des rubans et des plumes. Aux poutres du pristyle pendent les bateaux de Matre Aguay et les tambours du houmfort, trois tambours par rite; ceux de Guine, re couverts de peaux de buf, ceux du Congo de peaux de chvre. Les reposoirs de la cour, tablis autour de flamboyants et de cirouelliers, reclent Dambala, Ogoun et Legba.

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62 EN HATI Aprs Fleuriau et Caradeux, le chemin, sui vant le pied du morne, traverse le cimetire de Chteaublond; les tombes, des cubes en maon nerie percs de rceptacles pour les man gers et les bougies, sont places loin des cases habites, parmi les bayaondes ; une floraison lilas et violette de sans-cesse est seule ani mer cet asile de dsolation. Une tombe porte l'pitaphe de Marie Chteaublond, dcde en 1844, l'ge de quatre-vingts ans La lon gue vie de la dfunte a embrass les deux r gimes; elle est ne, au temps de l'esclavage, de la fantaisie du matre de l'habitation, dont elle a port le nom; ses cendres reposent dans la terre d'Hati libre. Frres est un domaine de 185 carreaux, plant en cannes et herbes de Guine ; il se continue, en remontant le morne, par une cafire et quelques parcelles de bois de bout Avant de se perdre dans les irrigations, l'eau de Frres est recueillie dans un grand bassin, bti par les blancs; le jour des Rois, les cultivateurs y clbrent un barbaco tuent un 1. Le mot barbaco est d'origine indienne et a galement pntr dans le crole anglais. Barbecue veut dire : diver tissement, repas en plein air. Moreau de Saint-Mry en pr cise ainsi l'tymologie: On appelle barbasco, dans la partie de l'Ouest, le divertissement que l'on va prendre la EN-uscam-

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 63 buf et dansent la nuit entire. La cour est importante : au premier son de la cloche, fixe sur un bois d'orme au milieu du parc bestiaux, quatre cents hommes pourraient r pondre la convocation, qui se fait, en cas d'a larme, lorsque le feu a pris aux cannes. C'est la rsidence du chef de la section de Bellevue-Chardonnire, dans la commune de Ptionville; l'cole rurale runit une soixantaine de garons et il existe une petite cole de filles avec une matresse de couture. Le gnral Boisrond-Canal, qui fut Prsident de la Rpu blique de 1876 1879, vcut sur l'habitation; il s'intressait sa terre, veillait au bien-tre des habitants. Frres lui doit sa prosprit et son dveloppement actuels. Parmi les gens de Frres, la renomme du papaloi, M. Paulma Saint-Paul, fort estim cependant dans sa profession, est clipse par celle du docteur Brice Saint-Germain, un bocor, un docteur-feuilles qui y a lu domicile. En dehors des houngans, qui exercent une pagne, dans un endroit o le plaisir du bain peut tre runi d'autres amusements... Ce nom, dans lequel on ne fait pas sonner l's, est venu des Indiens. C'tait celui d'une plante, qu'ils mettaient macrer dans l'eau d'une portion de rivire ou d'un courant, pour y prendre sans peine le poisson, que cette espce de narcotique faisait surnager.

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64 EN HATI mdecine mlange de pratiques de sorcellerie, il existe, dans les campagnes hatiennes, prives de mdecins, certains docteurs, qui, par tradition ou exprience, ont appris la science des simples et sont mieux mme de gurir, avec les feuilles et les racines du pays, que les vieilles gens, tontons et tantines, du voisinage. Toussaint Louverture parat avoir t un doc teur-feuilles ; il commena sa carrire rvolu tionnaire, en servant, comme mdecin, dans les premires bandes insurges sous Jean-Franois. Les familles, se dfiant de leurs propres lu mires, ont recours eux dans les cas graves. Les croles ont dans leurs remdes empiriques une extrme confiance. Beaucoup d'habitants des villes sont encore tents de rejeter l'ordonnance du mdecin, qui a fait ses tudes en Europe, pour suivre les avis des docteurs-feuilles, qui, de fait, ont parfois russi les cures les plus difficiles. Le docteur Brice n'a rien voir avec le Vaudoux; c'est un bon chrtien, qui, chaque di manche, met sa redingote et son chapeau haut de forme, enfourche son petit cheval et monte entendre la messe l'glise de Ptionville. Sa doctrine est simple et confiante : l o la Pro vidence a plac le mal, elle n'a pas manqu de

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EN-us HABITATION FRRES. LE MOULIN HABITATION FRRES. L'COLE AUBIN. En Hati. PL. V

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 65 crer aussi le remde. L'homme est faible et d courag ; mais il fait de son mieux pour aider son semblable, en utilisant les forces de la nature, dont il a reu le secret; il remet aux trois per sonnes divines la destine de ses malades. C'est plaisir de courir la campagne avec un tel guide. Il connat chaque plante, la dsigne par son nom crole et expose ses proprits spciales. Il distingue le cachiment-canelle et le cachiment-cur-buf, le EN-usfustic ou bois jaune, le bois-lait, les feuilles d'immortel, les diverses espces de mdecinier, le mdecinier bni et le mdecinier Barrachin. Zhbe cila-l consquent. Cette plante est trs consquente affirme-t-il. Ignore-t-il l'usage de telle autre, il le reconnat volontiers. Moin pas connin a liy.. Je ne connais pas ce que c'est. Les mornes sont, parat-il, plus riches que le plat pays en feuilles et racines mdicinales. Ils pro duisent la feuille-patience, la racinesguine, la liane salsepareille, les aiguilles bois-pin ; la gomme-gagac, le bois-cochon l. Les racines 1. Les vieux livres de mdecine du temps de la colonie le dsignent aussi sous le nom de sucrier des montagnes On l'appelle bois-cochon, crit un colon, Andr Minguet, parce que le cochon, tant bless, va mordre cet arbre, en fait sortir la gomme, y frotte sa plaie et la gurit. Ce chirurgien de flibustiers est rest populaire dans notre EN HATI. 5

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66 EN HATI z'accacias-francs poussent dans les galets des rivires. Ce sont toutes bonnes plantes servant dpurer la masse du sang La recherche des racines est entoure de pr cautions svres; on choisit, comme plus efficaces, celles qui se dirigent vers le soleil levant et l'on a bien soin de laisser en paie ment un EN-uscob (monnaie de cuivre de l'espa gnol cobre) au pied de l'arbre ; l'opration est accompagne de prires adresses tous les membres du ciel pour l'heureux succs de la mdication. Pour les fivres, si frquentes dans les r gions tropicales, il y a mdicaments en pile Le bocor distingue les fivres quarte, cr brale et bilieuse. Cette dernire, la mauvaise fivre du pays, se gurit par les feuilles de la liane sorossi, que l'on fait infuser, au serein, avec du jus d'oranges amres. Les maux de tte se calment par des applications de feuilles de sablier et de grandes feuilles cur, qui poussent auprs des sources. La fleur-dent ancienne colonie. Il fut, la lin du dix-septime sicle, le premier colon du Dondon, et une caverne voisine du bourg s'appelle encore la Vote--Minguet Il publia un Livre des simples de l'Amrique, servant au corps humain, dcou verts par Andr Minguet, tant en mdecine qu'onguents. A la cte de Saint-Domingue, l'an de Grce 1713.

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 67 apaise les maux de dents ; le bois EN-uslexis fait dis paratre les grandes chaleurs La nature fournit aux blessures des mdicaments nom breux. C'est quat' rmdes bless gangnin dit le docteur Brice. L'corce. bois-soie arrte le sang; un lavage de feuilles-corail active la sup puration ; un cataplasme de feuilles de sureau et de mdecinier-barrachin fait cesser l'inflam mation, et le manioc amer achve de fermer les plaies. Le bocor veut ignorer les poisons multi ples fournis par la flore hatienne ; ce sont l choses de houngans et non point de praticiens srieux ; il mentionne avec horreur le bois-z'ennivre que l'on peut recueillir dans les mornes, et dont la distillation tue son homme sans lais ser de traces. Le docteur Brice, un vieillard sec et mince de quatre-vingt-quatorze ans, est n dans le Mirebalais. Sa grand'mre, Mlle Anne, servait avec un colon franais, Monplaisir-Dumas, tabli sur l'habitation Dumas. Cet homme avait t attir par l'tude des plantes tropicales et de leurs proprits thrapeutiques ; il jouissait 1. Descourtilz crit bois enivr, le P. Labat bois ennyvrer. Les gens de nos les en pilaient l'corce et les feuilles et les jetaient dans la rivire, mles de la chaux vive, de faon ennyvrer les poissons qui venaient aussitt la sur face de l'eau.

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68 EN HATI par tout le pays d'une grande rputation. Brice en a reu la tradition par sa grand'mre. Les connaissances mdicales n'taient point rares parmi les colons de Saint-Domingue ; toute la plaine se sert encore de la mdecine Bauduit, un purgatif nergique, imagin par un des anciens propritaires de la Petite Plaine, sur l'habi tation qui a gard son nom. C, c'est md'cine sans manman (sans pareille)! dit avec admira tion le docteur. En 4868, les Hatiens s'agitaient un peu par tout contre le Prsident Salnave. Dans le Nord, des rebelles, nomms Cacos, avaient pris les armes Vallire et au Mont-Organis ; le g nral Nissage Saget s'tait insurg Saint-Marc ; l'meute clatait Port-au-Prince ; les piquets se reformaient au Sud. Le gnral BoisrondGanal se mit en tte de soulever Ptionville et la Croix-des-Bouquets. Tant d'efforts aboutirent la chute de Salnave, qui fut pris et fusill en janvier 1870. Or, durant cette poque de troubles, les bandes, commandes par BoisrondCanal, traversrent le Mirebalais ; le gnral recueillit Brice, en fit le mdecin de son arme et l'tablit, la paix, sur son domaine de Frres. Le bocor a t mari deux fois ; sa pre mire femme s'appelait Couloute, dite Charle-

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LA PLAINE DU CUL-DE-SAC 69 nette ; la seconde, Marie-Claire, Choucounoune, de son nom-jouet ; celle-ci vient de mourir, il y a peu de mois. De ses neuf enfants, six sont encore vivants et rsident dans le Mirebalais ; plusieurs de ses petits-enfants ont dj dpass la quarantaine. Le docteur Brice est aussi bien pharmacien que mdecin ; il prpare lui-mme les dcoc tions qu'il ordonne ; sa case contient un dpt de feuilles et de racines, jetes ple-mle dans des couis (quartiers de calebasse) ; s'il lui manque quelque ingrdient, il l'envoie aussitt demander, dans les mornes, l'un de ses cor respondants habituels. L'homme est connu et exerce dans toute la rgion ; les patients font avec lui, pour le traitement complet, un forfait de quelques gourdes; dans les cas graves, il n'hsite pas se transporter domicile, pour mieux surveiller sa cure. Nous le trouvmes install chez un vieux ngre, trs malade, le gnral Souverain Jean-Paul, un des grands habitants de Frres et ancien chef de la sec tion.

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CHAPITRE EN-usIII PTIONVILLE De Port-au-Prince Ptionville. La nomenclature gogra phique des les franaises. La Coupe. Capitale en projet. Sjour d't. Domesticit ngre : M. Esope jeune, M. Alfred EN-usCumberland, Mme Herminie Bernard. Recettes communales. Fournisseurs et revendeuses. Le commandant de la place: gnral Alfred Celcis. Murs croles. La source Caron. La chapelle de Notre-Damedes-Ermites.La Vierge de Mayamand. Le fort Jacques. L'habitation Le Franois. Chez la mamanloi : Mamb Tla. La fte de la maison La section des Cadets. Un coumbite. Le march du carrefour Tintin. L'cole rurale. En entrant en rade de Port-au-Prince, on aperoit, adosss la montagne, juste au-des sus de la ville, quelques toits et un clocher d'glise ; c'est le village de Ptionville. Derrire la capitale, les contreforts du morne l'Hpital

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ROUTE DE PORT-AU-PRINCE A PTIONVILLE, VUE DE PTIONVILLE ROUTE DE PORT-AU-PRINCE A PTIONVILLE, VUE DE PORT-AU-PRINCE

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PTIONVILLE 71 s'arrondissent en demi-cercle pour former deux vallons verdoyants. Celui de gauche, o coule le ruisseau du Bois-Chne, se resserre rapide ment ; une gorge troite, encombre de cafiers et de palmistes, passe entre le Gros-Morne et le morne Canap-Vert ; elle aboutit la source Plsance. La route s'lve mi-hauteur. Peu peu, la vue se dveloppe sur la masse grise de la ville, la baie et les lots de paltuviers1, qui bordent la cte jusqu' la pointe du Lamentin. L'habitation Bourdon contient plusieurs villas, encloses de haies de poincillade, fleurs jaunes ou rouges 2 ; l'une d'elles appartient un Guadeloupen, M. Gaston EN-usRevest, tabli comme n gociant Port-au-Prince. Aprs avoir pass le poste militaire de Saint-Amand, la route atteint en 8 kilomtres, prs de 400 mtres d'altitude, le sommet de la Coupe En langage crole, une coupe est le haut d'un vallon, un col, un passage de montagnes. 1. Les mots paltuviers ou mangliers sont indiffremment employs pour dsigner les arbres poussant sur les rivages des Antilles et tendant jusque dans la mer un inextricable fouillis de racines. Le manglier est une espce de paltu vier Descourtilz. 2. La Poincillade Poinciana pulcherrima (Descour tilz) tire son nom du Bailli de Poincy, qui fut lieutenant gnral des les franaises de l'Amrique et seigneur par ticulier de Saint-Christophe, Sainte-Croix, Saint-Martin et Saint-Barthlemy. Il mourut en 1660,

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72 EN HATI Quand il s'agit de procder la nomencla ture gographique des les franaises de l'Am rique, navigateurs et colons du dix-septime sicle ne se mirent gure en frais d'imagina tion. A Saint-Christophe, la Guadeloupe, la Martinique, la Tortue et la cte de SaintDomingue, Saint-Martin, Saint-Barthlemy, aux Saintes, Marie-Galante, Sainte-Lucie, Sainte-Croix et la Grenade, qui formaient pri mitivement l'ensemble de nos possessions des Antilles, les dsignations furent identiques. Les rivires, les mornes (montagnes), les pitons (pics), les plalons (plateaux), les coupes (cols), les fonds ou trous (valles), les arses ou aculs (fond d'une baie), les anses, les caps, les ctes de fer (rivages de rochers), les tapions (falaises), les lagons (lagunes), les salines,les ester es (par ties marcageuses au bord de la mer), les sa vanes (prairies naturelles), furent orns d'un qualificatif facile, du nom d'un saint ou d'un habi tant voisin. Il y eut partout des Grandes et des Petites Rivires, de Gros Caps, des Pointes du Vent, des Anses galet ou la barque ; il y eut un Cap Enrag, Marie-Galante, un autre Saint-Christophe ; une baie des Anglais la Martinique, des Rivires du Trou au Chien et du Trou au Chat la Guadeloupe, des Anses

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PTIONVILLE 73 du Bois Abattu, des Pipes, aux Herbes, SainteCroix. Toutes ces les taient fort distingues, au regard de Saint-Domingue ; elles vivaient sous le contrle de seigneurs propritaires, parmi lesquels l'ordre de Malte, plus tard sous le rgime de Compagnies Royales. Flibustiers et boucaniers taient gens moins dlicats ; si bien que la gographie de Saint-Domingue continue se ressentir de la grossiret de ses premiers colons. Eux aussi connurent les ap pellations purement pittoresques : Gorge obscure, Ruisseau difficile, Rivire sale, Source des Misres, Eau sans raison, Anse Juif, Baie des Flamands, Port Piment, Roche bateau, Ile Vache, Pointe des Aigrettes, Fond des Ngres, Valle de l'Asile, Mornes de la Hotte. Leurs boucans, qui taient une spcialit de l'le, en marqurent les premiers points habits : Boucan-Guimby, Boucan-Patates, Boucan-BoisPin. A ct du Trou-Chouchou et du Trou-Bon bon, leur mauvaise humeur qualifia le SaleTrou, le Trou d'Enfer, le Fond-Cochon et l'Etronc de Porc. La terre, dtrempe par les pluies, valut deux cantons du Nord les noms de Limonade et de Marmelade. Jadis la coupe, o l'on devait passer pour descendre de la chane mridionale de l'le vers

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74 EN HATI Port-au-Prince ou la plaine du Cul-de-Sac, n'avait reu aucune dsignation propre. L'en droit tait presque dsert. En 1826, M. Charles EN-usMackenzie y trouva quelques petites maisons de campagne, construites par les habitants de Port-au-Prince. L'une d'elles appartenait un Franais, M. Jacquemont, le frre du naturaliste, Victor Jacquemont, qui crivit de si jolies lettres de l'Inde. En 1831, une loi, vote par les Chambres hatiennes y dcida la cration d'une capitale nouvelle, protge par son loignement contre la mauvaise humeur des puissances et la dmonstration des navires de guerre. C'tait le moment, o les difficults, survenues dans le rglement des indemnits de Saint-Domingue, provoquaient avec la France une nouvelle rupture. En l'honneur du Prsident Ption, qui avait peupl de ses soldats les mornes voisins, la capitale projete reut le nom officiel de P tionville; mais les gens de la campagne, tenaces en leurs habitudes, s'obstinent encore la lais ser innomme, en lui conservant son appella tion primitive de La Coupe. Comme tant d'autres lois hatiennes, celle de 1831 resta inapplique; les reprsentants tran gers prirent l'habitude de rgler leurs rclamations, en faisant intervenir des navires de guerre

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PTIONVILL 75 dans la rade de Port-au-Prince. Ptionville ne de vint jamais capitale. Sur une pente assez forte, on dlimita un carr, qui servit de place d'Ar mes ; au milieu fut plant le palmiste, arbre de la libert, autour duquel s'rigea l'autel de la Patrie ; en haut s'leva le Palais national, ct d'un espace rserv au parc d'artillerie ; des avenues, se coupant angles droits, reu rent les noms des hros de l'indpendance. On s'arrta l : quelques cases vulgaires se perdi rent dans le cadre solennel de la ville proje te. Le Concordat de 1860 prvoyait l'tablisse ment d'un sminaire national. Dans ce but, un btiment en pierres fut construit au bas de la place ; il ne reut point de sminaristes. Le bourg resta chef-lieu de commune ; le com mandant de place s'installa au Palais ; les auto rits, magistrat communal, juge de paix, offi cier de l'tat-civil, se partagrent le local du sminaire ; l'tage suprieur revint au presby tre. En 1884, le P. Runtz, un Alsacien de Strasbourg, de la congrgation des Pres du Saint-Esprit, qui, depuis trente ans, dessert la paroisse, se mit en tte de construire une glise. Pendant des annes, chaque dimanche, aprs la grand'messe, il conduisait ses ouailles chercher des roches la ravine prochaine.

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76 EN HATI L'difice grandit peu peu ; le gros uvre est maintenant achev et le clocher, recouvert de tle, s'aperoit de tout le pays. Une alle de sabliers et de flamboyants garnit les deux cts de la place. Il y a une trentaine d'annes, une gnration nouvelle, leve en France, tait revenue en Hati ; les affaires prospraient ; les gens de Port-au-Prince montrent Ptionville, pour viter les chaleurs de l't, des pluies de juin celles de septembre. Les mai sons de campagne se multiplirent ; et, dses prant de devenir jamais capitale, le bourg fut consacr la villgiature. Depuis le mme temps, l'argent franais et l'argent allemand se sont successivement vertus doter P tionville d'une usine centrale pour la prpara tion du caf. Un aimable multre, M. Octave Francis, n en Hati d'un pre originaire de Saint-Thomas et d'une mre martiniquaise, a vieilli, dans une philosophie douce, la tte de cette industrie. Le fort Repoussez domine Ptionville : une cration rvolutionnaire. En 1868, une bande ennemie, venue de la plaine, occupait le village. Pour la dloger, le commandant de l'arrondissement de Port-au-Prince arriva par les mornes et fortifia le mamelon dnud, qui corn-

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PTIONVILLE 77 mande toute la rgion. Les murs du fort ont peu prs disparu ; les fosss sont cultivs en pois, manioc, giraumonts et patates. Un ajoupa1 abrite deux soldats dguenills, formant la gar nison ; un vieux canon gt terre, qui tire des salves les jours de fte. Le relief du plateau apparat : droite, la sortie du morne, plu sieurs ravines se runissent pour former celle du Trou-Berth ; gauche, la ravine Philippe au se creuse vers la source Plsance ; entre elles, Ptionville occupe la large crte descendant jusqu' la plaine du Cul-du-Sac. Les villas, les carrs de verdure commencent la Tte-del'Eau et se succdent le long des pentes. Au bas, le march, le cimetire, et, sur la route de Port-au-Prince, le portail o se trouvent les tals de revendeuses et, pendant l'automne, les balances des petits spculateurs en den res qui recueillent le caf pour les ngo ciants de la capitale. Nous comptons plusieurs compatriotes parmi les 1.500 habitants du bourg; sont propri taires : MM. Peloux, Rouzier, Caze, Achille Barthe, Edmond Miot, Elise croles, fils de Franais, venus pour les affaires, ou des-1. Ajoupa, petite hutte en forme de toit, faite de quelques pieux et recouverte de feuillage. (Moreau de Saint-Mry.)

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78 EN HATI cendants des affranchis de la colonie, qui ont jug bon de revendiquer leur ancienne natio nalit ; quelques-uns, MM. d'Aubigny et Gurin, sont eux-mmes arrivs de France. Les congrgations envahissent Ptionville : trois prtres, des Pres du Saint-Esprit, sont affects la paroisse ; les Frres de Plormel tiennent l'cole de garons avec 90 lves ; les Surs de Saint-Joseph de Cluny enseignent 130 petites filles ; les Filles de la Sagesse ont ouvert une maison de sant. L't pass, j'habitais, au-dessus de la place d'Armes, sur le chemin des mornes, une assez grande proprit, que m'avait loue M. Auguste Gurin ; tout jeune, il est venu du Havre, s'est mari en Hati et tient, Port-au-Prince, un magasin de nouveauts, l'enseigne du Para dis des Dames. Le jardin contient une cafire et un champ d'herbes de Guine ; un immense sablier1, dont les fruits mrs clatent, l'automne, avec un bruit sec, recouvre la porte; une alle de manguiers conduit la maison. 1. Sablier ou Hura : EN-usarbor fructu EN-uscrepitans. Arbre natu ralis en Amrique, o il a t import des Indes. On sait que la maturit de son fruit s'annonce par une explosion spontane, produite par un desschement subit et parfait de ses parties constituantes. Lors de l'explosion, la semence plate est lance de son enveloppe et va porter au loin le germe de la reproduction. (Descourtilz.)

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PTIONVILLE 79 Les galeries, toutes peuples de ces petits lzards domestiques, anolis et mabouyas, qui sautent de meuble en meuble, donnent vue sur la plaine. Elle disparat au milieu des arbres fruitiers : amandiers, abricotiers, avocatiers, calebassiers, sapotilliers, pommiers d'acajou, camitiers, arbres pain, papayers et corossoliers. Il y a abondance de rosiers, de crotons aux feuilles multicolores, d'hybiscus, de lauriers-rose, des bouquets de stragornias, qui donnent en juin leurs grappes blanches, roses ou mauves, pareilles celles de nos lilas, et des lianes o fleurit, la fin de l'anne, la blanche fleur de Nol La cuisine, les curies, le bassin sont dissmins sous les arbres. Les oiseaux sont rares : de temps autre, un oiseau-mouche vert fonc passe sous les feuillages, du vol rapide de ses ailes tremblotantes; quelques papillons, marrons et jaunes, ou blancs rays de noir ; parfois, nos gens tuent coups de pierre une inoffensive couleuvre ou une grosse araigne-crabe la tarentule de ces les, dont la piqre donne la fivre. Hati ne connat point les oiseaux au plumage multi colore, ni les magnifiques papillons bleus de la Cte Ferme, ni l'infinit des lucioles, qui, ailleurs, illuminent la nuit tropicale.

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80 EN HATI Le lendemain de mon arrive, le jardinier, M. Mristyle, eut l'ingnieuse ide d'introduire dans la maison un vieux ngre mourant ce qui m'obligea payer un cercueil et le tafia1 de l'enterrement. Puis, une jeune personne du voisinage fit appel la gnrosit du nouveau venu, par une lettre pressante, qui l'interpel lait avec un peu de prcipitation : Mon cher pre de famille ; et se terminait par ces mots: N'oubliez pas votre petit enfant Tous mes domestiques sont ngres. M. Esope jeune prside la maison, M. Alfred EN-usCumber land l'curie. Le premier est originaire de la quatrime section du Petit-Trou, dans l'arron dissement de Nippes ; suivant la coutume ha tienne, ses parents, qui sont cultivateurs, l'avaient plac, pour son ducation, chez un com merant du bourg voisin de l'Anse--Veau, o, en change de ses services gratuits, on lui apprit les belles manires de la ville. Il est bon catholique et mari devant le cur. Le deuxime est le fils d'un boucher de Kingston ; comme beaucoup de Jamacains, il a pass le dtroit pour chercher fortune en Hati. Anglican, il 1. Le tafia est un alcool produit par la distillation des mlasses; il est fabriqu dans toutes les guildives, qui par sment la rpublique. Le tafia rectifi devient du rhum. Le clairin est un alcool tir du jus de canne.

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FTE DE LA SAINT-PIERRE A PTIONVILLE : LES AUTORITS FTE DE LA SAINT-PIERRE A PTIONVILLE : LA FOULE AUBIN. En Hati, PL. VII

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PTIONVILLE 81 frquente, rares intervalles, le temple du Rv. Turnbull, qui reprsente cette confession Port-au-Prince. M. Esope est insolent et fantaisiste, mais plaisant et actif; M. Alfred parle volontiers de ses responsabilits et mar que une relative politesse ; tous deux sont galement menteurs, chapardeurs et dvous. Les deux cultures, dont ils relvent, ont mar qu sur chacun d'eux leur empreinte diverse ; l'un est atteint de lgret franaise, l'autre d'hypocrisie britannique. Ils sont assists de ngres infrieurs, qui s'obstinent revtir d'in vraisemblables loques. La cuisine relve de la perle de la maison, Mme Herminie Bernard, native de la Pointe--Ptre. Elle a quitt la Guadeloupe pour Hati, o Guadeloupennes et Martiniquaises viennent se placer en grand nombre ; elle s'est marie ici, et, n'ayant pas d'enfants, a import deux de ses nices. Cette famille est la dvotion mme ; j'entends tous les soirs le murmure de la prire commune ; les jours saints, sitt le signal du remue-mnage donn, au cours de l'office des Tnbres, la cathdrale, Mme Bernard ne manquerait point de frapper pieusement sur chacune de ses casseroles, afin d'carter les mauvais esprits. Le bon Dieu l'a rcompense EN HATI. 6

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82 EN HATI de tant de vertu, en lui inspirant la science de la cuisine. Elle russit aussi bien les plats de chez nous et les plats croles : les gros bouillons de tripailles, les acras, les poulets et les riz au guiongnion, les harengs-saurs boucans la sauce li Malice, les plats de tortue, les griots, les tchiacas et les choux-palmistes l. Le march a lieu tous les samedis ; les femmes s'y installent sous les tonnelles ; le fer mier, charg du nettoyage, peroit sur chacune une petite taxe de 2 ou 3 centimes. C'est envi ron 80 gourdes par an que la commune touche de ce chef. Le concessionnaire de l'abattage des viandes achte son btail au march du Pont1. Les gros bouillons de tripailles comportent du gras double, des morceaux de foie et de pied de buf, frotts de jus d'oranges amres, avec des bananes, des ignames et des pommes de terre. C'est un potage contestable. Par contre, les acras, rissoles de poissons ou de lgumes, sont excellents. Le guiongnion est un petit champignon, poussant sur les racines du manguier, qui sert donner du got plu sieurs plats croles. La sauce ti Malice est faite de saindoux, de jus de citron et de piments z'oseaux; ces piments minuscules, dont on tire le poivre de EN-usCayenne, sont extrmement violents, d'o le nom de ti Malice (petite malice) donn la sauce qu'ils relvent. On a coutume d'y joindre des quartiers d'avocat. Les tortues se mangent en potage ou en ragot; leurs ufs, qui fondent dans la bouche, sont un mets fort dlicat. Les griots sont une grillade de morceaux de porc, assaisonne de piments et de jus d'oranges. Le tchiaca est fait de grains de mas mi-crass et cuits avec des hari cots rouges; c'est un plat assez semblable au EN-ussuccotash am ricain. Le chou-palmiste se mange en salade, la sauce blanche ou au gratin.

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PTIONVILLE 83 Beudet, dans la plaine, et, toute la semaine, le fait pturer sur la place d'Armes ; le monopole de la boucherie, qui se vend annuellement la crie, rapporte quelque 450 gourdes. La pa tente est impose aux commerants, mais il n'y en a gure : le commerce se borne aux seuls tals des revendeuses, qui vendent des fruits, des friandises locales et du tafia aux passants ; les cabrouets sont aussi rares que les moulins et les guildives. Mais, chaque propritaire paye la contribution foncire, et c'est l le plus clair des revenus communaux, qui ne russissent mme pas entretenir les rues du bourg. Les fournisseurs envahissent les maisons. Tous les matins, un cultivateur de la source Plsance, M. Principe Supplice, nous envoie les 70 paquets d'herbe de Guine ncessaires la nourriture des cinq chevaux ; une de ses sept filles, Mlle Vignise, qui vient cheval, dispa rat au milieu de la verdure des charges. Mlle EN-usSylvia Estelle apporte le mas, qu'elle va cher cher dans les mornes, ou achte, la Ttede-l'Eau des femmes descendant de la montagne. Le charbon vient de l'habitation Pernier, dans la plaine ; un cultivateur, M. Ce risier, y prpare un four, chaque semaine, avec des bois d'acacia et de bayaonde ; sa,

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84 EN HATI femme est constamment en mouvement, pour en vendre le produit au moune la ville, tout partout. Le blanchissage est confi une robuste n gresse, Mlle Lubrisse Estubel, qui, pour ne point payer redevance aux propritaires des eaux voisines, fait le voyage de la Croix-desMissions, o elle peut laver librement dans la Grande Rivire du Cul-de-Sac. A toute heure du jour, c'est un dfil de femmes de la campagne, leur panier sur la tte, avec du lait dans une calebasse, bouche par un bois mas un peu de viande, quelques fruits, des lgumes, parfois des fraises venues de l'ha bitation Viart. Elles marchent incessamment sous le soleil, leur robe de cotonnade trempe par la pluie tropicale. Elles font ainsi d'normes distances pour une vente de quelques gourdes, ralisent un petit bnfice, en repassant leurs produits aux revendeuses qui les iront por ter plus loin, semblent compter pour rien le temps ni la fatigue de la marche et participent cette migration ininterrompue de population fminine, qui caractrise les campagnes ha tiennes. Les mardis et jeudis, M. Joseph arrive de 1. On appelle ainsi un pi de mas, dont on a retir les grains.

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AUBIN. En Hati. PL. VIII PTIONVILLE : L' AUTEL DE LA PATRIE SOURCE CARON : LES FILLES DE M. SAINT JUSTE

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PTIONVILLE 85 Port-au-Prince, avec des articles de toilerie lui confis par un ngociant de la ville ; il est charg du colportage dans les environs. Son gain fixe est de 14 gourdes par mois, plus 8 p. 100 sur les ventes. Le petit garon qui l'ac compagne, pour porter la bac aux marchandises, reoit 3 gourdes par semaine. De temps autre, apparat une gentille petite Guadeloupenne, le foulard nou sur la tte la mode de son le. Mlle Pauline Ajax est bonne d'enfants dans une maison, o les varits de manguiers abondent, mangues-Jrmie, mangots-muscat, mangots-prune, mangots-fil ; elle en apporte son compatriote blanc, dans un panier recouvert de franchipannes blanches et roses. Dimanche et ftes, grande animation sur la place d'Armes. La procession de la Fte-Dieu y passe sous les flamboyants rouges de fleurs ; le Saint-Sacrement est prcd de petites n gresses, couronnes de roses ou dguises en anges aux ailes ployes. La Saint-Pierre est fte patronale. A l'glise, l'office est solennel, le commandant de place y assiste, avec les autorits de la commune, le dput, l'archer (commissaire) de police, le magistrat communal flanqu de ses quatre conseillers. Les gens des mornes remplissent la nef ; par derrire, se \

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86 EN HATI forme le groupe docile des pnitents, auxquels les papalois, pour apaiser les esprits, ont im pos le port de la collet c'est--dire de bandes bleues ou rouges appliques sur leurs vtements. Au milieu de la place, chaque sec tion a t requise d'lever une tonnelle, et, jusqu'au lendemain, il y a danse. Le dimanche est jour d'audience officielle pour le commandant de la commune. Le gnral Alfred Celcis, un multre clair, a fait toute sa carrire, comme professeur au lyce de Portau-Prince. Lors de la dernire rvolution, il prit got au mtier des armes et, de ce chef, devint gnral. Aprs avoir servi quelque temps bord d'un navire de guerre, il entra dans l'administration militaire et reut le com mandement de Ptionville. C'est un homme serviable, instruit et polic par son pass uni versitaire. Une fois la semaine, les chefs des huit sections de la commune se prsentent au rapport. A la diffrence des commandants d'arrondissement et de place, indiffremment promens travers tout le pays, les chefs de section sont sdentaires, choisis parmi les cultivateurs les plus influents, 1. Les croles appellent collet toutes mauvaises toffes, loques, toiles d'emballage, etc.

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PTIONVILLE 87 les plus riches et les plus lettrs : ce sont com mandants militaires, chargs de l'application du Code rural, de la direction des corves pour les travaux publics et des jugements de concilia tion ; ils reoivent 16 gourdes d'appointements mensuels et sont assists d'un marchal et de trois gardes champtres, qui en touchent 7. Les districts, subdivisions des sections, sont confis des chefs de district, cultivateurs dsigns pour leur bonne conduite, et appuys par une petite force de police rurale ; ils sont galement pour vus d'un grade d'officier, par commission tem poraire ou dfinitive prescrit le Code rural ; mais leurs services sont gratuits. Le premier dimanche de chaque mois, il y a parade sur la place d'Armes ; la garde nationale, c'est--dire tous les hommes valides, de dix-neuf cinquante ans, l'exception des pres de sept garons, sont requis de descendre des mornes, revtus de leur uniforme, qui, le plus souvent, se borne un vieux kpi. Il va sans dire que les abstentions sont nombreuses. Ces guerriers d'occasion se rencontrent, au chef-lieu, avec l'arme permanente, compose d'une compagnie de gendarmerie et d'une com pagnie d'artillerie, de 43 hommes chacune, plus 20 hommes de police. Ces gens sont recruts

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88 EN HATI dans les sections de la commune et dans les environs du bourg. Gendarmes et artilleurs touchent la solde et la ration, qui leur sont en voyes chaque vendredi par le Secrtaire d'tat de la Guerre ; ils font le service du bureau de place du fort, des postes militaires; ce sont eux qui, chaque matin, quatre heures, rveillent la population en sonnant les clairons de la diane. La police, relevant du dpartement de l'Intrieur, contrle le portail et le march. En dehors de ce mouvement militaire, la gagaire qui opre les dimanches et jours de fte, rsume les divertissements du bourg; elle est situe au portail; un rond, marqu par des pieux et recouvert d'une tonnelle, y sert d'em placement pour les combats de coq. Le chef de gagaire est M. Clophar Cajuste, ancien archer de police. Durant la semaine, mme au cur de l't, les rues de Ptionville restent dsertes. Les hommes sont descendus leur bureau de Port-au-Prince ; il fait chaud, et les femmes croles ne prennent point got la vie du dehors. Vers le tard, l'heure rapide du cr puscule, quelques groupes fminins, vtus de 1. Gagaire, de l'espagnol galleria, qui dsigne l'arne pour les combats de coq.

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PTIONVILLE 89 robes claires, se forment sur la place d'Armes ou garnissent les degrs de l'autel de la Patrie, Il est rare que la jeunesse se runisse le soir pour quelque suy-pieds, c'est--dire pour une petite sauterie. Parfois, des pique-niques sont organiss aux sources prochaines. Les sources jouent un grand rle dans la vie crole; il y fait plus frais, la vgtation est plus dense, le bain tout prpar, le murmure de l'eau berce la sieste; il y flotte une vague ide des croyances populaires, qui les veulent habites par les mystres de la nature. C'est l'endroit propice la rencontre des amoureux, la formation du roman de la vie, l'emploi des mets et des breuvages qui vaincront les rsistances mas culines, l'usage des artifices, qui permettront une fille experte de couper la tte de la tortue 1, en obligeant l'homme de son choix un aveu dfinitif. 1. Dans toutes les colonies des Antilles, les croles, mme cultivs, et surtout les femmes, sont facilement en vahis par les superstitions ngres, dues aux contacts de leur premire enfance. Ils se dfont rarement des croyan ces africaines aux esprits mauvais, aux loups-garou, au pouvoir des charmes et des philtres, l'action ou la si gnification des plantes et des fleurs. Pour se faire aimer d'un homme, une femme broie le cur d'un oiseau-mouche vert, dit ouanga ngresse et le lui fait boire dans du caf ou du th. Certaines graines ou racines sont mises au cou des enfants pour les protger contre le mauvais il ; certaines autres, jetes au seuil d'une maison, russiraient

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90 EN HATI Deux sources favorites, la source Millet et la source Caron, naissent dans les ravines, qui se ramifient au-dessus de Ptionville. La premire n'est gure attrayante ; elle sourd au milieu des galets, en un lieu profond, sans ombrage. La source Caron est plus loigne ; on y atteint par le chemin de la Chaume, encombr de tabacs marrons 1 et de bois coq d'Inde 2, qui, par le carrefour La Boule, s'en va vers les crtes du Morne l'Hpital ou la valle de la Rivire-Froide. Pendant prs d'une heure, il faut gravir les pentes jusqu' l'habitation Ca ron. L'eau sort de terre dans une cafire trs touffue, sous une vote de figuiers, de mombins et de bois-trompette. Elle forme un torempcher les mariages ; la fleur d'acacia serait propice aux brouilles. Prsente par en bas, une feuille de basilic est un signe d'amour ; par en haut, une marque de haine. Dans la partie orientale de Cuba, un enfant, victime du mauvais il ou de la mauvaise bouche est confi une santiguadora, faon de mamanloi, qui vient dire des prires spciales et lui faire des croix sur tout le corps. 1. Dans le langage crole, marron veut dire sauvage, par opposition au mot : domestique. A l'poque coloniale, on ap pliquait ce mot aux esclaves fugitifs. 2. Pour dsigner la flore tropicale, les divers dialectes croles possdent une srie de sobriquets ou de qualificatifs, qui sont de vritables noms-jouet. En crole espa gnol, la liane d'amour est le coralillo : l'hybiscus, la borrachona (la femme grise). En crole anglais, le cactus bayonnette devient le EN-usdagger's palm et l'acacia le EN-uspink butterfly (le papillon rose). Une certaine liane s'appelle EN-usblack eyed Susan (Suzanne aux yeux noirs).

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PTIONVILLE 91 EN-usrent rapide au travers des roches, o pendent les grandes feuilles des balisiers. Les cases du propritaire, M. Saint-Juste, sont entoures de ces arbustes, dont les feuilles, aux extrmits des branches, deviennent, avec l'automne, d'un rouge trs vif, et que les croles appellent manteau de Saint-Joseph ; au pied, se dveloppe le feuillage rose et noir des colis ; une treille est recouverte de pois-souche. M. Saint-Juste compte parmi les meilleurs paroissiens de Ptionville ; ses deux filles, dj mres, ne se sont point abandonnes aux irrgu lires habitudes des campagnes. Pas places, affirment-elles avec dignit : nous, c'est moune converti 1 En contrebas du bourg, se trouve la source Plsance. Ses eaux ont t captes pour l'usage de Port-au-Prince ; le barrage, la maisonnette du gardien y ont gt la nature. Elle attire cependant par le plerinage de Notre-Dame des Ermites, dont la chapelle est tout proche. La Petite Vierge date de la colonie. Elle fut introduite Saint-Domingue par une dame J. La mission catholique d'Hati dsigne, sous le nom de convertis les ngres qui frquentent rgulirement les sacrements et qui passent pour suffisamment dgags des superstitions africaines ; ce que les missionnaires protestants appellent des communicants.

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92 EN HATI franaise trs pieuse, qui, par peur de la mer, la voulut pour compagne de voyage. Vint la Rvolution ; elle tomba entre les mains d'un ngre, nomm Pierre-Louis. Cet homme incarna dans la statue le mystre de son culte familial; peu peu, la renomme s'en tendit, pour devenir gnrale dans toute la rgion. La Petite Vierge a maintenant une chapelle et trne au. dessus de l'autel, recouverte de blancs voiles de marie, avec une couronne de fleurs d'oran ger sur la tte, malgr l'enfant Jsus qu'elle porte dans ses bras ; elle est entoure de cierges et de fleurs en papier. Une lanterne brle au plafond. Les murs sont orns d'ex-voto : Hommages. Remerciements. Reconnaisance N.-D. des Ermites. Dans la croyance universelle, la Petite Vierge est devenue la di vinit du mariage, la ressource des jeunes filles en qute d'poux ; et celles-ci l'habil lent qui mieux mieux, dans l'espoir de se pro curer l'objet rv. Sa fte est clbre le 2 juil let ; mais, chaque mardi, les plerins accourent des mornes, ainsi que des quartiers populaires de Port-au-Prince, Sainte-Anne, le Bel-Air et le Morne Tuf. Pierre-Louis vcut longtemps; il mourut, il y a quelque vingt-cinq ans, l'ge de cent dix ans. EN-usMadam' li faite douvant li.

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PTIONVILLE 93 Il a vu natre ma femme dit l'arrire-petitgendre, M. Michel Louissaint, le propritaire actuel de la chapelle. Mais ce n'est pas luimme mme, qui a organis l'exploitation peu catholique, dont elle est devenue le centre ; son beau-frre, M. Julien Joseph, en est le sacristain, et il mrite un petit coup de blme, pour avoir plac un tronc avec l'inscription sui vante : Nous prions nos bonnes personnes de verser dans ledit tronc tout ce qu'elles en auront ; car, si elles donnent dix centimes d'une main, elles les prendront de l'autre. D'ailleurs, la chapelle est propre et bien tenue ; il ne s'y passe point de macaqueries, comme Mayamand, de l'autre ct de Ptionville. L existe une statue de Notre-Dame d'Altagrce. C'tait sous le gouvernement du Prsident Ption, l'poque o Hati ne se permettait pas encore le luxe d'entretenir un plerinage national 1, et o la pit publique 1. Hati possde son propre plerinage, depuis l'poque de Soulouque. Une apparition propice de la Sainte Vierge, achalanda la chapelle de Ville-Bonheur, dans la paroisse de Saut-d'Eau. Dans une de ses malheureuses expditions contre la Rpublique Dominicaine, l'empereur Faustin 1er eut besoin d'encourager ses troupes par une manifes tation surnaturelle. La Sainte Vierge apparut docilement dans un bouquet de palmistes ou, du moins, l'imagi-

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94 EN HATI s'en allait vnrer Higuey, au sud-est de la Dominicanie, le sanctuaire de N.-S. de Altagracia. M. Pierre Etienne, dit Portecroix (il tait sacristain de la cathdrale de Port-au-Prince), rapporta du plerinage une reproduction de la statue vnre, qu'il installa sur son bien de Mayamand. Ds le dbut, la voix populaire attribua cette Vierge d'avoir ralis, dans la partie de l'Est toutes sortes de miracles, et, bien qu'elle s'abstint de semblables exer cices sur le sol hatien, elle n'en retint pas moins une norme clientle, qui vient la visiter ses deux jours de fte : les 21 janvier et 16 juillet de chaque anne. En Hati, les succes sions restent le plus souvent indivises, et, aux chefs-lieux des communes, les notaires se des schent faute d'emploi ; petits-enfants et arrirepetits-enfants ont maintenant parsem de leurs cours respectives le domaine primitif de Pierre Etienne ; le bnfice de la chapelle est rest commun tous. Les discussions quant au meilleur mode d'exploitation ont troubl les relations familiales. L'an des petits-fils, M. Charlestin Trente-et-un, un ngre grave et nation facile des soldats hatiens consentit l'y voir. Il y eut aussi des gens pour signaler une descente approbatrice de la Vierge sur le Champ de Mars de Port-au-Prince, quand Faustin Ier se rsolut, en 1849, prendre le titre imprial,

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PTIONVILLE 95 sec, la barbe grisonnante, qui prtendait la direction de la communaut, penchait pour l'orthodoxie du culte ; la majorit envisageait toutefois, comme plus lucrative, une association de la Vierge d'Altagrce avec les mystres Vaudoux. La lutte fut acharne ; des scnes violentes se produisirent; sur sa cour, Charlestin mit le feu un grand mapou, habit par les lois protecteurs de la communaut ; la justice dut intervenir ; le chef de section vint faire une enqute et parut donner raison l'ancien de la famille. Toujours est-il que ce ngre scru puleux a fini par quitter l'habitation du grandpre ; un de ses neveux, M. Auguste Csar, a ouvert un houmfort ; aux jours de fte, un papa loi du voisinage vient diriger les processions ; la nuit se passe en bamboches et les plerins, ayant galement servi la Vierge et les mys tres africains, rentrent chez eux le lendemain matin. En gravissant les mornes, tout droit au-des sus de Ptionville, il faut deux heures pour atteindre les forts Jacques et Alexandre, qui en occupent la crte... C'est une monte rapide travers les cafires. Aux arbres des carrefours sont souvent fixes des ailes et des pattes de friss. Le fris est un petit oiseau de proie,

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EN HATI que la superstition populaire considre comme de fcheux augure ; entendre son cri perant est prsage de malheur ; les ngres tuent ceux qu'ils rencontrent et ont coutume d'en accrocher la dpouille au croisement des chemins, afin de conjurer les mauvais sorts. Les deux forts furent levs en 1804, quand, sur l'ordre de Dessalines, la ligne des mornes hatiens se hrissa de forteresses et qu'un r duit fut cr dans chaque dpartement, pour s'opposer un retour ventuel des Franais. Au premier coup du canon d'alarme, procla mait la Constitution de 1805, les villes dispa raissent et la Nation est debout. Le plus grand des deux forts reut le prnom de l'Empereur noir, le plus petit celui de Ption. Bien con servs, leurs murs prolongent deux lignes rigides sur les sommets dgags de Bellevue-la-Montagne : le fort Jacques commande tout le pays vers la mer, le fort Alexandre la plaine et la haute valle de la Grande Rivire du Cul-de-Sac. Leur construction fut effectue par la corve des habitants ; la lgende veut que, le 17 octobre 1806, quand atteignit le haut des mornes la nouvelle de l'assassinat de Dessalines, survenu aux portes de Port-au-Prince, on entendit les pics des travailleurs retomber d'un mme coup 96

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CHEZ MAMBO TLA : LE BLIER MAMBO TLA AUBIN. En Hati. PL. IX

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PTIONVILLE 97 sur le sol ; la volont, qui avait group tant d'hommes la tche, disparaissait; l'uvre resta abandonne. Par del la ravine du Trou-Berth, une suc cession d'habitations descendent les contreforts des mornes, Marlique, Duplan, Dupont, Mayotte ; des hauteurs, on aperoit leurs cours tages au milieu des arbres. Ce sont villages prospres, o les femmes sont blanchisseuses, occupes laver dans la ravine pour les gens de Portau-Prince ; un bon gisement de terre de pipe y permet la fabrication des cachimbeaux, pour l'usage de la plaine et des montagnes du Sud. Chaque dimanche, un pasteur ngre monte Duplan apporter la bonne parole quelques familles de l'habitation, rattaches la com munaut mthodiste 1. 1. Le protestantisme prit pied en Hati, aussitt aprs l'Indpendance. Christophe attira des missionnaires anglicans, Ption des mthodistes anglais. Ces derniers vinrent Port-au-Prince, en 1816, et prsidrent la cration d'coles nationales. Ils eurent toute libert d'action, tinrent des camp-meetings et firent quelques conversions. Boyer mar qua moins de faveur au protestantisme et les premiers mis sionnaires disparurent. Ils revinrent la fin du gouverne ment de Boyer et surtout aprs 1843, envoys par le Comi t missionnaire de la socit Wesleyenne, de Londres; ils voyagrent travers l'le, s'tablirent dans les princi pales villes, Port-au-Prince, le Cap, les Gonaves, Jrmie, construisirent des temples, ouvrirent des coles et crrent mme des postes dans l'intrieur. L'immigration de ngres amricains (il en vint environ 13.000, mais beaucoup ren-EN HATI. 7

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98 EN HATI Une heure et demie plus loin, en remontant les pentes boises, on atteint l'habitation Le Franois. La famille Bellot, qui y rside, est favorise par la superstition populaire. De son vivant, le pre tait houngan ; le fils et les trois filles s'enrichissent de la rputation trrent aux tats-Unis) , qui commena en 1823 et dura jus qu'aprs la guerre de Scession, avait entran l'accroisse ment des communauts protestantes et l'tablissement des trois sectes, mthodiste, baptiste, piscopalienne. La pre mire mission baptiste fut fonde Jacmel, en 1845; elle tait anglaise. En 1861, arriva de EN-usNewhaven (Conn.) une nombreuse colonie missionnaire, envoye par l'glise M thodiste EN-uspiscopale Africaine des tats-Unis. La venue de ngres de la Jamaque valut une clientle aux Anglicans. Bref, il existe, l'heure actuelle, en Hati, des communauts anglicane ou piscopalienne, mthodiste et baptiste, an glaise et amricaine. La secte mthodiste est de beaucoup la plus rpandue; cependant le nombre des protestants reste assez faible, il ne dpasse pas quelques milliers. La prdication protestante avait revtu, ds le dbut, un caractre nettement britannique. En 1851, un ngociant de Jrmie, M. Foulson, y fit lever de ses deniers le Temple mthodiste : dans sa fondation, il exprima le vu que le pasteur fut dsign par la Communaut mthodiste de France. Lors de mon passage Jrmie, j'y trouvai le pasteur Belloncle, du Havre, qui dirigeait, avec beaucoup de zle, un petit groupe de 150 mthodistes, dont plusieurs appar tenaient aux meilleures familles multres de la ville. Les missionnaires protestants, qui ont crit ; sur Hati, se plaisent reconnatre l'esprit de tolrance du gouvernement hatien. L'tat subventionne certaines des uvres protestantes. Les cimetires sont communs toutes les confessions. Il y a mme des Hatiens cultivs, qui, sans tre pour cela devenus protestants, se plaisent suivre les services du temple mthodiste de Port-au-Prince. Il y a place, en Hati, pour une infinit de religions. Le culte du Vaudoux a prpar le ngre l'clectisme.

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PTIONVILLE 99 de son houmfort. Surin Pierre est une faon de papaloi : ses surs, Estelle, Charlotte et Ti Rose sont inities dans les mystres ; l'insti tution est dirige par l'ane, Mamb Tla, une mamanloi fort clbre. Les cases occu pent un ressaut de terrain dans une caf-ire, avec des reposoirs au pied des grands arbres et une jolie chappe de vue sur la plaine du Cul-de-Sac. D'un ct de la cour, la maison d'habitation ; de l'autre, un pristyle tage ; dans le fond, un houmfort consacr au rite Arada et Matre Dambala. Plus bas, un second houmfort, divis en deux compartiments, l'un pour le rite Congo, l'autre pour le rite Nago. La fte de la maison clbre en l'hon neur des lois protecteurs du houmfort, se pour suit, chaque anne, pendant toute la semaine du 15 aot. Nous y allmes assister en nombreuse partie. C'tait le mardi matin, jour de l'Assomp tion. Des palmes de cocotier, plantes dans le sol, formaient une porte fleurie l'entre du do maine ; les arbres consacrs aux mystres, figuiers et avocatiers, taient entours de dra peries ; au pied, on avait plac, sur de grandes feuilles de bananiers, des couis, des vases de faence, des bougies allumes, de la vaisselle

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100 EN HATI brise, des tiges de cannes sucre. Une toffe noire, avec des ossements et des ttes de mort, habillait un ciroullier, habit par Gud Baron Samedi, le matre cimetire A l'entre de la cour, une haie de palmes entourait un avocatier, frquent par Papa EN-usLoco. Dans la juridiction Congo, selon les rgles spciales ce rite, de grandes bches allumes gisaient terre. Devant le houmfort, les assistants at tendaient, patiemment assis sous la tonnelle, et se distrayaient en chantant des cantiques. Au milieu du pristyle, se dressait le poteau-zains, orn de branchages et de fleurs, de couis et de cannes sucre ; plusieurs sabres y taient appuys. Les trois joueurs de tambour prpa raient leurs instruments, hountor, second et boula ; les petites demoiselles hounsis drou laient leurs drapeaux. La mamanloi s'habillait: elle entre-billa la porte de sa chambre, em brassa les dames et tendit aux hommes sa joue baiser. A onze heures, quand tout fut prt, les tam bours battirent le rassemblement ; le matre de crmonie, la place un vieux ngre mince, barbiche grisonnante, brandit son sa bre ; les hounsis se rangrent en ligne derrire Surin Pierre Bellot, qui vint se placer auprs

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CHEZ MAMBO TLA : LES ARBRES HABILLS PL. X AUBIN. En Hati.

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PTIONVILLE 101 de la porte de sa sur. Mamb Tla sortit, le sabre salua, les drapeaux s'inclinrent, la con grgation se prosterna. C'est une grande et forte ngresse. Elle tait fort bien mise: une robe blanche, orne de dentelles et serre la taille ; au-dessous, un jupon brod ; un mouchoir blanc nou sur la tte, un foulard gris au cou, des boucles d'oreilles et, au corsage, une broche en or. Elle marchait, appuye sur les paules de deux hommes, un petit chapelet de pierres blanches dans sa main droite ; lente ment elle s'avana vers le houmfort; possde par les mystres, sa dmarche tait chance lante et elle faisait, chaque pas, mine de s'affaisser. Aprs quelques minutes de recueillement dans le sanctuaire, la procession commena. Au-devant, des garons portent des cierges, un crucifix, un encensoir. L'organiste de la pa roisse de Thomazeau, dans la plaine, qui est venu faire office de pre-savane, psalmodie les litanies de la Sainte Vierge, qu'il suit dans le Recueil des Cantiques l'usage du diocse de Port-au-Prince, imprim Rennes. Puis vient un blier, les yeux bands, le dos recouvert d'une toile, dont chaque arrt, d'aprs le rite Arada, doit signaler la prsence des lois. Le

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102 EN HATI long du chemin, le papaloi trace des lignes avec de la cendre ou du mas moulu ; il fait les crmonies auprs des reposoirs. Derrire la mamanloi, toujours soutenue par deux acolytes, la foule suit. Turris eburnea EN-usRosa Davidica chante le pre-savane. Ora EN-uspro nobis reprend le choeur des fidles. Quelques femmes, saisies par le mystre, marquent des mouvements d'hystrie. La procession parcourt la cafire, en faisant halte chaque reposoir. D'un mdicinier bni, les gens cueillent des feuilles, les placent sur le reposoir et baisent dvotement la terre. Plus loin, au pied d'un avocatier, consacr Papa Chad, Surin Pierre se met prcher ; il parle des miracles et des mystres, du Christ et des lois ; saisissant un cierge allum, il s'crie : Voil la lumire que nous devons suivre et tous repartent travers le bois. De reposoir en reposoir, la pieuse promenade dura deux heures. Nous nous tions mis d jeuner dans la maison de Mamb Tla, servis par une jeune ngresse Mlle Marcelle-Frdric, la nice du cabaretier de Ptionville, M. Thima-gne, venue chez la mamanloi en changement

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PTIONVILLE 103 d'air. Quand la procession revint vers la mai son, on entendit le bruit confus des cantiques et Mlle Marcelle, emporte par le mystre, se mit chanter tue-tte : Je suis chrtien, voil ma gloire, Mon esprance et mon soutien, Mon chant d'amour et de victoire, Je suis chrtien je suis chrtien! Sur quoi, elle se servit un grand verre de tafia, fit une libation sa droite, sa gauche et par derrire elle, en l'honneur de ses an ctres, puis avala le reste tout d'un trait. Au milieu du jour, Mamb Tla se reposa. Dans la cour, des chaudrons de pois et riz et d'akassan1 cuisaient sur des feux. Les visi teurs trouvaient, aux tals, des bouteilles de ta fia et de mabi, des tablettes de coques, de roroli, 1. L'akassan est du mas moulu, cuit avec du sirop de cannes. Le pain-patates est une pure de patates cuite avec du sirop et des pices. Le mabi est du sirop ferment avec une infusion d'corce de bois-mabi et un peu de gingembre. Le mabi tait une boisson fort rpandue dans nos les. Le P. Labat en donne une recette, en usage la Martinique, o l'on ajoutait des patates rouges et des oranges sres. Cette liqueur fermente en moins de trente heures et fait un vin clairet aussi agrable que le meilleur poir que l'on boive en Normandie. Les tablettes sont faites de rapadou avec de la pulpe de noix de coco, des grains de ssame (roroli) et des noix de pommes d'acajou. Ce sont friandises populaires que l'on rencontre partout sur les routes ha tiennes.

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104 EN HATI de noix d'acajou et du pain-patates. A un pied de feuille-saisie tait attach un petit veau, destin faire les frais de la dbauche de la nuit. Tard dans l'aprs-midi, les tambours donn rent le signal de la danse Vaudoux ; de tous les coins de la cour, les danseurs accoururent en se trmoussant du ventre. Mamb Tla vint saluer les tambours et, relevant un pan de sa jupe, saisissant un sabre qu'elle fit ployer sur sa ceinture, elle prsenta les dhanchements les plus savants l'admiration du public. Le comman dant de la commune, qui se trouvait l, ne vou lut point laisser passer une runion aussi nom breuse, sans rchauffer son loyalisme l'gard du chef de l'Etat. Il fit chanter aux petites houn sis une chanson populaire en l'honneur du Prsident de la Rpublique : N Alexis, bon papa N Alexis, not sauv N Alexis, pobit C'est bon Gui qui ban nous li C'est li nous vl, c'est li nous prend a qui content, tant mi pou yo I a qui fch, tant pis pou yo a qui fch col n'a ou Nord Alexis, bon papa Nord Alexis, notre sauveur Nord Alexis, probit C'est le bon Dieu qui nous le

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PTIONVILLE 105 donne. C'est lui que nous voulons, c'est lui que nous prenons. Tant mieux pour ceux qui sont contents, tant pis pour ceux qui sont fchs. Que ceux qui sont fchs attaquent un peu pour voir A son tour, un ngre distingu, vtu d'une jaquette marron et portant lunettes, vint, le sabre la main, saluer la mamanloi : un an cien reprsentant du peuple, M. Codio, gendre du dernier Prsident de la Rpublique, le gnral Tirsias-Augustin Simon Sam. Comme tant d'autres, cet homme fut impliqu dans un scandaleux procs financier, qui mettait en cause nombre d'adhrents du gouvernement dchu. Suivant l'usage hatien, il se hta de boiser pour chapper la rigueur des lois, et trouva un abri sr chez Mamb Tla, qui comptait, parmi ses meilleurs clients, la famille du beau-pre. La nuit venait. Le papaloi, la place et les hounsis se mirent en ligne ; sabres et drapeaux salurent le dpart des htes de la maison. Par les habitations Duvivier et Greffin, le sen tier continue vers la crte de Bellevue-la-Montagne, qu'il atteint au Bois-Pin Lespinasse. Au sommet, la fort s'est claircie et les cafires ont fait place aux cultures de vivres. Sur une pente, au bord de la route, une douzaine de

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10G EN HATI cultivateurs travaillent en coumbite. Il s'agit d'un plant-patates, et le matre du champ a convo qu dans ce but une douzaine de ses voisins. Le coumbite est un mode d'organisation du tra vail, aussi rpandu chez les petits propritaires des mornes que parmi les mtayers de la plaine. L'effort en commun se fait plus vite et plus gaiement ; on vient cultiver le bien du prochain, qui, son tour, cultivera le vtre. Le coumbite est une sorte d'association agricole, o le ngre trouve une occasion nouvelle de chan ter et de boire. Il en est de diffrentes espces. S'agit-il d'une courte besogne qui s'achvera dans les premires heures du matin, c'est un simple douvant-jou ; ou bien dans l'aprs-midi, de deux cinq, un din-manchette : le grand coumbite comporte un travail prolong qui dure jusqu'au midi. Le matre du champ, qui devient, pour la circonstance, le chef du coumbite, n'a d'autre affaire que de nourrir ses travailleurs ; il surveille, dans un coin, le chaudron o cui sent les pois et riz, et accourt, chaque rqui sition, avec la bouteille de tafia. Quelques-uns piquent les pieds de patates, aprs que le gros des travailleurs a remu le sol. Ils sont l, serrs les,uns contre les autres et grattant la terre de leur houe ; l'un d'eux, frappant

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PTIONVILLE 107 sa manchette d'un morceau de fer, marque la cadence et rpte indfiniment la chanson traditionnelle, qui doit tre reprise par l'en semble : EN-usAgo houe dmanche, Ti gaon, manch li ban moin (Allons, la houe est dmanche Petits garons, rem-manchez-la pour moi !) L'heure du repas veut un appel spcial : Tend moin dit ou : Vent' m' ap mangnien moin (Entendez, vous dis-je; le ventre me tiraille !) Elle s'achve par une action de grce : Vive chef la commune, Qui baille tranquillit Vive chef section, Qui pmette nous dango! Vive chef coumbite (Vive le commandant de place, qui nous donne la scurit! Vive le chef de section, qui nous permet de nous battre Vive le chef du coumbite Si ce dernier a mal fait les choses, c'est le moment de le lui faire sentir : Moin pas pr' all enc EN-usNan mang cil-l Nous pas p mouri pou tte moune enc (Nous n'irons plus dans ce dner-l ; nous ne mourrons plus pour personne !...)

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108 EN HATI Une fois le travail fini, les ngres se sparent en chantant la Mazonne : G veill c N'a ou a; N'apr' all la cy (Les yeux surveillent le corps; nous verrons cela ; nous allons chez nous...) La descente du Morne-Blanc conduit la sec tion des Cadets. La vue embrasse un vaste cirque de montagnes : le Trou-Coucou, c'est--dire la haute valle de la Grande Rivire du Cul-de-Sac, se dveloppe en ventail au pied du Mornela-Selle ; une srie de ravins profonds, s'embranchant les uns dans les autres. A gauche, la gorge de la Grande-Rivire conduit la plaine ; droite, la rivire de la Vote remonte rapide ment vers Kenscoff et les Montagnes Noires... Sur l'arte, qui aboutit au confluent des deux rivires, s'est tabli le centre administratif de la section, avec le march, l'cole rurale, la chapelle... J'y suis venu un vendredi, jour de march. Le gnral Celcis avait bien voulu m'accompagner avec les chefs des sections de Bellevue-Chardonnire et de Bellevue-la-Montagne, le gnral Couloute et le colonel Men. Au pied du Morne-Blanc, attendaient le chef de la section des Cadets, le colonel Damacelin

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PTIONVILLE 109 Blisaire, un grand habitant, ancien chef de section, M. Mtellus Auguste et le matre d'cole, M. Fnlon Ren. Le march est tabli au carrefour Tintin, o aboutissent tous les sentiers conduisant des hautes montagnes vers la plaine : un espace dnud, entour d'acacias et ombrag d'un seul gommier blanc. Une paillotte est rserve aux autorits de la section, qui assurent l'ordre avec la police rurale : une demi-douzaine de ngres d'ge et d'accoutrement varis, dont le pre mier porte un baudrier rouge, avec l'inscrip tion en lettres blanches : FORCE A LA LOI. Les marchs sont surveills avec soin ; dans les campagnes o la presse ne pntre gure, ce sont lieux de rencontre, o se colportent les nouvelles, o se dveloppent les propagan des La frquentation y est presque exclusi vement fminine ; les femmes des cultivateurs apportent les produits du domaine conjugal ou de leur petite industrie ; les revendeuses arriventavec des objets de premire ncessit et rap portent en ville du caf ou des lgumes. Ce va et vient de femmes, oprant dans un espace parfois considrable et tirant leur bnfice de la distance mme laquelle elles transportent leurs mar chandises, se produit d'un bout l'autre d'Hati,

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110 EN HATI consquence naturelle de l'absence de routes et de chemins de fer. En principe, chaque section doit avoir son march; ces marchs sont ouverts en vertu d'une simple autorisation du comman dant de place et ne comportent aucune taxe. Sur tout l'espace du carrefour Tintin, se sont forms des groupes de femmes il peut y en avoir deux ou trois cents, accroupies auprs de leurs talages : des balais, des cordes en pite et un latanier, des bts en bois pour les btes de charge, de la viande de porc, de chvre et de buf ; une charcuterie grossire, des calebasses de lait et de tafia, des fruits avocats, oranges, cachiments, des bananes, du mas, de l'amidon de manioc, des haricots rouges et noirs, de la cassave (pain de manioc), du biscuit (pain de froment). Les revendeuses offrent des feuilles de tabac, du savon, des al lumettes, des pelotes, du fil, des aiguilles, des boules de bleu pour le blanchissage, quelques boutons : elles achtent les petites proportions de caf apportes des mornes. Aux extrmits, des chaudrons, recouverts d'une feuille de ba nanier, cuisent au feu pour le repas du jour. La chapelle est un peu plus loin sur l'arte, l'habitation Desgourdes ; l'cole rurale, ct des cases du chef de la section, se trouve au-

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LES FORTS JACQUES ET ALEXANDRE (A L'HORIZON) LE MARCH DU CARREFOUR TINTIN PL. XI AUBIN. En Hati.

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PTIONVILLE m dessous, sur l'habitation Beauvert. Devant la maison d'cole, les enfants sont aligns : une quinzaine de garons et trois petites filles ; ils ont bonne figure et sont convenablement vtus ; il n'a pas t possible d'en runir davantage, cause de la dispersion des jours de march. P ntrez-vous ordonne le matre pour les faire rentrer en classe, et toute cette jeunesse aux noms hroques Philidor, Diogne, Thmistocle, Aristhne, Solon, Napolon, Murat, Lamartine, Dumas, Ption, Isral, Nrestant, EN-usHermann, Deogratias, etc., procda dans les Aventures de Tlmaque de pnibles exercices de lecture... Le Commandant de la commune prit cong, au milieu de l'enthousiasme populaire... Les ngres, qui chantent toutes choses, lui ont aussi donn sa chanson : C'est pou a moin rainmain geinral Celcis, Geinral Celcis pay sans compt C qui pas vl ou geinral Celcis, Prend lan m pou malh pas riv go C'est bon Gui qui ban nous gnral N C'est gnral N qui ban nous geinral Celcis C'est pour cela que nous aimons le gnral Celcis; le gnral Celcis nous paye sans compter. Que ceux, qui ne veulent pas voir le gnral Celcis, prennent la mer, pour qu'un malheur ne leur arrive point. C'est le bon Dieu qui nous a donn le gnral Nord; c'est le gnral Nord qui nous a donn le gnral Celcis

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CHAPITRE IV FURCY De Ptionville Furcy. Le carrefour Rendez-Vous. Kenscoff et la Tte-du-Bois-Pin. Le sanatorium de Portau-Prince. Une habitation dans les mornes. Le matre de chapelle. Murs et installation des habi tants Cuisine crole : le gros bouillon de poule Mariages et services Les sources. La Nouvelle-Touraine. Nous sommes dans la seconde quinzaine d'oc tobre ; c'est la fin de l'hivernage qui dure depuis le mois de juin, et, aprs la courte priode des pluies de la Toussaint nous entrerons dfinitivement dans la saison sche, la saison des secs disaient autrefois les colons. Les pluies torrentielles des dernires semaines ont rafrachi et purifi l'atmosphre,

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FURCY 113 raviv la verdure des campagnes. Voici venir l'instant propice aux promenades travers les mornes, dont les chemins dtremps par l'humidit, glissant sous les pieds des chevaux, sont demeurs tout l't peu prs impraticables. Trois heures et demie de route de Ptionville Furcy. Il s'agit d'escalader le morne, auquel s'adosse le village, pour gagner le chaos monta gneux, formant la chane mridionale de l'le d'Hati. Le chemin est un large sentier, tout rem pli de pierres, de roches ont coutume de dire les croles, qui grimpe, en lacets rapides, le longds premires pentes. Celles-ci sont couvertes d'une vgtation trs dense : les cafiers, dont les cerises mres mettent des points rouges sur toutes les branches, y poussent drus l'ombre des grands arbres ; quelques parcelles sont cultives en cannes ou en mas. Les cases des habitants, blanchies la chaux et recouvertes de chaume, disparaissent sous les bananiers ; aux portes des enclos, o s'accrochent des liserons violets veins de rose, des ngresses accroupies ont dpos leurs sacs-paille, contenant la der nire cueillette de caf ; elles attendent patiem ment la venue des courtiers, qui font des achats dans tout le pays, pour le compte de l'usine cen trale de Ptionville. EN HATI. 8

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114 EN HATI Durant la matine, le sentier est trs frquent. C'est un constant dfil de paysannes, arrivant des mornes, vtues d'une robe de cotonnade bleue, releve la ceinture, pour dgager les jambes, et les pieds nus. Elles vont de cet air la fois gracieux et nonchalant, si particulier aux ngresses des Antilles, tenant sur la tte, par dessus le foulard de leur tignon, le panier avec le lait, les fruits et les lgumes, qu'elles vont vendre au march prochain. Les plus aises, rares, d'ailleurs, dans la montagne, descendent cheval ou ne. Plusieurs portent derrire leur dos, dans une serviette attache la taille, un enfant nouveau-n. Sur le chemin, les hommes sont peu nombreux ; peine quelques travail leurs s'en allant leur champ ou leur cafire ; et des cavaliers, chefs de section ou de district, qui se rendent auprs du commandant de la commune, pour lui faire leur rapport prio dique sur l'tat de leurs circonscriptions. Sur les routes hatiennes, les gens se marquent, les uns aux autres, une extrme politesse. En se rencontrant, ils ne manquent gure d'chan ger entre eux un salut ou un souhait d'heureux voyage, de cette voix menue et avec ce gros rire d'enfant, coutumiers la race ngre : Bonjou, comp (compre) Bonjou, ma comme

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LE CARREFOUR RENDEZ-VOUS KENsco EN-usF F AUBIN. En Hati. PL. XII

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FURCY 116 (ma commre) Bon coaraj' Fais bon EN-uschimin Et comme signe d'amiti, ils se touchent la main, en rapprochant d'un lger contact leurs doigts allongs. Le chemin traverse les habitations Lamothe, Mahotire, Soissons et Anglade, o il atteint, avec l'altitude de 1.200 mtres, le premier tage de la montagne. C'est un plateau rocheux qui commence se dnuder. Avec la monte, la vue s'est largie. D'abord, les villas de Ptionville, aux toitures de tle, groupes dans la verdure autour du clocher de l'glise ; puis, l'immense plaine du Cul-de-Sac, allonge entre la mer et l'tang Saumtre, o les champs de cannes et les forts de bayaondes alternent en taches d'un vert plus tendre ou plus fonc parsem de points blancs par les habitations et marqu au centre par la masse grise, qui in dique le bourg de la Croix-des-Bouquets. Au fond, une ligne de mornes, la chane centrale de l'le, dont les crtes successives se perdent, l'est, dans la Dominicanie, pour aboutir, l'ouest, dans la mer, vers la pointe de Saint-Marc. Le carrefour Rendez-Vous est lgrement en contre-bas d'Anglade, situ sur une troite arte, au pied des Montagnes Noires, la premire

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116 EN HATI ligne des grands mornes, entre deux ravins qui se creusent profondment. A droite, les eaux gagnent, par des pentes recouvertes d'une herbe rare, le lit pierreux de la Rivire Froide; il y a plus de vgtation sur l'autre versant, o la Rivire de la Vote va se jeter dans la Grande Rivire du Cul-de-Sac. Au carrefour Rendez-Vous, convergent des sentiers venant de EN-ustousEN-us les points du morne ; il est marqu par une troite plantation de cafiers, ombrage d'un avocatier. Le vendredi, un march en plein vent y runit les gens du voisinage, qui ne prennent point le temps de se rendre jusqu' la ville. Ds le matin commencent arriver les paysannes; mais c'est l'aprs-midi seulement que l'affluence devient gnrale. Nous y passmes vers dix heures. Une cinquantaine de ngresses avaient dj dball leurs marchandises : patates, igna mes et bananes taient ranges en petits tas sur le sol ; avaient t apports d'en bas des botes d'allumettes et quelques articles de mer cerie. Le march du carrefour Rendez-vous est assez frquent ; beaucoup de paysannes, ve nues des mornes, trouvent prfrable de ne pas descendre plus avant vers la plaine ; il y monte bon nombre de revendeuses, qui EN-usrap-

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FURCY 117 portent leurs achats Ptionville ou mme Port-au-Prince. Il faut encore s'lever de 600 mtres, pour franchir les Montagnes Noires. Les arbres ont peu prs disparu ; sur les crtes, les pins s'ali gnent avec intermittence ; le sentier montueux et pnible gravit les rochers entre deux ranges de cactus, qui poussent, jusqu' plus de deux mtres de hauteur, leurs feuilles serres et pointues. On les appelle ici des baonnettes ; au cur de l't, elles se couronnent d'un pa nouissement de clochettes blanches, que l'automne transforme en gousses dessches. Dans un creux se trouve le village de Kenscof, avec une centaine de cases, assez rappro ches les unes des autres. La fracheur du climat y permet la culture des lgumes et de certains fruits d'Europe ; aussi les habitants 500 environ se sont-ils faits marachers pour la consommation de Port-au-Prince, o ils envoient journellement des radis, des carottes, des navets, des cleris, desbetteraves, des choux, des artichauts et des salades de toutes espces, certaines saisons, des fraises et mme de petites pches rabougries. Au pied du village, les bords du ruisseau forment une longue cres sonnire ; tout le jour, les femmes y sont em-

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118 EN HATI ployes laver les lgumes, destins aux pro chaines expditions. Dans les champs, les mas sont dj cueillis et leurs pis jaunis schent, empils sur des cordes, qui pendent aux bran ches des arbres ou des potences en bois devant les maisons. Le sentier rapide remonte le vallon, o coule le ruisseau de Kenscoff, au milieu de ronces et de fougres arborescentes, recouvrant une flo raison de fuchsias et de bgonias. Le col est peine plus bas que le Mont Tranchant, le som met le plus lev des Montagnes Noires, 1.780 mtres ; l'endroit est nomm la Tte-duBois-Pin au commencement de la grande fort de pins, garnissant le versant mridional. Par malheur, les arbres sont clairsems : la popula tion a pris la fcheuse habitude de les abattre, en mettant le feu au pied des troncs ; puis le bois est dbit en menus morceaux, qui servent fabriquer le bois-chandelle pour la cuisine et l'clairage. Au travers des pins apparaissent, noys de soleil, l'allongement du Morne la Selle, barrant l'horizon vers le sud, et les escarpe ments ravins du Trou-Coucou, o prend sa source la Grande Rivire du Cul-de-Sac. Vers l'ouest, d'troites artes se dtachent de la montagne pour rejoindre le Morne la Selle ou

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LE MORNE LA SELLE, VU DE LA TTE DU BOIS PIN LE MORNE LA SELLE, VU DE FURCY AUBIN. En Hati. PL. XIII

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FURCY 119 former le relief de la haute valle, occupe par la Grande-Rivire de Logane. Sur l'une de ces crtes, une demi-heure plus bas, se trouve le petit village de Furcy. A proprement parler, Furcy n'est pas un village, car il n'existe pas, en Hati, d'agglomra tions semblables celles de nos pays. Pendant des heures, on y peut parcourir la campagne, et ne rencontrer que des cases isoles. Mais, se place-t-on sur un point lev, on constate qu'en certains endroits, ces cases forment un grou pement, chacun de ces groupements constituant une habitation. Il n'y a, rellement, de vil lages qu'aux chefs-lieux des communes, o les ncessits administratives ont fini par crer un bourg, habit par une petite colonie de soldats et de fonctionnaires. D'ailleurs, les bourgs hatiens se sont le plus souvent tablis sur l'emplacement mme des anciens bourgs franais, o quelques boutiquiers et artisans se groupaient autour de l'glise paroissiale : les esclaves du voisinage y venaient tenir, chaque dimanche, un petit march de leurs denres propres, sous la surveillance de deux archers de la marchausse. Furcy serait la dformation du nom d'un plan teur, M. Lefbure de Fourcy, qui dtenait nagure

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120 EN HATI l'habitation. C'est aujourd'hui la runion d'une vingtaine de cases parpilles sur le sol rougetre des Montagnes Noires, le long d'une arte aigu, entre les creux profonds, o se forment la Rivire de la Gorge et celle du Bou can-Drisse, affluents de la Grande Rivire de Logane. Furcy est 1.530 mtres d'altitude. La vue y est merveilleuse, vers l'ouest, sur tout l'enchevtrement de montagnes entre Port-auPrince et Jacmel ; mais le ciel, gnralement dgag le matin, se couvre dans l'aprs-midi, et les brouillards envahissent les crtes. Le cli mat est excellent. La chaleur et le soleil sont les deux ennemis du crole ; ils lui font recher cher la fracheur et l'ombre des sources, qui sont la posie des pays tropicaux. Combien pr frable est une station sur la montagne, o l'on peut s'installer et vivre, en jouissant d'une tem prature sensiblement plus basse que dans la plaine et sous un soleil rendu inoffensif par l'lvation des mornes. Ces conditions heureuses, jointes la proximit, font de Furcy le sanato rium naturel de Port-au-Prince. L'indolence hatienne ne s'est pas encore d cide y faire d'installation. Jusqu'ici, il n'existe que deux maisons, sises aux extrmits oppo ses de l'habitation : l'une appartient un ngo-

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FURCY 121 ciant allemand; l'autre, un de nos compa triotes, M. Edmond Miot. A ct de la cha pelle, les Pres du Saint-Esprit, affects au petit sminaire de Port-au-Prince, ont fait le ver deux modestes constructions, entoures de daturas aux larges fleurs blanches, pour fournir un abri ceux d'entre eux qui, pendant l't, auraient besoin d'un changement d'air. Ce sont les Pres qui m'ont donn l'hospitalit. La chapelle dpend de la paroisse de Ption ville : de temps autre, un des vicaires, en tourne dans les mornes, vient clbrer l'office, faire les baptmes et les mariages. Le hasard m'avait dj amen Furcy, un 15 aot, jour de la fte de l'Assomption; plusieurs prtres s'y trouvaient runis, et la messe fut dite avec so lennit, devant une nombreuse assistance, accou rue de tous les points de la montagne. La cha pelle tait remplie de ngresses fort bien mises ; les hommes demeuraient au dehors, exposs au soleil. Un sermon de circonstance fut prch, moiti en crole, moiti en franais ; il parut faire grande impression sur la communaut noire, qui, aux adjurations du prdicateur, ne cessait de s'crier: Oui, P non, Pl sur un ton de relle sincrit. Aujourd'hui, la chapelle est moins frquente ; il n'y a plus

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122 EN HATI aucun prtre Furcy et la prire du dimanche est lue par le matre de la chapelle Ce fonc tionnaire ecclsiastique est choisi par le cur parmi les gens les plus pieux ou les plus consi drs de l'endroit; il est charg de surveiller les paroissiens, de leur faire le catchisme, de les diriger dans de pieux exercices et de signaler, le cas chant, les incidents qui surviendraient dans leur vie spirituelle. Le peuple reconnat son autorit, le rtribue volontiers pour des prires dites une intention dtermine et vient chaque dimanche dans la chapelle chanter des cantiques sous sa direction. M. Ulysse, le matre de la chapelle de Furcy, est un vieillard nourri dans les vieilles traditions de l'le : il se sert encore d'un paroissien du dix-huitime sicle, lui transmis par ses pr dcesseurs. Si bien, qu'en lisant l'office domi nical, il ne manque jamais de rciter la prire pour S. M. le Roi, S. M. la Reine et Mgr le Dauphin et les fidles du lieu conti nuent imperturbablement prier pour ces au gustes personnages, auxquels il n'y a plus beau coup de gens s'intresser en ce bas monde. Personne n'a pu me dire bien exactement le nom de famille de M. Ulysse ; car les gens de la campagne ne paraissent pas s'inquiter outre

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FURCY 123 mesure d'un semblable qualificatif. Dans chaque habitation, ils se sont tellement maris entre eux qu'ils se traitent tous bon droit de cousins et de cousines, en ne se dsignant que par leurs noms de baptme. Par ailleurs, la fantai sie populaire ou leur propre inclination leur a attribu un nom-jouet emprunt quelque homme illustre de l'antiquit, plus rarement des temps modernes ; c'est alors sous ce nom glorieux qu'ils sont gnralement connus. Jadis, pour distinguer leurs esclaves, et un rglement de 1773 ayant interdit aux gens de couleur de prendre les noms des blancs, les propritaires leur avaient impos des noms de mois, de jours de la semaine, de lieux, de saints, ou mme noms communment rpandus en France. On leur avait ainsi cr un commencement d'tat civil. Mais l'indiffrence gnrale a fait tomber bon nombre de ces noms en dsutude, et les officiers de l'tat civil hatiens ont maintenant grand'peine restituer les noms de famille, oublis chez les habitants des mornes. Plus grande ou plus petite, l'installation des gens de la montagne se retrouve partout la mme. La famille vit dans une case, au milieu d'une cour en terre battue, o s'battent poulets, chvres et cochons; dans un coin de la cour, une autre

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124 EN HATI case, plus petite, est destine la cuisine. Pres que toujours, la case d'habitation est faite de murs en terre, blanchis la chaux et recouverte des herbes ou des feuilles dessches, les plus communes dans la rgion; la case-cuisine, au contraire, est simplement ferme par des lattes de bois entrelaces, laissant pntrer l'air et sor tir la fume. L'tre est form de pierres juxta poses, sur lesquelles on place les chaudrons, aprs avoir allum un feu de bois-chandelle. Le mobilier de la case d'habitation est modeste: derrire une cloison, EN-usunEN-us lit pour le mnage, des nattes qui se drouleront le soir pour les enfants ou les htes, une malle o se rangent les effets, une table, des chaises; le plus souvent quelques assiettes et quelques couverts, des verres et des tasses, parfois mme un peu de linge, des images de pit sur les murs ; une machine coudre n'est point chose rare. Je connais des recoins de l'Europe, o des paysans blancs, sujets de grandes puissances, ont des intrieurs moins heureux. Les ngres des mornes hatiens peuvent tre envis par ceux de leur couleur, qui, dans les les voisines, occupent des taudis, faits de dbris de bidons ptrole et de caisses d'emballage. Un jardin circulaire entoure la cour ; c'est

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FURCY 125 un pais fourr, qui protge contre le vent et garantit l'intimit de la famille; il renferme les plantes ncessaires la vie journalire : cafiers, bananiers, ricins, plusieurs pieds de cannes sucre. Au del s'tendent les cultures : mas, ignames, patates et manioc; quelques arbres fruitiers isols, manguiers, orangers et avocatiers. Ces produits limits suffisent aux habitudes frugales de la population. Levs avec le jour, les ngres prennent aussitt une tasse de caf et djeunent d'un pi de mas grill au feu ou d'un morceau de pain de manioc ; ds lors, ils ne mangeront plus avant le coucher du soleil. Vers le soir, la fume s'chappe de toutes les cases-cuisine, o se prpare le repas; la mnagre a mis bouillir des bananes, des patates ou des ignames. Peu peu la famille, peut-tre aussi quelques voisins, se runissent autour de l'tre, accroupis ou assis, dans l'atmo sphre chaude et enfume qui brle les yeux. Le feu du foyer claire la pice, parfois une mche allume dans une lampe huile de ricin. Et la veille se poursuit fort avant dans la nuit, en devisant des nouvelles du jour ou des contes d'autrefois. La journe entire s'est coule dans un doux nonchaloir : la terre est fconde en Hati, les

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126 EN HATI champs y exigent peu de travail; la semence germe aprs un grattage rapide du sol, et la moisson vient d'elle-mme. De temps autre, les femmes descendent du morne porter au march prochain le superflu de fruits, l gumes ou caf, recueilli sur le petit domaine. L'argent, ainsi gagn, paiera les cotonnades bleues des vtements, les ornements fminins, foulards et boucles d'oreilles, enfin les objets d'alimentation, imports des Etats-Unis, et aux quels les ngres ont pris got0, morue, harengs saurs, mantgue 1 et petit sal. Toutefois, la prime sur l'or est devenue si forte que ce sont l maintenant articles de luxe, dont les gens de la montagne doivent peu prs faire leur deuil. A ct de la chapelle, rside M. Fontenor, un des cultivateurs les plus aiss de Furcy, auquel les Pres ont confi la garde de leur tablisse ment. Ce fut Mme Fontenor elle-mme qui me prpara les gros bouillons de poule nour riture oblige de tout voyageur dans les cam pagnes hatiennes. Le gros bouillon de poule est un vulgaire pot au feu, fait avec un poulet que l'on partage en morceaux, aprs l'avoir frott de citron, saupoudr de sel et de poivre; (1) Mantgue, saindoux; de l'espagnol manteca, graisse, beurre, saindoux.

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FURCY 127 on y ajoute des bananes et des ignames, avec un peu de jus d'oranges amres. De tout cela, au bout d'une heure et demie ou deux heures de cuisson, rsulte un excellent bouillon, trs noir, pais et nourrissant, qui fournit un re pas complet de soupe, de viande et de lgu mes Les Fontenor ont un fils an, Franois, grand garon de dix-neuf ans ; il est fianc avec une petite demoiselle, nomme Marie, qui en a quinze, fille d'un cultivateur tabli dans une habitation voisine, l'habitation Fragnon. Au printemps de l'an pass, les jeunes gens se sont connus un service Vaudoux ; ils se sont plu et les parents presss ont conclu l'accord. Gn ralement clbrs pendant les mois d'hiver, lors du chmage des travaux agricoles, les ser vices constituent les grandes runions des cam pagnes hatiennes ; ces ftes sont propices la rencontre des amoureux. En attendant son ma riage, Franois Fontenor continue y joindre sa promise ; il lui rend aussi visite dans le jardin 1. La poule, mise bouillir avec un certain nombre de lgumes locaux, est le plat fondamental des pays tropicaux. On l'appelle, la Cte Ferme et dans les les espagnoles, le Sancocho de gallina. L'ajiaco cubain est une soupe plus Complique, qui peut tre faite indiffremment avec du pou let, de la viande de buf ou de porc, de l'igname, des bananes, du manioc, du giraumont et du mas.

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128 EN HATI de son futur beau-pre. Car le mariage ne saurait avoir lieu avant l'achvement de l'ins tallation conjugale. Conformment l'usage, le pre Fontenor abandonne son fils un mor ceau de terrain, sis l'extrmit de son propre domaine. La case-cuisine est dj acheve; la charpente de la case d'habitation pose, le toit recouvert de chaume; il ne reste plus qu' difier les murs ; dans le jardin, bananiers et ricins ont dj pouss bonne hauteur. Franois calcule, qu'au mois de janvier prochain, il sera en mesure d'introduire l'pouse au nouveau foyer cr par lui. Une fois mari, il compte procder l'amnagement de la portion de terre, que sa future lui apporte en dot. Le jeune couple ira la chapelle se faire unir par un prtre en lgitime mariage. Nagure, on se mariait peu dans ce coin des mornes; chacun s'y plaait avec sa chacune ; et les habitants, qui possdaient plusieurs proprits, en profitaient pour se constituer autant de m nages distincts. Des murs aussi rprhensibles tendraient disparatre de la paroisse de Ptionville. Du moins, les Pres veulent-ils croire que la jeunesse met dsormais se marier une volont meilleure ; quand une fille vient avoir un enfant, certaines familles commenceraient

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LE ' MAITKE DE LA CHAPELLE DE FURCY PL. XIV FEMMES DESCENDANT AU MARCH, SUR LA ROUTE DE PTIONV1LLE A FURCY AUBIN. En Hati. M' ULYSSE

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FURCY 129 vigoureusement intervenir pour contraindre le coupable au mariage. Franois Fontenor porte le costume habituel aux cultivateurs de la montagne : un pantalon relev sur les pieds nus, une blouse de coton nade bleue, un foulard nou sur la tte et, par dessus, un grand chapeau de paille, avec deux minces rubans, l'un bleu, l'autre rouge, aux couleurs hatiennes. Au ct, dans un tui de cuir, la manchette, accompagne d'un petit cou teau; sur l'paule, une alforl, c'est--dire une sacoche carre en fibre de latanier. Aux poignets, la superstition populaire lui a mis deux brace lets de cuir, destins le prserver des refroi dissements. L'habitation Furcy ne renferme pas plus d'une centaine d'mes ; les gens y sont tous appa rents entre eux. Ce sont cultivateurs, plus ou moins propritaires de leurs domaines. Quel ques-uns possdent des titres rels de proprit, les ascendants ayant reu la terre en don de l'Etat, aprs l'Indpendance ; d'autres sont ins talls sur des parcelles vendues ou affermes conformment une loi de 1877, qui rgle l'appropriation des terrains domaniaux, par 1. Alfor, de l'espagnol alforja, sac, sacoche, besace. EN HATI. 9

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130 EN HATI ventes ou baux de neuf annes ; mais ils s'abstiennent scrupuleusement d'en payer la redevance ; la plupart se sont tablis en vertu de simples tolrances, que le temps finira par transformer en droits. Mais il va sans dire que les uns et les autres se considrent comme matres chez eux ; et l'irrgularit de leur situation ne les proccupe gure. Cases et jardins se succdent le long de l'arte montagneuse occupe par l'habitation; d'troits sentiers les runissent au travers des champs de mas, o la rcolte des pis se fait la fin d'octobre. A l'extrmit se trouve le cimetire; au milieu, la chapelle. Dans un val lon voisin, deux sources, entoures de verdure, fournissent l'eau ncessaire : en bas, la source Fragnon; en haut, la source Sourailles. Matin et soir, les filles y viennent remplir leurs ca lebasses pour les besoins du mnage; l'eau, en pntrant par l'troit orifice, forme un petit re mous la surface de la source. Un soir, la source Sourailles, j'ai fait connaissance de Mlle Avrillette Jeudi; c'est une jeune ngresse de quatorze ans, pleine de pudeur et de timidit; malgr sa gentillesse, elle n'a point en core de prtendu. Elle avait dj replac sa calebasse sur la tte et retournait tranquille-

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FURCY 131 ment au logis maternel. Elle y vit dans la crainte du Seigneur avec sa mre, Mme Marie-Louise, qui est veuve, et sa sur ane, Mlle Zulle. Les deux femmes avaient mis sur le feu le chaudron rempli de bananes et n'attendaient plus que l'eau puise la source pour prparer le repas du soir. En dehors du matre de la chapelle et des notables cultivateurs, Furcy contient deux au torits: le marchal et le papaloi. On a vu qu'il existait,dans chaque section rurale,quatre gardes champtres, qui sont les principaux auxiliaires du chef, en vue d'assurer la police; le premier d'entre eux a grade de marchal des logis. Or, Furcy appartient la section Sourailles, de la commune de Ptionville ; le chef de la section rside actuellement KenscofF, et Furcy a la bonne fortune de possder le marchal en la personne d'un de ses grands habitants M. Alt Bienaim. Quant au papaloi, M. Belleville-Millet, il ha bite faible distance du village, l'entre de l'habitation Fragnon. C'est le sorcier le plus apprci de la rgion. Il possde deux rsi dences et, dans chacune, une famille distincte. Quelquefois, il s'installe au haut de la mon tagne, dans sa proprit de Furcy, o il entre-

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132 EN HATI tient une femme et quatre enfants : mais on dit que ses prfrences le ramnent plus longtemps auprs de son autre femme et de ses trois enfants, qui vivent au fond de la valle, sur l'habitation Fournier. J'eus la bonne fortune de rencontrer ce per sonnage son logis d'exception. Je le trouvai dans sa cour, au milieu de l'une de ses familles, frappant coups de hache sur un tronc de pin, pour en faire du bois-chandelle. Un grand ngre, d'ge mr, trs maigre, l'air un peu chtif, avec une mince moustache et une barbe rare au menton. Sa demeure tmoigne d'une certaine aisance et se compose des cases coutumires, mais sans le mobilier compliqu des houmforts de la plaine. En quittant la cour du papaloi, je croisai sur le sentier la fille ane de son mnage d'en haut, qui rapportait des patates pour le dner du soir. Il parat que Mlle Philomne a tudi les rites sous la direction paternelle et sa science a sans doute dcourag les pouseurs; car, malgr le charme de ses vingt annes, elle attend encore un fianc. Elle portait au doigt une srie d'anneaux de cuivre et, au cou, cinq colliers de verroteries multicolores, entremls d'amulettes ; parmi celles-ci, figurait une m-

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FURCY 133 daille de saint Franois d'Assise et un sachet rouge, o tait cousu un petit crucifix. La section Sourailles occupe les pentes des Montagnes Noires ; de l'autre ct de la valle, celles du Morne la Selle appartiennent la sec tion de la Nouvelle-Touraine 1, relevant gale ment de la commune de Ptionville. Il faut trois bonnes heures pour atteindre la chapelle de Faure, qui dessert la section. Aprs avoir quitt Furcy par le seul chemin qui y donne accs, on trouve un sentier, au carrefour Bou-rettes, pour suivre la crte formant ligne de partage entre les deux Grandes Rivires de la rgion. Cette crte se relve jusqu' 1.650 mtres, au pic de Brouet ; elle suit une arte trs aigu, dont le chemin doit emprunter les asprits, au bord de ravins, qui tombent pic, tantt vers le Trou-Coucou, tantt vers l'autre valle. Sur de semblables escarpements, il n'y a gure de place pour la vie humaine ; les habi tations Bourettes et Brouet comptent peine quelques cases. A mesure que l'on s'lve, la 1. Vers la fin de l'poque coloniale, le canton de la Nou velle-Touraine, dans la paroisse de Port-au-Prince, fut ainsi nomm par l'arpenteur, cause de M. de Lamardelle, pro cureur gnral du Conseil suprieur de Saint-Domingue, et autrefois procureur du roi au prsidial de Tours, qui y avait obtenu beaucoup de terrain.

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134 EN HATI vue plonge davantage dans le fond ver doyant des valles et dcouvre un panorama de montagnes, qui s'largit constamment vers l'est. Par une chancrure des mornes, appa raissent la plaine de Logane, la mer et l'le de la Gonave. Le chemin court sous les pins; le pic de Brouet est dlicieusement fleuri ; c'est une vgtation continue de fuchsias et de b gonias, avec une infinie varit de fleurs, de fougres, de paritaires et de mousses, for mant le revtement des rochers. Peu de pas sants dans ces solitudes. Nous faisons la ma jeure partie de la route avec une ngresse trs sociable, Mme Nicole, dont le mari, M. Destin Saint-Hilaire, rside dans la Nouvelle-Touraine, sur l'habitation Godineau ; elle revient che val de Ptionville, o elle a vendu sa cueillette de caf ; pour distraire la longueur du voyage, elle fume une petite pipe en terre, court tuyau. Elle nous quitte plus bas, au carrefour qui la ramnera chez elle, en multipliant les formules d'adieu. Une fois contourn le pic de Brouet, se creuse la valle d'un nouvel affluent de la Grande Rivire de Logane, la Rivire du PetitBoucan. Ici commence la Nouvelle-Touraine, et, de l'autre ct, mi-hauteur, sur un troit

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FURCY 135 plateau, on aperoit le toit en tle de la cha pelle de Faure. La descente est trs dure, d'abord au milieu des pins, o une verdure paisse d'arbrisseaux et de lianes marque les sources. Les torrents tombent en cascatelles le long des pentes rapides. Puis la fort cesse et les habitations se succdent, en remontant la rive droite du ravin : Fournier, Badiot, Toussaint, Godineau, Bienvenu. Malgr l'ex trme dclivit du sol, les cultures ont par tout envahi le terrain utilisable, et de grands feux, allums dans toutes les directions afin de faire des bois neufs tmoignent de l'activit des dfrichements. Ce ne sont que champs de mas, giraumonts, patates, pis taches et pois Congo ; les creux forment une cafire ininterrompue. Au passage de la ri vire, nous avions descendu prs de 600 mtres ; celle-ci vient en cascades des hauteurs du Morne la Selle, dont on aperoit le sommet au travers d'une gorge boise. Une demi-heure encore, pour atteindre Faure. Isole de toute habi tation, la chapelle n'a d'autre voisin que son sacristain, M. Destamas Jean-Louis ; une cloche, fixe dans un manguier, appelle la prire les habitants de la valle.

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CHAPITRE V DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE Le bourg de la Croix-des-Bouquets ; ses origines coloniales. Les inondations. Combats de coq. L'levage : poulessavane et poules-qualit. La saison, l'entranement, les gagaires, les paris. Les marchs de la plaine du Cul-de-sac: Pont-Beudet ; Thomazeau. L'tang Saumtre. La route du Mirebalais. L'organisation du quartier sous la colonie. La borne-frontire n 193. Aux Grands-Bois. Cornillon; une manufacture caf Un chef-lieu de commune dans les mornes ; soldats et fonctionnaires hatiens. Le tour de l'tang. De Thomazeau Ganthier; ruines d'indigoterie. Fond-Parisien. L'industrie du latanier. A la frontire dominicaine; le poste d'Imani ; la douane de Tierra-Nueva. Trois lieues de Port-au-Prince la Croix-desBouquets; on compte toujours, en Hati, par nos vieilles lieues de 2.000 toises. C'est la grand' route, plate et monotone, traversant toute la plaine du Cul-de-Sac; un autre chemin prend

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 137 les bois de Saint-Martin, sur les derniers con treforts de la montagne, descend le morne Prdailler, au-dessus de Fleuriau, et coupe par les champs de cannes de la Petite Plaine. Il y a, de ce ct, une constante circulation de femmes cheval ou ne, qui, des diverses habitations, apportent en ville leurs charges de lait, de lgumes, de charbon et d'herbes de Guine. Les samedis, jours de march, la population fminine de la plaine se prcipite en rangs serrs pour l'afflux du matin et le reflux du soir... Au del de la Grande Rivire commence le bourg. L'automne pass a vu se reproduire un de ces cataclysmes, qu'inflige priodiquement chaque gnration la fantaisie des cours d'eau tropicaux. L'hivernage avait t trs pluvieux; et d'immenses masses d'eau s'taient accumu les dans le Trou-Coucou; la nuit du 7 octobre 1905, elles forcrent le barrage naturel cr par les mornes, se prcipitant sur la plaine. La pre mire vague balaya, le long de la rivire, les cases, les habitants et le btail ; puis l'inondation s'tendit partout, et, trois mois aprs, les eaux n'taient pas encore compltement coules... Une ligne de boue marquait sur les maisons la limite extrme atteinte par le flau. La rivire

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138 EN HATI s'tait cr un nouveau lit, dcoupant des lots inconnus et dvastant les champs voisins par l'apport de ses galets. La Croix-des-Bouquets dut son origine un semblable dsastre. Nagure, le Vieux-Bourg du Cul-de-Sac, situ plus bas sur la rivire, peu prs l'endroit o se trouve aujourd'hui la Croix-des-Missions, tait le chef-lieu du quar tier et le centre des habitations de la plaine. Il devint paroisse en 1693, et les Dominicains y retrouvrent leurs ouailles migres de SaintChristophe et de Sainte-Croix. A l'embouchure, un fort protgeait l'embarcadre du Foss, sur la rade de Port-au-Prince, alors dserte, qui servait de refuge la navigation. En 1743, le gouverne ment dcida la construction d'une capitale Port-au-Prince, ce qui entranait, avec la d chance dfinitive de Logane et du PetitGoave, la disparition du Vieux-Bourg. Les intresss rsistaient, les administrateurs de Saint-Domingue hsitaient; la guerre de la Succession d'Autriche, dont le contre-coup se faisait sentir jusqu'aux Antilles, justifiait tous les retards. Un dbordement de la Grande Rivire rgla la question. Le Vieux-Bourg fut emport en 1745, et, d'elle-mme, la population se transporta dans la nouvelle ville.

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 139 Mais la plaine avait perdu son centre primitif et dsirait le rtablir. On fit choix d'un empla cement moins expos, la savane d'Oublon (on dit maintenant savane Blonde) ; et le terrain du village crer fut spontanment offert par les habitations limitrophes, Santo, Noailles, Bellanton et d'Argout. Il y existait une grande croix; et, comme les Espagnols, venus de la partie de l'Est avaient pris coutume, en passant, d'y dposer des fleurs, l'endroit reut le nom de la Croix-des-Bouquets. L'glise, construite, la suite d'un vu, par un riche habitant, M. Aubry, fut ouverte en 1766. Cepen dant, la jalousie de la nouvelle capitale se fit sentir ds l'tablissement de la Croix-desBouquets; on prtendit la rduire l'tat de simple paroisse, affecte aux besoins religieux de la plaine et dpendant, pour tout le reste, de Port-au-Prince. L'ordonnance de 1749, qui la fonda, n'y tolra qu'un chirurgien, un machoquet, un charron, un sellier, un cabaretier-boulanger, et un tal que fourniraient les fermiers des boucheries Or, c'tait la seule agglomration de la plaine ; elle en devint, par la force des choses, le march gnral, et les gens de la ville y vinrent mme btir des mai sons de campagne.

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140 EN HATI Aux dbuts de la rvolution, la Croix-desBouquets se trouva jouer un rle assez impor tant, comme quartier gnral des planteurs, qui cherchaient contenir les ngres, en s'entendant ou, comme on disait alors, en se confdrant avec les multres; tandis que la masse blanche de Port-au-Prince, plus avance d'ides, s'efforait exciter les ngres contre les aristoEN-uscrates de la campagne. Le maire, M. de Jumecourt, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine d'artillerie, sut manoeuvrer au milieu de ces tendances contraires et russit, pour quelque temps du moins, assurer l'excution d'un arrangement entre blancs et multres, qui garantissait la tranquillit du Cul-de-Sac. Le rgime hatien a marqu la dcadence de la Croix-des-Bouquets. D'autres villages se sont crs dans la plaine ; le chemin de fer a attir le mouvement des affaires vers la capitale; les marchs se sont dplacs. Toutefois, comme chef-lieu d'une grande commune, le bourg reste un centre administratif d'autant plus im portant qu'il couvre, en cas de rvolution, l'une des entres de Port-au-Prince. Le commandant militaire, charg de cette mission de confiance, est un riche propritaire du voisinage, le gnral Dorsay Falaise ; il vit au bureau de place, sur

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 141 la place d'Armes, avec une Guadeloupenne de la Pointe--Pitre, une des nombreuses manmanspitite, grce auxquelles il multiplie sa descen dance. C'est un multre assez clair, trs influent dans la plaine, o il prend des airs de potentat. Sous le gouvernement du gnral Tirsias Simon Sam, sa gloire subit une clipse; taquin par le pouvoir, il se laissa aller des attitudes d'opposition, qui l'obligrent chercher abri contre la vengeance prsidentielle. Pendant six ans, il boisa passant de morne en morne, d'habitation en habitation, franchissant, en cas de besoin, la frontire dominicaine. En son ab sence, un rival heureux, le gnral Phocion Daguerre exploitait paisiblement la commune. Quand sonna l'heure de la rvolution, Dorsay Falaise apparut devant son bourg et reprit le commandement d'autorit ; il n'y eut point de rsistance ; l'autre se rfugia chez le cur puis gagna le village de Thomazeau, o il vit main tenant retir. Le nouveau gouvernement s'empressa de confirmer le fait accompli. Maintenant, le gnral Dorsay Falaise tient la route de la capitale ; ses troupes occupent un vieux fort, un quadrilatre allong, aux murs crnels, avec quatre tours d'angle, disparais sant dans les feuillages; la poudrire, en

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142 EN HATI pierres de taille, est reste peu prs intacte. A ct, se trouve le cimetire, o repose un prtre aventureux, le P. Biscade, qui fut cur de la Croix-des-Bouquets, se mla aux agita tions rvolutionnaires et mourut fusill en 1869. Au-devant, l'glise : c'est encore celle de la colonie, un btiment bas, en forme de halle, re couvert d'un toit de tuiles et surmont d'un clocheton. Le bourg se compose de larges voies, coupes angles droits, o se perdent des maisons espaces ; il n'est plus habit que par les cultivateurs du voisinage ou les cabrouettiers, qui font les transports de la plaine; en tout 2 ou 300 mes. Trois prtres desser vent la paroisse; trois religieuses de SaintJoseph de Cluny, dont deux Alsaciennes de Ribeauvill, tiennent l'cole des filles, avec 110 lves. La Croix-des-Bouquets est le centre des com bats de coqs, qui constituent le divertissement national. Les gagaires rputes fourmillent aux environs du bourg. On y accourt de la ville, de toute la plaine et mme des extrmits du pays. La race des coqs de combat, importe de la partie espagnole, existait dj l'poque colo niale. Avec le temps, elle a pntr dans toutes

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les cours, et il n'est point d'habitant qui, parmi sa volaille, ne compte des poul-savanne et des poul-qualit. Les premires sont les poules ordinaires; les secondes, les btes de combat. On reconnat celles-ci la dimension des ongles, la forme du croupion et la longueur des pointes z'ailes. Les ngres, qui n'lvent pas, ne se proccupent point de la distinction et tolrent la promiscuit de leuf basse-cour. Au contraire, les leveurs moune qui fait mii et ce sont presque tous les cultivateurs aiss, surtout en plaine procdent la slection des poussins ; on les met part, en les nour rissant au mas, pour leur donner plus deforce. A un an, un petit peron s'est dj form et le poussin est devenu unpoy l. Le moment est venu de le toper2, c'est--dire de l'prouver par une lutte d'essai, permettant d'apprcier sa finesse et sa force. L'leveur constate alors s'il a affaire un coq de premier ou de second bec. Les premiers ont le talent inn du combat ; ils fon dent d'eux-mmes sur l'adversaire et savent l'achever en trois ou quatre bouvards ou sauts. Les autres ont besoin d'ducation; il s'agit de DE LA. CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 143 1. Pog, de l'espagnol polio, poussin, poulet. Tous les termes techniques, affrents aux combats de coq, sont emprunts la langue espagnole. 2. Toper de l'espagnol topar choquer, heurter.

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144 EN HATI leur enseigner certains coups, grce auxquels ils pourront la longue venir bout de leur en nemi. A l'aide d'un coq ordinaire, on leur ap prend faire des tourniquets puis, selon leurs facults, des coups d'en haut (coups de salire, de tte ou de gorge, ports la par tie suprieure du corps) ou des coups d'en bas (ports la partie infrieure, au cur, la cuisse ou sous l'aile). Les essais commencent le classement du coq ; les combats l'achvent. A deux ans, le py se transforme en gy 1 mr pour la lutte. Lors du premier combat, au moment o le coq vient de donner son premier coup de bec, le propritaire crie le nom, qui le distin guera pour toute sa carrire. Ds lors, pendant deux ou trois ans, il sera promen de gagaire en gagaire; la continuit de ses succs lui vau dra la royaut de la basse-cour, o l'leveur le tiendra pour le matre-caloge. Aprs quoi, on le mettra EN-usnan poule pou fait plant, et le reste d'une vie glorieuse sera consacr la repro duction. Les coqs reoivent des qualificatifs ap propris, des noms de lois ou de gnraux connus dans les rvolutions de l'le; certains 1. Gy, de l'espagnol gallo, coq.

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 145 ont acquis une clbrit durable. On cite : Tambou-Mate, qui gagna soixante-deux paris, sans prouver de dfaite, Faut qu'c'est malh, Cimebi, Consul pangniol (Espagnol), et un coq illustre du Mirebalais Becqu-Z (arrache z'yeux). La saison dure de novembre juin ; elle com mence la Toussaint, pour finira la Fte-Dieu. En fait, les premiers temps ne servent qu'aux essaisetaux classements ; on ne prsente les grands coqs que de Nol la fin mars. Au dbut de l'anne, pendant les quinze jours consacrs par les superstitions africaines au culte des forces de la nature, c'est, sur tous les chemins, une chevauche ininterrompue d'habitants, qui s'en vont, leurs coqs sous le bras, la gagaire pro chaine. Ces dates sont fixes par les ncessits de l'entranement, qui doit attendre la rcolte du nouveau mas. Le coq qui, tout l't, s'est librement promen dans la cour, reste alors, pendant deux mois, attach une corde ; la nour riture lui est calcule en vue de l'amaigrir; de temps autre, il est jouqu, c'est--dire que ses pattes sont fixes entre des morceaux de bois, afin de rapprocher les perons, plus loin ou plus prs selon qu'il est prpar pour les coups d'en haut ou d'en bas. A la veille de la lutte, EN HATI. 10

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146 EN HATI on lui fait les perons et les ongles; pour l'ai, lger, on lui coupe les plumes de derrire, de devant et d'en bas, de la queue et des ailes ; on le nourrit de viande crue et de piments z'oseaux; on lui donne boire du madre et du tafia; on lui masse le cou, les pattes et le crou pion avec des corces d'acajou; pour durcir la peau et la rendre glissante l'peron ennemi, on lui fait le cuir avec du gingembre. Cet entranement compliqu exige des connais sances spciales. Plusieurs grands leveurs les possdent : MM. Emmanuel Basquiat, le grant de l'habitation Digneron, le gnral Caliska Galice, chef de la premire section des Petits-Bois, Auguste-Marie Jacques, le matre-gagaire de la Croix-des-Bouquets. Autrement, il faut avoir recours des professionnels qui, aprs avoir prpar le coq, l'assisteront durant le combat. Les bons cariadors tant rares et re cherchs, leur mtier est assez lucratif; les plus connus de la plaine sont Ti Franois, de Dume, Mm Louis, de Pernier, et Ndy, du Corail-deFrres. Les combats ont lieu dans une gagaire. Un rond de piquets, plants en terre les uns contre les autres, marque l'arne, recouverte par une tonnelle ; elle peut avoir 3 ou 4 mtres de

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 147 diamtre. Dans les mornes, o la passion des coqs est moins vive, il y a gnralement une gagaire par section; dans la plaine, chaque habi tation possde la sienne. Les gagaires sont installes librement, aprs avis donn l'auto rit ; mais elles demeurent sous le contrle du chef de la section, qui, la demande des intresss, permet le combat et en dtermine le jour. D'ordinaire, les combats ont lieu, dans toute la plaine du Cul-de-Sac, les samedis et les dimanches; les lundis, la Croix-des-Bouquets. La runion commence aux premires heures de l'aprs-midi et dure jusqu'au soir. Le carr est form ; les coqs sont mis terre et prsents les uns aux autres, pour tre accepts ou refuss, selon leur taille ou leur poids; les paris se concluent. Chaque coq ou groupe de coqs est appuy par une colonne qui s'est forme sur une ou plusieurs habitations : par fois des habitations ou mme des rgiments, disposant de bons coqs, les amnent en cage de fort loin, du Mirebalais et des Hauts-Plateaux. Puis les assistants procdent la dsignation des deux juges, gnralement spcialistes, et chargs de dtenir l'argent des paris ; ceux-ci s'lvent de 20 1.000, ou mme 2.000 gourdes. Une bonne journe comporte au moins une

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148 EN HATI dizaine de combats ; mais il peut arriver qu'il n'y en ait que la moiti. Quelques coqs clbres se sont battus plusieurs reprises le mme jour ; en leur temps, Tambou-Mate et Becqu-Z ont pris part trois luttes successives. Seul, le propritaire, ou, son dfaut, le cariador, est admis pntrer dans l'arne avec son cham pion; il le carre, c'est--dire le place pour le dbut du combat et s'assure que l'adversaire n'a point us de procds dfendus, tels que enduire son coq de graisse de couleuvre ou de malfini destine incommoder l'autre au premier coup de bec. Les coqs se battent jusqu' ce que le vaincu meure ou refuse le combat; dans ce dernier cas, il est disqualifi pour l'avenir; parfois, le propritaire fait lever un coq qui a reu un mauvais coup, afin de le con server qualifi pour une nouvelle preuve. La lutte est souvent fort longue, sans intrt pour le commun des mortels ; les coups se succdent, languissants, sur les corps ensanglants. C'est le moment o un bon cariador, le geste vif, la figure convulse, sait exciter son coq, dont il rpte constamment le nom. S'il est puis, EN-usabrogate, il lui donne du jus de canne pour 1. Abrogat, de l'espagnol abrogado, supprim, rvoqu.

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AU MARCH DU P0NT-BEUDET Au MARCH DU PONT-BEIDET. ETALAGE DES TOILERIES AUBIN. En Hati. PL. XV

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 149 le refaire, lui insuffle de l'air ou de l'eau ; en cas de besoin, il en dcide la retraite. Le gain du propritaire provient des paris, pour lesquels il a la priorit dans sa colonne ; de son ct, le matre-gagaire peroit 25 cen times par combat et par coq battu ; sa famille vend boire et manger aux assistants et tient des jeux de hasard (jeux d'osselets et jeux du commerce sorte de pharaon) dans tous les coins de la cour. Dans les principales gagaires, il y a presque toujours quelque Dominicain, offrant en vente des coqs de la partie de l'Est ; ces coqs valent jusqu' 1.000 gourdes ; un grand leveur peut en possder une vingtaine. La gagaire la plus achalande de la Croix-desBouquets appartient M. Auguste-Marie Jacques. Elle est situe, l'entre du bourg, sur la route qui conduit la Grande Plaine, vers Baug et O'Gorman ; lui-mme rside un peu plus loin, Cotard, dans une petite maison blanche, pla ce au bord du chemin, ct de sa guildive. Le march du samedi la Croix-des-Bouquets a perdu toute importance. Depuis nombre d'ani nes, la facilit des communications a fait trans frer le centre des changes deux kilomtres plus au nord, au carrefour du Pont-Beudet1, o 1. M. Beudet possdait une sucrerie sur cette habitation

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150 EN HATI convergent tous les chemins de la plaine. Il s'y tient, chaque vendredi, le plus grand march du pays. C'est une vaste esplanade, ombrage de rares bayaondes, entoure de parcs btail et de cours, qui se sont groupes, en vue d'hberger les passants, au jour unique de l'activit hebdo madaire. La meilleure maison du petit village ap partient un vieux militaire, le gnral Hosann Dlienne, qui fut aide de camp d'un prsident, commandant de place de la Croix-des-Bouquets, et qui, maintenant aigri, dchu de ses honneurs passs, s'est retir dans les modestes fonctions d'arpenteur. Pont-Beudet est, avant tout, un march de btail. Ds l'poque coloniale, les savanes de la partie espagnole fournissaient les quatre cin quimes des bufs ncessaires la consomma tion de la partie franaise. Le rapprochement des deux Puissances, en vertu du Pacte de Fa mille, facilita ces transactions, constamment en traves jusqu'alors par la mauvaise volont des autorits de Santo-Domingo. Un arrangement de 1762 assura le transit mensuel de 800 bufs, par Laxavon, Saint-Raphal, Las Caobas ou Neyba. et une autre aux Petits-Bois, dans la mme paroisse de la Croix-des-Bouquets. Elles valurent une indemnit de 216.370 francs ses petits-fils, le vicomte de Lanzac et le marquis de Sourdis,

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 151 Quelques annes plus tard, les fermiers franais des boucheries furent autoriss venir acheter librement dans les hattes espagnoles. Moreau de Saint-Mry estimait l'importation annuelle 12.000 ttes, valant deux millions de livres tournois. A l'heure actuelle, les savanes des hauts plateaux de l'Artibonite, au nord du Mire-balais, appartiennent la partie franaise et fournissent la plus grande part du btail ha tien. Mais l'offre ne suffit pas aux besoins d'Hati, qui doit toujours en rechercher l'appoint dans la partie espagnole. Le march hatien continue donc servir de dbouch naturel aux savanes do minicaines des hautes valles de l'Artibonite et du Yaqui du Sud, de Saint-Jean de la Maguana et de Neyba. Chaque semaine, leveurs, cour tiers et revendeurs dominicains franchissent la frontire la tte de leurs troupeaux, qu'ils viennent prsenter Massade, sur les HautsPlateaux, pour le Nord, et au Pont-Beudet, pour le Sud. Plusieurs centaines de bufs s'alignent, l'extrmit du march, sur la route du MorneCabrites. Les bouchers de Port-au-Prince et des diverses villes de la presqu'le mridionale y viennent acheter la viande sur pied ; les cabrouettiers s'y procurent les paires, les macor-

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152 EN HATI nes1 de bufs destines au trait. Il y a gale ment abondance de chevaux, mules, cochons, chvres et moutons. Un receveur, M. Jacques Armand, install sous une tonnelle et protg contre les importunits du public par un rem part de terre battue, dlivre les certificats de vente et peroit de ce chef les taxes commu nales. Le commandant de place ou, son dfaut, l'adjoint, ne manque jamais de venir surveiller cette opration lucrative ; de bonne heure, il arrive cheval, salu par la foule, qui se d couvre, au cri de Bonjour, autorit Le mar ch ne comporte aucun autre droit2. Les mar1. Le mot crole macorne est tir de l'espagnol. Quand les hattiers de la partie espagnole se prparaient envoyer leurs boeufs dans la partie franaise, ils les poursuivaient cheval travers les savanes, o le btail grandissait en libert, et, les saisissant fortement par la queue, les ren versaient les quatre fers en l'air, grce un brusque mou vement de ct, effectu par leur monture. Cette opration s'appelait colear ; elle reste encore en usage dans les EN-us llanos de la Cte Ferme. Les bufs, une fois renverss et matri ss par les hattiers, taient attachs deux deux. Cela s'ap pelait les macorner ou mancuernar. D'o le nom de macornes, donn aux paires de bufs, qui taient toujours prsen ts accoupls. 2. Le btail dominicain, vendu en Hati, a pay un dollar et demi de droit d'exportation la douane dominicaine. A dfaut de douane hatienne, il acquitte un droit de passage aux communes traverses, une gourde la Croix-des-Bouquets, 50 centimes Thomazeau. A l'poque coloniale, le droit de sortie s'levait 5 piastres gourdes par macorne de bufs et les hattiers exportateurs devaient tre munis d'une patente d'autorisation, dlivre par le Prsident de l'Audience Royale de Santo-Domingo.

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 153 chands y tablissent librement leurs tonnelles et leurs talages. La famille Pierre Jacques, dont les hritiers sont propritaires du terrain, se r pand ce propos en rclamations inutiles ; le temps a consacr la libert du march et la pres cription effac ses droits. A part ses dimensions beaucoup plus vastes que partout ailleurs, le march du Pont-Beudet ne diffre gure des autres. C'est le grouille ment habituel de ngresses, talant sur le sol leurs fruits, leurs lgumes, leurs volailles, du riz, du sel, les boulons et les andouilles de tabac le tafia et le rapadou 2. Les chaudrons de pois et riz, recouverts de feuilles de ba nanier, cuisent en plein vent. Les reven deuses sont accourues de Port-au-Prince ache ter pour le march de la ville ou vendre des articles de quincaille et de toilerie; j'ai mme vu un marchand syrien, maronite de Beyrouth, ins tall au milieu de ses cotonnades malgr la ri-1. Le tabac pays est prsent en feuilles dessches, en paquets de feuilles tordues ou boulons ou press en andouilles dans de longues tches, pdoncules dtachs du tronc des palmistes. L'usage de prsenter le tabac en torquettes et en andouilles a toujours exist dans nos les. Le P. Labat en dcrit minutieusement la confection. 2. Le rapadou est fait de sirop ti-moulin, cuit point de concentration, envelopp pour refroidir dans des tches de palmiste, puis coup en morceaux allongs. Cest le sucre des campagnes hatiennes.

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154 EN HATI gueur des lois 1. Tout autour, les btes de charge sont attaches le long des haies, gardant sur le dos leurs panneaux de roseaux et leurs toques, releves en arrire, pour recevoir les sacs-paille. Les gens venus d'au del des mornes, du Mire1. Il n'existe presque plus de recoin dans les grandes Antilles, o ne se soit installe, plus ou moins nombreuse, une colonie syrienne. Il y a une vingtaine d'annes, apparurent, dans cette partie de l'Amrique, les premiers EN-usmigrants de la cte de Syrie, avec des pacotilles d'objets de pit, fa briqus en Terre Sainte. Sur les bnfices raliss, ces gens se firent, dans les campagnes, colporteurs de menus pro duits de l'industrie europenne ou amricaine : mercerie, quincaillerie, papeterie. Le temps finit par leur crer un capital et plusieurs sont maintenant devenus de vritables commerants, appuys sur les maisons de commission fon des par des Syriens Paris, New-York et Manchester. Le terme gnrique de Syriens recouvre, dans les grandes Antilles, les populations les plus diverses de l'Asie ant rieure : d'abord, les Maronites, qui sont le plus grand nombre, puis des Orthodoxes, et des Melkites, quelques Musul mans ou Mtualis, beaucoup de Juifs de la Syrie, de la Perse et mme de l'Inde. Les Syriens sont particulirement nombreux en Hati, o ils atteignent le chiffre de 3.000. Une loi de 1894 a eu beau leur interdire, ainsi qu'aux Chinois, l'accs du territoire de la Rpublique, ils ne cessent de s'y multiplier. Deux maisons, dites syriennes, mais en ralit juives, Silveira et Benjamin EN-usEzra, qui est de Beyrouth, ont cr des comptoirs dans tous les ports, les petits marchands syriens des bourgs et de nombreux colporteurs en obtiennent des crdits et distribuent leurs marchandises. Les deux tiers de la colonie syrienne d'Hati rsident Port-au-Prince et dans la banlieue de la capitale, tous oc cups au ngoce. Il en existe de moindres groupements, au Cap, aux Gonaves et aux Cayes. Pourchasss par les autorits, ils deviennent rares dans la campagne : on m'a ce pendant parl d'un Syrien ingnieux, qui, ayant pous une ngresse, s'tait tabli papaloi dans les mornes de Logane.

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 155 balais et des Hauts-Plateaux, sont arrivs le jeudi soir et, pour la nuit, se sont accommods de leur mieux dans les abris du village. Ceux de Port-au-Prince arrivent par le train du ma tin. La dispersion commence avec l'aprs-midi ; le btail s'coule vers la capitale ; et le vendredi, au coucher du soleil, Pont-Beudet s'est vid pour toute une semaine. A quelque distance, sur la route du Morne-Cabrites, les restes d'un mur arrondi marquent l'entre de l'habitation le Meilleur; c'est le seul dbris d'entre de l'poque coloniale que j'aie retrouv au Cul-de-Sac. Tout auprs, les ruines d'un pont et de conduites d'irrigation indiquent que, sous le rgime franais, l'eau fertilisante atteignait jusqu' ce point. Aujourd'hui tout est dessch; la fort a repris son ancien domaine, les habitants vivent de l'exploitation des bois, servant la fabrication du charbon ou des Plusieurs ont sollicit la naturalisation hatienne ; quelquesuns ont profit de leur passage aux tats-Unis pour y ac qurir les droits de citoyens amricains ; en cas de besoin, la collectivit recourt la protection franaise... Malgr leur nombre, les Syriens de Port-au-Prince ne pos sdent aucune organisation. Le gouvernement hatien s'est toujours oppos la fondation d'une socit syrienne. Ils n'ont point de prtres de leurs rites ; l'un d'entre eux tient un petit restaurant et y prpare des plats arabes. C'est la seule institution, dont jouisse, en propre, cette communaut prospre, bien que constamment menace par les abus du pouvoir et les jalousies du commerce.

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156 EN HATI pieux pour les cltures. Sur l'habitation d'Espinose, rside un des anciens du pays, M. EN-usBal thazar C antave, un ngre amaigri, la barbe blanche, courte et rare, qui commence sentir le poids de ses quatre-vingts ans sonns. Ses cases, prcdes d'un pristyle et recouvertes d'herbes de Guine, se serrent les unes contre les autres dans une cour enclose de branches d'arbres ; la barrire d'accs est forme de pieux superposs, fixs entre deux couples de troncs latraux, qu'il s'agit de retirer successi vement, afin de s'ouvrir un passage ; un puits a t creus au pied d'un bois de frne Dans son jeune temps, M. Cantave tait grand chasseur. Comme tous ceux de son voisinage, il s'en allait l'Eau-Gaille tirer les oiseaux d'eau qui y gtent; et ses chiens partaient la nuit, la lumire des torches, guetter les tor tues de terre, alors qu'elles viennent dposer leurs ufs dans le sable. La ponte a lieu toute l'anne, mais surtout en mars et avril. Quand, avec ses pattes, la malheureuse tortue est toute occupe creuser un trou, les chiens l'ventent, l'effraient en jappant autour d'elle, si bien que le chasseur n'a plus qu' ramasser son gibier immobile pour le rapporter dans un sac. Dans la fort voisine de d'Espinose, se trouve l'habi-

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 157 tation Dessources, proprit d'un ngociant en caf du Havre, M. Alfred Lefvre. Une ligne de chemin de fer voie troite, la seule qui existe en Hati, traverse diagonalement la plaine du Cul-de-Sac, de Port-auPrince l'Etang Saumtre, sur un parcours de 49 kilomtres. La ligne emprunte presque con stamment les grand'routes, traverse une rgion plate et ne comporte aucun ouvrage d'art, en de hors d'un pont sur la Grande Rivire. La Com pagnie P.-C.-S. a t forme, en 1900, par des ngociants allemands et croles de Port-auPrince, au capital nominal d'un million de dol lars ; l'tat lui garantit un intrt de 6 p. 100, raison de 16.000 dollars par kilomtre. Le matriel, venu d'Allemagne et des tats-Unis, est un peu primitif. Mais le service se fait avec rgularit, sous la direction d'un de nos compa triotes, M. Charles Thomasset. Tout le long du jour, l'arrive des trains montants et descendants provoque une vive animation devant la petite gare de la Croix-desBouquets, installe dans une vieille maison co loniale ; les enfants du bourg y viennent offrir aux voyageurs des fruits et des friandises locales, douces-lait et douces z'ananas (de l'espagnol dulce). Pendant les trois derniers jours de la

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158 EN HATI semaine, l'affluence est surtout considrable. Revendeuses et marchandes de toiles, qui vi sitent les marchs de la plaine, quittent la ca pitale par le train du mercredi soir, oprent le jeudi Thomazeau, le vendredi au Pont-Beudet et rentrent Port-au-Prince pour le march du samedi, o elles rapportent les pois, le mas, le riz, les bananes et la cassave, achets aux culti vateurs de la campagne. Les autres jours, ce sont alles et venues de ngresses, qui vont vendre leurs patates en ville, et de petits spculateurs, recherchant les peaux, les cires, le miel et la gomme-gayac. Parmi les voyageurs, 92 p. 100 de femmes. En Hati, les hommes ont pris l'ha bitude de rester chez eux ; la ncessit d'un permis de circulation et la crainte d'tre saisis sur les routes par les autorits militaires ont favoris leur naturelle indolence. Le chemin de fer transporte les produits de la plaine : sucre, tafia, bois EN-us(fustic, campche et gayac), peaux et charbons. Vingt-trois kilomtres de la Croix-des-Bouquets Thomazeau. La voie coupe la grande plaine par la Morinire, la Serre, Vaudreuil, Drouillard, Cotard, Merceron et Joineau. Vaudreuil et O'Gorman sont l'heure actuelle les deux plus belles habitations sucrires du Cul-de-Sac ; elles

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 169 appartiennent un vieux ngre, le gnral Brennor Prophte ; son fils rcemment revenu de Lille, y a suivi les cours de l'Institut In dustriel. A mesure que l'on s'loigne de la rgion Sud, atteinte par les irrigations de la rivire Blanche, les champs de cannes dispa raissent, les jardins eux-mmes se font plus rares. A la Hatte-Cadet, on atteint les lagons (c'est le nom crole des marcages). L'inon dation a fait son uvre ; tout le pays est sous l'eau. Abandonnant leurs maisons inondes, les cultivateurs se sont faits pcheurs ; leurs pirogues sont amarres aux arbres et, chaque jour, ils tiennent march des cabots qu'ils ont pris. Le bourg de Thomazeau est plac un peu plus haut, au pied des mornes du Nord, l'issue de l'chancrure conduisant aux Grands-Bois. Simple quartier, nagure, dpendant de la commune de la Croix-des-Bouquets, qui sur veillait de ce ct la frontire dominicaine. En 1889, pendant la guerre d'Hippolyte les Hatiens donnent volontiers leurs rvolutions le nom du chef qu'elles amnent au pouvoir l'arme victorieuse s'y concen tra, sa descente de la montagne, avant de marcher sur Port-au-Prince.

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160 EN HATI Instruit par sa propre exprience, le nouveau prsident s'empressa d'riger l'endroit en com mune, afin d'y placer un commandant mili taire sa dvotion. Le village est petit, il compte peine 150 habitants ; le cur, le P. Si-nais, y construit pniblement son glise. Les terrains voisins se peuplent peu peu, les n gres s'installent sans le moindre titre de pro prit, dfrichent, plantent leurs jardins, fabri quent nattes et panneaux avec les roseaux des marcages voisins. En matire de Vaudoux, ces gens sont trop pauvres pour s'offrir les raffinements usits aux alentours de Port-au-Prince et se contentent de modestes cases-lois, desser vies par des houngans sans instruction. Le plus souvent, la proprit est indivise : les suc cessions se rglent de gr gr, en dehors du notaire, qui vgte inoccup, ct des autres hommes de loi. Quelques spculateurs en den res achtent du caf pour le compte des ngo ciants de la ville ; de rares commerants reoivent chaque semaine un petit lot de marchandises, poissons schs, salaisons, ptrole. Le btail do minicain, venant de Neyba et des tangs, y passe rgulirement pour gagner le Pont-Beudet et enrichit la commune d'un droit de passage. La grande affaire de Thomazeau est le EN-usmar-

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UN MAPOU . DANS LA PLAINE DES CAYES VILLAGE DE GANTHIER AUBIN. En Hati. PL. XVI

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 161 ch du jeudi, qui runit 2 ou 3.000 per sonnes. La population des Grands-Bois prend de plus en plus l'habitude d'y apporter son caf et ses vivres. La plaine et la montagne, ne pro duisant pas aux mmes poques, ont besoin de se complter l'une par l'autre ; les mornes don nent une seule fois, au cur de l't, alors que le plat pays est priv de patates et de bananes, entre sa double rcolte de printemps et d'au tomne. D'autre part, il leur faut acheter les articles d'importation chez les revendeuses du march ou les commerants du bourg. En d cembre et janvier, les Dominicains apportent les aulx frais de leurs jardins ; et c'est le mar ch de Thomazeau qui fournit tout Hati de ce produit spcial. Au del du bourg, il n'y a plus que 5 kilom tres pour atteindre l'habitation Manneville, au bord de l'tang Saumtre ou lac d'Azuey. Le lac gagne sans cesse vers l'ouest sur le rivage arrondi de la plaine ; les arbres desschs, dchi quets par les charpentiers (piverts), lvent leurs branches au-dessus des eaux. Il s'tend l'est entre la double ligne des grandes mon tagnes, sur 28 kilomtres de long et une lar geur EN-usmaxima de 10 kilomtres. Un petit wharf permet le dbarquement des bois de gayac, EN HATI 11

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162 EN HATI apports par golettes de Fond-Parisien ou d'Imani, sur la rive dominicaine. Deux de ces embarcations appartiennent un Martiniquais, M. Emmanuel Odide, qui fit la cam pagne du Dahomey, dans les troupes de la marine, et rside maintenant Manneville, comme ingnieur de la premire section du chemin de fer. Au temps de la colonie, les indigoteries se succdaient le long du lac ; on en retrouve encore les ruines parsemes travers les bois. Les habitants actuels joignent la chasse et la pche la culture de leurs jardins ; le gibier abonde : canards, sarcelles, poules d'eau, ai-, grettes blanches et grises, girones au long cou, tourterelles et ortolans. Les nasses ramnent quantits de ttards1, qui sont le poisson pr fr de la plaine. Au nord, le massif des Grand-Bois domine le lac. J'y suis all par le Mirebalais. Il faut coucher au presbytre de la Croix-des-Bou quets et partir avant le lever du jour. Sur la place d'Armes, le feu du poste est en train de s'teindre et le clairon vient de sonner la diane. Quand, vers 4 heures, apparat l'toile du matin, 1. Descourtilz crit Testar ; c'est un petit poisson fr quent dans toutes les eaux douces d'Hati.

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L'ETANG SAUMATRE PL. XVII AUBIN. En Hati.

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 163 que les ngres appellent bayacou, de son nom indien, nous sommes en selle pour faire les 12 lieues de chemin. La monte du Morne-Cabrites est courte, mais dure ; on l'aborde, quand les premiers rayons du soleil viennent frapper l'tang et les marcages de la plaine. Elle est taille dans le roc vif, tranchant et cal caire, perc de petits trous menus, roches ravets disent les croles ; on la construisit aussitt aprs la guerre de Sept Ans, sur les indications du gouverneur gnral, M. de Belzunce, charg d'organiser la dfense de SaintDomingue et qui considrait le Mirebalais comme son rduit naturel. Les chaises de poste y pou vaient passer. La route n'est plus qu'un amon cellement de rochers, et les pentes sont inhabites. C'tait la marche dserte, s'tendant de l'Arcahaye aux Grands-Bois, qui spara le royaume noir de Christophe de la rpubli que multre de Ption, alors que la fin des guerres napoloniennes et la crainte d'un re tour offensif des Franais imposrent aux deux chefs rivaux un armistice tacite. En haut, quelques pauvres cases, entoures de cultures de mas ; puis la fort d'acajoux et de gayacs reprend jusqu'au Fond-Diable. Les ntres Lavaient ainsi nomm cause de son manque

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164 EN HATI d'eau ; le cabaret, qui s'y trouvait jadis, a fait place un petit village. Une courte monte, le poste militaire du Terrier-Rouge, et nous des cendons par une ravine troite vers le plateau du Mirebalais. La couline, o se forme le tor rent de la ravine, la butte des Calebassiers et la chapelle de EN-usTrianon marquent la sortie des mornes. Nous y passmes un dimanche. Le prtre n'tait pas venu ; en l'absence du sacris tain, sa femme lisait la congrgation les orai sons dominicales ; en face de la chapelle, plu sieurs marchandes, accroupies sous un sablier, vendaient aux fidles avocats et sucreries : quelques femmes passaient sur le chemin, rap portant, dans les sacs-paille de leurs nes, les objets achets la veille au march de Port-auPrince. Le Mirebalais est une vaste cuvette, forme par les grandes montagnes. L'Artibonite le tra verse de part en part et y reoit tout un en semble de cours d'eau, qui lui viennent en ven tail du versant sud. Les creux remplis de pal mistes succdent aux mamelons, recouverts de l'herbe rase des savanes et des tiges minces des lataniers. Les cases sont prospres ; les toits en palmes dessches, fixes par des tches (pdon cules) de palmistes; les jardins entours de haies

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 165 de cactus-pingouins dont le cur rougit au printemps, en panouissant une fleur blanche. Depuis EN-usTrianon, il reste une heure et demie de route, pour atteindre le bourg, en descendant parla section de Crte-Brle, le long de la ri vire Jean-le-Bas. Les passes d'eau se mul tiplient au milieu des campches, o pointent les orchides. Un dernier morne, et l'on aperoit les maisons aux toitures en tle, groupes autour de la place d'Armes de Saint-Louis-du-Mireba-lais, au confluent de l'Artibonite et de la ri vire la Tombe, qui se rejoignent sous un ber ceau de verdure. Le Mirebalais reut son nom de gens du Poi tou, qui le baptisrent d'aprs une rgion de leur province. Au dbut du dix-huitime sicle, il tait inhabit ; c'tait une rserve de btail sauvage, abandonn par les Espagnols. M. de Galliffet, gouverneur intrimaire de la colonie, forma une socit pour y tablir une premire hatte. Puis, l'agriculture prit place ct de l'levage ; le pays fut cultiv en indigo, coton, riz, caf, cacao ; des fours chaux s'tablirent ; la difficult des transports empcha le dvelop pement de l'industrie du sucre. En 1789, le Mi rebalais comptait 308 indigoteries et 92 hattes, avec 13.550 ttes de btail. La population tait

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166 EN HATI de 890 blancs, 1.200 affranchis, 11.000 ngres. La salubrit du climat prservait les colons des maladies habituelles de la cte; en 1764, un planteur, M. Ollive, de la Rochelle, y mourut quatre-vingt-dix-sept ans, aprs soixante an nes passes dans la colonie. Vu son isolement, la paroisse formait, elle seule, un quartier, administr par un aide-major pour le roi ; la justice tait confie un substitut, relevant de la snchausse de Port-au-Prince, l'ordre ga ranti par un dtachement de marchausse, avec un prvt, un exempt, 2 brigadiers et 10 archers. La milice de 1.140 hommes tait rpartie en 4 compagnies de dragons blancs, quarterons, multres et ngres, 3 compagnies de fusiliers blancs et multres. Le courrier de la poste aux lettres arrivait de la capitale le lundi et repartait le mercredi. La communica tion avec l'autre rive de l'Artibonite tait assure par un bac au travers du fleuve ; le fermier pos sdait le privilge du cabaret ; comme droit de passage, il percevait un demi ou un escalin1 de toute personne libre du quartier, selon qu'elle tait pied ou cheval ; le double, d'un tranger. A l'heure actuelle, la situation isole duMire-1. Vescalin tait une petite pice de monnaie valant envi ron 12 sous.

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 167 balais y a fait maintenir un arrondissement. Pourtant, l'agglomration est petite : peine un millier d'habitants ; le march est peu fourni ; les Syriens eux-mmes ngligent la place ; le com merce se fait avec Port-au-Prince. Un vieux fort, lev pendant l'occupation anglaise, domine le bourg. Sur le fleuve, le bac a t remplac par un lot de pirogues, manuvres par douze bateliers, dispenss, ce titre, de tout service militaire ; leur chef, M. Ass Jean-Philippe, a vieilli dans le mtier depuis le rgne de Salnave. Du Mirebalais aux Grands-Bois, il y a six bonnes heures de voyage. Le gnral Anulysse Andr, commandant de l'arrondissement, un multre qui a partag sa carrire entre l'arme et les douanes de la Rpublique, tint m'accompagner avec toute une escorte d'adjoints, officiers et chefs de sections. La commune est carte ; la population un peu sauvage. En dehors des prtres, me dit le gnral, vous tes sans doute le premier blanc qui visite les Grands-Bois, depuis l'Indpendance. A l'est du bourg, s'embranchent deux routes, suivant deux valles distinctes. Sur la gauche, le chemin de Las Gaobas, qui va vers Santo Do mingo par San Juan de la Maguana et Azua, re-

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168 EN HATI monte travers les savanes de la rivire Fer-Cheval. Les mornes en ferment la valle: au nord, la crte allonge du Morne--Tonnerre, derrire lequel coule l'Artibonite ; au sud, le massif des Grands-Bois. C'tait l l'ancienne frontire de la partie franaise. Les dispositions de la paix de Ryswick ayant nglig de la prci ser, les discussions se poursuivirent, ce sujet, entre autorits coloniales, pendant la meilleure partie du dix-huitime sicle. Aux empite ments franais rpondaient des agressions ou des rclamations espagnoles. En 1776, le gou verneur franais, qui tait alors le comte d'Ennery, et le prsident espagnol signrent une convention de limites, qui fut insre, l'anne suivante, dans le trait d'Aranjuez, destin rgler l'ensemble des rapports entre les deux parties de l'le. La dlimitation fut aussitt pour suivie sur le terrain ; des bornes ou des rochers numrots marquaient soigneusement la fron tire ; un inspecteur spcial en assurait la sau vegarde. Aprs avoir long la crte du Morne-Tonnerre, la ligne coupait, au rocher de Ney-bouc, la route du Mirebalais Santo-Domingo ; le rocher reut le n3 (il y en avait 221, de la Rivire du Massacre aux Anses Pitre). Au bord du chemin, faible distance de Las

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 169 Caobas, on montre encore la grosse roche o se sont accrochs les paritaires et les ra cines de figuier. Pour ma part, je ne vis au cune inscription ; mais les missionnaires, qui y passent frquemment, m'assurent qu'en cartant la vgtation, on peut lire assez distinctement, sur chacune des deux faces, FRANCE et Es-PANA 1. 1. La frontire actuelle se trouve de beaucoup repousse vers l'est. Durant l'poque coloniale, toute la rgion occi dentale de la partie espagnole tait peu prs dpeuple. Le commandant rsidait au bourg de Hinche, qui datait des premires annes du seizime sicle; deux colons espagnols avaient fond des tablissements Saint-Raphal et SaintMichel-de-l'Atalaye. Il existait un poste militaire Las Cao bas et des hattes disperses ; ce vaste territoire ne comp tait que quelques milliers d'habitants. Encore avait-il attir des dserteurs, des criminels, des ngres marrons, venus de la partie franaise. En 1822, sduits par le rgime multre de Boyer, les Do minicains se runirent spontanment avec Hati et ne s'en dtachrent qu'en 1844, aprs la rvolution qui rtablit le pouvoir des ngres. Les habitants de la partie franaise pro fitrent de la runion de toute l'le, afin d'tendre leurs cul tures et chercher de nouveaux pturages leur btail. SaintRaphal, Saint-Michel, Hinche et Las Caobas, rapidement peupls d'Hatiens, devinrent chefs-lieux de communes, rat tachs aux dpartements de l'Ouest. Plus tard, quand la Rpublique dominicaine se fut spare d'Hati, il en rsulta, entre les deux petits pays, un tat de guerre prolong, qui fut marqu, jusqu'en 1856, par trois campagnes successives. Puis les deux armes restrent l'arme au pied, les postes militaires opposs indiquant virtuellement la frontire. Comendador tait le premier poste dominicain, surveill par trois fortins hatiens, les forts Rsolu, Cachiment et Malfini ; entre eux coulait, comme limite, le Rio Cariscal. En 1874, Dominicains et Hatiens s'entendirent sur le principe d'une dlimitation dfinitive ; mais, depuis lors, aucun arran-

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170 EN HATI Vers la droite, le chemin des Grands-Bois s'engage dans la valle de la Rivire Gascogne. Les noms de nos provinces se rencontrent fr quemment en Hati ; les colons donnaient vo lontiers leurs cantons les appellations de la mtropole. Nous avons trouv une NouvelleTouraine sur les pentes du Morne la Selle ; il existe, dans le Nord, un Trou-Gens-de-Nantes Moreau de Saint-Mry crit : Jean de Nantes une Nouvelle-Bourgogne et une Nouvelle-Lor raine 1 dans les mornes du Sud, une NouvelleSaintonge et une Nouvelle-Gascogne, du ct de l'Arcahaye. A plusieurs reprises, le sentier traverse les galets de la rivire, o se posent les crabiers gris. Les cases sont nombreuses, blanchies la chaux, prcdes de galeries ext rieures, entoures de cultures de mas, petit mil, coton et riz ; dissimules dans la verdure, un gement n'est intervenu. L'infiltration hatienne se poursuit dans la rgion de forts et de savanes, peine peuple, qui s'tend jusqu' Las Matas de Farfan et mme San Juan de la Maguana. La plupart des cultivateurs et hattiers, que l'on y rencontre, sont gens de langue franaise et travail lent, comme de moiti sur les terres domaniales ou les proprits de gnraux dominicains. 1. Le canton de la Nouvelle-Lorraine a reu son nom, subs titu celui de Boucan Greffin, de ses habitants actuels, MM. Le Croix-Villeneuve, conseiller du Conseil suprieur, Locquet, fermier-gnral des Postes, Petit, arpenteur g nral, etc., auxquels il rappelle leur patrie primitive. (Mo reau de Saint-Mry.)

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 171 peu l'cart du chemin, de faon ne point attirer la dangereuse attention des autorits. Ce sont terres trs riches, rparties entre petits propritaires de 30 et 40 carreaux. L'habita tion Abeille forme centre, avec la chapelle et les tonnelles du march du vendredi. Au bout de deux heures, nous arrivons au pied des Grands-Bois. Le commandant de la commune, le gnral Aristide Joseph, dit Bouzoute, est venu, avec quelques officiers, jusqu' la limite de son commandement; il est en grand uniforme, habit bleu la franaise, et retap plumet blanc. Un casse-crote a t pr par dans la maison d'un riche cultivateur, M. Matre Bernard. Puis, nous gravissons le morne Gurin, dans la section de Gnipayer. La vue s'tend sur tout le Mirebalais ; les cafires succdent aux places vivres En haut, la fort de pins, des bouquets de bambous et de superbes massifs de pommiers-rose. Le sommet manque d'eau; sur l'habitation Dar-tis1, quelques pauvres maisons en terre bat-1. L'introduction du caf aux Grands-Bois, alors simple canton de la paroisse de la Croix-des-Bouquets, est due M. Dartis, qui fut le vritable fondateur du canton. A la R volution, il se rfugia Philadelphie et fut le plus fort sous cripteur (400 exemplaires) l'ouvrage de Moreau de SaintMry.

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172 EN HATI tue et une citerne coloniale, tombant en ruines. Les Grands-Bois forment une succession de hauteurs couvertes de pins et de creux rser vs aux cultures. Les colons considraient ce canton comme particulirement favoris pour la culture des cafiers; au moment de la R volution, il y existait 84 cafteries ; son caf passe toujours pour l'un des meilleurs qui soit vendu Port-au-Prince. L'habitation Cornillon a t choisie comme chef-lieu de la commune. Elle occupe le fond d'un troit vallon entre deux crtes boises, dans la section de PlaineCleste. Sur un ressaut de terrain, au-dessus du village, se trouvent les restes d'une manu facture caf Les soldats viennent de couper les petits goyaviers, encombrant la terrasse de l'ancienne habitation. Ainsi dblaye, elle pr sente une vaste surface plane, qui servait de glacis au schage des cafs; au fond, jusqu' une certaine hauteur, les pentes du morne res tent munies d'un revtement maonn, destin attirer les eaux dans la citerne ; sur les autres cts, courait une balustrade, dont les pierres d'angle sont demeures. Les modestes cases de Cornillon se suivent travers la prairie. Nul n'y fait le commerce : les cultivateurs vivent dans la campagne ; c'est

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Aux EN-usGRANDS-BOIS : LA GARNISON DE CORNILLON MAISONS DU BOURG DE CORNILLON AUBIN. En Hati. PL. XVIII

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 173 un bourg de fonctionnaires. La plupart sont gens du pays et y feront toute leur carrire. D'ordi naire, la meilleure maison d'un village appar tient au juge de paix; j'ai donc reu l'hospitalit chez ce magistrat, M. Calixte Avril. Il a pous une femme de la plaine, leve chez sa marraine, Port-au-Prince. Sa famille a prospr ; il a dj six enfants, dont quatre fils, et ce petit monde vit des produits du bien paternel, augments des 60 gourdes d'appointements mensuels. Chaque case, avec une galerie extrieure et un toit de paille, contient un office administra tif. Notaire, huissier, greffier, magistrat com munal, prpos d'administration, officier de l'tat civil, se succdent les uns aux autres ; sur la porte d'un chacun, apparaissent les avis officiels de leurs administrations respectives. Le Conseil communal avise au public en g nral qu'il est dpos aux paves de ce bourg un jeune taureau sous poil peintel Une publication de mariage est affiche chez l'offi cier de l'tat civil. Il s'agit d'un homme de quarante-deux ans, fils majeur et naturel qui se rsout pouser une agricultrice de trente-cinq ans, avec qui, sans doute, il vit plac depuis nombre d'annes, laquelle publica-

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174 EN HATI tion, lue haute et intelligible voix, a t de suite affiche la porte principale de notre htel, aux termes de l'article 63 du Code civil d'Hati L'cole rurale est confie un ancien lve des Frres de Port-au-Prince ; la jeunesse y parat savoir lire, crire et compter. Sous la dicte du commandant d'arrondissement, un petit garon traa au tableau d'une main sre : Napolon est mort Sainte-Hlne en 1821 et M... a fait aux Grands-Bois l'honneur de les visiter le... Sur la grand'place, les tonnelles du march, la chapelle Saint-Antoine, desservie avec inter mittence par un prtre du Mirebalais, le tom beau d'un ancien commandant de la commune, le gnral Ambroise Toussaint, le bureau du commandant actuel et un ajoupa pour abriter la force arme. Celle-ci est constamment prte se mettre en ligne, avec clairons, fifres et tambours, afin de saluer les moindres mouve ments de l'autorit. Le gnral Bouzoute se place au-devant d'elle et salue du sabre, deux reprises, tandis que les soldats prsentent les armes. Il prend soin, du reste, de bien mar quer ses intentions: C'est pour vous, M...; c'est pour vous, l'arrondissement. Le soir, la garnison s'amuse. La plupart se groupent au-

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 175 tour des cartes ou des ds, la lumire d'un bois-chandelle. On joue Marie en bas avec quatre morceaux de porcelaine, marqus de blanc et de bleu; les combinaisons paires sont bonnes pour le donneur, impaires pour les joueurs. Quelques-uns envahissent la salle du tribunal, o, au son d'un violon et d'un tambou rin, ils dansent solennellement la menuet, con serve depuis la colonie. A trois heures plus loin, par de l l'tang Roberjot, nous allmes la Toison, dans la section du Boucan-Bois-Pin. Un vieux militaire, le gnral Nicolas Sanon, s'y est retir sur une terre de 150 carreaux. Il l'exploite, en compagnie de son fils Mentor, qui, aprs avoir achev ses tudes en ville, au petit sminaire des Pres du Saint-Esprit, s'est mari avec une fille de l'adjoint de la place de Thomazeau. La maison est grande, avec plusieurs meubles dans les chambres et des chromolithographies sur les murs ; le djeuner fut excellent. On est 800 mtres d'altitude, dans un climat frais, au milieu des bois. Le lendemain, nous partions de fort bonne heure. Suivi de son escorte, le commandant du Mirebalais se dirigea vers son bourg; celui de Cornillon m'accompagna, avec les princi-

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176 EN HATI paux fonctionnaires et les cinq membres du Conseil communal. Il fallut quatre heures pour atteindre Thomazeau par l'habitation Dcayette en descendant la profonde chancrure, creuse au pied du morne Trou-d'Eau. Le gnral Bouzoute marchait en tte, faisant ranger sur les cts du chemin les gens et les charges, qui montaient de la plaine au march du mercredi. Mt ous ct, out chapeau ous Mettez-vous de ct, retirez vos chapeaux criait-il. Arrives au bas du morne, la source Dalmand, les autorits de Cornillon, parvenues la limite de la commune, prirent cong et remontrent rapidement les pentes, afin de regagner leur village avant la clture du march. Le tour de l'tang Saumtre est une prome nade d'une vingtaine de lieues. Je l'ai faite l'automne dernier, par quelques-unes de ces magnifiques journes, claires et fraches, fr quentes au dbut de la saison sche. Le seul inconvnient vient des maringouins et des bigailles, qui abondent cette poque, pntrent les vtements les plus solides et vous infligent, sur tout le corps, une multitude de piqres douloureuses, suivies d'enflures et de plaies. Comme la frontire traverse l'tang et relve

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 177 du commandant de place de Thomazeau, celui-ci, conformment aux ordres reus, dsigna deux habitants pour me servir de guide : un culti vateur de Manneville, M. Augustin Casile, et un militaire, M. Rnlus Artus. Ainsi, nous traver smes, un aprs-midi, les 12 kilomtres de plaine entre Thomazeau et Ganthier. Le chemin passe au travers de jardins, enclos de pieux de bois, o s'accrochent les lianes fleuries ; il s'engage ensuite dans la fort de gayacs et de campches, parseme d'acacias et de tamariniers. La vgtation parasite des bromliaces se multiplie au tronc des arbres et, des branches, pendent ces filaments touffus, que les croles appellent barbe pangnole (espagnole). Sur l'habitation Sire, les ruines d'une indigoterie coloniale, avec ses bassins, ses conduites d'eau, ses ponceaux en maonnerie. L'indigo pros prait nagure dans toutes les parties de plaine, o l'absence d'irrigation ne permettait point la culture des cannes. Une bonne saison donnait 3 coupes annuelles, quelquefois mme 4 et 5. Une fois coupes, les plantes sjournaient 24 heures dans une cuve de fermentation ; puis 1 eau, charge de bleu, coulait dans une cuve de battage ; la concentration de la substance colo re s'achevait dans un rservoir. L'opration EN HATI. 12

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178 EN HATI durait trois mois. Les carreaux d'indigo, ainsi produits, taient vivement recherchs par les Anglais de la Jamaque, dont ils alimentaient le commerce interlope. Depuis l'Indpendance la culture de l'indigo a tout fait disparu de la plaine du Cul-de-Sac ; elle n'existe plus nulle part en Hati. Au sortir de la fort se trouve le village de Ganthier, adoss aux mornets de Balisage; par del les jardins, apparaissent le clocheton de l'glise, le toit du presbytre, entour de verdure, et, sur la hauteur voisine, les trois croix d'un calvaire. Ganthier est une petite agglomration, rcemment forme auprs d'un poste militaire. Le cur, le P. Caze, un des rares croles de la mission d'Hati, y vit depuis dix-sept ans. Il a pris got sa paroisse, organise de ses deniers, et s'intresse ses ouailles. Peu peu, il a vu se grouper les cases des cultivateurs et les cultures gagner de proche en proche sur les broussailles. Grce son influence, le village est mieux tenu qu'ailleurs ; il a confiance que les houmforts disparaissent des environs. Tout son uvre, le P. Caze vient rarement en ville. Le dimanche, les gens des mornes affluent pour la messe et le march; mais, comme le Code rural n'autorise les balances des spculateurs en

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 179 denres qu'aux chefs-lieux de communes, afin de rserver le commerce des campagnes aux pacotilleurs patents domicilis dans les bourgs, il leur faut aller vendre leur caf jus qu' Thomazeau, la Croix-des-Bouquets ou Portau-Prince. Ganthier se trouve dj sur la rive mridio nale de l'tang Saumtre. Deux lieues plus loin, Fond-Parisien, par del les pentes dsertes, qui prolongent doucement les mornes de PaysPourri. Tout d'abord le sentier est dgag; il se poursuit sur des rochers couverts de cactus et de franchipannes sauvages; la vue s'tend sur la verdure de la plaine, courant au ras de l'eau, la masse sombre des Grands-Bois et la nappe bleue du lac, qui semble former un cercle par fait, d'o se dtache, enfonc dans la terre domi nicaine, le golfe troit d'Imani. La fort reprend jusqu' Fond-Parisien : la sortie d'une gorge, la rivire Passe Z'Oranges, descendue des hautes montagnes, forme une petite plaine trian gulaire et se jette dans l'tang. En 1691, le nom de Fond-Parisien tait dj connu; il s'y trouvait alors un corail, appartenant aux deux frres Mocquet, dont nous avons retrouv le nom sur une habitation du Cul-de-Sac; un corps de garde de huit garons surveillait l'accs de la

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180 EN HATI partie espagnole. Au dix-huitime sicle, l'endroit se peupla : des travaux d'irrigation furent raliss; lors de la Rvolution, il comptait 7 ha bitations, dont 3 sucreries; un dtachement de la marchausse prvenait les incursions des ngres marrons, rfugis dans l'impn trable massif des montagnes du Sud 1. Aujourd'hui, un millier d'habitants ont diss min leurs cases sous les arbres, entre Pinganeau, qui est au bord du lac, et la Ferme, au pied des mornes. L'eau court en tous sens, au 1. Un chemin part du Fond-Parisien qui franchit, en lon geant la frontire, la chane mridionale d'Hati. S'levant au-dessus de la gorge de la rivire Passe-Z'Oranges, il tra verse le plateau de l'habitation Diac et touche le poste mili taire du Rempart-Hardi, pour descendre dans la profonde valle de la rivire Sor-Liette. Les Hatiens ont pouss jus qu'au Fond-Verrettes leurs cafires et leurs places vivres. Le sentier gagne les hauteurs parsemes de petites fraises des bois. Au milieu d'un immense panorama de montagnes, apparaissent l'Etang Saumtre et le second lac, la Laguna de Enriquillo, qui se prolonge en Dominicanie. La fort devient touffue, ouverte de temps autre par les dfriche ments rcents. Les hattes de btail sont installes sous les pins de la crte. Puis le feuillage pais des dame-maries, les fougres arborescentes, l'enchevtrement des lianes recou vrent la rapide descente des mornes ; dans les sections Bois-d'Ari et Mapou, plusieurs habitations cafires forment une oasis de cultures, au milieu de cette fort vierge, qui n'a encore t touche que par le sentier ; c'tait, l'poque coloniale, l'inaccessible retraite des ngres marrons. Les arbres sont trop denses pour permettre la vue ; les gayacs, les acacias et les bayaondes annoncent le bas pays et, du tapion du Prcheur, aprs douze heures d'une marche trs dure, on aperoit, mergeant de la mer, la falaise et les aiguilles crayeuses, le long de la cte de Sale-Trou.

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 181 travers des jardins, sous les cocotiers et les lata-niers; cotons-soie et cotons marrons aux fleurs mauves, abondent le long des chemins. Le bourg est bien pourvu : il possde chapelle, houmfort et march du jeudi, plus deux grandes autorits le gnral Tiyoute, chef de la section, et le gnral Emmanuel Fortun, chef de la ligne, qui commande les postes mili taires de la frontire voisine. La population vit de l'industrie du latanier. Les grandes feuilles servent recouvrir les cases ; celles cueillies au cur mme de l'arbre schent dans toutes les cours; une fois jaunies, les tiges centrales soigneusement retires, les fibres sont mises en paquets et expdies Port-au-Prince, o elles servent la fabrication des chapeaux, des alfors et des macoutes1. Traverser dans l'espagnol est trs pnible. Le chef de la section veut bien venir avec nous. Il a quitt son vtement militaire, mis ses bottes et un chapeau de feutre noir; sur sa mule, sa femme a plac les valises en cuir. Les jardins, o cocotiers, ricins et papayers ombra gent les plants de vivres, se prolongent jus qu' la source Cadet ; l'embarcadre, des 1. Macoute, de mme que macuto, en crole espagnol, est d'origine indienne : sacoche tresse en fibres vgtales.

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182 EN HATI bois sont amoncels, comas, candlons, campches et bois-jaune, qui attendent la venue des golettes pour tre transports la scierie de Glore ou au wharf du chemin de fer, Manneville. L'Etang s'est rtrci ; nous sommes l'entre du golfe d'Imani, sur lequel la mon tagne vient tomber pic. Au fond EN-usBayard, sous un ajoupa, une demi-douzaine d'hommes, en blouse bleue et chapeau de paille, gardent le poste militaire; ils prsentent les armes. Garde vous! une... deux... commande l'officier, qui vient recevoir la rmunration due sa poli tesse... La monte du morne Borne a t creuse dans le rocher ; nos chevaux qui sont ferrs, glissent tout instant et il faut mettre pied terre. La fort est monotone et rabougrie. En haut, second poste militaire, le poste EN-usnan borne, et, tout auprs, un amas de cailloux indiquant la frontire... Sur le plateau, quelques Hatiens ont dfrich et plant leurs jardins... La des cente est pire encore que la monte; elle em prunte constamment le lit des torrents, laissant parfois une chappe sur la Lagune. Enfin, nous atteignons, avec la plaine, le vil lage d'Imani. Les cases sont nombreuses et dis smines ; Hatiens et Dominicains s'y sont tablis en un mlange fraternel. C'est le EN-uspre-

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DE LA CROIXDESBOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 183 mier refuge, qui s'impose aux victimes de la politique ou aux malfaiteurs de la partie fran aise ; un aide de camp du Prsident d'Hati est arriv l'autre jour, pour faire oublier un vol commis par lui au dtriment de Mme la Prsi dente. Cet usage existait dj sous le rgime franais, qui entretenait un commissaire l'es pagnol charg d'y rechercher les dserteurs, criminels et ngres marrons. Plus rcemment, une convention de 1880 permit aux gouverne ments hatien et dominicain de se rclamer l'un l'autre l'expulsion de leurs rfugis respectifs. Mais ceux-ci ne s'en inquitent gure, ils con naissent l'indolence naturelle des leurs et savent que la grosse affaire est d'chapper, par une fuite opportune, aux premiers mouvements de la colre des grands. Imani s'tend d'un lac l'autre. Du golfe, devenu extrmement troit, le terrain remonte en pente douce, atteint un seuil trs bas, et redescend vers Rio-Blanco, au bord de la La gune, 54 mtres au-dessous du niveau de la mer; une ligne de mornets, dtache du massif des Grands-Bois, se glisse entre les deux lacs jusqu'au-dessus du village. L'autorit est reprsente par le chef de la ligne de Rio-Blanco, don Gregorio de Noba,

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184 EN HATI Moune honnte, moune d bien, positive Un honnte homme ; un homme de bien affirme le gnral Tiyoute. L'Hatien et le Domi nicain paraissent en excellents termes et s'embrassent avec effusion. D. Gregorio est venu d'Azua s'tablir la frontire ; il a pous une fille de Neyba, leve Port-au-Prince ; tous deux sont multres clairs, le teint cuivr, comme la plupart des Dominicains. Jeunes encore, ils ont une famille de 11 enfants, dont 7 garons; l'homme est mince, robuste et actif; la femme, un peu fltrie par ses nombreuses maternits. La prosprit leur est venue ; leur cour contient plusieurs grands bohios en planches (c'est le nom donn aux cases, en crole espagnol) ; autour s'tendent les EN-usconucos (jardins) et les potreros (pturages d'herbes de Guine), enclos de pieux de bois et ombrags de lataniers. La situation est bonne ; la terre bien arrose par les drivations de la rivire SorLiette, qui coule dans le bois voisin. L'endroit s'appelle la Source, la furnia 1, en crole espa gnol. Avec la richesse, D. Gregorio a acquis l'influence, qui lui vaut ses honneurs militaires. 1. Une furnia est une source trs profonde, un abme qui se creuse dans les calcaires ; mot crole espagnol spcial aux Antilles.

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 185 La maison est bien pourvue : Altagracia, la fille ane, prpare, pour le repas du soir, un sancocho de gallina (le gros bouillon de poule des Hatiens), avec un plat de pois et riz. Quand il se fait tard, des cadres, munis d'oreil lers et de couvertures, sont prpars pour les htes dans la grande pice du bohio. Ces gens vivent heureux ; peu clairs, ils prouvent peu de besoins. En cas de ncessit, ils se rendent 7 lieues1 de l, Las Damas, le chef-lieu de la commune, o rsident le prtre et les autorits, c'est--dire le commandant d'armes, appuy par le recrutement militaire de la circonscrip tion, et l'alcalde EN-usconstitucional, la fois chef civil, maire, officier de l'tat civil, percepteur et juge de paix. Un petit corps de dragons monts assure la poste et le service des campagnes, moyennant une paie de 40 sous or, par jour de rquisition. Au bourg, l'ensemble de ces divers services se trouve concentr dans le mme bti ment administratif. Les Dominicains de la frontire vont souvent Port-au-Prince. En leur apprenant le crole franais, le voisinage a introduit chez eux cer taines coutumes hatiennes; leurs femmes 1. Lieues espagnoles, peu prs le double des ntres.

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186 EN HATI portent le foulard nou sur la tte; souvent mme, ils enterrent leurs morts sous les cubes de maonnerie usits dans l'Ouest. Mais ils en ignorent le ftichisme; leurs superstitions se bornent la science des plantes et la crainte des esprits. Ils redoutent particulirement les morts et cherchent les concilier, en faisant, au pied des calvaires, des amoncellements de roches. Pour les besoins de chaque jour, le prtre leur apparat comme suffisamment efficace. Dans les cas graves, ils recourent aux plerinages de Bayaguana et de Higuey, o ils apportent la Sainte Vierge les prmisses des fruits et la dme de btail. Les Dominicains clbrent, par des revues et des feux d'artifice, leurs deux ftes nationales : le 27 fvrier, qui leur rappelle l'expulsion des Hatiens, et le 16 aot, celle des Espagnols. Les combats de coq sont, comme en Hati, leur divertissement principal. Par contre, en Dominicanie, on n'entend jamais battre le tam bour ; ces gens tiennent la danza, qui vient de leur ascendance espagnole, au son de l'accor don et du guiro (sorte de calebasse gratte avec un morceau de fer). A Imani, la danse est inter rompue depuis des semaines ; la frontire a t peuple par un petit groupe de familles venues d'Azua et de Neyba; la population entire est

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 187 apparente entre elle ; quelques dcs sont survenus ; toutes les femmes portent le fou lard noir en signe de deuil. En ce moment, la politique amricaine provoque la terreur dans ces intrieurs simples et tranquilles. Jusqu'ici la frontire tait libre; la douane terrestre n'existait pas en Hati ; en Dominicanie, elle fermait les yeux. loigns de tout autre centre, les cultivateurs des rgions limitrophes vivaient du march hatien, o ils trouvaient un dbouch pour leurs vivres et leur btail. La rorganisation des douanes do minicaines, sous le contrle amricain, menace d'entraver ces relations par la perception de droits prohibitifs ; si bien que les gens de la frontire, coups de toutes communications avec Hati, isols dans le dsert dominicain, se demandent avec anxit comment ils vont vivre. Cette anxit s'est traduite par l'aventure sur venue au premier contrleur amricain, qui fut envoy de ce ct ; peine avait-il dpass Neyba qu'il fut reu coups de fusil ; pendant quelques jours, il se trana bless dans les bois, et finit par regagner Santo-Domingo, o il est occup se gurir. Le lendemain matin, tandis que le gnral Tiyoute regagne Fond-Parisien par la mon-

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188 EN HATI tagne, D. Gregorio est cheval, pour me con duire Tierra-Nueva. Selon l'usage dominicain, il a plac sur sa selle une couverture et une serviette, objets indispensables, s'il doit passer la nuit dehors. Deux heures de route : le che min suit de prs la Lagune jusqu'au petit vil lage de Boca-Cachon, au pied des Grands-Bois. De la grve sablonneuse, on aperoit le lac s'tendant l'infini vers l'est, entre la double chane des mornes. Une le en barre le milieu. L'aspect de la Laguna de Enriquillo est beau coup moins pittoresque que celui de l'tang Saumtre ; les montagnes sont moins bien groupes, la nappe d'eau est trop tendue. Elle re ut son nom d'un chef indien, le cacique Henri qui, aprs la conqute, tint tte aux Espagnols et les contraignit reconnatre une sorte de rserve indienne. La grand'route de Neyba la frontire ha tienne traverse Boca-Cachon, puis une large ouverture pratique au milieu des bois, jusqu' Tierra-Nueva. Les cases et les cultures s'ten dent sous une immense fort de lataniers ; par tout, des essaims de gupes ont t recueillis dans des troncs creuss de bois-trompette Nous nous arrtons chez l'administrateur de la douane, un fonctionnaire attrist qui ne peut se

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EN DOMINICANIE : LAS MATAS DE FARFAN EN DOMINICANIE : SAN JUAN DE LA MAGUANA AUBIN. En Hati. PL. XIX

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DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE 189 faire cette solitude. Tierra-Nueva est, pour tant, un bourg assez important : il y rside un EN-usalcalde pedaneo (le pendant des chefs de section hatiens et nomm pour deux ans, parmi les principaux habitants), un chef militaire de la ligne et un inspecteur d'agriculture. A El Fondo, une heure plus loin, est install le dernier poste dominicain ; l mme o se trou vait, l'poque coloniale, le dernier poste espa gnol; quatre soldats fort corrects, vtus de toile blanche, raye de bleu, y contrlent le passage : leur quatre hamacs sont aligns sous un abri de branchages. Une petite crte, et nous voici de nouveau sur le bord de l'tang Saumtre. Pendant quatre heures, le sentier, trs escarp, suit le lac en corniche, montant et descendant par une srie de pointes et de fonds dserts ; la vue est constamment dgage. Une baie, ferme de petites les rocheuses, marque, de ce ct,le commencement de la terre hatienne. C'est le meilleur endroit de chasse qu'il y ait sur le lac : un matin, nous y vnmes en canot ; des vols de canards s'levaient des brous sailles, un caman dormait allong sur le sable ; et, au bruit des avirons, un gros iguane s'enfona dans le rocher. Trois vallons resserrs Fond-Ravets, Fond-des-Chnes et Fond-Cha-

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190 EN HATI leur se succdent les uns aux autres ; quelques cultures y ont t entreprises, quelques cases s'y sont leves. Nous passons les postes militaires hatiens, pour arriver l'entre de la plaine, la scierie de Glore, qui dbite, avec les bois durs de la montagne, ceux qui lui viennent d'au-del du lac. Elle a t tablie, par deux jeunes croles, en association avec un ingnieur franais, M. Guilloux, mort aujour d'hui. Encore une vingtaine de minutes jusqu' Manneville... L'un des deux habitants qui m'ont accompagn, M. Augustin Casile, me quitte l'entre de sa cour, devant sa grande case volets bleus, o sa fille, Mlle Ptronne, lui souhaite la bienvenue.

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CHAPITRE VI LA RIVIRE FROIDE Le Morne l'Hpital. La cte, de Port-au-Prince Carre four. De la Nol aux Rois : les grandes ftes Vaudoux ; le piler-feuilles ; le casser-gteau. La source Mariani. Chez le gnral Ti-Plaisir; service en l'honneur de Matre Aguay. Le culte des morts. La crmonie du brler-lain. L'usine Monfleury. La culture et la prparation du caf. La proprit dans les mornes. Les marassas (jumeaux). Le gnral Cyrille Paul. Comment les ngres font une tasse de caf. Le Chemin des Commissaires. L'habitation Laval. La valle de la Rivire Gosseline. Jacmel. M. Vital. Retour par le chemin du GrosMorne. Le Morne l'Hpital, o s'adosse la ville de Port-au-Prince, est une montagne allonge, bordant la cte mridionale de la baie ; il reut son nom d'un hpital de flibustiers, qui, institu bien avant la fondation de la capitale, disparut devant le progrs de l'organisation coloniale.

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192 EN HATI La crte commence au Morne Boutillier, audessus de Ptionville, s'abaisse peu peu par les Mornes Fourmy et EN-usMacaco, avant de mourir, sur la Rivire Froide, une dizaine de kilom-trs, au del de Port-au-Prince. Entirement bois au Nord, le Morne l'Hpital se dnude sur son versant Sud. De petits cultivateurs y ont tabli leurs cases, leurs jardins de vivres et, tout en haut, leurs cafires. Un multiple rseau de sentiers escarps gravit la montagne, au travers des hortensias sauvages ; ils servent de voies d'accs au massif montagneux fort lev, qui forme, de Port-au-Prince Jacmel, la plus belle partie de l'le d'Hati. La Rivire Froide et la Rivire Momance (Grande Rivire de Logane) enfoncent, au creux de ces mornes, leurs valles parallles ; le plateau du morne Chandelle spare la Rivire Froide de la plaine de Logane. La vue y est partout admirable : elle embrasse une bonne partie de la chane ctire, les tapions du Petit-Goave et de Miragoane, dont les falaises isoles tombent pic dans la mer. Au pied, la ville s'tend en damier; les lots de paltuviers parsment la rade ; une bande troite de terrain plat se pour suit sous les palmistes, le long des dente lures du rivage, jusqu' la petite plaine, qui

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L'HABITATION EN-usMONFLEURY : L'USINE L'HABITATION MONFLEURT : LES GLACIS POUR LE SCHAGE DES CAFS AUBIN. En Hati. PL. XX

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LA RIVIRE FROIDE 193 s'largit l'embouchure de la Rivire Froide. Du temps de la colonie, c'tait le canton du Trou-Bordet; les habitations s'chelonnaient le long de la cte. D'abord Martissans, qui four nissait de la chaux et du fourrage ; plus loin, une sucrerie, installe vers le milieu du dixhuitime sicle, par M. Bizoton de La Motte, qui appartenait une vieille famille coloniale (en 1723, un M. Bizoton tait conseiller au Con seil Suprieur du Petit-Goave) et qui succda, comme gouverneur de la partie de l'Ouest, M. de Vaudreuil, nomm, en 1753, gouverneur gnral de la colonie ; une autre sucrerie avait t construite sur l'habitation Volant Le Tort, dont le corail se retrouve encore Corail-Tort tout au fond du morne Chandelle. Enfin, ve naient les habitations Cottes et Truitier de Vaucresson 1, dtaches de la prcdente pour la dot des deux filles d'un M. Le Tort. Le carre-1. J'ai rencontr, dans la partie orientale de Cuba, deux MM. Truitier, qui descendaient de l'ancienne famille de Saint-Domingue. Ils taient dj vieux ; le grand-pre avait migr pendant la Rvolution et dbarqu Baracoa, le port cubain le plus proche, o se dirigea le gros des fugitifs. Avec ceux de ses esclaves qui l'avaient suivi, il cra une cafire au-dessus de Guantanamo ; en son temps, sa veuve avait touch sa part de l'indemnit. Atteints dans leur fortune, comme tant d'autres familles franaises, par les rvolutions successives de l'le de Cuba, MM. fruitier travaillent aujourd'hui sur des cafires. EN HATI. 13

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194 EN HATI four Truitier marquait le passage de la Rivire Froide. De ce ct, une succession d'ouvrages for tifis commandait la baie, en dfendant les approches de la capitale ; les forts Mercredi et Bizoton maintiennent encore leurs fosss mi-combls et leurs murailles aux pierres disjointes1. Le rgime hatien s'est galement proccup de mettre le gouvernement national l'abri de toute surprise rvolutionnaire par la route du Sud. Les circonscriptions administratives ont t morceles, de faon partager l'autorit entre quatre chefs de section, Jean Ciseau, aux portes de la ville, Bizoton et Carrefour, trois postes militaires, avec autant de gnraux, con trlent le passage ; un autre gnral, charg de la surveillance de la cte, en vue d'y rpri1. Bien qu'il fut reconnu que la position de Port-au-Prince n'tait pas susceptible de dfense, le gouvernement fran ais y avait tabli, ds avant la guerre de Sept Ans, tout un systme de fortifications. Les forts Bizoton et Bagatelle, au jourd'hui fort Mercredi, dfendaient l'accs de la ville par le Sud ; le fort EN-usIslet protgeait la rade ; le fort Dimanche et le fort Sainte-Claire le bord de la mer ; le fort Saint-Joseph, construit sur le Morne Bel-Air, dominait la ville. Les forts Saint-Joseph et Sainte-Claire portaient les noms de bap tme du Gouverneur, M. de Vaudreuil (1753-1757) et de sa femme. Plus ou moins ruins, ces divers forts existent encore. En 1794, quand les planteurs migrs et leurs allis anglais apparurent devant Port-au-Prince, ce fut la prise du fort Bizoton qui leur livra la ville.

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LA RIVIRE FROIDE 195 mer la contrebande, rside Port-au-Prince. Les fours chaux sont rests, les sucreries d'antan ont disparu ; Bizoton, une ancienne conduite d'eau longe la route ; les blanchis seuses occupent les galets des rivires ; la cte sert aux divertissements des gens de Port-auPrince. Ce ne sont que guinguettes, gagaires et maisons de campagne. Un des points de la baie s'appelle le bain de Madame Leclerc en souvenir du sjour Saint-Domingue de Pauline Bonaparte, femme du gnral en chef de l'expdition franaise. De ce ct, plusieurs de nos compatriotes sont propritaires : MM. Gos-talle, Thibault, un vieil employ de la Banque Nationale d'Hati, Tesserot, un pharmacien venu de la Guadeloupe. Plus haut vers le morne, l'ha bitation Diquini, avec une grotte creuse dans le calcaire de la montagne, avait t amnage par un ngociant franais, M. Djardin ; sa mort, elle revint son gendre, un Allemand, M. Lders, et ses petits-enfants y forment main tenant toute une colonie. M. Daniel Lders a t lev, Paris, au collge Stanislas, et vit le plus souvent en France ; il exploite, sur son domaine, une plantation de tabac et une fabrique de cigares, manuvre par des ouvriers jamacains.

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196 EN HATI Quand, aprs l'Indpendance, les Hatiens se rpartirent entre eux les dpouilles des blancs, la grande habitation Le Tort chut au Prsident Ption ; la sucrerie coloniale, la demeure pr sidentielle ne sont plus que ruines. Au bord de la route, le moulin, dont la roue de fer est res te intacte, l'aqueduc, qui amenait l'eau de la source voisine, la source Mahotire, la sucrerie, aux fentres cintres et grilles, l'escalier en briques plates, le tout disparais sant sous les lianes. Plus haut, sur les pre mires pentes du morne, la maison tait pr cde d'une vaste terrasse, dominant la baie entire de Port-au-Prince : des tuiles, des ar doises, des dalles de marbre se retrouvent parmi les broussailles ; deux statues dca pites gisent terre. Michal Scott, l'auteur de EN-usTom Cringle's Log qui est le roman de l'aventure anglaise dans la mer des Antilles, y conduisit son hros, au cours de l'une de ses croisires. La maison elle-mme, crit-il, n'avaitrien de particulier, qui la distingut des autres habitations du voisinage ; mais de petites statues, des fragments de degrs en marbre, des parties dtaches de balustrades en vieux fer forg avaient t runis, pour former, audessous de la maison, une terrasse monumen-

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LA RIVIRE FROIDE 197 tale, avec vue sur la mer. C'tait videmment une collection recueillie dans les maisons de riches planteurs franais, dont les ruines noir cissaient maintenant au soleil dans la plaine de Logane. Quand M. Ch. EN-usMackenzie vint Port-au-Prince, en 1826, l'habitation Le Tort tait encore debout ; la fille unique du dfunt Prsident continuait d'y rsider. Elle fut dtruite un peu plus tard par un des tremblements de terre, si frquents dans ces les. L'agglomration de Carrefour dissmine ses cases sur les deux bords de la Rivire Froide, sa sortie de la montagne. Les Pres de la con grgation de Marie viennent d'y crer une paroisse ; les Surs de Saint-Joseph de Cluny y ont tabli leur orphelinat. Le haut du village est occup par l'usine Monfleury, une usine centrale pour la prparation du caf, apparte nant des Franais ; plus bas s'panouit une petite plaine cultive en cannes, qui descend doucement vers la mer et s'achve la pointe du Lamentin. Lors du partage des terres, l'ha bitation Monrepos avait t attribue au gnral Inginac, qui fut secrtaire gnral, c'est--dire premier ministre du Prsident Boyer. Ce fut lui qui ngocia le trait de 1838 avec nos plnipoten tiaires, le baron de Las Cases et le commandant

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198 EN HATI Baudin, plus tard amiral. Monrepos appartient aujourd'hui un groupe franco-hatien qui y exploite une sucrerie, dirige par un Bordelais, M. Giraud-Lacoste. Si la cte de Bizoton est rserve aux diver tissements profanes, Carrefour et ses environs se voient consacrs des soins plus levs. La verdure, la fracheur des eaux, la proximit de la mer y dcelaient la prsence des mystres Vaudoux ; si bien que les houmforts s'y sont naturellement groups, l'usage des gens de Port-au-Prince, dont le culte, moins austre, re doutant la science des grands papalois de la plaine du Cul-de-Sac, se sent davantage attir par la jolie nature du lieu. Pendant les pieuses semaines qui, de la Nol aux Rois, ramnent plus particulirement la population au souvenir de ses origines afri caines et la vnration des forces naturelles, Carrefour est en liesse ; le travail est partout interrompu ; jusqu'au 15 janvier, les danses se poursuivent ; cette poque, les adeptes des diverses socits de Vaudoux ne manquent gure de se runir autour de leurs chefs res pectifs, pour la clbration des ftes traditionnelles. Le jour de Nol, le papaloi part, avec son monde, travers la campagne ; toute l'aprs-

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LA RIVIRE FROIDE 199 midi est consacre la recherche de certaines plantes et feuilles mdicinales ; le soir, il est procd au pil-feille et celles-ci sont mises bouillir. L'officiant appelle alors les fidles. Fanmille moin, Vini joinne moin. Ma famille, venez auprs de moi C'est l'instant solennel o vont tre carte les sorts menaants, o il appartiendra cha cun de procder au cont vaillance, c'est-dire d'exprimer ses vux pour l'anne nouvelle. Plac devant le p du houmfort, le papaloi fait l'appel nominal ; tour de rle, les gens de la socit viennent, en toute confiance, raconter leur petite histoire ; ils reoivent une onction rapide du liquide obtenu par le pil-feille, ou, dans certains cas graves, en emportent une fiole. A leurs yeux, un tel talisman suffira pour les rendre indemnes, une anne entire, contre le danger des mauvais sorts. Pour le jour de l'an et les Rois, les ftes sont semblables aux ntres, et les mystres n'ont rien y voir. On profite du premier de l'an pour faire un grand manger et boire en compagnie toutes les bouteilles de vins et de liqueurs, dposes sur le p pendant l'anne

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200 EN HATI coule. Puis vient le cass-gteau, le gteau des Rois, que chaque papaloi a coutume d'offrir ses amis et connaissances; pour la cir constance, dpouillant son caractre religieux, le houmfort s'ouvre la vie sociale des ngres du voisinage. L'hiver pass, Mme veuve Derimon Bas, qui habite Port-au-Prince et vient oprer, de temps autre, son houmfort de Carrefour, avait runi, pour le cass-gteau, la meilleure so cit de l'endroit. Quand nous arrivmes, sa fille, Mlle Vesta Louis-Charles, une jeune per sonne d'une vingtaine d'annes, en robe de piqu blanc, escorte de deux demoiselles hounsis, avec leurs drapeaux, s'employait faire des libations auprs des reposoirs de la cour. Elle vint notre rencontre, invita ses deux compagnes nous placer sur l'paule l'extrmit de leurs drapeaux et nous introdui sit sous une vaste tonnelle. La mamanloi tait assise au milieu de ses htes et des autorits en uniforme, ct du gteau des rois dcoup, de bouteilles de sirops et de liqueurs qu'elle venait de servir ; elle portait une robe de satin rose avec dentelles au corsage et, sur la tte, un foulard fort lgant. Comme il se faisait tard, on avait allum l'huile de ricin les lampes

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LA RIVIRE FROIDE 201 quatre bras, pendues aux poutres de la tonnelle ; les deux pices du houmfort taient claires : l'une consacre au rite Arada, l'autre au rite Congo ; dans la premire, se trouvait un dicule en carton, illumin l'intrieur, une maison de Dieu o taient inscrits les noms de quatre lois vnrs : Dambala Oueddo, Zamblo Cuidy, Ogoun EN-usPer et EN-usLoco. Aprs nous avoir offert des rafrachissements et s'tre assure que nous ne rpugnions point payer les mystres Mme Bas voulut bien se livrer, pour notre di fication, quelques-unes de ses danses favori tes ; la plus russie s'effectua au son du mayoyo, chssis de bois, orn de clochettes, un acces soire du rite Congo. De l'autre ct de la plaine de Carrefour, au pied du morne Dgand, se creuse profond ment la source Mariani ; une nappe d'eau l'ombre des grands arbres, dame-maries, pal mistes et bois-chne ; une cressonnire la re couvre par endroits ; le soleil y joue tout le long du jour, travers les feuillages ; les enfants viennent s'y baigner, les femmes y puiser de l'eau dans les dame-jeannes, qu'elles portent sur la tte ; il s'y forme une petite rivire, coulant travers les bananiers, vers la pointe du Lamentin. Parmi les ttes de l'eau du

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202 EN HATI pays, la source Mariani est particulirement illustre ; les superstitions populaires la suppo sent habite la fois par tous les mystres aquatiques, par les 17 lois EN-usnan bas d'leau, in carnations multiples de Dambala et d'Aguay. Une mamanloi, Mamb Sandrine, et un houngan, M. Snatus Jean-Philippe, ont install leurs houmforts dans les environs de la source ; mais, s'ils profitent en quelque mesure de la rputa tion du lieu, ils ne sauraient suffire un aussi glorieux service, le malheur veut, du reste, que M. Snatus relve de Papa EN-usLoco et non point d'une divinit de la source. Pour tre dcemment servis, chacun des lois de Ma riani requiert la prsence de ses papalois propres, de ceux qu'il inspire directement, et le jour des Rois, pour la crmonie annuelle, il en accourt habituellement de toute l'le. Cependant, un culte complet exige une trop grande EN-usaffluence, un plerinage trop universel ; il est rare que 17 papalois, qualifis pour servir chacun des 17 lois reprsents, lvent la fois leurs tonnelles au bord de la source, afin d'appeler et recevoir les mystres, sous la direction de l'un d'entre eux, choisi comme matre de la source Pa reil concours de peuple ne peut se produire que tous les quatre ou cinq ans, surtout aux

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LA RIVIRE FROIDE 203 annes de prosprit : ce sont alors bambo ches extraordinaires, danses prolonges, mangers servis la source ; parfois mme, se produisent des gurisons et des miracles. Le plus souvent, il ne s'tablit que quelques tonnelles et plusieurs des lois sont dlaisss ; cette anne mme, il n'y en eut qu'une, rige par le papaloi local : une tonnelle modeste, re couverte de branches de palmistes, dcore de rideaux et d'toffes ; au-devant tait appendue une pancarte ainsi conue : Daco Naigai Guine Rada Frda Snatus Jean Philippe, seul chef Socit Fleur Hati Je vous salue : La Socit. Au milieu du jour, le papaloi entama le service en l'honneur de Dambala Oueddo et d'Aguay Aoyo ; les participants se grouprent sous la tonnelle ; M. Snatus traa soigneuse ment sur le sol les signes cabalistiques aff rents aux deux lois qu'il s'agissait d'appeler ; puis il se tourna vers la source, en agitant son asson ; un des acolytes sonnait la clochette ; plusieurs autres soufflaient bruyamment dans de grands coquillages roses, nomms lambis ;

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204 EN HATI les hounsis balanaient leurs drapeaux ; EN-ustousEN-us les ventres s'taient mis en mouvement ; les cris d'appel se faisaient de plus en plus aigus et pressants. Soudain, parmi l'assistance, deux femmes furent saisies de violentes crises de nerfs ; les lois, rpondant aux instances de leurs fidles, venaient de les prendre et de s'incarner en elles... Aprs que le papaloi se fut employ, par ses gestes, rgler, puis calmer les pre miers dbordements de leur extase, la socit, satisfaite d'avoir reu les lois invoqus, et de les garder au milieu d'elle, prit du repos jus qu' la nuit. Une jeune ngresse tait descendue d'une case voisine et assistait, un peu l'cart, toute cette crmonie. Elle nous conta sa triste histoire, qui n'est point chose rare dans les villes hatiennes. Ciliette Larencul, de son nom de jeune fille, avait pous M. Dufresne, tail leur et musicien de la marine ; le mnage ne marcha gure ; l'homme ngligeait sa femme et lui refusait l'argent ncessaire ses besoins ; en dsespoir de cause, elle se vit oblige de contracter affaire avec un spculateur en denres, tabli au portail de Logane. M. Du fresne n'en attendait pas davantage ; il s'empressa de publier, par la voie de la presse, ses

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LA RIVIRE FROIDE 205 infortunes conjugales et intenta une action en divorce 1. Doublement abandonne, la pauvre 1. Les Hatiens ont coutume de confier aux journaux tout ce qu'ils ont sur le cur. Les colonnes du Nouvelliste de Port-au-Prince sont remplies d'lucubrations, d'annonces et d'avis individuels ; il semble que le ngre d'Hati prouve un particulier besoin de mettre ses semblables au courant de ses infortunes conjugales ; point de jour qu'un homme ne dnonce la femme avec laquelle il vit ou une femme son mari. Avis. Le soussign dclare au public et au commerce qu'il n'est plus responsable des actes et actions de son pouse, ne Eugnie Bristol Brice, pour avoir refus formellement d'entrer sous le toit marital, un procs en divorce devant lui tre intent incessamment. Port-au-Prince, 9 dcembre 1905. VICTOR BRIGNOL. Le 30 aot 1905, M. Usilien Tropnas, huissier Saint-Louis du Sud, avait rejet pour cause grave sa femme Orisia Adonis. Le 13 dcembre, M. EN-usJ. D. Simon, des Gonaves, est plus prcis : il dnonce Mlle Uranie Jean-Franois, dite Mme Desaptres pour incompatibilit de caractre. Le 14, un spculateur en denres de la Petite Rivire de l'Artibo nite informe que sa femme, Mme Estimable EN-usBacchus, a volontairement quitt le toit conjugal Dans leurs plaintes, les femmes sont parfois plus discrtes que les hommes. Mme Crs Asti, pouse Anacius Dsir, de Port-au-Prince, mentionne des causes graves, qu'elle s'abstient d'numrer, quant prsent D'autres sont plus patientes : telle la dame Cadnio Jean-Baptiste, ne Sina Alcus Andr, de la commune de Saint-Marc : Je soussigne dclare au public qu'en raison des excs, violences et des svices exercs sur ma personne par mon mari, je fus oblige de fuir le toit conjugal et de me rlguer en Plaine, depuis bientt cinq ans. Trs prochainement, une action en divorce de ma part va lui tre intente. Certaines se font pathtiques. Mme Orphanie Rable, de Sale-Trou, publie, le 6 dcembre 1904, la dure ncessit o elle se trouve d'abandonner son mari, M. Monlus EN-usBalthazar, Pour ne pas finir trop tt et tragiquement sa vie Le

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206 EN HATI femme vit retire, prs de la source Mariani, 6 septembre 1905, Mme EN-usTaylor, ne Udamie Pascal, de Ptionville, accuse M. John Lincoln EN-usTaylor d'immoralit qu'il exerce depuis quelque temps avec un sans-gne rvoltant... Il est prouv que cet poux, sans foi et sans loi, qui m'in sulte et m'humilie chaque instant, se constitue la der nire heure mon vrai bourreau, aprs m'avoir ruine de fond en comble, par l'excs de ses dbauches insenses Le lecteur, qui s'est attendri sur les misres de tant de mnages, peut l'occasion se rjouir d'une rconciliation. Contre-avis. En octobre 1905, M. Th. Gaspard, des Chardonnires, a le plaisir d'informer le public et le commerce que son union lgitime avec son pouse, ne Fnela Gattereau, est par faitement rtablie, vu qu'il a regagn le toit marital En janvier 1906, le spculateur de la Petite Rivire a r cupr sa femme ; tmoin l'avis suivant : Avis. Le soussign, commerant et spculateur en denres, dclare au public et au commerce en gnral que l'avis, pu bli au journal le Nouvelliste, la date du 16 dcembre der nier, au n 2197, concernant son pouse Mariclaire Estimable EN-usBacchus, est nul et de nul effet, en raison que sa dite pouse Mariclaire avait abandonn le toit marital non vo lontairement, mais bien dans un mauvais moment, suite de la maladie de lait pass ; arrive Port-au-Prince, elle est retourne au mme instant chez elle, la diligence de son fils Louis-Maximilien Belot, pensionnaire au Petit Sminaire (collge Saint-Martial). Petite Rivire de l'Artibonite, le 15 janvier 1906. MAXIMILIEN BELOT. Dans un autre ordre d'ides, certains avis possdent un gal intrt. Petite tribune publique. Je prie M. Joseph Cassamajord de bien vouloir m'excuser d'un mouvement de colre, dans lequel je lui ai fait menace d'un coup de pied, samedi matin, vers les 10 heures, sous la galerie de la pharmacie de M. Parisot

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A LA GRANDE-SALINE : LE HOUMFORT ET LA CROIX A. LA GRANDE-SALINE : LE HOUMFORT DU GNRAL TI-PLAISIR AUBIN. En Hati. PL. XXI

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LA RIVIRE FROIDE 207 sur un petit bien de sa famille, o elle lve pniblement ses cinq enfants, dont le dernier, une fille, Parthnope, est ne de sa malencon treuse liaison. Quelques kilomtres au del de Mariani, en suivant les mangliers du rivage, rside le chef de la section de la Grande-Saline, le gnral Plaisimond fils, dit Ti-plaisir. Ti-Plaisir est le potentat de sa section, qu'il a administre de tout temps et qu'aucun gouvernement ne pour rait songer lui soustraire. Grand et fort, dj vieillissant, on le rencontre souvent, sur la route de Logane, surveillant, en bras de chemise, et arm d'un coco-macaque, la corve de ses habitants ; aux solennits du Palais National, Port-au-Prince le voit apparatre dans le bel uniforme de son grade. Un re prsentant typique de cette aristocratie des campagnes hatiennes, qui concentre en elle N'ayant jamais rien eu de mal avec lui, je n'aurais su lui faire de pareilles menaces. G. CORDASCO. Enfant perdu. Le soussign porte la connaissance du public, et particulirement de la police, qu'il a perdu jeudi dernier un enfant, du nom de Dumay, portant une chemise de bon tout Bonne rcompense celui qui fera retrouver l'enfant. S'adresser rue du Rservoir, n 84. DORSILM GUILLAUME.

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208 EN HATI EN-ustousEN-us les moyens d'influence, tend ses alliances accrot sa richesse terrienne, s'lve dans la hirarchie militaire, s'impose la masse par ses superstitions aussi bien que par ses plaisirs; la fois gnraux, chefs de section, matresgagaire et papalois. La vaste cour du gnral Ti-Plaisir rpond ainsi tous les besoins ma triels et moraux de ses administrs; sa maison est hospitalire ; des gagaires pour combats de coq sont installs sous les arbres ; le pristyle de son houmfort, chrtiennement prcd d'une croix, est orn de peintures violentes, qui sont la belliqueuse image des mystres du lieu. J'eus la bonne fortune de voir, un jour, TiPlaisir clbrer un service en l'honneur de Matre Aguay. En grande pompe, fut extrait du houmfort le petit bateau, symbole de ce mys tre ; le gnral, vtu d'un complet jaune serin et le chef couvert d'un bonnet en velours noir, traait sur le sol les lignes rituelles. La procession se rendit au bord de la mer, sur une plage minuscule, encadre de paltuviers; une tonnelle y avait t leve pour abriter le bateau symbolique ; un pre-savane intervint, qui procda son baptme. Les choses se passrent le plus catholiquement du monde; les prires voulues furent prononces en

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A LA GRANDE-SALINE. SERVICE EN L'HONNEUR DE MATRE AGUAY A LA GRANDE-SALINE. LA PROCESSION SORTANT DE LA COUR DU GNRAL TI-PLAISIR AUBIN. En Hati. PL. XXII

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LA RIVIRE FROIDE 209 latin, les aspersions faites avec du tafia, en guise d'eau bnite ; plusieurs couples de par rains et de marraines proposrent des noms. Les marraines taient venues de Port-auPrince, des rues Chemisette, Coq-Chante et Trousse-Cotte, rsidence ordinaire des de moiselles de peu de vertu. Vers la fin de la nuit suivante, aprs les danses coutumires, la congrgation s'embarqua et s'en fut, tra vers la baie, jeter des mangers la mer, afin d'achever de se rendre propice Matre Aguay, le dieu des flots. En remontant la gorge troite de la Rivire Froide, on atteint, la premire passe d'eau le cimetire Jean Comte ; sous les arbres, quelques tombes en maonnerie, de formes varies, avec des trous creuss pour les man gers et les bougies. Il est de rgle que chaque habitation possde son cimetire, sis en un lieu dsert, l'cart des cases et des cultures. Chez les ngres, la mort est chose grave, moins encore pour ceux qui s'en vont que pour ceux qui restent; les dfunts passent l'tat d'es-pnts, deviennent mauvais comme leurs con gnres et la mort les lche travers la nature, ou ils peuvent faire aux vivants un mal infini. D'habitude, on regarde comme chose impruEN HATI. 14

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210 EN HATI dente de les conserver proximit ; quelquesuns croient cependant plus sage d'enterrer leurs morts sur leur propre domaine, o la surveil lance en sera plus facile. Si yo pas svi m-l, dit la voix populaire, yo va g'ain Madichou. Si je ne sers pas ces morts-l, il va m'arriver malheur. Il importe donc de saisir le mort ds son dcs, pour lui enlever aussitt toute envie de nuire. La fin venue, la cour prend un air de fte ; la case est tendue d'toffes blanches ; sur une table, au milieu de la meilleure pice, est plac le ca davre, revtu de ses plus beaux habits ; il re pose sur ces jolies lianes, grappes de fleurettes roses, que les croles appellent la belle mexi caine ou la liane d'amour. Tandis que les femmes poussent les lamentations d'usage, et dposent, au besoin, quelque ouanga au pied des arbres prochains, habits par les mystres, les hommes partent la recherche de gallons de rhum ou courent cheval aviser le voisinage de la mortalit survenue. C'est un inluc table devoir que d'assister la veille des morts et les gens y accourent, d'aussi loin que les in vitations peuvent atteindre. Assises autour du corps, les femmes chantent des cantiques, sous la direction d'un pre-savane, qui les choisit

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L RIVIRE FROIDE 211 dans le recueil spcial, intitul Bouquet Fun bre Installs sous les tonnelles, les hommes fument, boivent, mangent et jouent ; les passants, attirs au bruit, peuvent entrer libre ment, srs d'tre accueillis par des paroles de bienvenue : Mci, mci nous bien con tents. Les funrailles durent un ou deux jours, se lon les circonstances ; les femmes sont en roues, les hommes gris, et le mort est conduit au cimetire. Mais le corps seul est sous la terre, l'esprit erre inquiet autour de la case ; pour le dcider s'loigner et prendre sa destination dernire, il faut la crmonie du manger les morts Le neuvime jour, au tomber de la nuit, les gens de l'enterrement se runissent encore une fois ; dans la chambre, toujours orne de ses blanches tentures, des plats, prpars sans sel, ont t rangs sur la table ; jusqu' minuit, la veille se prolonge, au chant des cantiques. Pass cette heure, dans la croyance des ngres, le mort est dj venu, le manger est sans me ; alors, les assistants s'approchent de la table et man gent avec leurs doigts le repas funbre. Pour plus de sret, chaque lundi, sans attendre la grande fte annuelle des Morts, la famille visi-

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212 EN HATI tera la tombe, apportant au dfunt, sous forme de plats et de bougies, les apaisements dfinitifs. S'il s'agit d'un individu lev dans la hirar chie Vaudoux et possd par un loi quelconque, qui lui a impos, sa vie durant, son culte et son caractre, les choses se passent de faon plus complique que pour le commun des mortels. Le jour mme du dcs, le mort tant plac debout, le papaloi accomplit les rites qui retirent le mystre du cadavre et l'introduisent en un canari soigneusement bouch. Le neu vime jour, aprs le manger les morts le canari est bris et libert rendue au loi. Il ne reste plus qu' procder une dernire crmo nie de purification, en brlant le zain du mort. J'ai assist pareille affaire dans un houm fort de la Rivire Froide, sur l'habitation Louis jeune. Tard dans la nuit, le papaloi entama l'office du boul-zain, s'adressant sa congr gation : Hounsis moin yo Z'enfants moin yo Quand m' va mouri, Assol pas l gangnien son. Mes hounsis mes enfants quand je mourrai, le grand tambour n'aura plus de son.

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CIMETIRE SUR LA ROUTE DU GRAND-GOAVE A BAINET TOMBEAU SOUS UN MAPOU , DANS LA PLAINE DE LOGANE AUBIN. En Hati. PL. XXIII

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LA RIVIRE FROIDE 213 Puis, aprs la rcitation de Pater et d'Ave, se produisit une interminable cuisine de sor cire ; il s'agit de prparer la masse, qui, sous une forme symbolique, devrait reprsenter le zain, le mystre, l'esprit du mort ; successive ment, du mas moulu, des plantes aromatiques furent jets dans deux chaudrons ; deux poulets noirs furent gorgs, leurs membres briss, leurs plumes arraches, leur sang soutir ; les flammes s'levaient des chaudrons; les invi tables lignes furent traces sur le sol. Cela dura fort longtemps et j'en avais assez vu ; il parat, qu'au petit jour le symbole du zain, aprs avoir t solennellement prsent tous les mystres du houmfort, est enterr devant la porte. La Rivire Froide forme une gorge trs troite qui, contournant le Morne l'Hpital, remonte jusqu'aux Montagnes Noires ; le sentier passe et repasse le lit du torrent, constamment perdu dans le feuillage des cafires. A la Croix-Imbert, o la rivire marque un coude brusque, un autre chemin gravit le morne Taillefer pour atteindre, vers Clmenceau et Chauffard; les hauteurs du Fond-Ferrier ou redes cendre, en lacets rapides, dans la valle de la Rivire Momance. L'usine Monfleury est place

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214 EN HATI l'issue des mornes, pour recueillir au passage tous les cafs de cette vaste rgion. Depuis l'Indpendance, le caf reste la prin cipale richesse du sol hatien. Les premiers ca fiers on disait alors cafiers furent introduits dans la partie de l'Ouest en 1726, par M. de Nolivos, alors lieutenant du roi Logane, qui les prit la Martinique 1, au cours d'une relche, et les planta dans son ha bitation. Il avait t prcd dans la partie du Nord par les Jsuites, qui, ayant reu les ca fiers de leurs confrres de la Martinique, en firent des plantations au Dondon, aprs avoir acclimat les arbustes dans leur habitation du Terrier Rouge, au fond de la baie du Cap. A l'heure actuelle, Hati produit une moyenne de 65 millions de livres de caf, destines l'expor tation2. Sa culture aise ne drange gure la molle indolence des ngres. Les plants de la colonie subsistent encore : les arbres, devenus vieux et improductifs, ont t successivement 1. Le caf fut introduit dans toutes nos Antilles par la Martinique, o l'enseigne de vaisseau Declieux avait apport, en 1720, un pied, pris au Jardin du Roi. 2. Dans les dernires annes de la priode coloniale, la production cafire de Saint-Domingue tait sensiblement gale la production actuelle. Elle n'tait que de 7 millions de livres en 1755. Elle tomba une moyenne de 30 millions, dans les annes qui suivirent l'Indpendance.

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LA RIVIRE FROIDE 215 coups pour faire place aux jeunes pousses ; celles-ci grandissent l'ombre des forts, cres par les ntres, mombins, sucrins et avocatiers. Des plantations nouvelles sont cons tamment entreprises. Afin d'attendre l'ombrage des grands arbres, on plante des bananiers croissance rapide ; une fois leurs feuilles deve nues assez larges, le caf se substitue aux cul tures de vivres ; au bout de trois annes, l'arbuste commence produire, mais la cinquime seule en marquera la pleine production. L'Hatien entretient peu sa cafire et l'abandonne la grce de Dieu. De mois en mois, de janvier mai, avec quelque retard dans les terrains de montagne, le cafier porte cinq floraisons suc cessives. Aprs six mois, les floraisons russies donnent une rcolte de cerises rougissantes, alignes le long des branches. La cueillette peut durer cinq ou six mois, de juillet la fin de l'anne. C'est le moment du travail pour les gens des mornes ; ils pratiquent un lger sarclage au pied des arbustes, les dga gent des lianes envahissantes, et en dtachent les grains mrs ; si leur famille ne suffit pas la besogne, ils forment un coumbite avec leurs voisins ou les gens de la plaine. La rcolte faite, il s'agit d'en raliser le caf.

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216 EN HATI L'habitant est-il press d'argent, il crase la hte les cerises dans un pilon, lave les grains, puis les fait rapidement scher au soleil ; c'est du caf tchioca. S'il a plus de loisir, il le laisse en coque, l'tend plusieurs semaines sur la terre durcie de sa cour, puis le dcortique au pilon ; c'est du caf habitant. Ces deux sortes de caf sont galement recueillies par les spculateurs en denres et achetes par les exportateurs du port prochain, qui leur font subir une petite prparation, un triage som maire, les mettent en sacs et les expdient au Havre. Le producteur vend selon ses besoins; il sait que son caf est une monnaie sre et recherche ; mieux vaut pour lui le tenir encalog que de s'encombrer de gourdes dprcies. Bien que fort simple, l'installation de nos planteurs tait dj plus perfectionne; outre le glacis et les magasins, elle comportait trois moulins successifs pour dceriser, dtacher les parchemins et vanner les grains de caf. Au reste, le traitement primitif, actuellement employ par les habitants, contribuerait dt riorer les cafs : ils schent mal, la fermentation des cerises abme les grains ; un sjour pro long dans les mornes humides les blanchit, leur fait perdre leur arme et leur valeur ; les

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LA RIVIRE FROIDE 217 brisures sont nombreuses. Pour parer de tels inconvnients, des usines centrales ont t fon des dans la plupart des pays producteurs : jusqu'ici, ce genre d'industrie n'a pu prendre pied en Hati que sur les ctes de la presqu'le mridionale, de Port-au-Prince Jrmie. Il n'en existe pas dans le nord de l'le. Depuis 1878, plusieurs usines ont t installes au dbouch des valles principales ; elles se rattachent presque toutes un double systme, l'un appar tenant un Allemand, M. Simmonds, qui habite Paris, l'autre la raison sociale Monfleury frres. M; Monfleury pre, venu de la Martinique, fonda, en 1883, l'usine de Carrefour. Ses trois fils, en association avec un Parisien, M. Ber tin, qui a pous une jeune fille crole et passe ici la moiti de l'anne, exploitent maintenant l'usine agrandie, plus celle de Fauch, prs du Grand-Goave, et celle de la Petite-Rivire de Nippes. Tout un village s'est cr autour de l'usine; les 50 ouvriers, les 150 trieuses y ont group leurs cases; quelques revendeuses ont ouvert boutique. Chaque jour, pendant la sai son, les habitants descendent des mornes, surtout les vendredis et samedis, jours de march Port-au-Prince. Quelques-uns vien-

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218 EN HATI nent spontanment, d'autres attirs par les conseils de chefs de section ou de cultivateurs, amis de l'usine. Il est entendu qu'ils ne rece vront aucune avance. L'exprience prouve que le ngre redoute tout contact avec son crancier et l'argent avanc ne servirait qu' l'carter de ses prteurs. Par contre, on leur paye comptant les cafs apports dans les sacs-paille de leurs nes ; ces cafs sont mesurs au baril, ou fraction de baril, de 18 litres ; les cerises, les cafs en coque, susceptibles d'une prparation complte, obtiennent un prix meilleur ; les cafs-habitant, destins subir une simple amlioration, sont pays moins cher. Les gens des mornes sem blent s'accoutumer peu peu apporter leurs cafs en cerises, au lendemain mme de la cueillette. En 1896, l'usine de Carrefour n'en ache tait que 2.000 barils ; il en venait 8.000 en 1900, 12.000 en 1903. A peine achet, le caf est directement vers, des barils, dans les machines dceriser, qui en tent l'corce ; il retombe ensuite aux bacs de fermentation, y sjourne vingt quatre heures, et un lavage grande eau achve de faire disparatre la pulpe dcompose. Ainsi est obtenu le caf en parchemin, dont les deux

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LA RIVIRE FROIDE 219 grains se trouvent spars, mais restent en velopps d'une pellicule lgre. Transports dans des wagonnets, les cafs sont alors exposs sur l'un des trente glacis ciments de l'usine et y schent au soleil pendant plusieurs jours; le soir, ou bien en cas de pluie, on prend soin de les rassembler sous des prlarts. Com pltement schs, les cafs aboutissent la salle de prparation ; ils y sont mcanique ment dcortiqus ; leurs parchemins sont emports par les ventilateurs ; enfin, ils sont polis la machine, puis diviss au tamis, selon la dimension de leurs grains. Aprs que les trieuses, accroupies sur le plancher, ont retir la main les fves avaries, la prparation complte est termine ; le caf, ainsi grag, est prt pour l'exportation, et n'a plus qu' tre mis dans des sacs, contenant 90 kilogrammes environ 1. Le caf en coque subit peu prs les mmes oprations que le caf en cerise, sauf qu'il est soumis un schage prliminaire ; mais il n'est plus possible de le polir ; il reste moins bien prsent que le caf grag et sa couleur est moins flatteuse. Le caf-habitant, directement 1. Les sacs, dont on se sert en Hati, sont imports d'An gleterre.

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220 EN HATI port sur les glacis, passe ensuite au diviseur et aux trieuses. Enfin, les dchets de tous ces cafs donnent le caf-triage, le caf bon march, que les piceries de France vendent en poudre. Il va sans dire que ces diverses espces obtiennent, sur le march, des prix diffrents. A l'heure actuelle, au Havre, le caf grag vaut environ 70 francs le quintal ; le caf en coque, 58 francs ; le caf-habitant, 56 ; le triage, 46. Rien n'est plus joli en Hati que les rgions cafires ; c'est l'pret des hautes montagnes et la verdure de la grande fort ; les sentiers se ramifient sous les arbustes, que les premiers mois de l'anne recouvrent de fleurs blanches; de temps autre, une clairire, o l'habitant a nivel sa cour et construit ses cases. Sur cer tains points du pays, notamment dans la pres qu'le du Sud, il s'est constitu de grands domaines cafiers de 100 carreaux 1 et mme davantage ; ce sont de vritables exploitations, munies de glacis et de moulins, o la culture est rpartie entre un certain nombre de m tayers, de moiti. Tel n'est point le cas dans la Rivire Froide, o l'on ne connat que petits 1. On calcule que chaque carreau de terre porte environ 10.000 arbustes.

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LA RIVIRE FROIDE 221 propritaires, dont le bien ne dpasse gure une dizaine de carreaux ; bon nombre sont fermiers pour le compte des gens de Port-auPrince. Tout en haut de la Rivire Froide, vers les Montagnes Noires, rsident cependant quelques cultivateurs plus aiss. L'habitation Bourdon se trouve la limite des pturages ; elle est com pose de plusieurs petites cafires, tages les unes au-dessus des autres, entremles de cultures de lgumes, o les choux, les haricots, les petits pois, que l'on nomme ici poisFrance poussent au milieu des herbes. Bourdon1 date du temps des blancs et con serve encore les restes de l'ancienne manu facture caf : un terre-plein creus dans la montagne pour y tablir les glacis, des murs de soutnement, un plan inclin qui donnait issue vers les crtes, une vaste citerne, aux parois de laquelle s'attachent les feuilles veloutes des tabacs-marrons quelques ruines de constructions, o poussent des bananiers, des cafiers, des mirlitons et des malangas. Au 1. M. Bourdon avait t prsident du Conseil suprieur de Port-au-Prince. Lors du rglement des indemnits de SaintDomingue, l'habitation reut 61.575 francs. Les indemnits furent fixes au dixime de la valeur admise de la pro prit.

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222 EN HATI devant s'tendait une alle de chtaigniers : quelques-uns, une demi-douzaine, vivent encore malgr leur grand ge, et produisent mme des chtaignes ; les autres sont morts ; le sol est parsem tout alentour de gros troncs ache vant de pourrir. Au bout de l'alle des chtaigniers, le princi pal cultivateur de Bourdon, M. EN-usRomulus Bien venu, a tabli ses cases ; il y vit au milieu d'une descendance nombreuse, qui essaime sur les pentes voisines : l'une de ses filles, Mme Mouguet, a accouch, par trois fois, d'une paire de jumeaux. On nous prsente les ans, Pierre et Joseph, de jeunes enfants vtus d'une courte chemise, avec des amulettes au cou et en sau toir. Chez les ngres, la venue de marassas, de jumeaux, n'est pas petite affaire. La famille en tire honneur, comme d'une marque de force et de virilit ; elle a soin de joindre le culte de ses marassas celui de ses anctres et se considre volontiers comme une famille privilgie. Il s'tablit autour des marassas une hirarchie familiale. Les croyances africaines veulent que, des deux jumeaux, le second n soit le sup rieur de l'autre, l'enfant qui vient au monde aprs eux, le dossou, est le suprieur des ma rassas, l'enfant n immdiatement avant eux,

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LA RIVIRE FROIDE 223 le dossa, est le suprieur de tous. De cette gradation de supriorit entre enfants, ne peu vent que driver des haines ; le privilge ac cord la famille peut exciter contre elle des esprits jaloux. Il faut concilier ces haines, dsarmer ces jalousies. De l est venue l'insti tution du manger-marassas, pratique par les familles intresses. Dans la crmonie, le pa paloi voisin doit intervenir; il apporte les plats, la gamelle-marassas et prpare les divers mets. La scne se passe dans la cour ; toute l'habitation se groupe autour des deux ju meaux ; l'officiant leur prsente la nourriture en disant : Marassas, vini ou a n'ap par ba ous Jumeaux,venez voir ce que nous vous avons prpar ; et les convives, assis par terre, se mettent manger avec leurs doigts. De Bourdon, par les habitations Brantme et Grenier-le-Haut, la descente de la ravine est fort raide ; mi-cte apparaissent, sur la gauche, l'habitation Blanchet et la chapelle Fessart ; de l'autre ct de la Rivire Bertrand, qui prend plus bas le nom de Rivire Froide, se trouvent les habitations Thomassin et Gre nier. Toute la valle est un amoncellement de verdure ; les cafires recouvrent les pentes ; les clochettes lie de vin, des belles de nuit

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224 EN HATI fleurissent les sentiers. Le gnral Cyrille Paul est propritaire de toute la valle, de Bourdon Thomassin. Dans les mornes, la grande proprit est beaucoup plus rare que dans le pays bas. On a vu, qu'en plaine, les concessions faites sous le gouvernement de Ption avaient souvent main tenu les habitations primitives ; en haut, la terre s'est morcele et la meilleure part, exempte de toute appropriation, appartient nominalement au domaine de l'Etat. Surgit-il, au fond des mornes, un homme plus actif et plus travailleur que les autres, il arrondit promptement son petit bien et s'lve aux honneurs administratifs ; pendant de longues annes, commandant sa propre sec tion, il en profite pour envahir les terres domaniales. Le voil devenu puissant et riche : toutes les filles du voisinage le recherchent ; le mariage n'est point ncessaire ; il lui suffira d'acheter en ville un beau papier enjoliv de fleurs et d'oiseaux et d'crire successivement aux pres des jeunes personnes choisies une lettre de demande ; la lettre vaudra contrat et, ddaigneux des c rmonies nuptiales, le mnage se constituera sance tenante. La multiplicit des femmes, consquence de semblables murs, procure d'utiles alliances avec les autres cultivateurs;

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LA RIVIRE FROIDE 225 la descendance s'accrot dmesurment ; et, si l'homme atteint un grand ge, il est devenu le matre incontest de toute une valle, peuple de ses femmes, de ses enfants et de ses proches. Tel est le cas du gnral Cyrille Paul, le sei gneur de la section de l'tang-de-Jonc, dans la haute valle de la Rivire Froide. Ses cases, recouvertes en paille de vtiver, sont disperses dans la cafire, des lianes de giraumonts et de grenadilles grimpent aux bran ches des camitiers, les mas jaunissent aux troncs des palmistes ; cochons et poulets s'battent dans la cour. Dans un coin, schent les graines noires du ricin, le palma Christi des croles. Au beau milieu, l'un des fils de la mai son, M. Mentor, crase, dans un pilon de bois, les cerises de caf frachement cueillies ; tout autour de lui s'amoncellent, en tas plus ou moins desschs, les grains qui, les jours passs, ont dj subi pareille opration. Cyrille Paul travaille la cueillette dans sa cafire ; il apparat, travers les branches, portant sur l'paule une macoute, remplie de cerises : un vieux ngre, les cheveux et la barbiche blancs. Son hospitalit est exubrante : Mettez-vous, ch et il runit tout son monde : Fais vite grill ti caf pou moin ordonne-t-il EN HATI. 16

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226 EN HATI M. Mentor. Une petite fille passe sur le sen tier, un collier de verroterie au cou, des bou teilles de lait sur la tte. Adieu pitite ch toute moin. Il l'arrte et lui en achte. Voici qu'un autre fils, M. Fnelon, merge des cafiers, tenant son petit enfant dans ses bras; un fort garon tout nu, recouvert d'amulettes et de mdailles, avec un collier contre le mal d'yck, le mauvais il, et une corne de giraud mont dessche, pour lui faciliter la dentition. Peu peu la famille a envahi la cour. Le g nral a besoin de quelque rflexion pour se remmorer exactement le nombre des siens. Espr; faut temps calquioul. Huit avec EN-usMadam! qui l; quai drh; gnoune Grgni : treize en tout. Pitites-pitites en pile. Pass cin quante... grand' famille Attendez, il faut le temps de calculer. Huit avec Madame qui est l ; quatre au dehors ; un Grenier : treize en tout. Petits-enfants en masse : plus de cin quante... Grande famille La confection du caf est une longue affaire ; M. Mentor prend, sur le sol de la cour, le caf le plus sec ; il le secoue sur un lao, un pla teau en vannerie, pour en carter les corces et les parchemins ; les grains, une fois grills, sont crass dans le pilon de bois, et la

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A JACMEL : TRIEUSES DE CAF PL. XXIV UNE rUE DES CAYES AUBIN. En Hati.

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LA RIVIRE FROIDE 227 poudre place au fond d'un petit sac, appel grpe, dont l'orifice est maintenu ouvert par deux branchettes transversales. L'eau chaude, sucre avec du sirop, y passe et repasse plusieurs fois et il en sort un caf excellent, qu'il a fallu prs d'une heure pour conduire point. Aprs la guerre de Sept ans, le gouverne ment franais s'tant dcid mettre la colonie en meilleures conditions de dfense, il fut jug ncessaire de crer une voie directe entre Port-au-Prince et Jacmel, dont le port sur la mer des Antilles assurait mieux les commu nications de l'le avec les les du Vent et son ravitaillement ventuel par les Hollandais de Curaao. Jusque-l, le chemin ordinaire allait chercher, douze lieues plus l'est, un passage trs abaiss entre la valle du Grand-Goave et la valle de Jacmel ; on se rsolut donc tra cer une route au travers des montagnes. Les travaux furent lents. Au moment de la Rvolu tion, la route projete passait de la Rivire Froide dans la Rivire Momance, et s'arrtait au confluent de la Rivire du Fourcq. Quand, exas prs par l'abolition de l'esclavage, les grands planteurs appelrent les Anglais de la Jamaque, qui dbarqurent Port-au-Prince, les deux

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228 EN HATI commissaires de la Convention, Sonthonax et Polvrel, durent s'enfuir par cette route, accom pagns d'une escorte ngre et de 200 mules charges d'objets prcieux. Ils y passrent le 5 juin 1794 et parvinrent gagner Jacmel, d'o ils s'embarqurent pour la France. Ils n'avaient plus rien faire dans la colonie. Le Sud tait au multre Rigaud, le Nord Toussaint Louver ture ; conduits par les colons, les Anglais s'installaient sur les ctes. Cependant, le sou venir de Sonthonax et de Polvrel reste indis solublement attach aux mornes tmoins de leur fuite. Les traditions populaires prtendent que l'argent, dont ils taient porteurs, serait tomb dans une ravine et y demeurerait encore ; cette lgende d'un trsor cach, si plaisante aux imaginations ngres, suffit maintenir au chemin et la montagne le nom des Agents Commissaires. La monte du Morne des Commissaires est rude et longue ; le Fond-Ferrier se creuse trs profondment, dj noy d'ombre par l'heure tardive du jour. Nous tions partis l'aprs-midi de Port-au-Prince, pour atteindre, en quatre heures de voyage, l'habitation Laval. Le matre de la chapelle, M. Etienne, est un petit propritaire de cinq carreaux de terre ; il

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LA RIVIRE FROIDE 229 habite une grande case au milieu de sa cafire ; sa cour est entoure de bananiers, de palmis tes et de chadecquiers1. Nous trouvmes la maison sens dessus dessous ; un enterrement venait d'avoir lieu sur l'habitation, et les hommes n'taient pas encore revenus. Impossible de mettre la main sur des bougies de cire brune ou sur une lampe huile de ricin. Une toute jeune fille du voisinage, Mlle Cerise Exum, se chargea d'clairer notre dner, en tenant allum un morceau de bois-pin ; de son pied nu, elle teignait les brindilles ardentes qui tombaient terre ; un clat intermittent illuminait les murs de la chambre, tapisss d'images de pit et de feuilles de journaux illustrs franais. M. Etienne finit par arriver, accompagn de son fils M. La martine, de son cousin, M. Murat et de quel ques voisins ; tous taient galement pris de tafia. Ils se rpandirent en manifestations de joie, en protestations de bienvenue ; ils voulurent, en l'honneur des nouveaux venus, reprendre la bamboche qu'ils venaient peine d'achever en l'honneur du mort. Le son du lambis convoque la danse les 1. Chadecquier ou oranger de la Barbade. Ce nom lui vient de celui qui l'introduisit de la Barbade la Martinique ; il donne un fruit assez semblable l'orange, mais aussi gros qu'une pamplemousse. (P. Labat).

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230 EN HATI gens du morne. La lune s'est leve ; la cour est tout claire et les feuilles de bananiers y projettent de larges ombres. Un jeune homme de l'habitation, M. Rouleau Petit-Compre Jean-Baptiste, est le premier arriv, avec deux tambours Ptro. Peu peu, chaque sentier amne son contingent de danseurs. Une cin quantaine de personnes se trouvent runies ; les tambours se mettent battre ; les chants et les danses commencent. Soudain, apparat une ro buste ngresse, flanque de deux individus portant le kpi de la police rurale ; c'est la femme du commandant Myrtil, le chef de la section. En l'absence de son mari, parti au rapport Port-au-Prince, elle s'est charge de maintenir l'ordre dans la circonscription et n'en tend point que l'on y danse, sans son consente ment, aux jours interdits par le Code rural. Du geste elle arrte les tambours, invective les danseurs et reproche svrement au matre de chapelle d'avoir fait rsonner le lambis, mode de convocation Vaudoux, alors qu'il est charg par ses fonctions de la cloche chrtienne. Les gens regimbent et veulent danser ; le chef de district intervient pour discuter l'autorit de la femme du chef de section. Pendant une bonne heure, l'on crie, l'on s'agite. Finalement, Mme Myrtil

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LA RIVIRE FROIDE 231 EN-usagain de cause et, sur un dernier coup de tafia, chacun se dcide rentrer chez soi. Encore sept heures de route jusqu' Jacmel. Il faut lentement monter, le long d'une crte troite, qui spare le Fond-Ferrier de la profonde valle de la Rivire du Fourcq. Le Bois-Malanga couronne la crte ; l'eau y est abondante ; l'hu midit a cr, sur ce point favoris de la mon tagne, un merveilleux enchevtrement de fou gres et de lianes. Au travers de la vgtation, apparaissent, par del les mornes infrieurs, toute la baie de Port-au-Prince et les accidents de la cte vers le Petit-Goave et Miragoane ; de l'autre ct, la mer du Sud, avec la baie et la ville de Jacmel. Le Morne la Selle, que nous avons contourn, se prsente maintenant comme un pic isol, dont la majestueuse pyra mide attire les nuages, mesure que monte le soleil ; de ses pentes ravines coulent les torrents, qui s'unissent, travers le FondMelon, pour former la Rivire Gosseline. Des cente rapide par les habitations Jrme, Fortin, Montigny, puis par les lacets du morne Monte-au-Ciel. Nous sommes la source de la Rivire Marbial, trois heures de Jacmel. Peu peu, la valle s'largit ; les bords de la Gos seline deviennent plus monotones ; de beaux

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232 EN HATI arbres, de grandes maisons en bois, des cul tures de caf,de coton, de mas et de petit mil; la rivire se rpand en un lit dmesur; les bayaondes de la plaine commencent appa ratre ; les dattes aux fleurs jaunes se multi plient dans les galets. Le Morne Cap Rouge et le Morne de la Vote sparent la basse valle de la mer, d'une part, et de la Grande Rivire de Jacmel, de l'autre. Aux portes mmes de Jac mel, la Gosseline se jette dans la Grande Rivire, et nous entrons en ville par le portail de la Gosseline. Bien que les boucaniers franais y aient pris pied ds 1680, Jacmel1 ne devint jamais 1. Moreau de Saint-Mry fait une triste description de la ville de Jacmel pendant la priode coloniale. Bien qu'elle ft chef-lieu de quartier, elle restait un sjour humide et malsain, ne comptant pas plus de 63 maisons. Chaque anne, son port tait frquent par une vingtaine de navires, allant des Cayes Bordeaux, parfois au Havre ou Marseille. Habitants et fonctionnaires y vivaient pni blement. On se rapproche sans s'unir, on se quitte sans dsirer de se revoir, on mange sans gaiet ; le bruit d'un cornet et les fureurs du jeu remplacent tous les panchements de l'amiti. (Moreau de Saint-Mry.) Le quartier de Jacmel avait t form des trois paroisses de Bainet, Jacmel et les Cayes-Jacmel. Il fut mis en valeur par la Compagnie de Saint-Domingue, dont le centre tait Saint-Louis du Sud, et qui en eut la concession de 1698 1720. La Compagnie chercha y dvelopper la culture de l'indigo, qui, ds le milieu du dix-huitime sicle, tait remplace par celle du caf. Au moment de la Rvolution, la population

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LA RIVIRE FROIDE 233 une agglomration bien importante. Elle n'a pas aujourd'hui plus de 10.000 habitants; dtruite, en 1896, par un incendie, elle se relve peine de ses ruines; au-devant, s'arrondissent une petite baie et une plage borde de cocotiers. La vieille ville, avec l'glise, le march, la place d'Armes, l'Htel de l'Arrondissement, occupe un ressaut de terrain ; en bas, se trouvent l'unique rue du Bord de Mer et le portail de Logane. Le port, o un petit wharf sert au charge ment des chalands, est le dbouch des cafs, venus des diverses valles, se ramifiant en ven tail derrire la ville ; il en reoit galement, par golettes, des places voisines de Bainet et du Sale-Trou, qui ne sont point ouvertes au com merce extrieur ; Jacmel est, pour cette denre, le troisime port de la Rpublique ; il commence, en outre, exporter du coton et mme un peu de mas, destination de Curaao. A ct de quelques ngociants allemands et syriens, le grand matre du commerce de blanche du quartier ne dpassait pas 1.338 individus. La partie orientale, vers le Sale-Trou et les Anses--Pitre, en tait peu prs inhabite, se trouvant expose aux incursions des ngres marrons, des croles des bois tant franais qu'esPagnols, qui trouvaient dans les grandes montagnes, pro longeant le Morne la Selle, un refuge traditionnel.

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234 EN HATI Jacmel est un de nos compatriotes, venu d'Agen, M. Vital. Il fait, lui seul, plus de la moi ti des affaires du port, et ses halles occupent une bonne partie du Bord de Mer. Je ne con nais pas, en Hati, magasins mieux installs, ni Franais qui nous fasse plus d'honneur. En dehors de M. Vital et de ses fils, notre colonie se compose du directeur de la succursale de la Banque Nationale, M. Desrue, d'un mdecin Martiniquais, M. Castra, de quelques gens de nos les, et d'un Corse, qui fabrique, sur une habitation voisine, du sucre et du tafia. Il faut y ajouter l'lment religieux, le cur et ses trois vicaires, six Frres de Plormel, dont l'cole, ouverte en 1867, compte 300 lves et autant de surs de Saint-Joseph de Cluny. L'cole des filles est moins frquente; les petites ngresses sont coquettes ; elles ne con sentent venir en ville que bien vtues et bien chausses, et le malheur des temps ne permet plus leurs parents de pareilles d penses. La vie de Jacmel est douce et provinciale. La ville reste l'cart des intrigues politiques du Nord et des agitations de la capitale. Le caf est la seule affaire. Le commerce prospre, sous les auspices du commandant de l'arron-

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BANET : VUE PRISE DE LA ROUTE DE JACMEL BANET : VUE PRISE DE LA BAIE PL. XXV AUBIN. En Hati.

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LA RIVIRE FROIDE 235 dissement, le gnral Berrouet, un multre clair, dont chacun parat se louer... Au reste, la r gion de Jacmel est dlicieuse : un immense amphithtre de mornes, creus de valles ver doyantes. Du haut de la montagne, qui domine la ville sur la route de Bainet, se dgage la meilleure vue du pays : la petite baie arrondie, forme par la mer bleue, et la succession de falaises grises, descendant du Morne la Selle vers Marigot et le Sale-Trou. Le chemin des Commissaires est trop acci dent pour servir aux communications habituel les entre Port-au-Prince et Jacmel ; on remonte d'ordinaire la Grande Rivire de Jacmel, pour passer dans la plaine de Logane par le Morne Cal et le Gros-Morne. La distance est un peu plus longue, mais il y a moins monter et les sentiers sont plus faciles. La route est si fr quente que plusieurs habitants aiss ont pris coutume d'accueillir les voyageurs. Selon l'heure choisie pour le dpart, on sait d'avance si l'on ira coucher chez M. Saintilien, dans la Grande Rivire, ou si l'on poussera jusqu'au Morne Cal, pour y tre reu par le matre de la chapelle Saint-Antoine du Fond-d'Oie, M. Blanc Cyrille, avec ses quatre filles, Mlles Salom, Srna, Marianne et Rosianne ; plus

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236 EN HATI loin encore, au del du Gros-Morne, il y a, sur l'habitation Deslandes1, la grande maison en bois, toiture de tle, de M. Canusse Dsir. Aprs quoi, c'est la traverse de la plaine de Logane, l'habitation Sercey, o se retouve intact un bas sin de distribution qui servait aux irrigations de la colonie2, le passage de la Rivire Momance, les villages de Momance et de Gressier, et, aprs vingt lieues de chemin, le retour Port-au-Prince. 1. M. Deslandes, qui fut major pour le roi de Logane, ta blit sur son habitation, en 1680, la premire sucrerie de la partie franaise de Saint-Domingue. 2. La distribution des eaux de la Grande Rivire de Logane tait effectue, ds 1737, entre 27 habitations. Au moment de la Rvolution, une distribution nouvelle et plus tendue avait t mise l'tude.

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LES CAYES-JACMEL SALE-TROU AUBIN, En EN-usHa EN-usti. PL. XXVI

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CHAPITRE VII DE PORT-AU-PRINCE A SAINT-MARC Comment on voyage en Hati. Vestiges de la colonie franaise : l'habitation Prince. La plaine et le bourg de l'Arcahaye. Superstitions croles : la lgende du TrouForban. Vingt-quatre lieues, soit douze heures de route de Port-au-Prince Saint-Marc. Cela parat ici un fort long voyage. Les croles ont l'indolence fa cile et envisagent comme trs graves les fatigues du chemin. Ils tiennent de leur ascendance, que le premier contact des Europens avec les tropiques a naturellement surprise et effraye, quantit de croyances ou de prventions, peu favorables la mobilit. A les entendre, il ne faudrait point marcher pendant le milieu du jour, afin d'viter le soleil, ni le soir, o le

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238 EN HATI serein peut causer des refroidissements dan gereux ; surtout ne pas s'exposer la pluie, qui tombe en Hati les trois quarts de l'anne ; s'abstenir de fruits rafrachissants et ne boire que de l'eau coupe de rhum; le tout afin d'viter une mauvaise fivre Telle est, du moins, l'exigence de la plaine. Dans les mornes, grce l'altitude, libert plus grande est lais se ; les croles affirment volontiers que l'on y jouit d'un climat d'Europe et que l'eau mme y est glace Mais ils redoutent ga lement le chaud et le froid, qui sont reprsents, dans ces pays, par un faible cart de tem prature. Un fait d'atavisme identique a rendu ces exagrations communes dans toutes les vieilles colonies. il est heureux que les nouveaux tablissements d'Asie et d'Afrique en restent indemnes. En Hati, il faut voyager cheval, car les abords des villes sont seuls praticables aux voitures. Les campagnes sont bien traverses de larges routes, qui furent nagure entrete nues ; les vieilles gens se rappellent que, du temps de l'empereur Soulouque, c'est--dire vers le milieu du dernier sicle on pouvait se rendre, en chaise de poste, d'une extrmit l'autre du pays, en empruntant les anciens

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DE PORT-AU-PRINCE A SAINT-MARC 239 chemins de la colonie, qui se maintenaient encore. Aujourd'hui, il ne serait plus possible de tenter pareille aventure ; les routes sont deve nues des pistes incertaines, transformes en fon drires par les pluies ; en cas de ncessit, les chefs des sections intresses font appel aux ha bitants voisins, rquisitionnent leurs cabrouets et leurs btes de charge, pour procder une rparation rapide, avec des troncs d'arbre, des branchages, voire des rsidus de cannes sucre. Le Code rural prescrit, en effet, que tout chemin, class comme route publique c'est--dire unissant deux arrondissements, soit entretenu par les prestations des gens de la section voisine, obligs, en xas de besoin, d'y travailler tour de rle, pendant les quatre premiers jours de la semaine. Les chevaux hatiens sont les rejetons des chevaux andalous, introduits par les premiers colons espagnols dans l'le de Saint-Domingue. Sous le rgime franais, la race fut modifie par des croisements avec des chevaux impor ts de l'Amrique du Nord. Depuis lors, elle a dgnr, faute de soins, et perdu sa taille pri mitive. Bien que petits et ramasss, ces che vaux sont excellents pour la besogne qu'on leur demande. Ils parcourent la plaine d'un

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210 EN HATI amble rapide et escaladent facilement les mor nes ; on peut compter avec eux sur un train soutenu de 8 10 kilomtres l'heure, et sur une marche moyenne de 50 kilomtres par jour. Il n'y a plus en Hati d'levage rgulier ; les chevaux y naissent et grandissent la grce de Dieu ; on dit que les meilleurs proviennent des savanes de l'Artibonite ou des escarpe ments des Ctes-de-Fer, situs sur la cte mridionale de l'le entre Bainet et Aquin. Accompagn d'un domestique, j'ai voyag jusqu'ici avec trois chevaux de cette double origine ; et, malgr mon poids fort lourd, ils ont toujours bien support la route. Il est, d'ailleurs, inutile de se surcharger outre mesure. On trouve partout l'hospitalit la plus empresse; dans les bourgs, chez les curs, qui sont tous nos compatriotes, chez les autorits ou les prin cipaux de l'endroit ; dans les campagnes, chez des cultivateurs aiss, surtout chez les sacris tains des chapelles. Il suffit donc d'emporter avec soi quelques objets de toilette, un peu de vin et de conserves, qui rentrent dans les va lises en cuir ou en toile vulgaire, dite quat'fils, pendues aux deux cts de la selle. Pour les courses plus longues, il faudrait emmener, comme bte de charge, une mule, dont les

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DE PORT-AU-PRINCE A SAINT-MARC 241 sacs-paille contiendraient un plus srieux bagage. En cas d'accident, l'obligeance ha tienne vous tirera promptement d'affaire ; vos htes sont toujours disposs vous procurer cheval ou mule, qui reviendront ensuite chez leur propritaire, la premire occasion ou mme par les soins du courrier postal. Sur l'habitation Drouillard, 5 kilomtres de Port-au-Prince, la route du Nord se dta che, vers la gauche, du grand chemin traver sant toute la plaine du Cul-de-Sac. Elle franchit la Grande Rivire au milieu des cultures, qui se sont dveloppes sur les deux rives, dans les habitations Duvivier et Sibert. Aux temps h roques, o le pouvoir tabli ne s'effondrait pas de lui-mme, au moindre souffle de rvolution, l'intervention des bandes du Nord a souvent fait de ces habitations, situes sur le grand che min des guerres civiles, le champ de bataille, o se rglaient le sort de la capitale et l'attri bution du gouvernement. En 1806, Dessalines fut assassin au Pont-Rouge, aux portes mmes de la ville. En 1807 et 1812, Christophe se ren contra Sibert avec les troupes de Ption. En 1859, Geffrard s'tablit Drouillard, pour ren verser l'empire de Soulouque et s'lever luimme la prsidence. 16 EN HATI.

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242 EN HATI Plus loin, au pied des mornes, fermant la baie de Port-au-Prince, la raret des eaux arecouvert la plaine d'un taillis peu lev de bayaondes, d'o pointent les cierges et les raquettes des cactus. Un marcage dssch par la saison, la saline Lerebours, prcd de quelques lots de paltuviers, marque une forte avance de la mer ; puis quelques flaques d'eau, o flottent des dpts verdtres, mritent, par leur odeur sulfu reuse, leur nom de Sources-Puantes ;les cases ont disparu, except sur une petite bande utilisable pour la culture des bananiers et du petit mil, l'ha bitation Lafiteau. Le long du chemin, des bufs et des chvres, entravs par une large barre de bois fixe au cou, errent leur gr, la recher che d'une herbe rare. Une maison de pcheurs, quelques barques amarres au rivage, un bou quet de cocotiers et l'ombre d'une source, la source Matelas, marquent le commencement de la plaine de l'Arcahaye. La plaine de l'Arcahaye est forme par un cartement des mornes, s'loignant de la mer sur la longueur d'une vingtaine de kilomtres; ce sont les mornes des Dlices, puis la chane des Matheux, qui va jusqu' Saint-Marc ; mon tagnes boises, entrecoupes de ravines ra pides et garnies, au sommet, d'une ligne de

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DE PORT-AU-PRINCE A SAINT-MARC 243 pitchpins. Elles offrirent aux blancs un refuge efficace pendant les massacres de la Rvolu tion. L'une des premires habitations, l'en tre de la plaine, porte le nom de Prince. C'est assurment l'une des constructions colo niales les mieux conserves du pays : deux b timents en maonnerie, recouverts de tuiles, demeurent peu prs intacts ; travers l'ventrement d'un mur apparat la grande roue noire du moulin; l'aqueduc, arcades, aux pierres recouvertes de mousse, se prolonge, pendant plusieurs centaines de mtres, pour disparatre sous les bananiers. La proprit appartenait jadis au prince de Rohan-Montbazon 1 ; elle a gard, sinon son nom, du moins son titre. Elle est maintenant tombe aux mains d'un de nos compatriotes martiniquais, M. Anatole Mar monne, un des plus riches propritaires de ce pays. De ce ct, d'ailleurs, les traces du pass sont nombreuses ; ruines de maisons ou de moulins, conduites d'eau en briques ou aqueducs de pierre, souvent en bon tat de 1. Le Prince de EN-usRohan fut gouverneur de Saint-Domingue de 1766 1770. Ayant eu maille partir avec les membres du Conseil Suprieur de Port-au-Prince, il les fit enlever, le 7 mars 1769, du lieu mme de leurs sances et con duire bord des btiments qui les transportrent en

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244 EN HATI conservation, se multiplient, le long de la route, sur les habitations Garesch1, Deschapelles, Dubuisson, l'vque, Imbert, Poy-la-Gnrale, Poy-la-Ravine, o se trouve le bourg mme de l'Arcahaye. Plus heureux que le Cul-de-Sac, dont la rupture du Bassin gnral a dessch une bonne moiti, la plaine de l'Arcahaye garde peu prs intact le systme des irrigations franaises. Il en est de mme Logane; et ces deux plaines qui se font vis--vis, des deux cts de la baie de Port-au-Prince, conservent ainsi une bonne part de leur splendeur ancienne. Toutefois, une diffrence prs : avec le sucre et l'indigo, les plaines constituaient nagure la ri chesse de la colonie, tandis qu'elles ne donnent plus que les vivres pour la consommation locale. Et les mornes, moins apprcis jadis, four nissent toujours le caf, devenu le principal article de l'exportation hatienne. En arrivant au quartier de Cabaret, un peu au del de Prince, j'ai rencontr le cur de l'Arcahaye, le P. Primet, un de nos compa triotes, originaire de Saint-tienne, fait assez 1 Garesch porte le nom d'armateurs de la Rochelle, qui avaient des intrts Saint-Domingue. Sur la liste des souscripteurs aux ouvrages de Moreau de Saint-Mry, figu rent deux colons de ce nom : l'un tait rfugi Philadel phie, l'autre EN-usWilmington (Del.).

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L'ArCAHAYE CASES DANS LES MORNES DE LA GUIANAUDE (JRMIE) PL. XXVII AUBIN. En Hati.

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DE PORT-AU-PRINCE A SAINT-MARC 246 rare dans une mission presque exclusivement compose de Bretons. C'tait un dimanche, et le prtre tait venu dire sa messe dans la cha pelle de l'habitation. L'assistance, surtout fminine, tait plus releve que dans les habitations ordinaires; car le Cabaret, dominant la route du Nord, l'entre de la plaine, a t organis en quartier et muni, ce titre, de quelques au torits : un chef de quartier, un juge de paix et un officier de l'tat civil. La fille du juge de paix, M. Jean-Baptiste, ayant reu une bonne ducation Port-au-Prince, a ouvert une petite cole; elle y obtient de rels succs avec ses lves et les petites demoiselles du lieu se met tent parler trs convenablement le franais. J'ai travers la plaine en compagnie du P. Primet et du chef de la section intresse, la section de Boucassin. Le pays est trs peupl et les habitations se succdent les unes aux autres; les cases paraissent aises, les arbres fruitiers abondent ; les champs de cannes, les plantations de bananiers, de pois, d'ignames et de patates se multiplient. Sur nombre de pro prits, on aperoit, travers le feuillage des bois d'orme les cylindres en bois des guil-dives, qui extraient le jus de canne pour la prparation du tafia. Cette fabrication est peu

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246 EN HATI prs la seule industrie de la plaine, o la pro duction du sucre est maintenant nglige. Au bord de la mer, sur l'habitation la Bauderie, a t relev un bon gisement de terre brique et deux briqueteries s'y sont installes, qui four nissent toute la Rpublique, l'exception de la cte Nord. L'une d'entre elles, la plus impor tante, appartient un vieux Corse de Piana, depuis longtemps tabli en Hati, M. Massoni. Tout le long de la cte, les habitations ont leur petit port, avec une dizaine de barges chacun, pour le transport des fruits et lgumes dans les diverses villes, depuis les Cayes jusqu' Portde-Paix. Le principal dbouch du tafia est les Gonaves. Quant au caf des mornes, peu abon dant, mais de qualit excellente, celui des D lices est transport par bateau Port-au-Prince; celui du Fond Baptiste gagne Saint-Marc dos de mule. Bien arrose, bien cultive, cette plaine est extrmement riche. Ce fut en 1675, que les pre miers Franais vinrent y crer des corails et des hattes. Au dix-huitime sicle, les colons se multiplirent, et la distribution des eaux, ter mine en 1742, assura leur prosprit. Lors de la Rvolution, la paroisse de l'Arcahaye tait peuple de 702 blancs, 574 affranchis, 17.241 es-

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DE PORT-AU-PRINCE A SAINT-MARC 247 claves. Elle comptait 48 sucreries, 49 indigoteries, 25 cotonneries, 68 cafteries, 15 guil diveries et 25 fours chaux. Elle fut, com pltement abandonne aprs l'Indpendance. La guerre civile entre Ption et Chris tophe en fit un dsert. Sous l'empereur Soulouque, un commandant militaire de l'Arcahaye, Mgr Jeannot Jean Franois, comte de quelque chose dans la noblesse d'alors, profita du rgime d'autorit qu'il reprsentait pour obliger les habitants, sous peine de prison, reprendre le travail de leurs terres. La prosp rit revint grce ce bon tyran et la popula tion s'est enrichie. La proprit est bien divise ; peu de cultivateurs y possdent plus d'une centaine de carreaux de terre. Il faut ajouter que leur richesse mme permet aux gens de la plaine de l'Arcahaye de s'offrir, plus largement qu'ailleurs, les distractions mul tiples que les ngres d'Amrique doivent leur ascendance africaine. Nulle part, en Hati, les superstitions ne sont plus florissantes ; les danses Vaudoux sont frquentes; la clientle se presse autour des papalois, devins, jeteurs de sorts, prparateurs de philtres et autres sor ciers ; les houmforts abondent dans la cam pagne, et la renomme de ce lieu d'lection est

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218 EN HATI devenue si grande qu'elle attire mme la pratique de rgions fort loignes. En traversant l'habita tion Gourrejolles, on me fit voir une grande maison en bois tage, o oprait nagure le plus clbre papaloi du pays. Le gnral TiSn est fort rput dans son mtier et, de toute la Rpublique, les gens venaient le consul ter son houmfort de la plaine de l'Arcahaye; ce qui lui valait la fois gloire et fortune. La jalousie d'un concurrent moins heureux, appuy par les hasards de la politique, aurait entrav les oprations de Ti-Sn, qui dut plier bagage et transfrer le sige de ses affaires la GrandeSaline, l'embouchure de l'Artibonite. Le bourg de l'Arcahaye est plutt le chef-lieu administratif que le centre commercial de la rgion. Gomme le cultivateur expdie directe ment ses produits, il n'a pas besoin du service des sept ou huit spculateurs en denres, qui y vgtent. De mme, les communications par golettes tant journalires avec Port-au-Prince, chacun s'y approvisionne directement, et l'on a peu regrett le dpart de quelques dtail lants syriens, qui, n'ayant pu se rendre assez agrables aux autorits communales, ont t expulss l't pass. En fait, le bourg est petit et ne contient gure

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DE PORT-AU-PRINCE A SAINT-MARC 249 plus de 1.500 habitants ,groups dans des maisons en bois tage ou dans des cases de campa gnards autour de la grand'place. C'est la disposi tion ordinaire aux bourgs hatiens. Au centre, une esplanade en forme de carr allong, le Champ de Mars qui comporte le palmiste, arbre de la libert, et la tribune dnomme autel de la patrie d'o, aux jours de crmonie, l'autorit harangue le peuple. Auprs de l'autel, la recon naissance publique a plac le tombeau d'un ancien commandant de la place de l'Arcahaye, le gnral Tintifort Agnan. Les dimanches et jours de fte, il y a parade ; matin et soir, aux heures de la diane et de la retraite, le poste entreprend languissamment une promenade circulaire, au son du fifre et du tambour. Sur les cts, se trouve l' Htel de la Place o rside le chef militaire, le commandant de la commune ; quelques soldats, des fusils rouilles aligns le long du mur et un petit canon mis en batterie devant la porte, accentuent le caractre militaire de l'institution. Au fond, l'glise, un vieux btiment de l'poque coloniale, construit en 1748, aux murs pais, aux contreforts massifs, badigeonn de jaune, construit pour rsis ter aux tremblements de terre et aux incendies, L'extrmit oppose de la place donne sur la

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250 EN HATI mer; elle est marque par les ruines de deux anciens bastions franais, dont les pierres noir cies et les canons abandonns demeurent l'ombre des cocotiers. L'lment europen, avec la culture franaise, est concentr au presbytre, o deux prtres desservent la paroisse. Depuis quatre ans, deux Frres de l'Instruction chrtienne de Plormel, des Bretons, tiennent l'cole communale, frquente par 90 garons; En 1904, deux Surs de Saint-Joseph de Cluny, des filles de l'Aveyron, ont t envoyes pour ouvrir une cole, qui runit dj 68 lves. Et c'est ce petit personnel religieux qui, l'Arcahaye comme dans toutes les campagnes ha tiennes, marque le lien entre les temps anciens et les temps nouveaux. Quatorze lieues encore jusqu' Saint-Marc. La plaine cesse et la chane des Matheux vient tomber pic dans la mer. Au poste militaire de EN-usWilliamson, deux soldats, installs sous un ajoupa, c'est--dire sous un toit de branchages, soutenu par des piquets de bois, sont chargs de surveiller la sortie de la plaine, en contr lant les permis de circulation des passants. Ils sortent la hte avec leurs fusils, prsentent les armes, puis inclinant la crosse, qu'ils tien nent entre les deux mains, sollicitent le

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DE PORT-AU-PRINCE A SAINT-MARC 251 cadeau d'usage. Jusqu' la pointe du Mont-Roui, sur une vingtaine de kilomtres, nous devrons voyager entre la mer et la mon tagne, dans une fort touffue et peu prs inhabite. D'abord, les bayaondes et les gayacs, puis toutes les varits des essences hatiennes, gommiers, tchatchas, comas, acajoux, bois de chne et de frne, qui n'ont rien de commun avec leurs homonymes de nos pays; sur les crtes, une ligne de pins ; aux bords de la mer, des mangliers et des raisiniers, avec ces grappes de fruits verts, auxquels les croles donnent le nom de raisins la mer Le flot vient mourir leurs pieds, sur des plages troites de sable ou de gravier. Nous sommes en plein dans la saison sche; c'est le moment o plusieurs arbres jettent leurs feuilles si bien que le bois parat triste et dnud. Au large, les lots des Arcadins, dont le phare marque l'entre septentrionale de la baie de Port-au-Prince et, plus loin, la bande allonge de l'le de la Go-nave 1. Un peu avant la pointe du Mont-Roui, un grand trou se creuse mi-hauteur dans la mon1. Du temps de la colonie, aucun tablissement srieux n'avait t tent dans la grande le de la Gonave, qui barre toute la baie de Port-au-Prince. Elle fut concde, en 1768,

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252 EN HATI tagne ; c'est le Trou-Forban. Les mornes ren ferment ainsi nombre de cavernes, que les gens du pays appellent des trous hygnes, et qui pas sent pour avoir servi jadis aux mystres de la religion indienne. Avec l'esprit superstitieux de la race ngre, le peuple hatien s'est em press de les peupler de gnies malfaisants, en les entourant parfois de terribles lgendes. Les matelots, qui naviguent dans le canal de Saint-Marc, racontent que le Trou-Forban est la de meure d'un sorcier puissant, qui, chaque nuit, sortirait de sa caverne, pour se rendre Logane, au travers de la baie, dans un char attel de quatre chevaux marins. Il va sans dire que ce sorcier est un tre mauvais, sans cesse appliqu nuire l'humanit voisine; car le ngre se proccupe surtout des esprits du mal. Une nuit, revenant de la Gonave avec son en fant, un pcheur entendit une voix qui lui criait, en crole : EN-usOllo Ban m'pitite-l, non 1 Donnemoi donc cet enfant-l. Il crut avoir affaire au marquis de Choiseul, et cette concession sans valeur fut rachete au bnficiaire, en 1775, moyennant une pension de 12.000 livres tournois. La Gonave est encore peu habite; elle appartient aux pcheurs, et quelques habitants de9 ctes voisines y ont entrepris des cultures de vivres. 1. Le dialecte crole multiplie chaque membre de phrase les exclamations : oui I et non 1, pensant donner ainsi plus de force au discours.

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DE PORT-AU-PRINCE A SAINT-MARC J53 quelque autre pcheur et rpondit en plaisan tant: Main oui, vini prend, li, non Mais oui, viens donc le prendre Or, c'tait le gnie du Trou-Forban qui avait travers les tnbres et, quand le pcheur atteignit le rivage, il s'aperut que son enfant tait mort. Le commun des mortels ne connat pas le chemin qui con duit la caverne : seuls, par des mots magiques, quelques papalois de la rgion ont russi se l'ouvrir et ils auraient entrevu, dans l'intrieur de la montagne, un palais enchant, un palais d'or et de pierreries. Mme par les plus gros temps, aucun bateau ne consentirait mouiller au pied du Trou-Forban, de peur qu'il ne prt au gnie du lieu la fantaisie d'enlever un mate lot. Se rendant par mer de Port-au-Prince Saint-Marc, Descourtilz subit sa manire la fcheuse influence du Trou-Forban. Il raconte, dans les Voyages d'un Naturaliste, que sa bar que y resta en panne, le long de la cte, tandis que le patron s'puisait appeler le vent en soufflant dans un lambis, selon le procd rest en usage chez les marins hatiens. Voici maintenant que les montagnes s'cartent encore du rivage, pour faire place aux champs de cannes et aux cultures de vivres. La Pointe de Saint-Marc apparat. Nous traversons

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254 EN HATI la rivire et le petit village du Mont-Roui, puis les habitations de Lug et Lanzac, qui sont villages de pcheurs, s'tendant au bord de la mer sous les cocotiers. Il y a une trentaine d'annes, une bonne part de l'habitation de Lug appartenait un Corse, M. Lota, dont les enfants rsident toujours en Hati. Un jour, M. Lota y serait all chasser avec trois de nos compatriotes, habitant Saint-Marc. Une couleuvre tant sortie d'un arbre au-devant des chasseurs, ceux-ci la turent, sans prendre garde aux objurgations des ngres qui les ac compagnaient. Ces derniers affirmrent en vain que la couleuvre tait maman de l'eau c'est-dire l'incarnation de l'esprit des eaux, et qu'on s'exposait, en la tuant, mourir au cours de l'anne. Et, de fait, pendant les douze mois qui suivirent, les quatre chasseurs, victimes de leur incrdulit, moururent tous de mort natu relle ou violente. L'imagination facile des croles se complat ces sortes de rcits et ils trouvent volontiers crance chez presque tous ceux qui ont longtemps vcu dans les vieilles colonies. Afin de franchir la petite arte montagneuse, qui se termine la pointe de Saint-Marc, le chemin remonte dans les mornes, par les habi-

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DE PORT-AU-PRINCE A SAINT-MARC 255 tarions Pierre et Payen ; il traverse la saline Boisneuf, puis, pour atteindre le fate, la fort dnude de la ravine Marie. De l'autre ct, la ravine Jeanton, puis une dernire ravine, la ravine Freyssineau, et, un tournant de la route, nous dbouchons sur la baie mme de Saint-Marc, 1.500 mtres de la ville.

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CHAPITRE VIII SAINT-MARC Les restes du pass colonial : l'glise, les vieilles maisons, les rues et les remparts. La ville hatienne. Le com merce en Hati. La maison EN-usBoutin. Importation et exportation : caf, campche et coton. Les revendeuses. Les spculateurs en denres La colonie fran aise. La chasse ; les hutres de paltuviers. Une soire Saint-Marc. Il n'existe, ma connaissance, aucune autre ville en Hati ayant mieux conserv que SaintMarc les restes de la colonie franaise. La vieille glise et nombre de maisons de l'poque colo niale subsistent encore, avec les ruines des for tifications. Les villes hatiennes sont sujettes des causes de destruction multiples ; il y en a peu qui n'aient t presque entirement recons-

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SAINT MAKC. MAISONS DE L'POQUE COLONIALE PL. XXVIII SAINT-MARC MAISONS NOUVELLES AUBIN. En Hati.

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SAINT-MARC 257 truites par la gnration prsente ; leurs dplo rables maisons de bois sont bties bon march, afin de limiter les pertes, en cas de dsastre ; car il n'est pas en ce pays placement plus aventur que la proprit urbaine. Les constructions qui rsistent aux tremblements de terre prissent par l'incendie, qu'il rsulte de l'imprudence des hommes ou de la fureur des rvolutions. SaintMarc eut l'avantage de n'tre brle qu'une seule fois ; ce fut, en 1802, par les soins de Des salines, alors qu'une division franaise mar chait de Port-au-Prince sur Saint-Marc, pour rejoindre le gros de l'expdition Leclerc, oc cupe cerner dans les Mornes des Cahos les forces de Toussaint Louverture. Brler les villes l'arrive de nos troupes, comme Chris tophe en avait donn l'exemple au Cap-Franais, tait devenu la tactique constante des chefs ngres ; elle resta leur programme jusqu'en 1825, en cas de retour offensif de notre part. Depuis lors, Saint-Marc a pu garder intactes les reliques de son pass, pargnes dans la circonstance. La population actuelle n'atteint pas 5.000 mes. Saint-Marc n'a, du reste, jamais t qu'une petite ville. Les colons la fondrent en 1716, longtemps aprs que les boucaniers, et mme EN HATI. 17

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258 EN HATI les colons, eussent multipli leurs tablisse ments dans toute la partie occidentale de l'le de Saint-Domingue ; c'tait le dbouch naturel de la valle de l'Artibonite, c'est--dire de toute la rgion centrale du pays, dont le trait de Ryswick nous avait reconnu la possession. Rduite la situation d'un modeste chef-lieu de quartier, elle vcut, l'cart des honneurs administratifs, avec un simple lieutenant de roi et un snchal. L'tat-major du quartier y fut install en 1724; un dit de la mme anne cra la snchausse de Saint-Marc. Le 16 avril 1725, se tint la premire sance. Le lendemain, les commissaires du Conseil Suprieur du PetitGoave et les officiers de la snchausse allrent faire dresser une potence au bord de la mer et un pilier avec deux carcans au-devant de l'em placement, o le palais devait tre lev, comme marques de justice. (Moreau de Saint-Mry.) La snchausse avait 7 procureurs, 14 notaires et 14 huissiers. Quand Port-au-Prince devint capitale, les autorits provinciales de l'Ouest s'tablirent Saint-Marc. Ds lors, elle prit plus d'importance et l'on y mit une petite garnison, dtache du rgiment de Port-au-Prince. Au mo ment de la Rvolution, la ville avaitl4 rues, 32 ilets ou carrs, 250 maisons ; 50 navires de Bordeaux et

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du Havre en frquentaient annuellement le port. Depuis 1773, elle possdait mme un thtre, o venaient jouer les troupes de Portau-Prince, de Logane ou des Cayes... Faute de socit fminine blanche, comme dans les autres villes de la colonie, les hommes allaient jouer au Vaux-Hall ou se distrayaient avec des courtisanes de couleur Le nom de SaintMarc est particulirement attach aux dbuts de la Rvolution de Saint-Domingue. Le 15 avril 1790, les planteurs s'y runirent, en assemble gnrale, pour protester contre l'humanitarisme de la mtropole, qui faisait litire des intrts de la colonie. Cet clat rvolutionnaire fut passager dans la vie de Saint-Marc. Depuis lors, revenue son commerce primitif, elle a cess de faire parler d'elle. Aujourd'hui, la petite ville somnole dou cement au bord d'une plage de sable, qui s^arrondit l'extrmit d'un baie profonde. Ses murs s'adossent une ligne de mornes, o la pit publique a lev un calvaire ; une troite valle remonte en pente douce, tandis que les ravins boiss des Monts Terribles ferment l'ho rizon vers le sud. Saint-Marc forme, le long de la mer, un rec tangle fortifi, dont les rues se coupent angle SAINT-MARC 26

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260 EN HATI droit. Selon la disposition coutumire aux villes hatiennes, le bord de mer est rserv au commerce ; la grand'place du Champ-de-Mars, aux monuments officiels et aux parades mili taires ; la population se rpartit dans les di vers quartiers, et les quartiers excentriques, proches des issues, prennent, comme partout ailleurs, le nom spcial de portails A par courir les rues dsertes, on se croirait encore au temps de la colonie ; leurs appellations nous sont familires ; ce sont la Grand'Rue, la rue de l'Eglise, la rue Neuve, les rues Saint-Charles et Saint-Simon ; il existe encore des rues Royale, Dauphine et Traversire, des rues de Bourbon et de Bourgogne ; la promenade des remparts conduit au fort Bergerac et au fort Vallire1. Au milieu des maisons de bois, qui datent d'hier, demeu rent encastres, dans chaque quartier, plusieurs maisons de l'poque coloniale. Celles-ci n'ont point d'tage ; leurs murs sont en maonnerie et recouverts d'un toit de tuiles, qui, s'appuyant sur des poutres extrieures, forme galerie audessus du trottoir. La vieille glise, trapue et massive, datant de 1779, s'est aussi conserve ; sur le ct, son clocher octogone, coiff d'un 1. M. de Vallire fut gouverneur de la colonie de 1772 1775. Il mourut Port-au-Prince.

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SAINT-MARC 261 clocheton trs bas, dpasse peine la hauteur du btiment. Les vieillards se souviennent avoir vu dans l'glise un banc seigneurial, maintenant disparu ; il appartenait nagure la premire famille des colons de Saint-Marc, la famille Piver, qui donna son nom une habitation voisine et l'un des portails de la ville. Les murailles d'enceinte sont en ruines, mais leurs lignes, leurs bastions d'angle et leurs portes restent nettement indiqus par des amoncelle ments de pierres ; certaines parties sont de meures peu prs intactes, et l'on m'a fait voir un pont fortifi, en fort bon tat, donnant passage l'un des ruisseaux qui traversent la ville. La ville hatienne s'est dveloppe dans le cadre colonial, qu'elle a respect. Le Champ-de-Mars, ombrag de sabliers et de flamboyants, tait nagure la place du march ; il contenait un emplacement spcial pour les talages de marchandises sches, dit march des blancs. II s'est enrichi d'une colonne, leve la mmoire du gnral Guerrier. Aprs la chute de Boyer, en 1843, cet homme souleva Saint-Marc et y mourut deux ans plus tard. Une fortune ph mre l'avait lev la Prsidence de la Rpu blique, entre Rivire-Hrard et Pierrot. A ct

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262 EN HATI de sa colonne, se trouve le tombeau d'un certain Mgr Jean-Louis-Jean-Jacques, qui mourut en 1857, l'ge de quatre-vingt-huit ans, ayant t, sous le rgne de Soulouque, commandant de l'arrondissement. Les bastions et les remparts sont devenus la spulture favorite des familles mili taires : l'un des bastions est encombr par les tombeaux d'une famille Barthlemy, qui parat avoir fourni Saint-Marc toute une srie de chefs ; l'ingniosit filiale n'a trouv inscrire sur ces tombeaux qu'une pitaphe identique : Officier distingu par sa valeur et d'un carac tre rempli d'honneur. Saint-Marc vit de son commerce ; le peu de mouvement qui existe en ville converge au bord de mer, autour des ngociants consignataires, qui sont les seigneurs de la place, de leurs clients, les commerants au dtail, marchands de finesse et grosserie et de leur fournisseurs, les spculateurs en denres Le samedi, l'animation se transporte au march ; c'est le jour o les vivres arrivent de l'Arcahaye et de l'le de la Gonave, o les femmes des Mornes de Terreblanche apportent sur leur tte les fruits et lgumes pour l'approvisionnement de la semaine. Le reste du temps, c'est le vide et le silence ; il n'y a de vie que dans le lit des

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SAINT-MARC 263 deux petites rivires, o les blanchisseuses demi-nues, vtues d'un simple tanga, lger morceau d'toffe, attach la taille et passant entre les deux jambes, viennent laver leur linge, pour le scher ensuite sur les plahis voisins, c'est--dire sur les couches de cailloux, dposes par les eaux. Le commerce en Hati est chose trs spciale, du fait que les ngres, devenus matres du pays et dsireux d'en tenir carts les blancs, ont eu soin de parquer les trangers dans certains ports ouverts, seuls points o ils soient autoriss, en droit, crer des tablissements. Encore n'y pourraient-ils faire que le commerce de gros ; et la Constitution leur dfend d'acqu rir la moindre proprit. Dans de telles conditions, les colonies trangres, composes de gens ns en Europe ou aux tats-Unis, sont naturellement peu nombreuses; il ne vient sur la cte que le personnel strictement ncessaire aux oprations commerciales, le plus souvent franais ou allemand, et ces gens se bornent profiter de la tolrance hatienne le temps voulu pour raliser quelque fortune, afin de s'tablir ensuite parmi des populations moins dfiantes. Cependant, en dpit de telles prcautions, le

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264 EN HATI commerce hatien tend passer de plus en plus entre des mains trangres. Plusieurs blancs s'tant maris dans le pays, y ont fait souche: il en est rsult un groupe crole, qui reste tranger, tout au moins de nationalit. Une importante migration de la Martinique, et surtout de la Guadeloupe, a facilement pntr en Hati, la faveur de sa langue et de sa cou leur. Enfin, une forte proportion de Syriens russit s'infiltrer jusque dans les campagnes, grce la vnalit des autorits et leur propre abjection. Si bien que ces intrus finissent par dtenir en fait l'ensemble des affaires et par viennent mme possder la terre, soit au nom de tiers interposs, soit au moyen de contrelettres ou de baux longs termes. Il existe, Saint-Marc, trois principales mai sons de commerce, qui s'occupent de la consi gnation des navires, de l'importation et de l'ex portation. L'une est franaise ; une autre est la succursale d'une maison allemande de Port-auPrince ; la troisime est hatienne. Le plus beau magasin du bord de mer appartient un Syrien, Michel Sayeh, grec catholique de Beyrouth, qui vend des nouveauts l'enseigne de la Renom me Notre compatriote, M. EN-usBoutin, tait venu, il

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SAINT-MARC 265 y a une cinquantaine d'annes, de Marie-Ga lante, l'poque o le bouleversement cono mique, rsultant de l'abolition de l'esclavage, obligeait nombre de Guadeloupens s'expa trier. Il russit fonder l'une des premires maisons de commerce de Saint-Marc ; depuis sa mort, elle est dirige par sa veuve et par ses fils, qui ont galement cr un tablissement Port-au-Prince. En Hati, les maisons de commerce sont toutes installes sur un modle identique et comportent plusieurs compartiments, cause de la varit des affaires qui s'y traitent. Selon l'usage des colonies, l'on achte de tout et l'on vend de tout. Plus la maison est importante, plus elle occupe de halles c'est--dire de magasins au bord de mer. A ct du local pour les bureaux, se trouvent des dpts pour les marchandises importes, qui sont entasses ple-mle dans un mme magasin. Les besoins de la population hatienne sont limits et le malheur des temps les rduit encore ; il ne s'agit donc pas d'introduire des articles bien abondants ni bien raffins. Les cotonnades pour les vtements viennent d'Angleterre et des Etats-Unis, un peu de France et d'Alsace; les foulards fins pour la coiffure des femmes sont

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266 EN HATI imports de France, les foulards ordinaires d'Angleterre, les chaussures sont franaises; la fabrique de Choisy-le-Roi fournit les faences; la verrerie, la quincaillerie, la coutellerie et la mercerie proviennent de France et un peu d'Allemagne, la parfumerie de France ; de mme les vins, que l'on choisit trs pais pour tre coups d'eau, puis rpandus dans les cam pagnes comme remdes ou pour la clbration des jours de fte. Une maison d'Augsbourg a inond tout le pays de ses allumettes. Mais ce sont naturellement les tats-Unis qui prennent la plus grande part de l'importation, avec leurs bois et leurs articles de consommation, farine, saindoux, poissons schs, salaisons. Les dtaillants de la ville et les revendeurs des campagnes viennent s'approvisionner chez les ngociants importateurs. C'est surtout, aux jours de march, qu'on accourt des habitations, situes dans la sphre d'attraction de Saint-Marc, c'est--dire de toute la basse valle de l'Artibonite et des mornes qui la bordent. Les rapports sont plus frquents avec les bourgs de la plaine. Le commerce de l'intrieur est presque exclusivement entre les mains des femmes; elles sont actives et honntes, toujours en mou vement pour acheter en ville et revendre dans

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SAINT-MARC 267 les marchs ou sous une tonnelle au bord du chemin ; les ngociants leur accordent volontiers de petits crdits et elles prennent grand soin de faire honneur leurs engagements. En Hati, la ngresse vaut mieux que le ngre. Pendant que l'homme s'endort dans la ngligence du travail des champs et l'abrutissement du service militaire local, boit du tafia ou bamboche au son du tambour, la femme trime par les chemins, pour assurer les rentres du mnage et entretenir la paresse de l'poux. En gnral, les commerantes hatiennes sont assez avises pour rester l'cart du mariage; elles se placent avec un homme de leur choix, afin de se procurer les joies conjugales ; mais elles se gardent bien de l'pouser, de crainte de lui donner autorit sur leurs oprations et sur leurs profits. Les ngociants des ports affirment que leurs meilleures clientes ne sont jamais maries ; le plus souvent, leurs affaires prosprent et elles payent rgulirement; si, par faiblesse, elles se laissent entraner au mariage, c'est signe que le petit commerce va tre livr aux dilapida tions de l'homme et que la ruine est prochaine. Le ngociant paye ses importations avec les produits qu'il exporte. Saint-Marc a la bonne fortune de disposer d'une grande varit d'ex-

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268 EN HATI portations, puisqu'elle expdie la fois le caf le campche et le coton Du fait de cette di versit, la place s'est mieux maintenue que les autres ports hatiens. Grce au coton, dont elle est le dbouch principal, elle a pu chapper la crise provoque ailleurs par la baisse des prix sur les cafs et les campches. La loi hatienne ne permet pas aux trangers d'acheter directement la rcolte des habitants. Ils doivent prendre pour intermdiaires les courtiers, dits spculateurs en denres tablis dans les villes et les bourgs. Ces gens achtent au producteur, pour revendre l'ex portateur. Ils ont, dans leur maison, un comp toir et un dpt ; devant leur porte, fixe une potence, une grande balance plateaux de bois. L'alignement de ces balances est une des caractristiques d'un bourg hatien ; parfois ils vont au-devant de la pratique, en installant leurs accessoires, quelques centaines de m tres en avant du bourg. Dans un pareil mtier, il va sans dire que les voyages sont ncessaires et qu'il faut constamment visiter la clientle. 1. Exportations du port de Saint-Marc, en 1904 : 3 millions 706.000 livres de caf; 1.836.000 livres de coton; 15.149.000 li vres de campche ; 11.762.000 livres de racines de cam pche; 2.279.000 livres de gayac; 136.000 livres de caf triage.

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SAINT-MARC 269 Les bnfices d'un spculateur peuvent atteindre des chiffres assez levs, mais, pour y russir, l'homme doit tre fort entendu, disposer d'un certain capital et savoir manier le paysan hatien. C'est grce ces avantages que M. Joseph Saint-Fleur est devenu le principal spculateur de Saint-Marc. Il opre dans toute la rgion, achetant indiffremment aux propritaires caf, campche et coton. Il leur consent des avances sur la rcolte, et ses recouvrements sont as surs par les chefs militaires locaux, dont il a t assez habile pour s'assurer le concours. Le caf de Saint-Marc est connu partout; il couvre, de son nom et de sa renomme, la pres que totalit du caf hatien; mais il ne pousse plus qu'en proportion trs limite, son domaine se rduisant peu prs aux sommets des Mornes des Cahos, qui ferment, l'est, la plaine de l'Artibonite. Les paysans l'apportent au bourg de la Petite-Rivire, au pied mme des mornes; et les spculateurs de l'endroit le rexpdient leurs correspondants de Saint-Marc, dans des chariots qui leur appartiennent, se chargeant ainsi de l'achat et du transport de la denre. Pour tre expdi en ville, on a vu que le caf n'exigeait qu'un schage sommaire, effectu au soleil dans la cour de chaque case. Le coton

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270 EN HATI demande plus de soins, car il faut un moulin pour le sparer d'avec ses graines. D'habitude, le spculateur en fournit chaque habitation et rmunre son capital, en prlevant le quart du coton gren. Dans la rgion de Saint-Marc, l'espace cultiv en coton est considrable; il occupe toute la plaine et le rivage de la mer vers Port-au-Prince, jusqu' la pointe du MontRoui. Le campche est galement abondant; il crot en plaine et se multiplie en bouquets touffus parmi les savanes de l'Artibonite. Le spculateur s'entend avec les propritaires de semblables bois, leur fait des avances pour les coupes et assure le transport des campches, qui, par radeaux, descendent le fleuve au fil de l'eau. A leur arrive Saint-Marc, les chariots, chargs de caf et de coton, aboutissent aux halles des ngociants exportateurs ; aprs avoir pass sous une presse trs primitive, le coton est aussitt mis en balles. Le caf subit quel ques oprations rapides : tout d'abord, on l'tend sur des prlarts, au beau milieu de la rue, pour le faire scher au soleil ; il y demeure tout un jour, remu de temps autre la pelle, afin d'en dtacher les pellicules; le nettoyage des grains s'achve la machine; puis des ngresses, accroupies dans une halle, en op-

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SAINT-MARC 271 EN-usrent le triage ; ds lors, il est mis en sacs et expdi au Havre, qui est le principal march des cafs hatiens. Le campche 1 est trop volu mineux pour entrer dans les magasins. Il forme, sur la plage de sable, d'normes amoncelle ments de troncs et de racines. Parvenus l'embouchure de l'Artibonite, les radeaux sont dmonts et leurs pices entasses dans des barges, qui les amnent au fond de la baie de Saint-Marc. Chaque jour, ce sont nou veaux arrivages ; la pente est si rapide que les bateaux peuvent presque accoster la plage, et, malgr les requins, les hommes, se jetant l'eau, transportent les bois sur leurs paules. Quelques-unes de ces barques sont toujours en dchargement. Comme les ngres, elles sont affubles d'un double nom, le nom de baptme et le nom-jouet. J'ai vu dcharger deux d'entre elles, le Dieu-Devant et la Sainte-Elisabeth; mais, la plupart, ignorant ces appella tions chrtiennes, les dsignaient sous le nom de Grand-Bois et de Pendi--part, (pendu part, hors classe). Pour la teinture, le campche a perdu sa valeur d'antan; les bois de 1. Les campches, apports du Mexique, furent introduits dans l'le en 1730 ; les premiers plants en furent acclimats sur l'habitation de M. Le Normant de Mzy, prs du Cap.

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272 EN HATI teinture disparaissent de plus en plus devant les progrs de la chimie; les prix sont si bas que le campche ne peut supporter le fret des bateaux vapeur ; ce sont voiliers franais ou norvgiens, qui viennent le chercher pour le transporter en Europe. Il en est, Saint-Marc, comme partout aux colonies; la vie y est rgularise par les arri vages des navires, qui viennent la consigna tion des ngociants importateurs et exportateurs. Les bateaux franais, allemands et hollandais, qui touchent le port, apportent, avec les marchandises prvues, le courrier, les nouvelles, un peu d'air du dehors. Ils emportent les denres emmagasines, depuis le dernier passage, par l'activit commerciale de toute la rgion; leurs apparitions priodiques sont dates importantes dans la monotone existence de la ville. La colonie trangre, qui vit du commerce de Saint-Marc, est naturellement limite. Il ne s'y trouve ni Anglais, ni Amricains; deux Allemands, employs de commerce; quelques Syriens. Les ntres sont les plus nombreux : la maison EN-usBoutin en occupe une demi-douzaine, que le hasard a amens des divers points de la France continentale ou des colonies. Un vieux

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SAINT-MARC 273 Corse est employ dans une maison allemande; un multre trs fonc, fils d'un Corse, venu nagure pour faire des coupes d'acajou, tient une picerie; quelques croles franais s'occupent vaguement d'exportation; plusieurs Guadelou pens exercent en ville de petits mtiers; un Martiniquais expdie du gayac aux Etats-Unis. Enfin, l'lment religieux, toujours nombreux et actif en Hati, est reprsent par le cur de la ville avec ses deux vicaires; une Alsacienne, la Mre Sainte-Alvire, dirige, depuis vingt-six ans, avec quatre religieuses, l'cole des Surs de Saint-Joseph de Cluny, qu'elle a fonde; elle runit 220 enfants; l'cole des Frres de Plor mel, cre la mme date, compte 200 lves, qui sont duqus par quatre Frres. Les distractions sont rares Saint-Marc et la chasse est rserve aux jours de loisir. Les deux pointes, qui encadrent la baie, contiennent des fourrs pais, o gtent l'iguane et la chvre sauvage, que les indignes appellent le cabrite marron ; il y a abondance de perdrix, de ramiers et d'ortolans ; les canards, les plon geons et les poules d'eau se rencontrent dans l'es tangs et les marcages de la plaine. Entre la plaine de l'Artibonite et la baie de Saint-Marc, le morne allong de l'Anse l'Inde se termine EN HATI. 18

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274 EN HATI la Rivire Sale; par del, un petit lot, peupl d'aigrettes, avec la Table au Diable, o se trouve la pointe septentrionale fermant la baie. La Rivire Sale est tout encombre de paltuviers; sur les multiples racines de ces arbres, ainsi que sur les tiges de bois ros, qui, des branches, plongent perpendiculairement dans la mer, viennent se fixer toute une varit de coquillages; les hutres, que l'on y recueille, sont, avec celles d'Aquin, dans le Sud, les plus renommes du pays. Elles sont petites et bis cornues; mais le got en est excellent, except quand les crues de l'Artibonite, dont l'embou chure est voisine, envoient, jusque dans la rivire, le limon du fleuve. J'ai t Saint-Marc l'hte de EN-usMM. Boutin. Sur la terrasse de leur maison, la soire tait dlicieuse. Au point de vue du climat, je ne connais aucune rgion tropicale plus favorise que les Antilles. Le milieu du jour y est pnible, surtout dans la saison des pluies; mais,avec le dclin du soleil, la brise se lve et l'on jouit alors de longues heures de fracheur. Par malheur, la nuit vient vite sous ces latitudes, le crpuscule dure peine et c'est, avant la fin du jour, un instant unique, dont profitent les croles pour se rpandre au dehors.

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SAINT-MARC 275 Ce soir-l, dans une petite maison situe vis-vis de celle de EN-usMM. Boutin, on enterrait un ancien juge de paix, M. Victorin Syl vestre, mort la veille. Il y eut un grand mou vement dans la rue ; puis, au milieu des gmis sements pousss par les femmes de la famille, un corbillard vitr, accompagn de ngres empanachs, emporta le corps au cimetire, avec cette pompe funbre voyante et grotesque, habituelle aux pays du Sud. Une demiheure aprs, la foule tait revenue pour envahir de nouveau la maison, o se trouvait prpare, aprs l'enterrement, la collation d'usage. On y versait du rhum tout venant, et les oisifs, tou jours disposs manger et boire aux frais d'au-trui, ceux que le dialecte crole dsigne sous le nom de tchionels, accouraient l'aubaine de tous les coins de la ville. Quand tomba la nuit, un petit groupe de soldats dpenaills parcou rut les rues, en sonnant la retraite sur des fifres, des trompettes et des tambours. La retraite s'arrta devant la maison mortuaire, et, sans interrompre la musique, chacun des soldats EN-uss'en fut tour de rle boire la sant du dfunt. A 7 heures, on plaa des gardes au bord de la mer, pour empcher la contrebande ; puis l'obscurit appartint aux groupes de

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276 EN HATI Mardi-Gras c'est--dire aux masques dont s'affublent les ngres, pendant les longues semaines du carnaval, et ces gens envahirent les rues avec des tambours, des chants et des lumires 1. A 10 heures, le bruit cessa ; la patrouille sonna le couvre-feu et, par ordre des autorits militaires, la ville dut s'endormir; car les ports sont en tat de sige, crainte des rvolutionnaires parpills dans les les voi sines, et toutes prcautions sont prises pour repousser un dbarquement. 1. EN-usTousEN-us les ngres prouvent un got trs vif pour les d guisements et les mascarades. Les Mardi-Gras envahissent les villes hatiennes, ds les premires semaines de jan vier ; ils svissent particulirement pendant les trois jours du carnaval et le jour de la mi-carme. Ils existent gale ment Cuba, sous le nom de comparsas. A la fin de la semaine sainte, les ngres s'employaient avec zle brler un Juif en effigie, afin de venger la mort du Christ. Cette coutume parat avoir peu prs disparu de Cuba, mais elle doit subsister Porto-Rico, o, un Samedi Saint, j'ai rencontr sur une grand'route, la jeunesse promenant un mannequin qu'elle couvrait d'ignominies ; elle existe toujours en Dominicanie. En Hati, le loiloidi serait un driv de cette mme coutume. Jusqu' l'abolition de l'esclavage, chez les planteurs fran ais de Cuba, les esclaves avaient l'habitude de former, le jour de l'an, une mascarade, avec destambours et des casse roles enrubannes. Ils apparaissaient ainsi, minuit, dans le salon du matre ; aprs un compliment rcit par une ngresse exprimente, ils chantaient des chansons croles et recevaient, en menus objets, leurs cadeaux de la nouvelle anne. La mme coutume existait la Louisiane.

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CHAPITRE IX LES MORNES DES CAHOS De Saint-Marc aux Mornes des Cahos. A travers la plaine de l'Artibonite ; le coton. Les radeaux de campche. Le chemin royal et le transport des cafs par ca-brouets. Le bourg de la Petite-Rivire ; le fort de la Crte--Pierrot. Chez le commandant de la commune ; le gnral EN-usValentin Achille. La forteresse impriale de Dessalines. Petits et Grands Cahos. La lgende du trsor de Toussaint Louverture. Les deux sections des Grands Cahos : Prodin, Mdor. Descente sur l'Arti bonite ; le passage du fleuve en bois-fouill Le quartier de la Chapelle. Retour Port-au-Prince. Sur les routes hatiennes. La route du Nord sort de Saint-Marc par le portail des Gupes et remonte par la ravine du mme nom, travers des fourrs de gommiers et de bayaondes. De ce ct, les abords de la ville sont dfendus par trois forts, couron-

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278 EN HATI nant les mornes EN-usBlockhouse, Bel-Air et Dia mant. Le pont Lioquant, flanqu de quatre canons, est jet sur un foss troit et profond, creus par les eaux de la ravine. On gagne promptement le sommet du Gros-Morne, d'o la vue embrasse toute la plaine de l'Artibonite. C'est la basse valle du fleuve, plate comme la main et d'une verdure grise, s'tendant l'infini vers le nord ; son sol sec et un peu aride est, en Hati, le principal centre de la production cotonnire, comme il tait dj du temps de la colonie. Tout au fond, peine perceptible, la chane des montagnes septen trionales de l'le; puis, s'arrondissant vers l'est, la ligne de mornes qui ferme la plaine, les Mornes de la Coupe--l'Inde et les Mornes des Cahos. Au pied, sous un ajoupa, le poste militaire de la Croix-Multresse, au carrefour des deux routes traversant la plaine, l'une vers les Gonaves, l'autre, en amont du fleuve, vers la Petite-Rivire ou les Verrettes. Il y a 7 lieues de Saint-Marc la PetiteRivire de l'Artibonite ; trois bonnes heures de voyage. La route traverse une contre boise, o les comas, les tchatchas, les acajoux et les gayacs poussent parmi les bayaondes ; de temps autre, les arbres ont t coups, les

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LES MORNES DES CAHOS 279 troncs enfoncs dans la terre pour former clture; les habitants ont construit de pauvres mai sons en terre battue dans leurs champs de coton ou de petit mil. L'aspect du pays est triste et dessch : les cotonniers, que l'on nglige de tailler, deviennent de vritables arbustes. Nous sommes l'poque de la cueillette, qui com mence la fin de janvier, pour se terminer en mai; sur les tiges noircies et dpouilles, le duvet, charg de graines, s'chappe des gousses fl tries ; quelques fleurs jaunes ou rouges persis tent encore, pour la floraison du printemps1. La plaine de l'Artibonite n'a jamais t riche ; elle tait sche, assez peu peuple ; les colons n'y plantaient que l'indigo et le coton ; les travaux d'irrigation, mis l'tude, n'avaient pas t entrepris, ayant t reconnus trop coteux ; les prises d'eau, pratiques par les riverains sur le fleuve, taient constamment enleves par les crues. Les jardins ne se forment que sur les bords de l'Artibonite, aux approches du pont Sonde. I. Le coton de Saint-Domingue fut, ds l'origine, de qua lit mdiocre, et ne pouvait tre compar celui du Brsil ni des Indes orientales. D'ailleurs, les cotonneries taient les manufactures o les planteurs avaient engag le moindre capital ; elles ne produisaient gure plus de 6 millions de livres par an.

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280 EN HATI Ce pont est le plus bel ouvrage d'art que se soit offert la Rpublique d'Hati. Il est suspendu sur le fleuve, qui peut bien avoir en cet endroit 80 mtres de largeur ; une maison amricaine le construisit en 1878, pour assurer les com munications entre le Nord et le Sud du pays ; par malheur, son entretien s'est trouv nglig, la couleur ne tient plus, les fers se disjoignent et les poutres du plancher sont perces de trous inquitants. L'Artibonite est le principal cours d'eau, drainant la rgion occidentale de l'le de SaintDomingue. Il sort, en Dominicanie, du massif central, et descend des grandes montagnes pour recevoir, sur ses deux rives, toute une srie d'affluents, qui parcourent les savanes des hauts plateaux. Le fleuve roule ses eaux troubles entre des berges boises. Comme il est trop large et trop profond pour tre franchi gu, une population, vivant de l'Artibonite, s'est dveloppe sur ses bords ; des stations de pirogues chelonnes en assurent le passage et les radeaux l'utilisent pour le transport des campches. Les bois viennent surtout du haut fleuve, audessus du Mirebalais, o ils sont le plus abondants. tant trs lourds, on a coutume de les

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LES MORNES DES CAHOS 281 placer sur des cadres de bambous, remplis de bois lgers, bois-trompette ou troncs de bananiers, qui servent de flotteurs. Le radeau ainsi form comporte une surface de quelque 50 mtres carrs et un poids d'une dizaine de tonnes. Par ce moyen, les campches font sous l'eau tout le voyage ; le sjour prolong dans le limon du fleuve agirait sur la nature et la couleur du bois, d'une faon qui en accrot la valeur. A Saint-Marc, le bois de saline venu par l'Artibonite, se paye presque le double du bois de ville apport par cha riots de l'intrieur. Les convois sont conduits par des quipages de radayeurs commands par un capitaine ; leur mtier est difficile et mme dangereux, Quand les eaux sont basses et que se forment les bancs de sable, il faut aller lentement, vitant les chouages, et l'on met quelquefois deux mois pour atteindre jus qu' la mer. Avec les hautes eaux et le courant rapide, les radeaux risquent de se briser sur les saillants des berges, multiplis par les mandres du fleuve ; les radayeurs n'ont pas de gouver nail et c'est en s'appuyant sur de grandes per ches en bambou qu'ils parviennent gouverner. Arrivs l'embouchure, la Grande-Saline 1. Les premiers Franais, venus l'le de la Tortue, se

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382 EN HATI des cordes leur sont lances, afin d'amener terre et d'amarrer les radeaux. Si, entrans par la vitesse des eaux, ils ne russissent pas saisir ces amarres, il ne leur reste qu' se jeter la nage, tandis que les campches s'en vont la drive, et l'on en retrouve, emports par le EN-usGulf Stream, jusque sur les ctes de Floride. Il y a mme certaines saisons o le fleuve est compltement impraticable ; l'automne, aprs les pluies, aucun radayeur ne consenti rait se risquer sur l'Artibonite. Quand la crue commence baisser, l'exprience est faite par un petit radeau d'essai, un pipri, qui renseigne sur les conditions de navigabilit. Une fois rendues la Grande-Saline, les quipes ont achev leur tche ; elles remontent pied le long du fleuve, pour prendre une nouvelle charge de campche et la conduire EN-uslamer. Du pont Sonde la Petite-Rivire, le che min royal est une ligne droite, trs large, qui n'en finit point et conduit jusqu'au pied des proccuprent des salines naturelles, qui se trouvaient la cte de Saint-Domingue. Ils en prparaient le sel et s'en servaient comme matire d'change, surtout avec les Anglais. Leur principal tablissement fut cr l'embou chure de l'Artibonite, en un lieu qu'ils appelrent la GrandeSaline. Il s'y maintint, pendant tout le dix-huitime sicle, une communaut de saliniers, recruts au hasard et vivant en dehors de tout contact avec la socit des planteurs.

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LES MORNES DES CAHOS 283 mornes, marquant, l'est, l'extrmit de la plaine. Les habitations se succdent les unes aux autres avec des cases prospres et des jardins bien cultivs. Leurs noms Moreau, Villars, Cloville, Laville, Sgur rappellent le souvenir des anciens colons franais. Par bonheur, il n'a pas plu depuis quelque temps et la route est praticable. Sur plusieurs points, des corves de paysans travaillent la remettre en tat ; le sol, profondment remu par les roues des chariots, tmoigne assez des fon drires qui s'y doivent creuser avec la mauvaise saison. Car la route appartient aux cabrouets, qui apportent, de la Petite-Rivire Saint-Marc, le caf des Cahos. Ce sont lourds chariots rou lant sur deux roues normes, o l'on peut entasser vingt-cinq sacs de cafs ; un attelage de cinq paires de bufs les trane pniblement travers les ornires de la plaine ; d'habitude, ils sont expdis le lundi matin pour arriver au port le mercredi ; le reste de la semaine est consacr au retour. Au bourg de la Petite-Rivire, qui, du temps des blancs, fut le premier tablissement de la plaine, le terrain commence s'lever; les maisons de bois s'parpillent sur un sol ro cheux. Plus haut, les galeries triples arcades

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284 EN HATI d'un grand palais de briques, qui, commenc par le roi Christophe, n'atteignit jamais le pre mier tage. Au sommet, le fort ruin de la Crte--Pierrot eut son heure de clbrit EN-uspendant les guerres de la Rvolution. En 1802, lors de l'expdition du gnral Le-clerc, les troupes franaises, qui se concen traient de toutes parts contre les dernires forces de Toussaint Louverture, refoules dans les Mornes des Cahos, se heurtrent cet ouvrage, construit, quelques annes auparavant, par les Anglais. La petite garnison noire fit, vingt jours durant, une admirable dfense et finit par s'enfuir, en forant nos lignes. Pourtant la prise de la Crte--Pierrot dcida de l'issue de la campagne ; elle entrana la reddition des prin cipaux chefs, y compris Toussaint lui-mme. Descourtilz se trouvait alors prisonnier dans le fort et parvint s'chapper aux derniers jours du sige. Alli par son mariage la famille Rossignol-Desdunes, dont les multiples bran ches peuplaient la plaine de l'Artibonite, il tait venu Saint-Domingue en 1798, pensant profiter des bonnes dispositions de Toussaint Louverture, qui proclamait l'intention de res tituer les terres des blancs, sur lesquelles les esclaves mancips seraient rests comme

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LES MORNES DES CAHOS 285 mtayers. Les circonstances amenrent Descourtilz faire mtier de naturaliste, davan tage que de planteur. Mais, au dbarquement des troupes franaises, la fureur s'empara des ngres, qui se saisirent des blancs et les massa crrent en grand nombre. Descourtilz fit partie d'un groupe de nombreux prisonniers, cueillis sur les habitations de l'Artibonite et interns la Petite-Rivire. Au cours des massacres, Mme Dessalines le sauva en le cachant sous son lit. C'tait une ngresse fort distingue, qui avait t la mnagre d'un riche colon, en avait gard bon souvenir et qui, dans sa situation nouvelle, s'employait de son mieux en faveur des blancs. Elle continua de s'intresser au sort de Descourtilz, et lui fit passer des provisions dans les Mornes des Cahos, o il servait de mdecin aux troupes ngres. Une tentative d'vasion lui valut son internement la Crte--Pierrot. Il raconta, par la suite, les dtails de sa capti vit par 40.000 ngres dans un mmoire insr au troisime volume de ses Voyages d'un natu raliste. La Crte--Pierrot est un de ces pisodes h roques de l'Indpendance, dont les Hatiens aiment garder la mmoire. Ce nom avait t donn un petit bateau de guerre, qui, EN-uspen-

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286 EN HATI dant la rvolution de 1902, fut impitoyablement coul par une canonnire allemande, pour n'avoir point marqu le respect voulu au com merce germanique. Le procd tait un peu vif ; l'amiral, qui commandait la Crte--Pierrot (les grades levs abondent en Hati) se sentit inspir par les grands souvenirs rvolutionnaires et, aprs avoir dbarqu ses hommes, prit brave ment avec son navire. Le fort, dont les murs se sont crouls, forme un carr, entour de fosss. Deux figuiers maudits ont pouss parmi les dcombres, les canons aux roues de bois et les boulets aban donns. Une croix de pierre s'lve auprs de quelques tombeaux ; sur l'un d'eux, au-dessous d'armoiries, on lit l'inscription suivante : Cigt Thomas d'Hector, duc de l'Artibonite, g de soixante-seize ans, natif de l'Artibonite, dcd le 18 aot 1852. Passants, priez pour lui. Amen I La poudrire est peu prs intacte, ct d'un ajoupa construit pour abriter un poste absent. Au sud, le mamelon de la Crte--Pierrot est taill pic ; des acajoux ont pouss dans les ruines des fortifications et la vue s'tend sur le cours infrieur du fleuve, qui sort des montagnes, entre les Mornes des Cahos et la chane

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LES MORNES DES CAHOS 287 des Matheux, pour serpenter jusqu' la mer travers la verdure de la plaine. Sur la rive op pose, une tache grise marque le bourg des Verrettes. Un bac, glissant sur un cble, assure le passage entre les deux agglomrations. tabli par les gens de la Petite-Rivire, il est afferm un entrepreneur, M. Auguste Sup plice, magistrat communal de Saint Marc, moyennant une redevance annuelle de 200 gourdes ; la taxe perue sur les passants est de 2 centimes par homme ou par bte, d'une gourde et demie par cabrouet. Le bac actuel se trouve l'endroit mme o avait t tabli, l'poque coloniale, le bac d'en haut. C'tait le moins achaland des trois bacs de l'Artibonite ; adjug la crie devant les officiers de la sn chausse de Saint-Marc, il ne rapportait que 5.500 livres. Le fermier avait le droit d'exploi ter, au bord mme de la rivire, une auberge, une boulangerie et une boutique de mar chandises sches J'ai reu l'hospitalit chez le cur de la Pe tite-Rivire, le P. Mnager, un Breton de l'Illeet-Vilaine. Les presbytres sont la Providence des voyageurs en Hati. C'est, en rgle gnrale, la meilleure maison du bourg ; un bon lit y est toujours prpar pour les htes ; la table

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288 EN HATI est propre et bien servie ; la gouvernante du cur, qui est, le plus souvent, la prsidente des Enfants de Marie de la paroisse, est enten due et avenante. Le prtre est heureux d'ac cueillir un compatriote, qui apporte, dans sa solitude, un ressouvenir du pays. La Petite-Rivire est un gros bourg de deux mille habitants, concentrant le commerce du fond de la plaine et des mornes voisins. Avec tout le coton du plat pays environnant, il y vient aboutir le caf des Petits et des Grands Cahos, parfois mme celui des Matheux, de l'autre ct du fleuve. Aussi les balances, in dicatrices de la demeure des spculateurs en denres, se multiplient-elles aux portes des maisons, ct des boutiques de revendeuses. Chaque vendredi, sur la grand'place, devant l'glise, le march provoque une animation considrable ; les tonnelles, restes vides tout le long de la semaine, sont occupes par leurs tenants. La plupart des mtiers se trouvent reprsents au village : tailleurs, orfvres pour chanes, bagues et boucles d'oreilles, selliers, cordonniers et charpentiers. Le cordonnier est un Cubain ; deux Syriens font le petit com merce. La commune est munie de toutes les auto-

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LES MORNES DES CAHOS 289 rits requises : un chef militaire, le comman dant de place, qui assure le maintien de l'ordre et du rgime tabli, un magistrat communal lu, charg de la municipalit, un juge de paix, un officier de l'tat civil, un prpos d'admi nistration pour le service des finances. Le cur a deux vicaires : 50 enfants frquentent l'cole des Frres ; 118 petites filles, celle des Reli gieuses de Saint-Joseph de Cluny. Il n'y a pas de mdecin ; car les vertus des plantes sont connues de tous et, dans les cas graves, on a recours au papaloi. Le bourg est prospre ; chaque habitant possde et cultive son jardin dans le voisinage. Entre l'glise et l'tat, les relations sont excellentes ; le prtre est bien vu ; les convertis abondent et il y a toujours grande EN-usaffluence la messe. Les autorits mar quent pour le catholicisme le mme attache ment que pour le Vaudoux ou la franc-maon nerie. S'il y a des houmforts dans tous les coins de la plaine, le bourg appartient l'glise et les principaux de l'endroit, au nombre d'une vingtaine, travaillent la loge maonnique locale, la Terre-Promise, n 56 1. 1. La franc-maonnerie est extrmement rpandue en Hati, o elle fut introduite par les colons franais. Elle y jouit d'une organisation autonome, sous l'autorit d'un EN HATI. 19

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290 EN HATI Pour aborder les Mornes des Cahos, il fallut s'adresser au commandant de la commune, la place comme le dsigne le respect de ses administrs, qui peut seul, en cas de be soin, fournir guides et montures. Avant mon dpart de Port-au-Prince, le ministre de la Guerre m'avait remis une lettre d'introduction pour son subordonn. LIBERT. GALIT. FRATERNIT. REPUBLIQUE D'HATI Port-au-Prince, le..., an 102e de l'Indpendance. Le secrtaire d'tat au Dpartement de la Guerre au commandant de la commune de la Petite-Rivire de l'Artibonite. Gnral, M..., porteur de la prsente, entreprend un voyage dans votre commandement. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que vous devez avoir toute bienveillance envers lui et lui faire tous les accueils possibles. Dans l'espoir que vous vous acquitterez dignement envers cet important personnage, recevez, gnral, l'assurance de ma parfaite considration. Sign : CYRIAQUE CLESTIN. Grand-Orient local. Dans les ports du Sud, quelques loges relvent encore du Suprme Conseil de France. Elles portent le nom des Philadelphes qui avait t la premire loge ouverte au Cap-Franais,

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LES MORNES DES CAHOS 291 J'ai voyag par toute la Rpublique avec de semblables lettres, n'ayant jamais eu qu' me louer des facilits qui m'ont t faites. Les chefs des diverses circonscriptions appartiennent cette oligarchie militaire, dont mane le pouvoir en Hati1 ; ce sont hommes de confiance, habitus au service et au manie ment des populations hatiennes ; quelques-uns possdent intelligence et instruction ; plusieurs sont simplement de vieux soldats, arrivs l'anciennet, fatigus par les rvolutions, et 1. En dehors de la garde et des corps spciaux (l'un d'eux a t form par un ancien sous-officier franais, M. Giboz), qui restent fixs Port-au-Prince, l'arme permanente d'Hati comprend un effectif rgulier de 38.000 hommes, qui se succde par tiers sous les drapeaux ; en fait, l'effectif rel ne dpasserait pas 8.000 hommes... Chacun des 27 arrondissements, et mme quelques communes, four nissent, par recrutement local, un rgiment de deux bataillons, en tout 38 rgiments d'infanterie et 4 d'artillerie. Les soldats, rpartis dans les garnisons et les postes militaires, doi vent tre dplacs chaque anne. On les prend de prf rence dans les campagnes, afin d'avoir des gens plus lourds, moins accessibles l'ide rvolutionnaire ; on les loigne de leur lieu d'origine, pour viter les dsertions. La plu part des grands chefs hatiens sont sortis du corps d'officiers. Monsieur soldat, comme le dsigne la courtoisie de ses officiers, est un tre pittoresque et dbraill ; il sonne la diane et le couvre-feu, arrte, le soir, par un vigoureux : Qui vive 1 les inoffensifs promeneurs, touche sa paie le samedi et la joue aux ds sance tenante. Il fait, du reste, peu d'exercices, se distingue dans les coudiailles, qui sont des retraites au tambour d'un rythme rapide, et participe de son mieux aux couris, crises subites d'affolement, qui, sans rime ni raison, agitent priodiquement les villes hatiennes,

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292 EN HATI dont les connaissances ne dpassent pas la langue crole. Le gnral EN-usValentin Achille, Gnral de division aux armes de la Rpu blique, aide de camp honoraire de S. Exc. le Prsident d'Hati, commandant la commune et la place de la Petite-Rivire est au nombre de ces derniers. Avant de s'lever aux honneurs, il a men la rude existence du militaire hatien. Il y a soixante-six ans de cela, il na quit au Trou, dans le Nord de l'le, et servit, jusqu'au grade de sous-lieutenant, dans le 28 e rgiment, celui de son bourg natal. Il dbuta sous l'Empereur et garde bon souvenir de ces temps hroques, o Soulouque payait ses soldats. a pas l EN-uscon jodi : sold't pay recta. Ce n'tait pas comme aujourd'hui : la solde tait rgulirement paye. Il devint offi cier sous le rgne de Geffrard (les Ha tiens calculent volontiers d'aprs les rgnes de leurs Prsidents), gnral sous Salnave ; entre temps, le hasard des garnisons l'avait conduit Plaisance, sur la route du Cap aux Go naves ; il y prit femme et y possde encore du bien. Avec le grade de gnral, vinrent les grandeurs. Il commanda successivement la place Jrmie, au Limb, Port-Margot, la Petite-

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LES MORNES DES CAHOS 293 Rivire, allant ainsi du nord au sud de la Rpublique avec des vicissitudes diverses. Nagure, la tourmente rvolutionnaire le chassa violemment de la Petite-Rivire ; il y est main tenant revenu avec des temps meilleurs, et ses msaventures d'autrefois ne nuisent en aucune faon son prestige d'aujourd'hui. Le gnral EN-usValentin Achille est un vieillard mince, la figure entoure d'une barbe toute blan che ; il semble un peu gn dans sa redingote noire. L'appartement, qu'il habite l' Htel de la place comporte une chambre meuble d'une table et de quelques chaises ; un lit dans une alcve. Sur la table se trouvent un plateau, des verres et une carafe remplie de tafia. Le g nral la vide de son contenu, la remet un officier qui s'en va chercher du rhum ; puis, avec une serviette, il essuie soigneusement chacun des verres. En mme temps, de cette voix monotone et chantante si particulire aux ngres des Antilles, il nous expose la philoso phie douce, que, dans ses trois phases de sol dat, d'agriculteur et de grand chef, lui a en seigne l'aventure de sa vie. Nous ou tte moin tout blanc : moin pass passage en EN-uspile nan la gu, nuite drh, la pli la jounain, domi EN-usnan srein, mouill, la fiv', grand got. Ous cou c'est

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294 EN HATI toute ? Non Mangnien t, plant mangnioc, pa tates, bannanes, pois, di riz, toutes bagy C'est qui fait m'vini grand moune EN-uscon a. Si m'travaill si tant, c'est EN-uspace qui m't malhr, oui. Jodi m'chita. Vous voyez ma tte blanche, c'est que j'ai eu beaucoup endurer pendant les guerres; il m'a fallu passer les nuits dehors, re cevoir la pluie pendant le jour, dormir au se rein, tre mouill, avoir la fivre, avoir faim. Vous croyez que c'est l tout ? Non Il a aussi fallu travailler, planter du manioc, des patates, des pois, du riz, toutes sortes de choses. C'est cela qui m'a fait devenir un aussi grand per sonnage. Si j'ai tant travaill, c'est que j'ai t pauvre ; aujourd'hui je me repose. Puis il re prend : EN-usAc tout ous cou m'chita? Lan nuite, au mol : desse, pam m'big guett ngue-l yo. Soldats jodi pas soldats. Yo pas fait pass dmi. Yo pas connin fait gade ; go jeinne. M'bi g quitt chaume moin, pour m'vini dmi sou natte, EN-usnan bireau moin, ap tann la diann. Aprs c'est l m'capab'cabicha. Avec vous croyez que je me repose ? La nuit, brusquement, je suis oblig de surveiller ces ngres-l. Les soldats d'aujourd'hui ne sont pas des soldats ; ils ne font que dormir ; ils ne savent pas mon ter la garde ; ils sont jeunes. Il faut que je quitte

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LES MORNES DES CAHOS 295 ma chambre, pour aller dormir dans mon bu reau, jusqu' la diane. Aprs cela, c'est alors seulement que je peux faire un somme. Et, le rhum tant venu, le gnral EN-usValentin Achille nous servit tous un grog 1, en buvant notre conservation En remontant vers le nord, le long des mornes, il faut deux heures pour faire les cinq lieues de chemin, sparant la Petite-Rivire de Dessalines. Le pays est plat, verdoyant et monotone; les habitations se succdent le long de la route, Lucas, Marquez, Palmiste, etc. Le Pont-Benoit franchit l'Estre, qui descend des Cahos, pour traverser diagonalement la plaine et atteindre la mer, aux environs des Gonaves. Dans une chancrure du morne, apparaissent sur la hauteur plusieurs forts, aux angles sail lants ; au pied, le Champ-de-Mars, sur lequel se groupent l'glise et les maisons du bourg. 1. Dans la prparation des boissons, o le rhum inter vient invitablement, les croles distinguent les grogs, les ths et les punchs. Les grogs comportent toutes varits de mixtures, base de rhum et de citron ; les ths sont des infusions d'herbes locales (mlisse, petit baume, citronelle, bourgeons d'oranger, verveine). Les punchs sont confection ns avec des jus et des pulpes de fruits tropicaux (oranges, corossols, grenadilles), avec un peu de rhum, de sucre et de muscade. Les punchs l'eau de coco de Mlle Rose Pimpin, qui tient un petit caf sur le bord de mer Portau-Prince, sont particulirement rputs.

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296 EN HATI A l'poque coloniale, Dessalines n'existait pas ; son emplacement actuel appartenait l'ha bitation Marchand. Or, aprs l'Indpendance et jusqu' ce que celle-ci et t reconnue par la France en 1825, les Hatiens ont v cu dans la crainte perptuelle d'un retour offensif de notre part, et la principale proccu pation de leurs chefs militaires fut d'tablir, dans les montagnes de l'intrieur, des camps retranchs, qui deviendraient, le cas chant, les boulevards de la nationalit nouvelle. C'est ainsi, qu'en 1802, Dessalines cra, au centre du pays, le bourg fortifi qui prit son nom; plus tard, le roi Christophe construisit, dans le Nord, la forteresse de la Ferrire. La fortune de Dessalines fut phmre, comme celle de son fondateur. Les troupes l'y proclamrent empereur en 1804, la Constitu tion impriale y fut rdige l'anne suivante ; puis le grand homme partit et ne revint plus ; il tait mort assassin. Depuis lors, Dessalines a perdu sa raison d'tre ; le bourg ne contient pas 800 habitants ; il ne s'y fait aucun com merce; un prtre breton, le P. Moissan, dessert l'glise ; 104 petites filles se groupent autour de la robe bleue et des voiles noirs de deux Surs de Saint-Joseph de Cluny. Les souvenirs

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LES MORNES DES CAHOS 297 de Dessalines n'ont cess de valoir son bourg une situation particulire dans les divisions administratives de l'le. Christophe en avait fait le centre d'un arrondissement spcial, qui em brassait tout le massif des Cahos. La Rpubli que hatienne y a maintenu le chef-lieu d'un ar rondissement, qui comprend les deux communes de la Petite-Rivire et de la Grande-Saline. Mais la circonscription est purement militaire ; pour la justice et les coles, elle relve de SaintMarc ; comme dpartement financier, elle se rattache aux Gonaves. Le commandant luimme redoute l'isolement de Dessalines et r side la Grande-Saline. Nous partmes de bon matin pour les Mor nes des Cahos ; j'ai fait la route avec le P. Sauveur, vicaire de la Petite-Rivire et un autre de nos compatriotes, M. Duc, employ d'une maison franaise de Saint-Marc. Nous accom pagnait galement le magistrat communal, M. Julien Hrard, un jeune ngre, mince, remuant et fut, qui fait mtier de spculateur en denres. En l'absence de sa femme, en visite aux Gonaves chez une parente, sa petite mai son tait tenue par sa soeur, Mlle Julinette Julien, qui est une des principales commer antes et vit honorablement place dans le

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298 EN HATI bourg. Enfin suivait, comme prpos aux btes de charge, M. Dieujuste Nicolas Gaby, natif de la plaine et servant au 14e rgiment ; un sol dat pais et lourd, qui dormit consciencieu sement sur sa mule pendant toute la dure du voyage. Le chemin remonte lentement la valle de l'Estre et les premires pentes de la montagne, entre les habitations Laverdure et Trembley1; des canaux, drivs du fleuve, irriguent les champs de pois et de coton. Ces irrigations, tant rcentes, ne sont point soumises aux anciens rglements coloniaux, et les riverains en profitent pour user de l'eau selon leurs convenances. Quand vient la saison sche, les habitants ne se gnent gure pour pra tiquer les coupures ncessaires l'arrosage de leurs jardins, sans se proccuper du bas pays. L, comme ailleurs en Hati, les oiseaux sont peu nombreux : des corneilles, des piverts, des tacaux au plumage gris et la gorge mordore : des oiseaux palmistes, qui recher chent cet arbre ; de petits oiseaux verts la 1. M. Trembley tait venu de Genve la Rochelle et, de l, passa Saint-Domingue; il exploitait une petite cotonnerie sur son habitation de l'Artibonite. En 1781, il publia des re cherches intitules : Essais hydrauliques pour la plaine de l'Artibonite.

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LES MORNES DES CAHOS 299 gorge jaune, appels par les croles Madame EN-usSarah ; quant aux perroquets et aux perruches, peine en rencontre-t-on de loin en loin. Peu peu les cultures cessent pour faire place aux savanes, semes de pierres ; les ca ses deviennent plus rares et plus pauvres ; les campches se multiplient ; les mornes s'lvent, recouverts de petits lataniers ; nous passons la Savane Grande Hatte, puis la Savane Brle, qui descend vers Dessalines, et la Savane Campde-Roches. Nous entrons maintenant dans la montagne ; le chemin s'lve rapidement par un vallon latral, o se prcipite la Rivire MorneRouge. A l'ombre des figuiers, des acajoux, des bois chne, des mombins et des manguiers, les cultures de coton et de bananes remplissent les creux. Les tombes du cimetire Bouchoreau s'alignent au bord du sentier ; puis, avec l'habi tation Boiscarr, nous atteignons une crte, qui nous ramne dans la valle de l'Estre. Le fleuve a contourn la ligne des mornes, pour former nos pieds le val de Mirault1. C'est un enchevtrement de montagnes, aux pentes 1. Lors de la Rvolution, M. Mirault tait un habitant de la Petite-Rivire. M. Lucas, dont l'habitation a t cite plus haut, rsidait Saint-Marc. Sa maison, l'une des plus belles de la ville, fut occupe par Dessalines.

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300 EN HATI gazonnes : les habitations, avec leurs jardins, occupent la surface plane des platons ; dans les replis du sol, o coulent les eaux, se dveloppe le fouillis des grands arbres. Le chemin continue flanc de coteau. Voici la Savane Conseiller, la source Michaux et l'on descend jusqu'au bord de l'Estre, maintenant prs de sa source, roulant sur un lit pierreux, entre les hautes montagnes. Le torrent passe sous un berceau de pommiers-rose, domin par les escarpe ments rocheux du Morne Jacques. La monte devient rapide jusqu' l'habitation Tort, o se trouve la tte du fleuve Un enclos, qui se poursuit le long des pentes, entoure l'immense cafire, occupant le sommet des Cahos. La terre est rougetre, l'humidit des sources cons tante ; des blocs de rocher mergent de toutes parts. La fort, dont l'ombrage protge les cafiers, est diverse et touffue. Mombins et sucrins forment une vote de verdure, que perce et l le tronc droit des palmistes ou le feuillage gristre des bois-trompette. Les lianes pendent des branches ; mousses, fou gres et paritaires s'accrochent au roc. Les arbres fruitiers de la fort tropicale fournissent la vgtation intermdiaire, manguiers, camitiers, corossoliers, goyaviers, des bananiers

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LES MORNES DES CAHOS 301 sauvages et quelques orangers, recouverts de leurs oranges sres. Nous sommes au cur des Grands Cahos, 1.500 mtres d'altitude. Les Petits et les Grands Cahos forment l'extr mit d'une arte montagneuse, qui s'est dta che perpendiculairement de la chane septen trionale de l'le, pour mourir sur l'Artibonite, en sparant la plaine du bas fleuve des hauts pla teaux de son cours moyen. L'endroit est assez isol et difficile d'accs, pour servir de refuge naturel aux dtresses du plat pays. Pendant la rvolution de Saint-Domingue, nombre de colons franais y trouvrent un abri sr ; aux heures mauvaises, les chefs de l'Indpendance vinrent leur tour y chercher asile pour leurs familles; Toussaint Louverture s'y retira, avant que de se rendre. Sur le Morne Jacques, vit encore un vieillard presque centenaire, qui, condamn mort par Soulouque, parvint, des Cayes, ga gner les Cahos ; ses descendants habitent autour de lui ; il est devenu le patriarche de la montagne, indique tous les plantes qui gurissent et se fait le juge des contestations. Le souvenir de Toussaint Louverture est la lgende de ces mornes. Les paysans montrent

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302 EN HATI sur les rochers des signes vagues, creuss, en forme de croix, par l'action des eaux; ils y veu lent voir des points de repre, marqus par l'anctre pour indiquer la place o fut enfoui son trsor, l'approche des troupes du gn ral Leclerc. Afin d'empcher toute indiscrtion, les soldats, commands pour creuser la fosse, auraient t fusills leur retour, si bien que nul ne sait plus exactement o se trouve le monceau d'or, signal par les croix rvlatrices. Pamphile de Lacroix estime le trsor de Tous saint 80.000 doubles portugaises soit un peu plus de trois millions de francs. Il ne men tionne pas que la cachette ait t vente par nos soldats et rapporte que, ds son arrive en France, Napolon fit plusieurs fois interro ger, ce propos, le vieux ngre qui resta muet. Madiou prtend, au contraire, que le trsor fut retrouv dans les Cahos et enlev par Rochambeau. Le fait historique n'est point clairci; mais la croyance aux trsors cachs, aux trou vailles inespres est si enracine dans l'imagi nation ngre qu'aucun habitant de ces mornes ne doute de la prsence relle, en quelque en droit ignor, de cette prodigieuse fortune, des tine enrichir un heureux chercheur. Prodin est un petit village, situ sur la crte

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LES MORNES DES CAHOS 303 de la montagne, au-dessus du val de l'Estre, six bonnes heures de la Petite-Rivire. D'un ct, on aperoit la plaine et la mer, par del l'enchevtrement des mornes ; de l'autre, la vue s'tend sur les contreforts aboutissant aux hauts plateaux de l'Artibonite. Quelques cases ont t construites auprs de la chapelle et des tonnelles du march ; le gouvernement vient d'installer un matre d'cole ; une com merante, Mlle Ursule Saget, tient boutique. On trouve chez elle des salaisons, du savon, des allumettes, quelques cotonnades, un peu de mercerie et de vaisselle. Mlle Saget est la sur ane, la grande sur du juge supplant de la Petite-Rivire ; son grand-oncle, NissageSaget, fut nagure Prsident de la Rpublique. Malgr cette illustre parent, la pauvre fille vieillit obscurment au fond des mornes, occu pe son petit commerce et travaillant sur une machine coudre, la porte de sa modeste maison. Le village de Prodin s'est cr pour les be soins de toute la premire section des GrandsCahos, dont il est le centre. Le chef militaire y rside, appuy d'une force de police rurale; le gnral Henri Charles fait aussi mtier de spculateur en denres et expdie du caf

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304 EN HATI la Petite-Rivire. Lundis et mardis, les reven deuses de la contre ont visit les marchs des Petits-Gahos ; elles consacrent les jeudis et vendredis aux deux villages des Grands-Cahos, Prodin et Mdor. C'est prcisment un jeudi que nous tombons Prodin ; il est dj deux heures de l'aprs-midi et l'activit commence se ralentir. Le chef de la section apparat dans toute sa splendeur : les cinq chefs de district, avec leurs galons de capitaine, le marchal et les trois gardes champtres se sont joints l'autorit suprieure, l'occasion du march hebdomadaire. L'hospitalit est abondante ; le jeudi est le seul jour de semaine o l'on d bite de la viande au village. De Prodin, il serait facile de gagner Mdor en trois heures. Le sentier suit d'abord les crtes, au milieu de buissons de pommiersrose et de cultures de bananes ; il contourne le Morne Jacques, puis descend les pentes ra pides du Morne Ingrand. C'tait l'ancienne li mite entre les parties franaise et espagnole de l'le. Le trait d'Aranjuez mentionne l'ta blissement des bornes nos 162 174 sur les plan tations Prodin, Cottereau et Ingrand. Le n 175 tait plac sur le piton des orangers d'o la frontire descendait vers l'Artibonite. Nos

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PL. XXIX LE PASSAGE DE L'ARTIBONITE EN BOIS FOUILL VUE DE DESSALINES AUBIN. En Hati.

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LES MORNES DES CAHOS 305 compagnons nous ont abandonns ; il ne reste plus que le P. Sauveur et moi pour poursuivre notre route, avec un habitant du voisinage, M. D sir Ti Da, rquisitionn par le chef de la section, pour nous servir de guide. Mais nous tions par tis trs tard, la pluie menaait ; M. Ti Da prouva le dsir naturel de rentrer chez lui et nous re mit aux soins d'un petit garon de bonne vo lont. La nuit vint vite ; les feux de la veille s'allumrent, marquant les habitations parpil les aux flancs des montagnes ; l'obscurit tait telle, que nous perdions constamment notre chemin. Enfin, nous arrivmes auprs d'une case isole ; la maison tait hermtiquement close : la lumire du foyer filtrait par les inter stices des murs. On tarda rpondre notre appel ; les ngres sont dfiants de nature et leurs superstitions redoutent les uvres de la nuit, peuple de revenants, de EN-uszombis. Notre petit garon cria aux gens de lui baill tison pou p, donner un tison pour le Pre Quel qu'un se hasarda sortir, avec un grand mor ceau de bois-chandelle, et ce fut la lueur de cette torche, clairant la fort, que nous arri vmes Mdor. Il tait prs de dix heures du soir. Il fallut rveiller le village ; ni le chef de la deuxime section des Grands-Cahos, le gEN HATI. 20

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306 EN HATI nral Thlima Louissaint, ni le sacristain de la chapelle, M. EN-usBalthazar Bienaim,ne nous atten daient plus. Mdor est un petit village, rpondant aux mmes ncessits que Prodin. Il occupe un plateau dcouvert, entour de grands murs rocheux. Cinq ou six maisons, une chapelle prcde d'un cirouellier, o est fixe la cloche; sur la place gazonne, l'ombre des manguiers, les tonnelles du march. Le soir et dans la nuit, bon nombre de marchandes sont arrives de la plaine et des mornes; elles s'empilent dans les cases et sous les abris de branchages ; il en vient encore par tous les sentiers. Ds le petit jour, le march du vendredi s'est form : une cinquantaine de femmes ont tal leurs mar chandises, petit mil, riz, lgumes, morceaux de viande, sel, savon et allumettes. Mdor se trouve au pied du morne des Orangers, dont le fort commande le dfil de l'Arti bonite, entre la moyenne et la basse valle. Sous la conduite du chef de district, M. Simili Silhomme, qui nous accompagne jusqu' sa li mite nous gagnons par une monte trs dure la crte du Morne Pardon. La montagne est recouverte d'une herbe touffue, de goyaviers nains et d'une sorte de fougre, dont les ngres

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LES MORNES DES CAHOS 307 font des balais. La vue est magnifique sur toute la partie du fleuve, enserre entre deux chanes parallles. Descente rapide par les habitations Poincy et Lahatte ; les cases se multiplient, les champs de coton reprennent. Deux pin tades marronnes, poussant des cris effroyables, traversent l'air, poursuivies par ces oiseaux de proie, que les croles nomment des malfinis Chemin trs raide, pour atteindre la Savane Roches et le bord du fleuve. Nous sommes dsormais en pays de savanes. Cases et jardins se font plus rares. Des espaces dnuds, recouverts d'une herbe jauntre, alter nent avec des bouquets de campche : c'est une rgion de pturages et d'exploitation de bois. Le sol est uni, bon pour les pieds des chevaux. Le printemps est dlicieux dans les savanes. C'est alors que les gayacs portent leurs fleurs violettes et les campches leurs grappes de fleurettes jaunes. Sur l'habitation Vinant, l'extrmit de la savane Deslandes, rside le gnral Saint-Louis, qui assure le passage de l'Artibonite, pour la commune voisine de la Chapelle ; vieux militaire retir sur son bien, il cherche accrotre ses revenus par cette entreprise. Le passeur manuvre la perche une pirogue, que l'on nomme ici un boumba ou

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308 EN HATI bois-fouill creus dans le tronc du mapou, le fromager de nos colonies. A l'avant, les chevaux sont attachs par des cordes ; le passeur conduit sa barque en remontant le fleuve, peu profond sur sa rive droite, puis laisse driver au courant et les chevaux se mettent la nage pour aborder la berge op pose. Sur ce point, l'Artibonite coule au pied d'une ligne de collines, perce de frquentes ravines. Derrire ces collines, deux ou trois kilomtres de distance, se trouve le quartier de la Chapelle ; cinq heures de voyage depuis Mdor. Dans un champ voisin du fleuve, un ngre barbe grison nante, pieds nus et en manches de chemise, est occup travailler les cannes. C'est le comman dant de la commune, le gnral Succs Jean-Bap tiste ; il remet ses vtements et monte cheval pour nous installer dans son village. Le bourg est petit ; il y a quatorze ans seulement qu'il fut rig en commune et, depuis lors, le mme chef militaire administre la circonscription. Quelques cases autour de la chapelle; l'htel de la place se compose d'une chambre unique, o sont dposs les fusils des soldats; par devant, un abri, recouvert d'un toit de chaume, o dor ment, ct du poste, les passants attards.

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LES MORNES DES CAHOS 309 La meilleure maison du lieu appartient au juge de paix, M. Suprme Clerjeune Clment fils. Dj vieillissant, devenu gros et maladif, il eut son heure de gloire comme dput au Corps lgis latif ; avec sa femme et ses trois enfants, il s'est maintenant retir la Chapelle, o il arrange de son mieux les affaires de ses justiciables. Il y vit entre le commandant de la commune et la matresse d'cole, Mlle Cypris Malvoisin, une vieille fille, duque par les surs de Saint-Marc, qui sont les seules gens cultivs de l'en droit. La maison de M. Clerjeune fut hospitalire; j'y dormis dans un superbe lit d'acajou baldaquin, les fentres ouvertes sur la nuit bruyante des tropiques. La conversation de mon hte tait confiante et attriste. La ma tresse du logis avait prpar un ragot de porc et les pois et riz qui sont le plat na tional hatien : haricots rouges, cuits dans une sauce abondante (saindoux, beurre, lard et cives, espces de poireaux), et mlangs ensuite avec du riz. Il y a fort loin de la Chapelle Port-auPrince, au moins douze heures de route ; en par tant avant le jour, on a chance d'arriver la nuit. Aprs avoir travers les savanes et les bois de campche qui entourent le bourg, c'est la dure

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310 EN HATI monte du Morne Crplaine. L'aube com mence poindre ; dans les cases disperses, les feux s'teignent successivement ; peu peu, les tambours, qui ont accompagn les danses de la nuit, cessent leurs battements rythms. Quand nous atteignons la crte, le soleil est dj haut ; une marche interminable nous fait contourner toute la haute valle du Mirebalais. Les habitations sont nombreuses ; peu de caf, mais cultures de vivres, bananes, mas et cannes. Aprs le petit village de la Coupe-Mardi-Gras, nous rentrons en pays de savanes. Nous passons le fond des Orangers, puis le Morne Pensez-y-bien, pour descendre dans la plaine du Cul-de-Sac. Nous avions march tout le jour; il faisait nuit close quand nous arrivmes Port-au-Prince. Il y a peu de pays moins visits qu'Hati ; il n'y en a gure qui soient plus beaux et o les voyages soient aussi faciles. Aprs un premier mouvement d'instinctive dfiance, le ngre se rassure et s'empresse recevoir le voyageur. Il lui laisse la disposition de toute sa case et lui abandonne son propre lit. La nourriture laisse bien dsirer, car les habitudes frugales des indignes ne concordent pas avec les ntres, et c'est une longue affaire pour se procurer de

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LES MORNES DES CAHOS 311 la viande ou mme un poulet. Vis--vis de son hte tranger, le ngre devient peu peu cau seur et admiratif ; s'il est pris de tafia, il y a danger que ses empressements ne deviennent importuns. Aprs bon Dieu, c'est blanc dit le proverbe crole. Pour prix de ses services, le ngre s'attend peine une rmun ration de quelques gourdes, et il n'a pas assez de remerciements vous faire d'tre entr dans sa maison. Sur le chemin, les passants saluent trs poli ment. Les hommes tent leurs chapeaux ; les femmes font une petite rvrence rapide, appe le ta, un souvenir persistant des belles ma nires de la colonie. Selon les lieux, la formule du salut affecte des formes diverses. On vous dit: Bonjou, Blanc cause de votre cou leur ; Bonjou gnral ou Bonjou, Chef! pour l'minence de votre situation ; ou, plus familirement, Bonjou, papa! Le plus souvent, au fond des campagnes, o les seuls blancs connus sont les missionnaires, les ngresses vous jettent au passage : Bonjou, P Bonjou, Madanm Comment ou i ? Gomment allez-vous ? EN-usCom' a; meci, P, grce bori Gui. Comme a, merci, Pre, grce Dieu,

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312 EN HATI Les gens vous donnent avec complaisance et prcision toutes les indications possibles quant la direction suivre ; s'agit-il de la dure du voyage, les ngres sont incapables de l'appr cier. Pour eux, les heures ne signifient rien ; leurs formules sont indiffrentes. Gangnien gnou bon boute; g'ain gnou ti distance, oui Il y a encore un bon bout; il y a encore une belle distance ou G'ain route en pile enc. Il y a beaucoup de chemin signifient une heure aussi bien que six heures de route. pas si loin pass a. Ce n'est pas trs loin ou ous tout riv Vous tes tout arriv ne veulent nullement dire que l'on soit au bout du voyage. Le renseignement le plus sr est fourni par ceux qui s'arrtent vos questions, regardent dans le ciel la hauteur du soleil et vous disent Vous arriverez midi ou pour l'Anglus Etes-vous fatigu, il n'est point de case o l'on ne vous donnera de l'eau pour boire avec du tafia, s'il y en a, et une chaise pour vous reposer. Sur le chemin, les routes appar tiennent aux femmes, en Hati, les jeunes personnes ne sont point farouches ; elles rient et plaisantent volontiers, qu'elles blanchissent leur linge au ruisseau ou portent leurs denres au march prochain. Que de fois n'ai-je pas

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LES MORNES DES CAHOS 313 entendu mon embonpoint provoquer la rflexion suivante : A l blanc qui gras, sans rproche Sans rproche est soigneusement ajout pour prvenir le mal qui pourrait rsulter de la mau vaise bouche

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CHAPITRE X DES GONAVES AU CAP-HATIEN La baie des Gonaves. Du temps de la colonie. La ville de l'Indpendance hatienne. Souvenirs rvolutionnaires. Le commerce du port et la colonie franaise. Les communications entre le nord et le sud de Saint-Domingue. Le chemin des Escaliers. Les Nords L'arron dissement de Plaisance. La valle du Limbe. Le rgime du roi Christophe : ses traces persistantes. La raque Maurepas. L'Acul et la Plaine du Nord. Une image superstitieuse de saint Jacques : le saint et le loi. L'ha bitation Vaudreuil : un moulin btes de la colonie. Arrive au Cap-Hatien. Les navires de la Compagnie Transatlantique, faisant le rcolement des cafs autour de la baie de Port-au-Prince, vont chaque mois de la capitale aux Gonaves. On y arrive au petit jour. La ville est au ras de l'eau, entre le Morne Blenac et la colline isole du Morne Grammont;

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 315 4 la plaine, large de quatre lieues, longue de dix, se termine aux Montagnes Noires, perdues dans les nuages. Au nord, par un coude brusque, une chane de montagnes dnudes s'en va vers le Mle Saint-Nicolas. Au sud, une cte basse, forme de paltuviers, o les deux branches de l'Estre, l'Estre aux Rats et l'Estre la Joie, se jettent dans la Baie de la Tortue. A travers l'enchevtrement des racines, les bois fouills ont fray leur chemin, pour apporter en ville les campches, les nattes et les sacs-paille de l'intrieur. La pche et la chasse sont gale ment abondantes : sardes rouges, perroquets bleus et jaunes, vivanos, orphis, tassarts et ngres ; tortues de mer, langoustes et criques ; des crevisses dans la rivire ; des hutres sur les paltuviers, des bancs de pisquets dans les estuaires. Canards et sarcelles passent l'automne. Toute l'anne, il y a, dans l'Estre, plongeons, poules d'eau, crabiers, bcassines et flamands ; en plaine, des ramiers, des per drix et des pintades marronnes. Autour de la baie, plusieurs salines ; elles produisent 250 ou 300.000 barils, consomms sur place ou exp dis vers le sud. Le principal intress dans la saline du Grand-Carnage est un de nos com patriotes, M. Krause.

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316 EN HATI Du temps de la colonie, les Gonaves avaient peu d'importance. Ds le dbut, l'endroit avait bien t frquent par les flibustiers et les bou caniers ; en 1666, l'Olonois, le meilleur pirate dont notre pays se soit enorgueilli au dix-sep time sicle, y vint faire le partage des richesses acquises au pillage de Maracabo. Gomme dans les autres plaines de l'Ouest, la population stable ne s'accrut qu'en 1690, aprs la prise de Saint-Christophe par les Anglais ; les colons, quittant la plus ancienne de nos les, s'embar qurent pour Port-de-Paix, y arrivrent aprs mainte aventure et, s'enfonant dans l'intrieur s'tablirent aux Gonaves, sur l'Artibonite et au Cul-de-Sac. Parmi les EN-usmigrants, on a con serv les noms de MM. Rossignol, Courpon de la Vernade, doyen du Conseil Souverain de la petite le, Le Vasseur, capitaine des milices, et Dubois, fils d'un ancien gouverneur de SainteCroix. Quelques-uns ne dpassrent point les Gonaves et la famille de M. Rossignol s'y multiplia dans la plaine. Lors de la Rvolution, la descendance de ce patriarche avait essaim de faon telle, qu'on en retrouvait des branches sur la plupart des habitations. Nanmoins, les Gonaves restrent une simple paroisse, rattache au quartier de Saint-Marc.

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 317 En 1760, le bourg fut transport au bord de la mer ; les habitants firent les frais du transport, en s'imposant de 10 livres par tte d'esclaves. Il y avait en tout 67 maisons, rparties dans neuf EN-usislets ; 4 bateaux faisaient la navette entre le Cap et les Gonaves, qui servait de port aux paroisses de Plaisance et d'Ennery. Le fort EN-usCastries, aujourd'hui dtruit, dfendait la petite ville. Les services publics comportaient un bureau de poste, un substitut de la snchausse de Saint-Marc, un exempt de la marchausse. Aucun travail d'irrigation n'avait t entrepris, la scheresse rduisait les cultures : 3 sucreries, 135 indigoteries, 15 cotonneries et une hatte ; 50 cafteries sur les hauteurs ; 940 blancs, 750 affranchis, 7.500 es claves. Le passage de la grand'route, qui, de puis le milieu du dix-huitime sicle, runissait par terre Port-au-Prince au Cap, donnait seul quelque mouvement aux Gonaves. Il se trouva que ce bourg, ddaign des blancs, devint le boulevard de l'Indpendance hatienne. Aprs son arrestation en 1802, Tous saint Louverture avait t embarqu aux Gonaves ; il fut transport en France et mourut, l'anne suivante au fort de Joux. Puis l'expdi tion Leclerc fut anantie par la fivre jaune ;

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318 EN HATI Rochambeau capitula au Cap. Le ler janvier 1804, les gnraux hatiens se runirent aux Gonaves, pour confrer Dessalines l'autorit suprme et faire connatre au peuple, du haut de l'autel de la Patrie, la dclaration d'Ind pendance. Nous fmes abondamment traits de tigres dgotants de sang vautours et peuple bourreau Anathme au nom fran ais ; haine ternelle la France Les ngres jurrent d'y renoncer jamais; les mois sui vants virent le massacre des blancs, la confis cation dfinitive de leurs biens. Ce sont l choses du pass. Depuis lors, les Gonaves ont prospr ; c'est maintenant une jolie ville de 15.000 habitants, avec de grandes halles au bord de mer, de belles maisons recouvertes de tles ou d' essentes 1. Le gnral Oreste Zamor commande l'arrondissement; M. Destin Dsir, qui a fait Paris des tudes de pharmacie, administre la ville, comme magistrat municipal. Les rues, coupes angle droit, ont rejet les noms de 1. On appelle essentes, aux colonies, les bardeaux de bois, destins recouvrir la toiture des maisons, en guise de de tuiles ou d'ardoises. Ce mode de toiture est encore trs frquent dans l'Europe Centrale et Orientale. A Saint-Do mingue, les essentes taient gnralement faites de boischne, et surtout employes dans la partie du Nord, ou cet arbre tait le plus abondant.

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 319 provinces franaises ou des gouverneurs et intendants, habituels la colonie ; elles ont pris des appellations rvolutionnaires : rue Sans-Culottes, ruelle Carmagnole. Sur la place d'Armes, honore du tombeau de Mgr Toussaint Denis, duc des Gonaves, mort en 1859, l'autel de la Patrie porte inscrits les noms de hros de l'In dpendance. En 1904, date du centenaire, la reconnaissance nationale ouvrit le muse de la Rvolution : il y a l toute une srie de scnes glorieuses, dfense de la Crte--Pierrot, attaque du fort de Vertires, proclamation de l'Indpendance, qui donnent une piteuse ide de l'enfance de l'art hatien. Au milieu de ces gribouillages, figure un tableau dcent, peint par Lethire : un multre et un ngre, un jaune et un noir, comme on disait alors, en costumes militaires de l'poque, se serrent ar demment la main, devant un autel antique, sous le regard du Pre ternel. Le port s'est dvelopp. Il est visit par les bateaux franais et allemands pour l'exporta tion des cafs, cotons, gayacs et pites1. Cafs et cotons vont au Havre, gayacs et pites aux 1. Le pile est un alos, dont la fibre sert au tissage ou la fabrication des cordages; le gayac est un bois trs dur, dont on fabrique certains objets spciaux, tels que poulies de navires, quilles, etc.

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320 EN HATI tats-Unis. A moins que les prix ne soient meil leurs au Cap, tout le versant mridional des mornes du Nord envoie son caf aux Gonaves ; il en arrive du Gros-Morne, de Terre-Neuve, EN-usPilate, Plaisance, Marmelade, Saint-Michel de l'Atalaye. Les gens de la plaine assurent les charrois dos d'ne ou de mule. Il s'agit peu prs de 50.000 sacs par an. Faute d'irrigations, la plaine ne produit que le coton, un mil lier de balles, mal prpares, humides, mlan ges de chaux et de sable. L'ensemble de ce commerce est entre les mains de deux maisons franaises, une maison anglaise crole, deux hatiennes et la succur sale d'une maison allemande de Port-au-Prince. EN-usMM. Lancelot dtiennent l'agence consulaire de France et l'agence de la Compagnie Trans atlantique ; leur pre, capitaine au long cours du port de Nantes, s'tait fix en Hati. Il y prit femme et fonda un comptoir aux Gonaves, en association avec des Nantais, J.-M. Cassart et Cie, tablis Port-au-Prince. Il mourut en 1869. Ses deux fils, assists d'un cousin venu de France, continuent les affaires de la mai son. Les trois derniers jours de la semaine, a lieu le march ; les femmes de la montagne appor-

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LES GONAVES. L'GLISE LE CAP HATIEN. LA BARRIRE-BOUTEILLE AUBIN. En Hati. PL. XXX

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 321 EN-ustent les vivres et font leurs achats en ville. Au tour de la place, c'est une succession de boutiques, dont l'talage envahit les rues ; de lon gues lignes de chemises, de pantalons, de bon neterie varie, flottent au vent. Nous comptons une compatriote parmi ces marchandes, une Guadeloupenne, Mme Veuve Albert tienne, dont les quatre fils sont employs chez les n gociants de la ville. En outre des gens de nos les, la petite colonie franaise comprend un horloger, venu de Paris, et un employ de commerce, originaire du Havre, qui n'a point russi, s'est mari avec une ngresse et vit d'un vague fond d'picerie. Les Allemands sont six, dont deux pharmaciens. L'glise donne sur la place d'Armes. Elle garde les restes d'un pauvre missionnaire, us par les travaux apostoliques auquel Hati a d paratre sans gaiet. Sur sa tombe, on a grav l'pitaphe suivante : En quittant la France et ma famille, je puis dire : tout est consomm. Je ne puis pas vous donner plus, Seigneur Grce Dieu, les gens de notre g nration quittent avec moins de regret la vie resserre des vieux pays. L'cole des Frres a 300 lves, celle des Soeurs de Saint-Joseph 230 ; les mmes Surs desservent un petit hpital EN HATI21

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322 EN HATI de 30 lits, entretenu par souscriptions. En Hati, il convient de mentionner les loges aprs l'glise ; car le ngre est aussi fervent franc-maon qu'il est bon catholique. Les Gonaves en possdent trois : l'Heureuse Indpendance n 16, la Sym pathie des Curs n 27 et la Clmente Amnit n 55. Nous sortons de la ville par le chemin des Dattes. Nagure, un Dauphinois, M. SolrieuxSoleil, avait plant quelques dattiers sur son habitation ; c'taient les seuls qu'il y et dans l'le ; avec le temps, ils ont form toute une palmeraie. Nous y avons maintenant un compa triote, M. Bourgain, qui achte du gayac pour l'exporter aux tats-Unis. La traverse de la plaine est fort monotone ; le sol est blanc et dessch ; les cases, recou vertes de roseaux, ont mauvaise apparence ; les cultures de coton et de petit mil alternent avec les fourrs de bayaondes. Les colons l'avaient bien nomme la Savane-la-Dsole. Au carre four des Poteaux, une colonne en maonnerie marque la direction des quatre grands chemins de la plaine vers le Cap, Port-de-Paix, les Gonaves et Saint-Marc. Une monte rapide nous conduit la Coupe Pintades, entre les Montagnes Noires et la Chane de la Marme-

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 323 lade ; puis nous prenons gauche, au carrefour d'Ennery1, pour suivre la valle de la Grande Rivire, o se jette la Rivire Laquinte, au fond de la plaine des Gonaves. Les mornes se resserrent, les cafires commencent, la vgtation devient plus belle, les habitations se multiplient. Une coupure dans les murailles calcaires de la montagne donne passage la rivire du Chemin-Neuf et la route des Escaliers. C'tait le grand chemin du Cap Port-auPrince par la Coupe des Orangers. Jusqu'en 1752, il fallait aller par mer du nord l'ouest ou au sud de la colonie ; sinon, suivre une mauvaise route, qui, du Joli-Trou de la Grande Rivire du Nord, gagnait la partie espagnole, par l'troite porte de Saint-Raphal ; de l, une bifurcation de chemins conduisait, d'un ct, aux Gonaves, par Saint-Michel de l'Atalaye, de l'autre, Portau-Prince, par Hinche et le Mirebalais. Le voyage tait peu sr, expos aux agressions des Espagnols, qui, disait le P. Labat, il est aussi naturel de drober qu'aux femmes de pleurer quand elles veulent M. de Vaudreuil, 1. Le comte d'Ennery fut gouverneur de la colonie de 1775 1776. Il mourut Port-au-Prince. Sa plaque tombale existe encore au cimetire de l'glise de Sainte-Anne, ct du monument de Dessalines.

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324 EN HATI devenu gouverneur de Saint-Domingue, entre prit, en 1750, de relier les deux principaux cen tres de la colonie, travers la bande troite de territoire, qui, derrire les Gonaves, sparait alors la partie espagnole de la mer. La pente tait trop rude pour que l'on y pt passer en chaise de poste. Il fallait quitter la voiture au cabaret de Bonnefoy, au pied mme des Esca liers : 700 toises conduisaient la source de la rivire du Chemin-Neuf et au cabaret du Breton ; puis il restait franchir un escarpement de 1.119 toises, avant d'atteindre le col. Les inconvnients d'une telle route, exigeant l'alternance de la voiture et du cheval, se firent promptement sentir. La guerre de Sept Ans dmontra l'intrt que l'on aurait faciliter l'accs d'un massif montagneux, offrant une retraite sre aux colons de la cte nord et per mettant d'assurer le passage rapide des vivres de la partie de l'Ouest ou des produits d'Europe dbarqus au Cap. Le trait d'Aranjuez nous re connaissait bien le droit d'entretenir une route en territoire espagnol, et mme d'y faire passer nos troupes. Pourtant le gouvernement ne fit point usage d'un tel privilge et lui prfra une voie de communication, toute entire tablie sur le sol franais. Les tudes dfinitives s'effec-

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 325 turent pendant la guerre d'Amrique ; la nouvelle route, carrossable cette fois sur tout son parcours, fut commence en 1781 ; elle re montait trs haut dans la Grande Rivire et s'levait en lacets nombreux, plus longue de quatre lieues que les Escaliers. La suppression du Conseil Suprieur du Cap, entranant, vers Port-au-Prince, les affaires et les justiciables, donna l'impulsion dernire. Les paroisses in tresses, les soldats des rgiments coloniaux, les ngres de l'atelier du roi travaillrent sous la direction de l'ingnieur, M. de Vincent. Ds 1788, les voitures passaient sur la route, qui avait cot 1.200.000 livres. Une ordonnance des administrateurs en date du 28 mai 1789 autorisait un tablissement de carrioles, runi la ferme de la poste aux lettres ; si bien qu'on pouvait dsormais voyager, du Cap Port-au-Prince, moyennant 396 livres par per sonne. Le sicle coul a fait disparatre le chemin carrossable, sans venir bout des Escaliers. Jusqu' la source, le sentier actuel gravit pni blement des amas de roches, o persistent sur quelques points les empierrements d'autrefois. Le paysage est fort beau, entre les grandes pa rois grises, d'o pendent les lianes. Par contre,

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326 EN HATI la monte mme du col est presque intacte ; on dit qu'elle ft rpare par le roi Christophe. Les ajustements de pavs, les rigoles trans versales pour l'coulement des eaux sont de meurs sur de longs espaces. Les pentes sont trs fortes, les tournants rapides et nos chevaux glissent sur les pierres polies. La passe une fois franchie, les crtes dnu des descendent vers des fonds remplis de verdure. C'est la valle des Trois-Rivires, et, de l'autre ct, mi-hauteur, le bourg de Plai sance. Le chemin contourne le Morne Mapou, pntre dans les cafires, o se mlent dsor mais les cacaoyers, et suit le cours de la Rivire Longue, dans la section de la Grande-Rivire. En Hati, la ligne des mornes du nord est sensiblement moins leve que ceux du sud ; ils ne dpassent gure 1.000 1.200 mtres; si le paysage n'y est pas aussi beau, la vgtation en est plus riche. Les nuages, pousss du NordOuest par les vents alizs, se condensent sur ces montagnes et rendent les pluies plus abon dantes. Quand il fait saison sche dans le reste de l'le, il pleut encore au Cap-Hatien. De no vembre mars, les cantons septentrionaux sont noys dans la succession d'averses, provoques par les Nords A la diffrence des ava-

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 327 lasses courtes et violentes de l'hivernage, c'est une pluie fine et continue qui s'abat sur le pays. Ces pluies font, d'ailleurs, la richesse du Nord de l'le, dont les plaines, jouissant d'une humidit constante, peuvent se passer d'irrigations. Entour de mornes et de forts paisses, ne communiquant avec Port-de-Paix que par une gorge resserre, la porte des Trois-Rivires, couvert de pluies et de brouillards, le canton de Plaisance avait t d'abord nglig par les colons. Quand les premiers, venus de la Tortue sur la grande terre, eurent pris pied Port-Margot, quelques-uns, s'aventurant dans les mornes et sduits par la fracheur du climat, s'tablirent Plaisance. Ils y vivaient de chasse, de pche et de la culture de l'indigo-btard. La paroisse ne fut cre qu'en 1726; en 1770, un groupe de colons riches vint y planter des cafires. Il existait, au moment de la Rvolution, 180 cafteries, 32 indigoteries, 600 blancs, 230 affranchis, 6.600 esclaves. La circonscription n'avait mme point de chef-lieu. L'glise se trouvait 6 kilomtres du car refour ou espce de bourg de Plaisance. Une douzaine de maisons et d'auberges, le logement de la marchausse n'taient l que pour le trafic de la grand'route.

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328 EN HATI Tout le rgime du Nord de la Rpublique se ressent encore du rgne d'Henri Ier. Christophe tait un ngre violent, despote et sanguinaire dans la forme, avec un certain fond de bonnes intentions. Issu de l'esclavage, il envisagea son royaume comme un vaste atelier d'esclaves, o une noblesse de sa composition remplissait la fonction des anciens commandeurs, avec l'appui d'une force noire, importe d'Afrique, qui, sous le nom de Royal Dahomets, se chargeait de la police rurale. Attach la glbe et recevant, pour salaire, le quart des produits du sol, le cultivateur dut se moraliser, selon les indica tions royales. La constitution lui recommanda le mariage, dont il n'avait point l'habitude, et, faute de ce faire, le Code Henri dshrita ses enfants. Les rglements lui imposrent l'oubli des divertissements Vaudoux et la frquenta tion des offices chrtiens ; il lui fallut apprendre un mtier et travailler heures fixes. La moindre infraction tait punie des travaux forcs, c'est--dire que le dlinquant s'en allait travailler la construction de l'immense cita delle de la Ferrire, que le Roi faisait lever, en haut des Mornes du Cap, la sueur de ses sujets. Bien qu'phmre, il ne dura que de 1806 1820 , un systme aussi brutal a cr,

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 329 dans le nord de l'le, une population plus farou che et plus vigoureuse, qui, par sa vigueur mme, a fini par s'acqurir l'autorit politique dans la Rpublique entire. Au reste, le Nord a pour lui l'avantage du nombre : l'ancien royaume de Christophe comprenait peu prs la moiti de la population totale et la majorit des centres de recrutement militaire. Sur 86 communes, qui forment aujourd'hui l'unit lectorale, 47 en faisaient partie. Bien que la terre se trouve dsormais trs morcele dans la section du Mapou, les partages successoraux n'ont pas encore dtruit dans ces valles l'effet des dotations du roi Christophe ; plusieurs grands propritaires y possdent 150 carreaux d'un seul tenant. Ces gens consomment eux-mmes leur cacao dont ils enveloppent la pte, mlange de sirop, dans une feuille de bananier. Le caf est vendu aux spculateurs en denres, qui forment la popula tion du bourg. L'agglomration de Plaisance n'a que deux mille habitants, mais elle doit sa posi tion stratgique de possder un commandant 1. Il n'existe plus de cacaoyres, en Hati, que dans le Nord de l'le et l'extrmit de la presqu'le mridionale, autour de Jrmie. Le cacaoyer tait indigne Saint-Domingue et constitua, ds la conqute, avec le sucre et les mines, a principale richesse de la colonie espagnole.

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330 EN HATI d'arrondissement. Le gnral Milfort JeanFranois a t lev au petit sminaire de Port-au-Prince ; un ngre corpulent, qui a d pass la quarantaine, barbiche noire et che veux en brosse ; ses lunettes d'or lui donnent un certain air de gravit. On en dit grand bien. Sa femme est blanche et blonde comme les bls; elle est la fille d'un Breton, qui, de Rennes, est venu mourir Fort-Libert ; le mnage n'a point d'enfants. Plaisance s'adosse au Morne Bdoret, hriss de pitons verdoyants. C'est signe de pluie, dit la sagesse de l'endroit, quand le Morne Bdo ret fume Or, nous sommes l'automne, en pleine saison des Nords ; et la montagne est couverte de nuages. Du sommet, la vue devrait s'tendre sur la grande Ravine du Limb et jusqu' la plaine du Cap. Mais le temps n'est pas favorable, et nous faisons les cinq lieues de chemin sous une pluie battante. La valle se creuse trs profondment. La Rivire Dore, qui vient des montagnes du Dondon ; celle de l'Islet Cornes, qui descend de la Marmelade, se rejoignent en torrents, pour former la Rivire du Limb. La vgtation est splendide ; ca fiers et cacaoyers se pressent sous les grands arbres ; le chemin serpente entre des bouquets

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 331 de bambous ou de pommiers-rose et des haies de cactus-pingouin. En bas, commence, au CampCoq, la plaine du Haut-Limb. Les cases, enterre jaunie, sont recouvertes de toits de chaume ; les habitants font un grand commerce, vendent leurs cafs, selon les prix, soit aux Gonaves, soit au Cap et voyagent constamment entre ces deux villes. Tous relvent d'un papaloi connu, nomm M. Bataille Rmi. Cet homme dessert deux houmforts, l'un la Ravine-Champagne sur Plaisance, l'autre au Boucan-Guimby sur le Limb. La double installation rpond moins aux commodits de sa clientle qu'aux varia tions d'humeur des autorits. Dans le Nord, l'exercice du Vaudoux serait moins ais que dans le reste du pays ; l'oligarchie des gn raux, grands propritaires, y envisage plus s vrement les divertissements du peuple et tient parfois la main l'application des articles du Code rural, rglementant la matire. Aussi les papalois vitent-ils, comme ils ont coutume de le faire dans l'Ouest et dans le Sud, de se grou per en plaine autour des lieux habits; ils cherchent le refuge des mornes, prts ga gner, en cas de besoin, une commune plus fa vorise. Quant aux ngres, l comme ailleurs, ils partagent les superstitions ancestrales ; bien

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332 EN HATI que les puissants de ce monde leur en gtent parfois le plaisir, ils en conservent strictement les pratiques. Il n'est point de case qui n'ait, au-devant de sa porte, une bouteille enfonce en terre, pour chasser les mauvais esprits. Du Camp-Coq au Limb, une heure et demie de voyage le long de la rivire, dont le lit s'largit de plus en plus. Prs d'une passe d'eau, encombre de pierres, se trouve la roche l'Inde o les Indiens d'antan avaient essay de reprsenter une srie de figures humaines par des ronds et par des trous. A deux kilomtres du bourg, sur l'habitation Modieu, un canal d'irrigation, datant de la colonie, se dtache pour arroser toute la rive gauche ; il est aujourd'hui combl, mais la vote s'en est conser-ve, avec un petit mur, fleuri de mangercochons bleus. On tait dj bien entr dans le dix-huitime sicle, avant que nos colons eussent song pas ser de la plaine du Nord dans celles du Haut et Bas-Limb. En 1715, toute la valle fut con cde M. de Brach, lieutenant de roi Logane. Plus tard, la construction de la grand'route dveloppa le pays ; le bourg fut mme rig en chef-lieu de quartier. 22 sucreries occupaient les deux bords de la rivire

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 333 13 indigoteries, 124 cafteries remontaient les pentes des mornes. Les produits allaient au Cap, en prenant la mer l'embarcadre du Bas-Limb. Il y avait, lors de la Rvolution, 300 blancs, 200 affranchis, 5.000 ngres. Le bourg actuel du Limb compte 2.500 habi tants ; le commandant d'arrondissement s'ap pelle le gnral Orlius Delphin. C'est un triste lieu pour y patauger un jour de pluie. La valle est troite et le ciel trs bas ; le Morne DeuxTtes disparat sous les nuages. Vers la mer s'tendent des lagons, plants de rizires. La dernire rvolution a tout dtruit ; les spcula teurs en denres, les cultivateurs, quelques artisans relvent pniblement leurs maisons de bois. Tout un ct de la place d'Armes est occup par les ruines d'un ancien palais de Christophe ; de l'autre, au-devant de l'glise, les ajoupas du march, recouverts d'essentes ; les revendeuses du Cap y apportent des vivres les mardis et samedis ; car le Limb ne produit que bananes et patates. En attendant que la pluie cesse, j'ai pass l'aprs-midi chez le cur, le pre EN-usValentin, un breton de Redon ; l, comme Plaisance, trois surs de la Sagesse font la classe aux petites ngresses. Aprs le passage de la rivire, au travers de

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334 EN HATI liserons blancs, d'hortensias et de dattes, la route du Cap atteint promptement, la Grande-Coupe, le sommet des mornes, sparant la valle du Limb de la vaste plaine du Nord. Au pied, la baie de l'Acul, enfonce dans les terres, par seme d'lots de paltuviers ; plus loin, mer geant de la verdure, le massif isol du Morne Rouge. Le petit embarcadre est encombr de madrpores gratts au fond de la mer, rochesrcif dont on fait la chaux-carabe pour les constructions du pays. Le terrain est ma rcageux, dtremp par la saison; nos montures avancent avec peine dans un pouvantable bourbier, o elles entrent jusqu'au poitrail... C'est le commencement de la terrible Raque Maurepas1... Tel est l'inconvnient du voyage l'poque des Nords qui peuvent parfois interrompre toute communication. Un officier arrte son cheval au milieu de la boue, salue de son sabre rouill et se prsente : Gnral MesAmours, adjoint de place de l'Acul du Nord. 1. La Raque Maurepas, crit Moreau de Saint-Mry, du nom d'un ancien propritaire de ce sol, qui est si compact et si boueux, dans les temps de pluie, qu'il n'est pas de patience dont la dure puisse galer celle du temps qu'on met alors parcourir cette raque. Les croles appellent raque une fondrire, un passage de boue; ce terme n'est plus gure usit que dans le nord d'Hati. Il est vrai que c'est l o il a le plus d'usage.

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 335 L'Acul du Nord est quelque distance dans les terres, au pied du Morne de la Coupe Da vid ; un petit bourg de 300 habitants, tous cul tivateurs, avec un cur, trois surs vendennes duquant 96 petites filles et un commandant de commune, le gnral Simon Jean-Pierre. C'est une rgion de cafires, abrites par les grands arbres, manguiers, camitiers et mombins. A une heure de l, au travers des campches et des haies de pingouins, des jardins et des rizires, une route toute droite conduit la Plaine du Nord ; quantit de ruisseaux, descendant des mornes vers la Rivire Sale, se perdent en d'effroyables bourbiers. Le village est aussi chef-lieu de commune, habit par les cultiva teurs du voisinage 400 habitants. A la fin du dix-septime sicle, les colons y avaient tabli la paroisse du Moustique et cons truit une glise ddie saint Jacques. Ce saint fait encore la gloire de l'glise actuelle. Il y est reprsent par une grande image en relief, portant un costume de plerin, le chapeau sur l'paule et le bton la main. Ce chef-d'uvre fut import de la partie espagnole et garde le nom du donateur : Dedit Petrus Aunay,17M. Or, le Vaudoux hatien s'est habitu confondre saint Jacques avec Papa Ogoun ; l'effigie attira

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336 EN HATI du mme coup les dvots du loi et les fidles du saint; la superstition populaire adopta l'glise, o l'on vint en plerinage. Les ngres de la plaine du Cap eurent ainsi la satisfaction de runir en un mme lieu les deux sanctuaires de leurs croyances religieuses, l'glise et le houmfort. Indign, l'vque voulut carter la pieuse image, dshonore par un tel scandale; mais l'opinion s'mut, l'autorit s'interposa et le cur du village continue de clbrer la messe, sous le regard d'un loi africain, dguis en saint catholique. L'Acul et la Plaine du Nord se trouvent l'cart de la grand'route, que nous rejoignons au carrefour Morne-Rouge, par les habitations Brda, Deau et d'Hricourt. De ce ct, les ruines coloniales deviennent nombreuses : des colonnes et des margelles de puits, des pilastres, formant jadis aux domaines une entre monu mentale, se perdent dans les campches. Au cune ne s'est mieux conserve que l'habitation Vaudreuil. Sur la route, l'ombre de figuiers d'Inde, quatre pilastres ornent encore une vaste rotonde en maonnerie, garnie de bancs et perce de passages. La grande alle conduit un bassin avec jet d'eau, prcdant les murs ruins de l'habitation coloniale. Tout ct, l'an-

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LA GRANDE RIVIRE DU NORD LE CAP HATIEN ; VUE PRISE DE LA RADE PL. XXXI AUBIN. En Hati.

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DES GONAVES AU CAP-HATIEN 337 cien moulin btes reste peu prs intact ; on y distingue nettement les ouvertures pour l'en tre des cannes et le retrait des EN-usbagasses, la conduite donnant issue au vin de canne ; par-dessus, un chemin circulaire, destin la traction animale, o persistent les supports de la balustrade disparue; le milieu du moulin est encombr de figuiers et de cachimentiers. L'habitation Vaudreuil, de 200 carreaux, ap partient aujourd'hui un multre du Cap, M. Monpremier Gautier, qui y fabrique du ta fia et du rhum. Nous arrivons enfin au quartier du Haut-du-Cap o se rassemblrent les douze Franais conduits par Pierre Lelong, de la Tortue sur la grande terre, quand nos gens y prirent pied pour la premire fois. Puis nous entrons en ville par la vieille porte en fer forg, ouverte dans le mur crnel, qui joint le morne aux paltuviers du rivage ; on la nomme la Bar rire-Bouteille. Des Gonaves au Cap, nous avions fait en tout 27 lieues de chemin 1. 1. La partie du Nord tait particulirement favorise dans la colonie : elle avait l'avantage d'tre plus accessible aux navires de la mtropole et son sol tait naturellement arros par les pluies. Ses plaines produisaient le sucre, l'indigo et le campche ; ses mornes, le caf et le cacao. A la Rvolution, elle comptait 16.000 blancs, 9.000 affranchis, 70.000 esclaves. Sa capitale, le Cap-Franais, avec 1.361 maisons et 12.151 habitants, dont 2.740 blancs, EN HATI. 22

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338 EN HATI en tait le vritable centre. La ville, mieux fournie qu'au cune autre la cte de Saint-Domingue, garda, jusqu'en 1787, un Conseil suprieur. Elle possdait un comman dant en second, qui, jusqu' la cession de l'le au Dane mark, fut aussi gouverneur de Sainte-Croix, un commissaire ordonnateur de la marine, une snchausse, une garnison, des hpitaux, des casernes, un thtre, une Chambre de Com merce, une autre d'agriculture. Elle avait des marchs, des commerants achetant la cargaison des capitaines de navires, des libraires, des imprimeurs, voire un Cercle des Philadelphes puis une Socit Royale des Sciences et Arts. Il s'y publiait l'Almanach de Saint-Domingue et les Affiches amricaines. Parfois, 80 bateaux franais s'y trouvaient ensemble dans la rade ; les btiments de Nantes, qui ve naient chercher le fret, apportaient des pierres pour la construction, des ardoises de l'Anjou, des tuiles de Nor mandie. Christophe y fut roi, sous le nom de Henri Ier, aprs avoir t matre d'htel chez Mme Modion, qui tenait la premire auberge du Cap et qui, rfugie aux Etats-Unis, reut une pension de 6.000 francs de son serviteur couronn. La ville devint temporairement le Cap Henri. Aujourd'hui, malgr le terrible tremblement de terre de 1842, la ville du Cap-Hatien conserve encore sa vieille cathdrale, les fontaines monumentales de ses places, et bon nombre de maisons tage, datant de l'poque coloniale. Elle sert de dbouch tout le nord de l'le, dont elle exporte les cafs, les cacaos et les campches. Cinq maisons fran aises, trois maisons allemandes, une seule anglaise, quelques hatiennes, participent ce trafic. Les maisons franaises les plus importantes appartiennent MM. Reine, du Havre, et Altieri. M. Altieri vint, il y a une vingtaine d'an-nes, de la Dominicanie; sa suite, il attira au Cap-Hatien toute une colonie de gens du Cap-Corse, qui, peu peu, essaimrent dans l'intrieur, la Grande-Rivire du Nord, Fort-Libert, Ouanaminthe. Un de nos compatriotes, venu de Reims, s'est tabli au Trou, comme missionnaire baptiste ; il s'est cr une famille de couleur et fait un petit commerce.

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I FRPARIS Imp. Du FRfrnoy. Paris.

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LIBRAIRIE ARMAND COLIN PARIS Eune Aubin. EN" HA TI Imp J>u/rnqy. Parr. Pl. 2

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Eugne Aubin .EN llATi Pl.l LIBRAIRIE ARMAND COLIN PARIS Imp J>u/rnqy. Parr.

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TABLE DES PLANCHES HORS TEXTE FRONTISPICE. Gressier. Route de Port-au-Prince Logane. Les cases de M. Blanc Cyrilleau Fond d'Oie. Route de Logane Jacmel. PLANCHE I. Le bassin gnral : Porte Saint-Martin. Porte Dume II. Aqueduc de l'habitation Lamardelle. La grande rivire du Cul-de-Sac au bassin gnral 16-17 III. Habitation Mocquet. Un moulin de l'po que coloniale. Habitation Caradeux. Ruines d'tuve terrer le sucre 32-33 IV. Un papaloi : M. Alsse. Un chef de sec tion: le colonel Glin Nret 42-44 V. Habitation Frres : le moulin. L'cole.. 64-65 VI. Route de Port-au-Prince Ptionville: vue dePort-au-France. Vue de Ptionville. 70-71 VIII. Ptionville,: 1' autel de la patrie Source Caron; les filles de M. Saint-Just. 84-85 IX. Chez Mambo Tla :1e blier. MamboTla. 96-97 X. Chez Mambo Tla : les arbres habills 100-101 XI. Les forts Jacques et Alexandre(l'horizon). Le march du carrefour Tintin 110-111 XII. Le carrefour Rendez-vous. Kenscoff.. 114-115 XIII. Le Morne La Selle, vu de la Tte du Bois-Pin ; vu de Furcy 118-119 XIV. Femmes descendant au march, sur la route de Ptionville Furcy. Le matre de la Chapelle de Furcy, M. Ulysse 128-129 VII. Fte de la Saint-Pierre Ptionville; les autorits. La foule 80-81

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348 TABLE DES PLANCHES HORS TEXTE PLANCHE XV. Au march du Pont-Beudet. Etalage des toileries 148-149 XVI. Un mapou Dans la plaine de Cayes. Village de Ganthier 160-161 XVII. L'tang saumtre 162-163 XVIII. Aux Grands-Bois. La garnison de Cornil-lon. Maisons du bourg de Cornillon.. 172-173 XIX. En Dominicanie : les Matas de Farfan. San Juan de la Maguana 188-189 XX. L'habitation Montfleury : l'usine; les glacis pour le schage des cafs 192-193 XXI. A la Grande-Saline: le houmfort et la croix ; le houmfort du gnral Ti-Plaisir 206-207 XXII A la Grande-Saline : Service en l'hon neur du matre Aguay. La procession sortant de la cour du gnral Ti-Plaisir. 208-209 XXIII. Cimetire sur la route du Grand-Goave Bainet. Tombeau sous un mapou dans la plaine de Logane 212-213 XXIV. Une rue des Cayes. A Jacmel : trieuses de caf 226-227 XXV. Bainet : vue prise de la route de Jacmel ; vue prise de la baie 234-235 XXVI. Les Cayes Jacmel. Sale-Trou 236-237 XXVII. L'Arcahaye. Cases dans les Mornes de la Gninaude (Jrmie) 244-245 XXVIII. Saint-Marc: maisons nouvelles. Maisons de l'poque coloniale 256-257 XXIX. Le passage de l'Artibonite en bois fouill Vue de Dessalines 304-305 XXX. Les Gonaves. L'glise. Le Cap-Hatien ; La Barrire-Bouteille XXXI. La grande rivire du Nord. Le CapHatien : vue prise de la rade 336-337 2489. Tours, Imprimerie E. ARRAULT et Cie.

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TABLE DES MATIRES

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TABLE DES MATIRES PRFACE i-xxxv CHAPITRE PREMIER LE BASSIN GNRAL La plaine du Cul-de-Sac. Du temps des blancs. Ce qui reste des irrigations de la colonie. Les deux systmes : Rivire Grise et Rivire Blanche. Le chef de la premire section des Petits-Bois. L'habitation Lamardelle. Le rglement d'eau; les syndics d'irrigation 1 CHAPITRE II LA PLAINE DU CUL-DE-SAC La Petite Plaine. L'appropriation des terres aprs l'Indpendance. Systmes de culture : le mtayage; les de moiti L'habitation Caradeux. Forma tion de la race hatienne ; les ngres croles. La langue crole. Coutumes croles : la danse marti-

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342 TABLE DES MATIRES nique ; le loiloidi. Religions d'Afrique : le Vaudoux hatien. Mlange de ftichisme et de christianisme. Rite de Guine et rite Congo. Les lois. Papa lois, Houngans et Pres-Savane. Le culte familial. Les socits de Vaudoux. Les houmforts. Visite aux Papalois. Le cimetire de Chteaublond. L'habitation Frres. Un docteur-feuilles 23 CHAPITRE III PTIONVILLE De Port-au-Prince Ptionville. La nomenclature gographique des les franaises. La Coupe. Capitale en projet. Sjour d't. Domesticit ngre : M. Esope jeune, M. Alfred EN-us Cumberland, Mme Herminie Bernard. Recettes communales. Four nisseurs et revendeuses. Le commandant de la place : gnral Alfred Celcis. Murs croles. La source Caron. La chapelle de Notre-Dame-des-Ermites. La Vierge de Mayamand. Le fort Jacques. L'habi tation Le Franois. Chez la mamanloi: Mamb Tla. La fte de la maison La section des Cadets. Un coumbite. Le march du carrefour Tintin. L'cole rurale 70 CHAPITRE IV FURCY De Ptionville Furcy. Le carrefour Rendez-Vous. Kenscoff et la Tte-du-Bois-Pin. Le sanatorium de Port-au-Prince. Une habitation dans les mornes. Le matre de chapelle Murs et installation des habitants Cuisine crole : le gros bouillon de poule Mariages et services Les sources. La Nouvelle-Touraine 112

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TABLE DES MATIRES 343 CHAPITRE V DE LA CROIX-DES-BOUQUETS A L'TANG SAUMATRE Le bourg de la Croix-des-Bouquets ; ses origines colo niales. Les inondations. Combats de coqs. L'levage : poules-savane et poules-qualit. La saison, l'entranement, les gagaires, les paris. Les marchs de la Plaine du Cul-de-Sac : Pont-Beudet; Thoma zeau. L'tang Saumtre. La route du Mirebalais. L'organisation du quartier sous la colonie. La borne-frontire n 193. Aux Grands-Bois. Cor nillon : une manufacture caf Un chef-lieu de commune dans les mornes ; soldats et fonctionnaires hatiens. Le tour de l'tang. De Thomazeau Ganthier ; ruines d'indigoterie. Fond-Parisien. L'industrie du latanier. A la frontire dominicaine ; le poste d'Imani; la douane de Tierra-Nueva. ... 136 CHAPITRE VI LA RIVIRE FROIDE Le Morne l'Hpital. La cte, de Port-au-Prince Carrefour. De la Nol aux Rois : les grandes ftes Vaudoux; le piler-feuilles; le casser-gteau. La source Mariani. Chez le gnral Ti-Plaisir ; service en l'honneur de Matre Aguay. Le culte des morts. La crmonie du brler-zain. L'usine Monfleury. La culture et la prparation du caf. La proprit dans les mornes. Les marassas (jumeaux). Le gnral Cyrille Paul. Comment les ngres font une tasse de caf. Le Chemin des Commissaires. L'habitation Laval. La valle de la Rivire Gosseline. Jacmel. M. Vital. Retour par le chemin du Gros-Morne 191

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314 TABLE DES MATIRES CHAPITRE VII DE PORT-AU-PRINCE A SAINT-MARC Comment on voyage en Hati. Vestiges de la colonie franaise : l'habitation Prince. La plaine et le bourg de l'Arcahaye. Superstitions croles : la lgende du Trou Forban 237 CHAPITRE VIII SAINT-MARC Les restes du pass colonial : l'glise, les vieilles maisons, les rues et les remparts. La ville hatienne. Le commerce en Hati. La maison EN-usBoutin. Importation et exportation : caf, campche et coton. Les revendeuses. Les spculateurs en den res La colonie franaise. La chasse; les hutres de paltuviers. Une soire Saint-Marc. 256 CHAPITRE IX LES MORNES DES CAHOS De Saint-Marc aux Mornes des Cahos. A travers la plaine de l'Artibonite ; le coton. Les radeaux de campche. Le chemin royal et le transport des cafs par cabrouets. Le bourg de la Petite Rivire; le fort de la Crte--Pierrot. Chez le commandant de la commune ; le gnral EN-usValentin Achille. La forteresse impriale de Dessalines. Petits et Grands Cahos. La lgende du trsor de Toussaint Louver ture. Les deux sections des Grands-Cahos : Prodin, Mdor. Descente sur l'Artibonite; le passage du fleuve en bois-fouill Le quartier de la Chapelle. Retour Port-au-Prince. Sur les routes hatiennes. 277

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TABLE DES MATIRES 34g CHAPITRE X DES GONAVES AU CAP-HATIEN La baie des Gonaves. Du temps de la colonie. La ville de l'Indpendance hatienne. Souvenirs rvo lutionnaires. Le commerce du port et la colonie franaise. Les communications entre le nord et le sud de Saint-Domingue. Le chemin des Escaliers. Les Nords L'arrondissement de Plaisance. La valle du Limb. Le rgime du roi Chris tophe : ses traces persistantes. La raque Mau repas. L'Acul et la Plaine du Nord. Une image superstitieuse de saint Jacques : le saint et le loi. L'habitation Vaudreuil : un moulin btes de la colonie. Arrive au Cap-Hatien 314

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EXTRAIT DU CATALOGUE PUBLICATIONS GOGRAPHIQUES VOYAGES. EXPLORATIONS O ALBUM O ATLAS O GOGRAPHIE GNRALE. GOLOGIE. SISMOLOGIE O TUDES ET MONOGRAPHIES GOGRAPHIQUES. O DICTIONNAIRE. ENSEIGNEMENT O PRIODIQUE. LIBRAIRIE ARMAND COLIN Rue de Mzires, 5, PARIS P. 8770.

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DIVISIONS DE CE CATALOGUE Pages. Voyages, Explorations 3 Atlas. ...... 10 Gographie gnrale. Gologie. Sismologic 11 tudes et monographies gographiques 15 Dictionnaire. Enseignement 19 Cartes murales Vidal-Lablache 20 Priodique 21 TABLE ALPHABTIQUE par 710222s d'auteurs 21 Tous les ouvrages compris dans ce Catalof/ue sont expdies franco au prix niarqu, contre envoi de leur montantes un mundatpostul l'adresse suivante: LIBRAIRIE ARMAND COLIN, 5, rue de Mzires, Paris, vir. Aoff publications sont en vente chez tous les libraires. LIBRAIRIE ARMAND COLIN r. de Mzires, S, PARIS

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Librairie Armand Colin Rue de Mzires, 5, PARIS P. 8770. PUBLICATIONS GOGRAPHIQUES VOYAGES, EXPLORATIONS Terres franaises (Bourgogne, Franche-Comt, Narbonnaise), par W. EN-usMorton Fullerton. Un vol. in-18, broch. ... 3 fr. 50 (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise (Prix Marcelin Gurin) et par la Socit de Gographie commerciale de Paris.) Il s'est trouv parfois des crivains trangers pour bien comprendre et aimer la France : je ne sais pas si l'un d'eux l'avait jamais sentie aussi vivement, pleinement, intimement. Ces descriptions de nos villes et provinces seront pour beaucoup do lecteurs une rvlation. L'autour sait nous insinuer doucement ses faons de voir et d'expliquer, par un subtil mlange d'humour anglais, de prcision amricaine, de grce et comme de clinerie franaises. (La Revue de Paris.) Eu retraant, sans prtention, les impressions d'un voyage accompli dans une partie de la France, M. W. EN-usMorton Fullerton, qui est de nationalit am ricaine, nous a donn une uvre vraiment intressante, d'une saveur originale et pntrante Les lecteurs franais trouveront beaucoup de charme ce livre et les touristes le consulteront comme un guide prcieux. (Revue de Gographie.) Espagnols et Portugais chez eux, par M. Quillardet. Un vol. in-i8, broch 3 fr. 50 Les Franais connaissaient assez mal leurs voisins de tras los montes. L'auteur est all les tudier chez eux, dans leur vie do tous les jours. Son livre, d'une observation pntrante et avertie, nous donne de la socit espa gnole et de la socit portugaise un tableau trs tudi et trs vivant, bien digne de fixer notre attention. (Journal des Dbats.) Ce sont les notes de voyage d'un crivain infiniment curieux et con sciencieux qui regarde attentivement et avec un sens aigu du pittoresque tout ce qu'on lui montre, et s'arrange de faon pntrer ce qu'on lui dissi mule. Aussi a-t-il vu bien des choses amusantes, indites et instructives, qu'il nous rapporte dans des pages alertes, sincres et vivantes. (Le Figaro.)

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4 LIBRAIRIE ARMAND COLIN Sudois et Norvgiens chez eux, par m. Quillardet. Un vol. in-18 (2 e DITION), broch ... 3 fr. 50 (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) Livre plein do faits et d'ides qui seront le plus souvent pour le lecteur franais des rvlations. Le pays, le monde les classes sociales, la vie agricole, les pcheries, le commerce et l'industrie, la vie religieuse et intellec tuelle, la littrature, la femme, la politique : en neuf chapitres nous savons de deux peuples, qui se ressemblent si peu entre eux, tout ce qu'un tranger peut savoir. Et n'allez point croire que M. Quillardet, si inform, si docu ment, soit ennuyeux ; il y a au travers de ses rcits une lumire lgre qu'on poursuit avec plaisir jusqu' la fin. (Le Temps.) En Mditerrane. Promenades d'histoire et d'art, par Charles Diehl, professeur d'histoire byzantine l'Universit de Paris. Un volume in-18 (2 e DITION), broch 3 fr. 50 (Ouvrage couronn par l'Acadmie des Inscriptions et Belles-Lettres.) Le savant professeur nous conduit d'abord dans la Dalmatie romaine, et il fait revivre nos yeux le palais Domitien Spalato, puis les ncropoles rcemment explores de Salone. Il nous mne ensuite aux fouilles de Delphes, puis aux villes mortes do l'Orient latin (Chypre, Famagouste, Rhodes), et fina lement Jrusalem. Ce qui ajoute encore l'intrt de ce beau livre, c'est EN-usquo son auteur n'excelle pas moins ressusciter le pass qu' dpeindre le pr sent, en dgageant de l'tat actuel des choses dos enseignements et des pr visions dignes de l'attention do tous ceux qui pensent. (Journal des Dbats.) Excursions archologiques en Grce, par charles Diehl. Un vol. in-18, avec 8 plans (6e DITION), broch 4 fr. (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) Dans ce livre charmant, l'auteur nous promne successivement Mycnes, Tirynthe, sur l'acropole d'Athnes, pour nous montrer la Grce primitive qui sera pour plus d'un une vritable rvlation. A Dodone, il nous tait l'his toire de 1 oracle de Zeus; Dlos, celle du culte d'Apollon; Olympie, celle des jeux; Eleusis, celle des mystres; Tanagra, celle de la mode. Il a rsum les travaux les plus rcents avec une lgante concision, et il instruit autant qu'il plat. (Revue historique.) Les Phniciens et l'Odysse, par Victor. Brard (2 volumes) : Chaque vol. in-8 grand jsus de 600 pages, nombreuses cartes et gravures, reli demi-chagrin, tte dore. 32 fr. ; broch.. 25 fr. (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) L'loge n'est plus faire de ce savant ouvrage, vritable rsurrection des personnages de l'pope homrique... Ajoutons que la correction matrielle et l'impression en sont aussi parfaites que possible, et que les plans, cartes et gravures sont excuts avec beaucoup de got. (Revue des Deux Mondes.) La Mditerrane d'Ulysse, la vie des corsaires achens ont autant de ralit que la rade de Toulon et les exploits de Duquesne et de Surcouf ; il est possible de refaire aujourd'hui le voyage d'Ulysse. Telle est la thse neuve et hardie que M. Victor Brard dmontre dans ce magnifique ouvrage avec un talent d'crivain, un art de peindre aux yeux qui s'allient de la plus rare faon l'rudition la plus riche et la plus sre. (Journal des Dbats.)

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PUBLICATIONS GOGRAPHIQUES 5 La Grce d'aujourd'hui, par Gaston Deschamps. Un vol. in-18 (11 DITION), broch 3 fr. 50 (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) Ce livre de M. Gaston Deschamps sur la Grce d'aujourd'hui est un livredlicieux o la description des pays hellniques, les souvenirs de l'antiquit, la peinture de la socit grecque moderne se mlent sans se nuire, o l'on trouve de l'esprit, de la posie, du pittoresque et aussi des vues philosophiques et historiques qui, pour n'tre pas pdantes, n'en sont pas moins trs srieuses. (Revue Historique.) Sur les routes d'Asie, par Gaston Deschamps. Un volume in-18 (3e DITION), broch 3 fr. 50 M. Gaston Deschamps a runi dans ce volume une suite d'impressions qu'il a recueillies dans un voyage commenc au Pire et termin vers la Pisidie aprs avoir visit l'le do Chio et les villes qui bordent l'ouest de l'Asie Mineure. Trs apte par sa nature et ses tudes dgager l'intrt de toutes choses sur un pareil terrain, l'auteur sait s'arrter aux bons endroits, et c'est un utile plaisir que l'on gote en sa compagnie pendant cette belle excursion. (Le Figaro.) Au Pays russe, par Jules Legras. Un volume in-18 (3e DITION), broch 3 fr. 50 (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise et par la Socit de Gographie commerciale de Paris.) L'auteur a parcouru les steppes, de la Baltique la Mer Noire. La dso lation de ce morne pays, ses murs encore sauvages en tant de points, mais aussi sa physionomie pittoresque mal connue jusqu' prsent, et surtout ses ressources infinies, tout cela est expliqu et dpeint par l'enquteur perspicace et consciencieux. (Le Figaro.) En Sibrie, par Jules EN-usLegras. Un volume in-18, 22 gravures hors texte et i carte en couleur (2 e DITION), broch.. . 4 fr. Jules Legras a visit deux fois la Sibrie, et ces voyages ont laiss en lui de profondes impressions. Son livre n'a pas la prtention d tre autre chose qu'un journal de route; mais toute la physionomie de l'Asie russe nous y apparat dans un rcit plein d'observations, d'anecdotes et de bonne humeur. (La Revue de Paris.) Les Chinois Chez eux, par E. Bard. Un volume in-18, 12 planches hors texte (5e DITION), broch 4 fr. M. Bard n'est pas un savant do bibliothque, c'est un homme d'action, un commerant qui a rendu d'excellents services notre colonie de l-bas, qui parle plus volontiers de ce qu'il sait que du reste et qui en parle sim plement, clairement et avec mthode. Il a vu la Chine, a vcu parmi les Chinois, a fait des affaires avec eux... De ses investigations diverses, il a tir un bon livre, rempli de faits, crit sobrement, avec prcision, o il nous prsente une Chine vraie, peuple d'hommes vritables, et non pas cette Chine baroque laquelle on nous avait habitus. (GRENARD. Bulletin de la Socit de Gographie commerciale de Paris.)

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6 LIBRAIRIE ARMAND COLIN En Mandchourie, par Georges de la Salle. In-18, br. 3 fr. 50 Rien n'est plus suggestif la fois et plus impressionnant que la lecture de ces pages vridiques et sincres. L'auteur, qui n'est pas un correspondant de guerre professionnel, a sjourn sur le thtre de la guerre de mai dcembre 1904; il a successivement assist la bataille d'Ouafango, l'va cuation de Tachitchao et celle de Hatchen, la bataille de Liaoyang et celle de Cha-Kho; et de tous ces vnements il nous donne des impressions vcues, d'un incomparable intrt. (Journal des Dbats.) Au Japon et en Extrme-Orient, par F. Challaye. un vol. in-18, broch 3 fr. 50 M. Challaye a promen travers le Japon, l'Annam, l'Inde, Java, une me pleine de sympathie pour les spectacles nouveaux et les murs incon nues qui s'offraient son observation, une curiosit attentive recueillir des traits prcieux et dos impressions exactes. Aussi les EN-usrotations qu'il publie n'ont-elles rien de livresque, mais beaucoup de fracheur, d'attrait et d'ori ginalit.... Son tude, sans effort de style artiste, ni lourdeur de sociologie, dcrit agrablement les habitudes, le caractre, l'art, le costume, la maison du Japonais et de la Japonaise modernes : il analyse ces mes, profondes et charmantes, et distingue avec une perspicacit trs avise ce qui, en elles, s'est ouvert l'influence europenne et, d'autre part, ce qui y reste et res tera toujours ferm. Le Tibet. Le pays et les habitants, par F. Grenard (Mission Dutreuil de Rhins). Un fort vol. in-18, avec 1 carte en couleur, broch 5 fr. Dans cet ouvrage, M. Grenard rsume d'abord l'exploration qu'il fit avec Dutreuil de Rhins; il donne ensuite une vue d'ensemble sur le Tibet et ses habitants sur leurs murs et coutumes, la vie conomique, etc. La curio sit politique et sociale do M. Grenard le distingue trs nettement de tant d'explorateurs qui nous ont seulement rapport des renseignements gogra phiques. Aussi lira-t-on son livre avec le plus grand intrt et le plus grand profit. (Journal des Dbats.) La Perse d'aujourd'hui (Iran, Msopotamie), par Eugne Aubin. Un vol. in-18, 450 p., 1 carte en couleur h. texte, br. 5 fr. Go nouveau livre de l'auteur du Maroc d'aujourd'hui nous prsente un tableau trs complet de l'tat actuel de la Perse au triple point de vue poli tique, conomique et social. Entirement difi sur des documents de premire main et sur une exprience personnelle des hommes et des choses, il acquiert par l une valeur et une porte vraiment exceptionnelles. L'auteur se trouvait parcourir la Perso l'poque mme o se produisaient en ce pays les premiers phnomnes rvolutionnaires. En traversant les provinces Nord-Ouest de la Perso, en descendant de Thran EN-usIspahan et Bagdad, puis Chiraz, il a pu suivre les manifestations rvolutionnaires, qui, toutes issues d'une mme cause, diffrent d'aspect selon les villes. Les principaux fonctionnaires, les chefs du mouvement des rformes lui ont fourni des indications intressantes, qui lui ont permis, tout en tudiant le pays dans les conditions permanentes do son existence, d'observer utilement la transformation prsente de l'Orient moyen.

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PUBLICATIONS GOGRAPHIQUES 7 Le Siam et les Siamois, par le Commandant K. i.unet de Lajonquicrc. Un vol. in-18 de 360 pages, broch. ... 3 fr. 50 (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) L'auteur, qui a t charg, de mission au Siam, s'est efforc de fixer la physionomie, reste un peu imprcise, de ce pays que nous avons le plus grand intrt connatre, cause de sa proximit de nos possessions indochinoises et du rle qu'il est appel jouer en Asie. Son livre nous fait visiter la presque totalit des provinces siamoises; il nous donne une vue d'ensemble du royaume, de son administration actuelle, du commerce, des industries qui font sa richesse; il nous montre ce que sont exactement les Siamois et quelle est l'action des trangers au Siam. Java et Ses habitants, par *. Challley-Bcrt. Un vol. in-18 (3* DITION, corrige et augmente), broch 4 fr. M.' Chailloy-Bert est all Java. Il y est demeur plusieurs mois, et il nous transmet dans ce volume les rsultats de son voyage. D'une lecture facile, voire mme fort agrable, cet ouvrage contient des tudes tendues et pn trantes sur la socit indigne et la socit europenne Java ; la concurrence conomique entre Europens et Orientaux; la question chinoise ; la concur rence politique entre Hollandais et Javanais ; la question si complexe de l'du cation des indignes. [Le Muse social.) Une Mission franaise en Abyssinie, par syivam Vignras. Un volume in-18, avec 60 photographies, broch. 4 fr. M. Vignras fut attach la mission qui se rendit, sous la direction de M. Lagarde, gouverneur des tablissements franais de la Cte franaise des Somalis, auprs du ngus Mnlik. Son livre, qui n'a d'autre prtention que d'tre un journal de route, contient mille observations prcieuses, fidlement notes, qui laissent une impression trs nette de la nature do la rgion qu'il a parcourue. (Le Temps.) Impressions d'Egypte, par LOUU Malosso. In-18 br. 3 fr. 50 Cet ouvrage se divise en deux parties : l'une qui est purement narrative et descriptive; l'autre, o l'auteur tudie l'tat moral et politique du pays. La premire partie va d'une allure rapide qui entrane le lecteur. C'est, en deux cents pages, le tour de l'Egypte cont avec autant d'agrment que de vrit... M. Malosse analyse ensuite la situation morale et politique de l'Egypte, explique le caractre et les actes du khdive, relve les traces persistantes de l'influence franaise, apprcie l'uvre de l'Angleterre... Ces pages, pleines d'informations exactes, mritent d'tre lues. {Le Temps.) Ail CongO belge, avec des Notes et des Documents sur le Congo franais, par Pierre Mille, prface par PAUL BOURDE. Un vol. in-18 (4 DITION), avec / carte en couleur hors texte, broch. 3 fr. 50 (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) Ce livre est un coup de lumire ... M. Pierre Mille a vu inaugurer le chemin de fer de Matadi Lopoldville. Il a profit de son voyago pour mener bien une enqute rapide et avise : c'est l'histoire et les rsultats de cette enqute qu'il livre .aujourd'hui nos mditations dans cet ouvrage vivant, spirituel, pittoresque et prcis. (La Revue de Paris.)

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8 LIBRAIRIE ARMAND COLIN Le Maroc d'aujourd'hui, par Eugne Aubin. In-18 de 300 pages, avec 3 cartes en couleur hors texte (5e DITION), br...... 5 fr. (Ouvrage couronn par la Socit de Gographie commerciale de Paris.) M. Eugne Aubin a eu la bonne fortune de sjourner, au cours de ces deux dernires annes, Tanger, Marrakech, Fez; il nous explique dans cet ouvrage l'organisation du gouvernement marocain et le mcanisme de la vie marocaine... Il y a plaisir le lire, parce qu'il nous prsente les faits selon une heureuse mthode, et que la recherche de l'exactitude n'empche pas l'auteur d'avoir le souci de la clart... Ce livre exact est aussi un livre agrable, et par l il participe d'une tradition trs franaise. (Journal des Dbals.) Voyages au Maroc (1899-1901), par le Mls de Segonzac, avec 178 photographies, dont 10 grandes planches hors texte (20 pano ramas en dpliants), 1 carte en couleur hors texte et de nombreux appendices. Un vol. in-8 de 400 pages, broch 20 fr. Reli demi-chagrin, tte dore 27 fr. (Couronn par l'Acadmie franaise et par la St de Gographie de Paris.) En trois explorations successives, de 1899 1901, le marquis de Segonzac a visit, sous le dguisement d'un mendiant musulman, les rgions les moins abordables du Maroc. Son ouvrage, rdig dans la forme EN-usd'un journal de route, mais sans scheresse, a la prcision d'un document scientifique en mme temps qu'il donne dans de sobres descriptions une vive impression des choses vues, et qu'il doit son style chaud et color un vritable charme littraire. (Revue de Gographie.) MISSIONS AU SAHARA, par E.-F. Gautier et R. Chudeau. i. Sahara algrien, par E.-F. Gautier, charg de cours l'cole suprieure des Lettres d'Alger. In-8 raisin, 65 EN-usfig. et cartes dont 2 cartes en couleur, 96 phototypies hors texte, br. 15 fr. Le savant professeur de l'Ecole suprieure d'Alger apparat dans cet ouvrage comme un explorateur qui tait prpar pour sa tche d'une faon peu commune. 11 traite de la gologie, de la palographie, de la botanique, e la zoologie, de la linguistique et de l'histoire avec une gale comptence. Son livre reprsente un progrs considrable dans nos connaissances sur l'immense rgion qui spare nos possessions du Soudan de celles de l'Afrique du Nord. (Le Temps.) II. Sahara Soudanais, par R. Chudeau, charg de mission en Afrique Occidentale franaise. Un vol. in-8 raisin 83 figures et cartes dans le texte et hors texte, dont 1 carte en couleur, 72 phototypies et 2 photogravures hors texte, br 15 fr. Ce volume dbute par une srie do monographies des rgions traverses par l'auteur entre l'Ahnet, le Niger et le Tchad. Les chapitres suivants sont con sacrs de nombreuses questions qui intressent l'tude du Sahara. La go graphie botanique et zoologique, cause do l'importance conomique qu'elles peuvent prsenter, ont t traites avec un soin particulier. Un dernier cha-pitro est consacr au commerce du Sahara.

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PUBLICATIONS GOGRAPHIQUES 9 Daho, Niger, Touareg. Notes et rcits de voyage, par le Gnral Toute. Un volume in-18 jsus, avec 4 carte hors texte (4e DITION), broch 4 fr. (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) On sait que parti de Kotonou en dcembre 1894 avec la mission de relier le Dahomey franais au Niger, l'auteur, travers des obstacles et des diffi cults sans nombre, put remonter le Niger jusqu' Farka, dpendant du Cercle de Tombouctou ; puis le redescendit jusqu' son embouchure, dmontrant ainsi que le Niger moyen tait navigable. On trouvera dans ce livre le rcit de cette exploration si fconde en rsultats, et de cette mission si bien remplie. (Revue des Deux Mondes.) DU Dahom au Sahara. La Nature et l'Homme, parle Gnral Toute. Un volume in-18 (2 e DITION), avec 1 carte en couleur, broch . 3 fr. 50 (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) Dans Dahom Niger, Touareg, l'auteur nous a racont avec un grand charme de gat tous les incidents pittoresques do son exploration. Le prsent volume est d'un ordre tout diffrent : c'est une tude grave, riche d'infor mations et d'ides, qui permettra au public franais d'apprcier l'avenir co nomique du Soudan, en le renseignant sur le degr de civilisation des indignes, sur la qualit du sol et la nature de ses productions. (La Revue de Paris.) ALBUM GOGRAPHIQUE, par M EN-usarcel Dubois, professeur de go graphie coloniale l'Universit de Paris, et Camille Guy, agrg d'histoire et de gographie, lieutenant-gouverneur du Sngal. OUVRAGE COMPLET EN 5 VOLUMES : Aspects gnraux de la Nature. Les Rgions tropicales. Les Rgions tempres. Les Colonies franaises. La France. Chaque volume i'n-4, 500 650 gravures, broch 15 fr. Reli demi-chagrin, plats toile, fers spciaux 20 fr. On retrouve dans les cinq volumes de l'Album gographique la mme mthode, une description prcise et topique des montagnes, des rivages, des fleuves, des populations, des villes, des industries, des voies de communi cation, etc., accompagne d'illustrations qui visent moins l'effet pittoresque qu' la dmonstration. Par tous ces documents concrets, la vie des divers pays se trouve fort heureusement voque. (La Revue de Paris.) Dans les cinq volumes qui composent cet ouvrage, on trouve tous les lments d'une tude complte et approfondie de la gographie gnrale ; et ils sont pr sents d'une faon si habile, les images dues la photographie sont si nom breuses et si frappantes, les textes rdigs en termes clairs, prcis, par deux matres de la gographie moderne, sont la fois si complets et si discrets, qu'on lit et regarde d'un bout l'autre ces ouvrages avec autant d'intrt que le plus passionnant des rcits de voyages Sans fatigue, nous parcourons tous les pays, reprsents par des photographies d'hommes, de paysages, de mon1 tagnes, de villes et de rues, qui sont do vritables tranches de vie com mentes en des textes qui constituent les plus prcieuses et les plus fcondes des leons; Un tel ouvrage est aussi accessible et aussi utile au grand public qu'aux tudiants et leurs matres. (Le Figaro.)

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10 LIBRAIRIE ARMAND COLIN ATLAS Atlas gnral Vidal-Lablache historique et gographique, par p. vidai de la Blanche, membre de l'Institut, professeur l'Universit de Paris. [NOUVELLE DITION mise jour et regrave]: 420 cartes et cartons en couleur; Index alphabtique de 46 000 noms. Un vol. in-folio, reli toile 30 fr. Avec reliure amateur 40 fr. (Ouvrage couronn par la Socit de Gographie de Paris.) Les Allemands nous ont, pendant longtemps, devancs do trs loin sur le terrain gographique. On peut dire que nous les avons rejoints, et il semble mme douteux que l'Allemagne puisse opposer l'Atlas Vidal-Lablache un instrument de travail plus souple et mieux appropri aux exigences actuelles de la science et de l'enseignement. Qu'on ne se contente pas de feuilleter au hasard les 420 cartes et cartons du recueil, qu'on cherche suivre le lien qui les unit, saisir les rapports que l'auteur s'est efforc de suggrer, et l'on verra ces reprsentations, inanimes en apparence, prendre vie et s'ordonner suivant un dessin fermement suivi. Cet effort, si honorable pour la science franaise, produira dans l'ide que nous nous faisons de la gographie et dans la pratique de notre enseignement, les effets que l'auteur et les diteurs sont en droit d'en attendre. (Le Temps.) Ceux qui regardent la gographie comme une science ingrate n'auront qu' jeter les yeux sur l'Atlas gnral Vidal-Lablache. Ils y trouveront une quan tit de renseignements historiques, statistiques, ethnographiques, gologiques, rendus sensibles aux yeux par des cartes et des graphiques d'une merveilleuse clart.... Il n'existe pas notre connaissance d'atlas qui, jusqu'ici, ait runi sous une forme aussi claire et un prix aussi minime, une aussi grande abon dance de notions de tout genre (GABRIEL MONOD. Revue Historique.) Atlas des Colonies franaises, dress par ordre du Ministre des Colonies, par Paul Pelet. 27 cartes (62e x 42e) et 50 cartons en 8 couleurs avec Texte explicatif de 78 pages et Index alphabtique de 34 000 noms. Un vol. in-4 colombier (42 eX33 e), reli toile. net. 30 fr, (Ouvrage couronn par l'Acadmie des Sciences morales et politiques et par la Socit de Gographie de Paris.) M. Pelet se distingue heureusement de la plupart des cartographes, sur tout de ceux qui s'occupent des rgions coloniales : il traite avec le mme souci de vrit scientifique les territoires dits trangers et ceux que les Franais revendiquent en matres. Il a le respect de la Terre sous quelque drapeau qu'elle soit ombrage; et les cartes qu'il nous donne prennent ainsi un intrt gnral et un caractre esthtique dont nous lui sommes reconnais sants. Chaque carte, en particulier, mrite d'tre signale dans l'Atlas et d'tre loue pour la prcision et la clart du dessin et de la nomenclature, pour la belle ordonnance du travail, pour tous les renseignements complmentaires qui ont t fournis sans trop charger la feuille. A tous gards, l'Atlas de M. Pelet doit tre cit en modle pour la probit scientifique et la belle excution du travail. (Elise RECLUS. La Revue).

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PUBLICATIONS GOGRAPHIQUES GOGRAPHIE GNRALE. GOLOGIE. SISMOLOGIE Le dveloppement des tudes gographiques en France, la diffusion do plus en plus universelle du got de la gographie dans le grand public, taisaient sentir plus vivement chaque jour le besoin d'un Trait do gographie physique, comme celui que nous donne M. de Martonne. Dans cet ouvrage, qui comprendra quatre fascicules, l'auteur a fait entrer l'tude de tous les phnomnes physiques dont la surface du globe terrestre est le thtre : d'abord les phnomnes climatiques, expliqus par les lois do la mtorologie; l'hydrographie ocanique et continentale; puis la morpho logie terrestre tudie la lumire des mthodes gologiques et topographi ques; enfin, un expos rapide des principes essentiels do la biogographie (gographie des plantes et des animaux), destin rpondre aux dsirs des explorateurs et des conomistes. Une introduction rsume les connaissances ncessaires pour aborder tous los problmes traits au cours de l'ouvrage. Ainsi conu, le Trait de Gographie physique de M. de Martonne n'intresse pas seulement les gographes, mais encore les conomistes qui cherchent expliquer par le milieu physique les conditions des faits sociaux, et tous ceux, plus nombreux encore, qui s'intressent dans le grand public cette science comploxo ot si vivante, qu'est la gographio moderne. L'Architecture du Sol del France. Essai de gographie tectonique, par le comm> o. Barr. Un vol. in-8", 189 figures dont 31 planches hors texte, broch 12 fr. (Ouvrage couronn par la Socit 4e Gographie de Paris.) (L'ouvrage sera complet en 4 fascicules.) TRAIT DE GOGRAPHIE PHYSIQUE {Climat HydrographieRelief du sol Biogographie), par Emm. de Martonne, profes seur de gographie l'Universit de Lyon : PREMIER FASCICULE : In-8 raisin de 204 pages, avec 90 figures et caries, 2 planches photographiques hors texte, broch.. . 5 fr. DEUXIME FASCICULE : ln-8 raisin de 202 pages, avec SO figures, S pla nisphres en couleurs et 5 planches photographiques h. texte, broch 5 fr. Cet ouvrage arrive son heure et marque une tape nouvelle dans le dveloppement de la gographie franaise (EMM. DE MARGERIE. Annales de Gographie.) Voici un gros volume bien gologique de fond et de forme, mais qui se lit clairement, la franaise, clair qu'il est par de nombreux croquis et des panoramas d'un genre tout nouveau... Ceci suffit faire vivre un livre, et ceux que les termes gologiques pourraient effrayer n'ont qu' regarder pour comprendre... La science du Commandant Barr, qui a profess pendant de longues annes l'Ecole d'application de Fontainebleau, n'est plus appr cier. Il a laiss une trace profonde dans l'esprit de ses auditeurs, et l'ouvrage qu'il publie aujourd'hui est le fruit mr d'une forte floraison. (Bvue de Gographie.) 11

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12 LIBRAIRIE ARMAND COLIN TRAIT DE GOLOGIE, par mile Haug, professeur la Facult des Sciences de l'Universit de Paris: I. Les Phnomnes gologiques. Un volume in-8 raisin, 195 figures et cartes, 71 planches de reproductions photogra phiques, hors texte, broch. 12 fr. 50 II. Les Priodes gologiques. PREMIER FASCICULE : ln-8 raisin, 100 figures et cartes, 28 planches de reproductions photo graphiques hors texte, broch 9 fr. (Le Tome II comprendra 2 fascicules.) Nul doute que cet ouvrage ne soit accueilli avec faveur par une nom breuse catgorie de lecteurs. Entre le magistral Trait de M. de Lapparent et les manuels trop lmentaires, il y avait place pour un nouveau venu : j'ajoute tout de suite qu'il est trs bien venu et tel qu'on pouvait l'attendre du savant professeur de la Sorbonne... Outre l'abondance de la documentation, il est d'autres qualits qui apparatront seulement la lecture et qui peuvent se rsumer en deux mots : clart et mthode. La clart rsulte de l'exposition elle-mme, o se reconnat la main d'un matre, et aussi de la magnifique illustration... Il est impossible qu'aprs avoir feuillet le livre on n'prouve point le dsir de le lire. On en apprciera alors les qualits intrinsques et quand le lecteur, presque sans s'en apercevoir, sera arriv la fin du volume, il constatera avec plaisir qu'il a beaucoup appris. (Revue Scientifique.) Il manquait en France un livre qui, tout en conservant la rigueur scien tifique, ft la porte de toutes les personnes instruites et servt tant aux gologues qu' toutes les personnes qui aiment s'instruire, sans cependant que les notions y fussent trop lmentaires. Et ce livre est prcisment le trait du professeur Haug : il a pour caractre particulier d'tre conu sous une forme toute nouvelle... L'auteur, partant des faits lmentaires, s'lve peu peu jusqu'aux plus hauts problmes de la gologie moderne. Son trait a donc un caractre bien original. II sera de la plus grande utilit pour les gologues aussi bien que pour les personnes instruites qui s'intressent ce genre d'tudes. (Il Monitore Tecnico, Milan.) Gologie pratique et Petit Dictionnaire technique des termes gologiques les plus usuels, par L. de Launay. ingnieur en chef des Mines, professeur l'cole suprieure des Mines. Un volume in-18, broch 3 fr. 50 C'tait un livre faire. crite par un professeur de la valeur de M. de Launay, on peut dire que cette Gologie pratique est une bonne fortune. Les applications de la gologie sont nombreuses en effet, et tout le monde a besoin de les connatre. EN-usCot ouvrage sera dans toutes les mains, parce qu'il rpond un besoin de chaque jour. (Journal des Dbats.) Pleine de conseils sages et judicieux dicts par un savoir remarquable ment tendu, la Gologie pratique de M. de Launay ne peut que faire mieux comprendre l'intrt de la science gologique, son utilit immdiate et sa porte philosophique. ( EN-usPoly billion.)

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PUBLICATIONS GOGRAPHIQUES 13 La Science gologique : ses Mthodes, ses Rsultats, ses Pro blmes, son Histoire, par E. de Launay. ln-8 de 752 pages, avec 53 fig. dans le texte et 5 planches en couleur h. texte, br. 20 fr. Reli demi-chagrin, tte dore 25 fr. Ce nouveau travail considrable du savant professeur de gologie doit tre dfini la synthse et la philosophie des connaissances gologiques au dbut du xxe sicle Les gologues le placeront, dans leur bibliothque, entre le Trait de M. de Lapparent et la Face de la Terre de Suess... L'lgance du style et la clart d'exposition de M. de Launay rendent son ouvrage accessible tous, d'une lecture aussi pratique qu'attrayante. Tout esprit ouvert s'instruira sans peine sur les hautes questions qu'il traite.... (La Gographie.) J'estime qu'il a fallu M. de Launay des annes et des annes pour mener bonne fin ce travail colossal et unique en littrature spciale.... L'auteur a voulu faire sortir la gologie du domaine troit o les spcialistes la confinent, pour mettre en valeur sa porte gnrale et la faire entrer dans le cadre plus vaste de la philosophie naturelle. Pour atteindre ce but, il fallait des connais sances d'une tendue singulire, une exprience consomme, un sens critique aigu et un talent d'exposition tout particulier. La Science Gologique est une tude puissante et originale et n'a pas d'quivalent parmi tous les livres publis sur ce sujet. (Journal des Dbats.) La Face de la Terre (das Antlitz der Erde), par Ed. Suess, correspondant de l'Institut de France, ancien professeur de go logie l'Universit de Vienne. Traduit de l'allemand et annot sous la direction de EN-usEMM. DE MARGERIE, avec une prface par MARCEL BERTRAND, de l'Acadmie des Sciences. TOME I. Les Montagnes. In-8 (3 e DITION), de xv-835 pages, avec S cartes en couleur et 123 figures, dont 76 excutes pour l'dit. franaise, br. 20 fr. TOME IL Les Mers. In-8 de 878 pages, avec S cartes en couleur et 128 figures, dont 85 excutes pour l'dition franaise, broch 20 fr. TOME III. La Face de la Terre (l re PARTIE). In-8 de xii-530 pages, avec S cartes en coul. et 94 EN-usfig., dont 67 excutes pour l'dit. franaise, br. 15 fr. (Le Tome III et dernier comprendra 2 parties). C'est l'honneur de M. de Margerie de s'tre fait, au prix d'un labeur que ceux-l seuls peuvent apprcier qui l'ont suivi de prs, l'ordonnateur vigi lant et infatigable de cette traduction laquelle ont collabor les meilleurs gologues de notre pays.... Une vritable encyclopdie, d'une sret sans gale, se dissimule sous ces pages o les vues du matre ont t conserves dans toute leur fracheur, avec un respect complet de la forme, souvent presque potique, dont M. Suess avait eu l'art de les revtir. (La Gographie.) Les traducteurs ont rendu la pense du matre avec une fidlit qui lui laisse la fois sa prcision et sa posie ; ils l'ont respecte aussi en ce sens qu'ils se sont interdit tout commentaire critique. Mais des notes brves et discrtes indiquent en quelle mesure les vues de l'auteur mises il y a 12 ans ont t confirmes, en quelle mesure contredites ou branles par les explorations plus rcentes. Tout ce travail de recherche et de mise au point donne l'dition franaise l'on dira plus justement dition que traduction son originalit et son prix aux yeux des travailleurs. L'uvre laquelle reste attach le nom de M. de Margerie fait honneur la science franaise. (Revue critique.)

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LIBRAIRIE ARMAND COLIN Les Tremblements de Terre (Gographie sismologique), par le Comte F. de Montessus de Hnliorc, ancien lve de l'cole polytechnique, directeur du Service sismologique de la Rpu blique du Chili; avec une prface de A. DE LAPPHENT, membre de l'Institut. Un vol. in-8 raisin de 500 pages, .avec 89 cartes et figures dans le texte et 3 cartes hors texte, broch. . 12 fr. Ce nouveau volume traite de la sismologie sous tous ses aspects, et est la fois l'ouvrage le plus vaste et qui fait le plus autorit en cette matire. M. de Montessus est un lecteur insatiable et mthodique des ouvrages de science; et, en plus dos trois langues principales du monde savant, il a la ressource de savoir en lire plusieurs autres, notamment l'italien, l'espagnol et le russe. C'est ce fait, autant qu' la longue dure de la priode pendant laquelle il a runi les donnes, qu'est due la vaste porte de son ouvrage. (The Journal of Geology. Chicago.) 14 (Ouvrage couronn par la Socit de Gographie de Paris.) Les rcents vnements dont la Calabre a t le thtre, donnent aux tremblements de terre une telle actualit, qu'un livre traitant de cette matire peut se prsenter tout seul, mme au grand public. Avec autant de patience que de discernement, l'auteur a catalogu et marqu sur des cartes tous les phnomnes sismiques authentiquement enregistrs, en leur appliquant un figur en rapport avec la frquence et l'intensit des secousses. Cette monographie du phnomne, il l'a mise en rapport constant avec la structure gologique et la topographie des contres correspondantes, et ce rapprochement lui a permis de formuler une loi de premire importance... Ce sont les lments de son enqute qu'il nous met sous les yeux dans ce grand ouvrage. On verra que nul n'a plus consciencieusement tudi que l'auteur la rpartition des rgions instables travers le globe, que nul n'a dpouill avec plus de soin tous les documents scientifiques ayant trait aux pays considrs. (A. DE LAPPARENT. Extrait de la Prface.) Dans la Science Sismologique M. do Montessus de Ballore offre une excel lente suite son livre antrieur sur les Tremblements de terre. Il n'y a rien de plus complet, ou de meilleur actuellement, sur la question des mouvements sismiques. (Bibliothque universelle.) Il y a l prs de 600 pages du plus haut intrt, parce qu'on y trouve, pour ainsi dire condense, la science sismologique nouvelle et cepen dant dj si avance... Dans ce beau volume, le lecteur trouvera la rponse simple, claire, facile, exacte, tant de questions et tant de pourquoi que l'on chercherait en vain, disperss dans les innombrables mmoires que l'autour a tudis patiemment et magistralement. (Bivista Scientifica Jndustriale, Florence.) La Science Sismologique (Les Tremblements de Terre), par le Comte F. de Montessus de nailore. Prface par ED. SUESS, Associ tranger de l'Institut de France. Un volume in-8 raisin de 590 pages avec 185 figures et caries, dans le texte, et 32 planches hors texte, broch 16 fr.

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PUBLICATIONS GEOGRAPHIQUES La Flandre. tude gographique de la Plaine Flamande en France, Belgique et Hollande, par Raoul Blanchard, docteur s lettres, professeur adjoint la Facult des lettres de Greno ble. Un volume in-8, 76 figures dans le texte, 48 photographies et cartes hors texte, broch 12 fr. {Ouvrage couronn par VAcadmie des Sciences morales et politiques et par la Socit de Gographie de Paris.) C'est un bel ouvrage dans lequel le sujet est dvelopp d'une manire logique et ordonne, o les notes au bas des pages forment une vaste bibliographie de tout ce qui a t publi sur la Flandre jusqu' prsent... Traitant de nombreux cts des questions qui se posaient, sans cesse dfi nissant la cause et dcrivant le rsultat, le travail entier de l'auteur aboutit la conclusion si nettement exprime par Michelet : La Flandre a t faite, pour ainsi dire, en dpit do la nature. C'est une uvre du travail humain. Ce livre prcieux donnera beaucoup de lecteurs le moyen de mieux connatre certains traits de la gographie locale de trois grandes rgions. a Dans les deux parties de son ouvrage, admirablement ordonn M. Blanchard a dploy une gale finesse d'observation, une mme intelli gence critique, et de remarquables qualits d'interprtation... C'est un ouvrage digne de grands loges, un de ceux qui font le plus d'honneur la jeune cole gographique franaise. (Polybiblion.) La Picardie et les rgions voisines (Artois, Cambrsis, Beauvaisis), par Albert Bemangeon, docteur s lettres, professeur l'Universit de Lille. Un volume in-8, 4% figures dans le texte, 34 photographies hors texte, 3 cartes hors texte en noir et en couleur, broch 12 fr. Reli demi-chagrin, tte dore 17 fr. (Ouvrage couronn par l'Acad. des Sciences morales et politiques, par la So cit de Gographie de Paris, et par la Socit de Gogr. commerciale de Paris). Cette belle monographie sur une dos rgions les plus intressantes de la France, et qui fait le plus grand honneur son auteur, montre ce que peut fournir de fcond la gographie actuelle, vritablement inspire par les ten dances scientifiques, dans toute la complexit de ces tudes. A lire le beau livre de M. Demangeon, se laisser aller, au cours de ces pages, aux dduc tions fines qui permettent de rattacher des phnomnes naturels et des lois simples, jusqu'aux manifestations sociales qui en paraissent au premier abord les plus loignes, on ne peut rsister au plaisir et la sduction qui manent de cette logique scientifiquement base sur une observation atten tive. M. Demangeon connat fond le pays dont il parle, et il sait faire preuve, sans les taler, des connaissances les plus diverses, comme cela est ncessaire pour se livrer avec fruit aux tudes gographiques. Gologue, botaniste, mtorologiste tour tour, il montre encore qu'il s'intresse vivemont au ct pratique de sa science, tout ce qui peut clairer l'agriculture et l'industrie (Revue Scientifique.) 15 TUDES ET MONOGRAPHIES GOGRAPHIQUES

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16 LIBRAIRIE ARMAND COLIN tude sur la Valle lorraine de la Meuse, par j. vidal de la Blache, capitaine brevet au 20e bataillon de Chasseurs pied, docteur de l'Universit de Paris. Un volume in-8 carr, 8 cartes hors texte, broch 4 fr. Valle de capture dernier tmoin d'un rseau de rivires lorraines et champenoises orient vers la Belgique une poque antrieure, la valle lorraine de la Meuso prsente d'un bout l'autre le phnomne de l'agglo mration exclusive des maisons dans les villages. L'auteur nous montre que cette valle offre tous les points de vue, tant de la gographie humaine que de la gographie physique, les caractres les plus typiques. Les Paysans de la Normandie Orientale (Pays de Caux, Bray, Vexin Normand, Valle de la Seine), par Jules Sion. docteur s lettres, professeur au lyce d'Angoulme. Un volume in-8 raisin, 8 planches hors texte en phototypie, broch. 12 fr. Ce livre est une tude de la vie rurale de cette partie de la Normandie qui correspond approximativement au dpartement de la Seine-Infrieure et l'arrondissement des Andelys. Comment les populations rurales se sont-elles attaches au sol qui les nourrit? Quelle est leur origine ? Comment ont-elles conquis leurs champs sur les forts ou les marcages? Quel est le systme de culture qui caractrise telle ou telle rgion? Le laboureur doit-il complter par l'industrie domes tique le revenu de son domaine? Quelle est la proportion des cultivateurs propritaires, des fermiers, des journaliers? de la grande ou de la petite exploitation? Quelles sont la densit de la population, sa rpartition, sa vita lit? Dans la forme de ses habitations, dans la texture de ses groupements, peut-on dceler des influences ethniques? Telles sont quelques-unes des questions dont l'auteur a cherch la solution, rapprochant dans sa synthse les travaux des agronomes de ceux des conomistes, dgageant parmi les faits sociaux ceux qui s'expliquent par l'action du sol et du climat, par les diver sits de la EN-ustechnique et de la production agricoles. Le Berry Contribution l'tude d'une Rgion franaise, par Antoine Vacher, docteur s lettres, charg de cours l'Univer sit de Rennes. Un volume in-8 raisin, 48 figures et cartes, 32 pho tographies et 4 planches de cartes et profils hors texte, br. 15 fr. On ne sait gure d'habitude o le EN-usBerry commence ni o il finit. Il en fal lait chercher les limites, montrer comment jadis l'homme et la nature avaient collabor pour les crer ; puis comment, la nature laissant aux soins de l'homme l'uvre commune, ces limites s'taient effaces au cours des sicles, comme l'usage les rebords d'une monnaie vieillie. De cette tude remarquable par la prcision des analyses, se dgage en mme temps une forte impression d'ensemble : on a la sensation de voir agir la nature sur la surface d'une des rgions de notre France qui compte pour tant parmi les moins accidentes et les plus humanises. Cette transforma tion incessante du sol, rsultat du travail modeste, mais quotidien des agents atmosphriques, voil la pense fconde partout prsente dans cette tude consacre l'une de nos plus intressantes provinces.

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PUBLICATIONS GOGRAPHIQUES 17 Le Morvan. tude de gographie humaine, par le Capitaine Levainville. docteur de l'Universit de Bordeaux. Un volume in-8 raisin, 44 figures et cartes dans le texte, 40 phototypies et 4 dessins hors texte, br 10 fr. Le Morvan, qui n'eut jamais au cours de l'histoire d'unit politique, n'en est pas moins une des rgions les plus individualises de notre sol : pays pauvre et d'accs difficile, il semble, comme la Bretagne, rest l'cart de la civilisation. Analyser en dtail les caractres de ce pays, en chercher l'explication, tel est le but de l'auteur. Avec les donnes de la gologie, de la mtorologie, de l'hydrologie, il montre de faon prcise comment s'explique l'aspect du sol, de la vgtation, des cultures; comment toute la vie des habitants est conditionne par le milieu physique. C'est ainsi que l'exploitation des forts, la mise en valeur des terres, l'industrie, le com merce, etc., sont rigoureusement analyss et expliqus. Le Var Suprieur tude de gographie physique, par Jules Sion. 1n-8 raisin. 8 photogr. hors texte. Br 3 fr. La rgion du Var suprieur est particulirement intressante pour qui veut tudier l'uvre des torrents : nulle part peut-tre les dfrichements, l'exploi tation abusive des forts et dos ptures, n'ont amen une recrudescence plus terrible de l'activit torrentielle. Rgions naturelles et Noms de pays. tude sur la rgion parisienne, par L. Gallois, professeur adjoint l'Universit de Paris. Un volume in-8 carr, 8 planches hors texte, broch 8 fr. On s'accorde gnralement reconnatre que les divisions politiques ou administratives ne conviennent gure de bonnes descriptions gographiques. Si l'on veut peindre fidlement la nature et rendre compte de ses diff rents aspects, c'est elle-mme qu'il faut emprunter ses divisions. Mais se prte-t-elle un sectionnement de ce genre? Est-il vrai, comme on l'a dit, qu'il suffirait de recueillir avec soin les noms de pays forgs par l'instinct populaire pour retrouver du mme coup les divisions rationnelles du sol ? L'auteur a entrepris de rsoudre cotte question pour une portion tendue de notre territoire, celle qui va de Laon jusqu' la Loire, des confins de la Normandie ceux de la Champagne. Montrant les diffrents aspects do cette rgion, s'attachant en expliquer les particularits et la structure, il tudie, avec toutes les ressources de l'rudition moderne, les noms de pays qu'on a cru y reconnatre. L'Afrique du Nord (Tunisie, Algrie, Maroc), par Henri lorin. ancien professseur au lyce Carnot, de Tunis, professeur l'Uni versit de Bordeaux. Un volume in-18, 27 gravures, 3 cartes hors texte et un index, reli toile. 3 fr. 50; broch, 3 fr. Ce livre est divis en quatre parties : esquisse gographique gnrale, accompagne d'un sommaire historique ; gographie rgionale, embrassant la description de toutes les parties de l'ancienne Maurtanie romaine ; gogra phie conomique, o sont mthodiquement exposs les progrs de la colonisation ; gographie politique, o l'tude des rgimes administratifs se complte par celle du peuple no-latin en formation dans l'Algrio-Tunisie, et des conditions du Maroc contemporain.

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18 LIBRAIRIE ARMAND COLIN Le Peuplement italien en Tunisie et en Algrie, par Gaston Loth, docteur s lettres, directeur du Collge Alaoui, Tunis. Un vol. in-8 de 500 pages, avec 36 gravures et cartes dont 10 planches hors texte, broch 10 fr. Voici le jugement d'un tmoin impartial, d'un savant, d'un patriote, d'un Tunisien : ce livre sera beaucoup discut, souvent pill par les crivains et discoureurs; il faut que le public sache d'avance quelle sera la source vritable o les spcialistes coloniaux iront puiser leurs arguments et leurs opinions. (Revue de Paris.) La Bosnie et l'Herzgovine. Ouvrage publi sous la direction de Louis olivier, docteur s sciences, directeur de la Revue gnrale des Sciences. Un vol. in-8 de 370 pages, 223 gravures et cartes, broch 15 fr. Ce beau livre est d la collaboration de toute une pliade de savants franais : Lon Bertrand, Paul Boyer, Charles Diehl, A. Leroy-Beaulieu, Daniel Zolla, etc., qui, convis par la Revue gnrale des Sciences l'tude appro fondie de la Bosnie et de l'Herzgovine, ont visit ces provinces en dtail et nous prsentent les rsultats de leurs observations. L'ouvrage est luxueuse ment imprim et rempli do photogravures et de cartes trs intressantes. La Valachie. Essai de monographie gographique, par EN-usEmm. de Mortonne, professeur l'Universit de Lyon. In-8, 5 cartes, 48 figures, 12 planches hors texte, br 12 fr. (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) tude trs documente o l'auteur fait ressortir l'individualit gogra phique de la Valachie qui rsulte aussi bien de son relief que de son cli mat et de sa vgtation et trouve sa manifestation dans les efforts qu'elle a faits pour se constituer en unit politique. Avec un grand talent, M. de Martonne a su coordonner dans un sens gographique toutes los donnes qui cons tituent les traits caractristiques de la physionomie du pays, montrant ainsi que la gographie peut toucher beaucoup des connaissances humaines sans cependant sortir de son vrai domaine. (Revue de Gographie.) La Colombie Britannique. tude sur la colonisation au Canada, par Albert Mtin, professeur l'cole coloniale et l'cole des Hautes tudes commerciales. Un volume in-8 raisin, 20 cartes et cartons, 33 phototypies hors texte, broch. . 12 fr Ce livre se prsente des l'abord au lecteur avec des rfrences de premier ordre : il est l'utilisation intelligente, dtaille, synthtique de la collection considrable do publications officielles auxquelles le problme de la coloni sation a donn lieu dans la Colombie britannique, comme dans les autres pays de civilisation anglo-saxonne ; mais il est aussi le rsultat des enqutes per sonnelles d'un esprit qui a su voir vite et bien et qui sait nous communiquer l'impression do la ralit vivante... Un tel livre peut tre donn comme mo dle aux monographies futures de pays neufs et de colonies anglo-saxonnes (Revue du Mois.)

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PUBLICATIONS GOGRAPHIQUES 19 DICTIONNAIRE Dictionnaire-manuel-illustr de Gographie, par ALBERT DEMANGEON, docteur S lettres, professeur l'Universit de LILLE, avec la collaboration de EN-usMM. J. BLAYAC, EN-usIs. GALLAUD, J. SION et A. VACHER. Un volume in-18 de 870 PAGES, cartes et figures, reli toile, tranches rouges 6 fr. Ce dictionnaire-manuel, fruit d'un labeur mthodique, original, appuy sur une ducation gographique aussi tendue que profonde, n'a pas seule ment la valeur d'un conseiller sr; c'est un livre lire. Ses mrites pdago giques seront vite reconnus, et si ce n'est dj fait il sera bientt con sidr par les lves et par les matres comme un ouvrage classique. Tout lecteur cultiv sera reconnaissant M. Demangeon de lui avoir permis, si aisment, d'tendre sa curiosit et de prciser les rapports ncessaires et inces samment variables qui lient la Nature et l'Homme. (Revue Pdagogique.) ENSEIGNEMENT Cours de Gographie, refondu et illustr, conforme aux Pro grammes de l'Enseignement secondaire (31 mai 1902 et 28 juillet 1905), par P. VIDAI DE LA BLACHE, membre de l'Institut, pro fesseur de gographie l'Universit de Paris, et P. CAMENA D'ALMEIDA, professeur de gographie l'Universit de Bordeaux : La Terre. Gographie gnrale (Seconde A, B, C, D), par P. CAMENA D'ALMEIDA. In-18 de 630 pages, 122 cartes et gravures, rel. toile. 4 fr. 50 La Terre, l'Amrique, l'Australasie (Sixime A, B), par P. CAMENA D'ALMEIDA. In-18, 26 cartes et figures, reli toile 3 fr. L'Asie, l'Insulinde, l'Afrique (Cinquime A, B), par P. VIDAL DE LA BLACHE et P. CAMENA d'ALMEIDA. In-18, 98 cartes et gravures, rel. toile. 3 fr. L'Europe (Quatrime A, B), par P. CAMENA D'ALMEIDA. In-18, 81 cartes et gravures, reli toile ... 3 fr. 25 La France (T?'oisime A, B), par P. CAMENA D'ALMEIDA. In-18, 95 cartes et gravures, reli toile ... 3 fr. La France (Premire A, B, C, D), par P. *VIDAL DE LA BLACHE et P. CAMENA D'ALMEIDA. In-18, 118 cartes et gra vures, reli toile 3 fr. 25 Les Principales Puissances du Monde (Philosophie et Mathmatiques A, B), par P. CAMENA D'ALMEIDA. In-18 do 446 pages. 26 cartes, plans et graphiques, reli toile 3 fr. 25 Sous des apparences modestes, ces prcis apparatront tels qu'ils sont : des chefs-d'uvre de science, d'observation et d'exposition. Ils sont remplis d'ides fcondes ; ils apprennent rflchir, penser. (L'Enseignement secondaire.) Il faut tirer hors de pair et saluer comme des modles et comme des nouveauts fcondes, les manuels que M. Vidal de la Blache a crits en colla boration avec M. Camena d'Almeida. (Revue critique.)

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20 LIBRAIRIE ARMAND COLIN Atlas Classique Vidal-Lablache historique et gographique, par P. Vidal de la Blache. 342 cartes et cartons en couleur ; index alphabtique de 46000 noms. Un vol. in-folio, EN-uscart. . 15 fr. Avec reliure toile souple 16 fr. Atlas de Gographie physique, politique, conomique, golo gique et ethnographique, par P. Vidal de la Blache. 197 cartes et cartons. Un volume in-folio, cartonn 10 fr. 5) Gographies-AtlaS, par P. Foncin, inspecteur gnral de l'Instruction publique, (avec nombreuses cartes en couleur en regard du texte, gravures en noir et en couleur dans le texte) : Gographie [Anne prp.] : Cours lmentaire. EN-usOblong, cart ... 75 Gographie [Premire anne] : Cours moyen (La France, les cinq Parties du monde). EN-usIn-4, cart 1 fr. 50 Gographie : Cours suprieur et com plmentaire. (La France, les cinq Par ties du monde). In-4, EN-uscart. 2 fr. 25 Gographie : Deuxime anne. coles primaires suprieures et Ecoles nor males (La France). Un volume in-4, cartonn 4 fr. 25 Gographie : Troisime anne. coles primaires suprieures, Ecoles norma-LES, etc. (Les cinq Parties du monde.) Un EN-usvol. in-4, cart 6 fr. 50 CARTES MURALES VIDAL-LABLACHE 39 cartes double face, sur carton (1 m,20x1m), tirage en couleur : 1er SRIE : FRANCE ET CINQ PARTIES DU MONDE. Les Cartes marques d'un astrisque sont parlantes au recto, muettes au verso. Chaque carte, double face, sur carton (1m,20 X 1m), tirage en couleur 6 fr. 50 Notice pour chaque carte : in-12, EN-uscart 40 Meuble pour renfermer toutes les cartes. 12 fr. | Appareil do suspension. 2 fr. 1 Termes de gographie. 10 France. Front, du N.-E., et 10bis France militaire. Continent amricain 2* France, Cours d'eau. 10 France. Front, du N.-E., et 10bis France militaire. pliysique. 3* Relief du sol. 11 Algrie et Tunisie phy19* Amrique du Nord 4" Dpartements. sique et politique. politique. 5* Villes. 12* Europe physique. 20* Amrique du Sud polit. 6* Canaux 13* politique. 21* Ocanie. 7* Chemins de fer. 14* Asie physique. 22* Planisphre. 8 Agriculture, et 8 bis 15* politique. 23 Palestine et pays Industrie. 1G* Afrique physique. d'Orient. 9* Provinces. 17* politique. 39 France. Gologie. 24 Paris et environs. 25 Belgique. 29 Pays-Bas. 33 Pninsule des Balkans. 26 Suisse. 27 Allemagne. 30 Italie. 31 Espagne. 34 Russie. 28 Iles Britanniques. 32 Autriche-Hongrie. 35 Grce et Archipel. Madagascar et 37 Afrique occidentale et 38 Tunisie physique et 30 bis Indo-Chine fran 37 bis Guyane, Antilles. 38 bis Tunisie politiaise. Nlle Caldonie. que. 2e SRIE : CONTRES D'EUROPE. Ces Cartes sont physiques au recto, politiques au verso. 3e SRIE : COLONIES ET PROTECTORATS FRANAIS.

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PUBLICATIONS GOGRAPHIQUES i i PRIODIQUE Annales de Gographie (17e ANNE), publies sous la direction de P. Vidal de la Blache, L. Gallois et EN-usEmm. de Margerie, paraissant les 15 janvier, 15 mars, 15 mai, 15 juillet et 15 novembre. Les abonns reoivent gratuitement la Bibliographie gographique annuelle, qui parait le 15 septembre. On manquait en France de publications gographiques rellement scienti fiques. Nous n'avions rien opposer aux bien connues Mitieilungen de Petermann. Cette lacune a t comble par la fondation des Annales de Go graphie. La tenue de cette revue, la sret des informations de sa chronique gographique, la varit de ses articles de gographie rgionale, la science de ses tudes do gographie gnrale ont assur son succs. Il s'est trouv en France un public pour goter la science gographique et en comprendre l'utilit, et, 1 tranger, les Annales de Gographie sont aujourd'hui estimes l'gal des Mitteilungen. (Le Temps.) ABONNEMENT ANNUEL (de janvier) France 20 fr. | Colonies et Union postale. . 25 fr. Chaque numro, 4 fr. Bibliographie gographique de l'anne courante, 5 fr. Chaque anne des Annales de Gographie forme un vol. in-8, br. Prix. 20 fr (La Premire anne est incomplte (le numro 3 tant puis) ; les 6 e, 7e, 8e et 12e annes ne sont pas vendues sparment.) Premire Table dcennale des Annales de Gographie (1891-1901). In-8, br. 4 fr. Bibliographies de 1893 1907 (sauf 1896, puise) : Chacune 10 fr TABLE DES OUVRAGES Pages France. Commt O. BARR. L'Architecture du sol de la France 11 R. BLANCHARD. La Flandre. . 15 P. CAMENA D'ALMEIDA. La France (cl. de Troisime A, B) 19 ALBERT DEMANGEON. La Picardie et les rgions voisines 15 L. GALLOIS. Rgions naturelles et noms de pays 17 LEVAINVILLE. Le Morvan .... 17 W. EN-usMORTON FULLERTON. Terres franaises 3 SION. Les Paysans de la Norman die orientale 16 VACHER. Le EN-usBerry 16 P. VIDAL DE LA BLACHE et P. CAMENA D'ALMEIDA. La France (cl. de Premire A, B, C, D).. 19 Pages J VIDAL DE LA BLACHE. Le valle lorraine de la Meuse 16 Europe. VICTOR BRARD, Les Phniciens et l'Odysse .... 4 P CAMENA D'ALMEIDA. L'Europe 19 GASTON DESCHAMPS. La Grce d'aujourd'hui 5 CHARLES DIEHL. En Mditerrane. 4 Excursions archologiques en Grce 4 JULES LEGRAS. AU Pays russe.. 5 GASTON EN-usLOTH. Le Peuplement italien en Tunisie et en Algrie. 18 EMM. DE MARTONNE. La Valachie. 18 Louis OLIVIER. La Bosnie et l'Her zgovine 18 M. QUILLARDET. Espagnols et Por tugais chez eux 3 Sudois ET Norvgiens CHEZ EUX. 4

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22 PUBLICATIONS GEOGRAPHIQUES Table des ouvrages (suite). Pages Asie. EUGNE AUBIN. Les Anglais aux Indes et en Egypte. 15 La Perse d'aujourd'hui ... 6 E. HARD. Les Chinois chez eux. 5 FLICIEN CHALLAYE. Au Japon et en Extrme-Orient 6 GASTON DESCHAMPS. Surles routes d'Asie 5 F. GRENARD. Le Tibet 6 JULES LEQRAS. En Sibrie. ... 5 Comm* Lu NET DE LAJONQUIRE. Le Siam et les Siamois 7 G. DE LA SALLE. En Mandchourie. 6 P. VIDAL DE LA BLACHE et P. CAMENA D'ALMEIDA. L'Asie, t'nsuJinde, l'Afrique 19 Afrique. EUGNE AUBIN. Le Maroc d'aujourd'hui 8 R. CHUDEAU. Le Sahara soudanais. 8 E. F. GAUTIER. Sahara algrien. 8 II. LORIN. L'Afrique du Nord. 17 L.MALOSSE. Impressionsd'Egypte. 7 PIERRE MILLE. Au Congo belge. 7 M DE SEGONZAC. Voyagea au Maroc 8 Gnral TOUTE. Dahom, Niger, Touareg 9 Du D a hom au Sahara 9 SYLVAIN VIGNRAS. Une Mission franaise en Abyssinie 7 Insulinde. j. CHAILLEYBERT. Java et ses habitants . 7 Amrique. A. METIN. La Colom bie britannique. 18 Divers. Annales de Go graphie 21 P. CAMERA D'ALMEIDA. La l'err. 19 La Tewe, l'Amrique, VAustralasie 19 Les Principales puissances du monde 19 A. DEMANGEON. Dictionnairemanuel-illustr de Gographie. 19 MARCEL DUBOIS et CAMILLE GUY. Album gographique^ volumes) : Aspects gnraux de la Nature; Rgions tropicales ; Rgions tempres; Colonies franai ses; France 9 P. FONCIN. Geographies-Atlas . 20 E. HAUG. Trait de gologie . 12 L. DE LUNAY. Gologie pratique. 12 La Science gologique 13 EMM. DE MARTONNE. Trait de Gographie physique 11 F. DE MONTESSUS DE BALLORE. Les Tremblements de Terre. . 14 La Science Simologique ... 14 PAUL PELET. Atlas des Colonies franaises 10 ED. SUESS. La Face de la Terre : 3 volumes parus : Les Monta gnes. Les Mers. La Face de la Terre (lre partie) 13 P. VIDAL DE LA BLACHE. Atlas gnral 10 Atlas classique.. 20 Atlas de Gographie physique, politique, conomique, etc. ... 20 Cartes murales 20 t Nouvelle dition entirement jour et regrave ATLAS GNRAL VIDAL-LABLACHE Historique et Gographique 420 cartes et cartons en couleurs. Index de 46 OOO noms. Un vol. in-folio, avec reliure amateur, 40 fr. ; rel. toile. 30fr. (Ouvrage couronn par la Socit de Gographie de Paris.) Pages

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LIBRAIRIE ARMAND COLIN, rue de Mzires, 5, PARIS TUDES SOCIALES ET CONOMIQUE! PSYCHOLOGIE DES PEUPLES Demander le prospectus dtaill. Fleuves, Canaux et Chemins de fer, par PAUL LON, avec une Introduction de PIERRE BAUDIN. In-18, 4 planches hors texte, broch. 4 fr. L'Or dans le monde (Gologie, Extraction, Economie politique), par L. DE LAUNAY. Un vol. in-18, broch. ... 3 fr. 50 L'migration europenne au XIX* sicle : Angleterre, Allemagne, Italie, Autriche-Hongrie, Russie, par R. GONNARD. Un vol. in-18, broch. ... 3 fr. 50 Essai d'une Psychologie poli tique du Peuple anglais au XIX sicle, par EMILE BOUTMY. In-18 (3e dit.), br. . 4 fr. L'Angleterre et l'Imprialisme, par VICTOR BRARD. Un vol. in-18, une carte en couleur hors texte (2 d.), broch . 4 fr. [Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) Les Anglais aux Indes et en Egypte, par EUGNE AUBIN. In-18 (3e dit.), br. 3 fr. 50 (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) Hambourg et l'Allemagne con temporaine, par PAUL DE Rou-SIERS. In-18, broch. 3 fr. 50 L'Imprialisme allemand, par MAURICE LAIR. In-18, br. 3 fr. 50 [Ouvrage couronn par l'Acadmie franaiie.) L'Expansion allemande hors d'Europe (Etats-Unis, Brsil, Chantoung, Afrique du Sud), par E. TONNELAT. In-18, br. 3 fr.50 La Belgique morale et politi que (1830-1900), par MAURICE WiLMOTTE.In-18, br 3 fr. 50 La Suisse au XXe sicle. tude conomique et sociale, par P. CLERGET. In-18, br. 3 fr. 50 Notes sur l'Italie contempo raine, par PAUL Ghio. Un vol. in-18, broch 3 fr. La Hongrie au XXe sicle, par REN GONNARD. In-18, br. 4fr. Le dveloppement conomique de la Russie, par J. M ACHAT. In-18, 4 cartes, br. . 4 fr. L'Empire Russe et le Tsarisme, par VICTOR BRARD. In-18, 400 pages, I carte en couleur hors texte (2e dit.) br. 4 fr. Le Sultan, l'Islam et les Puis sances, par VICTOR BRARD. In-18, broch 4 fr. L'Affaire Marocaine, par VICTOR BRARD. In-18, 470 pages (2e dit.), broch. ... 4 fr. La Rvolution Turque, par VICTOR BRARD. In-18. br. 4 fr. La France en Afrique, par le CT ED. FERRY. Un vol. in-18, broch 3 fr. 50 Les Musulmans franais du nord de l'Afrique, par ISMAL HAMET. Un vol. in-18, 2 cartes, broch 3 fr. 50 La Production du coton en gypte, par FRANOIS CHARLES-Roux. In-8, br.. . 7 fr. 50

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LIBRAIRIE ARMAND COLIN, rue de Mzires, 5, PARIS TUDES SOCIALES ET CONOMIQUES (tuile) La Rivalit Anglo-Russe, au XXe sicle, en Asie (Golfe Persique Frontires de l'Inde), par le DR ROUIRE, In-18, carte hors texte, broch 3 fr. 59 L'Inde d'aujourd'hui. tude sociale, par ALBERT MTIN. In-18, broch .... 3 fr.50 La Rvolte de l'Asie, par VICTOR BRARD. In-18, 440 pages (2e dit.), broch. ... 4 fr. Chine ancienne et nouvelle. Impressions et rflexions, par G. WEULERSSE. In-18, br. 4 fr. La Chine novatrice et guer rire, par le Commandant d'OLLONE. In-18, br. . 3 fr. 50 (Ouvrage couronn par i'Academie franaise.) Le Japon d'aujourd'hui. tu des sociales, par G. WEULERSSE. In-18(4e dit.),br 4fr. (Ouvrage couronn pur l'Acadmie franaise.) Le Japon politique, conomi que et social, par HENRI DUMOLARD. In-18, br. 4 fr. (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) Paix Japonaise, par Louis AUBERT. Un volume in-18 Jsus broch 3 fr. 50 Amricains et Japonais, par Louis AUBERT. In-18, I carte hors texte, broch.... 4 fr. Les tats-Unis au XXe sicle, par PIERRE LEROY-BEAULIEU. In-18, 4.80 pages (2 dition), broch 4 fr. (Ouvrage couronn par l'Acadmie des Sciences morales et politiques.) Aux tats-Unis (Les Champs. Les Affaires. Les Ides), par le VicomteG. d'AVENEL. Un volume in-18, broch 3 fr. 50 Les tats-Unis, puissance mon diale, par ARCHIBALD CARY COOLIDGE (Traduction de ROBERT L. CRU). Prface par ANATOLE LEROY-BEAULIEU. In-18, br. 4 fr. lments d'une Psychologie politique du Peuple amri cain, par MILE BOUTMY. In-18, (2e dit.), broch. ... 4 fr. La Religion dans la Socit aux tats-Unis, par HENRY BARGY. In-18, br. . 3fr. 50 L'Idal amricain, par TH. ROO SEVELT, traduit par A. et E. DE ROUSIERS. Prface par PAUL DE ROUSIERS. Un volume in-18 (3E dition), broch 3 fr. 50 Le Canada, les deux races, par ANDR SIEGFRIED. In-18 de 420 pages, broch 4 fr. Le Brsil au XXe sicle, par PIERREDENIS.IN-18, BR. 3 fr. 50 L'Argentine au XXe sicle, par A.-B. MARTINEZ et M. LEWANDOWSKi. Introduct. par CH.PELLE GRINI. In-18, 470 pages (2 di tion), 2 cartes, br. . 5 fr. La Dmocratie en NouvelleZlande, par ANDR SIEGFRIED. In-18, I carte en couleur hors texte, broch 4 fr. (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.) Les nouvelles Socits anglo saxonnes (Australie et NouvelleZlande, Afrique du Sud), par PIERRE LEROY-BEAULiEU. Un vol. in-18, broch 4 fr. (Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise et par l'Acadmie des Sciences morales et politiques.) 1687-08. Coulommiers. Imp. PAUL BRODARD. 2-09.

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Librairie Armand Colin, rue de Mzires, 5, PARIS. Les tats-Unis au XXe Sicle, par PIERRE LEROY-BEAULIEU. Un -volume in-18, de 480 pages (3 dition), broch 4 (Couronn par l'Acadmie des Sciences morales et politiques). Aux tats-Unis (Les Champs Les Affaires Les Ides), par le V TE G. D'AVENEL. Un vol. in-18, br. 3 50 Le Canada, les deux races (Problmes politiques comtemporains), par ANDR EN-usSIEGFRIED. Un volume in-18, 420 pages (2 E dition), broch 4 La Colombie Britannique. tude sur la colonisation au Canada, par ALBERT MTIN, professeur l'cole colo niale et l'cole des Hautes tudes commerciales. Un vol. in-8 raisin, 20 cartes et cartons, 33 phototypies hors texte, broch 12 Le Brsil au XXe Sicle, par PIERRE DENIS. Un volume in-18 (2E dition), broch 3 50 L'Argentine au XXe sicle, par ALBERT B. EN-usMARTINEZ, ancien sous-secrtaire d'tat au Ministre des Finances de la Rpublique Argentine et MAURICE LEWANDOWSKI, docteur en droit. Introduction par CH. EN-usPELLEGRINI, ancien Prsident de la Rpublique Argentine. Prface d'MILE LEVASSEUR. (3 E Edition entirement refondue et mise jour). Un vol. in-18, 500 pages, 2 cartes hors texte, br. 5 Java et ses habitants, par M. J. CHAILLEY-BERT. Un volume in-18 (3E Edition), broch 4 Au Japon et en Extrme-Orient, par Un volume in-18, broch 5805. Paris. EN-usImp. Hen.merl et C ie. (2-10).